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 Quand les enfants cachés, c'est chouette pour pimenter une vie. [Adélaïde - Jean] - terminé

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Jean de Baignes


Jean de Baignes

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Grands dieux personne!
Côté Lit: cf ci-dessus
Discours royal:



Quid Coeptas?


Âge : 27 ans
Titre : Aumônier de la reine et exorciste
Missives : 202
Date d'inscription : 16/04/2012


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MessageSujet: Quand les enfants cachés, c'est chouette pour pimenter une vie. [Adélaïde - Jean] - terminé   Quand les enfants cachés, c'est chouette pour pimenter une vie. [Adélaïde - Jean] - terminé Icon_minitime12.12.13 14:44

Quand les enfants cachés, c'est chouette pour pimenter une vie. [Adélaïde - Jean] - terminé Tumblr_mmnadz0xkV1qlll6ko1_500

Citation :
Thouars, le 6 juin 1667

Monseigneur;

Jean leva les yeux à ce premier mot. Tous ces imbéciles n’avaient-ils pas compris qu’il n’avait toujours PAS ce titre d’évêque?!
Agacé, il retourna l’enveloppe que Vaulry lui avait remise quelques minutes auparavant. Papier grossier, écriture grossière, avec quelques tâches d’encre. Certainement un quêteur de prières ou un pauvre hère qui se croyait possédé et qui demandait l’aide de la cour, ne croyant plus aux bienfaits d’un cadet de famille qu’on avait revêtu de la soutane. Soupirant, il ôta l’enveloppe pliée et cachetée qui se trouvait dans la première, mais son instinct lui indiqua de lire en premier lieu le papier plié de mauvaise écriture.
Installé dans son fauteuil dans le bureau qu’on lui avait dévolu - officiellement bien trop richement décoré à son goût, mais il ne pouvait décemment avouer que l’endroit lui plaisait! - et déplia la missive qu’il comptait expédier rapidement.

Citation :
Je n’ai pas l’habitude d’écrire comme vous le faites, mais tant que cette lettre vous parvient, j’aurais fait ce qu’il me semble être mon devoir.
Je vais bientôt mourir, la mort me rappelle à elle, et ne pouvant garder plus longtemps le secret d’une vie, je préfère casser le sceau du secret et vous parler de la vérité.

Il leva à nouveau les yeux au ciel. Ces drôles ne savaient plus quoi inventer pour se rendre intéressant aux yeux d’un aumônier qui semblait inaccessible!
-Ben voyons, marmonna Jean.

Citation :
Je ne peux vous dire mon nom, ayant un jour juré mon silence, j’ai peur de représailles, et connaître mon identité ne servira par l’avenir, car j’appartiens désormais au passé.
Voyez-moi comme un bienfaiteur, et non comme l’homme qui vous a caché la vérité. Que vos prières m’accompagnent, monseigneur, car je crains que l’Enfer ne soit ma demeure pour avoir menti toute une partie de mon existence.

Aujourd'hui, je dois subvenir aux besoins de ma famille. Possédant trois exemplaires de la lettre qui vous a été envoyée, aidez-moi, et je ne divulguerai ce qui pourrait changer le cours de votre vie. Répondez en glissant votre réponse sous la statue de la Vierge de l'église Saint Eustache, avant le 15 de ce mois de juin.

X.

-Par tous les saints, voilà une belle farce, s’exclama-t-il en repliant le papier! Est-ce encore un jeu que Sobieska m’a envoyé pour égayer nos journées avec les duègnes! Ah, fit-il en observant la lettre, et en se parlant à lui-même ! N’en dites pas plus ! J’ai vu cette expression plus d’une fois dans le regard d’un homme et je sais ce que vous allez me dire… Elle a étranglée une autruche ?...Elle s’est fait kidnappée ? Elle s’est fait kidnappée par une autruche ?...Elle a mauvaise haleine ? …Elle triche au bridge ? Elle est allergique aux produits laitiers ? Qu’avez-vous encore fait, Eléonore!
Il ouvrit l’enveloppe qui semblait avoir passé les âges et quelques tempêtes dans de mauvaises poches. Il jeta un oeil au sceau qui la cachetait, observant le blason qui y figurait.
-Fier comme un coq, fit-il en avisant le symbole du cachet. Bon...Que nous raconte donc ce grand mystère.
Dubitatif, il déplia le vieux parchemin, mais aux première lignes, il s’étouffa, poussant un juron que nous ne pouvons ici retranscrire pour préserver nos jeunes lecteurs et abbés de ce monde versaillais. Mais à entendre ce “F****dieu!” qui lui échappa, il ne fait nul doute que les chastes oreilles de ses valets en furent brouillées.

Citation :
Saintes, an de grâce 1606

Les tourments religieux ont plongé notre pays dans le désarroi. Sa majesté le roy Henry IV a su instaurer la paix et faire plier le duc de Bouillon. Protestants et Catholiques ne sont pourtant pas frères, et en ce jour de paix fragile mais retrouvée, j’atteste de la naissance de l’enfant sous-nommée.
La mère de l’enfant ayant été rappelée à Dieu, elle sera confiée à Charlemagne et Françoise Pécan, qui pourvoiront à son éducation et sa bonne santé. Pour les y aider, leur sera versée la somme de 5000 écus chaque année de mon fond propre. L’enfant portera le nom de ceux dont la vie lui aura été dévouée.

Agnès Antoinette Marie, née de Vogüé le 14 mai 1606, ondoyée le 16 mai 1606 et baptisée en ce jour du 4 juillet 1606, en l’église Sainte-Marguerite de Saintes.

Que ce document ne soit dévoilé que lorsque la mort aura emporté son serviteur, que si la justice de Dieu et des Hommes le demande. Qu’il serve à la mémoire des vivants.
Que la faiblesse qui a guidé mes pas me soit pardonnée par mes enfants et ceux qui suivront.

Melchior de Vogüé, saint de corps et d’esprit, en totale liberté de gestes et de conscience.


Peu d’évènements avaient brouillé les sens de Jean. Cela devait certainement remonter à la mort de sa sœur ainée. La tête vide et bourdonnante, il relu les mots un à un, comme pour graver dans ses yeux la substance de cette lettre, et réaliser la teneur de la bombe qui venait de lui exploser entre les mains.
Agnès Antoinette Marie! Sa propre mère! De Vogüé! Le tout devait être une farce! Une grossière facétie d’Eléonore……..qui était bien incapable d’une telle chose, il fallait en convenir! Alors cette peste de Farnèse? Ou l’une de ces mégères en noir qui se choquaient à la moindre cheville dévoilée?

-ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
Mon bras qu'avec respect toute l'Espagne admire,
Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
Tant de fois affermi le trône de son roi,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
ô cruel souvenir de ma gloire passée !
Oeuvre de tant de jours en un jour effacée !
Nouvelle dignité fatale à mon bonheur !
Précipice élevé d'où tombe mon honneur !
*

Il s’affala dans son fauteuil, lâchant la lettre, les mains tremblantes de la découverte qu’il venait d’apprendre. Cela venait certainement de ce Pécan...dont on lui avait toujours parlé comme son grand-père! Il lui avait menti tant d’années….et sa mère? Etait-elle informée de cela?
Il repoussa vivement son siège, fit les cent pas dans le bureau, les idées emmêlées, l’esprit brouillon, ne sachant où donner de la tête. Vogüé...Vogüé...il connaissait ce nom...N’était-ce pas la jeune demoiselle de compagnie de l’antique marquise d’Ambre?
Il s’arrêta net dans ses pas, se rappelant du visage de la jeune fille et fouillant dans ses souvenirs le nom de son père quand on la lui avait présentée. N’était-ce pas Georges? Fils de…..

