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 Leçon de choses [Charles]

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MessageSujet: Leçon de choses [Charles]   09.11.15 22:38



François était épuisé, mais au moins, voilà une bonne chose de faîte! Depuis des heures maintenant, avec différents officiers de différents régiments chargés de s’assurer de la sécurité du convoi royal se rendant à Chambord, ils débattaient de l’organisation de ladite sécurité. Ce n’était pas seulement une question d’organisation et de bon sens, mais aussi de privilège. Qui aurait la tâche, honorifique, de protéger Leurs Majestés, en plus des gardes du corps de celles-ci ? Qui pour la favorite ? Qui pour les bagages ? Que de questions épineuses… il fallait à la fois ménager les égos et les charges, sans oublier les cercles d’influences, mais aussi faire preuve d’un minimum de sens de l’organisation et des priorités, sans quoi, autant ne pas mettre d’escorte du tout. Ils y étaient depuis le milieu de l’après-midi, dans le bureau de Charles d’Artagnan, capitaine des Mousquetaires, ancien supérieur de François, à qui il conservait non seulement un profond respect, mais aussi une certaine affection. Il lui avait mit le pied à l’étriller à son arrivée à Paris, et il lui devait beaucoup.  En un sens, c’était grâce à lui qu’il était où il était désormais, et son récent titre, « marquis de Lavardin », auquel il ne se faisait que difficilement, lui était lui aussi en partie dû. Heureusement pour ces messieurs des différents corps de gardes (chevau-légers, gardes françaises, suisses, et j’en passe…) il gardait son sang froid et la tête haute, rabrouant ceux dont il jugeait l’audace un peu trop haut placée. Certes, leurs naissances étaient plus hautes que la sienne, mais pouvaient-ils démontrer un tel curriculum vitae des armes, égale à celui du capitaine d’Artagnan ? François en doutait.

Enfin, heureusement, on réussit à mettre tout le monde d’accord, et ce ne fut pas sans mal, et chacun s’en retourna à ses occupations, alors qu’à l’extérieur, il faisait presque nuit déjà, preuve que les jours allaient en raccourcissant et que ces palabres avaient bel et bien duré des heures. François, pour des raisons pratiques, occupait pour quelques jours ses anciens quartiers dans la caserne des mousquetaires – un miracle qu’ils n’aient pas déjà été réattribués quand on voyait la popularité du corps – ce qui lui permettait de passer encore quelques temps avec son ancien commandant, qui semblait assez satisfait du parcours de son ancien protégé, du moins était-ce l’impression qu’avait François quand il parlait avec lui. C’était idiot, mais son approbation comptait presque autant aux yeux du jeune homme que celle de son propre père. François, appuyé sur la table, étudiant encore vaguement l’itinéraire allant de Versailles à Chambord, s’assurant qu’ils n’avaient rien laissé au hasard – c’était là l’une de ses qualités aussi bien qu’un défaut -  avant de finir par rouler la carte et autres éléments sur lesquels ils avaient travaillés sur eux-mêmes. Cela lui rappelait les préparations des plans d’actions lors du précédent conflit, tout sens de la mesure gardé. Et c’était à cet instant que le jeune militaire se rendait compte que cela ne lui avait pas spécialement manqué.

Il rangea les documents, avant de se laisser tomber sur l’une des chaises de la pièce, qu’une jeune recrue venait d’éclairer en allumant les différentes chandelles. Malgré la douce après-midi, un feu venait d’être allumé dans la cheminé pour empêcher la douceur du soir de se répandre à l’intérieur et de faire frissonner le capitaine des mousquetaires. Les deux hommes étaient seuls dans la pièce, les derniers officiers venaient de partir, François pouvait encore entendre le bruit des sabots ferrés de leurs chevaux sur le sol pavé de la cour de la caserne, et il avait l’impression qu’ils méritaient bien une pause, et pourquoi pas, même un verre. Il sourit à Charles.

-Eh bien, cela n’a pas été sans mal, mais au moins, nous voilà fixés ! Une bonne chose de faite.

Il n’osa pas lui poser de questions sur Alexandre. Lui et l’aîné des fils de son ancien capitaine, son ancien officier commandant, héritier de Charles en tout, se respectaient profondément et s’estimaient même à l’époque, mais n’étaient pas vraiment proches.  François avait entendu bien des ragots, sans oser les croire, mais ce n’était pas au père du jeune homme qu’il fallait poser des questions. Le silence se fit quelques instants, avant que François ne le brise à nouveau :

-Alors, comment vont les choses, ici ? Des modifications majeures ?

Sa période chez les mousquetaires restait pour le moment les plus belles années de sa vie. Il fallait bien avouer qu’il avait passé peu de temps chez Monsieur, avant la guerre, et que l’adaptation avait été… difficile. Cela allait beaucoup mieux désormais, mais François était toujours sur ses gardes, et se méfiait des caprices, si non des revirements du prince. Il tentait pourtant de garder foi et confiance. La situation était toujours sensée s’améliorer, non ?

