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 Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|

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MessageSujet: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime11.03.10 5:52

Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Pretty10

J’ai une maladie, tu as le traitement
Tu as l’étincelle, je la cherchais
J’ai un plan, partons d’ici.
Il est cinq minutes avant minuit.
Tu viens à la maison avec moi, ce soir.
Je ne peux pas m’en passer.
Je ne peux pas m’en lasser.

Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Sans_t10

-Nicolas... Et si tu m'épousais?

Le mousquetaire se mit à rire, en se redressant soudainement sur l'étroit lit. Comme s'il ne pouvait plus arrêter de rire, il sentit son ventre se convulser et se tordre sur lui-même, avant qu'il ne se mette à tousser. Précipitant sa tête hors du lit, il se mit à cracher un peu de sang sur le sol de bois, alors que des petites mains glacées se mettaient déjà à caresser de nouveau sa peau. Se dégageant brusquement de l'étreinte de la jeune femme, Nicolas se leva et sortit du lit. Nu, il regarda la petite créature dans le lit, avant d'aller fermer la fenêtre, tremblant de froid. Son regard se posa de nouveau sur la prostituée, sur ses hanches rondes, sa poitrine magnifique et son visage de gamine.

-Voyons, Isabelle, tu n'es pas sérieuse?

-Mais pourquoi pas? s'étonna-t-elle. Je t'aime, moi!

-Chère demoiselle, tu es si jeune, dit-il en voulant lui remémorer ses 14 ans. Tu crois que tu m'aimes, mais figure-toi que je suis un bien méchant homme. Je ne suis pas ton prince charmant. D'ailleurs, tu es une pauvre fille orpheline.

-Mais ça se fait! Julie a bien épousé monsieur de Rouville, s'offusqua la jeune femme, s'assoyant dans le lit, ce qui fit bouger ses seins pleins.

Après avoir jeté un regard à ces jolis attraits, Nicolas reprit ses idées et ses paroles avec un charmant sourire mesquin.

-Oui, mais monsieur de Rouville est un imbécile, Isabelle. Si jamais je dois me marier, ce sera à une vieille veuve qui décédera dans l'année en me laissant toute sa fortune.

-Tu préférerais une vieille bique riche affreuse et désagréable à moi? s'étonna-t-elle.

Nicolas s'approcha d'Isabelle, regarda ses yeux ambrés avec tendresse et mit ses doigts sous son menton. Certainement qu'en cet instant, la petite catin était certaine d'avoir gagné un mari, mais elle était si naïve! La main de Nicolas glissa sur son cou jusqu'à son cou et descendit encore davantage jusqu'à ses fesses qu'il pinça. Elle lâcha un petit cri puis se laissa tomber vers l'avant, rattrapée par le mousquetaire, qui leva de nouveau son visage vers le sien. Il trouva sur son visage de fillette un tel espoir. Il eut légèrement pitié de cette innocence, mais il ne pouvait pas la laisser ainsi. Un petit mensonge serait aussi facile; elle était si idiote, cette petite! Et disons que son état d'ébriété n'améliorait pas sa conscience.

-Isabelle, ce n'est pas que je le voudrais, c'est que je ne suis pas bien riche...

Évidemment, cela fit mouche et alors qu'il s'assit de nouveau sur le lit, feignant un air désespéré, la gamine se lança sur son amant et commença à le couvrir de baisers. Glissant à ses pieds, souple, la jeune fille se mit à plaindre le pauvre mousquetaire.

-Ton visage... Ce sont des vilains, ceux qui t'ont fait ça.

Nicolas esquissa un mauvais rictus et sentit la douleur lancinante à sa joue. Une toux le prit, alors qu'Isabelle commençait à le travailler à cet endroit sensible qu’il sentait déjà réagir. Il faudrait vraiment qu’il sorte d’ici. Il cracha de nouveau du sang sur le sol. La jeune fille se leva et se précipita vers la bouteille d'alcool qu'elle versa sur une serviette, humectant les plaies de Nicolas.

Encore une bataille de taverne à laquelle il s'était mêlée lui avait blessé le visage. Il s'y était incrusté avec O'Finlay et ses copains irlandais, afin de rire. Pourtant, cela avait plutôt mal fini, puisque tout le troquet s'y était mis et on en était arrivés aux épées. Fort heureusement, Ruzé étant mousquetaire, il était celui qui était le moins blessé. Mais reste qu'il était ecchymosé et qu'il avait peut-être quelque chose à l'intérieur puisqu'il crachait du sang... Mais avec les gentils soins d'Isabelle, il se sentit légèrement moins abîmé. Prenant la bouteille d'alcool des mains de la jeune femme, il en but une grande rasade, avant de se lever. Il n'était pas ivre; avait-il déjà été saoul depuis ses seize ans? Il avait seulement une petite chaleur aux joues et au cœur, surtout une joie étrange lui montant à la tête. Nouveau regard à Isabelle, avant de s'habiller devant les yeux étonnés de la jeune fille.

-Tu ne restes pas?

-Non, je dois aller voir quelqu'un.

Il quitta la pièce, laissant la belle-de-nuit, agenouillée nue, sur le sol. Pourquoi ressentait-il le besoin maintenant d'aller la voir? Pourquoi pensait-il maintenant à elle? Voilà très longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus, mais habituellement, cela ne le poussait pas vraiment à davantage d'action. Seulement ce soir, il aurait voulu être dans ses bras, voir son visage, comploter avec elle. Pouvait-il dire qu'elle lui manquait? Possiblement. Il n'arrivait pas à se l'enlever de la tête présentement. Après tout, dans leur univers restreint de Versailles, elle était la seule avec laquelle il pouvait prétendre une quelconque amitié.

Enfilant son chapeau, que Mollie, la tenancière, lui tendait, après l'avoir salué, il sortit de la maison de débauche et alla chercher son cheval à l'écurie. Il donna une piécette à Sébastien, petit adolescent de Paris qu'employait Mollie et qui avait la stricte interdiction d'entrer dans la maison, ce qui était pourtant son plus grand rêve. Il arrivait souvent que Nicolas s'assoie avec lui et lui raconte des histoires qui n'auraient certainement pas convenu à toutes les oreilles. Nicolas monta donc sur son cheval et le lança vers l'hôtel de la jeune demoiselle de ses pensées. Pour l'instant, il n'avait pas pensé à l'éventuelle possibilité de raconter des histoires salaces à son jeune admirateur. Il n’avait qu’une seule idée en tête ; c’était d’aller rôder du côté du quai des Théatins, rive gauche, afin de veiller devant l’hôtel de sa belle. Étrangement, alors que le vent froid de la nuit fouettait son visage blessé, il ressentit un furieux besoin de la voir maintenant. L’idée qu’elle ne fut pas à son hôtel ne lui passa même pas par la tête. Maintenant ce que Nicolas de Ruzé voulait, c’était avoir sa maîtresse dans ses bras. C’était de posséder la seule qui arrivait à l’émouvoir, à lui faire violence grâce à leurs sentiments, la seule qui le comprenait, la seule qui était digne de son attention. Car, c’était possiblement pour cette raison qu’ils s’étaient plu tous les deux ; ils aimaient trop leur propre personne pour en aimer un autre. Mais forcément, lorsqu’on tombe sur une copie conforme de nous-mêmes que nous adorons tant, on ne peut qu’adorer cette même personne, qui est notre miroir.

Poussant sa monture, Nicolas se pressait, comme s’il était en retard, mais il devait s’avouer qu’une certaine envie lui serrait le cœur. Une hâte aussi. Il n’était pourtant pas capable de réellement la définir, mais il se sentait plus vivant lorsque l’hôtel de Bouillon fut enfin en vue. Encore illuminé ! Laissant son cheval dans la rue des Saint-Pères, Nicolas marcha discrètement dans la rue, regardant la belle demeure au-delà des clôtures de fer. Ses hautes bottes de mousquetaires résonnaient sur le sol alors que son épée cliquetait à sa taille. Passant les clôtures, Nicolas se rapprocha de l’hôtel et en fit vivement le tour. Son coeur battait vite, accéléré par la présente de la demoiselle de ses pensées. Il se voyait à dix-sept ans, espionnant les jeunes filles d’un couvent en campagne parisienne avec ses copains de l’école militaire. C’était différent maintenant ; il était plus vieux, mousquetaire et possédait un charme indéniable qui faisait succomber bien des demoiselles. Rapidement, il repéra le salon ou son amante avait l’habitude de le faire attendre ou de l’accueillir. La chance était de son côté, se dit-il, alors qu’il remarqua qu’elle était légèrement ouverte.

Avec un sourire mesquin de garnement, creusant une fossette dans sa joue, Nicolas leva la fenêtre et s’infiltra dans la pièce, dans ce petit salon féminin, précieux écrin de nuits délicieuses. Les yeux de mousquetaires de Nicolas eurent tôt fait de remarquer quelques détails précisant la continuité de la soirée. Sur une desserte, étaient posés une théière fumante et des petits gâteaux. Satisfait, Nicolas s’assit dans un fauteuil et regarda distraitement les toiles accrochées au mur. Visiblement, la jeune femme avait les mêmes goûts sûrs que son oncle. Tournant la tête, Nicolas s’aperçut que les chandelles étaient neuves. Définitivement, son amante viendrait bientôt, mais la question était plutôt viendrait-elle seule ou accompagnée ?
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Marie-Anne Mancini

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Côté Lit: Les nombreux billets que vous m'adressez!
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MessageSujet: Re: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime11.03.10 14:00

-Léonore, veillez à changer ces chandelles pour l’amour du ciel ! Voilà la troisième fois que je vous le signale, ouvrez les yeux !

Marie-Anne de Bouillon claqua la porte de son petit salon, faisant virevolter sa longue robe de chambre derrière elle, sans plus prêter attention à la jeune servante, qui, les jours rougies, avait baissé la tête plus qu’il ne fallait.
Elle releva la tête, le regard noir en direction de la porte, et arrangea sa coiffe d’un geste rageur, marmonnant entre ses dents.

-Maudite manchine…fais les yeux doux à ton mari, pendant que tes esprits vont ailleurs… tu es pire que ton oncle, puisse-tu le rejoindre dans la tombe !

-LEONORE !

La jeune fille tourna vivement la tête, lâchant son épingle qu’elle tenait entre ses dents. Une femme d’âge plus mûr venait de faire irruption, tenant dans ses mains deux bougies immaculées.

-Je t’ai dis de ne pas parler comme ça de notre maîtresse, et surtout pas en ces lieux ! Estime-toi heureuse qu’elle te garde encore ici, après toutes tes bévues !

-Suzanne, tu sais que je préférerais être à son ennemie Longueville qu’à cette maudite italienne.

-Ah ! Tu dis cela pour les beaux yeux de son frère, mais méfie-toi, Léonore, les filles comme toi ne sont pas son genre, et tu parles beaucoup trop. Encore un mot contre madame la duchesse, je t’assure que je te prends moi-même par le col, et te jette dehors de mes propres mains !

Léonore fixa avec dédain le doigt pointé de la camériste, son léger sourire narquois s’effaçant cependant sous la menace. Elle savait la femme capable de la mettre à exécution. Le regard aigre, elle attrapa sans mot dire les bougies, alors que Suzanne se redressait, ne lâchant pas d’une semelle la jeune fille.

-Maintenant laisse-moi, je dois mettre de l’ordre, madame la duchesse reçoit sa sœur, madame de Soisson, ce soir. Hors de ma vue, Léonore.

La jeune femme lança à nouveau un regard assassin à Suzanne, et déguerpit sans mot dire, claquant derrière la porte de service. Seule, la camériste soupira, secouant pensivement la tête, alors que la porte s’ouvrit à nouveau, laissant entrer la maîtresse des lieux.
Marie-Anne sourit poliment à sa femme de chambre. Elle savait la vieille femme entièrement à son service, cachant le moindre de ses secrets, réalisant ses caprices les plus fous. Elle savait l’en remercier comme il le fallait, tant son aide était inestimable.
Elle posa sur la table une brosse en ivoire ouvragée, démêlant ses longs cheveux qui tombaient en cascade sur ses épaules, et s’avança de quelques pas vers Suzanne qui restait inclinée.

-Allons, Suzanne, devant moi, seules, vous savez que vous n’y êtes pas obligée ! Relevez-vous, je vous prie ! Elle engloba la pièce du regard, un sourire satisfait effleurant ses lèvres rouges. Est-ce l’œuvre de Léonore, ces chandelles, Suzanne ?

-En effet, madame.

-Alors pourquoi ces bougies usagées dans la poche de votre tablier ?

Suzanne releva la tête, et posa un regard gêné sur la jeune femme, qui ne pu s’empêcher de sourire.

-Ne protégez pas autant Léonore, Suzanne. Je sais ce qu’elle dit de moi, et si je l’avais souhaité, elle aurait quitté depuis longtemps mon service. C’est une jeune fille trop intelligente, cependant, veillez à la museler lorsqu’il le faut.

Malgré le ton aimable que Marie-Anne avait employé, une pointe de dédain avait ponctué sa phrase, laissant parler la rancœur de la jeune femme envers la servante. La duchesse avait marché quelques pas, observant distraitement son reflet dans le miroir. Elle retourna ses yeux sur Suzanne.

-Je vous sais assez sage pour garder ces informations pour vous, Suzanne. Et je vous suis reconnaissante de ne pas avoir alerté en premier lieu mon mari, lors de ce léger malaise hier.
Je ne vous cacherais donc pas cette information, qui sera bientôt connue de tous.
Elle détourna ses yeux pour contempler à nouveau sa coiffure, qu’elle lissait doucement. Comme vos soupçons vous l’ont soufflé, j’attends en effet un autre enfant de monsieur le duc. Mais cela n’interférera en rien dans mes projets, soyez-en certaine.

La jeune femme parlait plus à son propre reflet qu’à sa servante. Non, aucun projet ne saurait être remis à cause de son nouvel état, et tant qu’elle le pourrait, elle saurait le cacher aux yeux de la cour. Elle ne fuirait pas, et profiterait pleinement de ses dernières semaines de liberté. Un sourire entendu lui répondit dans la glace, alors que ses yeux prenaient une teinte sombre, laissant passer les idées qu’elle s’efforçait de cacher à son entourage. Des noms, des visages lui venaient à l’esprit, et ses plans les concernant ne sauraient être mis au ban de son imagination. Ce Gonzague perdrait Nevers, Longueville paierait pour ses attaques continuelles, et tout ces autres, aussi détestables les uns que les autres, ne profiteraient de son absence.

