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 Les milles facettes d'un seul miroir [Isa&Manue]

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MessageSujet: Les milles facettes d'un seul miroir [Isa&Manue]   11.11.14 20:10

Le soleil se couchait sur la forêt de Versailles. Lentement, il rangeait ses rayons ardents et laissait place à la lune froide et pâle qui s'élevait un peu plus dans un ciel d'encre. Le mois de septembre s'annonçait plus frais que d'ordinaire, cette année, et l'on pouvait craindre que l'hiver ne soit rude. Déjà Paris grondait à cause de l'impôt, mais si le froid glacial se mêlait à la fête, on ne pourrait plus espérer le moindre répit dans les mois à venir.

Emmanuelle s'emmitoufla dans son manteau avant de remettre ses gants de laine fine. Elle venait de terminer son service auprès d'Amy of Leeds et celle-ci lui avait fait une étrange demande, qu'Emmanuelle avait préféré refuser, avant de voir la favorite insister, une flamme inhabituelle dans le regard. Depuis que sa fille lui avait été rendue, la duchesse de Guyenne était d'une humeur parfois changeante, ou peut-être était-elle si heureuse qu'il n'était plus habituel de la voir ainsi. Elle lui avait glissé un billet griffonné rapidement, lui demandant de se trouver au pied de la statue de Diane chasseresse, au bout du Grand Canal, à la nuit tombante.

L'idée était saugrenue, songea la jeune femme en resserrant son écharpe. De la buée s'échappa de ses lèvres entrouvertes alors qu'elle soufflait entre ses mains pour réchauffer son nez gelé. Amy avait évidemment refusé de l'accompagner, il ne fallait pas non plus qu'elle prenne froid ! Grognant contre sa maîtresse et ami, Emmanuelle continua toutefois son chemin, atteignant le Grand Canal. La route lui paru en réalité plus courte qu'elle ne le fut, tant elle ressassa les mots d'Amy.

-Je vous en prie, allez-y !
-Amy, dites-moi au moins de quoi il s'agit ! J'ai l'impression que vous m'envoyer dans la gueule d'un mauvais loup, et Dieu sait que je déteste cette impression.
-Ne me faites-vous donc pas confiance ? J'ai remis la vie de ma fille entre vos mains…
Amy avait posé ses mains sur les doigts d'Emmanuelle, posant un regard d'espoir dans ses yeux clairs. Comment le roi avait-il pu résister si longtemps à un tel regard ? Celui d'Amy n'admettait aucun refus, mais il le demandait avec tant de ferveur que l'on n'imaginait pas un seul instant recevoir un ordre.
-Duchesse, dites-moi au moins la nature de ce que vous me faites faire.
Amy avait ris et avait accepté de livrer quelques détails.
-Vous rencontrerez une personne qui m'est chère, et que je veux que vous connaissiez.
-N'était-il pas plus simple de la faire venir ici ?
-Non, pardieu ! Il faut que vous soyez seules, car je ne puis moi-même vous accompagner, devant rester avec sa Majesté ce soir.

Emmanuelle avait retenu un « évidemment », mais non pas un soupir.
-Je vous en prie, Emmanuelle. Rendez-moi ce plaisir.
La jeune femme avait rangé le billet dans le revers dans son manteau.
-Il y a un jour, duchesse, où j'aurais besoin de vous, et j'espère que ce jour, vous serez présente pour moi.

Le sourire d'Amy suffit comme silencieuse promesse, et Emmanuelle, malgré ses réticences, avait accepté le rendez-vous inconnu.




Tout en marchant pour atteindre le bout du Canal, la comtesse de Vaunoy tâtonna la poche intérieur de son manteau, s'assurant de la présence de son petit poignard. Amy pouvait avoir été abusée, on ne pouvait imaginer combien d'âmes perfides naviguaient à la cour et s'ingéniaient à manipuler les plus grands de ce monde. Le masque d'Emmanuelle n'était pas officiellement tombée, sa place de général n'était pas encore attestée, elle risquait toujours une vengeance sournoise. Si l'enfant avait été arrachée à deux sbires, il était évident que le kidnapping avait été commandité par un esprit supérieur. Tant que celui-ci existait, il fallait se méfier de tous.

Les bois approchèrent enfin, alors que le soleil disparaissait totalement de l'autre côté du domaine royal. Le froid semblait s'être définitivement installé, et la jeune femme souffla de nouveau entre ses mains recouvertes. Nulle âme ne semblait approcher, la nuit s'assombrissait et sortant le morceau de suif qu'elle avait emporté, Emmanuelle alluma une petite flamme, avant de faire s'enflammer le petit flambeau qu'elle avait pris soin de prendre avant de quitter le château.
-Il y a quelqu'un ? Je viens de la part d'Amy of Leeds, lança-t-elle sans trop hausser la voix !

Elle entendit un bruit de pas dans la forêt, avant de distinguer une ombre qui s'approchait.
-Ah, ça n'était donc pas un faux rendez-vous...que dois-je attendre de vous ?

Elle plissa les yeux jusqu'à ce que la silhouette sombre prenne un visage à la lueur du flambeau. Celui-ci chuta alors soudainement au sol.

-Qui êtes-vous, s'écria Emmanuelle, pâle comme la mort ?!

