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 Les noces funèbres [PV Aliénor]

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MessageSujet: Les noces funèbres [PV Aliénor]   Les noces funèbres [PV Aliénor] Icon_minitime25.07.15 18:11

Les noces funèbres [PV Aliénor] Tumblr_mpjcbt4CpI1qib0lto3_250Les noces funèbres [PV Aliénor] Tumblr_mfxexuDQsB1qdm7rno2_r1_250
« my kingdom for a horse! »



C’était la fin. Maximilien le voyait venir gros comme une maison : c’était fini. Aliénor allait franchir les portes de cette pièce d’un instant à l’autre, et le monde allait s’écrouler autour d’eux, écrabouillant au passage le malheureux duc de Leuchtenberg sous ses cruels débris. Maximilien avait toujours eu l’instinct pour flairer le danger ; et surtout, il savait quand les idées de Ferdinand-Marie étaient mauvaises. Non, les idées de Ferdinand-Marie étaient toujours mauvaises : il savait quand elles étaient particulièrement mauvaises. Au point de devenir carrément dangereuses, laissant à son infortuné cadet le soin de réparer ses bêtises derrière lui avec sa diplomatie et son ingéniosité légendaires. Bizarrement, il était à peu près sûr que cette fois, toute la diplomatie et toute l’ingéniosité du monde ne les sauveraient pas. Assis dans un fauteuil, jambes et bras croisés en une attitude clairement défensive et hostile, il fusillait du regard son aîné qui observait nonchalamment le tableau de Léopold en acteur. Abruti de Ferdinand-Marie. Tout était de sa faute. A cause de lui, Maximilien avait été forcé de prendre une décision pour Aliénor sans avoir le temps de la consulter auparavant, une décision qui, il le savait très bien, ne lui plairait pas – mais s’il n’avait pas pris cette décision les conséquences en auraient été bien pires. Mais Aliénor serait sûrement trop fâchée pour comprendre, ou même essayer de comprendre, les efforts désespérés qu’avait fait son frère pour sauver les meubles et la sortir d’une situation encore plus désespérée que celle-ci. Décidément, entre un aîné complètement crétin et une cadette caractérielle sous ses dehors de petit ange, il n’était vraiment pas servi, le duc de Leuchtenberg. Et en plus, il pleuvait. Journée de gueux, tiens.

Si Ferdinand-Marie n’avait pas eu l’idée d’organiser des fiançailles entre Aliénor et leur cousin aussi, rien de tout cela ne serait arrivé. Maximilien se souvenait très bien du sentiment d’horreur qui l’avait envahi lorsque son aîné lui avait annoncé qu’il avait proposé la main d’Aliénor à leur cousin au premier degré Hans – un idiot lui aussi, incapable d’aligner plus de trois mots cohérents, qui criait sans raison, et s’amusait à chasser les servantes avec une lance quand il se prenait subitement pour Lancelot de la table ronde. Un désastre. Maximilien avait aussitôt refusé, arguant que ce mariage serait certes avantageux financièrement mais une vraie catastrophe pour la pauvre Aliénor qui avait déjà assez enduré de noces ratées. Ferdinand-Marie, pour cette fois, avait fermement tenu sur ses positions, au grand désespoir de Maximilien qui s’était vu poser un ultimatum : il avait un mois pour trouver un meilleur parti à sa sœur, autrement, elle épouserait Hans. En catastrophe, Maximilien avait mobilisé tout son répertoire de contacts, s’ingéniant à trouver un candidat qui correspondrait au statut social recherché par Ferdinand-Marie et qui ne soit pas un cousin direct, ni un oncle, ni neveu, ni un abruti fini. Finalement, après deux semaines de recherches, ce fut lors d’un échange épistolaire avec le roi du Danemark, Frederik III, qu’il trouva la solution. Frederik, qui avait toujours porté le jeune Wittelsbach en une certaine estime, lui avait confié qu’il cherchait à marier son frère cadet Edouard, et lui avait demandé s’il n’y avait à Versailles une jeune fille qui pourrait convenir. L’équation s’était faite en un instant dans l’esprit de Maximilien. Il connaissait le prince évidemment, ils avaient déjà conversé quelques fois, et il était le candidat idéal pour éviter à Aliénor un mariage plus désastreux encore que les précédents. L’accord avait rapidement été conclu. Mais quant à prévenir Aliénor, Maximilien n’en avait pas eu le temps, et Ferdinand-Marie…

« Vous auriez tout de même pu prévenir Aliénor de votre intention de la marier en premier lieu. Cela nous aurait évité tous ces ennuis, et la colère que nous ne manquerons pas de subir quand elle arrivera ! » grogna Maximilien.
« Vous prenez ce mariage trop à cœur, mon cher petit frère. » répondit Ferdinand-Marie, et Maximilien songea qu’il détestait ce ton condescendant et paternaliste qu’il prenait dès qu’il s’adressait à lui. Alors que tout le monde savait pertinemment que c’était lui, le véritable cerveau dans la fratrie Wittelsbach ! « Aliénor devait bien se douter que cela arriverait un jour. C’est encore une belle fille, elle est encore jeune, c’était là son devoir ! »
« Et vous, votre devoir est de protéger votre famille, pas de la jeter en pâture au premier venu pour votre simple intérêt ! »
« C’est vous qui l’avez ‘jetée en pâture’ à ce danois. La marier à notre cousin me paraissait justement judicieux en cela que nous le connaissons et… »
« Vous savez aussi bien que moi que c’est un parfait idiot et un arriéré qui… »

