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 Your guardian angel {pv Thomas of Norfolk}

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MessageSujet: Your guardian angel {pv Thomas of Norfolk}   15.01.10 2:45

- Un détail de ce château m’a toujours intrigué ma chère !

- Quel est-il donc marquise ?

- Pourquoi cette horloge d’Apollon au dessus de la chambre de notre souverain, indique t-elle toujours 2h15 ?


Milena de Cortès devisait ainsi en compagnie d’une dame française, à qui elle tentait vainement de soutirer quelques informations utiles. Car cette marquise avait le privilège de posséder une charge d’importance auprès de Marie Thérèse. Discrètement, subtilement, la princesse espagnole telle une fourmi rassemblait toutes les miettes qu’on lui apportait. Car ces miettes un jour ou l’autre pourraient former un beau gâteau empoisonné !

" La vengeance est un verre aux parois poreuses, ma fille. Elle n'apporte rien d'autre à l'homme que la promesse du vide ! "

Néanmoins avant d’atteindre son but, il fallait gagner en patience et prendre goût à autre chose. Mais comment ? Seules la vengeance et la rancune lui laissaient encore du goût, le goût d’un fruit amer !

***

" Haïr c'est boire une eau salée. Votre soif redouble. Observez un ver à soie. Il s'entortille dans un cocon. Il croit qu'il y sera en sécurité mais il ne fait que préparer sa tombe. La haine deviendra votre tombe. Vous allez vous y enfermer avec votre souffrance. "

Les sermons, les conseils des prêtres avaient beau marteler son esprit et sa conscience, rien n’y faisait ! Abandonner ? Elle ne le pouvait pas ! La haine deviendrait sa tombe ? Soit, mais le ver à soie entortillera d’abord la Reine avant de l’étouffer elle même.

- Le savez-vous ?

Milena sursauta légèrement, tant elle était absorbée encore une fois par cette obsession, cette raison de vivre et de mourir ! Vendre son âme pour obtenir sa revanche ? Sans la moindre hésitation elle accepterait, et cette marquise si délicieuse ne lui sourirait pas autant à connaître les méandres de ses pensées machiavéliques. Mademoiselle de Cortès soupira intérieurement et reprit cette conversation inintéressante.

- Bien sûr madame, lorsque le Roi Louis XIII a rendu son âme à Dieu, on a relevé l’heure de sa mort. Quand Louis XIV fit construire Versailles, il voulut que cette horloge soit mise au dessus de sa royale chambre, les aiguilles toujours pointées sur 2h15 … Jusqu’au moment de sa propre mort où son successeur affichera à son tour, l'heure où le Roi Soleil trépassa sur ce merveilleux cadran !

La marquise française ébahie qu’une princesse étrangère lui apprenne une telle chose, pouffa d’un rire peu élégant.

- Dieu du Ciel ! C’est prodigieux ! Comment êtes-vous donc au courant de ce fait ?

Comment ? Décidément que pouvait-elle faire, quel sujet aborder, quelle occupation avoir pour chasser Maria Teresa de son esprit? Car cette petite anecdote elle l’avait apprise de la petite infante, alors sa meilleure amie et non sa pire ennemie. Anne d’Autriche envoyait alors moultes lettres à sa nièce et Milena en confidente digne de ce nom lisait ces missives également. Pour ne pas se trahir, elle déclara vaguement …

- La Reine mère et la Reine demeurent de naissance espagnole, mon père adoptif ne l’est pas moins, et lorsque l’on porte un titre aussi prestigieux que le sien, on peut connaître bien des choses. L’Europe des Rois n’est rien d’autre qu’une grande famille.

Elles échangèrent un sourire mutin et se dirigèrent vers le bassin de Neptune. Milena tenait à cette promenade malgré l’heure avancée, malgré la nuit qui s’imposait à Versailles et dissimulait le soleil qui y régnait. Revêtue chaudement comme il se doit, et malgré le fait que mademoiselle de Cortès soit frileuse, cette marche se révélait bénéfique pour son sommeil. A épuiser son corps, elle épuisait aussi son esprit et à pousser à bout de forces celui-ci, elle ne pensait plus. Il s’agissait là d’un jeu de ricochet. La conversation continuait bon train sur les statues présentes autour du Dieu Neptune, lorsqu’un gentilhomme aux yeux épouvantés bouscula la demoiselle.

- Par ma foi, seriez-vous devenu fou monsieur ?

L’homme leva les bras comme unique signe d’excuse, de sa bouche bée ne sortait aucun son ! Avait-il vu un fantôme ? Il pointa frénétiquement du doigt un endroit quelque peu en recul ! Que se passait-il donc ? Les deux femmes s’avancèrent à grands pas vers le lieu indiqué par le gentilhomme qui venait de prendre ses jambes à son cou. Plus elles approchaient de ce bassin et plus les gens s’enfuyaient ou hurlaient. Milena ne supportant plus ce manège attrapa une jeune écervelée par le bras avant qu’elle n’ait eu le temps d’aller plus loin.

- Mais enfin que vous arrive t-il ?

- Le diable mademoiselle ! Le diable !

- Que me chantez-vous là ? Le démon ne peut se trouver au sein du château où vit le Roi Très Chrétien !

- Et pourtant il est bien céans, il vient de posséder un homme, si nous restons il en fera de même pour nous ! Voyez par vous-même !

La niaise demoiselle la conduisit elle, et la marquise sur les lieux ! Ce que Milena vit, la fit tressaillir jusqu’à l’échine ! Pauvre homme, à trembler ainsi, à avoir les yeux se retourner dans ses orbites, il ne vivrait pas longtemps, surtout avec personne pour le secourir ! L’espagnole se précipita, il n’y avait rien de diabolique dans cette scène effrayante, mais tout pouvait encore tourner au tragique.

- Princesse je vous en conjure n’y allez pas ! La jeune fille a raison, Satan possède ce gentilhomme ! Vous ne pouvez rien pour lui.

Avant de prendre à son tour la poudre d’escampette, cette chère marquise se signa par trois fois. Milena et l’inconnu restaient seuls, livrés à eux même. En moins de temps qu’il en faut pour le dire, mademoiselle de Cortès le tira comme elle put, du bruit du bassin dont la source très forte à ce niveau ne pouvait qu’empirer son état, elle le positionna de telle façon que ses voies respiratoires furent bientôt libérées et posa sa tête sur ses genoux en guise de coussin. Se voulant rassurante, elle entreprit alors de lui parler de sa voix la plus douce …

- Ce n’est rien Monsieur … je demeure à vos côtés et ferai tout pour vous soigner de cette terrible affection.

