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 Quand les rois ont deux pères ...

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MessageSujet: Quand les rois ont deux pères ...   06.01.17 22:07

« Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l’amour.” »

Aux dernières nouvelles, Paris se tenait tranquille. Depuis l’annonce du testament d’Hector de Valois, toutes les rumeurs possibles couraient dans les rues sinueuses, chacun allant de sa petite histoire, de son anecdote, de sa théorie Que pouvait-il contenir pour être confié au Parlement de Paris ? Pourquoi Louis XIV le voulait à tout prix, se heurtant à des parlementaires trop heureux d’avoir une certaine suprématie sur le souverain ? Trop de questions, de doutes planaient en ville. Bien sûr, les espions se tenaient sur le qui-vive, à avoir des informations, et certains trouble-fêtes se retrouvaient au Châtelet ou la Bastille pour avoir osé mettre en doute le pouvoir royal. Mais ils étaient comme des mauvaises herbes : on en arrachait un, d’autres repoussaient derrière, plus virulents encore.

Dans ses petits appartements, Louis se tenait devant la cheminée, enroulé dans une chaude couverture. La petite pièce où il recevait ses visites avait la bonne taille pour se chauffer rapidement. Et en ce mois de décembre, il valait mieux se garder du froid pour ne pas avoir un pied dans la tombe. Dans ses mains, plusieurs papiers froissés ne le quittaient pas, il ne les lisait même plus, il les connaissait par cœur. Il lâchait un soupir quand son fidèle Bontemps vint le rejoindre avec une collation dans les mains.

« Merci mon cher Bontemps. Posez le là et asseyez vous près du feu.
M’asseoir à vos côtés ? Vous savez bien que l’étiquette …
Au diable, l’étiquette pour ce soir. Vous n’allez pas resté debout, je le décide, je suis le roi.
Si Monsieur votre frère me voyait. »

Puis faisant une signe de croix, le premier valet de chambre s’installa dans le fauteuil face au souverain. Louis avait totale confiance en cet homme qui dormait dans sa chambre depuis des années, gardait Versailles durant la royale absence, avait les yeux et les oreilles partout. Il connaissait le nom et le visage des espions mais n’en disaient jamais mot, il était de la même trempe que Colbert et La Reynie, ainsi que du visiteur de ce soir. Les deux hommes conversaient durant de longues minutes quand on entendit un bruit en bas. Derrière une porte, un escalier descendait jusqu’à la cour des Cerfs où les visiteurs nocturnes venaient toquer pour atteindre le roi. Bontemps se leva, ravi de pouvoir reprendre l’étiquette et son rang, prendre un chandelier et descendre avec pour chercher l’invité du soir.

Des bruits de bottes se firent entendre, puis Bontemps fit entrer Charles d’Artagnan, le chef du réseau d’espionnage qu’ils avaient crée voilà six années pour protéger le roi, mais aussi le royaume des comploteurs, éviter de finir comme son grand-père, assassiné, ou comme son père, entouré de comploteurs. Mais si ce soir, il avait convié son numéro deux, ce n’était pas vraiment pour parler des nouvelles, même s’il allait commencer par cela, Louis n’avait pas encore les mots pour lui expliquer son tracas.

« Monsieur d’Artagnan, merci d’être venu. Prenez place à mes côtés, vous avez fait long voyage depuis Paris dans ce froid. »

Il lui présenta de la main le fauteuil occupé il y a encore peu par Bontemps, d’ailleurs ce dernier s’éclipsa. Enfin, il n’allait jamais loin, juste derrière la porte, s’asseoir dans un sofa pour piquer un léger somme jusqu’à ce qu’on ait besoin de lui. Il avait fermé les portes de la chambre et même du salon de l’œil de Bœuf, des Suisses postés à toutes les issues, il n’y avait pas à s’inquiéter, puis il avait le sommeil léger. Les deux hommes, seuls, pouvaient discuter affaires, et complots dans le royaume.

