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 [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy]

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MessageSujet: [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy]   [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy] Icon_minitime07.02.10 19:25

Quelques semaines plus tôt

Victoire regardait le soleil qui se dirigeait peu à peu vers l’horizon. Les habitants du palais s’amusaient en jeux divers et variés, et la jeune fille pouvait entendre leur rire. Elle se demandait souvent s’ils étaient aussi insouciants qu’ils le paraissaient, ou bien si derrière leur rire se cachaient des secrets inavouables, des détresses inexprimables et des peurs secrètes. Elle se tourna vers son lit, et regarda les bagages posés dessus. Puis son regard se dirigea vers son petit bureau, où un bout de parchemin et une plume reposaient. Elle alla s’assoir sur la chaise, et prit la plume. Elle devait écrire à son époux, pour le prévenir de son départ. En fait, il était déjà au courant, mais Victoire avait avancé son départ de quelques jours, n’en pouvant plus d’attendre. La plume griffonna quelques mots, mais Victoire prit le parchemin et le jeta. « Trop solennel » murmura-t-elle. Elle en reprit un, y écrivit quelques lignes, puis répéta le même geste. « Trop familier. ». Pourquoi n’arrivait-elle pas à trouver les mots justes pour écrire à son mari ? Elle avait honte d’être toujours aussi timide, toujours aussi « empotée ! » cria-t-elle, dans un accès de rage. Elle reposa la plume sur la table, et se leva. Elle se dirigea vers la fenêtre, et vit un carrosse qui arrivait. Cela devait être le sien, pensait-elle, soulagée de pouvoir enfin partir. Son père lui avait conseillé de partir le soir, pour que son départ passe inaperçu, du moins jusqu’au lendemain, où les plus folles rumeurs circuleraient sur sa destination. Des domestiques vinrent chercher ses bagages, et Victoire en retint un dans sa chambre :

« Dites à sir Norfolk que je suis partie en avance, en précisant que je n’ai pas eu le temps de lui écrire. »

Elle quitta ensuite sa chambre, et descendit dans la cour du palais. Victoire s’installa dans le carrosse, et admira le palais qui brillait de mille feux. Bien que cela fasse quelques temps qu’elle fut installée au palais, elle le trouvait toujours aussi beau. Elle restait admirative devant tant de luxe. Les chevaux marchèrent puis partirent au galop, éloignant Victoire de Versailles.

Elle partait pour un voyage à Maridor, dans la Loire. Et si elle voulait cacher la destination de son voyage, c’est qu’elle devait absolument rester secrète. Victoire devait en effet rendre visite à sa demi-sœur Mary. Or, l’existence de Mary avait été cachée depuis sa naissance. Victoire elle-même ne l’avais appris qu’il y a quelque mois. C’est quelques jours avant son arrivée à Versailles, que son père lui avoua tout. Elle en avait été terriblement choquée. Mais ce qui l’a surpris plus que tout, c’est que cette Mary était également la demi-sœur d’Amy, la favorite du Roi. Victoire se rendit compte alors qu’elle avait une demi-sœur commune avec Amy of Leeds. Son père insistait pour que Victoire lui demande une audience, pour la remercier du soin qu’elle prenait de Mary. Le père de Victoire serait éternellement reconnaissant à la favorite de protéger sa propre fille. La jeune duchesse avait fait plusieurs demandes d’audience, mais n’avait jamais respecté la promesse faîte à son père, et n’avais jamais rencontré personnellement Amy.

Mais elle ne pouvait vivre sans penser à sa demi-sœur, celle qui partageait son père. Celui-ci avait préparé son voyage, trop heureux de voir que Victoire acceptait enfin son autre fille. Victoire était d’autant plus impatiente d’arriver à destination, qu’elle avait appris que son amie d’enfance, Elodie de Froulay, y séjournait. A la pensée de sa chère amie, un sourire se dessinait sur ses lèvres.

Si Mary était bien présente, il n’en était pas de même pour Elodie. Victoire apprit même que son amie d’enfance n’avait jamais mis les pieds dans le domaine. Victoire en profita alors pour passer tout son temps avec sa demi-sœur. Celle-ci était handicapée, mais Victoire aimait rester près d’elle. Elle se découvrit même des instincts qu’on appelait « maternels », lui donnant peut-être pour la première fois l’envie de profiter des joies de la maternité.
Là-bas, Victoire avait enfin une occupation qui lui prenait beaucoup de temps. A Versailles, il lui arrivait de passer des heures et des heures à s’ennuyer. Auprès de sa sœur, elle n’avait pas une minute à elle, et cela lui plaisait. D’ailleurs, personne ne l’obligeait à aider les domestiques et les femmes de chambres, mais elle insistait pour se rende utile. Et lorsque sa sœur dormait, elle écrivait des lettres à son père, où elle lui parlait sans arrêt de sa « chère sœur ». Elle écrivait également à Thomas of Norfolk, mais cela lui prenait plus de temps. Elle jetait un nombre incalculable de feuilles, n’étant jamais satisfaite de ce qu’elle y inscrivait.

Le jour du départ vint trop rapidement aux yeux de Victoire. Elle se plaisait tellement là-bas, qu’elle ne voulait plus partir. Mais on lui assura qu’elle pourrait revenir quand elle le voudrait. Elle ne pu empêcher les larmes de couler lorsque, dans son carrosse, elle fit signe à sa sœur. Lors du trajet, les images défilaient dans sa tête, et les larmes ne s’arrêtaient plus. La jeune fille n’essayait même plus de les arrêter.

Versailles. Déjà. Il faisait nuit noire, permettant à Victoire de sortir sans avoir à sécher ses larmes. Elle alla rapidement dans sa chambre, essayant de ne rencontrer personne.

_____

Victoire se dirigeai rapidement vers la salle d’audience. Elle devait se faire violence pour ne pas se retourner et faire marche arrière. Mais il était trop tard maintenant, elle avait fait une nouvelle demande d’audience à la favorite, et elle se devait de respecter ses engagements. Depuis son retour de Maridor, Victoire n’avait cessé de penser à sa sœur. Mais elle s’était également posé beaucoup de questions sur Elodie de Froulay. Si elle n’était pas à Maridor, ni à Versailles, où était-elle ? Victoire se doutait qu’Amy devait le savoir, puisque le domaine de Maridor lui appartenait.
Mais Victoire avait terriblement peur de la rencontrer. Elle l’avait, bien sûr, déjà vue lors de bals et de soirées, mais jamais en face à face. Les questions se succédaient dans son esprit. Que devrait-elle lui dire ? Que devrait-elle faire ? Comment Amy réagirait-elle à ses interrogations ?

Victoire arriva, légèrement essoufflée, devant le Salon de la Paix. On lui ouvrit la porte, et elle s’avança timidement. Une fois entrée dans le salon, la jeune fille se retrouva devant Amy of Leeds, magnifiquement vêtue. En effet, comme l’avait souvent entendue Victoire, on ne pouvait lui reprocher de ne pas faire honneur au Roi. Victoire s’inclina, ne sachant que faire d’autre, pour lui montrer son respect.

« Je suis enchantée, madame, de pouvoir vous rencontrer. J’espère ne point vous déranger, et si c’est le cas, soyez sûre que je ne vous prendrais pas beaucoup de votre temps. »

Victoire releva la tête, et admira Amy. Elle la trouvait incroyablement belle, et elle fut même honteuse de penser qu’elle était plus belle que Marie-Thérèse. La jeune fille essaya de chasser cette pensée de son esprit, et reprit :

« Pour tout vous avouer, j'ai une question à vous poser, et j'espère ne pas vous en offenser. »
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Amy of Leeds

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Mère enfin apaisée et femme comblée mais pour combien de temps encore ?
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MessageSujet: Re: [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy]   [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy] Icon_minitime09.02.10 18:34

- Ne poudrez pas excessivement mon visage Mademoiselle je vous prie, vous savez que j’en ai en horreur. Ceci est bon pour les précieuses que décrit Monsieur Molière.