Il fallait attendre que la crise passe … pour l’heure Milena ne pouvait rien faire d’autre sinon espérer.
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MessageSujet: Re: Your guardian angel {pv Thomas of Norfolk}   20.01.10 18:09

Lorsqu'il sentait l'agitation le gagner, le duc de Norfolk savait parfaitement qu'une promenade au-dehors était le meilleur des remèdes. En effet, constatant le pli soucieux qui barrait souvent son front pâle dans les moments de tension, nombre de gens, doctes hommes de médecine ou amis de bon sens, lui avaient recommandé une bonne nuit de sommeil, avec à la clef, au réveil, l'apaisement et la solution à ses problèmes. Or, il épousait tout à fait cet avis, et l'aurait volontiers suivi s'il n'avait été insomniaque, ce qui généralement faisait naître une moue dépitée chez ses bienveillantes âmes, et un rictus chargé d'ironie sur ses lèvres. Il pensait avoir cerné le fonctionnement de son propre corps et de toutes les pathologies qui affaiblissaient une constitution qu’il savait déjà frêle et vulnérable. Encore aurait-il été un jeune aristocrate oisif et entièrement libre de se répandre en innombrables soins pour sa petite personne, sans tracas et peu soucieux d’encourir la ruine ; mais ses responsabilités militaires et diplomatiques étaient trop lourdes pour qu’il présumât hasardeusement de ses forces, les conséquences, chacun en était intimement conscient, se révèleraient catastrophiques.

C’est
pourquoi Thomas réfléchissait depuis quelques temps à renoncer à sa charge de maréchal du royaume d’Angleterre, avec toutes les déchirures que cette démission entraîneraient : sa cote de popularité subirait une chute certaine bien que sa brillante réputation n’en serait point ternie au final ; bien plus douloureuse serait celle de son roi… Assurément, Charles ne manquerait pas de le harceler afin de percer à jour sa décision, qu’il verrait comme une véritable trahison à son égard, personnel tout comme politique, et il craignait son désappointement autant que son éventuelle rancune. Après tant de batailles où leur sang s’était mêlé, la profondeur de leurs sentiments réciproques et cette confiance mutuelle que le jeune homme n’avait jamais pu léguée à quiconque avec pareille abnégation. Mais la configuration des perspectives qui avait toujours été la même depuis sa naissance, son enfance, venait d’être sérieusement ravagée par un phénomène auquel Thomas ne s’était point attendu, et avait coupé court au bel avenir tout droit tracé de conseiller préféré et choyé, s’il fallait le dire, par un des plus grands rois d’Europe… Le mariage !

Justement, son entrevue avec le roi de France s’était passée à merveille : ce qui, paradoxalement, n’avait certainement point arrangé ses hésitations, bien au contraire. Le duc de Norfolk avait prétexté un séjour à la cour de Versailles pendant six mois, mais qui pourrait parfaitement être reconduit si besoin était : ce qui ne manquerait pas d’arriver, il le pressentait avec une certaine appréhension, car Versailles était un puits sans fond où croupissait toute la fange des complots qui souillait, hélas ! bien des personnes de sa connaissance, et quelques-uns qui lui étaient bien trop chers à son cœur… La belle Gabrielle, que son impétueuse jeunesse mènerait à sa perte, si elle n’y prenait garde ! A travers leur copieuse correspondance, il n’avait eu de cesse de marquer son hésitation, d’émettre mille doutes, et des mises en garde qu’un frère protecteur et soucieux de sa sécurité n’aurait manqué de dispenser. Il n’aimait pas cela, et il imaginait déjà les ennuis poindre à l’horizon, par la faute de cette buse de prince de Saxe, ou par la suspicion importune de… comment se nommait-il ? Comte ou vicomte, dont il avait à plusieurs reprises surpris le regard plissé de circonspection : un séducteur notoire, agaçant comme personne. Qui s’y frotte s’y piquera.

L’air était quelque peu frais, mais ce froid sec changeait particulièrement de la perpétuelle brume anglaise, ce fog suffocant d’humidité auquel il était habitué. Le jeune homme s’arma d’une longue veste de velours doublée de castor et d’un vert sombre et doux, autant pour se protéger d’un éventuel rhume – il était absolument hors de question d’attraper de nouveau une satanée grippe qui le clouerait au lit, quoique la perspective de voir Victoire se transformer en garde-malade attitrée le tenterait diablement -, que pour passer inaperçu dans l’obscure verdure du parc. Avec tristesse, il se mit à déplorer intérieurement le peu de temps passé avec sa femme. Sa si jeune femme… Lady Norfolk, combien cela résonnait étrangement à ses oreilles ! Il crut entendre la voix de Charles chahuter familièrement sa mère, la fière duchesse galloise qui ne s’en laissait point compter par un anglais, fut-il roi et suzerain ! Et son frère de lait, Bryn, qui annonçait sa petite sœur dans le vaste hall du château de Norwich, tandis que l’écho était répercuté sans fin : Lady Norfolk ! Lady Norfolk, Lady Norfolk, Norfolk…

Thomas fléchit sur les genoux et porta promptement la main à sa poitrine, vérifiant avec un étrange sang-froid son pouls cardiaque, qui battait à tout rompre. Ne point s’alarmer, il connaissait cette impression si étrange, de flotter agréablement dans l’air, avec le sang qui battait à ses temps en un tempo lancinant. Il lui semblait qu’il pouvait maintenir le contrôle de lui-même qu’il ne perdait qu’en ces moments de crise, quand l’épilepsie jetait l’assaut sur sa proie favorite, ce corps qui n’était qu’un entremêlement de nerfs, avant de s’attaquer victorieusement à la place forte, sa raison ! Mais trop tard, trop tard : déjà il sentait ses muscles se contracter puis se raidir violemment, et d’infimes sueurs froides jetèrent un froid glacé sur son échine et son visage livide. Une seconde de répit lui permit de se relever prestement, comme piqué par une épine, avant qu’une atroce contraction le fit se jeter à terre avec un gémissement de douleur et de colère – émotion furieuse qui n’arrangerait guère son état. Mais sa grimace courroucée changea du tout au tout, et il eut l’horrible impression que son visage devenait un masque de bois ou d’acier, figé comme un pantin.


- Mais enfin que vous arrive t-il ?

- Le diable mademoiselle ! Le diable !

- Que me chantez-vous là ? Le démon ne peut se trouver au sein du château où vit le Roi Très Chrétien !

- Et pourtant il est bien céans, il vient de posséder un homme, si nous restons il en fera de même pour nous ! Voyez par vous-même !

Et une voix féminine, un peu plus proche :

- Princesse je vous en conjure n’y allez pas ! La jeune fille a raison, Satan possède ce gentilhomme ! Vous ne pouvez rien pour lui.

