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 [Dunkerque] La nuit tous les chats sont gris

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MessageSujet: [Dunkerque] La nuit tous les chats sont gris   07.07.14 14:46


Trois mouettes s'envolèrent et disparurent dans le ciel ombrageux, annonçant, tel de glauques corbeaux, un mauvais présage. Les nuages sombres défilaient dans le ciel, telle une armée silencieuse, une armée sans arme et pourtant tout aussi menaçante, car cachant en son sein des éclairs dévastateurs. L'atmosphère était lourde. La journée avait été chaude, mais sans soleil. Dunkerque avait connu plusieurs jours ensoleillés, et maintenant, le ciel semblait punir la ville d'avoir profité d'une si belle occasion. Les Néerlandais étaient restés au repos toute la journée, ne pouvant supporter de bouger sous une si forte chaleur. Des perles d'eau coulaient de leurs fronts et traversaient leurs visages, pour finir par tomber sur leurs vêtements. Les hommes se passaient des gourdes l'un à l'autre, tentant de saisir la moindre goutte d'eau qui leur permettrait de se désaltérer. Durant ces quelques jours de forte chaleur, les prostituées du bord de l'eau n'avaient pas eu le moindre client, tant les marins perdaient toute force sous les institants rayons du soleil. Observant ses hommes de la fenêtre de son manoir, Simon se demandait où frapperait l'orage. Si l'on pouvait se plaindre, à juste titre, de cette chaleur étouffante, on n'en devait pas moins se rappeler que la force de l'orage serait proportionnelle à la température. Et alors, les dégâts pourraient être assez graves pour avoir un impact sur la guerre maritime. Ce temps orageux était la juste représentation de ce qui se passait dans l'esprit du duc de Brabant, lequel avait, durant des heures, des jours, réfléchit à la manière dont il pouvait apporter sa contribution aux combats de la Main de l'Ombre. Non pas que Simon soit un membre particulièrement actif et acquis à la cause de cette organisation. S'il faisait partie de la Main de l'Ombre, c'était juste dans l'espoir de voir son aide (aussi mince soit-elle) récompensée par un soutien à la maison d'Orange-Nassau dans sa lutte contre Johan de Witt. Un prêté pour un rendu, en quelque sorte. De fait, que le roi de France soit Louis XIV ou un autre importait peu à Simon, du moment que ce roi ne s'ingérait pas dans les affaires des Provinces Unies (ou alors s'ingérait d'une manière qui soit bénéfique aux Orange-Nassau). La nuit, Simon faisait les cents pas dans sa chambre, se demandant ce qu'il pouvait bien faire pour montrer qu'il oeuvrait bien pour l'organisation clandestine française. Pour être tout à fait exacte, Simon savait ce qu'il pouvait faire, mais il se refusa d'abord à commettre cet acte. Cette idée était indigne de lui, il ne pouvait se résoudre à la mettre en pratique. Pourtant, à chaque fois que le soleil se levait pour mettre fin à la nuit sans sommeil qu'il venait de passer, c'était la seule idée réalisable et réaliste qui lui était sortie de la tête. C'était alors un Simon aux traits du visage tirés, aux yeux cernés, qui quittait sa chambre pour aller donner les premiers ordres de la journée et pour ensuite rejoindre les autres capitaines de la flotte néerlandaise.

Ce jour-là, les mouettes avaient senti l'orage et se réfugiaient en nombre loin de la mer. Simon n'était pas le seul à ne pas avoir fermé l'oeil de la nuit. Les autres gradés néerlandais avaient l'air tout aussi fatigué que lui, n'ayant pas pu trouver le sommeil à cause de la chaleur étouffante. Une visite sur son navire informa le duc de Brabant sur l'état de ses marins : ils étaient sans force, accablés par les températures et pouvant à peine exécuter les ordres de Simon. Nul doute que s'ils étaient attaqués par surprise par l'ennemi, ils seraient incapables de se défendre. Il n'y avait malheureusement pas d'autre solution que de leur donner à boire autant d'eau qu'ils le désiraient, et d'attendre que le vent, ce vent si cher aux habitants de la ville de Dunkerque, revienne. A voir les mouettes abandonner les vagues de la mer du Nord, Simon en conclut que l'orage frapperait cette nuit-même. C'est alors qu'il décida, bien qu'il n'eût aucune envie de le faire, d'accomplir cet acte, cet acte dont l'idée lui était venue en plein milieu de la nuit.

