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 Un interrogatoire musclé

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MessageSujet: Un interrogatoire musclé   31.08.15 15:59

On courait. On criait. On se disputait. On se battait. Et pendant ce temps, Grégoire faisait le tour de l'hôtel Mancini (du moins, des pièces qui n'avaient pas été barricadées) et cherchait des objets à dérober. D'aucuns auraient pu croire qu'il n'avait participé à la révolte que pour se remplir les poches mais Grégoire était bien sincère lorsque, la fourche à la main, il se battait pour défendre le peuple. Ce peuple qui croulait sous les impôts. Ce peuple qui trimait pour survivre pendant que les bien-nés se vautraient dans la richesse et l'opulence. Quand il avançait vers le Parlement, encadrant les révoltés avec l'aide de Rose, le poète s'était dit à plusieurs reprises que c'était un combat perdu d'avance, que jamais ils ne parviendraient à faire entendre raison à ceux qui dirigeaient le pays. Mais était-ce une raison pour abandonner ? Etait-ce une raison pour accepter tout ce qu'on faisait subir à ces pauvres gueux ? Non. Non, le combat devait être mené. Il fallait crier, se faire entendre. Il fallait refuser d'être les simples marionnettes d'un roi qui tirait les ficelles, installé dans son palais d'or. Le peuple devait couper les ficelles et les jeter à la face de cet homme couronné. Le sang bouillonnait dans les veines de Grégoire quand, face aux mousquetaires du roi, il avait dû se défendre et trouver un moyen d'avancer. Chaque essai des mousquetaires pour l'attraper accentuait la rage du gueux et le poussait à se surpasser pour réussir. Qui étaient-ils pour ordonner de se rendre, de se taire, de se rabaisser ? Qui étaient-ils pour vouloir arrêter une révolte avec un simple haussement de voix ? Ils n'étaient que des pleutres, ces mousquetaires, que des lâches incapables de réfléchir pour se rendre compte que ne pas vouloir d'impôt supplémentaire n'était pas un crime. Eux aussi étaient les marionnettes du roi, mais des marionnettes qui se plaisaient à obéir à leur maître dès que celui-ci claquait des doigts. Elles se complaisaient dans leur rôle. Grand bien leur en fasse !, se disait Grégoire. Les hommes du roi acceptaient leur sort. Le peuple, non. Même si, au fond, le voleur se doutait bien que personne n'écouterait les revendications des gueux et que chacun retournerait à sa place le lendemain, il appréciait l'idée de provoquer de la peur chez les courtisans.

C'était bien de la peur qu'il avait vu dans leurs yeux. C'était bien l'effroi qu'il avait lu sur leurs faces enfarinées. Comme s'ils voyaient le diable. Comme si la pauvreté était contagieuse. Mais il n'y avait pas que des pauvres qui criaient au scandale. Il y avait des bourgeois, aussi, qui ne voulaient pas donner plus d'argent pour une guerre qui n'avait pas été la leur. Deux mondes s'affrontaient, et l'issue ne serait malheureusement pas une surprise. Grégoire en était de ces réflexions lorsqu'il arpentait les pièces désertes de l'hôtel particulier appartenant à la duchesse de Bouillon. Si la révolte était vouée à finir rapidement, alors le voleur devait se procurer de quoi vivre pour les jours à venir. Il se promenait dans des pièces qui étaient plus grandes que son propre logement, regardait l'or qui décorait les murs et les meubles, foulait de ses pieds des tapis dont il n'osait imaginer le prix. C'était plus qu'il ne pourrait espérer avoir en une vie. Parce qu'il était mal né. Parce qu'il était né à Vierzon. Parce qu'il était né de parents quelconques. Tout se jouait sur ce simple fait : la naissance. Il y avait les chanceux. Et il y avait les autres. Au détour d'un couloir, Grégoire aperçut l'un de ces chanceux qui, effrayé, cria avant de courir vers la sortie. Le gueux haussa les épaules avant de reprendre ses recherches.

Quelques colliers et autres bijoux, et deux-trois éventails, tel fut le butin du voleur (qui avait de grandes poches prévues à cet effet). En vendant ses trésors à un bon prix, il pourrait manger pendant plusieurs jours, et même s'amuser un peu et aller boire quelques pintes dans une taverne. Mais le moment de se préoccuper de son emploi du temps n'était pas encore venu. Il fallait, pour l'heure, quitter l'hôtel particulier et rejoindre les autres au Parlement de Paris. D'ailleurs, au moment où il empruntait l'escalier pour rejoindre le rez-de-chaussée, une voix retentit, si fort qu'elle masqua le bruit provoqué par la révolte. C'était la voix de Rose.

