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 L'araignée tisse sa toile

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MessageSujet: L'araignée tisse sa toile   04.04.15 14:12

Anne balaya des yeux la cour de son hôtel particulier avant de s'engouffrer dans la chaise à porteurs. Son valet fit ouvrir les portes de la cour qui donnaient accès à la rue, avant de s'adresser à Anne, qui avait laissé la porte de sa chaise à porteurs ouverte. “La rue est déserte, madame, et je n'ai entendu nulle clameur au loin.
-Bien. Gardez tout de même les portes bien fermées avant mon retour. Que personne n'entre chez moi. Et que personne n'en sorte non plus.” Anne fit signe à l'un des porteurs de fermer la porte avant que son valet n'ait pu répondre. Elle avait donné un ordre et n'attendait aucune réponse. La chaise s'éleva puis quitta la cour de l'hôtel pour rejoindre la rue.

Ces derniers temps, la marquise de Gallerande se sentait bien plus en sécurité à Versailles qu'à Paris. Les gueux ne cessaient de descendre dans la rue pour crier leur mécontentement alors que cela n'intéressait personne. Ils étaient pauvres. Et alors ? Ils avaient faim. Et ? En quoi mettre le bazar dans la ville allait-il changer quelque chose ? Anne trouvait insupportables les nouvelles habitudes qu'elle avait dû adopter, comme celle de vérifier avant de partir si la rue était déserte et si personne n'attendait devant son hôtel pour y entrer par la force dès que les portes s'ouvriraient. Elle se sentait cernée de toutes parts par une bande de gueux malodorants et enragés. Le comble de l'horreur. On disait qu'ils s'attaquaient à chaque noble qu'ils voyaient et qu'ils volaient tout avec une violence extrême.
Dans sa chaise, Anne regardait les rues de Paris défiler au rythme des pas des porteurs. Elle se rendait à l'hôtel des Wittelsbach pour y voir l'archiduchesse, Aliénor. La marquise avait fait sa connaissance grâce au Comité des dames, dont elles étaient toutes deux membres. Aliénor n'avait rien pour intéresser Anne, si ce n'est un goût pour les arts et une collection impressionnante d’œuvres en tous genres, d'après les rumeurs. Mais elle était bien trop dévote (sa présence au sein de la Maison de la reine en était une preuve !) aux yeux de la marquise. Aussi Anne se moquait-elle d'elle discrètement, tout en lui offrant de charmants sourires. Son hypocrisie prit un tour nouveau lorsque l'empoisonneuse apprit, au détour d'une conversation avec l'archiduchesse, que cette-dernière possédait une serre. C'était une occasion trop belle pour la laisser filer. Les plantes de l'empoisonneuse mouraient petit à petit à cause d'un cruel manque de soleil. Et puis, si ces plantes pouvaient attirer l'attention sur sa propriétaire, il était d'autant plus intéressant de les laisser chez l'archiduchesse. Si quelqu'un les trouvait et se doutait de leur utilisation, on soupçonnerait Aliénor, et non Anne.

C'est avec un sourire narquois aux lèvres que la marquise descendit de la chaise, dans la cour de l'hôtel des Wittelsbach. Elle lissa le tissu bleu de sa robe avant de se laisser guider par le valet jusqu'à l'entrée du bâtiment. Anne était difficilement impressionnable, mais une fois à l'intérieur, elle ne put s'empêcher de regarder partout, une lueur admirative dans les yeux. Le hall d'entrée était à la fois luxueux et raffiné. Il n'y avait point trop de marques de richesse car le tout était dosé à la perfection. Tableaux et sculptures témoignaient de l'intérêt de la propriétaire pour l'art, et les dorures témoignaient, elles, de sa richesse. “Madame l'archiduchesse vous attend dans son salon, veuillez me suivre”. La marquise suivit le valet jusqu'au salon tout en admirant les oeuvres d'art qui décoraient chaque couloir, chaque mur rencontré. Puis le valet ouvrit une porte, laissant apparaître un grand salon richement meublé et décoré. Anne entra et aperçut Aliénor, assise sur un canapé. Sur son visage angélique, illuminé par deux grands yeux bleus, était dessiné un sourire serein. Un artiste aurait pu peindre son portrait, tant il respirait la vertu et la beauté, non pas la beauté recherchée, la beauté destinée à séduire, mais la beauté naturelle, une beauté qui semblait refléter la délicatesse de l'âme. Cette vision aurait pu donner des scrupules à l'empoisonneuse. Comment s'en prendre à une femme qui semblait si douce et si généreuse ? Mais les scrupules n'atteignaient jamais la marquise de Gallerande. Lorsque le visage empreint de douceur d'Aliénor se tourna vers Anne, cette-dernière s'inclina et rejoignit l'hôte sur le canapé après y avoir été invitée.