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MessageSujet: Re: Leçon de choses [Charles]   24.11.15 17:49

Quand on parlait stratégie, Charles savait faire preuve d'une attention toute particulière. Les plans, les réflexions intenses, ça le connaissait bien ! Il ne devait pas son poste de Capitaine des Mousquetaire à la bonne fortune, mais à son talent. Ou plutôt à ses talents. Combattant aguerri, fin cavalier, Capitaine stratège ou encore incorruptible légende, les qualificatifs élogieux ne manquaient jamais lorsqu'on parlait de lui. Malgré tout, le vieux d'Artagnan faisait en sorte que les mérites ne le placent pas sous les feux des projecteurs. Il tenait à conserver sa réputation d'homme simple et finalement peu investi des complots. Cela lui donnait un avantage non négligeable sur ses ennemis et ceux de la couronne qui en réalité restaient les mêmes. Il jouait à l'équilibriste, en permanence, filtrant les informations pour les dévoiler au moment opportun. Et dans sa tête, il nourrissait souvent contre les félons, des oeuvres diaboliques pour les faire tomber. Car Charles jouait aussi beaucoup de son âge. D'ailleurs, nombreux étaient ceux ici qui le considéraient comme un grand-père, surtout chez les jeunes recrues, un homme en fin de carrière et qui devenait inoffensif. Une redoutable erreur... Même si le légendaire mousquetaire n'affichait pas ses prouesses, il ne cessait jamais ni l'entraînement, ni l'analyse de toutes les situations. Alors que les différents corps discutaient pour savoir quel plan il convenait d'adopter, Charles leva maintes fois les yeux au ciel. Surtout quand un des officiers proposa de poster des tireurs près de la foule... Et pourquoi pas faire cadeau d'une pétoire chargée à Ravaillac tant qu'on y était ?

Charles fixa son regard sur un portrait du roi Henri IV. Personne ici ne comprenait pourquoi il l'affichait encore. Souvenir d'époque, disait-on avec moquerie. Pour Charles, qui avait pris la relève de son père et de celle de Tréville, il était important de se souvenir du passé. Et quoi de mieux comme rappel de leur mission qu'une référence au monarque assassiné ? Protéger le Roi, voilà leur mission, et par ricochet, tout membre de la famille royale. C'était pour cette raison, qu'ils avaient passé trois heures à tout planifier pour éviter les incidents. Une fois que tout fut terminé, les officiers sortirent et on vint préparer le bureau de Charles pour la soirée. La recrue alluma les chandelles et la cheminée, avant de s'éclipser et de fermer la porte derrière elle. D'Artagnan s'avança vers le foyer. Ces derniers temps, il se sentait plus sensible au froid, l'hiver allait être sacrément rude. Le claquement du bois qui brule fut couvert par la voix de François qui se félicitait que tout soit enfin fini. Une bonne nouvelle, assurément. En dépit de sa bonne consistance, le marquis semblait troublé, inquiet. Il avait de quoi l'être en même temps. Si jamais quelque chose clochait ou se présentait mal, il serait l'objet idéal de tout la colère royale. Et en règle générale, cela ne pardonnait pas. Mais Froulay s'inquiétait pour des broutilles. Sa jeunesse et son manque d'expérience dans les intrigues le rendaient encore perfectionniste ! Cela ne déplaisait guère à Charles, qui se reconnaissait ! Il lui adressa un regard paternel, plein de bienveillance quand il changea de sujet. Les choses ici ne concernaient plus vraiment François, mais c'était touchant qu'il essaie de se vider la tête en les évoquant.

- Des modifications ? Parbleu non ! Certains songent à refaire les tapisseries de ce bureau ! Mais je le refuse ! Ils veulent me remplacer mon nacré par du bordeaux ! Au diable les bordelais ! Qu'ils restent en Aquitaine nom de Dieu ! Je garderais mon nacré jusqu'à la mort ! Montjoie ! Saint Denis ! Que je trépasse si je faiblis ! A les entendre, ils aimeraient aussi donner un coup de balai ! Et me retirer mes tableaux ! Jeanne d'Arc, Louis notre bien-aimé et pis encore ! Henri IV !

Il s'avança vers le tableau et le montra du doigt avant de se lancer dans une grande dissertation là-dessus :

- Ce portrait, c'est tout un symbole ! Que dis-je ? C'est plus que cela ! Regardez un peu le coup de pinceau, la taille des bordures ! Il y a là sur cette toile un véritable trésor ! Tous les autres tableaux vous montreront feu Henri sous un profil qui ne lui sied guère ! Ici, nous avons le contrepied et cela change tout ! Observez bien la ligne directrice de son armure ! Elle se fond dans le décor, quasi invisible. Voyez ce regard, affûté, intelligent ! Le même que celui que nous lisions chez Louis XIII, et chez son garçon ! Où est passé cette expression, cette grandeur de la France dans les petites peintures sans ambition des autres ? Elle a disparu ! Oui, Monsieur ! Disparu !! Quel drame, quelle infâmie ! Tout sur cette toile est synonyme de perfection, de finesse. Admirez cette barbe, cette fraise ! L'ensemble n'est-il pas majestueux ? Et ici, l'artiste y a peint ce sourire, discret. Oui ! Vous le reconnaissez j'en suis persuadé ! Puisque vous et moi avons le même lorsque nous savons que nos plans vont fonctionner. Et ce tableau, nom d'une pipe, il est parfait pour nous rappeler que si à l'époque, des hommes avaient été engagés comme nous devons l'être, ce sagouin de Ravaillac dormirait entre quatre planches, troué comme une passoire avant d'avoir pu dire un traître mot !


Il frappa du poing sur son bureau, emporté par son élan. Puis, comprenant qu'il portait la conversation vers l'ennui profond, il agita la main dans l'air, nonchalamment et ouvrit un tiroir de son bureau d'où il sortit une boite fermant à clé. Il l'ouvrit et en sortit du chocolat. Il fit signe à François et lui dit :

- Allons, cessons de palabrer... venez ici mon petit... J'ai pour vous un remède absolu contre l'anxiété ! Tenez, goûtez, c'est du chocolat... un peu amer, mais vous vous y ferez !

