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 Camille Loizet - L'Oiselet

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Vous voyez mon cou? Il n'est pas encore pris dans une corde!
Côté Lit: Charlotte et quelques autres...
Discours royal:



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Âge : 31ans
Titre : Lieutenant criminel de police, marquis de Gastins, il paraît
Missives : 46
Date d'inscription : 27/02/2015


MessageSujet: Camille Loizet - L'Oiselet    27.02.15 0:54


Camille Loizet

(Santiago Cabrera)



♔ On le qualifie bien souvent de “gamin”, au risque de ne pas le prendre au sérieux, mais le bonhomme ne s’en formalise pas. Agé de 31 printemps, il compte bien plus sur son expérience que sur une date sur un acte de naissance. Et cette expérience est bien assez peu commune pour le prendre pour un bleu!

♔ Acquis après de longues années par son père de qui il hérita à sa mort, ce titre de marquis de Gastins ne fait pas du porteur un véritable noble, et c’est par cet argument que notre jeune policier continue d’officier à sa charge de lieutenant criminel de robe courte du Châtelet, refusant généralement à se plier à la lourde étiquette versaillaise. Il niera cependant apprécier la compagnie des femmes de qualités, bien mieux mises que celles des rues parisiennes! L’homme est en réalité tout aussi hypocrite que ceux qu’il critique et il ommet bien souvent de rappeler que sa mère, cadette du comte de Créhange, à défaut d’apporter une dot intéressante, intégra un peu de sang bleu dans la famille Loizet….sang très vite délayé!

♔ Parmi tous ces étrangers et ces français qui ont fait mille lieues pour rallier Versailles, notre lieutenant fait parfois figure de foire lorsqu’il affirme être né à Versailles. Et pour cause, la petite ville des Yvelines naquit bien avant le relais de chasse du feu roi Louis XIII. Enfant, c’était dans les marais bordant le relais qu’il se récupéra une violente fièvre. Les bois, les rues, la vieille ville...aucun recoin de Versailles n’a de secret pour lui....si ça n’est son château!

♔ Il manqua d’assassiner sa liberté en songeant épouser une jeune femme, poussé par son père. Heureusement, sa raison - et son grand-père - pris le dessus et aujourd’hui, c’est en célibataire et - à sa connaissance - sans enfant, qu’il profite de ses jeunes années. Il ne se formalise pas encore de ne pas laisser d’héritier derrière lui et selon lui, il a encore de nombreuses années devant lui pour se faire passer la corde au cou!

♔ Baptisé, communiant...Camille est catholique, mais ne pensez pas qu’il lie les actes aux principes religieux, bien au contraire. Il ne se considère pas comme attaché à une religion, mais plus à une croyance. Et vous ne pouvez trouver plus superstitieux que notre policier, qui croit plus que tout aux flammes de l’Enfer dans lesquelles il est terrifié de devoir terminer. Aussi, il ne quitte jamais sa croix pendue à son cou, peut se confesser une fois par jour pour rayer de la carte toutes les règles qu’il outrepasse sans sourciller, s’entourer de flacons d’eau bénite et de bâtonnetes d’encens “au cas où”, et invoquer quelques antiques saints oubliés pour éloigner de lui un mauvais oeil spirituel.

♔ Après avoir passé deux ans sur un navire auprès de marins avinés, gouailleurds, roublards et moribonds, et quelques jours dans les bras de ravissantes créatures antillaises, il a choisi le camp de l’hétérosexualité, sachant également qu’aux yeux de ses chefs, le contraire eu été moins apprécié (et il ne se sent pas d’une grande vocation pour les casaques roses, soyez-en navré, Monseigneur!).

♔ Groupe des gueux  :prout:


(La justice, c'est quand on gagne le procès)


Quelques questions de protocole ...  


♔ ÊTES PLUTÔT PARIS OU VERSAILLES ?

On ne peut décemment détester sa ville natale, celle qui regorge de souvenirs. Ces images de jeux d’enfants, de courses dans les marais jusqu’à tenter de jouer avec La Faucheuse à chaque pas. Versailles, au premier mot, n’est qu’un retour en enfance, un aller sans retour pour quelques temps dans le passé, où se mêlent encore candeur et facéties.
La construction du château aura lentement brisé ce rêve d’enfant, mais il se revoit bien souvent jouer dans les petits jardins peu entretenus, au nez et à la barbe de sa gouvernante qui le cherchait de nombreuses heures durant. Le palais des merveilles de Versailles, c’est le masque du petit relais de chasse où enfant, il allait jouer sur les marches désertes, tuant des cerfs imaginaires.

Versailles aujourd’hui...elle a bien trop changé pour que Camille la reconnaisse totalement, mais cette Versailles-là ne lui déplaît pas. Avoir des hommes oisifs concentrés en un seul lieu est un luxe que peu de ses collègues peuvent connaître. Versailles reste une sorte de mystère couvé dans un drap d’or et d’argent. Relais de chasse ou palais, ses mystères sont certainement encore nombreux et Versailles reste un jeu, même pour l'adulte qu’il est.


♔ CROYEZ VOUS AU COMPLOT ?

Un complot? Lequel?! Où? Encore un?! Imaginez le nez de furet de Camille se lever....le complot, il ne peut qu’y croire, même si ça n’est pas forcément celui auquel il faut penser. Les intrigues sont son lot commun. Contre le voisin, un frère, une marâtre. Contre un conseiller, un magistrat, un ministre...Alors contre le roi, certainement, même si le voile n’est pas encore levé. Des plaisantins, certainement. Sa mission première n’est pas la sécurité royale, mais la sécurité du royaume. Même si l’un ne va pas sans l’autre, notre policier est bien plus attiré vers l’inattendu et le quotidien que vers les délices meurtriers de Versailles.
Mais si on le lance sur la piste d’un complot contre le roi, soyez certain qu’il se jettera dedans à corps perdu! L’aventurier n’est jamais vraiment endormi!


♔ VOUS SENTEZ VOUS PLUS COMME UNE DOUCE COLOMBE OU UNE GROSSE VIPÈRE ?