Le soir, l'orage commença à gronder avec une force telle qu'il aurait pu faire trembler les murs. Le vent s'était levé depuis quelques heures déjà lorsque Simon s'était enfermé dans sa chambre et avait interdit à quiconque de venir le déranger. Il devait faire le vide dans son esprit, s'empêcher de peser une énième fois les avantages et les inconvénients, comme il l'avait fait toute la journée. Faisant les cents pas dans la pièce, tournant en rond, il se disait qu'il pouvait encore changer d'avis, ne pas le faire. Il n'avait aucune envie de devenir un traitre, et c'est bien ce qu'il allait être s'il faisait ce qu'il avait prévu de faire. Mais il le ferait pour les Provinces-Unies, il le ferait pour sa famille, la maison d'Orange-Nassau. Il le ferait pour faire tomber Johan de Witt. Et pour tout cela, il allait risquer son honneur, sa vie, il allait mettre en jeu ce pour quoi il s'était battu pour l'obtenir : son titre, son bateau, ses marins. Mais ça valait le coup, du moins c'était ce qu'il se disait pour se donner du courage.

La nuit tombée, la tempête était à son comble. On ne pouvait marcher sans être poussé par le vent, malgré toute la bonne volonté dont on pouvait faire preuve. Simon abandonna ses habits habituels pour revêtir une tenue sombre et simple qui lui permettrait de se déplacer en toute discrétion. Après avoir annoncé à son personnel qu'il irait, seul, sur son bateau pour voir si du côté des marins tout se passait bien, il alla effectivement vérifier que son bâtiment se portait bien. Le Duchesse-Anne n'avait pas fière allure, trempé par la pluie et ses mâts résistant avec difficulté à la force du vent. Après avoir parlé à quelques-uns de ses hommes, Simon quitta le Duchesse-Anne et se dirigea, avec toute la discrétion dont il était capable, vers un autre bateau néerlandais. Il avait du mal à marcher droit à cause du vent, et la pluie l'empêchait de garder les yeux bien ouverts. Il parvint néanmoins à atteindre un navire néerlandais sans se faire remarquer. Les marins s'étaient réfugiés dans les cales pour rester à l'abri de la pluie. Quant au capitaine du bateau, Simon avait appris dans la journée qu'il était invité chez l'amiral Michel de Ruyter pour une partie de cartes, à laquelle le duc de Brabant avait été le seul à ne pas être invité. (partisan fervent du Grand Pensionnaire Johan de Witt, l'amiral ne portait pas le duc de Brabant dans son coeur, de toute évidence). Simon se dirigea rapidement vers le gouvernail, et alors que ses pas rapides l'y menaient, il eut quelques secondes d'hésitation. Il pouvait encore reculer, c'était le moment où jamais pour faire demi-tour et retourner chez lui. Mais, réfléchissant à l'une des conséquences directes d'une victoire des Provinces-Unies, c'est-à-dire au succès de Johan de Witt, Simon se souvint rapidement pourquoi il devait saboter le gouvernail de ce navire. Si les Provinces-Unies étaient victorieuses avec la France, alors Johan de Witt serait acclamé partout sur le territoire, et Louis XIV inscrirait une victoire de plus à son palmarès, renforçant par là le soutien de tous. Affaiblir Johan de Witt et par-là Louis XIV, c'était permettre à la Main de l'Ombre de gagner du terrain, mais c'était surtout préparer le déclin de de Witt et le retour en force de la maison d'Orange-Nassau qui verrait Guillaume III, le neveu de Simon, devenir stathouder. C'est avec l'image de son neveu à l'esprit que Simon sabota le gouvernail, en prenant garde à ce qu'il puisse permettre au navire de quitter le quai mais qu'une fois en pleine mer, sous le feu des tirs ennemis, il ne puisse plus fonctionner. Il rejeta néanmoins l'image des centaines de marins qui perdraient la vie pour des querelles politiques. La cause de Simon était juste, du moins était-ce là ce qu'il pensait. Il oeuvrait pour le bien des Provinces-Unies, et malheureusement, cela nécessitait que des hommes meurent.