Il croqua une graine avec gourmandise et il poursuivit, sur un ton léger :

- Diantre, à propos de chocolat, connaissez-vous la marquise de Coëtlogon ? J'imagine que oui, avec vos entrées à la Cour... Vous avez probablement entendu qu'elle avait mis au monde son enfant. Saviez-vous que le bébé était noir ? Oui noir ! Comme le conduit de cette cheminée ! Vous voyez la marquise et son mari ? Comment vous ne les connaissez pas ? Mais enfin voyons, ils sont immanquables ! Avez-vous déjà erré dans une église ? Vous voyez le linceul ? Et bien voilà le teint de peau des deux olibrius ! Devinez ce qu'a clamé la dame pour justifier la couleur de son rejeton ? Qu'elle avait trop abusé de chocolat ! J'aimerais bien voir la tête du mari, moi ! Haha !

François vivait un moment très rare. Car Charles n'était pas du genre à rire en temps normal. Espiègle, il mit une autre graine de cacao dans sa bouche et il dit :

- Voilà qui est fort de café, n'est-ce pas ? Ha ha !

Il se laissait tomber sur un fauteuil et invita Froulay à faire de même.

- Mais dites-moi, et vous ? Comment vous portez-vous ? J'ai ouï dire que Monsieur bousculait souvent le protocole... ceux qui passent devant... ceux qui passent derrière... Tout va bien ?

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MessageSujet: Re: Leçon de choses [Charles]   27.11.15 22:53

Etre de retour à la caserne donnait un étrange sentiment à François. Un sentiment d’inachevé. Il était venu pour devenir mousquetaire, et se retrouvait marquis, capitaine des gardes de Monsieur. Le jeune homme savait que les voies du Seigneur étaient impénétrables, mais il se demandait où il se rendait en continuant dans cette direction. Une promotion, un cœur brisé, une seconde promotion… Pour revenir dans ce bureau où tout avait commencé. C’était bien ironique, quand on y réfléchissait. Et pourtant, face à son ancien capitaine, François se sentait toujours autant débutant. C’était tellement déroutant. Charles, lui, prenait toujours les choses simplement. C’était ce qu’il était, au fond. Une chose qui ne changeait pas malgré le temps qui passait, et ça avait un côté rassurant. Les choses, non plus, ne changeaient pas, comme figées dans le temps. Comme le tableau du vieux roi Henri, grand-père de Louis XIV, devant lequel Charles d’Artagnan était campé et qui semblait l’avoir fait se perdre dans ses pensées. Après un après-midi aussi intense que celui qu’ils venaient de passer, cela paraissait normal de déconnecter un peu, et François avait plutôt envie de filer dans les bras de Morphée, qui lui servait de seule compagnie depuis que Claire et lui avaient rompu tout contact. Mais ces soirées tranquilles étaient tellement rares, surtout avec un homme qui le comprenait aussi bien. François n’allait pourtant pas abuser, et ne comptait rester qu’une petite demi-heure de plus, au maximum. C’était sans compter la capacité à digresser du capitaine des mousquetaires, François aurait dut s’en rappeler.

- Des modifications ? Parbleu non ! Certains songent à refaire les tapisseries de ce bureau ! Mais je le refuse ! Ils veulent me remplacer mon nacré par du bordeaux ! Au diable les bordelais ! Qu'ils restent en Aquitaine nom de Dieu ! Je garderais mon nacré jusqu'à la mort ! Montjoie ! Saint Denis ! Que je trépasse si je faiblis ! A les entendre, ils aimeraient aussi donner un coup de balai ! Et me retirer mes tableaux ! Jeanne d'Arc, Louis notre bien-aimé et pis encore ! Henri IV !

François se retint de rire devant la véhémence de son ancien officier supérieur. Fidèle à lui-même. Et il n’allait pas éviter une nouvelle envolée lyrique sur l’ancien roi.

- Ce portrait, c'est tout un symbole ! Que dis-je ? C'est plus que cela ! Regardez un peu le coup de pinceau, la taille des bordures ! Il y a là sur cette toile un véritable trésor ! Tous les autres tableaux vous montreront feu Henri sous un profil qui ne lui sied guère ! Ici, nous avons le contrepied et cela change tout ! Observez bien la ligne directrice de son armure ! Elle se fond dans le décor, quasi invisible. Voyez ce regard, affûté, intelligent ! Le même que celui que nous lisions chez Louis XIII, et chez son garçon ! Où est passé cette expression, cette grandeur de la France dans les petites peintures sans ambition des autres ? Elle a disparu ! Oui, Monsieur ! Disparu !! Quel drame, quelle infâmie ! Tout sur cette toile est synonyme de perfection, de finesse. Admirez cette barbe, cette fraise ! L'ensemble n'est-il pas majestueux ? Et ici, l'artiste y a peint ce sourire, discret. Oui ! Vous le reconnaissez j'en suis persuadé ! Puisque vous et moi avons le même lorsque nous savons que nos plans vont fonctionner. Et ce tableau, nom d'une pipe, il est parfait pour nous rappeler que si à l'époque, des hommes avaient été engagés comme nous devons l'être, ce sagouin de Ravaillac dormirait entre quatre planches, troué comme une passoire avant d'avoir pu dire un traître mot !

-Du moment qu'il ne s'agit pas du quartier de la Perverie, marmona François, amusé. Heureusement, Charles ne l'entendit pas.

Ce quartier de Paris, proche du Louvre, avait été surnommé la Perverie parce que le bon vieux roi Henri avait pour habitude d’y rejoindre ses maîtresses et d’y faire des choses peu recommandées par l’Eglise avec elles. Il ne valait mieux pas provoquer le capitaine, qui serait reparti dans une nouvelle digression.

- Allons, cessons de palabrer... venez ici mon petit... J'ai pour vous un remède absolu contre l'anxiété ! Tenez, goûtez, c'est du chocolat... un peu amer, mais vous vous y ferez !

