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 Petits meurtres à l'hôtel de Harlay

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MessageSujet: Petits meurtres à l'hôtel de Harlay   Petits meurtres à l'hôtel de Harlay Icon_minitime27.03.13 1:17

L'abbé Malingre aurait tout donné pour ne pas être contraint d'honorer l'hôtel de Harlay de sa présence ce jour-là. Non qu'il préférât les réunions libertines où l'on blasphémait haut et fort en sa présence sans se soucier du qu'en dira-t-on (à ce souvenir, il voulut se signer mais ne put le faire qu'en pensée) ou pire encore les enquêtes menées dans le dos du lieutenant général de police durant lesquelles les cadavres semblaient s'accumuler (au grand ravissement de madame de Vendières) mais dans tous les lieux où sa maîtresse le traînait, les salons étaient un forme de torture toute particulière. Entourée d'amis et de connaissances plus ou moins proches, Émilie Colbert était enjouée et Dieu seul savait tout ce qu'elle pouvait alors raconter sur ses activités plus ou moins légales (mais toutes peu dignes d'une dame de son rang et de la belle-sœur d'un ministre du roi) devant une foule d'oreilles attentives. Sans compter qu'à l'origine, elle était censé mettre en avant les qualités ecclésiastiques de son secrétaire afin qu'il trouvât une charge intéressante – c'était pour cela qu'il avait quitté Dijon, ses cent clochers et ses milliers de clercs à la recherche d'un poste, c'était trop de concurrence pour lui – mais pour une raison inconnue, si elle était assez volubile pour parler de ses jeux d'argent (il se signa de nouveau virtuellement) ou de ses dissections (à ce compte-là de signes de croix, il allait finir par faire venir la colombe du Saint-Esprit sur lui – ou exaspérer Dieu pour être dérangé aussi souvent au choix), elle ne trouvait le temps de chanter les louanges de l'abbé condamné à rester à son service comme secrétaire. Au contraire, elle lui trouvait toujours des tâches à faire au lieu de le laisser parler avec des dames de bonne société où il aurait pu montrer l'étendue de ses talents. Et si en soit l'hôtel de Harlay était plutôt sympathique car il n'était pas peuplé d'impies notoires (madame Jeanne-Marie de Harlay était tout à fait agréable), il comportait un tout autre piège : les plats qui arrivaient jusqu'à lui et dans lesquels il aurait aimé pouvoir piocher lui étaient interdits. Peu convenable à un homme de sa stature selon la dame de Vendières. S'il se goinfrait quand elle avait le dos tourné, cela lui était impossible cette journée-là car madame Colbert lui avait donné à porter son chapeau, un sac avec divers instruments et le manuscrit de ses derniers écrits de ses mémoires (signe de croix) ce qui l'encombrait assez pour ne pas pouvoir manger et ne pas pouvoir se signer accessoirement. Et quand il le lui avait fait remarquer dans l'espoir qu'elle lui donne l'autorisation de déposer son paquetage, elle lui avait uniquement répondu « pas de bras, pas de chocolat ». La dame avait un sens de la compassion à géométrie variable.

Peu sensible aux états d'âme de son petit abbé adoré, Émilie de Vendières était quant à elle aux prises avec un tout autre problème que celui des délices qui lui passait sous le nez (elle ne mangeait de toute façon que les gâteaux au chocolat, par principe scientifique évidemment, elle cherchait à démontrer les bienfaits du chocolat sur la santé). Mais un problème beaucoup plus grave car il résidait entièrement en une petite personne qui s'était plantée devant elle et s'acharnait à lui faire la conversation. La dame de Vendières n'avait aucune idée d'où pouvait bien sortir cette Michelle de Bergogne et comment elle s'était incrustée chez cette chère Jeanne-Marie mais son esprit vagabondait vers de plus verts pâturages pendant que la gamine lui parlait botanique – du moins le supposait-elle car elle avait saisi le mot « fleur » à un moment donné. Son regard se posa sur Baptiste Malingre dans un coin de la pièce qui lorgnait sur un plat de choux à la crème et elle songea que décidément il était peu commode que les abbés ne doivent porter qu'un habit noir. Elle l'avait déploré au moment de partir de chez elle pour passer l'après-midi chez Jeanne-Marie. Il aurait été tellement plus charmant que le cher petit abbé puisse être assorti à sa robe à pompons verts. Mais il avait refusé le bonnet à pompons en prétextant que cela lui était impossible en raison de son ministère.
- Mais vous êtes une grande spécialiste des animaux, n'est-ce pas ? S'exclamait la demoiselle de Bergogne devant elle en battant à moitié dans les mains.
Émilie avait plus vu d'animaux sur sa table de dissection qu'en vrai mais elle supposa que ce n'était pas ce que Michelle voulait entendre aussi se contenta-t-elle d'acquiescer.
- Dites-moi, vous devez le savoir, où peut-on trouver des licornes ? C'est un animal si...
La jeune femme eut un instant d'hésitation devant la Bergogne en se demandant si elle se moquait d'elle ou pas puis décida qu'il était grand temps de mettre les voiles.
- Je suis désolée, ma chère, mais les licornes n'existent pas et n'ont même jamais existé sauf dans les récits de quelques illuminés. Je suis brutale mais vous comprenez, j'ai une rigueur toute scientifique.
Laissant Michelle de Bergogne fondre en larmes et après lui avoir tapoté l'épaule et fait signe à l'abbé Malingre de venir la consoler (après tout pour ce genre de choses, l’Église était mieux placée que la science), elle se dirigea d'une démarche de conquérante vers Jeanne-Marie de Harlay qui discutait avec quelques autres personnes. La dame dont le mari était conseiller du roi au parlement était plutôt âgée et aussi loin qu’Émilie s'en souvenait, elle avait toujours été là, surtout après la mort de sa mère et le refus de la petite d'aller au couvent. Émilie appréciait Jeanne-Marie, sa douceur et son habileté à toujours choisir des cuisiniers qui savaient faire des gâteaux délicieux.
- Ah Émilie, quel plaisir de vous voir aussi rayonnante, dit celle-ci en la voyant approcher (« c'est de consacrer ma vie à de nobles causes » voulut répondre Émilie – à moins que ce soit grâce à son nouveau fard ?) avant de poursuivre sur un ton de confidence : voulez-vous aller vérifier que mon fils va bientôt descendre ? Tout le monde est déjà là, son absence va être remarquée, cela n'est pas mon souhait ni celui de son père. Les rumeurs vont déjà bon train.
Émilie qui connaissait fort bien Charles qui avait environ son âge et avec lequel elle avait des atomes crochus qui reposaient sur leur impiété commune acquiesça et sortit du petit salon où l'on avait rassemblé les quelques amis de Jeanne-Marie ainsi que leur fils cadet et son épouse – qui jeta un regard mauvais à Émilie en la voyant passer devant elle parce qu'elle ne l'avait jamais aimée et ce, sans aucune raison (sinon peut-être parce qu'elle n'avait pas supporté qu’Émilie tente de l'intéresser à la dissection à la mort du chien de la famille Harlay quelques mois plus tôt).

Charles de Harlay se trouvait encore dans sa chambre, penché sur son bureau en train de rédiger des lettres, une grande assiette emplie d'épluchures de melon, son péché mignon, à ses côtés. Quand il entendit frapper à sa porte néanmoins, il leva la tête et un sourire effaça sa mine courroucée.
- Ma chère Émilie ! S'exclama-t-il, cela fait si longtemps !
- Depuis le départ de votre frère Achille pour la guerre, répliqua Émilie après avoir fait mine de réfléchir mais en allant saluer Charles comme il se devait.
- Au moins deux semaines alors. Vous me connaissez, je n'ai aucune notion du temps. C'est cela de n'avoir nulle forme d'obligation et d'être libre comme l'air !
Ils échangèrent encore quelques mots à propos d'une réunion d'esprits libertins, de la meilleure manière de se débarrasser de l'archevêque Péréfixe et de la dernière mode (ridicule) de porter des hauts-de-chausse rouge éclatant, avant qu'Emilie ne remplisse la mission pour laquelle elle avait été envoyée :
- Nous vous attendons tous en bas, votre mère vous réclame.
Le regard de Charles se voila un bref instant mais il répondit avec bonne humeur :
- Puisque vous êtes là, je vais faire un effort. Et cela ferait aussi plaisir à ma mère, elle espère toujours que vous me raisonniez, vous savez. Elle tremble pour mon âme mais elle ignore que vous êtes peut-être pire que moi. Sur le plan religieux du moins.
Après cette conversation charmante et tout à fait innocente, la dame de Vendières retourna au centre de l'attention générale sans réellement penser à ce que Charles venait de lui confier. Elle avait plus important : la lecture de la nouvelle page de ses mémoires que ses admirateurs assidus réclamaient à corps et à cris. Du moins, c'est ce que lui dit Jeanne-Marie en la voyant apparaître et Émilie après s'être fait désirée comme tout grand écrivain finit par céder face aux compliments sur sa prose. De fait, on poussait forces exclamations à mesure de la lecture que donnait Émilie sur les mariages princiers qui avaient eu lieu ces derniers temps à Versailles – à croire que la mode était de se passer la bague au doigt, mode tout à fait stupide si on voulait son avis parce que ça sous-entendait de devoir vivre maritalement par la suite. Elle eut tellement de succès qu'elle en oubliât de faire remarquer à son petit abbé ses fautes d'orthographe, à se demander ce que le séminaire leur apprenait, c'était de pire en pire. Madame de Liancourt affirma qu'elle n'avait jamais autant ri depuis que mademoiselle Lavillier s'était trompée dans les couleurs de ses rubans lors d'un bal publique à l'hôtel de ville – Émilie n'ayant pas vu la chose car elle n'était pas née à l'époque ne put savoir si c'était vraiment un compliment. Monsieur de Bellièvre loua ses talents littéraires qu'elle gâchait à écrire des traités de science auxquels personne n'entendait rien et lui proposa avec le plus grand enthousiasme de rédiger du théâtre car ce serait un « triomphe ». Étant donné qu'il disait cela de tous ceux qui lui demandaient son avis, on pouvait douter de la sincérité de ses propos.

