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 Après la victoire : que faire de la hache de guerre ? ~ Avril 1667

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Âge : 27 ans
Titre : Nobilis Homo vénitien, Ambassadeur déchu, Banquier de la Main de l'Ombre & bras droit de Victor d'Amboise
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Date d'inscription : 16/01/2011


MessageSujet: Après la victoire : que faire de la hache de guerre ? ~ Avril 1667   16.04.14 3:14


« Ma vengeance est perdue s’il ignore en mourant que c’est moi qui le tue.  »




    Francesco jubilait lorsque parvint dans son courrier du matin une missive de son amie Gabrielle de Thianges. Sofia Farnèse était déchue. Le scandale de ses ébats en plein château de Versailles n’avait pas tellement plu à la reine de France, bigote comme personne. Celle-ci l’avait chassée avec véhémence d’après les dires de son amie. Etendue sur une méridienne en mordant dans un croissant, le Contarini savourait allègrement sa victoire, n’hésitant pas à relire encore et encore la lettre qu’il avait reçue. Au fur et à mesure il finissait par la connaitre par cœur. Il se délectait de tous les mots, de la ponctuation, des courbes de l’encre sur le papier. Après ses semaines à déprimer sec depuis les pièges tendus par Gabrielle et Sofia, le Contarini retrouvait tout son entrain et sa joie de vivre. Au grand dam de son valet Paolo, qui connaissait pour la première fois depuis longtemps un peu de répit.

    Une fois fini son petit déjeuner de la victoire, Francesco s’empressa d’appeler son domestique pour l’habiller prestement et dans ses plus beaux atours ! Son Excellence sortait ! Il y a trop longtemps qu’il n’avait pas mit le nez dehors.

    « Pronto ! Pronto ! » faisait l’ambassadeur vénitien à l’intention de son valet en claquant des doigts pour qu’il accélère la cadence.

    Le valet lui passa une chemise d’un blanc éclatant, lassa un pourpoint bleu de Prusse brodé d’or, lui passa les hauts-de-chausses qu’il ferma avec des canons en dentelle, un baudrier, puis les bas, les souliers et vint discrètement agrémenter la tenue bleue de son maître avec des galantes de mêmes couleurs sur les épaules. Ce n’était pas un simple costume pour Francesco, c’était son armure de guerrier triomphant qu’il enfilait là.

    « Ne suis-je pas splendide pour fêter ma victoire, Paolo ? demanda modestement Francesco en se contemplant dans son miroir en terminant d’enfiler ses gants avant de passer son chapeau.

    -C’est parfait, seniore, fit le valet à contre cœur en levant les yeux au ciel sans même regarder son maître.

    Ce qu’il pouvait être insupportable ce Contarini lorsqu’il était heureux pensa Paolo tout en rangeant la chambre de l’ambassadeur.
    Francesco était si heureux qu’il ne relevait même pas les insolences de son valet souffre-douleur. Il se saisit de sa canne et quitta ses appartements en marchant sur un petit nuage. Comme la vengeance était douce ! pensait-il en dévalant les escaliers de marbre avec souplesse. Animé d’un feu nouveau, le jeune homme n’hésita pas à être d’une courtoisie terrifiante avec sa sœur qu’il croisa au détour de l’escalier. Son comportement était tellement surprenant que Raphaëlla se figea quelques instants dans l’escalier pour suivre du regard son frère qui allait vers l’entrée du manoir. Elle était médusée. Tout le monde au Manoir de la Sérénissime se demandait ce qui avait bien pu piquer Son Excellence pour être aussi... agréable ? Associé à l’ambassadeur vénitien, ce mot donnait la chair de poule à tout le monde !

    Pendant ce temps-là, Francesco montait en voiture pour rouler vers l’assaut finale ! Oui, aussitôt vaincue, il voulait s’empresser de rire au nez de son ancienne fiancée. Quoi de mieux pour l’achever ?... Sans cœur vous dites ? Evidemment, il ne sait même pas à quoi cela ressemble ! Pendant que son diabolique vaisseau l’emmenait auprès de la geôle dorée de sa victime préférée, le Contarini ne manqua pas de siffler son enthousiasme tout le long du chemin en admirant le paysage (Son cocher cru d’ailleurs à une farce !).

    Ils parcoururent quelques kilomètres encore avant d’entrer dans la ville de Versailles où se trouvait l’hôtel Farnèse. Pendant que la berline était légèrement secouée par le cahot des pavés, Francesco tournait et retournait ce qu’il allait bien pouvoir dire pour écraser sa belle compatriote. Son sourire carnassier redoublait d’intensité lorsque la voiture fit son entrée (enfin) dans la cour de l’hôtel. Il osa savourer encore les quelques minutes qui le séparaient du verdict dans la voiture, attendant qu’on vienne lui ouvrir. On engloutissait pas derechef une si bonne pâtisserie comme celle là ! Francesco savait qu’on n’en avait pas tout les ans.

    Il descendit de voiture avec la souplesse d’un lion qui s’apprête à chasser puis se dirigea joyeusement vers l’entrée de l’hôtel Farnèse. Un valet le fit entrer tandis qu’un second le débarrassait de sa cape et de son chapeau.

    « Qui dois-je annoncer ? fit le premier valet en refermant la porte derrière l’ambassadeur.

    -Oh n’en faites rien, fit Francesco d’un ton guilleret. Je connais la maison, dit-il avant de s’élancer sans la moindre invitation dans l’escalier qui menait au premier étage sous la protestation faiblarde des valets.

    N’ayant mit les pieds dans cet hôtel que bien des années auparavant, les domestiques ne le connaissaient pas. Il faut bien avouer que ce n’est pas les bonnes manières qui étouffaient Son Excellence. Il passa par un petit couloir avant d’arriver dans une antichambre où il trouva Graziella, la fidèle domestique de Sofia. Surprise de son arrivée, elle le fixa un instant avec des yeux éberlués, les mains pleines d’un plateau repas avant de se précipiter à l’intérieur des appartements de sa maitresse pour la prévenir. Amusé comme jamais par son petit effet, il laissa le temps à la camériste de faire la commission, pendant que Francesco entendait vaguement chuchoter à l’intérieur des appartements de Sofia. Quelques instants plus tard, Graziella en ressortit, les joues roses de honte en passa son chemin sans même jeter un regard au vénitien, préférant regarder la beauté du plancher.

    C’est donc d’un pas conquérant que Francesco ouvrit en grand les portes des appartements de Sofia pour faire son entrée royale dans le petit salon. Il y trouva un léger désordre, comprenant que la belle devait chasser systématiquement quiconque pénétrait ici. Ne voyant pas sa fiancée d’antan, il vit une porte dérobée ouvrant sur une grande chambre d’où il ne distinguait que le bout d’un grand lit défait. Elle ne devait sans doute pas être encore présentable. Francesco frétillait presque sur place tellement la confusion ambiante l’amusait.

    « Pardonnez cette visite impromptue, mia cara, fit Francesco, l’air de rien en examinant le salon. J’ai entendu dire qu’il vous était arrivé des ennuis des plus fâcheux… Quel dommage, glissa-t-il sans l’ombre d’un regret ou d’une pitié.

    La princesse ne se montrant toujours pas, Francesco redoubla d’effort pendant qu’il observait quelques chinoiseries en porcelaine posées sur une console.

    « J’espère que je ne vous interrompe pas dans quelques activités de premier ordre, mia cara. Vous devez être sollicitée de toute part entre Paris…Versailles….Parme..., dit-il en prenant le temps de bien appuyer sa prononciation sur chaque mots comme des coups de marteau sur une enclume.

    -Votre mère vous a-t-elle causée des soucis ? reprit-il ensuite. Aaaah tua madre è così piena di vita! Haha ! Je m’en souviens bien ! riait-il au souvenir de l’impitoyable mère Farnèse.

    Ne laissant pas le temps à la princesse de pouvoir respirer entre ses paroles, Francesco poursuivait son matraquage minutieux. Il parlait de choses plus ou moins anodines accolées les unes aux autres dans l’unique but de faire sortir Sofia de sa cachette.

    -Et votre frère ? Comment va-t-il ? Je n’ai point eu l’occasion de le croiser dernièrement. J’ai entendu dire qu’il s’est porté mal ces dernières semaines, continuait le vénitien tout en se servant sans la moindre permission une tasse de café avec le service encore chaud qu’il trouva sur une table basse. Vous prenez du café ? ajouta-t-il en se tournant vers la porte ouverte qui donnait sur la chambre.

    C’est là que se trouvait Sofia, debout, la mine défaite. L’italien resta quelques secondes à la regarder en silence avant de rouvrir la bouche :

    -Avez-vous… besoin de quelque chose ? demanda alors Francesco d’une voix étonnamment blanche.

    La dernière fois qu’il l’avait vu dans cet état : il venait de lui briser le cœur. C’était il y a neuf ans déjà.


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MessageSujet: Re: Après la victoire : que faire de la hache de guerre ? ~ Avril 1667   20.04.14 22:05




« L’avenir nous tourmente, le passé nous retient,
c’est pour ça que le présent nous échappe. »
Il n'y a de pire que la disgrâce. Retranchée dans son hôtel particulier, Sofia Farnèse expérimentait le revers de la médaille de la Cour, celui de pouvoir être rejeté, de n'être plus la bienvenue à Versailles. Concrètement, elle pourrait s'y montrer, mais si c'est pour être regardé de travers, qu'on murmure sur son passage, non. Toute publicité n'était pas bonne à prendre, il valait mieux laisser couler de l'eau sous les ponts, se faire oublier un temps avant de revenir en force. Mais ce n'était pas demain la veille, à en croire la motivation de la princesse. Cette dernière ne sortait plus de sa demeure, ou alors tout juste dans le jardin aménagé à l'italienne pour prendre un peu l'air avant de s'enfermer dans sa chambre. La jeune femme pimpante, hautaine et malicieuse n'était plus que l'ombre d'elle-même. Elle passait ses journées en robes de chambre, ne les quittaient que pour prendre de longs bains avant de se rhabiller. Ses domestiques avaient presque de la peine pour leur tyrannique maîtresse, la plupart ne l'avaient jamais vu ainsi, et ils ne pensaient pas que cela soit possible. La seule personne qui l'approchait était sa suivant Graziella. Cette dernière avait subi plus d'une remontrance depuis son entrée au service de la princesse, n'avait jamais bronché quand cette dernière la jugeait sur son physique, sa coiffure ou son côté un peu empotée. Et pourtant elle restait et se rendait indispensable auprès de sa maîtresse, à lui apporter ses repas, refaire son lit, ouvrir les fenêtres – même si Sofia les refermait deux minutes plus tard – et lui faisait la conversation, même si c'était souvent des monologues. La Farnèse ne parlait que pour de brèves lamentations, ou pour donner des directives, à la rigueur répondre mollement à quelques banalités.

