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 Du futur qui se joue autour d'un puits

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MessageSujet: Du futur qui se joue autour d'un puits   Du futur qui se joue autour d'un puits Icon_minitime01.04.13 16:36

Grégoire n’avait jamais imaginé devenir père, un jour. Et jamais il n’avait imaginé devoir s’occuper d’un enfant, ou pire, d’un bébé. Lui, le gueux par excellence, qui volait pour survivre, qui buvait, qui ne se souvenait pas toujours de ce qu’il avait fait la veille, devenir responsable ? Il ne savait pas très bien ce que voulait dire ce mot, à vrai dire. Pour lui, être responsable, c’était être responsable d’un meurtre ou d’un vol, être coupable, en somme. Mais être responsable de quelqu’un, devoir s’en occuper parce que ce que quelqu’un dépendait de vous, ça non, Grégoire ne connaissait pas cette signification. Il allait apprendre que parfois, il ne fallait pas penser qu’à soi. Il n’était pas égoïste, mais il avait toujours du se débrouiller seul pour survivre. Il ne comptait jamais sur personne et donc appliquait la réciproque : personne ne comptait sur lui. Lui, qui se demandait parfois pourquoi il vivait, qui se demandait pourquoi il n’était pas mort après tout ce qu’il avait vécu et tout ce qu’il avait fait, se retrouvait avec un petit être qui n’avait maintenant que lui pour espérer survivre. Il fallait avouer que l’ironie du sort était, en cette occasion, particulièrement mordante.

Il n’avait pas voulu s’occuper de cette petite fille. Lorsqu’il l’avait amenée au dispensaire, c’était pour, soyons honnête, s’en débarrasser. Qui avait eu l’idée de déposer un bébé devant chez lui ? Il fallait être fou pour faire une telle chose ! Le poète croyait que dans ce dispensaire, on prendrait la gamine et qu’on lui dirait que quelqu’un s’occuperait d’elle, merci de l’avoir amenée, et au revoir. Mais malgré l’était déplorable dans lequel il était (après avoir passé la nuit à danser avec un Cosaque et à boire de la vodka), la gérante du dispensaire avait cru bon de laisser le bébé avec lui. Cette femme semblait irresponsable, elle aussi. N’importe qui lui aurait pris le bébé des bras avant de lui crier de dégager. Mais cette femme, qui était pourtant tout à fait charmante et avait l’air normal, lui avait demandé de garder la petite car il était préférable pour cette-dernière d’être avec Grégoire que de se retrouver avec d’autres gamins abandonnés. Il était clair qu’Emilie de Vendières ne connaissait pas personnellement Grégoire, pour croire de telles choses. Mais soit. Grégoire se retrouvait avec le bébé alors qu’il n’avait aucune idée de comment s’en occuper. Et il avait, en plus, léger détail, une vie à mener. Mais apparemment, ce fait n’avait pas traversé l’esprit d’Emilie.

Le jeune homme pouvait fort heureusement compter sur une nourrice, rencontrée au dispensaire, pour s’occuper de quelque chose d’élémentaire pour un bébé : boire du lait. Cette nourrice ne demandait par ailleurs pas d’argent pour ce service car elle connaissait la réputation de Grégoire et était fière d’aider quelqu’un qui se préoccupait de la cause des gueux et qui se battait pour eux. Le poète aurait préféré que cette femme évite de dire cela devant Emilie mais cette-dernière n’avait pas paru choquée. Mais avouons qu’avant tout, cette femme avait accepté de nourrir le bébé après qu’on lui eut promis que le bras de son fils ne serait pas coupé.