Au bout d'une heure néanmoins, Charles n'était toujours pas descendu et Émilie voyait bien que madame de Harlay jetait souvent des regards vers la porte.
- Peut-être pouvons-nous envoyer un domestique ? Suggéra-t-elle, il m'a promis de venir nous rendre visite.
Jeanne-Marie s'exécuta mais personne ne vint.
- Ils sont sans doute en train de préparer le gâteau clou de la soirée, une énorme pièce montée qui nécessite beaucoup de bras, expliqua la vieille dame.
Émilie lui affirma qu'il n'y avait aucun souci et fit signe à son petit abbé Malingre d'aller voir à son tour. Celui-ci qui regardait d'un air malheureux un plat de chocolat mit un certain temps à comprendre mais finit par s'exécuter d'un air solennel. Ce ne fut que quelques minutes plus tard qu'il réapparut alors que sa maîtresse parlait Académie des sciences avec monsieur de Harlay père.
- C'est une catastrophe, s'écria-t-il en direction d’Émilie mais en alertant tout l'hôtel voire tout le quartier par son cri, monsieur Charles... il est...
La dame de Vendières savait bien qu'il n'y avait qu'une chose qui mettait son petit abbé dans des états pareils : la disparition des biscuits du placard de la cuisine et la découverte d'un cadavre (ce qui lui arrivait plus souvent que cela ne le devait). Saisie d'un pressentiment, elle se leva brusquement et suivie par une petite foule terrifiée, elle monta les escaliers quatre à quatre pour découvrir Charles inanimé, yeux grands ouverts sur son lit. Il se tenait le ventre d'une main mais lorsqu'Emilie toucha sa paume, elle était déjà froide. Bientôt ce fut un concert de hurlements et de pleurs dans son dos, elle eut l'impression que l'on avait engagé des pleureuses antiques.
- Il fallait bien que son amour des melons finisse par lui coûter cher, affirma Jeanne-Marie dans un sanglot, il a dû succomber à une indigestion de melons, je le lui avais dit !
- C'est une curieuse indigestion de melon alors, répliqua Émilie en repliant le col de son pourpoint pour dégager le cou de Charles, regardez les marques violettes, il a été étranglé, c'est un assassinat !
Ignorant la cacophonie derrière elle, Émilie s'adressa directement à son cher abbé qui avait une grande expérience de ce genre de situation à défaut de s'y être habitué.
- Prenez donc les choses en main...
- Je donne les derniers sacrements ? Je...
- Non, vous faites sortir les personnes de la scène de crime mais vous ne permettez à personne de sortir de la maison. Et prévenez la police.
Il s'exécuta et les pleureuses grecques quittèrent la pièce, permettant à Émilie de réfléchir plus au calme. Avec des gestes précis, elle lui ferma les yeux, le considéra un instant avec un peu de regret puis se lança dans un examen plus approfondi. Quel dommage qu'elle n'eut pas ses instruments à portée de main ! Si la cause de la mort semblait évidente, elle n'aimait pas en rester au plus visible, cela cachait souvent des causes plus profondes. D'autres questions lui traversaient l'esprit : qui pouvait bien avoir voulu tuer Charles ? Les domestiques avaient été occupés en cuisine et ils étaient nombreux parmi les invités à être sortis du salon et avoir eu l'occasion de commettre ce forfait. Elle en était là de ses réflexions quand une voix bien connue mais qu'elle n'attendait guère aussi tôt se fit entendre dans son dos pour lui commander d'arrêter de tripoter « ses » cadavres. Avec un large sourire, Émilie se retourna vers Gabriel de La Reynie avant de lui lancer d'un ton ironique :
- Déjà sur le pied de guerre ? Je vais finir par croire que vous avez un sixième sens pour savoir où se font les crimes à moins que vous ne me surveilliez. Ou que vous l'ayez commis vous même bien sûr.
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Gabriel N. de la Reynie


Gabriel N. de la Reynie

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Son travail est son seul amour...et éventuellement son fils!
Côté Lit: Quand il a le temps et qu'il est d'humeur, une dame galante et consentante, mais jamais elle devra passer avant sa charge!
Discours royal:



Justicier en chef
La perfection au masculin

Âge : 41
Titre : seigneur de la Reynie, lieutenant général de police
Missives : 260
Date d'inscription : 26/10/2012


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MessageSujet: Re: Petits meurtres à l'hôtel de Harlay   Petits meurtres à l'hôtel de Harlay Icon_minitime08.05.13 1:19

Le lieutenant de la Reynie était confortablement installé dans son cabinet de travail. Le temps était frais mais le feu ronflait fort dans la cheminée et, de toute façon, il n’était pas frileux. Comme d’habitude, le bureau débordait de parchemins qui formaient une masse informe cachant le buvard vert du meuble en chêne. Les tiroirs ne se fermaient plus tant tout avait été placé pêle-mêle dans un classement qui semblait sans queue ni tête. Heureusement, Gabriel savait précisément où se trouvait chacun des documents et était capable de le fournir à la demande. Seulement ce désordre plus qu’apparent décourageait rapidement les curieux qui auraient voulu venir fouiller dans les affaires du lieutenant général de police.

Mais si la pièce était douillette pour son occupant, la plupart des gens qui lui rendaient visite ne parvenaient pas à s’y sentir à l’aise. C’était le cas du visiteur du moment, l’infortuné commissaire Brunet. Celui-ci n’en pouvait plus : dire qu’il avait acheté cette charge de commissaire parce qu’il se disait que ça le mettrait à l’abri du travail de terrain. Il pourrait donc recevoir une confortable petite rente sans devoir trop mettre la main à la pâte. Et voilà que ce fichu zélé de lieutenant de police lui demandait régulièrement des comptes et l’obligeait à travailler. Lui qui avait toujours réussit à vivre sans devoir se fatiguer, voilà qu’au soir de sa vie, il se retrouvait à rendre des comptes à un homme de dix ans son cadet comme un gamin collé. Et aujourd’hui, l’heure était grave : la Reynie avait été obligé de le convoquer trois fois ce mois-ci à cause d’une affaire qui trainait. Il en était fatigué et ne se privait pas pour le faire sentir au pauvre commissaire :


- Parce que, comprenez-vous Brunet, mon travail à moi consiste à servir de liaison entre les différents hommes. Simplement à cela, rien d’autre. Mais je suis chaque fois obligé d’intervenir dans les vôtres, Brunet. Je n’ai point autant de problèmes avec les autres commissaires…
- Mais monsieur de la Reynie, bafouilla de façon légèrement pathétique le pauvre commissaire devenu subitement blanc comme un linge, j’ai joué de malchance : mes enquêtes se sont révélées à chaque fois vraiment complexes…
- Non, elles ne l’étaient pas, Brunet ! Je suis bien placé pour le savoir, je les ai à chaque fois résolues à votre place !
- Monsieur le lieutenant ne peut pourtant pas dire que je n’y ai pas mis de bonne volonté, tenta de se défendre la flaque de honte qu’était en train de devenir le commissaire.
- Ah ça ! Quand il s’agissait de s’acharner sur des gens innocents, vous étiez de la partie ! Cette pauvre veuve Dumoulin peut en témoigner !

Brunet se tut, comprenant que quoiqu’il dise, il ne ferait qu’aggraver son cas. L’affaire Dumoulin s’était déroulée de façon plutôt tragique et Gabriel avait dû intervenir pour empêcher l’erreur judiciaire : un magistrat du nom de Dumoulin avait succombé après un repas. Persuadé qu’il avait été empoisonné, son entourage avait immédiatement fait appel à la police. Le commissaire Brunet avait mené l’enquête et découvert une mésentente dans le couple. Il en avait conclut que la responsable était évidemment la veuve et l’avait questionnée jusqu’à ce qu’elle avoue. En lisant le rapport, Gabriel avait trouvé l’explication un peu simpliste et s’en était mêlé. Bien lui en avait pris car, grâce au chirurgien, ils apprirent que l’homme avait fait bombance juste avant sa mort et que son estomac n’avait simplement pas supporté l’ingestion massive de melons, fruit dont la victime était particulièrement friande. La veuve avait été relâchée avec une coquette somme d’argent et de plates excuses en guise de compensation mais depuis, Brunet se faisait tout petit, spécialement en présence de son supérieur.

- Que va-t-il advenir de moi ? demanda-t-il donc, l’air misérable.

Gabriel leva un sourcil, signe qu’il n’en savait encore rien quand on frappa à la porte. Il cria d’entrer et son secrétaire, Dantet, entra dans la pièce.

