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 "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."

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MessageSujet: "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."    "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."  Icon_minitime13.05.12 23:07

Le carrosse filait à vive allure, entraînant ensemble les ravisseurs et leur victime sur les routes peu fréquentées. Quoi que hâtive, la course de la voiture noire et sans armes ne fit pas se soulever le moindre regard sur son passage alors qu’elle traversait les quelques hameaux avoisinant Versailles. On avait l’habitude, dans ces bourgades, de voir rentrer en toute hâte quelques véhicules ralliant la ville ou les manoirs alentours dès que la nuit commençait à tomber. Tous ces nobles et autres bourgeois attirés à Versailles comme les guêpes par le miel ne traînaient pas dans les campagnes, ou s’ils le faisaient, c’était pour quelques sombres affaires dont il valait mieux se détourner. La cour, en s’installant ici, avait amené avec elle son lot d’intrigues et des complots, et ces tranquilles paysans qui avaient vu passer bien des saisons solitaires avaient vite appris – pour la plupart – que l’on ne tirait jamais rien de bon à s’intéresser de trop près aux affaires des courtisans. C’est donc dans l’indifférence générale que passa l’anonyme carrosse, que les larges foulées d’un haut percheron entraînaient vers l’une des demeures solitaires qui s’étaient érigées autour de Versailles et de son château.

Dans la voiture, l’on ne se parlait pas. Deux hommes, tout de noir encapuchonnés, encadraient une jeune femme aux yeux bandés dont seuls les discrets sanglots d’angoisse brisaient le silence. La vague lutte à l’issue de laquelle on l’avait installée de force dans le carrosse avait fait tomber ses longs cheveux blonds sur ses épaules et dérangé les plis de sa robe en brocart bleu. On avait pris soin de lui lier les mains afin qu’elle cessât de se débattre, précaution qui s’avéra bien inutile au regard de la stature des deux silhouettes qui l’entouraient ; et depuis vingt minutes, elle n’avait pour toute protestation rien essayé que de déchirantes supplications, en vain. Ni l’un ni l’autre de ses compagnons de voyage n’avait daigné prononcer le moindre mot et, de désespoir, elle avait fini par se murer à son tour dans le silence de ses larmes.

Un silence qui n’était finalement pas pour déplaire à Christine. En effet, ne plus avoir à supplier ses ravisseurs d’une chose qu’elle ne souhaitait surtout pas – qu’ils la relâchent, donc – avait le mérite de la laisser songer en paix à la suite des évènements qui, contrairement à l’image de pauvre victime éplorée qu’elle donnait à merveille, ne lui échappait absolument. Que ses larmes contrefaites et ses sanglots feints n’induisent pas nos lecteurs en erreurs : en dépit des apparences, la jeune marquise de Listenois savait parfaitement où on l’amenait et dans quel but. Elle était même à peu près certaine que le carrosse ne tarderait plus à quitter les routes principales pour s’enfoncer encore un peu dans la campagne et ainsi rejoindre le manoir de l’abbé de Mozac, haut lieu de réunion des messes noires versaillaises. Or, il s’agissait exactement de l’endroit où elle voulait se trouver… Etre espionne la conduisait vraiment à formuler d’étranges souhaits, à la réflexion.

Réprimant sans mal un sourire qui aurait été du plus mauvais effet sur son masque éploré, Christine se fendit au contraire d’un nouveau gémissement, tout en tentant de deviner quelque chose derrière le tissu noir qui lui masquait la vue. N’obtenant pas de résultat convaincant, elle ferma les yeux, et se concentra à nouveau sur ce qui allait venir. Sa position, bien que pour l’instant maîtrisée, n’était pas la plus confortable qui soit. Elle relevait même de l’inconscience pure, comme l’avait lucidement fait remarquer l’un des hommes avec lesquels elle travaillait depuis quelques semaines maintenant sur l’abbé de Mozac. Pourtant, s’il y avait une façon sûre de s’approcher de près du cercle des messes noires, c’était bien d’en être une victime potentielle – le « potentielle » en moins en ce qui concernait ce soir. Il y avait donc quelques temps maintenant qu’elle était très volontairement allée se jeter dans la gueule du loup, choisissant pour nouveau et temporaire confesseur un prêtre soupçonné d’être en relation étroite avec Mozac. Renommée pour l’occasion en vicomtesse Madeleine de Launay, fraîchement lâchée dans le trouble univers qu’était celui de la cour, l’espionne avait pu user sans modération de sa propension à raconter des histoires et ainsi se faire passer pour la plus pure des oies blanches tandis qu’en parallèle, quelqu’un dont elle ignorait l’identité fournissait des informations sur les messes prévues. Madeleine de Launay s’était finalement vite imposée comme une victime toute désignée. Lorsque le père Charles avait confié à sa pénitente qu’il avait trouvé un homme capable de l’aider à faire l’acquisition d’un manoir dont elle avait parlé, Christine n’avait pas douté un instant que le rendez-vous n’était qu’un piège, que la petite fête attendait au bout et qu’elle en serait l’invitée à l’honneur. Voilà comment elle se trouvait enlevée – à sa plus fausse surprise – dans ce carrosse, à jouer la jeune femme désespérée.

L’on aurait pu arguer que l’espionne et ses compagnons prenaient là beaucoup de risques pour peu de résultat. On l’avait d’ailleurs fait, ce à quoi la marquise avait répliqué qu’être introduite au cœur du réseau lui permettrait peut-être de débusquer quelques personnalités auxquels l’on ne pensait pas. En arrivant sur les lieux de la messe avant le client – qui devait, selon ses informations, être leur… informateur – elle pourrait avec de la chance mettre des noms sur de nouveaux visages, et surtout, son enlèvement prévu serait encore la meilleure façon de permettre aux soldats venus mettre fin à la fête de trouver les lieux du crime à coup sûr. A ces arguments, on avait fini par se rendre, et avec l’assurance que la messe serait interrompue à temps, Christine avait sauté tête la première dans le piège grossier du père Charles. Fort heureusement, ce qu’elle redoutait le plus ne s’était pas produit, et c’est sans avoir à composer avec les aléas de ses troubles qu’elle pouvait mener à bien sa mission. Optimiste, elle avait voulu voir cela comme un bon augure. Tout ce qu’il fallait maintenant, c’était que rien ne vienne retarder l’intervention des soldats. Il y aurait bien deux hommes dissimulés dans l’assistance et le faux client, mais au regard du rôle qu’elle endossait ce soir, la jeune marquise devait bien admettre qu’elle préférait autant que les soldats ne commettent pas d’impair. Mourir sacrifiée aux démons n’était pas exactement la fin la plus souhaitable qui soit…

Un cahot, signe que la voiture quittait les routes principales, la tira de ses pensées. Autour d’elle, les deux hommes n’avaient toujours pas échangé le moindre mot. A sa gauche, elle avait eu le temps de reconnaître le père Charles quand un inconnu siégeait à sa droite. Le cocher ne lui avait semblé être qu’un vague valet, rien qui ne mérite qu’elle y arrête son attention. Ce qu’elle voulait, maintenant, c’était voir les autres – si on daignait lui retirer ce maudit bandeau. Elle était d’ailleurs encore dans le noir lorsque le carrosse s’arrêta, et quand on l’en fit sortir avec autant de ménagement qu’on l’y avait faite rentrer – c'est-à-dire assez peu. Après avoir fait mine de se débattre quelques minutes, elle se laissa entraîner vers la demeure qu’elle devinait comme étant celle de l’abbé Mozac. Plissant les yeux et malgré les fausses larmes qui troublaient sa vue, elle essaya de deviner les lieux derrière l’étoffe opaque, sans oublier de supplier ses ravisseurs de la laisser en paix – ou au moins de lui expliquait ce qu’elle faisait là.
« Taisez-vous, mademoiselle, épargnez-nous vos jérémiades, elles sont inutiles ! lui ordonna alors le père Charles, qu’elle avait connu bien moins autoritaire. »

La fausse Madeleine de Launay obéit sans se faire prier. Sans plus attendre, on la conduisit dans une chambre dont les rideaux étaient noirs et tirés, et là seulement, on lui retire le bandeau avant de la laisser sans lui fournir plus d’explication – explication dont elle n’avait heureusement pas besoin. Après s’être laissée tombée sur le tapis afin de s’assurer qu’on ne viendrait pas immédiatement la chercher, elle se redressa, et entreprit de faire le tour de la pièce. Peu à peu, ses yeux rougis de fausses larmes s’habituèrent à cette nouvelle obscurité, et elle put deviner l’essentiel. La chambre n’était du reste que peu meublée et la seule chose à noter était sans doute cette longue chemise en soie blanche que l’on avait déposée sur le lit. Un sourire amusé effleura les lèvres de Christine. Si elle mourait, elle le ferait dans de la soie – on avait vu pire. Et peut-être apporterait-elle-même par son sacrifice au faux client la gloire, ou l’amour qu’il ne voulait que pour les besoin de l’enquête ; quoiqu’elle doutât sérieusement de ce dernier aspect. Car si la vicomtesse de Launay remplissait toutes les conditions, la marquise de Listenois, elle, était loin d’être une… pure colombe. A nouveau, elle sourit, puis retourna à la place où ses ravisseurs l’avaient laissée. Son rôle maintenant se bornait à attendre, et scruter les visages.