Il poussa un nouveau cri lorsqu’il démêla le nœud de l’affaire….mais alors….il ouvrit de grands yeux scandalisés, se précipita vers la porte, demandant au premier garde une bassine d’eau et une serviette. Il avait grand besoin d’air pur, le plat était trop salé pour être digéré aussi facilement!
L’homme revint quelques minutes après, apportant le tout et ressortant aussi rapidement lorsque Jean le congédia d’un geste de la main. S’épongeant le front, le frais le revigora et lui fit enfin voir les choses sous un autre angle.
Que fallait-il faire? La jeune fille avait-elle été informée à son tour? Et dans quel but? Que tirer de cette information?  Il n’avait pas encore songé à ses réponses lorsqu’il appela vivement son valet Vaulry.
-Que se passe-t-il, monsei...mon Père?
-Vous allez courir, mon garçon, expliqua Jean en rédigeant une note à l’intention d’Adélaïde de Vogüé. Vous allez vous rendre chez la marquise d’Ambre et me ramener la jeune fille qui est à son chevet, mademoiselle de Vogüé. Et ne traînez pas en route, surtout!

Refermant la porte derrière le garçon, il s’adossa, encore presque tremblant sous le choc de la nouvelle. Il ne pouvait douter qu’à l’instant où Vaulry courait dans la rue, une jeune fille à la chevelure d’or demandait à le voir.


*Le Cid, de Corneille

______________________


Pas dans les yeux!:
 


Le bréviaire:
 
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- C’est ça, et moi, je suis la sœur cachée de Marie-Louise de Chevreuse!

Dire qu’elle avait utilisé les quelques heures de répit qu’on lui donnait pour lire une bêtise pareille. Décidément, les romans précieux commençaient à être bien loin des chefs-d’œuvre écrits par Mlle de Scudéry! Les auteurs semblaient désormais trouver toutes sortes de situations abracadabrantes et complètement irréelles, pleines de hasards tout simplement impossibles. D’autant plus qu’on ne pouvait pas vraiment dire que Mme d’Ambres allait très bien ces temps-ci. Désormais, elle devait garder le lit, et c’était Adélaïde, relayée par la vieille camériste de la marquise, qui servait de garde-malade. Une occupation bien ennuyeuse en apparence, mais qui avait tout de même ses avantages. Madeleine d’Ambres était peut-être clouée au lit, mais elle gardait toute sa lucidité et toute sa malice, continuant ses réflexions à la fois ironiques et loufoques, comme si, même en sentant sa fin approcher, elle n’éprouvait aucune crainte à se moquer à gorge déployée de la mort et de ses serres.

- Mademoiselle de Vogüé? Un assez gros pli vient juste d’arriver pour vous.

Adélaïde leva la tête, et vit Lucette, la plus jeune des soubrettes et qui avait été tout spécialement chargée d’être sa propre camériste, entre autres, la regarder d’un air un peu gêné. Sans doute avait-elle entendu son exclamation. Tant pis. Lucette avait l’avantage d’être assez discrète, et devait sans doute se dire qu’il s’agissait certainement d’une de ces mille et une inimitiés de Cour. Non pas un dégoût contre une femme qui semblait prêter foi à ceux qui prétendaient que le diable possédait certaines personnes! Se levant de sa bergère, tout en tapotant sa robe pour la lisser, Adélaïde prit le pli des mains de la soubrette, tout en fronçant les sourcils d’interrogation en voyant la saleté et la mauvaise qualité du papier.

- J’avoue avoir hésité à vous l’apporter, mademoiselle. Mais je me suis dit qu’une telle missive cachait peut-être une urgence…

- Certainement. Merci, Lucette, dit Adélaïde avec un petit sourire, tout en faisant un petit geste pour lui donner congé.

Ouvrant le pli, elle trouva un papier plié de toute aussi mauvaise qualité que son enveloppe, criblé de taches d’encre, et un petit pli, tout blanc, tout propre, cacheté convenablement. Plutôt attirée vers la propreté que vers le bout de papier qui semblait écrit par quelque mendiant, elle eut soin d’abord de la lettre. Dieu, qu’elle ne s’attendait pas le moins du monde à son contenu!

Citation :
Saintes, an de grâce 1606

Les tourments religieux ont plongé notre pays dans le désarroi. Sa Majesté le Roy Henry IV a su instaurer la paix et faire plier le duc de Bouillon. Protestants et Catholiques ne sont pourtant pas frères, et en ce jour de paix fragile mais retrouvée, j’atteste de la naissance de l’enfant sous-nommée.
La mère de l’enfant ayant été rappelée à Dieu, elle sera confiée à Charlemagne et Françoise Pécan, qui pourvoiront à son éducation et sa bonne santé. Pour les y aider, leur sera versée la somme de 5000 écus chaque année de mon fond propre. L’enfant portera le nom de ceux dont la vie lui aura été dévouée.

Agnès Antoinette Marie, née de Vogüé le 14 mai 1606, ondoyée le 16 mai 1606 et baptisée en ce jour du 4 juillet 1606, en l’église Sainte-Marguerite de Saintes.

Que ce document ne soit dévoilé que lorsque la mort aura emporté son serviteur, que si la justice de Dieu et des Hommes le demande. Qu’il serve à la mémoire des vivants.
Que la faiblesse qui a guidé mes pas me soit pardonnée par mes enfants et ceux qui suivront.

Melchior de Vogüé, sain de corps et d’esprit, en totale liberté de gestes et de conscience.

- Mais c’est une blague! Une blague grossière et inventée de toutes pièces!

Comme ça, son propre grand-père, au temps des guerres qui éclataient encore sous le règne du bon roi Henri IV, aurait eu un enfant illégitime? Ah, elle devinait très bien ce que disait le pli, à présent. Sans doute un prétendu descendant de cette dite Agnès de Vogüé! Adélaïde retint une envie folle de déchirer la lettre et le papier sale, qu’elle n’avait pas encore lu, rendu encore plus sale par ce qu’elle venait de découvrir, pour le jeter ensuite dans le foyer et que plus personne n’en sache rien. Mais sa curiosité bien féminine, son péché mignon, l’en empêcha. Non, elle ne pouvait pas faire ça, sans connaître le fin fond de l’histoire! Cela la torturerait, non pas au niveau de sa conscience, mais surtout au niveau de son imagination qui se mettrait à sortir des folies, comme si elle n’en sortait déjà pas assez!

Citation :
Mademoiselle,

Prenez d’abord connaissance du pli qui est venu avec ce papier.

« Voilà ce qui est fait, siffla Adélaïde entre ses dents.

Citation :
Je sais que les faits rapportés dans cette lettre sont choquants et difficiles à admettre. C’est pourtant la vérité qui vous a été révélée. Si je vous ai envoyé un tel document, c’est parce que je crois que de tous les membres de votre famille, vous êtes la plus digne de porter un tel secret. Cependant, ce n’est pas tout. Agnès de Vogüé a eu une descendance, encore vivante aujourd’hui. Il s’agit de Jean Auray, dit à Versailles Jean de Baignes.