La dispute qui éclatait pour la dixième fois cette semaine entre les frères Wittelsbach fut interrompue par Igor qui vint frapper pour annoncer l’arrivée du carrosse de l’archiduchesse. Les deux frères se turent aussitôt, puis se regardèrent en chien de faïence, avant qu’enfin Maximilien ne se décide à remercier Igor et l’envoyer chercher des rafraîchissements pour Aliénor. Quoique, quelque chose lui disait que ce serait plutôt d’un remontant qu’elle aurait besoin. Sans poser de questions, comprenant que la situation était grave, Igor se retira, et Maximilien bénit une fois de plus la discrétion légendaire de ce Cosaque des plus surprenants. Se levant de son fauteuil, Maximilien fit les cent pas dans la pièce en guettant ceux de sa chère sœur, pendant que Ferdinand-Marie roulait des yeux d’un air de dire qu’il exagérait et qu’il était bien ridicule de paniquer comme ça juste à cause de la colère d’un petit bout de femme. Ce à quoi Maximilien répondit en lui jetant un regard noir qu’on pouvait traduire par une potentielle volonté d’égorger son aîné et de suspendre son cadavre en haut de Versailles s’il osait proférer le moindre mot désobligeant à l’égard d’Aliénor ou de lui-même. Et pour une fois, Ferdinand-Marie, qui avait commencé à ouvrir la bouche, saisit le message et la referma aussitôt. Miraculeux.

Soudain, la voix du valet de pied annonça Aliénor et les deux frères se redressèrent d’un même mouvement (la première fois de leur vie probablement qu’ils s’accordaient réellement). Avant même qu’ils n’aient le temps de dire un mot, la porte s’ouvrait et laissait place à Aliénor, tout en blondeur et vêtu de riches couleurs qui pourtant ne semblaient jamais criardes sur elle. La dernière fois qu’ils s’étaient vus, Maximilien partait justement pour le Danemark, officiellement en voyage diplomatique, officieusement pour organiser ces fameuses fiançailles avec le prince Edouard. Ces retrouvailles étaient probablement les pires que le jeune duc pouvait imaginer. Et pourtant, il en avait à revendre, de l’imagination.

« Ma chère sœur, vous êtes plus resplendissante que jamais. » commença Ferdinand-Marie en s’avançant pour lui faire un baisemain –avant de s’arrêter net, interrompu par le regard furieux qu’Aliénor lui lançait. Maximilien déglutit non sans difficulté. Elle était furieuse. Elle savait. Si même Ferdinand-Marie le voyait, lui qui d’habitude ne voyait jamais rien, c’était vraiment que la situation était critique. Pourtant, cela ne découragea pas l’aîné des Wittelsbach qui repartit à l’attaque :

« Ce mariage sera d’autant plus une réussite, le prince sera incapable de résister à votre beauté et… » Ferdinand-Marie laissa échapper une exclamation de douleur après que Maximilien lui ait donné un méchant coup de coude dans les côtes pour le faire taire. Cet imbécile n’allait réussir qu’à aggraver la situation ! Il était évident qu’elle était au courant de ses fiançailles, et que ce n’était ni lui, ni leur aîné, qui lui avait appris la nouvelle. Et cela, peut-être, était la plus grande trahison de toutes. Complètement dépité, Maximilien s’approcha de sa sœur :

« Aliénor, je suis sincèrement désolé que nous n’ayons pu te mettre au courant avant… tu comprends, il fallait agir dans l’urgence et… » Il foudroya à nouveau Ferdinand-Marie du regard, lequel le lui rendit bien. « Et nous n’avons même pas eu le temps de t’en parler. Si quelqu’un m’en avait laissé le temps, crois bien que les choses se seraient passées différemment et que je n’aurais jamais pris part à cette mascarade. »

Les pensées de Maximilien se mélangeaient et s’embrouillaient dans sa tête et il peinait à être cohérent, à faire appel à cette rhétorique sans faille qui d’habitude le sortait toujours des situations les plus épineuses. Mais avec Aliénor, c’était plus fort que lui, ses inquiétudes de grand frère prenaient le pas sur la raison. Et cette fois, il n’était vraiment pas sûr que de simples excuses suffiraient !

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Aliénor de Wittelsbach


Aliénor de Wittelsbach

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Il est libre de battre mais n'a pas trouvé qui serait digne de lui.
Côté Lit: Il n'y a que moi et parfois ma fille. Pas d'homme, pour cause d'absence de coeur qui bat.
Discours royal:



FEMME D'AUJOURD'HUI
elle flotte, elle hésite ...