On ne la laissa pas longtemps sans compagnie. Quelques minutes après qu’elle se soit à nouveau prostrée sur le tapis, une femme sombrement vêtue rentra dans la chambre et lui ordonna de passer la chemise puis la quitta lorsque ce fut chose faite. C’est dans cette tenue qui ne laissait présager rien de bon – vraiment, elle comptait sur ces soldats – qu’elle fut à nouveau entraînée ailleurs par les deux mêmes hommes que plus tôt. Une moue manqua de lui échapper, déçue de ne pouvoir voir d’autres visages. Mais elle se garda bien de se faire plus expressive que cela et, lorsqu’on lui lia une deuxième fois les mains, elle recommença son manège effrayé.
« Laissez-moi, je vous en supplie… sanglota-t-elle en tentant de dévisager l’inconnu.
- Allons, allons, mademoiselle de Launay, ça sera vite terminé. »
Sur ces charmantes paroles, il l’attrapa par le bras et poussa une porte alors qu’elle laissait échapper un cri de protestation. Aussitôt, elle nota l’ambiance bien plus sombre et pesante de cette nouvelle pièce, dont les murs étaient recouverts de tentures noires et dont la seule lumière émanait de nombreuses bougies. Un autel peu engageant avait été dressé, auprès duquel se tenaient l’abbé de Mozac et un autre homme qui n’était pas totalement inconnu à Christine. Disposés dans la salle, quelques silhouette, parmi lesquelles elle devina celles de ses coéquipiers et au centre, un homme qui devait être le client – et donc leur informateur dont l’identité avait jusque là était tenue secrète. C’est lorsque ses deux grandes prunelles bleues éplorées s’arrêtèrent sur ce dernier qu’elle comprit que tout n’allait pas se passer comme prévu.

Elle dut faire un violent effort sur elle-même pour ne pas cesser aussitôt ses protestations d’effroi et revenir à l’abbé qui était tout de même bien plus menaçant que son client… c'est-à-dire bien plus menaçant que Jean Racine. Seigneur, que faisait-il là ? Enfin… était-ce vraiment lui le fameux « informateur » ? Dans une toute autre situation, elle en aurait volontiers explosé de rire, mais ils n’étaient pas dans une toute autre situation, et un geste du père Charles la rappela à elle. Avec un nouveau cri d’angoisse – poussé en priant pour que son ancien amant soit au courant de la supercherie – elle se laissa pousser vers Mozac qui la jaugea avant de hocher la tête.
« Commençons. »
Certes, il était temps. Mais… mais pourquoi Diable avait-on choisi Racine ?
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MessageSujet: Re: "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."    "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."  Icon_minitime22.05.12 1:12

Au moment où on allait faire entrer la future victime, Jean Racine, debout devant l'autel, se disait qu'il aurait aimé se trouver à des lieues de là. Que ce soit la froide Russie ou ces pays exotiques où se levait le soleil, l'endroit importait peu à vrai dire, il était même prêt à revivre l'humiliation de l'anniversaire royal à Versailles devant la totalité de la cour s'il le fallait... En cet instant-là même les redoutées et quasi légendaires catacombes parisiennes lui paraissaient être un lieu de séjour enviable. Tout sauf cette pièce d'une décoration que Racine jugeait un peu douteuse, où l'on avait disposé des tentures noires et des bougies sans doute pour impressionner le client, en pensant qu'il serait assez naïf pour croire à cette mise en scène clairement destinée à l'effrayer, et surtout pour lui faire gober l'idée que le Diable puisse les visiter ce soir-là, comme s'il n'avait des choses plus importantes à régler dans ses royaumes souterrains. Vraiment, les organisateurs de cette messe noire prenaient leurs clients pour des imbéciles. Ah oui, il en était un de client. C'en était presque vexant pour lui. En même temps, si Jean avait pu se délivrer de sa mauvaise foi habituelle, il aurait dû reconnaître que ce n'était pas très rassurant non plus. Surtout depuis qu'on lui avait annoncé solennellement qu'on allait faire « pénétrer la victime en ces lieux ». La victime ? Quelle victime ? Franchement, s'il avait pu, il aurait sans doute tourné les talons pour quitter la compagnie peu agréable de cet abbé qui le regardait d'un œil torve et qui avait une conversation décidément peu intéressante (il se sentait obligé de parler de cette voix caverneuse ?) mais ses jambes, un peu tremblantes, refusaient de lui obéir. Et puis, il s'agissait de ne pas perdre la face... Mais enfin pourquoi ne l'avait-on pas prévenu qu'il y aurait un sacrifice  ? Comment était-il sensé réagir maintenant ? Il n'allait quand même pas pouvoir assister à cela sans intervenir !

Pour comprendre pourquoi Racine se trouvait dans cette situation pour le moins délicate, il faut remonter quelques semaines auparavant, peu de temps après le désastre de cet fameux anniversaire royal. Si l'erreur du dramaturge avait pu passer un peu inaperçue au milieu de l'annonce de la disparition de la favorite (c'était cruel mais... Merci à elle !), le roi n'oubliait jamais rien. Représentez-vous la scène d'un Racine au bord de la panique au moment d'être reçu par Louis XIV en audience, c'était bien pire que de scruter avec angoisse les réactions du public lors d'une première. Le roi avait été plutôt compréhensif mais ne pouvait entièrement laisser passer l'affaire, l'honneur de la reine elle-même avait été mis en jeu. Néanmoins, le dramaturge ne s'attendait pas à la question que le souverain allait lui poser cette journée-là : « Saviez-vous que circulent des rumeurs selon lesquelles se déroulent des cérémonies vouées au culte du démon non loin de mon propre château ? ». Jean, sous le coup de la surprise, plié en deux en une révérence, avait failli s'étouffer avant de répondre quelque chose qui ressemblait à un « noui ». « Fort bien, avait conclu le roi, tenez-vous à disposition de mes agents, nous aurons sans doute besoin de vous ». Quoi ? Avait failli répliquer l'écrivain de manière fort peu élégante mais sans même attendre de réponse, le roi l'avait congédié, considérant que l'affaire était close. En ressortant dans le couloir, Racine était resté quelques instants abasourdi et n'avait répondu que par monosyllabes à ceux qui tentaient de lui demander comme ça s'était déroulé. Dans son esprit, il ne répétait qu'une même question en boucle : dans quoi venait-il de s'engager ?

Il avait cru pendant quelques temps pouvoir être tranquille, personne n'était venu le voir avec un ordre quelconque de Sa Majesté jusqu'au jour où cette chère (prenez cela dans un sens ironique) demoiselle à laquelle il donnait des cours de théâtre lui avait suggéré d'aller sous-entendre à la cour qu'il était prêt à tout pour regagner les faveurs du roi et de lui dire qui avait mordu à l'hameçon. Et cela n'avait pas manqué. Peu de temps après cette déclaration en public, à croire qu'il était meilleur acteur qu'il ne le pensait, un certain abbé de Mozac qu'il avait jusque-là pris pour un bigot sans nul intérêt s'était présenté à lui avec une mine de conspirateur en lui proposant une solution miracle qui lui permettrait de réaliser tous ses vœux. Évidemment cela demandait quelques petits arrangements avec le Diable et un paiement en espèces sonnantes et trébuchantes. Racine avait accepté sans discuter mais non sans songer qu'il faudrait que le roi lui rembourse ces frais stupides. Mais il devait avouer qu'il était un peu curieux de voir comment ces choses-là se déroulaient. On racontait que de nombreux nobles avaient recours à des sciences occultes pour obtenir ce qu'ils souhaitaient. Que telle marquise avait ce teint de pêche grâce à son pacte avec le Diable ou que tel comte de province avait obtenu une place à la cour après avoir fait boire une potion concoctée par un prêtre défroqué à tel haut personnage de Versailles. Racine était même sûr qu'il devait se dire que la favorite avait enlevée par un démon car elle n'avait pas rempli sa part du contrat qui lui avait accordé l'amour du roi. Après tout, ce n'était pas la rumeur la plus folle qui courrait sur sa disparition. Et s'il accordait généralement peu de crédit aux rumeurs, le dramaturge avait vu de ses propres yeux une princesse d'Empire sortir de la boutique de cette sorcière que l'on appelait La Voisin en plein cœur de Paris... Tout était possible ! On lui avait donc fait suivre quelques rites d'initiation un peu ridicules avant de lui donner rendez-vous lors de cette soirée-là pour passer aux choses sérieuses. Racine avait prévenu son contact, réjoui que les choses aillent si rapidement. Bien mal lui avait pris.

En cet instant donc, Racine maudissait les ordres du roi, sa curiosité et l'abbé de Mozac qui le considérait toujours avec un demi-sourire, sans nul doute fort heureux de plumer une telle personnalité de la cour. Il se tortillait, un peu gêné d'être au centre de l'attention dans une atmosphère aussi pesante. Le père Charles l'avait encouragé à s'approcher de l'autel au centre de la pièce alors qu'une petite assistance prenait place autour d'eux. Jean se sentait de plus en plus mal à l'aise et commençait à se dire que tout cela était une très mauvaise plaisanterie. Il ne croyait pas un instant à ces histoires d'invocation mais n'était-ce pas un blasphème pour autant ? Certes, il faisait cela pour servir son roi mais Dieu ferait-il vraiment la différence ? Ces considérations s'effacèrent néanmoins quand on lui annonça qu'il y aurait une victime. Racine n'avait pu s'empêcher d'ébaucher un sourire nerveux qui s'effaça soudain quand on lui confirma ce que même son esprit avait refusé d'envisager :

- Satan réclame le sang d'une jeune vierge pour accomplir son œuvre..., semblait psalmodier l'abbé de Mozac en levant les bras, décidément fort inspiré ce soir-là, faites-donc entrer notre sacrifice !