- Quoi? L’exorciste? L’aumônier de la Reine? Alors, ça va de mieux en mieux! Je suis la cousine d’un curé, à présent! lança Adélaïde, à présent furieuse. Mais la lettre n’était pas terminée… loin de là!

Citation :
Je dois dire qu’actuellement, je suis dans le besoin. J’ai trois exemplaires de la lettre écrite de la main de votre grand-père, de telle façon que si je les divulgue, ce serait chose assez peu accommodante pour votre famille. C’est pourquoi je demanderais de votre part un petit remerciement en échange du service que je vous ai rendu. Il ne sert à rien de me demander pourquoi et comment j’ai obtenu ces lettres, étant sous serment. Rendez-vous à l’auberge du Coq moqueur, le 15 juin, le soir.  Un nain sera assis à la table la plus proche de la porte. C’est à lui que vous devrez remettre la réponse.

X.

Adélaïde, pourtant habituellement capable de retenir ses émotions, tremblait de tout son corps. Qu’avait-elle donc fait, pour être la proie d’un aussi horrible chantage? Fatalité, quand tu nous tiens! La jeune fille, se levant vivement, arpenta sa chambre, comme une lionne prise au piège et tournant dans sa cage… En y réfléchissant bien, ce devait être certainement le curé, en quête d’une quelconque faveur, qui lui envoyait cette lettre! C’était du papiste tout craché, toute cette histoire! Alors ça, non, il fallait en avoir le cœur net! C’en était trop, vraiment trop! Jean de Baignes allait recevoir une petite visite! Et soudain, tout en pensant à sa petite rencontre, une idée malicieuse germa dans l’esprit d’Adélaïde, qui se sentit immédiatement soulagée par la petite vengeance qu’elle était en train de fomenter.

- Lucette! Lucette! Vite! Ma robe bleu nuit! J’ai une course très importante à faire! Et demande au cocher d’atteler!

En moins de deux, Lucette accourut, sans trop poser de questions malgré l’envie folle de le faire. Sortant la robe, elle dévêtit Adélaïde pour l’en revêtir de la robe au collet assez haut pour une robe de jeune fille, aux manches longues, bref, la robe parfaite pour avoir l’air de la chaste colombe, la robe que des bigotes dans le style de la Alençon porteraient.

- Plus serrés, mes cheveux. Enlève quelques rubans. Je suis désolée de défaire le travail de ce matin, ma pauvre Lucette…

- Cela n’est rien, mademoiselle, dit doucement Lucette, réellement touchée de l’attention d’Adélaïde pour son travail.

Sa coiffure aussitôt terminée, la demoiselle de Vogüé ramassa ses jupes et s’élança dans le couloir, emmenant en même temps les lettres qu’elle venait de recevoir pour s’en servir comme preuve et criant en même temps à Lucette :

- Excuse-moi auprès de madame la marquise, dis-lui que c’est une urgence!

Ce n’était certainement pas la marquise, au courant de ses petits complots qui allait l’en empêcher, même malade comme elle l’était… Ce qui était réellement un avantage! Les autres vieilles dames, elles, il fallait à tout prix rester auprès d’elles, dans leur chambre, à les écouter se lamenter sur leurs maladies imaginaires qui s’ajoutaient à leurs misères. Peut-être était-ce là une sorte de cri de détresse devant l’arrivée de la mort, mais un cri qui pouvait s’avérer être bien assommant… Le carrosse tout prêt, Adélaïde s’y jeta davantage qu’elle n’y entra.

- À l’hôtel de l’abbé de Baignes, le plus vite possible, je vous prie.

- Sauf votre respect, mademoiselle, il y a des gueux partout dans la rue, et ils vont nous ralentir, surtout avec la boue.

- Cela ne fait rien. Éclaboussez-les un peu s’il le faut, lança Adélaïde, impatientée.

Ce fut effectivement ce qui arriva, et malgré les insultes grossières qui fusèrent un peu partout,
la demoiselle s’enfonça dans le siège, prenant une grande respiration, et souriant malicieusement en repensant à son plan. Elle avait l’intention de sortir les vers du nez du curé, en se faisant passer pour la plus pieuse des papistes, tout en n’ayant pas trop l’air d’une cruche! Ah, il allait savoir de quel bois elle se chauffait! Et si, malgré tout, il n’était aucunement responsable de ces lettres (ce qui, ma foi, aurait été bien dommage), elle allait tout de même trouver un moyen de pouvoir rouler l’aumônier de la Reine en personne dans la farine!

Descendant du carrosse, elle faillit tomber sur un des valets de Jean de Baignes, qui courait à en perdre haleine. Dieu, si elle savait que s’il était sorti pour justement aller la chercher! Frappant à la porte, elle demanda au valet qui lui ouvrit la possibilité de voir l’aumônier de la Reine. Voyant la tenue sage et décente d’Adélaïde, ses yeux modestement baissés, le valet n’osa refuser. L’introduisant dans le bureau du moine, la jeune fille vit immédiatement que celui-ci semblait être la proie d’une forte émotion, malgré la contenance froide qu’il tentait de se donner, et, sur son bureau, une note sale qui ressemblait drôlement à la même note qu’elle avait reçu. Et si Jean de Baignes, tout comme elle, était victime de cette machination? Elle allait d’ailleurs le savoir assez vite.

- Je vous prie de m’excuser, Révérend Père, mais je viens de recevoir une note si abracadabrante que ma conscience n’est absolument pas en paix.

S’avançant vers le bureau, en pointant les lettres et en sortant les siennes d’un de ses gants, elle continua :

- Je crois que vous avez reçu à peu près la même chose que moi… Je dois dire que toute cette histoire m’ennuie au plus point, d’autant plus qu’elle est assez grave et qu’on ne plaisante pas sur ce genre de choses!
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Jean de Baignes


Jean de Baignes

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Vaulry venait à peine de refermer la porte que Jean souffla lentement pour reprendre contenance. Il jeta un œil distrait à la bassine encore pleine d’eau, jouant avec la serviette qu’il tenait à la main et marmonna quelques paroles pour lui-même pour mieux se préparer à la rencontre avec cette improbable cousine, tante, nièce ou Dieu savait !
-Bon, fit-il en faisant quelques pas dans le bureau. Nous avons un imbécile près à lâcher une telle pierre dans la fange de Versailles, une jeune colombe qui ignore encore son sort et moi, qui doit accueillir les deux avec bienveillance ! Avec tous ce que j’ai appris, voici la seule chose que j’ai retenue en Espagne : comment célébrer l’arrivée d’une nouvelle personne dans une famille !
Et d’un geste agacé, il fit tourner sa serviette au dessus de sa tête dans un vague « youhou » en levant les yeux au ciel. Il se refusa à monter sur la chaise pour achever cette tradition idiote, mais alors qu’il faisait un dernier tour de serviette, l’on frappa de nouveau à la porte et rangeant précipitamment le bout de tissu derrière son dos, donna l’ordre d’entrée.