- Monsieur de la Reynie, le commissaire Brunet est demandé à l’hôtel de Harlay, il y a eu un meurtre !
- Fabuleux ! commenta brusquement le lieutenant de police faisant sursauter le reste de l’assistance. Voilà l’occasion rêvée de vous racheter, Brunet : si vous résolvez cette affaire ce jourd’hui, vous conserverez votre charge !
- Oh…commença Brunet qui n’y tenait plus tant que ça finalement.
- Et, d’ailleurs, je vous accompagne ! Comme ça je pourrais admirer vos méthodes sur place et vous donnez des conseils définitifs. Comme ça, si d’aventure vous réussissez votre coup, je n’aurai plus à intervenir dans vos enquêtes et pourrais enfin m’atteler uniquement à mes obligations. Délicieuse perspective, qu’en pensez-vous ?

Sans attendre la réponse du commissaire, Gabriel fit préparer les hommes de Brunet ainsi qu’une voiture vers l’hôtel de Harlay. Il monta dans une voiture accompagné par Brunet, l’inspecteur Maudin qui travaillait sous les ordres du précédent et le domestique des Harlay venu prévenir la police. Tandis que le carrosse filait à toute allure, Gabriel s’informa sur la situation auprès de celui-ci. Il apprit donc le décès tragique de Charles de Harlay.

- Qui était cet homme ? demanda Brunet.
- Vous feriez bien de lire les pamphlets de temps en temps et de vous informer sur leurs auteurs, grogna Gabriel.

Il encouragea ensuite le serviteur à continuer et à lui décrire le cadavre. Il apprit donc que la mère avait d’abord cru à une indigestion de melons avant que l’une des invités ne trouve quelques traces d’un éventuel étranglement.

- Tiens donc, une indigestion de melons, voilà qui devrait vous plaire, Brunet, dit-il achevant définitivement le malheureux commissaire.

Tandis qu’il se tournait à nouveau vers le serviteur, le cocher annonça qu’ils étaient arrivés à destination. Gabriel fit signe à ses invités de sortir avant de leur emboiter le pas. Désireux de faire ses preuves, Brunet entreprit de rassembler les invités dans le salon de musique afin d’interroger tout le monde. Le lieutenant se tourna vers Maudin lui intimant l’ordre d’en faire autant avec les domestiques, sûr que le commissaire n’aurait pas l’idée d’en prendre l’initiative. Il observa tout le monde à la dérobée tandis que Brunet semblait incapable de décider comment commencer. La famille du mort était au centre de la pièce tandis qu’un groupe de femmes sanglotaient dans un coin. La famille était composée de la mère, totalement anéantie, du père, un parlementaire étrangement stoïque, du frère, qui soutenait sa mère d’un air résigné et de la sœur qui multipliait les signes de croix. Brunet prit un air important et se tourna vers une très jeune demoiselle qui avait l’air des gens touchés par la grâce.

- Mademoiselle, nous allons commencer par vous ! Quel est votre nom, je vous prie ?
- Je suis mademoiselle de Bergogne répondit-elle en tremblant comme une feuille.
- Pourriez-vous me dire…commença Brunet d’un air menaçant mais la jeune fille se mit à trembler de tous ses membres.

Gabriel soupira en regardant Brunet d’un air navré et se décida à intervenir :

- Je suppose, Brunet, que vous considérez mademoiselle comme la première suspecte, allez-vous la soumettre également à la Question afin de vous en assurer ?
- Quoi ? glapit mademoiselle de Bergogne. Mais je suis incapable de faire le moindre mal aux gens, jamais je ne ferai une chose pareille ! Je sais que les gens ne m’aiment pas car ils sont jaloux de ma beauté mais jamais on ne pourrait m’accuser d’avoir commis une telle chose !

Et immédiatement, elle éclata en sanglots.


- Lieutenant, je comptais simplement interroger mademoiselle afin qu’elle me raconte sa version des faits ! tenta de s’expliquer Brunet.
- Tout le monde est-il dans la pièce ? demanda la Reynie à la cantonade, ne voulant désormais plus adresser la parole au commissaire.
- Non, dénonça un abbé que la Reynie connaissait que trop bien. Ma maitresse est là-haut auprès du cadavre.

Gabriel sourit, se disant que, décidément, elle était toujours là dans ce genre d’affaire. Il aurait dû s’en douter. Comme Brunet ne le faisait pas lui-même, Gabriel fit signe à l’un des officiers de le suivre et demanda à l’un des domestiques de les mener auprès du corps. Normalement, c’est par-là que l’on commence une enquête. Décidément, Brunet n’était pas qualifié pour ce poste. Il fut introduit dans une chambre avec le corps d’un homme allongé à terre et une silhouette féminine qui l’examinait.

- Encore vous ? Il me semble que Dieu vous place à chaque fois au bon endroit pour que vous puissiez vous adonner à votre passe-temps favori. Rendez-moi donc service en n’humiliant pas trop mes hommes cette fois ! Commencez d’ailleurs par cesser de tripoter mes cadavres !

Il sourit à son amie, Emilie Colbert. Depuis qu’ils avaient enquêté ensemble, Gabriel aurait adoré pouvoir l’employer comme commissaire, sûr qu’elle ferait un bien meilleur travail que tous ses hommes réunis. Ceci dit, il s’était attaché à la dame et redoutait toujours de la voir se fourrer dans des guêpiers dont il devenait de plus en plus difficile de la sortir.

- Déjà sur le pied de guerre ? Je vais finir par croire que vous avez un sixième sens pour savoir où se font les crimes à moins que vous ne me surveilliez. Ou que vous l'ayez commis vous même bien sûr.
- Vous confondez très chère : en tant que témoin, vous êtes plus susceptible que moi de figurer sur la liste des suspects ! Décidément, je vais finir par me lasser de vous innocenter à chaque fois ! J’ai avec moi la fine fleur de la police, prenez garde à vous !

Il l’aida à se relever et observa le malheureux. Pas de doute, il avait été étranglé – et de façon violente encore bien, on l’avait maintenu afin qu’on ne l’entende pas se débattre. La Reynie fit signe à l’officier qui l’accompagnait de s’approcher :

- Notez ce que madame dira !

Il se tourna ensuite vers Emilie :

- Puisque vous êtes là, autant que vous me donniez vos conclusions sur l’examen du corps.

Il l’écouta avec beaucoup d’intérêt, regrettant une fois de plus qu’elle ne fasse pas partie de ses hommes, puis lui prêta son bras pour l’inviter à descendre dans le salon de musique afin de confondre les invités. Brunet regarda le commissaire d’un air fier, tenant l’abbé Malingre qui sanglotait bruyamment à bout de bras.

- J’ai un grand suspect monsieur le lieutenant : monsieur l’abbé avait été surpris en train de voler dans le cellier par la victime lors d’une précédente visite en cet hôtel. Depuis, il le taquinait beaucoup, c’est un domestique qui nous l’a révélé. Le même domestique aurait pu être payé par monsieur l’abbé afin de se venger.
- Je ne suis pas un tueur, gémit encore le pauvre Malingre qui semblait avoir été malmené.

Gabriel le connaissait bien vu qu’il était contraint de suivre Emilie dans chacune de ses aventures. Le considérer comme suspect était parfaitement idiot.

- Tout cela me semble un peu léger, Brunet. Car après tout : Quel que soit le plaisir que cause la vengeance,
C'est l'acheter trop cher, que l'acheter d'un bien
Sans qui les autres ne sont rien.


Il fit signe au commissaire de se retirer dans un coin de la pièce puis il indiqua à Emilie de rejoindre les autres.

- Bien, reprenons donc depuis le début : vous allez tous me décliner vos identités, je veux également savoir ce que vous faisiez précisément au moment du meurtre. Et, Maudin ? Faites monter tous les domestiques, je veux également connaître leur version des faits !

Il fit un clin d’œil discret à Emilie : il comptait bien évidemment sur elle et savait que cela lui ferait plaisir.

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MessageSujet: Re: Petits meurtres à l'hôtel de Harlay   Petits meurtres à l'hôtel de Harlay Icon_minitime04.06.13 19:48

Si Émilie avait été de nature suspicieuse – ce qui n'était pas du tout le cas, aurait-elle protesté avec véhémence, elle se fiait de manière tout à fait naturelle aux gens et leur donnait le bon Dieu sans confession, excepté peut-être aux membres du clergé -, elle aurait pu penser que Gabriel de La Reynie la poursuivait. Ce en quoi il n'aurait pas eu tort car c'était la meilleure manière de tomber de manière impromptue sur des cadavres (surtout dans son laboratoire et Hippocrate seul savait à quel point ces cadavres-là auraient pu intéresser le chef de la police). En effet, depuis qu'ils avaient fait connaissance après la mort tragique de son premier petit abbé de compagnie dans sa propre maison, ils avaient été amenés à collaborer à plusieurs reprises sur des affaires confiées au Châtelet et cela par le plus grand des hasards et généralement sans l'accord et malgré la volonté de La Reynie. Aussi, ne fût-elle pas particulièrement surprise de voir débarquer le lieutenant général de police dans l'hôtel des Harlay même s'il avait probablement des occupations plus dignes de son rang – au hasard, dératiser le quartier des Halles, démanteler la cour des Miracles, faire sa cour au roi, ah non, cela, ce n'était plus possible, Louis XIV avait choisi d'aller mourir dans un pays de sauvages. Elle supposa que le meurtre du fils d'un parlementaire méritait bien ce déploiement de force. Elle espérait juste qu'ils n'allaient pas trop lui mettre des bâtons dans les roues dans sa quête de la vérité parce qu'elle avait bien l'intention de ne pas rejoindre les autres pleureuses grecques du rez-de-chaussée pour pouvoir mettre son nez dans tout ce qui ne la concernait pas. Après tout, ce pauvre Charles méritait bien que des mains délicates s'occupent de lui – et ce n'était pas la principale qualité de la police.
- En tant que témoin, vous êtes plus susceptible que moi de figurer sur la liste des suspects ! Décidément, je vais finir par me lasser de vous innocenter à chaque fois !
- Voyons, vous savez très bien que je ne peux pas être suspecte dans cette affaire, si j'avais à assassiner quelqu'un, je le ferais de manière beaucoup plus subtile, répliqua Émilie sur un ton tout à fait badin qui n'aurait pas dénoté dans un salon – sans cadavre à examiner ce qu'elle faisait avec le plus grand sérieux par ailleurs, un étranglement n'a rien de distingué. Voyez, un empoisonnement des melons qui aurait pu laisser penser à une indigestion, voilà quelque chose qui aurait été intelligent... Hélas, les meurtriers n'ont plus aucune imagination, c'est bien triste pour l'évolution de votre métier, ils ne sont pas à notre hauteur.
Elle aurait pu continuer à pérorer sur le sujet mais La Reynie s'était approché pour l'aider à se relever ce qu'elle fit dans un bruissement de dentelles et en envoyant la moitié des pompons de sa robe dans le visage de l'officier de police armé de son carnet qui avait eu la mauvaise idée de trop s'approcher.