Aujourd'hui n'était pas différent de la veille ou des trois jours d'avant. Assise sur son lit en tailleur,  un bras croisé autour de sa taille, l'autre servant d'accoudoir pour sa tête. Le regard dans le vide, Sofia n'arrivait plus à pleurer, elle l'avait trop fait au retour de son entretien avec la reine. Elle avait ensuite eu une crise d'hystérie, avait cassé des babioles sur son chemin, et désormais, elle était amorphe, vide et lasse. Elle passait ses journées sur son lit, devant sa coiffeuse, sur une méridienne, et quelques fois dans le jardin. Rien de bien palpitant, surtout pour une jeune femme pleine de vie et dont les journées étaient bien remplies de manière générale. Sa seule activité à présent était de prendre un bain … D'ailleurs, c'est ce qu'elle commanda à sa camériste pour occuper sa matinée. Plonger dans l'eau chaude parfumée, ne rien faire et fermer les yeux, jusqu'à ce que l'eau commence à se rafraîchir avant d'en sortir, s'essuyer et enfiler une nouvelle robe de chambre, celle-ci était d'un beau bleu nuit, en soie, un cadeau d'un galant il y a quelques mois. Puis elle s'installa sur sa méridienne et attendit que le temps passe, ne voulant rien faire, son esprit la torturait suffisamment assez. Avec cette histoire, son frère allait sans doute être mis au courant et puis sa mère aussi ! Elle angoissait chaque jour de voir un pli de Parme lui demandant de rentrer immédiatement. Marguerite de Médicis était bien capable de se débarrasser de son infâme fille en la jetant dans un couvent, cela serait bien moins coûteux que chercher un mari voulant d'une fille aussi scandaleuse. Perdue dans ses pensées, Sofia sursauta quand Grazielle arriva, l'air paniquée et courut vers sa maîtresse, tremblante.

« Princesse, murmura t'elle, agitée. Il y a quelqu'un pour vous dans l'antichambre.
Renvoyez le ….
répliqua simplement Sofia.
Je ne peux pas … il ne partira pas … c'est signore Contarini. »

Fermant les yeux, la jeune princesse tenta de se contenir. Que voulait-il ? Parader devant elle ? Lui retourner le couteau dans la plaie ? Rien de bon à dire vrai. D'un geste de la main, Sofia congédia sa dame qui sortit avec la même panique, en laissant la porte entrebâillée. Graziella avait raison, Francesco n'allait pas s'en aller, qu'il crache son venin et parte de lui-même. D'ailleurs, sa voix retentit, pleine de suffisance et d'égoïsme, reconnaissable entre mille.

« Pardonnez cette visite impromptue, mia cara. J’ai entendu dire qu’il vous était arrivé des ennuis des plus fâcheux… Quel dommage. »

Le « jeu » consisterait à ne pas répliquer, ne pas parler, le laisser dans son monologue et ne pas se montrer, en espérant qu'il n'ait pas l'audace d'entrer. Et le voici à déblatérer, il choisissait bien ses mots et comment faire mal. Au nom de Parme, Sofia se redressa. Contarini connaissait suffisamment sa famille pour savoir que cela ne passerait pas, que c'était un comportement intolérable. La preuve, il en parlait, il en riait même ! Il avait le don de frapper pile aux bons endroits, et la jeune femme dut enfoncer ses ongles dans les coussins pour se retenir de se lever. Parler de son frère n'était pas une excellente idée, Alessandro avait fait promettre à sa jeune sœur de bien se comporter, c'était leur pacte pour qu'elle puisse rester à Versailles et ne pas partir à Nancy. N'y tenant plus, la jeune femme se leva, peu importait sa robe de chambre et son chignon négligé, son absence de maquillage et son mal être, elle allait le mettre dehors. Elle s'arrêta sur le pas de sa porte et croisa les bras tandis que son non-invité se servait une tasse de café. Il eut une sacrée surprise qu'elle se montre, son état devait jouer aussi, la voix avait changé tout d'un coup.

« Avez-vous… besoin de quelque chose ?
Oui. Que vous partiez.
répondit-elle d'un air autoritaire qui sonnait faux dans sa voix. Je ne vois pas où mène cette conversation, vous savez ce qu'il advient de mon statut, ce que ma mère va faire quand elle saura. Quant à mon frère, il est sur le front. Certains ont mieux à faire voyez vous. »

Elle n'avait pas envie de joute verbale, ni même de l'insulter, elle voulait qu'il s'en aille, qu'il la laisse seule, c'était tout. Elle reprit, avec la volonté de garder le même ton, mais sa voix était brisée.

Je ne vous ai pas invité, je ne veux pas vous faire la conversation ni passer du temps avec vous. Vous êtes venu voir à quoi ressemble la nouvelle pestiférée de Versailles. Vous m'avez vu, content ? Maintenant, sortez de chez moi. »

Et elle retourna dans sa chambre en claquant la porte derrière elle. S'appuyant sur cette dernière, tremblante, elle écouta les pas quittant son antichambre. Un long soupir s'échappa de sa bouche et elle essuya deux larmes coulant ses pâles joues avant de retourner sur sa méridienne. A ce moment là, Grazielle réapparut, le plateau en main pour le poser devant la princesse.

Signore Contarini est parti, princesse.
Il va revenir, je le sais, je le connais trop bien, croyez moi.
Il faut dire que vous avez été fiancés et …
La camériste s'arrêta dans les paroles en voyant le regard noir.
Taisez vous et laissez moi. »

Graziella avait raison à dire vrai, Sofia connaissait le vénitien depuis leur tendre enfance, ils s'étaient vus grandir, elle avait vu cette transformation entre ce jeune homme adorable en ce … cet ego sur pattes, ce Narcisse de pacotille. Mais une chose ne changeait pas, c'était sa détermination et son côté entêté. Il allait revenir, elle le savait … Mais cette fois, la Farnèse ne voulait pas être en position de faiblesse, même si elle n'avait aucune force pour l'affronter.

Le lendemain, la matinée se passa comme toujours, Sofia toucha à peine à sa collation et demanda son bain habituel. Ce n'était pas vraiment courant d'autant se laver, certains hygiénistes disaient que l'eau apportait les maladies, mais si les français voyaient le mal dans l'eau, elle n'en avait jamais cru un mot. La seule différence aujourd'hui, c'est qu'après avoir enfilé la robe de chambre, Sofia se dirigea vers ses malles vers une tenue. Oh, rien de bien solennel ou clinquant, mais cette jolie robe prune aux manches légèrement bouffantes, simple, du genre à voyager ou à recevoir des proches chez soi. Autant dire que Graziella fut étonnée mais s'activa à lacer le corset et habiller sa maîtresse. Sofia garda ses cheveux dans un chignon un peu défait et ne prit la peine que de mettre un peu de rose aux joues. Rien de bien sophistiquée mais bien plus que les autres jours.

Sofia continua sa vie habituelle, allongée dans sa méridienne, avant d'aller faire un tour dans le jardin, prendre un peu l'air, et passer devant des domestiques, étonnés de la voir habillée ! Même si Francesco ne venait pas, il aura au moins provoquer de faire sortir légèrement la princesse de sa léthargie habituelle. Assise près du bassin, tournée vers l'eau et ses poissons, elle les observait d'un œil distrait, toujours dans ses pensées. Elle n'en sortit que quand elle entendit cette voix bien trop familière dans son dos. Sans aucun sourire, ni même un regard pour Contarini, Sofia répliqua :

« Je savais que vous reviendriez … ça doit être une obsession chez vous. »

Elle se retourna enfin. Elle ne faisait pas l'hypocrisie des conventions, aucune envie de sourire ou même de lui proposer quoi que ce soit à boire, elle resta assise au bord du bassin à l'observer.

« Que me voulez vous ? Vous n'avez pas d'autres distractions ? Je ne suis pas une bête de foire. »

Un peu malgré elle, si. Mais la jeune femme refusait d'être considérée comme telle …

______________________

PRINCESSE VENALE ✽
“Dans les contes pour enfants, les princesses donnent des baisers aux crapaud. Dans la vie réelle, les princesses embrassent les princes et ceux-ci se transforment en crapauds.”


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MessageSujet: Re: Après la victoire : que faire de la hache de guerre ? ~ Avril 1667   27.06.14 21:10

    Oui. Que vous partiez, fit sèchement la princesse italienne d’un ton autoritaire en levant le menton. Je ne vois pas où mène cette conversation, vous savez ce qu'il advient de mon statut, ce que ma mère va faire quand elle saura. Quant à mon frère, il est sur le front. Certains ont mieux à faire voyez vous. »

    La courtoisie feinte de Francesco s’effaça en un instant. Son regard azuré se glaça avant qu’il ne lui jette au visage :

    -Je ne vois pas en quoi je dois être jugé coupable que la République ne se mêle de ce bourbier politique lointain, ma chère. Elle, aussi, a bien mieux à faire sur le front de Candie avec ces satanés turcs.

    C’était bien la première fois qu’on entendait l’ambassadeur parler sérieusement de politique.

    -Ils doivent être bien reçus vos invités si vous les traiter ainsi… Je ne faisais qu’une conversation des plus amicales, répliqua-t-il ensuite avec un claquement de langue agacé en buvant son café.

