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 Thomas Howard, le sacré retour !

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Thomas Howard

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: En cours de restauration, n'y point toucher.
Côté Lit: Le deuil pour seule compagne !
Discours royal:



Tout pour la Galerie

Âge : 31
Titre : Comte de Norfolk et d'Arundel
Missives : 36
Date d'inscription : 19/01/2017


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MessageSujet: Thomas Howard, le sacré retour !   Thomas Howard, le sacré retour ! Icon_minitime20.01.17 9:30


   
Thomas Howard

   
(Hugh Dancy)


   

   Âge ♔ 31 ans. L'insouciance, si tant est qu'elle ait jamais pris place dans sa vie, c'est fi-ni ! Place à une nouvelle étape de sa vie qui a pris un tournant sordide en 1666, avec une sombre et mystérieuse histoire de séquestration, de torture et de meurtre à son encontre, envers sa femme et celui qui devait être son héritier. Psychiquement terrassé par ce désastre, aguerri par un nouveau conflit européen, en perte de popularité en Angleterre et de crédit en France à cause de ces horreurs récentes et de sa religion, la tournure de son retour à Versailles dépendra très certainement des fréquentations les plus convaincantes... du moment que la vérité puisse se faire jour.

Titres ♔ Comte de Norfolk et d'Arundel (titres principaux). Il deviendra duc de Norfolk lorsque son frère aîné mourra, loin, dans cet asile à Padoue où on tente de canaliser ce fou furieux. Si ce titre était une nouvelle fois reçu dans la famille, ce serait pour Thomas une double bénédiction : le retour d'un rang bien mérité, retiré et réattribué à sa maison au fil des siècles, et tout simplement, c'est lui qui recevrait le titre tant attendu - à condition, bien sûr, de survivre jusque-là, ce qui n'est pas une mince affaire à Versailles comme à Whitehall.
Il a également été ambassadeur en Espagne, dans les Provinces-Unies et surtout, en France.

Origines ♔ Anglaises, inconditionnellement. Il est loin, le temps où Thomas Howard commençait à se penser à moitié Français et à mettre sur la balance son attachement de coeur à Charles II. Avec des fins opposées, sa défunte femme, Victoire de Noailles, et Gabrielle de Longueville, une de ses meilleures amies actuellement en exil, les femmes de son entourage proche le soumettaient à une propagande soigneusement nourrie pour le faire pencher du côté de la France - mais pas vers le même roi. En diplomate avisé qu'il était encore, il fit ce qu'il avait toujours fait : tirer les meilleurs arguments de ses interlocutrices, souligner les travers, et surtout, ne jamais prendre parti ouvertement.

Situation Maritale ♔ Veuf. Garde, c'est un sujet délicat ! Il a perdu quelques lumières depuis le triste événement et reste instable psychologiquement (des amis et des détracteurs le surnomment avec amusement "Norfou" à cause de sa récente habitude de s'écrier avec exaspération, à chaque fois que l'on marque trop d'empathie à son égard : "Mais je ne suis pas fou, vous savez !"). Une ancienne maîtresse faisant partie de la coterie de Barbara Palmer (ou comtesse de Castelmaine, comme Thomas ne put jamais l'appeler vraiment), Jane Bickerton, s'est montrée très cajoleuse à Londres, vivement encouragée en cela par Charles II qui a redoublé le nombre de ses parties fines pour égayer son ami. Thomas reste stoïque, bien qu'ayant partagé quelques moments de "débordement" avec la donzelle, ravie de retrouver son plus ancien amant et persuadée qu'il est maintenant prêt à l'épouser. Paradoxalement, Versailles s'annonçait comme un secours bienvenu, où il pourrait mener une existence chaste le temps de régler ses affaires... enfin cela, c'est ce qu'il imagine.

Religion ♔ Catholique récusant. Autant dire que par le passé des têtes Howard sont tombés à cause de ce "détail" ! En décembre 1667, le vent ne souffle pas dans la bonne direction à Londres, même si les prochaines affaires de trahison sous prétexte d'être papiste n'arriveront pas avant quelques années. Etant l'un des grands du royaume d'Angleterre et intime du souverain, il avait jusqu'ici réussi à être un acteur politique assez populaire, simple, économe, humain et pieux. Mais voilà, son mariage avec une catholique - une Française qui plus est, une ennemie héréditaire ! - marqua un tournant en 1665 et malgré l'assassinat inexpliqué de Victoire qui émut la presse et les courtisans de Whitehall (le récit déchirant sur les derniers instants de la jeune fille enceinte et au crâne fracassé a bien fait pleurer les chaumières), ses liens avec la France et ces catholiques exaspérants lui nuisent assurément. Il eut beau se distinguer en négociant âprement avec d'autres conseillers anglais le traité de Breda, permettant sur plusieurs plans de sauver la face, il est catholique dans l'opinion publique anglaise, un point c'est tout. Mais patience, Howard avance lentement mais sûrement, et il reste convaincu que la fidélité à son pays et à son roi comptent davantage qu'une affaire de croyance.

Orientation sexuelle ♔ Hétérosexuelle. Pendant son retour de plusieurs mois en Angleterre (le temps d'expédier ses effets depuis son domaine français qu'il cherche à vendre et de participer aux opérations pendant la guerre anglo-néerlandaise), les libellistes s'en donnèrent à coeur joie sur la participation prétendue à tous les plaisirs de Charles II, chose inhabituelle pour Norfolk, encore jamais vraiment égratigné par ces sornettes. Ces quelques semaines de quasi vie commune avec son roi furent le prétexte de consolations douteuses, les caricatures faisant état d'un Charles aux allures de lion et d'un Thomas bouclé comme un mouton bêlant, heureux des égards de son maître. Choqué tout d'abord par ces dessins diffamateurs, Norfolk prit le parti d'en rire, tout en tentant de repérer les petits plaisantins : il s'en occupera lorsqu'il retournera durablement en Angleterre.

Groupe ♔Noblesse étrangère.
   


   
"Conservons ce qui nous augmente et méprisons ce qui nous diminue." Michel Serres

   

   
Quelques questions de protocole ...  


   
♔ ÊTES PLUTÔT PARIS OU VERSAILLES ?

Entre Paris et Versailles, le coeur de Thomas Howard balance. Un de ses plus grands motifs d'admiration pour Louis XIV est la création de cette cour et de domaine artificiels, sorte de rêve éveillé à la gloire d'un homme et d'une idée (le pouvoir absolu) dans lequel chacun se plie à des normes rigoureuses et souvent cruelles. Pour l'ambassadeur étranger, c'est l'élite (et la fange) française sur un plateau d'argent, circonscrite dans un espace restreint, ce qui facilite grandement sa tâche principale : donner à son souverain un compte-rendu régulier et exact de la température de la cour et des moyens de pression potentielles sur le roi. Quelque peu désarçonné à son arrivée à Versailles, en 1665, Norfolk se fit rapidement et avec régal, il doit le reconnaître, à cette atmosphère et ce milieu si particuliers, propices à une foule d'intrigues tissées en permanence.
En comparaison, Whitehall et les cours allemandes, hollandaises et italiennes lui paraissaient relâchées, moins propres à donner un air de solennité à chaque moment de la vie quotidienne du souverain. Les divertissements étaient inégalables, les comportements des courtisans fameux pour l'observateur étranger, tandis que l'on baignait en permanence dans une explosion artistique propre à submerger de volupté le petit-fils de Thomas Howard, célèbre collectionneur devant l'éternel.
En revanche, Paris le répugne quelque peu, et d'un point de vue très partial, Thomas vit dans la nostalgie de ce que fut Londres autrefois, avant le grand incendie de 1666. En réalité, il n'eut jamais un goût prononcé pour les espaces urbains, préférant le grand air et la nature. Il peut cependant reconnaître avec bonne foi que la vie culturelle et artistique à Paris est inimitable et qu'il ne renoncerait pour rien au monde à aller écouter les pièces de tel dramaturge ou visiter tel hôtel particulier ancien ou le Louvre et ses artistes. Il se forçait tout de même à se balader en catimini dans la grande capitale et à rencontrer quelques contacts au Parlement afin de compléter ses rapports. Il ne veut plus entendre parler de la campagne environnante après l'atroce souvenir qu'il en garde : son domaine de Belle-Isle est en vente et à la suite de son bref et dernier aller et retour à Whitehall, il compte bien demander asile à un de ses chers amis anglais en attendant de choisir entre Paris et Versailles.


   
♔ CROYEZ VOUS AU COMPLOT ?

Avant tout, le comte de Norfolk incarne les yeux de Charles II et en tant qu'ancien ambassadeur d'Angleterre, il assura toujours une fidélité indéfectible à son souverain et intime ami. Par conséquent, s'il devait appartenir à un camp, c'était déjà celui-ci et il n'en fit jamais un mystère : était-il surprenant qu'un diplomate servît en priorité les intérêts de son pays ? A Whitehall, il se fit toujours un point d'honneur à ne point se mêler des conflits entre les différentes factions de la cour, notamment dans les coteries des maîtresses de Charles II ; il copia cette attitude prudente à la cour de France et partout ailleurs.
La chute de son vieil ami Clarendon, mentor du souverain d'Angleterre et ennemi viscéral de Barbara Palmer, en fut un exemple récent et cuisant : à chacune de ses visites à Caen, où le vieil homme se réfugia dernièrement, Thomas ne manqua pas de se promettre de rester à l'écart de toutes ces intrigues, malgré la réprobation et le blâme qu'il aimerait manifester envers ces femmes ambitieuses et tyranniques.
Lui-même aurait bien dû faire plus attention à son propre entourage : sa situation n'aurait très certainement pas été la sienne en ce mois de décembre 1667. A son arrivée à la cour, deux ans auparavant, il aurait fallu être aveugle pour ne pas percevoir les bruits sur des cabales ayant pour but de destituer Louis XIV - voire de le tuer, dans les versions les plus extrêmes.
Pleinement investi dans sa mission d'aplanir les tensions entre la France et son pays en prévision d'un pacte de paix ou de non agression, il ne prêta pas franchement attention aux avertissements de son épouse qui répétait à qui voulait l'entendre que son cousin, le très ambitieux Hector de Valois, avait expédié sa femme au paradis avec une célérité et un sang-froid qu'il convenait de punir. De plus en plus absent à cause de ses obligations diplomatiques, il était bien plutôt préoccupé par l'enfant qu'elle portait et le peu de temps qu'il avait à offrir à une jeune fille si jeune et si franche. Il lui avait intimé à plusieurs reprises de ne pas répéter des bruits dont elle ne pouvait être certaine afin de ne pas mettre à mal leur position - à vrai dire, surtout la sienne -, sans pour autant prendre davantage de précautions pour sa sécurité. Morale de l'histoire, après l'issue fatale de cet incident : on ne saurait jamais être trop confiant.
Pour le moment, Thomas ne fait aucun lien entre les accusations de son épouse et les crimes dont ils furent les victimes. Il mit également en suspens les entreprises financières que la chatoyante Gabrielle de Longueville, sa grande amie en exil (croit-il), l'avait convaincu de mener pour un projet d'envergure qui devait remodeler le paysage politique français et être, bien évidemment, grandement avantageux pour Charles II. Il avait déjà réuni, un peu à reculons, des fonds conséquents, notamment auprès de Derek de Saxe, gelés à présent en lieu sûr.
Son attention est attirée ailleurs : ses soupçons sont presque fous et relèvent de la paranoïa, mais il est certain que le commanditaire de cette attaque contre lui et sa famille est en réalité... Charles II lui-même, dans le but de le tenter et de sonder sa loyauté. Certaines questions qui lui avait été posées alors qu'il était séquestré et battu selon les réponses qu'il donnait (forcément toujours mauvaises) lui revenaient sans cesse en tête et semait le trouble dans son engagement pour son roi : elles touchaient à sa foi, à sa fidélité et à sa fiabilité, et à d'autres questions plus intimes.
Cela pouvait expliquer l'attitude plus que chaleureuse de Charles II à son retour en Angleterre, brisé, ne sachant plus à qui se fier et reconsidérant toutes les relations qu'il avait mises en place jusqu'à ce jour : pouvait-on se venger d'un souverain auquel on avait juré fidélité pendant vingt ans ? Qui avait pu lui mettre dans le crâne pareils forfaits pour scruter sa droiture ? Sa suspicion envers l'être qui lui était le plus précieux, Charles II, le torture et il a hâte de se confier à ses amis les plus proches, comme Richmond ou Grey... à moins qu'eux aussi en soient et l'aient trahi !

   
♔ VOUS SENTEZ VOUS PLUS COMME UNE DOUCE COLOMBE OU UNE GROSSE VIPÈRE ?

Colombe ou agneau, comme on le représente en Angleterre dans les libelles. L'indulgence n'implique pas un rejet de la fermeté, bien au contraire mais en règle générale, Norfolk pense que les rumeurs ne sont que des récits émanant d'imaginations pernicieuses ou de personnes qui vivent dans la promiscuité et s'ennuient profondément. Quel meilleur moyen de se distraire qu'un potin bien croustillant à se mettre sous la dent ? N'y pas à croire est une chose, mais s'en souvenir en est une autre : des bruits ridicules aux scandales les plus fous, Thomas Howard consigne tout.
Cette matière lui était en effet précieuse dans sa charge d'ambassadeur, et il compte bien replonger dedans afin d'éclaircir le meurtre de Victoire. Cette dernière était d'ailleurs une commère éprouvée et lui rapportait des racontars incroyables. Lui l'appelait "son petit aspic", tandis qu'elle se gaussait de sa candeur et de sa propension à croire que "Dieu est amour et qu'il vainc toujours le mauvais", autrement dit que l'honnêteté et l'homme de bien finissent forcément par être reconnus - que les personnes soit mortes ou vives, d'ailleurs, mais là n'était pas la question. Malgré tout, il ne peut aller contre sa nature et abominer le monde entier : il veut simplement se venger et pour une fois, la fin justifie les moyens.

