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 Pêche miraculeuse (Alaina)

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MessageSujet: Pêche miraculeuse (Alaina)   Pêche miraculeuse (Alaina) Icon_minitime15.03.12 0:53

Le pourquoi du comment

Lorsqu'on lui proposa de sortir du château pour faire une promenade dans les jardins, Arthur de Roberval accepta avec empressement, ravi de pouvoir échapper à l'atmosphère empesée de cette fin de journée à Versailles. Le palais avait toujours eu un curieux effet sur lui : il s'y trouvait à la fois à son aise, parvenait à se plaire à évoluer sous les dorures, ce qu'il n'aurait jamais imaginé faire quelques années auparavant mais aussi extrêmement gêné, incommodé par tous les ronds de jambe qu'il fallait y faire pour respecter les convenances, incroyablement à l'étroit entre ces murs, au sein de cette foule. En vérité, ce que Roberval préférait à Versailles, c'était sans conteste son parc et ses bosquets. La suggestion de madame de Lussignac de quitter les salons dans lesquels on s'ennuyait ferme en attendant le repas du roi fut accueillie avec un certain enthousiasme par son petit groupe de connaissances composé d'une dizaine de courtisans et dont Arthur faisait partie car il appréciait leur conversation et pour tout dire, n'avait trouvé personne d'autre avec qui partager cette journée-là. En faisant ses premiers pas sur le perron, il prit une profonde inspiration et admira une nouvelle fois la grande perspective qui s'offrait à lui. Cela lui semblait être une éternité qu'il ne s'était pas retrouvé là car il venait tout juste de rentrer de son expédition de Siam et avait du s'occuper de son navire que l'on avait stationné pour le moment à Saint-Malo et des terres qui étaient désormais les siennes à Roberval. Pendant le court instant où il s'arrêta, prenant pleinement conscience de la beauté du paysage tandis que les doux rayons rougeâtres d'un soleil qui déclinait caressaient les eaux du grand canal, il eut une pensée pour la jeune Haydée qu'il avait aidé à fuir ses prérogatives. Il aurait aimé l'avoir auprès de lui car elle était encore assez pure pour être capable de s'émerveiller devant ce que le monde pouvait lui offrir au contraire de ces courtisans dont l'intérêt pour ce genre de choses s'était émoussé à cause de l'habitude qu'ils avaient de fréquenter ces lieux et qui avaient du stopper leur marche un peu plus loin en s'apercevant qu'Arthur ne les suivait plus. En ébauchant un sourire sous les gentilles moqueries qu'on lui adressait, il s'avança et prit galamment le bras de madame de Lussignac.

Le temps s'était considérablement rafraîchi depuis que l'automne s'était installé sur Versailles, colorant les feuillages des arbres de couleurs chaudes et vives. Néanmoins, les dames continuaient à porter des robes d'été bien décolletées. Arthur ne pouvait s'empêcher de remarquer ce genre de détail avec son ironie habituelle. Il constata également que madame de Lussignac profitait de ses frissons pour se serrer un peu plu contre lui ce qui lui arracha une moue pour camoufler un rire naissant. Il n'était pas aveugle au point de ne pas voir que la femme, déjà d'un certain âge, s'ennuyait en mariage et recherchait l'aventure avec quelqu'un comme lui. Il fallait avouer qu'il sortait de l'ordinaire à Versailles avec son corps bâti par les longues années passées à naviguer, sa barbe naissante qu'on lui pardonnait volontiers et son profil de marin. Pour une femme aux horizons aussi étroits que cette Lussignac, il devait avoir le goût délicieux de l'exotisme. Mais il ne fit aucune remarque, préférant écouter les discussions qu'avaient les jeunes gens autour de lui qui l'informaient de ce qui avait bien pu se passer dans le château en son absence. Visiblement, il avait une masse énorme d'informations à récupérer mais étant donné qu'il ne connaissait pas la moitié des personnes dont on lui parlait, il décrocha rapidement pour laisser son esprit vagabonder. Il savait bien qu'on le considérait comme quelqu'un de peu raffiné (à raison, d'ailleurs) mais il pouvait apprécier la beauté de ce qui l'entourait. Bien sûr, il préférait la nature sauvage à ces taillis domestiqués, avouant toutefois qu'il y avait du génie dans celui qui avait réussi à la faire plier. Les fontaines étaient pour une fois en état de marche si bien que Roberval se laissa bercer par la douce musique des jets d'eau. C'était dans ces occasions-là qu'il sentait la mélancolie l'envahir. L'océan, ses remous, sa houle lui manquaient. Il était plus à l'aise sur le pont d'un navire que la terre ferme. Toutefois, songea-t-il avec amusement, la cour de Versailles avait tout d'une mer déchaînée où le moindre faux mouvement, la mauvaise inclinaison de la voile ou de la barre pouvait vous faire engloutir pour les flots de rumeurs et de méchanceté, il devrait y être dans son élément !