Jean Racine se crut alors vraiment au centre d'une sinistre farce. Comptait-on réellement tuer une jeune femme sous ses yeux ? Sans doute, l'un de ses ennemis voulait lui jouer un mauvais tour et caché derrière les tentures, il riait de voir la mine décomposée du dramaturge. Mais personne ne surgit soudain pour déclarer que cette mascarade était terminée. Au contraire, une porte s'ouvrit et laissa entrer une silhouette féminine vêtue d'une longue chemise de soie blanche, tenue par un homme à l'allure patibulaire. Comme dans un rêve, Racine se retourna et son souffle se coupa en reconnaissant derrière ces cheveux blonds emmêlés deux grands yeux bleus qu'il avait si souvent admiré dans le passé et qui à présent étaient emplis de larmes qui étaient bien trop réelles pour le dramaturge. Il dut cligner plusieurs fois ses paupières pour être sûr que ce cauchemar n'était pas qu'un produit de son imagination fertile. Oh non, pourquoi elle ? Que faisait-elle donc ici piégée dans cet hôtel particulier, prête à être sacrifiée ? C'était donc elle qu'on voulait faire passer pour une pure et innocente jeune femme ? Racine, son ancien amant, ne put s'empêcher de remarquer l'absurdité de la chose. Mais ce n'était pas le moment de faire de l'esprit ou de l'humour. D'ailleurs, la plainte qu'elle poussa acheva de terrifier Racine et de lui briser le cœur. Il chercha à croiser son regard pour lui transmettre toutes ses interrogations mais elle gardait les yeux baissés. Allons, il lui fallait se reprendre. La panique ne lui serait d'aucune aide dans une telle situation. Il ne put toutefois s'empêcher de jeter un coup d’œil dans l'assistance pour chercher du secours mais personne ne paraissait vouloir réagir. Et les sorties étaient bloquées par des hommes de main, vêtues de capes noires. Mais il lui fallait agir, il ne voulait pas prendre le risque que Christine de Listenois soit blessée ou assassinée par un imbécile comme cet abbé. Il s'obligea donc à prendre un air naturel en se retournant vers l'autel sur lequel on était en train d'attacher la jolie jeune femme qui sanglotait.

- Commençons, dit l'abbé de Mozac d'un ton sentencieux en saisissant un calice et avant de se mettre à réciter quelques formules que Racine reconnut sans peine comme des phrases bibliques lues à l'envers.
Bon d'accord, il était peut-être temps de paniquer. Peut-être que s'il déclarait ne pas vouloir aller jusqu'au bout, arrêteraient-ils leur parodie de cérémonie ? Rien n'était moins sûr, Racine était clairement en minorité et s'ils étaient capables de tuer une pauvre jeune femme sans défense, Dieu seul savait ce qu'ils pouvaient faire en son encontre s'ils se sentaient menacés. Voyant que le jeune assistant de l'abbé sortait une sorte de poignard rituel, Racine se jeta à l'eau et bredouilla sans vraiment réfléchir :
- Hum... Pardon de vous interrompre... Mais, la victime, c'est vraiment nécessaire... ? Je veux dire, je veux juste retrouver la faveur du roi, Satan a-t-il donc besoin de prendre une vie pour cela ?
L'abbé de Mozac lui retourna un regard furieux, visiblement peu heureux d'avoir été coupé en plein dans sa tirade qu'il avait dû répéter de nombreuses fois pour qu'elle soit parfaite devant le client :
- Oui, monsieur, c'est un pacte de sang que vous allez faire avec Satan... Nous allons sacrifier cette vierge en son nom et vous boirez son sang dans le calice, là est la seule manière de trouver ce que vous cherchez.
Avant de poursuivre son petit discours. N'avait-il donc aucune pitié ? Racine n'avait lui nulle envie de faire un quelconque pacte avec le Diable, fut-il faux mais quand on lui présenta une hostie noire qu'il devait avaler, il ne put que s'exécuter, avec une répugnance non feinte. Si sa tante, religieuse à Port-Royal assistait à cela... ! Il mâcha un peu l'hostie pour être absolument certain que le sort ne fonctionnerait pas. Une fois la chose faite, Racine tenta à nouveau une diversion, pensant qu'il aurait plus de chance face à un seul homme :
- Peut-on faire sortir toute cette assistance, abbé ? J'ai bien peur qu'ils n'interfèrent dans le processus...
- Allons, cela n'a aucune importance ! Grommela le père Charles, sans doute en train de penser que son client était bien agaçant mais il se reprit en songeant que celui-ci payait quand même assez bien pour que ses désirs soient exaucés : Mais si vous le souhaitez, je vais le leur demander...

L'assistance s'exécuta en traînant un peu les pieds. Le dramaturge se demandait s'il devait d'abord bondir sur Mozac ou sur son assistant mais fort heureusement, la chance joua en sa faveur : un jeune homme vint glisser un mot à l'oreille de l'abbé. Il entendit seulement qu'il y avait apparemment des mouvements à l'extérieur mais Mozac s'excusa et lui demanda l'autorisation de sortir quelques instants en compagnie de son assistant, ce que leur permit de bon cœur Racine. Dès qu'il passa la porte, puisqu'ils étaient enfin seuls, le dramaturge sauta sur la jeune femme et commença à détacher ses liens avec nervosité :

- Que faites-vous donc là, Christine ? Vous deviez mettre au point un plan pour m'humilier, rappelez-vous, pas vous retrouver saucissonnée pour être sacrifiée !

On entendait des bruits suspects venus du dehors mais il n'en avait cure. Une seule chose importait désormais : libérer son ancienne maîtresse qu'il n'avait jamais réussi à détester malgré ses menaces et fuir avec elle loin de cet endroit maudit.
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MessageSujet: Re: "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."    "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."  Icon_minitime12.06.12 16:30

Tous ces mystères que l’on avait tenu à faire autour de l’identité du mystérieux informateur, ou faux client avaient longtemps agacé Christine. Les raisons de cette moitié de dissimulation lui avaient semblées stupides et à bien y réfléchir, elle n’avait pas dû prendre la peine de les écouter jusqu’au bout. Car évidemment, espérer qu’elle se contenterait des quelques mesures de sécurités invoquées relevait de la naïveté et on avait sans doute à peine commencé à le lui expliquer qu’elle s’était déjà mise à faire l’inventaire des personnalités de la cour pour lesquelles il serait crédible d’avoir recours à une messe noire. Avec toute l’imagination qu’on lui connaît, elle avait envisagé les histoires les plus folles, les plus improbables puis avait forgé quelques soupçons farouchement gardés pour elle. Cependant, même dans ses rêveries les plus délirantes, jamais elle n’aurait songé au dramaturge, qui avait à ses yeux beaucoup de choses – le talent, par exemple, malgré ses inspirations… douteuses – mais certainement pas la carrure d’un espion ou associé. Et même en oubliant cette facette-là de l’histoire. Si elle avait été étrangère à l’affaire, lui aurait-on soufflé que Jean Racine prenait part à une messe noire qu’elle s’en serait sans doute étranglée de rire en traitant son interlocuteur d’idiot, de naïf ou de fou. Quelle idée saugrenue lui était-elle donc passée par la tête pour qu’il se trouve impliqué ? Question intéressante, au même titre que la façon dont il avait réussi à rendre crédible son recours aux sciences de l’abbé Mozac. Hélas, la situation dans laquelle ils se trouvaient n’était pas exactement propice à y réfléchir, et Christine dut se contenter de furtives spéculations avant d’abandonner. Il y avait bien plus urgent.

Poussée vers l’autel peu engageant qui attendait sa victime, la jeune marquise n’eut d’autre choix que de tenir son rôle – ou plutôt ses deux rôles, car elle n’était pas là uniquement pour jouer les victimes effrayées. En essayant d’ignorer la présence de Jean, elle plongea son regard éploré dans l’assemblée pour y deviner un visage. La plupart des sinistres personnes qui assistaient à ces messes en simples spectateurs en étaient généralement clients également, et allaient même jusqu’à y officier pour certains. Or il était probable que quelques uns arrivent à échapper au coup de filet qui se préparait, et il s’agissait de ne pas les laisser s’en tirer à si bon compte. Alors qu’on la poussait vers l’autel drapé de noir à l’image du reste de la pièce, Christine profita de ce moment où tous les regards se posèrent sur elle pour en croiser certains et s’adonner discrètement au jeu des devinettes pour lequel, de là où elle se trouvait, elle jouissait d’une vue parfaite. Il avait d’ailleurs au moins fallu cette évidence pour que l’on permette que l’affaire se déroule ainsi malgré le risque – évident aussi – de la voir remplir son rôle de victime jusqu’au bout. Ou plutôt presque jusqu’au bout : la demoiselle ne ferait sans doute qu’un piètre sacrifice, étant donné qu’elle ne rassemblait pas exactement toutes les conditions requises, et il en était un dans la pièce qui pouvait également goûter l’ironie de la situation.