Âge : 24 ans
Titre : Archiduchesse d'Autriche, duchesse douairière de Saxe-Zeitz et de l'Autriche inférieure
Missives : 645
Date d'inscription : 13/09/2012


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MessageSujet: Re: Les noces funèbres [PV Aliénor]   Les noces funèbres [PV Aliénor] Icon_minitime13.09.15 17:02

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« C'est de la confiance que naît la trahison. »


C'est fou ce que l'on fournit comme effort à la Cour pour ne pas montrer son véritable visage. Aliénor avait tout de même appris qu'on la mariait pour la troisième fois, sans prendre même le soin de la prévenir, elle fut mise devant le fait accompli par un conseiller de son frère face à son fiancé le prince du Danemark. Ferdinand-Marie n'avait pas pris la politesse de lui annoncer en personne, au moins de lui envoyer une missive alors qu'il logeait à Paris en ce moment même ! Il lui avait fallu des trésors de contenances pour rester cordiale face à Édouard, après tout ce n'était pas sa faute s'ils se mariaient, lui-même ne voulait pas une nouvelle union et tous les deux devaient bien faire ce que souhaitaient leurs familles respectives. Mais une fois qu'elle prit congés et demanda qu'on attelle son carrosse pour Paris, son visage changea et sa camériste Julia le voyait bien. Pire encore, une fois montée et les chevaux lancés vers la capitale, l'archiduchesse se mit à pleurer sans retenue, de colère mais aussi de désarroi. Pourquoi encore une fois ? Pourquoi ne la laissait-on pas tranquille ? Qu'allait-elle devenir au Danemark, loin de sa famille, de son nouvel environnement, de Maximilien ? La pauvre camériste ne savait pas comment calmer cela et durant vingt bonne minutes, la jeune femme pleura à chaudes larmes avant de ne plus en avoir, et que la colère reprenne le dessus. Le voyage se fit en silence pendant que Julia refit une beauté à sa maîtresse, cela n'aurait pas été du meilleur goût qu'elle arrive négligée, tout son discours ne vaudrait plus rien.

Dans son for intérieur, Aliénor voyait Ferdinand-Marie pendu au bout d'une corde. Lui faire ça, encore ? Après le désastre de sa seconde union ? Certes, il avait eu la décence de ne pas la marier à un autre cousin dégénéré comme les Habsbourg-Wittelsbach connaissaient si bien. Ce n'était pas une excuse, la prévenir aurait été la moindre des choses. Elle n'aurait pas été plus d'accord avec la chose mais au moins, on restait dans les règles. Comme il passait une partie de son temps à l'hôtel familial, la jeune femme trépignait d'impatience pour régler ses comptes. Rares étaient les fois où Aliénor entrait dans une telle colère, et la plupart du temps, son frère aîné entrait dans l'équation. Il était très bon prince-électeur, un époux agréable d'avoir sa femme, un militaire hors pair … mais sans doute le pire des frères existants sur cette planète !

A force de ruminer ses idées meurtrières, sombres, elle ne s'aperçut qu'au dernier moment qu'elle arrivait chez elle. Jamais voyage ne fut plus rapide, comme quoi, cela pouvait avoir du bon. Elle descendit de son véhicule et dut se retenir pour ne pas courir et sauter à la gorge du prince-électeur, tenter de rester digne jusqu'au bout. Si hurler et le frapper lui calmerait sans doute les nerfs, il n'aurait aucun impact comme elle le souhaitait, alors il fallait encore une fois se contenir. De toute façon, elle hurlerait bien à un moment ou un autre. Après avoir passé les portes d'entrée, on la conduisit au salon où se tenaient ce qui lui restait de famille proche : deux frères diamétralement opposé, avec Ferdinand-Marie l'air presque jovial, et Maxi droit comme un i, d'une mine indéchiffrable. Il avait sans doute appris la nouvelle il y a peu, et comprenait sa cadette.

« Ma chère sœur, vous êtes plus resplendissante que jamais. »

Il s'approcha de la jeune femme, prêt à la saluer comme il le faut, mais Aliénor refusa de tendre la main et lança un regard des plus sombres, ce qui arrêta l'aîné dans son entreprise. Mais il continua à faire comme si de rien n'était, et même à parler du mariage.

« Ce mariage sera d’autant plus une réussite, le prince sera incapable de résister à votre beauté et… il fut interrompu par le coup de Maximilien, qui avait la décence, lui, de ne pas plonger à nouveau le couteau dans la plaie.
« Aliénor, je suis sincèrement désolé que nous n’ayons pu te mettre au courant avant… tu comprends, il fallait agir dans l’urgence et…  Et nous n’avons même pas eu le temps de t’en parler. Si quelqu’un m’en avait laissé le temps, crois bien que les choses se seraient passées différemment et que je n’aurais jamais pris part à cette mascarade.
Alors tu savais aussi ? » Elle eut un mouvement de recul, horrifiée.

Ainsi donc, il avait tu le plan diabolique de son aîné ? C'était encore pire qu'elle ne le pensait. Serrant les poings, elle essaya de prendre à son tour la parole, sans hurler. Surtout ne pas hurler.

« Personne n'avait le temps de m'annoncer cela ? Pas même par écrit, cela vous semblait trop difficile à vous deux. Non, au lieu de cela, on me met devant le fait accompli. Vous, elle pointa du doigt Ferdinand-Marie d'un air menaçant, vous n'avez même pas pris la peine de venir en personne. Vous m'avez envoyé votre conseiller qui ne m'a même pas préparée ! Non, il semblait incapable de comment dire les choses car ce n'est pas SON rôle. Il m'a simplement emmené face à celui qui je vais me marier, sans préambule. J'ai rencontré mon fiancé de la pire façon qui soit, démunie, en colère, pas préparée à quoi que ce soit. Sont-ce des manières quand nous sommes d'un tel rang ? Je ne suis pas une vache qu'on vend sur un marché ! »

Elle avait un peu élevé la voix, son petit corps tremblait mais si elle se mettait vraiment en colère, elle perdait tout crédit. Et tant pis si l'accord était déjà signé, Aliénor voulait montrer à son aîné qu'elle n'était plus une gamine à marier mais bien une adulte pouvant prendre des décisions. Mais le prince-électeur ne fit qu'hausser les épaules et esquisser un sourire amical.