-Vous avez oublié l’adresse, Vaulry, lâcha-t-il d’une voix agacée ? Mais ce fut le visage d’un valet qui apparût, n’osant pas entrer en apercevant la mine renfrognée de son maître. Bon, râla-t-il, et vous, pourquoi vous êtes là ? Vous m’avez acheté un poney ?
[color:114f=[color=#333399]-Euh non, mon père…mademoiselle de Vogüé demande à vous voir, répondit le gamin sans broncher.
Jean sursauta légèrement, congédia le valet du geste de la main en lui demandant de faire entrer la jeune femme. Comme pris en faute, il marmonna une parole agréable avant que le garçon ferme la porte derrière lui.
Les mains derrière le dos, il salua courtoisement la jeune femme et pendant qu’elle s’avançait, il étudia rapidement sa mise. Elle n’était pas éloignée de celle qu’il avait dans ses souvenirs, mais à cela près qu’elle lui paraissait bien plus chaste que sa dernière vision. Elle ne portait pas de ces décolletés affriolants et la remercia silencieusement pour cette attention. Sans le savoir, Adélaïde de Vogüé venait de marquer un point.
-Je vous prie de m’excuser, Révérend Père, mais je viens de recevoir une note si abracadabrante que ma conscience n’est absolument pas en paix.
-Pour ne rien vous cacher, répondit-il d’une voix un peu blanche, je viens d’envoyer un messager vous quérir.
-Je crois que vous avez reçu à peu près la même chose que moi, continua-t-elle en montrant les lettres restées sur son bureau en montrant les siennes. Je dois dire que toute cette histoire m’ennuie au plus point, d’autant plus qu’elle est assez grave et qu’on ne plaisante pas sur ce genre de choses!

Jean leva les sourcils en s’éloignant enfin du bureau sur lequel il s’était de nouveau appuyé, et tourna un siège vers la jeune femme pour l’inviter à s’asseoir.
-Le mot est faible, fit-il ! Je ne sais si ces lettres sont une blague de mauvais goût ou réalité. Il s’agit pour vous de votre aïeul, mais pour moi…et sommes-nous les seuls informés ? Je gagerai que oui, du moins pour ma part. Il fit les cent pas dans le bureau, gardant pour lui des mots peu tendres qui auraient été d’une mauvaise image. Disons que je suis le seul à recevoir une rente confortable, termina-t-il rapidement, sans s’épancher sur ces détails et ne voulant pas mettre Adélaïde mal à l'aise.

Il retourna près de la jeune femme tout en restant debout et attrapa la lettre derrière lui.
-Ce chantage est ridicule, n’est-ce pas, tenta-t-il pour être certain de la pensée d’Adélaïde à ce sujet ? D’ailleurs, vous savez quelle différence il y a entre un con et un voleur ? C'est qu'un voleur, de temps en temps, ça se repose, fit-il agacé en agitant la lettre. Si cette affaire remonte jusqu’à la reine, tout le monde sera au courant, sa Maison est un nid de jeunes filles….je ne préfère d’ailleurs même pas en parler, se coupa-t-il lui-même en se rappelant les dames de compagnie qui occupaient les quartiers de la reine ! Mais pour être très franc envers vous, mademoiselle….ma position à la cour m’est précieuse et une telle annonce pourrait faire de l’ombre à une possible…euh…il chercha soigneusement les mots qui ne trahiraient pas officiellement sa réelle ambition, élévation que pourrait m’accorder l’archévêque de Paris, ou même la reine qui a placé en moi sa confiance, acheva-t-il.
Il leva vers la jeune fille un regard qui se voulait franc, ou peut-être plus rassurant, car il venait de lâcher un peu trop promptement sa réelle crainte : que l’affaire ne soit gonflée par un courtisan avide – il visait particulièrement la Maison de Monsieur – que le tout s’éclabousse en un scandale retentissant et lui fasse perdre ce qu’il désirait chèrement. Il venait d’apprendre que le marquis de Courtenvaux venait de lancer des mots assassins envers sa dernière publication, il craignait de voir les vautours d’acharner sur lui.
-Me comprenez-vous, demanda-t-il en se faisant convaincant ? Et pour la mémoire de votre grand-père, aussi, garder ce secret ne serait pas une mauvaise chose. Il se rattrapa par cette petite phrase, voulant lui montrer que ses intérêts allaient également vers sla famille de la jeune fille. Mais son agitation était évidente et il reprit sa petite marche autour du tapis.
-Bon…entre nous, vous me semblez cultivée, de…enfin…une jolie demoiselle, s’emmêla-t-il, et euh…je préfère avoir une…nièce, si je ne me trompe pas…telle que vous, plutôt qu’une duègne, grâce au ciel…mais tout de même, laissa-t-il échapper en retrouvant un accent mélo-dramatique ! Ma propre mère ! Quel choc ! Qui eut pu le croire ! Elle, une fille illégitime !Enfin de toute façon, c'est ma mère, j'vais pas la faire tabasser par la garde non plus….

Jean ne réalisa pas vraiment que son discours décousu pouvait inquiéter une personne qui le découvrait tout juste et si tel avait été le cas, il n’en n’aurait néanmoins pas changé de ton.
-Je me sens cruellem…enfin…je me sens concerné et redevable envers vous. Ni vous ni moi n’avons cherché cette affaire, alors je ne voudrai que vous soyez victime de ce chantage qui ne mérite que l’Enfer, reprit-il en se tournant vers Adélaïde. Je pense qu’il serait bon d’y répondre, conclut-il d’une voix sûre, prouvant officiellement sa lâcheté face à la situation. Et pour notre affaire…que souhaitez-vous ?

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Pas dans les yeux!:
 


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    - Le mot est faible! Je ne sais si ces lettres sont une blague de mauvais goût ou réalité. Il s’agit pour vous de votre aïeul, mais pour moi… et sommes-nous les seuls informés? Je gagerai que oui, du moins pour ma part.

    Une blague de mauvais goût? Adélaïde pouvait comprendre pourquoi on voudrait s’en prendre au capucin. Après tout, il était l’un des aumôniers de la Reine! Mais à elle… Personne n’était au courant de ses petits complots, à part ses complices eux-mêmes… L’avait-on choisie au hasard, comptant sur ses airs ingénus qui semblaient si inoffensifs? Peut-être. Une farce de la Chevreuse? Non, ce n’était pas du tout son genre. Son genre de blague, c’était de vous sacrifier en plein dans une messe noire. À part cela, Adélaïde avait beau se gratter la tête, elle ne voyait pas vraiment quel autre ennemi ou rivalité elle avait. De plus, pour ce qui était de la Cour, toute cette affaire serait probablement sans conséquences pour elle. Ce n’était que son grand-père, après tout, et on était beaucoup plus tolérant avec les faiblesses des hommes qu’avec celle des femmes. Ce qui voulait donc dire, en conclusion, que la situation de Jean était beaucoup plus délicate. Comment réagirait la Reine, pieuse, bigote et rigide, lorsqu’elle découvrirait qu’un de ces aumôniers était le fils d’une bâtarde? Assez mal. Et pour ce qui était des ligues protestantes, de savoir qu’il y avait un prêtre catholique dans la famille de Vogüé pouvait générer beaucoup de méfiance envers Adélaïde. Et la demoiselle n’avait aucune envie qu’une telle situation se produise. L’idée malicieuse qui avait germé dans sa tête, alors qu’elle était en route pour l’hôtel de Jean, ne faisait que se concrétiser. Elle allait s’amuser, pour sûr!