Les deux femmes étaient toutes les deux blondes, avaient les yeux bleus, aimaient l'art, et s'étaient toutes les deux (secrètement) débarrassées d'un époux gênant. Pourtant, malgré ces quelques points communs, elles étaient aussi différentes que peuvent l'être l'agneau et le loup.

“Je n'ai pu m'empêcher d'admirer les œuvres que vous possédez. Vous détenez une collection impressionnante. Je ne suis qu'une amateur, comparée à vous”. Se sous-estimer pour valoriser son interlocutrice, une technique souvent utilisée par Anne lorsqu'elle souhaitait qu'on lui rende un service. “Je dois dire qu'on m'a souvent vanté votre goût et votre capacité à dénicher des pépites. Mais au-delà des paroles, j'ai là la preuve formelle que tout ce que l'on m'a dit est bien vrai”. La marquise agrémenta ses mots d'un sourire hypocrite. “Je tiens à vous remercier de m'avoir invitée. C'est un grand honneur pour moi, vraiment.

A vrai dire, Anne voulait surtout voir la serre de l'archiduchesse, mais elle ne voulait pas donner l'impression de n'être venue que pour cela. Elle comptait faire un peu la conversation avant d'en faire la demande. Aliénor était titrée, riche, et avait une bonne réputation à la Cour. Autant en profiter.
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Côté Coeur: Il est libre de battre mais n'a pas trouvé qui serait digne de lui.
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MessageSujet: Re: L'araignée tisse sa toile   25.04.15 19:22


« Les chefs-d'oeuvre ne sont jamais que des tentatives heureuses. »

Il était difficile de vivre à Paris par ces temps difficiles. Depuis qu'Aliénor s'était retrouvée au milieu de la révolte, déguisée comme une fille du peuple, à qui on avait donné une arme, la jeune femme avait bien du mal à sortir de son hôtel particulier. Après cette mésaventure, la jeune femme avait envoyé une lettre à la reine en lui expliquant qu'elle était souffrante, elle ne paraîtrait pas à la Cour pendant quelques jours. Si l'autrichienne quittait sa demeure, c'était soit aux aurores, soit tard le soir et dormir dans ses petits appartements versaillais. Un vrai casse-tête car elle ne pouvait rester à Versailles longtemps, sa fille restait à Paris, et on ne pouvait avoir d'enfant dans l'enceinte du château, alors il fallait faire des allers-retours constants entre ses deux vies, celle publique et celle privée, ce qui était épuisant à force. Son frère Maximilien ne cessait de lui dire de se ménager, mais Aliénor avait peu de temps pour le repos : entre la reine, sa fille, le Comité des Dames, et son double Aline qui devait aller travailler pour madame Lacassagne, le repos devenait presque une option ! Alors quand, en plus de tout cela, il fallait recevoir, la jeune femme n'en pouvait plus d'avance !

Aujourd'hui, elle avait convié la marquise de Gallerande à prendre le thé chez elle. Les deux femmes avaient fait connaissance grâce à la duchesse de Montpensier, avec sa création du Comité des Dames, où les passionnées d'art, et généralement mécène, pouvaient se retrouver et promouvoir des artistes féminines, au travers de concours et divers événements caritatifs. Aliénor avait toujours aimé les arts, et avait employé son temps de femme mariée à jouer les mécènes, puisqu'elle n'avait pas d'autres choses à faire, mis à part mettre au monde des héritiers. Elle avait été encouragée par son premier époux, grand amateur d'art, et surtout passionné d'horticulture, ayant donné le goût à sa femme. Elle avait continué lors de son veuvage, et à Vienne, elle avait pu trouver de magnifiques artistes, possédant ainsi une collection impressionnante, sans compter les cadeaux de l'empereur Léopold II, son cousin, même si cela était souvent des peintures ou sculpteurs de la Cour. Les deux peintures qu'elle avait reçu de lui, mettant en scène l'empereur et l'impératrice en costumes de théâtre, l'avait laissée perplexe, mais s'était résignée à les sortir de temps en temps dans le salon de réception, surtout quand elle avait des invités. Autrement, le salon était décoré par des peintures florales, beaucoup plus sobres et agréables à l’œil.