L’idée d’un oiseau blanc et innocent convient peu à notre homme et dans sa tenue de magistrat, on l’imagine bien plus maître corbeau. Il n’y a point de ragot qu’il n’écoute, aucune intrigue banale qu’il n’élude, aucune critique qui passe inaperçue. Non point vipère car les relancer est inutile, il les garde précieusement pour ses affaires et enquêtes en cours.
Soyez rassurés, donc: vos secrets ne peuvent qu’être en des lieux plus sûrs s’ils sont confiés au lieutenant Loizet. Cependant méfiez-vous: à ses yeux, chacun est une potentielle victime, mais aussi un potentiel criminel: tout ce que vous dites pourra être retenu contre vous!
Le bonhomme est d’un naturel sympathique et enjôleur, mais peut se montrer véritablement grossier, impoli, agaçant et une véritable vipère s’il décide de ne faire aucun effort, quitte à en faire se retourner son père dans la tombe! Ca n’est pourtant pas l’éducation qui lui manque, et il sait faire preuve de beaucoup d’esprit lorsqu’il fait quelques efforts, mais il faut croire que les brigands déteignent sur lui.


♔ QU'AVEZ VOUS A DIRE SUR LA GUERRE ?

Notre homme n'a pas grand chose à dire s'il veut éviter quelques petits soucis avec sa hiérarchie, comme Colbert ou un certain La Reynie. En réalité, notre bonhomme vient du peuple, il navigue dans le peuple, il aide le peuple...il le connaît, le comprend et le soutient et cette guerre n'est pas tombée au bon moment. Mais loin de lui l'idée de critiquer cette prise d'armes, il faut bien défendre la France! Il s'est pourtant arrangé pour rester dans Paris, craignant les débordements habituels lors de conflits, et lorsque le roi est loin.


♔ QUELS SONT VOS LOISIRS ? AVEZ VOUS UN BUT PRÉCIS ?

-Le compère écrit...et bien, en plus! Vous trouvez ça étonnant? Certainement, mais ce petit goût pour l’écriture lui est venu lors de longues traversées enfermé dans une cale et entouré de marins aux crânes aussi vides que son estomac sur un bateau. Rien de bien grandiose, mais de quoi le satisfaire. Il faut néanmoins ajouter que dans son métier à la Tournelle, l’écriture était une nécessité lors de longs procès, il est ainsi passé maître dans l’art de paraphraser, détourner les phrases, perdre son temps en d’inutiles palabres qui ne servent qu’à tromper son auditoire.
-La chasse....pas au gibier - activité d’homme oisif - mais à l’homme. Traquer, fouiller, fouiner, chercher...Quoi de plus excitant que courir après un homme?
-Le déchiffrage. Dernière marotte en tête, à laquelle il s’essaye plutôt glorieusement depuis deux ans. Une affaire qui tourne court, un criminel en fuite et un message au déchiffrage trop long lui ont fait songer à cette ultime phrase: “plus jamais ça!”.
-Les odeurs...étrange don que Dame Nature a daigné confier à un futur policier! Le notre a le nez fin, et très fin. S’il vivotait à la cour, nul doute qu’il fu devenu parfumeur et créateur de senteurs exquises, mais il préfère les rues de Paris et ce petit don lui sert infiniment lors d’enquêtes, de planques et autres affaires. Ne demandez pas comment il survit non loin de la cour des Miracles!
-Son but? Protéger la population, le roi, mettre le plus grand nombre de gredins en prison et s'arranger pour gagner son Paradis...mais tout n'est pas gagné!



Derrière le masque ...
♔ Definitively ♔ What mille ans ♔ Tous les jours, indeed!
Ok par Paris ♔ sur internet ♔ J'vous aime putain :arc:



______________________

 

L'Oiselet

J'entends le loup, le renard et la belette, j'entends le loup et le renard chanter.



Dernière édition par Camille Loizet le 27.02.15 1:06, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Camille Loizet - L'Oiselet    27.02.15 0:55


Mémoires du Grand Siècle




1636


-Si c’est un fils, Pierre, j’achète enfin cette petite baronnie pour ses jours à venir!
-Père, n’envoyez pas votre argent par les percées.
-Ah mais j’y tiens, moi! J’y tiens!

Pierre-Camille Loizet croisa ses bras sur son ventre doucement rebondi par la bonne chère et l’oeil vif, afficha un sourire satisfait en observant sa jeune bru, enceinte par-delà le cou, tenter de s’asseoir sans trop d’inconfort.
-Taisez-vous donc, Père, et allez plutôt m’appeler Fantine, je l’attends depuis bientôt une heure: Que fiche-t-elle, la paresseuse!
-Ah ne râlez point, c’est moi qui l’ai envoyé chercher mes feuillets et ma plume neuve.
-Peste, soupira-t-elle en observant son mari par dessus son énorme ventre.

Pierre Loizet, fils du précédent, leva un sourcil perplexe et désemparé, cherchant quelque réconfort du côté paternel.
-N’attendez rien de moi, j’ai encore des actes à rédiger. Le Parlement remue, en ce moment. Ces protestants s’en viennent jusque dans nos bras. Après la chasse du roi samedi dernier dans son relais, la ville me presse d’autant plus...ah, soupira l’homme! Serais-je tranquille un jour...
Sous le sourire de son fils, le ventre bedonnant et la royale frémissante, le magistrat disparu derrière la porte.
-Allons mon cher mari! Allez vous aussi travailler, cette affaire d’héritage attend autant son avocat, que le Parlement de Paris votre père!
Antoinette Loizet, née Antoinette de Créhange, avait assez d’esprit et de jugeotte pour ne pas à se plaindre de sa situation, et veillait assez aux finances de leur ménage pour pousser son mari à quémander le gain de ses plaidoiries.