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MessageSujet: Re: Les milles facettes d'un seul miroir [Isa&Manue]   07.12.14 22:01

Isabelle avait galopé à bride abattue depuis Paris. Beaucoup plus par amour des sensations fortes et du danger que procuraient ces routes gelées, que pour une quelconque urgence. Certes, Paris commençait à gronder, mais la jeune femme avait la chance d’avoir sa chambre dans une petite maison d’un quartier bourgeois, et peu de risques que la révolte, commençant seulement, ne le touche déjà. Pourtant, au loin, elle n’avait pas manqué d’entendre le grondement sourd, presque sauvage, d’une foule mécontente. La campagne était belle, quoi que froide, en ce milieu d’après-midi. Une femme seule, montée en amazone, pouvait attirer les regards et surtout les bandits. Heureusement pour la jeune femme, la route entre Paris et Versailles, fort empruntée, faisait l’objet d’une surveillance accrue, mais l’on n’était jamais à l’abri d’un incident. Le sol était boueux, gelé aussi à certains endroits. Heureusement pour Isabelle, Topaze, son étalon lusitanien, acheté et amené à grand prix du Portugal par l’un de ses anciens amants, malgré son caractère assez vif, avait le pied sûr. Cela n’empêcha pas l’animal d’arriver épuisé au château. Isabelle dut le reprendre à plusieurs reprises alors qu’il butait contre les pavés, évitant les charrettes et  les badauds passant autour. Elle finit par mettre pied à terre et se dirigea vers les écuries où elle confia l’animal en nage, non sans l’avoir flatté, et donné une œillade au jeune écuyer qui l’avait aidée à descendre de selle, qui vira rouge pivoine. Les joues rosées par l’exercice, la dame d’honneur de la reine prit le chemin de sa chambre dans les dépendances du château, n’attendant qu’une chose, se retrouver au calme chez elle après toute cette agitation.

La jeune femme ferma la porte derrière elle. Tout était calme dans son petit appartement tout de bleu tendu et décoré de blanc. Elle profita un bref instant du silence, paradoxal après l’agitation de Paris, la course à toute allure et le bruit continue entourant le château du roi Soleil. Le feu crépitait lentement dans la cheminé, paisiblement. On se serait presque cru dans un autre monde. Après avoir reprit son souffle, Isabelle retira ses gants et son chapeau, qu’elle posa avec sa cravache sur le premier fauteuil venu. Antoinette, la femme de chambre d’Isabelle, sortit de la chambre de sa maîtresse et récupéra ses affaires en levant les yeux au ciel, mais sans commentaire. Isabelle sourit, amusée. La femme de chambre en profita au passage pour tendre un pli à sa maîtresse.

-Vous avez reçu ceci pendant votre absence.

Isabelle fronça les sourcils. L’écriture de l’enveloppe était fine, douce, féminine. Un léger parfum sen dégageait, qui n’avait pas été mit là intentionnellement. Le cachet n’était pas marqué c’était simplement un morceau de cire rouge.  Ce n’était vraiment pas un courrier d’homme. Isabelle attendit qu’Antoinette ait le dos tourné pour décacheter l’enveloppe, curieuse. Elle s’attendait à beaucoup de choses un rien extraordinaires, aussi fut-elle un peu déçue en voyant que la lettre lui provenait de la favorite. Certes, Isabelle avait reçu son appui discret, voir même secret, pour entrer chez la Reine où elle lui servait parfois d’espionne – pour ce qui pouvait se passer chez Marie-Thérèse… - et ses billets, fort rare, étaient toujours entourés d’un certain mystère – une dame de la Reine ne pouvait se compromettre avec la favorite au risque de la disgrâce, et vu l’état d’esprit de la souveraine, qui avait donné un aperçu de ce que sa disgrâce pouvait être en chassant Sofia  Farnèse comme la dernière des souillons, le risque était grand. Une fois la déception passée, Isabelle parcourut rapidement le message.

Retrouvez-mon envoyé à la Statue de Diane, il aura quelque chose pour vous.

A.

Isabelle fronça les sourcils. Ce n’était pas vraiment les manières de la favorite, mais celle-ci aimait le mystère, surtout ces derniers temps. Elle avait en quelque sorte changé d’état d’esprit. De morose, elle était devenue bien plus joyeuse. De quoi s’inquiéter ? Peut être un peu… Pourtant elle ne voyait pas la duchesse de Leeds lui planter un couteau dans le dos maintenant, pas alors que le roi et son armée venaient de revenir à Versailles et qu’il était plus important que jamais de conforter sa position auprès du Soleil. Une taupe chez l’épouse de celui-ci était difficile à négliger. Oui, on pouvait bien dire qu’Isabelle mangeait à tous les râteliers. Piquée par la curiosité, et malgré le froid de la nuit tombante, la jeune femme ne put résister.  Plutôt que de se réchauffer et se changer, elle décida tout simplement de troquer sa veste et son chapeau d’amazone pour sa cape à capuche fourrée, et enfila une paire de gants. Elle avait faillit revenir trop tard. Le temps qu’elle se rende au point de rendez-vous, elle risquait même de ne pas y arriver à temps.

Isabelle dut forcer le pas pour arriver à temps à la statue. Mais personne. Elle fronça les sourcils, regardant aux alentours, alors que le soir tombait – elle n’avait pas pensé à emmener une lanterne avec elle, peste ! -  avant d’entendre une voix appeler à peine plus loin :

-Il y a quelqu'un ? Je viens de la part d'Amy of Leeds.

