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 Jean Racine

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MessageSujet: Jean Racine   12.07.11 0:29

Jean - RACINE
_______ ft. (Callum Blue)




    ► Né en décembre 1639, Jean Racine a aujourd'hui vingt-sept ans et se considère dans la fleur de l'âge. Assez vieux pour tirer les leçons de ses échecs et encore assez jeune pour faire de multiples expériences sans que personne ne vienne le lui reprocher.
    ► Depuis son adolescence, Jean est passionné de poésie et grâce à son talent et à sa grande érudition, il a très vite percé dans le milieu très fermé des écrivains de cour. Mais son génie se fait véritablement jour dans le domaine du théâtre. Il est avant tout un tragédien doué qui bénéficie de l'exemple à dépasser de Corneille, de l'expérience de Molière et des conseils de Boileau. Depuis le succès de sa pièce Alexandre le Grand, Racine est donc reconnu comme le dramaturge de Louis XIV et son nom est connu et respecté à Paris et Versailles. Cela ne vaut-il pas tous les titres du monde ?
    ► Lorsque Jean vint au monde, la famille Racine était depuis plusieurs générations solidement implantée à La Ferté-Milon, bourg assez important du comté de Valois, situé en Picardie. Petits notables enrichis grâce aux offices royaux, ils étaient alliés aux importantes familles locales, les Sconin, les Vitard, tous attirés par le mouvement religieux appelé jansénisme et par l'abbaye de Port-Royal. Ils formaient en quelque sorte l'élite provinciale. Mais Jean, le dernier descendant des Racine, a quitté le pays de son enfance pour chercher la gloire et la richesse à Paris et n'y retourne quasiment jamais excepté pour rendre visite à sa petite sœur qui y vit toujours. Il n'est guère attaché à ses origines.
    ► Malgré son âge, Racine est célibataire. Pour lui, le mariage signifierait qu'il accepte de se ranger, ce qui n'est pas d'actualité. Il lui reste encore tant de plaisirs à découvrir ! Sans femme à ses côtés, sans enfants à sa charge, il est libre de mener sa vie de débauche comme il l'entend. Raison pour laquelle il refuse de reconnaître ses bâtards.



    « Que diable, vous êtes à Versailles ! »

    Un paradis ou un enfer versaillais ?

    « C'est dans les villes les plus peuplées que l'on peut trouver la plus grande solitude » (Jean Racine).

    « Me rendre à Versailles n'a jamais été l'un de mes rêves. Non que l'endroit ne me répugnât, ce n'était tout simplement pas un monde pour moi. Je préférais laisser cette prison dorée aux beaux nobles poudrés pour qu'ils puissent faire leur cour au roi. Mon seul et unique désir se résumait en un seul nom : Paris. Ah, Paris et ses salons, Paris et son théâtre ! Mais j'ai bien du visiter Versailles pour être présenté au roi et pour qu'il m'accorde une pension. J'avoue avoir été ébloui, pas tellement pas le luxe mais par le génie dont ont fait preuve Le Nôtre, Le Brun ou Le Vau. Tout y est splendide et le château est un véritable petit bijou finement sculpté et décoré. Voir mes pièces être jouées dans ce cadre est un enchantement. La seule chose qui gâche cet écrin ? Ce qu'on trouve à l'intérieur. Ces nobles à l'orgueil plus ou moins important selon leurs quartiers de noblesse ne sont souvent pas capables d'apprécier la beauté du lieu. Toute leur vie est réglée par une étiquette sévère et chacun est prisonnier du regard de l'autre. Je n'aime pas forcément devoir me mêler à eux. Ils ne se montrent pas désagréables malgré ma petite origine car mon nom seul suffit désormais à m'ouvrir de nombreuses portes mais j'ai l'impression d'être un imposteur en train de caricaturer leurs manières de faire. Malgré ce que l'on pourrait croire en me croisant dans les couloirs de Versailles, je ne suis pas à mon aise même si je donne parfaitement le change. Non, la vraie liberté de ton et de mœurs est restée à Paris ».

    Vérité ou fantasme du complot ?

    « Ainsi de leurs flatteurs les rois sont les victimes ; mais les rois, en tombant, entraînent leurs flatteurs » (Jean Racine, La Thébaïde).

    « Un complot ? Qui se met en œuvre dans l'entourage même du roi ? Voilà qui pourrait faire l'ouverture d'une bonne tragédie. Si je pense que cela est possible ? Je répondrais qu'à la vérité, je n'en ai pas la moindre idée. N'est-ce pas dans les habitudes de ces grands nobles si attachés à leurs privilèges de chercher à évincer le roi, sa favorite ou ses ministres ? L'histoire est parcourue d'exemples et souvent, cela s'est mal terminé pour les conjurateurs. Si cela était véridique, je ne souhaite pas y être mêlé. Lorsque les complots sont découverts, ce ne sont pas les Grands qui paient mais leurs serviteurs sans titre. Je serais donc en première ligne. Même le talent ne protège pas de tout...
    Mais de manière générale, je n'y suis pas favorable. Ce n'est pas que je sois attaché à Louis XIV. Lui ou un autre, après tout, qu'est-ce que cela change pour nous autres ? Mais Louis XIV aime être flatté et je suis un flatteur hors pair. Lui disparu, mon ascension si difficile, ma place de dramaturge de la cour, tout cela reviendrait à néant. Il ne me resterait plus qu'à recommencer au début et à nouveau chercher à plaire. Et après tout, ce roi n'est pas si mauvais pour les artistes à qui il accorde facilement des pensions. Mon seul grief envers lui ? Celui d'avoir gardé Molière et de continuer à rire à ses bouffonneries. Si seulement je pouvais devenir le seul dramaturge de la cour... ».

    Plutôt colombe ou vipère ?

    « Toute l'invention consiste à faire quelque chose de rien » (Jean Racine).

    « Je n'ai que faire des ragots et en particulier de ceux qui courent sur mon compte. On raconte bien ce que l'on veut de ma vie, de mes mœurs, de mes amantes, je me moque bien des sourires et des chuchotements sur mon passage. Aucune langue de ces vipères ne peut m'atteindre car je ne suis pas de leur monde. Je leur suis bien inférieur à cause de mon absence de particule. Et d'un autre côté, je leur suis bien supérieur par ma culture et ma facilité à laisser écrire ma plume. Je suis un intouchable finalement...
    Mais je me dois d'être honnête devant vous, n'est-ce pas ? En vérité, je ne parviens jamais à être totalement indifférent aux rumeurs qui circulent à Paris ou aux racontars qui se murmurent derrière les éventails dans les couloirs de Versailles. J'avoue, cela m'amuse grandement surtout lorsque je sais que c'est faux. Alors, parfois, il m'arrive de colporter ou voire même d'inventer. Voir ces si puissants nobles se débattre dans les filets d'une rumeur est jouissif. Car il est une chose que même leur nom ou leur argent ne peut acheter : une bonne réputation ».