Une ombre passa sur son visage, alors que le visage de Godefroy apparaissait à son esprit. Il était le seul qu’elle ne pouvait toucher, le seul qu’elle ne voulait blesser. Son affection pour lui devait rester de l’affection, et la peur qu’elle ne se mue en une attirance plus forte la faisait reléguer les instants en sa compagnie, au second plan de ses projets. Cet enfant venait bien trop tôt après le précédent…comment avait-elle pu se laisser ainsi attirer, et apprécier plus qu’il ne fallait ces moments plus…intimes ?
Elle se mordit doucement la lèvre inférieure, alors qu’instinctivement, ses pensées avaient conduit sa main à son ventre. Elle fixa son propre regard dans la glace, alors qu’elle lança tout haut ce qui la préoccupait.

-Ressaisi-toi, Maria-Ana !

Elle leva la tête, les yeux flamboyants et admira son reflet. Elle se plaisait. Rien ne pourrait faire oublier à la cour toute la beauté de sa jeunesse. Elle aimait son regard vert, sa bouche sensuelle, son teint pâle. Elle aimait ses cheveux noirs qui tombaient autours de ses épaules fines. Elle aimait à penser que d’autres pouvaient autant la désirer.
Elle tourna soudainement la tête vers Suzanne, qui arrangeait un petit plateau, sur lequel étaient posées deux petites tasses à thé. La théière fumait déjà, et Marie-Anne observa distraitement la petite vaisselle.

-Suzanne, je vais passer une tenue plus convenable pour accueillir ma sœur. Veillez entretemps, à ce que ce petit salon soit parfaitement présentable ! Vous connaissez les goûts d’Olympe !

Elle tourna les talons vers la porte du salon, entraînant à sa suite sa longue robe de chambre rose, alors que Suzanne, quittant à son tour la pièce, laissait le salon dans le silence le plus total.




-SUZANNE !

La voix de la duchesse de Bouillon avait résonné dans la petite pièce laissée vide…ou presque.
La porte s’ouvrit à la volée, laissant apparaître Marie-Anne, une robe d’un bleu foncée éclaircissant son teint d’albâtre, ses cheveux, à peine peignés volant autours de son visage naturellement fardé, alors qu’elle se retournait pour claquer la porte.

-Ma sœur ne peut se déplacer, et elle ne me prévient que mainte….

Marie-Anne s’était enfin retournée, et sa voix exaspérée s’était tue d’un seul coup, à la vue de l’homme, nonchalamment installé sur le fauteuil au tissu de Damas. Ses yeux s’éclaircirent soudainement, alors que ses lèvres s’étirèrent en un sourire surpris, qu’elle cacha derrière sa main fine, tant l’étonnement, devant cette apparition, était total.
Un léger silence envahit la pièce, alors qu’elle détaillait avec un regard de désir l’homme qui se tenait en face d’elle, un léger frisson la parcouru lorsqu’elle le dévisagea. Lui seul pouvait lui faire ressentir autant d’envie. Lui seul, avec ce regard pétillant, son sourire narquois, semblait l’appeler bien plus que les amants qu’elle avait pu avoir.

Lui seul, lorsqu’elle sentait son odeur, lui donnait ce plaisir, lui seul la rendait presque esclave d’un sentiment que pourtant elle récusait. Il était si proche d’elle, si semblable, qu’elle n’arrivait à le rejeter, et ne pouvait que se laisser aller dans ses bras, s’abandonnant le temps d’une nuit.
Il était celui qui forçait ses barrière, mais celui en qui elle trouvait un cerveau qui complétait le sien.
Elle savait, alors qu’elle posa sur la console le petit billet de sa sœur, qu’il était celui qu’elle attendait, sans qu’elle ne puisse se l’avouer. Son sourire s’élargit alors qu’elle s’approchait de lui, ne sachant s’il fallait craindre sa présence, le renvoyer, ou le garder encore plus près d’elle. Mais jamais elle ne montrait ce qu’elle désirait en lui. Il savait parfaitement combler ses souhaits, sans qu’elle n’eu à le lui expliquer. Elle s’avança, ressaisie de sa surprise, l’air faussement hautain, sans qu’elle ne puise camoufler le plaisir qu’elle avait de le voir ici, si proche d’elle.

-Je venais justement recevoir l’annulation de la visite de ma sœur, monsieur le mousquetaire.

Un sourire enjôleur avait étiré ses lèvres sensuelles, alors que son regard fixait celui du jeune homme. Elle s’était approché de lui, et se penchant, les bras appuyés sur l’accoudoir du fauteuil, colla presque sa bouche à l’oreille de l’homme, frôlant sa joue de ses doigts fins. Elle ne pouvait échapper à l’odeur d’alcool, qui au lieu de la repousser, l’enivra doucement. Elle continua dans un murmure.

-Je ne peux que succomber à autant de folie ! Surprenez-moi encore, rusé mousquetaire !

Elle se redressa, mais la vue des ecchymoses sur ce visage qu’elle aimait tant observer lui fronça les sourcils, et elle se mordit légèrement la lèvre, passant d’un geste presque tendre sa main sur les marques.

-Vous vous êtes encore battu, Ruzé. Dois-je vous gronder, où êtes-vous ici pour obtenir pénitence de votre si longue absence ?

Marie-Anne se releva, et détourna la tête vers la petite table, sur laquelle elle saisit un petit gâteau. Lentement, elle pivota, et s’installa, de cette façon hautaine qu’elle possédait, dans le second fauteuil, faisant face au mousquetaire. Elle ne pouvait quitter des yeux cet homme pour qui elle refusait de se laisser aller. Il faisait d’elle une femme, et non cette jeune fille mariée trop jeune, que d’autres dédaignaient. Il lui donnait une raison d’agir selon sa conscience, et non selon ce qu’elle était. Personne d’autre que lui ne pouvait lui donner autant de pouvoir.

-Ou peut-être êtes-vous ici pour m'arracher à des délices si futiles qu'ils me déplaisent?

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MessageSujet: Re: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime12.03.10 17:52

Nicolas de Ruzé se mit à ronger ses ongles déjà courts. Dans l’attente, il ne savait pas quoi faire d’autre. Il aurait pu observer la pièce avec ses murs vieux rose lambrissés de dorures, avec son grand foyer de marbre, ses petits meubles délicats, typiquement féminins, et les bouquets de fleurs qui donnaient à la pièce une élégante touche campagnarde. Mais avec les nombreuses heures qu’il avait passées ici, pas besoin de le faire. Il connaissait cet environnement par cœur et rien ne lui donnait de l’examiner davantage. Au contraire, cela ne ferait que rendre l’attente plus pénible, car il se souviendrait de tous les moments qu’il avait passés ici. Avec Marie-Anne. Marie-Anne, sa chère et précieuse Marie-Anne. Alors qu’il commençait à attaquer ses cuticules, il pensait à sa belle amante. Il devait s’avouer qu’elle était unique. Dans toute sa vie, aucune autre femme n’avait su se l’attacher aussi bien qu’il ne l’avait fait. Pouvait-il dire qu’il en était amoureux? Il ne pouvait pas le dire, car il n’avait jamais éprouvé ce genre de sentiment, s’en étant toujours moqué. C’était peut-être cela qui était dangereux. Car Nicolas de Ruzé ne connaissait pas l’amour. Il n’avait jamais compris le sens de ce mot. Comment un homme pouvait-il s’attacher à une seule femme quand des milliers d’autres étaient à sa portée ? Parce qu’il l’aimait ? Idiote raison d’un homme sans esprit, pensait-il. Au charmant âge de 16 ans, les jeunes filles rêvent d’amour comme leurs contraires rêvent de gloire et de richesse. Ils ne comprennent l’amour que quand celui-ci les prend prisonniers sans aucun avertissement. Les filles, elles, y ont tant pensé qu’elles ne sont guère si surprises lorsqu’il cogne à leur porte, si ce n’est que par l’aspect peu séduisant que celui-ci a pris. Car une chose était certaine. À rêver, à songer, à vivre d’amour sans le connaître, les demoiselles en sont toujours déçues. À ne pas y penser, le ridiculisant et le méprisant, les jeunes hommes sont toujours surpris par sa puissance et sa folie.

L’amour pouvait mettre bien des cœurs et des corps en flammes, mais Nicolas de Ruzé ne connaissait pas encore ce phénomène. Cependant, il croyait et savait dans son innocence qu’il n’était pas amoureux de Marie-Anne. Était-ce une faute de croire cela ? Il n’en savait rien. Pourquoi devait-il tant penser à elle ? Non, il n’en était pas amoureux. Sinon il aurait voulu être toujours à ses côtés. Il le voulait peut-être, mais elle ne lui était pas vitale. Lorsque Nicolas voyait ses couples fiancés collés un à l’autre se jurant l’amour éternel, il riait sous cape. Non définitivement, cela était un sentiment stupide. Ce que partageaient Marie-Anne et lui était davantage. C’était une complicité devant les mener vers un but commun. Ils étaient soudés par l’ambition et non par de sentiments mielleux. C’était davantage une chance s’ils s’étaient bien entendus et avaient plongé leurs relations plus loin.

Alors qu’il réfléchissait à la nature de ses sentiments, la porte s’ouvrit vivement, en même temps qu’un cri fut lancé. Dans cet éclat de voix, Nicolas reconnut toute la nature impétueuse de son amante. Il la regarda avec un regard mesquin, mais ébloui. Qu’elle était belle, cette jeunette! Car, il devait tout de même s’avouer qu’ils avaient dix ans de différence. Mais rien n’y paraissait; l’air gamin de Nicolas le rajeunissait, alors que l’ambition et la détermination des yeux de Marie-Anne la faisaient paraître plus mature que son jeune âge. Alors qu’elle s’adressait à sa servante, elle se retourna et prit enfin connaissance de sa présence. Le sourire de Nicolas s’agrandit. Il devait confesser qu’il redoutait un peu la réaction de Marie-Anne. Et si jamais, elle était fâchée de le voir là? Mais ce ne fut pas ce qui se passa. Au contraire, Nicolas eut pu dire qu’elle semblait assez contente de le voir. Il n’osa pas parler. Il préférait la regarder, elle et ses yeux magnifiques, elle et sa bouche si mignonne, si gourmande. Elle lui sourit, il fut sous le charme. Devait-il comprendre que si son cœur battait plus rapidement, c’était à cause de sa présence? C’était certainement le désir qu’il avait d’elle. Oui, car s’il était un habitué de la maison de Mollie, Marie-Anne restait un trésor, lui offrant toutes sortes de plaisir qu’elle semblait inventer que pour lui. Et il en était fou! Elle s’avança, lui sourit et lui annonça l’annulation de la visite d’Hortense, la femme d’Armand-Charles, le cousin de Nicolas. En effet, Marie-Anne et Nicolas étaient liés par la famille, autrement que par leur corps. Armand-Charles, avec qui avait été élevé le mousquetaire après la mort de son père, avait été marié à une nièce de Mazarin. De cette alliance prestigieuse et controversée, Nicolas héritait d’une foulée de magnifiques belles-cousines, dont faisait partie Marie-Anne, la plus jeune et très jolie Mazarine.

Marie-Anne s’approcha et se pencha vers lui. Nicolas regarda ses yeux magnifiques, se retourna légèrement afin de plonger sa main dans le magnifique ornement qu’était la chevelure noire de la jeune femme. Il sentit la chaleur de son souffle contre sa peau. Cela ne fit qu’empirer son envie d’elle.

-Je ne peux que succomber à autant de folie ! Surprenez-moi encore, rusé mousquetaire !

Nicolas eut un sourire narquois à ce joli petit mot d’esprit et se retourna brusquement dans son fauteuil afin d’embrasser Marie-Anne, mais ses côtes lui tirèrent un gémissement douloureux. Une nouvelle toux le prit et il sentit le goût âcre du sang dans sa bouche. Il tenta de ravaler le liquide rouge pour ne pas dégoûter Marie-Anne, mais cette dernière fut presque tendre à son égard. Passant sa main sur son visage contusionné, elle le gronda.

-Je me bats toujours, Mademoiselle. Je suis mousquetaire.

Il lui jeta un regard entendu.

-Grondez-moi tant que vous le souhaitez, tant que vous m’embrassiez avant de le faire. Vos lèvres me manquent, ma Divine, ma précieuse.

Nicolas se leva vivement, ce qui lui tira une nouvelle grimace. Il espérait seulement qu’il n’eût pas une côte brisée. Non, cela aurait été plus douloureux. Peut-être fêlée tout au plus. Malgré que l’alcool endormait sa douleur. Il tenta de s’avancer vers Marie-Anne, mais il se résigna. Il devait faire pénitence avant d’approcher.

-Je sais. Mais depuis que votre mari est revenu à Paris, je dois vous avouer que je me sens légèrement coupable de lui voler ainsi un si sublime trésor. Mes fonctions de garde du corps sont encore plus douloureuses que je dois protéger votre délicieux corps, sans jamais en jouir. Cela est souffrant, Mademoiselle. Si seulement vous saviez !

Alors qu’il s’était levé, Marie-Anne prit un gâteau et s’assit. Nicolas sourit et avec des gestes d’une douceur qui le surprirent lui-même, lui servit une tasse de thé. S’approchant d’elle, il s’agenouilla à ses pieds, lui tendant la porcelaine. Lorsqu’il en fut débarrassé, il s’empressa de baiser le rebord de la robe bleu nuit de la jeune femme.

-Pardonnez-moi, ma Reine, d’avoir été un mauvais chevalier.

De ses grandes mains, il retira délicatement les pantoufles de satin des pieds fins et étroits de son amante. Avec dévotion, il les baisa, les élevant contre lui-même. Le mousquetaire sentait la peau sur laquelle ses lèvres murmuraient des mots incongrus. Une délicieuse odeur de fleurs remplissait son esprit. Il en sentait les frissons. Audacieux, il souleva la jambe et laissa glisser sa bouche jusqu’aux exquis mollets galbés. Ses yeux fermés, il se délecta de ce petit moment d’intimité qui ne dura pas longtemps.

Mesquin, Nicolas recula son visage, remit le pied dans la pantoufle et dans un geste aussi tendre qu’il était salace, fit glisser la robe sur la jambe. Puis, il retourna s’asseoir dans son fauteuil avec une mine satisfaite. Sa main gauche s’éleva jusqu’à son sourcil pour être certain qu’il avait arrêté de saigner, puis alla fourrager dans ses courtes mèches du plus beau des châtains roux.