Arrivé à proximité d'un nouveau bosquet qu'il ne reconnut pas, il entendit des bruits de pas qui arrivaient vers eux. Il s'agissait de son jeune assistant, tout essoufflé qui visiblement l'avait cherché partout pour lui remettre une lettre, des nouvelles sans doute de L'Orientale qui mouillait tranquillement loin de son capitaine.
- Veuillez m'excuser, mesdames, messieurs, je dois parler à ce jeune homme.
Il se détacha de madame de Lussignac au grand désappointement de celle-ci, sous les fausses protestations de ceux qui parlaient jusque-là et qui désapprouvaient la fuite de leur auditoire dont ils ne s'étaient pas aperçus du peu d'attention qu'il leur portait.
- Des affaires d’État sans nul doute ? Se moqua un jeune homme blond d'environ vingt-cinq ans qui était connu pour son esprit.
- Les Anglais nous attaquent à Dunkerque pour le moins !
Cette réplique agita la petite troupe d'un fou-rire général.
- On ne saurait me déranger dans cette balade pour moins que cela, je puis vous l'assurer, s'inclina Arthur, un sourire amusé aux lèvres.
Il s'écarta de quelques pas pour adresser la parole à son jeune moussaillon tandis que ses amis continuaient leurs vifs échanges.
- Et bien que se passe-t-il ?
- Vous avez reçu ceci, capitaine pendant que...
Mais Roberval n'écoutait déjà car son attention était attirée tout ailleurs. En quittant ses amis, il s'était décalé vers la gauche et avait désormais une vue plongeante sur ce qui se passait au centre du bosquet qu'il se souvint être celui du Dauphin en voyant l'animal se dresser au milieu de la fontaine. A vrai dire, il n'y avait rien de vraiment passionnant, juste une conversation entre deux femmes dont on entendait rien à cause de la distance. Mais l'une d'entre elles n'était autre que la détestable Bianca de Brabant qui prenait tant de plaisir à se moquer de son mépris des convenances. Allons, c'était ridicule de l'observer, pour une fois qu'elle ne s'en prenait pas à lui... Mais Roberval ne regretta pas de ne pas avoir détourné les yeux tout de suite car la scène à laquelle il assista le laissa sans voix. Soudainement, en effet, Bianca se redressa et poussa d'un geste brusque la femme qui se trouvait dans elle pour la faire tomber dans le bassin. Le temps se figea quelques instants pendant lesquels la demoiselle battit des bras pour essayer de se rattraper mais évidemment, elle bascula dans l'eau. Bianca, son forfait accompli, s'enfuit sans demander son reste. Au bruit du plongeon, les amis d'Arthur se précipitèrent et éclatèrent d'un rire commun devant ce spectacle ridicule, sans s'être rendus compte de l'acte malveillant.
- Monsieur de Roberval, appela le jeune homme blond la voix entrecoupée de hoquets, voici un défi à votre mesure !
- Un homme à la mer ! S'écria un autre.
- N'est-ce pas le devoir de tout bon capitaine d'accourir au secours des matelots en difficulté ?
Évidemment, il fallait que cela tombe sur lui ! Arthur écarta son jeune assistant et avança dans le bosquet sous les sourires ironiques et grommela pour la forme. Il n'avait guère envie de rentrer à son tour dans le bassin mais il savait que laisser la jeune femme se relever seule serait un terrible déshonneur pour lui. Au même moment, la jeune femme poussa un cri d'appel à l'aide étouffé qu'il fut seul à entendre. Elle paraissait en fort mauvaise posture alors que le bassin était peu profond. Avait-elle perdu ses moyens ? Sans plus hésiter, Arthur pénétra dans l'eau qui grâce à sa haute stature ne lui arrivait qu'au-dessus de la taille. La jeune femme ne se débattait plus ce qui inquiéta le marin. Arrivé à sa hauteur, il se pencha, attrapa la jeune fille sous les aisselles comme une enfant et la souleva d'un bras puissant pour lui permettre de prendre une grande goulée d'air. Préoccupé par l’état de la victime de Bianca de Brabant, il fut à peine conscient que les rires et les applaudissements retentissaient, personne ne s'étant aperçu de la gravité de la situation.
La demoiselle était une toute jeune femme au corps plutôt frêle, extrêmement pâle. Dans un geste protecteur, Arthur se plaça devant elle pour n'offrir que son dos aux spectateurs. Sans prêter garde à la bienséance, il écarta les mèches de cheveux mouillées des joues de la jeune fille, passant sa main un peu rugueuse sur une peau si douce et murmura pour n'être entendu que par elle :
- Vous ne risquez plus rien, mademoiselle, je vous tiens.
Il passa son bras autour de la taille de la demoiselle et d'une poigne ferme, l'aida à sortir du bassin ou plutôt la souleva hors de celui-ci. Il avait l'impression qu'elle n'avait plus aucune force et que s'il la lâchait, elle s'écroulerait. Se retournant vers son public improvisé, il se composa une figure et s'exclama :
- Et bien ? Voyez la belle prise que je viens de faire !
Son bon mot souleva de nouveau l'hilarité mais cela n'intéressait pas Roberval, toujours inquiet de la jeune femme qui frissonnait désormais de froid. Ils avaient fière allure tous les deux dans leurs habits trempés ! Il se pencha discrètement à son oreille et chuchota :
- Peut-être avez-vous un endroit où je peux vous raccompagner, mademoiselle ? Je crains que vous n'attrapiez froid.
Mais à son grand étonnement, elle demeurait tétanisée. Pour sa défense, pouvait-il seulement imaginer que l'on pouvait avoir peur de l'eau ?
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MessageSujet: Re: Pêche miraculeuse (Alaina)   Pêche miraculeuse (Alaina) Icon_minitime25.03.12 18:50