La naissance du fils arriva peu de temps après, suivie rapidement de l’arrivée hurlante de deux soeurs à un an d’intervalle et très vite, dans les rues de la petite ville de Versailles, l’on entendit galoper les trois garnements de l’avocat Loizet. Mais aucune critique, aucun mot de trop n’osait arriver jusqu’au couple, tant l’on craignait la figure emblématique du vieux Loizet, président à mortier au parlement de Paris, dont les colères étaient réputées. L’Aïeul, comme on l’appelait (ou Le Vieux, selon ses petits-enfants) était de cette pâte têtue, impitoyable, ronchonne avec laquelle étaient faits de nombreux bretons. Envoyé à Paris à l’âge de 16 ans, son caractère restait fidèle à ses racines.
En vérité, c’était bien la seule personne à faire preuve d’autorité sur la petite et dissipée fratrie.
“Vous finirez au bagne! Ou sur une galère!”, lançait-il en grondant dès que Camille s’ingéniait à emmêler les cheveux de Bertille et Constance, provoquant une réaction immédiate chez les enfants. Des “délinquants!”, “graines de bagnards!”, “maroufles!”, “garnements” fusaient, derrière une très grande tendresse un brin bourrue.


Camille avait 5 ans quand son grand-père cassa une chaise dans un accès de colère, lorsque le roi décida de limiter le droit de remontrance du Parlement.
Il avait 6 ans lorsque le cardinal-ministre, dont il avait tant entendu de critiques, laissa la place. Et il en atteignait 7 lorsque le roi quitta à son tour le trône pour le laisser au jeune roi.
Lorsqu’il eu 8 ans, Particelli d’Emery, surintendant des finances, exaspéra à nouveau son grand-père qui fustigea dans toute la maison le nouveau ministre italien à la robe pourpre.
A 9 ans, il comprit que l’ouragan allait frapper la maison royale et à 9 ans et demi, laissant traîner ses oreilles, il su que son grand-père ne laisserait pas ce “faccino” Mazarin prendre la place d’un enfant-roi.
C’est à 10 ans que l’on se préoccupa enfin de son éducation, jusqu’alors libre et sans trop de contrainte, bornée à l’apprentissage le plus pur du catéchisme, des mots et de l’écriture. On le colla d’office au collège de Clermont, à la réputation des moins douteuses, pour qu’il s’y fasse l’esprit auprès des frères jésuites et de camarades insupportables. Dès ses premiers jours au collège, il réalisa soudainement qu’il était traité en adulte, malgré son jeune âge. Exceptionnel coup de pied au derrière qui le mûri rapidement.


1646

-Loizet, n’est-ce pas votre grand-père qui a osé fustiger le président Molé l’autre jour?
Des éclats de rire ponctuèrent la question et les adolescents - tous descendants de hautes, anciennes, et brillante familles nobles - tournèrent le dos à celui qu’ils nomaient déjà “l’oiselet”, dérivé d’un “Loizet laid” peu charitable.
-Possible,marmonna l’intéressé en levant les yeux de son livre. Blasé par ces éternels quolibets, le garçon avait depuis longtemps abandonné toute tentative de raisonnement. A défaut d’avoir nom et places, il détenait esprit et raison.
-Si votre aïeul suit cette lancée, vous ne pourrez bientôt plus racheter les frusques de votre père, ah ah!
-Il est dommage que l’esprit du votre n’ai pu se racheter, monsieur, répondit Camille d’une voix railleuse.
Il lança un regard moqueur avant de s’éclipser vers les galeries menant aux salles de cours.
Seul, il tenta d’épousseter la culotte noire que l’usure faisait virer au violacé. Les affaires de son père ne manquaient pas, mais celui-ci avait bien trop d’humanité pour oser réclamer son du aux pauvres hères pour lesquels il plaidait. Peut-être était-ce le contact de ces camarades aussi sots qu’orgueilleux qui poussait Camille à repousser ces “manants” - comme il les appelait - que son père aidait. Il admirait de plus loin son grand-père, qui malgré son impossible caractère était parvenu à se hisser dans les hautes sphères de la magistrature. Il n’oublierait jamais que cette place au collège avait été entièrement prise en charge par son aïeul.
Depuis son arrivée au collège de Clermont, Camille s’était fait une promesse: que ses études ne soient pas gâchées par sa paresse et son indépendance.

-Monsieur Loizet, avez-vous donc choisi votre future carrière? Il faut y songer dès aujourd’hui, ne l’oubliez pas.
Face au Père Isidore - sombre figure aux cheveux immaculés - Camille haussa subrepticement les épaules.
-En vérité, mon père, j’hésite encore. Le notariat m’intéresse peu, le chemin que je souhaite prendre me mènerait plutôt au poste d’avocat, ou au sein de la magistrature.
-Quelles affaires vous intéresseraient-elles?
-Criminelles, mon père.

Le mot avait été lâché sans que Camille n’y ai réfléchi. Il n’avait que onze ans, mais l’idée lui plaisait. Il détestait l’oisiveté, il ne supportait pas les causes inutiles et s’occuper de vieillards en mal de bons voisinage n’était pas dans ses prérogatives.
Les affaires criminelles...voilà un mot qui le faisait frissonner, en enfant un peu rêveur qu’il était encore.
-Criminelles? Une drôle d’idée, mais qui vous conviendrait, monsieur. La lieutenance du Châtelet aura bien besoin de mains habiles et de raison éclairée pour l’y aider. Je vous placerai dans le cour d’un de nos meilleurs professeur, l’année prochaine. Vous y serez toute à votre aise...et sans ces messieurs pour vous importuner. Ceux-ci se tourneront vers l’armée ou les salons, n’ayez crainte.
Le père Isidore termina ces mots par un petit sourire entendu, non sans avoir jeté un oeil par la fenêtre, en direction du groupe de garçons.
-Merci, mon père.
-Allons, il faut aider ceux qui se donnent les moyens de ne pas suivre un chemin tracé. Je serai votre soutien si vous en cherchez le besoin.
-Merci encore, mon père!
-Allez, filez à présent, votre professeur de latin vous attend.