Isabelle se tourna dans cette direction. Amy n’était pas venue en personne ? De plus en plus étrange. Elle discerna une lueur dans le soir tombant. Son rendez-vous était plus prévoyant qu’elle… Plus ou moins confiante, elle se dirigea dans cette direction. Elle n’avait pas non plus pensé à prendre une arme. Elle s’était pourtant déjà faite agresser dans ce même jardin, quelques mois plus tôt, elle était bien placée pour savoir que ce n’était pas l’endroit le plus sûr au monde… Elle réussit, bon gré mal gré dans l’obscurité tombante, à rejoindre son rendez-vous, qui semblait peu à peu perdre patience.

-Ah, ça n'était donc pas un faux rendez-vous...que dois-je attendre de vous ?

-Ce serait plutôt à moi de vous poser cette question ! Le mot que j’ai reçu était fort succinct
, rétorqua la jolie brune avec humeur.

Elle ne pouvait dire qu’une chose de la personne qui l’attendait dans la nuit tombante : c’était une femme, une dame de la favorite sans doute. Isabelle s’approcha d’elle pour avoir un peu de lumière, mais aussi pour éclaircir cette étrange histoire, regardant plus le sol que la femme en face d’elle pour voir où elle mettait les pieds, au point de rabattre sa capuche pour capter le plus de lumière possible, quand la femme en face d’elle poussa un cri qui la fit se figer et relever la tête :

-Qui êtes-vous  ?!

Isabelle la détailla, et fut tant choquée qu’elle ne put répondre. Cette femme, en face d’elle, était sa copie conforme. On aurait eut l’impression qu’elle se regardait dans le miroir de sa chambre. Qu’est-ce que… ?

-Quelle est cette mauvaise farce ? Où est la duchesse ?

Isabelle ne trouvait plus son souffle. Qui était cette femme en face d’elle ? D’où venait-elle ? Comment pouvait-elles autant se ressembler ? La seule explication plausible était une sœur jumelle, mais elle était fille unique ! C’était d’ailleurs le drame de sa famille et de sa vie. Avec une famille, elle n’aurait jamais eus à tomber aussi bas que ce qu’elle avait pu connaître. Alors quel était le fin mot de cette histoire ? Et où était la grande chef d’orchestre de cette rencontre qui ne pouvait pas être fortuite, Amy of Leeds ?

Avec toute la force qu’on lui connaît, Isabelle tenta de se calmer le plus possible, inspirant calmement, et s’approchant de l’inconnue, la touchant presque pour s’assurer de la réalité de cette rencontre. C’était pourtant impossible. Se ressembler autant… Elle aurait osé, elle  aurait palpé son visage pour s’assurer qu’elle était réelle.

-C’est impossible… murmura la jeune femme, en regardant l’autre.

On avait rarement vue la Chevalière aussi désemparée. Au point qu'elle ne pouvait que répondre à la question de l'inconnue par une autre question.

-D’où sortez-vous ?

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MessageSujet: Re: Les milles facettes d'un seul miroir [Isa&Manue]   04.01.15 14:48

Emmanuelle resta sans voix, alors que l’autre s’approchait d’elle et tendait une main vers son visage. Cette autre, c’était elle, c’était son miroir, ses traits, sa voix-même. C’était une inconnue qu’elle connaissait chaque jour. Une femme dont elle ignorait tout, mais dont pourtant elle semblait savoir chaque détail de son visage. D’où sortait ce reflet d’elle-même? Troublante coïncidence ou maléfique plan savamment étudié pour la tromper encore un peu? Lui avait-on fait boire ou avaler quelque substance afin de lui donner une telle hallucination ?

-D’où sortez-vous ?, murmura l’autre?
Emmanuelle, figée, fixait ce double d’elle.
-Je serais tentée de vous retourner la question, mais je crois que je ne sais qui de nous a cette prérogative.
Elle ne cita pas Amy of Leeds, bien que son nom lui revint enfin en mémoire. La favorite ne pouvait que les connaître l’une et l’autre, elle était le chef d’orchestre de ce sordide opéra tragi-comique. Pourquoi ne lui avait-elle rien dit, plutôt que de la lancer sur une telle piste?! La vérité était si lourde à avouer pour l’anglaise, ou avait-elle pensé qu’elle sauterai de joie en découvrant ce reflet d’elle-même? Si tel était le cas, Amy s’était lourdement trompé. Ou peut-être, songez de nouveau Emmanuelle pendant une longue minute de silence qui s’écoula, avait-elle compris qu’un secret les liait, et qu’il ne pouvait être levé que par cette femme et elle.

-Je suis Diane de…, commença Emmanuelle, avant d’interrompre sa phrase. Cacher son identité était inutile ce soir. Si Amy l’avait menée jusque-là, c’était pour lever le voile d’un mystère et non plus l’épaissir un peu plus sous des mensonges. Je suis la comtesse de Vaunoy, reprit-elle d’une voix neutre, ne sachant si elle devait se montrer chaleureuse ou glaciale. Mais dans la situation actuelle, je crois que mon nom d’épouse est inutile. Il est évident que si nous avons été ici réunies, c’est pour rompre un silence plus ancien que le jour de mon mariage. Elle marqua une pause. Jamais, en dix ans, son identité n’avait été ainsi dévoilée: entièrement, comme si Diane de Noirange se dénudait totalement. Je suis née Emmanuelle de Sérigny, marquise de Gâvres, deuxième fille du duc de Sérigny. Quel est votre nom, madame?