Avec toutes ces œuvres, on pouvait la penser riche, et elle le serait si elle vendait l'intégralité de sa collection, et aussi son hôtel particulier. Mais elle pouvait dire merci à ses deux maris pour leurs fonds, car à présent, elle n'avait de rente que ce que lui offrait l'empereur, et sa charge auprès de la reine ; son frère aîné, le prince-électeur de Bavière, ne daignait même pas lui verser le moindre centime,. Elle repensait à cela alors qu'elle se préparait, elle pensait même parfois à se remarier, rien que pour ne plus à chercher de l'argent à tout prix pour vivre selon son rang ! Mais alors que Julia, sa camériste, serrait son corsage, l'autrichienne balaya cette idée saugrenue de son esprit, et descendit au salon où elle attendrait la marquise, qui ne devrait plus tard. Justement, des bruits se firent entendre dans la rue, et Igor, le valet cosaque, se précipita pour accueillir Anne, et l'emmener jusqu'à Aliénor, cette dernière l'invitant à s'asseoir, tandis que Julia apportait du chocolat et des douceurs, la base d'une bonne réception.

« Je n'ai pu m'empêcher d'admirer les œuvres que vous possédez. Vous détenez une collection impressionnante. Je ne suis qu'une amateur, comparée à vous.
Je suis touchée mais je dois avouer que je ne suis pas peu fière de ma collection. C'était la petite pointe d'orgueil de l'autrichienne.
Je dois dire qu'on m'a souvent vanté votre goût et votre capacité à dénicher des pépites. Mais au-delà des paroles, j'ai là la preuve formelle que tout ce que l'on m'a dit est bien vrai Je tiens à vous remercier de m'avoir invitée. C'est un grand honneur pour moi, vraiment.
Vous êtes trop aimable, je vais en rougir. Mais si madame de Montpensier vous a accepté dans le Comité, c'est aussi pour votre bon goût. Je crois savoir que vous investissez dans le théâtre, ce qui est une excellente chose. Je confesse ma non-connaissance du théâtre, sauf monsieur Molière et monsieur Racine. »

Aliénor était sincère, de toute façon, ce n'était pas dans sa nature de mentir, sauf quand elle n'avait pas vraiment le choix, comme pour sa double vie, ou pour la véritable naissance de sa fille. Personne n'était parfait après tout ! Et la douceur de la jeune femme l'empêchait de penser du mal de la marquise, jamais elle n'imaginerait les véritables desseins de la femme assise en face d'elle ! Toujours avec le sourire, elle versait le chocolat bien épais dans la tasse de son invitée avant de se servir elle-meme.

« Je dois vous confesser que je n'aurais jamais eu une telle collection, sans mes époux, et ma famille. Elle ne put s'empêcher de lever les yeux vers les portraits de son cousin et son époux, affreux. On ne peut me faire plus plaisir, et tous les diamants du monde n'y changeront rien. »

Voici ce qui pourrait faire sourire une vénale de la stature d'Anne. Personne ne pouvait préférer l'art aux diamants, sauf peut être les gens éduqués à la dure, comme Aliénor. Les autrichiens n'avaient pas le goût du luxe, ils commencent tout juste à l'avoir, et encore, avec parcimonie, et surtout pour ce qui touche au religieux ! Ah les reliquaires en or, il y en avait par dizaines !

« Sans vouloir paraître orgueilleuse, si le cœur vous en dit, je pourrais vous faire le tour du propriétaire, pour que vous voyez un peu plus ma collection. Je possède beaucoup d'artistes germaniques et autrichiens, mais j'avoue avoir un faible pour les italiens, notamment en sculpture. Après tout, les Habsbourg possédaient Milan, il était logique qu'elle rencontra des artistes du nord italien. Puis si vous le souhaitez toujours, je pourrais vous montrer mon petit jardin secret, presque au sens littéral. Je possède une serre. Mon premier époux était un passionné d'horticulture, et m'a transmis cet amour des plantes et des fleurs. C'est une activité que je trouve reposante. Qu'en dites vous ? »

Aliénor avait évoqué le lieu où Anne voulait absolument se rendre, il serait idiot de ne pas sauter sur l'occasion, n'est ce pas ?