Mais les études de notre futur lieutenant ne devaient pas rester aussi calmes et paisibles qu’il avait prévu qu’elles soient. La mort du cardinal-duc, celle du roi, la Régence, l’arrivée au pouvoir d’un autre cardinal...les esprits des Grands s’échauffèrent, et Jules Mazarin commit des erreurs qui bouleversèrent une paix intérieure encore fragile. Au sein du Parlement, l’on suivait le sage Mathieu Molé, mais les plus timorés guettaient la décision du terrible président Loizet, dont les colères butées étaient réputées. Il mit plusieurs mois à se décider, pendant lesquels il embarqua le gamin, lui faisant goûter aux prémices des discussions politiques.

Loizet-grand père avait fini par trancher, et resta aux côtés de Mathieu Molé pour négocier une paix.
1648 leur apporta les prémices d’une guerre civile: l’arrestation des parlementaires Broussel et Blancmesnil avait enflammé la ville, et face à un ministre intraitable, le coadjuteur Gondi s’était dressé comme tête de file aux côtés des parisiens, rejoint pendant un temps par quelques grands noms de la noblesse: Longueville, Conti, La Rochefoucauld, Noirmoutiers...
1649 vit signée la Paix de Rueil, projet porté à bout par des parlementaires décidés. Ils avait réussi ce tour de force, après la terrible bataille de Charenton, à laquelle succomba Châtillon. Le blocus de Paris avait ruiné les campagnes voisines, les soldats de Condé avaient détruit les villages.
1650 s’amorça avec une fragile accalmie, mais répondant à l’attente de nombreuses nobles têtes - et en premier lieu celle de son envoûtante soeur - le prince de Condé signa son divorce d’avec Mazarin, rejoignant du même coup le parti frondeur et les geôles de Vincennes en compagnie de ses frères. L’on vit également la démarche élégante, quoique plus âgée, de la duchesse de Chevreuse, rappelée par la reine et n’ayant pour rôle que d’attiser les braises d’un feu brûlant entre le clan des Princes - éternels ennemis - et la fronde parlementaire.
Enfin, 1651 libéra les princes, entraînant dans sa course l’exil du cardinal, savamment orchestrée par Gondi, qui de son côté mangeait à de nombreux râteliers.

1652 ouvrit une nouvelle année riche de surprises.
Durant ces quatre années, Camille s’était efforcé de suivre les agitations, mais sans soutien paternel - Loizet-père préférait de très loin rester fidèle au roi - il ne pouvait que se taire, écouter et ruminer. Il tenait bien plus de son aïeul que de son père, au grand désespoir de celui-ci. Quant à ses soeurs, Bertille et Constance, deux friponnes bien trop intelligentes pour se taire, elles poussaient silencieusement leur frère à prendre le large versaillais, de s’installer chez leur grand-père à Paris, et de traîner dans les jupons du “Vieux” afin de faire ses premières armes.
Les petites avaient toujours eu de lumineuses idées et leur aîné ne perdait que rarement à les suivre.

Le "Vieux" accepta en maugréant - mais terriblement fier - de prendre sa descendance sous son aile, sachant qu'auprès de son père, le gamin ne pourrait jamais rien apprendre.
Camille vécut la Fronde comme il n'avait pu imaginer la vivre, le jour où l'Aïeul avait débarqué en s'écriant "C'est une guerre civile, par tous les diables!". Petite main au service du président et du Parlement, il courait à chaque coin de l'île de France, livrant messages et galopant à bride abattue pour ramener les dernières nouvelles des sièges de Paris.
Il rencontra Broussel, Blancmesnil, Gondi, Chevreuse et ceux qui semblaient faire trembler le ministre, et lorsque vint le temps où le roi reprit son pouvoir, il fut aux premières loges des procès, et se délecta de celui du prince de Condé, dont le nom avait souvent fait rugir le Vieux Loizet ("Et dire que j'ai soutenu son grand-père sous le bon roi Louis XIII! Le maroufle!")

En 1654, par l’intermédiaire d’accointances et de professeurs, il eu le privilège, en tant que jeune futur magistrat, d’étudier le cas du prince félon, rédigeant de sa main la décision des juges lors du procès par contumace.
Le 28 mars, l’on condamnait Lenet, Marsin et d’autres proches de Condé. Coupables de lèse-majesté, Camille entendit la sentence tomber. Plus tard dans la journée il vit, signé par le président, son premier arrêt de mort rédigé de sa main...celui d’un prince de sang; en écoutant les paroles de condamnation, Camille ne pu s’empêcher de sourire narquoisement, repensant au jour où le prince l’avait croisé dans les couloirs de l’Hôtel de Ville. On ne restait égaux que face à l’implacable justice.

La France pouvait être en paix, la Fronde venait de s’éteindre.



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L'Oiselet

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MessageSujet: Re: Camille Loizet - L'Oiselet    27.02.15 21:28


Mémoires du Grand Siècle




La France, oui, mais l’étranger grondait toujours et les tourments allaient bientôt rattraper le jeune magistrat en devenir qu’était notre compère Loizet.
A Paris, on l’appelait désormais officiellement “L’oiselet”. Bien plus en référence à sa jeunesse face à son grand-père, mais aussi par rapport à ses manières légères. Certains lui donnaient le sobriquet du Bateleur, en référence au jeu de Tarot dont il était expert ou aux cartes qu’il tirait. Il atteignait avec un certain charme ses 20 ans, sortait tout juste de brillantes études réussies haut la main. Aidé par ses professeurs, soutenu par des parlementaires sortis du giron de la Fronde, connu par certains de ses aînés, il ne pouvait que trouver une place de choix au sein de la magistrature. Il rejoignit la Chambre sur laquelle il avait toujours lorgnée, en tant qu’huissier.
Ce fut la Faucheuse qui accéléra les désirs du destin, en emportant avec elle Loizet-père, d’une violente fièvre contractée dans les marais versaillais.
Camille ne fut pas autant touché qu’il l’avait auparavant songé. Sa vie, ses espérances étaient si loin des souhaits de son père que tous deux s’étaient éloignés l’un de l’autre, évitant de parler affaires lorsqu’ils se retrouvaient. Si aucune querelle ne les avait réellement brouillé, Camille n’avait jamais trouvé une place à part entière dans le coeur déçu de son père.
Mais peu ingrat, le paternel avait songé à l’avenir dont rêvait son rejeton et lui légua une charge qu’il possédait depuis de nombreuses années. A 21 ans, Camille devenait magistrat à la Tournelle. Sa vie, songea le gamin à cet instant, allait enfin être à lui!
Mais contrairement à ses espoirs et attentes, la chambre du Parlement chargée des affaires criminelles décida d’envoyer son jeune commis bien loin de Paris, régler quelques soucis sur les terres lointaines de France.