- Puisque vous êtes là, autant que vous me donniez vos conclusions sur l'examen du corps, disait Gabriel de La Reynie qui, au grand plaisir d’Émilie, ne semblait pas pressé de se débarrasser d'elle (sans doute la peur qu'elle puisse se plaindre de son traitement à sa chauve souris de beau-frère... Ou peut-être qu'elle puisse disparaître de son champ de vision pendant quelques secondes, savait-on jamais).
Elle se rengorgea, eut un petit sourire mais prit le ton sérieux qu'elle adoptait quand les circonstances l'imposaient, c'est-à-dire quand elle venait d'ouvrir un corps au scalpel ou quand elle annonçait qu'elle était enceinte à la cantonade, ce qui s'avérait généralement faux mais il fallait bien cela pour attirer l'attention générale dans une famille où on passait plus de temps à comploter pour obtenir des places qu'à s'intéresser aux occupations de la petite dernière (ce qui n'était pas plus mal) :
- Charles de Harlay raffolait du melon, il en dévorait en permanence – ce qui entre nous, n'est pas très bon pour la santé, mieux en rester au chocolat, c'est beaucoup plus sain (l'officier de police notait scrupuleusement), c'est la raison pour laquelle madame de Harlay – pauvre Jeanne-Marie – a tout de suite soupçonné une indigestion de melons. Mais les yeux un peu révulsés et le teint ne correspondaient pas avec cette hypothèse et en effet, il m'a suffit de baisser son col pour remarquer des marques violacées de strangulation, vous les voyez par vous-mêmes. La violence a été extrême, on l'a maintenu avec force, il a probablement tenté de se débattre, j'ai remarqué des blessures dues à des coups de poings. Même si l'absence de traces de lutte aux alentours nous indique qu'il connaissait son agresseur et n'a pas du s'en méfier.
Elle se retourna vers Gabriel de La Reynie pour terminer avec une certaine excitation :
- Le coupable est donc toujours parmi nous. Quel beau huis-clos n'est-ce pas ?... Je ne peux certes pas en dire davantage en l'absence de mes instruments de dissection, alors certes, il ne faut jamais vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis à terre mais je pense que nous disposons d'assez d'éléments pour mener l'enquête.
L'officier avait tout noté avec tant de précipitation que le bout de son nez était tout bleu de l'encre qui avait giclé. Après lui avoir commandé de garder un œil sur le corps, le lieutenant de police qui n'avait pu qu'être ébloui par une si brillante démonstration escorta sa coéquipière improvisée dans le salon de musique.

C'était une scène de désolation qui s'offrait aux regards et Émilie regretta de ne pas avoir de mouchoirs pour faire ton sur ton (cela lui manquait pour la deuxième fois, elle nota de s'en procurer un). Mais étonnamment, ce n'était pas la famille du mort qui poussait les plus hauts gémissements, monsieur de Harlay gardait d'ailleurs l'air constipé qu'il avait à la fois au parlement et aux bals de l'hôtel de ville et la sœur impassible multipliait les signes de croix à une telle vitesse que non seulement on allait finir par avoir la berlue mais que le très libertin Charles allait finir par revenir des morts pour protester. Non, tout le drame était contenu au centre de la pièce en la personne qui avait sans doute le moins de raison de pousser de grands sanglots. Le pauvre petit abbé Malingre avait été saisi par un espèce de commissaire à l'air réjoui qui se mit à débiter une histoire invraisemblable de gâteaux volés (enfin cela, ce n'était pas ce qui était invraisemblable) qui auraient poussé Jean-Baptiste Malingre qui tremblait et songeait déjà à s'enfuir à l'étranger quand sa maîtresse lui demandait d'écrire que la duchesse de Valois était une affreuse mégère à se transformer en assassin (tant qu'à faire, elle aurait préféré que ses pulsions de mort se fussent dirigées vers la duchesse en question). C'était vraiment dommage comme raison, des gâteaux, il y en avait aussi à l'hôtel de Vendières. A la limite, si c'était une histoire de melons...
- Je ne suis pas un tueur, gémissait le bon abbé dont la faible rhétorique était sans nul doute dû au choc de la découverte du cadavre, de l'accusation mensongère et à son ventre vide. Émilie songea qu'il lui fallait l'emmener voir une tragédie, il était à peine digne d'intégrer la troupe de Racine en tant qu'arbre avec si peu de véhémence.
- Ne vous inquiétez pas, dit-elle en lui tapotant gentiment l'épaule, je vais plaider en votre faveur pour vous éviter Vincennes qui est hors de la ville. Au moins, à la Bastille, vous serez au cœur de Paris. Vous auriez pu faire un effort pour vous trouver un remplaçant et le former, tout de même avant d'assassiner les gens et de faire face à... Comment dites-vous, monsieur de La Reynie ? La fine fleur de la police ?
Cela eut le mérite de réveiller un peu l'esprit combatif de ce pauvre Malingre qui lui adressa un regard noir et bredouilla quelque chose à propos de rats et de Bastille. Fort heureusement pour lui, La Reynie intervint avec un peu plus de spiritualité :
- Tout cela me semble un peu léger, Brunet. Car après tout : Quel que soit le plaisir que cause la vengeance, C'est l'acheter trop cher, que l'acheter d'un bien, Sans qui les autres ne sont rien.
Le dénommé Brunet ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit tant il semblait abasourdi. L'enquêtrice improvisée n'éprouvait aucune compassion pour ceux qui accusaient sans réfléchir de pauvres abbés sans défense mais elle devait reconnaître qu'elle non plus ne s'attendait pas à ce que La Reynie se mette à faire de la poésie. Ce n'était pas spécialement le moment d'ailleurs. Mais elle n'eut pas le temps de faire de remarque, d'un geste, le lieutenant de police demanda à sa coéquipière pleine d'entrain et d'enthousiasme de rejoindre le reste des suspects ce qu'elle fit sans grand entrain ni enthousiasme. Évitant avec soin Michelle de Bergogne, elle s'assit non loin de Jeanne-Marie, soutenue par son fils, sur le siège à côté de madame de Liancourt qui murmurait derrière son mouchoir qu'elle n'avait pas vu cela depuis qu'elle avait fait ses débuts dans le monde à une époque que la dame Colbert supposa remonter au XIIe siècle quand on chantait l'amour courtois entre deux croisades.
- Reprenons donc depuis le début, annonçait le responsable de cet exil en plein cœur du gothique de l'assemblée, vous allez tous me décliner vos identités, je veux également savoir ce que vous faisiez précisément au moment du meurtre. Et, Maudin ? Faites monter tous les domestiques, je veux également connaître leur version des faits !
Un instant, Émilie crut avoir rêvé en voyant le clin d’œil que le traître qu'elle avait toujours considéré comme un coéquipier et un ami lui adressa. Mais elle se ressaisit : évidemment, cela signifiait qu'il comptait sur elle pour prendre les choses en mains !