    « Plus bas la révérence, plus bas. »

    ► Adeline alias Gabie.
    ► Déjà 19 ans, que le temps passe vite !
    ► Mouarf, toujours régulière.
    ► Longue vie au roi à Totor au roi !
    ► Alors là, m'en souviens pas... Sans doute sur Forumactif à l'époque...
    Et si on donnait le pouvoir à Hector ? Gabie, sors de ce corps ^^




Dernière édition par Jean Racine le 13.07.11 23:13, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Jean Racine   12.07.11 0:35

« Il était une fois ... »

PERSONNAGES
Jean RACINE
Marie RACINE, sœur cadette de Jean.
Jean RACINE, père de Jean, procureur du bailliage, mort en février 1643.
Jeanne SCONIN, mère de Jean, morte en janvier 1641 en donnant naissance à Marie.
Jean RACINE, grand-père paternel de Jean, mort en septembre 1649.
Marie DESMOULINS, grand-mère paternelle de Jean, morte en août 1663.
Agnès de SAINTE-THECLE, tante et marraine de Jean, religieuse à Port-Royal.
Claude LANCELOT, Pierre NICOLE, Antoine LE MAÎTRE, Jean HAMON, maîtres de Jean Racine à Port-Royal.
Antoine VITARD, cousin de Jean, étudiant en philosophie au collège d'Harcourt.
Nicolas VITARD, cousin de Jean, intendant du duc de Luynes.
François LE VASSEUR, abbé.
Jean de LA FONTAINE.
Antoine SCONIN, oncle de Jean, vicaire général d'Uzès.
Nicolas BOILEAU, ami de Jean.
MOLIERE.
Françoise d'AUBIGNE, amie de longue date et muse.
Whitney of DOVER, maîtresse actuelle.
Matthias de CALENBERG.
Vincent DAUGIER (Thierry d'URVOY).
Christine de LISTENOIS, ancienne maîtresse.


TROUPE DE L'HÔTEL DE BOURGOGNE
Lucas LEFEVBRE.
Jules MORIN.
Arnaud LEGRAND.
Mathilde EVEN.
Charlotte ROUSSEL.
Cécile CODRON.


ACTE PREMIER
La Ferté-Milon, Picardie – 1649.

« Et les étoiles à leur tour,
Comme torches funèbres,
Font les funérailles du jour
» (Jean Racine).

Jean Racine ne pleurait pas. C'était comme si le désespoir qu'il ressentait était trop immense pour son corps puisse l'exprimer. Alors qu'on portait son grand-père tant aimé en terre, il restait immobile près de la tombe, la tête baissée sur ses mains croisées, écoutant à peine ce que pouvait dire le prêtre. Aucune parole ne pouvait soulager sa peine. Son grand-père était parti, sans doute pour rejoindre des cieux plus heureux mais il l'avait laissé seul ici-bas. Jean Racine premier du nom allait retrouver son fils et sa belle-fille, enterrés à ses côtés. Le regard du petit Jean se porta sur la pierre tombale qu'il avait visité si souvent depuis ses plus tendres années. Évoquer la mort de ses parents n'avait jamais été vraiment douloureux. Il n'avait aucun souvenir d'eux sinon une sensation, celle de froid. Selon sa grand-mère Marie Desmoulins-Racine, il avait tenu la main de sa mère une nuit durant après le décès de celle-ci, n'acceptant finalement de la lâcher que pour aller voir le bébé qui venait de naître et qui hurlait à plein poumons. Il aurait été normal que des souvenirs plus nombreux lui soient restés de son père. Après tout, il l'avait connu quatre années avant qu'une épidémie ne l'arrache à son tour à ce monde. Mais ce n'était pas le cas. Au plus loin qu'il s'en souvienne, c'était son grand-père Racine qui le mettait sur ses genoux ou qui le grondait. Parfois, il se prenait à rêver à ce qu'aurait pu être sa vie si Dieu n'avait pas rappelé ses parents à Lui. Il était certain que sa mère, Jeanne, aurait été la meilleure mère du monde, qu'elle l'aurait chéri, gâté et caressé avant qu'il aille se coucher. Elle aurait toujours gardé un joli sourire sur les lèvres, au contraire de sa sœur, la tante Vitard, et même quand elle aurait réprimandé son fils, ses yeux auraient continué à pétiller de bonté et de gentillesse. Son père, quant à lui, aurait été le héros auquel s'identifient tous les enfants. Il l'aurait emmené au travail avec lui, il l'aurait corrigé lorsqu'il faisait des erreurs en lisant et surtout, il l'aurait présenté à toutes ses connaissances en disant avec le ton assuré de celui qui est fier de sa progéniture : « voilà, c'est mon fils ». Au lieu de cela, ils étaient partis et ils l'avaient abandonné.
Une petite main se glissa sur les siennes. Il releva doucement la tête et croisa le regard de sa petite sœur, Marie. Elle non plus ne laissait pas couler de larmes mais elle avait peu connu le grand-père Racine puisqu'elle grandissait dans la famille de leur mère, les Sconin. Elle était une véritable étrangère aux yeux de Jean mais elle était si adorable quand elle prenait son air sérieux que même Jean ne pouvait que l'aimer.
- Allons, viens, dit-elle, en lui tirant doucement le bras, pour l'entraîner à sa suite.
Jean Racine réalisa que la cérémonie était terminée et que le reste de la petite assemblée quittait déjà le cimetière. Sans protester mais à contre-cœur, il suivit sa petite sœur. Il aurait préféré rester rendre un dernier hommage à l'homme qui avait fait de son mieux pour l'élever malgré son âge avancé. A vrai dire, il aurait tout fait pour ne pas devoir se rendre chez les Vitard. Encore une chose à laquelle il aurait échappé si Dieu avait laissé ses parents en vie, pensa le jeune Racine, amer. Son père avait été greffier, contrôleur du grenier à sel de La Ferté-Milon, sa situation aurait été prééminente et meilleure que celle de l'oncle Vitard, quoi que ce dernier puisse dire ou faire. Mais aujourd'hui, lorsque Jean se rendait pour dîner chez sa tante, il était le « pauvre petit orphelin » dont on plaignait la mine triste, la silhouette dégingandée et les vêtements de faible valeur. On le comparait souvent, et défavorablement, au cousin Nicolas qui, on en était sûr, ferait de fort belles choses quand il prendrait de l'âge. Le-dit Nicolas regardait avec un peu de mépris son parent misérable et refusait de discuter avec lui. Heureusement, son cadet, Antoine, avait le même âge que Jean et s'amusait sans arrière pensée avec son cousin. Jean savait que malgré sa sécheresse et ses réflexions blessantes, la tante Vitard était pétrie de bonnes intentions et souhaitait sincèrement aider son neveu. Mais elle s'y prenait de la plus blessante des façons, étalant le luxe de sa demeure et l'étendue de ses relations à celui qui avait tout perdu.
La voix douce mais ferme de la grand-mère Racine interrompit ses réflexions.
- Jean, viens auprès de moi...
En voyant l'air triste mais digne de Mme Racine, il se morigéna intérieurement. Il n'était pas le seul à souffir de la situation et il l'avait égoïstement oublié. Sa grand-mère se trouvait dans la difficile position de la veuve avec un enfant encore jeune à charge. Jean s'approcha de la vieille femme et lui prit le bras pour la guider jusqu'à la demeure des Vitard. Il n'avait jamais été proche de celle-ci mais en ce jour, tous deux se comprenaient car ils avaient perdu l'être qui leur était le plus cher.
- Je ferais ce qui est le mieux pour toi, lui murmura-t-elle, je te le promets.
Jean esquissa un maigre sourire pour lui signifier qu'il avait compris mais l'avenir lui paraissait bien sombre en cette journée de deuil. Devant eux, marchaient l'oncle et la tante Vitard. En voyant leurs silhouettes, le petit garçon plongea à nouveau dans ses pensées. Les Vitard, malgré leur haute estime d'eux-mêmes, pensait-il, feraient ce qu'il pourrait pour l'aider et le soutenir. Mais il n'avait pas envie de devenir l'objet de leur charité, l'orphelin que l'on présente à tout le monde pour bien montrer que l'on est généreux.
Et cette journée-là, en pénétrant dans le salon dont Mme Vitard était si fière, il se promit qu'il s'en sortirait seul et qu'il ne leur ferait pas le plaisir de leur demander quoi que ce soit, et surtout pas de l'argent. Un jour, il reviendrait. Un jour, il reviendrait les voir et ils auraient perdu cet air de supériorité.