La tête que faisait Jean lorsqu’elle ne put s’empêcher d’arrêter à nouveau son regard sur lui tira à Christine une grimace qui passa inaperçue derrière ses soupirs entrecoupés de sanglots (elle avait cessé de supplier, la chose lui étant devenue lassante et ne servant pas à quoi que ce soit). Non seulement il ne semblait pas avoir été prévenu non plus qu’elle serait de la partie mais en plus, il n’avait pas l’air de savoir que la victime n’en était point une. Si une part d’elle aurait pu rire de ce (très) mauvais tour, l’autre songeait avant tout au bon déroulé de la mission – et celle-ci lui apparut soudain comme bien moins engagée que prévu. Quelle idée que tous ces mystères ! La prochaine fois, elle ferait les choses à sa manière.
La jeune femme fut sortie de ses songes par le père Charles qui lui attrapa fermement les poignets pour l’allonger sur l’autel et l’y attacher. Elle se débattit pour la forme tout en jetant un nouveau regard vers l’assistance. Dans le fond, les deux hommes qui imitaient plus ou moins brillamment le comportement du reste des spectateurs lui rendirent son œillade. Si les choses tournaient mal avant que la garde n’intervienne, c’était à eux de donner le signal et surtout, de limiter les dégâts en attendant le gros de l’intervention. Autant dire qu’au regard de la position dans laquelle elle se trouvait, Christine comptait sur eux – bien plus que sur Racine, il faut l’admettre. Et ce d’autant plus qu’elle vit du coin de l’œil l’assistant de l’abbé Mozac sortir d’un petit coffre en bois le poignard sacrificiel. Instinctivement, elle remua les mains pour constater de l’état de ses liens, et retint une moue.
Définitivement, elle comptait sur ses complices.

L’abbé Mozac n’avait, quant à lui, pas cessé de psalmodier. Derrière lui, le père Charles surveillait à la fois le jeune homme qui servait d’assistant au maître de cérémonie et le client qui ne tarda d’ailleurs pas à se rappeler au bon souvenir de toute l’assistance.
« Hum... Pardon de vous interrompre... Mais, la victime, c'est vraiment nécessaire... ? Je veux dire, je veux juste retrouver la faveur du roi, Satan a-t-il donc besoin de prendre une vie pour cela ? »
Tous les regards convergèrent vers lui, ceux de l’abbé et de Christine compris. Entre ses fausses larmes, elle dut résister à la tentation de lui lancer une œillade sévère.
« Oui, monsieur, répondit Mozac sur un ton qui n’appelait a priori aucune réponse, c'est un pacte de sang que vous allez faire avec Satan... Nous allons sacrifier cette vierge en son nom et vous boirez son sang dans le calice, là est la seule manière de trouver ce que vous cherchez. »
Voilà qui faisait un charmant programme. Christine laissa échapper une plainte pathétique à cet exposé, le tout en remuant un peu – mais à dessein cette fois. Furtivement, elle se demanda où en était la garde. Elle avait beau ne pas être aussi effrayée qu’elle ne le laissait penser, la perspective d’être égorgée pour que Racine puisse retrouver la faveur du roi – finalement, il avait trouvé un motif plus que plausible ! – ne la réjouissait que très moyennement. Après tout, c’était lui qui lui devait quelque chose, et non l’inverse.

Le silence dans lequel Jean était retombé ne dura guère que quelques minutes, au grand désespoir du père Charles, de ses compagnons… et de l’espionne qui commençait à redouter une initiative malheureuse.
« Peut-on faire sortir toute cette assistance, abbé ? J'ai bien peur qu'ils n'interfèrent dans le processus...
- Allons, cela n'a aucune importance ! le rabroua aussitôt un père Charles bien moins affable qu’en confession, avant de se souvenir de qui venait l’argent qu’il avait sans doute déjà reçu. Mais si vous le souhaitez, je vais le leur demander... »
Et c’est avec une grande frustration, une certaine colère et surtout une pointe d’inquiétude que Christine vit sortir de la sombre salle les deux seules personnes sur lesquelles il lui semblait pouvoir compter dans cette affaire. Et si le masque criant de vérité de Madeleine de Launay n’eut rien de changé dans ses larmes et ses gémissements, cela ne l’empêcha pas de chercher intérieurement quels jurons et noms d’oiseaux seraient les plus appropriés.

Elle n’eut pas à chercher longtemps que déjà, l’une des personnes sorties pénétrait à nouveau dans la pièce et glissait à Mozac quelques mots que Christine eut peine à entendre mais qu’elle devina aux bribes de voix qu’elle distingua. Quelque chose de suspect avait été noté à l’extérieur, et ce quelque chose ressemblait bien à ce que la marquise savait être un petit groupe de soldats venu mettre fin à la mascarade. Elle eut un nouveau et de plus en plus contrarié soupir intérieur. Il n’y avait plus qu’à espérer que les deux complices réussissent à prévenir le renfort qu’il était temps, plus que temps d’intervenir. L’assistance sortie risquait de s’éparpiller et d’en réchapper. Et si Christine en avait reconnue quelques uns, d’autres restaient des parfaits inconnus.
Bonne nouvelle ou non, elle ne sut le dire, mais toujours fut-il que Mozac et le garçon qui lui avait tendu le poignard sortirent à leur tour. Jusqu’au bout, l’espionne conserva les traits effrayés de son personnage, mais à l’instant précis où la porte se referma, elle cessa toute mascarade pour planter dans les yeux de Racine deux prunelles noires, dégagées de la moindre larme – ce qui ne l’empêcha pas d’essayer aussitôt de dénouer ses liens.

« Que faites-vous donc là, Christine ? Vous deviez mettre au point un plan pour m'humilier, rappelez-vous, pas vous retrouver saucissonnée pour être sacrifiée !
- Qu’est-ce qui vous prend ?! Lâchez cette corde ! rétorqua-t-elle entre ses dents en se dégageant vaguement. C’était tout à fait honorable de sa part mais… absolument déplacé en ce qui concernait leur mission. Êtes-vous complètement idiot ou avez-vous juste oublié la raison pour laquelle vous… nous sommes ici ? »
Ça n’était certes pas une explication très détaillée mais l’urgence était qu’il cessât d’essayer de la détacher au risque de se rendre suspect aux yeux de Mozac qui pouvait revenir à tout instant.
« Personne ne va être sacrifié, continua-t-elle. Nous maîtrisions parfaitement la situation jusqu’à ton petit numéro, Jean ! »
Un éclat de voix à l’extérieur la coupa et après avoir en vain tourné la tête vers la porte, elle revint au dramaturge qu’elle n’avait jamais réussi à se convaincre de détester… jusqu’à ce soir. Cela ne l’avait pas empêchée de revenir tout naturellement au tutoiement sans qu’elle ne semble vraiment s’en rendre compte.

Elle fronça les sourcils un instant en se demandant ce qu’on lui avait dit ou non sur la suite de l’affaire. Oubliant sa fureur avec une rapidité déroutante mais qui était bien la moindre des étranges réactions qu’elle pouvait avoir, Christine se radoucit légèrement.
« Il y a des soldats en bas qui sont censés – je dis bien : censés – intervenir bientôt, ou au signal que j’espère qu’ils pourront recevoir… l’informa-t-elle avec une moue à la fois pensive et perplexe, toujours inconfortablement installée sur son autel. »
Censés, oui. Mais les alentours semblaient être bien trop calmes pour que l’on puisse espérer que le bon sens les ait soudain frappés de ses lumières. A sa manière. La prochaine fois, elle ferait à sa manière. Parfois, d’Anglerays lui manquait.
Il y eut un nouvel éclat de voix, bien plus proche cette fois. C’était Mozac qui semblait pester à tort (ou à raison, d’ailleurs) et à travers et dans ses jurons, Christine devina sans mal le mot « traître ». Là-dessus, des pas s’approchèrent de la porte.
« Finalement, j’apprécierai beaucoup d’être détachée… maintenant ! lança la jeune femme. »
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MessageSujet: Re: "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."    "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."  Icon_minitime16.10.12 16:01

Comment diable – c'était de circonstance – Christine de Listenois était-elle parvenue à se mêler de messes noires ? Pire encore, par quel prodige se retrouvait-elle sur cet autel prête à être sacrifiée comme la jeune vierge pure et innocente qu'elle n'était pas ? En d'autres circonstances, Racine serait parvenu à relever toutes les incohérences d'une telle supercherie et à remarquer les détails – du genre, pourquoi Christine ne protestait pas plus énergiquement - qui l'auraient conduit à deviner ce qui se tramait mais en l'occurrence son esprit était trop occupé à trouver un moyen de sortir de cette mauvaise plaisanterie. Un moyen qui permettrait à tout le monde de rester en vie de préférence car même pour tout ce qu'elle l'avait fait souffrir, Christine ne méritait pas d'expier de cette manière-là. Pendant une courte seconde, il songea que peut-être c'était une manière pour elle de se venger. Ainsi il aurait sa mort tragique sur la conscience et porterait ce poids pour le reste de son existence. Avant de se rendre du ridicule de cette hypothèse : le prétendu vol du personnage d'Axiane ne méritait pas ce genre de châtiment... N'est-ce pas ? Avec une certaine angoisse, Racine voyait que le reste de la cérémonie se dérouler sans qu'il ne puisse interférer, ce qui était un comble quand on savait que c'était lui qui avait payé les faux prêtres pour faire cette cérémonie. Un instant, il se demanda ce que penserait Henriette d'Angleterre si elle savait dans quelles poches partait son argent. Avant de se rappeler que ce n'était pas le moment d'envisager ce genre de choses. Hélas, c'est toujours dans les pires moments que la concentration baisse, dans les lieux où il ne faut pas que l'on envisage les idées les plus stupides. Racine ne faisait pas exception. Mais enfin pourquoi le souverain l'avait-il placé dans cette situation proprement rocambolesque, se demanda-t-il amèrement pour la centième fois au moins depuis qu'il était arrivé dans ce lieu. Avec tout le respect qu'il lui devait, s'il l'avait devant lui... Bon, au moins, il lui dirait sa façon de penser ! Le roi devait bien avoir des agents pour ce genre de missions, non ? La gamine qui lui faisait passer les informations pouvait bien prétendre avoir besoin de messes noires pour récupérer un amoureux ou être celle qui pouvait passer sa cuillère à dessert à la reine !