« Avant de vous parler de mon souci, dites moi ce que vous avez appris ces derniers temps. J’espère qu’il y a enfin quelques bonnes nouvelles. »

A dire vrai, Louis écoutait d’une oreille distraite, hochant de la tête et relançant vaguement Charles pour avoir des précisions. Mais les papiers lui brûlaient presque les mains, il les serra davantage comme pour leur intimer l’ordre de se tenir tranquille. Même s’il connaissait vraiment la réponse à une question qui lui trottait en tête, il fallait qu’il prépare son espion à une nouvelle qu’il n’avait pas vent, qu’ils étaient tous les deux concerné. Charles lui parla d’un réseau de pamphlets dans Paris sur laquelle un des espions avait une maigre piste qu’il suivait. A cette phrase, le souverain se redressa légèrement et posa ses documents sur ses genoux et les lissa du plat de la main.

« Je ne sais pas si nous allons parler du même réseau, mais j’ai reçu des mains de Colbert certains pamphlets. Même si je les condamne, ils ne me touchent rarement, souvent grossiers dans leur style comme dans leur sujet. Il se tut un long instant, toujours la main sur les papiers. Si je vous ai fait venir jusqu’ici, ce n’est pas seulement pour parler du travail que votre équipe fait au quotidien, mais bien pour les documents que je tiens là. Ils vous concernent … mais pas seulement. »

Et comme un geste valait mieux que cent discours, Louis tendit les quelques feuilles à son vieil espion. Parmi les quelques pamphlets sur d’Artagnan, il y avait celui-ci :

La reine Anne n’aime pas que les italiens,
Elle avait passion pour les gascons,
Ceux qui la sauvent de l’anglais ce chien,
Lui offre en retour la passion.
Si l’on dit que Louis est bien un Bourbon,
A Paris, on dit que le roi est gascon,
Qu’il aurait du s’appeler d’Artagnan
Et ne pas jouer au tyran.

Il régna un silence glacial durant la lecture de ces quelques feuilles. Louis les connaissait par cœur, à force de les lire à n’en plus finir, comme pour imprégner chaque mot. Il avait tempêté lui aussi quand il avait découvert que de telles calomnies circulaient dans Paris en toute impunité. On le traitait de bâtard tout de même ! Certes, ce n’était pas la première fois : on l’avait imaginé fils de Mazarin, mais aussi de Beaufort car il était blond à la naissance comme ce dernier. Mais d’Artagnan, voilà une première ! Louis avait observé le portrait de son père, on ne pouvait pas nier la ressemblance, notamment ce nez si caractéristique de la famille …

Mais au-delà du doute de quelques secondes, c’était surtout ce mensonge éhonté jeté sur la place publique qui le dérangeait. Que cela le touchait lui, mais surtout l’homme le plus intègre qu’il pouvait connaître.

« Je n’oserais pas vous poser la question, j’en connais la réponse. Même si vous avez agi parfois comme un père pour moi, je sais que le mien est parti bien trop tôt. Mais je voulais vous en parler, attendez vous à quelques remarques. »

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MessageSujet: Re: Quand les rois ont deux pères ...   12.03.17 17:16

Charles d'Artagnan n'aimait plus trop se déplacer. Voyager, faire des kilomètres à cheval, il commençait à en avoir assez. Autrefois enclin à trainer dans les tavernes pour y observer des coquins en train de lorgner sur des prostituées ou bien boire sans raison, il préférait désormais la chaleur de son manoir et la présence de Barnabé Planchet, son valet. La santé de celui-ci vacillait quelque peu. En cause, une vilaine bronchite qui s'était éternisé et l'avait fragilisé. Et puis, il y avait aussi ses petits-enfants : ceux de Philippe et ceux d'Alexandre. Les gamins mettaient un peu la zizanie chez les d'Artagnan mais le vieil homme appréciait tout ce chamboulement, ce remue-ménage. Cela lui rappelait qu'autrefois, lui aussi, chahutait, sans aucun respect pour ses aînés. L'hiver était arrivé plus tôt qu'à l'accoutumée. D'ailleurs, Charles était embêté. Dans le jardin qu'il entretenait derrière la belle bâtisse, il essayait de cultiver des citrons, dont il adorait le goût. Hélas, pour ce fruit amoureux de soleil, la pluie et le gel n'étaient guère bénéfiques. Plus de citrons, donc... Un fait qui le chagrinait et le rendait particulièrement grognon. A vrai dire, il avait de moins en moins de patience avec les autres et les aléas. Il râlait, il grognait, il jurait à longueur de journée. Inutile de dire que son cadet, Philippe, avec qui les liens s'étaient resserrés, voyait d'un très mauvais oeil l'apprentissage de ce langage peu châtié à sa progéniture. Avec sa répartie habituelle, Charles lui vociférait au visage qu'il fallait bien éduquer les enfants à ce vocabulaire pour qu'ils puissent le comprendre et l'utilisait dans une situation adaptée. Bref... l'ambiance chez les d'Artagnan tournait au vinaigre dès que l'on osait contester le patriarche.