Alaina se débattait toujours, mais avec de moins en moins de vigueur. Ses jupons alourdis s’emmêlaient autour de ses jambes, gênant ses mouvements. L’eau glacée commençait à lui entrer dans les poumons. Epuisée, ses mouvements se faisaient de plus en plus faibles et désespérés, elle se demandait si elle allait en réchapper. Quand soudain, elle se sentit saisie et relevée sur ses pieds. Si elle avait été moins choquée, elle se serait rendu compte qu’elle avait parfaitement pied dans le bassin. Mais elle était trop occupée à aspirer l’air qui lui avait fait tant défaut. Soulagée, elle s’agrippa à l’homme qui l’avait hissée à la surface, de toutes ses forces, remarquant à peine le groupe de courtisans massés autour de la fontaine, qui se moquaient d’elle. Avec une douceur et une prévenance étonnante pour un homme de sa stature, son preux chevalier se plaça entre elle et la troupe afin que personne ne puisse voir ses formes que sa robe trempée dévoilait aux yeux de tous. Elle sentit sa main contre sa joue qui chassait une mèche de cheveux et elle leva les yeux sur son sauveur pour la première fois. Grand et brun, il ne ressemblait pas aux gentilshommes de la cour, il avait un côté plus rustique mais également beaucoup plus réconfortant.
- Vous ne risquez plus rien, mademoiselle, je vous tiens, murmura-t-il.
Hébétée, elle se contenta de hocher la tête. Elle ne l’avait toujours pas lâché, terrorisée à l’idée de retomber dans l’eau. Glissant un bras autour de sa taille, ils firent quelques pas pour se rapprocher du bord mais devant le rebord qui lui parut immense, elle se sentit incapable de l’escalader. Comme s’il avait sentit son désarrois, il la souleva comme un fétu de paille et la posa sur le sol, à pied sec. Il fît mine de la lâcher mais à peine avait-il desserré son emprise que ses genoux se dérobèrent.
Le groupe de jeunes gens, avide de potins s’approcha, curieux. Ils voulaint voir qui était cette péronnelle suffisamment stupide pour tomber dans une fontaine et ne pas réussir à s’en sortir. Alaina sentait bien que sa position était risible. Elle était trempée, ses cheveux pendouillaient lamentablement et sa robe était devenue transparente au point qu’elle était quasiment nue. A Versailles où les apparences comptent plus que tout, personne n’aurait de pitié pour elle. Oh bien sûr elle pourrait plaider qu’on l’y avait poussé de manière sournoise. Mais il serait peu nombreux à l’écouter. Avoir un fait divers à raconter est beaucoup plus intéressant que de se cantonner à la vérité. Gênée, elle fît un geste pour se cacher derrière la carrure impressionnante de son chevalier. Par bonheur, il comprit rapidement la situation et habilement, il se tourna face au groupe tout en la protégeant des regards.
- Et bien ? Voyez la belle prise que je viens de faire ! dit-il à leur adresse.
Les courtisans, allongeant le cou tentaient de l’apercevoir, il fallait bien avoir un nom pour pouvoir raconter cette anecdote ! Mais il tient bon. Comprenant qu’il ne se passerait plus rien d’intéressant et faisant mine de n’y attacher aucune importance ils finirent par passer leur chemin, commentant à l’envie l’exploit de « l’homme qui pêchait les demoiselles dans la fontaine du Dauphin ».
Restés seuls, le calme et la tombée du jour les enveloppa. Comme si les spectateurs avaient emporté avec eux la tension qui la maintenait debout, Alaina sentit ses nerfs la lâcher. Elle se mit à trembler et le tremblement gagna ses dents qui commencèrent à claquer. La température chutait avec le jour et la légère brise qui soufflait accentuait le froid ambiant. Pourtant, le froid n’était pas le seul responsable de ses frissonnements. La peur a cette particularité de se manifester par des phénomènes physiques aussi soudain que violent. Bien que la panique de la situation elle-même soit passée maintenant qu’elle se tenait sur la terre ferme, la frayeur rétrospective et toutes les angoisses générées par sa phobie lui glaçaient le sang.
Apparemment inconscient du trouble qui l’agitait, l’homme lui demanda :
- Peut-être avez-vous un endroit où je peux vous raccompagner, mademoiselle ? Je crains que vous n'attrapiez froid.
Mais Alaina fût incapable de répondre. Elle était comme tétanisée. A nouveau le souffle lui manquait mais cette fois, ce n’était pas l’eau qui en était responsable. En hyperventilation, chacun de ses souffles s’accompagnaient de hoquets. Oubliant toute bienséance, elle enfouit son visage dans le torse de son sauveur et enfin laissa libre cours à la violente crise de larmes qui la secouait. A bout de force, elle se laissa choir sur le sol, son protecteur l’accompagnant. Mieux, il l’entoura de ses bras et la berça comme une enfant. Inévitablement, elle repensa à son père, à la manière qu’il avait lorsqu’elle était enfant, de la prendre dans ses bras et de la serrer contre lui. A cet instant, elle perçue à quel point il lui manquait si cruellement. Avec un autre, elle se serait forcée à reprendre une prestance, à contenir ses larmes. Mais elle se sentait en confiance dans les bras de cet inconnu. La crise dura un bon quart d’heure, puis comme une tempête s’éloigne, se calma peu à peu, la laissant vidée. Elle releva la tête en essuyant ses dernières larmes et offrit un sourire contrit à son interlocuteur.
- Pardonnez-moi, Monsieur. Mon attitude n’est pas des plus convenables. Je ne vous connais pas et me voilà en train de sangloter sur votre chemise.
Elle constata les dégâts et eu presque envie de rire. Convenable, le mot était faible. Elle était seule, au milieu des jardins de Versailles avec un parfait inconnu et tout les deux avaient l’air de sortir du bain. En vérité, ils offraient matière à un véritable petit scandale !
-Je m’appelle Aline d’Argouges. Puis-je vous demander quel est votre nom ?
Elle observa plus attentivement l’homme qui l’avait sauvé, ses yeux bruns, ses traits burinés tout cela offrait un contraste saisissant avec les hommes qu’elle côtoyait. Il se dégageait de lui une impression de sincérité. Avec toute la chaleur qu’elle pouvait y mettre, elle lui déclara :
-Merci, Monsieur de Roberval, de m’avoir sortit de ce mauvais pas et de vous être montré si prévenant. J’ai une dette envers vous et même si je doute qu’un homme comme vous n’ait jamais besoin de l’aide d’une jeune fille comme moi, j’espère pouvoir un jour vous rendre la pareille.
Se sentant redevable, elle lui offrit quelques explications :
-Je dois vous paraitre bien sotte d’avoir paniquée de la sorte alors que j’avais pied dans cette ridicule fontaine.
Honteuse, elle avait détournée le regard pour le darder sur la source de ses malheurs.
-Pour tout vous avouer, j’ai peur de l’eau. M’approcher d’un étang est pour moi source d’angoisse. Alors tomber dans ce bassin …
Elle ne termina pas sa phrase, Arthur ayant assisté à sa crise d’angoisse, il savait pertinemment de quoi elle parlait.
-Je suis Irlandaise, reprit-elle, à la mort de mes parents, je suis venu en France, pour rejoindre mon parrain. Mais le bateau sur lequel je voyageais à fait naufrage et j’ai faillis me noyer. Quand je m’approche d’une pièce d’eau, je sens encore les vagues qui me fouettent. Parfois, je me réveille la nuit, me croyant encore au milieu des flots. J’évite en général de m’approcher des canaux et autres pièces d’eau, mais à Versailles, je ne peux toujours l’éviter.
Elle ne mentionna pas l’intervention de la Duchesse, voulant éviter d’avoir à expliquer pour quelles raisons celle-ci avait cherché à la ridiculiser. Secouant la tête comme pour chasser les mauvais souvenirs, elle changea de sujet.
-Quelle ingrate je fais, vous me repêchez et pour vous remercier je vous tiens de grands discours au milieu des courants d’air alors que vous êtes tout aussi humide que moi. Ma voiture doit être toujours là, je peux peut-être vous offrir une boisson chaude ainsi qu’un feu pour vous sécher. Vous pourrez me dire d’où vous venez, parce que je ne crois pas vous avoir déjà vu à Versailles.
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MessageSujet: Re: Pêche miraculeuse (Alaina)   Pêche miraculeuse (Alaina) Icon_minitime21.10.12 1:38