    -Je ne vous ai pas invité, je ne veux pas vous faire la conversation ni passer du temps avec vous. Vous êtes venu voir à quoi ressemble la nouvelle pestiférée de Versailles. Vous m'avez vu, content ? Maintenant, sortez de chez moi. »


    Le silence retomba lourdement entre les deux italiens qui se jaugèrent du regard un instant. Quelques secondes. Puis Francesco jeta sans ménagement sa tasse à moitié vide sur un guéridon en la brisant tandis que Sofia lui tourna le dos en pressant le pas vers sa chambre puis claqua la porte. Le vénitien jeta une dernière fois un regard de serpent sur le montant qui venait de se refermer avant de remettre distraitement son chapeau et de quitter la pièce puis l’hôtel sans un mot de plus. Lorsqu’il rentra à la Sérénissime, il était d’une humeur noire. Bien différent il y a quelques heures à peine…

    Lorsque le Contarini se contempla devant ses miroirs le lendemain matin, le goût n’y était pas… A la stupéfaction de Paolo qui sortait successivement plusieurs tenues pour le laisser choisir, sans résultat depuis une heure. Francesco ne faisait que soupirer de lassitude et d’ennuis. Il n’y avait rien de plus exaspérant que SON soupir : autant teinter de tragédie que de caprices. Son valet aurait bien fait avaler à son maitre un de ses cols en dentelles pour qu’il s’étouffe avec… Il l’imaginait déjà, violet, le regard plus vide d’intelligence qu’à l’accoutumée et surtout raide mort. Mais les rêves sont les rêves me direz vous, et le Nobilis Homo vénitien continuait d’agiter mollement la main pour faire défiler les vêtements sous son nez. Arrivée à la toute dernière de ses tenues favorites, Francesco soupira d’avantage encore :

    -Aaaah ! Quel médiocrité, siffla-t-il entre ses dents.

    Paolo lui aurait bien rétorqué qu’il était d’accord, mais il s’aperçu bien vite que son maitre parlait de tout autre chose que de sa propre personne (pour changer).

    -Cette harpie croit qu’elle va gâcher mon plaisir de la dévorer enfin, s’exclama-t-il. Haha ! Comme elle se trompe ! Elle ne voit même pas encore ce qui va lui tomber sur le coin du nez, dit-il en serrant les poings. Quand elle saura que je…

    -Vous ne lui avez pas encore dit, senior ? Osa demander son valet, occuper à ranger de nouveau les vêtements dans leurs boîtes.


    -Là n’est point la question, stronzo ! S’énerva l’ambassadeur en frappant du plat de la main sur une console.

    Paolo lui jeta un regard interdit, perplexe, avant de reprendre son rangement en levant les yeux au ciel. Après toutes ses années de services, il ne comprenait toujours pas une grande partie des raisonnements de Son Excellence. Reprenant alors ses rêveries de meurtres à son encontre, Paolo eut tout juste le temps de rapporter une pile de boites dans la garde robe quand il fut prit d’un sursaut lorsque Francesco s’écria dans un éclair :

    « Ha haaaa ! Je sais…. La voilà, l’idée… Oui !!! fit-il d’une voix doucereuse.

    Paolo eut des frissons dans le dos en entendant ce regain d’énergie. Il était effrayant ! Revenant dans la chambre, il trouva son maître devant son grand miroir, se contemplant en se frottant les mains d’une satisfaction perverse. Ses airs de prédateurs étaient de retour. Le bonheur minuscule de Paolo reprenait congé tandis que le Contarini claquait des doigts sèchement pour qu’on lui apporte LA tenue.

    Sofia ne voulait pas le voir ? Il n’en avait que faire. Francesco savait parfaitement ce qu’il avait à faire pour obtenir enfin son due. Que dis-je ? Son trophée, oui ! Une fois habillé, il arborait un costume d’un gris perle parfait, simple, orné de belles dentelles de Venise aux manches et au col. Après avoir lancé un clin d’œil coquin à son propre reflet, il quitta en majesté ses appartements pour prendre la route. Direction : Versailles !

    Lorsque la berline franchit la porte d’entrée de la cour, le sourire de Francesco s’élargie davantage à la vue de l’hôtel de sa victime. Il se disait qu’après tout étaler le supplice sur plusieurs jours était d’autant plus réjouissant pour lui et doublement exaspérant pour la Farnèse. Mais il ferait cela avec cette subtilité toute particulière qui caractérisait la noirceur de son âme vénitienne. Il lui présenterait un visage amical, presque compatissant (quoique faut pas pousser Nonna dans les orties…) aussi longtemps qu’il lui plaira avant de lui révéler la terrible vérité de ses agissements. Le jeune homme trépignait encore d’impatience en s’imaginant la mine décomposée de sa compatriote. Il savait pertinemment depuis longtemps qu’entre eux : c’est lui seul qui pouvait gagner à ce petit jeu. Elle ne pourra plus y échapper !

    Les valets de la veille l’accueillirent dans un silence gêné, n’en sachant trop quoi lui dire pour l’empêcher d’entrer. Mais les considérations des gueux, Francesco s’en tamponnait royalement. Il jeta sa cape au visage du premier et son chapeau dans la tête du second sans même leur jeter un regard. Des meubles, voilà ce qu’ils sont. Il s’apprêtait à gravir les escaliers quatre à quatre qu’en un des deux valets se racla la gorge bruyamment avant de se faire frapper par son collègue :

    « Quoi ? s’exclama l’empoté.

    -Ferme-là ! Siffla le domestique en serrant les dents.

    Francesco s’arrêta net dans sa course et leur jeta un regard perçant avant d’arborer son sourire de requin.

    -Oui ? demanda-t-il avec une voix trop agréable à l’oreille pour être honnête.

    -La princesse… est… dans le jardin », bafouilla l’imbécile sous l’œil atterré du deuxième.

    Une fois dans le jardin, Francesco apprécia tout particulièrement celui-ci, lui rappelant le pays et son soleil. Un sourire en coin étrangement doux se dessina au coin de sa bouche avant qu’il ne reprenne ses esprits et s’avance plus loin encore. Il aperçu alors la Farnèse assise près du bassin central dans une robe prune. Le vénitien ne put s’empêcher de rire intérieurement en se disant qu’il en aurait bien commandé un tableau pour immortaliser l’instant et l’appeler : La Mélancolie. Reprenant sa marche, Il s’avança dans le dos de la jeune femme toujours penchée au dessus de l’eau à contempler les poissons qui nageaient dans un grand balai de couleurs.

    « Si vous songez à vous noyer là-dedans, je vous conseillerai plutôt la Seine. Ce n’est pas bien profond tout ça, fit Francesco un ton piquant.

    -Je savais que vous reviendriez … ça doit être une obsession chez vous.

    -Oh comme vous y allez ! C’est là un bien grand mot…


    Elle se retourna alors vers lui, pas plus souriante que la veille.

    - Que me voulez-vous ? demanda l’italienne, sèchement.

    -Rien qu’une visite des plus banales, voilà tout, dit-il d’un ton badin en haussant les épaules, toujours souriant. Vous ne supportez donc plus la compagnie de vos compatriotes ?

    - Vous n'avez pas d'autres distractions ?

    - Hum… Non,
    répliqua-t-il avec des étincelles de malice dans les yeux.

    -Je ne suis pas une bête de foire.

    -Ai-je dis une telle chose ?
    Se scandalisa l’ambassadeur en posant une main sur ce que les humains normaux appelaient le cœur.

    En tout cas, Paris et Versailles n’en pensaient pas moins de la jeune femme et c’était Son Excellence lui-même qui en était l’auteur. Quel talent ! Sans se soucier le moins du monde de l’humeur massacrante de son interlocutrice, Francesco alla s’asseoir nonchalamment en face d’elle sur un petit banc de pierre.

    -J’espère que vous nous trouvez pas le temps trop long à tourner en rond ici, poursuivit-il sur un ton toujours plus banal. Je vous comprendrai presque : je trouve la France terriblement ennuyeuse ses temps-ci. En tout cas, ce jardin a le bon goût d’être dépaysant , dit-il en soupirant en jetant un œil sur la végétation alentour avant que son regard ne s’arrête sur les rosiers blancs juste à côté de lui. Il n’y a qu’en Italie où il fait bon vivre toute l’année, ajouta le vénitien d’un ton léger avant de se pencher pour cueillir une de ces fleurs blanches puis de la tendre distraitement à Sofia comme si cela était tout à fait normal. Êtes-vous allée au carnaval de Venise cette année ? Il y a bien des siècles que je n’y ai pas mis les pieds… Mon père me tuerait s’il m’y voyait, dit-il en riant.

    Francesco avait un talent certain pour faire la conversation avec les partenaires les plus récalcitrants. En ces instants de grâce dans ce petit jardin à l’italienne au cœur de Versailles, la lumière et les couleurs étaient parfaites. Et le vénitien aux yeux de lagune ne pouvait s’empêcher de penser : banalité, cela ne rime-t-il pas avec fatalité ? Il lança alors à Sofia son sourire le plus charmant.


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MessageSujet: Re: Après la victoire : que faire de la hache de guerre ? ~ Avril 1667   09.10.14 22:54

La nuit fut difficile pour la jeune femme. Déjà qu'en ce moment, elle dormait assez mal, attendant à tout instant un pli avec le sceau des Médicis-Farnèse, sa mère la sommant de revenir à Parme, tout juste bonne à enfermer dans un couvent pour ses méfaits. Mais si Francesco venait se mêler à tout cela. Elle revoyait son visage suffisant, son arrogance jusqu'au plus profond de ses yeux bleus, mais la princesse ne put se consoler maigrement de la façon dont elle l'avait rembarré. Son sang, si chaud habituellement, n'aurait fait qu'un tour s'il avait passé la porte de l'hôtel particulier, mais après le scandale, Sofia n'avait plus envie de grand-chose et avait accueilli cette venue avec une terrible froideur. Derrière ce masque de glace, ceux qui la connaissent pouvait deviner que ce n'était qu'un masque. Graziella, sa camériste, avait appris à comprendre cette maîtresse intrigante et si maîtresse d'elle-même, n'en était pas moins qu'un animal blessé qui se drapait dans ce qui lui restait de dignité entre les murs de la grande demeure. Cette dernière avait assisté à la scène entre les deux italiens et fut fière de sa maîtresse, même si celle-ci pouvait se montrer tyrannique, capricieuse et insensible dans ses meilleurs jours. Cette même camériste qui devrait préparer sa maîtresse le lendemain pour le retour du diable vénitien, car il reviendrait.