ACTE II
Port-Royal des Champs, école des Granges – 1656.

« La comédie : celle-ci rend les hommes plus mauvais qu'ils ne sont aujourd'hui et la tragédie les faits meilleurs » (Aristote).

Jean Racine ferma son livre d'un coup sec et se releva brusquement. La lecture d'Euripide avait tendance à lui faire oublier toute obligation. Et pourtant, ce n'était pas tous les jours que le vénérable maître demandait à vous voir. A l'idée d'être en retard, Jean sentit son cœur battre un peu plus vite et l'affolement le gagner. Il allongea la foulée, passa la petite rivière qui coulait non loin de l'abbaye et évita sans peine les aspérités du sol. Il connaissait cet endroit par cœur. Lors de ses moments de liberté, il prenait un livre et s'enfonçait dans les champs, toujours plus loin, trouvait un arbre à la souche accueillante et s'installait sous les frondaisons. La tante Agnès désapprouvait ces moments de solitude qui ne convenait pas à un enfant mais le vénérable maître lui-même n'avait fait aucun reproche. Et la maître était le seul à impressionner assez tante Agnès pour qu'elle se tût. Elle avait même fini par perdre son regard suspicieux quand Jean lui avait expliqué qu'il n'allait pas folâtrer, même livré à lui-même, mais qu'il lisait les œuvres des grands sages grecs et latins.
A bout de souffle pour avoir couru, Jean arriva à l'entrée de Port-Royal. Il s'arrêta quelques secondes pour caresser la tête de l'énorme chien de garde qui surveillait la porte de l'abbaye. A son arrivée à Port-Royal, à l'âge de dix ans, il était terrifié par Cerbère mais ses appréhensions avaient fini par disparaître avec le temps. Il se souvenait encore comme si c'était hier de ses premiers jours dans la petite école de Port-Royal. Grand-mère Racine avait décidé de rentrer en religion après la mort de son époux et avait logiquement opté pour cette abbaye où se retrouvaient les partisans de Jansénius et de son ami Saint-Cyran. Elle y avait retrouvé sa propre fille, Agnès, la tante de Jean et sa marraine. Jean pensa avec un certain amusement que s'il n'avait plus peur de Cerbère, ce n'était pas le cas avec sa tante. Sœur Agnès de Sainte-Thècle ne souriait que rarement et prenait tout au sérieux. Elle se sentait investie de la responsabilité de l'éducation de son neveu et ne lui laissait rien passer. Combien de fois avait-elle critiqué sa façon de se tenir, de s'habiller, d'écrire ou même de parler ? Encore aujourd'hui, à près de seize ans, il se sentait comme un enfant pris en faute lorsqu'il la voyait. Malgré cela, elle était sans doute la personne qu'il aimait le plus au monde. Que n'aurait-il pas donné pour avoir un compliment de sa part ou tout simplement un peu de fierté ?
La cour derrière la clôture de l'abbaye était déserte. Les religieuses devaient sans doute être en train de prier dans la chapelle. Depuis quelques semaines, elles rendaient grâce à Dieu d'avoir permis la guérison miraculeuse de l'une d'entre elles, la petite Marguerite, la nièce du polémiste Pascal qui avait rédigé des lettres pour défendre les réformes mises en place par la mère Angélique et que Jean évitait comme la peste dès qu'il venait à l'abbaye tant l'homme avait l'habitude de l'arrêter pour tenter de parler mathématiques. Au moment où Jean allait continuer son chemin en contournant le bâtiment, il entendit une voix l'apostropher :
- Et alors, mon petit Racine, que fais-tu ici ? Qu'es-tu donc en train de lire ?
C'était la sœur Madeleine qui se trouvait au guichet pour surveiller les entrées. Elle adressait un gentil sourire à celui qui venait la distraire dans son occupation. Jean faillit lui répondre la vérité avant de s'interrompre à temps. Il ne souhaitait pas que tout le monde sache qu'il lisait Euripide. Il sentit son ventre se contracter à cette idée. Comment allait réagir le vénérable maître en voyant arriver son protégé avec une telle lecture ? Certes, Jean aurait été fier de montrer qu'il lisait sans difficulté un ouvrage entier en grec mais il était certain que le maître serait déçu de voir qu'il s'agissait d'Euripide, un affreux auteur de théâtre. Avec un frisson, Jean se remémora la discussion qu'il avait eu avec son maître de grec, Claude Lancelot, plusieurs années auparavant à propos de cet écrivain. Lancelot avait toujours été quelqu'un de colérique mais il avait alors laissé libre cours à sa fureur de voir son élève se détourner des écrits des philosophes pour lire de « telles sottises », « inanités », « qui salissent le monde créé par Dieu ». Pourtant le grand Aristote lui-même ne dédaignait pas le théâtre qu'il jugeait utile au défoulement des mœurs mais Jean n'avait pas cherché à discuter. Dans un accès de panique, il approcha du guichet et tendit son livre à sœur Madeleine.
- Pourrais-tu me le garder, s'il te plaît ? Je reviendrais le reprendre après ma leçon avec le maître...
- Mais bien sûr, mon petit. Va vite, tu ne voudrais pas le faire attendre, quand même ?
La gentille Madeleine prit l'ouvrage et le feuilleta avec un air admiratif en découvrant l'alphabet grec. Jean la remercia et repartit en courant avec l'espoir qu'il ne lui viendrait pas à l'idée de montrer le livre à mère Angélique ou à la tante Agnès, il n'était pas absolument certain qu'elles soient elles-aussi ignorantes de cette langue. Il ralentit l'allure en arrivant devant les maisons qui formaient la petite école et où vivaient les Solitaires de Port-Royal et reprit son souffle avant de pénétrer dans la pièce où devait l'attendre le vénérable maître. Celui-ci était en effet déjà là. Il était assis sur une chaise de bois et écrivait une lettre avec une certaine application qui lui faisait courber l'échine. Antoine Le Maître leva les yeux lorsque Jean Racine se présenta devant lui et lâcha sa plume.
- Mon petit Racine, je suis si heureux de vous voir. Allons, comment allez-vous ces jours-ci ? Quelles ont été vos lectures et qu'avez-vous appris ?
Jean lui raconta avec un certain plaisir le contenu de ses dernières leçons tout en observant la silhouette amaigri et fragile du maître. Le neveu de mère Angélique, figure respectée dans tout le royaume et premier à s'être retiré dans les alentours de l'abbaye, était une figure paternelle pour Racine. Sans doute aussi sévère que la tante Agnès bien qu'il ne fut, lui, pas avare d'éloges. Il n'avait jamais été son maître à proprement parler, il était bien trop occupé, et avait confié le jeune garçon à des précepteurs très compétents, Lancelot pour le grec, Nicole pour le latin et Hamon pour la grammaire. Mais Antoine Le Maître avait surveillé avec constance les progrès de son élève et avait appris à s'en faire aimer. Si Jean avait un grand respect pour tous les Solitaires, ce n'était en rien comparable à l'admiration éperdue qu'il réservait à Antoine Le Maître.
- Quels sont vos travaux actuels, monsieur ? Demanda-t-il poliment lorsqu'il eut terminé de raconter ce que son maître voulait entendre.
Antoine Le Maître laissa apparaître un mince sourire bienveillant sur son visage déjà ridé.
- Il semblerait bien que Sa Sainteté soit disposée à reconnaître l'intervention divine dans la guérison de sœur Marguerite. Je fais de mon mieux pour que cela soit véridique. Cela serait une preuve éclatante de l'élection de l'abbaye par Dieu.
Jean eut le sentiment que son maître ne lui disait pas tout. Antoine ne cherchait jamais à s'étendre sur les difficultés de Port-Royal mais le « petit Racine » savait bien que le roi et ses ministres n'avaient jamais vu d'un bon œil les réformes de mère Angélique et l'installation des Solitaires. Jean avait entendu dire par des rumeurs qui circulaient parmi les autres élèves des petites écoles que le propre frère de l'abbesse, Antoine Arnauld, était en train de batailler avec la Sorbonne.
- Hélas, je me dois de remplir ces tâches pour assurer un avenir à notre réforme même si pour cela, je néglige mon œuvre (il jeta un regard vers ses manuscrits de vies de saints). Mais ce n'est pas pour parler de moi que je vous ai fait venir aujourd'hui mon petit Racine. Vous allez bientôt atteindre vos dix-sept ans et il nous faut dès à présent discuter de votre futur.
Jean Racine se sentit blêmir mais le visage empli de bonté de son maître le rassura quelque peu. Antoine Le Maître n'était pas sans ignorer que Jean ne possédait plus rien en propre. Port-Royal était sa seule demeure. Où irait-il s'il devait partir ? Il ne pouvait être un poids pour ses cousins Vitard. Il n'avait même aucune compétence sinon celle de posséder une exceptionnelle culture en humanités. Pour l'instant, il avait toujours évité avec beaucoup de soin le sujet de sa vie d'adulte. Le maître lui sourit avec gentillesse comme s'il avait compris son trouble.
- Votre tante, sœur Agnès de Sainte-Thècle m'a fait part de ses inquiétudes. Vous savez que vous êtes destiné à une carrière ecclésiastique mais il n'est pas si facile de trouver des bénéfices...
Évidemment, songea Racine avec un peu d'amertume. Que s'était-il imaginé ? Ce n'était pas forcément la voie qu'il chérissait le plus mais avait-il seulement un autre choix sans soutien paternel ? Au moins, dire la messe lui permettrait de continuer à lire et écrire ce qu'il voulait.
- Lorsque vous serez prêt, vous partirez pour Paris pour poursuivre un cursus de philosophie au collège d'Harcourt où j'ai de nombreux amis. Votre tante a pris contact avec le frère de votre mère, Antoine Sconin, qui se trouve vicaire général d'Uzès et qui est prêt à vous prendre auprès de lui pour que vous puissiez trouver une charge.
Il ne restait plus qu'à s'incliner. Antoine Le Maître avait déjà repris sa plume et détourné son regard du jeune garçon.
- Merci, monsieur.
Antoine Le Maître releva de nouveau la tête et prit un air sévère :
- Mon petit Racine, nous avons besoin de prêtres comme vous, qui connaissent les Écritures et qui peuvent défendre la vraie religion. Monsieur Pierre Nicole m'a appris que vous aviez écrit un poème en latin sur Port-Royal. Je vous encourage à continuer sur cette voie mais j'aimerais vous rappeler, avant que vous ne me quittiez, que la poésie en elle-même n'est pas à rechercher. Elle n'est acceptable que lorsqu'elle sert Dieu.
- Je le sais, monsieur, répondit Jean en baissant la tête.
Le vénérable maître lui adressa un dernier sourire avant de le chasser par un geste désinvolte de la main. Jean se retira, le cœur troublé. Une fois sorti, il inspira profondément et prit la direction de l'abbaye pour récupérer son livre avec le vague sentiment de trahir la confiance du maître qu'il admirait tant.