   
♔ QU'AVEZ VOUS A DIRE SUR LA GUERRE ?

Sur le terrain, ce n'est pas une passion pour Thomas Howard : lui préfère être dans les coulisses à tirer les ficelles. L'année 1667 fut l'année de tous les retournements sur la scène politique et sa participation active aux opérations anglaises sera un accroc permanent lors de son retour à Versailles, il en est persuadé. Multipliant les allers et retours entre Londres et Paris, il s'est fixé un temps dans son domaine français afin de donner libre cours à son chagrin.
Charles II le rappela à l'ordre après l'humiliation du Great Charity. A vrai dire, très peu charitablement, le souverain, agacé des atermoiements de Norfolk, lui mit le pied à l'étrier pendant une entrevue incendiaire et mortifiante : soit il participait aux tractations du côté lorrain en avril, soit il pouvait faire une croix sur sa position à la cour d'Angleterre. Diable ! Avait-il donc embrassé le parti français, comme le soufflaient ses rivaux ? Dans une crise dont Thomas devait se souvenir toute sa vie, il n'était plus question d'amitié et de baume au coeur : il fallait frapper fort pour prouver une nouvelle fois sa loyauté à la couronne d'Angleterre, quitte à se mettre à dos durablement les Noailles, dont le duc Anne, notamment capitaine de la garde écossaise et gouverneur du Roussillon (voilà où il n'était plus question de mettre les pieds pour l'instant).
Jacques d'York, avec lequel il était en excellent terme, prit le relais et lui dépêcha son grand ami Richmond, qui s'empressa de le tirer hors de chez lui et de le mettre devant le fait accompli, dans le camp lorrain. Si les retrouvailles avec le cher Jacques furent émouvantes et le revigorèrent, il passa quelques nuits de prostration et d'angoisse intenses, soutenu par Morgan et sa vieille bande d'amis anglais. Les leçons de tir données à son jeune cousin Alfie - et auxquelles il aurait mieux fait de participer plus tôt - furent des épisodes hauts en couleur et qui lui permirent de s'égayer pour la première fois depuis le début de son deuil.
La délégation dont il faisait partie s'embourba et on en fut pour une déconfiture monumentale pour les Lorrains et ses alliés à la fin du mois. Revenir en Angleterre était inenvisageable, à moins de faire d'aller directement à la case Tour de Londres (après tout, il aurait retrouvé quelques ancêtres, dont cette pauvre Catherine). Il eut la sensation de toucher le fond lorsqu'il apprit la mort du pape : fervent catholique, c'était une injure inimaginable pour toute la communauté et il s'en trouva ragaillardi, enfin distrait de son deuil et reprenant du poil de la bête.
Le 18 mai 1667 fut comme un saut dans le vide : il faillit perdre Morgan Stuart dans le combat, lointain cousin mais surtout, ami d'enfance inséparable et pilier majeur de sa vie. Norfolk se distingua pour la première fois sur le champ de bataille, lui qu'on avait toujours considéré comme timoré et beaucoup trop économe de la vie de quelques compagnies qu'il avait eues à diriger. Avec une intense fierté, il vit son cousin Alfie Howard briller à Verdun et rehausser le prestige familial. Il fut toutefois affecté par la perte d'un frère cadet et de quelques parents plus ou moins éloignés, en plus des blessures critiques de Richmond.
Il eut enfin la possibilité de rentrer en Angleterre, de nouveau dans les bonnes grâces de Charles II (sans pour autant retrouver sa position privilégiée), qui s'empressa de le lancer dans une autre situation épineuse : cette guerre contre les Provinces-Unies qui n'en finissait pas. A la fin du mois de juillet, alors que le traité de paix à Reims mettait fin au conflit franco-lorrain, Thomas contribuait avec le parti anglais au traité de Breda grâce auquel tout le monde était à peu près satisfait, chacun troquant ses terres contre d'autres aux Amériques. De toute manière, l'Angleterre n'allait pas tarder à être prise par la gorge et il convenait de trancher après la débâcle monumentale du Raid de la Medway.
A présent, le comte de Norfolk estime en avoir fait assez pour prouver son courage et son dévouement à Charles II, et il espère bien ne pas retourner sur un champ de bataille avant belle lurette. Sa place est plutôt dans les salons à étudier le monde et à s'entretenir avec les grands. Sans compter qu'il a dorénavant sa petite croisade à mener lui aussi...

   
♔ QUELS SONT VOS LOISIRS ? AVEZ VOUS UN BUT PRÉCIS ?

 La collection d'objets d'art : Thomas a hérité de la passion de la collection par son grand-père au même nom, surnommé en son temps "the Collector Earl". Envoyé dans les cours étrangères pour Charles Ier comme l'actuel comte de Norfolk l'est pour Charles II, il a rapporté un nombre considérable de chefs-d'oeuvre tout en étant le mécène de prestigieux artistes comme Rubens, van Dyck et Mytens qui peignirent les Howard. Le plaisir d'acquérir est un gouffre financier et tirant la leçon de son aïeul qui s'est ruiné pour cette obsession, Thomas revend régulièrement nombre d'oeuvres pour en acheter de nouvelles, souvent moins coûteuses. Alternant entre des périodes d'achats et de commandes compulsifs et des moments de pingrerie, il enrichit la célébration collection des Arundel Marbles même si cela implique d'importer à grands frais des sculptures monumentales de l'autre bout de l'Europe, et poursuit la collection considérable de dessins (ne lui parlez pas d'Holbein ou de Vinci, sans quoi une journée ne sera pas de trop entre la visite de ses collections et le récit des acquisitions).

Le dessin : Occupation pas très noble ni très masculine pour un grand d'Angleterre, mais Thomas adore s'y adonner, croquant avec prédilection les femmes et les hommes. Il est fasciné par le portrait et non content de posséder d'innombrables portraits dans ses lieux de résidence, il dessine sans jamais peindre, ce qui peut lui être très utile pour représenter certaines choses à Charles II ou à ses amis (notamment les galants anglais curieux de connaître l'aspect des femmes de Versailles). Il ferait mieux de se méfier, d'ailleurs, car quelques caricatures pourraient très bien tomber entre de mauvaises mains.

L'apprentissage de langues étrangères : S'il y a bien une chose qui soit primordiale dans la famille, c'est une instruction impeccable sur certains plans, notamment artistiques et linguistiques. Dès le plus jeune âge, le français lui fut inculqué de sorte à ce qu'il parlât cette langue aussi bien qu'un natif : ce garçon-là, n'étant pas l'aîné, pouvait parfaitement embrasser une multitude de voies comme celle d'ambassadeur, à l'instar de son grand-père en son temps. L'italien et l'allemand vinrent ensuite, puis plus fastidieusement, le néerlandais, une certaine demoiselle des Provinces-Unies particulièrement horripilante lui donnant envie de jeter au feu ses leçons. Bon gré mal gré, il apprit. Il fallut ensuite tenter de comprendre quelques dialectes lors de ses missions dans les Antilles anglaises puis dans les Indes, mais cela ne dura guère, Thomas ne supportant pas le climat de ces contrées trop exotiques pour sa constitution. Des bribes demeurent, cependant, et la mémorisation des langues devint de plus en plus facile à mesure qu'il en entendait de nouvelles. Depuis son adolescence, il glane les mots, les idiomes, ce qui fut un atout de taille lorsqu'il occupait encore le poste d'ambassadeur pour la couronne britannique.

Les voyages : Thomas Howard tient ce goût pour le voyage de son grand-père du même nom. Il plaisante assez souvent sur le fait qu'il a fait son Grand Tour quand il était enfant et adolescent, lorsqu'il fallut suivre à travers l'Europe de l'Ouest tantôt sa mère, tantôt les princes d'Angleterre et leur suite lorsqu'il fut en âge d'être plus ou moins indépendants. Le jeune homme a effectué ensuite des missions en tant qu'émissaires ou envoyés dans des délégations diplomatiques. Sa santé fragile était trop altérée par les climats exotiques, il a renoncé à l'éminente charge de gouverneur en Indes et dans les Caraïbes, mais il garde des souvenirs éblouis de ses expéditions aux Amériques et en Asie. Les voyages sont l'occasion pour lui de découvrir la diversité des cultures, de se repositionner sur la manière dont on voit le monde en Angleterre, mais ils sont aussi le prétexte à des rencontres exceptionnelles, à l'apprentissage de mots nouveaux, et surtout de collecter de beaux objets et des curiosités.

La danse : C'est sans doute son côté le plus vain, avant même sa collectionnite. Excellent danseur, il est capable de se mouvoir pendant des heures, heureux de trouver par moment l'occasion de libérer son corps et de s'épanouir en musique et en bonne compagnie. Que ses partenaires soient belles ou laides n'a aucune importante, pourvu qu'elles aient la grâce et le talent.

L'escrime : Thomas Howard ne vaut absolument rien avec une arme à feu, sachez-le avant de lui en confier une entre les mains car il risque de faire des dégâts collatéraux. En revanche, l'escrime est un autre de ses loisirs depuis qu'enfant, des maîtres italiens lui ont appris à manier avec adresse la rapière. Ce fut un heureux passe-temps pendant les années d'exil avec les partisans du jeune Charles II et Norfolk n'est jamais contre un entraînement entre amis.

Le chant : Voici encore un loisir adopté en exil. Sa mère chantait admirablement bien et tint à faire travailler ses nombreux enfants, qu'ils mordissent ou pas à la discipline. Thomas, avec quelques-unes de ses soeurs, se prirent au jeu et organisèrent en famille de petits concerts improvisés. Outre de sottes et vieilles romances, Norfolk enrichit considérablement son répertoire lors de campagnes militaires, de sauteries entre courtisans et de voyages lointains. Pour entendre sa voix claire et bien timbrée, il faut toutefois le prier à maintes reprises à cause d'un reste de timidité, à moins qu'il n'ait bu abondamment : si c'est le cas, le registre ne sera pas le même et il pourra étonner par la verdeur de certains chants.

   


Dernière édition par Thomas Howard le 04.02.17 18:48, édité 11 fois
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Mémoires du Grand Siècle




1644 : Auprès de la reine d'Angleterre, Louvre, France.

« N'est-ce pas une calamité, de voir une dame de cette qualité dans pareil misère ! »

Elizabeth Stuart jeta dans un geste désespéré un mancheron de dentelle usé jusqu'au fil par certains endroits. Partis, les carrosses et la garde spéciale de la reine d'Angleterre ! Parties, les dames d'honneur et les servantes ! Partis, les valets de pied et les admirateurs ! Henriette-Marie de France n'avait que ses yeux pour pleurer et quelques fidèles pour effectuer des tâches réservées d'ordinaire aux soubrettes. Recroquevillé dans un grand fauteuil, le petit Thomas remonta jusqu'à son nez une couverture de laine, aussi rêche que l'était l'humeur de sa mère depuis qu'ils avaient posé le pied en France avec la reine dont sa mère était dame d'honneur. Cette troupe de dames éplorées s'étaient échouées à Brest à cause de l'effrayante tournure que prenait les choses en leur pays : la mort dans l'âme, à peine relevée d'un accouchement cauchemardesque dans une malheureuse masure, Henriette-Marie avait fui avec une escorte qui s'était efforcée de soulager chaque jour sa peine. Seulement, l'arrivée dorée saluée par Monsieur et sa fille et les démonstrations d'amitié des plus grands de France ne dura guère et au fil des semaines sa suite s'amenuisa et sa présence fut presque un embarras, fût-elle fille de France autrefois.
Thomas, âgé de huit ans, guettait sa mère du regard, n'osant remuer : cet exil imposé par sa fidélité aux Stuart et aux royalistes l'avait considérablement éreintée. Elle devait se plier à des occupations qu'elle estimait dégradantes et il y avait bien longtemps qu'elle ne sentait plus d'aucun réconfort pour la souveraine qui la battait froid dès que la nostalgie la prenait. Toutes deux se réconciliaient toutefois après force protestations d'amitié et gémissements de douleur : leurs époux étaient en Angleterre, luttant contre des ennemis qui se révélaient de plus en plus implacables et puissants. Tandis que Charles Ier courait après les subsides et les soutiens, Henry Howard faisait profil bas, s'acquittant de ses obligations au Parlement et tâchant d'arrondir les angles avec les opposants à la couronne d'Angleterre.
Elizabeth Stuart avait tenu à prendre avec elle ses enfants les plus jeunes : Anne, Catherine, Thomas et Edward, et cette marmaille achevait de l'épuiser, pépiant et gesticulant continuellement dans une chambre qui ressemblait davantage à un débarras qu'à l'espace de vie de la femme d'un des plus puissants pairs d'Angleterre. Las ! Le Louvre n'était pas confortable et tous souffraient des courants d'air et du confinement : mais au moins, les Anglais se sentaient davantage en sécurité et pouvaient tenter de pousser les Français à soutenir leur cause qui semblait, au fil des mois, perdre en vigueur.
On avait beau les étourdir de fêtes et de banquets dans des châteaux plus somptueux les uns que les autres : la comtesse de Norfolk souffrait terriblement du mal du pays et la situation de sa reine était une plaie béante moralement.