Quoi qu'on puisse dire, la visite de Francesco la veille avait permis à la maîtresse de maison de sortir un peu de sa léthargie, et de s'habiller, paraître un peu plus décente dans son quotidien. Habillée à la fois de manière simple et élégante, Sofia avait quitté sa robe de chambre et ressemblait un peu plus à la princesse que les domestiques connaissaient. Et cette sortie dans le jardin semblait une sorte de miracle ! Comme quoi, même au fond du gouffre, on peut avoir un soupçon d'orgueil ! Sofia Farnèse n'aimait pas qu'on la voit dans un piètre état, et se souvenait du visage déconfit de Francesco lorsqu'elle apparut sur le pas de la porte, la mine défaite, les cheveux lâchés, pas habillée et sans artifice. Le désarroi dans son aspect le plus total. Par orgueil et défi, elle avait préféré s'habiller et un peu se coiffer, et cela ne lui avait pas tout à fait déplu, de renouer avec un peu d'élégance. Mais si le physique était la lacé dans un beau corsage, l'esprit était toujours aussi loin. Assise près du bassin, elle ne cessait de repenser à ce terrible moment chez la Reine, le regard de cette dernière, elle si aimante et douce, qui aurait pu croire Marie-Thérèse d'Autriche capable de tant de froideur et de colère ? La plus grande humiliation que de devoir se retirer de ses fonctions de cette manière, de quitter Versailles sous les regards inquisiteurs et le murmure des courtisans, ravis de pouvoir se jeter sur la carcasse d'un des leurs, comme des vautours. Elle savait ce que cela faisait d'être à la place de la victime et préférait largement dans la peau du bourreau ! Et la peur de cette missive, l'écriture de sa mère, la disgrâce de trop … Son esprit était à Parme lorsque Francesco se mit à parler, ramenant corps et esprit au même endroit, Sofia devant affronter la réalité. Au tout départ, elle ne voulut pas le regarder, surtout après une remarque douteuse sur le suicide. Et finalement, elle quitta le bassin du regard pour poser ses yeux noisettes sur le vénitien dans sa belle tenue, toujours aussi fier de lui et imbu de sa personne. Il alla s'installer de lui-même sur un banc de pierre, sans avoir été invité, mais tant qu'il ne venait pas trop près, cela allait à Sofia. Qui sait, elle serait capable de mordre !

« J’espère que vous nous trouvez pas le temps trop long à tourner en rond ici. Je vous comprendrai presque : je trouve la France terriblement ennuyeuse ses temps-ci. En tout cas, ce jardin a le bon goût d’être dépaysant.
Mon frère serait ravi d'avoir vos compliments sur son jardin, il dit qu'il lui rappelle Florence particulièrement,
lança Sofia de façon tout aussi banal.
Il n’y a qu’en Italie où il fait bon vivre toute l’année. »

Lui tendait-il vraiment une fleur comme si de rien n'était ? Faisant un geste comme pour la saisir, Sofia toucha à peine la fleur et la laissa tomber sur le sol, à mi-chemin entre eux deux. Aucun cadeau ne lui ferait plaisir de sa part, surtout quand celui-ci venait de son propre jardin.

« Vous dites cela par nostalgie, vous n'avez pas vu l'Italie depuis des lustres. Il suffira d'y retourner pour se croire en prison. répondit elle en levant les yeux au ciel. Elle parlait pour elle, sans savoir que la prison serait plus que palpable pour Francesco, mais celui-ci ne l'écoutait pas, posant déjà une nouvelle question.
Êtes-vous allée au carnaval de Venise cette année ? Il y a bien des siècles que je n’y ai pas mis les pieds …  Mon père me tuerait s’il m’y voyait.
Et serait-ce une mauvaise chose ?
demanda la jeune femme d'un air faussement ingénu, un trait d'esprit ne faisait pas de mal. Un passage par l'antre des débauches sous les masques n'était guère dans mon emploi du temps. Il paraît que cela se fait très bien à Versailles, et pas besoin de masques ni de canaux puants. » Elle se leva en retenant un soupir, voilà qu'elle se moquait d'elle-même.

Quittant le bassin pour se remettre en pied, Sofia n'avait toujours pas souri, comme si elle avait oublié comment faire. Les banalités ne suffiraient pas à la dérider, il faudrait que Francesco puise dans les ressources du tréfonds de son âme – du moins s'il ne l'avait pas vendu au diable – pour y arriver. Et cela lui sembla un défi de taille qu'il était prêt à relever, sans que Sofia ne l'aide en quoi que ce soit. Elle lui répondait, posait distraitement une question, sans plus. Il ne faudrait pas non plus que ce gondolier pense qu'il ait un quelconque intérêt en ces lieux. Elle marcha d'un pas gracieux, quoique traînant, tout en longeant ledit bassin qu'elle ne quittait pas, frôlant le bord de sa main blanche, comme une rembarre à laquelle s'accrocher si elle tombait. Elle s'éloignait petit à petit de Francesco, lui tournant le dos avant de faire volte-face et lui couper la parole.

« Pourquoi êtes vous là ? Il allait répondre mais elle l'en empêcha, connaissant d'avance la réponse bateau avec ce sourire enjôleur qui ne marchait pas sur elle. Pourquoi êtes vous vraiment là ? A moins que ce ne soit pour mon jardin, ce n'est guère pour ma compagnie ou tromper l'ennui, il doit être plus vivace ici que n'importe où ailleurs. Si l'ennui devait avoir une demeure, ce serait ici, vous voyez bien que je ne fais rien, qu'il ne s'y passe rien et que je n'ai pas envie de recevoir du monde. Alors pourquoi ? »

Si elle savait pourquoi il était vraiment là, dans son bel habit, assis sur ce banc de pierre aux pieds stylisés à l'italienne, peut être n'aurait elle pas voulu savoir la vérité, qu'il était l'origine du mal ! Elle reprit sa marche, forçant son non-invité à la suivre pour ne pas à crier pour qu'elle l'entende. Le jardin n'était pas immense mais tout de même, on ne hurle pas dans un jardin, ce n'est pas poli. Même quand on s'appelle Francesco Contarini.

Puis Graziella, dans son innocence – voire même sa stupidité – arriva avec un plateau pour une collation, presque contente de créer un besoin avant que sa maîtresse ne lui demande. En règle générale, par beau temps, Sofia aimait déguster quelque chose dans le jardin, à profiter des beaux jours et du soleil. Mais aujourd'hui, elle n'avait ni faim, ni envie de proposer à Francesco de rester, et encore moins de s'installer avec lui à table, c'était le pire moment pour prendre des initiatives. Graziella vit le regard de sa maîtresse lui lancer des éclairs, et elle était prête à faire demi-tour, cacher le plateau dans la cave et elle avec si le vénitien n'avait pas pris l'initiative de la faire approcher. La Farnèse croisa les bras et arqua un sourcil, l'air accusateur et méprisant.

« Faites comme chez vous, n'est ce pas. lâcha t'elle sur un ton acide, peu avenant. Êtes vous aussi sans-gêne partout où vous vous rendez ? »

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MessageSujet: Re: Après la victoire : que faire de la hache de guerre ? ~ Avril 1667   06.02.15 20:19

    La fleur qu’il venait de lui tendre sans plus de cérémonie retomba mollement sur le gravier du jardin. Elle avait pourtant levé sa main pour en caresser les pétales… Francesco était troublé tout à coup par cette triste vision.

    « N’aimez-vous donc plus les fleurs à présent ? demanda-t-il.

    Mais elle ne l’écoutait pas et poursuivi leur conversation sur l’Italie. Il ne l’écouta pas à son tour avant de reprendre de l’aplomb et recommencer à déblatérer sur tout et rien.

    -Êtes-vous allée au carnaval de Venise cette année ? Il y a bien des siècles que je n’y ai pas mis les pieds …  Mon père me tuerait s’il m’y voyait.

    -Et serait-ce une mauvaise chose ? demanda la jeune femme d'un air faussement ingénu.

    Était-elle en train de se dérider un peu ? pensa le vénitien.

    -Ah… Vous voyez qu’il vous reste encore du venin, mia cara, dit-il avec un sourire en coin en lui adressant un clin d’œil pétillant.

    -Un passage par l'antre des débauches sous les masques n'était guère dans mon emploi du temps. Il paraît que cela se fait très bien à Versailles, et pas besoin de masques ni de canaux puants.  

    -Mais ces canaux ne sont pas si puants ! se pinça Francesco en fronçant un peu le nez. Je ne comprends pas un tel préjugé. C’est terrible à entendre quand on sait que Venise a été une seconde maison pour vous… glissa-t-il l’air de rien.

    La jeune femme se leva brusquement avant de se mettre à marcher doucement le long du bassin. On n’entendait que le bruit de l’eau et le tissu de sa robe princière glissant sur l’herbe verte. Le vénitien trouvait sa compatriote d’une grande beauté dans sa détresse. Son attitude lui rappelait Phèdre, Médée, et les autres…Il fallait vraiment qu’il songe à en commander un tableau ! Cela sera vraiment superbe au dessus de sa cheminée. Il secoua légèrement la tête pour chasser ces images de son esprit avant de se pencher pour ramasser la fleur abandonnée avant de répliquer à Sofia :  

    -Et puis… Pas besoin de masques par ici, vous dites ? Allons, nous savons tous deux que c’est un vilain mensonge, dit-il en lui adressant son habituel regard amusé et tranchant.

    La jeune femme s’appuyait sur le rebord de pierre du bassin tout en avançant comme si ses jambes étaient sur le point de flancher à tout instant. Elle était à présent à l’autre bout du bassin et lui tournait pratiquement le dos, essayant sans doute d’ignorer sa présence. Cette attitude continua d’amuser grandement le jeune homme. En voulant retenir un rire, il laissa échapper :

    « Ne laissez donc pas tous ces gens de Versailles ou d’ailleurs vous rendre malade, mia principessa. Vous valez mieux que ça et vous le savez. Je…

    Sofia lui fit alors volte-face, plongeant son regard triste dans ses yeux d’azur froid.

    « Pourquoi êtes-vous là ? demanda-t-elle brusquement.

    Francesco voulut répondre avec un sourire plus doux mais elle le stoppa net :

    -Pourquoi êtes-vous vraiment là ? A moins que ce ne soit pour mon jardin, ce n'est guère pour ma compagnie ou tromper l'ennui, il doit être plus vivace ici que n'importe où ailleurs. Si l'ennui devait avoir une demeure, ce serait ici, vous voyez bien que je ne fais rien, qu'il ne s'y passe rien et que je n'ai pas envie de recevoir du monde. Alors pourquoi ?

    Se levant de son banc, Francesco prit un air sérieux, un peu forcé.

    -Ne supportez-vous donc plus la moindre main tendue ?