Les termes de « galanterie » et de « prévenance » s'appliquaient fort mal à Arthur de Roberval de manière générale et il savait bien sur ces points-là, sa réputation à Versailles ne le servait pas. Après tout, la première fois qu'il avait vu cette cour, il venait déposer aux pieds de son roi un fabuleux trésor issu d'un pillage d'un bateau espagnol, il paraissait normal qu'il n'incarnât pas la figure du parfait gentilhomme aux mœurs policées même s'il s'efforçait de ne donner aucun argument à ceux qui lui reprochaient son manque de courtoisie. Oh, il n'avait que faire des rumeurs qui couraient sur son compte dans le château et trouvait même cela amusant mais il tenait à faire honneur à ceux qui lui avaient accordé leur confiance, le souverain en premier lieu. Pour sa défense, il avait vécu plus de vingt ans sur le pont d'un navire fréquenté par des hommes de mauvaise vie qui auraient sans doute fini pendus s'ils étaient restés à terre et qui, loin du cliché du courageux et séduisant pirate parti à la recherche d'aventures, auraient fait pousser des cris d'effroi à toutes ces dames bien nées qui se flattaient pourtant d'avoir tout vu et tout fait. Quand on était capitaine et que l'on devait commander à ces gens-là, il valait mieux être quelqu'un qui ne s'en laissait pas compter. Cela tombait bien, Arthur était plus souvent qualifié de brute que de gentil garçon et les problèmes, il savait les régler de manière définitive voire sanglante, comme lors de la mutinerie à la mort de Jan Baert. Mais parfois, seulement parfois, cette façade d'homme dur et sans pitié se craquelait et apparaissait dessous celui que l'on avait élevé certes dans un château provincial mais comme quelqu'un digne de porter du sang noble. C'était le visage de celui qui avait lu la geste du roi Arthur, celui qui rêvait d'exploits et de batailles pour servir la gloire de son roi et défendre les demoiselles. Il pouvait se montrer attentionné et bienveillant et la jeune Alaina – ou plutôt Aline, toute tremblante dans les tissus trempés de sa robe, avait réveillé en lui ces instincts-là.

Au grand soulagement d'Arthur, ses compagnons s'éloignèrent assez rapidement. Le soir allait bientôt tomber et leurs devoirs à la cour – porter le verre du roi ou regarder manger la reine – les appelaient. Le marin sentait toutefois qu'il n'aurait pas fini d'entendre parler de ce sauvetage improvisé. Et que les mauvaises langues ne tarderaient pas à faire des montagnes de l'identité de la jeune femme, n'hésitant pas à penser aux plus improbables, Madame ou la favorite en tête. Encore, pour cette dernière, il n'était pas si improbable de la retrouver en compagnie de Roberval mais c'était une autre histoire. Il soutenait toujours la jeune fille qu'il avait repêché de sa poigne ferme, sentant bien qu'elle allait s'effondrer si on l'abandonnait. Et quelque part, comme un homme que l'on aurait sauvé de la mer, Arthur se sentait soudain un peu responsable d'elle. Certes, elle avait visiblement des problèmes avec la détestable Bianca de Brabant mais ce n'était pas le seul point que les liait désormais. Il y avait un nouveau fil entre eux même si le corsaire ne s'était pas mis en danger pour elle. Il avait eu un geste de bonté et cela, ça ne s'oubliait pas. Et la réaction de la demoiselle à sa question fort banale bien qu'un peu inquiète ne put que conforter les deux courtisans dans ce lien qui se créait. Toujours tourné vers elle, Arthur guettait sa réaction mais il ne vit que sa lèvre trembler et d'un coup, elle s'effondra en pleurs contre lui.

