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 Marie-Louise de Chevreuse ~ le diable au corps

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« s i . v e r s a i l l e s »
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L U C I F E R
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MessageSujet: Marie-Louise de Chevreuse ~ le diable au corps   14.10.15 14:44


Marie-Louise, Anne de Lorraine

(Lou de Laâge)



23 ans ♔ Baronne de Retz, demoiselle de Chevreuse et aventurière ♔ Françaises et italiennes ♔
Célibataire ♔ Catholique par éducation, athée en pratique, avec quelques relens de jansénisme par idéaux ♔ Hétérosexuelle
♔ Main de l'Ombre ♔


(« Un homme qui ne se fie pas à soi-même ne se fie véritablement à personne. »)


Quelques questions de protocole ...  


♔ ÊTES PLUTÔT PARIS OU VERSAILLES ?

Si Paris est la ville d'une partie de mon enfance, si elle me renvoie à un passé heureux ou agrémenté des aventures maternelles, aujourd'hui, je préfère Versailles. Un panier de crabes, un nid de vipères, un lieu grouillant des moindres petits ragots, potins, intrigues de toute sorte. Je me délecte de ces menus plaisirs, mais goutte surtout aux plus importants. Derrière le masque d'une cour aux pieds de son roi, les conspirations guettent, se trament et s'ourdissent.
J'aime Versailles. Ses fêtes, son enivrement, son tourbillon de plaisirs et ses conspirations. J'y trouve mon compte et mon quotidien.
Pour autant, je ne boude jamais la vieille Paris, qui m'accueille toujours avec bienveillance, et sait me reposer des heures grouillantes de Versailles.

♔ CROYEZ VOUS AU COMPLOT ?

Je ne peux qu'y croire. J'en suis l'une de ses âmes les plus ferventes. Je suis née dans la conspiration, j'ai grandi en son sein. Bon sang ne saurait mentir, et je ferais honte à mes aïeux si je décidais de tourner le dos aux intrigues, quand bien même ils se soient rangés des affaires.
Hector de Valois n'a pas du me séduire pour me compter à ses côtés. J'ai rejoins la Main de l'Ombre par vengeance, par volonté de nuir à ceux qui ont nuit aux miens. Des parents exilés, enfermés, traqués comme des criminels, manipulés: la reine a agit lourdement pendant la Fronde, et son fils poursuit aujourd'hui son oeuvre, et celle de l'Italien. Si Hector n'est plus, Victor d'Amboise est aujourd'hui celui que je sers avec ambition.

♔ VOUS SENTEZ VOUS PLUS COMME UNE DOUCE COLOMBE OU UNE GROSSE VIPÈRE ?

Ne soyons pas manichéens. Je ne suis pas foncièrement mauvaise. Mon éducation a bien été trop parfaite pour que je sorte de cette voie. Mais mon caractère est celui de mes parents: frondeur et rebelle. Si je suis une colombe envers ceux que je cotoie et que j'apprécie, je n'en reste pas moins méfiante envers chacun, et sais que je ne peux compter que sur mes propres talents: je deviens vipère dès qu'il s'agit de me protéger. Voyez-vous cette Adélaïde de Vogüé? Auprès d'elle, je me sens prête à mordre. Ces douces innocentes m'exaspèrent par leurs minauderies si parfaite. Elle se dit vierge? Je suis prête à prouver qu'elle a tort de s'en vanter: elle est, à mes yeux, inutile à notre cause. Elle n'est pas une ennemie, elle est simplement un petit caillou dans ma chaussure, que je souhaite ôter.
Mon visage innocent et pur est celui d'une colombe, mais voyez, tout se transforme.

♔ QU'AVEZ VOUS A DIRE SUR LA GUERRE ?