    A peine eut il prononcé ces paroles qu’elles sonnaient déjà faux. Allons Cesco ! Il est temps de lui dire, lui porter le coup fatal ! Le vénitien retrouva son sourire, ouvrit la bouche… mais aucun son ne dépassa ses lèvres, coincées dans sa gorge. Quoi ? Il n’y arrivait pas ? STRONZO ! Achève là ! N’as-tu pas attendu ce moment depuis des lustres ? Cette vipère a essayée de t’empoisonner ! Andiamo ! Regarde comme elle est pâle, à deux doigts du gouffre. Elle a bien méritée son sort. Tu le sais ! Ses airs de poupée gâtée ne t’ont jamais fait bien peur. Un Lion n’oublie jamais ! Dai ! DAI !

    -Je…

    Mais il n’eut pas le temps d’ajouter quoique ce soit car Graziella venait auprès d’eux avec un plateau de collation dans les bras. Et le regard assassin de la princesse Farnèse à l’attention de sa servante n’échappa point à Francesco qui saisit l’occasion de se défiler de ses aveux.

    -Tiens ! Graziella, s’exclama-t-il plein d’entrain avant de se retourner vers Sofia. En voilà une gueuse dévouée : Je prendrai un verre de cette citronnade, pronto.

    La servante hésita entre le terrible regard de la princesse et le sourire charmant du vénitien puis osa approcher à petits pas avant de poser le plateau d’argent sur le banc et de servir un verre.

    -Faites comme chez vous, n'est ce pas. Lâcha la brune incendiaire sur un ton acide. Êtes vous aussi sans-gêne partout où vous vous rendez ? lui demanda-t-elle alors qu’il se saisissait de son verre bien frais

    -Allons Sofia… Nous nous connaissons que trop bien pour pouvoir jouer au protocole. Vous ne trouvez pas ? dit-il en levant son verre. A votre beauté, mia principessa !

    Il but une longue gorgée avant de laisser échapper un long soupir de contentement des moins discrets avant de reposer son verre.

    -Quoi de mieux qu’un verre bien frais, dans un jardin magnifique en compagnie d’une jolie princesse ? fit Francesco d’un ton théâtrale. Voyez-vous, Sofia : je ne m’ennuie jamais avec vous. C’est bien la seule chose pour laquelle vous pouvez me condamner…

    Puis il remarqua que Graziella était encore là à les écouter en se dandinant bizarrement comme une enfant.

    -Vous savez, je pense qu’il y a des tas de choses passionnantes à récurer ou à ranger : vous pouvez nous laisser maintenant, dit-il d’un ton narquois.

    Il attendit que la servante soit enfin hors de vue avant de reporter son regard sur Sofia

    « Enfin seuls… », dit il en haussant un sourcil coquin.

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MessageSujet: Re: Après la victoire : que faire de la hache de guerre ? ~ Avril 1667   03.03.15 22:13

Il la cherchait, à parler de Venise, et rappeler leur passé commun avec aussi peu de subtilité qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine. Sofia s'était levée pour échapper à cette proximité, mais aussi fuir ses souvenirs et tourner le dos à un passé dont elle ne voulait plus jamais entendre parler. Il est vrai, la cité des Doges l'avait accueillie à bras ouverts, fier de voir qu'un Contarini allait se lier à une des plus anciennes familles d'Italie avec les Farnèse, et une des plus fameuses avec les Médicis. De plus, adolescente, Sofia était déjà dotée d'une grande beauté, l'orgueil de le savoir en moins, et surtout cette future union politique, était doublée d'amour. Peu de personnes pouvaient se vanter d'une telle chose. Mais des années après, ces souvenirs là n'existaient plus, souillée par celui qui venait lui rendre visite aujourd'hui et cherchait une faiblesse parmi leur passé commun. Si Sofia n'avait jamais su pardonner, elle avait décidé d'oublier, ou du moins d'enfouir tout cela au plus profond de son être. Venise redevenait donc ce que tout le monde connaissait : une ville de débauche, de truands et de disparitions suspectes. Aujourd'hui, elle ne se laisserait pas toucher par les mots du vénitien, peu importait ce qu'il disait, quel venin il crachait, Sofia n'avait jamais été plus digne qu'au fond du gouffre.

« Ne supportez-vous donc plus la moindre main tendue ?
Pas quand il s'agit de la main sale et crochue du diable,
lâcha t'elle, sèche. »

Au moins, c'était clair et sans détour, sans masque comme elle l'avait annoncée. Curieuse, son regard hasardait vers Francesco pour le détailler et se demanda bien ce à quoi il pouvait bien penser. Il semblait perplexe, comme s'il voulait dire quelque chose mais sans pour autant oser. Pourtant, ce n'était pas le culot qui lui manquait habituellement ! Peut être son cerveau s'était-il soudainement développé et il avait compris qu'il était de trop en cette demeure ? Il ne fallait pas rêver ni attendre un miracle du Très Haut, pas à ce point non. Puis l'arrivée de cette cruche de Graziella, à ramener une collation à un invité non désiré, mais où avait-elle l'esprit ? Avec le temps, la Farnèse venait à se demander si sa camériste en avait un, elle réfléchissait assez peu, il fallait toujours la secouer ou hausser le ton, et surtout lui expliquer quoi faire, comme si la princesse n'avait que cela à faire ! Le regard lui qui était adressé à la demoiselle la fit rougir et baisser les yeux, honteuse. Déjà que sa maîtresse lui reprochait ses coiffures approximatives où quelques mèches blondes s'échappaient de ses chignons, avec sa bourde par-dessus le marché, elle ne serait pas épargnée. Elle aurait pu faire demi-tour, passant pour une sotte aux yeux du vénitien, mais non, elle restait, le servait, et s'approchait de sa maîtresse, avant de s'arrêter, ce n'était pas une bonne idée. Droite comme un i, Sofia la fixait avec mépris et une certaine colère. Non, Graziella décida de s'arrêter en chemin et d'attendre le verre de citronnade à la main.

« Allons Sofia… Nous nous connaissons que trop bien pour pouvoir jouer au protocole. Vous ne trouvez pas ? A votre beauté, mia principessa ! »

Elle haussa un sourcil, Francesco continuant son monologue, imperturbable. Pire qu'une sangsue, il n'était pas prêt de partir, se permettant même de congédier les domestiques. D'ailleurs, l'idiote s'en retourna à l'intérieur, toujours son verre à la main. Devant tant d'ignorance, Sofia avait soupiré en la regardant s'en aller.

« Enfin seuls… »

A la manière dont il l'avait dit, Francesco ne pensait certainement pas à une discussion sur la littérature. Cela fit rire doucement Sofia qui le fixait, toujours aussi sérieuse et fit quelques pas en sa direction.

« Et ? Puisqu'il n'y a pas de protocole entre nous, dites le fond de votre pensées. Elle croisa les bras, sans le quitter du regard. Je n'arrive pas à savoir ce que vous faites chez moi. Si c'était une humiliation, vous ne seriez pas si calme, vous voudriez du public, au moins un témoin dans mon personnel. Elle relâcha ses bras et fit un pas vers le bassin et en regarda le fond, à moins que ce ne soit son reflet. Si vous vouliez me séduire, ce n'est pas une fleur ou un sourire qui marche, encore moins avec vous, là vous auriez rusé en subtilité. Et on ne parle même pas que vous êtes ce gentilhomme venu me porter secours, cet habit ne vous va guère au teint. Vous vous ennuyiez ? Peut être aviez-vous une subite envie de mourir et vous cherchiez de quoi mettre fin à vos jours ? Désolée, je n'ai rien à vous proposer. Rien, ni conversation, ni réception, ni même poison. Donc profitez de votre verre, et partez. »

Elle le connaissait bien, pour l'avoir fréquenté, observé, et savait qu'en quelque sorte, ils évoluaient dans la même sphère précieuse, où l'on ne faisait rien par bonté d'âme, rien n'était gratuit, et où l'on calculait son coup en avance, comme une partie d'échecs. Et là, de suite, elle n'avait pas envie d'avancer ses pions, elle s'était retirée de la partie et ne voulait pas lutter, ni même tenter un coup, tout juste assurer ses arrières, mais surtout rester tranquille loin du monde extérieur, en attendant de trouver une solution. Peut être ce voyage à Rome qu'elle avait prévu avec le duc de Sudermanie et le frère de Francesco, l'adorable Alvise, qui n'avait rien à avoir avec son détestable aîné. Mais ce n'était pas pour tout de suite, il lui faudrait encore quelques semaines dans sa tour d'argent avant de partir, mettre les voiles loin de la guerre.

Enfin, puisque Francesco était là, il fallait bien qu'il serve. Sofia manquait information sur le monde extérieur : la gazette ne suffisait pas toujours, les domestiques sur les marchés ne racontaient pas tout, à moins que Graziella n'avalait la moitié des informations, ce qui était une solution davantage plausible, quand on y repense. Sofia regarda donc Francesco, sachant que ce ne serait pas gratuit, mais bon tant pis, le loup était déjà dans la bergerie.

« Avant que vous ne partiez, histoire de dire quelque chose d'intéressant, pouvez vous me donner des nouvelles de la Cour et de Paris ? Ce n'est pas parce que je n'y vais plus que je me désintéresse de ce qu'il s'y passe. Même si, par temps guerrier, on ne peut moins compter sur des histoires comme la mienne tous les jours, j'imagine. »

Elle n'aimait pas cela, et elle avait l'impression de voir Francesco jubiler par ce semblant de conversation, elle dut rajouter, d'un ton dédaigneux, avant qu'il ne prenne la parole.

« Vous venez chez moi sans vous annoncer, soyez au moins utile. Et sans ce sourire sur vos lèvres, vous avez l'air presque terrifiant. »

Elle vint s'appuyer sur un bloc de pierre en forme d'énormes vases où s'échappaient des fleurs tombantes, au parfum doux et sucré. Comme un peu d'Italie en somme …


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MessageSujet: Re: Après la victoire : que faire de la hache de guerre ? ~ Avril 1667   18.04.15 17:11

    Alors que Graziella venait de disparaitre à l’intérieur de l’hôtel, Sofia continuait de fixer Francesco avec cette moue inimitable qui distinguait les princesses d’entre toutes les femmes :

    - Puisqu'il n'y a pas de protocole entre nous, dites le fond de votre pensée, exigea la Farnèse en croisant les bras.