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MessageSujet: Re: L'araignée tisse sa toile   21.07.15 10:20

Installée sur le canapé, Anne admirait le salon de son hôtesse. Elle, autrefois fille d'un baron insignifiant, s'était élevée à un rang qui lui permettait aujourd'hui d'être reçue par une archiduchesse d'Autriche. C'était une belle réussite mais ça ne suffisait pas aux yeux de notre marquise qui voulait toujours aller plus haut. Le rang de son hôtesse suffisait pour que la marquise veuille s'en faire une amie et ce n'était certainement pas sa conversation qu'Anne recherchait. Cependant, Aliénor maîtrisait l'art de la conversation, aussi, lorsque Anne lui fit des compliments, l'archiduchesse eut-elle l'intelligence de flatter l'ego de l'empoisonneuse.

Vous êtes trop aimable, je vais en rougir. Mais si madame de Montpensier vous a accepté dans le Comité, c'est aussi pour votre bon goût. Je crois savoir que vous investissez dans le théâtre, ce qui est une excellente chose. Je confesse ma non-connaissance du théâtre, sauf monsieur Molière et monsieur Racine.

Il n'en fallait pas plus pour plaire à Anne qui, si elle savait que ce compliment venait de la bonne éducation de son interlocutrice, n'en fut pas moins flattée. La marquise n'était pas peu fière de son implication dans le théâtre. Racine étant bien vu de la Cour et étant une valeur sûre pour le moment, elle le finançait mais elle s'intéressait aussi à des auteurs moins connus et qui gagnaient à être découverts.

C'est déjà très bien de connaître messieurs Molière et Racine. Tous les deux sont de grands dramaturges. Je m'intéresse plus à monsieur Racine. J'aide aussi d'autres dramaturges qui, je l'espère, seront un jour appréciés de la Cour.” Tout en parlant, Anne avait pris la tasse dans laquelle l'archiduchesse avait versé un épais chocolat chaud. On disait que c'était le péché gourmand de la reine et c'était bien là la seule chose qu'Anne pouvait apprécier d'elle.

Je dois vous confesser que je n'aurais jamais eu une telle collection, sans mes époux, et ma famille.

Le regard de l'archiduchesse s'était dirigé vers des portraits d'hommes, sûrement de sa famille. Pourtant, ils n'avaient rien de commun avec la jeune femme qui se trouvait face à Anne. C'est avec difficulté que la marquise retint une grimace de dégoût. Comment une telle laideur avait-elle pu cohabiter avec la grâce et la beauté de l'archiduchesse ? Et pourquoi son hôtesse affichait-elle ces horreurs ? Un sourire hypocrite plaqué sur le visage, l'empoisonneuse but une gorgée de chocolat chaud pour éviter d'avoir à parler des deux tableaux.

On ne peut me faire plus plaisir, et tous les diamants du monde n'y changeront rien.

Certes, Anne aimait beaucoup l'art. Elle ne serait pas membre du Comité des dames si elle n'avait pas cette admiration pour les artistes. Mais de là à préférer un tableau à des diamants... Mais l'hypocrisie étant de rigueur dans cette situation particulière, il était hors de question de dire le fond de sa pensée. Rares étaient les occasions de dire ce que l'on pensait réellement, d'ailleurs.

Comme je vous comprends, répondit Anne, un sourire aux lèvres. C'est rare de trouver des personnes qui sont si touchées par l'art. Quand je regarde un tableau, ce n'est pas sa valeur financière que je cherche, mais l'âme du peintre et l'âme du modèle si c'est un portrait. Je suis toujours si impressionnée quand je vois qu'une personne peut peindre des modèles. On peut y voir les détails, et ce, jusqu'à la lueur du regard que l'on retrouve dans la personne représentée. C'est comme si on peignait un instant de vie, que l'on arrêtait le temps. On se perd dans la contemplation du tableau et il y a même certains tableaux qui me font oublier où je suis. Il en est de même pour le théâtre. Je prends tellement à coeur l'histoire des personnages que j'oublie tout ce qui m'entoure”.

