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 [BAL] Douce tromperie (PV Marie-Anne et Marine)

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MessageSujet: [BAL] Douce tromperie (PV Marie-Anne et Marine)   12.05.10 23:15

- Majesté, le bal va bientôt commencer.

Alexandre se contenta d'acquiescer, d'un geste soigné, appliqué, majestueux qui aurait fait pâlir le Roi lui-même. Depuis le temps qu'on l'avait entraîné pour ça ! Il se souvenait du long travail laborieux de Monsieur et de son épouse pour essayer de changer ses habitudes, sa façon de bouger. Et lui qui pensait qu'être monarque ne devait pas être bien difficile ! Il ne tenait même pas droit, il avait fallu lui apprendre dans les crampes et les courbatures à marcher le menton relevé, les épaules solides mais élégamment mises en valeur, le dos droit, la démarche fluide et agile. Il avait fallu lui apprendre à marcher de façon légère, à lui, le soldat bourru qui usait des bruits de bottes pour effrayer l'ennemi. Il s'était randu compte à quel point, face à Louis XIV, il n'était qu'un gueux balourd et maladroit. Et encore, rien que sur le physique, déjà, il le menait très mal. Dès le premier jour, on l'avait fait se détendre, s'assouplir, et on lui avait changé ses vêtements, légers, adaptés au combat en habits lourds, absolument pas pratiques du tout et étouffants. C'était fini le temps des chemises légèrement ouverte, des fûtes légers qui permettaient de se sentir à l'aise. Après des semaines et des semaines, on lui avait tout réappris, la port de tête, la tenue vestimentaire, les bons goûts, l'élégance et bien évidemment le langage. Monsieur avait été particulièrement tâtillon sur les mots à bannir et à employer. Il fallait que l'expression ne laisse aucun doute, qu'elle soit la plus juste possible, non pas la plus juste, qu'elle soit parfaite ! La perfection, c'était le modèle à égaliser, l'idéal à atteindre. La tâche fut difficile. Alexandre qui avait toujours employé le terme "couard", "maraud", dut se résigner à laisser tomber ce langage vulgaire et à se conformer aux expressions de circonstance. Et quand il avait fallu apprendre à danser à la façon du Roi, le résultat avait été catastrophique. Henriette avait bien falli le congédier sous la colère, tant il avait été maladroit. En fait il dansait bien mais pas de la bonne façon. Sa main se posait sur la bassin de Madame alors qu'elle devait se situer sur le haut de la hanche. Ses pieds devaient conduire le rythme, c'était lui le Roi, il décidait de sa cadence !

Toutes ces choses nouvelles lui avaient pris du temps pour assimiler et pour corriger les erreurs qu'il faisait. Après un travail sans relâche, et des efforts presqu'inhumains, il était parvenu à ce qu'il devait être, il était le Roi, du moins pour une soirée, et encore, pas sûr que ça dire tout le long, puisqu'il avait prévu de danser avec son épouse Marine pour la satisfaire. Il regarda le miroir dans lequel il se vit, paré pour ce grand évènement. Et quel costume ! Il était magnifique, rayonnant. Pas étonnant lorsque l'on savait qu'il incarnait Apollon, connu pour avoir toujours porté le soleil en lui, pour être lumineux. Le plus surprenant pour lui, ça avait été les talons à mettre. Les souliers, fait dans un cuirs noirci très brillant, étaient probablement ce qui avait causé le plus des douleurs. Il ne comptait plus les ampoules qu'il avait eu, en voulant les mettre. Deux petits rubans dentellés, de couleur blanche venaient leur apporter un léger contraste les mettant en valeur. Ses jambes étaient recouvertes de bas en soie, également de couleur blanche, uniforme. Il y en avait plusieurs qui se superposait pour accentuer légèrement la couleur. Ils étaient visibles jusqu'au bas des genoux ce qui accentuait légèrement la taille d'Alexandre. Le Mousquetaire n'était déjà pas petit naturellement, il tenait de la vigueur de Gascogne qui faisait de sa famille, des gens élancés, robustes et valeureux, cartes avec un bien sale caractère. Luis qui vivait déjà assez haut, était surpris de se retrouver un peu plus en hauteur, au début, cela avait été handicapant car il lui fallait trouver l'équilibre mais il s'y était habitué. Il aurait normalement du porter un rhingrave, mais le Roi, qui faisait et defaisait les modes du monde avait décidé, délibérément de laisser tomber cette espèce de jupe-culotte. Il avait fait tailler des culottes moulantes, près du corps, avec différents ornements dessus. Et bien évidemment, comme la volonté du Roi était toujours respectée, les ombres avaient eu pour consigne d'exposer cette nouveauté. Nul doute que sous son apparence austère, Le Roi savait y faire en communication et en paraître. Il avait du goût, de l'esprit créatif et cette volonté d'être le centre de toute attention.

Alexandre se demanda si c'était pas pur égocentrisme ou par volonté de s'affirmer. Qu'importe au final, l'essentiel était de devenir incontournable, de demeurer aux centre des attentions, des intérêts et des complots. Cette surexposition était nécessaire car elle lui sauvait la vie. Il déclenchait l'amitié ou l'inimité des gens, mais jamais d'indifférence. On l'aimait ou on le haïssait, il n'y avait pas de juste milieu. Plus il apprenait à devenir Louis XIV plus son admiration grandissait pour le personnage, pour l'homme qu'il était, à la limite de la mortalité, d'ailleurs. Il lui arrivait de soupçonner en cette personne comme une parcelle de divinité. Loin des obligations toujours difficiles auxquelles il était soumis, il devenait quelqu'un d'autre, humain, à l'écoute, et aimable pour peu que la conversation le satisfasse. La culotte d'Alexandre, à laquelle on avait pas encore trouvé de nom particulier, venait enrober le haut de son mollet et ses cuisses de façon harmonieuse. Il faut dire qu'il était plutôt musclé et que cela se mariait très bien. De couleur ivoire, merveilleusement brodée par des motifs en fil d'or, elle disparaissait sous le baudrier de couleur blanche qui faisait office de ceinturon. Accroché à ce ruban bien ouvragé, un fourreau de cuir, serti de quelques pierres précieuses soutenait une épée tout aussi magnifique. C'était une copie parfaite de celle du Roi et le forgeron avait veillé à ce qu'elle ait le même poids, les même proportions. Cela lui avait pris deux mois pour tout faire mais le résultat était à la hauteur des attentes, impeccable ! Sous le baudrieur venait également se perdre une chemise de soie, blanche, sans aucune marque de faux pli, comme si elle épousait la peau de son propriétaire. Des broderies blanches venaient se dessiner sur le tissu agréablement doux et lisse. Sur cette magnifique chemise venait se placer un pourpoint, à la texture un peu plus foncée pour donner une teinte plus proche de l'ivoire. Le pourpoint était sensé se fermer par un système de cordons à houpe dorées, mais là encore le Roi avait demandé à ce qu'il reste ouvert. Résultat, le pourpoint joliment décoré au fils d'or et aux motifs antiques laissait apparaître la splendide chemise.

Au bout de ses mains, le Mousquetaire avait enfilé des gants de tissu, souples et fins. Il craignait au tout début qu'il ne se déchirent sous ses mains plutôt rèches et imposantes mais non, ils étaient solides. Au niveau des poignets, il se superposaient à la chemise et dévoilaient de légères protéburances dentellées, et des broderies très fines. Au niveau du col, un rabat et un jabot venaient compléter le haut de la chemise avec une ornement de dentelles fines. Mais la partie le plus impressionnante était sans nul doute sa tête... il ne pouvait pas dire que c'était son visage, sous le masque il avait été soigneusement maquillé de sorte d'avoir le teint légèrement moins hâlé. Mais ce fameux masque qu'il portait était d'une beauté incontestable. Fabriqué à la façon des masques vénitiens, dans une moulure en porcelaine, on avait laiss le banc éclatant de l'ouvrage. Au niveaux de la bouche, des motifs argentés venaient tracer quelques formes abstraites. C'était des milliers de petites limailles d'argent qui avaient été serties dans le masque. Au coin extérieur des yeux, on avait fait pareil, mais avec des limailles d'or. Résultat les formes dorées et argentées se mêlaient parfaitement bien. Sur le front, des broderies de soie venaient parfaire la pièce d'art et lui apporter un côté terriblement envoutant. Le masque était tenu par un petit ruban noir, invisible car masque par l'imposante perruque de cheveux noirs qu'on lui avait posé sur la tête. A elle toute seule elle était aussi lourde que le costume... Alexandre avait eut énormément de mal à la supporter. Il trouvait ça assez ridicule, davantage qu'une rhingrave, et pourtant, il était bien obligé de la mettre ! Avec un peu de bonne volonté, il parvint à la tolérer et à bien la porter. Les faux-cheveux, bouclés et d'un noir de jais, cascadait sur ses épaules. On avait mis à l'ouverture de ses yeux, sur le masque comme aux autres d'ailleurs des petites lentilles de verre teintés de bleu pour que leurs iris soient de la même couleur que ceux du Roi. Rien n'avait été laissé au hasard. Couvrant le haut de la perruque un magnifique chapeau couleur ivoire, jonché de plumes banches cernant une plume noire, lui donnait un air majestueux. On s'y croyait vraiment !

