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 Les morts n'ont que faire de somptueuses funérailles : c'est une vaine pompe pour flatter l'orgueil des vivants

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MessageSujet: Les morts n'ont que faire de somptueuses funérailles : c'est une vaine pompe pour flatter l'orgueil des vivants   08.02.14 23:34

Gabrielle de Valois ignorait les regards qui se posaient sur elle et les murmures qui s'élevaient à son passage. La tête haute, elle avançait dans les couloirs du château sans s'arrêter, saluant ça et là quelques connaissances, d'un simple coup de tête alors que ces dames fondaient en révérence devant celle qui avait été l'épouse du cousin du roi, et qui avait encore le droit de porter le titre de douairière. Duchesse douairière de Valois, Gabrielle avait accepté cet état de fait sans broncher, sans laisser apparaître ses sentiments, et ils étaient bien peu à savoir le choc qu'elle avait ressenti à l'idée de se retrouver veuve si jeune. Elle avait à peine vingt-et-un ans et déjà elle se retrouvait seule à gérer non seulement les vastes possessions de son époux mais elle tentait aussi de reprendre son rôle, de marcher dans ses pas dans la main de l'ombre. Non ils étaient bien peu à avoir vu les quelques larmes couler sur ses joues, à s'être aperçu de l'abattement de la jeune femme sans d'ailleurs pouvoir mesurer à quel point elle se sentait proche du gouffre, à quel point ses sentiments à l'égard de cet enfant qui grandissait dans son ventre étaient partagés, à quel point elle s'en voulait, derrière la perte de son mari et ami, de regretter un tout autre homme et le souffle de baisers qu'ils avaient échangés avant qu'elle n'apprenne qu'il allait en épouser une autre. Cédric de Portau l'avait rassérénée, l'avait rassurée sur sa fidélité et sur sa capacité à mener à terme les projets d'Hector. Perrine Harcourt sa compagne de toujours avait marqué de sa présence les dernières semaines, silencieuse au sujet d'Hector qu'elle n'aimait pas – Gabrielle l'avait toujours su et ne s'en était pas formalisée –, mais sa silhouette rassurante demeurait dans l'ombre, toujours prête à glisser une main sur l'épaule de Gabrielle quand celle-ci se courbait, ou à prêter une oreille compatissante – et machiavélique – aux hésitations de sa maîtresse. Paris, enfin, qui lui avait écrit du lointain de ses batailles où il se débattait pour montrer sa grandeur, avait rédigé des phrases qui laissaient comprendre qu'il savait dans quel état se trouvait sa sœur aînée. Mais à peine quelques semaines après que la nouvelle ait été rendue publique, la jeune femme avait un visage impassible dans les galeries de Versailles, bien loin de ce qu'avait espéré ceux qui avaient spéculé sur son état de santé que l'on jugeait faible. Elle n'était pas du même bois que ces dames qui se pâmaient à la première occasion, elle n'était pas de ceux qui reculent ou s'effondrent devant les épreuves. Et si la perte d'Hector était incommensurable, elle savait pertinemment qu'elle allait devoir vivre avec. Son cœur qui s'était réchauffé était redevenu de glace, comme ce marbre dans lequel il avait été taillé, et elle se trouvait prête à affronter les nouveaux obstacles qui surgiraient sur son chemin, avec toujours la même cruauté et la même sournoiserie qui la caractérisaient. Davantage peut-être, elle avait une mort à venger et, comme elle se le rappela en posant sa paume sur son ventre désormais bien arrondi, un enfant pour lequel se battre, d'autant plus impitoyablement qu'elle était sa mère, et que telle la lionne pour ses petits, elle avait des griffes aiguisées.