J'ai servi le complot. Je l'ai servi coeur et âme, prête à partir à Nancy chercher des billets pour mettre à mal des réputations! Française, mon grand-père ne reste pas moins un Guise, et il m'était aisé de quitter ma patrie pour une autre, tournant le dos à l'une, quand je trahissais l'autre. La trahison est un jeu d'enfant qui s'apprend vite, et dont l'on prend rapidement goût. La guerre fut pour cela un terrain de jeu palpitant.

♔ QUELS SONT VOS LOISIRS ? AVEZ VOUS UN BUT PRÉCIS ?

-Equitation, chasse: la nature est nécessaire pour passer une agréable semaine.
-Ecriture, je cache mes courtes nouvelles sous un autre nom.
-Philosophie: j'ai découvert Montaigne bien tard, et rattrape ces années perdues.
-Protéger les victimes des ministres et des proches du roi, notemment les jansénistes. Je reste proche du peuple contre les pouvoirs des puissants.
-Chercher à obtenir une places intéressante au coeur de Versailles, pour le complot mais aussi pour elle-même
-Séduire les plus idiots et repousser quelques prétendants attirés par un simple nom.
-Placer Victor d'Amboise au plus près du pouvoir royal. Evincer Mézières et tout ce petit monde inutile.


Derrière le masque ...
♔ Corleone/Cie ♔ Vieux croûton ♔ Trop  :huh:
prout. ♔ J'ai connu les headers Photofiltre...♔ Marilou est une vraie gentille. En vrai de vrai.  :pliz:



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MessageSujet: Re: Marie-Louise de Chevreuse ~ le diable au corps   14.10.15 14:53


Mémoires du Grand Siècle



Mars 1952

En traversant les couloirs et les salles de l'hôtel de Chevreuse ce matin-là, l'on pouvait s'étonner de l'abandon des lieux. Boudoirs, antichambres, salons. Tout semblait vidé de toute présence humaine,  mais la vie reprenait lorsque l'on arrivait dans l'antichambre de Mademoiselle de Chevreuse. Femmes et médecins s'activaient de l'autre côté de la porte, d'où résonnaient des voix étouffées de douleur, alors qu'une silhouette courbée, vêtue de pourpre, marchait cent pas non loin des fenêtres, observant de temps à autre la rue grouillante.

-Vous êtes encore là ! Je vous croyais reparti chez le duc de Bouillon, quémander quelques places pour votre avenir !
La voix ironique et cinglante de la duchesse de Chevreuse coupa les réflexions de l'homme qui pivota pour toiser la bouillante Marie de Rohan. Elle avait refermé la porte de la chambre derrière elle.
-L'instant n'est pas à la politique, duchesse. Donnez-moi des nouvelles de votre fille.
-Vous voici bien inquiet de sa santé, se railla la duchesse ! Elle vous attendait depuis de nombreux mois. Même un seul pli de vous aurait suffit. Elle souffre, à présent...Elle retint un sanglot qui s'évanouit dans sa voix. Ma fille se meurt, et vous accourrez. Est-ce pour prendre soin de sa fille ? Ah le beau geste, s'exclama-t-elle d'une voix amère ! Seriez-vous si sensible à ce sujet que vous souhaiteriez finalement porter l'enfant sur les fonts baptismaux ? A moins que vous ne préféreriez être son parrain ? Aux yeux du monde, qui est en effet cet enfant ? Une bâtarde ! qu'une gourgandine de mère a eu avec un aventurier frondeur au visage inconnu ! Quel bel avenir pour un enfant de la race des Guise et des Rohan ! Alors, reprit la duchesse d'une voix sifflante, si elle avait un cardinal pour parrain, peut-être cela atténuerait son statut dont on ne pourra rien retirer.
-Cessez vos persiflages, gronda-t-il ! Vous savez ce que je n'ai pas promis à votre fille. Charlotte-Marie a choisi une voie que je lui déconseillais, mais peut-être a-t-elle préféré écouter les suppliques de son intrigante de mère, ou de son dernier amant, l'honorable Basile Fouquet ! Ne parlez donc pas de sa fille pour m'atteindre, duchesse. Cette bassesse n'est plus d'actualité, vous savez que votre fille a toujours refusé que quiconque s'approche de cette enfant. Il soupira, agacé de la tournure de la conversation. Mon statut ne me permet pas d'agir comme votre fille ou vous-même le souhaiteriez. Vous devez le comprendre.
-Si elle était née garçon, peut-être son sort aurait-il été plus enviable, répondit-elle en baissant sa garde. Où finira-t-elle...encouventée, pour cacher la faute de sa mère ? Et son père...saura-t-il un jour que sa fille expie ses aventures sous un voile ?
-Taisez-vous, duchesse !
-Alors assumez vos actes jusqu'au bout, Gondi ! Elle pointa un index sur le cardinal, les yeux enflammés. Je vous ai soutenu tous ces derniers mois, je vous ai obtenu le chapeau de cardinal grâce à mon entremise auprès de la reine ! Je vous ai épaulé contre le parti des Princes, car notre cause est bien plus honnête que la leur...ne soyez pas ingrat ! J'ai fermé les yeux sur la conduite de ma fille, prié pour ce qu'elle a osé commettre avec un homme d'Eglise ! A présent, faites que sa fille ne subisse pas les conséquences de vos fautes communes.