« Vous avez pu voir que le prince du Danemark était bien fait. Vos remarques de la dernière fois ont été prises en compte …
Vous vous moquez de moi ? Et ma remarque de me laisser tranquille, quand la prenez vous en compte ? Pourquoi s'acharner sur moi ? Il n'y a pas de cousines ou de princesses pour Maximilien par exemple ? »

C'était assez bas, et elle s'en voulut l'espace d'un instant de jeter son frère dans cette mer de requins qui étaient les relations matrimoniales. Mais c'était juste : elle allait vivre son troisième mariage, avait mis au monde trois enfants – dont deux héritiers de duché – et Maximilien n'avait guère vécu l'ombre de fiançailles ? Puis elle reprit, le ton montait :

« J'en ai assez d'être une sorte de lot de tombola qu'on remet en jeu quand bon semble l'échiquier politique ! Je suis fatiguée de parcourir l'Europe pour suivre des époux dont on ne me parle même ! Et je ne veux pas finir reine du Danemark ! Je ne suis pas un pion dans votre jeu stupide, je ne veux pas quitter la France parce que vous l'avez décidé !
Je n'ai pas décidé que vous alliez au Danemark. Si cela avait été moi, vous seriez retournée à Vienne.
Quoi ? Elle fut tout d'un coup désarçonnée dans sa colère.
Certes j'avais prévu un mariage, mais il était avec notre cousin Hans. Vous souvenez vous de lui ? L'empereur l'envoie en mission ponctuelle en Hongrie mais vous seriez restée à Vienne. Seulement notre frère ici présent estimait que ce n'était pas un parti suffisant pour vous … et voici ce que ça donne. »

Aliénor tomba des nues : donc Maxi était au courant de ce mariage depuis le début ? Jamais il ne lui avait parlé du projet de mariage de Ferdinand-Marie – Hans était sans doute pire que Sigismond-François – mais il n'avait pas parlé qu'il devait trouver un autre époux. Rien, pas un mot alors qu'ils vivaient sous le même toit. Si l'aîné avait tout de même de lourdes charges contre lui, Aliénor en voulait à cet instant plus à Maximilien, son frère avec qui elle avait tant partagé. Elle tourna ses yeux embués vers lui, se retenant de toutes ses forces de pleurer.

« Tu m'as donc menti ? Pire, tu n'as rien dit depuis tout ce temps. Tu n'as pas trouvé ne serait-ce deux minutes pour m'annoncer que Ferdinand-Marie avait de nouveaux projets pour moi ? Pourquoi ? Tu me l'aurais dit dés le début, même si j'avais été en colère, je t'aurais fait confiance sur le choix de l'époux. Mais là, je ne te reconnais pas, je croyais que tu valais mieux que notre frère à ce niveau là.
Vous reconnaître tout de même qu'il a fait un bon choix. Ferdinand-Marie, ou l'art des pieds dans le plat qui fit exploser Aliénor.
Le bon choix, c'est me laisser tranquille ! Là était la meilleure solution !!! Mes alliances matrimoniales n'ont servi à rien, celle que vous m'aviez prévu m'aurait fait mettre au monde un nouveau monstre ! Et maintenant je vais devoir partir dans le nord sans personne, sans allié et avec un mari volage qui n'a pas l'étoffe d'un souverain ! Quelle belle vie on me promet, c'est incroyable ! Le prince Édouard se moque de la politique et il ne saurait même pas où placer la Bavière, encore moins s'en faire un allié ! On m'envoie à la mort dans un pays glacial où je n'ai rien en commun, pas même la religion ! Vous n'êtes tous les deux que des idiots !!! »



______________________

pion de l'échiquier politique
La femme est un monde mystérieux, incompréhensible. Elle se désintéresse de la logique ordinaire et n'écoute que la voix de son cœur. C'est pourquoi l'homme n'arrivera jamais à sa hauteur...
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MessageSujet: Re: Les noces funèbres [PV Aliénor]   Les noces funèbres [PV Aliénor] Icon_minitime25.10.15 19:24

Les noces funèbres [PV Aliénor] Tumblr_mpjcbt4CpI1qib0lto3_250Les noces funèbres [PV Aliénor] Tumblr_mfxexuDQsB1qdm7rno2_r1_250
« my kingdom for a horse! »



« Alors tu savais aussi ? »

La stupeur et la déception qu’il percevait dans la voix de sa cadette transpercèrent le cœur de Maximilien. Ramenant ses mains dans son dos, il fixait le sol, une expression résignée sur le visage. Il avait échoué. Il avait échoué dans son rôle de diplomate, puisqu’il n’avait pas préparé Aliénor à cette entrevue avec le prince (dont il n’avait pas été informé d’ailleurs, Ferdinand-Marie avait dû se mêler de ce qui ne le regardait pas malgré sa demande expresse de lui laisser le temps d’annoncer la nouvelle à leur cadette), et il avait par-dessus tout échoué dans son rôle de grand frère. Le rôle qui lui importait le plus. Que lui importaient les alliances en Europe, les pays qu’ils plaçaient sous la coupelle de la Bavière ou du Saint-Empire, s’il n’était pas fichu d’assurer le bien-être de sa chère petite sœur, la personne qui comptait le plus à ses yeux ? Depuis qu’ils étaient enfants, Maximilien s’était donné comme mission de toujours soutenir et protéger Aliénor, que ni la vie ni leur famille n’avaient épargnée. Et voilà qu’aujourd’hui, il ajoutait son nom à la liste de ses bourreaux. Ils étaient pourtant bien assez nombreux comme ça.