Toujours est-il qu’en ce matin de mars, Grégoire déposa la petite Laure (car c’est ainsi qu’avec Emilie, ils avaient décidé de l’appeler, après de nombreuses propositions originales et douteuses) chez la nourrice. Cette-dernière voulait bien s’en occuper durant la journée, pour que Grégoire puisse voler deux-trois trucs et puisse se rendre à son rendez-vous. Rendez-vous ? Oui, le gueux devait voir l’une de ses meilleures amies : Perrine. Ils se connaissaient depuis plusieurs années maintenant, et s’étaient toujours entre-aidés. Ils formaient un bon duo de gueux, sans scrupule et prêts à se mettre dans des situations inextricables, desquelles ils sortaient toujours indemnes. Cela faisait néanmoins quelques temps que Grégoire n’avait pas vu sa chère amie. Il devait avouer qu’elle lui avait manqué. Il avait été heureux de la croiser dans les rues de Paris, lui se promenant pour commettre quelque méfait habituel, elle sûrement pour chercher quelque chose demandée par sa maîtresse. Perrine lui avait alors proposé de se retrouver à leur lieu de rendez-vous habituel : le puits. Le puits était en effet, en quelque sorte, leur quartier général. C’était là que se fomentaient leurs idées saugrenues, là que se formaient leurs plans ô combien stratégiques. Le regard malicieux de Perrine promettait des idées intéressantes.

Une heure exactement avant leur rendez-vous, un gamin vint chercher Grégoire et l’interpella :
« Hé Grégoire, Grégoire !
-Qu’est-ce que t’as le morveux ? (attitude qui prouve, une fois de plus, qu’Emilie n’aurait pas du laisser Laure avec Grégoire, mais passons)
-C’est Jeanne, la nourrice, elle veut te voir.
-Pourquoi ?
-J’sais pas moi, elle m’a dit de te chercher pour te ramener chez elle. »

Le jeune homme suivit donc le gamin jusque chez la nourrice, se demandant ce qui pouvait bien se passer pour qu’on vienne le chercher en plein travail (parce que, oui, voler était un travail). Il soupira de lassitude en entrant chez la nourrice. Jamais il n’aurait du accepter de garder Laure avec lui, c’était une erreur, ne pouvait-il s’empêcher de se répéter. La nourrice était dans une sorte de cuisine, son visage d’habitude si jovial empreint de lassitude. Lorsque Grégoire lui demandait pourquoi elle l’avait fait venir, elle lui répondit :

« Grégoire, j’suis désolée, mais je peux pas garder Laure toute la journée.
-Mais, pourquoi ?
-Mon fils, il est toujours au dispensaire. Je suis sûre qu’ils vont quand même lui couper le bras. Je dois y aller. » Elle prit Laure et la mit dans les bras de Grégoire. « Elle a eu du lait il y a une heure. Mais comme elle aura faim dans la journée, j’ai mis du lait de ma chèvre dans ce pot. Je fais pas ça pour tout le monde, petit. Tu pourras venir en chercher dans la soirée, si j’suis là. » Grégoire remercia Jeanne, puis partit, le pot rempli de lait de chèvre dans une poche, Laure dans les bras. Il était trop tard pour chercher une solution. Il irait voir Perrine avec Laure, tant pis.

Sur le chemin, Grégoire se rendit compte qu’avoir un bébé pouvait se révéler intéressant pour attendrir les jolies jeunes femmes. Certaines d’entre elles se retournaient sur son passage et s’écriaient : « oh comme ils sont mignons tous les deux ! ». Le gueux se promenait alors fièrement, sourire aux lèvres, jouant au papa modèle.

Lorsqu’il arriva au puits, Perrine était déjà là. Une expression de surprise se lut sur le visage de la jeune femme lorsqu’elle vit arriver son ami avec un bébé.
« Désolé, la nourrice avait un problème, j’ai pas pu laisser le bébé chez elle. » Grégoire connaissait dorénavant l’éternel problème des parents : les aléas de la vie des nourrices qui avaient des conséquences sur leurs propres vies.
Il expliqua alors à Perrine qu’il avait trouvé Laure sur le pas de sa porte, qu’il l’avait amenée au dispensaire pour s’en débarrasser mais qu’on l’avait persuadé de la garder. « C’est bizarre. Apparemment, Laure a 6 mois. (c’est la nourrice qui le lui avait dit, évidemment, lui ne savait pas comment on devine l'âge d'un bébé) Je comprends pas pourquoi on l’a mise 6 mois après sa naissance devant chez moi. » Emilie et lui avaient décidé d’élucider cette question ensemble. En attendant, il gardait Laure avec lui. « J’espère qu’elle ne va pas être chiante aujourd’hui. T’avais prévu quelque chose ? »