Ce fut la dernière chose que Thomas entendit, et le peu de maîtrise sur lui-même qu’il était miraculeusement parvenu à conserver fut pulvérisé par le sentiment de révolte et de mépris rageur qui le prit : le traiter comme un possédé, lui ! Lui, Thomas of Norfolk, dont la foi était si intimement enracinée dans son cœur, dans sa chair ! Lui qui chérissait chaque jour et chaque nuit le Seigneur depuis qu’il était en âge d’articuler deux mots de latin et de comprendre l’amour ineffable… Il se mit à convulser de manière tellement désordonnée qu’il offrait un spectacle atroce qui le remplirait immanquablement d’une irrépressible et mortifiante honte une fois sa crise finie. Or, il en était seulement au deuxième stade, et n’était déjà plus conscient de rien, pauvre être en proie au haut mal et dont la respiration sifflante et saccadée s’accélérait et ralentissait successivement, menaçant de s’étouffer avec ce visage déjà bleuâtre, ses doigts délicats grattant frénétiquement le sol de terre battue.

Le jeune homme ne se rendit donc absolument pas compte de cette merveilleuse âme qui, anticipant savamment toute la progression du mal sacré, était en train de prendre soin de lui avec une douceur et une fermeté parfaites. Sa respiration bruyante se calma, et il lui sembla entendre de loin une voix rassurante, avec un accent chaud et plaisant qui fit dessiner dans son esprit l’image trouble de le reine Catherine.

- Ce n’est rien Monsieur … je demeure à vos côtés et ferai tout pour vous soigner de cette terrible affection.

Trois
bons quarts d’heure plus tard, le jeune homme se releva en un sursaut formidable et se retrouva nez à nez avec un visage féminin aux traits enchanteurs de finesse, qu’il dévisagea avec un air halluciné avant de se rejeter prestement en arrière. Il ferma les yeux, encore injectés de sang et cernés de noir, afin de réunir ses pensées et retrouver son calme, avant de pouvoir demander d’une voix mal assurée à sa mystérieuse bienfaitrice :


    « - Je devine ce qui m’est arrivé, Madame… et je ne doute point que vous m’y avez aidé… enfin, sauvé, devrais-je dire ! Qui que vous soyez, vous avez ma gratitude éternelle… Mais qui donc êtes-vous ? Et… par quel miracle êtes-vous restée à mes côtés, alors que le « mal sacré » crée toujours la débâcle lors d’une crise ? »


Son ton s’était assuré et il souriait même, à présent, avec un petit air sarcastique tandis que ses pommettes hâves se coloraient à nouveau de rose. Dans ses yeux agrandis par une lourde fatigue et par l’épilepsie, se lisait une lueur de sincère reconnaissance, et il se rapprocha à nouveau de cette jeune femme dont la beauté racée était soulignée par le clair de lune. Le jeune homme se sentit pris d’une sympathie qui l’émut profondément à son égard, mais dont il ne montra rien. Il n’était pas encore près à baisser complètement sa garde…
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MessageSujet: Re: Your guardian angel {pv Thomas of Norfolk}   25.01.10 20:16

La tête de l’inconnu posée toujours sur ses genoux, et sa mauvaise posture eut pour effet d’engourdir rapidement les jambes de la princesse. Elle ressentit bientôt ce fourmillement désagréable mais ne se serait jamais permis de bouger. Qu’importait son propre confort, tandis que ce pauvre homme au teint si bleuâtre se défendait contre cette grave crise.

Pour avoir étudié les symptômes avec son fidèle Salim durant les quelques mois précédant son voyage en Amérique du Sud, Milena connaissait fort bien cette affection, due en particulier au stress et à l’insomnie. Nul doute donc que ce gentilhomme possédait une importante charge à Versailles, et hautes fonctions sont souvent synonymes de grands soucis. Les minutes passèrent insoutenables, la princesse prenant garde à tout, empêchant qu’il ne se coupe la langue avec ses dents, massant ses tempes et les nerfs si raides de son cou, et surtout faisant en sorte qu’il puisse respirer !

Enfin peu à peu il se calma, ses doigts crispés cessèrent de s’enfoncer dans la terre et il tomba dans une léthargie comateuse bien connue, une fois la nervosité évanouie. Son visage tantôt figé tel le bois d’une marionnette, se fit détendu. A le voir ainsi, une seule image venait à l’esprit de Milena, celle d’un soldat éreinté après une dur combat. Elle ne le quitta pas plus après la tempête et attendit patiemment la fin de cette seconde phase.

La jeune femme se détourna un instant pour apercevoir l’heure indiquée par le cadran de Versailles, cadran illuminé seulement par un pâle clair de lune. Cela faisait presque une heure qu’elle s’était portée au secours de l’homme, et les fourmillements se métamorphosaient de plus en plus en méchante crampe. Est-ce le geste qu’elle fit alors, qui le tira de ce semblant de sommeil ? Toujours est-il que tout à coup, comme propulsé par un ressort imaginaire, l’inconnu se redressa et même se mit debout. Il scruta son visage avec insistance, malgré sa pâleur, il semblait tout à fait remis.


" - Je devine ce qui m’est arrivé, Madame… et je ne doute point que vous m’y avez aidé… enfin, sauvé, devrais-je dire ! Qui que vous soyez, vous avez ma gratitude éternelle… Mais qui donc êtes-vous ? Et… par quel miracle êtes-vous restée à mes côtés, alors que le « mal sacré » crée toujours la débâcle lors d’une crise ? "

Mais sur le moment Milena n’avait guère le cœur à se présenter ou à engager toute discussion elle luttait contre cette crampe sévère et se massait la jambe. Elle se mordait les lèvres afin de ne pas gémir, car même si cette douleur passait vite, elle n’en demeurait pas moins vive ! Lorsque celle-ci fut légèrement passée, elle tendit la main au gentilhomme afin qu’il la relève.

- Voulez vous m’aider je vous prie Monsieur ?

Ce qu’il fit avec galanterie et gentillesse. Hélas son mollet portait les stigmates de sa crampe et tirait terriblement à chaque pas, si bien qu’elle en boitait quelque peu.

- Allons sur le rebord de ce bassin, cela pourra passer et nous pourrons converser plus aisément.

Il l’aida à marcher jusqu’à l’endroit convenu et qui heureusement ne se trouvait pas loin, quelques badauds osaient se promener, alertés par la meute de courtisans apeurés fuyant vers le château. Cette perspective conforta Milena dans son idée, l’homme auprès d’elle devait posséder une fonction fort importante. Un diplomate peut-être, elle avait pu noter un très léger accent étranger, lorsqu’il lui avait adressé la parole. Une fois assise, la princesse poursuivit ses gestes pour que le sang circule mieux au sein de sa pauvre jambe.