- Bien votre Grâce.

Amy assise devant son imposant miroir finissait de s’apprêter afin de recevoir la vague déferlante des nobles venu lui faire sa cour.

- Quelle mouche désirez- vous Madame ?

- Déposez une " assassine " s’il vous plait. C’est mon humeur du jour !

Lorsque sa toilette fut achevée, Amy plissa sa robe bleu roi une dernière fois et prit une profonde respiration avant de pénétrer dans le salon de la paix, où la valse des audiences allait commencer. Il s’agissait pour la comtesse, d’une épreuve car elle détestait ces courtisans égoïstes et tellement petits d’esprit et de cœur. Ces nobles n’ayant aucune dignité venaient pour réclamer, quémander, supplier une place ou bien un titre. Quelle aubaine d’être reçue par la favorite de Sa Majesté, celui-ci avait beau eu avoir bon nombre de maîtresses, rien n’était plus instable et précaire que cette fonction. Sauf depuis l’avènement de la comtesse depuis plus de cinq ans au rang de favorite officielle.

Amy était depuis le retrait de la Reine de la vie de la Cour, la première dame du royaume. Ceci expliquait cela. Lorsqu’elle franchit les grandes portes dorées, plus d’une vingtaine de personnes se trouvait déjà présente. Un chambellan déclama soudain en frappant de son haut bâton qui résonna de protocole :


- La Duchesse de Guyenne !

A cet instant tout ce petit monde s’inclina dans de profondes courbettes et demeura ainsi jusqu’à ce qu’elle prenne place sur un fauteuil pourpre, et ne fasse signe au dit Chambellan de faire avancer la première personne.

- La Baronne de Montfaucon ...

- Le Duc des Isarn ...

- La comtesse de Nollent ...


Chacun des interpellés approchait, baisait sa main et lui faisait part de leurs soucis d’argent, de leurs dettes de jeux, de la volonté de placer leur fils dans tel régiment, ou leur fille dans sa propre maison. Amy répondait par des " on verra" ou du " nous y réfléchirons " ou encore " Je transmettrai votre requête". En réalité la comtesse n’avait cure qu’un tel soit ruiné, ou qu’une telle prenne auprès d’elle la charge de demoiselle d’honneur. Elle attendait impatiemment de s’entretenir avec une personne en particulier : Victoire de Noailles- Norfolk. Si Amy connaissait fort bien son époux - car ils se rencontraient souvent grâce à leurs affinités toutes diplomatiques au service de Charles II – elle ne savait rien de sa femme. Néanmoins, ce nom revenait bien trop souvent à ses oreilles et sur les requêtes d’audience pour lui être étranger. Car à ces entrevues arrangées de longue date, elle n’y venait jamais. Pourquoi ? Et pour quelle raison également réclamait-elle un rendez-vous privé ? Il s'agissait là d'une véritable énigme !

Aussi attendait-elle que le nom tant espéré tomba des lèvres du chambellan, mais se souvint-elle tout à coup, il est vrai qu’elle avait réclamé que cette personne ne soit appelée qu’en dernier lieu afin de pouvoir lui parler donc plus librement. Parmi tous ses visages, Amy tentait de deviner qui était Victoire de Noailles, elle devait être plus jeune qu’elle. Moins d’une vingtaine d’années pour sûr … Elle écouta que d'une oreille, les dernières personnes présentes lui exposer leur réclamation, les congédia et ce fut enfin le tour d’accueillir de la demoiselle. Si tout au moins elle se présentait …

- La Duchesse de Norfolk-Noailles !

Celle-ci s’avança d'une démarche altière vers le fauteuil où la favorite se tenait toujours. Elle la fixa étrangement plusieurs secondes durant … Quel mystère se cachait dans cette charmante tête rousse ?

" Je suis enchantée, madame, de pouvoir vous rencontrer. J’espère ne point vous déranger, et si c’est le cas, soyez sûre que je ne vous prendrais pas beaucoup de votre temps. "

Les lèvres de la comtesse of Leeds esquissèrent alors un sourire amusé et bienveillant. Depuis le temps que ce manège de : Je viens, je viens plus persistait, elle n’allait pas la laisser partir aussi rapidement.

- Je suis également ravie, chère Duchesse de faire enfin votre connaissance. Votre époux ne tarit point d’éloges à votre propos, et soyez certaine que vous me causez réellement aucun dérangement. Je vous en prie prenez donc place auprès de moi …


La favorite fit signe au chambellan de se retirer afin qu’elles demeurent donc seules.

Amy observa Victoire, et Victoire observa Amy. L’une semblant vouloir sonder la seconde, et l’autre paraissant admirer la première. Quelques silences plus tard …

" Pour tout vous avouer, j'ai une question à vous poser, et j'espère ne pas vous en offenser. "

La jeune fille en venait vite au but de sa visite, voilà une franchise qu’elle appréciait. Elle se rapprocha donc de son interlocutrice avec gentillesse malgré un ton de reproche perceptible.

- N’ayez crainte Madame. Je suis même toute ouïe, quelle est donc la question qui vous brûle autant les lèvres, pour que vous en retardiez l’échéance depuis plus d’un mois ? Est-elle donc si terrible ?

Se rendant compte que ses dires pouvaient brusquer néanmoins la jeune fille, la comtesse abandonna les reproches pour la mettre plus à son aise.

- Vous ne m’offenserez point, je vous assure et vous rassure. Parlez sans détours Duchesse.

______________________

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" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

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MessageSujet: Re: [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy]   [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy] Icon_minitime24.02.10 16:44

« N’ayez crainte Madame. Je suis même toute ouïe, quelle est donc la question qui vous brûle autant les lèvres, pour que vous en retardiez l’échéance depuis plus d’un mois ? Est-elle donc si terrible ? »

Victoire baissa les yeux. Elle se doutait bien que la favorite eut pu ressentir de l’agacement lorsqu’elle n’apparaissait pas aux audiences pourtant demandées. Elle en vint même à regretter de s’être déplacée cette fois-ci, et aurait voulu pouvoir s’enfoncer six pieds sous terre, ou tout simplement s’enfuir.

« Vous ne m’offenserez point, je vous assure et vous rassure. Parlez sans détours Duchesse. »

Victoire releva les yeux. Un sourire se dessina doucement sur ses lèvres roses. Elle s’était approchée de la favorite du roi, et ne pouvait s’empêcher de la considérer comme un membre de sa famille, à cause, ou peut-être grâce, à Mary.

« Madame, je vous demande de me pardonner pour mes absences à ces audiences que j’avais demandées. Le fait est que vous m’impressionnez, et malgré mon rang, je me sens toute petite face à vous. Par ailleurs, j’ai peur de vous offenser par ma question. En effet, elle est vraiment délicate et… »

Victoire ne su comment finir sa phrase. Elle s’arrêta de parler et regarda Amy.