Le baron resta un instant interdit, laissant la frêle jeune fille sangloter contre son torse puis finit par se laisser aller à son tour, l'entoura de ses bras puissants et la serra doucement contre lui, la berçant presque dans l'espoir qu'elle se calme comme on le ferait d'un enfant qui a un gros chagrin – ou qui vient d'avoir une grosse frayeur. Pendant ce temps, son moussaillon, tenant toujours la lettre qu'il avait apporté à son maître et qui avait assisté à toute la scène un peu à l'écart, s'était approché à pas de loups avec un air de conspirateur. Arthur lui fit signe d'aller chercher au plus vite de quoi les vêtir avant qu'ils n'attrapent la mort dans ce courant d'air que formait l'allée du jardin royal et le garçon qui avait pour caractéristique d'avoir un esprit vif tourna immédiatement les talons pour s'exécuter. La crise dura longtemps mais Arthur attendit qu'elle se calme sans brusquer les choses. Par certains côtés, elle lui faisait penser à sa petite sœur qui aimait bien se faire consoler par lui quand ils étaient enfants et qu'elle se faisait disputer par leur père pour une raison forcément injuste. Il savait d'expérience que tout ce qu'on pouvait dire ne servait à rien, les larmes servaient à évacuer la colère, la frustration et le chagrin. Lui, il pouvait seulement être là. D'autant plus qu'il ignorait la raison exacte de ses pleurs : la peur ? La conscience d'avoir échappé à un incident ? Elle finit par les sécher et Arthur l'aida à se relever.

- Pardonnez-moi, Monsieur. Mon attitude n’est pas des plus convenables. Je ne vous connais pas et me voilà en train de sangloter sur votre chemise.
- Vous n'avez pas à présenter vos excuses, mademoiselle,
répliqua galamment Arthur avec un petit rire car « convenable » n'était en effet pas le mot pour ce qui venait de se passer – mais il n'en avait cure, j'en ai vu d'autres et croyez-moi, cela fait tellement du bien de faire face à quelqu'un qui ne se dissimule pas derrière le masque de l’hypocrisie parfois – même si j'aurais aimé que ce soit dans d'autres circonstances... ! Si j'ai pu être d'une quelconque aide, me voici comblé !
- Je m’appelle Aline d’Argouges. Puis-je vous demander quel est votre nom ?
- Mais évidemment, mademoiselle d'Argouges, je suis Arthur de Roberval, à votre service,
répondit le corsaire en exécutant une révérence un peu mécanique comme pour se moquer de retourner à de telles banalités alors qu'il avait l'impression de la connaître de manière intime désormais.

En croisant le regard de la jeune femme, il lui adressa un sourire sincère et rassurant et eut l'absolue certitude que le lien qui naissait entre eux était désormais établi. Il venait de la voir faible et abandonnée, cela valait toutes les confidences du monde. Elle le remercia avec chaleur mais il écarta d'un geste l'idée qu'elle puisse avoir une dette envers lui. En soit, il ne manquait pas d'ennemis et de défis qui se dressaient sur son chemin mais il doutait bien qu'elle puisse l'aider à abattre ceux qui voulaient sa peau – et en premier lieu, Felipe de Palma et son acolyte Morgan of Richmond ou à protéger ceux qu'il aimait de l'ire royal – Haydée.

- A vrai dire, je n'ai rien fait d'extraordinaire, mademoiselle, ce bassin était peu profond et vous en seriez sortie sans aucun souci.
- Je dois vous paraître bien sotte d’avoir paniqué de la sorte alors que j’avais pied dans cette ridicule fontaine.
- Je me garde bien juger sans savoir...
- Pour tout vous avouer, j’ai peur de l’eau. M’approcher d’un étang est pour moi source d’angoisse. Alors tomber dans ce bassin …


Arthur ouvrit la bouche mais ne trouva rien d'intelligent à répondre. Tout s'était bloqué à « j'ai peur de l'eau », concept tout à fait nouveau et étranger pour lui. Comment pouvait-on craindre... Un simple étang ? Elle dut saisir sa perplexité car elle reprit immédiatement pour lui donner les explications de sa conduite. Elle avait failli se noyer et voyait encore les vagues qui avaient souhaité l'avaler cette nuit-là. Arthur savait pertinemment que la mer pouvait être effrayante, qu'elle engloutissait les bateaux et les hommes sans forcément les rendre. Mais jamais il n'avait eu peur. Au contraire, c'était un danger qui faisait le sel de l'existence, un défi quotidien qui lui permettait d'avancer. Et les pièces d'eau de Versailles avec ses fontaines maîtrisées ne lui rappelaient jamais sans nostalgie que le grand océan l'attendait pour s'amuser encore avec lui. A défaut de réellement comprendre toutefois, il entendait ce qu'elle lui disait.

- Quelle ingrate je fais, vous me repêchez et pour vous remercier, je vous tiens de grands discours au milieu des courants d’air alors que vous êtes tout aussi humide que moi. Ma voiture doit être toujours là, je peux peut-être vous offrir une boisson chaude ainsi qu’un feu pour vous sécher. Vous pourrez me dire d’où vous venez, parce que je ne crois pas vous avoir déjà vu à Versailles.
- Je vous remercie de votre sollicitude mais mon hôtel ne se trouve non loin, je vais m'y rendre dès que je vous aurais raccompagnée chez vous, je ne souhaite pas vous déranger ou vous mettre mal à l'aise.


Le moussaillon profita de cet instant bien choisi pour faire de nouveau son apparition avec deux manteaux – une fois encore Arthur ignorait bien où il avait pu les dénicher qu'il tendit à son capitaine et à la jeune dame qui l'accompagnait.