Le jeune d'Artagnan respira profondément pour chasser le stress qui l'emplissait. Il perçut alors les mille effluves dont on l'avait imprégné. Des parfums doux, qui se mariaient très bien. Il y avait des petites vapeurs de lavande, d'arôme vanillé, de thym et même de cannelle, qui était apparamment un moyen très masculin de susciter l'intérêt des jeunes dames, enfin damoiselles, plutôt... Il y avait aussi une petite touche de fleur d'oranger que l'on sentait de façon très subtile. Il serra légèrement sa main sur la canne dont il disposait. Blanche, terminé par une petite bande noir et ornée d'un pommeau doré, plaqué or, elle venait contribuer à cet air majestueux qui ne le quittait plus. Il allait susciter les regards, les convoitises. Le Roi avait prévu une possible agression à son encontre puisqu'il les avaient fait garder l'épée. Alexandre sortit de la pièce dans laquelle il attendait, il rejoignit bientôt les autres ombres, toutes vêtues à la perfection. Il était impossible de savoir qui était le Roi parmi tous ces hommes. Le travail acharné de Monsieur et de Madame avait bel et bien payé. Ils entrèrent dans la salle de bal, déclenchant une légère clameur et des murmures. Les gens étaient impressionnés et déroutés, ils avaient pensé qu'un détail les trahirait dans leur façon de se comporter mais ils avaient affaire à des ombres surentraînées, prêtes à jouer leur rôle sans une seule faute. L'orchestre de Lully était en place. Il était désormais temps de choisir une cavalère pour ouvrir le bal. Alexandre chercha des yeux Marine. Oh, non, il ne la verrait probablement pas ici, là, le visage rayonnant. Toutes les femmes étaient déguisés. Par chance, et surtout par prévision, les deux tourtereaux s'étaient mis chacun au courant sur les habits et le masque de l'autre. Il fallait simplement à Alexandre, le temps de l'apercevoir. Ses yeux tombèrent dessus, car elle s'était avancée. Il lui semblait que la démarche était beaucoup plus soignée que d'habitude. son coeur s'accéléra à l'idée de la jeune femme ait travaillé à être elle aussi encore plus parfaite pour qu'ils forment un couple impeccable durant toute la soirée. Commen les autres ombres, Alexandre prit la main de la jeune femme, inclina légèrement la tête et l'attira avec élégance vers lui. Comme tous avaient choisis leur partenaire, l'orchestre commença alors à jouer et la danse débuta. Les ombres ouvraient le bal, Alexandre se sentait heureux d'avoir Marine près de lui. Si seulement il avait su que ce n'était pas elle, peut-être aurait-il choisi quelqu'un d'autre...

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MessageSujet: Re: [BAL] Douce tromperie (PV Marie-Anne et Marine)   15.05.10 16:32

-Madame la duchesse.

La jeune femme tendit une main gantée de soie, et délicatement, du haut de toute sa fierté, descendit lestement les petites marches de l’escabeau du carrosse.

Le valet referma d’un coup sec la porte frappée aux armes des Bouillon, et sur un claquement de langue, le cocher fit siffler son fouet, et le véhicule s’ébranla vers les écuries.

La musique résonnait déjà dans la cour du château, et un mince sourire étira les lèvres de Marie-Anne, alors qu’elle songeait à la soirée qui s’annonçait. L’ombre de l’intrigue planait déjà au-dessus de la salle de balle de Saint-Cloud, et une lueur narquoise habita un court instant le regard émeraude de la jeune duchesse.
Un dernier coup d’éclat avant sa retraite. Une dernière mascarade, une ultime danse avant de disparaître dans ses terres de Bouillon, loin du tumulte palpitant de la cour. Elle le voulait, le désirait ardemment : elle ne pouvait se retirer sans marquer l’endroit de son passage ; il fallait que sa présence soit remarquée, que son action pénètre dans les esprits.

Le visage rebelle de Nicolas de Ruzé apparaissait à ses yeux, alors qu’elle songeait aux dernières paroles qu’ils avaient échangées. Les yeux azurés du mousquetaire ne pouvaient que l’enjoindre à se lancer dans cette petite aventure, et le seul souvenir de ses mains sur elle la poussait dans ce désir d’être à la hauteur.


-Duchesse, je vous prie, par ici.

Un jeune valet avait rompu ses pensées, et laissant ses prunelles reprendre leur lueur polie habituelle, Marie-Anne hocha doucement la tête en guise de remerciement, et suivi le geste de son guide.
Le temps était frais et agréable, mais pénétrer dans les couloirs de château ne lui déplaisait pas. Son humeur, quoique délicieuse, lui octroyait quelques sautes de caractère, et elle craignait de se sentir mal lors de ce bal.

Abandonnant quelques instants son hôte, elle bifurqua vers un endroit peu fréquenté, et face au miroir qui trônait dans le petit salon désert, elle s’attarda quelques instant devant l’image que lui renvoyait ce reflet.
Marie-Anne soupira doucement, mais un léger sourire apparu sur ses lèvres roses, derrière ce masque bariolé qu’elle avait endossé.

Les paroles du mousquetaire lui revenaient en mémoire, la retranchant à nouveau dans ce désir de nuire, par pur altruisme pour son amant.


« -Si je volais le costume de Marine d’Artagnan et que vous l’endossiez, d’Artagnan serait certain que vous êtes sa femme. »

Doux et tendre Nicolas ! Lui seul avait cette faculté de pousser Marie-Anne loin, de l’autre côté des barrières de morale qu’elle pouvait se fixer. Il lui faisait oublier Godefroy, il la faisait entrer dans un monde d’intrigue et de danger, un monde de fourberie, dans lequel elle se complaisait au plus au point.
Nulle ambition ne venait tirer la jeune femme des limites de la morale. Seule ce désir d’être la plus grande intrigante de la cour, cette volonté de porter plus qu’un masque, attirait Marie-Anne dans ce jeu dangereux.

L’on disait son oncle un fourbe italien ? Un faquin hypocrite ? Marie-Anne eu un sourire narquois à cette pensée, par lequel elle méprisait tous ceux et celles qui proféraient de telles bassesses.

Ces gens n’avaient rien connu de son oncle, qui n’était, à ses yeux de jeune fille, qu’un innocent italien, sauvant un pays en déroute.
Mais puisque la cour n’attendait des Mancini que de la fourberie, ce soir serait le moment de gloire de Marie-Anne. Elle leur porterait toute sa propre Comedia del Arte sur un plateau d’or.

Aucun des ingrédients ne manquait, Nicolas de Ruzé, ce diable d’amant, cet esprit aussi nuisible que le sien, le lui avait fournit. Ame sœur dans le mal ! Cher complice en qui placer une aveugle confiance ! Elle ferait, ce soir, honneur à sa réputation. Rien ne valait mieux que prouver aux gens les rumeurs qu’ils laissaient courir.

Rien ne pouvait stopper les lentes machinations de Nicolas et Marie-Anne, pas même, pour cette dernière, la pensée de son mari. Il ne pouvait qu’être absent, ce soir ! Un jeu de dupe et de masque ne pouvait que contrarier son esprit plus droit et neutre que la Justice elle-même !
Elle se sentait rassérénée de cette absence ; la seule présence de Godefroy pouvait l’empêcher d’agir à sa guise. Elle se sentait épiée, étroitement surveillée, et le moindre de ses faits et geste, soigneusement étudié.
Elle détestait par-dessus tout ce sentiment de fausse liberté, étouffé par des regards appuyés. Elle ne se souvenait que trop bien de la dernière mascarade auquel ils avaient tout deux participé. Ces danses incessantes, cette présence parfois insoutenable avaient étouffé la jeune femme.
Mais ce soir, Godefroy était absent, et il avait remis à Marie-Anne les clefs de sa liberté. Ce soir, elle n’aurait aucune surveillance étroite, et la première dupe de la soirée commençait par ce costume ridicule.

Elle avait réussi, avec l’aide des doigts de fée de sa couturière, à porter une robe des plus superbes, mais ne cessait de rechigner au ton trop simple que cette tenue lui imposait.
Le joueur de flûte de Hamelin ! Cette sotte idée ne pouvait venir que d’une cuisinière ! Elle, duchesse de Bouillon, Marie-Anne Mancini, nièce du plus grand cardinal, devait se fondre en une cuisinière ?! Seule l’affection plus forte qu’ordinaire qu’elle vouait à Nicolas de Ruzé, la faisait accepter ce costume de flûtiste.

D’un duo de couleurs vertes, le tissu, peu ouvragé, épousait néanmoins les courbes de la jeune femme. Le bustier de la robe s’élargissait au niveau de ses hanches, laissant imaginer une veste ample d’homme. Mais le tout avait été reprisé, étudié pour la jeune femme, et malgré ce tissu, ces couleurs, les formes de la tenue ne pouvait que faire rosir de plaisir la jeune duchesse de Bouillon.

D’une main douce, elle caressa les rondeurs de son ventre, savamment camouflées sous une coupe élargie, sans que quiconque ne put deviner ce qu’il se cachait en dessous.

Ce plan de Nicolas était un défi, pour Marie-Anne. Elle savait que ses scrupules la maintiendraient hors de l’eau, mais cette envie d’écraser l’ennemi de son amant était plus fort que tout.
Qu’il fut mousquetaire, marquis ou prince, peu importait à Marie-Anne, que l’issue de ce mince complot.

Elle remonta sa main encore gantée jusqu’à son masque, et arrangea la coiffure de ses cheveux de jais. Ceux-ci arboraient une savante coiffure, qui savait néanmoins rester simple, afin de ne pas trahir sa véritable nature. La jeune femme devait par ailleurs ôter ses gants ouvragés, et espérait que ses mains, ses si belles mains, ne pourrait dévoiler son identité. Une cuisinière ne pouvait avoir des mains plus belles que celles de la duchesse de Bouillon !

Riant silencieusement sous ce masque, Marie-Anne observa ce reflet renvoyé. Mêlant des couleurs argentés et vertes, ce masque recouvrait tout son visage, laissant son menton dégagé. Elle craignait que ses yeux ne la trahissent, mais la profondeur du masque altérait leur couleur verte, teintée de gris de ses prunelles.
Personne, pas même son époux, n’aurait pu reconnaître la jeune et fraîche duchesse de Bouillon. Elle respirait ici la candeur, la douceur, et la petite flûte qui ornait le haut de son masque conférait à cet ensemble sur allure innocente.

Malgré ce costume ridicule, pour qui elle avait délaissé cette magnifique robe de Diane qu’elle souhaitait endosser, Marie-Anne se plaisait, et ne cessait de détailler chaque partie de cet habit.
Elle était prête. Parée de toute part, et son esprit échauffé par une brise malsaine.
Personne ne pourrait à présent stopper sa décision, pas même cet enfant qu’elle sentait en elle. En revêtant ce costume d’une autre, en étant à présent Marine d’Artagnan, cette cuisinière, elle en oubliait totalement la jeune duchesse de Bouillon.

Saisissant le tissu de sa robe, elle sortit silencieusement du salon, et se mêla à la foule des courtisans masqués qui pénétraient dans la grande salle de bal, ornée de mille feux pour l’occasion.
Ce cher compatriote, Lully, faisait tournoyer sa cane d’un geste majestueux, faisant, sous ce seul ordre, résonner tous les instruments des musiciens réunies.