- Vous dévoiler mon identité ne vous apprendra rien, car je suis fraîchement arrivée à la Cour. Néanmoins, j’ai pour nom Eugenia de Cortès.

Milena ne put s’empêcher d’émettre un sourire en se remémorant les paroles de cet inconnu. "Le mal sacré " c’était bien le mot et en effet il faisait fuir bien du monde. Elle prit un air faussement digne, haussa les épaules avec espièglerie.

- Comment aurais je pu partir alors que vous vous trouviez en danger ? En outre sachez Monsieur que je ne suis point superstitieuse, malgré mes ascendances toutes hispaniques et donc pieuses, la prière est un bon remède certes mais comme notre bon Seigneur l'a dit, aides toi et le Ciel t'aidera. Voilà pourquoi j’ai pu étudier quelques rudiments de médecine lorsque j’étais en Amérique du Sud. Vos crises n’ont donc plus de secret pour moi.

La jeune femme dont la jambe se détendait peu à peu, se tourna vers son interlocuteur, son visage prit un ton grave et sérieux.

- A ce propos, j’ai en ma possession certaines plantes et autre composés tout à fait capables de soigner ce mal dont vous souffrez ! Mais … me feriez-vous pleinement confiance pour cela ?

Après tout elle n'était qu'une femme ... accepterait-il son aide, ou réagirait-il en homme sûr de sa supériorité ? Puis s’interrogeant à son tour sur l’identité de son patient, car il l’avait été pendant près d’une heure, elle osa le questionner.

- Mais laissons cela pour l’instant, je n’ai également pas l’honneur de vous connaître, Monsieur. Bien que je ne doute point de votre position, vu l'extrême tension que subissent vos pauvres nerfs.
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MessageSujet: Re: Your guardian angel {pv Thomas of Norfolk}   14.02.10 19:04

- Voulez vous m’aider je vous prie Monsieur ?

Thomas s'empressa d'accéder à sa demande et la releva lestement, tendant son bras courtoisement afin qu'elle s'y appuyât, et l'aidant d'une douce aide sans équivoque de la main sur sa taille. Il eut un petit sourire désolé, et s'excusa ainsi de la gêne qu'il avait dû, durant ces dernières heures, lui imposer involontairement :

    " - Pardonnez-moi pour la souffrance qu'a dû vous occasionner cette position fort peu commode, et ce par ma faute ; afin, ces petits ennuis-là ne se commandent point, et à vrai dire je m'en serai fort bien passé. "


Mais peut-être que le mal pourrait bien se révéler source de joie et d'amitié, qui fleurissent si vivement sur le terreau d'incidents malencontreux, et qui même s'acharnent à naître dans les occasions les plus inhabituelles, comme s'il fallait que le hasard ou le destin fût provoqué de telle manière à ce qu'il impulsât une atmosphère confiante, légère et sereine, propice aux liens les plus intenses. En tout cas, chaque semaine apportait son lot de surprises pour Thomas qui, depuis son arrivée en France, multipliait les situations les plus étranges où il ne se trouvait – il fallait bien le reconnaître – guère à son avantage, bien qu’à chaque fois le dénouement de ces trop nombreuses péripéties se fît dans une félicité la plus totale. Quoique… Sa fuite clandestine de l’hôtel particulier de l’obligeante vicomtesse de Comborn lui laissait encore un goût amer dans la bouche ; non pas que ces quelques jours passés en sa charmante et accueillante compagnie lui eussent déplu, bien au contraire : mais il répugnait à recourir à de si lâches extrémités, qui n’étaient guère dans ses habitudes. Mais, fût-il à demi-mort, il lui avait fallu à tout prix regagner Belle-Isle et Versailles sans toutefois se compromettre. Ainsi le duc de Norfolk avait résolu de ne point dévoiler son identité par une prudence que cette dame ne saurait lui reprocher s’il se retrouvait à nouveau sur son chemin, mais cette fois en terrain neutre ; blessé et en sa propriété, il savait qu’il encourait pertinemment quelque péril… C’était autant d’arguments qu’il pourrait asséner s’il fallait par malheur se justifier de sa conduite ingrate, cependant il était convaincu que si elle possédait bien cette sagesse admirable qu’il pensait avoir perçu à ses côtés ô combien charmeurs, Evangeline de Comborn ne saurait lui en vouloir trop…

- Allons sur le rebord de ce bassin, cela pourra passer et nous pourrons converser plus aisément.

Le duc acquiesça en silence d’un petit hochement de la tête en lui prêtant toujours main et bras afin qu’elle pût marcher le moins douloureusement possible. Il se sentait d’autant plus embarrassé qu’il savait qu’il était source de son mal-être, et il appréciait malgré tout le peu de cas – verbal – qu’elle en faisait, avec l’idée masculine que tout autre femme – ou tout du moins, la majorité de ce beau sexe si fragile – se serait répandue en plaintes minaudantes qu’il n’aurait certainement pas eu la patience de supporter longtemps dans ces périodes de nervosité et de lassitude. Il regardait de côté, sous ses longs cils abaissés, le fier profil de ce ténébreux brin de femme qui respirait la fermeté et la noblesse : pareil contrôle de soi-même la fit se propulser dans l’estime du duc, qui savait autant apprécier le caractère que la dignité, surtout si ces deux admirables traits se mariaient à la beauté. Non pas qu’il dédaignât la hideur et la fadeur, mais s’il fallait être parfaitement honnête, tout un chacun devait bien s’accorder qu’un joli visage était bien plus agréable à regarder – mais point forcément à entendre parler si la charmante bouche se tordait affreusement pour débiter des niaiseries : exit –, qu’un extérieur disgracieux.

Thomas sourit avec une morgue inhabituelle aux visages plus ou moins entraperçus des courtisans qui semblaient rôder craintifs à demi, mais pour sûr cruellement tenaillés par une curiosité des plus malsaines. Il ne faisait aucun doute que quelques-uns avaient du le reconnaître lorsque la crise d’épilepsie s’était déclenchée, puisqu’en outre, des domestiques s’élançaient d’un pas pressé vers les bosquets, des linges au bras, et pourvus d’un brancard de fortune. Bien ! Il était hors de question de se donner plus longtemps en spectacle, et il jeta un regard foudroyant et hautain sur chaque personne qui osa lui adresser quelque regard interrogatif : il ne fallait pas trop présumer de son sang-froid, ce soir il se sentait plus hérissé que jamais. Et Victoire ! Quelle serait sa réaction lorsqu’elle apprendra par quelque bouche mal renseignée le « petit malaise » de son époux ? Diable, il se sentait tellement peu sûr de lui auprès de la jeune fille qu’il lui supposait toujours l’idée la moins flatteuse qui fût à son égard, et les élans de passion désordonnées qui le secouaient cruellement lorsqu’il se trouvait proche de la Divine le jetaient dans une frustration atroce, qui le faisait se renfermer inexorablement : qu’elle devait le trouver froid et détestable !