Les muscles d’Emmanuelle s’étaient enfin décidé à se détendre, et elle sentit à nouveau son coeur battre alors qu’elle observait l’autre elle. Elle avait les mêmes traits que ceux de sa mère, cette petite morgue dans la voix qu’elle avait tant entendue chez son père, et ce regard ne pouvait trahir son sang. Si l’attitude n’était pas celle d’une femme rompue aux coutumes de la cour, ses traits, son regard trahissaient une noble extraction et ne pouvait mentir sur son sang. Cette autre, ce double, c’était elle. Elle ne pouvait être le fruit d’une coïncidence, d’une simple ressemblance. Cette femme était de son sang.


-Saint-Amand, reprit Emmanuelle lorsque l’autre lui répondit. Saint-Amand, répéta-t-elle tout bas, comme pour elle-même. Ce nom lui était familier. Trop, car elle savait d’où il venait.
Elle ne répondit pas tout de suite, et s’éloignant d’’Isabelle, elle marcha quelques pas sur les feuilles mortes, tâchant de rassembler les morceaux de cet inextricable puzzle. Elle revit le visage de son père lors de leur dernière entrevue. Il lui avait dit qu’ils se ressemblaient tant, il lui avait demandé de lui pardonner...Il avait semblé si sincère qu’elle l’avait fait. Elle lui avait pardonné les décisions qu’il avait prises pour sa soeur Louise, pour Angélique. Elle avait compris les raisons qui l’avaient poussé à agir pour le bien de leur nom, pour l’honneur de leur famille. Elle avait ressenti ce même désir d’atteindre la perfection pour l’éclat de son nom, et elle se rappelait encore des larmes qu’elle avait versé sur l’épaule du duc. Mais surtout, les souvenirs de cette entrevue venaient d’en raviver de plus anciens, peut-être aussi de plus douloureux.
Combien de fois sa mère l’avait-elle serré dans ses bras, bien plus que ses autres filles, répétant qu’elle ne voulait la voir s’éloigner plus d’un jour? Pourquoi avait-elle été celle que l’on avait gâtée plus que d’ordinaire, et pourquoi ne pouvait-on parler de son oncle Saint-Amand? Emmanuelle se rappelait encore de Louise, déplorant cet éloignement de la famille de leur mère.

Se retournant vers Isabelle, observant encore ses traits décidés mêlé d’une indiscible douceur, Emmanuelle vit les morceaux s’imbriquer les uns dans les autres, et à chaque pièce, elle sentait comme un goût de dégoût monter envers sa famille, mêlé de sentiments confus à l’égard de cette autre, ignorée depuis près de trente ans.

-Saint-Amand est mon oncle, lâcha-t-elle enfin d’une voix plus assurée en pivotant vers Isabelle. Son regard se fit plus ferme alors qu’elle se rapprochait de quelques pas. Mon oncle maternel. Ma soeur aîné m’a dit une chose à son sujet: que leur premier enfant devait avoir mon âge, et qu’il était regrettable que nous ne le rencontrions plus depuis sa naissance. Il faut que vos sachiez une chose, ajouta-t-elle en posant un regard limpide sur l’autre jeune femme. Mon père est l’un de ces hommes fiers, , expliqua lentement Emmanuelle, sacrifiant tout ce qui lui est possible de sacrifier pour que son nom conserve tout son honneur. Il est de cette vieille génération, de ceux ayant servi aux côtés de Richelieu, aux côtés du roi Louis XIII. Rien, à ses yeux, ne doit contrarier ses plans, même si l’on ne peut déroger à la volonté de Dieu. Je crois, fit-elle en marquant une courte pause, je crois et je suis certaine que nous sommes soeurs, Isabelle.

Elle fixait Isabelle d’un regard plus intense qu’elle ne le ressentait, mais Emmanuelle ne pouvait laisser ses émotions prendre le dessus et l’anéantir totalement. Colère, tristesse, amertume, bonheur...Trop de sentiments contradictoires se mêlaient à cet instant, rendant son appréciation de la situation difficile. Elle ne connaissait rien d’Isabelle! Elle ne connaissait que son visage, ses traits, cette petite ride au coin des yeux...mais même deux soeurs ne pouvaient être aussi identique au fond d’elles. Isabelle n’était une Sérigny que par son sang.
-Les ambitions de mon...enfin, de notre père sont plus fortes que tout. Sa famille est sa première victime.

Emmanuelle détourna enfin le regard, lâchant un profond soupir. Que faire à présent? Envoyer une missive à son père pour lui faire part de leur découverte? Aller à Réaumur et frapper au heurtoir du château familial? Lui envoyer un portrait de toutes deux? Ces idées étaient autant ridicules qu’inutiles, surtout qu’Emmanuelle était encore officiellement disparue. Il fallait que ceci reste tu jusqu’à son retour à la cour.

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MessageSujet: Re: Les milles facettes d'un seul miroir [Isa&Manue]   16.02.15 4:35