Déesses et dieux dansaient, tournoyaient, et parmi tous ces masques et ces couleurs chatoyantes, Marie-Anne chercha du regard la proie désignée par Nicolas de Ruzé.
Elle le vit alors, et derrière ce masque de candeur, un sourire sardonique apparu, invisible aux yeux de la foule.
Il était aisé de découvrir qui était roi, ou qui ne l’était pas, lorsque l’on côtoyait la personne royale depuis l’âge de cinq ans, et malgré les princes qui devaient tenir leur rôle à la perfection l’œil aiguisé de Marie-Anne ne put que surprendre aisément la tricherie. Un mousquetaire, même déguisé en roi, ne pouvait la duper, et elle avait par ailleurs déjà aperçu son amant.

La musique avait soudainement cessé, et dans un tumulte gai, chacun se sépara, et de nouveaux couples se formaient pour la danse que le célèbre compositeur avait choisit pour succéder à la précédente.
Il fallait à présent à Marie-Anne rejoindre celui qui serait son cavalier. Cet homme qui, lorsqu’elle s’approcha lentement, la démarche trop fière pour une cuisinière, semblait déjà la couvrir sous un regard tendre.
Elle détesta soudainement cet homme, cette femme dont elle jouait le rôle, et ce couple qu’il formait. Fallait-il donc être cuisinière pour aimer son époux, et voir ce regard dans ses yeux ?
Marie-Anne dégluti imperceptiblement, et étouffant une petite toux discrète, tendit sa fine main au lieutenant des mousquetaires, qui se baissa courtoisement pour la saluer.

Elle ne pouvait lui ôter cette qualité : ses manières étaient celles d’un gentilhomme, et si elle oubliait un instant qu’il ne fut que mousquetaire, elle pouvait apprécier cette galanterie. Mais à nouveau, les doigts tendres qui se refermaient sur sa main l’amenèrent à ce dégoût d’un bonheur trop entier, et le coin de sa bouche s’étira doucement.


-Suis-je assez divine pour plaire au roi, ce soir ? Ou peut-être le suis-je trop ?

Sa voix avait cet accent étudié ; il ne fallait pas que sa voix la trahisse, que sa hauteur naturelle puisse la démasquer. Elle parla plus franchement, moins froidement qu’à l’ordinaire, mais elle savait avec brio mettre dans cette voix cette touche de séduction. Elle continua d’un ton plus bas, alors que la main de l’homme se refermait plus fermement sur la sienne.

-Je voudrais tant que nous soyons seuls ! Quand le roi sera-t-il enfin déchu de ses obligations ?

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MessageSujet: Re: [BAL] Douce tromperie (PV Marie-Anne et Marine)   07.06.10 23:26

[Désolé pour ce retard de réponse. J'ai été très pris. ^^']

- Quand le bal sera terminé, ma douce. Il y en a encore pour de longues minutes. Mais nous pouvons en profiter pour danser comme la première fois, le costume et le rôle en plus. Et du reste, nous ne nous éterniserons pas davantage à la fin. Quand les masques tomberont, je serais ton obligé comme le veut la coutume. Alors il t'appartiendra de faire de moi ce que tu voudras. De toute évidence, je t'obéirais. Je donne des ordres à longueur de temps, abandonner mon autorité me soulagera. Je ne sais ce que tu as prévu, je te connais, je sais que tu ne me le diras pas, pour me faire une surprise, mais pourtant... tu sais que je n'aime pas ça... je me sentirais rassuré si je savais ce que tu as prévu ensuite.

Il parlait à voix basse, de sorte que seule elle puisse entendre. Il y avait longuement réfléchi. Et en essayant d'imaginer ce que Marine voulait, il se dit qu'il y avait une multitude de choses. Elle pouvait exiger de lui qu'il l'honore de son devoir conjugal, ce qui arriverait probablement mais qui avait lieu lorsqu'ils se retrouvaient, c'était donc une demande des plus banales. C'était sa préférée, évidemment, car elle ne bousculait pas sa vie. Par contre, Marine pouvait tout aussi bien exiger de lui qu'il vive plus souvent avec elle et les enfants. Oh, ce ne serait pas pour déplaire à d'Artagnan. Sa famille lui manquait terriblement. Mais l'ambition et la carrière étaient elles aussi importantes ! Comment pourrait-il se regarder dans un reflet en sachant qu'il ne pouvait pas s'investir et travailler à dorer encore et encore le nom qu'il portait ? Sa fierté le poussait en permanence à accomplir ses missions au détriment de son mariage. Son épouse pouvait très probablement en avoir assez et puisqu'elle était souvent peinée par ses absences, elle pouvait attendre de lui qu'il fasse un choix, plus ou moins drastique. Sans non plus en faire une généralité, Alexandre craignait qu'elle ne lui impose ce choix. Il aurait été incapable de renoncer à l'un de ses trois amours. Sa vocation, sa femme et ses enfants étaient tout ce qui comptait pour lui. Sa vie s'était construite là-dessus, avec ces bases, ses fondations. Il ne pouvait prendre le risque de la faire s'écrouler. La jeune femme savait tout cela. Elle ne lui avait jamais demandé de se décider jusqu'à présent. Mais à chaque fois qu'ils s'éloignaient leurs cœurs en pleuraient tant la présence de l'autre manquait. Cet amour, ce coup de foudre, tout ça était joli à raconter mais difficile à vivre lorsque les deux moitiés étaient souvent séparées. Alexandre avait ce besoin maladif de la toucher, de la sentir près de lui. Il ôta habilement le gant de sa main gauche et il caressa la paume de celle qu'il croyait être son épouse. Il lui dit, avec surprise :

- Oh... mais ma Reine ! Quel est donc ce baume que tu as passé sur tes mains ? Elles sont si délicates, si... différentes. Elles me semblent plus fragiles et lisses... belles...

Il déposa les lèvres du masque dessus pour en respirer le parfum et dit, troublé quelques instants :

- Et ce parfum... je ne l'avais jamais respiré auparavant. Tu n'avais pas besoin de tout cela, tu es déjà parfaite. Je t'aime comme tu es, ma douce, avec tes mains de cuisinière ! Et tu le sais. Je ne pourrais jamais avoir de telles mains, préfères-tu que je remette mon gant pour que le contact te soit plus doux ?

Il avait toujours été attentionné. Et c'est ce qui lui permettait de se sentir à l'aise. Plus il comblait sa femme, plus il était heureux. Cependant, il la connaissait pratiquement par cœur, de corps comme de cœur. Il s'était habitué à son contact, à sa peau. Il reconnut presqu'immédiatement qu'il n'avait pas affaire aux mains naturelles de Marine. Et au fond de lui, il admira ce qu'elle était prête à faire pour lui. Malgré tout cela développait chez lui un léger complexe d'infériorité. Elle avait si peu défauts là où lui s'en trouvait une multitude ! Et elle était si gracieuse, même sans avoir une robe de noble. Il portait un costume majestueux, comme les autres Ombres, mais pour lui la seule beauté de cette pièce était sa femme. Il ressentit le besoin de l'embrasser, d'ôter ce masque qui imposait une barrière entre eux pour plaquer ses lèvres contre les siennes dans une douce caresse. Il était tellement aveuglé par la beauté de sa partenaire qu'il ne remarqua pas qu'il s'agissait d'une autre personne que sa femme ! En réalité, il pensait que l'allure, le ton un peu altier et le soin apportée à elle-même, faisait partie du jeu de Marine, pour le séduire et pour jouer le jeu. Il était évident que si dès le départ, ils avaient l'air d'être ensemble, les soupçons allaient s'éveiller. Leur danse devait être hasardeuse, bien que calculée depuis des semaines ! Le jeune Mousquetaire se disait qu'il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas agi ainsi en douce. Certes, il oubliait les petits passages intimes, résultat d'un excès de pulsion, près des cheminées d'intérieur... Mais hormis ça, il n'avait jamais réellement élaboré de plans. Il n'était pas homme d'intrigue ou narrateur, il était stratège dans l'action. En somme, le recul il savait en prendre, la réflexion il savait l'amorcer. Mais concevoir des plans n'était pas son domaine, il préférait l'action et il faut dire qu'il avait un talent pour mener ses gestes à bien.

C'était étrange de le voir danser avec autant d'aisance. En vérité, Alexandre n'avait jamais été très habile avec les femmes. Avant de connaître sa femme, il n'osait pas vraiment aller vers elle. Sa fierté le poussait à se pavaner, comme la plupart des hommes d'ailleurs. Quand l'une d'elle lui adressait la parole, il ne parvenait pas à être inexpressif. Son visage trahissait ses émotions, son ressenti. S'il trouvait la demoiselle charmante, il en devenait rouge tomate et sentait un nœud se serrer autour de sa gorge. Danser avec une inconnue aurait été un supplice. Il avait toujours peur de marcher sur les pieds ou de faire un faux mouvement, disgracieux, malvenu. Mais avec Marine tout changeait ou presque. Il devenait plus assuré, il n'avait pas peur de commettre des erreurs. Et bien évidemment, il n'en faisait pas. Il n'avait rien perdu de son rôle, il gardait toujours ce port royal. Ce qui le trahissait, comme tout mousquetaire c'était la forme de ses jambes un peu arquée, et puis ce petit geste inconscient pour vérifier que l'épée était toujours en place. De petits défauts que seule une grande observatrice pouvait voir. Et quand on s'appelait Mancini, on était de ses expertes en reconnaissance visuelle, dignes des plus grandes réputations européennes. Le jeune homme sans le savoir s'enfonçait dans un piège qu'on lui avait tendu. Il ne décelait ni les cordes ni celui qui les tirait, il ne voyait que ce qu'il voulait voir : une Marine resplendissante. Poussant la comédie jusqu'au bout, il dansa avec aise, avec des mouvements fluides et maîtrisés. A travers son masque il observa quelques personnes, jeter des regards en leur direction et murmurer à l'oreille du voisin. Ils créaient l'effet, le spectacle et ils laissaient le doute s'installer. Nul dans la salle, hormis les acteurs et spectateurs du complot de ce soir, ne parvenait à savoir de tous ces hommes, lequel était le Roi.