Elle se tut soudainement lorsque la porte de la chambre s'ouvrit à la volée, laissant passer le médecin, blême.
-Elle réclame sa fille, duchesse.



-Grand-mère, maman va mourir, n'est-ce pas ?
-Je crois que Dieu a décidé de la rappeler à lui aujourd'hui. Venez.

La fillette aux cheveux dorés s'approcha de son aïeule, la rejoignant sur un prie-dieu installé devant un petit autel improvisé.
-Monseigneur, vous ne priez pas avec nous, demanda l'enfant agenouillée, en se retournant? S'il vous plaît...les prières d'un cardinal iront peut-être plus rapidement jusqu'à Dieu que celles d'un enfant ?
Sans une parole, il les rejoignit, et l'antichambre fut plongé dans un pieu silence.

-Pourquoi êtes-vous venu, chuchota la fillette au cardinal ? Êtes-vous un ami de ma maman ?  Êtes-vous celui qu'elle m'a toujours interdit de voir lors vous lui rendiez visite ?
-En effet, mademoiselle.
-Pourquoi ne le voulait-elle pas?
-Nous nous sommes fâchés.
-Il ne faut pas, si l'on est amis. Il faut se réconcilier. Ou agir pour réparer sa faute si l'on est en tort.
-C'est pourquoi je suis là, répondit-il dans un sourire. Priez, à présent, ajouta-t-il en posant une main sur l'épaule de l'enfant.
[...]

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MessageSujet: Re: Marie-Louise de Chevreuse ~ le diable au corps   15.10.15 0:20


Mémoires du Grand Siècle



Août 1667

Les hauts murs de l'abbaye s'élevaient dans la plaine rase entourant Saint-Denis. Le carrosse noir s'arrêta devant les portes du lieu, et sautant à terre, un valet vint ouvrir la portière et abaissa le marchepied. Une silhouette encapuchonnée descendit précautionneusement les marches avant de faire un signe au valet, qui remonta près du cocher.
Quelques coups frappés sur la porte cochère résonnèrent dans la nuit.

-Qui est là ?  
-Annoncez mademoiselle de Lorraine-Chevreuse, pour monseigneur le cardinal.
-Il n'est pas là.
-Ne me prenez pas pour une imbécile, croyez-vous que j'aurai fais ces lieues si je n'étais certaine qu'il soit là, répondit la jeune femme agacée ? Je sais qu'il se terre ici depuis que le faquin italien a passé sa simarre à gauche.
Un soupir lui répondit. Le guichet grinça sur ses gonds et un vieux frère fit entrer la jeune femme.