La voix d’Aliénor s’éleva à nouveau, froide, tremblante de colère mais maîtrisée – on reconnaissait bien là une véritable princesse d’Autriche. Maximilien releva les yeux sur elle, voyant bien qu’elle tentait de garder son calme, en particulier face à Ferdinand-Marie : craquer devant lui aurait été avouer une défaite.

« Vous vous moquez de moi ? Et ma remarque de me laisser tranquille, quand la prenez vous en compte ? Pourquoi s'acharner sur moi ? Il n'y a pas de cousines ou de princesses pour Maximilien par exemple ? »
« N’ayez aucune inquiétude ma chère sœur, votre frère a peut-être bénéficié d’un sursis jusqu’à maintenant mais je compte bien… » commença Ferdinand-Marie, avant de se taire – parce qu’Aliénor ne lui avait pas laissé le temps de finir et parce qu’il avait surpris le regard meurtrier de Maximilien qui s’était déjà raidi à l’idée de fiançailles. Jusqu’à aujourd’hui il avait toujours réussi à repousser les propositions de son frère (dont il n’avait rien dit à Aliénor, pour ne pas l’inquiéter), mais il savait bien que ça ne durerait pas éternellement. Il n’avait pas encore eu le temps de réfléchir à une solution durable, mais en attendant, il n’hésiterait pas à partir aux Amériques pour lui échapper s’il le fallait !

« J'en ai assez d'être une sorte de lot de tombola qu'on remet en jeu quand bon semble l'échiquier politique ! Je suis fatiguée de parcourir l'Europe pour suivre des époux dont on ne me parle même ! Et je ne veux pas finir reine du Danemark ! Je ne suis pas un pion dans votre jeu stupide, je ne veux pas quitter la France parce que vous l'avez décidé ! » s’exclama encore Aliénor. Maximilien, ayant d’un seul coup un très mauvais pressentiment, essaya d’intervenir mais Ferdinand-Marie lui coupa l’herbe sous le pied.
« Je n'ai pas décidé que vous alliez au Danemark. Si cela avait été moi, vous seriez retournée à Vienne. »
« Quoi ? »

Si Maximilien serra les dents pour ne rien laisser échapper, il n’en lâcha pas moins une bordée de jurons dans sa tête. Ferdinand-Marie allait réussir à l’incriminer – mieux, à lui faire porter le chapeau de ce mariage alors qu’il avait été tout aussi pris au dépourvu. Oui, c’est vrai qu’il aurait pu en parler à Aliénor, trouver le temps de la prévenir, mais il avait espéré naïvement pouvoir tout simplement saborder ces fiançailles et ainsi ne pas avoir à l’inquiéter du tout. Un échec retentissant, un des rares. Mais quel échec.

« Certes j'avais prévu un mariage, mais il était avec notre cousin Hans. Vous souvenez vous de lui ? L'empereur l'envoie en mission ponctuelle en Hongrie mais vous seriez restée à Vienne. Seulement notre frère ici présent estimait que ce n'était pas un parti suffisant pour vous … et voici ce que ça donne. »
« Ferdinand-Marie, tu sais parfaitement que ce n’est pas comme ça que les choses se sont passées. » siffla Maximilien, la voix vibrante de colère, s’oubliant au point de tutoyer leur aîné – lequel haussa les deux sourcils face à ce qui n’était évidemment pas de la familiarité envers lui, mais une belle marque d’irrespect. Maximilien était à deux doigts de lui sauter à la gorge pour lui faire ravaler cette expression blasée et sceptique, mais Aliénor le coupa dans son élan, les yeux remplis de larmes et son sentiment d’avoir été trahie bien lisible sur le visage. La culpabilité écrasa Maximilien comme un pauvre poussin sous le soulier du chasseur. Pris de court, Maximilien ne sut quoi répliquer. Tant et si bien qu’il ne répliqua rien, d’ailleurs.