« Anne, faites taire vos frères et sœurs, je n'en puis plus » soupira la comtesse, épongeant son front avec un vieux mouchoir de batiste.

L'adolescente de douze ans empoigna ses cadets qui saisissaient la moindre occasion pour se quereller et les fit s'asseoir tant bien que mal sur de vilaines chaises de bois.

« Chantons. »


Les trois têtes blondes se calmèrent aussitôt et se mirent à entonner les chansons anglaises sempiternellement fredonnées.
Thomas, tout en marmonnant les paroles imbéciles – il était toujours question d'une bergère cherchant son berger, d'une chute et d'un chaste baiser –, se cala bien confortablement dans son fauteuil en pensant à la reine, cette belle dame brune aux yeux tombants, au visage délicat et au nez droit. Il attrapa une feuille de papier qui traînait sur le sol et commença à dessiner, seule occupation que sa mère tolérait à part le chant et la prière lorsque les enfants devaient rester cloîtrés avec elle dans cette chambre étroite. Il traça d'une main devenue habile la longue nuque élégante de la souveraine, sa bouche délicatement ourlée, prit un soin maladroit à souligner les plis amers de l'exil et de la détresse qui altéraient son front puis la couvrit de joyaux.
L'enfant termina par la coiffure bouclée des années 1630 que sa mère continuait à porter, bien qu'elle fût complètement démodée, mais c'était ainsi que le garçon se souvenait d'Henriette-Marie sur les tableaux des résidences des comtes de Norfolk. La femme qu'elle était à présent ne l'intéressait guère : il la rencontrait tous les jours et ne la voyait plus. Elle était déjà sa légende, son idéal, cette jeune femme merveilleuse qu'il s'était approprié par la contemplation et l'imagination. Thomas posa un regard sans concession sur sa mère, courbée sur son ouvrage et plissant les yeux. Après onze grossesses, Lady Elizabeth tentait de camoufler son corps déformé sous des vêtements couvrant autant qu'il était possible son corps. La fatigue et la colère ne l'embellissaient pas, bien au contraire, mais le garçon était assez mûr pour déceler et admirer la détermination dont elle faisait preuve dans l'adversité, accompagnant contre vents et marées sa reine.
C'était décidé et conclu : plus tard, il se marierait à une reine d'onyx et d'albâtre, aux doux yeux veloutés, et jurerait une fidélité sans partage à un homme investi de toutes les gloires d'Angleterre.
1648 : suite du prince de Galles, La Haye, Hollande.

« Ils n'ont pas assez mangé notre pain, ces dernières années ! Non contents de nous imposer leur présence, il faut encore soutenir leur train de vie... Ah, pour sûr, ces Anglais coûtent cher aux Provinces-Unies ! »

L'adolescent de douze ans ne broncha point, absorbé qu'il était devant un tableau de Daniel Mytens. C'était là un des peintres favoris de son grand-père Thomas, disparu tout juste une décennie auparavant. Sa perte avait laissé un grand vide dans la vie du garçon, même si son souvenir l'accompagnait chaque fois que son regard tombait sur un objet d'art qui eût réjoui grandement son aïeul, amateur d'art chevronné devant l'Éternel et surtout, mécène de Mytens ou de maîtres aussi illustres que Rubens ou van Dyck. Le portrait qui le fascinait depuis son arrivée à Breda était celui d'une Madeleine aux longs cheveux blonds, habillée à la mode des années 1640 et l'air fadasse ; pourtant, sa carnation d'une blancheur éclatante achevait de le fasciner, tout comme ses belles mains fines enchevêtrées dans les mèches pâles.
Il avait la sensation de retrouver un peu de familiarité dans ce palais triste, froid et inhospitalier. Les remarques constantes de certains notables néerlandais le faisaient constamment sentir, et la remarque qui lui était adressée par la crécelle était un couplet chanté chaque jour aux exilés. Les compatriotes de Marie-Henriette d'Angleterre n'étaient absolument pas les bienvenus, et on ne s'efforçait plus de croire qu'un Cromwell allait s'accommoder longtemps de Charles Ier. Le prince Guillaume II d'Orange ne manifestait pas non plus un vif enthousiasme et laissait la jeune femme distraire comme elle le souhaitait – ou plutôt, comme elle le pouvait – ses frères et leur compagnie. Thomas recula de quelques pas dans la galerie et vint s'appuyer sur le mur en face du portrait. Son pied vint buter contre un obstacle et un rugissement retentit dans le lieu désert, faisant sursauter l'adolescent.


« Sot d'Anglais ! Ce n'est pas assez que d'envahir nos territoires, il faut encore vous en prendre aux Hollandais ! » vociféra la gamine en portant les mains à son pied, roulant les yeux frénétiquement.

Thomas la fixa avec stupeur, avant de se tourner derechef vers le portrait suivant, celui de la sœur de Charles et Jacques Stuart, la fameuse Marie-Henriette qu'il affectionnait d'autant plus que c'était son cher vieux grand-père, Thomas, qui l'avait escortée jusqu'aux Provinces-Unies en 1642. Il s'efforça de se concentrer sur les traits agréables de cette princesse d'Angleterre, encadrés de boucles brunes parsemées de perles et à la bouche comme dubitative, comme si elle se demandait ce qui pouvait bien l'avoir conduite en terrain si hostile. Une violente bourrade dans les côtes vint interrompre sa réflexion. La petite furie n'en avait pas fini avec lui.


« Monsieur, vous êtes bien vilain ! Excusez-vous immédiatement, ou je promets d'appeler pour vous corriger... »


L'adolescent regarda d'un air interloqué ce visage en forme de lune tordu par la colère. Assurément, la demoiselle ne manquait pas d'air : depuis l'arrivée du prince de Galles en Hollande, elle n'avait cessé de poursuivre son cortège de ses vociférations. Elle n'avait pas l'air d'avoir plus de dix ans, mais elle avait autant de suffisance qu'une vieille douairière. Et ça n'avait aucun titre, aucune dignité ! Dès qu'il se retournait, Thomas était certain de la trouver sur ses talons, lui soufflant des insultes ou tirant ses boucles ou ses vêtements. Bien évidemment, elle n'avait jamais osé s'attaquer aux princes d'Angleterre, n'approchait pas Morgan Stuart, qui devait être proche d'elle par l'âge mais n'hésitait pas à distribuer des soufflets aux freluquets qui lui cherchaient noise, et ce quelle que soit leur nationalité. Les autres avaient fini par fuir dès qu'ils voyaient arriver cette petite peste. Jusqu'ici, Thomas n'avait pas cillé et l'avait laissée le poursuivre car elle n'entravait point trop encore ses errements à travers le palais (même s'il avait sangloté comme un enfant lorsqu'elle avait furieusement déchiré un de ses dessins dans la galerie, la semaine précédente), examinant toutes les œuvres et les livres qui étaient à sa portée lorsque ses princes et ses jeunes amis allaient à la chasse, occupation qu'il abhorrait.
En outre, bien qu'il les accompagnât tout de même d'ordinaire, une mauvaise chute à cheval avait été cause d'une cheville foulée, et il avait préféré rester douillettement dans la galerie à contempler les portraits et à écrire sur son cahier des impressions, les bribes de conversation des quelques personnes qui venaient à passer, ou encore des souvenirs et les grands espoirs qu'il avait pour l'avenir – autrement dit, la grande propagande optimiste célébrant l'accession véritable de Charles au trône d'Angleterre une fois que les « problèmes anglais » se seraient calmés.  Son père Henry, resté au pays pour y assumer bon gré mal gré ses tâches au Parlement et dans leurs domaines, lui rendait compte comme à un adulte des événements jour après jour, ce qui donnait lieu à une abondante correspondance qui entraînait le garçon de douze ans dans des considérations bien éloignés des jeux auxquels les enfants de son âge s'adonnaient normalement.


« Cessez donc de me fixer ainsi, hibou ! » gronda la petite en frappant son coude du poing.

Le néerlandais de Thomas était encore bien faible mais ce surnom lui avait été traduit par un des Anglais comprenant cette langue. Il subissait chaque jour des cours de cet abominable langage qu'il avait de plus en plus en grippe à mesure que ce vilain petit démon le poursuivait.


« Le moment viendra où je ne pourrai plus vous supporter du tout, moi non plus. Si je suis un hibou, vous êtes un immonde petit rat » rétorqua-t-il enfin lentement avec un épouvantable accent.

Cela fit rire méchamment la petite peste.

« Eh bien, retournez donc vous faire couper la tête comme on aime si bien le faire chez vous. Et si vous revenez, tâchez de vous faire comprendre chez les hôtes qui ont la bonté de vous nourrir. »

Le laïus quotidien reprenait. Le garçon choisit de continuer dans un français impeccable et répliqua vertement :

" A vrai dire, je ne vois ici ni bonté ni humanité. Vous faites bien honte aux vôtres et vous ne pouvez parler d'hospitalité, vous ne savez visiblement pas ce que c'est. Vous me poursuivez depuis des semaines et vous me cherchez querelle dès que vous le pouvez. Vous êtes une petite sotte prétentieuse, et méchante avec ça... Tenez, je vais faire comme si vous n'existiez pas, vous me gâtez ma... »

Un soufflet sonore fut lancé par la petite fille et Thomas le retourna séance tenante.

« Vous ne savez pas le français, dites-le, sauvageonne ! »
cria-t-il férocement dans son affreux néerlandais. « Revenez donc goûter ma main quand vous le saurez, hideux petit démon ! »

La fillette échevelée sauta sur le garçon qui portait encore les cinq petits doigts ancrés dans la joue. Ils roulèrent sur le sol, elle lui tirant les cheveux, lui distribuant des coups de genoux et se démenant comme un beau diable. Au bout de cinq minutes de lutte effrénée, les deux petits monstres aux yeux verts se séparèrent, vêtements chiffonnés, visages écarlates et griffés. Le col de dentelle fine et précieuse de la gamine était arraché : elle le ramassa en sanglotant et s'apprêta à tourner les talons :

« On ne traite pas la fille du burgemeester d'Amsterdam comme cela ! Vous devrez en répondre ! » siffla-t-elle dans sa langue en courant vers l'issue la plus proche.

« Dites que c'est Thomas Howard qui vous a corrigée et que vous l'avez bien mérité. Puisque les mots ne suffisent pas avec vous !... Je suis malcontent de vous avoir touchée, allez ! » cria-t-il narquoisement en anglais, persuadé qu'elle n'en comprenait pas non plus un mot.

Il ramassa le petit bout de dentelle qu'elle avait piétiné en partant, le fourra dans une de ses poches et s'assit sur le sol devant ses tableaux préférés.
Ils en furent pour une semaine au pain sec et à l'eau, enfermés l'un avec l'autre dans une salle glaciale dans les combles du palais avec les sermons de leurs prêtres respectifs. Il ne fut plus jamais question de gifles ni d'Anglais décapités, en excellente commerçante la demoiselle apprenant plus tard qu'il était dans son intérêt de mesurer ses paroles si elle voulait parvenir à ses fins ; quant à Thomas Howard, il s'acharna à apprendre son néerlandais plus consciencieusement que jamais, prêt à affronter Marleen Bicker sur son terrain et sans plus en venir aux mains.


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"Maigrichon !
- Babouin !
- Cornichon !
- Gros cochon !
- Fouine !
- Phoque !
- Mouton ! "

Un bruit de galopade augmenta de seconde en seconde tandis que les tableaux sur les murs commencèrent à trembler contre les cloisons. Le palais de La Haye résonnait de noms d'oiseaux et les deux enfants braillaient à qui mieux mieux des insultes puériles de plus en plus imagées. Au moins, Thomas Howard et Marleen Bicker faisaient des progrès fulgurants en néerlandais et en français : leurs précepteurs avaient accepté, éberlués, de leur enseigner tout un lexique animalier et végétal que les deux morveux avaient assimilé en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire.
Ils croyaient à un miracle venu du ciel ou de la nature lorsqu'ils entendirent fuser des hurlements qui ressemblaient vaguement à des bestioles hollandaises et des légumineuses anglaises. Dans un vacarme incohérent, deux fusées se poursuivaient toute la journée en beuglant des idioties qui les faisaient rire en cachette - lorsqu'ils ne se rossaient pas l'un l'autre ou ne s'envoyaient pas le premier objet venu. Thomas avait une prédilection pour les petites cuillères qu'il chipait dans les cuisines et dont il plaquait le métal tout froid sur la joue échauffé et rebondie de sa petite camarade. Marleen préférait les pots de confiture qu'il était si drôle de barbouiller sur les boucles brunes du garçon.
Leur physionomie contraire était aussi un formidable moyen de se persécuter. Lui était petit pour son âge et très fluet, avec une beauté déjà grave et triste et des yeux trop grands. Elle était à l'inverse assez développée et un peu dodue, avec une mine chafouine et rusée. Monsieur Cornichon et madame Gros-cochon s'employèrent à mettre une belle pagaille dans le palais jusqu'à ce qu'une catastrophe advint : ils eurent le malheur de se livrer bataille juste à côté d'une salle où le père de Marleen, le burgmeester d'Amsterdam en personne (comme elle aimait à le souligner) recevait exceptionnellement des individus de haut rang.
La punition fut sans appel : les deux polissons en furent pour une nouvelle semaine à l'eau et au pain sec, l'un à La Haye, l'autre à Amsterdam. Cela ne faisait rien : ils notaient sur leur journal toutes les farces à se faire lorsqu'ils se retrouveraient, fussent-ils d'ennuyeuses grandes personnes...