-Suivez-moi, maugréa-t-il. Il l'emmena dans les couloirs glacés de l'abbaye, passant par le cloître, longea la chapelle, puis grimpa quelques degrés, avant d'atteindre une large porte ouvragée. Quelques coups frappés, puis la porte s'ouvrit sur l'appartement sur cardinal.
-Laissez-nous, répondit-il vaguement, absorbé par un travail d'écriture.

La jeune fille accompagna le moine d'un sourire hypocrite, et referma la porte, avant de se débarrasser de sa pelisse. Ses longs cheveux blonds se déversèrent sur ses épaules, et sa gorge pâle apparu sous les éclats des chandelles. Le teint rose et frais de la jeune femme lui donnait encore un jeune âge, mais derrière ses prunelles bleues, on pouvait y lire un âge adulte atteint bien plus tôt que prévu.

-Quel endroit lugubre, comment arrivez-vous à y vivre, commença-t-elle en s'asseyant face au bureau ? Elle joua avec un encrier que le prélat lui arracha des mains dans un geste d'impatience.
-Je termine et je suis à vous.
-Bien. En attendant, je vous conte la raison pour laquelle je suis ici ce soir. J'ai besoin d'une confession. La voix ferme de la jeune femme fit lever un sourcil au cardinal qui posa enfin sa plume. Il observa silencieusement cette jeune fille, si mûre et pourtant encore jeune. Elle n'était plus l'enfant qui avait prié à ses côtés, peut-être y-avait-il quinze ans de cela. Ses yeux étaient empreints de cette détermination propre à sa famille, cette flamme volontaire et butée, cette lueur aventurière.

Elle ressemblait à sa mère. Cette même bouche fière lorsqu'elle affichait cette petite moue dédaigneuse, ces mêmes prunelles d'azur, ce même sourire. Mais ce regard était différent de celui des Chevreuse. Un regard qui mêlait une froide détermination et un romantisme aventurier. Elle ressemblait à sa mère, mais en son sang bouillait un sang différent de celui de Charlotte. Un sang qu'il reconnaissait entre mille. Un genre de sang italien.

-Une confession, répéta-t-il après quelques secondes de silence ? Je suis intrigué. Dites-m'en plus.
La jeune femme se releva, fit glisser son fauteuil vers celui du prélat, et se rassit, les mains serrant les accoudoirs.
-Pardonnez-moi, mon père, parce que j'ai péché. Le ton était si hypocrite qu'elle ne fit que tirer un sourire au cardinal. J'ai tué un homme. La soudaine froideur fit disparaître le sourire. Consciemment. Volontairement.
-Dites m'en plus. Qui était-ce ?
-Le vieux comte de Gâvres. Il voulait m'épouser. Il se faisait pressant, il m'inquiétait, me faisait peur.
Le silence ponctua cette assertion. Face à face, tous deux s'observèrent sans un mot. Une jauge.

-Marie-Louise, rompit enfin le cardinal, dis-moi ce qu'il s'est passé. Pourquoi as-tu cessé de m'écrire ? Que s'est-il passé pour que tu en viennes à une telle extrémité ? Personne ne t'as guidé en ce sens.
Le ton devenait si sincère que les yeux de la jeune fille, si secs, s'humidifièrent et une larme silencieuse coula lentement sur le long de sa joue pâle.
-Que savez-vous de moi, en réalité ? Depuis ces longs mois où je ne vous ai écris, et ceux où je vous ai caché la vérité ? Je ne suis qu'une fille naturelle, dont on peut user à sa guise. On met au couvent des filles qu'on souhaite cacher, afin qu'elles ne prennent le pas sur leurs demi-sœurs, celles nées légitimement.
Elle senti la main du prélat sur son bras, mais n'y prêta aucune attention.
-Vous connaissez ma grand-mère, et vous vous connaissez assez pour comprendre mon caractère, reprit-elle d'une voix posée, énonçant pour une première fois un secret que nul n'ignorait ni n'avouait. J'étais agitée, trop intelligente pour mon âge et surtout, j'écoutais aux portes des salons, je connaissais tous des complots qui agitaient ce monde si restreint.
-En effet, je ne peux nier te connaître ainsi, confessa Gondi. J'avais conseillé à la duchesse de t'éloigner de tout cela, la Fronde n'a rien apporté de bon en France. Une école en province t'aurait apaisé, t'aurait éduquée selon ton sang, sinon ton rang.
-Vous avez été mon parrain durant de nombreuses années, sans doute les moments les plus heureux de ma vie, admit-elle dans un timide sourire. Mais ce que vous souhaitiez pour moi, d'autres l'ont exigé, et l'ont tourné en leur faveur. J'ai été envoyée au couvent de Port-Royal, auprès de ma tante Henriette.