    -Je vous l’ai dit, s’exclama le vénitien toujours avec son sourire de requin. Je ne suis qu’une main tendue vers vous, prostrée dans votre détresse…

    -Je n'arrive pas à savoir ce que vous faites chez moi
    , répéta Sofia sans vraiment écouter son invité imposé et imposant. Si c'était une humiliation, vous ne seriez pas si calme, vous voudriez du public, au moins un témoin dans mon personnel.

    L’ambassadeur lui jeta un air perplexe quelque peu exagéré :

    -Allons, mia cara ! Qui a parlé d’humiliation ? dit-il avant de lever des mains faussement innocentes. Ce n’est certainement pas moi…

    L’italien se mit à repenser avec un amusement non-feint à ses manigances des jours précédents pour faire sombrer la réputation de son ancienne fiancée. Celle-ci s’était éloignée de lui, pensive, et contempla de nouveau l’eau miroitante du bassin. Il eut un silence et Francesco vint tout près d’elle, dans son dos, si bien qu’il pouvait presque la toucher. Le vénitien aurait voulu poser une main à sa taille mais la retira bien vite : il se doutait bien qu’il pouvait se prendre une soufflante. Il s’éloigna bien vite d’elle et reprit une gorgée dans son verre. Francesco n’était plus tout à fait sûr d’avoir les idées très claires.

    -Si vous vouliez me séduire, reprit la brune toujours de dos. Ce n'est pas une fleur ou un sourire qui marche, encore moins avec vous, là vous auriez rusé en subtilité.

    -Je suis toujours subtil !
    s’exclama très sérieusement l’ambassadeur. Un gentilhomme tel que moi vient ici pour…

    Mais la princesse le coupa sèchement :

    -Et on ne parle même pas que vous êtes ce gentilhomme venu me porter secours, cet habit ne vous va guère au teint.

    -Moi qui pensais être à votre goût dans cette tenue
    , dit-il en jetant un regard à ses habits gris perle avant de regarder de nouveau la jeune femme avec son regard diabolique. Vous préfèreriez que je les enlève peut-être ?

    -Vous vous ennuyiez ?

    -Moi ? Jamais ! Vous le savez bien…


    Sofia lui tournait toujours le dos et le vénitien sentait qu’elle cherchait à échapper à son regard. Elle était faible, il la connaissait sur le bout des doigts ! C’était un jeu étrange qui s’était imposé entre eux mais l’ambassadeur y prenait tant de plaisir qu’il ne manqua pas de passer inconsciemment sa langue sur la lèvre inférieure. Elle le menaça de mort comme la jeune femme avait coutume dela faire la plupart du temps avant de conclure :

    -Désolée, je n'ai rien à vous proposer. Rien, ni conversation, ni réception, ni même poison. Donc profitez de votre verre, et partez.

    A ses mots, Francesco laissa échapper un profond soupir :

    -Pauvre Sofia ! Votre aigreur ressemblera bientôt à celle de votre mère avec une telle attitude… Avec tout le respect que je lui dois bien entendu, reprit-il avec un petit sourire contrit.

    Il n’était absolument pas désolé pour la mère de Sofia, évidemment.  

    Il s’impatienta alors devant le manque de réactions de la part de la jeune femme à ses allusions. Un peu plus agacé, il reprit :

    -Allons mia principessa ! A quoi bon vous draper dans votre dignité blessée devant moi ! dit-il en agitant plus nerveusement ses mains. Je suis bien mieux placé pour savoir ce qu’est un scandale et en être la cause. Et croyez-moi : ce n’est pas la fin du monde ! S’exclama-t-il d’un ton trainant avant de boire cul sec ce qu’il restait dans son verre et de le reposer bruyamment sur le rebord du bassin à côté de Sofia et de lui souffler à l’oreille : Je vais donc vous laisser à votre triste sort puisque rien ni personne ne semble assez digne de vous pour sécher vos larmes.

    Le parfum de Sofia vint lui caresser le visage, si bien qu’il ferma les yeux quelques instants en le respirant avant de s’éloigner d’elle. Il devait vraiment partir ! Allant prendre congé sans plus de politesse, la voix de la jeune femme le rappela à travers le petit jardin :

    « Avant que vous ne partiez, fit Sofia. Histoire de dire quelque chose d'intéressant, pouvez-vous me donner des nouvelles de la Cour et de Paris ?

    S’arrêtant sur le pas de la porte le menant vers la sortie, Francesco se retourna vers la jeune femme avec un sourire sarcastique :

    -Ai-je l’air d’être un chroniqueur de la gazette ? demanda-t-il en haussant les épaules. Je croyais que plus rien ne vous intéressait à part votre désespoir, ajouta-t-il d’un ton railleur en revenant sur ses pas pour revenir près de la Farnèse qui s’était enfin décidée à lui faire face.

    -Ce n'est pas parce que je n'y vais plus que je me désintéresse de ce qu'il s'y passe. Même si, par temps guerrier, on peut moins compter sur des histoires comme la mienne tous les jours, j'imagine.

    -En effet
    , fit Francesco en relevant un sourcil. Vous ne faites jamais dans la banalité, précise-t-il, moqueur.

    Il s’apprêtait à lui lancer un autre pic mais elle le devança sur un ton dédaigneux :

    - Vous venez chez moi sans vous annoncer, soyez au moins utile. Et sans ce sourire sur vos lèvres, vous avez l'air presque terrifiant.

    Le sourire de l’intéressé s’élargit davantage.

    -Je prendrai cela comme un compliment, dit-il sur un ton loin de la modestie.

    Sofia s’éloigna de lui et s’appuya sur le piédestal d’un vase en pierre plein de fleurs. Il vint la rejoindre et cueilli une nouvelle fleur blanche qu’il offrit à la brune. Le soleil de l’après-midi commençait à tomber déjà…

    -Cette conversation m’a ouverte l’appétit, dit-il avec son sourire carnassier. Que diriez-vous que je vous invite pour le souper ?

    Non, l’ambassadeur ne manquait jamais d’audace et c’est bien ce qui le rendait éternellement imprévisible. Il vit l’expression de perplexité qui se dessinait sur le visage de sa compatriote et il enchaina aussitôt sans la laisser répondre :

    -Non, ne dites rien, dit il en posant un doigt devant les lèvres de la Farnèse. Je me doute qu’une soirée dans mon manoir soit tout à fait au dessus de vos forces : que diriez-vous que je vous apporte votre dîner ici ? Un repas typiquement italien ! Vous ne débourseriez pas une livre, nous parlerions de tout les ragots possibles et j’accepterai le défi, ô combien difficile, de ne jamais évoquer l’affaire qui vous tourmente… Vous n’attendiez personne après tout, non ? demanda-t-il avec ses yeux d’azur brûlant. Voyez cela comme une trêve, si cela peut vous aider… Vous pourriez ainsi essayer de m’empoisonner un autre jour, ajouta-t-il avec amusement.

    Il s’éloigna d’elle en longeant le bassin avant de la regarder de nouveau :

    -Après tout, mia cara, nous sommes en Italie ici et nos soucis de France y restent… Non ?

    Quand allait-il enfin lui avouer la vérité ? Entre le fromage et le dessert ? Il prenait tout son temps en tout cas…

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MessageSujet: Re: Après la victoire : que faire de la hache de guerre ? ~ Avril 1667   02.05.15 19:36

Elle avait beau le connaître depuis l'enfance, aujourd'hui, Sofia ne comprenait pas le motif de visite du vénitien dans son jardin. Pour essayer de trouver une analyse correcte, elle avait énuméré les raisons principales, sans trouver quoi que ce soit qui trouve grâce à ses yeux. Une chose était sûre : rien n'était gratuit avec Contarini, sa visite avait un but qu'il ne voulait pas dévoiler et faisait rester Sofia sur ses gardes malgré tout. Mais, en bon italien, Francesco ne montrait rien, gardait ce sourire sans vérité, cette expression qui disait tout et rien à la fois, avec un soupçon de moquerie. Oh, elle arriverait bien à savoir pourquoi, ou alors elle le mettrait dehors, voilà tout ! Si tout pouvait être aussi simple, la vie serait bien plus agréable …

« Pauvre Sofia ! Votre aigreur ressemblera bientôt à celle de votre mère avec une telle attitude… Avec tout le respect que je lui dois bien entendu.
Je ne lui transmettrais pas … pour les raisons que vous savez. »
répondit simplement la belle.

Sûre que Francesco se fichait bien de Marguerite de Médicis, et Sofia n'avait guère envie d'avoir des nouvelles de sa mère, ni même d'y penser. Le scandale ne devait plus tarder d'arriver à Parme et Florence, cela n'était qu'une question de jours avant qu'un rappel définitif en Italie ne lui soit ordonné. Alors sa mère, pour l'instant, n'était pas à mettre sur la table des conversations, n'appréciant à en cet instant aucun des protagonistes dans le jardin !

Mais cette réponse n'eut pas l'air d'enchanter le vénitien, agacé par l'attitude de tragédienne grecque de la Farnèse, elle n'avait pas envie de relancer les piques ni même de sortir de sa langueur, de son histoire, préférant rester couper du monde, sans chercher à attraper l'unique main tendue. Voulait-il faire la charité ? Ce serait bien une première ! Il voulut finir par s'en aller mais Sofia tendit enfin une perche de conversation, de savoir ce qui se passait là où elle était à présent personæ non grata, même si cela n'avait pas l'air d'emballer Contarini, peu à même de jouer la Gazette et le raconteur d'histoire. S'il ne voulait pas, il n'avait qu'à partir alors, Sofia resterait seule avec elle-même, elle en avait l'habitude. S'installant contre un piédestal de pierre, Sofia pensait goûter à nouveau aux joies de la solitude mais non, le vénitien revint à la charge, et lui offrit même une fleur blanche, encore, qu'elle saisit cette fois, et garda en main.

