AccueilAccueil  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez
 

 Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité


avatar



Invité


Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Empty
MessageSujet: Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour   Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Icon_minitime05.11.12 19:36

- Oh s'il vous plaît, baron, racontez-nous la suite ! Qu'y avait-il sur cette île ? Des sauvages cannibales ? Un trésor d'or et de pierres précieuses ? S'exclamait un jeune garçon surtitré d'une vingtaine d'années, redressé sur son siège, les yeux brillants d'excitation, visiblement enchanté par le récit d'une des aventures de l'Orientale que contait Arthur de Roberval à l'assistance, voyant sans doute là le seul défouloir à sa petite vie étriquée de courtisan.

Le capitaine eut un soupir silencieux et faillit lever les yeux au ciel devant l'incongruité de la demande – depuis quand l'or et les pierres précieuses poussaient comme par magie sur les îles désertes de l'Atlantique ? - mais il se retint à temps et jeta uniquement un coup d’œil à la pendule. S'il y avait quelque chose qui exaspérait Arthur de Roberval à la cour ou à Paris, c'était qu'il ne pouvait aller et venir à sa guise. Pendant des années, il avait été le seul maître de ses déplacements – enfin, il avait appris à faire des compromis avec l'océan -, et était retourné d'ailleurs parfois un peu trop souvent sur les côtes acadiennes au goût de ses hommes mais depuis qu'il se trouvait sur le territoire du royaume, il se sentait étouffer au sein d'une cage aux barreaux dorés. Ce n'était pas ces courtisans aux visages souriants et enjoués, fort sympathiques ce soir-là au demeurant qui l'empêchaient réellement de faire ce que bon lui semblait. C'était le poids des convenances et les règles de la politesse qui le retenaient, toutes celles qu'il s'était efforcé d'oublier pour devenir corsaire. Mais tout ce qu'y arrivait au fil de l'existence, même l'habitude de vingt années, ne pouvait défaire ce qu'on avait appris pendant l'enfance. Pour lui, sa jeunesse avait été ce temps d'insouciance où il pensait qu'on le destinait à devenir soldat et où il apprenait à devenir un véritable gentilhomme. En temps normal, Arthur s'y pliait volontiers. C'était la règle du jeu pour pouvoir vivre dans l'entourage de Louis XIV, au sein des gens bien nés – et dans ce salon de la marquise de La Sablière, ils avaient tous foultitude de titres qui donnaient le tournis à ceux qui étaient nés modestement comme lui et qui étaient restés longtemps avec le seul sobriquet de « seigneur ». Mais ce soir-là, il avait autre chose à faire que d'amuser la galerie et se mettre en avant : il avait un rendez-vous qui à ses yeux était essentiel. Raison pour laquelle il ne pouvait s'empêcher de paraître un peu nerveux et de consulter de manière régulière l'aiguille de la grosse horloge installée par l'hôtesse. Mais malgré les suppliques silencieuses du baron, celle-ci continuait à tourner avec une régularité parfaite, indiquant de plus en plus nettement qu'il était en retard. L'attention était entièrement tournée vers lui – ce qui n'était pas désagréable-, il lui était impossible de s'échapper à moins de prétendre une maladie soudaine... Ou alors, il lui faudrait tourner court cette mésaventure dans l'espoir qu'on ne lui en redemande pas après.

Au moment où il allait ouvrir la bouche pour répondre, un nouveau groupe d'invités arriva chez madame de La Sablière et interrompit le récit de Roberval, au grand soulagement de celui-ci. Sans doute pourrait-il en profiter pour s'éclipser en toute discrétion ? Il suffisait juste que ces nouvelles têtes soient assez intéressantes pour qu'elles deviennent le centre de l'intérêt général. Et quand il vit pénétrer les arrivants dans le salon, il sut immédiatement que ce serait le cas mais il se rembrunit et son sourire disparut. Il s'agissait de représentants de la délégation siamoise qu'il était allé escorter de leur pays de Siam jusqu'à Versailles et parmi eux, se retrouvait l'une des personne qu'il haïssait le plus au monde, le père d'Haydée qui jeta au baron un fin sourire que le corsaire ne sut interpréter. Cet homme avait vu sa fille et Arthur se rapprocher pendant la traversée et il n'était sans doute pas dupe de la disparition miraculeuse de la petite. Toutefois, il ne disait rien comme s'il se contentait d'attendre son heure et cela déplaisait tout particulièrement à Roberval qui préférait les affrontements directs et sans faux semblants, les duels en somme. Fort heureusement, la maîtresse des lieux s'empressa autour des Siamois, s'extasia sur leur apprentissage rapide du français – ils savaient dire « bonjour » à présent et ne quittaient toujours pas leur traducteur – avant de leur poser des questions sur la difficulté du trajet jusqu'à son hôtel parisien et sur ce qui avait causé leur retard, détournant l'attention du père d'Haydée. Cette rencontre impromptue paraissait de fort mauvais augure au marin qui n'était pourtant pas superstitieux. Car c'était avec justement Haydée de Lopburi qu'il devait retrouver à l'endroit où elle s'était réfugiée, un bordel du nom de l'Île d'or – idée qui le faisait toujours bouillonner de colère. Il faillit renoncer mais il avait promis et il avait déjà un retard important. Et l'envie de la revoir de ses propres yeux, de savoir comment elle allait était plus forte que tout.

Au bout de quelques dizaines de minutes où on l'obligea à faire des commentaires sur le plaisir – forcément - qu'avait été le voyage en terre de Siam, Roberval quitta les lieux, rejoint par son petit moussaillon qui était chargé de lui indiquer le chemin. Ils avançaient à pas larges dans la nuit qui était déjà tombée sur les rues parisiennes peu passantes, pressés d'arriver à destination. Leur souffle formait de la fumée dans le froid. A plusieurs reprises, Arthur, se sentant surveillé, se retourna mais les ombres étaient trop grandes pour qu'il puisse distinguer quoi que ce soit. Il haussait les épaules, se disant qu'il était paranoïaque et reprenait son chemin, derrière un Clément un brin crispé. Qui pouvait trouver suspect qu'un marin aille à la maison close ? Il était bien connu que les pirates découvraient des trésors en or sur les îles désertes et le dépensaient en parties de plaisir avec des prostituées. Là encore, il y avait un fond de vérité mais le baron, s'il appréciait parfois trouver un peu d'affection – même faussée – dans certains ports, n'était pas un habitué de ces gargotes qu'il trouvait dégoûtantes. Savoir sa petite Haydée à l'intérieur le faisait frissonner. Si seulement il avait pu la garder à ses côtés, si elle n'avait pas été contrainte de s'enfuir... !

- C'est ici, capitaine, la demoiselle Haydée se fait appeler Lotus noir, déclara Clément lorsqu'ils furent arrivés devant une maison aux fenêtres illuminées et où des hommes traînaient comme des loups en quête d'une proie, indiquant assez l'utilité de l'endroit.
- Je te remercie, moussaillon, tu peux retrouver la voiture qui nous ramènera à Versailles si tu le souhaites, il doit y faire plus chaud qu'ici.
- Non, capitaine, je vais vous attendre dehors, je préfère.
Roberval acquiesça, faisant confiance à la débrouillardise de son valet et s'apprêtait à monter les marches pour pousser la porte du bordel quand il entendit la voix un peu suppliante de Clément :
- Dites, capitaine, vous allez la ramener, n'est-ce pas ?
- Je vais voir ce que je peux faire, répondit avec mauvaise foi Arthur avec un sourire un peu désolé mais qu'il n'avait pu s'empêcher d'arborer en constatant l'affection ou plutôt le béguin que son moussaillon avait pour la jeune fille.

Dès qu'il eut pénétré dans la maison close, il crut être arrivé dans un nouveau monde, un temple du mauvais goût et de la crudité, contraste d'autant plus saisissant si l'on savait de l'endroit où il venait. Des femmes s'étaient précipitées sur lui dans l'espoir d'être choisie et d'avoir un peu de travail pour la soirée. Mais Arthur ne leur prêta aucun attention et se dirigea droit vers une rombière qui ne devait être autre que la mère maquerelle. Celle-ci se retourna vers lui et après avoir examiné l'aspect du nouvel arrivant d'un rapide coup d’œil, elle s'adressa à lui avec un grand sourire qu'elle devait imaginer vendeur mais qui parut sardonique à Arthur :
- Bienvenue, monsieur ! Que puis-je faire pour vous ?
- Je viens voir Lotus noir, répondit Arthur d'un ton sans appel.
Il vit le sourire de la maquerelle se crisper et son cœur manqua un battement :
- Hélas, elle n'est pas disponible mais il y a beaucoup d'autres fi...
- Comment cela, « elle n'est pas disponible » ? dit-il d'un ton menaçant.
- Vous arrivez trop tard, quelqu'un a...
Arthur était déjà sur les nerfs et le visage de cette femme ne lui revenait pas. Apprendre que son Haydée était montée dans les chambres avec un homme fut de trop. Il gifla la maquerelle avec violence et la saisit par le bras pour la secouer comme un prunier :
- Dis-moi où elle est ! Sinon j’emploierai d'autres moyens pour te faire avouer.
Le temps semblait s'être suspendu car tous avaient cessé leur activité et s'étaient retourné vers eux, rendus muets par la scène qui se déroulait sous leurs yeux. Heureusement, la maquerelle ne résista guère et lâcha un étage en gémissant. Avec un souverain mépris, Arthur la lâcha, se redressa et partit en courant monter les escaliers. Il n'avait que faire de se faire remarquer, tout ce qui importait, c'était de sortir Haydée de là avant que les choses ne tournent mal. Il se haïssait de ne pas l'avoir fait avant, de lui avoir fait confiance quand elle lui avait dit que tout allait bien. Sans sommation, il entra dans la chambre qui lui avait désigné la maquerelle et évalua la situation d'un regard. C'était bien Haydée qui se trouvait avec un homme qui s'apprêtait à la dénuder. Ce dernier n'eut pas le temps de se poser de questions en voyant débarquer cet inconnu, Arthur l'avait déjà assommé d'un bon coup dans la mâchoire et s'était retourné vers celle qu'il considérait comme sa protégée :
- Maintenant, cela suffit, tu vas repartir avec moi. Et je n'accepterai aucune protestation.
Dire qu'il avait failli à la mission qu'il s'était donné ! Dire qu'il avait failli ne pas être là pour venir à son secours alors qu'il s'était juré de toujours être présent pour elle ! Comment allait-il pouvoir partir l'esprit tranquille quand la guerre aurait commencé ? Comment pouvait-il seulement la laisser seule dans un monde aussi hostile que Paris ? Il la saisit comme un vulgaire sac – elle était si petite et légère – et la mit sur son épaule pour repartir en sens inverse malgré ses protestations. Elle ne pouvait lutter contre lui. Tous le regardaient passer d'un air médusé sur le pas des portes mais personne ne réagit, pas même la maquerelle, encore tremblante. Il ne s'arrêta qu'une fois sur le pas de la porte et la déposa au sol, sans remarquer que son moussaillon n'était plus là. Les yeux noirs, brillant de rage se posèrent sur Haydée :
- Pourquoi m'as-tu menti ?! Cria-t-il, fou de colère, tu m'avais dit que tu ne travaillais pas comme prostituée, j'ai été un imbécile de te croire ! As-tu donc si peu confiance en moi pour ne pas me confier la vérité ?
Il entreprit de faire les cent pas devant elle dans l'espoir de se calmer mais le sang chaud qu'il avait dans les veines le brûlait encore et il avait du mal à rassembler ses pensées. Il était autant blessé de la réaction de la jeune femme que soulagé d'être arrivé à temps. Mais qui sait ce qui aurait pu se passer si cela n'avait pas été le cas ? Il s'arrêta dans sa marche et pointa son index sur elle, les traits encore crispés :
- Cela suffit, tu vas m'accompagner et nous rentrons chez moi. Je me débrouillerai pour cette surveillance, je n'accepte pas que tu restes une minute de plus dans cet endroit. Jamais je ne pourrais laisser quelqu'un te faire du mal !
Revenir en haut Aller en bas
Invité


avatar



Invité


Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Empty
MessageSujet: Re: Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour   Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Icon_minitime10.11.12 0:38