-Votre mari, Mademoiselle ? Ou est-il ?

Il sortit du fauteuil, mais ce ne fut que pour prendre un gâteau dans lequel il mordit. Le sucre de la pâtisserie lui rappela le goût du corps de sa divine Marie-Anne, qu’il couvrit d’un regard rempli de sous-entendus.

-Car, pour vous enlever de ses délices futiles dont vous vous plaignez, il faudrait que nous nous fuyions.

Nouveau sourire, étirant une parenthèse dans la joue gauche de Nicolas. Ce dernier savait pertinemment qu’une bonne partie de son charme y résidait.

-J’ai envie de vous coucher dans un lit et de vous couvrir de lilas, magnifique demoiselle.

Par contre, une nervosité prit le mousquetaire. C’était ce qu’il aimait de Marie-Anne Mancini ; il ne pouvait jamais prévoir comment elle allait réagir. Il ne savait jamais ou était la ligne à ne jamais dépasser. Ah ! Cette jeune fille, à peine sortie de l’adolescence, rendue encore plus belle par ce changement ! Marie-Anne Mancini, puisqu’il ne pouvait se résoudre à l’appeler Marie-Anne de la Tour d’Auvergne. Car lorsqu’il le faisait, elle ne lui appartenait plus et il détestait cela. Il aimait la posséder !
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Marie-Anne Mancini

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MessageSujet: Re: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime13.03.10 0:01

Comme elle aimait cette main qui fourrageait tendrement dans ses cheveux ! Elle aurait pu si facilement succomber, mais le jeu eut été trop facile, et malgré le léger frisson qui la parcouru à nouveau, elle garda toute sa raison. Elle savait qu’il ne lui en tiendrait jamais rigueur.
Sa présence lui avait fait oublier l’endroit où elle se trouvait, et la présence, si dangereuse, de son mari non loin de là. Elle ne pouvait que plonger son regard dans le sien, où se mêlait ce petit air mutin et enjôleur.

-Grondez-moi tant que vous le souhaitez, tant que vous m’embrassiez avant de le faire. Vos lèvres me manquent, ma Divine, ma précieuse.

Elle observa silencieusement son visage, où se lisait un monde si différent du sien. Elle trouvait en Nicolas le danger, et tout ce qu’elle n’avait pas ici. Elle retrouvait avec lui une innocence qu’elle avait eut à Rome, et toute cette attention dont elle avait été comblée auparavant. Mais elle aimait savoir qu’elle était maîtresse de la situation, et que sans elle, sans ses propres désirs, elle le ferait encore attendre, avant qu’il ne puisse atteindre son propre but.
Son regard s’arrêta de parcourir ce visage rebelle, lorsqu’elle le vit tiré sous une évidente douleur.

Avec un sourire presque maternel, comme pour lui faire passer cette douleur, elle ne répondit rien, bien que les mots avaient fait battre son coeur un peu plus fort. Elle caressa à nouveau sa joue, et posa ses lèvres sur cette fossette qui lui plaisait tant, évitant les lèvres de Nicolas, qui l’attiraient trop pour qu’elle puisse y succomber à l’instant. Elle voulait le faire languir, comme pour laisser monter en elle ce désir encore inassouvi.

-Vous embrasser, maintenant, alors que je n’ai eu aucune nouvelle de vous depuis de longs mois ?

Elle lui lança une légère moue, bien que les raisons de cette absence fussent trop évidentes. Sa réponse lui renvoya une image de la réalité qu’elle n’attendait pas à cet instant. Son premier enfant, né quelques mois plus tôt…ces mois loin de la cour, loin de Versailles et de ses plaisirs. Et maintenant, cet ultimatum qui lui était à nouveau lancé. Combien de temps allait-elle encore pouvoir profiter de ces instants de liberté ?
Elle ne lui dirait rien. Il était trop tôt, et si ses desseins ce soir étaient évidents, elle ne voulait gâcher cette soirée de plaisirs, peut-être charnels, qui s’offrait à elle.

-Et sans vous, si loin de la cour, combien ces mois ont-il été des supplices partagés, mon bel ami. Mais nous voici réuni, grâce à votre fougue…et vous savez combien je l’aime, cette fougue !

Elle devait en profiter, et sa conscience ne pouvait avoir sa place ce soir. Nicolas de Ruzé. Il lui donnait tout ce pouvoir dont elle manquait avec son mari. Il la rendait indispensable, et lorsqu’elle le vit, à ses pieds, ôtant délicatement sa pantoufle, elle ne pu que maudire ces femmes qui se prétendaient à l’égal des hommes.
Non. En cet instant, elle se savait seule maîtresse de la situation. Elle savait qu’en fermant ce boudoir à clef, en renvoyant Suzanne qui ne devait guetter très loin, elle pourrait se donner entièrement à lui. Mais elle ne le voulait pas. Elle savait ce qu’il désirait, et ce qu’elle-même désirait. Et elle réfrénait ses propres envies pour ne point sombrer dans une situation qu’elle ne prévoyait en cet instant.

-Pardonnez-moi, ma Reine, d’avoir été un mauvais chevalier.

Même ces lèvres glissant sur ses pieds, faisant monter en elle ce frisson qu’elle ne pouvait contenir, même ces mains si douces effleurant sa peau…rien ne pouvait briser sa raison, malgré toutes les contradictions que son corps opposait.
Elle leva doucement sa jambe, guidée par ces mains qui la chatouillaient tendrement, et posant la tasse qui lui avait tendu, remonta son pied sur la joue de Nicolas, caressant doucement sa peau.
Son regard brûlait de désir malgré toute sa retenue, et son sourire narquois répondit à son amant.

-Un bien mauvais chevalier, certes, mais je vous pardonne volontiers, je sais que vous saurez vous rattraper avec autant d’éclat que vos coups d’épée.

Elle sentit alors sa bouche si tendre remonter le long de sa jambe, la faisant frissonner de l’échine au bas du ventre, alors que les grandes mains de son amant glissaient sur son mollet, remontant doucement sa robe sur son genou. Il devait continuer, remonter plus haut, venir contre elle, continuer encore…

Malgré sa raison, tout son corps frémissait, attendant qu’il poursuive, qu’il s’approche un peu plus d’elle, et qu’il fasse glisser ses mains un peu plus loin.
Mais si elle pensait pouvoir jouer ainsi plus longtemps, la déception emporta avec elle toutes ces sensations, lorsque le parfum alcoolisé, mêlé au tabac et à d’autres effluves qu’elle ne connaissait plus, s’éloignait soudainement d’elle, la laissant comme esseulée sur son fauteuil.

Elle rouvrit ses yeux qu’elle avait fermés pendant ce court instant, posant sur Nicolas un regard de reproche. La surprise de cette douceur brisée si promptement l’avait ramenée sur terre, et elle fixait à présent le mousquetaire qui lui faisait face. Il s’était joué d’elle cette fois-ci, et d’un geste silencieux, elle ramena l’étoffe de sa robe sur ses jambes, reposant ses bras sur les accoudoirs de son fauteuil.

Elle haussa le sourcil de son petit air dédaigneux, mais devant ce visage de garnement de Nicolas, elle ne pu s’empêcher de sourire imperceptiblement. Il l’avait surprise, et elle ne pouvait s’en plaindre.
Marie-Anne l’observa un court instant sans mot dire, ses lèvres s’étirant à la pensée de son mari.
Une lueur malicieuse brilla dans son regard, lorsqu’elle le posa sur sa bouche charnue qu’elle ne voulait qu’embrasser.
Elle aimait qu’il l’appelle mademoiselle. Nicolas l’éloignait sans cesse de la réalité, la ramenant parfois dans un passé qui lui semblait si lointain.
Elle ne remua pas, et attrapa silencieusement une cuiller, qu’elle fit tourner doucement dans sa tasse, détournant son regard de Nicolas de Ruzé.

-Mon mari ? Occupé à ses fonctions, je crois. Mais à l’hôtel.

Il s’était levé, et pendant une courte seconde, elle cru qu’il s’approchait d’elle pour continuer ce qu’il avait entreprit, mais il ne prit pas sa main dans la sienne, ni ses pieds, ni même son visage. Il avait cette insolence, qu’elle aimait finalement tant, de se détourner d’elle lorsqu’elle avait le plus envie de lui.
Mais n’agissait-elle pas de la même manière ? Elle observa, souriant tendrement, la fossette qui avait malicieusement creusé sa joue. Elle se retint de l’attirer à lui, et de poser ses lèvres sur cette petite fossette dont elle ne pouvait se lasser. Elle posa délicatement ses doigts sur ce petit creux, lui répondant d’une voix teintée de fausse surprise.

-Fuir ? Comme cela est excitant, mon adorable mousquetaire !

Elle l’observa en silence, ramenant sensuellement sa lèvre inférieur contre ses dents blanches, et lui rendit un sourire gourmand.

-J’ai envie de vous coucher dans un lit et de vous couvrir de lilas, magnifique demoiselle.

Comment pouvait-elle résister à cela ? Son charme, ses paroles, cette soumission à une femme pourtant si jeune, et sa propre soumission, à elle, face à cet homme qui était pourtant à mille lieues de sa cage dorée.
Doucement, elle posa ses mains sur les accoudoirs, et se leva, se rapprochant de Nicolas de Ruzé. Deux pas lui suffisaient pour se coller à lui, deux pas qu’elle fit lentement, sans lâcher le regard du jeune homme.
Elle sentait son odeur, si proche d’elle, et tout le désir qu’il ressentait. Son cœur ne pouvait battre plus fort face à cette idée de braver l’interdit. Cette sensation de croquer dans le fruit défendu l’excitait plus que toute autre chose, mais elle se faisait elle-même languir, résistant à ce doux frissons qui courrait en elle.
Marie-Anne posa ses mains sur le torse viril de l’homme, sentant sous ses doigts fins, au travers de l’étoffe, les muscles qui saillaient.

-Et je veux que vous me couvriez de lilas, magnifique soldat…plus encore si vos lilas ont le goût de vos baisers.

Elle leva vers lui un visage doux, où l’on pouvait y lire tout le désir qu’elle avait d’aller au plus près de ses traits. Elle fit glisser doucement sa main de son torse à son cou, posant délicatement ses lèvres sur sa joue, embrassant celui qui avait tant manqué à sa liberté. Ses lèvres vinrent trouver celles, si pleines, si douces de Nicolas, alors qu’elle y déposa un doux baiser.

Mais elle ne voulait s’y attarder. Rien ne la ferait céder si rapidement, et donner si facilement ce plaisir de l’embrasser encore eut été briser ce jeu dont l’un et l’autre tentait de prendre la main.
Elle susurra quelques mots à son oreille, sans retirer sa main qui caressait ce visage qu’elle ne voulait quitter.

-Oui…enfuyons-nous ce soir. Nous avons tant à nous dire, et tant de choses à rattraper !

Elle se recula, ramenant à nouveau sa lèvre inférieure. L’idée de quitter avec son amant cet endroit était tellement….romanesque, que l’esprit littéraire de Marie-Anne ne pouvait qu’y succomber.

-Mon mari ne trouvera aucune objection à ce que le cousin de ma pauvre sœur Hortense puisse venir m’avertir d’une situation des plus désagréables.

Lui-même déteste les manières de ce Meilleraye…nous pourrons ainsi nous retrouver seuls, sans aucune crainte d’être dérangés.


Elle s’approcha à nouveau de lui, ses lèvres dessinant un sourire mutin, alors que ses mains caressaient à nouveau son torse qu’elle imaginait sous des draps qu’ils avaient partagés. Combien aurait-elle donné pour vivre à nouveau ces instants ?! Mais elle ne pouvait s’y résoudre ; pas ce soir. Pas non plus dans les mois qui viendraient.

Elle retira ses mains, observant distraitement le corps de cet homme que le sien désirait tant. Une lueur de regret avait pénétré son regard qu’elle préféra baisser. Inutile de gâcher cet instant, et cette soirée qu’elle avait si longtemps espérée.
Marie-Anne se détourna de lui, en attrapant l’une de ses mains dans ses doigts fins, observant leur reflet dans le miroir. Ses yeux avait repris cette lueur d’amusement, mais sa voix les avait ramené à la réalité.

-Ma servante est aussi muette qu’une tombe, elle transmettra à mon mari que j’ai du rejoindre ma pauvre sœur Hortense à son hôtel. La malheureuse a encore fui son irascible mari.

Cependant, si quelqu’un vous voit ici, mon bel ami, nous courrons à notre perte. Soyez discret, je devrais prendre une petite voiture, et pourrais vous retrouver dans la rue des Saints-Pères. Est-ce là que vous avez laissé votre pauvre monture, comme d’ordinaire ?


Elle se retourna, lui lança un regard amusé, mais lâcha sa main, et s’éloigna de lui, prête à sortir.
Elle posa sur lui comme un dernier regard malicieux et traduisant tout le désir qu’elle avait de lui, posant un doigt sur ses lèvres roses.

-Ne faites pas de bêtises en mon absence, je tiens à vous retrouver en un seul morceau !

Elle avait entr’ouvert la porte, et s’échappa sans bruit hors de la pièce, le cœur battant à l’idée de cette virée nocturne.
Nicolas, contrairement aux autres amants – si peu ! – qu’elle avait eu, lui donnait cette excitation qu’elle recherchait. Le danger s’immisçait entre eux, faisant cette liaison plus défendue qu’elle ne l’était déjà. Il n’était pas de ces courtisans qui vivaient à ses pieds. Il lui apportait cet air frais d’un autre monde qu’elle ne côtoyait plus, et ce piquant de braver les interdictions.

Ses esprits étaient déjà loin de Paris et de l’hôtel de Bouillon, alors qu’elle grimpait lestement les marches marbrées menant à ses appartements.