Gabrielle n'était évidemment pas réapparue à la cour immédiatement, il lui fallait prendre le deuil et elle avait occupé ce temps où il lui était interdit de se montrer dans le grand monde à rédiger des lettres pour avoir des nouvelles de l'Europe, comme à en écrire à destination de quelques autorités de la ville de Paris qui aimaient beaucoup les pièces d'or sonnantes et trébuchantes ou à prendre possession de l'hôtel de Valois qu'elle n'avait jusqu'à alors habité qu'en pointillés, en attendant le retour du propriétaire des lieux – lequel ne reviendrait plus, son corps excepté qui avait été inhumé dans le tombeau familial. Après s'être assurée d'avoir la fidélité des domestiques, qui étaient souvent plus que de simples serviteurs dans le cas des valets d'Hector, elle s'était efforcée de mettre en ordre des documents qui allaient l'aider à s'imposer à la tête de la main de l'ombre. Mais désormais, si elle avait toujours un habit de veuve, rutilant de soie noire, elle pouvait de nouveau apparaître en public où l'on ne manquait pas de plaindre l'enfant à naître qui n'aurait jamais l'occasion de connaître son père. Mais si elle tenait en effet à faire taire les rumeurs sur son éventuel effondrement qui n'aurait pas manqué de plaire à ses rivales, Gabrielle était surtout présente ce jour-là pour une raison précise. Laquelle raison la conduisit non pas du côté des appartements de Madame qui se trouvait pour le moment dans l'un de ses innombrables châteaux de province combien même là était sa place, mais du côté de ceux de la reine elle-même. Gabrielle évitait pourtant comme la peste ces pièces que les mauvaises langues disaient parfumées de chocolat, peuplées de rats et de pigeons (apparemment, il s'agissait d'une référence à un envoi d'un cadeau par un gueux, preuve que l'on faisait entrer n'importe quoi entre ces murs, non aux duègnes et aux autres catholiques rigoristes qui entouraient Marie-Thérèse) et alanguies dans l'ennui le plus total, la principale occupation de Marie-Thérèse consistant à recevoir sa cousine d'Alençon, une jeune fille encore plus niaise qu'elle-même si cela était possible et à se faire tirer le portrait par Le Brun ou l'un de ses innombrables assistants – au détriment de sujets beaucoup plus sympathiques par ailleurs, Gabrielle avait entendu parler d'un projet de tableau qui devait mettre en scène les hommes de la cour en dieux de l'Olympe et notamment Lévis en divinité sylvestre en nudité héroïque. Mais c'était sans doute trop en demander à la reine que de penser à ce genre de désagrément.