Les sautes d'humeur se mêlaient à ses élans de mélancolie. A mesure que les années passaient, il se projetait de plus en plus dans le passé, en revivant, mentalement, les heureux moments de son mariage, avant qu'il ne soit assigné au veuvage. Et puis, il taisait cette émotion, mais quand il voyait ses enfants, de beaux jeunes hommes, grands, adultes, pères à leur tour, un sentiment de fierté le gagnait et une petite larme roulait sur sa joue. La famille, ce serait tout ce qu'il lui resterait quand il arriverait aux portes de la mort. Le reste, la gloire, les batailles, les complots, les décorations, les titres, ça n'aurait pas de grande importance. Mais Charles était un lion, il ne mourrait certainement pas ici, dans un lit, fauché par la maladie. Il ne rendrait son soupir que dans une bataille, dans un duel peut-être, arme à la main, fureur dans le coeur, hargne dans la bouche. Car aussi vieux paraissait-il, ce briscard cachait bien son jeu. Il redoublait d'exagération pour paraitre affaibili, pour tranquilliser ses ennemis. Ainsi, quand il venait embrocher ces derniers, ils ne voyaient pas le coup venir et ne pouvaient de toute façon plus trop en parler. D'Artagnan attendait le bon moment pour intervenir, un talent de stratège qui lui avait valu sa gloire, bien plus que ses aptitudes au combat, même si on les avait encensées et que ça l'arrangeait bien, d'ailleurs. Quand on lui apporta une missive du Roi, l'invitant à Versailles, d'Artagnan parut revivre. Et ce fut sans doute la seule fois de la journée, où il ne se mit pas à marmonner comme un ours furibard. Tout portait à croire que la raison de cette entrevue serait intrigante, sinon Louis l'aurait convoqué pendant le jour.

- Voilà un sourire fort appréciable...

- Il s'agit du Roi, Planchet, il souhaite me voir. A la nuit tombée !

- Cela fait bien du mystère...

- Certes ! Tant mieux ! Je vais m'apprêter.

Comme une tornade, ravivé, il se dirigea d'un pas rapide dans sa chambre pour s'habiller. Barnabé ne put s'empêcher de sourire. Il s'installa sur une chaise, et regarda la lettre. Oh, il n'avait pas reçu d'éducation, il n'en comprenait pas grand choses. Charles lui avait appris à lire, mais certains mots trop techniques, restaient vagues et flous. Et il n'eut pas le temps de réfléchir davantage car les enfants rentrèrent à ce moment précis. Aurore avait ramassé des fleurs... des roses. Catastrophé, Barnabé les lui prit, en feignant d'apprécier le cadeau et se hâta de les cacher. Si jamais le chef de la maison voyait qu'on avait massacré ses rosiers, il piquerait une énorme colère. Mieux valait mettre ça sous le tapis et accuser un inconnu. Une dame débarqua dans la pièce, équipée d'un tablier. Elle prit les enfants avec elle, en leur demandant lequel voulait goûter sa délicieuse tarte aux pommes. Comme les mouches, on appâtait les gamins avec du sucre ! Le calme étant revenu, Barnabé attendit. Il savait que Charles lui demanderait conseil sur sa tenue. Et quand il sortit, il n'eut rien à redire.

- Allez-vous parler complot ?


- Qu'en sais-je ? Certainement, peut-être ! Cela me semble suffisamment important en tout cas ! Je vais ménager Myrtille et partir dans l'heure ! Cette brave jument n'a hélas plus sa vélocité d'antan !