« Je vais cesser de vous faire patienter, et vous dire la raison de ma venue. Il se trouve que je connais personnellement Elodie de Froulay. En effet, nos parents se connaissent, et petites nous jouions souvent ensemble. »

Victoire était un peu plus jeune qu’Elodie, mais elle adorait passer du temps avec elle. La petite Noailles considérait sa jeune amie comme une grande sœur, et la suivait partout où elle allait. Lorsque sa mère lui annonçait que les Froulay venaient les voir, ce n’était que cris de joie. La gouvernante avait bien du mal à tenir en place la petite Victoire, et devait l’aider à choisir la plus belle robe qu’elle devrait porter pour recevoir sa « meilleure amie ». Les jours de visite des Froulay étaient des jours de fête, et le temps passait toujours trop vite. Les larmes coulaient sur les joues si douces de la petite Victoire, qui ne voulait pas quitter Elodie. Mais les années ont passé, et les visites se sont espacées…Depuis Victoire et Elodie avaient bien grandi, elles avaient pris des chemins différents, et ne se voyaient plus.

« Nous ne nous sommes plus vues depuis des années, mais j’ai appris, lors de ma venue à Versailles, que vous l’aviez envoyée à Maridor, dans le but de parfaire son éducation. Je vous avoue ma déception lorsque l’on m’a annoncé cela, moi qui espérais la retrouver au palais. Je ne connaissais presque personne, et me dire qu’Elodie serait peut-être là me rassurait. Mais quelle ne fut pas ma joie, lorsqu’on me permit de me déplacer jusqu’à Maridor… »

Devait-elle parler de l’existence de Mary ? Son père l’avait prévenue qu’Amy ne serait peut-être pas au courant de leur lien de parenté. Il semblait donc inutile de lui parler de sa demi-sœur, d’autant plus que ce n’était pas à elle à apprendre cela à la jeune femme. Elle ne savait quelle raison donner à sa venue à Maridor. Elle réfléchit quelques secondes, se disant qu’il serait légitime qu’Amy lui demande le pourquoi de cette visite. Mais ne sachant que dire, elle décida alors de contourner tout simplement cette raison, et reprit :

« Mais à Maridor, je n’ai vu aucune trace de ma chère amie. Je pensais alors que c’était un terrible coup du sort, puisqu’Elodie semblait partie alors que j’arrivais. Mais on m’annonça peu après qu’Elodie de Froulay n’avait jamais mis un pied dans ce domaine. Je n’ai pu m’empêcher, vous le comprendrez, de trouver cela…comment dire, intriguant. »

Victoire posa son regard sur Amy. Elle cherchait des ressemblances entre la favorite du roi et Mary, sa demi-sœur. Elles ne se ressemblaient pas beaucoup, en fait. Mary tenait plus du côté des Noailles que des Leeds. Lors de son voyage à Maridor, Victoire avait scruté chaque détail du visage de Mary. Elle avait les traits des Noailles, et les mêmes cheveux que Victoire. Le fait que Mary ne pouvait pas la voir l’encourageait à la fixer pendant de longues minutes. Mais sa demi-sœur ressentait le poids de son regard, et parfois lui demandait pourquoi elle s’intéressait tant à elle. Mary avait d’abord cru que c’était sa cécité qui attirait Victoire. Elle croyait que Victoire la considérait comme une bête de foire, quelque chose de bizarre qu’il fallait à tout prix observer. De fait, leurs relations n’avaient pas été cordiales au début. Mary était agressive, et évitait Victoire. Celle-ci au contraire faisait preuve d’une incroyable douceur, et recherchait sans cesse la compagnie de sa demi-sœur. Elle avait donc appris à considérer sa sœur comme quelqu’un de parfaitement normale, ce qu’elle était d’ailleurs, et s’empêcher de la suivre partout lorsqu’elle marchait. Mary avait appris à se déplacer, comme tout le monde, et n’avait pas besoin d’elle. Victoire avait mis du temps à le comprendre, elle n’avait jamais connu de personnes aveugles. Elle n’avait même plus pitié de sa sœur, avait mis sa compassion de côté, et la laissait se débrouiller. Au moment où Victoire avait compris tout cela, la relation entre les demi-sœurs s’était nettement améliorée.
Victoire n’avait pas avoué à Mary qu’elles étaient demi-sœurs. Elle voulait juste profiter du temps qu’elles passaient ensemble, sans questionnement ni réflexions.

La jeune fille était restée quelques minutes dans ses pensées. Cela lui arrivait souvent ces derniers temps, mais elle fut gênée que cela soit arrivé alors qu’elle parlait avec Amy of Leeds.

« Je vous demande pardon, j’étais perdue dans mes pensées. Je manque à tous mes devoirs, vraiment, dit-elle en souriant, tentant un brin d’humour, c’est la première fois que je viens, alors que je vous réclame cette audience depuis des mois, et maintenant que je suis venue, je me perds dans mes pensées. »

Victoire baissa les yeux, consciente que sa question pourrait déplaire à Amy. Durant des jours elle s’était répété la question dans la tête, dans tous les tons possibles et inimaginables, pour ne point froisser la favorite. Elle leva enfin la tête, et dit :

« Pourquoi avez-vous, alors, dit qu’Elodie de Froulay se trouvait à Maridor pour parfaire son éducation, si elle n’y a jamais mis les pieds ? »

Son ton direct en aurait choqué plus d’un, mais Victoire ne s'en rendait pas compte lorsqu’elle parlait. Elle espérait que son interlocutrice ne le prendrait pas pour de l'indélicatesse.
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Amy of Leeds

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MessageSujet: Re: [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy]   [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy] Icon_minitime25.02.10 14:13

La duchesse de Norfolk paraissait affreusement gênée, sans doute cherchait-elle à formuler quelque explication au sujet de ses absences répétées. Amy la contemplait, si jeune, avec ce petit air fragile, ceci la faisait sourire avec gentillesse. La favorite ne tenait point à contrarier son invitée, elle désirait au contraire la mettre à l’aise et saurait bien lui pardonner les raisons de ses perpétuels défilements. D’ailleurs ces dernières la surprirent. L’impressionner ? Certes elle demeurait de haute noblesse par ses héritages et ses récents privilèges, n’était-elle donc, comtesse, duchesse, marquise ambassadrice officielle, favorite royale? Cependant Victoire de Noailles se révélait être la première à lui faire part d’autant d’admiration … Elle connaissait l’envie, la haine mais point ce sentiment d’ascendance sur quelqu’un.

- Madame, je vous excuse volontiers et vous n’avez point à vous sentir petite face à moi, ne voyez désormais que deux femmes égales converser librement. En outre, n’ayez crainte de me poser votre question …

Néanmoins lorsque celle-ci tomba, un silence lourd s’installa entre elles. Elodie de Froulay ! C’était donc ça ! Amies d’enfance, Maridor … la favorite retint sa respiration au fur et à mesure que Victoire débitait son étonnement. Avant même que cette dernière ne lui ait fait part de sa curiosité, la comtesse of Leeds savait vers quelle interrogation fâcheuse conduirait cet exposé de faits. Elodie de Froulay, cette jeune femme travestie en mousquetaire, cet entretien avec son père, le fait de vouloir la protéger contre elle-même et surtout du déshonneur. Voilà que cette fille la mettait dans une position plus que délicates. Amy se vit un instant en face de Monsieur de Sartines, lieutenant de police. Que pouvait-elle répondre à son interlocutrice, elle avait été à Maridor, avait parlé sans doute à sa jeune sœur Mary, quelle excuse inventer ? Pourtant une parole reste une parole et Amy se souvint avoir promis à Monsieur de Froulay que jamais le secret de sa fille ne serait éventé quelque soient les circonstances.