Grégoire s’assit sur le rebord du puits, Laure sur ses genoux. La petite regarda Perrine et lui fit un grand sourire, ce qui n’eut pas l’air d’attendrir la jeune femme.
« Je te préviens, t’as pas intérêt de te moquer de moi. » Il était vain de dire cela à Perrine. Grégoire savait qu’elle se moquerait de lui à la première occasion. Il rit avant de reprendre : « C’est con quand même, de se retrouver avec un bébé qui n’est pas le sien…enfin, je crois ! »
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MessageSujet: Re: Du futur qui se joue autour d'un puits   Du futur qui se joue autour d'un puits Icon_minitime29.07.13 19:33

C’est avec une éternelle moue énigmatique aux lèvres que la camériste de la duchesse de Valois quitta l’hôtel de cette dernière pour disparaître dans les rues d’un Paris en pleine ébullition. La ville grouillait d’activité, c’était le moins que l’on pouvait dire, et autour de la jeune femme qui s’éloignait à grands pas des rues les plus courues de la capitale pour s’enfoncer dans des quartiers non moins fréquentés mais par une toute autre engeance,  l’on ne cessait de s’activer à toutes sortes d’ouvrages, non sans s’échanger avec plus ou moins de sérieux les derniers ragots, et surtout, les dernières nouvelles du front. La guerre contre la Lorraine (ainsi que l’Angleterre et l’Espagne, autant voir les choses en grand !) était visiblement dans tous les esprits, et depuis quelques temps, il était même difficile de trouver un autre sujet de conversation. Chacun y allait de ses pronostics et évidemment, car il était de notoriété publique qu’en temps de guerre le premier imbécile venu pouvait soudain s’improviser grand stratège, et surtout, tous tenaient à glisser leur petit commentaire sur le sujet, comme s’il fallait absolument avoir son mot à dire, et c’est ainsi que circulaient les banalités les plus affligeantes comme les rumeurs les plus incongrues sur les évènements censés secouer les troupes françaises et ennemie, loin, sur la frontière lorraine. Ces banalités et ces rumeurs, Perrine n’en avait que faire, car elle recevait auprès de Gabrielle et de la cour des informations bien plus fiables que les idioties que l’on s’échangeait ailleurs. Mais les commentaires, en revanche, revêtaient un intérêt tout particulier aux yeux de l’intrigante qui, tout en poursuivant son chemin, ne manquait pas de tendre l’oreille afin de saisir la température et l’humeur de ce remuant Paris. Une humeur qui n’avait rien de bien étonnant en ces jours troublés : comme à l’occasion de chaque guère qui se respectait, l’impôt avait augmenté, les vivres étaient envoyées à l’armée, les hommes s’en étaient allés si bien que, comme entraîné par un mécanisme bien huilé, ceux qui restaient grondaient et ente deux souhaits de victoire (rapide, si possible) l’on entendait certains s’exaspérer. Ici, c’était un éclat de colère face aux sommes à débourser, là, un doute sur l’utilité des batailles, plus loin, un commentaire perplexe sur les nouvelles avancées qui parvenaient du front… l’insatisfaction coutumière des temps guerriers s’était bel et bien installées sur la ville, tirant un sourire amusé sur les lèvres de la malicieuse camériste dont l’air espiègle cachait des pensées que l’on aurait bien du mal à soupçonner.