Barnabé approuva. Il préférait que son maître parte plus tôt pour arriver à l'heure, plutôt qu'il n'épuise sa monture, déjà fatiguée par son âge noble ! Finalement, il partit une dizaine de minutes plus tard, ne tenant plus en place. Sur la route, Charles se demanda de quoi ils allaient bien pouvoir parler. Le sujet brûlant du moment, c'était le testament d'Hector de Valois. Toute cette affaire devenait complexe. Surtout depuis que l'on savait qu'il avait voulu assassiner le Roi et prendre sa place. D'Artagnan savait que Louis en avait été particulièrement affecté. Les pires atrocités venaient souvent de son entourage proche. Il n'avait pas abordé ce sujet avec le monarque et il ne le ferait pas si ce dernier ne l'y invitait pas. Il tenait à une certaine pudeur, quand bien même il considérait Louis comme son fils depuis les événements de la Fronde. Il avait été présent lorsque la Reine avait rendu son dernier soupir, pour le consoler. Personne ne le savait, et personne ne le saurait jamais, hormis les serviteurs de sa Majesté. Il éprouvait pour son Roi, beaucoup de respect et beaucoup d'affection aussi, bien qu'il montre davantage le premier. Il mit un petit moment avant d'atteindre Versailles, où le laissa entrer, sans trop lui poser de problème. Charles salua les gardes et laissa sa jument à un jeune écuyer pour qu'on lui donne de la paille et qu'on la mette à l'abri. Il se mit à marcher, alerte et attentif. Il adorait l'obscurité, la nuit tombée. Les bruits habituels se taisaient et il ne restait plus que les sons secondaires, le bruissement des feuilles, les pas... bref, tout ce qui pouvait susciter le mystère et les questions.

Il toqua à la porte suffisamment fort pour qu'on puisse l'entendre de l'intérieur mais assez discrètement pour que cela n'alerte personne d'autre. Il ne saurait dire ce quoi allait traiter cet entretien. Ce fut Bontemps, comme à son habitude qui lui ouvrit la porte. Charles jeta un coup d'oeil perçant à droite, puis à gauche et il entra. Il ôta sa cape et la confia au serviteur du Roi.

- Bontemps, on ne peut pas dire que vous soyez généreux en ce moment ! Il fait un froid de loup !

Le serviteur eut un sourire contri... A chaque fois, D'Artagnan ne manquait pas une occasion de faire un jeu de mots sur son nom de famille. Et à chaque fois, cela faisait sourire l'ancien Mousquetaire, dont le regard s'illuminait de malice. A croire qu'il savait qu'au fond, Bontemps ne supportait pas cet humour mais que la politesse et le protocole l'empêchait de le dire haut et fort. Les deux hommes montèrent les escaliers et entrèrent dans la pièce où le Roi se trouvait. Charles le salua par une révérence accomplie.

« Monsieur d’Artagnan, merci d’être venu. Prenez place à mes côtés, vous avez fait long voyage depuis Paris dans ce froid. »

- Majesté, j'espère ne pas vous avoir trop fait attendre. Myrtille, ma jument, arrive, je le crains, au crépuscule. Elle n'a plus la même vivacité qu'auparavant.

Il s'approcha un peu du feu pour s'y réchauffer. A la vérité, il avait aussi ralenti l'allure pour éviter que le froid ne lui glace les sangs et que le vent ne s'immisce dans sa cape chaude. Mais visiblement, il n'était guère trop en retard, la nuit était tombé depuis une dizaine de minutes environ. Ce qui voulait dire, qu'il devait être... dix-huit heures, sans doute. Un horaire raisonnable, somme toute. Après y avoir été invité, Charles s'assit sur le fauteuil, et ôta ses gants.

« Avant de vous parler de mon souci, dites moi ce que vous avez appris ces derniers temps. J’espère qu’il y a enfin quelques bonnes nouvelles. »

- Oui, en effet, Majesté. Vous le savez, j'ai parfois recours aux services de quelques prostituées, non pas pour moi, évidemment, mais pour récolter moultes informations. L'une d'elles m'a donné plusieurs informations sur une discussion qu'elle a surprise, au sujet d'une "amicale des assassins". C'est une information à ne pas prendre à la légère, j'ai mis plusieurs de nos hommes sur l'affaire. Si des mercenaires ourdissent dans l'ombre et s'allient, nous devons les tuer dans l'oeuf avant qu'ils ne s'organisent et ne deviennent plus puissants. En outre, j'ai aussi récolté quelques indices sur le testament, rien de très fourni, mais les recherches avancent...

Charles regardait Louis, tout en parlant. Il se rendit vite compte que ces informations ne l'intéressaient pas vraiment. Il semblait ailleurs, absorbé par une affaire. D'Artagnan s'interrompit donc, laissant un silence s'installer. D'ordinaire, le Roi aurait voulu en apprendre davantage, pourtant, il resta muet. Ce n'est au bout de quelques secondes, qu'il reprit la parole et qu'il donna à son interlocuteur quelques confirmations. Effectivement, il pensait à autre chose, la raison de sa convocation ici, ce soir.