Il en fallait beaucoup pour choquer et surprendre la jolie dame de compagnie de la reine aux mœurs volages mais toujours discrètes – du moins le plus possible – mais là, il fallait bien l’admettre, Isabelle était sans voix. Elle avait l’impression d’être dans un mauvais rêve. Cette femme, c’était elle, et elle était cette femme inconnue. Comment ? Comment n’avait-elle jamais été informée de son existence auparavant ? Où cette… personne, qui semblait bien en cour pour avoir fait parti de ce plan étrange auquel Madame de Leeds, maîtresse royale en titre, semblait avoir pensé. Tout orchestrer sans se montrer. Isabelle, pourtant habituée des coups de maître, devait bien se rendre à l’évidence, Amy avait pensé à tout. Cela lui fit grincer des dents, elle imaginait presque la favorite dans un coin, les observant à travers la trouée d’un bosquet. Il était vrai que d’un point de vue extérieur la situation pouvait paraître cocasse, mais à vivre… Heureusement qu’elle n’était pas du genre à tourner de l’œil comme certaines jeunes filles pratiquant  trop régulièrement la cueillette de fleurs, sinon, Isabelle se serait surement retrouvée à même le sol froid de cette fin d’après midi, inconsciente. Mais cela n’aurait certainement pas servit la situation. Elle devait se calmer. Il n’y avait pas de réponse logique à cette situation. La jeune femme ne savait même plus quoi dire. Maquillage, associé à l’obscurité tombante pouvait la tromper, mais cela aurait été un peu  trop. Elle devait se calmer et respirer, récupérer ses sens pour assurer une suite logique à toute cette histoire, qui semblait n’en avoir aucune de toute façon. Quand la jeune femme put enfin reprendre ses esprits, elle tenta la première question ayant un minimum de sens qu’elle put trouver, à laquelle l’autre, qui semblait se remettre bien plus vite qu’elle de l’émotion qui venait de leur être causée – ce qui était un rien surprenant il fallait bien l’avouer, Isabelle était pourtant réputée pour son sang froid – eut une réponse un rien ironique :

-Je serais tentée de vous retourner la question, mais je crois que je ne sais qui de nous a cette prérogative.

Isabelle fut tentée de lui répondre de manière cinglante que comme elle avait posé la question, elle y méritait réponse, et ce sur le champ. Mais elle se contint, décidant que s’énerver ne servirait les intérêts ni de l’une, ni de l’autre. Autre qui semblait tout aussi interdite tout de même malgré des esprits repris.

-Je suis Diane de… elle s’arrêta, semblant hésiter.

Isabelle, toujours à l’entrée du bosquet, attendit, mais s’impatienta :

-Eh bien ?

-Je suis la comtesse de Vaunoy. Mais dans la situation actuelle, je crois que mon nom d’épouse est inutile. Il est évident que si nous avons été ici réunies, c’est pour rompre un silence plus ancien que le jour de mon mariage. Je suis née Emmanuelle de Sérigny, marquise de Gâvres, deuxième fille du duc de Sérigny. Quel est votre nom, madame?


Isabelle serra les dents. Rien que cela ? Elle eut un rictus jaune. A croire que si d’un miroir celle-ci était son reflet, le reflet en question avait eut bien plus de chance dans la vie qu’elle, avec un nom pareil. Elles n’étaient pas du même monde, bien que toutes deux à la cours. De mauvaise grâce, la jeune femme finit par répondre :

-Isabelle de Louvel de Saint-Amand.

Puisqu’il fallait jouer carte sur table, paraissait-il… Mais dans l’esprit de la jeune femme se faisait un chemin qu’elle choisissait pourtant encore d’ignorer. Si elles se ressemblaient autant, il ne pouvait y avoir qu’une solution. Elles étaient de la même famille, et même plus proche que cela, mais avaient de toute évidence été séparées. Pourquoi…? Le « quand » semblait assez facile à répondre, puisque tous les souvenirs d’Isabelle venaient du petit manoir de Saint-Amand en Bourgogne. L’autre, Vaunoy, puisqu’elle semblait avoir décidé qu’il s’agissait de son véritable nom, semblait réfléchir également au pourquoi du comment de cette situation étrange et presque absurde, aurait sans doute dit un point de vue extérieur. Isabelle ne quittait pas Emmanuelle des yeux, et soudain, la lumière sembla se faire dans l’esprit de cette dernière, qui avait visiblement des éléments manquant à la première

-Saint-Amand est mon oncle. Mon oncle maternel. Ma sœur aînée m’a dit une chose à son sujet: que leur premier enfant devait avoir mon âge, et qu’il était regrettable que nous ne le rencontrions plus depuis sa naissance. Il faut que vos sachiez une chose.

Isabelle sentit le sang quitter son visage. Non… Cela était impossible, totalement impossible ! Ses parents l’aimaient, elle était née dans le manoir, sa mère était morte en la mettant au monde, son père le lui avait raconté l’histoire maintes et maintes fois. Non… Non. Non !

-Mon père est l’un de ces hommes fiers, sacrifiant tout ce qui lui est possible de sacrifier pour que son nom conserve tout son honneur. Il est de cette vieille génération, de ceux ayant servi aux côtés de Richelieu, aux côtés du roi Louis XIII. Rien, à ses yeux, ne doit contrarier ses plans, même si l’on ne peut déroger à la volonté de Dieu. Je crois, je crois et je suis certaine que nous sommes sœurs, Isabelle.

C’était l’évidence. Et en même temps, cela paraissait totalement impossible à Isabelle. Impossible, car quel père, aussi peu aimant soit-il, aurait laissé sa fille s’effondrer peu à peu dans l’abime dans lequel Isabelle avait été obligée de plonger pour survivre après la mort de son père… Son père… Celui qui l’avait élevée, qui lui avait tout apprit, lui avait fait donner une éducation digne de son rang dans cet affreux couvent où par caprice elle s’était laissée dépérir, puis apprit à maîtriser les armes, mais aussi les cartes. Et l’avait emmenée à Versailles, pour y mourir et la laisser couverte de dettes, sans rien… Et l’autre, celui qu’Emmanuelle appelait son père, l’avait laissée là où elle était sans rien ?

Devant le mutisme d’Isabelle qui de son côté, tentait de se rassembler, Emmanuelle reprit, la tirant à moitié de ses pensées :

-Les ambitions de mon...enfin, de notre père sont plus fortes que tout. Sa famille est sa première victime.