Une fois cet acte, auquel il avait réfléchi durant des heures avant de l'accomplir, exécuté, Simon se détourna du gouvernail pour quitter le navire et rentrer. Mais à ce moment-là, la foudre frappa au loin et l'éclair illumina le ciel noir. C'est alors que Simon aperçut un homme et avant même de l'observer plus avant, ce qui eût pu se révéler trop dangereux, le duc de Brabant se jeta dans un coin, derrière des caisses de bois suffisamment grandes, et en nombre suffisant, pour le cacher. Son rythme cardiaque s'accéléra malgré lui. Il fallait qu'il parvienne à rester calme, mais la situation de s'y prêtait guère. Si quelqu'un le voyait et le reconnaissait, il perdrait tout. Simon avait bien une arme sur lui, qu'il avait emmenée justement pour ce genre de situation, mais s'il l'utilisait, cela alerterait les marins qui se trouvaient dans les cales du bateau. D'ailleurs, il ne savait même pas si l'homme l'avait aperçu, et si oui, s'il l'avait reconnu. Simon avait pris soin d'abandonner tout bijou et vêtement qui permettraient de le reconnaître. Et l'éclair n'avait peut-être pas permis à l'inconnu d'apercevoir le visage du duc de Brabant. Non, il ne fallait pas prendre de décision avant d'avoir une idée claire de la situation. Mais tout de même, l'heure était grave.



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MessageSujet: Re: [Dunkerque] La nuit tous les chats sont gris   15.07.14 3:16

-On dirait que la vie chez les sauvages ne vous a pas trop ramollit, Levis ! cingla l’un des officiers néerlandais.

Silvestre ignora la remarque et attira à lui la somme qu’il venait de remporter, un petit sourire aux lèvres. Il n’avait d’habitude pas tellement de chance aux cartes, mais la soirée allant, et les officiers autour de lui buvant plus que de raison, cela devenait presque facile. De sa vie en Amérique, le jeune lieutenant de marine avait retenu deux choses : ne jamais trop boire, on ne sait jamais ce qui peut arriver surtout en temps de guerre, et ne pas se laisser provoquer trop hâtivement. Le sang bouillant des Lévis-Ventadour qui coulait en lui avait été apaisé par l’expérience malgré le jeune âge de l’officier qui aspirait à une brillante carrière. Ce n’était pas pour rien que toute une ville en face de Québec portait le nom de sa famille. Les Lévis et la mer, et par extensions la Nouvelle France, étaient tous liés. Quand Silvestre n’était pas homme de cour, il était homme d’action, actions difficiles à accomplir à l’instant présent alors que dehors le ciel se déchaînait comme si Dieu avait décidé de les empêcher de prendre part à cette guerre. Les marins, ainsi que leurs officiers, s’ennuyaient donc ferme en attendant une éclaircie et en espérant que les navires ne souffriraient pas trop de la tempête. C’était ainsi que Silvestre s’était retrouvé là, sans vraiment l’avoir comprit ni demandé, se contentant de faire ce qu’on attendait de lui. Un peu étrange venant du vicomte de Vauvert, Seigneur de la Voûte et  Beauchâstel.

Mais il n’était plus en Nouvelle France et il était loin le temps où il pouvait faire ce qu’il voulait sans avoir de compte à rendre à personne, pas même au gouverneur qui trouvait bien pratique d’avoir certain de ses officiers aussi bien avec les sauvages, comme il les appelait. Ici, la codification de la cour de France et de l’armée, en temps de guerre, avec les alliés à respecter et ménager alors qu’ils n’en méritaient pas tant mettait sa patience à rude épreuve. Pourtant il se rappelait les préceptes du Sagamore indien, le père de Tala « soit bon envers ceux que tu haies, ils n’en seront que plus déboussolés ». Dire que Silvestre les haïssait était un grand mot, mais il ne les portait pas dans son cœur non plus. Le lieutenant se serait bien passé de cette soirée si Vivonne n’avait pas décrété que comme il ne pouvait – ou ne voulait, l’histoire ne le disait pas – y aller, il fallait bien qu’on le remplace. Et c’était lui, le troisième officier de bord, qui avait été désigné volontaire. Quelques autres officiers français partageaient sa peine mais semblaient, quand à eux, bien s’amuser. Silvestre remit une partie de sa mise en jeu – n’était-il pas de bon ton pour un jeune officier de la couronne de vivre à crédit de toute façon ? – et attendit de voir. Au dehors, la tempête battait son plein, faisant de temps à autre tanguer le bateau pourtant solidement amarré, et trembler les bougeoirs qui éclairaient la pièce.