    - Disons que je suis le seul à recevoir une rente confortable.

    La voix du capucin la ramena à la réalité. Subitement, elle se rappela qu’il était d’origine roturière. Et lorsqu’on était d’origine roturière (bon, avec cette parenté, le papiste avait du sang bleu, à présent, et il pourrait s’en gausser autant que ça lui chanterait, mais enfin), il fallait encore davantage faire attention dans ce monde de requins qu’était Versailles. Car des jaloux mieux nés n’attendaient qu’une disgrâce pour arracher la place. Comme des vautours.

    - Ce chantage est ridicule, n’est-ce pas? Dit Jean d’une voix mal assurée, tout en attrapant les lettres fatales derrière lui. D’ailleurs, vous savez quelle différence il y a entre un con et un voleur? C’est qu’un voleur, de temps en temps, ça se repose.

    - Je suis d’accord… commença calmement Adélaïde. Mais un imbécile est souvent plus dangereux qu’un criminel, surtout quand il s’agit d’un imbécile désespéré. J’ai cru comprendre que le chanteur était dans le besoin? Pour un peu d’argent, certaines personnes sont prêtes à tout.

    - Si cette affaire remonte jusqu’à la Reine, tout le monde sera au courant, sa Maison est un nid de jeunes filles… je ne préfère même pas en parler. Mais pour être très franc envers vous, mademoiselle… Ma position à la cour m’est précieuse et une telle annonce pourrait faire de l’ombre à une possible… euh… élévation que pourrait m’accorder l’archevêque de Paris, ou même la Reine qui a placé en moi sa confiance. Me comprenez-vous? Et pour la mémoire de votre grand-père, aussi, garder ce secret ne serait pas une mauvaise chose.

    On a des ambitions de devenir évêque, le cousin? Merveilleux! Il fallait bien être un imbécile pour ne pas comprendre le réel sens des petits projets du capucin. Adélaïde, en bonne comploteuse, était intrigante, comme d’ailleurs tout courtisan qui se respectait. Il n’y avait bien que les idiots, comme la Bergogne qui ne pensait qu’à jouer les épouvantails lorsqu’il arrivait, par malheur, qu’on tombe accidentellement sur son parterre de fleurs, qui ne pensaient jamais à s’élever. Mais un tel comportement était si typique de tous les prêtres papistes. Le devoir premier d’un pasteur, chez les protestants, était de leur enseigner la Bible et, dans le contexte actuel, d’être leur guide dans la défense de leur foi. Une entreprise bien plus noble que d’espérer devenir évêque ou pourquoi pas cardinal, pour la simple gloire de l’être. Ce ne serait sûrement pas Adélaïde qui l’aiderait dans cette entreprise, et elle aurait bien prié pour que jamais son grand-père ait croisé le chemin de cette sorcière, à La Rochelle. Mais les voies du Seigneur étaient bien impénétrables… Adélaïde se contenta donc simplement de hocher la tête avec un petit sourire et un air compréhensif, alors qu’elle ne voulait que rire au nez de ses ambitions stupides, et le laisser là, misérable, dans son bureau. Mais la situation était grave pour elle aussi, et il lui faudrait faire preuve de doigté, tant avec le chanteur qu’avec Jean. Si lui venait à découvrir que les Vogüé étaient protestants, ce serait la fin… Et sa farce ne pourrait même plus avoir lieu.

    - Bon… entre nous, vous me semblez cultivée, de… enfin… une jolie demoiselle, et euh… je préfère avec une… nièce, si je ne me trompe pas… telle que vous, plutôt qu’une duègne, grâce au ciel… mais tout de même… Ma propre mère! Quel choc! Qui eut pu le croire! Elle, une fille illégitime! Enfin, de toute façon, c’est ma mère, j’vais pas la faire tabasser par la garde non plus…

    La situation était à présent si ridicule qu’Adélaïde dut se pincer, l’air de rien, pour ne pas rire. Elle se retint pour ne pas glisser malicieusement un remerciement plein de dépit pour avoir dit qu’elle valait mieux qu’une de ces grenouilles de bénitier de duègnes. Ensuite, le ton mélodramatique, suivi de quelques phrases témoignant bien de l’origine roturière du capucin auraient été parfaits pour une pièce de Molière! Un peu plus, et le papiste semblait prêt à faire une entrée remarquée à l’Hôtel-Dieu. Adélaïde se promit, la prochaine fois qu’elle le verrait, de lui glisser cette idée d’un ecclésiastique intriguant…

    - Je me sens cruellem… enfin… je me sens concerné et redevable envers vous. (Salut gracieux mais ironique d’Adélaïde) Ni vous ni moi n’avons cherché cette affaire, alors je ne voudrai que vous soyez victime de ce chantage qui ne mérite que l’Enfer. Je pense qu’il serait bon d’y répondre. Et pour notre affaire… que souhaitez-vous?

    Devant la gravité de la situation, le prêtre venait de prouver toute sa lâcheté. Oui, l’idée d’éliminer le gêneur avait effleuré pendant un temps l’esprit d’Adélaïde. Elle l’avait fait une fois. Et elle se sentait parfaitement capable de recommencer. Mais avec Jean, faire comme tel serait plutôt difficile, pour parler de façon délicate. Quel casse-pieds! En tout cas, il fallait se rendre à l’évidence : il faudrait exécuter les volontés du chanteur, quitte à avoir l’air de parfaits dindons de la farce. Toujours aussi calme, comme elle avait résolu de l’être dès le début, contrairement à Jean qui semblait être bien prêt à faire une syncope, elle répondit :

    - Je crois qu’en effet, il faudra exécuter ses volontés. Quant à moi, il m’a fixé rendez-vous, et je compte bien m’y rendre… A-t-il fait de même pour vous? Si tel est le cas… Peut-être pourrions-nous régler tout cela ensemble?
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MessageSujet: Re: Quand les enfants cachés, c'est chouette pour pimenter une vie. [Adélaïde - Jean] - terminé   Quand les enfants cachés, c'est chouette pour pimenter une vie. [Adélaïde - Jean] - terminé Icon_minitime25.03.14 23:56

Jean était assez perturbé par ce qu'il venait d'apprendre pour avoir à se soucier de ce qu'il pouvait bien dire. Il aurait pu lancer un atroce blasphème qu'il ne s'en serait pas rendu compte, et insulter un pauvre maître chanteur était encore assez innocent pour avoir à s'en repentir! La jeune femme semblait encore  maîtresse d'elle même et bien plus calme que Jean, et sa voix brisa un moment la tension qu'il avait créé.
-Pour un peu d'argent, certaines personnes sont prêtes à tout.

La voix de la raison venait de donner son avis, mais il n'était jamais amusant de suivre sa raison, n'est-ce pas? Et la seule idée de voir des âmes aussi sombres pour tomber dans cette extrémité renfrognait un peu plus l'aumônier. Il poursuivait sa diatribe enflammée, rassénéré par less petits hochements de tête succincts de la jeune fille. Dans cette odieuse nouvelle, il y avait au moins une consolation:  elle approuvait ses dires! Tous deux s'accordaient et il s'estima un moment heureux de ne pas être tombée sur une familles d'hérétiques, de jansénistes ou pire, de huguenots! Adélaïde de Vogüé n'avait pas la réputation d'une jeune libertine, comme d'autres avant elle. Selon ses souvenirs, elle servait une vieille femme, peut-être même une de ces bigotes qu'il avait eu l'occasion de croiser lors de ses offices à Saint Sulpice. Mais malgré toute la sympathie envers cette âme innocente, Jean restait effrayé à l'idée que cette affaire n'éclate au grand jour. Elle garderait certainement le secret, mais l'unique pensée de savoir un tel maître chanteur dans la nature  suffisait pour lui faire passer une nuit blanche. Il n'avait pas besoin de tout cette affaire alors  que la France était en guerre, que la cour guettait le moindre geste de sa part!