ACTE III
Paris, Hôtel de Luynes – 1661.

« Je suis la nymphe de la Seine ;
C'est moi dont les illustres bords
Doivent posséder des trésors
Qui rendent l'Espagne si vaine.
Ils sont des plus grands rois l'agréable séjour ;
Ils le sont des plaisirs, il le sont de l'amour ;
Il n'est rien de si doux que l'air qu'on y respire ;
Je reçois les tributs de cent fleuves divers ;
Mais de couler sous votre empire,
C'est plus que régner sur l'empire des mers
»
(Jean Racine, Ode à la Nymphe de la Seine).

- Allons, Racine, viens nous rejoindre !
Racine jeta un regard envieux vers la fête qui battait son plein dans un des salons de l'Hôtel de Luynes mais déclina l'invitation d'un geste de la main. En temps normal, il se serait précipité parmi ses amis pour profiter lui aussi de la lecture d'une nouvelle pièce antique à la mode et pour faire les yeux doux à la plus jolie jeune femme de la soirée en espérant ne pas terminer la nuit seul dans son lit. Mais le jeune homme était trop fébrile pour pouvoir se comporter comme si de rien n'était. Il errait dans les couloirs assombris de la vaste demeure du duc, absent depuis quelques jours. Mlle de Beauchâteau était bien longue. Cela signifiait-il qu'elle était porteuse de mauvaises nouvelles ? Pourtant, elle lui avait promis que dès qu'elle aurait la réponse de sa troupe, elle viendrait le rejoindre. Pacte conclu par un baiser rapide. Mais près de deux heures après qu'il lui eut confié le précieux manuscrit, elle n'était toujours pas là. Racine avait fini par se décider à quitter sa couche refroidie mais voir la joyeuse humeur des autres protégés du duc lui portait sur les nerfs.
- Et bien, que vous arrive-t-il, Racine ? Pourquoi n'êtes-vous point en compagnie des autres ?
Surpris, Racine se retourna vivement pour faire face à Nicolas Vitard. Ce dernier, une bougie à la main, sortait de son bureau et s'apprêtait à verrouiller sa porte. Le jeune homme n'appréciait pas vraiment son cousin mais leurs relations s'étaient nettement améliorées depuis leur enfance. Après tout, c'était grâce à lui qu'il ne s'était pas retrouvé totalement démuni après sa sortie du collège d'Harcourt. Jean avait fini par quitter Port-Royal, un peu à contre-cœur en 1658 pour se rendre à Paris mais il y avait retrouvé son ancien ami Antoine Vitard. Après deux longues années de rhétorique et de philosophie, Antoine avait poussé son frère aîné, devenu intendant de l'Hôtel du duc de Luynes, à introduire leur cousin au sein des protégés de l'hôtel. Nicolas avait accepté de bon gré. Luynes était un homme riche et qui comme beaucoup d'hommes riches, s'ennuyait terriblement. Il acceptait donc que des scribouillards et d'autres personnes pleines d'esprit vivent dans sa demeure parisienne. Racine acceptait l'idée de n'être qu'un pique-assiette mais il avait parfois l'impression que le duc ne recherchait que de dociles animaux de compagnie dont il demandait une distraction quelques soirs par semaine avant de leur jeter des bouts d'os s'il était satisfait d'eux. Jean mangeait à sa faim et avait tout le temps qu'il lui fallait pour écrire, il ne se plaignait donc pas de sa situation. Mais parfois, il rêvait de liberté et de sécurité. On ne savait jamais quelle était l'humeur du maître quand il arrivait chez lui. Et Luynes pouvait très bien décider de le mettre dehors. Racine pouvait compter sur les réseaux jansénistes importants dans le royaume mais il voulait rester à Paris.
Ah, Paris ! C'était tout d'abord Antoine Vitard qui l'avait initié aux plaisirs qu'offrait cette ville. Il lui avait également présenté l'abbé François Le Vasseur, un joyeux luron qui lui avait fait découvrir tout ce qu'il fallait connaître de Paris. Les trois amis fréquentaient aussi bien les ruelles sombres des quartiers populaires, les bordels et les tavernes où l'alcool coulait à flot que les salons mondains où Racine espérait faire reconnaître son talent pour la poésie. Ils étaient le plus à leur aise dans la demeure de Scarron, l'auteur burlesque. Petit et difforme, l'homme ne manquait pas de goût et d'esprit. Racine avait rapidement pris ses marques et avait sympathisé avec la jeune Mme Scarron, née Françoise d'Aubigné qui servait de garde-malade à un mari impotent. Cette dernière avait la langue bien pendue et c'était un vrai plaisir que de parler avec elle. Et elle s'intéressait de près à ses œuvres.
Il n'avait jamais cessé d'écrire malgré la demande de ses maîtres de Port-Royal. Même enfermé au collège d'Harcourt, même emporté dans un tourbillon de fêtes et de plaisirs faciles, il n'avait jamais arrêté. Il connaissait parfois l'angoisse de la page blanche mais même s'il devait y passer des heures, il lui fallait rédiger ses quelques lignes par jour. Et à regret puisque la poésie ne devait rendre grâce qu'à Dieu, il avait fini par écrire une Ode sur la Paix des Pyrénées dédiée à Mazarin. Il lui fallait gagner sa vie et attirer sur lui la protection d'un puissant ne pouvait que lui être bénéfique. Un jour, sans doute, arriverait-il à quitter l'Hôtel de Luynes la tête haute avant le duc ne le chasse et à assumer ses dépenses lui-même. L'Ode n'avait pas eu le succès escompté car Racine avait fait face à une concurrence déloyale, celle du poète La Fontaine, le protégé du surintendant des Finances qui s'était fait remarquer pour un poème sur le même sujet. Racine avait profité des réseaux jansénistes dont faisait partie La Fontaine pour lui être présenté comme un jeune auteur prometteur. La Fontaine avait lu l'Ode et avait aimé. Malgré leur différence d'âge, les deux hommes étaient désormais amis et l'écrivain déjà reconnu lui avait promis de faire parvenir sa prochaine pièce au roi.
- Racine ? Insista l'intendant de l'Hôtel de Luynes, en le tirant de ses pensées, allez-vous bien ?
- Oui, merci, mon cousin. J'attends une nouvelle...
Pour ne pas devoir répondre aux questions de Nicolas Vitard, Racine s'éloigna rapidement et tira sur son beau costume. Il n'avait pas résisté à l'envie de l'enfiler pour accueillir Mlle de Beauchâteau. Il en était très fier car c'était le premier vêtement à la mode de Paris qu'il pouvait s'offrir sur ses propres deniers. Comme promis, La Fontaine avait montré à la cour l'Ode à la Nymphe de la Seine que Racine avait rédigée pour célébrer le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche. Ce poème avait eu un succès fulgurant auquel personne ne s'attendait. Il avait même été imprimé et diffusé dans le tout Paris ! Si Racine s'était attendu à entendre ses vers être déclamés dans quelque taverne... Chapelain, l'académicien qui dressait la liste des auteurs bien en cour, lui avait octroyé une coquette somme d'argent. C'était celle qui lui avait permis de s'acheter ce beau costume. Mais Racine ne voulait pas s'arrêter là. C'était la rencontre avec la comédienne Mlle Roste qui l'avait convaincu de se lancer dans l'écriture de pièces de théâtre. Il voulait s'illustrer dans la tragédie comme le recommandait Aristote et comme l'avait fait l'admirable Corneille. Mais la troupe de Mlle Roste, celle du Marais, avait refusé son Amasie. La déception avait été énorme mais heureusement, La Fontaine et Le Vasseur l'avaient poussé à ne pas se décourager.
- Je sais que vos amis de Port-Royal vous poussent toujours à opter pour une carrière ecclésiastique mais n'en faites rien, l'exhortait La Fontaine, vous avez du talent. Il vous faut prendre patience.
Jean Racine n'était pas patient. Maintenant qu'il avait goûté même du bout des lèvres à la réussite et à la reconnaissance, il en voulait plus. « Je veux que ma pièce soit représentée », voici les mots qu'il se répétait, le visage collé contre la fenêtre qui donnait sur la cour d'entrée de l'Hôtel. La buée formée par son souffle faillit l'empêcher de voir la fine silhouette qui se glissait entre les gardes portant la livrée des ducs de Luynes. Son cœur se mit à battre plus vite et il se précipita à la rencontre de sa maîtresse qui venait de franchir la lourde porte d'entrée.
Elle n'eut pas besoin de parler, l'expression de son visage était éloquent. En un instant, une multitude de sentiments traversa Racine. L'espoir brisé. La désillusion. La tristesse. Le chagrin. Puis la colère, la colère sourde qui soulageait un peu sa peine et empêchait les larmes qui emplissaient ses yeux de couler.
- Je suis désolée, murmura Mlle de Beauchâteau, tu sais que j'aurais aimé jouer le premier rôle de La Nouvelle Julie d'Ovide... Mais... Ils n'en ont pas voulu...
La troupe de l'Hôtel de Bourgogne n'avait pas voulu de sa pièce. Ces mots lui déchirèrent le cœur.
- Mais nous pouvons continuer à nous voir... N'est-ce pas, Jean, nous pouvons...
Sa voix était devenue suppliante. Racine secoua la tête :
- Non, je ne veux plus jamais avoir à faire à toi.
Il remarqua à peine son départ outragé. Il se sentait désemparé et seul, terriblement seul. Il remonta à pas lourds jusqu'à la pièce qui lui servait de chambre sans croiser personne sur son passage mais en entendant les rires qui émanaient du salon où la fête battait son plein. A côté de sa couche, il avait entassé toutes les lettres désespérées que lui avait envoyées sa tante Agnès. C'était terminé. Elle avait raison, elle avait toujours eu raison. Il ne pourrait jamais gagner sa vie à écrire des pièces qui outrageraient Dieu.
Dès le lendemain, il partirait. Son cœur se serra un instant à cette pensée mais il était résolu. Dès le lendemain, il partirait pour Uzès rejoindre son oncle Sconin vicaire qui lui chercherait un bénéfice ou une paroisse. Et il ne reviendrait plus.
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MessageSujet: Re: Jean Racine   13.07.11 16:13

ACTE IV
Paris – 1665.

« Je ne sais si mon cœur s'apaisera jamais :
Ce n'est son orgueil, c'est lui seul que je hais
» (Jean Racine).

