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 Le fruit volé est toujours le plus doux.

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: En cours de restauration, n'y point toucher.
Côté Lit: Le deuil pour seule compagne !
Discours royal:



Tout pour la Galerie

Âge : 31
Titre : Comte de Norfolk et d'Arundel
Missives : 34
Date d'inscription : 19/01/2017


MessageSujet: Le fruit volé est toujours le plus doux.   21.02.17 15:42

"Si tu tiens ton voleur, suis-le jusqu'à la maison." Proverbe turc




Ce fut d'un pas alerte que Thomas Howard franchit le seuil de l'hôtel de Rambouillet : la chasse au tableau avait encore frappé. Lorsque Julie de Sainte-Maure lui avait envoyé le matin même le pli concis mais émoustillant qu'il tenait encore fourré dans sa manche botte, son sang n'avait fait qu'un tour et il s'était empressé de se préparer tout en s'interrogeant sur « la merveille de beauté » qu'elle lui promettait. De quoi s'agissait-il donc cette fois-ci ? Il faut dire que la jeune marquise n'avait pas son pareil pour dénicher des chefs-d'œuvre de la gravure ou de la peinture, à l'incommensurable plaisir du comte de Norfolk. Bon sang ne saurait mentir, il était le digne héritier du Collector Earl, son grand'père. Les deux hommes, par leur tempérament, leur mode de vie, leurs goûts et surtout la carrière diplomatique qu'ils avaient embrassée, se ressemblaient furieusement. Assez flegmatiques, l'un comme l'autre ne pouvaient résister face à la beauté, ou plutôt à tout ce qui était vecteur de beauté : les tableaux, les gravures et les esquisses figuraient au premier plan de leurs collections, pratiques en ce qu'ils étaient aisément transportables et une sélection rigoureusement choisie les accompagnait toujours partout où ils allaient. Les femmes venaient après, mais contrairement à son aïeul, le jeune comte gardait un silence de plomb sur ses rares aventures galantes.
À présent que le vieux Thomas n'était plus là pour commenter avec lui les trouvailles des Howard, son jeune homonyme déployait des trésors d'ingéniosité – et des trésors au sens plein, n'hésitant pas à investir des sommes vertigineuses lors de véritables coups de foudre artistiques – pour découvrir les Da Vinci, les Raphaël, les Veronese, les Van Dyck, les Rubens, bref, tout ce que les artistes les plus géniaux avaient offert et offraient encore au commun des mortels, eux les hommes médiocres qui avaient toutefois la volupté infinie de jouir de leurs créations.
Or, à quatre reprises déjà, la marquise de Rambouillet s'était employée à repérer les œuvres de ses peintres préférés. Le protocole était toujours le même et était en bonne passe de devenir une habitude. La très généreuse Diane le conviait à boire le thé en tête-à-tête, ce dont il se disait extrêmement honoré, puis, l'amenant à un boudoir habilement camouflé, lui faisait voir, accrochée au mur, la splendeur picturale qu'elle proposait à son ami anglais, invariablement subjugué et prêt à négocier l'affaire.
Après une négociation brève et serrée, le marché était conclu et les deux partenaires savouraient un thé offert par l'ancien ambassadeur, issu de ses meilleures plantations coloniales ou des fournisseurs personnels de la reine Catherine, dont il était l'ami intime depuis qu'il l'avait escortée du Portugal en Angleterre. À y bien réfléchir, s'était-il dit dans sa voiture engagée dans le capharnaüm parisien, il était à présent bien plus proche de Catherine de Bragance que de son époux, malgré toutes les aventures qu'ils avaient vécues ensemble depuis plus de vingt ans. Le peu de considération que la cour anglaise vouait à la reine d'Angleterre contribuait aussi considérablement à l'amitié, probablement empreinte de compassion, que Thomas lui portait, outre la pratique commune de leur foi catholique, de plus en plus difficile à vivre dans un pays qui haïssait les "papistes".
Ainsi, rien ne valait de l'art, du thé ou du chocolat, et la compagnie d'une femme d'esprit ! Diane de Sainte-Maure était de surcroît exquise, non seulement par la fraîcheur de sa jeunesse, par la grâce et la vivacité dégagées par chacun de ses gestes, mais surtout par son intelligence pétillante, chose qu'il avait bien peu trouvé à Versailles. Thomas avait pu, dans son salon, se laisser gagner peu à peu par une gaieté retrouvée en écoutant les conversations piquantes et subtiles de la marquise qui, si jeune fût-elle, n'avait rien à envier à sa brillante grand'mère ou à une Scudéry. L'intérieur de la marquise de Rambouillet était tout à son image : lumineux, frais et raffiné, avec ses tapisseries et son mobilier aux teintes tendres et claires, à la décoration sophistiquée et d'un goût parfait.
Il était dix-sept heures sonnantes lorsque le comte de Norfolk franchissait la porte du salon apprêté pour cette nouvelle et excitante rencontre. La diplomatie avait formé le jeune homme à la ponctualité la plus exacte, et, remis sur pied, certes point encore complètement guéri de son chagrin mais fermement décidé à renouer avec ses habitudes et ses manières parfaites, il se faisait un point d'honneur de regagner son costume et son état de gentleman. Très élégant dans son habit de deuil noir, Thomas commençait néanmoins à l'agrémenter de rubans de couleurs sombres et de galons tissés d'argent. Il réajusta son baudrier de soie d'un beau vert profond, balaya la pièce du regard et ne vit point la marquise. Fort surpris mais s'attendant à ce qu'elle préparât minutieusement son entrée, il fit quelques pas en direction d'une longue table où reposait la nappe blanche sur laquelle il aimait à examiner soigneusement les tableaux présentés.
Le cœur de Thomas Howard battit la chamade : n'était-ce pas le cadre proéminent d'une œuvre qui soulevait le tissu fin et immaculé ? Il songea, en une fraction de secondes et sans complaisance pour lui-même, que l'art était maintenant la seule chose qui émaillât sa vie de tels pics de passion ou d'excitation. Ce n'était pas seulement le plaisir de l'acquisition et le fait, parfois jouissif, de mettre la main sur une toile ou un dessin de maître. C'était aussi l'idée de pouvoir se confronter, d'apprécier voire de se délecter, jour après jour, d'un fragment de toute la beauté du monde concentrée en une toile d'un mètre sur soixante centimètres.
N'y tenant plus, le jeune homme souleva d'un seul coup l'étoffe et il ne put retenir une expression d'abasourdissement :