Automne 1665, Whitehall, Londres, Angleterre
« Tom, vous êtes un de mes plus chers amis, sinon le plus cher. Nous nous connaissons depuis fort longtemps, nous avons mené des combats côte à côte et maintenant que vous partez vous aussi en France... je vais vous confier une missions des plus délicates. »

Archibald Campbell prit Thomas Howard par le bras et l'entraîna dans un coin reculé d'une des cours du vaste palais de Whitehall. Ce qu'il avait à lui demander n'était en soi pas spécialement confidentiel, mais il tenait à demander solennellement un service à son ami, ce qu'il ne pouvait faire au milieu d'une foule bruyante – sans compter les oreilles traînantes de certains curieux. Les deux hommes formaient un curieux contraste. L'Écossais était un grand diable d'homme aux flamboyantes boucles rousses, aux épaules carrées et à l'air impérieux, les sourcils souvent froncés avec une expression de réflexion. Il dominait de deux têtes l'Anglais à l'allure svelte et athlétique, mais dont la grâce un peu dansante ne donnait aucunement cette impression de force et d'autorité que renvoyait Campbell. Ce petit homme aux boucles brunes et aux grands yeux clairs sembla sortir de sa torpeur ou plutôt, il abandonna sa flegme habituelle et dévisagea avec curiosité son ami. En règle générale, ils étaient assez attentifs pour prévenir le souhait de l'un ou de l'autre et les deux hommes étaient suffisamment indépendants pour se débrouiller seuls.


« Vous savez bien que je vous rendrais tous les services du monde, ne serait-ce que pour la moitié de l'amitié que j'ai pour vous. Je vous écoute attentivement. »

Archibald Campbell sembla se détendre quelque peu et il choisit d'enchaîner directement avec sa franchise coutumière.

« Megan part à Versailles et je ne peux me résoudre à la laisser flâner au loin sans qu'un œil avisé soit à l'affût de ses faits et gestes et surtout, de ses paroles. Je me fais un sang d'encre alors même qu'elle n'a pas encore quitté l'Angleterre. Je ne regrette pas la décision que vous m'avez inspirée, mais... je ne pourrai plus la protéger. »

Thomas laissa échapper un rire incrédule tout en faisant une dénégation de la tête. Surveiller Megan Campbell ! Autant poursuivre la bise, l'eau vive, l'oiseau... Le jeune homme comprenait parfaitement la requête de son ami et ayant de nombreux frères et sœurs qu'il affectionnait, il savait combien la sécurité des membres préférés de la fratrie le tenait parfois en souci – à plus forte raison certaines de ses très jeunes sœurs. En l'occurrence, on ne pouvait dire que Megan ait quelque chose à voir avec les petites ladies Howard : dans les domaines de l'impertinence et de la friponnerie, celle-ci avait une incommensurable largeur d'avance sur la moitié des jeunes femmes de Londres. Impulsive et d'un franc-parler qui faisait honneur à l'esprit vif et hardi des Campbell, elle était à proprement parler intenable et semblait n'en faire qu'à sa tête. Et jusqu'ici – et ce temps se prolongerait indéfiniment –, aucune Howard de la génération de Thomas ne s'était trouvé dans les beaux draps de Charles II, Dieu soit loué.


« Vous me proposez d'être un drôle de chaperon ! Pensez-vous sérieusement que votre sœur me laissera deux minutes la surveiller ? Et que dois-je faire : seulement veiller sur elle ? La conseiller ? La couvrir en cas de... d'incident ?
- Vous m'ôteriez un très grand poids si vous vous occupiez d'elle. Je sais que votre charge d'ambassadeur vous accaparera beaucoup, mais malheureusement, je crains que sa conduite ne soit pas tellement différente de ce qu'elle a été ici. »

Il poussa un profond soupir et Thomas ne put s'empêcher de hausser les sourcils et de faire une grimace dubitative. Il se souvenait encore des criailleries de Barbara Palmer et des récriminations de la reine Catherine lorsque Charles s'était entiché de la jeune Écossaise. Ami avec les deux premières, il s'était toujours défié de cette tornade rousse qui emportait tout sur son passage avec pertes et fracas. Il affectait envers elle la déférence et l'empathie qu'il vouait en temps normal à toutes femmes et à tout être vivant, mais il se sentait secrètement agacé lorsqu'elle se permettait des répliques outrancières en présence du roi et de son entourage. Il savait bien que c'était cette superbe qui séduisait grandement Charles, en plus de la nouveauté que cette beauté fauve incarnait. Il n'empêche que son comportement froissait parfois atrocement l'idée qu'il se faisait des bonnes manières, de la civilité et du naturel. En quelques mots, lady Campbell lui semblait affectée, quelquefois minaudière, et pis que tout, fine manipulatrice. Quelle différence radicale avec son frère !
C'était également son jeu de séduction qui le mettait sur ses gardes et surtout, ce qui se cachait derrière : par quoi Megan Campbell était-elle motivée lorsqu'elle coquetait auprès de Charles ? Outre le prestige éphémère de devenir la maîtresse du roi, il était absolument flagrant qu'elle ne se consumait pas d'amour pour lui. Se pouvait-il qu'elle cherchât la fortune ou les honneurs ? Pourtant, Thomas avait du mal à la considérer comme une jeune fille dévorée par l'ambition, un soupçon de sympathie – bien mince cependant – le poussant à croire qu'elle était à la quête de découvertes et d'aventures comme toutes les jeunes personnes qui découvraient le monde. De là à s'attacher au moindre de ses mouvements et de ses mots, il y avait un énorme pas.


« Archi, pour être tout à fait franc, je ne pense pas être d'une très grande aide. Vous connaissez Megan à la perfection : si elle se doute une seule seconde que je rends compte de son activité à Versailles, elle déploiera des trésors d'invention pour se cacher de moi. Elle a déjà prouvé par le passé qu'elle était fort habile. Je veux bien vous promettre de veiller sur elle, mais une chose est certaine : elle n'écoutera pas un mot de mes recommandations ou de mes semonces. Autant prêcher à un brin d'herbe. Toutefois je consens à vous écrire tout ce que je vois et tout ce que j'entends ; du moins, les choses plausibles et point les rumeurs abracadabrantes qu'elle ne manquera pas d'attirer avec sa désinvolture habituelle. Craignez que cela empire en France... en éloignant une de ses... pardon, Archi, mais il faut le dire... une de ses dames, Sa Majesté risque de récolter bien plus de tracas que s'il lui avait permis de rester à Whitehall. J'en viendrais presque à regretter de vous avoir chaudement suggéré de l'envoyer à Versailles.
- Laisser ma sœur devenir une concubine ignoble, attirer la honte sur notre nom, jamais ! J'ai assez fait le siège de Sa Majesté pour éloigner Megan de Londres pour me rétracter maintenant. Que vous soyez envoyé en France dans le même temps, coïncidence ou pas j'y vois, moi, une bénédiction du ciel. Veillez juste sur elle, Thomas, et rendez-moi compte de son comportement à Versailles, ce sera déjà un grand réconfort pour moi ; je me charge du reste »

Le comte de Norfolk fit une moue sceptique et émit une dernière objection.

« Nous sommes membres du Conseil royal, vous vous doutez peut-être de quoi il retourne  concernant son envoi en France. Je crains, en me postant derrière ses pas, de nuire à son rôle officiel.
- Enfin ! Vous avez prouvé par le passé que vous étiez particulièrement doué dans ce genre de mission, quelle que soit la situation. Si un adolescent de quinze ans peut tenir à l'œil toute la cour pendant des temps troublés, un homme accompli de vingt-neuf ans peut parfaitement garder une jeune fille de vingt-trois ans ! »

Thomas poussa un profond soupir. Campbell ne lâcherait jamais l'affaire. Il faisait référence au début des années 1650 pendant lesquelles Charles II luttait pour son trône et l'avait chargé, en particulier, de surveiller les moindres faits et gestes des courtisans de Whitehall. Thomas Howard avait pu regagner périodiquement Londres grâce à l'habileté de son père qui, sans jamais avoir trahi sa fidélité pour les Stuart, avait intelligemment mené sa barque. Son fils avait hérité de cette capacité à naviguer en eaux troubles et il avait appris précocement à gagner la faveur du plus grand nombre par sa discrétion, son affabilité et sa détermination à ne pas entrer dans des querelles partisanes qui pouvaient mettre en péril sa position. L'adolescent avait eu un mot d'ordre et l'avait appliqué à la lettre : consigner minutieusement chaque détail des journées passées à observer tout ce petit monde et entretenir une correspondance abondante avec les puissantes familles européennes afin de mesurer la température dans les autres cours et se ménager, pour la couronne britannique restaurée, des alliés de choix. Le tout était codé et envoyé soigneusement à son roi, tenu aux faits des événements de Londres comme s'il s'y trouvait.
Certains épisodes avaient eu d'ailleurs de fâcheuses conséquences lorsque Charles avait regagné sa place légitime. Thomas Howard hasarda un regard perçant vers son ami pour le sonder : il s'était toujours un peu senti coupable de la déchéance du père d'Archibald. Il n'avait pourtant pas fait mention de lui dans ses rapports, pensait-il, mais il n'en était plus absolument certain. Quoi qu'il en fut, il avait toujours écrit la vérité, rien que la vérité, mais ce petit pincement désagréable le poussait à répondre favorablement à la demande de son ami.


« Très bien, Archi. Je le ferai par respect pour la très honorable maison des comtes d'Argyll. C'est d'accord, mais ne lui en soufflez pas un mot : je ne crois pas que votre sœur me porte particulièrement dans son cœur – je suis sans doute trop liée à Sa Majesté la reine et à la Palmer à ses yeux – et je crains qu'elle ne fasse tout pour m'éviter. Conseillez-lui juste de s'adresser à moi en cas d'urgence, mais c'est tout...
- Merci, Tom, j'étais certain de pouvoir compter sur vous. Je reste votre obligé...
- Comprenez bien que j'obéis à notre amitié et pas pour la bienveillance que j'ai envers votre sœur. N'attendez pas des miracles et surtout, gardez la mesure : plus vous la presserez de faire telle chose, plus elle s'empressera de faire telle autre. »

Le jeune homme se tut, soucieux de ne pas diminuer le soulagement et la joie que manifestaient silencieusement Archibald. Celui-ci savait très bien qu'il ne portait guère Megan Campbell dans son cœur : leurs tempéraments étaient aux antipodes. Thomas sentait comme un poids désagréable sur ses épaules sans imaginer l'ampleur de la corvée et le zèle qu'il apporterait à l'avenir dans sa protection. Mais, qui sait, pensait-il, la jeune baronne pouvait très bien se métamorphoser à la cour de Versailles et se faire discipliner par une étiquette qui, affirmait-on, était une des plus rigides d'Europe... Le futur allait bien l'en détromper.

Été 1666, domaine de Belle-Isle, France
« Madame, veuillez vous tourner un tout petit peu vers la gauche, je vous prie.

- Bien Mignard. Comme ceci ? »

Le peintre acquiesça et reprit son travail avec un air satisfait. S'efforçant de rester complètement immobile, la comtesse de Noailles échangea une oeillade amusée avec son mari assis à ses côtés. Ils se mirent à pouffer et l'artiste cessa totalement de peindre. Il envoya valser son pinceau dans un coin de la salle et posa brutalement sa palette sur une table disposée à côté de lui.

« Non, je ne peux pas travailler dans ses conditions ! Mes modèles doivent rester STATIQUES et SILENCIEUX. D'une, cela trouble mon regard, l'image que je fais de mon œuvre. Deux, les rires, les soupirs, les paroles, le BRUIT gêne ma concentration. Nous reprendrons demain. Je suis ha-ra-ssé. »

Un coup de pied discret lancé à Victoire était comme une invitation un peu brutale à ne pas répondre et à se tenir tranquille jusqu'à ce que le maître eût quitté la salle d'un pas impérieux, le menton haut et l'air méprisant, la bouche tordue de courroux divin. Ces gens réclamaient un portrait et ne respectaient pas son art : c'était un comble !

« Allons voir comme Mignard a avancé, cette fois-ci. Il se plaint beaucoup, mais il avance vite. »

La jeune fille se leva d'un bond, attrapa la main de Thomas et l'entraîna énergiquement vers le tableau. Leur portrait était une merveille de ressemblance, le tout rendu avec une vigueur et une luminosité qui font d'une toile un chef-d'oeuvre ou du moins, une œuvre qui compte. Le couple avait demandé à ce que le peintre ne montrât aucune indulgence : leur physionomie était loin d'être parfaite et dans un souci de vérité et de sincérité envers eux-mêmes, ils jugeaient bon (et rassurant) de se reconnaître. Le paysage en arrière-plan était encore à l'état d'esquisse : ce devrait être une claire lisière d'une forêt baignée d'une rivière limpide mais torrentueuse. Les deux personnages se tenaient assis dans des fauteuils que cachaient leurs volumineuses tenues. Le jeune homme tenait tendrement entre ses deux mains celle d'une adolescente à la silhouette mais à l'air superbe.

« Ah, la fierté des Noailles est particulièrement bien représentée. Le petit menton en l'air, le regard franc et lointain... Aaah ! »

Victoire lui avait lancé un coup de coude perfide dans les côtes. Elle inspecta le visage de la figure masculine afin d'offrir une répartie légitime. Il apparaissait sensiblement plus âgé qu'elle, plus mûr certes, mais avec la virilité d'un jeune homme élégant et fort bien fait de sa personne. Après tout, le monde oubliait la plupart du temps la quinzaine d'années qui les séparait tant ils étaient complices et harmonieusement accordés physiquement. Thomas n'était pas très grand mais longiligne et élancé, tandis que Victoire était svelte et gracile, avec son cou de cygne et son maintien altier. Tout deux avaient une carnation très pâle, une chevelure fine et très brune et un regard expressif, de grands yeux allongés et clairs : le bleu était pour les Noailles, le vert pour les Norfolk.