François le rejoint, et goûta au morceau de chocolat. Il n’osa pas non plus dire qu’il connaissait déjà, Monsieur s’en faisant livrer. Il n’était pas très inconditionnel de la chose, le goût lui paraissant plus qu’étrange.

-Diantre, à propos de chocolat, connaissez-vous la marquise de Coëtlogon ? J'imagine que oui, avec vos entrées à la Cour... Vous avez probablement entendu qu'elle avait mis au monde son enfant. Saviez-vous que le bébé était noir ? Oui noir ! Comme le conduit de cette cheminée ! Vous voyez la marquise et son mari ? Comment vous ne les connaissez pas ? Mais enfin voyons, ils sont immanquables ! Avez-vous déjà erré dans une église ? Vous voyez le linceul ? Et bien voilà le teint de peau des deux olibrius ! Devinez ce qu'a clamé la dame pour justifier la couleur de son rejeton ? Qu'elle avait trop abusé de chocolat ! J'aimerais bien voir la tête du mari, moi ! Haha !

François rit en cœur.

-Il est vrai que nous en avons parlé, Monsieur en était fort amusé, Madame s’en est bien moquée, et on en fait des gorges chaudes de Saint-Cloud à Versailles, chacun essayant de comprendre ce qui a bien pu se passer, et cherche à se faire inviter pour voir à quoi l’enfant ressemble vraiment.

Boire trop de chocolat… Ce que les courtisans allaient inventer… Leur rire s’éteint tranquillement, et Charles fit signe à François de s’asseoir à son côté. Il y avait de quoi se sentir flatter, et effectivement, le jeune homme ne perdait pas une miette de l’instant. On ne savait jamais combien de temps cela pouvait durer.

-Mais dites-moi, et vous ? Comment vous portez-vous ? J'ai ouï dire que Monsieur bousculait souvent le protocole... ceux qui passent devant... ceux qui passent derrière... Tout va bien ?


François haussa les épaules. Comment résumer ces derniers mois ? Innocemment, sans relevé la pensée incongrue qu’il n’aurait jamais imaginée dans l’esprit de Charles, François répondit le plus sincèrement du monde.

-Eh bien, c’est assez spécial. Les premiers mois ont été complètement fous, les mignons de Monsieur sont incontrôlables et très envahissants, c’est à vous mettre sens dessus-dessous… Ca joue à colin tampon dans tous les couloirs et c’est un miracle d’arriver à les éviter.

Le jeune homme fit une pause, sans se rendre compte de la double conversation qu’il entretenait et des fausses idées qu’il pouvait être en train de mettre dans l’esprit de son ancien supérieur. Il soupira, et observa le feu quelques instants avant de reprendre.

-Monsieur est quelqu’un de bon, mais il aime la fête, la préséance, et tout ce qui touche au décorum. Tout est important à ses yeux, même – surtout – le superficiel. C'est peut-être une goutte d'eau dans le désert, oui mais c'est sa raison d'être, et c’est épuisant parfois.

François ne regardait pas vraiment Charles et ne pouvait pas se rendre véritablement compte de l’air ahurit qu’il était en train de prendre sur son visage.

-Mais maintenant que ma place y est faite, j’y suis bien, même si je regrette ces murs qui me manquent souvent.

Pour François, la conversation était la plus normale du monde. Il était à mille lieux de s’imaginer ce qui se passait dans la tête de Charles d’Artagnan.

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MessageSujet: Re: Leçon de choses [Charles]   31.01.16 11:30

Il était de notoriété publique que Charles d'Artagnan n'avait pas un esprit extrêmement ouvert. En tout cas, pas en public. En privé, il acceptait certaines choses, raisonnables, pour lui, c'est à dire que ses fils aillent séduire des filles du peuple, qu'à la rigueur, l'élue de leur coeur tombe enceinte peu de temps avant le mariage, même s'il avait copieusement vociféré après Alexandre lorsque cela arriva avec Marine... A l'extrême rigueur, il pouvait accepter que les événements ne soient pas en concordance parfaite, mais ça ne l'empêchait pas de ronchonner. Par contre, s'il y avait quelque chose qui n'aurait jamais pu passer, c'était le mal italien. Fort heureusement, les deux fistons n'en souffraient pas ! C'est probablement parce qu'il voyait François comme un troisième fils qu'il se montrait curieux sur la question. Nul ici n'ignorait que Monsieur avait des moeurs particulières et qu'il se produisait souvent des actes inappropriés avec les mignons. Bon, à chacun sa façon de s'occuper... le Roi tolérait bien ces pratiques douteuses, par amour pour son frère, sans nul doute. Enfin quand même, avoir ce genre de "tare" dans la famille, non merci. Charles se montra donc attentif et interpréta les propos de son "protégé" au premier degré... pas forcément le plus adapté...

- Eh bien, c’est assez spécial. Les premiers mois ont été complètement fous, les mignons de Monsieur sont incontrôlables et très envahissants, c’est à vous mettre sens dessus-dessous… Ca joue à colin tampon dans tous les couloirs et c’est un miracle d’arriver à les éviter.

Comment ça complètement fous ??? Il tiqua sur le propos, et son esprit aiguisé se mit aussitôt à voir des mots cachés... Mignons très envahissants ? Parbleu ! Mais comment diable pouvait-il l'assumer ? Paradoxalement, le sentiment qui dominait Charles en cet instant ne fut pas la déception ou la colère mais plutôt l'inquiétude ! Il allait avoir du mal à monter à cheval ! Tiens, à propos, comment était-il venu ? D'Artagnan n'avait pas fait attention... mais il doutait que François ait voyagé sur sa monture... ou alors, il avait mis une selle rembourrée ! Il avait déjà entendu deux "tantes" en parler et vanter cette innovation ! Tout de même, l'idée que Froulay ait si peu de bonne tenue, le laissait perplexe ! C'est vrai, il n'était pas du tout le genre d'homme à passer devant ! Au contraire, il était un combattant, un guerrier, un homme quoi ! Non, Charles était troublé et la suite ne l'aida pas à y voir plus clair...