- Voilà cela nous permettra de nous réchauffer en chemin, déclara Roberval en aidant Aline à glisser la fourrure sur ses épaules et en lui tendant son bras pour qu'elle le saisisse.

Ils devaient bien avoir étrange allure tous les deux, à moitié trempés, voire de la tête aux pieds en ce qui concernait la demoiselle mais ils ne croisèrent personne. C'était l'heure du repas royal, tous devaient se presser devant la table pour tenter de se faire voir. Arthur garda le silence un petit moment puis choisit de se présenter enfin :

- Je suis en effet depuis fort peu de temps à Versailles, je rentre d'un long voyage en terre de Siam ou plutôt de longs mois passés en mers. Alors voyez-vous, l'eau est un élément que je connais bien et l'océan ne m'inquiète pas, c'est la raison pour laquelle je pense que je ne pourrais jamais saisir réellement votre angoisse... Au moins vous êtes tombée sur un bon sauveteur qui n'a pas eu peur de plonger – ou presque pour vous faire remonter à la surface. Si un jour toutefois, vous désirez vous libérer de vos peurs, peut-être pourrais-je vous y aider ?

Il eut un large sourire à son égard car il pensait sincèrement que tout cela pouvait se régler. Peut-être que si elle parvenait à voir l'eau avec ses yeux... !

- En attendant, si vous voulez mon avis, poursuivit-il en retrouvant son sérieux, ce ne sont pas les fontaines que vous devriez éviter mais bel et bien les personnes mauvaises et pleines de fiel, aussi titrées soient-elles... Vous ennuient-elles souvent ? Je ne sais si je peux être d'une quelconque utilité à cet égard mais si elles prennent plaisir à se jouer de vous, je me ferais un devoir de les en empêcher.
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MessageSujet: Re: Pêche miraculeuse (Alaina)   Pêche miraculeuse (Alaina) Icon_minitime21.11.12 20:01

- Je vous remercie de votre sollicitude mais mon hôtel ne se trouve non loin, je vais m'y rendre dès que je vous aurais raccompagnée chez vous, je ne souhaite pas vous déranger ou vous mettre mal à l'aise.
Devant tant de prévenance, Alaina sourit. Combien d’hommes auraient profité de la situation ! Le jeune aide de camp de son sauveteur arriva à point nommé avec deux manteaux sortis d’on ne sait où mais était les bienvenues. La température baissait largement et avec l’humidité de leur vêtement, ils étaient tout deux frigorifiés. Avec des gestes pleins de douceurs, Arthur lui glissa le manteau sur les épaules. Ces gestes, ces attentions chassaient ses pensées sombres. Avec la chaleur lui revint un peu de couleur et d’optimisme.
- Voilà cela nous permettra de nous réchauffer en chemin , déclara-t-il d’un ton jovial en lui tendant son bras.
- Monsieur, vous êtes un magicien ! Vous me repêchez, vous me consolez et maintenant vous me réchauffez. Comment se fait-il qu’un homme comme vous ne soit pas la coqueluche de toutes ces dames versaillaises ? S’étonna Alaina alors qu’ils se mirent chemin vers la voiture de Roberval.
Vu de loin, ils auraient pu passer pour n’importe quel couple profitant du calme du parc, déambulant sans se pressé. Alaina apprécia ce moment de calme, comme s’ils voguaient sur une eau tranquille, Arthur menant la cadence et elle se laissant portée par le mouvement de balancier, presque berçant.
- Je suis en effet depuis fort peu de temps à Versailles, je rentre d'un long voyage en terre de Siam ou plutôt de longs mois passés en mers. Alors voyez-vous, l'eau est un élément que je connais bien et l'océan ne m'inquiète pas, c'est la raison pour laquelle je pense que je ne pourrais jamais saisir réellement votre angoisse...
- Nous avons tous nos petites faiblesses. La peur est bien souvent irraisonnée.
- Au moins vous êtes tombée sur un bon sauveteur qui n'a pas eu peur de plonger – ou presque pour vous faire remonter à la surface. Si un jour toutefois, vous désirez vous libérer de vos peurs, peut-être pourrais-je vous y aider ?
Il lui offrit un sourire tellement sincère qu’elle eut envie d’y croire
- D’autres ont déjà essayé, sans succès. Je crois que je vais finir par l’accepter. Cette peur fait partie de moi, de mon histoire. Pourquoi affronter ses vieux démons quand il suffit de les enfouir bien profond, lui répondit-elle, à nouveau sombre.
- Et d’éviter les fontaines aussi ! S’exclama-t-elle plus enjouée.
- En attendant, si vous voulez mon avis, ce ne sont pas les fontaines que vous devriez éviter mais bel et bien les personnes mauvaises et pleines de fiel, aussi titrées soient-elles... Vous ennuient-elles souvent ? Je ne sais si je peux être d'une quelconque utilité à cet égard mais si elles prennent plaisir à se jouer de vous, je me ferais un devoir de les en empêcher.
- Se moquer des gens est l’apanage des faibles d’esprit, rétorqua-t-elle. Dire que leurs mesquineries ne me touchent pas serait mentir, mais je connais ma valeur. Qu’importe qu’on me moque aujourd’hui, cette histoire de fontaines fera le tour des commères demain puis sera oublié la semaine prochaine, chassée par une autre mesquinerie, un autre ragot. Les choses essentielles restent et c’est cela qui me préoccupe. Et puis, il n’est pas dit que la vie, le destin ou qui vous voulez ne m’offre pas un jour l’occasion de me venger. Et comme on dit en France : « la vengeance est un plat qui se mange froid ». Néanmoins, je vous remercie de votre proposition. Il est bien rare d’avoir un allié ici, c’est donc un présent d’autant plus précieux.
Arrivé à la voiture du marin, le jeune moussaillon se précipita pour ouvrir la portière. Arthur, galant offrit sa main à la jeune femme pour monter. Installé confortablement sur les coussins. Le silence s’installa de nouveau.
- Vous m’avez parlé du Siam. Ceci est fort exotique. Faites donc entrer un peu de soleil dans cette voiture et racontez-moi ce que vous y avez fait.
Alaina vit alors une étincelle s’allumer dans les yeux de son nouvel ami. Il parla de ces années avec une ferveur qui dénotait de la nostalgie avec laquelle il ravivait ses souvenirs. Le temps du trajet passa à toute vitesse et bientôt Alaina fut devant sa porte. C’est avec regret qu’elle dû quitter les souvenirs du marin qui la fascinait.
- Monsieur de Roberval, vos récits sont de vrais romans d’aventures, promettez moi de venir un jour me raconter la suite.
Elle allait sortir, mais trouva un peu rapide la manière dont ils se séparaient. Elle n’était pas sur qu’Arthur ai saisi l’importance qu’elle avait accordé à son geste. Alors prise d’un élan, elle se saisit de sa main.
- Merci pour ce que vous avez fait tout à l’heure, vous l’ignorez peut-être mais peu de gens aurait pris le risque d’être mêlés aux ragots de la cour. Votre droiture vous honore et j’espère avec toute la sincérité du monde pouvoir un jour vous rendre la pareille.
Puis d’un ton plus léger, elle ajouta :
- J’espère aussi que la prochaine fois que nous nous verrons, nous serons un peu plus sec !
D’un mouvement d’épaule, elle rejeta le manteau puis sauta à terre et se précipita dans la chaleur du vestibule où l’attendait sa gouvernante avec une couverture chaude.
Emmitouflé, elle agita la main, telle une enfant en direction de la voiture qui partait.