- Vous dévoiler mon identité ne vous apprendra rien, car je suis fraîchement arrivée à la Cour. Néanmoins, j’ai pour nom Eugenia de Cortès.

    « - Cortès ! »


Ne put s’empêcher de s’exclamer Thomas avec une surprise à demi contenue. Il réfléchit très rapidement à la question de savoir s’il était recommandé de se dévoiler à son tour : de fait, son propre pays n’étant pas très bien disposé à l’égard de l’austère Espagne – s’il fallait le formuler complaisamment -, n’était-il pas plus prudent d’user encore une fois de son titre français, certes assez inoffensif et qui ne l’impressionnerait guère, la jeune femme étant de trop haute extraction pour considérer beaucoup ce petit baron de Beaumont, normand rustre et rustique. En revanche, pour ce qui était de Norfolk… Mais à bien y songer, il était hors de question de mystifier une seconde Evangeline de Comborn, dont le souvenir lui cuisait encore beaucoup dans la poitrine, là où son orgueil pourtant point trop exacerbé était quelque peu malmené. Et puis, c’était sans compter la bonté incroyable de cette dame excellente, ainsi que le prestige de son nom. Non, mentir coûterait encore trop cher à son âme déjà tourmentée, et enfin il ne s’en sentait tout simplement pas la force.

- Comment aurais je pu partir alors que vous vous trouviez en danger ? En outre sachez Monsieur que je ne suis point superstitieuse, malgré mes ascendances toutes hispaniques et donc pieuses, la prière est un bon remède certes mais comme notre bon Seigneur l'a dit, aides toi et le Ciel t'aidera. Voilà pourquoi j’ai pu étudier quelques rudiments de médecine lorsque j’étais en Amérique du Sud. Vos crises n’ont donc plus de secret pour moi.

Thomas lui rendit un sourire non moins malicieux, tandis que de minute en minute l’estime naissant à l’égard de cette femme qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam grimpait en flèche.

    « - Seigneur, mais vous êtes un don du ciel, Madame ! Ai-je l’honneur extraordinaire d’avoir à mes côtés une descendante d’un aventurier parmi les plus célèbres d’Europe ? Si cela est, vous me persuadez que le goût pour le voyage est si puissant qu’il traverse miraculeusement les générations, vous en êtes la preuve vivante. Je loue le Tout-Puissant,de vous avoir placée sur mon chemin, telle un ange gardien dont vous avez la grâce tout comme la bonté, et dont je refuse devoir une dette ; ce n’est point par vanité, car j’espère et je crois n’en pas avoir. Mais je vous sais tellement gré de vos soins, que vous pourrez toujours être assurée de mon soutien, de quelque nature qu’il soit, dans quelque situation que ce soit. Même si nous ne nous connaissons pas – du moins, pas encore -, je refuse de considérer cette… rencontre comme autre chose que l’œuvre de la Providence. »


Cependant elle regagna promptement son sérieux, et le duc choisit de regagner une certaine réserve alors qu’elle lui faisait une proposition qui le remplit aussitôt d’aise ; mais il n’en montra rien, et garda un instant un silence méditatif. Son visage s’éclaira un instant, et il chercha d’une main fébrile un petit flacon d’eau de fleur d’oranger dont il imbiba un carré de soie brodée à ses initiales, et qu’il tendit sans mot dire et avec une délicatesse respectueuse à Eugenia de Cortès.

- A ce propos, j’ai en ma possession certaines plantes et autre composés tout à fait capables de soigner ce mal dont vous souffrez ! Mais … me feriez-vous pleinement confiance pour cela ?

- Mais laissons cela pour l’instant, je n’ai également pas l’honneur de vous connaître, Monsieur. Bien que je ne doute point de votre position, vu l'extrême tension que subissent vos pauvres nerfs.


Sa réponse fut aussi simple que son expression fut digne et chaleureuse, mais sans nulle familiarité.

    « - Je vous dois en effet une fière chandelle, et en reconnaissance je veux être de toute franchise avec vous. Je me nomme Thomas Howard, Duc de Norfolk et comte-maréchal du royaume d’Angleterre, et j’effectue actuellement une mission diplomatique par mon roi ; je vous prie par conséquent de passer outre tout préjugé vu les relations guère cordiales entre nos deux pays respectifs, je souhaite n’être en aucun cas l’ennemi d’une femme qui m’a été si précieuse en un moment de détresse. J’accepte donc votre généreuse offre car je ne puis plus supporter le mal dont je souffre chroniquement, et qui met en péril non seulement mes affaires, mais également celles de mon pays. Et puis, si vous trouviez l’occasion et mieux encore, l’envie de me conter quelques-unes de vos aventures, vous combleriez un rêveur privé de tels périples exotiques… »
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MessageSujet: Re: Your guardian angel {pv Thomas of Norfolk}   03.03.10 16:56

" - Cortès ! "

Milena détourna la tête de sa jambe tant cette exclamation de la part de l’inconnu la surprit elle-même. Elle observa avec minutie ses traits et tenta d’en discerner les causes. La connaissait-il ? Etait-il au courant de cette sombre et mensongère mort subie par son "sosie" comme tout le monde paraissait l’être à Versailles ? Allait-il à son tour chercher à en savoir plus sur son compte, ou sur cette remarquable ressemblance, et sur son histoire rocambolesque en somme ? Ou peut-être l’accuser à demi-mots d’avoir profité de son père adoptif et de son amour ? Depuis plusieurs mois, son séjour en France la rendait bien souvent pantoise, tant cette affaire prenait des disproportions que jamais elle n’avait prises auparavant. La Princesse, élevée dans la froideur et la coutume de l’étiquette prônée par les Habsbourg d’Espagne, s’étonnait bien souvent de la propagation de rumeurs à la Cour française. Les coutumes se révélaient si différentes ici bas … Jamais Ô grand jamais les fidèles de Philippe IV ne se seraient permis de pareils étalages de vies, de sentiments, d’espionnages même, sans choquer ou outrager l’Escurial. A Versailles chacun guettait son prochain et Milena se retrouvait au milieu d’une guerre qu’elle ne comprenait guère … la guerre des potins ! Aussi se braqua t-elle quelque peu à la répétition de son nom.