1657

-LA GRENADE?

Camille ôta ses pieds du bureau de son grand-père, se redressant dans sa chaise, le regard effaré.
-La Grenade, oui. Tu pars dans trois semaines. Et merci pour mon bureau, délinquant!
-Grand-père, je ne peux pas partir là-bas!
-Et pourquoi non? Nous avons de nombreuses colonies, y servir la justice du roi est nécessaire. Tu n’y resteras pas si longtemps.
-Eurk, soupira le jeune garçon!
-C’est un honneur...tu as 21 ans, fainéant!
-Eurk, répéta Camille. J’aurais préféré un peu de bon temps en France, j’ai assez de mon image d’étudiant modèle pour plaire aux professeurs.
-Je l’ai remarqué...et ta mère se ronge les veines en te voyant végéter. C'est comme ça que tu la remercie, hein...
-Végéter...c’est un bien grand mot! La Tournelle ne me confie pas encore de grandes affaires. J’ai l’impression d’être un lion en cage, soupira-t-il à nouveau. La Fronde m’a occupé, au moins.
A présent affalé sur le bureau, il jeta un oeil dehors.
-Et bien part, ce voyage te fera le plus grand bien! Ils forment le caractère, dit-on!
-Mouais, marmonna Camille. Je n’aime pas la mer.
-Tu as du sang breton, tu t’y feras!

Camille ne s’y fit pas. Evidemment.

Malgré l'atrocité du voyage, les quelques semaines passées à Grenade furent bien plus palpitantes qu’il ne l’avait espéré. Monter des affaires judiciaires dans un pays sauvage était une véritable gageure et face à la monstruosité de la tâche, il compris pourquoi lui et pas un autre: voir disparaître un jeune magistrat n’était pas une grande perte. ll manqua de se prendre une flèche dans la cuisse, une pierre aiguisée dans l’oeil, de se faire piquer par un insecte dont il préférait oublier l’existence, de crever sous un accès de fièvre exotique, de se faire mordre par des chiens à demi-sauvages, de se perdre dans la forêt tropicale, et enfin, de perdre simplement quelques doigts en se coupant.
Il survécu trois mois à Grenade, avant de recevoir un pli français, lui annonçant son retrait de l’île....suivie d’une autre, peu après, l’envoyant en Guadeloupe, Martinique, St Barthelemy. Il découvrit St Domingue où il manqua à nouveau de se faire embarquer par la Faucheuse, avant de passer par les nouvelles colonies antillaises.

Il ne restait que quelques semaine, peut-être quatre mois tout au plus, dans ces colonies parfois encore sauvages. Il y donnait les ordres royaux, remettait de l’ordre dans les actes de justice, donnait les nouvelles ordonnances royales....puis repartait, embarquant mauvais souvenirs, maux de mer, maux de terre, fièvres et maladies de toutes sortes. Guéri à chaque étape par le miracle de quelques guérisseurs autochtones, il ne su comment il sortit vivant et entier des Caraïbes. L’on décida enfin de le faire quitter ce pays qui lui restait décidément hostile, pour l’envoyer vers le Nord.

De Terre-Neuve où il craignit de perdre de nouveau quelques doigts à cause d’engelures, il rejoignit l’Acadie, puis Québec, redescendant sur l’océan Atlantique, en longeant les côtes découvertes par Amerigo Vespucci. Après avoir manqué de mourir de froid et de sombrer dans des eaux glacées, il rallia la Nouvelle-France avant d’embarquer à nouveau sur la Concorde, sémillant trois-mâts de commerce. Le bâtiment le fit redescendre vers le Brésil et la Guyane, le faisant espérer revoir un jour son beau pays français.
C’est en Guyane, après une épopée de deux ans, qu’il posa enfin ses bagages, lorgnant sur la missive qui l’attendait depuis une semaine.

Le tein encore verdâtre de sa terrible traversée - ou de l’absence définitive de pied marin - Camille s’affala dans le fauteuil du salon du gouverneur, le ventre toujours frémissant et la tête bourdonnante. Il se sentait tanguer au gré des vagues et pire encore que ce mal de mer insupportable, il y avait ce mal de terre impitoyable.
-Allons, reposez-vous, monsieur Loizet. Cette lettre a attendu une semaine, elle vous attendra un peu encore.
-Non, non, surtout pas! Avec la chance qui me poursuit, peut-être aura-t-on enfin décidé à me faire revenir en France!
Le jeune homme ne s’était pas trompé, et trois ans après son départ, il reçu enfin ce qu’il considéra comme une bonne nouvelle. On demandait son retour! Son supplice sur la mer prenait fin! Plus de fièvres, de bêtes immondes et dangereuses! De sauvages indomptables! De procès sans queue ni têtes face à des autochtones qui ne comprenaient que leurs langues! Plus de craintes de se faire transpercer, tatoué, troué pour coller sous sa peau des bijoux étranges!
Il n’eu pas été si éreinté qu’il aurait esquissé quelques pas de danse, mais la fatigue pris le dessus, et notre magistrat ne s’éveilla que deux jours plus tard après avoir rêvé qu’un calmar géant se transformait en scorpion pour avaler ses codes de procédures...et autres rêves étranges qui devaient le poursuivre.