- Pour une fois que les langues de vipère ne vont pas nous empoisonner l'existence. Regarde tous ces hypocrites, désireux de trouver le Roi pour avoir la part belle. Ils nous admirent maintenant, demain, ce sera un poignard qu’ils logeront dans notre dos. Le complot risque d'être dévoilé et démasqué, ce soir, à l'encontre du Roi. Je suis persuadé que ce félon de Ruzé est impliqué. Et si j'arrive à le démasquer, je me ferais un plaisir de le mettre aux fers moi-même. Du reste, ce qui l'attendra m'importe peu, mais à choisir, je préfèrerais un duel plutôt qu'une pendaison ou une guillotine.

Une chose que l'on ne pouvait pas lui reprocher c'était son sens de l'honneur. Il avait toujours le désir d'affronter ses adversaires en face et s'était établi une conduite méticuleuse. Quelque que soit l'individu en face, il faisait toujours preuve de courage ou de témérité. Peut-être un peu trop parfois, car il mettait réellement sa vie en péril. Comprenant que la soirée n'était pas à l'exposé des histoires de Cour, il poursuivit toujours à voix basse, le ton doux et aimant :

- Comment se portent Aurore et Guillaume aux dernières nouvelles ? Bien, j'espère. S'ils nous voyaient là ! Mais quelle folie ai-je eu que d'accepter ce rôle. C'est la mission la plus difficile que l'on m'ait déjà confié, fort heureusement pour moi, je t'ai à mes côtés. Tu les as confiés à qui, ma douce ?

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MessageSujet: Re: [BAL] Douce tromperie (PV Marie-Anne et Marine)   05.07.10 17:01

Quelle naïveté idiote que celle de l’amour ! Combien ce sentiment destructeur pouvait-il détourner un homme d’un chemin de fierté ! Il anéantissait chaque barrière, détruisait parfois l’honneur, et lorsqu’il avait consumé le cœur de chacune de ses victimes, il les laissait pantelantes, ne trouvant plus de raison pour sortir d’un néant artificiel.
Voilà ce que ressentait Marianne pour l’amour qui unissait son cavalier à sa femme. Cet amour stupide, aveugle et éperdu, ne puisant sa force que dans la vitalité-même des deux âmes. Elle se réjouissait, alors qu’il se rapprochait d’elle, de ne pas laisser aller son cœur et son être à cette duperie des sentiments, et de rester seule maîtresse de cette émotion.


- Quand le bal sera terminé, ma douce. Il y en a encore pour de longues minutes. Mais nous pouvons en profiter pour danser comme la première fois, le costume et le rôle en plus.

« Et je danserais pour toi comme une ultime fois, je ferais tourner ta tête comme tu pourras me faire tourner. »

-Et du reste, nous ne nous éterniserons pas davantage à la fin. Quand les masques tomberont, je serais ton obligé comme le veut la coutume.

« Mon obligé ? Qu’ai-je à faire d’un lieutenant de mousqueterie ! Tu ne seras que celui de la rancœur, lorsque les masques, oui, tomberont ! Mais tu ne verras alors que celui du dupe, je ne m’abaisserais pas à te montrer mes traits véritables. »

-Alors il t'appartiendra de faire de moi ce que tu voudras. De toute évidence, je t'obéirais.

« Est-ce donc ce que l’amour te force à faire ? Voilà donc ce à quoi les âmes en sont réduites, lorsqu’elles trouvent leur sœur ? Oui, tu m’obéiras, et je te montrerais combien l’amour n’est pas si innocent qu’il paraît être. »

- Je ne sais ce que tu as prévu, je te connais, je sais que tu ne me le diras pas, pour me faire une surprise, mais pourtant... tu sais que je n'aime pas ça... je me sentirais rassuré si je savais ce que tu as prévu ensuite.

« Veux-tu véritablement le savoir ? Le jeu serait trop facile, et je n’aurais pas cette jouissance de la partie réussie. Non. Je me tairais, je ne lèverais pas ce voile de l’intrigue, ne serait-ce que d’une once. Rien ne peut plus me réjouir que d’imaginer vos deux visages surpris et confus, et d’écraser ainsi cet amour, ce charognard. »

Des années de dupes à la cour n’avaient pu qu’aider Marianne à garder cette impassibilité sur son visage, alors que les pensées les plus noires emplissaient son esprit. Ses yeux auraient du prendre cette teinte sombre, et être illuminés de cette lueur malfaisante, mais ils conservaient cette douceur presque tendre, et brillaient derrière ce masque ; son sourire aurait du se montrer froid, peut-être cruel, mais restait emprunt de ce bonheur non dissimulé, qu’elle savait affectionner à la perfection ; ses mains, qu’elle aurait du sentir se crisper sous ses pensées, restaient fermes, et suivait le mouvement d’Alexandre d’Artagnan avec cette feinte complaisance.

Ses mains dont elle était si fière restaient prisonnière du gant de son cavalier, et avec une lueur de crainte dans son regard émeraude, la jeune femme sentit soudainement la peau du mousquetaire caresser ces doigts blancs, si fins, dont elle prenait tant soin. Il avait ôté le gant de cuir, laissant courir sur sa paume les doigts rugueux de l’homme, signe frappant du fossé qui séparait leurs vies respectives. Mettait-il des gants que cette peau n’en n’était pas moins si différente de celle de…son époux ! A la seule pensée de son mari, qui avait refusé de répondre à l’appel du bal, Marianne se raidit un court instant, mais le contact avec cette main de mousquetaire la ramena à ses cruels desseins de la soirée.


- Oh... mais ma Reine ! Quel est donc ce baume que tu as passé sur tes mains ? Elles sont si délicates, si... différentes. Elles me semblent plus fragiles et lisses... belles...

Bien sûr que ses mains étaient belles ! Elles étaient la fierté de la jeune femme, mais ce soir, elle devait conserver ce masque, et non exposer son œuvre personnelle. Elle ne put que resserrer cette étreinte insupportable, et éloignant une éventuelle crispation dans sa voix, conserva tout ce naturel dont la comédienne était capable.

-Tu es roi ce soir, il me fallait être reine ! Que n’aurais-je pas donné pour être à la hauteur de celui que tu incarnerais. Ne me trouve-tu donc pas si belle ? Aurais-tu préféré que je vienne avec mes mains de cuisinière ?

L’humour transperça la voix douce et basse de Marianne, qui souhaitait s’approcher pas à pas de l’homme. Il aimait cette sotte qui giflait son amant, et celle-ci aimait ce rustre qui empêchait ce même amant d’obtenir à nouveau un honneur qui lui revenait. Une cuisinière et un mousquetaire…une fille du peuple et un noble ! Comment ce nom de d’Artagnan pouvait-il être tombé si bas ?
Mais ce soir, elle ne pouvait qu’être de mystère et de secret, pour étaler aux yeux de l’homme la condition qu’il avait choisi. Silencieusement, elle garda ces blanches mains qu’il portait à ses lèvres.


- Et ce parfum... je ne l'avais jamais respiré auparavant. Tu n'avais pas besoin de tout cela, tu es déjà parfaite. Je t'aime comme tu es, ma douce, avec tes mains de cuisinière ! Et tu le sais. Je ne pourrais jamais avoir de telles mains, préfères-tu que je remette mon gant pour que le contact te soit plus doux ?

Parfaite ? Une cuisinière ?! Marianne ne su que répondre, surprise par la réponse de d’Artagnan. Comment pouvait-on se montrer si empoté avec une femme, lorsque l’on côtoyait chaque jour un éventuel danger ? Les femmes n’avaient nul besoin de ces douceurs amoureuses, et dans cet élan d’orgueil, Marianne, à son habitude, songeait pour la majorité, et se plaçait au cœur des sentiments féminins. Ainsi, on ne pouvait réellement aimer, et cet homme, cette femme pourtant unis n’étaient qu’aveuglés pour se parler ainsi de main ou de parfum sur ce ton mièvre ! Où était ce désir charnel qu’elle entendait dans la voix de Nicolas ? Où était cette attirance trompeuse, si loin de l’amour, qu’elle ressentait pour son mari ? Elle ne voyait en l’ennemi de son amant qu’un homme amolli par cet amour, unique facteur d’une faiblesse qu’elle rejetait.

Mais le masque était de rigueur, et à aucun moment elle ne pouvait l’abaisser. Il était encore trop tôt, et l’homme n’avait encore sentit le sol s’ouvrir sous ses pieds, près à le happer. Elle ferma ses écoutilles de la rancœur, et concentrée sur ce rôle qu’elle voulait jouer à la perfection, plongea dans ce jeu de dupe.


-Il faut toujours tromper les gens autours de soi, lors de ces bals ; il me fallait être à la hauteur pour qu’on ne puisse me deviner ! Si je suis démasquée, alors tu le seras également, et nous ne pourrions profiter de cet instant.

Elle serra à contrecœur les doigts de d’Artagnan d’une douce pression, et se laissa guider par les gestes et la musique.
Le jeu de danse avait paru simple à l’esprit de Marianne, lorsque Nicolas lui avait exposé ce plan ; mais à présent, elle se rendait compte combien il était difficile de ne pas danser aussi parfaitement qu’elle le faisait habituellement. Cette Marine n’était qu’une fille du peuple, et sans les leçons que Marianne avait reçu depuis son enfance, on ne pouvait prétendre à ce jeu correctement. Il fallait à la jeune femme placer son esprit en dehors de cette pièce, au-delà de ce bal, afin de cesser de se concentrer sur ses pas, et ainsi marquer ces erreurs dignes d’une cuisinière. Elle songea avec cynisme que jamais cette femme ne pourrait danser aussi bien qu’en cet instant.

Elle quittait ainsi Saint Cloud, et un instant, oubliant son partenaire, s’efforça d’éluder son mari en songeant à cette nuit pendant laquelle Nicolas lui avait exposé ce plan. Ô combien avait-il été doux et attentionné ! Elle le désirait ainsi, si près d’elle, prêt à tout pour satisfaire leurs deux esprits, et lui exposant les machinations les plus noires en lui caressant les épaules. Elle ressentait encore ce contact sur elle, et songeant à ses desseins, ne pu s’empêcher de soudainement frissonner. Ruzé. D’Artagnan. Elle était l’amante d’un mousquetaire, et ce soir, se glissait dans la peau de la femme, afin de mieux détester le second. Elle détestait cet amour entre eux, elle détestait ce bonheur dont elle ne jouirait jamais, prisonnière d’une union diplomatique ; elle détestait cette liberté dont ils profitaient chaque jour, et ce soir, ce jeu ne servait pas seulement les désirs de son amant, mais offrait à Marianne la possibilité de déverser ce venin qu’elle contenait.
Plus d’Artagnan aimait sa femme, plus Marianne le détestait, jusqu’à ne plus supporter ce contact sur sa peau si parfaite. Elle revoyait le visage de Nicolas, de cet amant si désirable, et à cet instant, elle se promit que jamais ce piège amoureux ne se refermerait sur eux, les laissant seulement dans cette attirance charnelle et cette union d’esprits.