« Aha ! Mignard est très habile pour révéler les outrages du temps... si si, vous avez des ridules, regardez ici, Thomas. »

Elle pointa du doigt la commissure des lèvres du comte peint avant de le passer sur la bouche, les joues et le front de son époux.

« Vous allez voir, ce sont des traits qui vont se creuser, se creuser, et puis s'étendre avec le temps. Vous souriez trop !

- C'est à cause de vous, ma Victoire. Si vous continuez d'être aussi exquise, je ressemblerai bientôt à un horrible vieillard. 
- Bah, je serai généreuse, je vous aimerai quand même... »

La jeune fille baisa délicatement toutes ces petites marques à peine visibles et se pendit à son cou.

« Il n'a pas manqué de me donner une expression un peu imbécile... C'est mon regard de myope. D'habitude, on me dit que j'ai l'air mélancolique, pas d'un pigeon ahuri. »

Ils éclatèrent de rire et s'étreignèrent davantage. Thomas enfouit son visage dans la chevelure lâchée de sa femme, soudainement ravi de cette étrange idée de se faire portraiturer en héros antiques – elle en Pénélope, lui en pseudo-Ulysse. Leurs toilettes étaient pourtant à la dernière mode de la cour, mais un rouet figurait le couple mythique ainsi qu'un globe du côté de Thomas. Ses longs et splendides cheveux baignaient les épaules à demi-nues de la reine d'Ithaque, vêtue d'une longue et ample robe de voile mauve. Sa main libre reposait câlinement sur son ventre à peine rebondi. Ulysse était en habit de cour épuré, sans la rhingrave ni la débauche de rubans habituelle. Un camaïeu de bleu donnait un admirable relief aux étoffes et rehaussait la jarretière à son bras gauche. Il souriait à peine en contemplant l'observateur d'un air quelque peu interrogateur, comme s'il était surpris de l'irruption de ce voyeur et attendait que celui-ci se présentât.

« Croyez-vous que nous sommes si... si beaux ? J'essaie d'imaginer que je suis une personne qui ne nous connaît point et qui regarde ce tableau pour la première fois.
- Et vous trouvez que jamais couple ne fut si bien assorti, ni si charmant, ni si frais, ni si ravissant, attirant, réjouissant...
- Oui, oui ! De quoi vous réconcilier avec le mariage !
- Et la famille... j'ai grand'hâte qu'Anne naisse... Nous lui ferons ajouter un petit berceau dans le goût grec par notre peintre préféré. »

Radieux, ils se vautrèrent dans un tourbillon de rires et de chatouillis sur la causeuse voisine et le petit canapé eut un petit gémissement plaintif sous le poids et l'ardeur des deux jeunes gens. L'enfant n'était pas né qu'il avait déjà un prénom. Si encore peu de personnes étaient au courant de la future maternité de Victoire, son avenir était déjà tout réglé, imaginé dans les moindres détails, que ce fut une fille ou un garçon. Le nom d'Anne était celui du père bien-aimé du patriarche des Noailles et convenait aux deux sexes. Ce serait le premier Anne Howard, avait remarqué Thomas, songeur mais séduit à cette idée. Une union franco-anglaise et la beauté de ses fruits : avec un peu de patience, le rêve de grâce, de félicité et de paix pouvait devenir réalité.  

Hiver 1666-1667
Les derniers airs de la marche funèbre cessèrent et un silence glacial régna le temps que les deux cercueils fussent descendus dans la crypte de la chapelle du château de Nozières. Victoire avait toujours cité cet endroit comme étant une place chère à son cœur, alors qu'elle n'y avait pas vraiment grandi ni vécu. Peut-être était-ce parce qu'elle adorait son père, né en ces lieux, et que la beauté et l'austérité de la région convenait à merveille à son tempérament pieux, droit et simple. C'était une chose que cet hiver fût particulièrement dur, ce qui avait permis à Thomas de conduire sa bien-aimée et leur enfant dans leur dernière demeure, loin de Versailles, de Paris, de Belle-Isle, lieux maudits où ils avaient trouvé la mort de bien horrible manière.
Secoué de larmes, le jeune homme couvrit son visage d'une main dans un geste de douleur éperdue et de honte. La terrible chose était omniprésente dans son esprit, ce moment où, émergeant d'une léthargie qui le laissait perclus de contusions, il avait senti un poids lourd et humide sur son côté gauche, ainsi qu'une drôle d'odeur qui lui rappela la curée à la chasse et ses relents nauséabonds. L'instant où il avait tourné la tête lui paraissait à présent d'une horrible lenteur, lorsqu'il lui vint à l'esprit – non, il le vit, il le sentit ! –, cette pesanteur et cette odeur âcre provenaient du corps inanimé de... Victoire, affaissée contre lui et une vaste armoire. Le jeune homme avait cru que son cœur s'était arrêté, puis il s'était entendu pousser un cri long, grave, comme une bête qui trouvait le cadavre de ses petits, avait-il pensé après coup. Le cou de la jeune fille formait un angle étrange et d'une large plaie à l'arrière de son crâne coulait un sang poisseux, épais, qui l'avait baigné lui aussi, abominable immersion s'il en était.
Il avait hurlé pour appeler du secours, mais pas un domestique n'était venu. Enfin, au bout de dix minutes, Annett, la cuisinière, avait déboulé dans la salle et s'était mise à pousser les hauts cris, en proie à une véritable crise de nerfs. Thomas lui avait dit d'aller chercher de l'aide, d'envoyer le cocher ameuter les patrouilles dans la campagne environnante. La vieille femme, en ne cessant de pousser de bruyantes lamentations, s'était éclipsée en appelant tous les saints. En tentant de se lever, le comte de Norfolk avait trébuché sur un pistolet dont il n'avait fait aucun cas, soulevant Victoire dans ses bras et l'étendant sur la longue table de bois de la pièce. Elle était pâle, si pâle, qu'elle semblait être davantage une statue de cire qu'une jeune fille qui, deux jours plus tôt, le serrait encore sur sa poitrine tiède et parfumée, posant sa main sur son ventre rebondi.
Mon Dieu... Thomas avait porté sa joue contre le flanc de sa femme, semblable à un long et mince bloc d'argile, déjà ferme et glacé. Le néant. Le silence et l'inertie. Il avait eu l'impression de perdre la raison, l'appelant et lui caressant le visage étrangement poussiéreux, la suppliant de reprendre conscience. Il en était là lorsque la patrouille débarqua à grand fracas dans la salle. En un instant il fut arraché du corps de Victoire et maintenu hors de sa portée, les bras tordus. Il avait rué comme un beau diable en clamant son nom, en larmes et en proie au désespoir le plus profond. Au bout de vingt minutes de fureur, le chef des gardes avait réussi à le faire asseoir dans un fauteuil et à tirer de lui quelques mots : était-il bien le comte de Norfolk ? S'agissait-il bien de la comtesse ? Que s'était-il passé ? Lui-même était salement amoché, le nez cassé, la lèvre inférieure éclatée et une arcade brisée : qui donc l'avait arrangé de cette manière ?
Des bribes de souvenirs revenaient petit à petit et on lui avait fait boire une eau-de-vie qui lui avait restauré quelques forces. En état de choc, il avait débité tout ce dont il se remémorait, couvant d'un regard fou le cadavre inaccessible de Victoire. La suite avait été le prolongement de son cauchemar : on lui avait enlevé sa femme et il avait été reclus dans une pièce de sa demeure, les verrous tirés et avec pour seul réconfort une cruche d'eau. Il avait hurlé, tempêté, menacé des plus atroces supplices ses gardiens, fracassant tout ce qui se trouvait dans sa prison. Sa stupeur avait été sans bornes lorsqu'on lui avait enfin ouvert et qu'il s'était retrouvé nez à nez avec La Reynie, personnage terrible qui était le plus à même, d'un point de vue tactique, à interroger un ambassadeur étranger – anglais, qui plus est –, au vu des relations diplomatiques assez fluctuantes avec le royaume du cousin du roi Louis.
La descente aux enfers s'était poursuivie : comme dans le plus hallucinant des cauchemars, de multiples interrogatoires l'empêchaient non seulement de retrouver Victoire, où qu'elle fût et dans quelque état qu'elle fût mais surtout, on le désignait clairement comme son meurtrier. Il avait beau dire, ses allégations restaient lettre morte ; pour finir, il avait réclamé froidement une feuille de papier, une plume et de l'encre, et avait fixé par écrit sa déposition et sa défense définitives. La police l'avait enfin laissé sombrer dans un sommeil d'homme ivre, et il s'était réveillé le jour suivant, dans son lit, le corps lavé et le visage pansé.
Thomas avait trouvé à ses côtés Lady Elizabeth, une de ses plus jeunes sœurs de seize ans qui les avait rejoints dernièrement à Paris pour que Victoire la mît au fait des usages à la Cour et que la jeune fille apprît à servir une dame de haut rang. La jeune fille lui avait pris la main, l'avait étreint et ils avaient versé des larmes ensemble dans un chagrin qui allait au-delà des mots. Elle avait été ensuite d'un soutien sans failles lorsqu'il avait veillé brièvement la pauvre Victoire, après quoi on l'avait recouverte de son linceuil et son entourage avait préparé le départ très rapide pour Nozières. Après quelques réserves et de franches explications, Thomas, Anne de Noailles et son épouse avaient partagé tous trois le deuil et s'étaient soutenus mutuellement : ce fut grâce à eux que, à son retour fugitif à Versailles, le comte de Norfolk avait été accueilli par un clan de partisans, alors que la rumeur très excitante du mari anglais ayant sauvagement assassiné sa petite épouse française avait eu, dans certains cercles, un franc succès.
Les choses se tasseraient ensuite mais pour le moment, Thomas Howard en avait gros sur le cœur en voyant son horizon enfoui dans une crypte obscure. L'enfant avait été extrait et déposé dans une bière qui ressemblait à une sorte de coffret joliment ciselé de fleurs : c'était un minuscule garçon de sept mois, un héritier qui n'avait jamais vu le jour que pour être inhumé avec sa mère. C'était un coup dur qui s'ajoutait aux autres : l'ironie du sort voulait que Victoire n'avait jamais souhaité révéler sa grossesse par crainte de perdre l'enfant et d'en être mortifiée par la condescendance du monde. Son état n'avait donné que peu de soupçons – à part à sa mère qui connaissait sa fille à fond –, la jeune fille de seize ans étant extrêmement mince et vivant la plupart du temps dans leur domaine dans la campagne parisienne, sortant de chez elle uniquement pour les offices quotidiens.
La cérémonie terminée, on se restaura au château, la mort dans l'âme, puis les jours de désolation filèrent, tandis que tout était tendu de drap noir, gens, voitures et intérieurs. Thomas avait envoyé des ordres pour retirer toutes ses affaires du domaine de Belle-Isle et sceller les ouvertures : il mettait en vente instantanément ce lieu de félicité devenu profondément odieux à sa mémoire. L'ordre avait été donné de tout expédier à Arundel Castle, empaqueté et encaissé, le maître devant suivre sous peu après s'être montré à Versailles en grand deuil afin de faire taire les bruits pernicieux qui couraient sur lui.
Le mois de janvier s'écoula dans un brouillard où rien ne parvenait à le distraire vraiment de sombres ressassements, jour et nuit. Il tâchait de démêler les zones d'ombre et de comprendre le naufrage où tout avait péri corps et biens. Qui, et surtout, pourquoi ? Il était assez fortuné pour avoir auprès de lui deux de ses meilleurs amis, Morgan Stuart et Brandon Grey, qui tentaient de le faire revenir à la réalité et à aller de l'avant. Thomas se remit au travail et assuma sa charge d'ambassadeur, l'air ténébreux et l'esprit absent, remâchant d'opaques pensées et des desseins énigmatiques. L'outrage que la police française lui avait infligé en l'accusant du meurtre de son épouse était une offense indélébile et le jeune homme, miséricordieux et stoïque autrefois, avait la rage au ventre et le sentiment d'être passé « de l'autre côté ».
Il finit par présenter une lettre de renonciation à sa charge à Charles II, expliquant clairement que les circonstances désastreuse et son état physique et mental actuel l'empêchaient de mener à bien ses engagements comme par le passé. Le monarque lui répondit avec l'assurance de son amitié et de sa peine la plus profondes, mais il le maintenait en place, certain que Norfolk ne devait point perdre de vue son devoir envers l'Angleterre et sa personne. Ulcéré par sa situation qu'il ressentait comme une intolérable captivité, Thomas Howard rompit pour la première fois son attitude d'obéissance absolue envers son roi : il argua du fait que puisqu'il n'était plus à même de remplir ses fonctions convenablement, il pouvait causer des torts à son pays en restant en place.
En février 1667, le comte de Norfolk était de retour au château d'Arundel, parfaitement conscient qu'il agissait contre les exhortations de Charles II dont il attendait les foudres. En attendant, il avait délégué sa charge à Richmond et Kent tout en déployant des observateurs personnels à Versailles et à Paris, étendant son réseau considérablement, à l'affût du moindre complot et de traces pouvant le mener aux responsables des crimes exercés contre sa famille. Le bruit commençait à se répandre que le comte commençait à perdre la raison comme son frère aîné, vivant au milieu des portraits de sa défunte femme et lui parlant comme si elle eût en vie et mère de leur fils.