Cet éloge à l'art mêlait vérité et mensonge. C'était une vérité améliorée. Anne admirait vraiment le talent des artistes. Mais lorsqu'elle les aidait, elle y voyait aussi son propre intérêt. Néanmoins, la jeune femme avait mis tant d'ardeur dans son discours qu'on ne pouvait pas l'accuser de mensonge. Son interlocutrice semblait captivée par ce qu'elle disait et partager ses impressions. Une fois son éloge terminé, la marquise but une gorgée de chocolat tout en écoutant l'hôtesse répondre à cette déclaration enflammée. Si Anne n'avait pas été si calculatrice, les deux amatrices d'art auraient pu être amies mais l'ambition de l'empoisonneuse l'empêchait de s'attacher aux autres. Et même le grand regard bleu empreint de douceur de l'archiduchesse ne parvenait pas à l'attendrir.

Parler d'art n'était pas le but de sa visite mais Anne prit tout de même plaisir à converser avec son interlocutrice à ce sujet.

Sans vouloir paraître orgueilleuse, si le cœur vous en dit, je pourrais vous faire le tour du propriétaire, pour que vous voyez un peu plus ma collection. Je possède beaucoup d'artistes germaniques et autrichiens, mais j'avoue avoir un faible pour les Italiens, notamment en sculpture. Puis si vous le souhaitez toujours, je pourrais vous montrer mon petit jardin secret, presque au sens littéral. Je possède une serre. Mon premier époux était un passionné d'horticulture, et m'a transmis cet amour des plantes et des fleurs. C'est une activité que je trouve reposante. Qu'en dites vous ?

Enfin les choses sérieuses commençaient ! Les serres, voilà le lieu que l'empoisonneuse voulait voir à tout prix.

Ainsi la visite put commencer. Anne n'était pas mécontente de découvrir les différentes oeuvres que possédait Aliénor. La marquise découvrait des artistes étrangers dont elle n'avait jamais entendu parler. Les tableaux et les sculptures étaient toutes plus belles les unes que les autres. Émerveillée, Anne posait des questions à l'hôtesse et s'intéressait à sa collection. Comme elles avaient l'air proches, les deux amatrices d'art, la différence de rang disparaissant grâce à leur passion commune ! Anne admirait le bon goût de l'archiduchesse et le raffinement de ses décorations. Tout était bien mesuré, luxueux mais pas tape-à-l’œil. Admirative, la marquise n'avait pas assez de mots pour complimenter son hôtesse et, fait étrange, son admiration n'était pas calculée.

La naissance et le rang de l'archiduchesse lui permettaient d'avoir une collection impressionnante d'oeuvres d'art. Mais, tout en l'enviant, la marquise ne désirait pas vraiment être à sa place. Riche (du moins en apparence, mais ça l'empoisonneuse ne le savait pas), mais pas libre de ses faits et gestes. Aliénor était un beau parti et c'était encore sa famille qui décidait de son avenir, contrairement à Anne, sur laquelle ses parents n'avaient plus aucun contrôle. Une fois veuve, Anne s'était sentie libre, ce qui n'était pas le cas de l'archiduchesse qui avait déjà été mariée plusieurs fois et qui devrait peut-être à l'avenir passer une nouvelle fois devant l'autel. Triste condition pour cette femme intelligente qui ne recherchait pas le faste de la Cour mais la tranquillité de son chez-elle.

Leurs pas les menèrent vers la serre, et la manipulatrice qui s'était endormie le temps de la découverte des oeuvres de l'archiduchesse se réveilla. La serre était impressionnante. De grands carreaux laissaient filtrer la lumière et retenaient la chaleur. Et sous ces panneaux de verre, c'étaient des plantes de multiples variétés qui s'étendaient sous le regard envieux de la marquise de Gallerande. Les deux jeunes femmes traversèrent la serre de part en part, l'hôtesse expliquant à son invitée les lieux d'où venaient ces plantes et comment elle prenait soin d'elles.

En plus d'avoir du goût en matière d'art, vous en avez aussi concernant les plantes. Je suis impressionnée. Votre serre est tout à fait remarquable. J'aimerais tant en avoir une, mais je crois bien qu'il est impossible d'en faire construire une dans mon hôtel particulier. C'est bien dommage. J'aime aussi m'occuper des plantes, ce qui nous fait deux points communs, d'ailleurs, mais je ne parviens pas à les garder vivantes bien longtemps à cause du manque de soleil.