Le bal. Il fallait qu’elle reporte son attention sur le bal, sur cette main calleuse qui la guidait, afin de ne pas laisser transparaître ce dégoût de la situation. Elle posa à nouveau son regard qui se voulait brillant sur ce masque qui la contemplait, et sourit derrière cette parure, afin de ne pas inquiéter son cavalier. Il ne fallait pas, alors que le poisson s’enferrait, relever trop vite la ligne et ainsi le laisser filer.


-Inutile de remettre ces gants, je ne suis pas encore faite de sucre ! Je ne risque pas de fondre comme toutes ces courtisanes craignant la moindre goutte d’eau ! Restons…naturels, nous seront ainsi moins importunés, et leur caqueteries se perdront dans le vent !

Elle se tut, empêchant l’inquiétude qu’elle ressentait soudainement de se livrer à son cavalier. Ne parlait-elle pas trop bien pour une cuisinière ? Comment savoir le langage de cette femme, pour elle qui n’avait connu que luxe et culture, pour qui les mots étaient ses plus fidèles amis ? La prudence était de rigueur, et pour empêcher d’Artagnan de réaliser ce qu’elle venait de dire, elle manqua une passe, et trébucha légèrement, avant de se reprendre fortement sur la main de son cavalier, évitant cependant tout risque de chute. Elle ne pouvait pousser le ridicule jusque-là ! Le regard appuyé qu’elle lui lança au travers de son masque se voulait rassurant, mais le cœur de Marianne battait la chamade à l’idée qu’il puisse se défier de ce manège.

- Pour une fois que les langues de vipère ne vont pas nous empoisonner l'existence. Regarde tous ces hypocrites, désireux de trouver le Roi pour avoir la part belle. Ils nous admirent maintenant, demain, ce sera un poignard qu’ils logeront dans notre dos.

« Et même dès ce soir, doux naïf ». L’amertume lui était revenue comme ce poignard qu’elle planterait dans le cœur de cet homme. Cinglante, froide et sans détours.

-Tu sais ce que l’on entend, au château. Tout n’est que masque et apparence, et aucun de ces hommes ou de ces femmes ne possède de réels amis…ou de mari. « Mais des amants, des sœurs et des alliés, prêts à tout pour soutenir leurs ambitions ! »

-Le complot risque d'être dévoilé et démasqué, ce soir, à l'encontre du Roi. Je suis persuadé que ce félon de Ruzé est impliqué. Et si j'arrive à le démasquer, je me ferais un plaisir de le mettre aux fers moi-même. Du reste, ce qui l'attendra m'importe peu, mais à choisir, je préfèrerais un duel plutôt qu'une pendaison ou une guillotine.

Le cœur de Marianne s’arrêta, et un frisson glacé lui parcouru l’échine, enflammant son esprit d’une seule traite. De nombreuses intrigues et complots courraient à Versailles, mais aucun d’eux ne lui était parvenu de la bouche même du lieutenant des mousquetaires. Ainsi donc, la vie du roi, de son roi, de celui qu’elle respectait par-dessous tout serait réellement en danger ? Cherchait-on à l’atteindre physiquement ? Moralement ? Autant de questions qui fourmillaient dans son esprit, et troublaient la jeune femme qui s’efforçait de tenir son rôle.
Ruzé ne pouvait être impliqué dans ce complot, si celui-ci était si sérieux. Elle revoyait ses fossettes, son sourire d’ange, son regard si brûlant lorsqu’il la regardait…non, ce visage ne pouvait comploter contre celui qu’elle aimait autant que ses sœurs et connaissait depuis tant d’année.
Elle se refusa à imaginer le pire, et simplement, comme pour se contenter de cette réponse, se promit d’en parler à son mousquetaire. Mais la soirée semblait avoir basculé, laissant ce nœud dans l’estomac de la jeune femme.

Danser. Sourire et paraître. Elle devait continuer ce jeu de courtisane parfaite, faussement aimante d’un homme qu’elle commençait à exécrer, non plus par solidarité avec Nicolas, mais par dégoût de ce qu’il lui inspirait, et des doutes qu’il insufflait à son esprit.


-S’il est impliqué, tu le sais fourbe et malin, trouve des preuves convaincantes avant de le faire enfermer, il serait capable de tout faire pour te prendre à revers.
Et une simple gifle ne suffira pas, cette fois,
ajouta-t-elle dans un sourire, comme pour se convaincre elle-même de ses paroles !

Fais attention à ces duels, surtout avec un homme comme Ruzé…

Elle laissa sa phrase en suspens, et le visage de son amant dans les yeux, elle serra à nouveau les doigts sur cette main qu’elle ne voulait que lâcher.

-Si l’on t’a confié ce rôle, c’est qu’il est à ta hauteur ! Je suis certaine que tu sauras démêler le vrai du faux, et soulever les masques de ces quelques traîtres ! N’es-tu pas le lieutenant des mousquetaires du roi ? N’es-tu pas D’Artagnan ? Tu sauras ôter ces parures hypocrites, j’en suis convaincue !

Quel accent de sincérité dans cette voix pourtant plus hypocrite que la cour versaillaise réunie ! Marianne recouvrait cette confiance en elle qui l’avait quitté un court instant. Jouer avec ces mots qu’elle aimait tant, user de ces amis fidèles était pour elle un jeu qu’elle connaissait depuis son enfance. N’était-elle pas celle qui pouvait tout oser, lorsqu’elle était enfant ? N’était-elle pas celle que la reine n’osait gronder, malgré ses remarques franches et acides ? Elle avait pleine confiance dans ces mots, et s’appuyait sur eux ce soir, comme un ultime soutient.

-A ton avis, à qui aurais-je pu les laisser ! Ces deux anges seront sages ce soir, j’en suis certaine !

A nouveau, ce regard appuya ses dires, et prestement, tournoya doucement sous l’impulsion de ce bras qui la guidait, avant de lui faire à nouveau face. Elle serra encore ces doigts, plongeant son regard dans le sien, avant de poursuivre dans un sourire feint.

-Je te plais autant qu’à l’ordinaire, dans ces vêtements ? Je voudrais presque ne pas les quitter, tant ils me changent de ma tenue quotidienne !

Elle pirouetta gracieusement alors que les dernières notes de la mélodie s’éteignaient, pour laisser place à une nouvelle danse. Elle l’attira vers l’extérieur de cette piste de danse, ne lâchant pas sa main, et se dirigeant parmi la foule de courtisans qui se pressaient. Elle se forçait à ne pas être aussi ingénue qu’elle savait l’être lors de ces bals où chacun était inconnu à l’autre. Une cuisinière parvenue ne pouvait que se sentir différente dans cette foule !

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MessageSujet: Re: [BAL] Douce tromperie (PV Marie-Anne et Marine)   04.08.10 16:12

Alexandre avait bien relevé ce langage soigné. Mais dans son esprit, il s'était dit que Marine lui avait tout simplement fait ses efforts pour être dans son rôle. La jeune femme apprenait à lire et à écrire à ses côtés, quand il avait le temps de lui faire quelques leçons. Elles étaient assez espacées du fait que le jeune homme soit Sous-Lieutenant des Mouquetaires. Ce poste, qu'il avait gagné au mérite et à force d'acharnement et de loyauté, occupait beaucoup de son temps. Il se souvenait de l'époque où il n'était que simple soldat, sans grade. Outre l'entraînement, il n'avait pas à se soucier de grand chose. En fait, tout était plutôt simple à accomplir. Et cela lui laissait le temps d'aller au bal, de sortir dans les tavernes avec ses compagnons. Il repensa à Marc, à Eric et François... des hommes bien, de vertu, qui avaient constitué pendant un bon moment un noyau dur au sein de l'armée personnelle du Roi. Et ils y allaient gaiement de calembourgs, d'indiscrétions, de taquineries et autres amusements. Ils s'entendaient à merveille et même si Alexandre avait toujours été moins sociable que les autres, il regrettait ce temps où il pouvait partager ses pauses et ses congés avec ses frères d'arme. Un jour, il essaierait de réserver un peu de temps à ses amis... mais avec une femme, magnifique et deux enfants, il était difficile de répartir tout cela équitablement. La famille avait toujours été sacrée, il ne fallait pas y toucher. C'était donc tout naturellement qu'il y consacrait le reste de sa vie et de ses heures. A chaque temps libre, il faisait tout son possible pour s'occuper de ce qui comptait le plus. Pourtant au fond de lui, il se disait qu'il aurait aimé pour faire comme ses compagnons, profiter de temps et de moments pour revivre un petit peu cette ambiance bonne enfant mais relaxante d'une conversation passionnée entre amis.

Il ne regrettait pas son mariage, non. Tout était parfait, si parfait qu'il ne voulait rien altérer par ses agissements. Il redoublait donc d'effort et de vigilance pour son travail, en écartant toujours les attaques et les confrontations dangereuses avec Ruzé. Ah si seulement il pouvait le prendre la main dans le sac, dans un ignoble complot et l'envoyer ad patrès en tentant d'empêcher sa fuite. Un tel acte propulserait sa carrière, sans aucun doute. Enfin, il n'était pas carriériste. Il avait de l'ambition mais pas au point de devoir tuer pour progresser. Dans le cas de Nicolas, il n'avait pas spécialement envie de lui ôter la vie, mais de lui apporter une telle humiliation et une telle honte, que plus personne ne le considèrerait normalement. Il n'était pas méchant au fond de lui, mais tel un animal, il désirait le voir souffrir et même lapidé publiquement. Un beau limogeage, des sifflets, de huées des quolibets, pour effacer cet air arrogant qu'il ne supportait plus, pour blesser et estropier ce combattant qu'il détestait, pour briser cet homme dont il haïssait l'essence même. Oh oui, il était cruel, il était même prêt à le briser lui-même, par tous les moyens légaux imaginables. C'était son obsession du moment, faire de Nicolas de Ruzé, un pariah... Seule Marine, savait la pulsion qui l'habitait et l'envie de faire justice lui-même. Elle ne l'avait pas jugé, elle le comprenait et surtout elle restait sa voix de raison, son guide absolu dans les méandres de la vengeance. Elle venait taire cette envie de meurtre, de crime, pour lui rappeler qu'il était un gentilhomme, un Mouquetaire valeureux qui jamais ne pourrait tuer par intérêt personnel. Ce soir, elle semblait vouloir mettre Ruzé au placard pour se concentrer sur les pas de danse et faire le plus vrai possible.