Fin du mois de mars 1667, Whitehall, Angleterre
« Et c'est cela, le comte de Norfolk ! » rugit Charles II en tapant violemment du poing sur une table qui gémit piteusement sous le coup.

Efflanqué, émacié et les yeux caves, Thomas Howard courba l'échine et prolongea sa révérence jusqu'à ce que le souverain lui fît signe de se relever. Mais les minutes s'écoulèrent, inexorables, tandis qu'un silence de mort régnait dans la salle. Le roi avait renvoyé la comtesse de Castlemaine dès qu'on eût annoncé le comte de Norfolk, ce qui n'augurait rien de bon : elle assistait très librement à nombre de rencontres de son royal amant, et étant en excellents termes avec le favori – ou l'ancien favori, vu la tournure que prenaient les choses –, elle se permettait d'ordinaire quelques taquineries pendant que Charles II et Norfolk s'entretenaient.
Pour une fois, Thomas Howard était reçu comme n'importe quel quidam et il ressentait déjà douloureusement ce traitement insultant à son endroit, lui qui avait été traité quasiment comme un membre de la famille royale depuis qu'il avait juré fidélité à son roi à La Haye il y avait presque vingt ans de cela, alors qu'il n'était qu'un enfant. C'était justement la très désagréable sensation d'être pris en faute, outre une humiliation cuisante qui se prolongeait à mesure que sa jambe d'appui tremblait. Il n'osait relever la tête et regarder en face celui qui n'était plus le très familier Charly, mais un Charles II impérieux et furieux.


« Faites entrez Campbell !! »

Thomas se plia davantage sous le choc : qu'avait donc à voir avec tout cela son vieil ami Archibald ? Le grand homme roux lui lança un coup d'oeil anxieux lorsqu'il passa à sa hauteur. Toujours penché, Norfolk coula un regard fiévreux vers lui et ne parvint à esquisser qu'un rictus tendu. Le souverain fit signe à l'Écossais de prendre place sur un siège à sa droite, un peu en contrebas de l'estrade sur laquelle Charles II trônait, couvant sa victime d'un œil courroucé. Il finit par se lever, tandis que Thomas sentit ses tendons lâcher sous la pression désagréable de la position.  En outre, il ne s'alimentait que très peu et était encore faible, passant son temps à régler les affaires de ses domaines depuis le château d'Arundel et à prier pour le salut de son épouse. N'y tenant plus, il finit par s'agenouiller littéralement, sachant qu'il ne pouvait se redresser sans que le roi mît fin de lui-même à son supplice. Après tout, l'orage passerait peut-être vite...

« Vous offrez un tableau pathétique. J'ai convié un de vos vieux amis pour apprécier le spectacle : l'avilissement aura sans doute davantage de portée et peut-être m'écouterez-vous davantage. »

Charles II abandonna son air terrible, ferma un instant les yeux et reprit sur un ton de lassitude.

« Oui, bien sûr, vous avez subi de rudes épreuves ; des épreuves qui ne peuvent être tolérées par la couronne. On n'assassine pas impunément l'épouse d'un ambassadeur, à plus forte raison d'un représentant du royaume d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse. »

Il tourna la tête vers Archibald Campbell avec une expression lourde de sous-entendus.


« Chaque sujet a des droits, mais surtout des devoirs. VOTRE devoir n'a jamais cessé d'être le représentant en chair, en os et en esprit de VOTRE roi et ce, quelles que soient les circonstances. Qu'est-ce que la mort d'une femme, d'un enfant, vis-à-vis de VOTRE devoir ? Vous avez juré, Thomas Howard, fidélité au vrai et légitime roi d'Angleterre alors que ses prérogatives étaient foulées au pied d'infâmes, d'ingrats et d'arrogants ; alors que son exil interminable était indigne de sa maison et de son royaume... Dites-moi, Howard, comment expliquez-vous le fait qu'un homme de trente ans ne puisse plus tenir la parole qu'a faite l'enfant de douze ans ? Cela, j'ai bien du mal à le comprendre, alors si vous voulez me l'apprendre, je vous en serais grandement reconnaissant. »

Le ton s'était fait mordant et Thomas pinça les lèvres : la situation allait finalement de mal en pis. Les rares fois où Charles avait employé un tel accent de colère froide, son interlocuteur s'était vu disgracié ou pis encore, condamné à la Tour ou exécuté. Charmantes perspectives à l'horizon. Il eut un pauvre sourire désespéré : il y retrouverait assez d'Howard, c'était comme un éternel retour avec, pour malédiction, une mort déshonorante et la déchéance récurrente du titre de duc de Norfolk. Une sensation d'irréalité s'emparait de lui tandis que l'épuisement et la panique le gagnaient tour à tour : comment donc avait-il pu en arriver là ? Il avait été un des personnages les plus estimés et les plus influents de la cour d'Angleterre, apprécié dans les cours étrangères par sa grâce, ses manières parfaites et sa réelle bonté, et voici qu'il finissait, par ce beau jour de mars, agenouillé comme un gueux aux pieds de Charles II qui le piétinait allégrement. Le soulier royal claquait violemment sur le sol tandis qu'il faisait les cent pas devant l'homme prosterné qui avait été l'un de ses disciples les plus fervents.
Il n'entendait plus rien tandis que la voix du souverain montait, montait, atteignant le paroxysme de la fureur. Ses oreilles bourdonnaient et des points noirs dansaient devant ses yeux, fixés sur les dalles polychromes de la salle. Thomas prit davantage appui sur ses mains posées sur le sol glacé, un goût de bile dans la bouche : quelle vanité que la vie ! Tout vous sourit, et la femme aimée et l'héritier qu'elle porte périssent dans d'inexplicables circonstances ; tout vous sourit, et des étrangers vous accusent d'avoir massacrer les êtres les plus précieux que vous avez au monde... Quoique ! Norfolk jeta enfin un regard flamboyant à Charles II qui s'époumonait en lui décrivant tous les supplices possibles et imaginables qu'il devait faire subir à un parjure.


« OUI, je peux vous faire pendre, vous faire ébouillanter, vous faire écarteler, , vous faire noyer dans une vilaine cage, vous faire empaler, vous faire brûler comme une torche, je peux rayer d'un trait l'existence de tous les vôtres... votre existence, celle d'un traître à son roi qui ne respecte pas ses serments. Après tout, pour un Howard, périr à la Tour est comme une tradition familiale ! »

Le roi se leva brusquement, se redressa de toute sa haute taille et en deux enjambées se tenait devant Thomas secoué par des sueurs froides. La situation devenait hors de contrôle et Archibald Campbell ne devait rien tenter pour s'interposer s'il tenait lui aussi à la vie ; le cas de sa famille était déjà suffisamment sur la sellette pour tenter le diable. D'un geste rude, Charles releva l'homme plus mort que vif en l'empoignant par l'épaule. Thomas, frémissant sous le geste, fut entraîné par le mouvement et faillit chuter. Sa main attrapa le bras du monarque et il tenta de la retirer, horrifié par une attitude offensante qui signerait véritablement sa fin. Il eut la surprise d'être retenu par Charles qui emprisonna sa main et prit dans le creux de sa grande main la tête de Norfolk, chétif auprès de cet homme superbe de six ans son aîné. Il approcha son visage très près de celui de son ami, tétanisé par la situation et vivement embarrassé par la proximité de leurs mines : ils pouvaient détailler chaque frémissement, chaque raidissement ou relâchement de leurs traits. Mais le plus terrible était le regard humide du souverain qui lui murmura d'une voix blanche, secouée par une émotion intense :

« Thomas, mon cher Thomas... Vous avez été une de mes plus grandes déceptions. Il y a des êtres que vous pensez à vous, à vous corps et âme : âmes damnées pour certains, anges gardiens pour d'autres ; mais je ne veux point verser dans la mièvrerie. Quelque chose entre vous et moi s'est tracé en lettres de sang à La Haye, devant Dieu, lors de votre serment solennel. Vous avez juré et vous avez promis votre salut, votre vie, votre avenir à votre roi – je vous le répète, puisque vous l'avez oublié depuis quatre mois et je ne tolérerai plus aucun manquement de votre part. Vous avez quitté votre charge à la fin du mois de décembre, lorsque la police française vous a fait l'infamie de vous interroger comme le plus bas des brigands ; ceci nécessite des réparations de la part des Français, je vous le garantis, car qui insulte Thomas Howard, ambassadeur de la couronne anglaise, insulte gravement le roi d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse. La situation vous y engageait, mais la décision était précipitée et surtout, elle ne VOUS appartenait PAS. Vous êtes là où votre maître vous commande d'être, vous ne vous appartenez point et cela, vous l'avez oublié et ce n'est point tolérable !!! »

Thomas acquiesça silencieusement, tremblant de tout son corps sous la poigne de fer de Charles II, penché sur lui et les yeux injectés de sang, le visage rouge et la voix à nouveau frémissante de colère. Il déglutit difficilement et écarquilla les yeux, plus clairs que jamais à cause de l'intense abattement qu'il ressentait et qui atteignait son paroxysme. Le roi, desserrant son étreinte, ne cessa pas de soutenir son regard tout en poursuivant :

« Toutefois, mes griefs ne s'arrêtent point là. Vous avez donc quitté la France, vous délestant de vos obligations pour vous concentrer sur VOS chagrins. En regagnant dès le mois de janvier l'Angleterre, vous donniez l'impression d'un coupable qui s'enfuit. CELA, déjà, n'est pas tolérable en considérant votre position dans le monde et votre innocence dans cette affaire abominable. »

Charles secoua d'un seul coup le malheureux qui fit effort sur lui-même pour rester débout, rassemblant le peu de dignité qui lui restait. D'une voix rauque et pantelante, il prit la parole vaillamment, bien qu'il n'y fût pas invité, au risque de rallumer l'incendie.


« Je reconnais tout ce dont Votre Majesté m'accuse. Tout... Je chargerai même mes crimes envers Votre Majesté. Pour être parfaitement franc, j'ai manqué, l'espace d'un instant, pour l'amitié d'une femme, sacrifier la cause de mon pays à celle d'un autre. Je ne l'ai point fait, car même dans les transports les plus extrêmes, je puis encore me targuer de respecter mes serments. Non, c'est pis que cela : à la mort de la comtesse de Norfolk et à la suite du traitement ignoble que l'on m'a fait en France, j'ai perdu... j'ai été aveuglé. J'ai perdu de vue tout ce qui fondait mon existence et tout ce qui devait la faire perdurer : l'héritier – puisque c'était un garçon – que je devais vous offrir n'était plus avant même de naître, et la glorieuse et fructueuse union anglo-française n'était plus qu'une chimère. J'étais bafoué par des étrangers qui m'avaient honoré pendant deux ans comme le meilleur d'entre eux, j'ai perdu foi en l'homme, en Dieu, en moi-même, en mon roi... Rien n'existait plus. Je n'avais ni passé, ni présent, ni futur. Comment chuter si bas après être s'être haussé si haut ? Cela ne se pouvait. Les jours se sont égrenés insensiblement, le peu de raison que j'ai pu rassembler m'a fait prendre le premier vaisseau pour mon pays, mon seul refuge. Me présenter à vous ? Je me faisais l'effet – et je me le fais toujours – d'être le dernier des misérables, à jamais indigne de baiser la main de mon roi, la seule attache qui me relie à un point sur cette terre. J'ai douté. J'ai douté de Sa Majesté Charles II, roi d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse. Voilà tout. »

Le visage ruisselant de larmes, le jeune homme se détourna dans un réflexe de pudeur, jetant à bas toute l'emprise qu'il gardait sur lui-même et qui faisait dire qu'il était l'homme d'Angleterre le plus inébranlable qui fût. Charles posa une main dans son dos secoué par les sanglots en déclarant à mi-voix, bouleversé par le désespoir abyssal d'un de ses plus chers soutiens.

« Allons... les malheurs de mon père m'ont bien appris que le plus fidèle n'est point infaillible. Thomas, mon ami, je vous offre une manière de vous amender et si vous comblez l'attente du roi, vous comblerez celle de l'ami que voilà. »

Howard hocha vivement la tête et tenta un regard douloureux mais plein d'espérance vers le bel homme majestueux qui lui serrait affectueusement mais fermement le bras, comme s'il l'empêchait de lui échapper.

« Vous n'êtes point sans savoir que les affaires en Lorraine sont bien mal engagées. Roberval, ce scélérat français, a pris le Great Charity et je crains que cela n'aille de mal en pis. Je vous ordonne de prendre le premier vaisseau pour le continent. Vous irez avec la délégation anglaise mener les négociations à Nancy avec pour objectif majeur la résolution du conflit franco-lorrain... sans compromission pour l'Angleterre. Vous êtes allé au-delà de mes exigences par le passé mais vous avez, ces derniers temps, cruellement froissé votre roi. Vous ne retrouverez pas les honneurs que je vous fis ces vingt dernières années : le temps passera, vous prouverez votre loyauté envers votre roi, vous vous éprouverez, et vous connaîtrez de nouveau la faveur de Charles II. En attendant, je la charge d'ambassadeur sera confié les mois prochains à Richmond et des envoyés... spéciaux l'accompagneront. Acquittez-vous de tous les commandements que je vous ferai, et je reconsidérerai votre position dans un an. Je vous ordonne, dès que vous foulerez le sol anglais, de ne pas vous en retourner en vos domaines mais de filer droit vers Whitehall saluer votre roi. »

Le monarque éclata soudain de rire, un rire qui sonna étrangement dans la vaste pièce vide, dans cette atmosphère si chargée d'émotions et de non-dits. Thomas, plus mort que vif, contemplait avec un air éperdu Charles II. Il avait conscience de vivre un moment décisif : il échappait à la disgrâce, mais dansait sur le fil du rasoir, sur le chemin du non retour. Au prochain égarement, le couperet tomberait sur sa nuque consentante. La voix du roi le rappela parmi les vivants et son regard croisa celui de son ami Archibald, raide et avec une expression indéfinissable de sentiments mêlés.