A l’autre bout de la table, les officiers supérieurs, dont l’organisateur de la soirée, l’amiral de Ruyter, semblaient avoir de passionnantes discussions, entrecoupées de rires gras. Il ne fallait pas avoir beaucoup d’imagination pour savoir de quoi ils étaient en train de parler. Ces soirées avaient au moins le mérite de faire apprendre à qui on avait à faire et à qui on pourrait se fier lors d’une bataille, aussi mortelle sur mer que sur terre. Si tous les officiers présents levaient le coude facilement, ils étaient la fine fleur de la marine française et hollandaise, et se battaient tous pour une même cause. Se faire des ennemis, cela pouvait vouloir dire se retrouver seul face à l’ennemi, et ce n’était pas pour cela que Silvestre avait été envoyé par Vivonne. Aussi le jeune homme tenta-t-il de rester neutre, et faisait attention à ne pas gagner trop d’argent.  Même si la tentation était grande de ridiculiser ces idiots, il se contint. Chose peu aisée quand on connaissait le tempérament sanguin de l’homme du sud de la France.

Au milieu des rires de l’autre côté de la table, l’amiral de Ruyter, s’esclaffant encore plus fort, interpella l’un de ses officiers.

-Capitaine De Clercq, avez-vous toujours à bord de votre navire de cet excellent rhum que vous avez ramené de votre dernier voyage en Guyane ?

L’homme, légèrement éméché, mit un certain temps à réagir.

-Si fait, monsieur ! Je la garde en calle, il m’en reste plusieurs caisses.

-Que ne nous amenez-nous en quelques bouteilles ?

-Je peux y envoyer une ordonnance sur l’instant.


Silvestre, voyant l’occasion trop belle de sortir ne serait-ce que quelques minutes même de cet endroit, se dressa d’un bond, s’adressant à l’amiral.

-Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, monsieur, je pourrais m’y rendre moi-même. Peut-on réellement se fier aux ordonnances quand il s’agit de rhum ?

On s’esclaffa. De Clerq lui jeta un petit regard en coin.

-Vous avez raison, Vicomte ! Nous sommes après tout entre gentilshommes, rendez-vous y, nous vous attendront impatiemment.

De Clerq lui expliqua rapidement où trouver les caisses, et Silvestre fut chargé d’en ramener deux bouteilles. Après un salut et une pirouette, Silvestre quitta la dunette et les quartiers de l’amiral et s’engouffra dans l’orage. Il aurait pu très vite regretter sa décision s’il n’avait pas autant aimé voir les éléments déchainés. Comparé à certains typhons qu’il avait vécus aux Amériques et autres tempêtes, cela ressemblait presque à un petit embrun. Il mit pied sur le dock et commença à remonter le long des navires de la flotte qui tanguaient dangereusement au vent. Il lui fallut quelques instants pour se repérer et arriver au Sainte-Espérance, poussé et repoussé par le vent et la pluie. Son uniforme était trempé malgré sa cape à capuche. Il avait bien fait de ne pas prendre son feutre avec le temps qu’il faisait, il aurait été ruiné. Aucune enseigne de garde n’était à proximité. S’il trouva ça étrange, il ne pouvait le blâmer au vu du temps qu’il faisait. Il monta à bord, la passerelle craquant dangereusement sous ses pas. Une fois sur le pont, il se dirigea vers l’escalier qui menait aux ponts inférieur. Personne à bord. C’était étonnant. Silvestre se dirigea vers l’endroit indiqué, derrière le gouvernail, après avoir saisit une lanterne laissée sans doute par le garde qui avait disparut. Avant d’arriver aux caisses, son regard fut attiré par quelque chose d’anormal. La position des cordes du gouvernail. Cela n’allait pas. C’était comme s’il avait été saboté de manière à ce que, après quelques heures de navigation, cela cède et que le navire soit incontrôlable.