« Je ne sais pas si nous allons parler du même réseau, mais j’ai reçu des mains de Colbert certains pamphlets. Même si je les condamne, ils ne me touchent rarement, souvent grossiers dans leur style comme dans leur sujet. Si je vous ai fait venir jusqu’ici, ce n’est pas seulement pour parler du travail que votre équipe fait au quotidien, mais bien pour les documents que je tiens là. Ils vous concernent … mais pas seulement. »

Charles haussa un de ses sourcils broussailleux. De quoi parlait-il ? Il sortit des lunettes qu'il posa sur son nez, et prit les documents que le Roi lui tendaient. Il commença à lire et sa bonne humeur sembla disparaitre. D'Artagnan prit une mine renfrognée, à mesure que la colère montait en lui.

« Je n’oserais pas vous poser la question, j’en connais la réponse. Même si vous avez agi parfois comme un père pour moi, je sais que le mien est parti bien trop tôt. Mais je voulais vous en parler, attendez vous à quelques remarques. »

- Qui sont-ce ? Quels sont les saligots qui ont osé ?

Le visage de Charles avait viré au rouge tomate. Il se leva brusquement et commença à faire les cent pas, lisant et relisant les pamphlets, comme si cela suffirait à en changer le contenu. Il explosa :

- Jamais ! Jamais je ne laisserais murmurer de tels mensonges !!! Je vais trouver et traquer ces chiens qui vous font offense ! Et j'assisterais personnelle à la question lorsqu'elle sera posée par le bourreau !

Il agita les feuilles dans tous les sens, dans un éclat de voix qui réveilla Bontemps.

- Diable !!! Combien de descendants m'attribue-t-on ? Après de Portau, après les racontars de certains dames que j'ai pu croiser il y a des années, voilà que l'on me prête un adultère avec votre Mère bien-aimée ! Jamais, Majesté ! Jamais, je n'ai porté de désir déplacé à son égard ! Jamais je n'ai trahi mon Roi ! Vous êtes le fils de votre père ! Ce regretté Louis XIII ! Ont-ils du crottin de cheval dans les yeux pour ne point le remarquer ??? NOM DE DIEU ! Ils ne perdent rien pour attendre !

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MessageSujet: Re: Quand les rois ont deux pères ...   11.05.17 21:15

Louis tenait cela de son père (le vrai, le royal) : rester en apparence calme, le goût du secret et de la dissimulation. Tout comme son père dans sa jeunesse, le souverain savait cacher son jeu, ne montrer que ce qu’il voulait bien montrer. Rares les fois où l’on pouvait deviner ses sentiments. On avait vu de la tristesse sur son visage – les plus hardis parlent de larmes sur ses joues – à la mort de sa défunte mère, feu la reine d’Autriche. Plus récemment, la joie de cette victoire de la guerre sur ces autres royaumes d’Europe croyant le faire plier. Mais en général, Louis XIV se montrait aimable ou l’air indifférent, avec une once de fierté royale, rien de plus. On pouvait parfois lire de l’agacement ou de l’ennui, mais rien de bien extravagant. Non, il laissait cela aux courtisans, et à son frère Philippe. On le voyait rire à la comédie, mais on voyait rarement la colère, souvent entre les murs de ces petits appartements cachés. Quand il avait lu ces pamphlets, il avait pesté, insulté, maudis ces scélérats, ces chiens, sous l’œil d’un Bontemps et de La Reynie silencieux. Aujourd’hui, c’était à son tour de les montrer à d’Artagnan, et de le voir hurler à son tour.