« Quelle belle vie on me promet, c'est incroyable ! Le prince Édouard se moque de la politique et il ne saurait même pas où placer la Bavière, encore moins s'en faire un allié ! On m'envoie à la mort dans un pays glacial où je n'ai rien en commun, pas même la religion ! Vous n'êtes tous les deux que des idiots !!! »

Croisant les bras sur son torse, Maximilien baissa à nouveau les yeux vers le sol, encaissant le coup en essayant de ne pas broncher. Il sentait peser sur le lui le regard de Ferdinand-Marie qui cherchait sans le dire son soutien, surpris probablement par la véhémence de leur sœur, mais ne le trouva pas. Il ne le trouverait plus. C’était fini. Le cadet des Wittelsbach tourna le dos à son frère pour contourner le fauteuil et poser les mains sur le dossier, ses doigts crispés s’enfonçant dans le tissu afin de contenir tant bien que mal les pensées qui tanguaient dans sa tête comme un bateau fou en plein orage. Il ne savait pas quoi faire. Il ne savait pas quoi dire. Il entendit la voix de Ferdinand-Marie s’élever à nouveau, probablement pour tenter d’apaiser Aliénor, mais Maximilien percevait à peine ses paroles. Il n’avait aucune envie d’entendre ses excuses bancales, ses tentatives de recouvrer un semblant d’autorité qu’il n’avait que par son statut d’aîné. Maximilien n’avait plus envie de rien entendre. Il était fatigué d’avoir à constamment rattraper les bêtises de son indélicat de frère, de constamment devoir faire le tampon entre la benjamine et l’aîné, le tout en conservant bonne figure alors qu’il avait un millier d’autres choses à penser. Tout serait tellement plus simple s’il n’y avait que lui et Aliénor. C’était ça d’ailleurs l’idée, en s’installant à Versailles : fuir loin des délires de grandeur du prince-électeur et mener leur vie comme ils l’entendaient, en espérant que Ferdinand-Marie aurait trop à faire avec ses enfants pour s’occuper de sa fratrie. Mais Ferdinand-Marie avait bonne mémoire, et surtout, la rancœur tenace. Non, il ne laisserait pas sa sœur et son frère, qui avaient toujours été proches, qui avaient toujours réussi à déjouer ses plans, s’en tirer aussi facilement. Maximilien le connaissait assez pour savoir qu’à ce stade, c’était devenu une question de fierté, et de savoir qui aurait le dernier mot. Aliénor était toujours un excellent parti évidemment, mais l’acharnement de Ferdinand-Marie ne se résumait pas qu’à des questions politiques. Et Maximilien le savait très bien.

« Ma sœur, je vous prierai de faire preuve d’un peu plus de respect à l’égard de notre frère et de moi-même. Je comprends votre surprise, mais vous vous égarez. » reprenait déjà Ferdinand-Marie, impliquant encore une fois Maximilien comme s’ils étaient dans le même camp alors qu’il savait pertinemment qu’il l’avait forcé à signer ce fichu pacte. « Vous devriez vous estimer chanceuse que nous prenions toute cette peine pour vous, alors qu’il me paraît clair au vu de vos précédentes unions que la chance ne sourit ni à vous ni à vos époux. » ajouta-t-il sèchement.
« Beim Himmel Ferdinand-Marie, taisez-vous. » intervint Maximilien, sa voix furieuse claquant dans l’air comme un fouet.
« Vous savez fort bien que je ne dis que la vérité. Deux époux, deux fois veuve, j’en connais qui réfléchiraient à deux fois en se demandant ce qui a bien pu arriver… »

Cette fois c’en était trop. Ce crétin allait non seulement blesser Aliénor, mais en plus il était d’une telle bêtise qu’il risquait de la compromettre sans s’en apercevoir. Et pour cause, il ne savait rien, lui. C’était bien ça le plus terrifiant. Cédant enfin à la colère, et surtout à l’espoir de détourner l’attention sur lui plutôt que sur sa sœur, il franchit les quelques pas qui le séparaient de son aîné et l’agrippa par le col de sa chemise – premier contact physique entre les frères étrangers depuis des années. Et première fois de leur vie probablement que Maximilien cédait à un accès de violence. Ferdinand-Marie chancela sur ses pieds, momentanément déséquilibré et surtout stupéfait par la soudaine brusquerie de son cadet, lui habituellement si calme et mesuré, et il laissa échapper un hoquet de surprise. Son visage à quelques centimètres à peine de celui de Ferdinand-Marie, ses yeux verts plantés dans les siens, Maximilien avait l’air de se demander ce qui lui arrivait, et s’il devait oui ou non lui planter son poing dans la figure. Il opta pour la solution un peu plus diplomatique.

« Vous avez eu ce que vous voulez. Les fiançailles sont conclues, le Danemark sera ravi de faire semblant d’être votre allié et vous lui retournerez aimablement la pareille. Maintenant repartez en Bavière, et ne remettez plus les pieds ici. Laissez-nous tranquilles une bonne fois pour toutes. » gronda-t-il à voix basse, avant de relâcher le col du malheureux prince-électeur qui se racla la gorge, mal à l’aise. Il marmonna quelques mots, arguant qu’il leur écrirait pour régler les derniers détails de la dot, les salua, et s’en fut, le dos rond et le pas pressé. Enfin.

A nouveau, Maximilien et Aliénor se retrouvèrent seuls. Le calme retomba dans la pièce – un calme aussi lourd que du plomb dans une atmosphère chargée d’électricité. Le cœur de Maximilien pesait très lourd dans sa poitrine. Il se savait en tort, il savait aussi qu’il n’avait pas eu assez de marge de manœuvre dans toute cette histoire pour s’en tirer sans dégâts. Mais il avait commis des erreurs tactiques. Entre autres la pire de toutes : présumer de ses capacités et penser la victoire acquise. Finalement, c’était Ferdinand-Marie qui avait remporté la guerre, et le manque de communication entre le cadet et la benjamine était en train de faire plus de dégâts encore. Et c’était entièrement de sa faute. Il savait très bien qu’elle aurait refusé, tempêté, qu’elle aurait encore été malheureuse ; mais au moins, il aurait été avec elle, il l’aurait soutenue, il lui aurait expliqué qu’il n’avait pas le choix et qu’il allait lui trouver le meilleur parti possible. Mais parce qu’il avait trop eu confiance en sa capacité à berner Ferdinand-Marie, Aliénor s’était retrouvée face au fait accompli et il était complice de la trahison. Pour la première fois, elle était réellement, complètement seule. Il l’avait abandonnée.