Perrine, en effet, ne se contentait pas de s’amuser du mécontentement ou des difficultés d’une population rarement satisfaite, elle en voyait également l’utilité, non pas pour elle-même mais pour les projets de Gabrielle et de la Main de l’Ombre, qui comptaient bien profiter de la guerre pour avancer enfin quelques pions. Quel meilleur moyen pour ébranler un roi que de lui mettre son peuple à dos ? Et quel meilleur temps pour cela que celui de la guerre durant lequel ce fameux peuple perdait bien souvent plus qu’il ne gagnait ? Les Parisiens avaient la révolte facile, ils l’avaient maintes fois prouvé par le passé, il ne suffisait que d’une étincelle, de quelques voix qui portaient un peu plus loin que les autres et les émeutes n’avaient généralement pas besoin de plus d’aide pour se former. Cette voix, Perrine savait pertinemment où elle pouvait la trouver, et c’est donc l’esprit plein de projets qu’elle se dirigeait vers le lieu de son rendez-vous avec Grégoire, un de ses meilleurs amis, mais également le meilleur lorsqu’il s’agissait de lancer pamphlets et imprécations contre la cour. Il avait sa petite réputation dans Paris, peut-être même un peu plus étendue qu’il ne l’imaginait lui-même et elle savait qu’il ne faudrait pas trop le pousser pour faire plus qu’écrire quelques pamphlets acides – du moins, c’est ce qu’elle avait assuré à Gabrielle et elle ferait en sorte d’avoir raison. La jeune femme s’était armée pour cela de quelques histoires de cour dont elle savait Grégoire friand capables d’échauffer un peu les esprits et d’une proposition qui devrait piquer sa curiosité : celle de rencontrer Gabrielle. En un mot, Perrine avait déjà sa petite idée sur le déroulé de son rendez-vous avec son ami, et si elle était sincèrement contente de le revoir alors qu’il y avait un moment qu’ils ne s’étaient pas croisés, elle comptait bien en ressortir satisfaite. Et en intrigue, la demoiselle était capable de se montrer obstinée au plus point ou de déployer bien des ruses pour parvenir à ses fins, c’est dire si elle était sûre quand, avec des airs de conspiratrice, elle tourna dans une petite ruelle pour puits qui servait invariablement de point de rendez-vous lorsque Grégoire et Perrine souhaitaient se voir. Il ne lui restait d’ailleurs plus que quelques rues à parcourir avant d’arriver sur la place quand un attroupement attira son attention. Curieuse devant l’éternel, elle entreprit d’aller voir ce qui se passait, et en jouant un peu des coudes finit par se retrouver au premier rang des badauds qui observaient et écoutaient plus ou moins attentivement un vieil homme tout de haillons gris vêtu qui prêchait à qui voulait bien l’entendre en levant sa canne vers le ciel.
« Le diable est de retour ! assurait-il lorsque Perrine parvint à se faufiler dans la foule. Il est parmi nous, partout, là où vous ne l’attendez pas ! »
La camériste, à l’image de quelques uns des curieux qui se massaient là, haussa un sourcil perplexe, et envisagea de s’éloigner car elle n’avait pas de temps à perdre avec un homme dont l’esprit avait visiblement subi quelques dommages, mais ce dernier se tourna brusquement dans sa direction pour désigner sa voisine.
« Toi ! As-tu déjà dansé avec le diable au clair de lune ? Non ? Qu’en sais-tu ? »
L’adolescente ainsi apostrophée blêmit légèrement, après avoir reculé d’un pas, et la scène sembla si cocasse à Perrine qu’elle ne put retenir un ricanement moqueur, ce en quoi l’imitèrent quelques uns des spectateurs improvisés. Seulement, une telle réaction n’était visiblement pas du goût du vieillard car, rouge de colère, celui-ci abandonnant la pauvre effrayée pour brandir sa canne devant la jeune femme.
« Damnée, damnée, vous êtes damnée ! s’égosilla-t-il devant une Perrine nullement impressionnée. »
Elle perdit néanmoins de sa superbe lorsqu’elle vit la canne s’abattre sur elle, et dut brusquement faire marche arrière pour s’éviter d’autres coups, poursuivie quelques mètres par le vieillard qui tentait de lui abattre sa canne sur la tête en lui lançant des imprécations diverses et variées. Elle dut tourner dans une rue étroite pour lui échapper, et, vexée, marmonna dans sa barbe durant tout le trajet qu’il lui restait à parcourir, tout en se frottant une épaule endolorie.