« Si vous fléchissez, Richmond et Kent vous remettront d'aplomb, je vous le garantis. De gré ou de force. Voici pour les dernières recommandations. Portez le deuil, mais portez-le superbement ! Vous avez l'air d'un affreux quaker. Soyez donc digne de votre réputation, celle de l'élégant comte de Norfolk toujours bien mis et avec le meilleur goût. Deuxièmement, ne prenez point femme sans que je vous donne mon consentement... Non, taisez-vous, je n'en ai point terminé – et je sais bien que c'est bien la dernière de vos préoccupations, même si la compagnie d'une femme serait la plus efficace des consolations. Partez plutôt dans trois jours, mais soyez dans mes appartements chaque soir d'ici-là, Minette saura bien inventer quelque savoureux remède pour vous redonner du poil de la bête. Enfin, tâchez d'enquêter sur l'attaque dont votre famille fut la cible : nos amis veilleront sur vous et resteront sur leurs gardes, mais vous serez plus à même de mettre au clair l'identité de vos ennemis et leurs motifs. J'ai dit, Tom. »

Charles II fit volte-face et d'un mouvement de tête congédia également Archibald Campbell, qui s'inclina et entraîna avec lui Thomas Howard, troublé d'entendre prononcé un vieux surnom exhumé de la période d'exil. Il revenait de loin, de très loin, et il était dorénavant prêt à se dévouer de toutes les fibres de son être à la seule et unique cause qui avait été le moteur de son existence : mais que faire, lorsque la foi manquera de nouveau, quand l'ivresse se sera estompée, ne laissant en soi que mal-être et désespoir ?



Dernière édition par Thomas Howard le 03.02.17 18:49, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: Thomas Howard, le sacré retour !   Thomas Howard, le sacré retour ! Icon_minitime21.01.17 13:21

Ca pour une surprise !
Rebienvenue parmi nous cheers Comme tu as pu voir, le forum a pas mal changé depuis le temps Clin d'Oeil

Et je suis contente que tu prennes Thomas, son pote Morgan va adorer tenter de le caser Green

A très vite ! **

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MessageSujet: Re: Thomas Howard, le sacré retour !   Thomas Howard, le sacré retour ! Icon_minitime22.01.17 20:06

Merci !!
Entre Morgan, Alfie et le reste de la clique anglaise, je sens que ça ne va pas être triste... Fouet

J'ai une question à propos de Thomas (simple et compliquée) : j'aimerais coller un peu plus à la réalité historique, même si, pour les besoins de l'intrigue, il est plus intéressant de la remodeler, tout le monde est d'accord.
En vrai, le premier fils d'Henry Howard et de Lady Elizabeth Stuart est Thomas Howard (complètement cinglé). Dans les prédéfinis, Thomas est le cinquième fils sur sept enfants, ce qui correspond avec la date de naissance d'un garçon Howard (1636), Talbot. Seulement, c'est un peu étrange qu'il récupère les titres réservés à ses aînés (même si ce serait super chouette).
Bon, le fond de ma question pour réécrire l'histoire du personnage, c'est de savoir si je peux faire un bon gros mélange d'Henry Howard, le deuxième fils qui récupère le titre en 1677 à la mort de son aîné (Thomas le fou), et de ce fameux Talbot, un peu inconnu au bataillon, même si cela rajeunit le premier d'une dizaine d'années... J'espère que ma demande est claire, parce que ce genre de tricotage me met en effervescence ^^
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MessageSujet: Re: Thomas Howard, le sacré retour !   Thomas Howard, le sacré retour ! Icon_minitime22.01.17 23:01

Ah oui très bonne question scratch
Je me souviens m'être posée la question ... et de totalement oublié Green #AdminEnCarton

Sérieusement, je n'y vois pas d'inconvénients. Après tout, cela ne changerait pas grand-chose pour son histoire (récupérer les titres du frère fou, devenir l'héritier) et serait en effet plus réaliste. De toute façon, l'aîné meurt, l'un devient cardinal puis bon, changer Henry Howard en Thomas, et le rajeunir, on a déjà fait pire sur ATV Green

Si les autres admins peuvent donner leur avis (au moins un) histoire de faire démocratique, mais je pense qu'il n'y a pas de souci Clin d'Oeil

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MessageSujet: Re: Thomas Howard, le sacré retour !   Thomas Howard, le sacré retour ! Icon_minitime25.01.17 17:21

Spoiler:
 

Décembre 1667, Rouen

« Eh bien mon cher Thomas, comment vous portez-vous ces temps-ci ? N'est-il pas temps de cesser votre deuil ? »

Le comte de Norfolk secoua la tête affirmativement. Edward Hyde, comte de Clarendon, le tenait pas le coude et ils cheminaient lentement dans les rues de Rouen. L'exilé aimait à quitter l'hôtel de Senneville et se promener le long de la Seine, particulièrement lorsque le temps était lumineux et pas trop venteux. Il jeta un coup d'oeil à son jeune ami, les traits fatigués et le regard cerné, encore plus mélancolique qu'autrefois. Le vieil homme sourit et lui secoua gentiment le coude.


« Thomas, un an est assez. Vous vous comparez parfois à moi, mais vous, vous êtes jeune, vous êtes plaisant et gracieux, Sa Majesté le roi Charles vous affectionne malgré les... disons, les petites épreuves qu'il vous a fait subir. Mais enfin, n'est-ce pas une preuve supplémentaire de son attachement pour vous ? »

Le visage du jeune homme sourit et il finit par répondre :

« C'est très juste, et je comprends complètement son attitude envers moi. Et puis, je n'ai pas à juger mon roi, je n'ai qu'à le servir de tout mon cœur, en mon âme et conscience, et à lui prodiguer quelques conseils lorsque ses décisions s'écartent de ce que je crois bon. En outre, j'ai la chance infinie – et je pèse mes mots ! – d'être entouré par des personnes que je chéris plus que moi-même : vous ne saurez jamais tout ce que Morgan a fait pour moi, tout comme Brandon ou Elizabeth, ma sœur... Non, vous ne l'avez jamais rencontrée : elle est repartie en Angleterre. »

Depuis qu'il avait repris une vie presque normale (c'est-à-dire sans crises qui finissaient par le mener au bord du suicide), Thomas s'était efforcé d'adopter la routine bien remplie de la période qui précédait son mariage, lorsqu'il était ambassadeur. Levé de bonne heure – quand il avait réussi à dormir, ce qui était rare car il souffrait d'insomnies chroniques qui ruinaient parfois ses journées –, il épluchait sa correspondance et passait la matinée à écrire à ses interlocuteurs en buvant le thé aimablement offert par la reine Catherine, expédiant souvent des lettres à l'autre bout de l'Europe ou du monde. Ces envois exotiques le faisaient doucement rêver, lorsqu'il scellait ses longues missives : si seulement il pouvait s'immiscer dans une malle et partir de France, de tous les lieux qu'il connaissait déjà, et se trouver dans un endroit où tout lui serait étranger !
Après des divagations qui le menaient à rédiger quelques paragraphes dans ses mémoires sur ses voyages passés (à défaut...), il allait prier, déjeunait frugalement et partait à cheval prendre l'air une heure ou deux. Si ses chers amis étaient présents, ils prenaient leurs rapières et s'adonnaient à l'escrime, comme autrefois. Si Thomas essuyait quelques mauvaises rechutes, Morgan déployait des trésors de persuasion pour le lui remonter le moral et le secouer : la vie était pleine de surprises pas toujours agréables, certes, mais il s'y trouvait suffisamment de bonnes raisons de se battre pour quitter cet état dépressif dans lequel il se laissait aller. Enfin, après les visites de ses amis, il allait passer ses soirées dans les cercles parisiens, croisant avec bonheur des dames et des honnêtes hommes qu'il lui plaisait infinement de voir et d'écouter. Certaines personnes, comme Françoise Scarron – ce brigand de Morgan Stuart lui faisait une cour terrible et à la fois honteux et plein d'empathie pour son ami, il ne pouvait s'empêcher de pouffer devant les roues de ce paon qui l'amusait au plus haut point –, savaient lui apporter un réconfort et une douceur de vivre éphémères. C'était déjà cela ! Il fallait tâcher d'être optimiste et de redevenir philosophe, comme le Thomas d'avant – d'avant Victoire, ou d'avant la mort de Victoire.


« Pour être franc, je ne vais ni bien ni mal : je suis là, je me sens absent et vide la plupart du temps, et seule la compagnie d'amis chers ou le spectacle me changent les idées. Je ne suis pas complètement prêt à... enfin, il est trop tôt pour moi d'abandonner le deuil. Après tout, je peux très bien prétexter que le décès de mon frère en Lorraine m'oblige à le poursuivre... Mais voilà, c'est peut-être un bon signe, il me tarde de m'oublier un peu, de danser, de chanter, de m'étourdir légèrement dans une cour ou à l'opéra, au théâtre... Je commence même à m'ennuyer !


- Je suis profondément ravi de vous entendre dire cela, Norfolk. Si vous me permettez d'être un peu rude, vous avez suffisamment gâché votre temps et votre santé. C'est quelque chose qui ne vous ressemble pas, à vrai dire : vous avez toujours été mélancolique, mais jamais à ce point. Je sais que les circonstances font que... le chagrin vous a fait mûrir et vous en retirez déjà les fruits. C'est bien, mais faites mieux : retournez dans le monde, consacrez-vous autant que vous le pouvez à votre entourage et à vos amis fidèles. »

Le vieil homme prit un ton amer, plus bas, et son expression se ferma.


« Si vous entrez définitivement en disgrâce, vous sauriez... non, ne répliquez pas, je sais que pour moi, tout est fini, je suis fini. À mon âge, c'est peine perdue, je ne retournerai plus dans notre pays et c'est une croix lourde à porter. Mais je la porte, j'essaie de rester philosophe, comme vous l'étiez et comme vous le redeviendrez. »

Sa voix s'adoucit et il se mit même à rire, pendant que Thomas souriait en sachant la suite.

« Vous rappelez-vous votre chassé-croisé entre la Palmer et la reine ? Vous étiez comme un agneau entre deux chattes en colère. Et la discrétion dont vous avez fait preuve lorsque le duc d'York et Anne se sont mariés ? Le séisme a été terrible lorsque l'affaire a été rendue publique. Vous avez su, par je ne sais quelle manière, temporiser et calmer le roi. Eh bien, redevenez cet homme-là, celui qui a des grâces pour tout le monde, qui sait montrer une indulgence et un amour infini pour son prochain, comme disent les catholiques... Arrêtez donc de faire sans, et faites avec, maintenant !


- J'essaie, Edward, j'essaie. Mais je sens que je ne serai plus jamais le même Thomas qu'auparavant, et je crains de devenir amer, aigri... Je sens une colère froide en moi, qui couve, qui couve, et qui risque d'exploser par certains moments. Je déteste cela et lorsque Morgan est à mes côtés, il m'aide à désamorcer ma haine. Je n'étais pas rancunier et je trouvais ce défaut bien déplaisant : aujourd'hui, je suis obsédé par une idée de vengeance... ce n'est pas très catholique non plus ! »

Ah, le doux moment où il tiendrait les criminels entre ses mains... l'agonie serait lente et la justice enfin rendue, dût-il en perdre son âme, puisque ni la France, ni l'Angleterre, ni Dieu ne s'en chargeaient. À quoi cela servait-il d'être bon et droit, gentil et miséricordieux si d'autres pouvaient vous fouler avec cruauté ?

« Je fais un très mauvais Job et d'aucuns disent que je suis aussi toqué mon frère... une de mes protestations est presque devenue proverbiale et maintenant, j'ai assez d'auto-dérision pour rire de moi plutôt que de gémir. Mes buts ont changé, et j'essaie de devenir meilleur, grâce à Dieu et aux maigres ressources que je trouve en moi.

- J'en suis heureux. Vous avez meilleure mine de mois en mois, malgré vos habits noirs. Vous avez l'air d'un Jésuite ! Mais quels sont-ils, mon cher ami ? »

Thomas prit sa respiration pour répéter son credo :

« Je dois protéger les miens : c'est-à-dire ma famille... même Alfie, surtout Alfie, même si je crains qu'il ne commette quelque chose de complètement déraisonnable... »


Le comte de Norfolk ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire : à chaque fois qu'il pensait à son cousin et à ses frasques, il ne pouvait être qu'amusé malgré sa réprobation. Il avait cru s'étouffer de rire et de mécontentement en apprenant le motif de son bannissement des appartements de Monsieur...

« Les Howard, donc, mais aussi les Stuart, Charles, Jacques et Morgan au premier chef : Dieu sait combien j'ai moins d'affinités avec le premier et que je goûte un plaisir fou à leur compagnie. Peut-être est-ce parce que nos âges sont plus proches, et que nous avons réellement grandi ensemble... enfin, eux surtout, et ce bon vieil Archibald que j'aimerais tant faire venir en France ! Depuis quelques temps, je regarde même sa sœur avec affection ! C'est un phénomène étrange... mais pas plus que l'épouse de Morgan.