Grâce à un sang froid so british ainsi que par une éducation parfaite, la favorite ne baissa guère le regard et persista à vouloir "affronter" Victoire … tandis que ses pensées s’entremêlaient. Il fallait trouver une solution à cette inconfortable posture et garder la face malgré une légère pâleur. Le moindre geste coupable passerait pour un terrible aveu. Heureusement, Amy demeurait une femme à l’intelligence de grande ressource et dont la meilleure qualité restait de ne rien laisser au hasard. Son sourire bienveillant quelque peu effacé s’étira à nouveau sur ses lèvres, malgré la franchise brutale de son interlocutrice.


- Madame, je comprends fort bien votre incompréhension et soyez certaine qu’elle ne me vexe point. Il est tout à fait normal que vous n’ayez guère croisé Mademoiselle de Froulay à Maridor car celle-ci se trouve actuellement en Angleterre, chez moi, à Leeds afin de parfaire son anglais. Lorsque la lectrice de ma sœur Mary se retirera après son mariage, votre amie reprendra cette fonction. Vous agréerez avec moi, que je ne pouvais faire l’inverse. Ma sœur et moi parlons bien évidemment fort bien votre langue, néanmoins nous n’en restons pas moins britanniques, alors autant qu’Elodie la connaisse avant tout autre projet.

La comtesse of Leeds récita cette tirade avec une telle conviction qu’elle aurait pu s’en persuader elle-même, elle gardait de son ancienne personnalité, une telle aisance à garder une apparence sereine, à ne jamais être prise en faute. Pour offrir à son discours une tonalité plus innocente encore, elle poursuivit ses explications …

- Son père a désiré également que je l’éloigne de France, où elle n’était que par trop attirée par le métier de son frère m’a-t-il dit. Cependant, il est vrai que j’ai dû me résoudre à mentir afin de ne pas alerter l'ensemble de la Cour et quelques potentiels … prétendants. Ceux-ci pourraient prendre ombrage que votre amie ait passé la frontière, on garde en effet certains ressentiments envers mon pays en France, un pays barbare capable de décapiter son Roi. Ressentiments qui pourraient rejaillir si un brillant parti lui demandait bientôt sa main. Ceci dit, je ne saurai vous séparer d’elle, et si vous tenez à la rencontrer, je me ferai une joie d’accéder à votre désir.

Que pouvait-elle dire de plus ? L’explication était crédible, la réponse n’était pas fuyante et offrait même des possibilités de rencontre … comme si la favorite n’avait rien eu à se reprocher. D’ailleurs n’était-ce point le cas ? Elle protégeait cette jeune fille, il s’agissait donc d’un mensonge pieu. Si Victoire insistait donc, Amy aviserait en temps voulu, peut-être irait-elle trouver la véritable Elodie et lui ferait part de toute l’affaire. Elle n’aurait guère d’autre choix.

Soudain, une domestique fit son entrée un plateau d’argent sur le bras comportant théière et deux tasses de porcelaine. Amy se leva afin de respirer profondément, remercia sa soubrette et versa elle-même le thé. A présent qu’elle se sentait sauve de cet interrogatoire, ce fut à son tour d’être frappée par un flot de questions. Amy tendit une tasse à son invitée et se rassit. Après avoir bu quelques gorgées, elle se lança …

- Duchesse, Maridor se trouve fort loin de Versailles, je conçois que le désir ardent de retrouver votre amie vous ait poussé jusque chez moi. Ceci dit vous auriez pu venir me trouver … avant de vous inviter sur mes terres. En outre je ne pense pas qu’Elodie de Froulay soit le réel motif pour lequel vous ayez tant repoussé cette audience.

En effet certaines choses restaient pour le moins incompréhensibles …

- Cela fait seulement quelques semaines que j’ai annoncé le départ de votre compagne de jeu en province … Tandis que vous annulez chaque entretien avec moi depuis plusieurs mois, et toujours deux ou trois heures avant, comme si vous me fuyez. Pardonnez-moi donc, je puis me fourvoyer dans une folle hypothèse, cependant je sens bien que votre présence ici cache un autre motif peut-être plus important.

Sa logique ne l’avait guère perdu dans l’excuse Elodie de Froulay. Alors pourquoi ce voyage jusqu’à Maridor ?

- Ce périple que vous avez entrepris sans m’en avertir aurait-il un rapport avec moi ou avec ma famille ?

La jeune duchesse lui sembla comme prise dans un horrible traquenard et Amy eut confirmation de ses doutes.

- Je vous en prie Madame, parlez-moi ! Si vous êtes allée directement à Maridor … sans prendre la peine de me consulter … c’est que cela concerne ma sœur Mary puisqu’elle y loge en permanence. Pourquoi ? Sauriez-vous quelque chose que j’ignore ?

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MessageSujet: Re: [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy]   [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy] Icon_minitime17.03.10 18:51

Ainsi Elodie de Froulay était à l’instant même en Angleterre. Victoire trouvait néanmoins tous ces mystères faits autour d’elle étranges, mais Amy la convainquît. Evidemment, si la demoiselle devait assister des anglaises, elle se devait de parler la langue de Shakespeare. La duchesse de Noailles fut un peu déçue d’apprendre son amie si loin, mais elle espérait pouvoir la revoir, un jour. Fort heureusement, la favorite n’avait pas été vexée par les propos de Victoire, ou, tout au moins, elle ne le montra pas. Les paroles d’Amy, qui parlait de l’Angleterre, la firent penser à son époux. Amy redoutait qu’en avouant qu’Elodie se trouvait en Angleterre, plus aucun parti ne voudrai d’elle. En effet, les relations entre les deux pays étaient tendues. Mais, heureusement pour Victoire, cela n’avait pas empêché son père de la promettre à sir Thomas of Norfolk. Une chance, pensa-t-elle, car il était décidément l’homme qu’elle aimait. « Ceci dit, je ne saurai vous séparer d’elle, et si vous tenez à la rencontrer, je me ferai une joie d’accéder à votre désir. » Victoire sourit. Cette proposition lui fit plaisir, et le brouillard qui cachait la silhouette d’Elodie s’effaça.

« Cela me ferait très plaisir, mais je ne saurai provoquer un si long déplacement, que ce soit dans un sens comme dans l’autre. J’ai évidemment hâte de revoir cette amie, cela fait des années que je ne l’ai vu, mais je pourrai encore attendre. Laissons-là parfaire son anglais » répondit Victoire en souriant.

La jeune Noailles allait annoncer son départ, lorsqu’une domestique fit son entrée. Cela tombait bien mal. Victoire avait fait sa demande, et ne savait ce qu’elle pourrait dire maintenant qu’elle avait une réponse à sa question. Elle voulait également éviter une conversation sur Maridor, qui, elle le savait, pouvait avoir lieu si Amy était curieuse de savoir la raison de son séjour. Un peu mal à l’aise, elle essayait de cacher sa nervosité. Amy of Leeds versait le thé, et Victoire savait qu’il était impossible de quitter la pièce maintenant. La favorite lui tendit une tasse, et Victoire la prit. Elle voulait boire rapidement sa tasse, mais le thé était trop chaud, et la jeune femme du se résoudre à boire doucement. Elle évitait le regard de son interlocutrice, tentant d’éviter qu’une nouvelle conversation ne commence. Mais c’était peine perdue, et la femme qui lui faisait face prit la parole. Victoire écoutait les mots qui s’écoulaient de sa bouche, sachant très bien sur quelle question ils déboucheraient. Elle tentait de préparer une réponse, mais la voix de la favorite l’empêchait de se concentrer.