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MessageSujet: Re: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime16.03.10 3:58

Nicolas jeta un nouveau regard vers Marie-Anne, qui lui caressait le torse. Fermant les yeux, il voulut se laisser aller à ses doigts, à ses soins. Penchant sa tête vers l’arrière, il parvint presque dans un état second, mais sa délicieuse amante ne l’entendait pas ainsi. Elle parvint à lui faire ouvrir les yeux par sa voix. Elle sollicita ses baisers d’une façon charmante. Elle continua de promener ses mains fines sur sa peau, qui se couvrait de frissons inéluctables. Sa bouche s’entrouvrit, sans qu’il puisse s’en apercevoir. Marie-Anne avait le don de donner à son corps sa propre âme, indépendante de la sienne. Il n’arrivait pas à dire s’il aimait que son cerveau ait une telle volonté. Mais une chose était certaine, il aimait avoir son amante aussi proche de lui. Doucement, comme si elle en était gênée, elle l’embrassa, tendrement, furtivement. Sous ses lèvres, Nicolas ferma les yeux et se laissa absorber par l’érotisme furtif qui s’échappait de ce baiser, pourtant chaste. Mais, taquin, le visage de Marie-Anne s’éloigna et laissa le mousquetaire dans son fauteuil, alors que ses doigts restaient sur sa peau. Le souffle chaud de la jeune femme s’attarda près de son oreille, murmurant son accord pour leur fuite.

Nicolas se leva rapidement et jeta un regard vers elle, qui se mordait la lèvre dans un geste séduisant. Elle semblait adorer l’idée tout en la craignant. Il était vrai que Ruzé ne craignait rien. Si jamais ils se faisaient prendre, elle risquait davantage que lui. Il était mousquetaire et était bien capable de tuer cet impertinent de mari si jamais besoin était. D’ailleurs, il avait bien assez d’amis pour se protéger. Par contre, la jeune femme était prisonnière de ce sot jusqu’à sa mort. Si jamais de la Tour d’Auvergne devenait comme son cousin Armand-Charles et imposait à sa femme de multiples souffrances et humiliations, Nicolas ne pourrait le supporter, cela serait de sa faute! Cependant, c’était lui qui avait proposé l’idée et il se réjouissait déjà d’avoir le corps de Marie-Anne sous le sien. Alors qu’il voyait les formes à contre-jour de la jeune femme, il se demanda s’il aimait lui être soumis. Cela le surprenait presque de sa part.

Marie-Anne semblait pourtant avoir pensé à tout, déclarant une fable concernant sa soeur Hortense. Par son lien à la famille Mancini, Nicolas y semblait étrangement concerné. Cousin d’Hortense, amant de Marie-Anne, ami proche de Philippe et ancien compagnon de classe du décédé Alphonse, on aurait pu prétendre qu’il en faisait partie. Mais l’unique chose qui pouvait lui tenir réellement à coeur était l’amour de Marie-Anne. Mais la jeune femme l’inspirait tant qu’elle devinait ses envies. Se rapprochant de lui, elle le toucha encore. Son seul contact le faisait frissonner. Mais peut-être à cause de l’absence d’alcool dans son corps, elle fut bien plus rapide que lui pour expliquer leur fuite. Prévoyant les détails, elle le prévint de faire attention.

Dans son sourire moqueur, Nicolas y vit presque une prémonition de la nuit qu‘il passerait ensemble. Marie-Anne disparut du salon, alors qu’il ne lui restait qu’à attendre la demoiselle dans la rue des Saints-Pères. Pourtant, son esprit ne cessait de paniquer. Il était vrai qu’il était en faute, là. Oui, fuir avait été une bonne idée. Mais où devaient-ils fuir? Nicolas redoutait légèrement d’aller dans une autre demeure parisienne du couple Bouillon. Car si la servante de Marie-Anne était discrète, on ne pouvait pas s’assurer du silence des autres. Où pourrait-il amener son amante?

Alors qu’il y réfléchissait avec grande application, Nicolas repassa par la fenêtre et retomba lestement sur le sol de gazon presque givré par la nuit. En effet, c’était une chance qu’il ait réussi à trouver Marie-Anne dans ce salon. Elle aurait bien pu être dans sa chambre à l’étage et Nicolas n’aurait pu s’imaginer à monter contre le mur. Tandis qu’il retournait dans la rue, les cheveux fouettés par le vent, il marchait légèrement plus vite qu’il ne l’aurait dû. Peut-être pour trouver une idée. Mais son imagination et sa fougue eurent tôt fait de trouver une réponse. Un sourire satisfait prit ses lèvres. La hâte de toucher la peau de marbre de son amante fut plus forte que sa raison. Après un dernier regard à l’hôtel, il s’enfuit dans la nuit, rue des Saint-Pères.

Comme la chance était un élément légendaire dans la vie de Nicolas de Ruzé, il trouva une jeune femme près de son cheval. La maigre créature aux membres décharnés caressait l’encolure de la bête. Silencieux, le mousquetaire s’approcha d’elle et lui toucha l’épaule avec la pointe de son épée détachée de sa ceinture, encore dans son fourreau. La misérable sursauta, se retournant vers lui. Son regard effrayé devint vite mielleux dans son visage sale de poussière. Elle esquissa une révérence maladroite et fortement vulgaire.

-Monseigneur...

Nicolas, dans son esprit roué, trouva bien vite la manière dont tout se passerait.

-Peux-tu me rendre un service? lui demanda-t-il rapidement, sans réellement la regarder, la trouvant franchement dégoûtante dans sa saleté.

-Bien évidemment, monseigneur.

En lui répondant, la pauvre fille dénuda son épaule de ce torchon qui lui servait de robe. Nicolas détourna totalement la tête; les pauvresses le dégoûtaient, tout comme la saleté. Celle-ci était donc doublement répugnante. Peut-être aurait-elle pu être moins repoussante si ses cheveux n’étaient pas si gras et qu’elle n’était pas si affamée. Il voulut remonter le vêtement, mais n’osa pas la toucher.

-Non, non! Il ne s’agit pas de cela. Je veux seulement que tu portes un message.

Nicolas sortit une poignée de monnaie de sa bourse, la faisant miroiter dans la faible lueur qui les éclairait. Un éclat vif prit les yeux globuleux de l’adolescente. Elle tendit la main prestement vers Nicolas, qui s’éloigna tout aussi rapidement pour éviter les doigts crasseux de la fille.

-Tantôt, fillette! Tu vas attendre sagement ici. Tu vois l’hôtel du duc de Bouillon? Lorsqu’une voiture en sortira, tu l’arrêteras et tu demanderas à son occupante, une magnifique demoiselle de venir me rejoindre à l’hôtel blanc et bleu de la rue Notre Dame des Champs. Je donnerai l’argent au valet et quand la dame sera entrée et que tu auras marché tout ce chemin, tu auras toutes ces pièces. Compris?

La fille attirée par le métallique de l’argent acquiesça. Nicolas lui sourit et de son pied, l’écarta de son cheval, sur lequel il monta. Il ne douta même pas une seconde de la fidélité de cette pauvre âme. L’argent qu’il lui tendait pouvait bien lui servir à bien vivre pendant un mois et c’était une mission plus facile que de s’offrir aux gentilshommes; après tout, qui la voudrait sale et misérable comme elle était? Nicolas éperonna son cheval, filant jusqu’au bout de la Rue des Saints-Pères. Une ivresse folle montait en lui. L’idée du mensonge ne le dérangeait pas du tout; il voulait tant plaire à sa jeune amante. Traversant le boulevard d’Enfer, il arriva sur la rue Notre Dame des Champs. Retrouvant sans peine la maison indiquée à la mendiante, il donna son cheval au palefrenier devant le portail. Expliquant le salaire de la fille à cet homme, il glissa les pièces dans sa main. S’il en manquait, la pauvre s’arrangerait avec lui; Nicolas serait dans les bras d’une diablesse. Montant les marches du porche quatre à quatre, il entra dans la maison en toute hâte. Évidemment, un valet vint l’accueillir.

-Que puis-je faire pour monsieur de Ruzé? Le maître est absent.

-Oui, je sais bien, Gilles. Il m’a dit d’utiliser sa maison pendant qu’il était au front.

-Très bien, monsieur. Je vous prépare la chambre principale, alors?

-Oui, bien évidemment. Et rapidement, j’attends de la visite. Montez-moi des fruits, des pâtisseries et du vin, je vous prie.

Nicolas, étant comme chez lui, quitta le hall et monta les escaliers jusqu’à la penderie de Charles. Il se déshabilla rapidement, puis versa de l’eau dans le bac pour se laver rapidement, pour en effacer les traces de sang séché. L’alcool rendait son sang plus chaud, plus ardent. Il avait l’impression qu’un incendie parcourait ses veines, palpitant sous les blessures. Ses paupières papillonnèrent rapidement, alors qu’il jouait dans les vêtements de Charles. Fort heureusement, ils avaient la même taille. Nicolas repoussa ses vêtements sales de sang et puants d’alcool pour enfiler une simple chemise de lin blanche et des culottes noires, restant pieds nus. Fourrageant dans ses cheveux, amenant son épée, il retrouva la chambre des maîtres et regarda autour, tentant de trouver toute trace qui pouvait le trahir. Mais comme tout homme célibataire, Charles avait une chambre simple et masculine, où tout semblait martial et dur. Déposant son arme sur la commode, il s’assit en attendant la belle Marie-Anne. Quelle ruse avait-il trouvée! S’il avait été moins intelligent, il aurait loué une chambre dans une auberge. Cela parce qu’il ne possédait qu’un petit manoir en Auvergne et son lit au campement des mousquetaires à Versailles. C’était au moment où il se demandait si son amante apprécierait se coucher parmi les pauvres qu’il se rappela la dernière lettre de Charles. Il ne devait pas revenir avant la fin de l’été. Nicolas pourrait donc vivre de doux moments ici avec sa maîtresse jusqu’à ce qu’il revienne. Ses relations avec Charles étaient assez bonnes pour que son ami et lointain parent puisse lui pardonner cette intrusion.

Charles de Montgogué était le fils bâtard, mais légitimé de son oncle de la Porte, donc le demi-frère de son cousin Armand-Charles. Par contre puisque les liens entre Nicolas et son cousin étaient par la mère de ce dernier, étant donc sa tante, Montogué et Ruzé n’avaient aucun lien de sang. Pourtant, ils avaient joué bien des tours au délicat Armand-Charles. Leur amitié lui permettait de se sentir chez lui et pouvait donc y recevoir sa dulcinée.

Pendant qu’il réfléchissait à cela, Nicolas se demanda à la façon dont il devait attendre la douce Marie-Anne. Apprécierait-elle davantage de le retrouver nu entre les draps ou devant la cheminée avec un verre de vin? Encore une fois, la personnalité flamboyante de son amante le confondait. Pourtant, le fait qu’il fut en un morceau, comme elle le lui avait demandé aurait dû suffire à la rendre heureuse. Ah, il faudrait bien qu’il lui parle de certaines choses. S’il y pensait, bien entendu… Pourtant, Nicolas prévoyait déjà la défaillance de son esprit. Mais il n’eut guère le temps de bien y penser. Au loin les oreilles aiguisées du mousquetaire entendirent le bruit de la porte. Comme un adolescent, intenable, Nicolas se précipita au rez-de-chaussée, glissant sur la rampe du grand escalier. Ses pieds nus le rendant silencieux, il se présenta dans le hall et s’agenouilla devant la magnifique arrivante.

-Mademoiselle Mancini, votre présence m’a manqué pendant ses longues et terribles minutes. Si j’étais sans cervelle, je vous demanderais de ne jamais me quitter. Si j’étais sans morale, je vous enlèverais.
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Marie-Anne Mancini

« s i . v e r s a i l l e s »
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Âge : J'ai l'âge de toutes les passions et de toutes les rumeurs.
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MessageSujet: Re: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime22.03.10 22:46

La silhouette encapuchonnée de Marie-Anne avait descendu furtivement les marches de l’hôtel, et s’engouffra dans la petite voiture noire, utilisée lorsque la discrétion s’imposait. Elle rabattit d’un geste le rideau de velours masquant les armes du duché de Bouillon, et alors qu’elle s’installait, la voiture s’ébranla doucement, les sabots des chevaux résonnant sur le pavé.

Installée sur la banquette, l’esprit de Marie-Anne ne trouvait aucun repos. Son mari l’avait presque forcée à partir le plus rapidement possible, à l’annonce des malheurs de son infortunée belle-sœur. Un mince sourire se dessina sur les lèvres sensuelles de Marie-Anne. Combien de fois Hortense avait-elle été un prétexte à ses fuites ? Olympe la couvrirait ce soir, ainsi que sa cadette, si le duc devenait trop curieux à son encontre.
En plus d’Aubert, son cocher, elle se savait donc protégée de toute indiscrétion.

En se réchauffant les mains l’une contre l’autre, la jeune femme se rendit compte combien cette fraternité comptait à ses yeux. Toutes trois unies, rien ne semblait pouvoir leur échapper. Elles avaient réussi à se séparer de Marie, bien trop différente d’elles, et qui pouvaient leur faire ombrage. A présent, il n’y avait qu’elles. Se donnant la main mutuellement pour se relever. Les unes ne pouvaient être présentes sans la troisième. Qu’importe les rumeurs, elles savaient toutes trois les vérités les plus importantes.

Son regard d’émeraude se perdit dans le vague, observant distraitement la buée qui s’échappait de sa bouche. Le froid était encore rude en ce mois de février, et elle espérait que cette escapade ne lui coûterait quelques forces. D’instinct, elle posa sa main gantée sur son ventre, dont les rondeurs étaient encore à peine visibles.
Marie-Anne soupira doucement, mais son sourire s’élargit. Son ventre n’était pas encore arrondi. Peut-être pourrait-elle retarder son départ de la cour, et ainsi profiter quelques semaines supplémentaires du tumulte qu’elle affectionnait tant. Elle avait plusieurs affaires en cours, et le visage de Victoire de Noailles ne la quittait pas.

Quoiqu’en dise son amie, Marie-Anne ne pouvait s’empêcher de fureter, afin de lui prêter une main secourable. Le désarroi qu’elle avait lu dans son visage, lors de leur dernière entrevue, l’avait bouleversé.

Le brusque arrêt de la voiture rompit les pensées de Marie-Anne. Elle souleva discrètement un coin du rideau de velours noir, masquant les fenêtres, et aperçu la silhouette d’une femme déguenillée, dont la pâleur aurait fait frémir un cadavre. Elle s’approchait de la portière, et Marie-Anne recula instinctivement au fond de la banquette. Que voulait cette femme ? Elle n’avait rien sur elle, sinon quelques bijoux, mais la peur la prit soudainement au ventre, qu’elle protégea instinctivement.

-Ola ! Que veux-tu, femme ?!