Elle n’avait guère eu le choix. La maquerelle de l’île d’or avait ordonné ou plutôt avait aboyé ses volontés, lorsqu’elle avait vu sa Lotus Noir esseulée parmi toutes les autres prostituées déjà au labeur et en particulier ses clients. C’était tout bonnement impensable pour la propriétaire de perdre un écu d’or par sa faute. La fugitive royale avait appris au tout dernier moment par une missive que Jérôme de Coigny, son compagnon de jeux d’échecs ou de cartes, était retenu pour une garde imprévue chez les mousquetaires. A l’approche des premiers combats contre la Lorraine, dont Haydée ne comprenait pas tous les enjeux - n’était-elle pas sur le sol français que depuis très peu de temps ? – toutes les garnisons étaient sur le pied de guerre. Cela ne l’arrangeait guère. Ce soir la malheureuse siamoise devrait faire le sacrifice de son corps afin de pouvoir rester dans cette maison close. Elle priait de toute son âme Bouddah, qu’Arthur de Roberval qui lui avait annoncé sa visite apparaisse à l’instant afin de la sauver de cette terrible perspective, ou qu’il ne vienne qu’après qu'elle ait subi un de ces hommes répugnants. Répugnant était bien le mot juste pour désigner cet endroit où le vice et l’orgie régnaient, mais Haydée n’avait véritablement aucune autre retraite ! Où aurait-elle pu aller ? Elle ne connaissait personne si ce n’est son cousin mais ne vivait-il pas à Versailles, cela ne reviendrait-il pas à se livrer consciemment ? Sa stratégie de repli dans ces lieux infâmes n’avait-elle d’ailleurs pas fonctionné à merveille ? Nul n’était venu à sa recherche ici, aucun policier du souverain français n’avait passé cette porte.

- Souris et sois un peu plus accueillante envers les clients. Appâte les, nom de Dieu, je ne te garde pas ici pour rester plantée comme un piquet. Décide-toi, ou je te jette à la rue ! Va !

Jusqu’à présent, si Haydée avait tenté de rester à l’écart, son petit manège venait d’être percé à jour. La maquerelle venait de lui agripper le bras et de la pousser avec brusquerie vers le centre de la grande salle. La menace que la tenancière venait de formuler lui avait fait emballer le cœur de frayeur. Elle ne désirait vraiment pas par un tel froid se retrouver à déambuler et peut-être à dormir dans les dépotoirs parisiens qui jonchaient chaque boulevard et impasse. Elle avait connu bien des choses telles que les coups de fouet pour désobéissance, mais certes pas les affres de la mendicité. Songer à la misère lui provoquait des frissons. Elle devait vraiment se résoudre à partager son lit pour cette nuit … Haydée s’approcha de l’un de ces messieurs et entreprit de jouer de ses yeux mutins, puis elle dénuda ses épaules en renversant son châle sur les reins.

- Bonsoir la belle ! Sais-tu parler notre langue au moins, ce n’est pas la première qualité que je réclame d’une fille mais il faut bien que je te confesse mes désirs les plus intimes afin que tu les exécutes !

La siamoise ressentit un regain de chair de poule sur tous les pores de sa peau. Il ne s’agissait plus de peur mais de dégoût. Elle était débectée de ces hommes ou plutôt de ces bêtes dégageant une forte odeur de luxure.

- Moi comprendrai les envies que vous direz.
- A la bonne heure, conduis-moi à ta chambre.

Tandis qu’elle montait très lentement les escaliers, elle porta un regard désespéré à l’entrée de l’établissement. Le corsaire ne se montrait toujours pas. Avait-il eu un empêchement à l’instar de Jérôme ? Elle l’espérait afin qu’il n’assiste pas à sa déchéance mais ne le souhaitait pas. Elle avait au cœur un besoin quasi vital de pouvoir enfin échanger quelques mots avec lui, de le voir, la relation paternelle et filiale qu’ils avaient forgée était si forte … Lorsqu’elle pénétra dans la chambre qui lui avait été attribuée, elle referma la porte derrière son client. Elle tenta alors de l’amadouer par une ultime proposition.

- Si toi ne touche pas moi, moi te donne de l’argent, beaucoup je promets. Nous pouvoir jouer. Vois, moi ai échecs et cartes pour passer la bonne soirée.

Hélas, le client ricana et sans perdre un instant ôta son pourpoint avant de la pousser sans le moindre ménagement sur le lit.

- Tais-toi, je préfère jouer avec ton corps personnellement.

Ignorante de ce qui se déroulait à l’étage inférieur, elle ferma les yeux et s’abandonna aux volontés de ce rustre. Plus de résistance encore pouvait la conduire à être battue, ce n’était pas la lâcheté qui manquait aux hommes et nul ne plaignait jamais les prostituées de ces mauvais traitements. Il l’avait couchée et délaçait son corset sans qu'elle ne fasse un seul geste pour l'en empêcher. Ce fut autre chose qui calma les ardeurs du client puisque soudain un vacarme se fit entendre. Elle en sursauta et sa tête pivota en direction de la porte. Sur le seuil se tenait Arthur de Roberval au regard transperçant. En un instant, tel un ressort elle se redressa et dissimula sa poitrine quasi dénudée. Ses joues rougirent violemment et la honte la submergea. Néanmoins elle n’eut pas le temps de s’attarder sur cette vergogne naturelle, puisque le marin venait d’assener un coup de poing magistral à son client.

" Maintenant, cela suffit, tu vas repartir avec moi. Et je n'accepterai aucune protestation. "

Sans avoir eu l’opportunité de dire un seul mot donc, Haydée se sentit hisser tel un ballot de paille sur le dos de son père de cœur. Il ne perdit guère de temps à dévaler l’escalier et à gagner l’extérieur avec elle sur son épaule. De son côté, elle luttait par des petits mouvements de jambes et tambourinait à la hauteur des omoplates d’Arthur de Roberval.

- Toi lâche moi tout immédiatement ! Moi suis en colère terrible !

Ils étaient apparemment deux. Si Haydée était en proie à l’agacement le plus profond, c’était bien parce que le marin allait lui faire perdre le seul refuge qu’elle avait. Lorsqu’il la déposa enfin à terre et qu’elle put lui faire face sur ses deux pieds, ce dernier bouillonnant de rage lui lança tout son courroux à la figure.

" Pourquoi m'as-tu menti ?! Tu m'avais dit que tu ne travaillais pas comme prostituée, j'ai été un imbécile de te croire ! As-tu donc si peu confiance en moi pour ne pas me confier la vérité ? "

Bien entendu qu’elle lui avait menti et pour cause, il n’y avait qu’à constater la façon dont il réagissait ! Elle s’en sentait touchée, flattée mais également très importunée. Sentiments contrastés donc. Elle aimait plus que tout cette sensation de protection qu’il lui procurait par son inquiétude même et par son intervention, mais parfois cela s’apparentait à de l’étouffement. Les élans de cœur d’Haydée se heurtaient à son caractère très indépendant.

" Cela suffit, tu vas m'accompagner et nous rentrons chez moi. Je me débrouillerai pour cette surveillance, je n'accepte pas que tu restes une minute de plus dans cet endroit. Jamais je ne pourrais laisser quelqu'un te faire du mal !"

Elle plaça ses mains sur ses hanches et fronça les sourcils.

- Non, ça mettrait toi en danger et ça moi veux pas ! Oui moi t’ai menti mais ça arrive quelques fois, je ai un mousquetaire qui passe ses nuits avec moi à jouer des échecs et des cartes. Lui c’est un très gentil. Ce soir est mauvais soir, toi devais pas voir ça.

Mais il l’avait vu et très certainement ça ne serait pas facile de le convaincre !

- Toi peux pas me trâiner je crierai, et si toi veux mettre mouchoir dans ma bouche, moi mordrai ta main avant ! Toi vas t’excuser à la maîtresse sinon je aurai plus de toît. Toi veux que moi vive dans la boue ? Toi m’aimes pas pour vouloir malheur à moi ? Allez toi y vas !

Elle lui désignait la porte d’entrée de la maison close de son index rageur et le foudroyait du regard pour qu’il lui obéisse, mais son petit doigt quant à lui, lui prédisait qu’il n’allait sans doute rien n’en faire.
Revenir en haut Aller en bas
Invité


avatar



Invité


Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Empty
MessageSujet: Re: Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour   Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Icon_minitime14.12.12 0:13

Normalement, Arthur de Roberval n'aurait jamais dû s'attacher autant à quelqu'un et surtout pas à Haydée de Lopburi. C'était bien l'avantage du marin qui allait de port en port sans créer d'attaches, sans même penser à nouer des relations qui pouvaient durer plus que quelques jours ou quelques nuits. C'était plus facile ainsi après tout, on évitait de blesser les sentiments, de souffrir ou de briser des promesses. Les seules exceptions étaient peut-être ses fidèles compagnons et encore, ils étaient plus des alliés et des soutiens – quand ils ne se mutinaient pas – que de véritables amis. Le capitaine corsaire n'était d'ailleurs pas réputé pour sa gentillesse ou son accessibilité parmi son équipage, encore à l'heure actuelle, on se racontait avec des frissons comment il avait réussi à s'imposer après la mort de Jan Baert en faisant pendre ceux qui contestaient son autorité. S'il n'avait jamais multiplié les gestes de cruauté de ce genre sinon envers les pirates comme l'ordonnaient les édits royaux qui voulaient réaffirmer l'autorité de Louis XIV sur les océans, l'histoire suffisait à tenir tranquilles les marins pourtant hommes de mauvaise vie. Même avec sa famille en France, il avait rompu toute relation, renonçant à essayer de savoir comment se portait la seule personne à laquelle il avait vraiment tenu pendant ses années d'enfance, la seule à laquelle il avait pensé durant ses vingt années sur les mers, sa sœur Hélène. Bien sûr, Roberval avait tissé des liens aux endroits où il s'arrêtait, il y avait eu les commerçants qui lui achetaient ses marchandises et revendaient les leurs au corsaire, les filles qui avaient parfois partagé ses nuits d'insomnie mais elles avaient été rares et ils se souvenaient à peine de leur visage et bien sûr les Indiens Micmacs qui lui avaient appris à voir l'existence autrement. Était-ce de savoir qu'il avait eu un enfant qu'il n'avait jamais connu – dont il n'avait su le sexe d'ailleurs – qui l'avait conduit à se comporter ainsi envers Haydée ? Probablement pas, sa blessure, bien que profonde, avait fini par guérir, bien avant la haine qu'il nourrissait contre les Anglais et ses envies de vengeance. Non vraiment, non seulement il n'aurait jamais dû s'attacher à elle mais en plus il n'avait aucune raison pour.