En attendant de pouvoir dire ses quatre vérités au roi – chose qu'il serait proprement incapable de faire mais Racine, à l'approche du sacrifice de son ancienne maîtresse avait bien le droit de se bercer d'illusions, il cherchait, affolé, une solution. Ses yeux allaient de droite à gauche en quête d'un peu de soutien mais l'assistance avait maintenant disparu et les sacrificateurs, qui avaient trop fait de version latine car ils ressemblaient tristement aux grands prêtres antiques venus faire des présages, étaient trop plongés dans leur cérémonie pour reculer. Ils y croyaient plus que Racine lui-même visiblement, lequel cherchait désormais une sortie rapide au cas où il faudrait fuir à toutes jambes. Il y avait bien l'entrée qui donnait sur l'autre pièce connexe mais la pièce en question avait la fâcheux désagrément d'être les coulisses de la mise en scène des arnaqueurs. Derrière eux se trouvait bien la porte d'entrée par laquelle était sortie l'assistance mais il était probable que l'assistance en question soit restée derrière et donc que l'on se retrouve nez à nez avec elle si on cherchait à partir dans cette direction. Le reste de la salle était couverte de tentures noires ne permettant pas de voir s'il y avait d'autres échappatoires comme des fenêtres. De toute façon, ils étaient à un étage supérieur et Racine ne tenait pas à faire l'expérience de savoir à la chute de combien d'étages son corps pouvait rester entier. Mais la chance finit par lui sourire : il vit enfin un pan du voile voleter, visiblement non relié à son autre moitié. Il y avait donc une ouverture dans cette direction. Et alors qu'il faisait ces réflexions tout en surveillant du coin de l’œil le poignard sacrificiel qui s'approchait un peu trop près du cou de Christine de Listenois, le miracle arriva. Bon, pas sous la forme de trompettes, d'anges venus du Paradis en chantant en chœur que « Dieu était bon et grand » - Racine n'en demandait pas tant - mais tout de même, le Seigneur ne l'avait pas abandonné puisqu'Il permit au dramaturge de se retrouver seul avec la victime, les hommes étant contraints de sortir pour régler une affaire urgente, ce qui en soit n'était pas très professionnel de leur part, le rapport avec la clientèle laissait à désirer. Bon si vraiment Il était de son côté, Il aurait pu prévenir les gardes ou les mousquetaires par la même occasion mais on n'allait pas cracher sur cette occasion de libérer la pauvre jeune femme qu'ils avaient enlevée.

- Qu’est-ce qui vous prend ?! Lâchez cette corde ! Êtes-vous complètement idiot ou avez-vous juste oublié la raison pour laquelle vous… nous sommes ici ?
Pardon ?! Racine aurait pu s'attendre à toutes les réactions et franchement, il n'aurait pas été vexé de ne pas être remercié comme il se devait – elle devait encore lui en vouloir pour ce prétendu plagiat... Et après tout, c'était de sa faute à lui si elle se retrouvait là, s'il n'avait pas demandé de messe noire, aussi... Mais voilà qui était fort ! Sous le coup de la surprise, il cessa d'essayer de la libérer, ses doigts malhabiles dans l'urgence de la situation avaient de toute façon du mal à détacher les nœuds, et ouvrit grand la bouche pour répliquer... Ne rien répliquer car il garda juste la bouche ouverte ce qui devait lui donner un air complètement idiot. Tenait-elle vraiment à être sacrifiée ? Mais elle n'allait pas bien ! Il n'était pas question de la laisser mourir même pour...
- Personne ne va être sacrifié, poursuivit Christine qui avait dû avoir pitié de l'incompréhension qui se lisait sur le visage de son ancien amant, nous maîtrisions parfaitement la situation jusqu’à ton petit numéro, Jean !
Ce fut à ce moment-là que Racine comprit enfin ce qui se passait sous ses yeux. Si la scène s'était déroulée des siècles plus tard dans un dessin animé, une ampoule se serait sans doute illuminé au-dessus de sa tête. Mais comme cette mascarade, qui n'était pas faite pour le piéger lui ou pour tuer Christine mais bel et bien pour piéger Mozac et ses complices, se déroulait bel et bien sous le règne de Louis XIV en cette fin d'année 1666, Racine dut se contenter de siffler en toute mauvaise foi, adoptant également le tutoiement, l'heure n'était pas aux ronds-de-jambe :
- Vous maîtrisiez la situation ? Dois-je te rappeler que tu es attachée sur un autel dans une pièce décorée avec fort mauvais goût et qu'ils étaient bel et bien partis pour te tuer ? C'est cela que tu appelles « maîtriser la situation » ? Permets-moi te de dire que pour moi « maîtriser la situation », c'est de savoir ces gens-là derrière des barreaux et nous très loin d'eux.
Bon ce n'était peut-être pas la peine de s'énerver autant mais Racine avait clairement les nerfs à vif. Il venait de croire pendant de longues et pénibles minutes qu'on allait assassiner une femme qu'il avait aimé et à laquelle il tenait – même si cela, il ne l'aurait jamais avoué sous la torture – sous ses yeux et qu'il était impuissant à faire quoi que ce soit.

Face à lui, Christine s'était calmée et avait adopté un ton tout à fait naturel, assez déplacé comme tenu des circonstances, comme si elle se trouvait dans un salon à papoter :
- Il y a des soldats en bas qui sont censés – je dis bien : censés – intervenir bientôt, ou au signal que j’espère qu’ils pourront recevoir…
- Des soldats ? Un signal ? Répéta Racine, se disant que la conversation devenait proprement surréaliste.
Finalement, c'était lui qui était le plus trompé dans l'histoire et il en voulut à Christine de ne pas l'avoir fait mettre au courant auparavant. Comme à cette Aline qui prenait plus de plaisir à lui hurler dessus qu'à lui donner des informations qui auraient pu l'intéresser pour cette « mission » du genre « ne vous inquiétez pas, des soldats vont intervenir » ou « au fait, votre ancienne maîtresse va jouer la victime mais elle maîtrise la situation ». Et Christine était donc... Au service du roi ? Elle aurait pu le lui dire, vraiment, cela aurait été évité ce quiproquo stupide ! Il allait lui en faire le reproche quand des éclats de voix leur parvinrent. En fait de soldats ou de signal, c'était Mozac qui revenait. Et il semblait fort mécontent. La jeune femme blonde et le dramaturge échangèrent un regard.
- Finalement, j’apprécierai beaucoup d’être détachée… maintenant !
- Rappelle-moi de ne jamais te faire confiance quand tu dis maîtriser la situation, grommela Racine en s'exécutant, la prochaine fois que tu me fais un coup pareil, je te laisse sur ton autel, tu es prévenue...
Hélas, plus il tentait de se dépêcher, moins il parvenait à dénouer les nœuds. Et cette fois-ci, le pas furieux de Mozac se faisait clairement entendre. Il restait encore un nœud à Racine sur lequel ils s'acharnaient tous les deux lorsque la porte s'ouvrit à toute volée. Tous les participants de cette mascarade restèrent un instant interdits alors qu'ils se faisaient face. Mozac avait quitté son air de vieux grand-père gentil pour avoir l'air franchement menaçant. Après ce qu'il en avait déjà vu, Racine s'attendait presque à voir pousser des cornes sur son front et à voir sortir les flammes de l'enfer de sa bouche. D'un geste désespéré, il libéra enfin Christine et lui saisissant la main, il l'entraîna tout droit vers l'ouverture qu'il avait vue un peu plus tôt.