ON AVANCE ! LAISSEZ LES ! LE PARLEMENT EST PLUS IMPORTANT !” Elle semblait proche de l'hôtel Mancini. D'autres gueux avaient-ils agressé les courtisans qui fuyaient ? Le voleur pressa le pas. Rose avait raison. Il ne pensait pas dire ça un jour, mais oui, elle avait raison. En étant violents avec les nobles, les gueux se trompaient de cible. L'objectif, c'était le Parlement de Paris, rien d'autre.
Dans la rue, les cris effrayés des nobles se mêlaient à la clameur des gens du peuple. En sortant de l'hôtel particulier, Grégoire aperçut des courtisans fuir vers leurs carrosses. La prostituée avait néanmoins réussi à cadrer les gueux et à les diriger vers le Parlement, bien que certains se soient dispersés on ne savait où pour commettre quelques méfaits. A peine sorti, la prostituée alla à sa rencontre. Pour une fois que c'était elle qui le cherchait, le gueux n'allait pas s'en plaindre.

Tu as vu quelque chose ? Tu as trouvé apparemment. Il faut les mener au Parlement sans trop de débordement, d'accord ?

Grégoire s'aperçut qu'un éventail dépassait de sa poche, ce qui n'avait pas échappé au regard de la prostituée. Il avait fallu une révolte pour que les deux gueux s'entendent bien et se parlent sans s'insulter, un progrès dont Grégoire était fier.

Il faut fouiller, pour trouver quelques trucs intéressants. Vas-y si tu veux, t'en auras pour vivre plusieurs jours, voire semaines si tu dépenses pas tout. Je m'occupe des autres.” La belle Rose disparut dans l'hôtel particulier pendant que Grégoire se dirigeait vers la foule de gueux pour les emmener vers le Parlement. Mais à peine avait-il fait trois pas que des hommes arrivèrent dans son dos et s'emparèrent de lui.

Nooooonnnn ! Au secouuuurs” parvint-il à crier pour attirer l'attention des gueux mais ceux-ci se dispersèrent face à la menace des autorités et l'un des officiers plaqua sa main sur la bouche de Grégoire pour l'empêcher de crier. Puis, les poings et les pieds liés, on le jeta dans un carrosse. Le trajet fut à la fois terriblement long et court. Long, parce que ne pouvant bouger, le gueux subissait d'autant plus les secousses du carrosse. Court, parce que le gueux n'eut pas le temps de trouver un moyen de s'enfuir. Il en était à se demander si, une fois dehors, il pourrait s'échapper en rampant comme un ver de terre, lorsque le carrosse s'arrêta devant l'hôtel de police. On défit le lien qui l'empêchait de marcher mais non celui des poings. Inutile, néanmoins, de provoquer les bouledogues qui le conduisaient à l'intérieur. Ceux-ci auraient tôt fait de le réduire en miettes, et personne ne leur en auraient voulu. On jeta le voleur dans une pièce sombre et froide, meublée d'une table et de deux chaises. “Luxueux”, lança Grégoire alors qu'on fermait la porte derrière lui. Il dut attendre, seul, que quelqu'un veuille bien lui tenir compagnie. “Vraiment charmant cet endroit, disait-il tout haut, comme pour meubler la pièce par des paroles ironiques. J'en ferais bien ma demeure.

Assis, les poings liés, il n'avait pas le choix : à part penser, il ne pouvait rien faire d'autre. Mais penser à quoi ? Le gueux pensait à ses innombrables vols. A ses pamphlets. Au nombre de fois où il avait échappé aux autorités. Il pensait à cette révolte dont le roi n'avait que faire. Et il pensait à Sophie et à Rose, espérant qu'elles n'avaient pas été arrêtées. Il se demandait aussi pourquoi on l'avait arrêté. Pour sa visite de l'hôtel Mancini ou pour avoir participé à la révolte ? Il n'avait pas mené cette révolte, il n'en avait pas été l'instigateur. Le meneur, Le Brigantin, gisait dans son sang, victime d'un mousquetaire sans cervelle. Et lui il était là, à attendre qu'on vienne l'accuser de mille maux.

La porte s'ouvrit et tourna sur le gond dans un bruit sinistre. Grégoire ouvrit les yeux. Il s'était endormi sans s'en apercevoir. Depuis combien de temps était-il ici ? Il n'en avait aucune idée. Le temps qu'il se rappelle où il se trouvait, le visiteur s'était assis face à lui. Le gueux leva la tête. L'homme face à lui avait un regard froid. Impitoyable. L'inconnu observait le voleur sans parler. Le silence était pesant. Trop pesant. Grégoire se décida à le rompre.

“Endroit charmant. J'aurais bien aimé avoir un lit mais j'vais pas me plaindre. Si j'avais pas eu les poings attachés, j'aurais pu croire que j'étais un invité de marque.” Un sourire ironique s'esquissa sur ses lèvres. Mais face à lui, pas de sourire. L'homme avait un masque implacable sur le visage.
Que puis-je faire pour vous, mon seigneur ?” demanda-t-il avec une voix nasillarde censée imiter celle des courtisans.

Grégoire usait de l'humour comme d'une arme. Mais dans cet interrogatoire, il allait apprendre, à ses dépens, que cette arme n'était pas du goût de son interlocuteur.
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