- Sers-nous deux grands verres de ton alcool le plus fort ! Boileau, enfin, tu prendras bien un verre toi aussi !
Sans faire attention aux dénégations de son ami, Racine prit place sur un tabouret dans une gargote animée. Une petite serveuse blonde lui apporta la boisson demandée et allait s'éloigner quand le dramaturge, déjà bien éméché, lui saisit le bras pour la contempler avec gourmandise.
- Lâchez ma serveuse, s'écria la voix du patron à l'autre bout de la salle.
A regret, Racine s'exécuta. La petite lui rappelait la fille qu'il avait engagé dans sa toute nouvelle troupe. Sa troupe ! Comme il avait rêvé de pouvoir prononcer un jour ces mots ! Les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne avait enfin fini par accepter de le prendre à leur tête. Racine en avait profité pour imposer ses propres acteurs dont la blonde en question, une certaine Cécile, rencontrée à La Couronne de Blé, la taverne de Versailles. Elle avait réussi à le charmer par ses histoires de voyage, son air mutin et son sourire malicieux un soir où il n'était pas encore soûl.
- Tu ne crois pas que tu as déjà assez bu ? S'exclama Nicolas Boileau, en repoussant son propre verre.
Un autre acteur de la troupe de l'Hôtel de Bourgogne, un joyeux drille, Jules Morin en profita pour subtiliser le verre en jetant un clin d'œil à son nouveau maître. Racine n'était pas spécialement proche de lui mais leur amour commun de la fête et des jolies femmes leur avait permis de faire connaissance. Le petit Morin, fils de deux acteurs reconnus, jouait encore un petit rôle dans sa pièce mais il avait de l'ambition et Racine appréciait ce trait de caractère.
- Ne faut-il pas fêter ce succès mémorable ? Riposta Jean Racine.
Il trouvait que l'air sinistre de Boileau ne convenait pas à une telle soirée de triomphe. Même si Nicolas était son meilleur ami, en cet instant, il trouvait sa compagnie bien pesante. Et pourtant, le public dans sa totalité avait fait une ovation à la fin de sa nouvelle pièce, Alexandre le Grand. Racine aurait pensé pourtant que Boileau s'en serait félicité. Après tout, n'était-ce pas lui qui lui avait fait bénéficier de ses conseils sur la meilleure manière de rédiger une tragédie qui plaît au plus grand nombre ? C'était même cela qui les avait fait nouer un lien d'amitié. L'ennui avait été tel chez son oncle vicaire à Uzès que Racine n'avait pas résisté à l'envie irrépressible d'écrire encore. La Thébaïde était sa première pièce vraiment travaillée et dont il était fier. Son oncle Sconin ne lui ayant pas trouvé de bénéfice, Racine était retourné vivre à Paris. Et la chance avait fini par tourner. Ses vers étaient devenus une source de revenus. Ses deux poèmes adressés au roi malade, Ode sur la convalescence du roi et La Renommée aux Muses lui avaient permis de recevoir une pension de six cent livres. Bien plus, sa nouvelle protectrice, rencontrée grâce au réseau janséniste, la petite Gabrielle de Longueville l'avait introduit à la cour. C'était encore une gamine mais son nom était respecté à Versailles. Qui aurait pu un jour croire que Racine serait accueilli avec les honneurs dans un tel château, qu'il assisterait au lever du roi et mieux encore, que le roi lui-même se retournerait vers lui pour lui souhaiter la bienvenue et lui dire qu'il aimait ses poèmes ? C'était à ce moment précis que le jeune Racine avait compris une chose : tout était possible car sa plume avait la capacité de lui ouvrir toutes les portes. Il n'avait que faire d'une possible carrière ecclésiastique, il voulait faire du théâtre.
Boileau lui avait été d'une aide précieuse. Face au refus de l'Hôtel de Bourgogne de jouer La Thébaïde, il avait convaincu la troupe du Palais-Royal, protégée du duc d'Orléans de se laisser tenter. Le directeur de cette dernière, Molière, leur avait fait bénéficier de sa longue expérience des planches. Mais à la grande déception de Racine, La Thébaïde avait été un échec retentissant.
- Un succès ou un échec, tout est occasion de boire et de faire la fête, constata Boileau, comme si son esprit avait fait le même cheminement.
Mais Racine n'était plus le jeune homme qui se laissait déstabiliser par les critiques. Il savait que ses idées étaient bonnes, que ses vers étaient harmonieux et que la tragédie était le grand art. Alexandre le Grand dont l'intrigue était tirée d'une de ses lectures de Port-Royal, un livre de Quinte-Curce, était son chef d'œuvre, il en était persuadé. Et il savait flatter les puissants. Il prit une grande gorgée de sa choppe et vit arriver l'un de ses nouveaux acteurs en courant. Lucas Lefèbvre lui devait tout puisqu'il l'avait tiré du ruisseau pour lui confier le rôle de Taxile. Mais il semblait pour le moment plutôt affolé.
- Molière arrive et il vous cherche !
Et en effet, quelques instants plus tard, le directeur du Palais-Royal pénétrait à grand pas dans la taverne, suivi de près par La Fontaine qui semblait chercher à le calmer, et se planta près de celui qu'il considérait comme un ami. Jean Racine tentait de garder un air indifférent en portant son verre à ses lèvres mais c'était la première fois qu'il voyait Molière dans une telle rage. Le silence s'était peu à peu fait dans la gargote et quelques hommes s'éloignèrent discrètement pour ne pas se trouver mêlé à une dispute qui risquait fort de dégénérer en bagarre générale. Du coin de l'œil, Racine distingua la silhouette de leur ami commun Nicolas Boileau qui s'était redressé, sans doute prêt à s'interposer. D'autres, au contraire, attendaient avec impatience les paroles de l'auteur pour pouvoir avoir une bonne excuse pour utiliser leur poing. Mais Racine ne voulait pas leur donner ce plaisir et en reposant son verre sur le comptoir, il adressa un sourire ironique au metteur en scène. Molière avait les joues rouges, les yeux plissés et fixés sur son cadet et tremblait de colère contenue. Il ne semblait pas se rendre compte que La Fontaine lui avait saisi les épaules pour éviter qu'il ne se jette sur l'objet de son ressentiment.