Répondre au maître chanteur était pour lui le meilleur moyen d'être tranquille, et puis...le souvenir de la disparition de sa soeur n'était pas effacé, il n'avait nul besoin d'en avoir un autre sur la conscience!
- Je crois qu’en effet, il faudra exécuter ses volontés, répondit Adélaïde en tirant un soupir de satisfaction à Jean. Quant à moi, il m’a fixé rendez-vous, et je compte bien m’y rendre… Peut-être pourrions-nous régler tout cela ensemble?
-Oui, je pense que le rendez-vous est le même...mais je, s'arrêta-t-il, hésitant, n'osant pas montrer officiellement sa crainte...je n'ai pas vraiment l'habitude de ce genre d'affaire. Ne vaut-il pas mieux donner l'argent à un émissaire? Si l'homme se révèle dangereux...Je suis un homme d'Eglise!
Il tournait en rond tandis qu'il parlait, cachant son évident malaise derrière quelques gestes et un ton faussement badin. Eviter le danger physique était bien une chose à laquelle il tenait particulièrement pour le moment!
[b]-Je peux réunir la somme, mais connaitriez-vous un homme pour faire ce petit travail? Ou avez-vous une autre solution? Nous ne pouvons pas nous compromettre, n'est-ce pas, [/color]demanda-t-il en cherchant un soutient du côté de la jeune fille? Être du même avis le rassurerait sur la suite des évènements. Il ne voulait pas donner cette impression de diriger l'affaire...et si celle-ci tournait mal, il n'en serait pas l'uniquue responsable!

Il retourna à son bureau, tira un petit papier, trempa sa plume dans l'encrier et écrivit un petit mot en lettres propres et rondes. Il sécha l'encre et montra la missive à Adélaïde.
-Voici une demande pour retirer la somme demandée auprès de mon banquier. J'envoie mon valet s'enquérir de lui au plus vite. L'homme sera là tout au plus dans deux heures.
Il expliqua tout cela rapidement d'un ton calme et organisé, et dès que l'adresse fut inscrite sur l'enveloppe, il s'affala dans son fauteuil, posa une main sur son front et lâcha un long soupir.
-Ah vraiment! Faire chanter une femme innocente et un prêtre! N'a-t-on pas pire idée, alors que la France est en guerre contre ces huguenots d'anglais? L'homme doit être bien désespéré, mais si nous le faisons arrêter, il risquerait la corde...je ne peux pas être responsable de ça, tout de même! N'est-ce pas?

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MessageSujet: Re: Quand les enfants cachés, c'est chouette pour pimenter une vie. [Adélaïde - Jean] - terminé   Quand les enfants cachés, c'est chouette pour pimenter une vie. [Adélaïde - Jean] - terminé Icon_minitime19.09.14 16:07

Spoiler:
 

    Jusqu’à maintenant, elle était plutôt fière de constater qu’elle avait mené à bien son petit jeu. À l’évidence, il la prenait sans doute pour une douce donzelle, sage, bien élevée, sans tomber dans le cliché de l’oie blanche caquetant à qui mieux mieux et demandant la protection des jupons de sa mère à en perdre la tête. Après tout, il ne fallait tout de même pas s’attendre à ce qu’on envoie une dévergondée aux côtés d’une vieille dame malade et qui passait pour sénile pour la plupart des gens! C’était l’art d’Adélaïde poussé à son degré le plus suprême : il était facile pour elle d’emprunter l’identité d’une blanchisseuse, d’une femme de chambre ou d’une autre courtisane, mais de se jouer soi-même, en donnant une bonne image de soi à une personne avec laquelle il fallait marcher sur ses petits œufs pour cause de parenté et de… divergence de croyances, c’était tout un art. Sans doute très semblable à l’art de l’intrigue, pratiqué en tout temps à Versailles, mais un art quand même, et bien plus complexe qu’il n’en avait l’air… On baissait la tête et on louangeait le grand roi qu’était Louis, quatorzième du nom, on jouait les dévots devant la Reine, on se riait des infortunés courtisans avec Monsieur tout en espérant que cela ne se tourne jamais contre soi… tout en restant soi-même. Il était facile de tomber dans l’hypocrisie.

    - Oui, je pense que le rendez-vous est le même… mais-je… je n’ai pas vraiment l’habitude de ce genre d’affaire. Ne vaut-il pas mieux donner l’argent à un émissaire? Si l’homme se révèle dangereux… Je suis un homme d’Église!

    Adélaïde resta stoïque devant la remarque. En réalité, elle se retenait pour ne pas lever les yeux au Ciel. Le curé croyait-il réellement qu’elle allait gober qu’il avait obtenu sa place auprès de la Reine en bondieuseries? Certainement non! Bon, après tout, cela voulait sans doute dire qu’il la croyait réellement une bonne petite catholique, qui devait sans doute considérer grâce aux innombrables discours de sa mère et de sa gouvernante tous les prêtres comme des saints. Surtout un homme du peuple… un homme du peuple qui comptait peut-être une bâtarde dans sa famille, certes, mais ça, il n’était pas au courant… Tout de même, il fallait avouer (bien à contrecœur pour ce qui était de la demoiselle de Vogüé…) qu’il n’avait pas entièrement tort. Ni Adélaïde ni lui ne savaient qui était derrière tout cela, et ce pouvait être vraiment n’importe qui. Si la jeune fille savait comment se débrouiller en ce genre de situation, par nature et aussi par habitude, Jean, lui, certainement pas, préférant sans doute s’enfouir dans son confessionnal pour obtenir un quelconque secret bien croustillant pour s’en servir pour ses fins. De plus, il ne verrait certainement pas d’un bon œil qu’une jeune fille supposément bien élevée comme elle s’arrange toute seule dans une telle affaire.

    Le problème était qu’Adélaïde ne savait réellement pas à qui demander de l’aide. Elle ne faisait pas assez confiance à aucun ami, et demander à un galant quelconque la dégoûtait réellement, par peur qu’il ne lui demande un peu trop en échange. C’était lâche de sa part, et c’était bien une faiblesse que le chef, tapi dans l’ombre, lui avait toujours reprochée… Mais c’était cela. Surtout pour quelque chose d’aussi énorme, on pouvait lui demander n’importe quoi en échange!

    Mais le reste du discours du curé eut presque pour effet de briser l’armure qu’elle avait forgée avec tant de soin.

    - Ah, vraiment! Faire chanter une femme innocente et un prêtre! N’a-t-on pas pire idée, alors que la France est en guerre contre ces huguenots d’Anglais?