« Diane, par tous les saints !! La Vierge d'Alethea !! Par quel miracle l'avez-vous retrouvée ?! »

La voici !:
 

Retrouver cette Vierge aux anges, c'était comme retrouver un ami cher qui vous pensiez mort depuis des années. La dernière fois qu'il avait été question de cette peinture qu'il révérait enfant puis adolescent, était lors du décès de sa grand'mère Alethea en juin 1654, à Amsterdam. La vieille comtesse vivait alors dans un sombre appartement qui ressemblait plutôt à une caverne dont on avait recouvert les murs et le plafond de tapisseries précieuses et de tableaux de maîtres. Partout, de la porcelaine fine et des bibelots de prix entassés sur les meubles inestimables. L'inventaire avait été expédié au plus vite et lorsque Thomas et sa mère avaient tenté d'en dresser un autre à l'arrivée des caisses à Arundel House, quantité d'œuvres avaient disparu, irrémédiablement envolées.
Un petit pas feutré se fit soudainement entendre. Thomas, le visage rayonnant, fit volte-face et se précipita à la rencontre de la jeune fille. Dans un mouvement de spontanéité assez rare mais rassurante chez cet homme que l'on trouvait parfois trop maître de lui-même, il saisit dans un geste de danseur la main de l'adorable marquise et la baisa fugacement en lui adressant un sourire radieux.


« Délicieuse Diane, cela, cela ! » s'écria-t-il en tendant une main fébrile vers la Vierge allongée sur la table, « c'est un cadeau du ciel que vous me faites, vous ne sauriez mieux me combler. »

Penché sur la belle Marie couvant tendrement du regard son fils, détaillant déjà les traits et les marques d'altération qu'il connaissait par cœur, sans perdre son sourire, il fronça tout de même les sourcils, bouillant de curiosité.

« Toutefois, vous me connaissez assez bien pour ne point me refuser une petite... introduction avec cette merveille. Je veux tout savoir à propos d'elle, sans quoi je ne pourrai aller plus avant dans notre accord. C'est presque trop beau pour être vrai ! »
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