Et pourtant... Pourtant il pensait à la Siamoise et s'inquiétait de l'endroit où elle se trouvait et ce qu'elle y faisait. Et s'il en doutait encore, la rage qu'il avait ressenti en la voyant accorder ses faveurs de manière forcée à un inconnu l'avait confirmé dans l'idée qu'il tenait bien plus à elle qu'il ne l'avait imaginé. Comment cela s'était-il produit ? Pourquoi n'avait-il pas vu ce lien se créer, lui qui était pourtant si attentif à ne pas trop s'attacher aux personnes pour ne pas risquer de souffrir un jour ? On perdait toujours ceux que l'on aimait, c'était connu. Et s'il ignorait quand cela se produirait, il savait bien qu'il finirait par repartir définitivement sur les mers. Depuis son enfance, il n'avait que désiré perdre la vie, l'épée à la main, comme un homme entièrement libre. Comment cela serait-il possible s'il avait laissé un cœur à terre ? Mais s'il appréciait déjà beaucoup trop la petite Haydée après leur long voyage passé sur le bateau qui les ramenait en France, si, après avoir entendu parler son père, cet être méprisable et veule qui ne voulait que la vendre au roi de France pour quelques avantages, il ls'étais mis en tête de la protéger, c'était véritablement au moment où il l'avait aidée à s'échapper de cette cour de Versailles qu'il avait scellé leur destin. Le sien tout particulièrement car il se sentait responsable d'elle et de son bonheur. Et au moment où il traversait une maison close parisienne avec une gamine perchée sur son épaule qui protestait, sous le regard médusé de tous ceux qui se trouvaient là, il ne put s'empêcher de se faire la réflexion que l'amour conduisait parfois à accomplir de drôles d'action !

- Toi lâche moi tout immédiatement ! Moi suis en colère terrible !

Arthur leva les yeux au ciel en entendant cette petite voix dont l'accent indéterminé rendait les paroles plus amusantes et plus adorables. Mais il n'était absolument pas d'humeur à s'attendrir et il lui en fallait plus qu'un caprice de la petite demoiselle, aussi dangereuse qu'elle pouvait bien l'être par ailleurs, pour l'impressionner. Surtout qu'il se trouvait dans une rage folle qu'elle lui ait menti. Espérait-elle vraiment qu'il ne s'aperçoive de rien ? Pensait-elle qu'il allait la lancer dans un endroit où les filles vendaient leur corps ? L'imaginer... Contre de l'argent... Avec des hommes qui ne la respectaient même pas... Non cela le dégoûtait trop. Il finit néanmoins par la lâcher, une fois arrivé à l'extérieur. La rue avait beau être mal fréquentée par ces hommes qui rôdaient aux alentours du bordel et il avait beau faire froid, il se sentait bien mieux là qu'à l'intérieur, au sein de ce lieu apparemment feutré mais oppressant. Pour tenter de calmer ses nerfs, il se mit à faire les cent pas devant tandis qu'elle mettait les poings sur les hanches et que, du haut de sa petite taille, elle s'exclama avec sévérité :

- Non, ça mettrait toi en danger et ça moi veux pas ! Oui moi t’ai menti mais ça arrive quelques fois, je ai un mousquetaire qui passe ses nuits avec moi à jouer des échecs et des cartes. Lui c’est un très gentil. Ce soir est mauvais soir, toi devais pas voir ça.

Roberval dut se mordre la joue à plusieurs reprises pour ne pas l'interrompre et se força à répondre d'une voix qu'il voulait calme et mesurée mais où teintait une colère qui ne cessait pas de brûler :

- Tu m'as menti délibérément ! Tu croyais que j'allais accepter cela comme ça ?! Je n'ai que faire de me mettre en danger si je te savais en sécurité... C'est tout ce que je souhaite, tu le sais ! Heureusement que tu n'avais pas prévu que je vois cela ! Il n'empêche que c'est arrivé et que, si je n'étais pas arrivé à temps, tu...

Interrompant ses pas en même temps que ses paroles, il se retourna vers elle et eut un frisson. Mais elle avait elle-même enchaîné en pointant sur lui son index comme si elle espérait qu'il allait vraiment lui obéir :

- Toi peux pas me traîner je crierai, et si toi veux mettre mouchoir dans ma bouche, moi mordrai ta main avant ! Toi vas t’excuser à la maîtresse sinon je aurai plus de toit. Toi veux que moi vive dans la boue ? Toi m’aimes pas pour vouloir malheur à moi ? Allez toi y vas !
- Jamais, plutôt brûler en Enfer, répliqua-t-il vivement, cette femme méprisable ne mérite même pas qu'on lui adresse un regard et je ne regrette rien de ce que j'ai fait... Tu vas repartir avec moi, il n'a jamais été question de te laisser vivre sous les ponts, que vas-tu t'imaginer ? Suis-je donc une personne aussi lâche pour que tu me considères ainsi ?

Il avait bien conscience que la ramener chez lui n'était pas une solution, surtout qu'il se savait surveillé... Et que cette Maryse d'Armentières n'avait toujours pas dévoilé ses intentions. Mais la rage l'empêchait de réfléchir à une autre solution cohérente. Et il aurait tellement aimer la ramener chez lui ! La savoir sous son toit aurait suffi à sa tranquillité. Et à son bonheur aussi certainement. Voyant que des hommes laissaient courir leurs regards sur la demoiselle dont le corsage était encore à moitié défait, Arthur jeta un regard mauvais aux alentours, se saisit du poignet fragile de la petite et la conduisit vers une ruelle moins fréquentée et encore plus sombre, toujours sans s'apercevoir que Clément, son moussaillon avait disparu.

- Je vais partir pour des mois à cause de la guerre qui se prépare. Que se passera-t-il quand je ne serais plus là ? Quand je ne pourrais plus arriver juste à temps pour prendre ta défense ? Parce que je sais bien que tu profiteras que je ne sois pas là pour t'exaspérer ou t'étouffer – car c'est ainsi que tu me vois, n'est-ce pas ? - pour sortir comme bon te semble et te mettre en danger !

Il la lâcha avec amertume et eut une légère grimace en se passant la main sur le visage. Il était ravi d'aller servir son roi et de reprendre les mers mais il savait bien qu'il n'allait pas pouvoir s'empêcher de s'inquiéter. Si seulement elle était raisonnable ! Ah il savait bien que c'était une mauvaise idée de s'attacher aux gens ! Mais était-il seulement possible de faire demi-tour maintenant ? Quand on devenait père, n'était-ce pas pour toute la vie ?

- J'ai peut-être une amie qui peut t'aider au besoin et me donner de tes nouvelles mais..., commença-t-il d'une voix un peu songeuse avant d'entendre un bruit qui lui parut suspect et qui le poussa à se retourner pour protéger Haydée de son corps avant de continuer : qui va là ?

Comme il sortait d'un salon littéraire, il était encore vêtu assez richement et n'avait pas d'arme sur lui ce dont il se maudit intérieurement. Surtout quand il vit apparaître plusieurs hommes aux visages éclairés par des torches et qui tenaient prisonnier Clément, lequel jeta un regard désolé vers son maître. L'un d'entre eux baragouina quelques mots en siamois qu'un de ses homme, bien armé s'empressa de traduire :

- Quel surprise de vous voir ici, capitaine ! Et avec elle en plus !

Le père d'Haydée venait de les retrouver.



Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Invité


avatar



Invité


Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Empty
MessageSujet: Re: Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour   Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Icon_minitime03.01.13 11:23

Il était évident que le corsaire lui obéirait, c’était d’une logique flagrante. Malgré une humilité certaine qui l’avait conduite à fort bien s’intégrer au peuple parisien au point de côtoyer des miséreuses dans un recoin tel qu’une maison de close, Haydée demeurait par sa naissance même quelqu’un à qui on ne tenait guère tête. Fille du roi de Lopburi bien qu’entourée d’une cinquantaine de frères et sœurs et surtout seconde épouse d’un autre roi, le puissant monarque du Siam, on se mettait ventre contre terre pour la servir. On ne devait pas même lever les yeux sur elle. La religion de son pays et les lois l’apparentaient à une divinité faite de chair et d’os. Le moindre souhait ou le plus petit désir à peine formulé de vive voix était comblé par une ribambelle d’esclaves. L’étiquette de la cour de Versailles, pour ce qu’elle avait pu en juger durant une soirée, lui avait paru bien sobre si l’on comparait. C’est d’ailleurs cette existence étouffante qu’elle avait fuie. Hélas certaines habitudes ont toujours été difficiles à perdre quand elles sont bien ancrées et la jeune fille conservait cette autorité naturelle exacerbée par un caractère fort. Par conséquent, Haydée s’attendait le plus naturellement du monde à ce qu’Arthur de Roberval se dirige vers la porte de son refuge de fortune, comme elle l’exigeait de lui. Contre toute attente, il refusa d’obtempérer.

« Jamais, plutôt brûler en Enfer, cette femme méprisable ne mérite même pas qu'on lui adresse un regard et je ne regrette rien de ce que j'ai fait... »

Elle demeura si abasourdie par cette résistance jamais rencontrée, qu’elle en resta sans voix, la bouche entr’ouverte. Et pourtant, elle aurait dû s’en douter. Face à elle, ne se trouvait pas le marin mais son père de substitution si inquiet pour son sort. D’ailleurs même si les hasards du voyage ne les avait pas conduits tous deux à éprouver ces sentiments forts, au fond d’elle, Haydée se doutait qu’il n’aurait pas réagi autrement. Une nature sauvage et rebelle si proche de la sienne se tenait là devant elle. Autant cette personnalité commune les avait rapprochés autant provoquait-elle parfois comme à présent certains accrochages. Ils étaient bien trop semblables pour ne jamais en venir à se disputer. D’ailleurs à cette minute, Haydée sentait l’exaspération la gagner, la rage faisait bourdonner méchamment ses oreilles. Elle vouait une adoration sans bornes à cet homme courageux, son sauveur, mais cette manie de l’étouffer lui donnait parfois l’envie féroce de l’étouffer lui-même. Il s’agissait d’un véritable contraste de sentiments qui la laissait très souvent épuisée après une énième confrontation entre eux. Comprendrait-il un jour qu’elle ne désirait pas être pouponnée ? Qu’elle était une femme et non une petite fille sachant très bien se défendre.