Grégoire n’était pas encore arrivé lorsqu’elle s’assit sur le rebord du puits, mais ne tarda guère et au bout de quelques minutes, la camériste put reconnaître sa silhouette familière. Elle esquissa d’abord un sourire, mais son regard tomba sur la petite chose qu’il avait dans les bras et tomba des nues, ce qui se vit aisément dans ses yeux ronds de surprise. Que faisait Grégoire avec un bébé dans les bras ?
« Désolé, la nourrice avait un problème, j’ai pas pu laisser le bébé chez elle, lança ce dernier en approchant.
- La nourrice ? Mais quelle nourrice ? Tu t’es mis à voler des enfants, dis-moi ? rétorqua Perrine qui n’en revenait pas. »
De la surprise, elle passa rapidement à la perplexité lorsqu’il commença à lui raconter comment un inconscient avait eu l’idée saugrenue de déposer un nourrisson sur le pas de sa porte, et comment une femme plus inconsciente encore avait eu l’idée grandiose de lui en laisser la garde, pour finalement retenir avec beaucoup de difficulté un grand éclat de rire.  
« J’en… perds mes mots, avoua-t-elle, légèrement moqueuse.
- C’est bizarre. Apparemment, Laure a six mois. Je comprends pas pourquoi on l’a mise six mois après sa naissance devant chez moi.
- Je ne pense pas qu’on puisse le comprendre un jour. Quelle idée, vraiment !
- J’espère qu’elle ne va pas être chiante aujourd’hui. T’avais prévu quelque chose ? demanda Grégoire en s’asseyant aux côtés de son amie qui, elle, jeta un regard perplexe à la petite Laure qui s’était mis en tête de lui adresser de larges sourires, ignorant visiblement à qui elle s’attaquait en essayant de l’attendrir ainsi.
« J’avais quelques idées oui… mais si tu préfères jouer les pères modèles, je comprendrais, répliqua Perrine en lui adressant un petit rictus.
- Je te préviens, t’as pas intérêt de te moquer de moi, répondit le jeune homme, s’attirant une œillade qui en disait long sur ce qu’elle comptait faire de cet avertissement. C’est con quand même, de se retrouver avec un bébé qui n’est pas le sien…enfin, je crois ! »
Ils éclatèrent de rire tous les deux, aussitôt imités par Laure, ce qui rendit Perrine plus perplexe encore – c’était dire son amour immodéré pour ces petites choses. Elle avait toutefois mieux à faire que de se laisser perturber par un enfant d’à peine six mois, et finit par lever les yeux vers Grégoire, retrouvant son sourire de conspiratrice.

« J’ai une petite proposition à te faire, pour que tu ne t’ennuies pas pendant que la moitié de la cour est à la guerre alors que l’autre moitié ne fais plus rien d’intéressant à commenter, je suis sûre que tu vas aimer l’idée, commença-t-elle, mais, avant ça… il y a longtemps que je n’ai rien lu de ta plume, j’en déduis donc que tu n’as rien trouvé à dire et comme l’effet que font tes pamphlet sur la cour est toujours fantastique, je viens avec de quoi refaire couler un peu d’encre. »
Elle s’autorisa un petit rictus goguenard, fière de son effet, et sauta légèrement au bas du puits.
« Mais enfin, ce n’est pas un programme pour un enfant… Ne t’en fais pas, je comprends, tu es un peu son père, tu as des responsabilités maintenant. Nous nous reverrons, ajouta-t-elle l’air faussement désolée. »
Elle fit mine de s’éloigner malgré les protestations de Grégoire, car elle ne pouvait définitivement pas s’empêcher de le taquiner, surtout avec un enfant sur les bras. Au bout de quelques pas, toutefois, elle se retourna vers lui.
« Je plaisante ! Dépêche-toi, j’ai un mariage princier à te raconter, tout de même ! Suis-moi, on va trouver un endroit plus tranquille. »
Les projets de Perrine, en effet, ne devaient pas tomber dans l’oreille du premier venu, et il s’agissait de trouver un lieu où ils ne seraient pas dérangés à tout moment par n’importe quel passage, ou n’importe quel indiscret. Ils se mirent donc en marche, la jeune femme un profitant pour se moquer gentiment de la mésaventure de son ami qui avait tout de même une drôle d’allure avec Laure dans ses bras, tandis que celle-ci jetait des regards un peu partout en lançant parfois un borborygme incompréhensible.
« Tu comptes vraiment la garder ? demandait la camériste alors qu’ils rentraient dans un tripot presque désert pour aller s’installer à une table au fond de la pièce. Comment est-ce que tu vas faire ? »
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MessageSujet: Re: Du futur qui se joue autour d'un puits   Du futur qui se joue autour d'un puits Icon_minitime13.10.13 17:25