Ces regrets avaient un but bien précis : faire en sorte que l'archiduchesse propose à la marquise de lui amener ses plantes. Bien sûr, il était hors de question de faire une telle demande à son hôtesse, il fallait que la proposition vienne d'elle. La seule chose qu'Anne ne précisa pas fut la nature de ses plantes. C'étaient des plantes bien spéciales, destinées à l'art des poisons. C'était certes dangereux de posséder de telles plantes, surtout si quelqu'un les découvrait. Mais qui irait chercher de telles choses chez Aliénor, qui pouvait prétendre au titre de femme la plus douce et la plus angélique de la Cour ? Toutes les réactions d'Anne étaient mûrement préparées et il va sans dire qu'elle avait bien réfléchi à toutes les possibilités. Si un jour Aliénor l'accusait de posséder ces plantes, Anne nierait. Mais elle devait encore réfléchir à ce qu'elle pourrait dire ou faire pour faire accuser l'archiduchesse et sauver sa peau.

En attendant, ce n'étaient qu'éloges et compliments, le tout devant pousser Aliénor à faire la proposition que l'empoisonneuse attendait tant. Mais ne dit-on pas “caresse de chien ramène des puces”? La douce Aliénor allait-elle tomber dans la toile que tissait peu à peu la vile marquise ?

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MessageSujet: Re: L'araignée tisse sa toile   10.09.15 20:04

«  C'est rare de trouver des personnes qui sont si touchées par l'art. Quand je regarde un tableau, ce n'est pas sa valeur financière que je cherche, mais l'âme du peintre et l'âme du modèle si c'est un portrait. Je suis toujours si impressionnée quand je vois qu'une personne peut peindre des modèles. On peut y voir les détails, et ce, jusqu'à la lueur du regard que l'on retrouve dans la personne représentée. C'est comme si on peignait un instant de vie, que l'on arrêtait le temps. On se perd dans la contemplation du tableau et il y a même certains tableaux qui me font oublier où je suis. Il en est de même pour le théâtre. Je prends tellement à coeur l'histoire des personnages que j'oublie tout ce qui m'entoure. »

Aliénor hocha de la tête, avec un sourire charmant. Qu'il était bon que quelqu'un comprenne sa façon de voir sa collection d'art. Beaucoup n'aimait que la possession des objets, ou la valeur qu'ils auraient un jour. Le pire, sans aucun doute, sont ces gens qui n'ont aucun goût et achète juste pour décorer leur demeure, sans véritable harmonie ou recherche d'esthétique. Il y en avait beaucoup plus qu'on ne le croyait …

Entre passionnées d'art, Aliénor voulait lui montrer son abondante collection. Là encore, aucune vanité, juste la passion de partager, surtout avec une connaisseuse. Sans doute la marquise de Gallerand appréciait davantage les peintres français que les néerlandais, et n'avait que peu de notions de peintres autrichiens, mais elle pourrait admirer le coup de pinceaux ou les scènes de genre, sans aucun doute. Aliénor avait acquis beaucoup d'oeuvres au fil des années. Son second mariage avait été si catastrophique que s'il n'y avait pas eu les arts, elle serait sans doute tombée dans une mélancolie sans fond, et pourquoi pas envisager une retraite dans un couvent. Mais elle était bien mieux ici, à répondre aux questions de son invitée sur le nom de ce peintre, sur la nature de cette sculpture ou sur le travail de cette céramique si raffinée. La discussion continuait son cours, ponctuée de compliments et de remerciements de la part de l'une et l'autre. La jeune femme ne se permit pas d'entrer dans l'aile de son frère, lui aussi collectionneur, mais que Maximilien lui ferait l'honneur d'une visite le jour où il sera présent.

Après l'intérieur, l'archiduchesse appréciait aussi ses extérieurs, avec un petit jardin joliment aménagé pour prendre un peu l'air, mais surtout cette serre. D'une bonne taille, c'était la plus grande folie d'Aliénor lors de l'achat de son hôtel particulier, elle ne se voyait pas rester à Paris et ne pas s'occuper de ses plantes. C'était un luxe qu'elle savourait, à faire pousser des plantes et fleurs rares, qui ne survivraient pas au climat de Paris.