    Huguenots. Le mot perfide était lâché. Le genre de terme qui faisait toujours bouillonner Adélaïde, bien qu’elle trouvât assez de contrôle de soi pour ne pas éclater, bien qu’une pique bien lancée se faisait toujours entendre. Cette fois-ci, il fallait avouer que l’occasion était bien belle : lancer une pique, justement, et à un prêtre, et pas n’importe lequel! Un aumônier de la Reine! C’était le genre de petite anecdote qu’elle pouvait rapporter à ses coreligionnaires pour s’en gausser à cœur joie après… Mais le papiste en question était son propre cousin, et elle avait bien l’intention de ne pas le laisser partir, comme une chatte qui refuse de se départir d’une souris bien grasse et offrant un spectacle plutôt bien comique en tentant éperdument de s’échapper, ralenti joliment par sa lourdeur… Pour tout canaliser, Adélaïde eut le même petit sourire compatissant qu’elle avait adopté depuis le début, tout en priant le Ciel pour qu’il ne paraisse pas forcé.

    - L’homme doit être bien désespéré, mais si nous le faisons arrêter, il risquerait la corde… je ne peux pas être responsable de ça, tout de même! N’est-ce pas?

    Voilà que Môssieur jouait les bienfaiteurs. Il ne manquait plus que ça. Afin d’éviter que le sujet tourne de façon à ce qu’elle soit obligée de sortir des trésors cachés de diplomatie et de ruse, elle détourna immédiatement le sujet, ramenant à leur situation actuelle et à ce qui la dérangeait depuis tout à l’heure. C’était un sujet qui devait être réglé au plus vite…

    - Certainement, vous avez des gens de confiance autour de vous, qui peuvent se charger de régler cette affaire pour vous… Seulement… Adélaïde hésita, regarda le sol d’un air gêné, comme s’il la répugnait réellement de faire une telle demande. Puis de relever la tête d’un air résigné, comme pour dire que pour les bienséances, il valait sans doute mieux solliciter. Pourriez-vous faire de même pour moi, et demander à une personne de confiance d’aller au rendez-vous à ma place? À vrai dire, pour une affaire aussi grave, je ne connais personne qui serait susceptible de m’aider… et… j’avoue que les personnes qui me viennent en tête… ou je ne sais si je peux leur faire confiance, ou… Elle se tut, se sentit rougir, se complimenta intérieurement, retint un sourire et baissa les yeux comme d’un air un peu honteux.

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MessageSujet: Re: Quand les enfants cachés, c'est chouette pour pimenter une vie. [Adélaïde - Jean] - terminé   Quand les enfants cachés, c'est chouette pour pimenter une vie. [Adélaïde - Jean] - terminé Icon_minitime05.10.14 19:06

Il était plus simple de se remettre de ses émotions que de démêler une pareille affaire. Encore affalé dans son siège, Jean regardait l’empreinte laissée par l’encre sur le buvard, et la petite enveloppe encore ouverte. Tout cet argent! Pour un maître chanteur qui n’avait pas assez de cran pour venir frapper à sa porte! Il mettait en péril sa position déjà fragile, et il ne manquait plus que Cosnac soit au courant de cette affaire familiale pour qu’il dégringole de sa chaise durement acquise. Il n’était pas resté dans les jupons de l’évêque de Poitiers pour se voir mis à mal par un invisible corbeau!
Plus que de la couardise ou de la lâcheté, c’était bien la crainte de perdre son privilège mérité qui animait Jean lorsqu’il referma lentement l’enveloppe contenant l’ordre de retrait d’argent. D’un geste las, il secoua la cloche d’argent pour appeler son valet.

Dire que le sort d’Adélaïde lui était égal serait un mensonge, car l’aumônier s’inquiétait pour la jeune fille si le secret venait à s’ébruiter. En réalité, elle ne serait directement touchée, à moins que de mauvaises langues de la traitent elle aussi de batarde, si de faux témoignages abondaient dans ce sens: et hélas, Paris raffolait de faux témoignages. Sans vouloir se faire son protecteur, Jean préférait résoudre l’affaire de telle manière que tous deux soient totalement libres du corbeau.

L’enveloppe fermée, il releva les yeux vers Adélaïde dont la mine s’était renfermée, comme soudainement intimidée. Le regard baissé, elle semblait refouler une question peut-être trop hasardeuse, à moins que ce ne fut la peur qui lui fit ainsi agir. Pris d’une soudaine pitié, Jean repoussa sa chaise pour contourner le bureau et venir vers elle, sans oser poser une seule main sur son bras pour la rassurer.
-Qu’y a-t-il mon enfant? Le problème est presque résolu!
- Certainement, vous avez des gens de confiance autour de vous, qui peuvent se charger de régler cette affaire pour vous… Seulement…
-Seulement?
-Pourriez-vous faire de même pour moi, et demander à une personne de confiance d’aller au rendez-vous à ma place?
Jean arrêta un geste qu’il avait amorcé, confus en l’espace d’un instant. Bien….il était prêt à aider Adélaïde pour faire taire ce malandrin, mais s’il lui était déjà difficile de demander à un sombre personnage d’aller sur les lieux à sa place, comme aurait-il pu le faire pour elle? Il ne connaissait lui-même personne!
A peine cette pensée de refus lui traversa-t-elle l’esprit qu’il s’en mordit les lèvres. L’égoïsme avait repris le dessus! Il avait devant lui une pauvre enfant démuni, avec pour seul soutien qu’une vieille femme au bord de la mort, et lui, qui connaissait chaque recoin de la cour et une partie de Paris! Sa conscience le poussait à l’aider, quand sa raison le sermonnait sur le danger qu’il y avait à mettre une personne supplémentaire dans la confidence.

Mais Adélaïde avait évidemment les meilleurs arguments du monde, car c’est au moment où il reposait son regard sur le sien qu’il aperçu cette lueur d’inquiétude dans les yeux pâles de la jeune fille, ce visage grave, presque s’excusant de le solliciter pour cette affaire.
-À vrai dire, pour une affaire aussi grave, je ne connais personne qui serait susceptible de m’aider…ou je ne sais si je peux leur faire confiance, ou…

Jean ne su comment rebondir à cette phrase et un silence se fit quelques seconde.
-Bien...hum...oui, c’est évident, commença-t-il d’un ton faussement assuré! Je ne suis pas un monstre, je ne vais vous laisser aller seule à se rendez-vous, et d’ailleurs, il est toujours dangereux pour une jeune femme de se promener à de telles heures dans le tout Paris! Je vais me charger de cela, quelques personnes dans Paris pourront bien aider un prêtre, n’est-ce pas?
Il lui adressa un sourire engageant pour lui faire oublier une honte passagère, tout en songeant intérieurement au pétrin dans lequel il se fourrait. Il ne voyait personne à qui demander ce service sans craindre l’ébruitement. Et pis encore, en trouvant deux émissaires, il devenait le responsable de toute cette petite affaire et redoutait l’instant où tout capoterait. Le Malin était partout!
-J’envoie mon valet à la banque et pendant que vous rentrez chez vous et reprenez quelques forces, je me charge de notre corbeau impie. Dans une semaine nous aurons oublié cette affaire, je vous l’assure, à défaut de ne pouvoir vous le promettre.