Si un passant avait aperçu Grégoire, Perrine et la petite Laure, il aurait tout à fait pu croire que ces trois personnes formaient une heureuse famille. Pourtant, nos trois comparses n'étaient réunis que par les hasards de la vie qui savent si bien mettre sur votre chemin des personnes inattendues. Certes, Grégoire et Perrine se connaissaient depuis plusieurs années et s'entendaient à merveille, mais leur vie était aussi différente que pouvaient l'être celle d'un voleur pamphlétaire et celle d'une camériste intrigante. Néanmoins, ils auraient pu former un couple tout à fait charmant si les élans du coeur n'étaient pas guidés par ce quelque chose de mystérieux qui vous poussait à vous rapprocher de vos contraires.

Lorsqu'il avait pris le temps de réfléchir à tout cela, c'est-à-dire la veille au soir, lorsque Laure dormait tranquillement, laissant un peu de répit à Grégoire, il s'était demandé ce que chaque rencontre lui avait apporté. Il avait conclu, au terme de longues heures de réflexion (entrecoupées par des crises de larmes du bébé), que ces rencontres avaient toutes eu un impact sur son étrange destinée. Le plus inquiétant était de savoir ce que lui réservait Laure. Ce petit être qui n'avait rien demandé (et surtout pas à se retrouver sous la responsabilité d'un poète maudit), cachait peut-être derrière ses sourires baveux des intentions qui changeraient à jamais l'avenir de notre héros. Cette réflexion avait provoqué chez ce-dernier un regard scrutateur en direction du poupon, accompagné de l'accusion prononcée à haute voix, alors que Laure dormait, ses petits poings serrés : “Tu caches bien ton jeu !”. Mais comment ne pas se laisser avoir par cette petite bouille qui ressemblait à un ange ?

Perrine ne semblait pas être aussi attendrie que son ami. Le poète s'était douté que la vile camériste allait se moquer de lui en apprenant l'aventure qu'il était en train de vivre (car oui, s'occuper d'un bébé était une vraie aventure). A voir les regards qu'elle lançait à Laure, il était évident que son amie gueuse appréciait autant les bébés qu'un chihuahua la neige. Grégoire fut d'ailleurs vexé que son amie lui demande s'il volait les enfants. Le croyait-elle capable d'une telle chose ? Et puis, voler un enfant serait une idée idiote, on peut difficilement  revendre ce genre de spécimen ou l'échanger contre de la nourriture (sauf si l'on connaissait Paul de Joigny, mais cette personne n'apparaissait pas dans le carnet d'adresses de notre gueux). Mais comme il l'avait craint, Perrine ne put s'empêcher de rire de lui, notamment en parlant de “père modèle” (il ne pouvait y avoir que Perrine pour faire une telle association, ou Emilie, la dame du dispensaire, la différence étant que cette-dernière semblait persuadée par cette idée, contrairement à Perrine). Après avoir bien ri ensemble de cette situation pour le moins originale, Perrine reprit son sérieux pour en venir à l'objet de leur rencontre.