« Ce périple que vous avez entrepris sans m’en avertir aurait-il un rapport avec moi ou avec ma famille ?
Je vous en prie Madame, parlez-moi ! Si vous êtes allée directement à Maridor … sans prendre la peine de me consulter … c’est que cela concerne ma sœur Mary puisqu’elle y loge en permanence. Pourquoi ? Sauriez-vous quelque chose que j’ignore ? »


Domaine des Noailles- Quelques jours avant le départ de Victoire pour Versailles

Victoire préparait son départ. Elle quittera bientôt son domaine, pour faire son entrée à Versailles. Impatiente et excitée, elle donnait des ordres aux domestiques, et suivait partout sa mère qui lui donnait une multitude de conseils. Victoire n’écoutait que d’une oreille, tant elle rêvait de sa nouvelle vie. « Nous ne serons pas là pour veiller sur toi, Victoire, alors écoute ta pauvre mère qui voit s’en aller son dernier enfant. » La mère de la jeune fille avait toujours été sévère avec elle, mais c’était pour son bien. Vu la façon dont la gâtait son père, il fallait qu’elle sache faire redescendre sa progéniture sur terre. Alors qu’elles étaient dans le jardin, en train de parler, un domestique vint appeler Victoire. Elle devait rejoindre son père dans son bureau le plus vite possible. Sa mère soupira. Tous les conseils qu’elle s’efforçait de faire entendre à sa fille seraient oubliés sitôt elle aura dépassé le seuil du bureau de son père. Il ne pouvait contrarier son autorité. Pendant ces seize années, elle avait lutté pour ne pas faire de sa fille une petite capricieuse, habituée à avoir ce qu’elle veut quand elle veut. Mais elle se devait d’avouer qu’elle avait remarqué que sa chère fille préférait son père.

Victoire, curieuse de savoir ce que son père avait à lui dire, entra dans le bureau. Il était assis, la mine soucieuse.

« Qu’y a-t-il père, quelque chose ne va pas ?

-Ma fille, viens t’assoir face à moi.
Victoire obéit, et attendit. C’est à cet instant qu’elle remarqua qu’il avait vieilli. Elle l’avait toujours vu jeune à sa manière et dynamique. Mais les cheveux blancs régnaient désormais sur son crâne, quand il y a quelques années, une tignasse châtain-roux faisait rire la mère de Victoire. Le temps passait si vite. La jeune fille prit conscience qu’un jour, elle perdrait son père pour toujours. Et cette pensée la rendit infiniment triste.

-Tu vas faire ton entrée à Versailles, et…

-Et je vais devoir bien me comporter, faire honneur à la famille et tout ça, le coupa nonchalamment Victoire. Mère m’a déjà fait la leçon.

-J’en suis bien aise, puisque ce que je vais te dire n’a rien à voir, répondit Anne de Noailles, non choqué du ton qu’avait pris sa fille. Il soupira. Ecoute-moi bien, Victoire, ce qui va suivre, je ne l’ai jamais dit à personne. Tu es la première à entendre cette histoire. Avant d’épouser ta mère, j’avais rencontré une autre femme. La première fois que je la vis, j’en fus éblouie. Elle était ravissante. Nous devînmes amis, mais moi, je voulais en faire ma femme. Cela était impossible, je le savais. Elle était déjà promise à un autre, un anglais. Nous fûmes donc séparés, je le croyais, à jamais. Elle partait pour l’Angleterre, et je dus me faire une raison. Mon mariage avec ta mère vint plus tard. Il y a de cela une vingtaine d’année, je vis Louise. Elle était dans un état lamentable, battue par son mari. Je la consolai comme je pouvais, en tout bien tout honneur, du moins au début… Je vous passe les détails, que vous devez certainement deviner…Quoi qu’il en soit, il naquit de cette nuit, des mois plus tard, une petite fille. Ma fille naquit, et mon amante d’un soir, femme bien-aimée de ma vie, mourut. Je ne pouvais pas reconnaitre cet enfant ! qui de toute façon prit le nom du mari de Louise. Mais, sans la connaitre, je la chéris du plus profond de mon cœur. Elle est le fruit de mon amour pour Louise. Elle est tout ce qui me reste de cette femme que j’aime tant. Victoire, je sais que cela est horrible pour toi, d’entendre que j’aime une femme qui n’est pas ta mère, et que je la chéris. Je sais que tu dois être secouée par cette révélation, mais ne m’en veux pas.

Je te dis tout cela, parce qu’il faut que tu saches qu’à Versailles, réside une femme qui est proche de notre famille. Amy of Leeds, la favorite du roi, est la fille de Louise, la demi-sœur de ma fille. J’ai appris il y a peu que ma fille résidait à Maridor, et que sa demi-sœur s’occupait très bien d’elle.
»

Anne de Noailles fut coupé par les sanglots de sa fille. Ne pouvant plus se retenir, elle laissait les larmes s’échapper de la forteresse qu’étaient ses yeux. Elle croyait être la seule fille de son père, et croyait que ses parents s’aimaient. Elle savait que les mariages arrangés étaient de coutume, mais elle pensait qu’avec le temps naissaient des sentiments. Mais elle apprenait non seulement que son père n’aimait pas sa mère, mais qu’en plus il avait une autre fille ! Anne de Noailles aurait aimé prendre Victoire dans ses bras, mais il ne bougea pas. Elle devait faire le deuil de son enfance. Il attendit quelques minutes que ses larmes se tarirent. Il reprit :

« Je t’ai dit tout cela pour une deuxième raison. J’aimerai que tu te fasses connaitre de cette Amy of Leeds. Demande-lui une audience, et parle avec elle. Elle est, après tout, l’autre demi-sœur de ma fille, et il serait bon que vous vous entendiez. Je voudrai également que tu lui raconte ce que je t’ai avoué. Je sais, cela est mon devoir, mais j’en suis incapable. Il faut par ailleurs que tout reste secret, et ce serait suspect si je passais du temps avec la favorite. Alors que toi…Personne ne se posera de question. Et dis lui, que je veux reconnaitre ma fille, et que je souhaite qu’elle vive à Versailles. »

Ces derniers mots choquèrent Victoire. Ainsi son père souhaitait reconnaitre cette fille, au même titre qu’elle ? Toutes deux seraient des Noailles ? Victoire se mit à détester cette autre fille, cette demi-sœur comme lui disait son père. Son entrée à Versailles était un rêve, elle se mettait à la regretter. Si elle était restée ici, son père ne lui aurai jamais raconté cette histoire. Et Victoire serait restée la fille de la maison. Maintenant elle devrait partager son père, et cela lui était inconcevable. Et il se servait d’elle pour arriver à ses fins ! Comment osait-il ? Victoire planta ses yeux dans ceux de son père : « Il en est hors de question ! ». Elle se leva, et quitta la pièce.


Et voilà qu’elle se retrouvait face à Amy of Leeds, sur le point d’accomplir les desseins de son père. Elle lui en avait terriblement voulu. Mais elle avait consentît à le rencontrer à Versailles, et, au fil des rencontres, elle avait appris à accepter cette demi-sœur, et l’aveu de son père. C’était à la demande de son père qu’elle était allée à Maridor. A la vue de cette jeune femme, toute sa rancœur avait disparu. Le visage de Mary était doux, et donnait envie de la protéger, bien qu’elle était plus âgée que Victoire. Celle-ci devait par ailleurs accepter sa présence, et vivre avec l’idée que son père avait eu une autre fille. La peur de perdre son père s’était envolée, elle voyait bien que Mary n’était pas du genre à vouloir profiter des autres pour ses intérêts.