A la fin de l’année1660, il fut conseiller au Châtelet de Paris et gardant encore sa charge à la Tournelle, accéda à la lieutenance particulière, le faisant enfin toucher du doigt les affaires criminelles dont il avait rêvé enfant. Siégeant en audiences, il ressenti néanmoins rapidement cette pointe d’agacement face à l’inactivité physique. Quoique expérience redoutable, ses voyages lui avaient donné ce goût de l’indépendance, avaient ravivé une flamme d’insolence et d’une sorte de volonté de ne suivre que ce qu’il jugeait bon. Aussi, avec un sens de la justice bien personnel, il ne pouvait que ronger son frein face aux affaires qu’on lui présentait.
Très rapidement, le nom de Loizet fut associé à ce magistrat débonnaire, soupirant en audiences, expédiant les affaires comme s’il s’ennuyait, et ne prêtant attention qu’aux histoires de crimes et délits sordides et complexes. Tomber dans le vol ressemblait bien trop aux pratiques de son père!

C’est en septembre 1661 qu’il vit enfin s’ouvrir sa plus belle affaire et celle qui le poussa à prendre une décision capitale. L’arrestation de Nicolas Fouquet - nom qu’il méprisait tout autant que celui de Colbert, depuis les affres de la Fronde - provoqua un remous sans précédent. Jusqu’en mars1662, ouverture du procès, les pots de vins glissèrent, les bourses se remplirent. Les esprits les plus honnêtes furent mis à rude épreuve et Camille du faire face à sa propre conscience: il le savait par Desmarès, à présent oeuvrant chez Colbert: le roi voulait la mort du surintendant, ou du moins l’exil. Et l’amitié de la couleuvre envers l’écureuil était aussi réputée que celle d’un Ravaillac envers Henri IV. L'affaire le dégoûta tant qu'il se résolu à rendre sa robe noire de magistrat et de faire ce que, depuis l'âge de dix ans, il rêvait d'accomplir.


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L'Oiselet

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MessageSujet: Re: Camille Loizet - L'Oiselet    27.02.15 22:02


Mémoires du Grand Siècle




Août 1665

-Aaaaah! Mon coeur! Mon pauvre coeur! Il s’est arrêté de battre par ta faute! Gredin! Fripon! Enfant indigne! Ectoplasme! Galérien! Mauvais bougre! Maraud! Faquin! Tu finiras par nous tuer tous, ta pauvre mère et moi et avec, tu ruineras la réputation de tes soeurs! Ingrat! Et dire que...que tu hérites de ton père! Ah! Par ma royale, tu ne t’en tirera pas aussi bien, crois-moi! Fripouille!
-Grand-père, soupira Camille, assis sur un bout de la table, face au fauteuil où tentait d’agoniser en vain son aïeul.
-Soit maudit le jour où je t’ai pris comme secrétaire! A moi! Me planter un couteau dans le dos! Revendre ta charge! Elle faisait de toi l’un des magistrats les plus importants! Elle te vient grâce à ton père! Elle t’a anobli!
-Grands dieux, alors si elle m’a donné de la noblesse, peut-être ai-je fais là une grave erreur, ironisa Camille en levant les yeux au ciel, puis buvant une gorgée de vin rouge. Je ne serais plus un pauvre marquis…!
-Fripon, répéta le Vieux! Une charge de magistrat! On n’a pas idée! Et que va-tu faire, hein? Être avocaillon des causes perdues? Ah! le grand et noble coeur! Digne de ton père! Vas t’enterrer à Versailles, que je ne revois plus ta face de traître par ici, criminel! Patricide!
-J’ai racheté une charge de lieutenant criminel, grand-père, lança Camille d’une voix débonnaire, tout en se curant l’ongle du pouce.
-AH! Le noble enfant que voilà! Digne petit-fils! C’est de mon sang, cette fripouille qui va me tuer! Viens-là que je t’embrasse, garnement!

Ce que n’avait encore dit Camille, c’est que sa charge était du à l’assassinat de Jacques Tardieu et de son épouse, précédent lieutenant criminel.

Août

L’air était putréfié avant même que notre jeune commissaire ne passe la porte ; se plaquant un mouchoir sous le nez, il pénétra dans la pièce et avisa la scène du regard.
-Maugeois, je préfère travailler avec des gens valides, lança-t-il au jeune policier qui était passé de blanc pâle à verdâtre.

La scène de crime n’avait rien à envier aux plus sordides meurtres qu’il avait vu. Les corps baignaient dans leur sang, quelques gouttes avaient séché ici et là, et des papiers éparses trempaient dans le liquide rougeâtre. Les tiroirs étaient retournés, le bureau vidé, les dossiers traînaient à terre et des traces de pas étaient encore visibles dans les flaques coagulées.
Un cambriolage rouge, comme les appelait le jeune Loizet. Mais s’il en avait vu quelques-uns, il n’avait jamais encore ressenti ce pincement que celui qui le prit lorsqu’il reconnut le commissaire Tardieu et son épouse. Il resta silencieux, se signant devant les corps sans vie ; il les avait vu encore la veille, et Tardieu avait plaisanté sur l’avenir d’avocat de son fils, n’hésitant pas à taquiner l’ancien magistrat qu’était Camille.

-On fait quoi, commissaire ?
-Cachez-moi ça, pour commencer et emmenez-les au Châtelet. Ensuite on fouille, mais à première vue, il s’agit d’un cambriolage qui a mal tourné.
Il releva son chapeau dont la plume traînait dans le sang et sortant de la maison, l’enfonça sur ses cheveux bruns. Le vent soufflait encore plus violemment que pendant la journée et la pluie tombait sur les pavés de la rue de Harlay. L’enquête serait la plus difficile qu’il aurait à mener, il le sentait.

Il sentit bien, car la traque fut longue pour remonter jusqu’à la bande organisée qui avait perpétrée le meurtre, mais ce ne fut que quelques mois plus tard qu’il réalisa combien ce meurtre compterait dans sa vie. Il lui apporta le poste de Tardieu, qu’il récupéra, la confiance de Colbert, qui lui offrit une nouvelle lieutenance à la refonte de la Police et notre bonhomme se vit affublé de pouvoirs dont il profita allègrement.