- Pourquoi as-tu donné ta pièce aux acteurs de l'Hôtel de Bourgogne ? Nous avions travaillé sur cette fichue tragédie pendant des mois pour pouvoir la présenter ce soir...
Le ton de Molière était resté calme pendant toute sa tirade. Mais sa voix avait monté d'un ton comme s'il ne parvenait plus à se contrôler :
- Pourquoi ? Pourquoi cette trahison ?
Jean Racine sentit les regards du public improvisé se poser sur lui. C'était à lui de déclamer sa tirade. Il préféra se détourner de Molière pour jouer avec son verre.
- Allons, Molière... Tu sais bien que je n'appréciais pas la manière dont ta troupe interprétait Alexandre. J'ai tenté d'apporter des modifications que tu n'as pas appréciées, en conséquence j'ai préféré la manière forte, je suis allé donner mon texte à l'Hôtel de Bourgogne où j'ai pu donner mes directives.
- Tu n'étais que l'auteur, j'étais le metteur en scène, je savais ce qui était le mieux !
La main de Molière passa devant son nez et fit s'envoler le verre qui s'écrasa au sol dans un bruit sourd couvert par le cri d'une petite servante. Racine, sentant l'irritation le gagner à son tour, fit face à son ami et devant le regard furieux de celui-ci, comprit qu'il n'avait plus rien d'un ami. Seule la haine émanait du visage de Jean-Baptiste Poquelin en cet instant et étrangement, Racine se sentit soulagé. Depuis combien de temps s'étaient-ils complu dans les faux-semblants ? Cette querelle faisait resurgir en eux tout ce qu'ils avaient toujours ressenti mais qu'ils avaient mis de côté derrière une façade d'amitié et de collaboration artistique. Mais Racine savait très bien que derrière tout cela, il n'y avait qu'une sombre affaire de rivalité et de jalousie. Il n'y avait pas de place pour deux. Pas au théâtre. Alors Racine cracha des mots dans le but évident de blesser son rival :
- Voyons, Molière, tu n'as jamais su ce qu'était une véritable tragédie et même en mettre une en scène. Retourne à tes bouffonneries tant qu'elles font rire des personnes hauts placées et laisse le noble art à des auteurs et metteurs en scène de talent.
Le mépris apparaissait clairement derrière ces deux petites phrases. La foule poussa un murmure d'étonnement tandis que Molière recula d'un pas sous l'affront et semblait s'étrangler d'indignation.
- Allons, calmez-vous, s'interposa Boileau, inutile de demander des explications maintenant, Jean-Baptiste, tu vois bien que Jean a déjà bien bu...
Molière l'écarta d'un geste, comme un vulgaire insecte. Racine savait qu'il avait frappé juste et que tout ce que pourrait dire Boileau n'avait plus d'importance. Le directeur du Palais-Royal le fixait droit dans les yeux. Racine était traversé par une foule d'émotions contradictoires, entre jubilation d'avoir su mettre Molière hors de lui, ennui, colère et volonté d'écraser celui qui lui faisait une scène.
- Je ne me laisserais pas faire par un petit blanc-bec comme lui ! S'écria Molière, comment ose-t-il vouloir m'apprendre le théâtre alors qu'il a plus de bâtards que d'œuvres à son actif ?
- Au moins, je sais contenter les femmes, riposta Racine, furieux, tu ne peux pas en dire autant, Armande ne vient-elle pas de te quitter ?
La suite se passa trop vite pour que Racine puisse réagir. Comme dans un rêve, il vit Molière échapper à la poigne de La Fontaine et se précipiter sur lui. Exactement à la même seconde, la foule sembla se réveiller et se mit à s'égosiller des paroles d'encouragement. En revanche, Racine ne distingua pas le poing de son ancien complice. Ce fut le choc brutal qui le projeta à terre et la douleur vive qu'il ressentit sur la joue droite qui lui indiquèrent que Molière venait de le frapper. Perdant tout son calme, le dramaturge se redressa violemment. Il sentait la chaleur de l'alcool se répandre dans ses veines et lui apporter un certain soulagement. Il allait répliquer à son tour avec ses poings quand des bras puissants entourèrent son torse pour l'empêcher d'avancer. Fou de rage, Racine se débattit en vain. En face de lui, Molière était maîtrisé par La Fontaine et certains de ses acteurs qui l'entraînèrent à l'extérieur. Lorsque son nouvel ennemi disparut, Racine se rendit compte qu'il était en train de hurler qu'il allait se venger. Il se calma petit à petit sous le regard empli de déception de Nicolas Boileau et en tâtant sa joue douloureuse, il constata que le sang coulait.
- Garçon, un autre verre, commanda Racine alors que l'attention générale se détournait de lui.
C'était fini. Racine avait confusément conscience au milieu des effluves d'alcool qu'il venait de détruire une amitié, de faire exploser le quatuor jusqu'alors soudé que Molière, La Fontaine, Boileau et lui-même formaient. Mais il était libre désormais. Il avait sa propre troupe, il avait connu son premier grand succès, il était jeune et encore prometteur. L'avenir s'ouvrait à lui.