« J’ai une petite proposition à te faire, pour que tu ne t’ennuies pas pendant que la moitié de la cour est à la guerre alors que l’autre moitié ne fais plus rien d’intéressant à commenter, je suis sûre que tu vas aimer l’idée, mais, avant ça… il y a longtemps que je n’ai rien lu de ta plume, j’en déduis donc que tu n’as rien trouvé à dire et comme l’effet que font tes pamphlet sur la cour est toujours fantastique, je viens avec de quoi refaire couler un peu d’encre. »

La camériste savait très bien s'y prendre pour titiller la curiosité du gueux. Il se demanda ce qu'était cette activité que son amie allait lui proposer, à lui, qui s'ennuyait en effet depuis que la guerre avait fait partir les hommes de la cour. Il n'avait plus rien écrit depuis le début de la guerre que des bouts de papier qu'il envoyait valser tant ses accusations lui semblaient banales et nulles. Il n'avait plus de courtisans à espionner que des femmes se languissant du retour de l'être aimé (ou des êtres prétendument aimés), se plaignant du calme qui régnait à Versailles où Marie-Thérèse d'Autriche et Henriette d'Angleterre se disputaient la couronne de reine de la cour. Les journées du poète étaient longues, l'ennui oublié le temps de quelques minutes par un vol ou une course poursuite dans les rues de la capitale qu'il connaissait comme sa poche. Son amie n'aurait pu choisir meilleur moment pour lui proposer quelques méfaits à accomplir. Mais il était doublement curieux puisqu'elle lui proposait également de lui raconter des anecdotes qui pourraient ravir le peuple  de Paris.

Ne m'en parle pas, ça fait des semaines que les taverniers ne veulent plus m'offrir à boire parce que je n'ai aucun pamphlet à citer pour leur attirer des clients. Je suis allé à Versailles une fois depuis que la guerre a commencé, pour entendre des idiotes se lamenter et se demander si l'amour de leur vie va revenir en un seul morceau. J'en ai même vu une cueillir des fleurs ! Bref, toutes tes idées seront bonnes pour m'occuper un peu.

Mais alors que Grégoire s'apprêtait à demander à son amie quelle était sa proposition, celle-ci s'éloigna du puits tout en disant : « Mais enfin, ce n’est pas un programme pour un enfant… Ne t’en fais pas, je comprends, tu es un peu son père, tu as des responsabilités maintenant. Nous nous reverrons.

Grégoire se demanda si son amie riait. Elle était certes très moqueuse mais il était évident qu'elle n'appréciait pas les enfants. Peut-être ne voulait-elle pas être sans cesse dérangée par les babillages de Laure. Il s'écria : “Non mais t'inquiète pas, elle comprend pas ce qu'on dit, et elle répétera rien, la gamine ! Aller, pars pas, dis-moi ce que tu as à me dire ! ” Toujours assis sur le rebord du puits, Laure sur les genoux, il ne pouvait croire au fait que son amie partait, prête à le laisser mourir d'ennui sur un puits. Un sourire sincère illumina son visage lorsque Perrine se retourna. « Je plaisante ! Dépêche-toi, j’ai un mariage princier à te raconter, tout de même ! Suis-moi, on va trouver un endroit plus tranquille. »

Tel un enfant à qui l'on a promis un jouet, Grégoire s'élança pour rejoindre Perrine, Laure dans les bras. Cette-dernière babillait joyeusement, conquise sûrement à l'idée de comploter avec son père de  substitution et sa nouvelle meilleure amie. Grégoire quant à lui se demandait ce que Perrine avait à lui raconter à propos de ce mariage. Parlait-elle du mariage de la favorite, qui avait épousé un courtisan réputé pour son succès auprès des courtisanes ? En attendant, il fallait trouver un endroit où aller pour écrire le nouveau pamphlet qui ferait gloser les quelques courtisans encore présents. Grégoire proposa à son amie de s'installer dans une église : ils seraient ainsi sûrs de n'être entendu de personne, mais la perspective d'entendre les échos des pleurs de Laure dans un tel lieu les firent changer d'avis. Il fut décidé qu'ils iraient dans une taverne vide, ce qui ne devait pas être bien difficile à trouver à cette heure de la journée. Et alors qu'ils marchaient, Perrine embêtait Grégoire qui avait fière allure avec la petite fille dans les bras, du moins dans sa vision des choses car en réalité, tout cela paraissait assez absurde.