C'était Marie-Thérèse qui avait demandé à la duchesse de Valois de lui rendre visite, sans doute nul doute officiellement pour lui présenter toute sa compassion et organiser une messe commémorative autour du cœur d'Hector avant qu'il ne soit envoyé où l'époux de Gabrielle l'avait décidé. Lorsqu'elle avait reçu la lettre, Gabrielle avait fait la moue, songeant avec ironie que l'hypocrisie était aussi affaire de gens bien chrétiens. La reine irait-elle donc confesser qu'elle n'avait aucune forme de compassion pour la duchesse qu'elle détestait et qui le lui rendait bien ? Les deux jeunes femmes étaient bien trop différentes pour pouvoir s'entendre mais Marie-Thérèse avait toujours marqué une profond détestation de Gabrielle qui lui rendait par une forme de mépris qui ressemblait fort à de l'indifférence, évitant le plus souvent possible de rencontrer la souveraine, privilégiant la compagnie d'Henriette d'Angleterre.
- A mort ! Pendu ! Hurla d'ailleurs une voix bien connue, et d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles se rendre chez la reine relevait souvent de la torture pure et simple.
Arrivée à la porte entrouverte des appartements, Gabrielle leva le nez sur le perroquet d'Aliénor de Wittelsbach qui l'accueillait de la plus charmante des façons et elle faillit être bousculée par un jeune garde qui courrait derrière lui, sans doute dans le but de l'attraper.
- Les chiens de la reine ne sont toujours pas montrés utiles, marmonna-t-elle tout en replaçant sa coiffe noire de deuil, en direction de l'une de ses connaissances qui avait eu le malheur d'atterrir dans la maison de la reine et qui entrait dans la première antichambre en sa compagnie, je pensais qu'ils pourraient au moins chasser les oiseaux, à défaut d'autre chose.
- Vous avez vu les bichons, madame ? S'exclama la jeune femme à ses côtés, entre ses dents, ils sont tellement petits qu'ils auraient été capables de se faire dévorer par les rats envoyés par Beaufort, alors imaginez un perroquet qui s'attaque aux duègnes, il n'en ferait qu'une bouchée.
- C'est donc vrai cette histoire de pigeons et de rats ? S'étonna Gabrielle à qui Olympe Mancini demandait de patienter en attendant qu'on l'introduise auprès de la reine occupée à on ne savait quelle tâche de peu d'importance.
- Oh oui, un branle-bas de combat comme nous en avions rarement vu. Mais cela a été totalement éclipsé par le scandale causé par la princesse Farnèse, oh si vous aviez pu voir cela... ! Sofia di Parma humiliée...
- Je sais, je sais, la coupa Gabrielle, agacée, car elle n'était guère réjouie par la mésaventure de son amie qui avait dû quitter précipitamment la cour pour regarder l'Italie, la laissant seule avec leur ordre de chevalerie naissant. Et puis il fallait dire que sans Sofia di Parma, la maison de la reine était vraiment fréquentée par des moins que rien, et encore ni Isabelle de Saint-Amand ni Éléonore Sobieska ne semblaient présentes ce qui étaient un progrès indéniable.
- La reine l'a chassée avec une colère dont on ne la croyait pas capable ! Imaginez notre douce Marie-Thérèse lui dire ses quatre vérités sans ménagement...
Cette fois-ci, proprement étonnée, la duchesse de Valois jeta un coup d’œil vers Marie-Thérèse qui la faisait attendre plus que nécessaire pour quelqu'un qui n'avait pas une activité très prenante (de là où elle était, Gabrielle avait la vague impression qu'elle jouait aux cartes) et qui recevant une princesse du sang. Ainsi, la souveraine était capable de faire preuve d'autorité ? Considérait-elle que Sofia n'avait pas été suffisamment punie ? Sa compagne continua à babiller en lui donnant quelques détails mais Gabrielle n'écoutait que d'une oreille distraite tout en se demandant ce qui lui valait ce traitement que lui réservait Marie-Thérèse, sans plus de considération qu'une simple marquise de province.