- Monsieur est quelqu’un de bon, mais il aime la fête, la préséance, et tout ce qui touche au décorum. Tout est important à ses yeux, même – surtout – le superficiel. C'est peut-être une goutte d'eau dans le désert, oui mais c'est sa raison d'être, et c’est épuisant parfois.

Sa raison d'être, sa raison d'être ! Et puis quoi encore ! Monsieur était quelqu'un d'étrange et à la vérité, Charles l'avait toujours trouvé un peu malsain ! On ne se balade pas telle une diva dans Versailles, en tolérant d'être suivi par des jeunes hommes en pâmoison ! Pas lorsque l'on est le frère du Roi de France ! Franchement, était-ce acceptable pour un grand pays comme le leur qu'un prince fracasse des vases pour des histoires sans importance ? On pouvait aimer le superficiel mais pas avec autant d'excès. Enfin bon, Louis acceptait cela, alors... qui était-il pour contester ? Tant que l'olibrius restait à bonne distance de lui, ça lui convenait...

- Mais maintenant que ma place y est faite, j’y suis bien, même si je regrette ces murs qui me manquent souvent.

Charles secoua la tête et s'exclama :

- Seigneur ! Fichtre et foutre ! Mais si vous regrettez tant ces murs, je puis vous sauver des griffes, ou autres bouts plus ou moins pointus, de ces mignons ! Vous le savez, François, vous n'avez qu'à me demander et je vais voir le Roi ! Séance tenante ! Bon il me faudra un document écrit et signé de votre main mais il sachez qu'il ne sera jamais trop tard ! Tout peut s'oublier et cette parenthèse peut se refermer aussi vite qu'une moule tenace dans l'eau bouillante !

Il tapa du poing sur la table, pour marquer sa détermination. Et puis, comme François restait silencieux, il surenchérit :

- Vous le savez, François, ici nous sommes une famille ! Et en famille, c'est pas sale que d'envisager d'aller à confesse et de repartir du bon coté ! Mais qui peut dire je t'aime donc je suis ? Qui peut dire qu'il existe ? Et le dire pour la vie ? Si ce n'est un homme ? Valeureux et vaillant ? Un homme qui jouit ! De ses principes et de son honneur ! Non vraiment, je réfléchis et je me dis qu'il ne tiens qu'à vous de m'en toucher deux mots et je m'occupe de tout le reste !

Il lui tapa sur l'épaule, d'un air paternel et compréhensif. Bon il n'aurait jamais eu autant de patience et de tolérance avec l'un de ses fils. Mais c'était différent, on aurait touché à son sang. François, bien qu'il compte beaucoup pour le vieil homme, ne suscitait pas les mêmes émotions et les mêmes attentes.

- Par tous les saints bordels de Rome ! En tout franchise, François, dites-moi que vous n'êtes jamais allé à Naples sans passer par les ponts !

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Dernière édition par Charles D'Artagnan le 06.04.16 23:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Leçon de choses [Charles]   16.02.16 15:32

Si François avait su ne serait-ce qu'un instant le trouble qu'il jetait dans l'esprit de son ancien supérieur, nul doute qu'après avoir été choqué quelques instants, il se serait vite rattrapé en lui expliquant que non, rien de ce que Charles d'Artagnan n'imaginait ne s'était passé, grand Dieu! A vrai dire, la conversation à double sens pouvait avoir un certain comique vue de l'extérieur, mais aucun des deux partis présents ne comprenait là où l'autre voulait en venir. Vraiment, c'était le flou le plus total, chacun continuant sur son cheminement de pensée en pensant que l'autre le suivait parfaitement. Et, suivant ce schéma, François continuait à parler de son expérience comme nouveau capitaine de Monsieur, utilisant les mots pour ce qu'ils étaient, sans songer un seul moment que le capitaine des mousquetaires y cherchait un sens caché, comme une conversation à double sens qui en fait n'en avait qu'un seul. François n'était pas l'homme le plus décontracté du monde. Au contraire, il détonnait complètement dans ce monde décomplexé qu'était Saint-Cloud. Mais il avait tout de même la connaissant des mœurs de son époque qui faisaient qu'il savait tenir ce genre de conversation, et connaissait même pas mal de chansons paillardes. Pourtant, pas un seul instant, il n'aurait imaginé tenir une conversation avec Charles d'Artagnan comme celui-ci pensait l'avoir, oh que non! Charles représentait l'autorité et le sens du devoir, pas la dépravation qui n'avait rien de naturellement acceptée à leur époque. Bref, ceci était totalement inconcevable, avec Charles. Voilà pourquoi, à aucun moment, François ne se rendait-il compte du double sens de ses paroles.