« Quand j'ai du quitter Dresde, je me suis permise de prendre quelques graines et de les ramener à Vienne, puis ici. Mon ancien mari avait bon goût et de très bonnes relations pour se permettre une si belle collection florale. Une de mes préférées, elle s'arrêta devant une fleur rose et jaune, tout en hauteur, c'est un Costus, cela pousse au vice-royaume du Pérou. Sentez, vous verrez comme le parfum est délicat. »

La serre se découpait en trois grandes parties : fleurs, plantes et fruits. Partout se trouvait des couleurs, des senteurs différentes, presque à en perdre la tête. Dans le coin des fruits, beaucoup de variétés de toute sorte, des légumes qu'on connaissait bien sûr, mais aussi d'autres, dont celui qu'elle présenta à Anne.

« Vous voyez ce fruit ? Cela s'appelle un ananas. Les feuilles sortaient de terre mais l'on pouvait deviner l'écorce du fruit. C'est un petit peu acide mais très bon. Si vous voulez, quand ils seront matures, je vous en ferais porter. D'ici une ou deux semaines je pense. »

Elles continuaient à bavasser autour des plantes, Aliénor pouvait s'avérer intarissable à ce sujet, elle avait tant appris à Dresde, et puis il fallait avouer qu'il n'y avait que cela à faire là-bas !

« En plus d'avoir du goût en matière d'art, vous en avez aussi concernant les plantes. Je suis impressionnée. Votre serre est tout à fait remarquable. J'aimerais tant en avoir une, mais je crois bien qu'il est impossible d'en faire construire une dans mon hôtel particulier. C'est bien dommage. J'aime aussi m'occuper des plantes, ce qui nous fait deux points communs, d'ailleurs, mais je ne parviens pas à les garder vivantes bien longtemps à cause du manque de soleil.
Les plantes sont si capricieuses, quel dommage que le roi n'ait pas choisi une ville plus au sud, cela serait moins coûteux. Sans vous parler d'argent, cette serre fut un caprice de ma part ! Quels genres de plantes avez vous ? »

Quel dommage tout de même de ne pas se permettre  de cultiver en paix, de devoir se fier au soleil, … enfin à l'astre solaire, le souverain français n'allait pas jusqu'à décider de la pousse des plantes. A voir la marquise si affligée, Aliénor se dit dans un premier temps qu'elle s'était montrée peut être un peu égoïste à étaler sa collection. Autant l'art, chacune avait sa collection, mais si Anne n'arrivait pas à garder ses plantes, pourquoi avoir étalé sa serre de la sorte ? Inconsciemment, l'archiduchesse s'en voulut toute seule, sans qu'Anne ait pu faire quoi que ce soit … Et voici qu'elle tombait dans le piège, les deux pieds dedans, avec un air doux et bienveillant.

« Je peux vous proposer d'amener quelques plantes ici si vous le désirez. Je n'ai pas rempli tous mes carrés et vos plantes auront bien plus de soleil qu'elles ne pouvaient l'imaginer. Je m'en occuperais si la favorite a besoin de vous à Versailles, ou un de mes domestiques. Et vous pourrez venir quand vous le souhaitez. »

Elle finit avec un petit sourire amical. Si elle savait où elle s'était embarquée …


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MessageSujet: Re: L'araignée tisse sa toile   07.11.15 16:59

C'était presque trop facile. Pour manipuler d'autres victimes, Anne avait parfois dû lutter, c'est-à-dire minauder durant des heures et des heures, complimenter les personnes, les flatter. Mais là, à peine avait-elle posé les pieds dans ce magnifique hôtel particulier qu'Aliénor l'avait accueillie à bras ouverts. L'Autrichienne avait un cœur tellement pur qu'elle ne recherchait pas les flatteries. Il avait suffit à Anne de lui parler art pour l'attirer dans ses griffes. La marquise regrettait presque d'être si mesquine avec elle. Presque. Anne ne connaissait pas les états d'âme.

La visite de la serre avait fait voyager l'empoisonneuse. L'archiduchesse lui avait présenté ses plantes et fruits exotiques avec à chaque fois un commentaire instructif. Elle lui proposa même de lui faire envoyer des ananas, fruits à la forme étrange qu'Anne avait hâte de goûter. Puis, très vite, Aliénor s'intéressa aux plantes de l'empoisonneuse. Cette-dernière mentit en lui énumérant les espèces qu'elle possédait, ne pouvant pas admettre que c'étaient des plantes destinées à faire des poisons. Elle décrivit les jolies fleurs blanches qui en réalité étaient de la cigüe, qu'elle avait accompagné d'autres fleurs inoffensives pour ne pas attirer l'attention. Il n'en fallait pas plus pour qu'Aliénor, dans sa grande et naturelle gentillesse, propose à Anne d'accueillir ses plantes dans ses serres.