La surintendante finit enfin par lui faire signer de s'avancer vers Marie-Thérèse et Gabrielle s'exécuta sans se presser, le pas mesuré en plaçant sa main sur son ventre arrondi et en levant le front pour bien montrer qu'elle ne se laissait pas impressionner par les regards qui se posaient sur elle. Arrivée devant la jeune femme, assise dans son fauteuil, elle plia quelques secondes les jambes en une petite révérence, faisant mine d'être gênée par sa grossesse pour ne pas l'exécuter entièrement puis se redressa lentement, esquissant un sourire triste en direction de la reine, attendant que cette dernière la salue pour parler à son tour. Cette déférence exigée par l'étiquette, la jeune duchesse l'exécutait avec un tel orgueil que l'on se demandait parfois si c'était vraiment à elle que l'on faisait une faveur et non l'inverse.
- Je vous remercie de me recevoir et vous intéresser à mon cas, Votre Majesté, répliqua-t-elle d'un ton doucereux avant de se rembrunir, de bien tristes jours se sont abattus sur mon existence mais je sais que je peux compter sur le soutien de la cour et de votre personne.
Elle releva la tête pour étudier le visage de la reine, des moues de tristesse rompant son masque impassible en un jeu de scènes que n'aurait pas renié le dramaturge du roi, Racine.
- Mais j'ose vous demander une faveur... Pourriez-vous obtenir un tabouret pour une femme enceinte ?
Elle ignorait pourquoi Marie-Thérèse ne lui avait pas encore proposé comme cela aurait du être le cas pour une duchesse de son rang mais elle se plut à prononcer ces quelques mots qui rappelaient son état et faisaient passer la reine pour une femme insensible. Une fois installée, elle se permit d'avancer :
- Vous êtes trop aimable de vous intéresser à la mise en place d'une cérémonie pour mon défunt époux, paix à son âme. Mais en ce qui concerne l'ensevelissement de son cœur, moi qui suis désormais sa seule famille, je puis m'en charger sans que vous deviez vous sentir obligée de venir à mon secours, je vous l'assure, Votre Majesté.
Le regard de Gabrielle accrocha celui de la souveraine et un demi-sourire tordu écarta une courte seconde ses lèvres. Ce n'était pas parce qu'elle aurait possédé ce cœur qu'elle était prête à se battre pour lui mais bien parce qu'elle était l'une des seules à connaître sa noirceur. Elle ignorait cependant encore que Marie-Thérèse n'avait pas l'intention de s'en laisser compter aussi facilement.
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MessageSujet: Re: Les morts n'ont que faire de somptueuses funérailles : c'est une vaine pompe pour flatter l'orgueil des vivants   06.06.14 22:58

Pour donner le change, la reine de France y arrivait sans aucun problème, elle était même surement passée maîtresse dans cet art du paraître. L’habitude, sans doute aucun, d’avoir sans cesse été observée et épiée depuis sa plus tendre enfance, comme n’importe quel enfant de famille royale. Mais jamais au grand jamais elle ne se serait crue capable de dissimuler la vague  d’effroi et de douleur qu’avait causée l’annonce de la mort du Duc de Valois. La révélation, arrivée à bride abattue depuis les champs de bataille du nord, avait causé une telle onde de choc dans la maison royale que personne n’avait fait spécialement attention à la réaction de la reine, mais elle avait été telle que si la souveraine n’avait pas déjà été assise, elle se serait sans nul doute effondrée. Bien qu’elle avait clairement signifié à Hector que plus jamais elle ne voulait le revoir – en tête à tête, cela va sans dire, il était impossible pour la reine de ne pas voir le cousin du roi – elle n’avait pas cessé de l’aimer pour autant. Ne pas le voir et le savoir mort étaient deux choses bien différentes. Et Marie-Thérèse n’avait aucune légitimité pour prendre le deuil de cet homme qu’elle était censée ne connaître qu’à peine. Cruel châtiment, qu’elle avait sans doute mérité aux yeux du Seigneur pour avoir trahit et trompé son mariage. Les ragots allaient croissant à la cour, d’autant qu’il n’y avait rien d’autre à faire que de s’épier mutuellement, aussi l’infante d’Espagne avait dut se surveiller constamment pour ne pas être découverte dans son secret et n’avait pu laisser aller son chagrin que la nuit, dans le secret de sa chambre.

Mais elle ne pouvait tout de même pas rester là sans rien faire. L’idée que l’âme d’Hector, à cause de leur péché, se fasse refuser l’entrée du paradis, lui était insurmontable. Et il fallait, pour qu’elle puisse faire son deuil, qu’elle lui rende hommage, d’une manière ou d’un autre. Le duc étant le cousin du roi, quoi de plus naturel de la part de la reine que de vouloir honorer cet homme qui avait fait parti de sa famille. Se rendre aux obsèques aurait été malvenu et suspicieux, personne ne l’aurait laissée faire et l’on aurait sans doute lancé quelque rumeur étrange. Mais une messe, dans la chapelle de Versailles, était sans nul doute bien plus appropriée. Personne pour s’étonner du lieu ou de l’endroit, et on n’y verrait que la dévotion de la reine à la famille royale et à sa foi que tous savaient intense. Mais pour cela, il fallait surmonter un obstacle, et de taille : l’épouse du défunt, Gabrielle de Valois. Si Marie-Thérèse n’avait jamais pu s’entendre avec elle, dire qu’elles étaient trop différentes aurait été un euphémisme, cela n’avait rien à voir avec la détestation et la jalousie qu’elle avait ressentie à l’annonce des noces de Gabrielle et d’Hector. En bonne chrétienne pourtant, jamais elle ne se serait réjouie de l’effet que l’annonce du décès de ce dernier avait pu produire sur la jeune femme, enceinte de surcroit.