- Traîtres ! Se mit à hurler Mozac, arrêtez-les, ils s'enfuient ! Arrêtez-les et amenez-les moi, je veux les tuer de ma main !
Diable, en voilà des menaces ! Racine se sentit frissonner mais se découvrit des ressources insoupçonnées en courant encore plus vite pour échapper à un tel destin. Il serait proprement ridicule d'être annoté dans les livres d'histoire comme décédé au cours d'une course-poursuite lors d'une messe noire. Oh, en plus il n'aurait jamais eu le temps de terminer son chef d’œuvre, Andromaque ! Derrière la tenture, en effet, se trouvait un passage. Ils s'engouffrèrent dedans et furent au cœur des machineries qui se mettaient en œuvre lors des messes noires. Se trouvaient là diables en carton et encens qui permettait de faire de la fumée. Allons... On n'allait tout de même mourir pour une simple pièce de théâtre morbide ? Là, un escalier descendait, sans doute vers les étages inférieurs et donc la sortie de cet hôtel. Sentant qu'on se mettait à leur poursuite, Racine lâcha Christine mais l'enjoignit à le suivre. Ils descendirent à toute allure et se retrouvèrent dans des volets de pièces sombres dont ils ne connaissaient rien. Ils continuèrent néanmoins à fuir vers les lieux qui leur paraissaient plus propices. Un nouvel escalier descendait, pour les ramener au rez-de-chaussée et ils l'empruntèrent sans hésiter. La course éperdue essoufflait Racine mais il y mettait l'énergie du désespoir. Leurs poursuivants étaient sur leurs pas. Mais au moment où il pensait être enfin arrivé en bas, un bruit de chute le fit se retourner. Christine s'était visiblement pris les pieds dans sa robe longue et virginale et s'était effondrée. Une demi-seconde, Racine hésita : devait-il poursuivre seul son chemin et aller prévenir les soldats qui tardaient à se faire connaître ? Au risque de voir Christine capturée ? Il lâcha un juron et fit volte-face pour lui tendre la main pour la relever mais c'était trop tard. Déjà, des hommes de Mozac apparaissaient en haut de l'escalier tout comme en bas. Ils étaient cernés ! C'était fini. Racine prit un temps pour reprendre sa respiration alors qu'on lui saisissait les poignets et qu'on lui faisait faire demi-tour pour retourner auprès du prêtre sacrilège. Il ne put s'empêcher de glisser à la jeune femme en passant à côté d'elle :
- Ce fut un plaisir de vous avoir connue. J'aurais aimé passer plus de temps à découvrir tout ce que vous m'aviez caché.
Après tout, c'était le moment ou jamais pour être mélodramatique.
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MessageSujet: Re: "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."    "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."  Icon_minitime28.12.12 19:22

On pouvait légitimement se demander laquelle de ces idées, d’avoir demandé à Racine de s’associer au travail des espions du roi ou de se présenter comme la victime idéale d’une messe noire pour infiltrer le réseau, était la plus saugrenue. Difficile de trancher une telle question. Difficile dès lors de décrire combien étrange était cette situation qui réunissait deux des idées les plus tordues que l’on eût pu avoir pour démanteler le réseau de l’abbé Mozac. Christine aurait volontiers cru à une farce de mauvais goût, mais hélas, les cordes qui liaient ses poignets, le poignard sacrificiels et le désarroi visible de Racine avaient l’air bien trop vrais pour qu’elle pût se bercer d’une telle illusion. Le sort avait donc bel et bien réussi à réunir en une même messe noire - et quelle messe noire : commandée par un faux client ! - le dramaturge le plus en vogue de la cour, son ancienne maîtresse espionne du roi, de faux adorateurs de Satan et une bande d’incapables dont l’intervention se faisait attendre qui, tous, ignoraient leur véritable rôle dans cette affaire. Ils se trouvaient peut-être dans un prétendu temple du mal, mais s’ils s’en sortaient - entendez pas là : si Christine et Racine s’en sortaient - cela tiendrait sans nul doute du miracle. Car vu de là où se trouvait là jeune femme, rien de tout cela ne se tenait et cette mission relevait plus d’un essai absurde que d’une véritable mission. Si ce n’était qu’à la fin, ils étaient tout de même censés capturer Mozac et ses acolytes. Et il fallait l’admettre : voir cet espoir-là se concrétiser ne relevait même plus du miracle.

La marquise en était à peu près là de ses réflexions lorsque Jean se précipita sur elle pour tenter de la détacher, récoltant par ce geste quelques remarques acerbes. Il y avait beaucoup à expliquer, et hélas, les évènement se chargèrent rapidement de leur rappeler qu’ils n’avaient en revanche que peu de temps, aussi Christine informa-t-elle son ancien amant du strict minimum. Les soldats, son faux rôle de victime ; voilà qui faisait bien maigre fasse à l’absurdité de la situation. Pour la centième fois depuis qu’elle avait croisé le regard de Racine, elle se demanda quel était l’idiot qui avait décidé de garder l’identité du faux client secrète - mesure qui, si elle partait d’un bon et concevable sentiment, allait les mener à la pire des catastrophes. Car lorsque la voix de Mozac et de son acolyte se fit à nouveau entendre derrière la porte, il sembla soudain que l’issue la plus probable à cette mascarade résidait dans leur capture à tous deux plus que dans celle de l’abbé et de ses hommes. S’ils sortaient de là en vie, Christine se promis d’aller faire entendre à qui de droit ce qu’elle avait à dire, et de ne plus se lancer dans une aventure pareille sans avoir totalement la main dessus. Mais encore fallait-il s’en sortir en vie.

« Rappelle-moi de ne jamais te faire confiance quand tu dis maîtriser la situation, grommela Racine alors qu’elle lui intimait finalement de la détacher, la prochaine fois que tu me fais un coup pareil, je te laisse sur ton autel, tu es prévenue... »
La jeune femme aurait volontiers répondu, tout en tentant de l’aider à défaire le dernier noeud, si la porte ne s’était pas brusquement ouverte. L’espace d’un instant fort silencieux, tous les acteurs de cette étrange scène se dévisagèrent un à un, et l’on put presque voir sur leurs traits les rouages des esprits qui, pour les uns, comprenaient enfin ce qui se passait, et pour les autres, cherchaient désespérément un moyen de se tirer de ce mauvais pas. Charmante scène, s’il en est.
Ce fut Racine qui décida de l’issue de cet instant d’incertitude. Tirant brusquement sur le noeud qui retenait encore Christine, il parvint à faire céder les liens. Sautant au bas de l’autel sans se faire prier, cette dernière se laissa aussitôt entraîner vers elle ne savait quelle issue (elle se demanda d’ailleurs une courte seconde pourquoi est-ce qu’ils couraient droit sur le mur avant de voir à son tour l’ouverture) tandis que Mozac s’époumonait derrière eux.
« Traîtres ! Arrêtez-les, ils s'enfuient ! Arrêtez-les et amenez-les moi, je veux les tuer de ma main ! »
Face à de si agréables perspectives, les deux fuyards redoublèrent d’ardeur à s’éloigner et pénétrèrent comme deux furies dans ce qui semblait être les coulisses de cette prétendue messe. Dans d’autres circonstances, Christine se serait volontiers arrêtées sur les décors et autres machineries, sans doute proprement fascinants, mais dans sa hâte à échapper au sort que leur réservait Mozac, c’est à peine si elle vit ce qui se trouvait autour d’elle. Tout ce à quoi elle songeait alors se résumait à peu de choses : ne pas perdre Jean des yeux, pester contre les soldats qui n’intervenaient décidément pas, et essayer d’évaluer où pouvait bien mener l’escalier qu’ils avaient commencé à dévaler.

Fuir n’avait rien d’une mince affaire - du moins pas pour la jeune femme, empêtrée dans sa longue robe virginale. Plusieurs fois, elle se rattrapa de justesse, s’aidant des murs et du mobilier des pièces qu’ils traversaient, jusqu’à ce qu’il n’y eût plus rien pour lui permettre de s’accrocher. Soudain, elle sentit trébucher, et s’écroula de tout son long en étouffant un cri de surprise. Quelques mètres devant elle, Racine s’arrêta et après un instant d’hésitation revint sur ses pas pour l’aider à se redresser, ce qui signa la fin définitive de leur fuite éperdue. Elle n’était pas encore sur ses deux pieds à nouveau que déjà, une dizaine d’hommes les encerclait. Christine réprima une moue contrariée, et tout en se redressant, gratifia d’un regard mauvais l’ensemble de leurs poursuivants.
« Ce fut un plaisir de vous avoir connue, lui glissa amèrement Racine alors qu’on les entraînait vers la pièce qu’ils avaient quitté plus tôt. J'aurais aimé passer plus de temps à découvrir tout ce que vous m'aviez caché.
- Croyez-moi, il vaut mieux que vous n’ayez pas eu ce temps-là, rétorqua-t-elle en songeant à tout ce qu’elle lui avait effectivement dissimulé. »
Elle n’ajouta pas qu’il pouvait s’estimer heureux qu’elle n’eût pas eu l’occasion de se venger pour Ariane : s’ils mouraient ensemble, autant mourir en bons termes.

Une pression dans son dos rappela la marquise à l’ordre et levant les yeux, elle découvrit face à elle les traits furieux de l’abbé Mozac. Sans ménagement, on força l’espionne et le dramaturge à s’agenouiller près de l’autel sur lequel brillait toujours le poignard sacrificiel. Surtout, ne pas céder à la panique, songea Christine, quoi que la situation fût très mal engagée. Elle échangea un regard ennuyé avec Racine. Ils ne pouvaient décemment pas finir ici ! Et ce malgré ce que semblait en penser l’abbé Mozac.
« Votre traîtrise va vous coûter cher ! menaçait celui-ci. On ne défie pas Satan impunément. C’est votre sang à tous les deux qu’il réclame, maintenant. »
Outre le fait qu’il sembla ridicule à la marquise de continuer sur le registre des messes noires alors qu’ils savaient tous ici que ça n’était qu’escroquerie et mise en scène, il lui fallut admettre que Mozac, qui venait de récupérer son poignard, n’avait pas l’air de plaisanter. Convaincu ou non par ses sornettes, il n’en comptait pas moins les tuer. Et comme les soldats qui attendaient en bas ne leur serait visiblement d’aucune aide... Il était plus que temps d’agir.
Un homme la saisit par le bras pour la faire remonter sur l’autel. Christine se débattit, avec bien plus de conviction qu’au début de la mascarade, cherchant désespérément que dire ou faire.