La pauvre enfant ne méritait pas toute cette agitation, mais pendant que le valet sonnait et repartait avec les recommandations de Jean, l’aumônier songea au reste de la famille de Vogüé. Leur avait-il demandé des comptes? De l’argent? L’affaire était-elle susceptible de s’ébruiter en province? Grâce à Dieu, il n’avait jamais quitté Poitiers, mais le risque restait bien là! Et à ce niveau, il pensait surtout à sa réputation plus qu’à celle d’Adélaïde.

-Bon...l’homme veut l’argent dans deux jours, récapitula-t-il. Cela me laisse un peu de temps pour trouver deux hommes à qui confier cet épineux travail, mais de confiance, qui ne pourraient me...enfin nous trahir. Il ne s’agirait pas que le bruit courre dans le tout Versailles!
Et j’espère que ce voleur aura l’honnêteté de nous rendre les papiers compromettants...je ne veux prendre aucun risque, trop d’honneurs sont en jeu, n’est-ce pas?

Il attrapa la serviette qu’il avait laissé près de la petite bassine d’eau et se passa de l’eau sur le front pour effacer toute trace d’angoisse passée, bien que ses mains trahissaient un léger tremblement. En pleine guerre, avec les huguenos aux portes et une place à prendre, ça n’était vraiment pas le moment de cette tuile!

-Un de mes valets va vous raccompagner, mademoiselle, je ne voudrais qu’il vous arrive quelque malheur sur le chemin. Vaquez à vos occupations habituelles et surtout, ne laissons rien paraître si nous devons nous croiser à la cour. Que ceci reste, hélas, dans les mains du corbeau! A très bientôt, mademoiselle, je vous recontacte dès que l’affaire aura tourné en notre faveur!
Tout en parlant, il avait doucement raccompagné la jeune femme vers la porte, après avoir sonné son valet. Il ne voulait pas dévoiler le fond de ses véritables pensées, et mieux valait qu’elle parte pour qu’il puisse travailler pour son propre compte. Charité bien ordonnée commence par soi-même!


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Spoiler:
 

Le curé avait décidé de jouer les compréhensifs et de lui promettre qu’il se chargerait de tout. Adélaïde devait se faire violence pour ne pas rire aux éclats. Deux minutes plus tôt, elle aurait juré qu’il allait se mettre à dire ses litanies pour pouvoir s’enfoncer dans sa chaise et disparaître dans les abîmes éternels plutôt que d’avoir à faire face au maître chanteur. C’était lui, à présent, le responsable de toute l’affaire et à l’évidence, l’idée lui déplaisait fort. Adélaïde s’en serait chargée avec joie, mais maintenant que l’abbé était au courant de tout, ce serait difficile. Bien sûr, il était évident qu’elle ne pourrait tout faire elle-même, en personne : bien qu’elle n’eût pas froid aux yeux et qu’elle s’était déjà promenée dans des endroits plutôt sordides, complot oblige, il était effectivement dangereux qu’elle se rende au rendez-vous elle-même. Et il était hors de question de paraître quelque chose non loin de la dévergondée devant Jean de Baignes! Du moins, elle avait bien réussi son coup. Des yeux humides et pudiquement baissés, la lèvre inférieure tremblotante, et son visage de poupée avait fait le reste. On pouvait bien rire de sa gueule d’ange entre comploteurs, Adélaïde était bien placée pour savoir que ça s’avérait utile, parfois!

Il restait toutefois un élément qui chicotait sérieusement la demoiselle de Vogüé. Pourquoi s’en était-on pris à elle plutôt qu’à son frère aîné ou à son père? L’explication la plus simple était sans doute qu’en apparence, elle était le maillon le plus faible de sa famille. Et l’abbé qui semblait être prêt à disparaître sous le plancher de peur était lui aussi une victime toute désignée. Le côté un peu insupportable de tout cela, c’était qu’on l’avait mise niveau vulnérabilité au même qu’un papiste de curé. Mais bon. Avec le temps, Adélaïde avait été habituée à ce qu’on la sous-estime…

- Bon… l’homme veut l’argent dans deux jours. Cela me laisse un peu de temps pour trouver deux hommes à qui confier cet épineux travail, mais de confiance, qui ne pourraient me… enfin nous trahir. Il ne s’agirait pas que le bruit courre dans le tout Versailles! Et j’espère que ce voleur aura l’honnêteté de nous rendre les papiers compromettants… je ne veux prendre aucun risque, trop d’honneurs sont en jeu, n’est-ce pas?

Adélaïde avait encore une fois hoché la tête avec infiniment de grâce. Pour ce qui était de sa réputation à Versailles, elle ne serait à vrai dire que très peu éclaboussée. Ce ne serait que le curé, qui sans doute perdrait sa place dans la Maison de la Reine. Qu’il soit obligé de retourner croupir dans sa province, cela lui était bien égal. Elle pourrait encore paraître à la Cour sans problème, mais ce qui poserait problème pour elle, ce serait bien sa place dans les ligues protestantes. Nul doute qu’on n’aimerait certainement pas savoir qu’elle était apparentée à un prêtre catholique, un de la Maison de la Reine de plus, et encore, illégitimement! Pas de risque à courir, ici. Et s’il semblait bien déterminé à garder le secret, c’était tant mieux pour eux tous.

- Un de mes valets va vous raccompagner, mademoiselle, je ne voudrais pas qu’il vous arrive quelque malheur sur le chemin. Vaquez à vos occupations habituelles et surtout, ne laissons rien paraître si nous devons nous croiser à la Cour. Que ceci reste, hélas, dans les mains du corbeau! À très bientôt, mademoiselle, je vous recontacte dès que l’affaire aura tourné en notre faveur!

- Mon père, je ne sais pas comment vous remercier, murmura la demoiselle de Vogüé pendant qu’il la raccompagnait vers la porte, après avoir sonné son valet. J’espère entendre de vous bien vite, et que ce ne soit que des bonnes nouvelles!

Un petit signe de tête avait suffi en guise d’au revoir. Adélaïde s’était ensuite empressée de suivre le valet, déterminée de quitter l’hôtel le plus vite possible, incapable de dire si elle était satisfaite ou si elle allait suffoquer. Sur le chemin du retour, elle avait ignoré le valet à la mesure du possible, tout en faisant un effort suprême pour ne pas s’abandonner à ses pensées devant témoins. À peine arrivée, elle s’était élancée hors du carrosse et s’était précipitée vers sa chambre, s’écrasant sur son lit pour prendre plusieurs grandes respirations, puis… pouffer de rire. Et être secouée d’un hoquet nerveux, riant à gorge déployée devant l’aveugle Fortune qui tirait sur les fils de la vie comme bon lui semblait.

Qu’allait-elle faire d’une telle situation? Adélaïde ne le savait pas encore vraiment. Mais elle avait bien l’intention d’en profiter. Elle n’était encore qu’une enfant, qui trempait dans des complots et des manigances plus sordides les unes que les autres, semblable à une petite fille s’amusant à détruire une grosse fourmilière pour le plaisir, mais imprégnée en même temps d’une maturité précoce, s’appliquant comme elle savait jouer avec le feu sans se brûler. Devenir le démon tourmenteur de son « cousin » ne la séduisait pas qu’un tout petit peu. Comment elle allait s’y prendre, elle ne le savait pas encore. Mais les choses, certainement, n’allaient pas en rester là…

FIN
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Quand les enfants cachés, c'est chouette pour pimenter une vie. [Adélaïde - Jean] - terminé
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