Le problème maintenant était d’annoncer cela à Amy. Victoire ne savait plus très bien où elle était, si elle devait dire la vérité, ou mentir. Elle claqua la tasse sur la table, et un son sec s’en échappa. Il fallait prendre des décisions dans la vie. La sienne était prise.

« Vous avez raison, je vous ai réclamé ces audiences pour une toute autre raison. Et cela concerne bien votre sœur, Mary. Ou, devrai-je dire, votre demi-sœur. Car Mary n’est pas la fille de votre père. Elle est la fille de mon père. Ce qui fait que nous sommes, toutes deux, une de ses demi-sœurs. Je conçois que tout ceci est compliqué, et difficile à croire. Mais je vous prie de bien vouloir croire en ma franchise. Jamais je ne me permettrai de plaisanter sur de telles choses, vous pouvez en être certaine. »
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Amy of Leeds

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MessageSujet: Re: [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy]   [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy] Icon_minitime20.03.10 15:40

Ce silence ne lui disait rien qui vaille ! Amy n’aimait guère être suspendue aux lèvres de quelqu’un et en particulier lorsqu’il s’agissait de sa tendre Mary. Son interlocutrice semblait se perdre dans certains méandres de pensées ou de souvenirs dont elle seule détenait la clef ! Que n’aurait-elle pas donné à cet instant pour les connaître, pour lire en elle ! Son cœur s’accélérait au fil des minutes, tandis que les interrogations persistaient à hanter son esprit ! Pourquoi Victoire de Norfolk avait-elle entrepris ce voyage jusqu’à Maridor ? Que voulait-elle à Mary ? Sa chère sœur dont elle était la tutrice sur le sol français, représentait tout pour la favorite et l’idée que l’on la visite sans prendre tout d’abord contact avec elle, avait le don de l’ennuyer au plus au haut point ! En outre, ces mystères autour de ce périple, ces faux semblants d’audience, ces fuites à répétition, lui plaisaient encore moins ! Les sourcils de la jeune femme se froncèrent sous le profond agacement qui la gagnait peu à peu. Allait-elle enfin parler ?

Amy ne possédait plus rien de ce sang froid so british, qui l’animait du matin au soir. La favorite avait une faille et une grande faille, Victoire venait de la percer à jour sans le savoir, cette faille avait pour doux nom : Mary ! Elle aimait Louis mais pouvait cependant demeurer stoïque face aux insultes, aux rumeurs …en revanche l’adoration qu’elle portait à sa sœur, pouvait la conduire à perdre tout son calme en très peu de temps. La comtesse of Leeds leva les yeux au ciel comme pour supplier le Bon Dieu de mettre fin à cette attente interminable. Un mauvais pressentiment se frayait un chemin jusqu’à son âme, alors qu’aucun son ne sortait de la bouche de la duchesse de Norfolk. Dans son impatience, elle renversa quelques gouttes de thé sur sa robe.

C’est alors que soudain, comme piquée par quelques insectes invisibles, Victoire de Noailles posa sa tasse sur la table, qui eut pour effet un désagréable cliquetis. Cette dernière paraissait déterminée à tout lui débiter … Enfin !


" Cela concerne bien votre sœur, Mary. Ou, devrai-je dire, votre demi-sœur. Car Mary n’est pas la fille de votre père. Elle est la fille de mon père. Ce qui fait que nous sommes, toutes deux, une de ses demi-sœurs. "

Hélas ! Pourquoi avait-elle parlé ? La bouche ouverte, les yeux horrifiés, le teint blême, le corps pétrifié, Amy dévisageait la jeune fille qui lui faisait face. Un boulet de canon tiré en plein cœur n’aurait pu faire mouche autant que cette révélation à laquelle elle n’osait pourtant y croire. Mary ? Sa demi-sœur ? Elle voulut rire, mais ne le put pas …

" Mais je vous prie de bien vouloir croire en ma franchise. Jamais je ne me permettrai de plaisanter sur de telles choses, vous pouvez en être certaine. "

Il valait en effet mieux qu’elle ne plaisante pas, Amy se sentait déjà capable de l’étrangler pour une telle raillerie. Elle resta muette et statufiée sous le coup que cette inconnue lui infligeait. Seuls ses doigts qui tremblaient terriblement, et qui laissèrent choir la tasse qui se cassa en grand fracas, furent l’unique signe de vie de sa part.

Amy était effondrée, déstabilisée, submergée par la souffrance et par des milliers de questions qui tambourinaient à son esprit. Qu’elle lui explique par Dieu ! Qu’elle lui dise pourquoi on lui arrachait ainsi la moitié de son âme, pourquoi elle semblait se vider de la moitié de son sang ! La complicité entretenue avec cette sœur chérie entre toutes, bien entendu ne s’évanouissait point, pourtant cela ne l’apaisait nullement. Mary of Leeds ! Mary of Noailles ! Là était toute la différence, l’horrible impression de perdre ce lien si intime si fraternel lui perçait le cœur plus que des centaines de poignards ! Ses lèvres se scellèrent et sa mâchoire se crispa, tandis qu’elle persistait à plonger son regard si bleu dans celui de son interlocutrice !

Comment pouvait-elle haïr une parfaite étrangère ? Pourtant à cette seconde, elle lui sembla la coupable idéale contre qui verser ce sentiment ! Plusieurs minutes passèrent ainsi, entre rage et désespoir, entre aversion et incompréhension ! Tout se mêlait en elle ! Il lui parut même qu’une voix autre que la sienne sortait alors de sa propre bouche …


- Lady of Norfolk … je porte ma défunte mère sur un piédestal … Quant à ma sœur, le sentiment que nous éprouvons l'une pour l'autre va au delà des mots ... Rendez vous compte de ce que vous avancez ?

Le ton ne se voulait ni cassant ni dur, mais tout simplement respectueux de cette sensation de cassure qui s’opérait en son âme.

- Que mon père ait pu être infidèle à ses vœux de mariage, je peux le concevoir … mais je ne peux croire que ma mère ait pu faire de même ! Néanmoins …

Elle baissa la tête pour la première fois depuis cette affreuse vérité. Amy était brisée ! Sa phrase se perdit quelques secondes tandis qu’elle luttait contre un flot de larmes. Heureusement, son éducation et son appartenance à la gentry britannique lui offrirent un restant de forces afin de se redresser.

- Néanmoins, puisque vous m’assurez que tout ceci n’est point une plaisanterie, je vous en supplie, pour l’amour de Dieu, parlez Madame ! Dites moi ce que vous savez !

A nouveau silencieuse, elle attendit la suite de ce récit telle une future condamnée suspendue au verdict d’un jury.