Silvestre vit soudain une ombre sur le côté. Etait-ce son imagination qui lui jouait des tours, ou avait-il vu quelque chose du côté des caisses. Précautionneusement, il accrocha la lanterne qui n’éclairait pas grand chose sur son support le long de la coque, assez loin de là où il lui semblait avoir vu quelque chose bouger, mais il n’avait pas vraiment le choix. Quel idiot il avait été de laisser son pistolet et son sabre à bord du vaisseau amiral ! De sa botte, il sortit son couteau indien, tranchant sur les deux côtés de la lame, où étaient accrochés deux animaux totems censés le protéger. Mais, fruit du hasard ou non, la flamme de la bougie vacilla et s’éteignit. Il ne manquait plus que ça !

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MessageSujet: Re: [Dunkerque] La nuit tous les chats sont gris   14.08.14 22:55

Le duc de Brabant était d'ordinaire un homme réfléchi. Il ne prenait jamais de décision à la hâte et pesait toujours le pour et le contre avant d'agir. La décision de saboter un navire n'avait pas dérogé à la règle : Simon, insomniaque, avait passé plusieurs nuits à réfléchir, à évaluer les avantages et les inconvénients, à analyser les risques qu'une telle action pouvait engendrer. Cependant, la situation exigeait qu'il prenne une décision rapidement, et le duc dût faire appel au bon sens et à la rapidité d'esprit dont il avait appris à faire preuve lors de ses années passées en mer. Ce n'était pas une mince affaire pour cet esprit réfléchi de se hâter d'agir mais c'était dans ces situations que le prince (de Machiavel) qu'il était pouvait révéler toute son ingéniosité et sa maîtrise de lui-même.

Pourtant, lorsqu'il se glissa derrière les grosses caisses pour se cacher de l'inconnu, le duc regretta de s'être ainsi mis en danger. Durant quelques secondes, qui lui semblèrent être une éternité, il s'en prit silencieusement à lui-même, se disant qu'il aurait mieux fait de ne pas sortir de chez lui. Il parvint néanmoins assez rapidement à cesser de pester contre lui-même et prit une grande inspiration dans le but de faire ralentir les battements de son coeur, beaucoup trop rapides, qui l'empêchaient de prendre une décision. La seule chose qu'il pouvait faire pour le moment était d'attendre et d'espérer que l'inconnu ne s'approche pas trop près des caisses pleines de bouteilles d'alcool. Il n'y avait qu'un moyen de savoir s'il approchait : écouter, car le noir empêchait de voir le bout de son nez. Il fallait que Simon entende jusqu'au bruit de l'étoffe qui bouge sous l'effet des mouvements de l'importun. Le Néerlandais vit alors la lueur d'une flamme : l'inconnu avait avec lui une lanterne, et s'approchait dangereusement de sa cachette. Les efforts que faisait Simon pour se calmer n'eurent plus aucun effet, les battements de son coeur s'accélèrent. Sa fin était proche. Quelle que soit la personne qui le trouverait, elle le reconnaîtrait et il serait accusé d'avoir saboté un navire de son propre camp. Il serait considéré comme un traitre, plus personne ne lui ferait confiance, et il serait condamné à mourir car la famille d'Orange Nassau n'avait plus son pouvoir d'antan dans les Provinces Unies de Johan de Witt. Ce dernier se ferait d'ailleurs un devoir et un plaisir de condamner l'un de ses plus grands ennemis. En quelques secondes, alors que l'inconnu s'approchait sensiblement de lui, Simon vit sa vie défiler en quelques secondes : son neveu, pour qui il faisait tout, sa mère, ses frères et soeurs, Bianca qui prenait plaisir à gâcher sa vie, et Pétra, sa belle Pétra, l'amour de sa vie. Mais il en fallait plus pour que le duc de Brabant se laisse abattre. Il avait en effet une dernière carte à jouer, et celle-ci se présentait sous la forme d'un pistolet. Bien que cette dernière option ne soit guère une solution enviable (il était bien peu discret de tirer sur quelqu'un, et Brabant n'avait pas très envie de voir débarquer tous les marins), il fallait sérieusement l'envisager car il fallait mieux tuer quelqu'un qu'être découvert dans une mauvaise posture.