A cette seule évocation, ses mains se crispèrent alors sur les accoudoirs et sa respiration se bloqua. Elle senti son souffle court, son cœur battre douloureusement. Des images se mêlèrent dans son esprit : un cadavre, un chat noir, la nuit... Elle inspira lentement, revint à elle. Instinctivement, elle avait serré la main du cardinal, cherchant un appui encore en vie autour d'elle. Louis de Rohan, son cher cousin, n'était pas là aujourd'hui. Il ne pouvait la soutenir, la rassurer, l'apaiser. Louis...si proche d'elle, si tendre, au point qu'elle avait, un jour d'absence, espéré peut-être plus. Louis...il était son ange gardien, celui qui lui rappelait bien souvent qu'elle n'était qu'une femme. Malgré leurs avis divergents sur le pouvoir, ils n'en restaient pas moins l'un pour l'autre ; l'inquiétude d'avouer à son cousin qu'elle était proche de Victoir d'Amboise l'avait poussée à mentir, sentiment de culpabilité qu'elle détestait.

Louis lui manquait. Louis avait manqué durant ces années de couvent.
-Vous ne pouvez imaginer ce que ce fut. La reine voulait prouver qu'elle était seule maîtresse du royaume, seule à décider de son avenir. Elle ne pouvait atteindre la duchesse directement, alors elle l'a atteinte par ce qui lui était de plus cher : moi. J'ai été parfaitement éduquée, peut-être trop, car en me rappelant trop souvent que j'étais le fruit d'un honteux péché, j'ai fini par m'éloigner de Dieu, par oublier ce qui pouvait être bon, par m'enfermer, par devenir tout ce que la reine redoutait que je devienne.
-Quoi donc, Marie-Louise ?
-Une femme d'ambition. Une femme qui ne se laisse pas abattre par un coup du sort. Une femme qui répond aux coups qu'on lui inflige.

Gondi eu un imperceptible sourire et retira sa main, posant un moment son menton sur ses doigts croisés. Il y avait quelque chose de fort dans cette frêle jeune fille à la silhouette innocente. Il se dégageait d'elle une aura particulière, telle qu'il l'avait ressenti le jour où son chemin avait croisé celui de la duchesse de Chevreuse. Bon sang ne pouvait mentir. Il en avait la preuve sous les yeux.
-Ainsi, mes conseils t'ont été profitables.
-Ils m'ont maintenue dans la réalité du monde, enfermée comme je l'étais ! Je ne suis sortie que pour obéir aux désirs royaux, de m'éloigner de la capitale, alors que je pensais être libre, et enfin pouvoir trouver un époux à ma hauteur.
-Savait-elle, Anne d'Autriche, qu'elle ne faisait que construire l'un des cerveaux les plus terribles que j'imagine, assise devant moi ?
La jeune femme échangea enfin un franc sourire avec le cardinal.
-Elle devait l'ignorer, sans quoi elle m'aurait gardé bien précieusement auprès d'elle, comme l'a fait l'italien avec un Condé ou un Longueville.
-Garder son ennemi plus près de soi, comme le dit Confucius. Nous nous comprendrons toujours, n'est-ce pas ?
-L'entendre me rassure. Merci.
-Mais tu n'as pas terminé. Il y a encore quelque colère étouffée que tu as besoin d'exprimer. Il lui adressa un regard chaleureux, la poussant à se confier encore. Elle sembla hésiter, mais inspira longuement avant de reprendre.