Je peux vous proposer d'amener quelques plantes ici si vous le désirez. Je n'ai pas rempli tous mes carrés et vos plantes auront bien plus de soleil qu'elles ne pouvaient l'imaginer. Je m'en occuperais si la favorite a besoin de vous à Versailles, ou un de mes domestiques. Et vous pourrez venir quand vous le souhaitez.

Anne accueillit cette proposition avec un air qui se voulait surpris en apparence. En réalité, sa venue n'était due qu'à ce dessein.

Comme c'est généreux de votre part ! Je m'en veux de m'être confiée sur mes plantes. Je ne voulais pas du tout vous pousser à me faire cette proposition. Vous devez déjà avoir beaucoup de travail avec toutes ces espèces de plantes, fleurs, fruits et légumes. Sans compter sur vos obligations à la Cour. Je ne voudrais pas ajouter à ces charges.

Comme prévu, l'archiduchesse insista, tant et si bien qu'Anne fut obligée d'accepter. Laisser les domestiques de l'hôtel s'occuper des plantes n'était pas très prudent mais Anne comptait sur leur ignorance en la matière. Et si jamais on la soupçonnait, elle pourrait toujours rejeter la faute sur la propriétaire des lieux. Satisfaite, la marquise remercia plusieurs fois sa nouvelle amie en ne lésinant pas sur les compliments. Les yeux brillants de joie et de gratitude, elle donnait l'impression qu'on venait de lui sauver la vie.

Je vous suis infiniment reconnaissante. C'est si rare de trouver des personnes généreuses comme vous. Je vous ferai porter mes plantes dans quelques jours, qu'en dîtes-vous ?

Les deux jeunes femmes quittèrent ensuite la serre et se promenèrent dans l'hôtel particulier. Aliénor présentait à Anne des œuvres qu'elle n'avait pas encore vues. La marquise admirait le raffinement de l'archiduchesse. Cette-dernière avait du goût, c'était certain. Elle possédait des tableaux et sculptures qu'Anne aurait pu vouloir se procurer. Quelle dommage de devoir en faire une victime. Anne s'entendait si bien avec elle ! Bien sûr, tant qu'Anne n'était pas en danger, elle ne piégerait pas sa nouvelle amie. Tout pouvait très bien se passer. Mais si on en venait à soupçonner l'empoisonneuse, elle n'hésiterait pas à étouffer l'archiduchesse dans sa toile...

La promenade prit bientôt fin et ce fut le moment de se quitter. Dans le hall d'entrée, Anne poursuivit son exercice de charme. “Ces quelques heures furent merveilleuses. Merci de m'avoir montré tant de trésors. Vos collections sont superbes et doivent en faire rêver plus d'un. Vous avez beaucoup de goût, ce qui n'est pas le cas de tous les collectionneurs. Je ne sais comment vous remercier pour tant de gentillesse et de générosité. En tout cas, je serais ravie de vous accueillir chez moi et de vous montrer ma modeste collection. Mais trêve de bavardages, je vais vous laisser tranquille. Vous devez être bien occupée avec les préparatifs du départ à Chambord. Je suis moi-même accaparée par les préparatifs de la favorite. Mes journées à Versailles se résument à ça, alors je profite d'être à Paris pour penser un peu à moi. J'espère que nous aurons l'occasion de nous croiser là-bas, votre compagnie me plaît beaucoup.

Ainsi s'acheva la visite de courtoisie de la marquise de Gallerande à Aliénor de Wittelsbach. Si elle avait réellement apprécié sa collection et sa compagnie, Anne n'en avait pas moins oublié son objectif principal. Certes, l'archiduchesse était adorable, pleine de bonté, de générosité et de gentillesse. Elle avait le cœur sur la main. Anne avait même été touchée par son air innocent et sa pureté. Mais les affaires sont les affaires, et l'empoisonneuse avait appris depuis bien longtemps qu'il ne fallait pas se laisser aller aux sentiments.

De retour dans son hôtel particulier, un sourire satisfait illuminait son visage. Son plan avait bien commencé, et était parti pour marcher comme sur des roulettes. Comme c'était doux de manipuler quelqu'un ! L'araignée pouvait être fière de sa toile, son œuvre.

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