« Aliénor, je suis tellement, tellement désolé. J’ai cru pouvoir éviter ces fiançailles avec Hans en prétendant t’avoir trouvé un meilleur parti, et je pensais qu’il allait laisser tomber, comme d’habitude. Je ne voulais pas t’inquiéter alors que je pouvais t’éviter de nouvelles fiançailles, mais… » Maximilien marqua une pause. Reconnaître une défaite n’avait jamais été son fort. Il avait toujours été un très, très mauvais perdant. « … il m’a pris au dépourvu, j’ai dû agir en conséquence. Et je n’ai plus pensé à… »

A quoi ? A la prévenir ? Les mots moururent dans sa gorge. Il ne valait pas mieux que son frère, la secouant de droite à gauche en espérant la tirer de là alors qu’en réalité, ce qui avait importé, à un instant crucial, ça n’avait pas été Aliénor. C’avait été de clouer le bec à Ferdinand-Marie. Il pouvait bien se trouver toutes les excuses du monde, il avait échoué. Sur toute la ligne. Il s’était rarement senti aussi mal.


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Aliénor de Wittelsbach


Aliénor de Wittelsbach

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Il est libre de battre mais n'a pas trouvé qui serait digne de lui.
Côté Lit: Il n'y a que moi et parfois ma fille. Pas d'homme, pour cause d'absence de coeur qui bat.
Discours royal:



FEMME D'AUJOURD'HUI
elle flotte, elle hésite ...

Âge : 24 ans
Titre : Archiduchesse d'Autriche, duchesse douairière de Saxe-Zeitz et de l'Autriche inférieure
Missives : 645
Date d'inscription : 13/09/2012


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MessageSujet: Re: Les noces funèbres [PV Aliénor]   Les noces funèbres [PV Aliénor] Icon_minitime17.11.15 22:47

Une famille n'est pas toujours unie, et une fois de plus, une brèche se créait chez les Wittelsbach. Il y eut la mort de leur père, de leur mère, l'attitude de Ferdinand-Marie a bien des égards … Mais il y avait eu très peu de choses qui ont pu séparer Maximilien et Aliénor, inséparables devant l’Éternel. Si, bien sûr, il y eut l'affaire du second époux de la jeune femme et sa mort pas du tout accidentelle, où Aliénor n'était pas innocente face à cette tragédie. Mais Maxi n'avait pas voulu quitter sa sœur, il l'avait éloignée pour son bien, pour pas qu'on ne se pose de questions, qu'on enquête sur elle. Il l'avait protégée, malgré sa déception, et les choses reprirent presque un cours normal. La jeune femme aurait pu en faire de même, être déçue et pourtant rester proche de son frère. Cela lui était impossible, à présent qu'elle savait qu'il lui avait menti. Il avait décidé quelque chose dans son dos, et depuis le retour de la guerre, il la croisait souvent, sans jamais lui avoir dit. Plus qu'un mensonge, une trahison. Aliénor avait commis un acte désespéré dans un mariage qui la tuait à petit feu, avec un cousin débile et qui lui donnerait des enfants tout aussi difformes … Là, on parlait d'un mariage politique, en soi rien d'insurmontable.

Elle aurait voulu savoir pourquoi il lui avait fait ça, pourquoi son cher frère lui avait caché cette histoire. Oui mais pas devant Ferdinand-Marie, pas devant cet imbécile d'aîné qui avait cru bon de la remarier à un autre cousin et ne paraissait pas affecter le moins du monde par les états d'âme de sa petite sœur. Lui que l'on adorait en Bavière, qu'on disait à Vienne qu'il était digne de son père, dont l'épouse vantait les multiples qualités, qui reconstruisait Munich … Comment un homme aussi bon pour les autres pouvait être aussi cruel et insensible envers les siens ? Ils avaient connu tous les trois la guerre, la peur de mourir, de voir les protestants envahir Munich, leur demeure, se retrouver comme des moins que rien, en exil comme le sont certains souverains, et aujourd'hui, Aliénor avait l'impression d'avoir un étranger en face d'elle, complètement à l'ouest par rapport à la situation, il en souriait presque. Il gardait la tête relevé, comme un dernier sursaut de dignité, ou d'ego mal placé, alors que Maxi avait son regard plongé vers le sol, une attitude de coupable, où on aurait bien eu envie de le serrer dans ses bras pour le réconforter. Peut être, mais pas aujourd'hui pour Aliénor, incapable de comprendre pourquoi son frère avait agi ainsi. Oui bien sûr qu'elle n'aurait pas apprécié les tractations dans son dos, mais la prévenir, au moins, pas qu'elle rencontre son fiancé avec le plus proche collaborateur de Ferdinand-Marie, sans être préparée ni rien. D'ailleurs en parlant de ce dernier, il essaya de reprendre de la contenance, et attaqua à nouveau, cette fois-ci sur ses précédents mariages. Quel imbécile.