Assis sur son fauteuil, un verre à la main, il ne regardait d'ailleurs pas toujours son interlocuteur dans les yeux, chose qui, s'il l'avait faite, l'aurait peut être aiguillé sur les éclaircissements à donner à leur sujet de conversation. Mais il n'en était rien. Tout à ses souvenirs, à sa propre analyse et à celle de son récent changement de vie, il ne faisait guère attention à l'expression du visage de Charles et à ses évolutions. De surprit, il était devenu choqué, inquiet, et il s'en suffisait désormais de peu pour qu'on y trouve l'horreur. Chose que François, malgré son habitude à juger les caractères, due à son emploi de sécurité, ne remarqua pas le moins du monde. Le jeune homme songeait d'ailleurs qu'il allait être temps de prendre congé, peut être, et de se retirer, pour être capable de se lever le lendemain matin et continuer les préparatifs visant à la sécurité du convoi partant pour Chambord, car il était un homme de devoir. Mais Charles continuait à le presser de questions, questions qui devenaient de plus en plus surprenantes et qui éveillaient l'inquiétude du jeune homme: le légendaire mousquetaire était-il en train de perdre le sens du commun? Non, cela ne se pouvait. Il avait trop le sens du respect de sa charge pour songer un seul instant à la mettre en péril de la sorte. François devait être en train de se faire des idées.

- Seigneur ! Fichtre et foutre ! Mais si vous regrettez tant ces murs, je puis vous sauver des griffes, ou autres bouts plus ou moins pointus, de ces mignons ! Vous le savez, François, vous n'avez qu'à me demander et je vais voir le Roi ! Séance tenante ! Bon il me faudra un document écrit et signé de votre main mais il sachez qu'il ne sera jamais trop tard ! Tout peut s'oublier et cette parenthèse peut se refermer aussi vite qu'une moule tenace dans l'eau bouillante !

François sursauta au poing frappant la table, fronçant les sourcils, ne comprenant pas son émoi soudain. N'était-ce pas Charles qui lui avait demandé de lui raconter sa nouvelle charge et qui l'avait poussé à accepter le poste quand celui-ci s'était présenté au jeune maréchal des logis qu'il était alors?

- Vous le savez, François, ici nous sommes une famille ! Et en famille, c'est pas sale que d'envisager d'aller à confesse et de repartir du bon coté ! Mais qui peut dire je t'aime donc je suis ? Qui peut dire qu'il existe ? Et le dire pour la vie ? Si ce n'est un homme ? Valeureux et vaillant ? Un homme qui jouit ! De ses principes et de son honneur ! Non vraiment, je réfléchis et je me dis qu'il ne tiens qu'à vous de m'en toucher deux mots et je m'occupe de tout le reste !

François resta coi. Non pas qu'il ne savait quoi répondre, mais le revirement d'humeur de Charles d'Artagnan le laissait pantois. Que lui arrivait-il soudain? Que se passait-il dans l'esprit du capitaine des mousquetaires? Le jeune homme réfléchissait à toute vitesse, tout en songeant que non, il devait trop à Monsieur pour le laisser ainsi et changer de poste pour revenir là où il était avant. Après tout, ne l'avait-il pas fait marquis, preuve s'il en était de sa confiance en lui? Mais quel était le rapport avec la confession, la pêche à la moule, les principes et l'honneur? Le jeune homme tentait de raccrocher les bouts de ficelles qu'on lui tendait tant bien que mal, quand Charles reprit, lui donnant encore plus des raisons de s'inquiéter:

- Par tous les saints bordels de Rome ! En tout franchise, François, dites-moi que vous n'êtes jamais allé à Naples sans passer par les ponts !

Il lui tapota l'épaule d'un air compatissant, ajoutant à la confusion du jeune capitaine. Mais de quoi parlait-il?

-Euuh... je... je ne suis jamais allé en Italie. Et puis, Naples sans passer par les ponts... Je ne connais pas bien la géographie du pays mais cela me parait un horrible voyage bien compliqué... Naples est si loin, qu'irait y faire un mousquetaire comme moi?


François, les sourcils froncés, releva les yeux vers Charles qui se tenait à son côté.

-Je vous demande pardon, Monsieur, mais ... je ne suis pas certain de vous suivre. Je suis très bien chez Monsieur le duc, vous-même m'aviez encouragé à prendre ce poste, qui, quoi qu'en me donnant de sérieux maux de crânes et faisant appel à toute ma patience, m'a aussi donné bien des satisfactions, et mon honneur est sans tâche, du moins je l'espère.

Vraiment, François ne comprenait plus rien à rien...

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MessageSujet: Re: Leçon de choses [Charles]   06.04.16 23:06

- Au diable la géographie ! Au diable les proéminences, les sommets, les montagnes ! N'êtes-vous point heureux dans ces vallées tièdes et douces, typiquement françaises ? Oubliez tout cela, voulez-vous ? Enfin, par le Diable, ne vous perdez pas dans les sentiers sinueux et obscurs ! Vous êtes un brave soldat, plein d'avenir, plein de talents ! Prenez garde à vos arrières, nom de Dieu ! Vous n'êtes pas mon garçon mais je vous considère comme tel. Alors croyez-moi, s'il advenait que vous vous perdiez, je viendrais moi-même vous botter les fesses. Oui botter, j'ai bien dit botter ! Ni plus, ni moins !

Il agita un doigt menaçant sous son nez, avec un regard plein de reproches. Il avait l'impression que François se payait sa tête et faisait mine de ne pas comprendre. Charles ne se rendait pas compte qu'ils ne parlaient pas du tout de la même chose. Il caressa sa barbe drue, songeur en grommelant un tas d'obscénités incompréhensibles et prêchis-prêchas animés, comme possédé par une colère sourde dont lui seul, il fallait bien l'admettre, avait le secret. Oh oui, le vieux Mousquetaire était en pétard que son protégé ait pu succomber à la perversion et se retrouver désormais habité, au propre comme au figuré, par une montagne de pêchés. Pas lui, non, il refusait d'y croire ! Il se mit à tapoter le bois de la table, dans un silence pesant, que François fut bien obligé de rompre à un moment donné.