Marie-Thérèse était la reine. Elle ne demandait pas son accord à Gabrielle, mais lui faisait simplement l’honneur de l’informer de ses intentions. C’était pour cela que la jeune femme avait convoqué sa rivale dans ses appartements. Elle n’avait rien à faire à Versailles, Madame, au grand soulagement de Marie-Thérèse, ne s’y trouvant pas. Ne pas avoir Henriette dans les parages était un soulagement pour la souveraine qui n’avait pas la moindre envie de croiser sa belle-sœur, qui se faisait surement bien plus de soucis pour le roi que pour son mari. Cette absence faisait que la cour était bien calme. Elle avait d’ailleurs congédié certaines de ses dames alors qu’elle avait engagé une partie de cartes avec d’autres. Olympe, à son habitude, filtrait les entrées et les sorties des appartements de la reine, veillant dans l’ombre à ce que tout se passe sans anicroche. L’ancienne favorite, toujours avide d’intrigues et également très proche de Madame, avait pourtant à cœur son rôle de surintendante qu’elle menait avec maestria. Il fallait bien avouer que la disgrâce de la princesse Farnèse quelques jours plus tôt avait tellement fait jaser la cour que toutes les dames de la reine se sentaient sur la sellette. Chacune semblait décidée à se faire irréprochable, le temps que l’affaire se fasse oublier, et cela allait parfaitement à la souveraine qui ne demandait pas mieux qu’un peu de calme et de sérénité dans sa maison. Cela avait permit à l’humeur de Marie-Thérèse de se remettre plus ou moins au beau fixe.

La partie de carte était déjà bien avancé quand la comtesse de Soisson se glissa derrière la reine et lui murmura à l’oreille que son « invitée » venait d’arriver. Marie-Thérèse releva la tête une seconde, se sentant soudain légèrement coupable. Elle dut inspirer pour reprendre courage avant de dire à Olympe de la faire patienter le temps qu’elle et ses dames finissent leur main.

-Dois-je approcher un tabouret pour la duchesse ?

-Elle ne restera pas assez longtemps, lâcha la souveraine, d’un ton qui ne laissait pas place à la réplique.

La comtesse tourna les talons sans un mot alors que la partie se poursuivait, l’ombre de la Farnèse planait encore. Un petit tour mesquin que la jeune femme avait décidé de jouer à celle qu’elle avait convoquée, espérant effectivement qu’elle ne resterait de toute manière pas assez pour en avoir besoin. Nul doute que la surintendante et la duchesse trouveraient sans problème de quoi s’occuper pendant quelques instants, Marie-Thérèse les savait proche, amies communes d’Henriette. La partie s’achevait, et les dames se levèrent pour saluer la duchesse de Valois qui s’inclina devant la reine – mais pas autant qu’elle l’aurait dut. Pour avoir été enceinte, la reine savait très bien ce qu’on pouvait et ne pouvait pas faire, mais elle ne releva pas.

-Ma chère, quel plaisir de vous revoir parmi nous. On vous disait au plus mal, je suis ravie de voir qu’il n’en est rien. Vous nous avez inquiétés.


-Je vous remercie de me recevoir et vous intéresser à mon cas, Votre Majesté, de bien tristes jours se sont abattus sur mon existence mais je sais que je peux compter sur le soutien de la cour et de votre personne.