Soudain, l'inconnu s'approcha suffisamment près pour que Simon puisse le reconnaître à la lumière de la lanterne, et la surprise fut totale : c'était le vicomte de Vauvert, un officier français avec lequel Simon n'avait jamais vraiment parlé mais qu'il connaissait de vue. Mais que faisait-il sur un navire néerlandais ? La tentation fut grande, alors, d'alerter l'équipage en faisant passer le vicomte pour un traître, mais c'était bien trop risqué, d'autant plus que Simon ignorait la raison de la venue de cet homme sur le bateau et qu'il avait peut-être une bonne excuse pour être là (contrairement au duc de Brabant). Bien vite, Simon en conclut qu'il fallait se débarrasser du vicomte, au risque de faire du bruit en tirant avec son revolver. Il s'empara de son arme mais c'est à ce moment précis que la flamme de la lanterne s'éteignit. A nouveau dans le noir, il lui était impossible de tirer à l'aveugle. Il ne restait plus qu'une solution : s'enfuir avant que le vicomte ne le trouve. Mais les deux hommes, habitués à voyager en haute mer, connaissaient tous deux très bien les bateaux et les endroits où l'on pouvait s'y cacher. Plus le temps passait et plus le risque d'être découvert grandissait, Simon en était conscient. C'est pourquoi il profita du noir complet dans lequel ils étaient plongés pour quitter sa cachette en faisant le moins de bruit possible et traversa en courant le pont du bateau pour rejoindre le côté qui longeait le quai. Bien qu'il tentât de se faire discret, il entendit le vicomte courir derrière lui. C'est une véritable course-poursuite qui s'engagea entre les deux hommes, une course-poursuite dans le noir, empêchant l'un d'apercevoir le visage de l'autre et obligeant l'autre à se fier à son ouïe pour déterminer où se trouvait son poursuiveur. Le duc essayait de ne plus réfléchir pour se laisser guider par son instinct de survie mais son cerveau agissait contre lui et à chaque pas qu'il faisait, il s'imaginait condamné, exécuté. Non, c'était impossible qu'un homme comme lui finisse d'une telle manière alors qu'il avait encore de grandes choses à accomplir. Sa famille avait besoin de lui pour reprendre le contrôle sur les Provinces Unies et faire tomber le Grand pensionnaire Johan de Witt.
Bien que son poursuivant ne l'ait pas encore rattrapé, Simon se rendit compte qu'il lui serait difficile, voire impossible, de quitter le bateau sans que son traqueur ne réduise considérablement le peu de distance qui les séparait. Alors, prenant le risque de faire accourir les marins, il s'empara de son arme, continuant de courir, et, se fiant à son ouïe (et à son instinct), il se retourna une fraction de seconde et tira sur le vicomte de Vauvert. Tuer un homme pour s'enfuir n'était qu'une question de survie à ses yeux, et il fallait parfois faire couler le sang pour mener à bien une action. Néanmoins, tirer en étant engagé dans une course-poursuite n'était pas une mince affaire et Simon ne put pas viser comme il l'aurait voulu. Le duc de Brabant entendit le vicomte tomber, sans toutefois savoir s'il l'avait touché. Sans réfléchir, il en profita pour s'enfuir et atteignit le quai au moment où les marins arrivèrent sur le pont. Tête baissée, il marcha rapidement, profitant de la nuit pour rester anonyme. Il fit plusieurs détours au cas où il serait toujours suivi et attendit avant de rentrer chez lui.