Marie-Anne aperçu la femme se diriger vers son cocher, et lui murmurer quelques mots indistincts. Elle pencha la tête, telle une enfant espionnant ses parents, et lorsque la mendiante disparu de son champ de vision, elle entrouvrit les rideaux et pencha la tête hors de l’habitacle, rabattant son capuchon sur ses cheveux de jais. Elle jeta un œil inquisiteur à son cocher.

-Que se passe-t-il, Aubert ?

-Cette femme va nous indiquer le chemin, madame.

-Etes-vous certain que cette femme dit vrai ?

Le rideau de la portière s’écarta alors soudainement, et Marie-Anne sursauta, reculant vers le fond du véhicule, ses yeux ne lâchant pas le visage de la femme. En un instant, elle détailla ses yeux cernés, dont les pupilles ressortaient étrangement de leurs orbites. Elle craignit que le la saleté ne se répande dans le petit habitacle, et si elle avait pu, elle aurait écarté des cheveux gras les rideaux de la voiture. Elle semblait même percevoir l’odeur nauséabonde de la jeune fille qui la fixait d’un regard vide. Elle porta sa main à son nez pour camoufler les effluves.

-C’est le mousquetaire qui m’a dit d’faire ça, madame.

-B…bien. Montez à ses côtés, indiquez-lui le chemin. Allez, allez !

D’un geste, Marie-Anne congédia la jeune adolescente, et alors que le carrosse s’ébranlait à nouveau, elle resta dans le recoin du véhicule, n’osant plus approcher la portière salie par la pauvre fille. Quelle idée avait-il eu de se servir d’une telle créature ?! Nicolas de Ruzé ne pouvait-il pas agir comme…elle ?

Elle sourit dans un léger soupir. Non…il n’était pas comme elle, et c’était justement ce qu’elle recherchait en lui. Il excitait son quotidien comme nul autre courtisan ne pouvait le faire, sauf peut-être un. Mais Nicolas ce soir surpassait ses attentes. Il savait ce qui lui plaisait, ce qu’elle cherchait dans cette liaison, et il le lui fournissait avec brio.

Réajustant ses gants de cuir, elle entrouvrit à nouveau le rideau, et observa les rues défiler sous ses yeux. Où Nicolas avait-il décidé de l’emmener ? Pourquoi ne l’avait-il pas laissé le mener dans cette autre demeure des Bouillon, éloignée de Paris de peu de temps ?

Le boulevard d’Enfer s’étalait devant eux, portant fièrement ce nom. Peut-être Ruzé avait-il trouvé une place digne de cette appellation ? Elle ne pourrait que convenir à leurs palabres nocturnes !
Mais Marie-Anne n’eut pas le temps de clore ses pensées, que le carrosse déboucha sur la rue Notre-Dame des Champs. Le clocher de l’église se détachait dans la nuit, sous le halo pâle de la lune hivernale.

La vision s’estompa, et la voiture s’arrêta doucement devant la porte d’un hôtel. Marie-Anne souleva discrètement la toile de velours. Blanc et bleu, cet endroit lui semblait familier, mais également encore inconnu. N’était-elle pas déjà venue ici ? Lors d’un salon, peut-être ? Elle fronçait les sourcils, essayant de se remémorer ces souvenirs, lorsque le cocher ouvrit la portière, dépliant silencieusement le marchepied, avant d’aider la jeune femme à descendre avec toute la délicatesse dont la duchesse était capable.

-Cet homme vous prie de le suivre, madame.

-Merci, Aubert. Occupez-vous de cette pauvre fille pour la remercier, et surtout, cachez bien ce qui ne doit être vu.
Vous savez que j’ai confiance en votre discrétion. Tâchez de ne pas me décevoir, Aubert.


L’homme salua sa maîtresse, alors que celle-ci, enveloppée dans son manteau de jais, s’engouffra dans l’hôtel, à la suite du silencieux valet.
La porte claqua derrière elle, alors que le valet l’invitait à s’avancer dans le hall. Elle ne pouvait détacher ses yeux du mobilier et des peintures qui ornaient les murs, tâchant de reconnaître là quelques ancêtres dont les visages pouvaient lui être familiers.

Etait-ce donc là sa demeure ? Cet hôtel raffiné aux goûts qui semblait si particulier ? Elle se rappela alors l’image de l’homme qu’elle venait de quitter, tandis que ses yeux parcouraient les murs recouverts de tapisseries.
Elle s’était à peine retournée qu’elle l’aperçu alors, fugacement, avant qu’il ne s’agenouille devant elle.

Dans un sourire charmant, elle lui tendit sa main fine et blanche, et releva son amant, avec qui elle était désormais seule.

-Hélas, nous possédons tout deux l’une et l’autre, alors profitons de ces instants qui enchaînent notre morale et notre cervelle !

Et une prochaine fois, monsieur de Ruzé, trouvez d’autre guide ! Celle-ci fut excellente, mais j’ai cru ma dernière heure arrivée lorsqu’ai aperçu ce terrifiant visage !


Elle lui rendit un sourire mutin, et le détailla d’un coup d’œil, notant ses vêtements propres et fins, et s’étonnant de tant de finesse. Elle ne pouvait qu’être tentée par cet homme qui semblait soudainement à mille lieues du mousquetaire qu’elle avait laissé à son hôtel.

Il avait les mêmes traits insolents, ce même regard railleur et cet engouement qu’elle chérissait, mais il y avait une étrange facette qu’elle ne connaissait que très peu, et l’envie de la découvrir la pressa doucement.

Elle ôta délicatement son capuchon, dénouant le nœud de son manteau, qu’elle posa d’un geste sur le guéridon le plus proche, puis s’avança vers Nicolas, s’approchant de lui sans pourtant lui céder en marchant plus près encore.

Elle le voulait toutefois. Marie-Anne était attirée plus qu’elle ne le voulait par cet homme, par ce pouvoir qu’il exerçait sur elle, malgré ses résolutions. Toute sa distance, qu’elle recherchait pour le faire attendre, était pour elle une manière de ne pas lui céder, de ne pas précipiter un geste qu’elle pouvait regretter.

Alors qu’elle sentait une odeur fraîche plus elle s’approchait, elle sentit en elle cette seconde vie qu’elle portait, l’empêchant de continuer plus loin. Il ne le fallait pas. Elle ne devait en aucun cas lui céder ce soir, mais elle ne souhaitait rompre cet instant en le lui avouant. Ces instants interdits, que seul Nicolas pouvait lui offrir.

-Ainsi, vous me cachiez jusque là ces trésors d l’art, monsieur de Ruzé ! En avez-vous donc d’autres à me faire découvrir ? Je meurs d’impatience de trouver quelques richesses cachées !

Elle lui prit tendrement la main, ne sachant dans quel endroit de la demeure Nicolas souhaitait l’emmener. Elle s’était rapprochée de lui, et posa son regard doux dans celui de son amant.
Une lueur amusée dansait dans ses pupilles, alors qu’elle conservait cette réserve qu’elle s’efforçait de tenir.

-Mais peut-être souhaitiez-vous simplement m’entretenir de fâcheuses affaires, dont je serais le seul témoin ?

Un léger sourire souleva le coin de ses lèvres rouges, alors que sa main vint se poser sur l’épaule du mousquetaire, glissant sous la chemise de lin. Elle sentait le contact chaud de sa peau sur la sienne, et l’envie de se serrer contre lui devint plus forte, alors qu’elle se rapprochait instinctivement de Nicolas, jusqu’à sentir cette odeur masculine contre elle. Un doux frissons parcouru son échine, alors qu’elle sentait sur sa main glisser la peau de Nicolas.

Elle soupira doucement, sachant que sa morale ne pouvait être bâillonnée si aisément. Elle ne pourrait avoir que cela, ce soir. Elle le savait, et l’idée d’en priver son amant lui ôta doucement son sourire, qu’elle camoufla en détournant le regard du visage de son mousquetaire.

-Mais je ne veux que vous avoir près de moi, Nicolas. Quel que soit l’intérêt de vos affaires, ne les étudions pas ici.
Je suis votre hôte, mon doux mousquetaire, je ne puis que vous obéir sans protester !


Elle posa à nouveau ses yeux taquins dans le regard de Nicolas, un nouveau sourire étirant ses lèvres sensuelles.

-A moins que vous ne préfériez me laisser choisir nos occupations ?

Une lueur mutine illumina son regard vert, alors que sa main cherchait à nouveau celle de son amant.
Elle savait qu’ils étaient bien trop semblables pour nier ne pas comprendre les désirs de l’autre. Il lui avait donné le pouvoir tout à l’heure, c’était à lui, à présent, de commander à sa jeune maîtresse.

Doucement, elle porta la main de Nicolas à ses lèvres, y déposant un doux baiser, sans détourner son regard du sien.

-Je suis à vous, même si ma morale n’a pu trouver le sommeil.

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MessageSujet: Re: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime29.03.10 5:07

-Tout semble terrifiant lorsqu’on est la beauté même, mademoiselle, se moqua gentiment Nicolas. Pardonnez-moi, mais à cette heure avancée de la nuit, il ne traîne pas grand monde dans les rues et ceux qui y sont ne sont guère recommandables, tout comme moi.

Le mousquetaire, connaissant les bas-fonds de Paris comme un bohémien, savait la teneur de toute la crapule qui y pourrissait et qui sortait la nuit venue. Marie-Anne, délicate duchesse, l’ignorait, mais par cette escapade, elle lui avait prouvé combien elle tenait à lui. Après tout, si elle eut été moins aventurière, elle serait restée sagement chez elle, demandant à son pauvre amant de repasser lorsque le soleil serait levé. Mais Marie-Anne n’était pas faite de ce bois là. D’ivoire plutôt, froide et forte. C’était ce qui le passionnait; comment une jeune demoiselle pouvait-elle être aussi courageuse à un âge si tendre? À moins qu’elle ne fût inconsciente, ce qui n’était guère le cas de la duchesse.

Déjà, elle retirait ses vêtements d’extérieur, ce qui attira la convoitise de Nicolas. Elle ferait bien tomber la robe et la jupe tout à l’heure. Il devait bien se l’avouer, rien ne le comblait autant que le corps jeune et sain de Marie-Anne. Et devant cette perspective, il salivait déjà. Mais peut-être n’était-elle pas venue dans ce but? Ou peut-être que si? Elle s’approchait de plus en plus de lui. Le jeune homme sentait déjà son délicieux parfum sucré. Oui, elle devait être venue pour cela. Mais en voyant l’éclat pétillant de ses prunelles, Nicolas raffermit sa croyance. S’il appréciait tant les charmes de Marie-Anne, c’était qu’elle ne lui cédait jamais rien, qu’elle lui donnait un sentiment d’interdit sans pareil. Car oui, Nicolas était un garnement, un effronté révolté, un trublion intenable. Et son goût du danger dominait tout chez lui. Il avait compris tôt dans sa vie que seuls les risques et les imprudences pouvaient mener à la gloire. On ne gagne rien à rester derrière les tentes des dirigeants. On empoche la victoire lorsqu’on est couvert de sang. Plus le danger de mort est grand, plus le plaisir est bon. Et comme personne dangereuse à la Cour, Marie-Anne Mancini était la reine. Venimeuse, sournoise, et surtout terriblement intelligente, elle était l’alliée parfaite. D’autant plus qu’elle était mariée! S’ils se faisaient prendre, c’était la pendaison que risquait Nicolas. C’était pourquoi chacun des baisers de Marie-Anne pouvait être le dernier et qu’il avait le délicieux goût de la mort.

Mais s’il avait une vie remplie de dangers, il n’avait certainement pas les richesses dont parlait son amante. Baissant la tête, il sentit les joues lui brûler. Rougissait-il? Car, si Nicolas était noble, il dépensait beaucoup plus qu’il ne gagnait. Il maintenait son train de vie extravagant de libertin par des dettes. Que ferait Marie-Anne si elle découvrait que leur nid d’amour n’était qu’un hôtel emprunté? Il était terriblement honteux de lui mentir ainsi, mais pouvait-il faire autrement? La jeune duchesse ne se coucherait certainement pas n’importe ou. Pour la maintenir près de lui, il devait maintenir un statut imaginaire, qu’il avait imaginé lui-même. Toujours aussi fabulateur, Nicolas s’inclina docilement.

-Mademoiselle sait bien que tout ce qui m’appartient est également à elle.

Savait-elle seulement que rien ne lui appartenait? Il serra davantage sa main dans la sienne lorsque de telles paroles sortirent de ses lèvres. Il la fit monter les escaliers. Il détestait lui mentir ainsi, mais c’était la seule manière d’éviter quelque chose de pire. Il l’observait sous le couvert de ses longs cils. Ses yeux pétillaient, brillaient de cette étincelle, éveillée par l’attirance du luxe, de la beauté. Marie-Anne était une Mancini, élevée par les goûts merveilleux de son oncle. Que pouvait donc espérer le vulgaire mousquetaire qu’il était? Alors qu’il réfléchissait ainsi, il se trouva une certaine propension à la mélancolie ce soir. Ah! Certainement l’alcool. Mais il devait revenir au but de sa visite. Car derrière leurs désirs charnels mutuels, les amants diaboliques cachaient d’autres plans sous leurs corps. Marie-Anne vint justement à lui poser la question.

-Comme vous devinez tout, ma Divine.

L’échine de Nicolas sembla s’effondrer, alors que son cœur menaça d’arrêter. Marie-Anne venait de glisser sa main sur sa peau, sous sa chemise. Le seul contact de ces doigts fins sur sa peau l’amenait au bord du précipice, au bord de la folie. Ses yeux bleus captèrent le regard de son amante. Se mordant la lèvre, Nicolas ne put résister plus longtemps à l’appel de la sirène qui le tentait de telle manière. Arrivés sur le palier, il plaqua Marie-Anne contre le mur avec douceur. Les toiles posées sur le rempart tremblèrent sous leur assaut. Gourmand, Nicolas plongea ses lèvres sur le cou offert de la jeune femme, l’embrassant. Ses mains caressant sa taille fine, le mousquetaire se délectait du contact de la peau sucrée de la demoiselle. L’audace le fit menacer de descendre jusqu’à la délicieuse poitrine, mais un soupir de Marie-Anne le fit revenir à la réalité. Levant la tête, se reculant légèrement, il observa le visage de son amante pour y voir un signe de désapprobation, mais elle ne semblait pas se formaliser de ses agissements, si ce n’est qu’elle ne s’en réjouissait pas non plus. Sa voix était plus basse, davantage attirante pour Nicolas. Surtout qu’elle capitulait! Le sourire lui revint.