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MessageSujet: Re: [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy]   [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy] Icon_minitime07.04.10 18:56

La réaction d’Amy of Leeds ne s’était pas fait attendre. Elle paraissait terrifiée et stupéfaite. Elle laissa tomber la tasse de ses doigts, qui se brisa en mille morceaux dans un fracas assourdissant. Des minutes passèrent, sans qu’elle ne laisse apparaitre un signe de vie. Victoire ne disait rien. Bien qu’elle ne connaisse pas la favorite personnellement, elle savait qu’elle devait se taire. Elle devait laisser Amy digérer cette nouvelle pour le moins surprenante. Victoire elle-même avait été terriblement choquée en apprenant que son père avait été infidèle. Il était d’autant plus difficile à accepter une telle chose lorsque l’on admirait la personne fautive. Ce devait certainement être le cas d’Amy of Leeds, puisqu’elle avoua qu’elle ne croyait pas Victoire. Celle-ci la laissait parler, ne répondait rien. Elle comprenait. Comment croire que sa mère ait pu manquer à son rôle d’épouse ? Surtout lorsque cette accusation venait d’une inconnue… La duchesse de Noailles était-elle-même tombée de haut. Elle ne pouvait accepter l’idée que son père ait pu tromper sa mère. Son éducation l’avait amenée à prôner la fidélité au sein d’un couple, et à refuser le mensonge. Victoire croyait à la fidélité. Elle croyait que ses parents s’aimaient, sinon d’un amour passionné, au moins avec une complicité tendre et affectueuse. Mais son père avait maintenu sa famille dans le mensonge, cachant l’existence d’une fille. Pire, Victoire était née après Mary. Victoire était née alors que son père mentait, consciemment, à sa mère. Alors qu’elle avait toujours préféré son père à sa mère, Victoire s’était mise à se rapprocher de sa mère. Un peu par compassion, mais surtout parce que, toutes ses convictions envolées, elle avait besoin de sa mère, de cette femme qui ne lui mentait pas. Sa mère ne lui avait pas menti, puisqu’elle-même ne savait rien de l’existence de Mary. Son père était le seul coupable. La mère de Victoire avait été surprise de ce soudain rapprochement, mais, loin d’en chercher la cause, elle en avait profité pour vivre ses derniers instants avec sa fille qui devrait bientôt partir pour Versailles.

Victoire observait Amy. Ses yeux semblaient emplis de larmes, qui se refusaient à couler sur ses joues. La jeune Norfolk admira le courage et la force dont faisait preuve son interlocutrice. Elle semblait être vraiment attachée à sa jeune sœur, et cet amour toucha Victoire. A vrai dire, elle se disait que cela ne changerait rien à l’amour que se portaient les deux demi-sœurs, mais elle comprenait évidemment le choc d’Amy. Victoire devait être une des seules personnes du palais à voir la favorite dans cet état, et pourtant elle n’en tirait aucune satisfaction personnelle. Au contraire, elle en vint même à regretter d’avoir accepté la « mission » que lui avait donnée son père. Elle se rendait compte qu’Amy était triste de sa faute à elle. Elle provoquait son malheur. Victoire détourna le regard, gênée. Elle ne pouvait décemment observer son interlocutrice. Pas dans cet état. C’était comme si elle pénétrait dans son âme, lieu hautement personnel et intime. Elle se sentait tel un voleur qui fouille dans une chambre, qui ouvre les armoires et les tiroirs où l’on cache ses secrets. Victoire se leva, et fit mine de s’intéresser aux tableaux et décorations du Salon de la Paix. Elle entendit alors Amy, qui la suppliait d’en dire plus. Elle aurait peut-être du retrouver sa place face à la favorite du roi, mais elle ne le pouvait. Elle se sentait incroyablement coupable, et elle ne se sentait pas capable de tout raconter à Amy, les yeux dans les yeux. Pourquoi n’était-ce pas son père qui annonçait ceci à l’anglaise ? Tout était de sa faute ! Pourquoi n’assumait-il pas ? Victoire fuyait. Elle fuyait le regard d’Amy, tout comme elle avait voulu fuir son père. Elle n’avait qu’une envie : sortir de ce Salon, dont l’atmosphère était terriblement pesante. Elle voulait s’enfuir, et rejoindre Marianne, lui dire à quel point elle avait besoin de son aide, de son soutien. Elle voulait sortir, prendre l’air, respirer. Elle voulait retrouver sir Norfolk, où qu’il soit. Mais elle était là, dans ce salon, où la favorite du roi, qui retenait ses larmes, allait apprendre comment était née leur sœur Mary. Cinq minutes s’étaient écoulées, ou dix, peut-être quinze, qu’importe, depuis qu’Amy of Leeds avait demandé à Victoire de lui en dire plus. Alors la jeune femme prit son inspiration, tentant de s’encourager par elle-même, et dit :


« Je vous prie de m’excuser, et vous demande de ne point vous offenser si je ne reste pas face à vous. Si cette nouvelle vous est terrible, il en est de même pour moi, croyez-le. Ceci n’est donc point un manque de respect, au contraire. Je ne veux pas voir à quel point je vous fais souffrir, je n’en tire aucune satisfaction. Aussi, comme vous me demandez des explications, je vais vous en donner. »

Victoire ferma les yeux quelques secondes, la tête levée vers le haut. Ses poings étaient serrés, si bien que ses ongles s’enfonçaient dans sa peau. Elle ouvrit ses mains, regardant la marque que ses ongles avaient laissée. C’était comme si elle voulait se punir du mal qu’elle causait, de la tristesse qu’elle occasionnait. Jamais elle n’aurai dû accepter de tout dire à Amy. Elle n’était pas assez forte, pour voir un monde s’écrouler sur les frêles épaules de son interlocutrice. Néanmoins, elle avait commencé à parler, et se devait de continuer. Elle reprit :

« Mon père m’a tout expliqué, c’est donc son histoire que je vais vous raconter. Il m’a avoué qu’il avait toujours aimé votre mère. Il aurait aimé officialiser son amour, mais votre mère fut promise à un autre homme, un anglais, votre père. Mon père s’était donc résigné, et épousa une femme, ma mère. Un jour, il retrouva votre mère. Elle était dans un état lamentable, selon ses dires, battue par son mari…Mon père la consola, et ils passèrent la nuit ensemble…Vous devinez la suite, votre mère tomba enceinte, et donna naissance à Mary. Mon père était dans l’incapacité de la reconnaitre, et votre père en fit sa fille. Mary prit donc votre nom, Leeds. Evidemment, mon père n’osa avouer qu’il était en fait le père de Mary. Il ne voulait pas faire de l’enterrement de votre mère, un jour de règlement de comptes. Mais votre sœur partit ensuite pour l’Angleterre, s’éloignant de son véritable père. »

« Madame, je fut moi aussi horrifiée par cette annonce. Je n’accepte d’ailleurs pas ce qu’a fait mon père. Mais il me demande de vous remercier pour tous les bons soins que vous apportez à Mary, et tout l’amour dont vous faites preuve à son égard. Il s’en veut, mais est soulagé de la savoir heureuse. Moi-même, l’ayant vu, peux vous dire à quel point il vous en est reconnaissant. Il n’est, d’ailleurs, pas allé voir Mary, car il voulait d’abord que vous connaissiez la vérité. Cependant, il vous en serait éternellement reconnaissant si vous acceptiez qu’il rencontre sa fille. »

Victoire était sur le point de parler du souhait de son père. Ou plutôt, de ses souhaits. Il désirait que Mary of Leeds s’appelle Mary de Noailles. Et il voulait la voir vivre à Versailles. Mais Victoire ne pouvait achever de cette sorte Amy of Leeds. Leur rencontre ressemblait déjà bien assez à un cauchemar.
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MessageSujet: Re: [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy]   [Salon de la paix] Une audience tant attendue [Amy] Icon_minitime22.04.10 20:05

L’esprit d’Amy vagabondait à travers la lande du Pays de la Loire, actuellement il parcourait toutes les salles du château renaissance de Maridor, s’accrochant à la silhouette imaginaire de sa sœur. Ses pensées la croisèrent bientôt dans le petit salon, comme toujours, elle écoutait sa camériste lui conter La Fontaine ou Racine. Douce et attentive Mary ! Etait-elle au courant des fadaises prétendues par Victoire de Noailles ? Le lui en avait-elle parlé ? Son cœur se serra violemment, elle ne devait pas savoir, pas ainsi, pas d’une autre bouche que la sienne. La favorite prise d’un léger malaise à cette pensée, porta la main à sa poitrine … peu à peu les mouches noires qui volaient devant ses yeux disparurent. Le semblant de sang froid qui lui restait, elle le devait à son enfant seul, et à l’appréhension d’une fausse couche. Elle puisa donc un minimum de forces pour entendre la suite des balivernes de sa visiteuse.