« Vous savez fort bien que je ne dis que la vérité. Deux époux, deux fois veuve, j’en connais qui réfléchiraient à deux fois en se demandant ce qui a bien pu arriver… »

Elle se mit à trembler et dut faire preuve d'une constance surhumaine pour ne rien laisser paraître. Si le premier, il était certain qu'une mauvaise fièvre l'avait emportée, il y avait encore enquête sur le second, car la chute paraissait suspecte. Avoir cette épée de Damoclès au-dessus de la tête ne lui plaisait guère, et l'espace d'un instant, la jeune femme crut que son aîné connaissait la vérité. Ses grands yeux bleus affichaient une sorte de terreur au fond du regard et elle aurait voulu répliquer, l'envoyer paître mais Maxi fut plus rapide, à attraper le prince-électeur par le col et le menacer, l'obligeant à quitter la maison. L'espace d'un instant, rassurée, elle fut ravie que son frère prenne sa défense. Bien sûr, cela n'enlevait rien à ce qu'il avait fait auparavant, mais on ne pouvait pas le blâmer sur tout. Cela eut un effet bœuf, Ferdinand-Marie remit son col en place et les salua, et se fit raccompagner à la porte par Igor. Enfin débarrassés du parasite qui leur servait d'aîné, les deux derniers restaient seuls, mais cela ne mettait pas fin à cette discussion, ni à la colère qui grondait au fond de la jeune femme.

Dans ce salon joliment décoré, il régnait un silence pesant, lourd et menaçant. Aliénor restait debout droite, les mains jointes en dessous de sa poitrine, si serrées qu'elles en devenaient rouge, à s'en faire mal, mais on l'avait éduquée comme cela, à se contenir, à ne pas faire de scandale … Et elle ne voulait pas que leur frère puisse se réjouir potentiellement d'une dispute entre ses cadets. Et puis, elle ne voulait pas parler, Maxi devait s'expliquer tandis qu'elle le fixait, l'air grave. Pas de quoi mettre à l'aise le prince déjà bien malmené.

« Aliénor, je suis tellement, tellement désolé. J’ai cru pouvoir éviter ces fiançailles avec Hans en prétendant t’avoir trouvé un meilleur parti, et je pensais qu’il allait laisser tomber, comme d’habitude. Je ne voulais pas t’inquiéter alors que je pouvais t’éviter de nouvelles fiançailles, mais… il m’a pris au dépourvu, j’ai dû agir en conséquence. Et je n’ai plus pensé à…
A quoi ? A m'en parler ? Est-ce donc cela ton excuse ? Ses traits si doux se durcissaient, ses sourcils froncés lui donnaient un air sévère et pourtant sa voix restait plutôt posé, quel contraste. Tu n'as plus pensé qu'un jour on me présenterait mon fiancé ? Que je devrais me marier, encore ? »

Elle ne comprenait pas. En fait, elle voyait très bien ce qu'avait fait son frère pour la protéger par rapport au mariage avec Hans, mais l'absence de communication la sidérait. Elle reprit, le ton plus glacial.

« Personne n'a pensé un instant à me prévenir, puisque ça ME concerne. C'est MOI qui vais épouser le prince du Danemark, MOI qui vais partir m'exiler à Copenhague lorsqu'il deviendra roi, MOI qui devrait passer pour une énième reine à l'époux infidèle, et crois moi, à voir comment la reine de France subir ça au quotidien, je sais que je ne le supporterais pas. On m'a éloignée de mes racines, de Vienne et maintenant que j'ai tout reconstruit ici, je dois déjà repartir ? Elle tremblait à nouveau, elle sentait les larmes monter mais les ravala tant bien que mal. Tu sais le choc que j'ai eu en comprenant ce qui arrivait dans ce salon, et que ce soit von Mercy et pas un de mes frères qui m'annonce cela. D'ailleurs le pauvre homme n'a même pas osé me le dire, il semblait désolé lui aussi. Pas un de mes frères n'a eu l'esprit de m'en parler, de me l'écrire. Que redoutais tu ? Te fais-je peur à ce point là ? »

Une larme roula sur sa joue et elle l'essuya avec rage, surtout ne pas pleurer. Tous les sentiments montaient en même temps : la colère contre son frère, la déception bien sûr, mais aussi la peur de cette nouvelle union qu'elle ne croyait jamais avoir à vivre, après avoir convolé deux fois, eut trois enfants, cela suffisait amplement à son sens. Et alors que Maxi tentait de lui répondre tant bien que mal, avec le poids de la culpabilité, Aliénor ne put se contenir plus longtemps et se mit à pleurer. Les sanglots du carrosse en arrivant n'avaient pas suffit, ce nouveau choc la mettait dans tous ses états, de grosses larmes ne cessaient couler le long de ses joues jusqu'à sa mâchoire, et elle se cacha le visage pour qu'on ne puisse pas la voir pleurer, même si c'était en vain.

______________________

pion de l'échiquier politique
La femme est un monde mystérieux, incompréhensible. Elle se désintéresse de la logique ordinaire et n'écoute que la voix de son cœur. C'est pourquoi l'homme n'arrivera jamais à sa hauteur...
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