Le petit Malingre que l'on avait fini par relâcher vint la rejoindre en poussant encore des gémissements étouffés dans son mouchoir mais la détective en herbe ne lui prêtait plus aucune attention. Elle s'était mise à observer avec le plus grand intérêt le visage des invités qui ne s'attendaient certes pas, en venant dévorer les délicieux gâteaux de la maîtresse de maison qu'ils allaient finir la journée en étant accusés de meurtre. Cela n'avait en tout cas pas coupé la voix à madame de Liancourt qui grommela à sa voisine que c'était là un curieux amusement pour la police que de torturer les gens les mieux nés de Paris. En son temps, Richelieu... Émilie avait déjà décroché. Elle élimina d'office les amis de Jeanne-Marie de son investigation car ils avaient plus de familiarité avec le ministre de Louis XIII qu'avec un possible meurtre, ceux qui n'étaient pas sortis de la salle entre sa discussion avec Charles et la découverte du cadavre ainsi que monsieur de Bellièvre parce qu'il aimait bien les écrits de la dame de Vendières et qu'un homme de bon goût n'aurait jamais pu être coupable d'un tel assassinat. Pendant ce temps, chacun déclinait son identité à la police ce qui constituait une liste bigarrée d'individus venus du tout Paris mondain. Émilie connaissait tout le monde excepté deux ou trois personnes mais madame de Liancourt était là pour la renseigner :
- Philippe de Reynel ? Qui est-ce ? Chuchota madame Colbert en avisant un jeune homme qu'elle n'avait jamais vu et qui venait de se présenter.
- Le fils d'une grande amie de Jeanne-Marie, répliqua Liancourt en fronçant le nez ce qui lui donne un air de fouine parcheminée, un homme de mauvaise vie si vous voulez mon avis. Ah il ne venait pas pour les gâteaux de madame, ça non ! Figurez-vous que je l'ai vu avec un domestique de la maison. Savez-vous ce qu'ils faisaient ? Ils étaient en train de s'embrasser ! Sur la bouche, oui !
- Vraiment ? Répliqua Émilie en adoptant le même air de dégoût, mais quelle inconscience ! Avec les épidémies qui rôdent, il faut éviter les contacts physiques !
Après tout, à partir du moment où de grands personnages historiques comme ce bon roi Henri II d'Angleterre et le comte Thibaud de Blois étaient réputés s'embrasser sur la bouche, il en fallait plus pour choquer la dame de Vendières.
- Et lui, à côté c'est le confesseur de mademoiselle de Harlay, il veut la faire entrer en religion mais ses frères Achille et Charles le désapprouvaient, continuait Liancourt sans s'émouvoir outre mesure des risques d'infection (quand on avait survécu à la grande peste de 1348 après tout...).
- Qu'en pense monsieur de Harlay ?
- Oh vous le connaissez, moins il a à s'occuper de sa maison, mieux c'est, lança la vieille dame avant d'ajouter d'un ton ironique : tout cela ne doit pas lui faire plaisir, lui qui déteste les scandales. Même si sa plus grosse source d'ennui vient de disparaître, après tout.
La détective en herbe examina un instant le visage impassible de l'hôte des lieux en se remémorant à quel point il pouvait être sévère avec Charles à qui il ne cessait de dire qu'il n'était pas « le fils de producteurs d'artichauts » et qu'il lui fallait tenir le rang qu'imposait son nom. Mais le père de Charles, qui était en effet sorti quelques minutes de la pièce pendants leurs discussions, avait-il eu assez de sang froid pour ôter la vie à son propre enfant ?

Pendant ce temps, on passait aux interrogatoires particuliers afin de déterminer les possibles causes de l'assassinat, au grand désappointement de la plupart des invités qui auraient aimé échapper à cette corvée et qui se plaignait de rater le souper de telle ou telle baronne. Au moment où La Reynie allait appeler un premier témoin, Émilie se redressa d'un bond, faisant sursauter la plupart des autres suspects pour s'écrier :
- Moi ! J'ai beaucoup de choses à...
Elle allait dire « confesser » mais sentant les regards incrédules et désobligeants (du confesseur notamment), elle se reprit :
- J'ai des éléments qui pourraient peut-être vous aider, comme je suis la dernière personne à avoir vu Charles vivant et à lui avoir parlé.
Sans attendre une quelconque réponse, elle se leva et se rendit jusqu'à une petite pièce attenante qui servait de bibliothèque, suivie de près par La Reynie et l'un de ses officiers tandis que le fameux commissaire Brunet gérait l'entrée de la domesticité intimidée d'être dans ses dorures (Émilie regretta l'absence d'agents de la circulation dans les rues parisiennes, il aurait pu faire des merveilles). Arrivée dans la bibliothèque, dès que la porte se fut refermée, elle raconta à son coéquipier tout ce que le mort lui avait dit, à quel point il lui avait semblé troublé et inquiet.
- Il se disputait régulièrement avec ses parents qui cherchaient à en faire un homme de loi, ce que Charles refusait obstinément. A vrai dire... Il n'avait pas réellement d'ambition, il se contentait de vivre sur les deniers de son père. C'est pour cela que j'ai cru qu'il ne voulait pas descendre nous rejoindre dans la petite fête alors que sa mère insistait, Jeanne-Marie souffrait beaucoup de cette situation.
Il lui semblait pourtant qu'elle oubliait un détail essentiel mais elle ne parvint à remettre le doigt dessus et choisit donc de poursuivre avec ses soupçons :
- Si vous voulez mon avis, ce confesseur jésuite n'est pas très clair et la demoiselle de Harlay non plus. Elle n'a jamais été proche de son frère.
Charlotte de Harlay détestait la dame de Vendières sans aucune raison car Émilie avait toujours été charmante (elle lui avait même proposé de disséquer son chien mort après tout) ce qui n'était en effet pas très clair.
- Vous n'êtes pas sans ignorer que Charles était un adversaire acharné des Jésuites et de l'archevêque Péréfixe. Moi je dis qu'il y anguille sous roche et peut-être même un vaste complot, ces gens-là sont capables de tout... Avez-vous déjà entendu parler de... ?
Visiblement La Reynie n'était pas bien convaincu par l'indignité de l'archevêque Péréfixe qui, entre deux censures de pièces de théâtre et deux excommunications contre ces pauvres jansénistes (Émilie aurait été bien horrifiée de la doctrine janséniste mais comme ils étaient persécutés eux aussi, elle se sentait a priori proche d'eux), avait bien le temps d'organiser des assassinats. Émilie lui déballa pourtant des histoires de complots avant de conclure en s'asseyant sur un petit fauteuil :
- Je propose que l'on appelle d'abord les domestiques, ils sont surpris et en conséquence pourraient bien parler sans se faire prier. Ne trouvez-vous pas que l'on manque d'une tasse de chocolat chaud ?
D'accord, elle s'imposait mais elle avait bien l'intention de prouver que sa théorie était juste.
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Gabriel N. de la Reynie


Gabriel N. de la Reynie

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Son travail est son seul amour...et éventuellement son fils!
Côté Lit: Quand il a le temps et qu'il est d'humeur, une dame galante et consentante, mais jamais elle devra passer avant sa charge!
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Justicier en chef
La perfection au masculin

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Titre : seigneur de la Reynie, lieutenant général de police
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MessageSujet: Re: Petits meurtres à l'hôtel de Harlay   Petits meurtres à l'hôtel de Harlay Icon_minitime21.10.13 17:47

Pourquoi, mais pourquoi devait-il s’encombrer de tous ces policiers incapables pour résoudre des meurtres ? Enquêter sur un assassinat n’avait en soi rien de vraiment compliqué et pourtant, en voyant l’affairement de ses hommes, Gabriel eut l’impression de leur demander l’impossible. Il sourit intérieurement en voyant Emilie s’affairer sur sa chaise, continuer à discuter avec d’autres personnes – plus probablement en train de les interroger – et ce, avec bien plus d’aisance que les hommes dont c’était le métier. Tandis que Maudin descendait chercher les domestiques – Gabriel espérait sincèrement qu’il aurait de lui-même l’idée de les garder rassemblés le temps que l’on s’organise en-haut -  Brunet tentait visiblement de justifier sa nomination au poste de commissaire en prenant les choses en main. Les invités furent donc placés dans un coin de la pièce, on en prépara un autre pour accueillir les domestiques – avant que ces messieurs-dames hurlent au scandale si par malheur on les mélangeait aux pauvres gens. Voyant que personne n’en prenait l’initiative, Gabriel s’approcha de son secrétaire :

- Trouvez un homme qui sache s’exprimer convenablement et faites-moi la liste de toutes les  personnes présentes dans la pièce avant que l’on ne procède aux interrogatoires !
- Oh, c’est une honte !
- Nous soupçonner d’avoir commis une telle infamie, nous !
- Alors qu’une de ces canailles de domestiques a sûrement fait entrer de mauvaises gens !
- Bien dit ! Le meurtre, ce n’est pas une affaire de gens bien nés !
- Certainement pas ! Ou alors de dégénérés mais avons-nous l’air de faire partie de cette méchante engeance ?

Gabriel leva les yeux au ciel comme à chaque fois qu’il entendait ces sottises.  Heureusement, il y était habitué maintenant : après tout, il y avait droit depuis qu’il avait été magistrat. En quoi, le fait d’être noble nous mettait au-dessus de tout soupçon quand il y avait un meurtre sordide, ça, le lieutenant de police cherchait encore à le comprendre. Toujours est-il qu’il ne céda à aucun regard noir venant de l’assistance et, tout en distribuant des sourires aimables à tout le monde, il encouragea les invités à décliner leur identité. Ceux-ci s’exécutèrent, certains bien fiers de décliner tous leurs titres de noblesse, espérant par-là culpabiliser le lieutenant de police pour son acharnement mais rien n’y fit.