- Je vous demande pardon, Monsieur, mais ... je ne suis pas certain de vous suivre. Je suis très bien chez Monsieur le duc, vous-même m'aviez encouragé à prendre ce poste, qui, quoi qu'en me donnant de sérieux maux de crânes et faisant appel à toute ma patience, m'a aussi donné bien des satisfactions, et mon honneur est sans tâche, du moins je l'espère.

Et allons-y pour le coup de grâce ! Charles, debout, Charles, pâlissant, se laissa tomber sur sa chaise qui émit un sinistre craquement. Il avait le souffle court, celui de l'homme qui vient d'apprendre une terrible nouvelle. Il passa une main sur son visage, et l'air habité par l'esprit sain, il déclama, laconique :

- Le secret qui guérit, mais qu’en toi Dieu le donne. Si Dieu te l’a repris, va ! Renonce au bonheur ! Renonce au bonheur ! Et les curetons qui clament que les voies du Seigneur sont impénétrables... quel malheur, mais quel malheur !

A ce moment là, on entendit frapper à la porte. Charles resta silencieux, impassible, comme transporté ailleurs sur une autre planète. Regardant François l'oeil hagard il s'exclama alors :

- Que diable allait-il faire dans cette galère ? Il ne songeait pas à ce qui est arrivé... il ne le pouvait...

Un messager entra dans la pièce, pensant que l'éclat de voix l'y avait invité. D'Artagnan ne sembla pas avoir remarqué la présence de l'homme qui pourtant lui tendait une missive sous le nez. Et il enchaina, en regardant François dans les yeux :

- Ecoutez-moi... Peu importe les satisfactions qu'il vous concède, je n'ai pas l'intention de les surpasser. Il est vrai que je vous ai encouragé à accepter ce poste, mais c'était avant que je n'apprenne que vous étiez contraint à cotoyer autant de tantes princières et je vous parle de la famille, pas du bâton que l'on monte lors d'ébats guerriers et sauvages pour abriter toute une compagnie ! Il vous suffi de me demander, et je mettrais un terme à cela, je vous l'assure. Le Roi m'entendra et je suis certain que votre réussite lui importe ! Parbleu, quelle tragédie ! Un jeune homme prometteur comme vous, rester à genoux devant un Duc, quand bien même fut-il le frère de Sa Majesté ! On ne laisse pas traîner son sceptre à vue ! C'est indécent, nom de Dieu !!! Cela ne se fait guère ! Cela ne se conçoit guère ! Vous n'êtes ni un laquais, ni un gibier ! Souvenez-vous, mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux !

- Hum... Monsieur...

- Quoi encore ? Qu'est-ce vous avez, vous ? Vous ne voyez pas que je suis occupé ?

Charles s'était tourné furieux et le visage rouge de colère pour foudroyer du regard le malotru qui avait osé lui couper la parole.

- Une lettre importante, Monsieur... D'importantes informations...

- Et bien donnez-la moi imbécile ! Et débarassez moi le plancher, voulez-vous ! Je suis en réunion ! Et de la plus haute importance ! Par le borgne, qu'ont-ils fait de la politesse ?

L'homme quitta la pièce sans demander son reste. Charles fit tourner la lettre entre ses doigts. Et leva le doigt. Mais aucun mot ne sortit de sa bouche. Il avait perdu le fil. Il se mit à agiter la lettre sous le nez de François sans un mot, cherchant ce qu'il voulait dire. Au bout qu'une bonne minute, il s'énerva :

- Eh bien parlez, dites quelque chose ! Ne restez pas là à me regarder avec vos yeux ébahis, comme si vous me découvriez pour la première fois ! Du flegme bonhomme ! Mettez-y de l'entrain, du va-et-vient que diable ! Où en étions-nous ? Bon sang, ils vont finir par me rendre complètement fou ! A l'instar de ce traître de Ferdinand ! Et après, c'est moi que l'on va envoyer à la Perverie ! Las, ça suffit ! Taisez-vous donc et buvons !

Charles se dirigea vers une grande armoire d'où il sortit une bouteille de tord-boyaux qu'il posa sur la table, avec deux coupes en étain. Il avait l'air absent. En fait, il essayait de se rappeler de ce dont il parlait juste avant d'être interrompu. Il désigna le courrier et dit à François :

- Vos yeux sont plus vaillants que les miens. Lisez donc cette missive, voulez-vous ?

Ce qu'il ignorait, c'est que dans la lettre, envoyée par un de ses hommes de mains, on lui relatait que les enfants d'Alexandre allaient bien et que selon toute vraisemblance, Marine, sa femme avait été assassinée par deux hommes, dont l'un était en passe d'être appréhendé. Mais ça, Charles ne s'en doutait pas. Il servit François puis remplit son verre. Au fond de lui il bouillait d'avoir oublié de dont ils parlaient. Mais peut-être que François allait remettre l'affaire sur le tapis.

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MessageSujet: Re: Leçon de choses [Charles]   12.04.16 17:53

François ne comprenait plus rien à rien. Charles semblait être parti dans des élucubrations incompréhensibles de quiconque autre que lui, et le jeune capitaine, récemment fait marquis, ne pouvait plus le suivre. Il semblait y avoir une chose que seul le vieux capitaine des mousquetaires comprenait et qui échappait au jeune homme qu'il avait jadis prit sous son aîle. François se demandait bien ce à quoi Charles pouvait penser. L'aurait-il comprit, il aurait été horrifié, pire, dégoûté de savoir ce qui avait pu ne serait-ce qu'effleurer l'esprit d'Artagnan alors qu'ils venaient de finir leur réunion. Mais enfin! Pourquoi tant de hargne, de hurlements et d'incompréhension? Il y avait bien là quiproquo et si François avait cherché à savoir, désormais que Charles était bien trop énervé, la chose lui paraissait bien inutile et mieux vallait tout simplement ramener le capitaine à des sentiments plus... présents. François ne savait comment mettre fin à ce sujet bien incompréhensible de lui où les réflexions du capitaine d'Artagnan semblaient le pousser chaque fois un peu plus loin, pire que là où il était jusque là. Quand il parlait de lui botter les fesses, François ne comprenait pourquoi il aurait droit à un tel traitement, ni pourquoi Charles lui parlait encore d'Italie, ou de quelque autre pays Européen, alors que François n'avait connu que la France, et le front au plus lointain. Charles était-il en train de perdre la tête? François ne l'espérait pas, il n'aurait plus manqué que cela... Non, vraiment, ça n'était pas le moment!