En chemin, des femmes s'approchaient de l'étrange trio mais malheureusement pour Grégoire, la plupart d'entre elles croyaient que les deux amis formaient un couple. Il lui fut ainsi impossible de s'attirer les grâces des belles jeunes femmes sans se perdre dans des explications qui lui auraient fait perdre du temps (et auraient sûrement provoqué la fuite de Perrine). Sa déception fut néanmoins compensée par la joie qu'il éprouvait à avoir de nouvelles informations qui lui permettraient d'écrire à nouveau. Grégoire, Perrine et Laure trouvèrent un tripot où seules deux personnes étaient présentes. Ils s'installèrent à une table au fond de la pièce, alors que la conversation tournait encore autour de Laure. Perrine demandait en effet à Grégoire s'il avait l'intention de garder Laure, se demandant comment il allait bien pouvoir gérer cette nouvelle responsabilité.  

Je vais chercher sa mère, mais ça va être difficile de la retrouver. Je n'ai aucune information sur elle. La femme du dispensaire a promis de m'aider mais je ne sais pas si je peux compter sur elle. Elle a l'air un peu...bizarre.” Grégoire appela un jeune garçon d'environ quinze ans qui servait les deux clients. “Il me faut de quoi écrire.
-J'ai pas ça, on sert à boire ici. Son ton dédaigneux agaça Grégoire.
-Eh bien, va me chercher ce que je t'ai demandé !
-Je peux pas.
Grégoire fouilla dans sa poche et en sortit une bague en or qu'il avait volée à une bourgeoise dans la rue. L'adolescent comprit. Il fit signe au patron qui arrivait, et partit chercher je-ne-sais-où ce que le poète lui avait demandé. Grégoire se tourna alors de nouveau vers Perrine, comme si cette scène était tout à fait normale, et répondit à sa question tout en tenant Laure qui gesticulait sur ses genoux :“ Une nourrice a accepté de garder Laure quand je suis occupé. Elle ne me fait pas payer. Une histoire de bras à pas couper, dit-il en haussant les épaules pour répondre au regard interrogateur de son amie.” Laure avait attrapé la bague en or que Grégoire avait remise dans sa poche, et jouait avec. Le gueux se dit que sa nouvelle protégée apprenait bien vite à fouiller dans les poches.
Mais venons-en aux choses sérieuses, reprit-il en récupérant la bague (ce qui provoqua un cri d'indignation de la part de Laure) qu'il garda au creux de la main. Si j'ai bien compris, on parle de ce mariage princier dont tu as des choses à me dire, on fait un pamphlet, puis tu m'expliques ton idée pour que je cesse de m'ennuyer. Alors, je t'écoute”. Il ne parlait pas trop fort, ne voulant pas attirer l'attention des deux autres clients.

Alors Perrine commença à raconter ce qu'elle savait sur les derniers événements de la cour. Grégoire écoutait, le sourire aux lèvres, se moquant des courtisans et lançant parfois une réplique cinglante à leur encontre. Laure écoutait aussi, les yeux ronds, apparemment intéressée par ce que racontait la jeune femme. Heureusement, le bébé ne comprenait pas ce qui se racontait autour de lui, car si tel avait été le cas, nul doute que son esprit en eût été choqué.

L'adolescent-serveur revint avec de quoi écrire. Il posa le tout sur la table et Grégoire lui donna la bague en or. Indignée par tant d'injustice, Laure tapa de ses petites mains sur le bras du gueux. Celui-ci rit et dit à Perrine “Quel charmant spécimen.” Perrine reprit son récit pendant que Grégoire préparait la plume et le papier. Puis il la coupa :“ Désolé mais je ne pourrai pas écrire avec Laure sur les genoux. Tiens, prends-là” et sans attendre la réponse de son amie, il lui passa le bébé par-dessus la table.

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