« Tu vas repartir avec moi, il n'a jamais été question de te laisser vivre sous les ponts, que vas-tu t'imaginer ? Suis-je donc une personne aussi lâche pour que tu me considères ainsi ? »

Une autre sensation désagréable vint se rajouter à son courroux, celui d’un bon sens qu’elle semblait seule posséder. Elle leva les yeux au ciel ainsi que les bras pour les abaisser dans un même mouvement. Elle voulait à cette minute implorer n’importe quel Dieu, autant Bouddah que celui des Chrétiens pour que l’un d’eux lui vienne en aide et fasse retrouver sa raison au marin. Il ne pouvait pas la dissimuler chez lui, ça ne ferait qu’empirer les choses pour tous deux. Les espions de Louis XIV le surveillaient, elle était fort bien placée pour le savoir.

- Toi es pas lâche mais beaucoup idiot, pris serons toi et moi. Moi je irai pas chez toi mettre nous dans la gueule du loup. Ça est suicide. Moi préfère m’enfuir et toi seras plus dans la confidence. Je dirai rien à toi de là où moi serai. Toi es prévenu.

Pour la première fois depuis qu’elle apprenait le français, elle articula si bien sa façon de penser que son accent natif lui parut atténué à ses propres oreilles. Le fait d’être excédée avait un avantage. Son interlocuteur le paraissait autant qu’elle, puisqu’il prit son poignet dans la paume de sa main et l’attira dans une ruelle sombre. Sans doute cette impasse serait-elle parfaite pour des règlements de comptes. Aussi ne résista t-elle pas à son emprise et le suivit cette fois sans trop rechigner, mais ses sourcils froncés et ses yeux perçants laissaient percevoir toute l’étendue de son courroux.

« Je vais partir pour des mois à cause de la guerre qui se prépare. Que se passera-t-il quand je ne serais plus là ? Quand je ne pourrais plus arriver juste à temps pour prendre ta défense ? … »

Le reste de son discours amer se perdit dans les méandres de la pensée d’Haydée. Toute la concentration de la siamoise était à présent tournée sur les premiers mots de cette riposte. Bien sûr, elle avait comme tout le royaume de France su qu’une guerre se préparait, entre des pays qu’elle ne connaissait que sur une carte. Ce qu’elle ignorait, c’est qu’Arthur lui pourtant si indépendant y participerait. Toute sa colère fondit comme neige un jour d’été, pour laisser place à la peur. Etant femme d’un guerrier, elle avait vu déjà toute sorte d’horreurs. Le harem avait d’ailleurs déménagé au cours d’une offensive ennemie, afin de protéger épouses, concubines et enfants. Si elle n’avait guère connu d’anxiété pour son mari qu’elle appréciait à peine malgré ses égards, il en était autrement d’Arthur. Elle le fixait par conséquent toujours avec reproche mais surtout avec inquiétude.

- Toi vas partir alors que ton roi ferait couper la tête de toi si lui savait que je étais chez toi.

Elle ne connaissait point la législation française mais un tel crime dans sa patrie était puni de la sorte et de bien d’autres tortures auparavant.

- Moi me moque bien que toi prennes ma défense ou un autre, moi veux que toi restes ici avec moi.

Soudain une autre frayeur lui noua l’estomac, était-ce son caractère infernal qui le poussait à la quitter ? Ne tenait-il plus à elle ? Cependant, elle chassa cette idée saugrenue de son esprit, connaissant déjà la réponse. Une autre explication vint à elle. La guerre et la gloire voleraient bientôt des milliers d’hommes à leur foyer et le pire c’est que tous partiraient avec un grand sourire aux lèvres, ivres de connaitre le champ de bataille, oubliant qu’à l’arrière leur famille serait minée par l’angoisse. Si ce n’était donc pas elle qui le conduisait à prendre part à ce conflit, c’était donc sans doute la soif de l’aventure. Contre cette envie là, elle ne pouvait rien et elle pouvait même la comprendre. Elle était simplement très difficile à accepter si tenté que ce soit ce qui motive Arthur.

" J'ai peut-être une amie qui peut t'aider au besoin et me donner de tes nouvelles mais... "

Haydée s’apprêtait à demander le nom de la personne en question, lorsque le bruit qui avait conduit Arthur à faire bouclier de son corps l’alerta aussi. Il s’agissait de pas feutrés. Bientôt, tous deux virent des silhouettes se dessinaient à la lueur de torches qu’elles portaient, tout un groupe se dirigeait vers eux. Parmi cet attroupement, deux hommes semblaient retenir captif le domestique du baron Roberval. Cela n’augurait rien de bon. Ce n’était pas des voleurs. L’esprit de la jeune fille déjà cavalait pour se sortir de ce mauvais pas tandis que son cœur tambourinait de peur d’être reprise et ramenée sous bonne escorte à Versailles.

- Quel surprise de vous voir ici, capitaine ! Et avec elle en plus !

Cette voix lui provoqua des frissons dans toute l’échine. Il s’agissait de son père, de son maudit père, comment avait-il pu les retrouver ? La présence de Clément lui apporta tout à coup une réponse. Sans doute avait-il parlé et indiqué l’endroit où se trouvait son maître. A présent, elle était perdue, ils étaient perdus ! Tous deux seraient traînés devant le roi de France, elle serait reconduite au Siam et serait battue pendant six longs mois de traversée par l’homme qui venait de les débusquer comme du gibier. Qu’importe que cet homme lui ait donné la vie, elle ne l’aimait pas, pas d’une once de son cœur. Elle agrippa le bras d’Arthur, ses yeux valsant de l’un à l’autre des sbires qui les entourait tout en levant de temps à autre la tête pour chercher des issues. Elle n’aimait pas se retrouver complètement acculée et une panique légitime s’emparait d’elle. Pourtant, il ne serait pas dit qu’elle, la très rebelle Haydée montrerait la peur qu’elle ressentait, révoltée et insolente demeurerait-elle jusqu’au bout. Elle agressa donc son géniteur dans leur langue maternelle.

- Quelle surprise de vous voir ici père, et sans vos coussins dans lesquels vous vous vautrez généralement, en plus !
- Petite impertinente, tu seras fouettée !
- Vous n’en avez pas le droit, seul mon mari l’a !
- En six mois, tu auras tout le temps de cicatriser ! Il n’en saura jamais rien !

Ses ordres furent prononcés en français néanmoins, sans doute parce que les brutes achetées devaient être françaises.

- ATTRAPEZ-LA, AMENEZ LA MOI ET TUEZ L’AUTRE, CE FILS DE CHIEN !

Aussitôt dit, aussitôt fait, tels des aigles fondant sur leurs proies, les hommes du roi de Lopburi avancèrent à grands pas vers eux, tandis qu’ils reculaient. Ils étaient vraiment piégés à présent. Les instructions étaient plus que claires mais peut-être pouvait-elle négocier, car la mort programmée de son protecteur ne serait pas rapide et douce. Elle connaissait les méthodes cruelles de son père lorsqu’il décidait d’éliminer quelqu’un. La vie d’Arthur méritait qu’elle lui sacrifie sa liberté. Sa décision fut prise !

- Attendez ! Si je me livre et accepte votre punition, vous le laisseriez partir sain et sauf ?

Un long silence lui répondit, son père paraissait réfléchir intensément.

- C’est d’accord, je te le promets. Mais tu viens me rejoindre maintenant.

Haydée compta sur l’ignorance de la langue siamoise par Arthur pour se glisser sous son bras en l’espace d’une seconde. Son agilité encore une fois étant sa fidèle alliée. Son protecteur avait sans doute fait un mouvement pour la retenir mais il était trop tard. Elle avait déjà dépassé le rempart des sbires qui s’était resserrés aussitôt qu’elle était passée, et se trouvait à présent tête baissée au côté de son père se délectant de sa victoire. Celui-ci ne tarda pas d’ailleurs à trahir sa parole.

- TUEZ LE ET SURTOUT QU’IL SOUFFRE !

La jeune siamoise voulut se précipiter vers Arthur mais les bras de son père se refermèrent sur elle, tels des serres de rapace. Jamais ne s’était-elle autant débattue, elle mordait et griffait pour se dégager mais hélas les comparses approchaient dangereusement de son protecteur, leurs armes menaçantes et scintillantes en main et elle ne pouvait plus rien entreprendre pour lui venir en aide !
Revenir en haut Aller en bas
Invité


avatar



Invité


Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Empty
MessageSujet: Re: Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour   Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Icon_minitime15.01.13 0:04

Évidemment Haydée refusa tout net de le suivre et Arthur leva les yeux au ciel. En même temps, venant de sa part, il ne pouvait pas s'attendre à autre chose. C'était même assez évident qu'elle n'en ferait qu'à sa tête... Mais comment pourrait-il accepter qu'elle reparte dans ce bordel où n'importe quel homme qui payait assez pouvait abuser d'elle ? Dans son inquiétude, Arthur s'était à peine aperçu qu'elle s'était adoucie et que la mention de la guerre avait creusé un pli soucieux sur son front.

- Toi vas partir alors que ton roi ferait couper la tête de toi si lui savait que je étais chez toi. Moi me moque bien que toi prennes ma défense ou un autre, moi veux que toi restes ici avec moi.

C'était proprement agaçant de la voir réagir ainsi... Mais aussi un peu flatteur et Arthur ne put s'empêcher de se sentir touché à l'idée qu'elle le veuille auprès de lui. Se faisait-il donc des fausses peurs ? Ne se réjouissait-elle pas à l'idée de le voir partir pour vivre plus libre ? Était-ce possible qu'elle aussi le considère comme... Un père ? Il allait répondre que ce n'était pas possible, que sa véritable place était sur son navire et qu'il avait beau la cacher, il se considérait toujours comme un fidèle de Louis XIV (qui avait bien besoin de lui sur les mers parce qu'il n'allait pas faire grand-chose avec ses dix pauvres bateaux de guerre) quand la situation changea du tout au tout. Le père véritable d'Haydée les avait retrouvés. Tout ce qu'Arthur craignait était sur le point d'arriver. Ce n'était pas cet homme qui allait hésiter à les livrer au roi. Et si quelques minutes auparavant, le corsaire était prêt à jurer que Louis XIV ne lui ferait rien pour rassurer Haydée, il n'était plus certain de rien. Il voulut protéger la jeune fille de son corps mais après un échange auquel il ne comprit rien, il la vit passer sous son bras et filer rejoindre son père.