Mesquin, Nicolas posa ses lèvres sur les siennes rapidement, se reculant aussitôt et la main de la jeune femme dans la sienne, il l’entraîna dans la chambre de Charles. Fermant la porte derrière eux, le mousquetaire s’adossa contre le battant, avec un regard malicieux, celui d’un lutin malfaisant. Il regardait ce qui semblait être sa proie, ce qui était sa joie. Mais Marie-Anne ne se laissa pas abattre si facilement; elle proposa de choisir elle-même leurs occupations! Quel culot! pensa-t-il en souriant à l’audace magnifique de la jeune femme.

-Eh bien, voyez-vous, cela. Une demoiselle qui ose prétendre donner des ordres à un mousquetaire. Je ne puis prétendre savoir si c’est de la naïveté ou du cran, mademoiselle, mais cela vous donne une aura sublime.

Nicolas s’avança vers elle, mais Marie-Anne semblait s’être assagie. Elle prit la main de son amant et la baisa, se pliant à ses désirs. Émoustillé par une telle soumission, Nicolas sourit, de ce sourire mesquin et sadique qui lui donnait tant de charme. Vivement, il se pencha et mit un bras sous les genoux de la jeune femme, la faisant tomber dans ses bras. Sans faiblir, encouragé par le corps chaud qui ployait sous l’attaque, Nicolas porta Marie-Anne jusqu’au lit. La déposant, il la regarda quelques instants. Il observa son long corps filiforme, aux douces courbes. Ses cheveux noirs semblaient des ailes d’oiseau légendaire qui assaillaient sans cesse ses sentiments, alors que ses prunelles vertes le maintenaient prisonnier. Devant un joli nez et cette belle bouche, Nicolas ne pouvait résister. Cela lui semblait aussi stupide qu’impossible. C’est pourquoi en sautant à côté d’elle dans le lit, il se coucha à ses côtés. Prestement, presque avec violence, il prit la taille de Marie-Anne et resserra son corps contre le sien. Son odeur et sa chaleur exacerbaient ses sens, le rendant plus hardi.

-Mon cœur, voilà. Vous êtes à ma merci. Et ce que je veux de vous n’est pas un secret pour votre esprit acéré. Premièrement…

Nicolas posa gentiment ses lèvres sur le nez de Marie-Anne et mit une main dans ses cheveux de jais.

-J’ai besoin de vous pour préparer un vilain tour pour d’Artagnan. En échange, vous aurez toute ma complicité pour vos ennemis. Et lorsque je serai sous-lieutenant, je pourrai vous offrir des cadeaux magnifiques, des bijoux pour parer votre beauté, je serai un peu plus digne de vous donc…

Des bijoux… Depuis le temps que Nicolas voulait offrir un collier à son amante. Elle avait un si joli cou. Nicolas y passa la main, caressant la peau, en appréciant la courbe longiligne. Ses yeux se fermèrent devant ses rêves de gloire. Nicolas était méprisant et narcissique. Il ne pouvait croire que quelqu’un était meilleur que lui, dans toute chose. C’était pour cette raison qu’il ne pouvait supporter d’Artagnan. Ce dernier avait miré un poste que Nicolas désirait et il l’avait certainement obtenu grâce à son nom prestigieux. Il soupira. Damnée infamie qu’avait posée Richelieu sur sa famille! Son oncle était un favori de Louis XIII. Si ce cardinal n’avait pas été là, peut-être Nicolas serait un grand noble à l’heure actuelle. Peut-être qu’il chasserait avec le Roi au lieu de passer ses nuits à faire le garde. Et Marie-Anne, femme du Grand Chambellan, pouvait certainement lui servir dans son avancement après la mort de d’Artagnan.

-Deuxièmement, je veux vous faire l’amour, tout simplement, ma belle dame.

Son instinct et ses sens déjà éveillés par la promiscuité du corps de la jeune femme, Ruzé ne voulait pas attendre plus longtemps pour jouir de cette peau blanche, de cette sublime personne. Sa main droite saisissant le cou gracile, il leva la tête de la jeune femme et prit ses lèvres. L’embrasser était son Graal, il en devenait fou. Quand ses lèvres touchaient celles de Marie-Anne, il semblait se produire des étincelles dans son cœur, menaçant un arrêt. Des frissons parcouraient sa peau.

Les mains vives, il commençait à parcourir le corps de son amante, sans pouvoir quitter ses lèvres. Il avait déjà hâte de triompher de ce jeune corps.
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MessageSujet: Re: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime17.04.10 0:07

Seule avec lui, elle se sentait dotée de cette puissance qu’elle affectionnait tant. Ses doigts étaient pris dans la main chaude de Nicolas de Ruzé, et docilement elle le suivit dans les escaliers recouverts de tapis épais. Les tableaux de maîtres se succédaient, accompagnés des plus riches dorures, et une autre fois, avec un autre homme que celui qui la menait alors vers cet endroit presque interdit, elle ne prêtait aucune attention à ce qui pouvait la ravir habituellement.

Ce soir, il n’y avait plus d’art ni de peinture, plus d’architecture ou de littérature ; il n’y avait que son mousquetaire, et ce danger continuel qui planait au-dessus d’eux come l’ombre d’un oiseau de proie.
Il aimait ce danger, et elle le savait ; instinctivement, elle l’enfonçait dans ce goût, et goûtait avec lui aux joies de cette montée d’adrénaline.

Elle aimait sentir sa peau contre la sienne, elle aimait le son de sa voix, même si son cœur ne pouvait s’ouvrir totalement. Sa raison succombait à ce doux contact sur sa main, et ne pouvait résister aux regards chauds de Nicolas, alors qu’il lui ravissait son regard d’émeraude. Elle plongeait ses yeux dans l’océan azur de ceux de son amant, et doucement, elle sentit qu’il la poussait vers le mur, comme ce contact sur sa peau la poussait vers un nouveau désir.
Elle ne devrait pas succomber. Simplement profiter de ces innocents instants, sous les baisers passionnels de son amant.
Elle sentait sa bouche caresser son cou, sa peau, et elle frissonna lorsqu’elle sentit les mains tendres glisser le long de ses hanches ; elle sentait l’odeur de Nicolas contre elle, et fermant les yeux, elle ne voyait plus que lui, elle ne sentait que ses mains le long de sa peau, que ses lèvres charnelles qui descendaient vers sa poitrine. Ses mains glissaient sur les épaules du mousquetaire, remontant jusqu’à ses cheveux.

S’il continuait, Marie-Anne succomberait à nouveau, et cette idée l’effraya, la ramenant soudainement à la réalité. D’un geste doux, elle caressa le visage de Nicolas, alors que celui-ci s’écartait, et un regard désapprobateur, mêlé d’une mutinerie, répondit silencieusement au jeune homme.
Mais celui-ci semblait jouer avec elle jusqu’au bout, et furtivement, posa ces lèvres sur les siennes, avant de l’emmener, tels deux enfants échappant à une surveillance, dans la chambre, l’y poussant doucement.

Il ferma la porte derrière lui, et alors qu’elle se retournait, elle observa ce regard dans lequel brillait cette lueur que Marie-Anne aimait à y voir. Cette lueur de chasseur, alors qu’il la contemplait, tel un objet convoité, dont seule la ruse lui permettrait d’en être le maître.

Elle jouait avec ces yeux bleus flamboyants, lui répondant par un sourire mutin, et reculant doucement, tâtonnant à l’aveuglette derrière elle ce qui pouvait la retenir.

-Eh bien, voyez-vous, cela. Une demoiselle qui ose prétendre donner des ordres à un mousquetaire. Je ne puis prétendre savoir si c’est de la naïveté ou du cran, mademoiselle, mais cela vous donne une aura sublime.

Marie-Anne stoppa sa marche incertaine, et leva son petit nez d’un air hautain, comme son rang lui apprenait à le faire.

-Ni l’un ni l’autre, monsieur le mousquetaire, simplement l’assurance. Je ne suis pas de ces demoiselles insipides et sans saveur….vous devriez le savoir.

Elle haussa le sourcil, non sans offrir l’un de ses plus beaux sourires séducteurs à son amant.
Il s’était approché, et dans ce jeu de séduction, elle restait immobile, ne détournant pas son regard de l’homme, alors que son parfum se rapprochait de plus en plus, enivrant un instant la jeune femme.
Elle avait saisi sa main, l’avait porté à ses lèvres, son esprit succombant à ce désir de l’avoir si proche d’elle.
Comment pouvait-il faire tomber si rapidement ces barrières qu’elle s’efforçait de maintenir ? Il suffisait d’un mot, d’un geste, même d’une seule odeur, pour qu’elle se laisse aller si près de lui, et qu’elle ne souhaite que rester à ses côtés plus longtemps, toute la nuit s’il le fallait.

Elle voulait s’enivrer de ses baisers, et sentir sa peau contre elle, mais sans qu’elle ne pu prévoir, il s’était penché, et son bras, s’enroulant autours de ses épaules, l’avait soutenu, alors que ses pieds quittaient le sol.
Lui, son amant, son mousquetaire, l’objet de ses désirs d’évasion, la portait telle les princesses de Perrault, jusqu’à ce lit sur laquelle il la coucha.
Etait-elle cette princesse au pouvoir de transformer les crapauds en princes ? Elle ne le savait, mais à ses yeux, il était ce prince du danger, celui qui l’emmenait vers des contrées interdites, où le jeu de l’amour et du hasard n’avait plus sa place.

Elle s’allongeait sur ce matelas si doux, recouvert de draps d’une richesse raffinée. Elle caressait distraitement la couverture soyeuse, alors que Nicolas l’avait rejointe. Baissant les yeux, elle sentait le regard brûlant de l’homme sur elle, et bientôt, cette main douce et puissante s’enroulait autours de sa taille, l’attirant vers ce corps qu’elle espérait – en vain, elle le savait.
Mais elle ne pouvait, et elle ne voulait résister à cet assaut et fermant les yeux, elle huma cette odeur de Nicolas, cette odeur que lui seul portait, et qui la menait dans ces lieux secrets.

Elle se collait à ce corps rompu aux exercices, et plongea son regard dans le sien, alors que les mains de Nicolas se perdaient dans sa chevelure de jais.
Ces yeux….deux océans dans lesquels sa raison se noyait. Elle devait s’en détourner, avant qu’il ne soit trop tard ! Elle ne devait pas être attirée par ces deux sirène, le menant irrémédiablement vers une situation qu’elle regretterait par la suite.

Cet homme la fascinait, comme il l’amusait, comme il la rendait puissante. Pas un seul ne lui avait offert autant de sentiments contradictoires et paradoxaux.

Elle promena distraitement ses doigts fins sur le torse imberbe de son amant, sans les laisser s’aventurer plus loin que la chemise entrouverte.

-J’ai besoin de vous pour préparer un vilain tour pour d’Artagnan. En échange, vous aurez toute ma complicité pour vos ennemis. Et lorsque je serai sous-lieutenant, je pourrai vous offrir des cadeaux magnifiques, des bijoux pour parer votre beauté, je serai un peu plus digne de vous donc…

Ces mots la firent sourire, et Marie-Anne releva la tête, une lueur amusée dans le regard, mais sa voix fut volontairement boudeuse. Trop pour que Nicolas n’en prenne ombrage.

-Les cadeaux que l’ont me fait ne rendent pas un homme digne de moi ; ne vous abaissez pas à vouloir me combler de présents matériels, vous savez que mon seul bonheur avec vous, sont ces instants camouflés !

En réalité, Marie-Anne ne souhaitait pas le voir perverti par cet appât du gain, ni le voir s’évertuer à lui offrir de somptueuses parures. Elle savait qu’elle ne pourrait jamais les porter, et jamais elle ne ferait une telle offense à son mari.
Son regard se fit plus sensé, et un court instant, observant, à la lumière de la réalité, les prunelles passionnées de Nicolas, elle eu peur. Cette crainte sourde qu’il ressente pour elle ce qu’elle se refusait de son côté.
Son propre cœur n’appartenait qu’à elle, et elle en serait à jamais l’unique propriétaire. Il ne pouvait l’aimer plus qu’il ne devait ! Un jour viendrait où elle n’aurait plus besoin de ce désir de danger, de secret…qu’adviendrait-il alors ?

Mais ces pensées raisonnables furent fugaces dans l’esprit de Marie-Anne, tant les douceurs prodiguées par Nicolas lui faisaient perdre pieds. Elle sentait à nouveau ses doigts sur sa peau d’albâtre, glissant sur son cou, pouvant briser ses résistances.

-Deuxièmement, je veux vous faire l’amour, tout simplement, ma belle dame.

Cette phrase état celle qu’elle redoutait depuis le début de cette rencontre. Elle savait qu’il n’attendait que cela, qu’il souhaitait, une fois encore, la posséder totalement, qu’elle ne soit qu’à lui le temps d’une étreinte, ou d’une nuit.

Mais elle ne pouvait s’y résigner. Elle acceptait toutes ces caresses qui la faisaient frissonner, et l’emmenaient loin de son quotidien, mais cette phrase et les mots de Nicolas la ramenait brusquement à la réalité.
Elle ne devait pas s’y laisser prendre ! Elle ne put que sourire, acceptant ces mains sur son corps, lui offrant ses lèvres passionnées, qu’il embrassa avec fougue.

Mais l’étreinte, de plus en plus forte et proche, la tétanisait, et doucement, elle refréna la passion de son amant, se dégageant de ses bras, sans s’écarter totalement, ne voulant rompre ce charme. Un geste brusque était inutile, et en rien, pour le moment, elle ne devait laisser soupçonner quoi que ce fut sur son état.

Elle tenta un dernier soubresaut de sa conscience, et souriant innocemment, son regard se teinta d’une lueur sournoise, alors qu’elle reculait son visage du mousquetaire, comme un artiste admire son œuvre.
Il était si beau qu’elle pouvait succomber sur l’heure ! Cette beauté insolente la frappait, et elle du faire appel à toutes ses forces, et à la bienséance qu’il lui restait, pour réveiller sa raison de cette fougue passionnelle.

Posant un doigt mutin sur la bouche si gourmande de Nicolas, elle baissa d’un ton sa voix de velours.

-Racontez-moi donc, vilain brigand, quel tour souhaitez-vous jouer à ce monsieur d’Artagnan ! Je mettrais ma contribution dans vos grandes œuvres.