- Vous avez fort bien entendu Señor !

Néanmoins à si bien le fixer, elle lut dans ses yeux un sentiment tout autre qu’une vulgaire curiosité. De la gratitude ? Du respect peut-être ! Cela la rassura et son propre visage se détendit. Le sourire de l’étranger lui confirma d’autant plus cette hypothèse. Non il ne s’agissait pas d’un vautour désirant sauter sur sa proie afin de lui soutirer certaines informations qui auraient tôt fait le tour des corridors, mais d’un gentilhomme prévenant.

" Seigneur, mais vous êtes un don du ciel, Madame ! Ai-je l’honneur extraordinaire d’avoir à mes côtés une descendante d’un aventurier parmi les plus célèbres d’Europe ? Si cela est, vous me persuadez que le goût pour le voyage est si puissant qu’il traverse miraculeusement les générations, vous en êtes la preuve vivante. "

Que pouvait-elle répondre à cet enthousiasme ? L’honneur d’appartenir à cette famille fut ébranlé par tout le drame de son adolescence. Une fois encore, une terrible fois de plus, ce souvenir la gifla ! Lasse des tromperies, ses yeux tantôt brillants de malice s’éteignirent. Le visage honni de Marie Thérèse se profila au devant d’eux et son sang se glaça, son âme se serra ! Pas un seul jour depuis bientôt dix ans, où elle n’avait pu être elle-même, le dire, et le proclamer haut et fort ! Je suis Milena de Cortès ! Descendante d’Hernan de Cortès, protégé de l’illustre Charles Quint, aventurier de son métier, riche d’or de par ses conquêtes de l’Empire Aztèque, officier, grand d’Espagne ! Le portrait de cet ancêtre de renom trônait dans tous les salons de son palais castillan, dont elle connaissait à la lettre chacun de ses périples, chacune de ses haltes. Un cri de révolte monta jusqu’à sa gorge : Oui ! Je porte son sang dans les veines et point celui d’un inexistant petit noble péruvien ! Non je ne suis pas Eugenia de Santil ! Hélas ce hurlement se fit inaudible … Il ne s’agissait pas tant d’orgueil du nom puisqu’elle l’avait retrouvé, mais simplement de fierté, celle de l’identité. Le savait-il ce cher Monsieur Molière qu’une pièce de théâtre hélas bien réelle se jouait en ces lieux ? Cependant Molière se délectait de comédie, peut-être devrait-elle alors proposer la tragédie de sa vie à un Racine ou un Corneille ! La jeune espagnole, blessée, se plongeait derechef dans une ironie cynique qui lui arracha un rictus.

L’âme submergée par tant d’injustices, la princesse se redressa donc aussitôt comme piquée par un insecte invisible, et ses veines bouillonnèrent de haine et de rancune. La Reine de France qui la condamnait ainsi à pêcher contre l’un des dix commandements "Tu ne mentiras point" ne l’emporterait guère au Paradis. Car la belle hispanique devait à nouveau tromper son interlocuteur, un de plus, un de moins … que pouvait bien lui importer! Mais justement oui, cela commençait réellement à lui importer !


- Señor, je suis en effet une descendante …

Devait-elle ? Cela lui arrachait tant les tripes et l’âme de réciter cette fable. La thèse officielle ! La thèse officielle ! Ces trois mots résonnèrent en un écho mortel au plus profond de son être.

- Par adoption seulement de ce grand conquistador. Néanmoins portant ce nom depuis plus d’un an, je serai une honte pour ma nouvelle famille de ne le point connaître.

Et voilà ! Elle l’avait dit ! Le mensonge, cette cruelle vipère venait de la mordre et de distiller son foudroyant venin dans tous les pores de sa peau. Ce serpent là, la tuait à chaque nouvelle morsure ! Elle soignait beaucoup mais on ne la guérissait pas elle ! Seul Dieu le pouvait ! Mais quand ce dernier aurait-il pitié de ses souffrances ? Sa tête se recourba aussitôt tandis qu’elle tentait de conserver un visage impassible, un masque de convenance.

" Je loue le Tout-Puissant, de vous avoir placée sur mon chemin, telle un ange gardien dont vous avez la grâce tout comme la bonté. "

Un ange ? Elle à qui le Seigneur refusait le simple plaisir de prononcer son vrai nom ? Elle envers qui Dieu se montrait injuste en consacrant à Reims une criminelle, lui permettait également d’enfanter et en la laissant elle végéter au Pérou ? Elle qui blasphémait ainsi, tant elle trouvait le Ciel peu clément envers une innocente ! Un ange ? Cette perspective lui fit hausser les sourcils tant elle en doutait !

" Mais je vous sais tellement gré de vos soins, que vous pourrez toujours être assurée de mon soutien, de quelque nature qu’il soit, dans quelque situation que ce soit. "

Ce discours ne put qu’illuminer ses sombres prunelles … Un soutien dans quelque situation que ce soit ! Certes, elle n’avait pas accompli ce sauvetage par intérêt … mais si une opportunité s’imposait à elle … comment aurait-elle l’aplomb d’y renoncer ? Cette réplique se grava à jamais dans son esprit, bien que le sentiment naissant d’estime envers cet homme – toujours inconnu – fût véritable.

" Je me nomme Thomas Howard, Duc de Norfolk et comte-maréchal du royaume d’Angleterre, et j’effectue actuellement une mission diplomatique par mon roi ; je vous prie par conséquent de passer outre tout préjugé vu les relations guère cordiales entre nos deux pays respectifs, je souhaite n’être en aucun cas l’ennemi d’une femme qui m’a été si précieuse en un moment de détresse. "

Norfolk ? Angleterre ? Milena ne put réfréner à son tour une exclamation faciale et elle comprit mieux celle de Thomas. Les deux nations conservaient, des relations froides et la paix ne tenait à vrai dire qu’à un fil … Son père lui avait toujours conseillé de se tenir fort loin des britanniques … ces barbares capables de décapiter leur souverain, de proclamer la République durant neuf ans, puis de faire machine arrière. Des êtres versatiles ! Quant à leur nouveau Roi Charles II, Don Juan notoire, anglican de religion n’était guère fort apprécié dans la péninsule ibérique. Cependant, Milena ne venait pas de sauver la vie de cet homme pour s’en faire un ennemi au nom de l'Espagne. L’amitié se révélait si rare à Versailles qu’elle tut ses préjugés.