Attendri par ce comportement, Alexandre sentit une vague de chaleur l'envahir. A cet instant précis, leur épisode sulfureux dans une des salles du chateau, sous la bienveillance d'un feu de cheminée lui revint en mémoire. C'était étonnant la façon dont il la désirait à chaque instant un peu plus. Ils avaient connu une extase et une étreinte parfaite, mais il avait envie de faire encore mieux, maintenant, tout de suite. Evidemment la situation ne s'y prêtait guère... qu'importe, il pouvait parler, à voix basse, pour évoquer son désir, c'était Marine, elle ne s'en montrerait pas offusquée. Il lui répondit donc dans un murmure doux et incitatif, rapprochant sa bouche de son oreille gauche :


- Ce costume est splendide et il te sied à merveille. N'importe qu'elle princesse aurait de quoi le jalouser. Mais si tu te sens incapable de l'ôter toi-même, sache qu'en tant qu'obligé, je peux très bien le faire... avec toute la tendresse et la douceur que tu attends. Je me sens prêt à honorer mes devoirs, tant conjugaux que royaux, ce soir... bien sûr, je n'agirais que sur tes ordres... et selon tes consignes... tu n'auras qu'à ordonner et j'obéirais... c'est... si... excitant, tu ne trouves pas ?

Toute jeune femme de Cour ou de noblesse se serait sentie quelque peu outrée par le ton très direct de cette invitation et la perversion d'esprit et de corps qu'il pouvait suggérer. Mais Marine et Alexandre étaient mariés et heureux. Et quand le désir pointait le bout de son nez, tous deux estimaient alors nécessaires de le dire. Ne pouvant rien se cacher, ils partageaint tout. Ils étaient aussi très complices, et ce genre de propos, glissé l'air de rien sur un fond musical, leur permettait de partager leur ressenti. La jeune femme était dans une position probablement exceptionnelle. En effet, l'épouse d'Artagnan n'avait jamais été violenté pour répondre aux ardeurs de son mari. Il la respectait énormément et à aucun moment, il n'avait tenté de la forcer. C'était pour cela qu'ils parlaient aussi librement. Sauf que dans le cas présent, le Mouquetaire s'adressait à une haute dame de la Cour sans le savoir. Du coup, elle devait probablement se sentir légèrement mal à l'aise l'aise la main d'Alexandre descendit légèrement pour caresser sa hanche de façon plutôt ferme, indiquant qu'il était déjà déterminé dans sa démarche et qu'il attendait une réponse de la part de la jeune femme. Il remit sa main à l'endroit de décence exigée puis ils continuèrent à danser. Ils avaient encore pour un petit moment et en attendant, Alexandre alalit devoir contenir ses hormones. Il y arriverait, après tout il n'était pas du genre à étaler son désir devant une salle remplie de monde et surtout en présence du Roi. Il savait se tenir. Il fit tourner Marne sur elle-même avec prestance et grande agilité. Le rythme s'accélérait légèrement pour ralentir par endroits. D'Artagnan était réglé comme du papier à musique.

Il avait appris à danser avec toute la majesté que l'on exigeait de lui. Certes cela n'avait pas été simple, mais il y était arrivé à force de redoubler d'efforts. C'était donc avec une grande classe et une main de maître qu'il dirigeait la jeune femme. Il menait les pas, et espérait bien ne pas perdre Marine. Son rôle l'obligeait à ne surtout pas se tromper. Le Roi lui-même ne se trompait jamais et s'il faisait une faute, il serait immédiatement reconnu comme une ombre. Pour l'instant, les gens jetaient des coups d'oeil pour regarder s'ils arrivaient à identifier des personnalités dans la salle. La curiosité était amusante, surtout quand elle consistait à trouver qui était le Roi pour pouvoir lui donner des ordres. Malheureusement pour les jeunes femmes en quête du divin monarque, sa Majesté avait décidé d'accorder ce bal à une élue... et cette élue n'était pas la Reine, mais une amante. En tout cas c'était le bruit qui courait. Un bruit qui dérangeait tout de même le Mousquetaire, ne comprenant pas l'intérêt d'avoir une maîtresse avec une femme aussi superbe que la Reine... Dans la mesure où d'abord ça ne le regardait pas et où ensuite, ça ne relevait pas de son domaine de simple serviteur du Roi, il se gardait bien d'en parler, mais n'en pensait pas moi... Enfin, qu'importe... Venant du mouquetaire ce soir, il n'y avait aucune erreur de mouvement dans ses pas, si bien qu'il remarqua quelques regards. La musique composée par Lully et dirigé par lui d'ailleurs cessa.

Les danseurs se séparèrent pour se saluer par une révérence. Puis il sse rapprochèrent avant que ne débute la nouvelle danse. Alors que Marie-Anne arrivait pour reprendre, une jeune femme à la robe grossièrement brodée de fil dorée, vint la bousculer pour s'imposer. Elle avait tout de la femme du peuple, un costume assez vulgaire comparé aux autres, un masque assez laid et des manières épouvantables. Alexandre sentit le rouge lui monter aux joues. Elle venait ni plus ni moins de bousculer sa femme qui avait trébuché et manqué tomber. Il tempêtait intérieurement mais comme il ne pouvait réagir comme il l'aurait voulu, il se contenta de la toiser de haut. Grandi de plusieurs centimètres par ce port royal, il était totalement dans son rôle d'apparence. Il regarda la jeune femme qui visiblement intimidée sembla reculer. Comme pour éviter que Marine, enfin son actrice, ne s'emporte et ne déclenche un scandale, d'Artagnan laissa glisser sa main en arrière et appuya très légèrement sur son ventre, sans sa douter une seule seconde de ce qu'il allait ressentir. Il commença à parler, sur ce ton distingué et déstabilisant tant il ressemblait au Roi :


- Ma cavalière m'est déjà désignée, comme vous eussiez pu le constater. Il convient de revoir vos manières lorsque l'on souhaite obtenir une danse.

Sévère mais il l'avait en travers. Le jeune femme visiblement mal à l'aise prit la fuite, bousculant d'autres personnes au passage. Alexandre la regarda fuir lorsqu'il fut parcouru d'un frisson. Il n'avait pas rêvé... il l'avait sentit. Il se tourna vers Marine et ses yeux plongèrent immédiatement sur son ventre. Sa paume... il avait senti que quelqu'un tapait dedans... un petit coup, à peine une petite vibration. Il eut un instant de flottement, ne faisant plus attention à la musique. Ce n'est que lorsque les regards se portèrent sur eux, qu'il reprit le contrôle de la situation et invita une nouvelle fois Marie-Anne à danser, supposant toujours qu'il s'agissait de sa femme. Mais alors que la musique se faisait légèrement plus forte, il dit, la voix marquée par l'émotion bien que basse :

- Mais... Marine... tu ne me... tu ne me l'avais pas dit... je n'ai pas rêvé, n'est-ce pas ? Tu es... tu es enceinte... je l'ai senti, cela bougeait... Marine... tu n'aurais pas du... nous n'aurions pas du commettre telle folie que ce bal... tu pourrais te trouver encore fatiguée... Mais... oh je t'en prie, dis-moi ! Dis-moi depuis combien de temps ! Combien de temps devrais-je attendre encore pour pouvoir serrer cet enfant dans mes bras ? Dis-le moi je t'en conjure, je ne puis calmer mon impatience ! Marine ! C'est formidable !

C'était le bal des quiproquos... et probablement les prémisces d'une engueulade spectaculaire... Alexandre n'avait pas senti le piège ignoble qui se refermait sur lui. Mais visiblement, même sans cela, il avait le don pour bouleverser le cours d'une situation... et taper dans des endroits bien imprévus !

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MessageSujet: Re: [BAL] Douce tromperie (PV Marie-Anne et Marine)   06.09.10 23:27

Allait-il cesser de la couver de ce regard brûlant et bien trop aimant ? Marie-Anne avait dépassé ce stade de haine d’un sentiment bien trop mièvre, et à nouveau, ne ressentait qu’un dégoût profond pour cet homme.
Elle n’oserait jamais avouer que ce dégoût subjectif ne provenait que de Nicolas, et qu’en d’autres circonstances elle aurait simplement ignoré cet homme. Elle n’avait jusque-alors ressenti qu’une fade indifférence envers le lieutenant, mais ses doigts enserrant les siens comme une prison amère, elle ne pouvait que le détester.

Elle repoussait tout ce qu’il représentait à ses yeux ; plus particulièrement cet obstacle à l’avenir de son amant. Ce soir, elle cessait d’agir gratuitement pour ne servir que ses propres souhaits et son fringant mousquetaire.

D’Artagnan souffrirait tout en traçant les limites de son couple.
Jusqu’où pouvait aller sa malséance ? Elle-même ne pouvait le dire. Jamais son instinct ne la trompait, elle saurait lorsqu’il faudrait cesser ce petit jeu dangereux. Pour le moment, elle ne devait que paraître, comme elle savait si bien le faire, et esquisser quelques pas de danse hésitants, retenant une colère sourde contre les mots qu’il prononçait.
Il osait soupçonner Nicolas de complot ! Il se permettait de…


- Je me sens prêt à honorer mes devoirs, tant conjugaux que royaux, ce soir... bien sûr, je n'agirais que sur tes ordres... et selon tes consignes... tu n'auras qu'à ordonner et j'obéirais... c'est... si... excitant, tu ne trouves pas ?