Or cette dernière gardait encore une fois le silence. Comment pouvait-elle la laisser ainsi en proie aux tourments ? Oui comment osait-elle lui annoncer l’adultère de sa bien aimée mère, comme une chose si banale, ne réclamant de plus amples détails ? Cependant, Amy ne voyait en ce regard baissé aucune méchanceté, la duchesse cachait-elle bien son jeu ? Etait-elle envoyée par Madame de Montespan pour la broyer ? Ou bien … par Marianne Mancini, sœur de l’amour platonique de Louis. Elle ne connaissait que très peu l’épouse de Godefroy de Bouillon mais elle s’en méfiait. Sa position même lui intimait d’être toujours sur ses gardes, on avait guère besoin de la rencontrer pour la haïr et lui vouloir du mal. Sa place auprès du Roi, lui valait jalousies et coups bas de toute sortes … mais il fallait dire que celui-ci dépassait tous les autres, s’il en s’agissait d’un. Un rictus cynique se dessina sur ses lèvres, Victoire de Noailles, suivante et confidente de la Reine … amie de la langue de vipère la plus connue de Versailles. Pouvait-elle la croire ? Son visage angélique dissimulait-il la plus diabolique des jeunes femmes ? Amy eut donc grand mal à ne pas la chasser sur le champ et à se défaire de ses doutes … cependant elle ne put nier que son interlocutrice, demeurait l’épouse de Thomas of Norfolk, homme qu’elle gratifiait de toute son estime, ainsi que la fille de la marraine d’Evangéline, sa très chère amie. Pour cela, elle n’en fit rien et patienta que Victoire poursuive. Attente fort longue, il fallait bien l’avouer car cette dernière paraissait honteuse et coupable. Cette attitude sema d’autant plus de troubles en l’esprit méfiant d’Amy.


" Si cette nouvelle vous est terrible, il en est de même pour moi, croyez-le. Ceci n’est donc point un manque de respect, au contraire. Je ne veux pas voir à quel point je vous fais souffrir, je n’en tire aucune satisfaction. Aussi, comme vous me demandez des explications, je vais vous en donner. "

Avait-elle donc lu dans ses pensées pour lui tenir un pareil discours ? La comtesse n’aurait su le dire, peut-être Victoire s’était-elle rendue compte de son scepticisme à son égard. Mais qu’importait pour l’heure la vérité ou le mensonge, face à une telle révélation. Elle en jugerait par la suite, après ces fameuses explications que Victoire allait lui donner.

" Un jour, il retrouva votre mère. Elle était dans un état lamentable, selon ses dires, battue par son mari…Mon père la consola, et ils passèrent la nuit ensemble…Vous devinez la suite, votre mère tomba enceinte, et donna naissance à Mary. "

Sa mère ? Louise de Maridor, amante, maîtresse d’une nuit ? Amy était soit la favorite officielle de Louis XIV, mais si elle lui avait résisté durant des mois, c’est justement pour ne pas subir d’être une conquête de passage. Toute son éducation s’émiettait, se détériorait en lambeaux. Sa sainte mère ? Se livrer ainsi à un homme bien que mariée ? La comtesse préférait n’épouser personne plutôt que d’avoir à tromper Louis, même légitimement. Le souvenir qu’elle conservait de sa mère s’effritait. Elle aurait voulu la détester, elle ne le put. Elle aurait voulu mal la juger, elle ne le put ! Il s’agissait de celle qui lui avait donné la vie, le jour, et malgré cette cassure, malgré la déception lisible sur son visage, Amy conserva cette affection toute filiale, tout en restant aussi muette qu’une tombe. Son accablement en était la cause.

" Mais il me demande de vous remercier pour tous les bons soins que vous apportez à Mary, et tout l’amour dont vous faites preuve à son égard. Il s’en veut, mais est soulagé de la savoir heureuse."

L’audace de cet homme la fit néanmoins bouillonner, ce qui eut pour conséquence directe de desceller ses lèvres.

- Madame, sachez que votre père n’a pas à me remercier de prendre soin de ma chair et de mon sang. Cela me parait chose normale et naturelle. Ce n’est pas parce que Monsieur de Noailles a négligé sa fille, qu’il en va de même pour tous ceux qui l’entourent. Et pour dire le vrai, mon père malgré ses nombreux défauts, a su veiller également sur elle, lorsque je le verrai donc je lui ferai part des remerciements que votre père me témoigne, et qui lui reviennent aussi de droit.

Cette pointe lancée avec un ton ô combien narquois, bien que calme, parut résonner dans l’enceinte du salon.

" Il n’est, d’ailleurs, pas allé voir Mary, car il voulait d’abord que vous connaissiez la vérité. "

Le visage d’Amy se figea dans la plus pure ironie.

- Comme c’est délicat de sa part ! J’admire profondément le soin qu’il semble donner à la vérité quelque vingt un an plus tard, ainsi qu’à nos propres réactions au sein de la famille of Leeds.

" Cependant, il vous en serait éternellement reconnaissant si vous acceptiez qu’il rencontre sa fille. "

Le visage de la favorite devint plus pâle que la tasse en porcelaine de chine, à ses côtés. On lui ôtait ses illusions, on lui arrachait la moitié du lien sacré qui l’unissait à sa tendre sœur, et à présent on désirait la lui prendre ? Même si son interlocutrice n’avait rien formulé de tout ceci, Amy n’était point sotte, et se doutait bien qu’un homme aussi honorable qu’un Noailles voudrait sous peu la reconnaître ou la légitimer. Il suffisait de lire dans le regard de sa fille pour s’en persuader. Néanmoins malgré la colère qui la gagnait face à tant d’injustices, Amy se contrôla et se releva avec dignité.

- Duchesse, il me sera agréable de satisfaire les attentes de votre père … cependant je le prierai de me fournir une quelconque preuve de ce qu’il m’avance par votre bouche, avant toute chose. En outre …

Amy reprit sa respiration qui se trouvait fort saccadée, tant le déchirement en son âme était à son comble.

- En outre, je désire qu’il ne fasse point d’autres projets, ou si ces projets existaient déjà … qu’il les oublie. Ma sœur est née Leeds et tient à ce nom comme à la prunelle de ses yeux hélas aveugles, ce nom porté par ma mère lorsqu’elle était l’épouse de mon père et donc qui n’en fait pas une bâtarde. Puisque Monsieur de Noailles tient tant à nous témoigner sa délicatesse, je suis certaine qu'il ne pourra qu’être touché par cette requête.

Amy esquissa un sourire poli, tandis que ses yeux brillaient de souffrance mais aussi de détermination.

- En somme je puis me montrer généreuse, si votre père se montre raisonnable.

La favorite désirant plus que tout prendre congés de cette jeune femme, salua avec courtoisie son hôte.

- Bonne journée Lady of Norfolk !

Victoire prit le chemin de la sortie et une fois seule, Amy s’effondra la tête dans les mains sur le fauteuil où elle se tenait une demi-heure plus tôt, heureuse et apaisée. Les tourments paraissaient s’accrocher à elle depuis plusieurs semaines, quand cela finirait-il ?

______________________

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