« Non attendez ! Vous faites une grave erreur ! lança-t-elle soudain sans avoir la moindre idée de ce qu’elle allait dire pour justifier un tel appel. »
Mozac l’observa avec un sourire goguenard et fit signe à ses sbires de ne pas s’interrompre. Sentant que les minutes qui la séparaient de la lame de ce dernier s’amenuisaient, elle inspira longuement, et repris.
« Je vous jure que vous feriez mieux de m’écouter ! Mozac ! Arrêtez cette mascarade, nous... J’ai des informations qui pourraient vous intéresser ! »
L’abbé hésita enfin.
« Des informations ? Et à quel propos ? demanda-t-il, alors que Christine se posait exactement la même question. »
En désespoir de cause elle balaya la pièce du regard, à la recherche d’une quelconque inspiration. C’est lorsque la vision d’une Vierge à l’enfant étêtée s’imposa à elle qu’elle trouva l’idée qui devait absolument les sauver. En espérant que Racine n’eût pas perdu son sens de l’initiative...
« Sur vous ! répondit-il précipitamment alors que devant son silence, Mozac approchait encore la lame de son cou. Des informations sur vous ! Vous avez un fils ! »
Au silence qui se fit, elle sut qu’elle avait réussi à capter son attention.
« J’essaye de vous contacter depuis des semaines. Je ne peux me montrer à la cour et vous ne vous montrez pas ailleurs qu’à Versailles... C’est pour ça que je me suis rapprochée du père Charles, pas pour être la victime de l’une de vos stupides cérémonies ! »
Allongée sur l’autel, elle vit du coin de l’oeil quelqu’un remuer - Racine, que Mozac avait visiblement plus ou moins oublié.
« Vous pouvez me croire, je viens de la part de mademoiselle de Souvré, ajouta Christine. »
L’abbé pâlit et fit brusquement sortir l’ensemble de ses hommes, excepté le père Charles. La marquise ferma un instant les yeux soulagée de voir la pointe du poignard s’éloigner de sa gorge. Elle ignorait dans quelle histoire elle se lançait, mais au moins avait-elle réussi à gagner assez de temps pour... pour elle ne savait quoi d’ailleurs. Là, elle comptait sur Racine.
« Charlotte a eu un fils ? interrogea le crédule abbé.
- Oui, un garçon... Il a maintenant trois mois. Nous savons tous les deux très bien pourquoi elle n’a pu venir vous en faire part en personne (en fait, elle ne savait rien, mais toucha visiblement juste, puisqu’il hocha la tête) et elle m’a chargée de vous remettre une lettre. Le garçon a une santé fragile, et l’on craint pour sa vie à l’heure qu’il est. Sa mère l’a confiée à une femme de confiance, une certaine... Lucrèce, dont je connais l’adresse à Paris. Charlotte redoutait que son fiancé s’en prenne à lui. »
Si Christine savait que Souvré et Mozac avaient bel et bien eu une aventure, et que Souvré était fiancée à un gentilhomme de la cour, le reste n’était que pure invention. Une fois de plus, son imagination sans bornes la tirait d’un mauvais pas - du moins, elle l’espérait.
« Vous avez la lettre ?
- Vos hommes me l’ont prise. J’espérais vous rencontrer enfin quand ils m’ont enlevée.
- Mais pourquoi n’avoir rien dit ?
- Je pensais que vous n’apprécieriez pas que d’autres soient mis au courant avant vous, répondit-elle. »
Mozac hocha la tête, malgré la stupidité de l'excuse, se détourna un instant, puis la dévisagea à nouveau, visiblement pris d’une soudain inspiration.
« Et lui ? »
À ces mots, il voulut montrer l’endroit où se trouvait Racine quelques minutes plus tôt et vers lequel Christine jeta un regard angoissé. Mais le jeune homme, à leur plus grande surprise - ou grand soulagement - à tous deux n’y était plus.
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MessageSujet: Re: "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."    "D'après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque maudit."  Icon_minitime31.12.12 1:21

Racine, s'il avait eu l'occasion d'y penser sérieusement, n'aurait jamais imaginé finir ainsi. Non, c'est vrai, quand on était un homme du peuple sans velléité d'aller verser son sang bleu pour son roi ou pour défendre les frontières du royaume contre les vils envahisseurs lorrains (c'était plus impressionnant que ça en avait l'air), la seule chose qu'on pouvait espérer, c'était mourir dignement dans son lit, à un âge trop avancé pour permettre de bien distinguer tous les petits enfants qui se pressaient autour du vieillard pour obtenir quelque bénédiction – ou quelque part de l'héritage car évidemment, Racine ne pensait pas terminer ses jours dans le dénuement – avant qu'il ne passe dans l'au-delà. Parfois, quand il se sentait d'humeur grandiloquente, il pensait peut-être mourir la plume à la main sans avoir le temps d'achever son dernier poème ou sa dernière pièce voire même sur scène, à l'image d'un grand héros tragique qui n'aurait pas eu la décence d'agoniser en coulisses, mais il ne se sentait pas l'âme portée à ce genre de choses. Cela ressemblait plus à un Molière qui aimait à faire parler de lui en toutes circonstances (ce que Racine refusait de faire, évidemment). En tout cas, parmi toutes les façons de quitter cette terre... Jamais le cas de figure qui se présentait à lui ne lui avait traversé l'esprit et il ne manquait pourtant pas d'imagination. Il n'aurait jamais parié un écu là-dessus même après plusieurs verres d'alcool fort dans une taverne. Toutefois, il allait bien mourir sous la lame d'un couteau appartenant à un faux abbé qui jouait les adorateurs de Satan dans un manoir de campagne sinistre en compagnie de son ancienne maîtresse qui jouait le rôle d'une vierge éplorée et qui ne serait probablement pas d'un grand réconfort étant donné leur dernière rencontre. Ce n'était quand même pas de chance. Pourquoi avait-il fallu que cette situation totalement improbable tombe sur lui ? Le roi n'aurait-il pas pu envoyer... N'importe qui d'autre ? Et bien, tant pis, Louis XIV n'aurait plus qu'à se mordre les doigts d'avoir poussé son dramaturge à la mort, lui qui allait désormais devoir se contenter des bouffonneries de Poquelin et des ratés de Corneille. Il n'aurait même pas eu le temps de finir son Andromaque, bien fait pour ceux qui attendaient cette pièce... Dire qu'il ne laissait qu'une pièce réussie et entière derrière lui, la vie était décidément injuste ! Dommage que l'argument ne touche pas plus ces sacrilèges. D'ailleurs, ces derniers, indifférents à ce qu'ils allaient faire perdre à la littérature française, se contentèrent de les pousser dans le dos pour les faire avancer droit vers la pièce qu'ils venaient de quitter.

- Ce fut un plaisir de vous avoir connue. J'aurais aimé passer plus de temps à découvrir tout ce que vous m'aviez caché, glissa Racine à celle qui aurait la malchance de partager ses derniers instants.
- Croyez-moi, il vaut mieux que vous n’ayez pas eu ce temps-là, répliqua Christine de Listenois d'un ton sans réplique.
Réplique que le jeune homme ne songea pas un instant à lui apporter. En effet, quitte à mourir ensemble, autant que ce soit en toute ignorance de cause, il préférait garder ses illusions sur celle qui avait été son amante. Au moins n'aurait-elle pas eu le temps de chercher à se venger comme elle le lui avait promis. De toute façon, l'instant était mal choisi pour des explications. Et quand on y pensait bien, ils auraient tout le temps d'en reparler au paradis. A cette pensée, le pouls de Racine s'accéléra légèrement et il ne put s'empêcher de jeter un œil noir sur sa compagne qu'on faisait passer devant lui et qui lui avait dit « maîtriser la situation ». Drôle de manière de maîtriser quelque soit. Mais si c'était la technique de la police du roi de faire commettre des meurtres aux criminels pour mieux les arrêter après... C'était plutôt réussi. Rien de mieux comme preuve que deux cadavres de courtisans bien connus à Versailles. Ce fut au moment où il sentit une lourde pression sur ses épaules pour qu'il s'agenouille au pied de l'autel que Racine revint à la réalité et que son esprit cessa de se perdre en conjonctures. Pour quelqu'un qui allait mourir dans peu de temps, il sentait ses pensées étrangement claires et il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel quand l'abbé Mozac, réapparu devant eux avec un visage de grotesque – le modèle furieux – leur lança d'un ton qu'il voulait menaçant :
- Votre traîtrise va vous coûter cher ! On ne défie pas Satan impunément. C’est votre sang à tous les deux qu’il réclame, maintenant.
- Non mais ce n'est pas possible, il continue avec ces absurdités..., souffla le dramaturge du ton exaspéré du metteur en scène qui fait face à un fort mauvais comédien qui soutient qu'il a du talent, il devrait songer à changer de registre, la comédie lui sied davan...
L'homme de main qui les avait récupérés dans les escaliers et qui se tenaient encore derrière eux pour vérifier qu'ils ne tentent rien le frappa dans la nuque pour qu'il se taise ce que Racine fit sans protester. La situation commençait à devenir préoccupante. Il échangea un regard avec Christine mais celle-ci semblait à court d'idées. Et d'ailleurs, ce fut elle, la première que l'on saisit pour la placer sur l'autel. Racine s'était déjà relevé pour l'en empêcher (en hurlant quelques absurdités du genre « je ne vous laisserai pas la tuer », comme s'il avait le choix) mais de nouveau, on le maîtrisa sans grande difficulté et impuissant, il vit le poignard sacrificiel de Mozac s'approcher de la gorge blanche de la jeune femme quand un véritable coup de théâtre (et Racine était connaisseur) renversa la situation :
- Non attendez ! Vous faites une grave erreur ! Je vous jure que vous feriez mieux de m’écouter ! Mozac ! Arrêtez cette mascarade, nous... J’ai des informations qui pourraient vous intéresser !