Les mots même doucement soufflés à son oreille eurent l’effet d’une gifle à la jeune femme qui retint d’écraser les doigts de son cavalier entre les siens ! Elle n’en n’était choquée par leur contenu, mais un court instant, elle avait oublié quel rôle elle avait endossé.
Elle devait se concentrer ! Oublier ces quelques termes qu’elle ne pouvait entendre que de la bouche de son terrible amant. Ces mots ne se soufflaient ainsi que dans l’intimité d’une chambre ou d’un boudoir… ce mousquetaire avait osé les lui lancer en plein bal ! Elle ! Duchesse de Bouillon !
Elle devait se ressaisir. Calmer son esprit enflammé par cette insolence. Elle ne devait être que cette cuisinière parvenue. Cette idiote qui abrutissait un esprit brillant jusqu’à le rendre aussi spongieux que celui de cet homme. Cette sotte n’arrivait certainement pas à la hauteur de ses talents personnels, et c’est en songeant au mal qu’elle causerait à celle qui avait osé gifler Nicolas que Marie-Anne pu reprendre contenance, et poursuivre cette martyrisante danse.
Même les notes de Lully ne pouvaient apaiser ses pensées les plus sombres. Elle se força néanmoins à esquisser un sourire apaisé et adouci sa voix.


-Si, j’ai hâte moi aussi que ce bal prenne fin !
Profitons des prochaines notes pour nous éclipser !


Le son avait cessé, et dans la cohue régnante parmi les courtisans, Marie-Anne se fraya un chemin, en quête d’un endroit plus calme de l’immense salle. Souriant sous son masque, elle reconnaissait au premier coup d’œil femmes et hommes qui se pressaient et s’excitaient, mais son esprit restait pointé sur le visage de Nicolas. Elle devait savoir s’il complotait réellement, et s’il s’était abaissé à de telles actes. Rien ne pouvait justifier de tels agissements, et refoulant ses propres aveux, elle se tourna légèrement vers Alexandre qui la suivait docilement.

Elle se reprit doucement, se ressaisissant totalement, lorsqu’une masse informe, épaisse, maladroite vint la bousculer, manquant de la faire tomber. Dans un sursaut de panique, la jeune femme se retint sur une colonnade, mais avant qu’elle ne pu esquisser un geste lui sauvant la face, le mousquetaire lui barrait la vue.
Elle voulait répliquer. Elle voulait faire comprendre à cette femme que sa place n’était pas à ce bal, pas plus que celle d’une cuisinière ! Elle vit les bras du mousquetaire reculer vers elle, mais alors qu’elle se relevait pour le contourner et tancer elle-même l’idiote, elle sentit ce contact dur sur son ventre.
Son propre ventre, celui qui renfermait ce qu’il lui appartenait de plus cher.

Elle stoppa son geste dans un moment de surprise, et une bouffée de colère lui chauffa le sang en un instant, reléguant ses résolutions loin dans son esprit. Ce ventre, cet enfant qui grandissait n’appartenait qu’à elle, qu’à Godefroy ! Ces mains posées sur elle ne devaient appartenir à nul autre. En cet instant, sentant sur elle la pression de l’homme, elle ne réalisa pas combien sa couverture était en danger, et son seul instinct était de protéger ce que cet homme ne pouvait obtenir.

Dans sa colère, elle n’entendit que des paroles lointaines, sans en mesurer le sens. Il lui fallait sortir de cette désastreuse situation. Recouvrer son sang froid, et agir en conséquence.
Déjà elle sentait le regard pesant du lieutenant sur elle. Il lui fallait trouver un subterfuge, une parade, et se dépêtrer de cela au plus vite.
La danse.
La danse reprenait sur le ton d’une mélodie enjouée du compositeur italien, et attrapant le bras de d’Artagnan plus fort qu’elle ne le voulait, Marie-Anne l’entraîna au milieu des danseurs qui tournoyaient déjà. Leurs mots seraient ici couverts sans crainte d’être entendus d’oreilles trop légères.

Elle continuait de serrer le bras du mousquetaire, et le souffle coupé, se força à émettre quelques mots d’une voix calme.


-Je…je ne voulais pas que tu l’apprennes de cette manière…je préférais attendre…. Attendre un peu.
Je voulais tant aller à ce bal ! Tu aurais refusé !


Elle émis un sourire crispé en espérant que le masque cacherait la réalité de cette mascarade. Elle ne savait rien de cet homme, que cet amour aveugle pour une cuisinière. Elle ne pouvait deviner ce qui l’animait à l’instant-même, et s’il croyait réellement en ce jeu.
Dans un sourire ironique, elle songea que s’il ne découvrait la supercherie, c’est qu’il devait bien être sot !

Mais le malaise persistait, et malgré ses pensées cyniques, Marie-Anne savait que la situation pouvait tourner à la catastrophe. Qu’on la reconnaisse et la disgrâce cinglerait à l‘instant-même. Elle devait garder son masque et tant que la situation le lui permettait, contrôler ses émotions, et conserver son sang froid.
Elle sentait encore sur son ventre ce contact qu’elle exécrait et alors qu’elle tournait le dos un court instant pour esquisser un maladroit pas de danse, elle aperçu les regards appuyés de quelques courtisans de sa connaissance.

En elle-même, elle détaillait sa tenue. Rien ne lui appartenait, et rien ne pouvait donc la trahir. Cependant, ce sentiment d’inquiétude ne voulait s’évanouir. Il était là, s’insinuant en elle, de plus en plus fort, jusqu’à l’écœurement.
Elle le sentait venir insidieusement, monter et devenir de plus en plus fort. Mais ce ne fut que lorsque la salle se fit plus floue à ses yeux qu’elle comprit qu’elle ne pourrait tenir debout plus longtemps. Il lui fallait quitter la salle, se dépêtrer de cet homme, s’éloigner au plus vite tout cela ou tout s’anéantirait autours d’elle.

Elle agrippa le bras d’Alexandre un peu plus fermement, et fermant les yeux une courte seconde pour se reprendre, murmura plus qu’elle ne parla.


-Partons…je….il y a trop de danseurs, viens !

Sa voix était-elle assez forte ? Serait-elle crédible ? Marie-Anne ne s’en souciait guère à présent. Son seul salut était dans cette fuite maquillée ; hors de cette salle, elle prétexterait une envie de solitude, et s’éclipserait afin de se reprendre totalement.

Plus tard seulement elle pourrait se maudire d’avoir surestimé ses capacités.

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MessageSujet: Re: [BAL] Douce tromperie (PV Marie-Anne et Marine)   17.09.10 23:22

Alexandre resta songeur après qu’elle ait rejeté sa main. Non pas sur l’identité de la jeune femme, qui pour lui ne faisait aucun doute, mais sur les raisons qu’elle avait de le repoussé. Il ne pouvait pas lui en vouloir d’avoir caché cette grossesse pour venir danser et participer à ce bal. Depuis le temps que tous deux en parlaient ! La belle Marine, devait, d’une façon ou d’une autre languir d’y assister, et de danser avec lui. C’était pour avoir le privilège de danser qu’elle avait du lui cacher la vérité car effectivement, d’Artagnan savait au fond de lui que si sa douce était enceinte, il l’aurait cloisonné dans la maison et aurait passé la soirée à ses côtés, prétextant auprès du Roy une maladie le clouant au lit. Il n’aimait pas que sa femme fasse du surmenage et de toute évidence, il avait de bonnes raisons, puisqu’ils avaient déjà perdu un enfant et failli se perdre l’un et l’autre. Ce n’était donc plus un jeu, mais un enjeu. Protecteur ? Oui, le Mouquetaire l’était devenu par la force des choses, de façon abusive, trop exagérée… si bien que sa femme était emprisonné lorsque par hasard et accident, il l’engrossait. Il faut dire que ces choses là ne préviennent pas vraiment, et malgré le cycle de lunes, quand la passion vous prend, vous ne pouvez pas savoir que vous êtes sur le point de concevoir un enfant, surtout qu’il n’existait aucun moyen d’éviter ce genre de choses. Marianne jouait très bien son jeu, car plutôt que d’éveiller des soupçons, Alexandre fut attendrit par ce geste impulsif d’une mère pour protéger son enfant. Et puis, elle voulait probablement garder son intimité. Parler du fruit de leur union en plein bal, ce n’était guère convenable. Il aurait pu mettre un peu plus de tact et en parler plus tard, lorsqu’elle le commanderait, en privé, pour toute une nuit.

- Excuse-moi, ma douce… je ne voulais pas te gêner. Je suis tellement heureux que je n’ai pas réfléchi à ce que je disais. Mais nous en parlerons plus tard, quand nous serons seuls, et que notre intimité ne pourra être étalé alentour.

Il l’observa, il ne pouvait guère voir plus que ses yeux mais il devina qu’elle n’allait pas très bien. L’aurait-il blessé qu’une quelconque façon lorsqu’il avait posé sa main sur son ventre ? Pourtant il avait pris des précautions et s’était montré doux, bien que peut-être légèrement brusque dans la manière de la percer à jour. Ou alors, était-ce cette femme, cette idiote qui avait voulu usurper sa place ? Peut-être croyait-elle qu’elle n’était pas à sa place ici et cela la travaillait intérieurement. Il ne savait pas, à vrai dire, depuis qu’il connaissait Marine, il avait toujours su lire en elle… mais pas ce soir… quelque chose la rendait inaccessible, comme si elle était quelqu’un d’autre, quelqu’un de différent. Et à la regarder plus précisément, Alexandre se rendit compte qu’elle avait quelque peu changé. Elle paraissait plus grande, probablement du à ses chaussures à talons, cachées par sa robe. Elle avait aussi une prestance plus fluide, un façon de bouger noble, très raffinée par moments, probablement parce qu’elle avait fait des efforts de maintien pour paraître au même niveau que les duchesses et marquises. Même sa voix prenait par moment des intonations différentes, comme si elle cherchait à jouer le jeu jusqu’au bout. Malheureusement, Alexandre était aux prises de la fatalité, il ne le savait pas encore, mais il était tombé à pieds joints dans un piège terrible, qu’il n’imaginait même pas. Le réveil allait être douloureux et pour Marianne, il ne restait plus qu’à refermer ses mâchoires empoisonnées pour lui porter le coup de grâce. Car s’il y avait bien quelque chose que tout cela allait mettre en péril, c’était son couple, sa famille. Si cette femme, telle Eve, lui présentait la pomme et qu’il la croquait à pleines dents en toute confiance, c’était pour le détruire, au nom d’un combat personnel. Et comme Adam, bien qu’averti par la félonie de certaines personne, bien qu’éveillé par quelques détails qui ne collaient pas mais que son amour rendaient logiques et qu’il s’expliquait pour les nier, Alexandre allait croquer à pleines dents et se laisser mener par le bout du nez. Ce n’était pas par stupidité, car il était quelqu’un d’intelligent, mais par aveuglement, par amour. Jamais il n’aurait pu penser qu’une femme se déguise en Marine pour l’atteindre, il ne jouait pas à ce niveau de traîtrise.