Pourtant, une fois ses idées véritablement revenues, Isabelle eut comme première réaction de se protéger. Se protéger de tout ça, de cette histoire abracadabrantesque et pourtant seule raison à leur ressemblance si frappante. Seule possibilité, qu’on l’ait abandonnée et que toutes ces années de bonheur à Saint-Amand, ainsi que celles de cauchemar à Versailles, ne soient bâtie que sur un mensonge. Sa vie entière semblait en être un. A chaque fois. Les yeux bleus d’un ancien mousquetaires passèrent devant son regard un bref instant. Ca aussi. Rien n’était vrai… Et pourtant…

-Vous mentez… murmura Isabelle, d’abord, avant de le dire plus fort : Vous mentez ! Et enfin de le hurler : VOUS MENTEZ !

Emmanuelle avait fait un pas vers elle, Isabelle recula d’autant.

-Mon père était mon père, il m’aimait, et il ne m’aurait jamais caché une histoire pareille. Jamais ! C’est impossible. Cela ne se peut !

La jeune femme refusait de voir l’évidence, et pourtant, elle était là, devant elle. Sa voix se brisa.

-Pendant toutes ces années, « notre » père m’aurait laissée ainsi, seule, à la merci de tout et de tous, alors qu’il aurait pu m’aider ? Je préfère le père que j’ai eu, quand bien même il ne m’a laissée que misère comme héritage. Cette histoire est folle ! On ne donne pas un enfant à un autre couple, comme ça, parce qu’on en a envie !

Isabelle se rappelait des paroles de sa nourrice. Elle était le « petit miracle » de ses parents qui n’arrivaient pas à avoir d’enfants, et pourtant, pas totalement, puisqu’elle n’était pas un garçon et que le nom s’éteindrait avec son père. S’était éteint. Elle avait envie de fuir, de courir, loin de Versailles, de cette histoire. Toutes ses défenses et son cynisme n’arrivaient pas à faire face à cette situation. C’était comme si on venait de lui annoncer que toutes les épreuves qu’elle avait traversé ces dernières années auraient pu ne jamais arriver.

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MessageSujet: Re: Les milles facettes d'un seul miroir [Isa&Manue]   13.03.15 21:27

Si Emmanuelle était parvenue à garder son calme, c’est que ses propres années de douleur le lui avaient appris. Ses peines ? Ses sentiments ? Ses craintes ? Emmanuelle avait été forcée de les reléguer, de ne plus les écouter, pour pouvoir survivre et continuer à vivre sans se rattacher au passé. Ses souvenirs s’étaient estompés petit à petit : ils furent vivaces, jusqu’à ce qu’elle sache les enfouir au fond d’elle. Avec eux étaient parties toutes les futilités matérielles qui la rattachaient à ce monde et ce soir-là, face à ce double miroir, son cœur ne lui permettait pas de laisser passer la moindre émotion qui pouvait faire s’effondrer ce qu’elle s’efforçait d’être. Elle pouvait paraître inhumaine face à cette autre, mais malgré tout, elle sentait son cœur battre plus fort, et cette boule dans son ventre monter jusqu’à sa gorge : la boule de la rancœur, de ce qu’elle ressentait envers son père. Et pourtant, insidieusement, et peut-être parce qu’elle avait grandi avec lui, il y avait des gestes désespérés qu’elle comprenait. Elle avait navigué dans les sphères des pouvoirs mystiques, avait grandi dans la recherche de la grandeur et du pouvoir, elle était l’enfant d’une époque passée, celle où les Grands détenaient le pouvoir, et pour lequel ils étaient prêts à tout.
-Je préfère le père que j’ai eu, quand bien même il m’a laissé que misère comme héritage. Cette histoire est folle ! On ne donne pas un enfant à un autre couple, comme ça, parce qu’on en a envie !

Ces derniers mots frappèrent Emmanuelle de plein fouet, telle une gifle violemment assenée. Elle sentit cette main d’écœurement lui comprimer l’estomac face à la colère d’Isabelle, face à ce qu’elle venait de lui cracher à la figure. Menteuse ? Elle ! Sa mâchoire se serra, son cœur cogna plus fort et face à l’autre qui refusait la vérité, Emmanuelle eu un sentiment de chute libre. Isabelle se comportait comme si elle était la seule victime de cette histoire… ! Comment aurait-elle pu mentir sur un si grave sujet ? Comment pourrait-elle se jouer ainsi des sentiments d’autrui, alors qu’elle-même avait visité les méandres de la douleur ? Sa réaction pouvait être légitime, mais non pas cette accusation, remplie de colère.
Si, un instant, Emmanuelle s’était placée auprès de cette sœur inconnue, partageant ce choc avec elle, prête à accuser son père du pire mal, les derniers mots d’Isabelle la blessèrent au plus profond d’elle-même.
Elle avait ses traits, sa voix, sa chevelure, mais elle n’était pas elle. Elle n’avait pas ce droit de conspuer son père. En quelques minutes, Emmanuelle était passée du juge du duc à celui d’avocat ; il n’y avait là que l’étrange paradoxe qui liait un père et sa fille, qui poussait l’une à haïr l’autre, et ne supportant pas qu’un autre puisse le faire à sa place. Cette Isabelle ne connaissait rien de son véritable père ! Elle ne connaissait pas même son visage, ni même son véritable nom ! Elle n’avait pas  ce droit qu’elle seule avait eu lors de leur naissance. Le pensait-elle inhumain, pour imaginer qu’il ait agit ainsi par envie ? Par confort ? Pire : par envie ? C’était insensé !