Si la confiance de Colbert était un bel atout pour grimper les échelons, elle pouvait être un frein dans son insertion sociale, car notre petit marquis – qui n’avait de marquis que le titre et la terre – ignorait encore qu’une telle accointance pouvait le mettre en danger…Cette accointance, mais également son ancien poste de magistrat lors du procès de Fouquet. Car alors qu’il traquait la piste de Baptiste Tardieu, il ignorait que Marie-Charlotte d’Aumont, belle-sœur du surintendant déchu, veillait personnellement à sa vengeance familiale. Peut-être était-ce son inconscience habituelle, ou l’habitude qu’il avait prise dans les colonies, de manquer de mourir chaque jour, mais il ne craignait pas réellement ce genre de menaces, d’autant qu’il les ignorait malheureusement. Et pour le salut de son âme, il savait en référer à Théodose de Bouillon, fieffé expert en la matière.
Mais revenons à nos crimes, et à ce qui accaparait notre compère Loizet. Lui qui aimait la justice, qui n’acceptait de règlement de compte personnels que dans le cadre légal et qui se répugnait à voir des vengeances sordides, était sur les traces du fils Tardieu, aux confins de la cour des Miracles, heureusement aidé d’indics et d’informateurs heureux d’échapper au Châtelet.  

C’est là qu’il revit celui qui se destinait à devenir un brillant avocat. Il le revoyait, éloquent à la barre, sa silhouette élancée et son visage ferme tourné vers les juges, sa voix posée, ses mots juste. Il aurait été brillant, songeait notre bonhomme en observant le moribond attaché sur la table d’interrogatoire.

-J’y vais encore un coup, demanda le bourreau en grognant ?
-Non, non ! Ca suffit, ne me le cassez pas ! Il est ici pour avouer ses actes, pour être jugé par la suite, non pas pour être traité comme la pire des espèces, butor!
-Il a tué, ronfla l’autre.
-C’est moi qui instruit, ou c’est vous ?
Le bourreau haussa les épaules et libéra les chaînes du malheureux. Tardieu n’était pas de la pâte qui faisait les meurtriers et les voleurs que croisait chaque jour Camille. Il était de ceux qui réclamaient la justice, qui étaient perdu, de ceux que le chagrin guidait. Il avait ruiné son nom et son avenir pour venger ses parents. En se rappelant des corps inanimés dans la pièce sombre, Camille ne put que ressentir une pointe de compassion. Baptiste serait pendu pour son crime. Pendu comme ceux qui avaient ôté la vie à ses parents, si lui-même avait pu les retrouver.

C’était peut-être cette once de culpabilité qui poussa notre nouveau lieutenant à pousser la porte du bureau de Colbert pour demander la grâce de Baptiste Tardieu.


Décembre

-Et qu’est-ce qui vous effraie encore ?
-J’ai protégé une personne  qui a tué…Dieu me le pardonnera difficilement : ça n’est pas à moi d’intervenir, mais à lui. Je risque gros, n’est-ce pas monseigneur ?
A travers la grille du confessionnal richement orné de l’église St Eustache, Camille entendit Théodose de Bouillon lâcher un petit soupir.
-Oui, sauf si vous vous repentez.
-Comment, cette fois ?
-Pour cette fois-ci, trois Ave, deux Pater, un Credo devrait aller…
-Et pour mon affaire de corruption ?
-Là, ça vous demandera plus de Confiteor !

On ne pouvait vraiment comprendre ce qui liait Théodose de Bouillon, fils du rebelle prince de Sedan, à Camille Loizet, fils d’un avocaillon de Versailles. Pour comprendre cela, il fallait remonter aux guerres civiles qui avaient secoué la France, menées par les Grands et les princes contre le pouvoir royal. C’est dans cette tourmente que le prince de Sedan se prit d’affection pour le jeune conseiller qu’était encore Pierre-Camille Loizet. Il en fit son conseiller particulier, lui confia les documents qui pouvaient lui faire perdre la tête, lui confia même parfois ses enfants afin deleur éviter un sort funeste. A la fin des conflits, il s’arrangea pour pousser son avenir, pour lui ouvrir les portes du Parlement et faire de lui l’une des plus hautes têtes de la magistrature.
En remerciement, Pierre-Camille jura que jamais le nom de Loizet ne devait faillir au service des Bouillon, et les deux familles unir ainsi leur nom.

Mais de nombreuses années plus tard, loin de l’honneur de la guerre, les descendants avaient bien plus de mal à tenir leur promesse. Si Théodose et Camille avaient vu leur enfance et leur adolescence se croiser, c’était évidemment à cause d’une femme qu’ils étaient venus à signer leur séparation.
Camille n’avait jamais eu trop de scrupules à utiliser les charmes féminins dans ses enquêtes, et Charlotte du Cambout de rechignait jamais à se laisser aller dans ces jeux, quitte à abandonner son amant passager, Théodose de Bouillon. Ni la jeune femme, ni notre marquis ne pouvait savoir combien l’orgueil du Bouillon avait été blessé, mais même s’il en avait été informé, Camille s’en serait peu inquiété. Il préférait penser aux véritables menaces, et sa vie dans les colonies lui avait appris une chose : à vivre au jour le jour.  Tant que le prélat s’arrangeait pour lui faire gagner le pardon divin, l’affaire lui convenait. Ils se retrouvaient régulièrement et dans ce petit confessionnal, Camille obtenait son billet pour le Ciel, rassuré et prêt à recommencer sa morale personnelle.

Mais revenons à notre affaire Tardieu : Camille obtint la grâce du ministre pour le fils, et celui-ci devint goûteur de la favorite, la duchesse de Guyenne. Notre commissaire pouvait ainsi le surveiller de loin, espérant voir cet esprit autrefois brillant redevenir celui qu’il avait été.
Mais la guerre frappa, emportant avec elle le roi et le goûteur, éloignant quelques mois la proie du chasseur. Loizet s’arrangea pour rester dans Paris qui, dans cet état de conflit général, pouvait devenir un centre prêt à s’enflammer. La levée d’impôt, les restrictions, les mobilisations agaçaient volontiers la population et il était nécessaire de garder des forces de police dans la capitale.