Soulagé, il se laissa tomber sur son lit et ferma les yeux. Il avait commis une grave erreur en se mettant ainsi en danger. Une question restait en suspens : le vicomte l'avait-il reconnu ? Il était impossible de le savoir et c'est pourquoi il faudrait éliminer cet homme dès que possible, mais sans se mettre en danger. Simon se promit d'être plus prudent à l'avenir et de trouver une solution pour se débarrasser de Silvestre de Lévis.
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MessageSujet: Re: [Dunkerque] La nuit tous les chats sont gris   09.09.14 23:11

Le jeune Vicomte, à l’instant précis, devait faire appel à toute la concentration du monde et à tout ce qu’il se rappelait de ses semaines au bois chez les indiens, alors qu’il aurait dût faire parti de ces officiers restant à leur poste chez Frontenac en Canada, sur les terres de Québec. Les hivernages étaient rudes, au point qu’on y était coupé du monde huit mois sur douze, sauf à qui se risquait de traverser seul, ou en petit groupe, les plaines couvertes de neiges, ce qui valait à un suicide si l’on se faisait prendre par une tempête entre deux refuges qui se situaient à plusieurs jours de marches les uns des autres ou à descendre sur la côte Acadienne, seule endroit où l’on pouvait accoster à l’année. Le nord des possessions françaises était seul pendant ces longs mois, et il fallait bien s’en débrouiller, risquant la faim, la maladie et la mort. La fin des hivers était de loin la pire. On traversait des villages entièrement morts, jonchés de cadavres, morts de faims le plus souvent, alors que soit même on cherchait quelque chose à manger, comme par exemple l’ours se réveillant de son long hiver et qu’il fallait surprendre, sans faire de bruit. Alors, à la manière indienne, Silvestre avait apprit à marcher sans bruit, à pied le plus souvent, le Canada n’étant pas fait pour les chevaux qui restaient sur la côte dans les villes tout autant risquant l’attaque des Iroquois que les postes les plus reculés.

Qui aurait pu croire que le jeune homme, il y a quelques mois encore, se trouvait dans ce Nouveau Monde qui lui manquait tant, alors qu’en parfait gentilhomme, il avait raccroché le couteau à scalpe pour son sabre de marine et les tipis pour les salons. Mais au final il n’avait troqué qu’une guerre pour une autre. Celle de la survie dans le Nord de l’Amérique contre celle sur mer en Europe. Une guerre où il s’ennuyait atrocement et où il n’avait l’impression que de passer son temps à parader sur le pont du navire où il officiait, et ne partait en mer que pour quelques heures, quelques jours au plus, quand la marée le permettait. Il aurait presque préféré être à Versailles et partager le lit d’une jeune demoiselle qui n’avait pas froid aux yeux. Cela aussi lui manquait… Les jeunes femmes étaient bien plus malléables en Nouvelle France. Silvestre ne se considérait pas comme un séducteur, mais plus comme quelqu’un qui aimait la vie et que la vie, jusque là, avait assez aimé pour le garder auprès d’elle. Et il ne pensait pas que sa chance put tourner dans ce port miteux puisqu’il n’y avait rien à y faire. Ces soirées entre officiers qui se finissaient généralement dans un bordel, n’avaient rien pour le distraire non plus. Il n’y avait que cette tempête pour empêcher ce soir les officiers de quitter le port, ne faisant qu’un trajet d’un navire à l’autre. Le temps était tellement épouvantable que le lieutenant avait décidé de dormir à bord de son navire.

Mais la vie avait certainement décidé qu’il était trop tranquille ces derniers temps et qu’il lui fallait un peu d’action. Une action qui pouvait lui être mortelle. Le bateau tanguait dangereusement pour un navire à l’ancre, le roulis faisant grincer tous les bois du navire. Le vent à l’extérieur accentuait le chuintement  et cette impression de fin du monde. Tout cela pour de l’alcool… Mais Silvestre aurait donné n’importe quoi pour quitter l’impression d’oppression que lui donnait la soirée chez l’amiral. Il préférait de loin la tempête au reste. S’enmariner avait été difficile avec ces mini-sorties mais le jeune homme avait le cœur et l’équilibre bien accrochés aussi réussissait-il à rester en place sur le pont inférieur. Le risque était que les canons se décrochent et se mettent à rouler d’un bord à l’autre. Mais non, rien. Ce n’était pas cela qui l’avait inquiété. Un autre bruit, peu naturel à bord d’un navire, lui avait fait tourner la tête et se méfier. Quelque chose, outre que le roulis intense, n’allait pas à bord. Il était à deux pas de la Sainte Barbe, ce qui, avec son instinct développé dans les grandes forêts américaines lors des campagnes contres les iroquois, n’allait pas pour le rassurer. Malgré la pluie à l’extérieure, si ce navire explosait, il risquait d’entrainer une avarie, voir carrément de faire sombrer les navires les plus proches. Et avec ce temps, les gardes n’étaient pas très attentifs. C’était une nuit idéale pour un méfait.