Il réorganisa mentalement la liste des convives : le père, Servais de Harlay, vieux parlementaire taciturne, sec comme un coup de trique, l’esprit aussi ouvert au modernisme que celui de la demoiselle de Bergogne aux lettres et à la réflexion. Gabriel l’avait brièvement fréquenté au cours de sa carrière de magistrat et les deux hommes avaient tendance à s’opposer sur tout. Cela en faisait-il un meurtrier. Gabriel aimait à le penser mais malheureusement, il se devait d’être objectif avant tout. Ceci dit, il était froid comme la glace, était connu pour n’avoir aucun cœur et ne détestait rien tant que le scandale. Il avait un mobile et avait suffisamment peu de considération pour l’être humain pour commettre un meurtre, y compris sur la personne de son propre fils. Jeanne-Marie de Harlay, la mère, éplorée dans un coin, comme toutes les mères qui viennent de perdre un enfant. Il comptait sur Emilie pour savoir ce qu’elle pensait de la carrière d’auteur de pamphlets de son fils. Les deux cadets, Eugène et Charlotte, d’aussi rieuses natures que le père, tous de noir vêtus, brandissant leurs chapelets, ne cessaient d’appeler à la malédiction divine. On savait que l’aîné des enfants Harlay, Achille, était en train de s’illustrer sur les champs de bataille. Visiblement, Charles dénotait avec le reste de la famille. Il était évident qu’il n’était pas approuvé par les autres membres, assez en tout cas pour que leurs yeux se sèchent bien vite une fois qu’il serait enterré. Voilà pour la famille présente. Il y avait encore le confesseur privé de mademoiselle de Harlay, celui-ci avait l’air au moins sincèrement scandalisé par le fait qu’un meurtre ait pu être commis même s’il n’était pas le moins attristé par la mort du jeune Charles. La liste d’invités était aussi longue que sans intérêt avec les amies de madame de Harlay, plutôt âgées pour la plupart, toutes là pour être vues dans les salons mondains. Gabriel les écarta immédiatement de la liste des suspects, elles n’avaient aucun mobile. Il écarta également Emilie, son amie préférait résoudre les meurtres, pas les commettre. Il y avait aussi quelques jeunes filles telles que mademoiselle de Bergogne, mais ces petites oies blanches étaient incapables du moindre meurtre. De toute façons, aucune d’elles n’avaient de mobile…à moins que Charles en ait éconduite une….Bon, il valait mieux les garder sous le coude, toutes excepté mademoiselle de Bergogne : si la jeune fille avait été éconduite, elle aurait été clabaudé son injustice à tous vents au lieu de le garder secret et de fomenter un crime. On concluait enfin cette liste d’invités par un jeune homme, Philippe de Reynel. Gabriel ne le connaissait pas mais se demandait ce que, diable, un jeune homme de bonne famille pouvait faire dans cette assemblée plutôt féminine. Peut-être espérait-il se garder les demoiselles pour lui ? Il devait en avoir le cœur net.


- Bien, mesdames et messieurs, nous allons passer aux interrogatoires individuels ! Je vais vous demander de me suivre chacun votre t…
- Moi ! J'ai beaucoup de choses à...J'ai des éléments qui pourraient peut-être vous aider, comme je suis la dernière personne à avoir vu Charles vivant et à lui avoir parlé.

C’était bien évidemment Emilie qui avait parlé. Sans attendre de réponse, elle était déjà debout en train de se rendre dans la pièce prévue pour les interrogatoires. Elle devait donc déjà avoir quelques conclusions à remettre. Chère Emilie, il ne lui manquait que la discrétion et elle ferait l’enquêteur dont le lieutenant de la Reynie avait toujours rêvé !

- Eh bien, Brunet, prêt à apprendre ? demanda Gabriel sans se soucier de blesser ou non le malheureux commissaire.

À peine arrivés dans la pièce, Emilie se mit au travail :

- Il se disputait régulièrement avec ses parents qui cherchaient à en faire un homme de loi, ce que Charles refusait obstinément.
- Avait-il d’autres projets ? Dans la politique peut-être, vu la nature de ses écrits ?
- A vrai dire... Il n'avait pas réellement d'ambition, il se contentait de vivre sur les deniers de son père. C'est pour cela que j'ai cru qu'il ne voulait pas descendre nous rejoindre dans la petite fête alors que sa mère insistait, Jeanne-Marie souffrait beaucoup de cette situation. Si vous voulez mon avis, ce confesseur jésuite n'est pas très clair et la demoiselle de Harlay non plus. Elle n'a jamais été proche de son frère. Vous n'êtes pas sans ignorer que Charles était un adversaire acharné des Jésuites et de l'archevêque Péréfixe. Moi je dis qu'il y anguille sous roche et peut-être même un vaste complot, ces gens-là sont capables de tout... Avez-vous déjà entendu parler de... ?
- Un complot…souffla Brunet, visiblement impressionné de participer à une telle entreprise, sûr qu’après ça la Reynie le garderait, et en le félicitant encore bien.
- Malgré tout le respect que j’ai pour votre jugement, madame Colbert, je ne crois pas à quelque chose d’aussi gros : comme vous l’avez si bien dit, Charles semblait connaître et ne pas se méfier de son agresseur. Et même si l’archevêque avait engagé l’un de ses proches pour l’assassiner, il n’aurait pas fait en sorte qu’on le prenne pour une innocente victime mais aurait voulu que tout le monde le désavoue en pensant que c’était bien fait pour lui. Et puis, monsieur de Harlay avait beau mettre beaucoup de verve dans ses pamphlets, ils étaient si mal écrits – pardonnez-moi de critiquer un mort frais mais c’est la vérité – qu’ils n’avaient aucune portée réelle. Il n’était pas assez dangereux pour être victime d’un odieux complot, même mes services n’ont jamais voulu l’inquiéter pour cela. Je pense que nous devrions nous concentrer sur les gens présents dans la maison comme vous l’aviez si justement suggérer il n’y a pas si longtemps.

Il se leva et commença à marcher de long en large pour activer sa réflexion. Un vrai jeu d’esprit, voilà qui allait le distraire de son quotidien de bureaucrate.

- Avec les maigres éléments que j’ai jusqu’à présent, je vous avoue que j’aimerais en savoir plus sur les relations qu’il entretenait avec les membres de sa famille. Il y a plusieurs points qui ne sont pas clairs.
- Je propose que l'on appelle d'abord les domestiques, ils sont surpris et en conséquence pourraient bien parler sans se faire prier. Ne trouvez-vous pas que l'on manque d'une tasse de chocolat chaud ?
- Absolument ! Brunet, rendez-vous utile et allez dire à Maudin de faire entrer les domestiques un à un. Et puisqu’ils seront occupés, allez voir à la cuisine si vous trouvez de quoi nous faire un chocolat.
- Mais, monsieur le lieutenant…balbutia misérablement Brunet en s’approchant de Gabriel pour mieux lui hurler son désarroi.
- Veuillez vous écarter, Brunet. Je vous aime bien mais j’ai horreur de sentir votre souffle humide sur moi.
- Si je peux être utile, monsieur le lieutenant, grogna entre ses dents le commissaire Brunet, furieux d’être assigné aux corvées.

Le défilé des domestiques commença, bien qu’ils soient tous surpris de passer avant les maîtres et convives, tous s’obstinèrent à dire qu’ils n’avaient rien vu, rien entendu. Soit le meurtrier était discret, soit les pauvres serviteurs étaient terrorisés. Quant à la famille, peu de gens osaient dire quelque chose sur les maitres. Tout ce que l’on savait, c’est que Charles ne s’entendant qu’avec l’aîné, le soldat. Il était en révolte constante contre les autres. Cela continua jusqu’à ce que la fille de cuisine dise avoir vu un valet nommé Hilaire, monter. Gabriel fronça les sourcils et relut les notes prises par son secrétaire : tous les valets avaient été interrogés et tous avaient soutenu être restés en-bas. Le fameux Hilaire devait donc avoir mentit, le tout était de savoir pourquoi. Brunet sortit donc rappeler le jeune homme et il le jeta sans ménagements dans la pièce :

- Alors, coquin ! Avoue tout au lieutenant !
- Brunet, si nous voulons réussir, nous devrons faire preuve de tact, de respect et d'une bonne dose de charme. C'est pourquoi vous devrez me laisser parler, moi !!

Le lieutenant se tourna vers le valet, un jeune homme au visage plutôt avenant mais qui arborait un air fourbe qui déplut beaucoup à la Reynie. Mais avoir un air fourbe ne faisait pas de lui un coupable.

- Jeune homme, vous nous avez dit être resté à l’étage des cuisines pendant toute la réception.
- Oui, répondit-il d’un air insolent. Et c’est ce que j’ai fait puisque je vous l’ai dit.

Gabriel approcha son visage de celui du jeune homme afin que celui-ci ne puisse pas détourner le regard.

- Mon brave, nous sommes ici en train d’enquêter sur un meurtre, le meurtre d’un homme de petite noblesse, certes, mais de la noblesse tout de même ! Dehors, tous les invités ainsi que la famille sont persuadés que le coupable est un serviteur et, puisque vous avez mentit – car nous savons que vous l’avez fait - pour eux, vous êtes le coupable parfait. Alors, si tel n’est pas le cas, et que vous ne nous avez pas dit la vérité pour d’autres raisons, il est temps de vous ouvrir à moi afin que nous puissions vous éviter la Bastille. le menaça-t-il, exagérant à peine quant aux conséquences de ses soupçons.
- Mais je n’ai rien fait, cria Hilaire en fondant en larmes. Je vous l’assure. Oui, je suis monté durant la réception afin de changer de tenue, j’ai souillé la mienne pendant le repas. Je vous ai mentit car j’avais peur que l’on me prenne pour le meurtrier, comme vous l’avez dit, je ne suis que domestique ici.

Et de pleurer encore plus fort. Son explication était plausible mais Gabriel n’était pourtant pas convaincu. Quelque chose leur échappait, mais quoi ?