Soudainement, Racine cessa de se débattre et on le laissa retomber au sol. Ce n'était pas tant qu'il s'était rendu compte que cela ne servait pas à grand chose de chercher à aller contre les volontés de deux hommes armés (et plus musclés que lui, il devait le reconnaître) que la surprise qui le laissait pantelant. Qu'est-ce que Christine voulait-elle dire par là ? Mozac semblait se poser la même question – tout comme tous les participants volontaires et involontaires de la salle même si Racine l'ignorait – car il arrêta le poignard et demanda d'un ton qui parut un peu incrédule au dramaturge :
- Des informations ? Et à quel propos ?
Un petit silence lui répondit, silence pendant lequel il se tourna d'un air interrogateur vers son deuxième prisonnier qui aurait voulu être partout ailleurs que sous le regard d'un prêtre armé d'un couteau aussi impressionnant que celui-là. Racine ouvrit la bouche pour parler mais la referma bien vite. La situation le dépassait totalement, même s'il avait voulu livrer des informations, il en aurait été incapable. Il se contenta donc de hausser les sourcils et de lever les mains de manière désolée pour signifier qu'il ne pouvait rien pour lui. A Christine de se débrouiller. Même si au vu de la situation, Racine en venait presque à considérer que ce n'était que ralentir l'issue fatale et inéluctable.
- Sur vous ! S'écria soudain la marquise (Racine aurait juré qu'il reconnaissait le ton qu'elle prenait quand elle inventait des histoires de toutes pièces – et Dieu seul savait combien elle lui en avait raconté, des informations sur vous ! Vous avez un fils !
…Quoi ?! C'était vraiment tout ce qu'elle avait trouvé ? Bon d'accord, les circonstances n'aidaient pas mais cela semblait de fort mauvais goût à un Racine à qui on, enfin Rose, la prostituée qu'il avait connu deux ans auparavant, venait d'annoncer qu'il était père. Non mais qui pouvait gober une telle histoire ? Mozac visiblement. Ce dernier sembla hésiter un instant, il jeta un œil à Racine qui tenta de prendre un air entendu avant d'ordonner brusquement à ses hommes de sortir – le nom de Charlotte de Souvré était visiblement un sésame. Le dramaturge fut un instant dégoûté par la scène, à la fois à l'idée que derrière ce monstre qui voulait leur tête, il y avait un cœur qui pouvait battre la chamade et à celle qu'une femme avait pu aimer ce même monstre, cœur ou pas. Avant de songer qu'il fallait peut-être profiter du fait que l'attention générale se soit détournée de lui et que les sbires avaient disparu pour agir. Plus facile à dire qu'à faire. Il tourna la tête à droite et à gauche pour trouver de l'inspiration (il était poète, il n'avait pas forcément l'habitude de travailler sous une telle pression) tandis que Christine débitait, Racine la connaissait assez pour en être persuadé désormais, son lot de sornettes. Il leva la tête pour examiner plus en détail la situation. L'abbé Mozac lui faisait face, derrière l'autel mais il ne lui prêtait aucune attention, trop occupé à assimiler ce que lui disait la jeune femme. Sur son visage, se lisaient diverses émotions, de la surprise à l'incrédulité en passant par la colère et la joie – et pendant un très court instant, le temps qu'il se rappelle que cet homme le voulait mort, Racine compatit avec lui. Le père Charles, le seul à être resté dans la pièce en compagnie de son chef, se tenait un peu à l'écart mais lui tournait le dos. Et à proximité... La sortie cachée par une tenture, celle par laquelle ils avaient fui et qui servaient de coulisses au spectacle qu'ils avaient voulu leur donner. Pris d'une impulsion subite – et qui n'avait rien à voir avec des envies de prendre les jambes à son cou, jamais il n'aurait pu laisser Christine derrière lui et ils étaient trop au milieu de nulle part pour songer à sortir pour donner l'alerte, il se retira doucement de la pièce et lorsqu'il fut certain qu'il n'était plus dans le champ de vision des deux hommes, il passa derrière la tenture.

Les coulisses ! En voilà un endroit qu'il connaissait et dans lequel il se sentait tout de suite plus à l'aise. Il fronça néanmoins les sourcils en voyant le bric-à-brac entassé là et songea que si cela se passait ainsi à l'hôtel de Bourgogne, il aurait depuis longtemps sévi. Mais comme en l'occurrence, il cherchait une solution pour revoir un jour l'hôtel de Bourgogne et ses chers comédiens (ils l'étaient tous « chers » en cet instant), ce n'était pas le moment de critiquer. Fouillant doucement alors qu'il entendait parler de lettres de l'autre côté, il tomba néanmoins sur ce qu'il cherchait... Et un sourire proprement diabolique naquit sur ses lèvres.
- Et lui ?
D'un seul coup, un cercle de flammes qui entourait la pièce s'embrasa et des ombres inquiétantes furent projetées sur les tentures, tandis qu'une fumée artificielle commençait à embrumer les lieux. Les deux hommes sursautèrent violemment et l'un d'eux, Racine n'aurait su dire lequel, poussa un cri devant le diable qui s'avançait en personne devant lui. Son visage était tout sanguinolent et il tenait une fourche rougeoyante devant lui.
- Vous allez payer pour avoir osé vous moquer de moi ! Rugit Satan avant de pousser un ricanement effrayant.
Sans laisser à Mozac le temps de reprendre ses esprits, le démon venu des profondeurs brandit son arme devant lui et d'un geste large, digne d'un professionnel – ce qui était le cas, évidemment, il frappa le faux abbé qui en lâcha son poignard avant de s'écrouler, inconscient, sur le sol. Le diable tenta de retourner la fourche vers son deuxième adversaire mais le père Charles poussa de nouveau un piaillement et s'empressa de faire demi-tour pour ressortir par la porte principal en passant par-dessus le rideau de flammes (permettant ainsi qu'il ne se rende pas compte que le diable en question faillit perdre l'équilibre à cause du poids de l'objet). Comme un spectacle bien huilé, un deus ex machina prévu de longue date, le battant de la porte s'ouvrit pour laisser place à des gardes aux couleurs du roi. Qui n'eurent plus qu'à cueillir un criminel en larmes et décidément un peu trop impressionnable. Racine ôta son masque et lâcha son arme improvisée en poussant un soupir de soulagement. Enfin, les soldats du roi étaient là ! Il se débarrassa de son déguisement avec répulsion et tendit la main vers Christine – laquelle paraissait toujours immobile de stupéfaction – pour l'aider à descendre de son autel.
- Et bien, ce n'est pas trop tôt ! Lança-t-elle néanmoins d'un ton acerbe à leurs sauveurs.
- Nous faisions notre possible, répliqua le chef de la petite troupe avec un grand sourire en s'approchant d'eux alors que ses hommes relevaient un Mozac peu assuré, nous avons eu quelques difficultés à maîtriser leurs hommes de main mais... Je vois que vous vous en sortiez très bien tous seuls... Quel sens de la mise en scène !
- Heureusement, c'est mon métier, marmonna Racine un peu vexé qu'on prenne leur mésaventure de manière aussi légère.
Déjà, on les conduisait hors du manoir et le jeune homme se sentit terriblement plus à l'aise à l'air libre. Surtout en voyant les criminels être tous arrêtés les uns après les autres. Il avait relâché la marquise mais elle était près de lui, toujours dans sa robe légère qui la faisait trembler dans le froid de la nuit. Racine allait lui proposer un manteau – qu'il n'avait pas penser à récupérer en partant mais de nouveau, le chef des gardes lui adressa la parole d'un ton réjoui :
- Nous allons vous reconduire chez vous, à Paris, monsieur Racine, merci beaucoup de votre coopération. Mademoiselle de Listenois, vous allez nous suivre, bien sûr. En tout cas, vous formez une excellente équipe tous les deux, un tandem de choc !
C'était peu de le dire mais Racine, soudain fatigué, se contenta de lui jeter un regard noir avant de se retourner vers la jeune femme :
- Je suis content de ne pas être obligé de vous adresser la parole au paradis. J'espère vous revoir dans des circonstances plus... Moins... Dans d'autres circonstances.
Elle hocha la tête et il s'efforça de lui adresser un sourire. La paix entre eux deux venait-elle d'être signée ? En tournant les talons pour rejoindre la voiture qu'on lui désignait, il l'espérait de tout cœur. La revoir... Pourquoi pas, ce fantôme de son passé s'était rappelé à lui de la plus improbable des façons ! Et roi ou pas, il ne souhaitait pas revivre cette soirée d'ici peu !


FIN
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