Peut-être après saurais-je vous récompenser...

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MessageSujet: Re: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime03.05.10 18:22

Le récompenser? Il l’espérait bien. Ce n’était pas très juste de le laisser passer ses mains sur son corps, sans le laisser en abuser. Marie-Anne savait très bien que Nicolas était bien impétueux lorsqu’il s’agissait de ces choses-là. Elle était donc bien vilaine de le laisser ainsi affamé d’elle. D’ailleurs, une amante qui se refusait à son amant l’était-elle vraiment? Avec un sourire mutin, Nicolas se releva. Au moins, elle voulait bien l’aider! Et peut-être qu’après, il pourrait profiter des amusements que promettait ce jeune corps. Se relevant à demi, il s’adossa contre la tête de lit. La tête regardant le plafond, il chercha comment mettre ses idées en ordre. Il n’était pas question que tout fut fait de travers.

-Vous souvenez-vous de ma rencontre avec la d’Artagnan? Cette petite peste m’a giflé et m’a insulté juste parce que j’avais tenté de tuer son mari. Voilà qui est idiot! Après tout, il a tenté de m’éliminer quelque fois également! Du coup, j’ai envie de me venger. Et il y a prochainement un événement qui me le permettrait.

Sa longue main se glissa affectueusement dans celle de Marie-Anne, l’observant. Il ne savait pas pourquoi, mais chaque fois qu’il lui exposait un plan, les premières secondes, il s’en sentait toujours terriblement coupable. Il la mettait dans des jeux dangereux qui pourraient bien la perdre. Nicolas savait bien qu’elle n’était pas du genre à craindre, mais après tout, elle était si jeune!

-Je ne suis pas espion, mais je pourrais bien demander mon transfert au Roi immédiatement, vous savez? J’ai entendu d’Artagnan parler avec sa femme. Lors du bal masqué, ils se retrouveront… Mais puisque personne n’est supposé savoir qui est qui, il serait bien facile de les tromper tous les deux.

Nicolas s’arrêta un instant, craignant une hausse de moralité du côté de Marie-Anne. Elle était beaucoup plus sage depuis qu’elle avait eu son enfant; peut-être qu’il savourait avec elle ces derniers moments… Difficile de le savoir, mais Nicolas devait s’avouer qu’il le redoutait de plus en plus.

-Si je volais le costume de Marine d’Artagnan et que vous l’endossiez, d’Artagnan serait certain que vous êtes sa femme. Si jamais vous pouvez parvenir à le mener sur un terrain bien dangereux devant Marine, le beau couple si mal assorti se verrait dans une mauvaise impasse. Après si d’Artagnan serait peiné de la colère que pourrait avoir son épouse, il serait moins attentif aux mouvements autour de lui; après tout, il en serait bien triste et cela occuperait tout son esprit. Cela serait un véritable jeu d’enfant de le tuer à partir de ce moment. Et je serais sous-lieutenant.

Nicolas redescendit en position couchée et du bras gauche, resserra le corps de Marie-Anne contre le sien. En élevant la tête, il déposa un baiser chaste dans ses cheveux noirs. Sa main se posa sur son épaule. Il avait de la difficulté à la laisser partir; il n’en avait pas la moindre envie. Mais quelque chose lui indiqua que Marie-Anne n’était pas autant entreprenante qu’à l’habitude. Son instinct lui révéla que…

-Marie-Anne, chérie, y a-t-il quelque chose qui ne va pas?

Le mousquetaire redoutait une dispute entre son mari et elle. Il n’en savait rien. Peut-être que Bouillon l’avait suivit et qu’il se préparait à entrer dans la chambre pour le défier en duel. Il eut un rictus. Cette idée n’était guère inquiétante; il serait capable de tuer Bouillon en quelques mouvements. Mais l’ennui, c’était qu’il craignait que Marie-Anne soit davantage attachée à son mari, qu’à son amant. Et si c’était le cas, il en souffrirait inévitablement. Peut-être qu’il était plus entichée d’elle qu’il ne voulait bien l’admettre. Il baissa la tête afin de pouvoir regarder dans les yeux de la duchesse. Lui relevant le menton, il serra possiblement ce dernier plus fort qu’il ne l’aurait souhaité. Mais déjà sa mâchoire se contractait sous la colère. Elle lui cachait quelque chose, mais il serait bien impossible de savoir quoi. La rage lui fit prendre les lèvres de Marie-Anne violemment, alors qu’il enserrait sa taille dans un étau.

-Vous êtes à moi, n’est-ce pas?

Sa voix, qu’il voulait dure, était davantage inquiète.


Désolée pour la longueur, mais je voulais au moins te répondre avant que le bal finisse et je n'étais pas énormément inspirée ^^' mais bon Smile
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MessageSujet: Re: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime17.08.10 23:26

Elle avait réussi ce tour – de force ? – d’éloigner un instant le désir. Le cœur battant, dans son esprit se mêlaient ces sentiments contradictoires, la passion et la crainte, l’envie et la retenue.
L’avait-elle blessé ? Elle ne sut le dire, alors qu’il se dégageait totalement, et se tournait sur le dos observant le plafond distraitement.

Marie-Anne connaissait ce regard dans les yeux de Nicolas, et silencieusement, elle attendit sans le presser qu’il lui dévoile ce que les méandres de son cerveau lui avaient soufflé. Ô combien elle aimait ce regard grave ! Il n’avait plus en lui cette lueur passionnelle qui l’allumait trop souvent, mais il brillait de cette malfaisance qui les avait tout deux liés dès leur rencontre.
Elle le connaissait trop pour douter qu’à l’instant-même, il se remémorait tout ce qu’il l’avait mené à ce moment précis.

Que ses paroles de vengeance étaient douces ! Que de haine celles-ci recelaient ! Marie-Anne les adorait dans la bouche de Nicolas, et le regard enfiévré, elle serra les doigts de Nicolas qui avait enlacé sa main, et lui lança un sourire conquérent.

-Contez-moi tout, diable de mousquetaire ! Je meurs d’envie de savoir ce que concocte votre esprit !

Entre ces lignes, son amant pouvait aisément y lire l’envie de la jeune femme de prendre part à ce qu’il lui exposerait, quel qu’en soit la teneur. Si elle n’était à lui par le corps, son esprit lui appartenait tout entier à l’heure actuelle, et rien ne pourrait l’en détourner.

-Lors du bal, dites-vous ?

Elle l’observa avidement, se mordant légèrement la lèvre inférieure. Elle entrevoyait le plan de son amant, et rien ne semblait plus palpitant que ce qui allait venir.
Ignorant la soudaine expression de doute de Nicolas, Marie-Anne se rapprocha à nouveau, et déposant l’un de ses baisers sur la joue de l’homme, lui susurra doucement à l’oreille, avant de reculer à nouveau.

-Rien ne semble plus excitant ! Dites-moi tout, Nicolas !

Et tel un enfant buvant les paroles d’un maître, Marie-Anne écoute religieusement les explications de son terrible amant. Elle en oubliait sa morale, ses principes et sa propre vie. Elle voyait les images de ce bal, imaginait ces costumes virevoltants autours d’elle, alors qu’elle s’enivrait de ces plaisirs visuels ou charnels.
Oui, il serait si aisé de duper ce mousquetaire dans cette foule chamarrée ! Rien ne semblait plus limpide à l’esprit de Marie-Anne, et elle seule possédait les capacités d’être le bras de Nicolas. Plus que jamais elle le servirait.

Telle une drogue, cette passion la consommait toute entière, délaissant la duchesse de Bouillon, afin de remettre sur ce piédestal Marie-Anne Mancini, qui n’attendait qu’un ordre pour dévoiler toute l’ampleur de sa malfaisance.

Elle se laissa doucement aller dans ces bras qui l’enserraient, ravivant les battements de son cœur. Elle sentait ce corps sous elle, cette bouche si tendre embrassant ses cheveux, et ferma un instant les yeux, goûtant à ce plaisir.
Devait-elle succomber ? Ou laisser seul son esprit rejoindre son amant ? En une pensée brève, elle refoula ses désirs, son envie de délacer cette chemise, de glisser ses mains sur le torse de son mousquetaire, et de se laisser aller plus qu’il ne le fallait.

Fermant à nouveau les yeux, elle étouffa un soupir de regret mêlé à une frustration sans cesse croissant.
Elle ne pouvait pas ; elle ne devait pas le faire.

Elle fit un léger geste de retenue, mais regretta aussitôt son geste. Nicolas saurait, devinerait qu’elle ne le désirait pas ce soir, comme tous les autres soirs. Marie-Anne crispa un court instant la mâchoire, et se força à rester naturelle, détournant le regard de celui de Nicolas.

Elle savait que malgré tout ses efforts, sa voix serait fausse, et cette seule idée de mentir à Nicolas la rendait misérable à ses propres yeux. Ils partageaient leurs esprits, leurs couches, et jamais le dupe ne les avait jusque-là séparé.
Elle tourna légèrement la tête afin de ne pas sentir sur elle le regard insistant de son amant, et ne put le rassurer que d’une petite voix.

-C’est…passager, Nicolas…je vous assure…

Elle ne se forçait plus pour ne pas relever la tête vers lui, et son regard se posa vaguement dans la pièce.

-Ne vous inquiétez pas…

Mais elle sentait contre elle le cœur de son amant qui battait. Elle pressa à nouveau ses paupières, ne voulant imaginer ce qu’il songeait à l’instant, ni ce qu’il ressentait. Déception ? Colère ? Désir exacerbé ?
Elle ne craignait aucun geste violent, mais la peur de le décevoir la tenailla ; avant qu’elle ne pu réfléchir un instant de plus au moyen de le rasséréner, elle sentit les doigts de Nicolas lui serrer le menton, et relevant son visage vers lui, pressa ses lèvres contre les siennes plus qu’il ne l’embrassa.

Elle rompit d’un mouvement sec son geste, et cette main qui serrait sa taille lui rappela dans un éclair sa condition.
En un court instant, la jeune femme fut victime de ses propres sentiments, et de sa propre jeunesse. Marie-Anne ne pouvait rester égale à elle-même tant que tout la ramènerait à son époux, et à son devoir de mère.
En un seul geste de Nicolas, toute la culpabilité qu’elle pouvait ressentir rejailli, et la gorge nouée, elle ne se déroba pourtant pas aux yeux de Nicolas qui la fixaient intensément, brillant de cette inquiétude que seule la passion offrait.

-Vous…me faites mal, Nicolas.

Elle souffla ces mots, prise par une vulnérabilité à laquelle elle ne pouvait plus échapper. Refoulant tout ces sentiments contradictoires, elle s’intima silencieusement d’avouer à Nicolas tout ce qu’elle lui cachait alors.
Le bras de son amant la serrait trop fort pour éclaircir ses idées, et celles-ci se mélangeaient, passant de l’une à l’autre, et empêchant la jeune femme de se ressaisir.

-Nicolas…il faut que je vous dise…

Mais cette petite voix dans sa tête l’empêchait de continuer. Cette voix détruisait ce que sa conscience avait construit, et lâchement, elle termina dans un faible sourire.

-…je…j’ai hâte d’être à ce bal. Je sais que rien ne pourra mettre nos plans à mal.

Elle se sentit idiote, faible et stupide. Comment avait-elle pu se laisser prendre à son propre piège ? Elle avait repoussé l’instant où elle annoncerait son état à Nicolas, et à présent, elle s’enfonçait dans un mensonge qui pourrait la perdre aux yeux de son amant.

Détournant à nouveau la tête, elle se dégagea de l’étreinte de l’homme, et respirant lentement, tâcha de remettre ses esprits en place, annihilant toute pensée qui obscurcirait son jugement.
Retournant son visage vers Nicolas, elle lui sourit plus franchement, et décida de couper court aux désirs que l’un et l’autre pourraient ressentir. Elle ne devait plus succomber.

-Je devrais donc porter le costume d’une cuisinière ? Si l’envie de vous voir sous-lieutenant n’existait, j’en serais presque insultée !

Mais je suis à vous, mon mousquetaire,
ajouta-t-elle après un court silence.

Elle se maudit de ces paroles. Elle les savait emprunte de fausseté, mais l’inquiétude de Nicolas la poussait dans des retranchements qu’elle n’avait connu jusque-là.
Repousser des avances était chose aisée ; duper son propre amant l’était moins ; tromper Nicolas de Ruzé était une gageure.

Elle posa doucement sa main sur le torse de son amant, achevant son désir de le rassurer. Un sourire éclaira faiblement son visage alors qu’elle posait un regard plus franc sur lui.

-Oui, mon doux ami, de nombreuses choses sont un fardeau pour mes frêles épaules, mais je ne peux vous en faire part sans vous compromettre. Laissez-moi un peu de temps, je vous expli…

Mais elle laissa sa phrase en suspens et se dégagea lestement de l’homme, interrompant son geste.
Elle se redressa en sursaut, et se tourna vivement vers Nicolas, le regard baigné d’inquiétude.

-Y-a-t-il quelqu’un ici, Nicolas ? Avez-vous entendu ce bruit ?

Elle sauta à bas du lit, marchant pieds nus dans l’épaisse moquette, et colla silencieusement son oreille à la porte close, le cœur battant, et observant gravement Nicolas.

Quelqu’un les surprenait ici, et la duchesse quittait Paris en disgrâce, le poids de la honte pesant sur ses épaules.


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MessageSujet: Re: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime08.09.10 2:11

Marie-Anne s’éloignait. De façon détournée et imperceptible, mais Nicolas le sentait. Ce soir, Marie-Anne n’était pas comme les autres soirs. Était-ce par ce qu’elle devinait qu’il s’était enfin avoué les sentiments qu’il lui portait? Ou était-ce à cause du plan qu’il venait de lui avouer? Non. Marie-Anne n’aurait pas pu s’éloigner de lui pour quelque chose d’aussi dérisoire. Après tout, elle était semblable à lui. Les intrigues et les complots faisaient parties de sa vie depuis son plus jeune âge et jamais elle ne leur avait tourné le dos. Pourquoi commencerait-elle maintenant? Au moment où son mousquetaire avait besoin d’elle. Un léger rire qu’elle ne perçut pas fit agiter les lèvres de Nicolas. Voilà qu’il s’improvisait le mousquetaire de Marie-Anne. Pourtant, pour elle, il s’en doutait bien, il n’était qu’un passe-temps. Car si d’éphémères moments passés dans ses bras gravaient son cœur, les nuits, elle les passait toujours avec son mari. Et cela était quelque chose que Nicolas ne pouvait pas changer. Il serait toujours l’amant d’une grande dame.