- Non, Haydée ! S'écria-t-il désespéré. Qu'avait-il promis pour s'attirer le retour de sa fille ? Visiblement de laisser la vie sauve à Arthur mais il changea d'avis immédiatement en lançant quelques ordres secs qui n'avaient qu'un but : la mort du corsaire.

En voyant approcher deux hommes armes à la main droit sur lui alors qu'il était acculé contre le mur d'une maison plongée dans les ténèbres, Arthur se fit la réflexion que la situation n'était guère brillante et que le rapport de force jouait clairement en sa défaveur. Il avait été tellement pressé de retrouver Haydée (et avait surtout été tellement en retard) qu'il n'avait pas voulu faire un détour pour récupérer son épée qu'il avait pourtant le privilège de porter comme tout noble de son rang, comptant sur l'impression qu'il donnait pour ne pas avoir de problème dans Paris ce soir-là. En n'ayant de toute façon même pas songé qu'on puisse en vouloir à sa vie alors qu'il allait seulement passer quelques heures avec sa fille de cœur. Il ne pouvait donc que les regarder s'approcher, impuissant, les bras ballants en se demandant par quel miracle il pourrait bien se sortir de ce guêpier. Parce que dans cette situation précise, il lui faudrait une intervention divine, rien de moins. En attendant que Dieu ne se décide, Arthur ne put s'empêcher d'analyser le contexte, en habitué des batailles qu'il était, bataille qu'il commandait généralement même si c'était lui qui donnait l'assaut aux navires ennemis par surprise et non l'inverse – et il ne s'était encore jamais risqué à compter sur la chance pour aller combattre sans armes. Il n'avait même pas de croix sous la main pour réitérer l'exploit de Constantin en son temps – fort longtemps donc – qui avait fait fuir ses ennemis par la simple vue de l'objet. De toute façon, soyons réalistes, ce n'était pas les hommes de l'Asiatique que ça allait impressionner de tuer un pauvre chrétien sans défense. Il y a avait donc ces deux hommes à l'aspect menaçant, vêtus de noir, sans doute pour se fondre plus facilement dans le noir ou alors par manque flagrant de goût, qui le désignaient de la lame brillante de leurs épées. Le père d'Haydée, ce petit bonhomme un peu rondouillard était resté à l'arrière et tenait fermement le bras de la jeune fille qui se débattait en vain. Ce n'était pas plus mal. Si Arthur détestait l'idée de la voir entre les griffes de ce monstre, au moins, ne commettrait-elle pas la folie de se jeter entre les combattants et il la connaissait désormais assez pour savoir qu'elle en était capable. A ses côtés, un autre couple improbable, celui d'un homme de main siamois qui tenait ce pauvre Clément en lui maintenant un poignard contre la gorge. Ce n'était pas le destin qu'il lui avait prévu à ce petit, il voulait en faire quelqu'un. Dommage que tout se termine aussi tragiquement, dans une sombre ruelle parisienne. Le moussaillon semblait avoir pris conscience de ce fait car il roulait des yeux entre Haydée et Arthur d'un air affolé. Dire que le corsaire s'était promis de mourir les armes à la main sur le pont de son navire pour que les embruns recueillent son dernier souffle ! Au moins, cela aurait été plus prestigieux que cela comme mort !

Étant donné qu'il était peu probable que ses agresseurs soient sensibles à ces arguments pourtant plein de bon sens pour retarder la mise à mort, Arthur fixa de nouveau son attention sur eux. L'ordre de le faire souffrir semblait les avoir un peu déconcertés car ils se consultèrent du regard. A ce cri d'ailleurs, Roberval avait poussé un soupir de soulagement. S'ils devaient le faire mourir tout de suite, il n'aurait pas eu beaucoup de chance de s'en sortir... Là en revanche, on lui accordait un sursis. Il leva les yeux au ciel en songeant que Dieu aurait pu se manifester de manière plus éclatante tout de même en sa faveur mais la lame froide qui caressa sa pomme d'Adam le ramena de manière immédiate à la réalité. Il convenait de trouver une solution s'il ne voulait pas finir embroché. Pour le moment, il se contenta de rester immobile, retenant presque son souffle et évaluant du regard ses attaquants. Seul l'un des deux faisait à peu près sa carrure, c'était d'ailleurs celui qui le menaçait directement, l'autre était plus petit et bien moins effrayant. Ce fut le premier qui lui fit le signe qu'ils allaient lui couper les membres avant de le tuer directement (du moins, Arthur interpréta-t-il ses gestes ainsi, après des mois passés sur mer avec des Siamois, force était de constater qu'il décryptait de mieux en mieux). Perspective peu réjouissante, ce fut la raison pour laquelle Arthur profita des quelques secondes où l'homme retirait son épée de son cou pour frapper dans son bras pour bondir avec vivacité sur le côté. L'épée frappa le mur dans un bruit sourd puis tomba au sol lorsque le corsaire frappa avec force le poignet de son agresseur qui eut un cri de douleur. Déjà la confusion était à son comble. Le deuxième assaillant voulut intervenir mais le combat à mains nues faisait rage entre les deux hommes devant lui et il s'interrompit, craignant de toucher la mauvaise personne. Roberval frappait sans réellement réfléchir mais avec l'énergie du désespoir (et aussi ses années d'expérience en la matière). Après avoir violemment repoussé l'homme, la tête de celui-ci heurta le mur et il s'effondra à terre comme une poupée désarticulée.

- Mais tuez-le, enfin qu'attendez-vous ? S'époumonait le père d'Haydée toujours aux prises avec sa fille qui s'agitait comme un beau diable.
- Attendons donc que le duel soit à armes égales, s'écria Arthur avec un sourire ravi avant de faire mine d'ôter son chapeau devant l'arbitre de la soirée et de saisir de l'arme à terre avec trop de rapidité pour l'autre qui réagit trop tard. Roberval contra facilement son attaque en fente.

C'était parti pour de longues minutes d'escrime... Enfin escrime, cela y ressemblait vaguement pour un observateur extérieur si on considérait qu'on pouvait y voir quelque chose dans cette rue noire et sans éclairage public (La Reynie faisait décidément mal son travail). Arthur combattait avec le style des pirates, sans faire de cadeau et sans respecter aucune règle que les gentilshommes pouvaient bien apprendre à l'école. En face, l'autre... C'était plus indéfini à vrai dire, il brassait de larges moulinets avec son arme comme s'il ne savait pas vraiment s'en servir. Le corsaire n'eut qu'à feinter et à lui exécuter l'une de ses bottes pour le désarmer et le blesser à la cuisse ce qui le fit tomber à terre. Il allait l'achever sans pitié quand un cri retentit. Il interrompit son geste avec inquiétude. C'était Clément qui avait hurlé. Ce n'était pas son genre mais Arthur entrevit du sang couler le long de sa gorge. Visiblement, l'homme qui le tenait avait eu un sursaut nerveux.

- Stoppez votre petit manège immédiatement sinon je l'achève, grogna l'espèce de montagne en question, déposez votre arme à terre. Sans geste brusque.

Il ne paraissait pas plaisanter aussi Arthur resta immobile un instant. Il ne pouvait pas sacrifier ce pauvre moussaillon qui lui avait rendu bien des services par ailleurs et qu'il aimait comme un père. Il jeta un coup d’œil à Haydée. A elle non plus, il ne pouvait pas renoncer. Mais Dieu seul savait ce que son père était capable de faire pour qu'Arthur ne la récupère pas en un seul morceau. Il se pencha doucement, millimètre par millimètre, s'apercevant par la même occasion qu'il était un peu amoché car du sang coulait de son nez. Mais comme Dieu lui prouva au même moment qu'il ne fallait jamais désespérer de Lui.

- Que se passe-t-il ici ?

Un espèce de nobliau à la large perruque poudrée venait de les apostropher et Arthur remercia la ciel qu'il puisse exister des gens aussi stupides sur cette terre. Quelle était la probabilité pour qu'un étranger intervienne dans une querelle qui tournait visiblement mal ? Toujours est-il que Clément profita d'un moment d'inattention de la montagne qui s'était tourné vers l'impromptu pour se glisser de ses larges paumes et se mettre en quelques pas hors de sa portée. Sans réfléchir davantage, Arthur reprit en main son épée, acheva l'homme à terre tandis que le nobliau s'enfuyait à toutes jambes. Mais déjà, le géant était sur lui et frappait avec acharnement. Le combat fut assez indécis mais Arthur ne comptait vraiment pas lui offrir sa peau. D'autant qu'il ne tenait pas non plus à ce que la police débarque sur ces entrefaites. En quelques minutes, au prix d'une douloureuse enfilade sur le bras qui le laissa grimaçant, Roberval le mit hors jeu. Mais quand il releva la tête, il était seul dans cette ruelle. Où était donc passée Haydée ? Et son père accessoirement ?

- Psst, par là, mon capitaine ! S'écria la voix de Clément à un embranchement plus loin avant de se mettre à courir dans la direction où les fuyards étaient partis, attirant Roberval sur ses traces, je suis désolé, mon capitaine, je me suis laissé prendre au pièce quand cet homme a...
- Aucune importance, le coupa Arthur qui craignait que cette discussion ne l'essouffle, il faut juste retrouver Haydée.

Laquelle n'était pas très loin. Elle était toujours aux prises avec son père qui avait sorti sa propre épée, au bord du fleuve de la Seine qui filait son cours tranquillement. C'était encore un endroit peu éclairé et peu fréquenté de Paris et Arthur trouvait que décidément l'Asiatique avait une connaissance d'un Paris mal-famé assez étonnante. Le corsaire ne sut comment cela se passa mais Haydée parvint à se détacher de la poigne de son père et un instant, il la rattrapa, la saisit à son tour par le poignet mais la fit passer derrière lui.

- N'interviens plus, d'accord ? (Puis s'adressant au ravisseur : ) Cela est terminé, maintenant, Haydée va disparaître, vous ne la reverrez plus jamais.
- Je suis son père, prononça l'homme d'un ton hésitant en brandissant son épée et se jetant sur Arthur pour le frapper.
- Non, vous n'êtes pas son père, vous ne l'aimez pas, répliqua Arthur amèrement en parant le coup assez facilement.

L'homme n'était pas l'adversaire le plus coriace qu'il avait eu jusqu'à présent mais Roberval ne voulait tout de même pas le blesser trop gravement, il avait des liens du sang avec la petite combien même se comportait-il de manière ignoble avec elle. Il fallait juste lui entendre raison. Ce fut par pure maladresse (de la part de l'Asiatique qui n'avait pas vu un coup arriver) qu'Arthur enfonça son épée dans le torse de l'homme. Celui-ci n'eut pas un cri mais ses yeux s'écarquillèrent, il lâcha tout et, les bras en croix, tomba en arrière. Arthur ne s'était pas aperçu qu'ils se trouvaient si près de la Seine. Il n'eut pas le temps de faire un geste que déjà le père d'Haydée sombrait dans les flots et disparaissait dans le courant. Il y un silence pendant le quel Arthur se demanda s'il devait sauter pour aller le chercher. Mais c'était de toute façon trop tard. Il passa sa main sur son nez gonflé de sang puis examina de plus près la blessure du bras qui semblait peu profonde. C'était se rattacher à des détails quand on savait qu'on venait de commettre un acte impardonnable. Il se retourna lentement, lâcha l'épée et chercha le regard d'Haydée :

- Je suis désolé... Terriblement désolé, je n'ai jamais voulu... Je ne pensais qu'à toi... Je...