- Qu’en pensez-vous, Brunet ? Que peut-on conclure de la confession de monsieur Hilaire ici présent ?
- N’en dites pas plus ! répondit le commissaire, fier comme une pucelle de la grande confiance du lieutenant de police. J’ai vu cette expression plus d’une fois dans le regard d’un homme et je sais ce que vous allez me dire… Il a étranglé une autruche ?...Il s’est fait kidnappé? Il s’est fait kidnappé par une autruche ?...Il a mauvaise haleine ? …Il triche au bridge ? Il est allergique aux produits laitiers?
- Merci pour votre aide, Brunet, veuillez faire sortir, temporairement monsieur Hilaire et veillez à son confort tandis que je discute avec madame Colbert. Madame, reprit-il une fois qu’ils furent seuls, je suis sûr que la solution à cette énigme est là sous nos yeux mais qu’elle se dérobe à nous ! Et je ne vous cache pas que ce genre de situation m’irrite au plus haut point ! Vous souvenez-vous de tout ce que vous avez vu dans cette chambre. Que vous êtes-vous dits exactement lorsque vous êtes montée. Racontez-moi encore une fois dans les moindres détails. [/b]

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MessageSujet: Re: Petits meurtres à l'hôtel de Harlay   Petits meurtres à l'hôtel de Harlay Icon_minitime04.12.13 17:29

En toute modestie, heureusement qu’Émilie de Vendières était là pour donner un petit coup de pouce à la lieutenance de police parce qu'il suffisait qu'une affaire de meurtre un peu plus nébuleuse que les autres ne leur vienne sous le nez pour qu'ils soient totalement perdus. Elle ne remettait pas en cause leur efficacité proverbiale – combien même on pouvait parfois se demander dans quel secteur d'activité la police était efficace, Émilie votait pour la persécution des pauvres libres penseurs qui donnaient pourtant tout leur talent dans leurs pamphlets, au détriment de la poursuite des criminels, des services de la voirie (et encore, elle ignorait qu'ils avaient totalement perdu le carrosse d'un prince de France, si ce n'était pas la preuve de la mauvaise gestion de la circulation) et de la dératisation du quartier des Halles (même si on pouvait leur reconnaître qu'il y avait là beaucoup de travail). Il avait suffi à la jeune femme de quelques observations, car en bonne scientifique, elle connaissait aussi bien le corps que l'âme des hommes, pour découvrir quel criminel osait venir étrangler des gens d'aussi bonne compagnie, tout cela au beau milieu d'une petite fête envahie de reliques des années Louis XIII et de Michelle de Bergogne (car oui, elle pouvait faire office d'une catégorie à elle toute seule). En conséquence, il s'agissait déjà avant tout d'un malappris car ce genre de chose ne se faisait pas, un homme du monde aurait attendu des circonstances qui lui auraient permis de ne pas faire accuser toute une assemblée de personnes fréquentables. Cela tombait bien, les Jésuites entraient parfaitement dans cette catégorie, ils avaient la fâcheuse tendance à s'imposer partout et surtout là où on ne voulait pas les voir, et généralement c'était pour s'indigner de la bonne société qu'ils ne trouvaient pas à leur goût (apparemment, il y aurait eu trop de bijoux et de frivolités dans ces réunions, Émilie, qui ne défendait que des causes essentielles, ne se sentait pas absolument pas concernée tant qu'ils n'attaquaient pas les pompons), à se demander pourquoi ils se sentaient obligés d'être là en conséquence. Enfin, Charles était un impie notoire, il savait bien clamer haut et fort ses convictions (qui se résumaient en réalité à la négation de l'existence de Dieu ou du diable et au refus de la stricte monogamie, on ne savait d'ailleurs le plus choquant pour les bonnes mœurs) et il allait sans dire qu'il n'était pas la figure la plus en vue dans les églises parisiennes – quoique selon ses propres dires, il y était parfois autant cité que saint Augustin, mais uniquement sous le titre dont il se vantait fort de « démon » ou de « déchéance de l'humanité » ce qu'il jugeait bien amusant. En bref, en quelques minutes à peine, l'affaire était réglée, l'assassin était évidemment cet affreux petit père Jésuite rabougri (mais il ne fallait sous-estimer la force du fanatisme dissimulée sous les relents du mauvais goût vestimentaire) qui devait agir sur la demande de quelqu'un de bien plus haut placé, son ordre ou peut-être même cet abominable archevêque Péréfixe car après tout, Émilie était persuadée qu'il avait démontré qu'il était capable de tout en interdisant le Tartuffe de ce pauvre Molière et en osant l'insulter par lettres interposées. C'était là l'enquête la plus rapide de sa carrière et Émilie se réjouit de savoir qu'elle venait de sauver le reste de leur après-midi, même si ce dernier promettait d'être légèrement plus morne puisqu'elle allait devoir supporter ce cher petit Malingre qui n'avait pu manger les gâteaux promis par la maîtresse de maison à cause de l'interruption de la fête.

Les deux interlocuteurs de la détective à l'esprit plus vif que l'éclair paraissaient fortement impressionnés et eurent d'ailleurs du mal à la féliciter tout de suite, mais Émilie ne leur en voulut pas. Ce n'était pas tous les jours que la police se rendait compte de la supériorité de la science, cela nécessitait un petit temps d'adaptation. Et si le commissaire, qui aurait pu être déjà sur la piste en soupçonnant l'abbé de compagnie de la jeune femme, ne put que lui donner raison d'un signe de tête, La Reynie jugea bon d'approfondir les choses :
- Malgré tout le respect que j’ai pour votre jugement, madame Colbert, je ne crois pas à quelque chose d’aussi gros : comme vous l’avez si bien dit, Charles semblait connaître et ne pas se méfier de son agresseur. Et même si l’archevêque avait engagé l’un de ses proches pour l’assassiner, il n’aurait pas fait en sorte qu’on le prenne pour une innocente victime mais aurait voulu que tout le monde le désavoue en pensant que c’était bien fait pour lui.
La jeune femme songea que c'était là donner beaucoup de crédit à l'intelligence supposée de l'archevêque Péréfixe mais il fallait avouer qu'il était plutôt doué pour se donner des allures de victime, une déformation de la doctrine chrétienne à coup sûr.
- Et puis, monsieur de Harlay avait beau mettre beaucoup de verve dans ses pamphlets, poursuivait le lieutenant de police sans paraître se rendre compte de la moue de sa complice improvisée, ils étaient si mal écrits – pardonnez-moi de critiquer un mort frais mais c’est la vérité – qu’ils n’avaient aucune portée réelle.
Émilie aurait aimé protester avec véhémence à cet instant mais s'arrêta à temps en se faisant la réflexion qu'il n'était peut-être pas très brillant d'avouer qu'elle avait participé à la rédaction des pamphlets en question puisque Charles était généralement son allié et en prenait toute la responsabilité pour éviter que l'on ne remonte jusqu'à la jeune femme – seul Ferdinand d'Anglerays en avait été capable –, surtout devant des policiers qui auraient fort intéressés de savoir à quelles mains l'on devait ces quelques brûlots et qui enquêtaient de manière régulière sur la question. Émilie aimait peut-être rétablir la vérité mais elle n'était pas encore prête à servir de martyr de la cause, surtout si cela impliquait de se faire envoyer au couvent.
- Il n’était pas assez dangereux pour être victime d’un odieux complot, même mes services n’ont jamais voulu l’inquiéter pour cela. Je pense que nous devrions nous concentrer sur les gens présents dans la maison comme vous l’aviez si justement suggéré il n’y a pas si longtemps.
La détective eut une moue boudeuse, peu ravie que l'on mette à terre sa théorie si brillante du complot jésuito-archevêquien mais dut convenir, alors que le lieutenant de police, décidément en mal d'imagination, faisait les cent pas, qu'il n'avait peut-être pas tout à fait tort, et que l'archevêque Péréfixe était sans doute trop occupé par ailleurs pour avoir le temps d'échafauder des plans aussi ratés que celui-ci. Et si elle garda quelques instants un visage contrarié qui ressemblait plus à celui d'une donzelle de quinze ans à qui on vient de retirer ses chocolats, elle se rassura en songeant qu'elle aurait bien d'autres occasions de faire vaciller l’Église sur ses bases et de dénoncer leurs mauvais agissements – elle préparait déjà un nouveau pamphlet sur la question. En attendant qu'elle mette à terre les superstitions et l'obscurantisme, l'affaire était encore loin d'être réglée et l'on repartait de zéro dans ce crime. Peut-être était-ce plus compliqué qu'elle ne le voyait au premier abord et leur manquait-il des éléments...