-On m'a envoyé chez un vieux loyaliste, pour occuper les derniers jours de son épouse.
-Le comte de Gâvres.
-Oui.
Le silence qui ponctua cette phrase fut assez éloquent pour que le prélat devinât la suite.
-Pourquoi en es-tu venue jusqu'à cette extrémité ?
-Par dégoût, par peur, aussi. Nous avons beaucoup voyagé en France, dans chacune de ses demeures,  j'ai rencontré beaucoup de personnes, mais il se montrait de plus en plus pressant, près à me...à me…. Je ne voulais pas, je vous le jure !
-Ne jure pas ici… Comment l'as-tu assassiné ?
Le mot tira une grimace à la jeune femme. Il fallait qu'elle l'entende réellement pour qu'elle réalise son geste.
-Le geste des femmes, fit-elle sombrement. Le poison. Il a peu souffert...il était âgé, goutteux, fiévreux…

Elle se sentait soudainement si petite, si faible face à son crime. Elle voulait avoir de nouveau 8ans, sur les genoux de sa grand-mère, dans les bras de celui qu'elle avait toujours appelé son « parrain ». Elle voulait revenir à cette époque, changer le détail qui avait tout fait basculer.
-Ca n'est pas possible, Marie-Louise, lui dit-il comme s'il avait lu ses pensées. Si tu veux suivre les pas de ceux qui t'ont guidé, alors assumes chaque conséquence du moindre de tes gestes. Dieu te pardonnera ton geste désespéré, mais les hommes peuvent s'en rappeler.
-Je voudrais tout réécrire.

Il ne répondit rien, se contentant de presser son bras dans un geste affectueux. La trahison était un sentiment qui passait douloureusement, la première fois. Il avait tenté de garder un lien précieux avec elle, lui écrivant, tant qu'il le pouvait, des lettres éducatives, des principes, des conseils. Elle en avait suivi certains, il le savait, mais quelques années manquaient encore à cette éducation. Ces années-là lui avaient échappé, et Marie-Louise avait sombré dans cette face sombre.

-Je suis toujours prêtre, si tu souhaites le pardon divin.
Elle hocha silencieusement la tête, quittant son fauteuil pour s'agenouiller, et recevoir la bénédiction. Pas un mot ne fut échangé durant ces quelques minutes, avant qu'elle ne se rasseye, rejetant en arrière ses cheveux blonds.

-Quelqu'un est au courant, reprit le cardinal en rompant le silence ?
-Personne, admit-elle. Mais je ne suis pas totalement hors de danger. La fille du comte a fait appel à un avocat. Après sa mort, nous avons découvert qu'il me léguait une partie de sa fortune. Ce testament est légal, nul ne peut le contredire...mais sa fille unique refuse de l'accepter.
-Quelqu'un t'aide dans cette démarche ? Je connais un avocat dont le père ne pourra rien me refuser. Emile de Chavigny. Le fils.
La jeune femme hocha la tête en remerciement.
-Quelqu'un se doute de quelque chose, Marie-Louise. Tu ne peux pas me mentir, je te connais comme si…..comme si je t'avais faite.
Elle leva les yeux vers lui dans un sourire ironique.
-Hélas, une comédienne de passage où je vivais. Elle m'a vu faire quelques allées et venues lorsque je me renseignais pour affaiblir les ardeurs du comte, puis pour autre chose…
-Son nom ?
-Vous ne la connaissez pas : Mathilde Evenier. Elle a voulu me faire chanter, mais elle ne me connaît guère, et ne sait pas encore qu'à ce jeu j'ai eu d'excellents maîtres.
-Ne te fais pas abuser par ces gens-là. Trouve leur faiblesse et surtout : assure-toi de la protection de ceux qui feront de ta parole, une parole d'honneur.
-Je retiens cette leçon. En attendant, je la garde auprès de moi.
-Fais donc ainsi. Ces comédiens, ces petites gens sont toujours utiles en cas d'orage.