Et le noir fut soudain total quand la bougie décida qu’elle était moins forte que le mouvement du bateau. Silvestre se figea, son couteau, sa seule arme, à la main, aux aguets, sans savoir que cela venait de lui sauver la vie. Le noir presque total l’empêchait de savoir ce qui se trouvait autour de lui et ses yeux prenaient plus de temps qu’auparavant pour s’habituer à l’obscurité. Un froissement d’étoffe à sa gauche presque imperceptible avec le roulis lui indiqua qu’il avait vu juste, accompagné de bruits de pas de course.  Silvestre, le poignard à la main, se lança à sa poursuite. Pour s’être fait si silencieux, il ne pouvait s’agir que d’un traitre ! Il fallait pourtant faire attention à ne pas se prendre les poutres basses contre le crâne ou les pieds dans les cordes au sol. Mais Silvestre était sans doute en meilleure condition physique que celui qu’il avait surpris, puisqu’il avait l’impression de gagner du terrain sur lui. Peut être que… Silvestre manqua de s’écrouler en butant contre un sceau laissé là, se rattrapant de justesse, il continua sa course poursuite vers l’écoutille. Il fallait l’arrêter ! Il savait aussi bien que n’importe quel soldat qu’un espion dans leurs rangs était la pire des choses qui pouvait arriver. Pourtant, une flammèche devant lui le fit immédiatement s’arrêter. Un quart de seconde plus tard, et il serait sans doute mort, car la détonation claqua, et il sentit la balle passer près de son épaule droite, assez pour, peut être, faire un trou dans sa cape, mais il n’y songea même pas à l’instant, se contentant de se plaquer contre la paroi la plus proche, de peur que son assaillant ait une seconde arme. Assaillant qui en profita pour s’enfuir. Silvestre se remit sur ses pieds et s’apprêta à poursuivre sa course quand les soldats, attirés par le bruit en sous-pont, arrivèrent en courant.

-Qui vive !??

Silvestre jura avant de se redresser pour se faire reconnaître :

-Vicomte de Lévis-Ventadour, lâcha le jeune homme, lieutenant du roi.

Les hommes levèrent leurs torches et abaissèrent leurs armes en reconnaissant l’uniforme du lieutenant.

-Que faites-vous à bord, monsieur ?

Silvestre, n’y tenant plus, remonta les marches jusqu’au pont supérieur où la tempête paraissait s’être calmée suffisamment pour qu’il puisse déchainer sa colère, ignorant la pluie qui battait contre sa tête qu’il n’avait pas prit le temps de couvrir de sa capuche.

-Votre travail, bande d’idiots ! Votre amiral m’envoi chercher du rhum pour sa réception et pendant que vous baillez au corneilles je manque de me faire tuer par un espion ! Inutile, il est trop loin désormais, ajouta-t-il en les voyant commencer à s’agiter et regarder de tous côtés.

Etait-ce la peur à retardement qui faisait agir Silvestre de la sorte ? Peut être. Dans le noir, il y avait peu de chances pour que son agresseur ne le touchât avec son arme, mais cela aurait pu arriver. Il en eut froid dans le dos et imagina la détresse de sa mère et de ses sœurs, ainsi que la satisfaction de son demi-frère ainé, si jamais cela était arrivé.

-Aller chercher l’amiral de Clerq, malgré la tempête, il n’est plus temps de festoyer !

Et Silvestre n’était pas prêt de se coucher. Une fois l’adrénaline redescendue, le jeune homme ne put s’empêcher de se dire qu’il n’avait rien contre une recrudescence d’action. Il regarda les hommes s’éloigner rapidement vers l’autre navire qu’il avait quitté à peine quinze minutes plus tôt. Malgré tout, cela restait la guerre, et il allait le retrouver, cet espion !


[FIN DU RP]

______________________

Happiness is the key
And may be, just may be, you can go farther than you ever thought. That is the biggest journey you'll do, and your life will never, ever be the same again.


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