« Cette conversation m’a ouverte l’appétit ? Que diriez-vous que je vous invite pour le souper ?
Je ne …
Mais Francesco lui mit un doigt sur la bouche et reprit.
Je me doute qu’une soirée dans mon manoir soit tout à fait au dessus de vos forces : que diriez-vous que je vous apporte votre dîner ici ? Un repas typiquement italien ! Vous ne débourseriez pas une livre, nous parlerions de tout les ragots possibles et j’accepterai le défi, ô combien difficile, de ne jamais évoquer l’affaire qui vous tourmente… Vous n’attendiez personne après tout, non ? Voyez cela comme une trêve, si cela peut vous aider… Vous pourriez ainsi essayer de m’empoisonner un autre jour.
Je n'ai rien en réserve pour verser dans votre verre.
lâcha t'elle en haussant les épaules alors qu'il s'éloignait.
Après tout, mia cara, nous sommes en Italie ici et nos soucis de France y restent… Non ?
Soit. Venez pour huit heures ce soir. Et ne soyez pas en retard, je déteste manger trop tard. »


Alors qu'il partait, Sofia s'assit sur le banc de pierre, à regarder la fleur offerte puis leva les yeux au ciel en soupirant : pourquoi avait-elle accepté ? Il y a quelques mois, elle avait essayé de le tuer, et voici que maintenant ils allaient dîner comme deux vieux amis ? Il l'avait humiliée il y a des années et aujourd'hui tout était fini ? Où était la vengeresse, la susceptible, la coléreuse Farnèse qui voulait voir Francesco tomber d'une falaise avec un boulet aux pieds et un bâillon contre sa bouche trop bavarde ? Elle eut un long soupir blasé, perdue entre le passé chaotique, et un petit bout de paix dans le présent. Après tout, elle repartirait pour l'Italie, sa mère la garderait sous sa coupe, l'enverrait au couvent, ou faire un mariage express avant que ce scandale soit connu de tous. Alors souper avec Contarini ne serait plus qu'un souvenir d'une de ses dernières soirées de printemps à Versailles, une trêve entre deux tempêtes.

Après un long moment à penser, Sofia finit par retourner dans sa demeure, et monter jusqu'à ses appartements, dépasser sa chambre pour passer dans une petite pièce, où elle posa négligemment la fleur sur la coiffeuse, et ouvrit ses malles. Graziella observa sa maîtresse un long instant, à se demander ce qu'elle faisait. Sans même se retourner, la princesse donna des ordres à sa camériste :

« Au lieu de m'observer comme une dinde rachitique, peux tu me retrouver ma robe bleue nuit, et dire en bas de préparer la table. Je reçois ce soir.
Monsieur Contarini ?
demanda la camériste, étonnée.
Non, le Pape, idiote. A ton avis ? »

La jeune femme ouvrit une malle où la robe bleue nuit se trouvait au dessus et courut vers le coin domestique, dans une pièce derrière la cuisine pour que tout le monde s'active à nettoyer, mettre une nappe et des couverts. Pendant ce temps là, la princesse attendait sagement sur sa méridienne que le temps passe, n'ayant rien d'autre à faire. Il était encore tôt et ce n'était pas parce qu'il l'invitait qu'elle ferait un quelconque effort. D'ailleurs, par pur esprit de contradiction, elle ne changea pas de robe, pas question que Contarini pense quoi que ce soit. Dans une autre occasion, les appartements de la belle serait devenue un ouragan de poudre, de rouge, une valse de bijoux et de taffetas, mais pas là. Et pourtant derrière son apparence nonchalante, Sofia se demandait encore pourquoi Francesco se montrait si … gentil ? Et pourquoi elle appréciait cela ? Car oui, mine de rien, avoir un peu de compagnie, parler à quelqu'un et ne pas souper en solitaire, cela changeait de son quotidien. Et pour une fois que quelqu'un prenait soin d'elle dans un moment aussi sombre … A force de penser, elle finit par s'endormir, réveillée par Graziella affolée : il était presque huit heures et la princesse n'était pas prête.

« Il faut vraiment que tu te calmes. Je ne me change pas, tu vas juste me recoiffer et voilà. On ne reçoit pas le roi, juste Francesco.
Mais il a fait des efforts et …
Oh tais toi et coiffe. »


Et pour une fois, Francesco tint parole : à peine les huit coups retentirent que l'on cognait à la porte. Derrière le portail, plusieurs serviteurs portaient différents plats, plateaux de victuailles, un véritable défilé culinaire jusqu'à la salle à manger où tout fut déposé sur la grande table, pendant que Sofia descendit l'escalier, et Francesco l'attendait en bas.

« A l'heure, ça change ! » lança la princesse, un peu ironique.

Puis elle tendit sa main à Francesco et tous deux se dirigèrent vers la salle à manger, où la table et les consoles se retrouvaient couverts de plateaux. Cela fit rire doucement l'italienne avant de s'asseoir qui lui était tirée par un domestique.

« Avez vous cru que nous étions combien ? On avait dit simple ! »

Ses domestiques pouvaient voir que quelque chose avait changé chez leur maîtresse. Oui, c'est ça, elle était joyeuse, elle souriait franchement, cela changeait de ces derniers jours, même de d'habitude …

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MessageSujet: Re: Après la victoire : que faire de la hache de guerre ? ~ Avril 1667   08.11.15 23:52


    « Venez pour huit heures ce soir. Et ne soyez pas en retard, je déteste manger trop tard ». Avait indiquée Sofia.

    C’est donc un vénitien complètement surexcité qui revint chez lui à la stupeur de toute la maisonnée. Etait-il sous l’emprise de quelques drogues hallucinogènes ? Perdait-il la tête ? Nous pencherons davantage pour la seconde option… Mais nulle substance toxique dans ses veines...
    -Allez ! Allez ! Andiamo ! s’écriait Francesco à l’attention de ses gens qui allaient en tout sens pour entasser peu à peu des victuailles dans toutes les voitures disponibles du Manoir de la Sérénissime. Plus vite ! Plus vite ! Vous voulez que la princesse Farnèse meure de faim et qu’on vous jette en prison ou qu’on vous pende ? S’énervait l’ambassadeur sans l’ombre d’une exagération dans ses propos.

    Ses serviteurs étaient comme fous, craignant le courroux du maitre. Ça se bousculait, ça courrait, on piaillait ici et là entre les fourneaux de la cuisine et la cave qui tournaient à plein régime pour satisfaire les hautes exigences de Son Excellence Contarini. Et Francesco était très pointilleux quand il s’agissait des plaisirs de la table (comme du reste mais ça on le savait déjà). Tandis que le ballet culinaire des domestiques ne cessait d’aller et venir, Donatella Contarini s’approcha de son frère en jetant un œil plus qu’intriguée a ce qui était en train de se produire sous ses yeux.

    -Je peux savoir pourquoi tu es littéralement en train de vider la totalité des réserves de la cuisine, ‘Cesco ?

    Son frère ne lui jeta pas un regard, obnubilé à faire les chefs d’orchestre avec les serviteurs qui suaient et soufflaient comme des animaux de ferme.

    -Je m’en vais apporter à dîner pour une soirée, dit-il distraitement.

    Donatella arqua un sourcil interrogateur. En ces temps de guerre franco-lorraine, si une soirée quelconque était donnée dans les environs : tout Paris et Versailles serait au courant. ELLE serait au courant ! Est-ce qu’il se moquait d’elle ? Croisant les bras comme une mère qui s’apprête à gronder son enfant, elle répliqua :

    -Et où se passe-t-elle cette soirée de grande importance ?

    Mais Francesco n’eut pas besoin de répondre à cette question car le valet de celui-ci, Paolo venait à leurs côtés :

    -Signore, tout est presque prêt pour pouvoir partir à l’hôtel Farnèse, indiqua-t-il machinalement avant de repartir aux cuisines.

    Donatella regarda son frère plus intriguée encore. Un doute s’insinua en elle :

    -Oh non… Ne me dis pas que tu essayes de récupérer Sofia ?... Si ?

    Francesco se tourna vers elle, la fusillant du regard.

    -Tu es folle ? Certainement pas ! Cette sotte a eut tout ce qu’elle mérite et je m’apprête à lui asséner le coup de grâce, haha ! Crois-moi !

    -Le coup de grâce en l’étouffant avec ses pâtisseries préférées ?
    Chantonna sa sœur en désignant un grand plateau couvert de gourmandises, de macarons et de mignardises. Tu te donnes bien du mal, Cesco, toi qui es de coutume si paresseux… Tu ne voudrais pas la laisser tranquille plutôt, la pauvre…

    Francesco lui jeta un air narquois.

    -Pfff ! Tu ne comprends rien de toute façon ! Tu n’as jamais rien compris, lui dit-il avant de visser son chapeau sur sa tête et de monter en voiture pour reprendre la route vers Paris.

    Alors que l’ainée des Contarini voyait défiler les voitures remplient de victuailles, elle se demandait bien ce qui pouvait se passer dans la tête de Francesco… Et ce qu’elle allait pouvoir manger ce soir !

    Pour la première fois depuis très longtemps, Francesco se trouva être pile à l’heure à son rendez-vous, frappant élégamment huit coups contre le montant de la porte de l’hôtel de la princesse en détresse. Il avait le sens du détail. Les valets de pieds ouvrirent en grand l’entrée et voilà que le ballet culinaire commença son deuxième acte dans le hall des Farnèse jusque dans la salle à manger qui fut bien vite surchargée. On aurait cru qu’une grande réception allait être donnée pour la cour ! Pendant ce temps là, Francesco attendit sa « victime » en bas de l’escalier dans son habit noir brodé d’argent. Sofia descendit l’escalier avec un port de tête royale, enveloppée dans une robe couleur de nuit. Son regard et le sourire dessiné sur ses lèvres en disaient long sur l’énergie retrouvée que lui procurait la situation. Elle était si…

    « A l'heure, ça change ! » fit avec ironie la princesse, l’arrachant de ses pensées, avant de lui tendre la main.

    Alors qu’il la prenait dans la sienne, Francesco eut l’impression durant quelques instants de retrouver ses dix-huit ans, lorsqu’ils étaient à Venise et qu’ils étaient les rois de ce monde dans la chaleur de l’été et les fêtes endiablées.

    -Je ne suis jamais en retard, plaisanta l’ambassadeur. Ce sont les horloges qui se trompent constamment, dit-il en l’accompagnant dans la somptueuse salle à manger.

    A la vue de la table, des consoles et des dessertes chargés de plateaux et autres plats succulents, la Farnèse fit des yeux ronds avant de rire sincèrement en s’asseyant à la table :

    -Avez vous cru que nous étions combien ?

    -Des milliers !
    s’exclama le Contarini avec un sourire en coin en prenant place à son tour de l’autre côté de la table.