Fin pour Alaina
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MessageSujet: Re: Pêche miraculeuse (Alaina)   Pêche miraculeuse (Alaina) Icon_minitime25.11.12 16:17

Arthur était rassuré de voir que la jeune femme reprenait des couleurs et un peu d'entrain au fur et à mesure de leur discussion. Les larmes avait fini par disparaître de ses joues et un sourire sincère s'ébauchait sur ses lèvres. Il n'avait pas pu faire grand chose pour elle, simplement être là, faisait fi qu'il n'était qu'un inconnu, pas forcément le plus à même pour consoler une jeune femme aussi jolie et délicate qu'elle. D'éventuels observateurs auraient bien ri de voir la gêne du redoutable corsaire de devoir tenir dans ses bras une personne comme Aline, lesquels bras n'avaient guère eu l'occasion de le faire durant ces dernières années passées à aborder des navires avant de les soumettre au pillage. Mais les gestes doux, presque tendres ne s'oubliaient pas. Comme si repasser par la France après tant d'absence, par le domaine familial en Bretagne l'avait en quelque sorte régénéré et qu'il retrouvait en lui le gentilhomme qu'il aurait aimé être dans son enfance et qu'il n'était que partiellement devenu – du moins se plaisait-il à le penser mais il n'ignorait pas que la façon dont il s'était comporté sur les mers l'avait bien plus souvent fait ressembler à un pirate qu'à un homme d'honneur. Il ne pourrait jamais oublier les premiers mots que lui avait adressé le premier capitaine du Téméraire quand il s'était engagé sous ses ordres et parmi lesquels figurait la formule lapidaire : «  Le corsaire n'est pas un pirate uniquement parce qu'il possède une lettre signée du roi dans sa chemise ». Mais s'il détonnait toujours à la cour par ses manières et son comportement assez libre qu'on semblait lui pardonner grâce au prestige qu'il apportait à la couronne en menant ses guerres de courses, il s'était comme apaisé en présence des personnes comme Aline. Il redevenait le jeune homme épris de galanterie, de bienséance et rêvant d'exploits qu'il était. Quelque part, c'était douloureux car jamais il ne serait plus cet homme-là.
Mais heureusement, personne ne les avait vus et Aline paraissait consolée et contente d'avoir eu de la compagnie pendant son moment de faiblesse. C'était tout ce qui comptait. Et Arthur avait sincèrement envie de tendre la main à cette jeune femme qui n'avait rien à voir avec les pimbêches de la cour. Était-ce seulement parce qu'il l'avait trouvée dans ces circonstances ? Si jamais ils s'étaient rencontrés dans un salon de jeux, l'aurait-elle considéré de la même façon que ces Précieuses à la langue de vipère, toujours prêtes un jour à s'émerveiller de ses récits et le lendemain à cracher sur son compte ? Sans doute, pas. Ses années d'expérience lui donnaient la chance de pouvoir saisir par instinct les genres humains devant lesquels il se trouvait et Aline qui avait posé sa main sur son bras et qu'il observait du coin de l’œil, ne pouvait pas faire partie de ces femmes-là. Si ce n'était pas son intuition, il avait vu de ses propres yeux cette détestable Bianca de Brabant la jeter dans la pièce d'eau, cela était suffisant pour se faire une bonne opinion de la jeune femme – et peut-être trouver en elle une alliée.