- Le secret qui guérit, mais qu’en toi Dieu le donne. Si Dieu te l’a repris, va ! Renonce au bonheur ! Renonce au bonheur ! Et les curetons qui clament que les voies du Seigneur sont impénétrables... quel malheur, mais quel malheur !

Mais enfin, de quoi parlait-il? On frappa à la porte, et François s'osa espérer être délivré des élucubrations incompréhensibles de cet homme que pourtant il admirait, et qu'il considérait comme son père spirituel.

- Que diable allait-il faire dans cette galère ? Il ne songeait pas à ce qui est arrivé... il ne le pouvait...

On entra dans la pièce, mais Charles ne sembla pas y faire attention, au contraire, il fixait toujours François, avec cet air impénétrable qui le caractérisait et François n'osait pas détourner les yeux.

- Ecoutez-moi... Peu importe les satisfactions qu'il vous concède, je n'ai pas l'intention de les surpasser. Il est vrai que je vous ai encouragé à accepter ce poste, mais c'était avant que je n'apprenne que vous étiez contraint à cotoyer autant de tantes princières et je vous parle de la famille, pas du bâton que l'on monte lors d'ébats guerriers et sauvages pour abriter toute une compagnie ! Il vous suffi de me demander, et je mettrais un terme à cela, je vous l'assure. Le Roi m'entendra et je suis certain que votre réussite lui importe ! Parbleu, quelle tragédie ! Un jeune homme prometteur comme vous, rester à genoux devant un Duc, quand bien même fut-il le frère de Sa Majesté ! On ne laisse pas traîner son sceptre à vue ! C'est indécent, nom de Dieu !!! Cela ne se fait guère ! Cela ne se conçoit guère ! Vous n'êtes ni un laquais, ni un gibier ! Souvenez-vous, mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux !

François allait répliquer, prêt cette fois à défendre Monsieur, bien qu'il était son premier détracteur lorsqu'il vivait à Saint-Cloud, mais l'homme entré dans la pièce l'en empêcha.

- Hum... Monsieur...

- Quoi encore ? Qu'est-ce vous avez, vous ? Vous ne voyez pas que je suis occupé ?


Voilà l'attention de Charles détourné, et François, agacé, de se voir critiqué, de voir son maître jugé, de ne rien comprendre et de ne pas pouvoir s'expliquer, se vit tout de même soulagé de voir l'entretien écourté.

- Une lettre importante, Monsieur... D'importantes informations...

- Et bien donnez-la moi imbécile ! Et débarassez moi le plancher, voulez-vous ! Je suis en réunion ! Et de la plus haute importance ! Par le borgne, qu'ont-ils fait de la politesse ?

Le messager tendit la lettre et fila au plus vite, ne semblant pas prêt à supporter une critique ou colère de son supérieur. La porte claqua, et de nouveau, ils furent seuls.

- Eh bien parlez, dites quelque chose ! Ne restez pas là à me regarder avec vos yeux ébahis, comme si vous me découvriez pour la première fois ! Du flegme bonhomme ! Mettez-y de l'entrain, du va-et-vient que diable ! Où en étions-nous ? Bon sang, ils vont finir par me rendre complètement fou ! A l'instar de ce traître de Ferdinand ! Et après, c'est moi que l'on va envoyer à la Perverie ! Las, ça suffit ! Taisez-vous donc et buvons !

François avait à peine eut le temps d'ouvrir la bouche. Et il se demandait bien qu pouvait être ce "traitre de Fredinand". Anglerays? Peut être... Charles sorti une bouteille et deux verres qu'il servit, regardant la missive distraitement. Il ne semblait même plus se rappeler de leur conversation. C'était à n'y rien comprendre. Enfin, François devait sans doute se sentir soulagé, cette conversation sans queue ni tête allait lui donner des maux de crâne.

- Vos yeux sont plus vaillants que les miens. Lisez donc cette missive, voulez-vous ?

Tout en gardant les yeux sur Charles d'Artagnan, François saisit le bout de papier, et décacheta la missive, qu'il parcourut distraitement. Mais peu à peu les mots semblaient laisser une présence dans son esprit et il comprit enfin ce qu'il lisait.

-Monsieur, les enfants de votre fils Alexandre, ils sont en vie!


Devant l'air éberlué de Charles, François se leva pour lui tendre la lettre.

-Tenez, ici, lisez!

Comme tout le monde, François connaisait cette rumeur, prise pour fait, qu'Alexandre d'Artagnan avait tué femmes et enfants. Depuis, il aviat disparu. Nul de savait où ni comment, mais depuis des mois, il courrait. Froulay n'avait jamais cru à cette rumeur, c'était impossible. Comment Alexandre aurait-il pu faire une chose pareille? Voyant la tête de Charles, qui avait viré au blanc, puis au rouge, et qui maintenant avait les larmes aux yeux, François jugea utile de se retirer. Et il ne connaîtrait jamais le fin mot de cette histoire de ponts en Italie, mais peut être valait-il mieux...


FIN DU RP

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