La jeune femme montra bientôt son désir de se retirer. Le menant de son bras qu’il n’aurait pas cru si fort et si déterminé, elle traversa la foule pour trouver un endroit calme. Elle ne lui disait rien de spécial pour justifier cette « fuite », mais Alexandre se doutait que si elle l’exprimait, c’était pour une raison particulière, une raison qu’il connaîtrait bientôt. Il la sentait mal sous son masque, comme si ses jambes allaient défaillir, et comprenant qu’elle avait peut-être eu beaucoup d’émotions d’un coup, le Mousquetaire prit tout naturellement la relève. Il raffermit délicatement sa prise sur son bras et passa devant, ouvrant sur son passage la foule en deux. Les deux gens arrivèrent bientôt à l’extérieur, en plein air, où le climat légèrement frais leur fit le plus grand bien. Il n’était pas simple de danser sous des vêtements qui tenaient chaud sans ressentir l’envie de se rafraîchir. Ils étaient maintenant seuls à l’extérieur et Alexandre jugea bon de la faire asseoir sur un muret. Lorsqu’elle fut installé sur ce soutien de pierre, il lui prit la main, la caressa et lui dit, l’air coupable et mal à l’aise :


- Je n’aurais pas du faire des pieds et des mains pour que tu viennes à ce bal… je regrette… je voulais tellement que tu vives cela une nouvelle fois que je n’ai pas pensé aux possibles conséquences. Mais si ce bébé qui grandit en toi vient altérer ta santé, le mieux serait que nous arrêtions là, Marine. Je ne veux pas que tu te rendes malade pour un bal stupide, ce ne sont que des danses, des frivolités… tout ça ne vaut pas une vie, ni deux. Je vois que tu ne vas pas bien, je le sens. Souhaites-tu que je t’apporte quelque chose à manger ou à boire ? Que je te reconduise chez nous ? Je peux le faire, sans problème, ce serait normal que je prenne soin de ta santé. C’est mon devoir.

Et sûr ces mots, il ajouta, d’un ton très sincère :

- Si je puis te l’avouer, on dirait une autre femme… tous ces efforts que tu as fait pour jouer le jeu, tous ces talents que tu m’as montré ce soir, je ne les avais pas imaginé… je n’aurais jamais pensé que tu deviennes une autre, que tu acceptes de changer ce que tu es pour une soirée. C’est une surprise des plus agréables, un moment de bonheur pour moi, mais tu n’étais pas obligée de faire tout ça. Je t’aime comme tu es Marine, et tu n’avais pas besoin de t’épuiser à la tâche pour me satisfaire et me combler. Ta seule présence me suffit. Mais n’en parlons plus, que désires-tu ? Ordonne et j’obéirais, ma Reine.

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MessageSujet: Re: [BAL] Douce tromperie (PV Marie-Anne et Marine)   31.01.11 16:29

Marianne ne voulait qu’une seule et unique chose : être seule, recouvrer ses esprits et peut-être s’enfuir de cette situation qui s’enlisait dans une impasse. Avait-il misé trop gros ? Avait-elle surestimé ses capacités ? La déception, l’amertume lui donnaient une nausée plus forte encore que celle qui l’avait saisi auparavant. Ca n’était pas les scrupules qui maintenaient Marianne dans leurs filets, mais l’inévitable échéance de l’échec qu’elle apercevait.
Elle avait besoin de Nicolas. Cet ange noir planant au dessus de sa conscience aurait su la soutenir, la protéger contre ses propres doutes. Julien lui-même aurait su la libérer de ce joug qui la tenait aujourd’hui prisonnière. Fermant les yeux, elle sentait la main du mousquetaire l’emmener loin des remous du bal et elle tenta de voir sous ses paupières le visage de son frère, de son amant.
Ruzé l’avait-il poussée trop loin ? Lui aurait-elle annoncé son état qu’il n’aurait pas souhaité la mettre en danger ? Elle aurait vécu cette situation comme blessante, voyant son amant douter de ses compétences. Mais ce soir, alors qu’elle sentait enfin l’air frais lui fouetter le visage, elle remettait en question ses réelles capacités.

Ce fut la voix, ou plutôt la complainte du mousquetaire qui la tira à nouveau hors de l’eau. Cette voix si différente des douceurs de Nicolas, cette main qu’elle sentait à nouveau dans la sienne…tout était bien trop différent pour qu’elle puisse en apprécié le goût et Marianne se rappela le but de sa présence aux côtés du capitaine. Elle devait poursuivre ce jeu, quoiqu’il puisse lui advenir ; elle ne devait que garder sa couverture…et jouer cette cuisinière.
Assise sur le muret, ce vent d’hiver rafraîchissant son esprit embrumé, Marianne recouvra la raison et plongea à nouveau dans ce rôle, la voix plus douce et pesant chacun de ses mots. Elle ferma ses doigts autour de la main de d’Artagnan, renforçant par un contact doux ce désir de confiance. Peut-être avait-il douté de sa sincérité lors de ce malaise et peut-être en doutait-il encore. Marianne ne pouvait mesurer à quel point le dupe s’était insinué en l’homme ; elle ne pouvait que supputer mais rien ne lui prouvait l’entière confiance du mousquetaire. Elle craignait qu’il puisse se jouer d’elle comme elle se jouait de lui. Il devenait nécessaire d’enfoncer la dupe dans l’esprit du capitaine.
Sa voix fut tendre, douce et presque murmurée.


-Ne t’inquiètes pas, je te l’ai caché pour pouvoir, une dernière fois, avoir ce plaisir de danser avec toi. J’ai tant rêvé de ce bal et tant espéré pouvoir duper tout ces courtisans, que je n’ai point voulu mettre ce secret en péril, connaissant ta trop grande prévenance.
Je ne suis pas faite de paille et cet enfant sera, j’en suis sûre, aussi fort que toi.


Elle voulait poursuivre, mais l’homme la coupa sans prendre garde et ses mots auraient pu faire défaillir la jeune femme si celle-ci n’avait eu ce muret comme soutien. Elle ôta prestement sa main de celle d’ d’Artagnan et serra la pierre avec force, pour ne pas laisser ses émotions la trahir. Ainsi elle n’avait su jouer ce rôle avec brio. Elle s’était surestimée, certaine de son talent de comédienne. Même ces mots emplis de douceur ne pouvait la combler. Il apparaissait à elle comme devant sa propre femme, cette Marine, mais aucun de ses mots ne pouvait satisfaire Marianne : elle n’avait su jouer le rôle de cuisinière ; son rôle restait celui de courtisane babillante, s’essayant au dupe sans conviction.
Les mots du capitaine s’enfonçaient dans l’esprit de Marianne avec force, faisant resurgir ce sentiment nauséeux. Tout ce ressenti d’échec n’était du qu’à cet homme, qu’à cette femme dont elle devait endosser le rôle. Sans la rivalité qui les opposaient à Nicolas, Marianne n’aurait vécu cet échec ni cette humiliation personnelle. Elle serait apparue dans ce costume qu’elle avait choisi avec soin, ces perles entourant son cou et ses poignets avec élégance, telle Diane chasseresse. C’était pour cet homme qu’elle avait vêtu ce stupide déguisement de flutiste qu’elle détestait de plus en plus.
Cachée derrière ce masque, respirant avec calme pour contenir la colère qui bouillait ce sang méditerranéen, Marianne s’efforça de rester passive, mais les idées qui jaillissaient dans son esprit échauffé ne pouvaient à présent plus se tarir.

Détournant son regard, elle sourit malgré le masque qui cachait son geste. La duchesse serra un peu plus fort la main de l’homme et cherchant au loin quelques phrases qui pourraient enferrer un peu plus ce poisson, elle aperçu la silhouette qu’elle attendait impatiemment. Ce costume, cette démarche, ce regard perdu vers le couple que Marianne formait avec le mousquetaire…il n’y avait pas de doute : la cuisinière avait enfin paru, délivrant Marianne de sa périlleuse mission.


-Tous mes efforts, Alexandre, n’ont été faits que pour toi et pour duper tout ceux qui nous entouraient ce soir. Je voulais montrer que je pouvais être une autre ce soir, que sous mes aspects quotidiens, j’étais, pour toi, capable de bien plus. Je suis peut-être une autre ce soir, mais je vois à tes yeux, à tes mots que cela ne te déplaît pas. Je suis ce soir celle qui convient au rang qui t’appartient, Alexandre. Je ne suis que cette femme-là, que tu aimes tout autant…et peut-être un peu plus, car ce soir, aucun regard biaisé n’a su briser ton bonheur.

Elle jeta un nouveau furtif regard à la silhouette et se penchant vers le mousquetaire, glissa sa main sous le masque, caressant de sa main la joue de l’homme. Elle approcha son visage de cette proie et d’une voix douce, levant son regard avide vers cette ennemie qui n’avait détourné son regard, chuchota à l’oreille du mousquetaire.

-Je voudrais tout de toi, mais tout à l’heure, mon amour. Pour l’heure, un verre d’eau me remettrait de ce tourbillon qui nous prend.

Elle se redressa, observant d’un regard faussement tendre l’homme qui quittait prestement la terrasse en quête de ce graal demandé par la jeune femme.
Laissée seule, Marianne se releva doucement, respirant avec aise pour la première fois depuis cette danse catastrophique. D’un pas assuré mais non forcé, elle s’éloigna de la terrasse et un regard jeté par-dessus son épaule lui confirma la disparition de ces deux êtres pathétiques.
Se frayant un passage entre les courtisans qui se pressaient aux portes, Marianne s’engouffra dans le château d’un pas leste. Il lui fallait à présent retrouver Nicolas et passer son propre costume, afin de clore ce dupe nocturne.



*Topic clos*

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