Il venait de tuer un invité du roi de France, le père d'une jeune fille qui revêtait une importance capitale à ses yeux. Tout ceci n'était qu'un cauchemar. Il se passa les mains sur le visage mais quand il les ôta, ses yeux marron attristés se posèrent sur la même scène qu'auparavant.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Invité


avatar



Invité


Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Empty
MessageSujet: Re: Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour   Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Icon_minitime02.02.13 16:12

En plus de la frayeur qui lui broyait les entrailles concernant le sort d'Arthur de Roberval, un sentiment de honte extrême l'envahissait toute entière. Au Siam, tout parole donnée est sacrée et on peut encourir le grand courroux de Bouddah pour l'avoir trahie. Son père s'en repentirait, elle le pressentait déjà. Croyante elle était et croyante elle resterait, malgré une conversion nécessaire au catholicisme pour se défaire de son royal époux. Comment le roi de Lopburi pouvait-il offrir une promesse sans la tenir et faire mourir un homme comme un chien galeux, acculé contre un mur au fin fond d'un cul de sac ? Il ne respectait rien et n'avait jamais rien respecté pas même sa famille, pas même elle sa fille. Il avait tout d'abord acheté sa mère, comme on fait l'acquisition d'une pièce de bétail, puis il l'avait vendue elle-même à un homme. Comble de tout et du dégoût qu'elle éprouvait pour sa personne, il l'avait enfin fortement conseillée d'aller se glisser dans les draps d'un autre : le roi de France en personne, afin d'obtenir des avantages diplomatiques. Comment aurait-elle pu aimer un tel homme ? Et comment ne pas être tout au contraire, comblée par l'amour paternel que lui portait Arthur de Roberval ? Il l'étouffait certes mais à cette heure où elle allait sans doute le perdre, c'était elle qui désirait l'étouffer. Oui le prendre dans ses bras, pour la première et sans doute pour la dernière fois ...

- Je ferai n'importe quoi, père. J'essaierai de séduire le roi de France puisque vous le vouliez. S'il vous plait, ne le tuez pas.

S'il y avait eu des passants à cette heure tardive, ils auraient sans doute volontiers fui devant cette langue siamoise que d'aucuns devaient juger sauvage et impie, sur le sol français. De surcroît, Haydée hurlait ses supplications entre les coups que son père lui assénait et ceux qu'elle lui rendait afin de se défendre. Une vraie bataille de chiffonniers avait lieu dans cette impasse et les cheveux si lisses de la jeune fille, n'étaient plus que nœuds à présent. Son visage était parsemé de griffures, son géniteur prenant un malin plaisir à se venger de toute l'humiliation et des mois de recherches qu'elle lui avait fait subir. Ainsi molestée, elle ne pouvait voir le corsaire et ce qu'il advenait de lui. Elle pouvait à peine percevoir les bruits sourds du combat qui avait lieu, des cliquetis d'épées et des chutes de corps mais de quel corps au juste ? Lorsqu'elle entendait au fil des secondes, le cri atypique d'un Arthur combattant, elle souriait malgré tout. Il était en vie ou peut-être blessé mais point encore à terre et c'était suffisant, elle priait de toute son âme son Dieu pour qu'il vienne à bout de ses agresseurs.

- Arthur ! Toi vas bien ?

Voilà ce qu'il lui restait pour récolter des informations misérables sur son état et sur la progression de ce combat. Cependant, malgré cet effort, elle ne pouvait compter sur son ouïe car son père s'attaquait à son visage, comme un chat sauvage peut le faire. Elle n'entendait pas plus qu'elle ne voyait. C'était un véritable cauchemar et elle ne voyait pas comment se rendre davantage. Haydée n'avait plus aucun atout dans sa manche, son père avait tout refusé. Il comptait bel et bien en finir avec son protecteur et ne lui laisserait pas d'autre choix que de le suivre, une fois qu'il en aurait fini avec lui. Son escapade se terminerait dans le sang et sa liberté dans la violence.

" Mais tuez-le, enfin qu'attendez-vous ? "

Haydée assena un coup de coude dans les côtes de son père et crut un instant lui échapper, mais ce dernier agrippa violemment son bras. Ce furent malgré tout de précieuses secondes, puisque cela la conforta dans l'idée qu'Arthur tenait bien tête à ces têtes d'assassins.

- Vous ne l'aurez pas aussi facilement, il n'a pas appris à se battre en mangeant des fruits confits et en se faisant dorloter par quarante concubines LUI !

Son insolence se vit gratifier de deux gifles cinglantes, l'une des bagues de son ravisseur entailla sa lèvre inférieure qui se mit à saigner. Elle excédait comme toujours son cher et tendre père et s'en délectait quoi qu'il lui en coûte de se révolter. Fière et rebelle elle était, fière et rebelle, elle resterait. Dusse t-elle en mourir ! D'ailleurs, peut-être était-ce à ça que son père par ses mauvais traitements voulait en venir : la tuer pour qu'elle se taise enfin. Ceci n'était pas impossible, il y avait toujours eu entre eux, une sorte de haine à rebours, peut-être que le vase désormais trop plein de part et d'autre allait déborder. Peut-être y laisserait-elle la vie. D'ailleurs, au loin une autre existence semblait en jeu. Celle de Clément que l'un des agresseurs semblait menacer pour faire plier le corsaire. Il ne fallait pourtant pas ! Loin de considérer le moussaillon avec la même affection qu'Arthur, elle ne pouvait que lui reprocher de les avoir trahis à cette minute . Sa compassion pour lui avait disparu. C'était à cause de lui qu'ils se retrouvaient dans cette situation désespérée ... Elle ne souhaitait pas sa mort, mais Haydée ne voulait absolument pas qu'Arthur rende les armes pour sauver un traître d'un sort qu'il méritait ! On allait lui faire subir les pires horreurs, s'il faisait ça ! Elle voulut lui interdire de baisser la garde mais une arrivée miraculeuse lui ôta les mots de la bouche. En effet, un jeune hobereau venait de faire retentir sa voix dans la ruelle et avait permis au marin de profiter d'un moment d'inattention de son agresseur. Agresseur qui gisait à présent à terre dans une mare de sang. Haydée fixa son père de substitution avec des larmes aux yeux, si admirative, si soulagée qu'il s'en soit sorti indemne ou presque. Elle n'avait cure de ce nez mis à mal, elle ne le voyait plus, elle se concentrait sur le simple fait qu'il soit toujours debout et entier ! Mais ce dernier n'eut pas le temps de lui rendre son regard, que déjà son père la forçait à quitter l'impasse en tirant impitoyablement sur ses poignets. et la menaçant de son épée pour ne pas qu'elle appelle à l'aide.

Ils avaient déjà fait quelques pas hors de cette ruelle et étaient au bord de la Seine lorsque des pas de course retentirent dans leur direction. Arthur venait de les retrouver et c'est à cet instant tandis qu'ils se dévisageaient qu'Haydée réalisa pleinement ce qui pouvait advenir. Un combat sans doute à mort, car son père ne lui ferait pas de cadeau, entre son géniteur et son parent de coeur. Constatation qui la fit déglutir d'appréhension. Elle n'aimait pas son père mais de là à espérer le voir mourir et de plus par cette main là ... il y avait une grande marge et il fallait empêcher ça, coûte que coûte. Elle profita de l'attention que son père portait à présent tout entière au corsaire pour mordre au sang la main qui encerclait son poignet. Son ravisseur fut contraint de la lâcher et à grands pas elle rejoint le marin. Ce dernier la protégea à nouveau avec le rempart de son corps.

" N'interviens plus, d'accord ? "

Voilà une requête à laquelle, il était très difficile d'obéir. Elle désirait ardemment intervenir pourtant. Néanmoins le combat qui s'engagea entre les deux hommes très rapidement, lui coupa l'herbe sous le pied et en effet, elle n'entreprit rien n'en ayant guère la possibilité. Les deux combattants paraissaient, en outre, se livrer une guerre de "sentiments". " Je suis son père, elle m'appartient" Non vous ne l'êtes pas " Haydée était l'enjeu de cette bataille et son cœur tambourinait de culpabilité contre ses côtes. Cette sensation désagréable redoubla lorsque le coup fatidique fut porté à la poitrine de son père, par le corsaire. Elle ne put s'empêcher de se retourner brusquement et de se dissimuler le visage de ses mains tout en étouffant un petit cri. Arthur venait de le tuer ! Entre ses doigts, elle suivit le corps sans vie qui ondulait à cause des vagues de la Seine. Lorsqu'elle refit face à son père de substitution, ses jambes la tenaient à peine et déjà pâle de nature, elle était devenue blême.

" Je suis désolé... Terriblement désolé, je n'ai jamais voulu... Je ne pensais qu'à toi... Je... "

Elle lui en voulait et ne lui en voulait pas, ce contraste de sentiment la minait déjà. Il n'avait fait que se défendre, il n'avait fait que la défendre, comment aurait-elle pu lui jeter au visage une quelconque colère ? Cependant, il venait de l'abattre sous ses yeux, son père, son sang quoi qu'on en dise et malgré tout le mépris qu'elle lui avait porté, cela n'était pas rien ! Elle resta ainsi muette plusieurs minutes à le fixer intensément, cherchant quelque chose à lui répondre mais les mots étaient décidément coincés dans sa gorge. Il souffrait, elle souffrait. Leurs regards avaient véritablement quelque chose de poignant. Il lui fallut un effort quasi surhumain pour balbutier quelques mots.

- Toi l'as tué ...

Elle avait encore du mal à réaliser ce décès prématuré, une heure avant, son père devait être bien installé dans ses coussins en s'abreuvant de bons vins français. D'ailleurs, peut-être n'était-il pas vraiment mort et peut-être fallait-il le repêcher ? Elle désira plonger dans l'eau profonde et fit un mouvement dans ce sens, mais un ultime regard dans la direction du cadavre la conforta dans l'hypothèse du décès. Elle avait beaucoup trop de choses à digérer en si peu de temps, la mort du roi de Lopburi et le fait que ce soit la main d'Arthur de Roberval qui en soit la cause. Elle s'assit sur un rondin de bois planté au bord de la Seine destiné à mesurer l'eau en cas d'inondation, et répéta inlassablement la même phrase, toujours pétrifiée. Mais bientôt consciente qu'elle ne faisait que remuer le couteau dans la plaie, elle décida de lui adresser quelques mots plus aimables.