Non, ce n’était pas le plan, puisqu’elle acceptait de l’exécuter avec grâce. Même s’il craignait de voir sa belle dans les bras de ce détestable d’Artagnan, il répugnait à stagner pour son honneur et celui de sa dulcinée en l’état de simple mousquetaire. Mais elle s’éloignait encore. De plus en plus. Les mains de Nicolas et tout son cœur ne parvinrent pas à la ramener vers lui. Damné soit celui qui occupait les pensées de la duchesse ! Soudainement, Nicolas avait peur que Marie-Anne ait un autre amant, qu’elle allait le quitter, que la raison de cet écart était un autre homme, un autre corps, un autre cœur. Après tout, elle pouvait bien partir, elle ne l’aimait pas. Quant à lui, c’était différent. Les autres femmes, ce n’était que passager, des prostituées aux jeunes grisettes de la place Saint-Eustache, il n’accordait que son corps. Son cœur était ailleurs.

Elle tenta de le rassurer, mais Nicolas n’y croyait pas. C’était passager ? Qu’est-ce qui était passager ? Son affection pour lui ? Sa manière de s’éloigner ? Pendant un moment, alors qu’il se redressa pour regarder son visage, il craignit qu’elle fût malade. Elle était si blanche, si mince, si fragile. Mais ce n’était que passager. Le visage de Marie-Anne reprit vite sa hauteur habituelle. Malgré cela, il sentit qu’elle lui échappait et il voulut la récupérer. Par tous les moyens. Raison pour laquelle il lui offrit ses lèvres contre les siennes. Comme s’il voulait jumeler leurs corps, il la serrait contre lui, avec une force qui le surprit lui-même. Ce n’est que lorsqu’il entendit sa voix qu’il se décida finalement à lâcher la femme ou la fille, vu son si jeune âge, qui lui avait pris son cœur.

Mais Marie-Anne n’était femme à se laisser abattre. Vivement, elle se reprit et accepta sa mission. C’était comme si elle revenait aussi joyeuse qu’avant. Pour peu, il lui eut dit des choses idiotes. Lorsqu’elle relevait son visage vers lui et qu’elle souriait, Nicolas pouvait tout lui pardonner et pour cette raison, il aurait voulu se planter une épée au travers du corps. Il détestait être aussi faible. Il savait que Marie-Anne pouvait bien faire tout ce qu’elle voulait de lui. Pourtant, elle ne devait jamais être au courant de cette faiblesse. Alors parfois, Nicolas criait des bêtises sur Marie-Anne, comme s’il pouvait se retourner, s’éloigner et l’oublier.

Et alors elle s’expliquait… Comme maintenant. Elle demandait du temps pour lui expliquer. Il voulut lui accorder, mais il sentit le corps de son amante se crisper. Son oreille de mousquetaire avait évidemment capté le même bruit que celle de Marie-Anne. Il se mordit la lèvre et se raidit. Elle se leva et il s’empressa de la suivre. Autant que l’alcool qu’il avait bu risquait de faire vaciller un autre homme, il décuplait les sens de Ruzé. D’un geste doux, il écarta la jeune femme qui écoutait au travers de la porte. Après lui avoir jeté un regard qu’il voulait confiant, il passa sa main contre son dos, descendant contre la chute de ses reins. Ce mouvement se voulait comme un adieu. Nicolas se saisit de son épée et ouvrit la porte en tâchant de ne pas faire de bruit. Pieds nus, il se dirigea vers la cage d’escalier. Le mousquetaire étira son cou afin de voir quelque chose. Il vit un vase brisé sur le plancher du vestibule. Cela ne lui présageait rien de bon. Charles était quelqu’un de très minutieux et il exigeait de ses domestiques rien de moins que la perfection. La nervosité le fit serrer son épée plus fortement, alors qu’il descendait les premières marches. Bien vite, il dut remonter, car Gilles passait maintenant dans le vestibule suivi d’un homme qu’il ne connaissait que trop bien. Marie-Anne aussi d’ailleurs !

Rapidement, il retourna à la chambre de Charles. Il retrouva Marie-Anne. Ses yeux agrandis par la situation, il saisit violemment son amante par le coude.

-Pardonnez-moi, mais je n’ai guère le choix. Dépêchez-vous ! Rhabillez-vous ! Ramassez tout ce qui vous appartient. Suivez-moi ! Vite, vite !

Il disait cette phrase alors que lui-même, il reprenait ses bottes de mousquetaire, cachant ses vêtements sales dans un coin de la penderie. Nicolas sentait la panique monter en lui. Tout lui semblait en ralenti, comme si tous ses mouvements étaient suspendus dans le temps.

-Marie-Anne, suivez-moi !

Craignant de blesser la poupée de porcelaine à laquelle elle ressemblait dans cette tempête, Nicolas n’osait pas la toucher. Il savait l’ampleur de sa force sous la colère ou la panique. Ses yeux s’agrandirent en jouant avec la chevillette d’une porte dérobée par un rideau. Ils se fendirent en un bref éclair bleu alors qu’il entendait les pas d’Armand-Charles de la Porte, duc de La Mailleraye se poser au palier. Il fallait qu’ils fuient maintenant ! D’un grand coup de force, Nicolas réussit à ouvrir la porte et laissa passer Marie-Anne avant de s’y engouffrer également. La porte dérobée se referma à l’instant où Armand-Charles ouvrit celle de la chambre. Avant de descendre dans l’obscurité, Nicolas entendit Gilles expliquer l’état de la chambre :

-Une amante de monseigneur est venue plutôt. Je fais changer les draps à l’instant à l’instant, Monseigneur.

S’adossant l’espace d’un instant contre le mur de pierre dont était fait ce passage secret, le temps que son cœur ralentisse, Nicolas se promit de remercier en matières sonnantes le brave Gilles. Mais il ne voulait pas s’éterniser. Dépassant sa maîtresse, le mousquetaire descendit dans l’obscurité de l’escalier. Dans sa précipitation, il n’avait pas pensé à se munir d’une chandelle. Il connaissait un peu le passage, mais au moins, si Marie-Anne trébuchait, il amortirait sa chute. Dans le noir et le silence, Nicolas eut le besoin de sentir sa main. Il la glissa contre ses jupes et chercha la sienne. Il ne voulait pas se retourner. Il se sentait comme Orphée qui ramène Eurydice des Enfers.

Quand les deux amants arrivèrent aux cuisines, Nicolas guida Marie-Anne à la porte de service et lorsqu’ils furent dans la rue, il escorta sa dame jusqu’au carrosse noir qui attendait dans la rue Notre Dame des Champs. Il la fit grimper dans la voiture et s’inclina légèrement. Se relevant, il regarda le visage de son amante.

-Nous avons passé à deux doigts de nous faire prendre par votre beau-frère et mon cousin, ma chère. Armand-Charles de La Porte a failli nous rendre une petite visite surprise. Mais fort heureusement, nous sommes parvenus à partir à temps. Maintenant, vous devez partir. On ne sait jamais qui rode dans les alentours.

Il prit la main de Marie-Anne, y déposa un baiser.

-Désolé de vous imposer cela. Vous méritez mieux. Mais quand notre petit plan aura obtenu les effets que nous désirons, nous pourrons peut-être rêver de meilleur. Madame…

S’il n’avait été qu’un paysan, un homme sans ambition, sans volonté, sans fierté, il lui aurait dit quelque chose de chevaleresque, quelque chose de beau, de troublant. Mais il était un mousquetaire, hautain et orgueilleux. Après un dernier regard, il s’élança dans la nuit.

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Marie-Anne Mancini

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MessageSujet: Re: Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini|   Cinq minutes avant minuit | Marie-Anne Mancini| Icon_minitime16.04.11 15:39

Marianne était frivole, aimait l’intrigue et le complot, mais le danger, jamais. Elle ne pouvait se laisser conduire dans une situation qui puisse la faire chuter. Le cœur battant, elle avait posé son oreille sur la porte, posant le plat de sa main sur l’épaisse planche de bois. Elle sentit la main de Nicolas descendre le long de ses reins et malgré l’envie qu’elle eu de se blottir contre lui pour apaiser son cœur qui ne cessait de battre, elle se recula de quelques pas, s’emmitouflant dans la couverture qui gisait sur le lit défait.
Ses yeux suivirent Nicolas qui avait saisi son épée et avait ouvert la porte. Assise sur le bord du lit, elle ne parvenait ni à calmer les palpitations de son cœur ni même sa respiration et instinctivement, elle repassa ses bas, rassembla ses affaires.
Qui que fut-ce l’étranger, elle ne devait pas se trouver en ces lieux, encore moins y être découverte ! Elle craignait le danger, mais surtout le danger d’être vue et reconnue. Cela sonnerait le glas de sa maigre liberté.

Elle tendit l’oreille, tenta de percevoir quelques sons et vite, très vite, elle entendit des pas monter l’escalier. Marianne ne reconnu pas les pas de Nicolas. Il fallait fuir, vite, se cacher ! Elle se leva d’un bond, attrapa ses chaussures, saisi son manteau et au moment où elle tournoyait sur elle-même, ses yeux en quête d’une sortie miraculeuse, son amant apparu par le battant ouvert de la porte.
La jeune femme s’arrêta soudainement.

-Nicolas, souffla-t-elle ! Que se passe-t-il ?

-Pardonnez-moi, mais je n’ai guère le choix. Dépêchez-vous ! Rhabillez-vous ! Ramassez tout ce qui vous appartient. Suivez-moi ! Vite, vite !

Elle n’eut le temps de terminer sa phrase, le mousquetaire l’avait prise par le coude et tentait de tirer la chevillette d’une porte dérobée. Elle comprenait bien trop ce qu’il se jouait à cet instant, mais elle su qu’aucun mot qu’elle pourrait dire n’était utile à la situation. Il fallait laisser Nicolas agir et le suivre ; la confiance qu’elle avait en lui était si grande qu’elle se savait bien inutile.
Elle n’entendait pas les pas s’approcher de la porte tant son cœur battait, mais elle les imaginait gravir un à un ces échelons. Vite, vite ! Il fallait que cette porte dérobée s’ouvre !
Elle ne croyait plus y parvenir, lorsque d’un coup sec, Nicolas ouvrit brusquement le panneau, la poussa à l’intérieur et referma la porte sèchement, alors que le claquement bien connu de la porte de la chambre retentissait dans la pièce qu’ils venaient de quitter.

Marianne, affaissée sur le mur, tâchait de reprendre contenance mais cette montée soudaine d’adrénaline avait perturbé ses esprits. Elle se sentait étouffer et le manque d’air soudain s’ajouta au malaise physique de sa récente grossesse. Elle sentait à côté d’elle le corps de Nicolas, et entendait la respiration de l’homme. Elle ne voulait que se blottir contre lui, calmer ensemble leurs cœurs qui battaient bien trop fort avant de repartir, mais Nicolas ne lui laissa aucun choix et la dépassant, longea le couloir sombre.
Il s’éloignait doucement et Marianne trottina pour le rattraper. Il marchait en silence mais elle sentit sur sa robe la main tâtonnante du mousquetaire qu’elle saisi avec ferveur. Ses doigts entourant ceux de son amant, elle senti un regain et marcha plus ardemment vers les cuisines qui apparurent au bout du couloir.

-Nicolas, parlez-moi ! Etes-vous fâché contre moi ?

Cette question était stupide, voire idiote, mais Marianne avait besoin d’entendre la voix calmée de Nicolas. Tout s’était si précipité qu’elle pensait le perdre au bout de ce couloir sombre.

-Nous avons passé à deux doigts de nous faire prendre par votre beau-frère et mon cousin, ma chère. Armand-Charles de La Porte a failli nous rendre une petite visite surprise. Mais fort heureusement, nous sommes parvenus à partir à temps. Maintenant, vous devez partir. On ne sait jamais qui rode dans les alentours.

-Nous étions chez ma sœur et mon beau-frère, s’étonna-t-elle, surprise ? Pourquoi ne m’avez-vous rien dit, Nicolas ! J’aurais refusé de vous y avoir suivi ! Nous avons failli tout deux perdre bien plus qu’une nuit !

Elle n’avait plus la peur en elle, mais une frustration, un sentiment d’avoir été trompée. Qu’elle-même cachât à Nicolas sa situation n’avait aucune comparaison ! Elle masquait une grossesse jusqu’à temps de trouver l’instant adéquat pour le lui annoncer. Nicolas, lui, avait caché cette information capitale ! Il avait peut-être manqué de les faire perdre ! La situation lui avait échappé, la laissant dans un état de frustration. Mais le regard bleu du mousquetaire stoppa son élan boudeur. Tous deux avaient eu si peur que ce baiser qu’il déposa sur sa main empêcha toute remarque peu amène de passer les lèvres de la jeune femme. Ce baiser lui tira même un sourire timide.

-Désolé de vous imposer cela. Vous méritez mieux. Mais quand notre petit plan aura obtenu les effets que nous désirons, nous pourrons peut-être rêver de meilleur. Madame…

Elle eu envie de lui répondre que tout ce qu’elle vivait avec lui ne pouvait trouver d’équivalent, mais c’eût été lui mentir, alors qu’elle sentait en elle le petit être grandir. Elle devait le lui avouer, alors qu’il tenait entre ses doigts sa main blanche. Elle devait le lui dire avant qu’il ne fuit, avant que le duc son mari ne l’ôte de la cour, avant que le mousquetaire l’apprenne par un tiers.

-Nicolas, commença-t-elle, mais l’homme avait lâché sa main et sans prêter attention à ses paroles, s’esquiva dans la nuit, elle une ombre s’évanouissant.
Marianne ferma les yeux quelques secondes et lentement, encapuchonnée dans sa cape, contourna l’hôtel de son beau-frère afin de retrouver la voiture qui l’avait emmenée.

Etait-elle seulement encore là, cette voiture ? Marianne trottina, inquiète, jusqu’au bout de la rue, évitant soigneusement le cœur de la rue où l’eau croupie dégageait une odeur nauséabonde. Elle sauta au-dessus d’une flaque d’eau sale et aperçu enfin le petit carrosse qui attendait. Grimpant lestement, elle ordonna simplement d’une voix étouffée.

-Rue Jacob !





***topic clos***

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