ACTE V
Paris, Hôtel de Bourgogne – 1666.

« Plus l'offenseur m'est cher, plus je ressens l'injure » (Jean Racine, La Thébaïde).

Jean Racine ouvrit doucement les yeux mais les rayons du soleil qui pénétraient dans la chambre l'éblouirent. Il referma immédiatement les paupières, porta sa main droite jusqu'à son front et laissa échapper un petit gémissement de douleur. Qu'avait-il donc bu la veille au soir pour se trouver dans un tel état ? Le dramaturge farfouilla dans sa mémoire mais se rendit compte qu'il ne se rappelait même pas ce qui s'était vraiment passé. Un bruit de draps froissés le poussa à tourner la tête à sa gauche. Une jeune femme visiblement endormie lui tournait le dos. Ses longs cheveux blonds étaient éparpillés sur l'oreiller. Pendant quelques centièmes de seconde, Racine crut qu'il s'agissait de Christine. Avant de se rappeler qu'il avait rompu avec pertes et fracas avec la jolie jeune marquise de Listenois qui avait été sa muse pendant la rédaction de sa dernière pièce Alexandre. Il devait vraiment ne pas être dans son assiette pour avoir oublié que Christine l'avait accusé d'avoir recopié ses idées et avait décidé de lui lancer un défi d'écriture pour se venger. Non, mais vraiment, il n'avait fait que s'inspirer de ce que racontait la demoiselle. Elle avait une telle imagination qu'il aurait été dommage de s'en priver. Elle était capable d'inventer des histoires à partir de points de départ les plus farfelus qui soient. En d'autres circonstances, si Christine avait eu d'autres origines, il lui aurait proposé de rentrer dans son théâtre. Mais elle avait préféré partir. Tant pis pour elle. Elle avait été une maîtresse et une muse merveilleuse mais d'autres femmes occupaient désormais ses pensées.
En faisant attention à ne pas réveiller sa compagne d'une nuit, Racine se leva et se dirigea vers la fenêtre en enfilant rapidement une chemise. L'animation avait déjà gagné les rues parisiennes. Mais Paris était-elle une ville qui dormait ? Le dramaturge passa une main dans ses cheveux courts et ébouriffés en regardant la jeune fille qu'il avait dans son lit. Devait-il la réveiller ? Pour ce qu'il pouvait en voir, elle avait un physique plutôt agréable ce qui le rassura sur sa présence d'esprit même en pleine ivresse. Depuis qu'il était connu et se rendait régulièrement à Versailles, il avait à peine besoin de déployer tout son charme pour attirer les demoiselles à lui. Le charme, c'était bien tout ce qu'il avait. Il était resté petit toute sa jeunesse avant de grandir d'un seul coup à l'âge de seize ans. Mais il ne s'était jamais réellement étoffé et même à vingt-sept ans, gardait une silhouette dégingandé de celui qui a grandit trop vite. Enfin, cela lui permettait de garder des traits fins et une ancienne maîtresse lui avait dit qu'il avait un magnifique sourire.
Après avoir vérifié qu'il ne connaissait pas l'identité de la jeune femme dans son lit, il quitta la chambre à pas de loups. En descendant l'escalier, il constata que l'animation avait aussi gagné l'Hôtel de Bourgogne dans lequel il vivait désormais comme un maître. A vrai dire, il laissait ses acteurs vivre assez librement tant qu'ils étaient présents pour les répétitions et qu'ils jouaient juste. Il aurait de toute façon bien été en peine de leur dire quoi que ce soit au vu de ses propres mœurs. La débauche était habituelle pour lui. Certes, ces derniers temps il pensait plus que de raison à la charmante anglaise rencontrée à Versailles quelques semaines auparavant. L'exact opposé de la fille qui dormait dans sa couche ce matin là. Une brune au regard profond et envoûtant, au corps sensuel. Il l'avait tout de suite remarquée parmi tous ces courtisans poudrés et uniformes. Elle était la seule à avoir attiré son attention. Tout juste veuve... Raison de plus pour chercher à la consoler, encore que Jean fut d'avis que Whitney of Dover n'avait rien d'une âme en peine. Combien de temps durerait cette passade ? Il l'ignorait mais il avait bien l'intention d'en profiter le plus longtemps possible. Un sourire idiot sur les lèvres, en pensant aux dernières nuits qu'ils avaient passé ensemble, il pénétra dans une salle à manger.
Arnaud Legrand se trouvait là, assis sur un fauteuil, en train de siroter quelque chose qui ressemblait à du café et qui lisait les dernières nouvelles dans une gazette. Racine avait une certaine affection pour son acteur principal. Il était certainement le seul à tout connaître de ses origines. Arnaud lui avait demandé asile un soir où la pluie rendait les rues de Paris impraticables puis lui avait raconté toute son histoire jusqu'à son excommunication. Racine savait d'où il venait et tout ce qu'il devait à ceux qui lui avaient tendu la main. Il n'avait donc pas hésité, surtout devant le talent évident du jeune homme, à le faire entrer dans sa troupe et à lui trouver un nouveau nom. Arnaud avait rapidement gravi les échelons pour jouer les rôles principaux et n'avait jamais donné à Racine l'occasion de regretter sa générosité. Ce dernier salua son comédien fétiche et s'affala à la table garnie de petites brioches que venait d'apporter Charlotte Roussel qui adressa un sourire au dramaturge puis un coup d'œil intimidé vers Arnaud.
- Tiens, Roussel, vous pourriez me rendre un service ? Demanda Racine en mordant dans une pâtisserie.
La jeune femme acquiesça sans que Racine eut besoin de livrer plus d'explications. Charlotte était une personne délicate et posée, la plus à même de chasser en douceur les conquêtes d'un soir de Racine. Elle avait été servante de cet hôtel avant de se faire remarquer par Arnaud. Ce dernier l'avait présentée à l'auteur qui n'avait jamais réellement prêté attention à cette petite souris. Il était dubitatif à l'origine mais dès les premiers vers déclamés sur scène, elle s'était transformée pour gagner une présence indubitable. Elle n'était pas désagréable à l'œil ce qui lui permettait de jouer les rôles secondaires avec brio. Racine était persuadé qu'il existait quelque chose entre Charlotte et Arnaud mais le jeune homme avait toujours démenti avec véhémence.
- J'irais, monsieur Racine. Mlle Even est absente ce matin.