- Ca est pas de ta faute ... Lui a commencé ... Toi pouvais pas autrement faire ...

Mais il n'empêche ... Et à présent qu'allaient-ils faire ? Si le roi apprenait ça, Arthur courait un énorme risque. Il s'agissait d'un de ses hôtes les plus prestigieux. Peut-être qu'Arthur serait même condamné à mort, mais quoi qu'il en soit ne l'était-il déjà pas ou presque en partant à cette guerre stupide ? Ne résistant pas à l'élan qu'elle avait eu quelques minutes auparavant en ressentant la terreur de le perdre, elle se rua tout à coup vers lui et encercla son cou de ses bras. Elle avait un besoin vital de pleurer et de le serrer contre elle, trop c'était trop même pour une jeune fille pleine de vie comme elle. Et même s'il s'agissait d'étreindre pour quelques minutes, celui qui venait de passer une épée dans le corps de son père, que lui importait ... Car elle l'aimait de toute son âme, ce tueur là, son vrai père ! Que Bouddah la pardonne ! Si cette affection était un péché capital, elle persisterait à ne jamais s'en repentir.
Revenir en haut Aller en bas
Invité


avatar



Invité


Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Empty
MessageSujet: Re: Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour   Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Icon_minitime07.05.13 23:32

La soirée, pourtant commencée sous les meilleurs auspices dans un salon parisien (enfin Arthur n'aurait pas été forcément d'accord pour qualifier cette activité de réjouissante), avait pris une tournure proprement catastrophique. Non seulement, il s'était aperçu que l'endroit où se dissimulait Haydée n'avait rien d'une charmante bicoque habitée par des jeunes femmes de bonnes mœurs (certes on en trouvait rarement dans les bordels mais voir un homme dans le lit de sa protégée lui avait fait un choc) mais en plus, il avait été suivi et retrouvé par le père de la jeune fille qu'il avait été contraint de tuer. Il avait en effet suffit d'un coup d'épée, un unique coup pour que l'invité du roi de France, venu de ses lointaines terres de Siam sombre dans le néant qu'était la Seine en cette nuit profonde, sans un seul cri. Le destin était parfois bien ironique et Arthur l'imaginait presque grimaçant devant cette mort trouvée dans un endroit aussi sordide alors que l'homme avait grandi dans le luxe et l'exotisme à des milliers de lieues de là. Comme quoi, on ne savait jamais ce qu'il nous réservait, c'était au moins une leçon qu'Arthur avait apprise au fil de ses voyages. Conscient de la gravité du geste de son maître, son petit moussaillon, Clément s'approcha du bord du fleuve pour tenter d'apercevoir où le corps avait dérivé mais il n'y avait aucune lumière et il suffit à Roberval de voir l'expression désolée du visage du jeune garçon pour savoir qu'il n'y avait rien à faire. Le cadavre avait sans nul doute été emporté par le courant et s'il avait de la chance, il serait retrouvé quelques jours plus tard sur une berge de Paris, tout gonflé d'avoir passé tant de temps dans l'eau. Mais si une chose était certaine, c'était que Roberval ne regretterait en aucune façon la disparition de cet Asiatique. Depuis leur première rencontre, il avait détesté son arrogance, son arrivisme et la violence dont il faisait preuve envers la jeune fille. Il aurait dû pourtant se méfier davantage de lui car il savait à quel point la jeune Siamoise et le corsaire s'étaient rapprochés durant la traversée. Si quelqu'un pouvait soupçonner Arthur, c'était bien lui. Mais Roberval ne parvenait pas à avoir des remords pourtant. Les hommes d'église n'approuveraient pas cette pensée mais le capitaine savait bien que plus ce père qui n'en avait que le nom était loin de sa fille, mieux c'était pour elle. Les excuses qu'il bafouilla en laissant tomber son épée ne s'adressait qu'à Haydée car il n'était bien désolé que pour elle.

Quand ses yeux bruns se rouvrirent, rien n'avait changé, seules les mains qu'il avait passées sur son visage s'étaient colorées de son propre sang. La préoccupation de savoir s'il pouvait avoir des ennuis pour avoir tué un invité de Louis XIV – même par légitime défense – était bien loin de son esprit, seule comptait la réaction d'Haydée. La perdre lui aurait brisé le cœur mais pouvait-elle seulement faire autrement que de se détourner ? Elle ne bougea pas, pourtant, restant muette et immobile en face de lui et la tension monta encore d'un cran. Arthur aurait voulu ajouter quelque chose, un mot qui aurait pu le défendre mais il n'y avait rien à dire et de toute façon, les paroles restaient bloquées dans sa gorge. Il aurait voulu pourtant lui hurler qu'il était prêt à tout pour elle, pour être certain de son bonheur, de sa tranquillité. Il avait déjà compromis sa place, sa faveur auprès du roi, il venait de prouver qu'il pouvait tuer pour qu'elle soit libre. Mais au lieu de cela, ce fut elle qui parla et le souffle qui s'échappa de ses lèvres firent monter les larmes aux yeux d'Arthur, lui qui ne pleurait jamais :
- Tu l'as tué...
C'était vrai. C'était un acte impardonnable. Ne supportant plus le regard de la jeune fille, jadis si brillant et si joyeux, il baissa les yeux. Il n'aurait jamais cru que cela fut possible, qu'il pourrait un jour se sentir aussi mal à l'aise sous le regard de sa petite protégée, de celle qu'il considérait comme sa propre fille. Qu'il pourrait lire un éclat accusateur dans ces yeux bruns si doux. Il en avait oublié la douleur qui lançait encore son bras qu'avait frôlé de trop près une épée, oublié aussi la nécessité de la fuite car il ne faudrait pas longtemps avant que le guet ne trouve les cadavres et se mette à la recherche de l'assassin (et son état actuel ne jouait pas pour sa défense) – même s'il sentait une sorte d'impatience du côté de Clément qui ne voulait pas interrompre l'amorce de discussion. Lorsqu'Haydée se laissa tomber sur un rondin de bois, il eut un geste vers elle, il ne sut pas très bien quoi exactement mais renonça au dernier moment car elle ne cessait de répéter cette terrible vérité. Il avait terriblement peur de se faire rejeter s'il espérait lui montrer un peu d'affection, un peu de réconfort, il ne l'aurait pas supporté.
- Capitaine, il ne faudrait pas trop traîner, murmura le moussaillon en s'adressant directement à son maître et en ramassant son épée couverte de sang, j'entends du bruit... Et s'ils la trouvent, vous aurez fait tout cela pour rien...
Mais Arthur n'arrivait pas à faire un mouvement, pétrifié par le mouvement lancinant des lèvres de sa protégée qui s'écria tout à coup, inconsciente du conciliabule :
- Ça est pas de ta faute... Lui a commencé... Toi pouvais pas autrement faire...
Elle paraissait en proie au doute sur la façon de réagir. Mais soudain, comme si elle se laissait aller à une pulsion, elle se releva et se rua vers lui, bouleversée. Arthur, interloqué, sentit tout à coup le maigre corps d'Haydée se serrer contre lui alors qu'elle passait ses bras autour de son cou et dissimulait son visage contre l'épaule du corsaire. Sans réfléchir davantage, il passa également ses bras autour de la jeune fille dans une forte étreinte, comme dans une tentative pour lui transmettre toute son affection, tout ce qu'il ressentait pour elle et qu'il ne lui avait jamais dit. C'était la première fois depuis des années qu'il se laissait aller ainsi, porté par ses sentiments et sa culpabilité. C'était sans doute surtout la première fois qu'il s'était attaché autant à une personne pour qu'il puisse partager la douleur que la personne en question puisse ressentir.

- Capitaine, insista de nouveau Clément, visiblement très inquiet.
Ce simple mot fit redescendre Arthur sur terre et il relâcha Haydée pour relever la tête sur les alentours. Des bruits de pas se rapprochaient en effet, il ne fallait pas s'attarder une seconde de plus à cet endroit où on s'était visiblement battu. Roberval ne prit pas le temps de savoir qui arrivait et il saisit la paume d'Haydée pour la serrer très fort dans la sienne avant de l'entraîner à sa suite. Il avait un grand sens de l'orientation et malgré sa course effrénée, il repérait peu à peu les lieux, privilégiant une rue qui les éloignait de la Seine. Son moussaillon qui tenait l'épée et marchait à leur suite tendit un mouchoir à Arthur pour qu'il puisse essuyer le sang qui maculait son nez. Ils marchèrent en silence pendant quelques minutes jusqu'à des quartiers plus animés, non loin de l'Île d'or d'où il aurait pourtant voulu enlever Haydée. Avant d'avancer en pleine lumière, ils s'arrêtèrent et Roberval se retourna vers la jeune fille dont il vit enfin clairement le visage dévasté par le chagrin et les joues mouillées, si bien qu'il en perdit ses mots. En silence, il leva la main et la passa avec tendresse sur sa peau brune pour les essuyer avant de lui murmurer :
- Je ne te demande pas de me pardonner, je ne peux pas le faire mais... Je... Je crois bien que je t'aime tellement que je n'aurais jamais pu supporter de te laisser entre les griffes de cet homme. Tu as tout sacrifié pour être libre, ta position et ton argent, ni lui ni moi ne méritions que tu fasses marche arrière et tu le sais.
Il s'interrompit, aux aguets mais rien ne lui paraissait suspect, les seuls bruits de voix que l'on entendait, c'était cette fête permanente de ces quartiers de Paris, où les hommes sortaient des tavernes et rejoignaient des donzelles peu farouches dans les bordels à proximité. Il n'avait pas de véritable risque à ce qu'on le retrouve. La disparition du roi de Lopburi, ce pays dont les Parisiens n'avaient jamais entendu parler, serait mise sur le compte de voleurs ou de pouilleux comme il y en avait tellement dans les rues de la capitale. On irait sans doute dire au roi du Siam, qui apprendrait la nouvelle des mois plus tard qu'il avait succombé à une maladie quelconque comme cela arrivait tant aux étrangers qui mettaient les pieds en Europe. Et de toute façon, Arthur allait bientôt devoir partir. Ce fut cette pensée qui le frappa.
- Je... Je ne vais pas pouvoir retarder mon départ pour Dunkerque où je dois retrouver mon équipage et me battre pour la couronne. Ça ira ? Clément reste, il me passera tes messages... Si tu veux toujours correspondre avec moi, bien sûr...
Il baissa la tête, n'espérant plus et la relâcha. Quelques dizaines de minutes auparavant, il aurait tempêté, supplié pour qu'elle ne retourne plus jamais dans la maison close où elle se cachait mais il ne pouvait plus rien lui demander de tel désormais. De plus, il avait enfin compris que la liberté méritait des sacrifices, parfois terribles, il se l'était prouvé, même. Et s'il ne supportait pas cette idée, il lui faudrait accepter qu'il ne puisse pas la protéger en permanence.