- Monsieur, vous êtes un magicien ! Vous me repêchez, vous me consolez et maintenant vous me réchauffez. Comment se fait-il qu’un homme comme vous ne soit pas la coqueluche de toutes ces dames versaillaises ? Finit par s'exclamer Aline alors qu'ils s'approchaient de la voiture de Roberval que son jeune moussaillon avait fait approcher Dieu seul savait comment – et le corsaire avait renoncé à comprendre comment il se débrouillait.
Arthur ne put s'empêcher d'éclater de rire à cette remarque et après quelques instants, la jeune femme se joignit à lui :
- Je compte sur vous pour soigner ma réputation, alors, lui lança-t-il d'un ton jovial avant de poursuivre en plaisantant : j'ai toujours rêvé d'être entouré d'un parterre d'admiratrices pour louer mes exploits fontainiers. Mais j'espère qu'elles seraient toutes aussi charmantes que vous et prêtes à se jeter à l'eau pour moi sinon cela n'a nul intérêt.
Après ce compliment à moitié déguisé et dit sur un ton léger, il poursuivit en se présentant et en lui proposant de l'aider pour ses peurs. Il était certain qu'il ne pouvait pas faire grand chose pour elle, il n'avait jamais rencontré des personnes qui souffraient de telles phobies. Il fallait bien dire que ce n'était guère courant là où il avait vécu mais heureusement, elle nota surtout sa bonne volonté.
- D’autres ont déjà essayé, sans succès. Je crois que je vais finir par l’accepter. Cette peur fait partie de moi, de mon histoire. Pourquoi affronter ses vieux démons quand il suffit de les enfouir bien profond, répondit-elle.
Il sembla à Arthur qu'elle s'était rembrunit, sans doute à l'évocation de ces fameux vieux démons. Pour lui, la mer n'avait été qu'une immense source d'aventures, un moyen de s'échapper de l'étouffante étreinte paternelle. Pour elle, elle avait été arme de mort, associée à la fuite de son pays natal. Il tenta néanmoins de fournir une réponse, un peu hésitante, par peur de manquer de délicatesse :
- Si je suis d'accord qu'il faut accepter ce que l'on est et ce qui fait partie de nous, on m'a toujours dit qu'il fallait faire face à ses démons pour pouvoir s'en débarrasser. On ne vit pas avec, on ne peut que survivre. De toute façon, ils finissent toujours par resurgir, hélas.
Quels étaient ses démons à lui ? Une mère victime de la peste qui avait le visage de la mort quand elle le serait près d'elle ? L'honneur d'une famille à laquelle il avait souhaité échapper mais qu'il se devait de défendre ? Une femme qu'il avait passionnément aimé et qui lui avait donné un enfant qu'il n'avait jamais eu la chance de connaître ? Un Anglais qui avait fait couler son bateau et pendre tous ses compagnons ? Oui, lui, il avait choisi de les affronter les armes à la main, il était parvenu à passer au-delà pour la plupart d'entre eux mais il avait menti à Aline. Jamais on ne s'en débarrassait réellement.
Il se contenta d’acquiescer à la sagesse dont elle faisait preuve concernant les rumeurs qui pourraient bien circuler sur leur compte et dans laquelle il se reconnaissait bien plus qu'il ne pouvait le dire. Il lui avait offert ses services, à elle d'en faire bon usage si elle en avait un jour besoin, ce dont, cette journée-là, dans les jardins de Versailles au moment où le soleil se couchait doucement alors que les courtisans s'étaient pressés dans le château pour assister au repas du roi, on pouvait douter. Mais le destin offrait souvent des surprises à ceux qui pensaient que leur vie était entièrement tracée. Il en était l'exemple même. Chassant ces réflexions, il tendit sa main à la demoiselle d'Argouges pour la faire monter dans le carrosse puis l'imita alors que la voiture s'élançait.

- Vous m’avez parlé du Siam. Ceci est fort exotique. Faites donc entrer un peu de soleil dans cette voiture et racontez-moi ce que vous y avez fait.
Il n'en fallait pas plus pour lancer Roberval. Il avait l'habitude de conter ses aventures dans des contrées lointaines – et Dieu savait que le Siam était de loin le pays le plus étrange qu'il n'ait jamais visité, mais pour la jeune femme, il fit l'effort de trouver les anecdotes les plus drôles et celles qui circulaient le moins. Il évita néanmoins tout le sujet autour de Haydée car il ne tenait pas à se compromettre sans le faire exprès et il ne connaissait pas assez Aline pour le lui laisser sous-entendre. Elle parut en tout cas boire ses paroles et aucun des deux ne s'aperçut qu'ils étaient bel et bien arrivés quand le carrosse stoppa devant chez la jeune femme.
- Monsieur de Roberval, vos récits sont de vrais romans d’aventures, promettez moi de venir un jour me raconter la suite.
- Je vous le promets
, répliqua Arthur, ce serait avec grand plaisir.
Après avoir aidé Aline à descendre, il allait remonter dans sa voiture, considérant que les adieux suffisaient mais elle se saisit de sa main :
- Merci pour ce que vous avez fait tout à l’heure, vous l’ignorez peut-être mais peu de gens aurait pris le risque d’être mêlés aux ragots de la cour. Votre droiture vous honore et j’espère avec toute la sincérité du monde pouvoir un jour vous rendre la pareille. J’espère aussi que la prochaine fois que nous nous verrons, nous serons un peu plus secs !
Flatté de sa reconnaissance, il lui sourit et lui serra légèrement la main pour lui faire comprendre qu'il en était heureux. Il finit néanmoins par se détacher d'elle et avant de monter les marches que son moussaillon avait baissées pour aider Aline à descendre, il se retourna une dernière fois vers elle :
- Je suis enchanté d'avoir fait votre connaissance, mademoiselle, malgré les circonstances. Croyez-bien que je n'ai fait que mon devoir et que je n'attends rien en retour.
Voyant qu'elle tremblait un peu de froid, il ajouta avec un regard pétillant :
- Allez, ouste, déguerpissez avant d'attraper mal !
Il attendit qu'elle eut disparu dans le vestibule de sa maison et que la porte se soit refermée sur elle pour donner l'ordre à son cocher de reprendre la route.


FIN DU TOPIC
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