Racine soupira de soulagement intérieurement. Il n'avait pas envie de croiser le regard plein de reproches de sa vedette, Mathilde Even. Il était allé la chercher chez Molière, cette perle, après la mort de Mlle de Beauchâteau l'année précédente. Elle avait certes du talent mais ce furent ses passages fréquents dans la couche du maître de l'Hôtel qui lui avaient permis de gagner le premier rôle, Racine ne le cachait pas. Elle se montrait donc jalouse de toute femme qui pénétrait dans ces lieux comme si on voulait lui prendre sa place. Racine n'avait pas encore osé lui avouer qu'elle n'aurait pas le rôle titre de sa prochaine pièce, en cours d'écriture. Une seule personne pouvait interpréter Andromaque et cette personne, c'était Françoise d'Aubigné, la veuve Scarron. Le dramaturge n'avait jamais perdu contact avec elle. Ils aimaient échanger des mots d'esprit et passer du temps ensemble. Mais depuis quelques temps, elle l'inspirait. Son regard triste, sa dignité... Tout en elle était Andromaque. Il espérait tant pouvoir la faire monter sur scène qu'il l'avait convaincue de prendre quelques cours particuliers de comédie en sa compagnie. Racine savait bien que la moitié de l'hôtel pensait qu'il la mettait dans son lit mais ce n'était pas le cas. Françoise était une amie et une muse. Il craignait le moment où il devrait l'annoncer à Mlle Even, qui avait pour particularité d'avoir un caractère explosif. Mais cette fois, il ne transigerait pas.
Charlotte Roussel s'éloigna pour accomplir sa tâche. Racine se retourna vers Arnaud qui lisait toujours, les sourcils froncés.
- Des nouvelles intéressantes ? Des personnes sont passées pour me voir ce matin ?
Legrand leva un regard gêné vers son maître comme s'il hésitait à lui avouer quelque chose :
- Oh, des gêneurs que j'ai chassés... Un admirateur voulait vous rencontrer, je lui ai dit de vous retrouver après la représentation de demain soir. Le peintre Thierry d'Urvoy a fait envoyer un pli pour s'excuser de ne pas avoir été présent hier soir...
Racine songea avec ironie que même si la nouvelle coqueluche de Paris, un apprenti de Le Brun, avait été présente, il aurait bien été en peine de s'en souvenir. Cela faisait des semaines qu'il cherchait à se rapprocher de lui. Il aimait se faire des relations dans le tout Paris qui compte et une fête grandiose, quelques filles peu farouches et de l'alcool qui coulait à flot lui semblaient de bons moyens pour faire naître des amitiés. Mais le peintre rechignait à faire la connaissance de Racine, ce qui intriguait ce dernier. Enfin quand il prenait le temps d'y penser ce qui ne lui arrivait jamais plus de deux minutes d'affilée.
- Vous avez également eu un pli du prince de Calenberg pour confirmer un rendez-vous, me semble-t-il...
Legrand lui tendit le pli en question que Racine prit mais n'ouvrit pas. Matthias de Calenberg était l'un de ses seuls amis avec Nicolas Boileau. Ils se retrouvaient d'ailleurs tous les trois pour discuter et refaire le monde. Bon certes, ces rencontres étaient assez peu fréquentes dernièrement car Racine passait son temps à plancher sur sa nouvelle pièce, à boire et à soigner sa gueule de bois. Mais c'était toujours un plaisir inégalé de passer du temps avec des hommes cultivés prêts à lui donner des conseils pour sa tragédie. Calenberg était un homme affable et ouvert d'esprit, grand connaisseur de livres et de théâtre. Racine se réjouissait à l'avance de leur rencontre. Si seulement cette fichue migraine voulait bien disparaître ! Il se tourna vers Arnaud qui semblait hésiter à continuer :
- Et bien ? Quoi d'autre ?
Pour toute réponse, Arnaud Legrand lui tendit la gazette et Racine dut attendre quelques secondes que sa vue s'habitue à une écriture si petite. Mais ce qu'il y lut le laissa sans voix. Comment osait-il ? Comment osait-il ? Jean n'était pas idiot au point d'ignorer que ses anciens maîtres de Port-Royal désapprouvait sa vocation d'écrivain. Mais delà à exprimer haut et fort sa désapprobation dans le tout Paris et avec des mots si durs...
Blessé au plus profond de lui-même, brusquement dégrisé, Racine se releva et sentit une délicieuse fureur couler dans ses veines et se répandre en lui. Il se répétait en boucle les insultes que son ancien professeur de latin, Pierre Nicole, qu'il avait tant respecté, avait écrit pour la gazette. « Jean Racine déshonore l'éducation que lui ont donné les maîtres de Port-Royal. Il outrage la mémoire d'Antoine Le Maître qui avait une si grande affection pour lui par des pièces impies et une vie de profane ».
- Ce n'est pas tout, poursuivit Arnaud Legrand d'une petite voix, il se raconte que sœur Agnès de Sainte-Thècle a qualifié votre œuvre « d'hérétique ».
Racine se prit la tête entre les mains avec la nette impression que son crâne allait exploser. Il aimait tellement sa tante, il avait tant cherché son approbation et sa satisfaction et elle le savait. Pourquoi l'humilier ainsi ?
Les deux hommes gardèrent le silence un long moment comme si Legrand attendait que surgisse la colère de son maître. Mais Racine, en relevant le visage, se sentait étrangement calme. Il ne pouvait abandonner le théâtre. Il ne lui restait donc qu'une seule chose à faire.
Après avoir écrit sa lettre pleine d'injures destinée à Nicole, Jean Racine eut l'impression d'être changé. Comme si renier son enfance, son éducation et sa famille l'avait fait grandir. Avait fait de lui un adulte. Il n'avait plus à chercher à contenter personne sinon son art et le roi. Il n'avait plus de rendre de compte à personne sinon à sa conscience. Il se trouvait enfin libre.
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MessageSujet: Re: Jean Racine   13.07.11 23:15

Je crois avoir terminé ma fiche Very Happy
J'espère que tout conviendra, j'avoue avoir un peu galéré pour placer tous mes liens prédéfinis...
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Date d'inscription : 10/09/2006


MessageSujet: Re: Jean Racine   14.07.11 22:56

En fait, je t'explique pour être validé avec Racine il faut que tu abandonnes Gabie ... What a Face

PTDR

Bon d'accord, j'arrête mais j'aurais essayé d'épargner mon Amy on peut pas m'en vouloir ... Caliméro

Allez l'admin qui est en moi te valide et te dit qu'elle adore ta fiche Very Happy

La team brown compte un nouveau membre !!! cheers

Bienvenue parmi nous donc, je te souhaite un très bon jeu parmi les schyzos que nous sommes Smile

Tu connais le chemin pour les différentes demandes !

A très vite en jeu Very Happy

______________________

La duchesse de Fer
" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

Le rouge et le noir
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MessageSujet: Re: Jean Racine   14.07.11 23:16

Bien essayé Razz

Merci beaucoup, chère Amy, pour cette validation rapide, je m'empresse d'aller accomplir les formalités Wink
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MessageSujet: Re: Jean Racine   

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