- Rebecca ?

- Oui, c'est cela. Il a beau me dire pis que pendre sur elle, je ne peux m'empêcher que les gens sont ce qu'ils ont vécu... les épreuves nous forment – voyez comme je redeviens raisonnable ! »

Ils se mirent à rire et s'arrêtèrent au bord du fleuve, au milieu d'un méandre et s'absorbèrent un instant dans le paysage, respirant à pleins poumons l'air frais. Dans son élan d'humanité, Thomas poursuivait avec un enthousiasme retrouvé :

« Et les Anglais, les Écossais, les Irlandais ! Tous les déracinés qui traînent leurs bagages à travers le monde ! Vous le savez, je suis un peu désoeuvré et je me sens souvent rejeté, mal à l'aise à l'idée d'avoir été remplacé dans ma charge d'ambassadeur... oui, je sais, je l'ai quittée le premier et je n'ai qu'à m'en repentir. Bref ! Je me sens comme une vocation de veiller à la sécurité de certaines personnes de nos rivages, à Paris et à Versailles... pour ne rien vous cacher, j'entends et je lis des choses assez sombres, des projets énigmatiques...

- Le comte de Norfolk doit-il pour autant s'en mêler ? Songez que votre épouse est sans doute morte à cause de sa curiosité..."

Ils prirent le chemin du retour et Thomas garda le silence quelques minutes. Pour sûr, Victoire était une commère finie ! Elle savait tout sur chaque courtisan en vogue à la cour et le ravissait par sa langue acérée. Il lui prêchait la prudence et la mesure, tandis qu'elle le poursuivait de ses railleries : elle le surnommait ironiquement « mon agneau » et se moquait de ce qu'elle appelait son « indécrottable candeur ». La gorge nouée par ces souvenirs, Thomas s'efforça de rejeter au loin les épisodes qui lui venaient en tête et qui risquaient de le faire chavirer. Il toussota pour reprendre une certaine contenance, le teint rougi, et il s'efforça de répondre avec une voix neutre.

« Ma vie ne tournera jamais qu'autour de trois pivots : Dieu, la couronne anglaise et ceux que j'aime. J'ai été trop innocent, sans doute trop négligent pour être plus juste, autrefois... et cela ne m'a pas réussi. À ma pauvre Victoire non plus. Tenez, j'ai même été un peu lâche, en refusant souvent de me salir les mains. Ce n'est pas seulement parce que je hais la guerre et les conflits de toutes sortes. C'est parce que j'ai écarté certaines perspectives en pensant que la voie vertueuse est la plus noble. Eh bien non, et vous en savez quelque chose ! »

Clarendon secoua et serra le coude de Thomas en signe habituel d'assentiment, le nez baissé à terre, l'air abattu.


« Aujourd'hui, si la fin justifie les moyens, je m'impliquerai ! Dussé-je pactiser avec le diable en personne, ou une harpie hollandaise ! »

Les deux compagnons partirent d'un même éclat de rire. L'oeil de nouveau étincelant, Hyde taquina Thomas en se rappelant de certains épisodes mémorables de la jeunesse du comte à La Haye :

" - Cela implique-t-il une certaine Marleen Bicker ? Êtes-vous prêt à goûter de nouveau aux pots de chambre et à la cravache verbale ?

- J'accepte tout, du moment la justice se fasse ! Bon... je ne suis peut-être pas tout à fait prêt à affronter cette vipère, je n'arrive même pas à rester plus d'un quart d'heure dans le même salon qu'elle, elle me chasse alors qu'elle me recherche. Je suis un encas parfait et la dame est très mécontente quand elle n'a rien à se mettre sous la dent. Morgan doit me donner quelques leçons – ou lui donner de leçons, le spectacle serait très amusant à voir. »

Plus animés qu'à leur départ, les deux Anglais entrèrent dans l'hôtel et s'installèrent dans le salon de réception, pièce claire et aménagée avec goût et où, malheureusement, le conseiller déchu recevait peu.

« Vous allez goûter à mon cidre... et je vous interdis de dire que c'est une boisson de valet ou de paysan.


- Il en va des breuvages comme des gens : on les caractérise comme il nous plaît de voir le monde. »

Thomas rosit devant son ton un peu trop docte, mais il se sentait bien – chose rare qui valait la peine d'être notée –, et il était prêt à aborder quelques sujets qui ne lui étaient pas très agréables à garder pour lui-même. Ils saisirent leurs coupes et trinquèrent « à la vie retrouvée ! »

« Edward... j'ai plusieurs choses à vous dire avant de m'en retourner. C'est presque comme une confession. Je commence par le plus anodin : avez-vous des nouvelles de Gabrielle de Longueville ? Depuis qu'elle a eu le malheur de perdre son enfant, elle a rompu tout contact et ne répond même plus à mes lettres.

- Pas la moindre, non. J'ai beau être en Normandie, je n'ai eu vent de rien.

- Bien. C'était la première chose. Ensuite... ah, c'est un peu lié, et c'est une très grande source d'embarras. C'est le moment où je vous demande d'être absolument muet sur ce que je vais vous confier.

- Thomas, vous avez ma parole. Vous le savez. Poursuivez donc.
- Ma très chère amie m'a... comment dire... incité fortement à rassembler pour une cause d'importance des forces, des moyens, pour être exact, et je suis bien ennuyé de me retrouver avec des fonds inimaginables, dont je ne sais que faire et que je souhaiterais rendre.

- Une seule question : d'où viennent-ils ?

- De Saxe.

- Mon pauvre ami ! Si cela vient des Wettin, réglez l'affaire au plus vite et rendez tout cela promptement. Les crocs allemands sont acérés et restent longtemps dans la plaie.


- Je le sais bien et finalement, je regrette tant d'avoir agi de la sorte ! Il faut avouer que Gabrielle est incroyablement persuasive... J'espère que son silence n'est pas signe de froideur, car c'est une personne chère à mon cœur malgré tout.

- Gare, gare ! Ne vous mêlez pas non plus aux Longueville, leur réputation parle pour eux.

- Permettez-moi de ne pas forcément être d'accord. Une personne ne paie pas pour une famille. D'ailleurs, ceci me mène au dernier point... et là, c'est vraiment un problème délicat. Vous souvenez-vous que Kent s'est marié lui aussi à une dame française ?

- Bien sûr ! Cela fait fort longtemps que je ne l'ai vu, et je ne vous cache pas que sa discrétion commence à irriter à Whitehall... mais allez-en au fait.

- Il en a eu deux enfants qu'il ne voit qu'assez peu, pour ne pas dire jamais. J'ai su, il y a quelques mois, qu'on les menait à lui pour une courte visite. J'étais présent, et... Edward, j'ai fait une folie et je ne sais ce qu'il sortira de tout cela. Imaginez que j'ai... accueilli sa fille chez moi, dans une maison que j'ai louée près de Belle-Isle.

- Je ne vois point en quoi...

- Brandon ne le sait pas. »

Son vieil ami leva les sourcils très haut, les yeux écarquillés de surprise. Il redressa son corps massif dans son fauteuil et leva un doigt sentencieux en direction de Thomas.

« Nous ne parlons plus d'"accueil", mais d'enlèvement, dans ce cas.

- Certes.

- Comment pensez-vous qu'il puisse réagir quand il l'apprendra ? N'espérez pas que l'affaire dure indéfiniment...

- Ma défense est plus ou moins prête. En y réfléchissant bien, je crois que ce qui m'a poussé à commettre ce... forfait, c'est qu'il m'était absolument intolérable qu'un père n'ait absolument que faire de ses enfants. Comprenez-vous, Edward, que pour MOI, cette attitude est tout bonnement inhumaine, cruelle, odieuse...

- Oui, oui, Thomas. Mais qu'en ferez-vous ? Cette enfant grandira vite.

- J'y ai pensé. Pour l'instant, elle est dans un environnement dans lequel elle est traité comme une reine. Les serviteurs, dont je suis sûr cette fois (pas comme à Belle-Isle), sont tous Anglais et tenus au secret. Je lui offre une éducation parfaite à mon sens, alors qu'on la laissait batifoler avec la valetaille dans la cour du manoir où elle croupissait. Dans un an, elle saura coudre et broder convenablement, dessiner, chanter et jouer du clavecin ou de la harpe, elle connaîtra un peu de l'histoire de l'Angleterre et de la France, et surtout, surtout, elle parlera un peu de français et d'italien tout en maîtrisant son anglais.

- Vaste programme et le projet est beau. Mais Thomas, vous n'êtes pas son père...

- Géniteur non, mais il y a différents moyens d'être père et Kent, malgré tout l'attachement que j'ai pour lui, n'en a cure. Et cela, pour moi, c'est presque contre-nature. Ne croyez pas que je tente de lui faire oublier sa lignée : je lui enseigne moi-même les hauts faits et les personnages remarquables des Grey. Dans dix ans, Frances sera une jeune fille accomplie et aura reçu l'amour d'un homme qui n'a pas eu la joie de la concevoir, mais qui l'aura chérie comme sa propre fille. C'est tout.

- Je prierai pour que votre folie n'entraîne pas une lutte fratricide... Buvez donc votre verre, il faut que je le remplisse. Vous serez mon hôte ce soir et vous repartirez en toute hâte demain, au petit jour. »

Les coupes de cristal s'entrechoquèrent et le breuvage rustique éclaboussa le tapis persan.


« À l'Angleterre ! À la France ! »


Derrière le masque ...
♔ Prénom/Pseudo : Lucie.
♔ Âge : J'étais là huit ans auparavant, adolescente. J'ai dépassé la vingtaine (oui, il y a un moment où l'âge devient une question mortifiante !).
♔ Présence sur le forum : Régulière.
Code du règlement ♔ "Bontemps a raison."
Comment avez vous connu le forum ? Je crois l'avoir connu dès ses débuts à une époque où je faisais énormément de rp.
♔ Quelque chose à dire ? Eh bien c'est un double come back et je compte bien le faire tenir : j'ai incarné Thomas Howard la première fois, avec la création de Victoire de Noailles, etc. Après, il y a eu ce trou noir avec l'entrée à l'université... et cela tombe bien, après des études à rallonges, je n'ai plus cours du tout (de toute la vie !) et je peux donc prendre du temps à écrire des choses plaisantes plutôt que des dossiers stupides, et me remettre à cet ancien loisir qu'était le rp. Je pensais souvent au forum, c'est un peu comme un vieil amour, la toute première fois du rp.
Bref ! Il va falloir que je me replonge dans les pavés que j'étais capable de rédiger à l'époque pour reprendre correctement l'histoire de Thomas et lui faire faire un beau retour en France, prêt à en découdre avec une intransigeance qu'on ne lui connaissait pas...




Dernière édition par Thomas Howard le 04.02.17 18:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Thomas Howard, le sacré retour !   Thomas Howard, le sacré retour ! Icon_minitime25.01.17 22:37

Oveeeeeer ! Banane
Je ne sais pas si j'ai inclus tous les liens créés avec les autres personnages mais en tout cas, j'ai ajouté un petit épisode dans le deuxième post pour décrire un peu la bobine de Thomas.
Je suis à l'écoute de toutes vos remarques Green
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MessageSujet: Re: Thomas Howard, le sacré retour !   Thomas Howard, le sacré retour ! Icon_minitime26.01.17 22:41

Quelle jolie fiche et si bien écrite **
J'ai dévoré le roman de Thomas §

Mais, comme tu vois, je n'ai pas le code de validation. A moins de l'avoir raté, je n'ai pas vu de mention de Megan Campbell scratch Ou alors mes lunettes ne me servent déjà plus PTDR

Il ne manque que cela et après, à toi le grand retour sur ATV !

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MessageSujet: Re: Thomas Howard, le sacré retour !   Thomas Howard, le sacré retour ! Icon_minitime03.02.17 18:51

La copie est corrigée ! Normalement... Triste
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MessageSujet: Re: Thomas Howard, le sacré retour !   Thomas Howard, le sacré retour ! Icon_minitime04.02.17 16:42


Tu es validé(e) !

Bienvenue à

Versailles !


   

   
Là c'est parfait  Green (si tu pouvais mettre le code dans la dernière partie pour entourer la dernière partie de ton histoire + remplir ta feuille de personnage, ce serait encore mieux! )
J'aime toujours comment tu écris, ça se lit vraiment comme un roman. J'aime beaucoup le nouveau Thomas, j'ai hâte de jouer avec toi aussi ** Rebienvenue officiellement parmi nous !

   
Une fois la validation passée, il faut recenser ton avatar, puis créer ta fiche de liens et consulter celle des autres, remplir le point info et le consulter pour savoir qui fait quoi.
   A partir de 50 messages, vous pourrez demander un logement et à 100 messages un rang personnalisé.
   Viens faire un tour sur
le flood et n'oublie pas de mettre tes liens de présentation, fiche de liens et point info dans ton profil  Clin d'Oeil

   
   
   

   

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MessageSujet: Re: Thomas Howard, le sacré retour !   Thomas Howard, le sacré retour ! Icon_minitime04.02.17 19:26

Youpaaaaa ! Banane
Merci pour tout, je me sens tellement rouillée à cause de toutes ses années, il va falloir que je me remette un peu dans le bain (mode de fonctionnement normal : je plane).
En tout cas je suis ra-vie ! Merci encore, et longue vie à ATV ! I love you
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MessageSujet: Re: Thomas Howard, le sacré retour !   Thomas Howard, le sacré retour ! Icon_minitime

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