    -On avait dit simple ! Continua la jeune femme sur un ton faussement autoritaire.

    -Vous savez que je ne connais pas ce mot, mia cara, répliqua Francesco avec un clin d’œil avant de claquer des doigts vers l’un des serviteurs pour qu’il leur serve du vin. Serait-ce donc pour mes yeux que vous vous êtes faites aussi belle ce soir ? demanda-t-il ensuite, son sourire carnassier aux lèvres. Je suis flatté ! Moi qui pensais tant vous ennuyer… Voulez-vous commencez par un fruit, de l’agneau ou un macaron ? demanda-t-il ensuite d’un ton badin. Vous êtes l’hôte de ce dîner : vous décidez de tout ce qu’il vous plait, glissa-t-il sur un ton de velours. Vous souriez… Le vin vénitien vous rappelle-t-il des souvenirs ? demanda-t-il avant de goûter le breuvage familier.

    Puis discrètement, il fit signe à d’autres personnes d’entrer dans la salle à manger, des musiciens, qui se posèrent dans un coin et commencèrent à jouer une douce mélodie. Rien n’était trop beau pour amadouer la tigresse princière... Il était un vrai metteur en scène ! Plus la journée s'était écoulée et plus Francesco en avait oublié les véritables raisons de sa venue le matin même… Il voulait l’embrasser ? Lui faire mal ? Voir son sourire ? Lui lancer des pics sarcastiques ? Il ne savait plus, non. Avalant une longue gorgée de vin pour oublier ses questions éreintante, l’ambassadeur se leva soudainement de sa place et rapprocha sa chaise de la place de Sofia qui se trouvait tout à l’autre bout de la table. Un valet déplaça ses couverts et son assiette et le voilà qui était presque aux côtés de la jeune femme lui jetant un regard étonné.

    -Allons Sofia, nulle besoin d’étiquette et de longue table entre nous, n’est-ce pas ? dit-il avec son sourire joueur et ses yeux perçants. Nous sommes là pour tout oublier de cette France ennuyeuse, non ?
    Puis il attrapa un macaron et l’offrit à Sofia.

    -Vos préférés si ma mémoire est bonne... Voudriez-vous danser plus tard ? lui demanda-t-il en jetant un regard aux musiciens.

    Il voulait lui dire quelque chose. Mais quoi ?... Son cœur tonnait comme un diable dans sa poitrine.

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MessageSujet: Re: Après la victoire : que faire de la hache de guerre ? ~ Avril 1667   26.12.15 23:17

Alors qu'elle s'habillait pour paraître un peu plus décente, sachant que Francesco viendrait sur son trente et un, elle se demandait pourquoi elle avait bien pu céder à cette invitation à dîner. Certes, elle n'avait pas à sortir de chez elle, mais tout de même, préférer passer la soirée avec Contarini plutôt que seule, il fallait être folle. Peut être le devenait-elle, et on ne pourrait pas l'en blâmer, la seule main tendue était celle du diable, et elle l'avait acceptée, quelque chose ne tournait vraiment pas rond. Dire qu'il y a quelques mois, elle avait tenté de l'empoisonner, souhaitait sa mort ardemment pour quoi ? Finalement souper avec lui en tête à tête, à n'y rient comprendre. Dommage que la psychanalyse n'existe pas encore, elle en aurait eu bien besoin.

Francesco se présenta à l'heure, ce qui surprenait l'italienne. Il faut dire qu'il n'y avait aucune foule à impressionner, qu'il arrivait forcément le dernier, alors pourquoi arriver en retard ? Avec lui, de nombreux domestiques avec des plats à ne plus savoir les compter. Du chaud, du froid, du salé, du sacré, à boire et à manger, son salon de réception devenait un véritable buffet digne des soirées appartements du Roi ! Mais qui allait manger tout cela ? Tous les deux ? Enfin Francesco devait avoir plusieurs personnes dans sa tête pour avoir vu si grand, que toutes ses personnalités puissent goûter à tous ces plats ! Pour la simplicité, on repassera.

« Vous savez que je ne connais pas ce mot, mia cara. Serait-ce donc pour mes yeux que vous vous êtes faites aussi belle ce soir ?
Je ne voulais paraître pouilleuse à côté de vous.
Je suis flatté ! Moi qui pensais tant vous ennuyer… Voulez-vous commencez par un fruit, de l’agneau ou un macaron ?  Vous êtes l’hôte de ce dîner : vous décidez de tout ce qu’il vous plaît.
Cela change …
Elle eut un petit sourire, si rare depuis ces derniers jours, alors qu'elle buvait une gorgée de vin.
Vous souriez… Le vin vénitien vous rappelle-t-il des souvenirs ?
Je n'en avais pas bu depuis des années à dire vrai.
Elle observa les quelques personnes se placer discrètement dans un coin. Des musiciens, vraiment ? Chercherez vous à me séduire ? »

Elle se mit à rire discrètement. Elle avait l'impression d'assister à la démonstration de charme du Contarini, tout dans l'exagération, le too much mais dont il semblait difficile de repousser quoi que ce soit. Le vin était délicieux, tous les mets sentaient bons et il ne s'était pas montré aussi gentil depuis des lustres avec elle. Même si elle le voulait, Sofia se sentait incapable de repousser  la moindre chose dans cette pièce. Assise face à tous ces plats, elle se servit un morceau d'agneau rôti, dont l'odeur venait jusqu'à ses narines, et mangea une morceau, alors que Francesco quitta le bout de table pour venir la rejoindre. En effet nul besoin d'étiquette, ni de se placer si loin, personne n'allait venir pour s'incruster à cette drôle de petite sauterie improvisée.

« Vos préférés si ma mémoire est bonne... Voudriez-vous danser plus tard ?
Peut être, tout dépend ce que vos musiciens savent jouer. Je suis lasse des menuets …
Elle soupira, cherchant quoi danser. Je me souviens que nous étions très bons à danser la forlane, cette danse de gondoliers. Mais à autant manger, vous allez vous empâter et vous serez incapable de faire un quelconque saut ! »

Elle se mit à rire, pas un rire moqueur, mais plutôt amusé, elle le taquinait plus qu'elle n'était véritablement méchante. Après tout, pour danser la forlane, sur une musique rythmée et gaie, il fallait avoir du souffle et un pas léger ! Après tout, puisqu'ils avaient décidé de faire une parenthèse italienne, autant le faire jusque dans la danse. Alors qu'elle croquait dans son macaron, mélangeant donc le sucré et le salé, la jeune femme observait son invité du soir, il semblait la dévorer du regard. Non pas dans le style prédateur, mais davantage un regard empli d'une sorte de … désir ? Elle n'arrivait pas à se détacher de ce regard azur envoûtant, qui lui avait tant plu il y a fort longtemps. Dans ses souvenirs, la princesse se rappelait qu'elle voulait que leurs enfants gardent ce regard si perçant, donnant du caractère au visage. Elle adorait quand il la regardait de la sorte quand ils se parlaient, ses yeux avaient ce pouvoir de caresser sans toucher, à donner des papillons dans le ventre à une demoiselle qui ne connaissait rien de l'amour charnel, et qui n'attendait que l'autel pour le découvrir, mais avec lui.

A repenser à cela, le charme se brisa et elle tourna la tête pour se servir un autre macaron. Il ne fallait pas repenser au passé, elle avait eu tellement de mal à ne plus souffrir, à essayer de tourner la page des ces beaux instants, envolés en éclat pour un caprice d'orgueil du vénitien. Ils n'avaient rien dit pendant peut être deux, ou trois minutes, à se regarder son esprit de divaguer. Il fallait parler.

« Je ne sais même plus quoi choisir, que vais-je faire de toute cette nourriture demain ? Vous n'allez pas venir tous les jours, vous mon seul invité ! »

Finalement, Sofia le traitait comme tel, l'acceptait dans sa demeure, non plus comme un parasite, un squatteur ou un monsieur sans gêne. Peut être l'effet du vin, son verre ne semblait jamais descendre, sans doute un valet bienveillant et soucieux de son travail. Le goût sucré, à la limite de l’écœurement, du vin de Vénétie lui montait doucement à la tête, il valait mieux manger avant de dire une bêtise, et déguster un œuf mimosa. Et une partie de la soirée se poursuivit avec des bribes de conversation, beaucoup de vin et un peu de nourriture. Francesco faisait des petits traits d'humour, se montrait charmeur mais pour une fois sans trop en faire, et voilà la Farnèse à rire à certaines plaisanteries, et continuer de sourire. Bon dieu que cela faisait du bien de s'amuser après avoir vécu dans l'isolement, la peur au ventre de retourner chez soi. Pour l'instant, elle n'avait plus peur de rien, lâchait prise et profitait pleinement de ces instants.

Puis elle se leva, jeta un œil vers les musiciens, affairés à jouer de doux quatuor à cordes presque d'un air machinal, elle était bien décidée à s'amuser.

« Messieurs, pouvez vous nous jouer un air plus gai … plus italien aussi ! Puis elle se tourna vers Francesco. Me feriez vous l'honneur d'une danse ? »

Si le menuet avait quelque chose de codifié et où on ne se touchait pas, les danses italiennes s'avéraient bien plus enclin aux rapprochements des corps sans s'encombre d'une quelconque distance de bienséance. Là encore, à danser avec Francesco, la princesse Farnèse revenait quelques années en arrière, à l'époque insouciante où ses fiançailles arrangées avec le vénitien coïncidaient avec ses sentiments, où tout allait pour le mieux, où ils se sentaient les rois du monde. Une impression d'avoir à nouveau seize ans, de ne soucier de rien à part de savoir quand serait ce mariage qui les unirait enfin. Durant ces quelques danses, l'alcool aidant fortement à l'amusement, Sofia riait et souriait comme elle ne l'avait plus fait depuis si longtemps. Mais à sauter et danser avec des pas aussi rapides, il valait mieux s'arrêter à un moment donner. Sofia s'arrêta, reprenant son souffle, mais toujours le sourire aux lèvres.

« Je retire ce que j'ai dit pour l'empâtement, c'est moi qui n'arrive plus à suivre. Ni à respirer d'ailleurs ! »


Quelle stupide mode que ces corsets pensa t'elle intérieurement. Mais voici une phrase qu'il ne fallait pas dire à haute voix, elle ne voulait pas que ça soit mal interprété. Même si …. Enfin, elle ne savait pas elle même !


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