- Monsieur, dès ce jour, je ne désire voir en vous qu’un ami et non un sujet de Sa Majesté britannique. Les tensions entre nos deux pays sont ce qu’elles sont, laissons cela à qui de droit. Votre diplomatie a conforté et touché la mienne …

Elle lui tendit sa main à baiser, dans un geste d’entente cordiale et surtout amicale. Un sourire jovial se dessina sur ses lèvres et s’élargit d’autant plus lorsque son "protégé" accepta l’aide qu’elle lui offrait. Elle s’était attendue à essuyer un refus catégorique bien que poli, dû à la discrimination du beau sexe, aussi son agrément l’émut.

- Je vous sais gré de la confiance que vous m’accordez ! Je m’en montrerai digne ! Je ne doute en aucun cas des répercussions négatives de ces crises sur l’exercice de vos fonctions et elles doivent être également pénibles à supporter pour votre entourage. Soyez donc sans crainte, reposez-vous sur moi !

Puis il voulut en connaître plus sur ses voyages … Milena se leva donc.

- Je me ferai un plaisir de vous conter par le détail, certains de mes périples au cœur du Pérou Monsieur, mais pour cela je crains qu’une promenade autour de ce bassin s’impose. Cela sera plus vivant lorsque je vous en parlerai.

La princesse accepta le bras galamment tendu de Thomas de Norfolk, et ils commencèrent à marcher aux alentours.

- So, what do you want to know about New Spain, Sir ?

- Ainsi, que voulez-vous savoir, Monsieur de la Nouvelle Espagne ?

Comme à l’accoutumée, elle n’avait guère pu résister à lui montrer qu’elle était parfaitement polyglotte. La malice la regagna tandis qu’elle rajoutait …

- See, you are officially almost an enemy but it hardly prevented me from learning your language !

- Voyez, vous êtes officiellement presque un ennemi mais cela ne m'a guère ôté l'envie d'apprendre votre langue.
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MessageSujet: Re: Your guardian angel {pv Thomas of Norfolk}   10.04.10 14:25

- Vous avez fort bien entendu Señor !

Le ton était plutôt rude, et Thomas en fut surpris : avait-il dit ou fait un geste qui l'eût offensée ? Il pinça à peine les lèvres et planta avec assurance son regard dans celui d'Eugenia, afin de lui montrer plus éloquemment que ne l'aurait fait de misérables explications qu'il ne se jouait point d'elle, ni qu'il cherchait à scruter sa vie privée comme une buse inquisitrice. A vrai dire, le duc était même un peu froissé de ce qu'elle le prit pour une espèce de courtisan qu'il abhorrait particulièrement : la cruche à potins. Bien évidemment, il aurait été fort tentant de lancer ce sujet propice à exciter ses humeurs destructrices dans la conversation, mais le jeune homme se sentait pris d'un vague malaise, légèrement nauséeux : cet état n'était pas particulièrement dû à sa crise précédente ni par la fatigue, mais pas une morosité qui lui donnait l'impression d'être usé, tellement usé ! De l'intérieur comme de l'extérieur, il avait l'impression que sa peau avait été tannée et asséchée par une sorte de saumure, qui lui donnait des démangeaisons fort désagréables aux articulations.

Enfin, il n'avait guère envie de croiser le fer avec cette gente dame, surtout si, comme il le supposait fort bien, elle était aussi vive qu'intelligente dans de longs palabres qu'aimait bien déclencher Thomas, qui par jeu n'hésitait pas à se faire l'avocat du diable. Ceci, car il n'était pas surprenant de rencontrer de ces jolies fleurs dont chaque phrase semble un trait d'esprit, seulement parce que leur charme plein de fraîcheur, leurs manières gracieuses, leur beauté enivrante et la douceur de leur voix les font s'exhausser sur un piédestal au premier abord inaccessible ; alors qu'il n'est besoin que de leur tourner le dos, de flanquer un coup de pied tranquille dans le fameux piédestal pour les faire choir d'une estime et même d'une vénération qu'elles ne méritent même pas. En effet, la comédienne talentueuse et sotte saura toujours faire se replier dans l'ombre la femme d'esprit qui ne sait s'imposer au monde. Voilà un fait fort triste, mais qui n'était à coup sûr point le cas de la princesse de Cortès, se dit-il en souriant, apaisé.

Néanmoins
, Norfolk était fort loin du compte quant au cas de sa mystérieuse bienfaitrice ! A vrai dire, s'il la sentait quelque peu agitée - bien qu'elle n'en montrât pas grand-chose, c'était quelques frémissements infimes de la fossette, un plissement subit du regard, le ton parfois plus sec de sa voix profonde -, il ne pouvait imaginer à quel point sa situation présente et son histoire surtout ! pouvait être complexe et dramatique. Cette fameuse pièce, qui se jouait à huit-clos dans l'esprit ardent de la jeune femme, dans une atmosphère qui devait frôler l'enfer et suait la sourde menace de l'aliénation, il n'était pas dit que Thomas en serait jamais spectateur. Cependant son intuition lui soufflait toutefois de se mettre en garde vis-à-vis d'Eugenia, qui lui avait en l'espace de seulement quelques instants procuré l'échantillon d'une femme sans commune mesure avec ses semblables du beau sexe - à part quelques exceptions, qui confirmeront toujours la règle, espérait-il : les duchesses de Noailles, Monaghan, Longueville et Mancini, la vicomtesse de Comborn, la princesse de Condé, la comtesse de Leeds... belle liste en vérité, mais si dérisoire comparée à cette vaste foule plombée par leur médiocrité ! Chacune brillait par un trait qui leur était caractéristique, et Thomas ne put s'empêcher de visiter très brièvement cette enchanteresse galerie de portraits féminins.

Sa propre femme était une fleur, un lys si pur qui alliait avec virtuosité les contraires : fragilité et force, bonne grâce et froideur hautaine... Alors que Gabrielle, presque aussi jeune, était davantage un bel animal racé, parfois imperméable et toujours implacable ; il doutait même que l'amour put vraiment entamer sa cuirasse dorée de Diane irrésistible. Et pour ce qui était de l'esprit et de la morgue, il n'était guère étonnant qu'elle ne s'entendît point du tout avec Marianne Mancini ! Cette concurrente coriace avait tout du scorpion, établissant avec maestria des intrigues comme Pénélope sa tapisserie, patiemment mais sûrement, et les coups étaient éclatants ; Gabrielle tenait davantage du serpent, qui s'enroule, enserre, mord et empoisonne insidieusement, causant une douleur indicible et qui ronge avec une lenteur cruelle, tandis que l'adorable venimeuse se coule discrètement dans un coin sombre, intouchable. Mary of Monaghan était la douceur et l'innocence incarnées, et il souffrait déjà de l'inévitable chute que le monde ne tarderait plus à lui infliger, en particulier par un promis méprisable. La princesse de Condé était la noblesse française personnifiée, avec tous ses atouts et ses désagréments. Evangeline de Comborn, une Circé versaillaise dont le regard glacé n’avait rien à envier à une Méduse moderne. Et Amy of Leeds, l’étoile courtisane par excellence, néanmoins en ôtant toute nuance péjorative de l’appréciation : elle brillait, tout simplement.