La fin des conflits n’amena pas une paix totale. La révolte grondait au sein du Parlement et malgré ses nouvelles fonctions, notre bonhomme connaissait assez les arcanes de ce pouvoir pour s’inquiéter de l’avenir de la magistrature et du calme parisien. Mais au fil de cette eau remuante, d’autres affaires occupaient suffisamment Camille.


L’odeur de putréfaction du Châtelet ne gênait plus vraiment Camille et il pouvait même déterminer les mélanges d'odeurs qui flottaient dans l'air. Le feutre traînant à terre, il parcourait les salles obscures et humides, soulevant les draps qui recouvraient les faces livides des derniers cadavres retrouvés ce jour.
-Ah ! lança-t-il en reconnaissant les traits du macchabée qu’il observait, Delmas a finalement eu son compte avant qu’il ne passe entre tes mains. Il leva les yeux vers le bourreau Sanson. J’ai tout fait pour éviter ce genre de vengeance, je déteste voir une récompense s’envoler comme ça. Merci en tout cas pour les infos, elles étaient parfaites.
-De rien ! Ca arrange tes affaires, ça arrondit les miennes, même si pour ce coup d’autres sont passés avant !
-Tout ça pour un peu de poudre de succession…mais j’ai d’autres pistes, si je les prends, je demanderai une faveur au juge Joyon, il m’en doit une. Je penche pour une bande, fit-il en observant le visage du cadavre. Ce genre de coups n’est pas porté par un amateur. Un releva la tête en relâchant le drap. Avec un peu de chance tu auras d’autres têtes à la place de celle-là !
Avant de renfoncer son feutre, il détacha une petit bourse et la posa sur une table.
-Celle-là, c’est pour les informations. Colbert me mange dans la main, La Reynie ferme les yeux, je te le dois bien !

Il n’attendit pas que le bourreau refuse et le saluant d’un geste, quitta la morgue du Châtelet et ses odeurs fétides. Une nouvelle traque l’attendait et cette fois, elle n’était pas dans les moquettes soyeuses de salons mondains.
Elle l'amena, comme toujours vers Arturo Bonaventura, qu'il s'échinait à vouloir attraper. Il connaissait ses habitudes - s'il en avait réellement - postait des policiers pour le surveiller, travaillait ses indics et les payait grassement, mais le fripon trouvait toujours matière à s'enfuir. Notre lieutenant préférait n'en rien révéler à Colbert, car lorsqu'une si puissante main - aussi lourde soit-elle - vous tient sur un fil, mieux ne vaut pas tâcher de s'en défaire.

Et entre les bougonneries d'un grand-père retraité, pestant sur un passé qui lui manquait et jurant qu'avant-on-avait-plus-d'honneur, notre lieutenant poursuivait ses enquêtes, fourrant son nez dans les odeurs les plus délicates comme dans les plus pestilentielles.

ZE END (si vous êtes toujours en vie :hin: )

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Côté Coeur: Il baigne dans la colère et la frustration maternelle mais puisqu'il ne s'est pas laissé abattre, il continue de battre.
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MessageSujet: Re: Camille Loizet - L'Oiselet    28.02.15 23:20


Tu es validé !

Bienvenue à

Versailles !


Pfiouuuuuuuuuu me faire lire un roman juste après ma digestion, franchement c'est rude. Green Bon je rigole hein, ta fiche est extra comme d'habitude ! bounce Ce nouveau perso roxe carrément du poney ! ** Il va envoyer du lourd en rp ! Rock on


Du coup, n'ayant rien à redire, je te valide avec grand plaisir ! Roulage Rebienvenue (X 10) sur ATV !!!!! free Amuse toi bien avec Camille ! Very Happy Tu connais la maison sinon, alors prends tes aises ! sunny
Une fois la validation passée, il faut recenser ton avatar, puis créer ta fiche de liens et consulter celle des autres, remplir le point info et le consulter pour savoir qui fait quoi.
A partir de 50 messages, vous pourrez demander un logement et à 100 messages un rang personnalisé.
Viens faire un tour sur
le flood et n'oublie pas de mettre tes liens de présentation, fiche de liens et point info dans ton profil Clin d'Oeil




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MessageSujet: Re: Camille Loizet - L'Oiselet    28.02.15 23:30

J'ai lu ta fiche aujourd'hui, du boulot magnifique, comme d'hab ! ** ** Je te préviens tout de suite, je veux des liens ** REBIENVENUE SCHIZO D'AMOUR free free

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Que d'éternelles et incurables douleurs dans la gaieté d'un bouffon! Quel lugubre métier que le rire!


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MessageSujet: Re: Camille Loizet - L'Oiselet    28.02.15 23:39

Saperlotte, encore un DC ! C'est drôlement contagieux par ici Laughing . Enfin bref, c'était une fiche très agréable à lire (mention spéciale pour le grand-père PTDR ) et Camille m'a fait penser à un certain Le Floch What a Face . J'ai hâte de voir ce que ça donne en RP, même si j'ai comme l'impression qu'il va falloir se la jouer fine avec les poisons Razz .

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MessageSujet: Re: Camille Loizet - L'Oiselet    01.03.15 0:29

Rebienvenue à toi sale bizut Green

Depuis le temps que tu veux le jouer ton Camille Razz Là c'est fait au moins !
Puis un mec gueux, tu vas avoir du succès PTDR

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Joyeux Anniversaire mon Prince <3


OH YEAH:
 


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MessageSujet: Re: Camille Loizet - L'Oiselet    01.03.15 1:20

Merci mes chéris Green

Camille est dispo pour tout le monde, tant que le travail paie Pervers

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MessageSujet: Re: Camille Loizet - L'Oiselet    01.03.15 15:28

Rebienvenue Twinette ** J'ai kiffé ta fiche **

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MessageSujet: Re: Camille Loizet - L'Oiselet    01.03.15 23:02

Re-bienvenue à toi! Roh, punaise, mais t'es qui? J'arrive pas à le deviner, ce coup-ci et je me sens intelligente parce que on dirait que tout le monde le sait... PTDR
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MessageSujet: Re: Camille Loizet - L'Oiselet    Aujourd'hui à 1:12

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