-Vous ne le connaissez pas, il me semble, peut-être ne comprenez-vous pas certains enjeux, répliqua-t-elle froidement, cachant sa déstabilisation. Pensez-vous vraiment que l’on peut faire ça par envie ?
Marchant quelques pas pour s’éloigner et aérer ses esprits, elle ressentit alors à cet instant un relent de dégoût au fond de sa gorge, qui annihilait sa propre humanité.
-Et puis que connaissez-vous de tout cela ? Il y a un monde en dehors de celui dans lequel vous avez vécu ! Un monde bien plus vaste qui n’est pas régi par de bons sentiments humains, par le bonheur ou la félicité !
Elle se retourna vivement, son visage habituellement calme animé d’une vive colère qu’elle avait longuement couvé. Elle avait idiotement pensé que toutes deux pourraient s’unir pour affronter cette nouvelle, mais les mots d’Isabelle la piquèrent au vif, tels une dague.
Deux regards glacés se jaugeaient à présent, et Emmanuelle sentait en elle cette flamme givré l’animer.
-Vous ne savez rien de ma famille, quand bien même doit-elle être la vôtre ! J’ai sottement pensé que nous pourrions nous retrouver, continua-t-elle avec fièvre, apprendre à nous connaître, apprendre à être ce que nous aurions dû être l’une pour l’autre, mais je me suis trompé, et visiblement, la duchesse de Guyenne a espéré en vain. Elle se tut, calmant le sang qui battait dans ses tempes ; de toutes les colères qu’elle avait gardé, celle-ci était certainement la plus difficile à contenir. Elle resta un instant en silence, apaisant son souffle court, fixant cette sœur de son regard pâle, les bras croisés sous son manteau. Les dents serrées, elle s’efforça de reprendre contenance et inspirant longuement, marcha quelques pas en rond. Elle tourna, se retourna, s’échappant du regard d’Isabelle pour éviter de croiser son regard. Au fond d’elle, elle se savait injuste. Isabelle n’était pas totalement elle-même, et elle avait un moment désiré qu’elle réagisse comme elle le ressentait. C’était impossible.
Emmanuelle sentit le goût de la fureur s’estomper dans sa gorge, alors qu’un vent frais se levait, soufflant des mèches de cheveux, l’aérant doucement. Le dos tourné vers Isabelle, elle se retourna de nouveau et s’approcha d’elle, les prunelles calmes.

-Pensez-vous réellement que j’aurai pu vous mentir à ce sujet , reprit-elle d'une voix neutre pour masquer sa froideur ? Quelle femme serais-je pour asséner une telle vérité, qui plus est serait mensonge ?  Vous n’êtes pas seule à la découvrir ce soir, et si je ne suis pas un modèle d’humanité, jamais je n’aurais imposé cela à quelqu’un. Elle eu un sourire cynique en ajoutant : si j’avais voulu être inhumaine, je vous aurai utilisée.

Soulevant son manteau pour sortir ses bras, elle enleva lentement ses gants noirs, prenant le temps de songer à la suite. Trop de choses se bousculaient dans son esprit, trop de sentiments mêlés et de volontés.
-Ce soir, quelqu’un a souhaité que nous connaissions la vérité, Isabelle. Nous déchirer est inutile, fit-elle pourtant douloureusement, alors que le regard de l’autre pénétrait au plus profond d’elle-même, nous sommes toutes deux les pantins du destin, de la décision des hommes, et ça serait être faibles que de se laisser aller à la colère, à nous accuser. Elle inspira de nouveau pour éclaircir ses pensées. Qu’avait Amy en tête lorsqu’elle nous a transmis ces missives ? Certainement pas de nous voir nous déchirer. Nous vivons à la cour, la vérité sera un jour connue, nous devons y faire face….ensemble…quelles que soient les rancœurs que nous ressentons.

Ces mots, Emmanuelle les pesait, car elle sentait qu’Isabelle n’était pas encore prête à les recevoir. Elle ignorait tout de sa vie passée, mais le sien, Emmanuelle avait su le dompter pour être plus forte. Elle devait puiser dedans pour faire face à ce nouvel avenir qu’elle n’avait jamais pu prévoir. Un avenir qui s'écrivait à deux.

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MessageSujet: Re: Les milles facettes d'un seul miroir [Isa&Manue]   31.03.15 4:28

Un miroir vous reflète parfois la pire image de vous-même. Isabelle ne savait pas à cet instant précis si Emmanuelle était la pire image d’elle qu’on pouvait lui renvoyer, mais elle était certainement loin d’être celle qu’elle aurait voulut. Son père adoré, celui qui l’avait élevée, seule ou presque – bien qu’il ait finit par les ruiner la condamnant à une vie infamante pendant des années, vie de laquelle elle commençait seulement à se sortir correctement et qu’elle lui en ait longtemps voulut pour cela – lui aurait mentit, toutes ces années ? Ces années de bonheur dans le petit manoir familial, loin de tout et de tous, protégée, couvée, choyée, adorée… Tout cela n’était qu’un leurre, un mensonge bâtit de toute pièce avec lequel elle devrait vivre toute sa vie ? Non, elle ne pouvait pas l’accepter, elle le refusait totalement. Jamais rien ni personne ne pourrait lui faire croire que celui qui l’avait élevée et lui avait donné tout son amour n’était pas son père, jamais ! Cette femme, en face d’elle, à la vie qui avait dut être si paisible et joyeuse, heureuse, ne comprendrait de toute façon pas. Elles étaient peut être identiques, sœurs, jumelles… Isabelle ne pouvait pas à l’instant présent accepter la moindre parenté avec elle. Elle avait besoin d’être seule, de réfléchir, quoi que sa décision lui semblait plus ou moins arrêtée quand à l’avenir de cette « relation ». Elle ne pouvait pas en entendre plus, elle n’était pas prête, et Emmanuelle n’était peut être pas plus prête qu’elle à parler de toute façon, car la réaction incrédule d’Isabelle la mit hors d’elle.