Molière lui-même n’aurait pas pu imaginer un échange plus faux, songea la reine, sauf la partie sur les jours sombres de la désormais duchesse douairière. Le silence s’installa à nouveau entre elles alors que les dames débarrassaient le jeu de carte et la table qui leur avait servit avant que Gabrielle ne reprenne :

- Mais j'ose vous demander une faveur... Pourriez-vous obtenir un tabouret pour une femme enceinte ?

Marie-Thérèse eut un rictus. Le petit tour était d’une bassesse qu’on n’aurait pu imaginer de la reine de France. Elle finit par se décider à faire signe à Olympe qui apporta l’objet, sans commentaires ni coups d’œil à la reine qui s’en serait agacée. Elle eut la patience d’attendre que Gabrielle fût installée pour lui exposer la raison de sa présence.
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-Duchesse, si je vous ai fais venir, c’est pour vous exposer un projet qui vous concerne de manière indirecte. J’envisage de faire donner une messe ici, à la chapelle du château, en la mémoire de votre défunt époux que nous regrettons tous ici. Quel bel hommage pour un cousin du roi. Il n’en faut pas moins pour un membre de la famille royale. Bien évidemment, son cœur vous sera rendu immédiatement après.

La rumeur de l’idée de la reine avait courut le palais, inutile de penser que Gabrielle n’était pas au courant. Il avait bien fallut que Marie-Thérèse se renseigne sur l’organisation hypothétique d’une cérémonie de ce type. Aussi, l’annonce ne sembla pas surprendre Gabrielle outre mesure.

-Vous êtes trop aimable de vous intéresser à la mise en place d'une cérémonie pour mon défunt époux, paix à son âme. Mais en ce qui concerne l'ensevelissement de son cœur, moi qui suis désormais sa seule famille, je puis m'en charger sans que vous deviez vous sentir obligée de venir à mon secours, je vous l'assure, Votre Majesté.

Marie-Thérèse se doutait bien que Gabrielle ne serait pas pour ce genre de cérémonie, à ceci prêt que son orgueil aurait surement apprécié, par procuration, une telle attention. Elle ne dit rien, le temps qu’une de ses dames apporte le chocolat dont elle était friande, et le pose sur la table à côté de la souveraine, qui n’y toucha pas, les yeux posés sur celle qu’elle estimait être sa rivale, du moins en ce qui concernait Hector de Valois. Elle n’en proposa pas à la jeune femme, concentrée sur son objectif.

-Oh mais ma chère, désormais vous voici seule, sans même votre frère, au loin, pour vous assister. Il est de mon devoir de bonne chrétienne, parente et souveraine de vous venir en aide. De plus, dans votre état, la moindre surcharge de travail de quelque sorte qu’elle soit pourrait vous être difficile. Non, vraiment, j’insiste. Il vous faut vous concentrer sur vous, et sur cette petite chose qui grandit en vous.

Marie-Thérèse tendit la main vers celle de Gabrielle qu’elle tapota légèrement en signe de compassion, un rien exagéré.

-Je m’en voudrais d’ailleurs presque de vous avoir faite venir jusqu’ici si cela ne vous faisais pas sortir de votre demeuras et prendre un peu d’air. Mais pour en revenir au sujet qui nous préoccupe, j’ai déjà demandé à Lully de composer quelque chose pour l’occasion, de solennel, sans être grandiloquent, bien évidemment. La cérémonie sera sans prétention, je vous l’assure.

Marie-Thérèse n’était pas têtue, mais elle avait décidé que cette cérémonie aurait lieu, avec ou sans l’accord et la présence de Gabrielle. Elle ne faisait que la tenir informée de son projet, mais il y aurait toujours moyen de trouver une raison à l’absence de celle-ci à la cérémonie.

-Tout est entendu donc!

Hélas, Gabrielle n'avait pas dit son dernier mot.

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