Il senti que la jeune femme n'avait pourtant pas encore dévoilé. Son regard trahissait des pensées encore inavouées. Derrière les visages d'anges des descendantes des Rohan, l'on devinait toujours d'autres desseins, quelques intrigues qui éclateraient au grand jour lorsque sonnerait le glas de la patience.
-As-tu rejoins quelque organisation dont le gouvernement du roi ne serait informée, tenta-t-il, prêchant quelques paroles peu précises ?
La jeune fille comprit le manège et souffla un rire étouffé.
-Enfant, l'italien a dirigé ma grand-mère, ma mère, vous également. La reine a fait et défait des vies, elle a perturbé mon existence paisible, sur le seul prétexte que mon sang était agité.
-La reine n'est plus au pouvoir, à présent.
-Son fils règne sans partage, répliqua-t-elle d'une voix amère.
-Tu t'entraînes sur des sentiers peu stables, Marie-Louise. Sais-tu ce que tu fais ?

La voix impérieuse du prélat avait fait soupirer la jeune femme, qui leva les yeux au ciel d'un mouvement d'impatience.
-C'est vous qui me faites la morale sur ma participation à une menue conspiration qui ne voit pas le jour ? A d'autres !
-Je te mets en garde : que mon expérience te serve, plutôt qu'elle pourrisse ici…
-...parce que le roi vous interdit d'entrer dans Paris, coupa-t-elle froidement. Je vous assure que rien n'a été fait. Combien de conspirations avez-vous imaginé contre le Mazarin, et qui n'ont vu le jour ?
Il acquiesça silencieusement, sentant que le terrain était trop glissant pour cette nature impétueuse. Elle était faite de pâtes de révoltés, on ne pouvait le lui reprocher !
-Jure-moi que tu ne tenteras aucune folie. J'ai entendu que tu connaissais Hector de Valois.
-Je ne jure pas dans une abbaye, fit-elle dans un haussement de sourcil.

Elle ne voulait pas dévoiler l'exacte vérité. Malgré l'aveugle confiance qu'elle plaçait en lui, elle ne pouvait révéler au cardinal l'étendue du réseau d'Hector de Valois, de ce que celui-ci avait mis en place avant son décès sur le champ de bataille. Elle ne pouvait avouer qu'elle s'était lancée, à sa demande, dans une conspiration internationale visant à détrôner Louis XIV ! Ni que Victor d'Amboise avait repris le flambeau, et qu'elle en était l'une des bras droits. Tout cela était impossible, même s'il pouvait le comprendre. Mais à voir son protecteur enfermé dans la sombre abbaye, revenant d'exil de plusieurs années, et interdit de passer les portes de Paris, la jeune femme prenait son rôle de plus en plus sérieusement. Cette conspiration, c'était sa vengeance. Pour sa jeunesse perdue, pour sa mère, son aïeule...Les femmes de sa vie.

-As-tu revu ton cousin Paul, demanda-t-il brusquement pour changer de sujet, voyant la jeune fille s'agacer ?
-Parfois, répondit-elle vaguement. Nous nous écrivons beaucoup, il est amusant.
-Amusant ?
-Il vous met sur un piédestal duquel vous vous tueriez si vous tombiez ! Quant à moi, il me porte aux nues, du fait de notre filiation.
-C'est un garçon intelligent, restez soudés. Mais méfies-toi de tendances dont j'ai entendu parler.
-Lesquelles, demanda-t-elle innocemment, devinant de quoi il en retournait ?
-Son père m'a confié qu'il s'est toujours intéressé à ces affaires de sorcelleries, de satanistes. Peut-être cherche-t-il seulement à faire éclater au grand jour ces réseaux, mais peut-être aussi a-t-il sombré. Il a toujours été plus rebelle que toi.
La jeune femme eu un mince sourire à cette évocation. Elle se contenta de hocher la tête, mais au fond d'elle, elle se rappelait de quelques paroles de Paul à son encontre. « Je te ferais couler du sang  d'agneau, de colombes pour que tu restes aussi jeune... » Il l'inquiétait peu, mais les mots de « satanisme » n'était pas anodin.
-J'y veillerais. Vous savez, mes années de couvent m'ont hélas éloignée de Dieu, mais j'y veillerai.