« Qui sont-ce ? Quels sont les saligots qui ont osé ? »

Et il y avait de quoi : pareils mensonges ne pouvaient laisser indifférent. Louis avait eu l’habitude qu’on dise qu’il n’était pas le fils de son père, parfois cela vers Mazarin, tantôt vers Beaufort, et là maintenant d’Artagnan. Voir sa mère se faire traîner dans la boue, le souverain en avait l’habitude depuis son enfance, cela le touchait toujours autant. Anne d’Autriche n’était pas une sainte, mais on ne pouvait pas lui ôter sa piété et son sens du devoir. Peut être s’est-elle égarée dans sa jeunesse, mais qui ne l’a pas fait ? Louis se souvenait de la jolie Marie Mancini, son amour pour elle lui faisait perdre la tête, au point de se lever contre sa mère et Mazarin, de vouloir épouser sa belle au détriment de la paix espagnole … Peu importe, pour en revenir à Anne d’Autriche, sa mère, elle avait eu ses défauts et ses fautes, mais jamais elle n’aurait toléré un bâtard sur le trône. Et avec les années, Louis ressemblait davantage à son père, ce nez Bourbon hérité d’Henri IV ne sortait pas de nulle part. Lui était en paix avec cette filiation, mais ne supportait pas qu’on touche à sa mère, ainsi qu’à sa personne royale. Mais aussi à des personnes proches de lui, dont ce soir d’Artagnan, fidèle parmi les fidèles. Il observait le gascon rouge de colère

« Jamais ! Jamais je ne laisserais murmurer de tels mensonges !!! Je vais trouver et traquer ces chiens qui vous font offense ! Et j’assisterais personnellement à la question lorsqu’elle sera posée par le bourreau !
Je n’en doute pas. »

Louis avait eu peur de donner ses papiers, mais le plus dur étant passé, il retrouvait une certaine sérénité. Quel drôle de tableau de voir le vieil homme s’agiter, le visage ecarlate, et le jeune homme assis, posé et ne le quittant pas des yeux.

« Diable ! !!! Combien de descendants m'attribue-t-on ? Après de Portau, après les racontars de certains dames que j'ai pu croiser il y a des années, voilà que l'on me prête un adultère avec votre Mère bien-aimée ! Jamais, Majesté ! Jamais, je n'ai porté de désir déplacé à son égard ! Jamais je n'ai trahi mon Roi ! Vous êtes le fils de votre père ! Ce regretté Louis XIII ! Ont-ils du crottin de cheval dans les yeux pour ne point le remarquer ??? NOM DE DIEU ! Ils ne perdent rien pour attendre !
Je vous fais entièrement confiance pour cela, ne vous en faites pas. Ce n’est point pour vous attaquer ou vous questionner que je vous ai fait venir ici. Je me devais de vous prévenir, si cela circule dans les bas-fonds de Paris, on ne va pas tarder à en parler dans les salons, puis à la Cour. Et vous savez autant que moi comment ce monde fonctionne : pas de remarques à haute voix mais des regards, des messes basses. Je sais qu’on ne m’attaquera pas, tout retombera sur vous. »

Louis se leva, prit quelques feuilles qu’il n’avait pas montré à d’Artagnan, et les jeta au feu, regarda le papier brûler, se faire manger par les flammes. Il lâcha un soupir de lassitude, il est bien vrai que la stature de roi n’est point évidente à porter, Dieu a choisi parmi les siens, il se devait de garder sa position digne.

« Je vous connais, monsieur d’Artagnan, mais je vous demanderais de garder votre calme si quelqu’un vous en parle d’une façon ou d’une autre. Votre mission sera surtout de retrouver les auteurs de ces torchons, les imprimeurs, et tous les complices potentiels. Je sais que vous aurez l’âme du travail bien fait, qu’il ne restera pas un de ces criminels dans les rues. »

Un homme animé par la vengeance avait d’autant plus de raison de bien faire son travail. Le souverain se déplaça jusqu’à un secrétaire où se tenait plusieurs lettres avec le sceau royal, les saisit et les tendit à d’Artagnan.

« Voici pour l’instant six lettres de cachets vierge de tout nom. Si vous en avez besoin d’autres, je vous en ferais avec joie, Monsieur Colbert ou Monsieur de La Reynie vous les apporterons. Nous avons tous à cœur que ces pamphlets disparaissent aussi vite qu’ils sont venus. Mais soyez assuré, monsieur d’Artagnan, que je n’ai jamais pensé un instant que vous avez pu être l’amant de ma défunte mère. Je vous sais trop soucieux de votre position, de votre fidélité à feu mon père et à moi-même. Et je sais que beaucoup penseront comme moi, fort heureusement. Mais nous sommes dans un monde médisant, où l’on aime se montrer le plus odieux possible pour briller en société. Ne tombons pas aussi bas qu’eux, battons nous avec des armes plus nobles. »



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