-Vous ne le connaissez pas, il me semble, peut-être ne comprenez-vous pas certains enjeux. Pensez-vous vraiment que l’on peut faire ça par envie ?

-Apparemment, c’est ce qu’il a fait, non ?
rétorqua vivement Isabelle.

Emmanuelle s’éloigna quelque peu, devenant trouble dans la nuit tombante, sans autre lumière aux alentours que celle du soleil se couchant et du ciel se teintant de rose pâle et de bleu.

-Et puis que connaissez-vous de tout cela ? Il y a un monde en dehors de celui dans lequel vous avez vécu ! Un monde bien plus vaste qui n’est pas régi par de bons sentiments humains, par le bonheur ou la félicité !

Isabelle éclata d’un rire froid, presque lugubre. Emmanuelle ne savait rien, ne saurait jamais rien de ce que sa « sœur » avait vécut. Elle ne le comprendrait de toute façon pas, drapée dans sa dignité de femme de cours propre sur elle. Ce rire fit se retourner Emmanuelle :

-Vous ne savez rien de ma famille, quand bien même doit-elle être la vôtre ! J’ai sottement pensé que nous pourrions nous retrouver, apprendre à nous connaître, apprendre à être ce que nous aurions dû être l’une pour l’autre, mais je me suis trompé, et visiblement, la duchesse de Guyenne a espéré en vain.

-La duchesse aurait dut se mêler de ce qui la regarde. Quand à moi, j’ai toujours été seule, depuis la mort de celui qui a été un véritable père.

Elle n’avait pas besoin d’Emmanuelle, et, Isabelle en était sûre, celle-ci n’avait pas plus besoin d’elle sans sa vie bien rangée de femme de cours parfaite. Une courtisane, cela ferait tâche. La reine la tolérait car, contrairement à d’autres, elle n’étalait pas ses liaisons en publique, mais cela ne tenait qu’à un fil. Isabelle ferma les yeux, inspirant profondément par le nez pour essayer de calmer la rage, l’envie et la jalousie de ce qu’elle pensait être la vie de sa jumelle, tellement plus simple que la sienne. Elle était rapide à sauter à la conclusion de ce qu’elle voyait, sans savoir. Elle ne voulait pas savoir. Pas maintenant. Sans doute jamais.

-Pensez-vous réellement que j’aurai pu vous mentir à ce sujet ? Quelle femme serais-je pour asséner une telle vérité, qui plus est serait mensonge ? Vous n’êtes pas seule à la découvrir ce soir, et si je ne suis pas un modèle d’humanité, jamais je n’aurais imposé cela à quelqu’un. Si j’avais voulu être inhumaine, je vous aurai utilisée.

Le sourire cynique qui accompagnait cette dernière phrase était exactement le même que celui d’Isabelle quand elle faisait tourner ses amants en bourrique. Elle ne pouvait pas le nier.

-Vous n’auriez pas été la première à vous en trouver repentie, rétorqua l’autre d’une voix monocorde.

Le ton n’était pas menaçant, les paroles l’étaient. Isabelle ramena les pans de sa cape autour d’elle alors qu’Emmanuelle retirait ses gants. Avaient-elles les mêmes tics ? Les mêmes habitudes ? Une question qu’elles auraient pu partager, en d’autres circonstances.

-Ce soir, quelqu’un a souhaité que nous connaissions la vérité, Isabelle. Nous déchirer est inutile, nous sommes toutes deux les pantins du destin, de la décision des hommes, et ça serait être faibles que de se laisser aller à la colère, à nous accuser. Qu’avait Amy en tête lorsqu’elle nous a transmis ces missives ? Certainement pas de nous voir nous déchirer. Nous vivons à la cour, la vérité sera un jour connue, nous devons y faire face… ensemble… quelles que soient les rancœurs que nous ressentons.

Isabelle avait pourtant été claire. « Ensemble » était un mot qu’elle avait abandonné le jour où Cédric était parti, sans revenir de sa vie, brisant et piétinant les derniers espoirs de jeune fille qu’elle avait encore. Elle était restée seule jusque-là, ça ne changerait pas.

-Ce n’est pas vous que j’accuse, mais bien l’homme, comme vous dites, qui nous a donné la vie et décidant par notre séparation de nous vouer à des vies bien trop différentes pour que cela soit désormais conciliable. Je ne veux ni ne peux pour le moment faire ce que vous me demander. Trop de temps, trop de choses… C’est impossible !

Si la voix était posée, le ton était ferme, immuable. Isabelle tourna les talons et quitta le bosquet. Il y avait peu de temps avant la tombée de la nuit et le noir total. En rentrant, machinalement, ses pensées se tournaient sur cette famille qui l’avait rejetée. Elle ne savait pas encore comment, mais elle les ferait payer, même si elle devait passer par Emmanuelle pour les atteindre.

FIN DU RP

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