La pendule sonna onze heures et demi, égrenant lentement les secondes qui tintaient.
-Peste, déjà ! Je ne veux pas que tu repartes trop tard, quand bien même tu m'aies déjà assuré de sa voir tirer au pistolet !
-Toujours aussi bien, plaisanta-t-elle en se levant pour s'approcher de la cheminée. Mais vous avez quelque chose à me donner ?
Le cardinal fouillait ses papiers, soulevant pochettes de cuir et boîtes de plumes.
-Oui. Une dernière chose, d'une grande importance. Mais je voulais t'entendre, avant.

Jouant avec un petit cheval de plomb, elle observa le manège du prélat, qui avait enfin ressorti un parchemin noirci à l'encre.
-Qu'est-ce ? Un héritage ? Elle eu un rire.
-Avant que tu partes, je veux que tu m'aides.
-Tout ce que vous voulez, assura-t-elle les yeux brillants !
-J'ai perdu l'archévêché. Péréfixe est un ambitieux qui reste collé au roi comme une mouche à du crottin.
Le soudain ton amer du cardinal fit briller le regard de la jeune femme, qui tournait instinctivement le petit cheval de plomb dans ses doigts agiles.
-Le roi écoute les conseils d'un ministre et d'une reine morts tous deux. Péréfixe est un imbécile envers Port-Royal, même si j'ai haïs mes années de couvent.
-J'ai besoin de toi à cet endroit. Quelle que puisse être ta petite conspiration d'Importants, j'aimerai que tu jettes un œil de ce côté, et que tu m'en tiennes informé.
-Vous souhaitez revenir ?
-Plus que jamais.
-Considérez votre retour comme acquis, même si je ne peux encore certifier l'archévêché.
-L'archévêché m'importe moins qu'un retour à Paris.

Un large sourire de la part de la jeune femme suffit à rassurer le cardinal. Il agita encore le feuillet qu'il n'avait lâché des mains.
-Ceci t'ouvrira des portes. Des portes officielles. La cour, des salons. Ce document, j'espère, rachètera une partie de ce que tu n'as pu recevoir par ta naissance.
Elle reposa le cheval de plomb et s'avança intriguée vers le bureau.
-Que voulez-vous dire ?
-La baronnie de Retz se meurt. Tu auras les épaules assez solides pour le porter.

-Je...je ne sais quoi dire, parvint-elle enfin à articuler après de longues secondes.
-Si j'avais pu le faire plus tôt, je l'aurai fais, Marie-Louise.

Un unique regard servi à conclure tout ce qu'ils venaient de se confier, dans ces murs épais de l'abbaye de Saint Denis : une enfance bâclée, une éducation trop rigoureuse, mais qui avait servi à former un redoutable esprit de conspiratrice. Plus qu'une entente, une affection silencieuse se formait de nouveau entre ces deux êtres éloignés si longtemps l'un de l'autre, et qu'une plume avait pu relier. A présent qu'ils se retrouvaient, l'une prenait la force de l'autre.

-Merci, répondit seulement Marie-Louise de Chevreuse, avant de serrer son père dans ses bras, ce père dont elle avait toujours senti l'ombre au-dessus d'elle.

Reprenant sa pelisse, elle s'emmitoufla, et referma la porte derrière elle, serrant la précieuse lettre dans ses mains.
***

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Marilou est une fée:
 

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Marie-Louise de Chevreuse ~ le diable au corps
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