Tout cela valait bien une tasse de chocolat chaud, le breuvage sacré de la dame de Vendières, toujours prompte à défendre ses bienfaits, il était grand temps de montrer qu'il développait la réflexion. En attendant que, sur sa suggestion, l'on fasse entrer les domestiques – Émilie était en effet persuadée que ces derniers avaient fortement tendance à en savoir beaucoup sur leurs maîtres, il suffisait de voir à quel point le petit abbé Malingre savait tout de ses activités, son seul témoignage aurait pu la condamner à la Bastille, il était triste de songer que de simples biscuits suffisaient à le faire parler –, la jeune femme détailla les relations que Charles entretenait avec le reste de sa famille. Il était clairement le mouton noir de la fratrie car s'il partageait quelques convictions avec son aîné, il ne travaillait guère à la gloire de son nom sur les champs de bataille. Mais cela suffisait-il à vouloir se débarrasser de lui ? Et le scandale qu'il causait de son vivant valait bien celui qu'il causait en mourant – Émilie eut une pensée émue pour Charles en songeant qu'il aurait probablement beaucoup cette manière de partir –, ce n'était pas logique si on l'avait étranglé pour le faire taire. Encore aurait-il mieux valu faire croire à une indigestion de melons ! Leurs réflexions à voix haute furent coupées par l'arrivée du chocolat tant espéré, apporté par un commissaire Brunet un brin grognon, dont Émilie tapota l'épaule pour lui remonter le moral, et par celle du premier domestique de la maisonnée qui tremblait comme une feuille. Trop occupée à lancer des regards à Brunet qu'elle pensait en formation et qu'elle gratifiait de « vous voyez comment il faut s'y prendre » et à boire son chocolat qui lui rendit instantanément bonne humeur, enthousiasme et volonté, la dame de Vendières laissa son ami gérer les interrogatoires qui se ressemblaient tous à peu de choses près. Selon les dires de ces serviteurs tous plus muets les uns que les autres, ils avaient été trop occupés au gâteau (Émilie poussa un soupir en songeant qu'on n'avait même pas eu la chance de le goûter) et n'avaient rien vu de suspect dans les cuisines.
- Laissez-moi deviner, marmonna la jeune femme alors qu'on posait les sempiternelles mêmes questions à une fille de cuisine apeurée, vous étiez trop occupée au glaçage si bien que vous n'avez pas fait attention à personne et que vous n'avez rien vu, je veux bien croire que Jeanne-Marie vous paie à faire la cuisine mais elle devrait aussi cesser d'engager des aveugles...
- Non, madame, s'écria la petite qui croyait visiblement qu'elle allait se faire renvoyer dès que la grande dame aurait parlé à sa maîtresse, nous étions en effet très occupés mais j'ai vu le valet Hilaire monter à l'étage, je ne sais pourquoi... Vous savez, j'aime bien Hilaire, je ne veux pas qu'il ait de problèmes...
- Mais ce cher Hilaire n'aura aucun souci, mentit effrontément Émilie qui venait de retrouver son sourire, en jetant un regard appuyé à La Reynie, les yeux pétillants de triomphe car cette fois-ci, on tenait quelque chose !

On alla chercher le susnommé, devenu de fait le principal suspect dans cet affaire afin de l'interroger ce dont se chargea La Reynie en prétendant qu'il fallait faire preuve de tact, de respect et de charme, ce qui aurait pourtant du désigner tout de suite Émilie selon celle-ci. Le fameux Hilaire n'était pas désagréable de visage et s'il avait dix ans de moins (la dame préférait les jeunes hommes) et s'il était spécialiste de l'anatomie du cœur, peut-être aurait-elle pu succomber. Mais malgré tout le charme du lieutenant de police, il fit preuve d'une mauvaise volonté manifeste qui laissa perplexe la dame de Vendières qui finit par se dire qu'il n'était peut-être pas aussi fréquentable qu'il en avait l'air. Toute l'estime qu'elle aurait pu avoir pour lui, a priori, disparut comme neige au soleil quand il se mit à pleurer pour tenter de les émouvoir en balbutiant une défense sans queue ni tête. En moins de temps qu'il ne fallut pour le dire, La Reynie choisit d'épargner leurs oreilles et de leur éviter une migraine en le faisant sortir par le pauvre commissaire qui avait sans doute envie de parler autruche et licorne avec la demoiselle de Bergogne. Mais pour une fois depuis le début de l'enquête, les deux détectives semblaient du même avis. Quelque chose ne collait pas dans ce scénario.
- L'attitude de cet Hilaire en fait un coupable parfait, débuta Émilie d'un ton songeur, mais il lui manque le mobile, je ne vois pas pourquoi il s'en serait pris à Charles...
- Je suis sûr que la solution à cette énigme est là sous nos yeux mais qu'elle se dérobe à nous ! Et je ne vous cache pas que ce genre de situation m'irrite au plus haut point ! Vous souvenez-vous de tout ce que vous avez vu dans cette chambre ? Que vous êtes-vous dit exactement lorsque vous êtes montée ? Racontez-moi encore une fois dans les moindres détails.
Émilie posa sa tasse à ses côtés et se mit à réfléchir. À ce stade de l'enquête, n'importe quel détail pouvait les aider à y voir plus clair et tout occupée qu'elle était alors à ses conversations et à sa lecture prochaine de ses mémoires, elle n'avait pas vraiment fait attention à ce que faisait le jeune homme. Ce qu'il faisait... Frappée d'une idée soudaine, le visage de la dame de Vendières s'éclaira et elle s'exclama en direction de La Reynie, tout en sautant de son fauteuil, en proie à la plus vive agitation :
- Lorsque que je suis arrivée dans ses appartements, Charles ne se préparait pas à descendre nous rejoindre, il venait de terminer ses melons et il était en train d'écrire une lettre... Une lettre ! Il ne me semble pas qu'on l'ait vue ! Peut-être le meurtrier voulait-il s'emparer de ces écrits ? Ou s'est-elle envolée durant la bagarre ? Il nous faut aller vérifier !
Émilie espérait tenir une piste solide mais même si ce n'était pas le cas, elle jugeait utile de s'y attarder et le lieutenant, qui n'avait pas à cœur de toujours la contredire, semblait de son avis. En toute mauvaise foi, Émilie espérait qu'il s'agissait là d'un pamphlet afin de prouver à son complice que l'Église était prête à tout pour laisser les pauvres gens dans l'ignorance. Mais fallait-il encore mettre la main sur cette lettre.

La détective en herbe sortit de la pièce suivie de près par La Reynie qui lança quelques ordres à ses officiers. Pendant qu'elle patientait, Émilie se retourna vers la bonne société parisienne toujours rassemblée dans son salon et dont les discussions s'étaient interrompues devant l'arrivée providentielle de l'une d'entre eux. Pendant un court instant, Émilie eut l'impression d'être le miracle que tous attendaient car toutes les mains se tendirent vers elle et les voix s'élevèrent pour lui demander ce qui se passait. Ignorant la foule des quémandeurs, elle avisa son petit Malingre qui paraissait s'être remis de ses émotions et parlait avec le père Jésuite – enfin écoutait plutôt le monologue de ce dernier. Soudainement inquiète, la dame laissa son enquête deux secondes de côté pour tirer son pauvre abbé des griffes des méchants et alla jusqu'à le chercher, en traversant courageusement le parterre d'invités, pour lui demander de l'accompagner à l'étage. Pas question de le laisser seul avec ce Jésuite ! Non seulement il devait être barbant mais en plus Hippocrate seul savait ce qu'il pouvait bien dire sur le compte de madame Colbert !
- Je savais bien que ce domestique n'était pas clair, lui claironna une Liancourt plus ravie que jamais à son passage.
Voyant que son interlocutrice ne réagissait pas, elle ajouta :
- Oui, le petit qui pleurait, c'est lui qui a embrassé le Reynel, je vous avais bien dit qu'il était suspect.
- Oh vous parlez de monsieur Hilaire ? Je lui ai dit qu'au vu des épidémies, il n'était pas bon d'embrasser n'importe qui sur la bouche, le pauvre, il a eu peur d'avoir attrapé la peste, répliqua Émilie en attrapant son abbé par le col et le traînant derrière elle.
Sur le chemin de la chambre de Charles, alors que le petit Malingre traînait des pieds derrière eux, elle raconta ce qu'elle venait d'apprendre sur le fameux Hilaire à La Reynie mais leur conversation s'interrompit d'elle-même quand ils rentrèrent dans la chambre pour constater qu'il n'y avait plus de lettre sur le bureau.
- Peut-être a-t-elle simplement glissé ? Suggéra Émilie en commençant à farfouiller dans les papiers sur le bureau, constatant que la plume n'était pas rangée ce qui prouvait que Charles se livrait toujours à cette activité quand il avait été assassiné, laissant le soin à La Reynie de se pencher sous les meubles.
Pendant de longues minutes, alors que Malingre se vengeait sur les restes de melons, les deux complices cherchèrent dans tous les recoins inimaginables pour dénicher le bout de papier. Émilie allait s'avouer vaincue quand elle tomba sur une lettre pliée avec hâte, dissimulée sous l'encrier, dont les lignes n'étaient pas encore tout à fait sèches.
- Je l'ai ! S'écria-t-elle triomphalement.
Mais au même moment, un événement inattendu se produisit dans la chambre. Se tenant le ventre, Malingre s'effondra dans un gémissement de douleur en appelant au secours. Émilie lança la lettre au lieutenant de police pour aller au secours de son pauvre abbé qui ne méritait pas de mourir dans l'exercice de ses fonctions de souffre-douleur. Elle le fit asseoir sur le lit et après quelques instants, diagnostiqua une intoxication alimentaire sans gravité mais qui provoquait des maux d'estomac :
- Voilà ce qui arrive quand on mange n'importe quoi, conclut-elle avec philosophie.
- Mais je n'ai mangé que du melon, répliqua le petit Malingre d'une voix de mourant, preuve qu'il savait bien jouer la comédie, lui aussi.
La dame de Vendières fronça les sourcils et s'approcha du plat de melons pour le renifler à plein nez. Son doute fut bientôt confirmé, le melon avait été empoisonné. Pourquoi ne s'était-elle pas davantage intéressée au melon ? Qui avait tout de suite supposé qu'il s'agissait là d'une mort due à un problème alimentaire ? Saisie d'un funeste pressentiment, Émilie se retourna vers La Reynie pour lui faire part de ses constatations mais elle renonça en voyant l'expression du visage de l'homme, plongé dans la lecture de la lettre qu'ils avaient fini par trouver.
- De quoi s'agit-il ? Souffla-t-elle, tout en songeant que l'affaire venait sérieusement de se complexifier et qu'ils étaient désormais à la recherche de deux assassins.
Décidément, si même les criminels prenaient à cœur de ne pas l'ennuyer... !
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