Eugenia de Cortes, pour sa part, allait sans doute faire une entrée fracassante dans ce panthéon norfolkien, grâce à cette rencontre étonnante. Mais voilà que la jeune femme avait finalement décidé d’en dire davantage sur elle…


- Señor, je suis en effet une descendante … Par adoption seulement de ce grand conquistador. Néanmoins portant ce nom depuis plus d’un an, je serai une honte pour ma nouvelle famille de ne le point connaître.

Il avait noté la brève hésitation et avait eut un petit hochement de la tête pour lui montrer qu’il était bel et bien attentif, ne soupçonnant en aucune manière qu’elles avaient pu être les raisons d’une éventuelle réserve. Et très franchement, en imaginant qu’elle eût atrocement pâli, qu’elle fût tombée en pâmoison ou qu’elle fût devenue soudainement muette, Thomas n’aurait absolument pas forcé les confidences en profitant d’une situation de faiblesse… bien qu’il fut fort peu probable qu’une dame aussi maîtresse d’elle-même se laissât aller ainsi. Les secrets d’autrui, le duc de Norfolk baignait dedans : cette mer de révélations, de trahisons, de détresse et d’intrigues l’écoeuraient parfois en écoutant ou en lisant les rapports de ses espions, d’une nécessité totale pour la sûreté de la Couronne. Mais avait-il les mains déliées, quel plaisir serait le sien de ne plus se plonger dans toute cette fange, qu’il ne parvenait pas toujours - enfer ! - à lessiver…

En tout cas, Thomas ne perçut pas le trouble évanescent de la princesse, et rétorqua avec un brin de malice retrouvée :


« - La naissance ne confère point la qualité, et c’est là le souci de beaucoup de gens. Un nom peut fleurer divinement l’honneur, qui se dissout par la médiocrité qui suinte de certains individus, hélas, desquels il faut parfois dépendre… Somme toute je ne vous connais point, et vous pourrez toujours répondre que mon jugement est hâtif et naïf ; toutefois je suis sûr que vous possédez déjà les trois qualités nécessaires pour être une personne distinguée. Après, quelques héritiers de descendance illustre peuvent juger préférable d’ignorer les hauts faits de leurs ancêtres en espérant les surpasser et doubler leur mérite personnel. »

Ce qui n’était pas vraiment le cas de Thomas, dans les veines duquel un sang ancestral coulait. Si d’aventure quelqu’un lui chantait les louanges de pareille ascendance, il répliquait sans détour qu’il prouverait aisément que si le sang aristocrate n’était certes pas bleu, démontrer que l’on avait l’étoffe d’un véritable seigneur n’était absolument pas une mince affaire ! En fait, il s’agissait perpétuellement des mêmes questions de lignage, d’honneur et de courage, alors que la Cour ressemblait davantage à une arène répugnante, avec son amphithéâtre hiérarchique écumante et hurlante, avec ses gladiateurs chevronnés et ses brebis blanches égorgées. La humiliation d’autrui devenait un haut fait, et détruire littéralement la vie d’un ennemie ou pis encore, d’un être supérieur à soi par la beauté ou l’intelligence, était un triomphe solaire. En France, comme en Angleterre, comme dans toutes les cours d’Europe et du monde, le même cirque sanglant et grinçant.

- Monsieur, dès ce jour, je ne désire voir en vous qu’un ami et non un sujet de Sa Majesté britannique. Les tensions entre nos deux pays sont ce qu’elles sont, laissons cela à qui de droit. Votre diplomatie a conforté et touché la mienne

Thomas ne put réprimer un rire :

« - Vous m’en voyez ravi, dans ce cas ! Cela me rassure quelque peu, parce qu’au vu des conjonctures, je crains que mon sens de la diplomatie n’y suffise point, hélas ! Mais Madame, j’épouse parfaitement ce point de vue, et j’estime particulièrement votre ouverture d’esprit. »

Il accepta galamment sa main qu’il effleura à peine des lèvres, par chasteté autant que par timidité. Néanmoins il se montrait comme l’ami décontracté et jovial qu’il pouvait être seulement en présence de personnes qu’il avait choisies – ou Dieu, ou le Destin -, et avec lesquelles il se sentait instinctivement en confiance. D’ailleurs, il devait sembler quelque peu étranger et irréfléchi à Eugenia que le duc se fût abandonné si rapidement alors qu’il ne la connût ni d’Eve ni d’Adam, pourtant concerné par des affaires pour le moins très graves.

- Je vous sais gré de la confiance que vous m’accordez ! Je m’en montrerai digne ! Je ne doute en aucun cas des répercussions négatives de ces crises sur l’exercice de vos fonctions et elles doivent être également pénibles à supporter pour votre entourage. Soyez donc sans crainte, reposez-vous sur moi !

Norfolk acquiesça en silence et se leva en même temps que la gracieuse jeune femme.

- Je me ferai un plaisir de vous conter par le détail, certains de mes périples au cœur du Pérou Monsieur, mais pour cela je crains qu’une promenade autour de ce bassin s’impose. Cela sera plus vivant lorsque je vous en parlerai.

« - Mon Dieu, vous me faites déjà du chantage, que c’est odieux !... Non, trêve de plaisanterie, je me laisse embarquer sur votre navire péruvien mais il faudra que vous mainteniez le cap, car je crains que perdu dans des rêveries, je ne sois réellement déboussolé… »

Son bras fut aimablement accepté et il se laissa entraîner docilement avec une expression détendue sur le visage qui se défroissait de minutes en minutes.

- So, what do you want to know about New Spain, Sir ?

- See, you are officially almost an enemy but it hardly prevented me from learning your language !

« - Everything, if I may so : my curiosity hasn’t any frontier. I am convinced that I have the soul of an eternal wanderer. And I repeat my admiration for your open-mindedness, and I bewail sincerely such a quality among the courtiers were so rare but pleasant... ”

“ Tout, si j’ose dire : ma curiosité n’a pas de frontière. Je suis convaincu que j’ai l’âme d’un aventurier éternel. Et je répète mon admiration pour ce qui est de votre ouverture d’esprit, et je déplore sincèrement qu’une telle qualité parmi les courtisans soit si rare et mais plaisante… »

[Je ne sais pas ce que vaut cet anglais-là, j'avoue être plus douée pour traduire et comprendre que de composer ^^]
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