Le capitaine ressortit un bout de papier chiffonné de sa poche et le tendit à Haydée, espérant qu'elle le prenne sans discuter :
- C'est le nom et l'adresse de la personne de confiance dont je t'ai parlé. Elle me doit une dette et je sais que jamais elle ne nous trahirait car elle n'a qu'une parole. Si tu as besoin de quoi que ce soit, je t'en prie, n'hésite pas, adresse-toi à mademoiselle d'Argouges, je sais qu'elle fera son possible. Ne reste pas seule, je ne supporterais pas l'idée qu'il t'arrive quelque chose, tu entends ?
Il se sentait maladroit sous son regard mais cette fois-ci, il ne baissa pas les yeux. Ils étaient de nouveau face à face, tous les deux car son moussaillon s'était éloigné pour leur laisser un peu d'intimité (et cette fois-ci, Arthur le savait armé et espérait que cela l'empêcherait de servir d'otage).
- Si tu veux toujours de moi, je reviendrai, c'est une promesse que je te fais. Car les pères ne peuvent abandonner leurs enfants.
Il avait lâché cette dernière réplique dans un murmure, un peu tremblant car il craignait qu'elle ne le reprenne, qu'elle ne lui dise ce qu'était devenu son véritable géniteur. Et pourtant... C'était pour lui une évidence.
Revenir en haut Aller en bas
Invité


avatar



Invité


Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Empty
MessageSujet: Re: Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour   Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Icon_minitime09.06.13 0:13

En effet, Haydée n’avait guère fait attention à Clément ni à ses avertissements. Elle avait encore le cœur palpitant, la respiration coupée et ses larmes coulaient sans retenue. La soirée s’était annoncée très désagréable, la jeune siamoise s’était résignée à partager son lit avec un client … Mais plus que ça, la soirée avait tourné au véritable désastre. Arthur partait en guerre, avait failli être capturé et torturé par les sbires de son père, mais contre toute attente c’était le corsaire qui venait de mettre fin aux jours de son père. Quel pire scénario pouvait-on connaître ? Néanmoins Haydée ne s’était pas laissée abattre, sans doute était-ce là le sang gascon qui coulait dans ses veines. Même sur son lit de mort, sans doute conserverait-elle à jamais ce sourire ! Malgré ses pleurs, un léger sourire enfantin était bel et bien dessiné sur ses lèvres, elle profitait pleinement de cette embrassade paternelle à laquelle elle n’avait jamais goûté jusqu’à maintenant.

Hélas la réalité rattrape souvent bien trop vite. A peine était-elle blottie dans ses bras, qu’ils devaient déjà mettre fin à cette étreinte, leur toute première pourtant. Ne seraient-ils donc jamais en paix un seul instant ? Haydée ne se priva pas de grogner et de foudroyer Clément du regard. Elle n’avait guère entendu les pas qui se rapprochaient, l’esprit toujours trop occupé par ses pensées. Et qu’importait s’il tentait tout bonnement de protéger son maître ainsi qu’elle-même, il interrompait un moment d’une rare tendresse ! Peut-être le seul et unique d’ailleurs, qui sait si Arthur reviendrait vivant des batailles maritimes auxquelles il prendrait part. Haydée luttait pour ne plus avoir les entrailles nouées mais comment y parvenir, lorsque tout juste séparée de son père biologique, elle risquait de perdre à cause d’un canon ou d’un mousquet, le véritable, celui de coeur ? Elle s’y efforça malgré tout, avec son optimisme légendaire tout en suivant sans rechigner les deux hommes dans un endroit moins périlleux.

Ironie de l’histoire, ils revinrent là où tout avait commencé, aux alentours de l’Île d’Or. Ne voulait-il pas, il y a encore une heure, l’enlever à cette maison où le vice était roi ? Haydée en fut surprise mais pas contrariée, peut-être avait-il enfin accepté sa volonté de se cacher ici des autorités royales et peut-être l’avait-il enfin entendue quand elle lui avait dit, qu’elle ne s’adonnait pas à la luxure ? Elle pouvait l’espérer mais elle n’était guère convaincue, la jeune siamoise avait bien trop cerné le caractère tout aussi buté que le sien. Une fois la guerre terminée et si la mort ne l’avait pas emporté, Arthur reviendrait à l’établissement pour l’en retirer. En fait Haydée ne tenait pas à y rester bien sûr, mais il s’agissait d’une fort bonne cachette. Depuis qu’elle y était, elle n’avait guère eu à s’inquiéter des espions du roi, ou tout du moins, le croyait-elle encore malgré sa profonde méfiance !

Lorsqu’ils cessèrent leur marche au cœur des quartiers plus vivants que le bord de Seine, Arthur lui fit soudainement face. Son visage ensanglanté au niveau de l’arrête nasale, ne l’était plus. Le mouchoir de son moussaillon, avait retiré ce sombre témoignage de l’évènement tragique de cette nuit. Pourtant, Haydée ne pouvait pas encore oublier tout à fait qu’Arthur avait porté sur lui le sang de son père, détesté et détestable, là n’était pas la question. Elle était encore assez torturée, le sang qui avait maculé la peau d’Arthur après tout était également le sien, quoi qu’elle en dise … Elle le fixa donc et les larmes coulèrent de plus belle. Elle tentait de chasser le chagrin de son visage avec ce sourire constant, mais tout de même … Lorsqu’il passa sa main sur ses joues humides, elle eut par réflexe, un bref mouvement de recul.

" Je ne te demande pas de me pardonner, je ne peux pas le faire mais... Je... Je crois bien que je t'aime tellement que je n'aurais jamais pu supporter de te laisser entre les griffes de cet homme. Tu as tout sacrifié pour être libre, ta position et ton argent, ni lui ni moi ne méritions que tu fasses marche arrière et tu le sais. "

Il avait raison et jamais elle ne serait revenue en effet sur cette valeur qui était devenue sacrée pour elle. Seulement, la liberté se paie cher et elle en payait aujourd’hui le terrible impôt. Mais Arthur la connaissait bien, et tous les deux se battaient comme des lions pour leurs principes, et ce contre vents et marées que ce soit sur terre et sur mer.

- Toi dis vrai !
" Je... Je ne vais pas pouvoir retarder mon départ pour Dunkerque où je dois retrouver mon équipage et me battre pour la couronne. Ça ira ? Clément reste, il me passera tes messages... Si tu veux toujours correspondre avec moi, bien sûr... "

Haydée fit basculer sa tête sur le côté pour le regarder avec stupeur et tout à la fois avec douceur. Etait-il sérieux ? Pensait-il réellement qu’elle allait briser tout lien avec lui, après s’être littéralement jetée dans ses bras, tout à l’heure ?

- Moi écrirai à toi beaucoup de lettres et apprendrai mieux langue française, mais toi …

Elle serra d’autant plus ses paumes dans les siennes et planta son regard brun dans le sien.

- Mais toi, fera rien pour mettre davantage vie à toi en danger ! Moi veux pas.

Elle enleva cette sorte d’étoffe un peu mitée qui enroulait son cou et tombait sur ses épaules et la lui donna.

- Tiens, prends. Souvenir de moi pour toi.

A peine le présent fut-il donné que le capitaine Roberval sortait de son pourpoint, un papier. Elle le prit en effet sans rechigner, curieuse de ce qui pouvait y être inscrit.

" C'est le nom et l'adresse de la personne de confiance dont je t'ai parlé. Elle me doit une dette et je sais que jamais elle ne nous trahirait car elle n'a qu'une parole. Si tu as besoin de quoi que ce soit, je t'en prie, n'hésite pas, adresse-toi à mademoiselle d'Argouges, je sais qu'elle fera son possible. Ne reste pas seule, je ne supporterais pas l'idée qu'il t'arrive quelque chose, tu entends ? "

L’émotion la gagnait à nouveau et tout cet amour filial infini qu’elle ressentait pour lui aurait pu sur l’instant, l’étouffer. Haydée était si entière … Pourtant, s’en remettre à quelqu’un lui déplaisait. Elle s’était toujours débrouillée sans faire à appel à quiconque, pourquoi commencer aujourd’hui ? Son indépendance souffrait de ces dispositions prises par Arthur.

- Moi ferai ça pour toi ! Même si faire ça, plait pas à moi ! Moi ai besoin de personne …

Sauf lui sans doute mais dans un élan de rébellion qui la caractérisait si bien, elle n’allait pas le lui avouer. Elle venait d’accepter, car l’heure de la séparation était quasiment arrivée et elle allait devoir s’armer de tout son courage, pour les adieux qu’ils allaient se faire. Le second d’Arthur s’était éloigné pour leur permettre sans doute, un instant seul à seule. Peut-être n’était-il pas finalement si pénible, ce moussaillon ? Peut-être se sentait-il coupable de les avoir interrompus tout à l’heure ?

" Si tu veux toujours de moi, je reviendrai, c'est une promesse que je te fais. Car les pères ne peuvent abandonner leurs enfants. "

Voulait-il lui faire perdre les quelques forces qui lui restaient, ces dernières cordes d’un amour-propre qui la retenaient à craquer définitivement ?

- Toi reviens vite et en vie. Toi es mon père et je en ai un seul maintenant …

Les mot étaient malheureux mais ils étaient sortis de sa bouche sans qu’elle puisse réfléchir.

- Pardon, ça était maladroit. Toi prends soin de toi parce que moi veux toujours de toi. Toi promets de pas te mettre trop dans danger ?

Ils devaient se quitter désormais, elle aurait détesté le voir tourner les talons, ainsi et très lâchement peut-être, c’est elle qui prit ses jambes à son cou. Elle prit soin de ne pas regarder en arrière, un seul instant. Elle courait, elle courait à en perdre haleine et ne s’arrêta que devant l’ïle d’Or. Lorsqu’elle pénétra à l’intérieur, elle retrouva ses amies prostituées qui en robe de chambre prenaient leurs petits déjeuners, avant d’aller se coucher. Nous étions pratiquement au point du jour et la nuit s’achevait. Tant mieux, elle était exsangue. Pourtant, il lui fallut bien du temps pour rejoindre le pays de Morphée, car avant elle pria tous les Dieux de toutes les religions pour qu’ils prennent soin d’Arthur de Roberval.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé








Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Empty
MessageSujet: Re: Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour   Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour Icon_minitime

Revenir en haut Aller en bas
 
Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Un nouveau logis...[hentaï /terminé]
» Un coucher de soleil avec toi (pv Aisuru) (Hentaï possible)
» Un peu d'intimité... [ pv : Perséphale et Hentaï]
» G - "With or Without You" [HENTAÏ] [PV Mina]
» Sous un cerisier sans fleur [Hentaï] [PV Gak']

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
AU TEMPS DE VERSAILLES :: 
DE L'AUTRE CÔTE DU MIROIR
 :: Archives :: ANCIENS RP
-
Sauter vers: