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 [Serralongue] La taupe et le limier (Benoît & Gabriel)

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Benoît de Courtenvaux

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Une fois offert et mis à lambeaux, il est pour l'heure tout entier à son roi.
Côté Lit: Je n'y tiens pas une collection ! Mais il n'est pas glacé non plus.
Discours royal:




ϟ La Main au collet ϟ

Âge : 32 ans et des poussiè... (Non pas ce mot maudit)
Titre : Marquis de Courtenvaux, Magistrat parlementaire et avocat
Missives : 371
Date d'inscription : 10/04/2012


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MessageSujet: [Serralongue] La taupe et le limier (Benoît & Gabriel)   [Serralongue] La taupe et le limier (Benoît & Gabriel) Icon_minitime13.11.13 1:01

5 MAI 1667

- Souvenez-vous Gabriel, ne me frappez pas au ventre ! J'ai toujours ce bout de lance coincé entre les côtes. Décrochez-moi la mâchoire plutôt, faites moi un œil au beurre noir, ou broyez moi les orteils, je préfère à la rigueur !

Cet étrange discours tenu par le marquis de Courtenvaux n'était vraiment pas anodin. Il s'agissait même d'une mission importante qui demandait des mesures bien particulières pour la mener à bien. Ce n'était d'ailleurs pas pour rien, si le lieutenant de police lui-même l'avait accompagné jusque dans ces bois. Il fallait toujours tout se dire entre policier et espion et c'est ce que Benoît avait fait quelques jours plus tôt à Paris. Le parlementaire était donc venu lui annoncer que la situation en Roussillon était devenue véritablement critique. Certes, depuis le rattachement de la région par le traité des Pyrénées, les relations avec la France avaient toujours été tendues, mais avec l'arrivée de la guerre, cette tension était à son paroxysme ! En effet, le roi avait rétabli l'impôt sur le sel en 1661, or depuis des siècles ce dû avait été aboli par les tribunaux catalans. Cette mesure n'était pas passée sans déplaire fortement. Cependant les protestations, les quelques révoltes d'hier ne pouvaient se comparer avec le chaos soulevé depuis mars. La gabelle n'avait cessé d'augmenter pour financer la construction et l'entretien de places fortes. En somme, on réclamait un effort de guerre que les fiers paysans de cette province ne comptaient absolument pas payer.

Ainsi, on assistait à des guet-apens orchestrés contre certains représentants du roi ou de la justice : viguiers, percepteurs, notaires, consuls ou encore gardes champêtres. Beaucoup de ces traquenards se soldaient par un lynchage en règle puis humiliation post-mortem. Cela pouvait se traduire également par des enlèvements d'enfants de gouverneurs, par des attaques d'épouses contre rançons ou encore par le siège d'églises, voire même de villages.  

Une véritable organisation souterraine faite de contrebandiers et d'insurgés pullulait dans cette région et chaque arbre semblait avoir une paire d'yeux. Benoît, et la Reynie très certainement lui aussi, pouvaient les voir, tandis qu'eux même étaient dissimulés derrière un peuplier. Leur plan était risqué. Un faux pas, un accent mal prononcé, un mot de trop ou un de ceux qu'il ne fallait pas dire et des guérillos pouvaient se ruer sur eux comme des bêtes enragées. Pourtant pour leur roi, ces deux là n'auraient-il pas tout tenté et tout fait ? Ce n'est pas ces diverses mises à prix offertes à qui dénoncerait les insurgés, qui changeraient quoi que ce soit. Pour un groupe anéanti, d'autres sortiraient de l'ombre. Pour des résultats probants, il fallait intégrer le mouvement. On devait connaître leurs projets plutôt que de faire des arrestations massives dans l'immédiat. Leur tactique des derniers jours avait été donc de faire quelques prisonniers parmi ces hommes qui servaient aveuglément le chef de la révolte : Joseph de la Trinxeria. Si certains avaient préféré leur cracher au visage plutôt que d'accéder à leur demande d'infiltration, leur proposition d'allègement de charges qui les épargnait des galères, fut néanmoins acceptée par l'un d'entre eux. Il s'agissait d'un des lieutenants du chef : Damia Nohell, un jeune adulte que la peur avait fait céder.

Le garçon aiderait Benoît tout au moins à approcher les rebelles. Il n'avait guère le choix, on avait pris des précautions pour qu'il ne trahisse pas toute leur stratégie. Son frère était gardé par les policiers de la Reynie. Une fois que le marquis serait rentré en contact avec les guérillos, resterait alors le plus difficile : obtenir leur confiance coûte que coûte et surtout en savoir plus. A lui de jouer le rôle de l'homme haïssant Louis XIV et voulant qu'il brûle en enfer. Il faudrait qu'il soit convaincant. Quelle dure épreuve pour celui dont on connaissait la loyauté semblable à celle d'un chien pour son maître.

A la Reynie, revenait la tâche d'organiser une fausse attaque à la tombée de la nuit. Fausse dans le sens, qu'il ne comptait pas vraiment envahir le point de ralliement. Ce qu'il voulait c'est simplement, faire peur de par sa charge et par un coup de filet théâtral. Théâtral était bien le mot, car il s'agirait d'une mise en scène. En plus de quelques autres prisonniers, il était convenu qu'il mettrait le grappin sur Benoît. C'était même là tout l'intérêt de l'opération. Après l'avoir molesté pour donner au change, après l'avoir interrogé sur place avec d'autres, après que le marquis lui eût postillonné à son tour des insultes à la face, il lui passerait chaînes aux mains et aux pieds et l'embarquerait à travers la forêt comme un trophée. Les deux hommes ne donnaient pas plus de quelques minutes aux brigands pour agir et le libérer comme il se doit. Le courage et le culot de Benoît seraient alors sans doute salués et admirés, et à partir de ce moment là, les confidences devraient pleuvoir. C'était ce qu'ils espéraient en tout cas !

D'ailleurs, c'était le moment d'y aller. Damia ligoté et bâillonné jusque là derrière eux, se vit détacher  par le parlementaire.

- Allez c'est l'heure. N'oublie pas ton frère et surtout ta peine qui sera amoindrie, tu as tout intérêt à jouer le jeu ! En route ! A tout à l'heure, la Reynie.

Marchant sur quelques dizaines de mètres à l'aide d'un bâton, comme le faisait la plupart des paysans de la région, Benoît s'exerça encore à l'accent typique du pays en murmurant. Depuis qu'il était descendu de Paris, il ne faisait que cela ou presque, que c'eut été dans son carrosse ou dans les auberges.

- Laissez-passer ?

Surpris un instant, Benoît ne répondit rien. Il était tellement plongé dans son patois, qu'il en avait chassé de son esprit le signe de reconnaissance. Il laissa son compagnon chercher sur lui, puis réalisa  soudain que c'est lui-même qu'il l'avait pris au moment de la fouille qu'il avait faite sur le fameux Damia. Contrarié par l'absence de réponse, le rebelle qui gardait l'entrée d'une forteresse en ruines, haussa un sourcil et agrippa son compagnon par le col.

-  Même si je te reconnais, tu passes pas sans laissez-passer ! C'est les règles ! Ne me dis pas, que tu l'as oublié !

Benoît enchaîna aussitôt comme si on s'était adressé à lui et non à l'autre. Il sortit une médaille à l'image de Saint Michel, que les rebelles portaient au nu. Le dragon que le Saint piétinait, représentait le roi bien entendu.

- Tu veux que j'oublie? Ce cerveau n'oublie rien. Je n'ai jamais rien oublié depuis que ma mère a arrêté de m'allaiter. C'était un mardi, il pleuvait. Le voilà notre laissez-passer, bien sûr qu'on l'a ! Maintenant pousse toi l'ami. J'ai pas envie d'être en retard à cause de toi, au rendez-vous avec le grand Joseph !

Une lueur presque fanatique s'alluma dans les yeux de Benoît, tandis que son accent était plutôt bien chantant. Jusque là, aucune erreur. Il n'avait montré qu'un fort caractère mais n'était-ce pas le cas de beaucoup ici ?

- Oui Joseph et les autres doivent m'attendre et je dois leur présenter ce fermier de mon village. Une perle rare pour nous tous !

L'autre maugréa entre ses dents, n'aimant pas du tout le ton de Benoît. Mais n'ayant plus aucune raison de leur interdire l'entrée, il fit un mouvement sur le côté et leur ouvrit ainsi le chemin. Passant non loin d'une flaque d'eau dans ce qui devait être une ancienne cour de garde, le marquis vit son reflet et fut satisfait du résultat de sa transformation. Il était hideux, sans doute aussi laid peut-être que Riquet à la houppe avec ses fausses dents cariées, son tablier rempli de sang de bétail, et ses mains crasseuses. Ses ongles étaient noirs comme du charbon. C'était sans doute la première fois que le soin mis à sa métamorphose l'emportait largement sur son obsession de l'hygiène.

Quelques minutes plus tard, après avoir descendu un escalier aux marches inégales, il fut introduit dans une salle souterraine où étaient réunis des hommes autour d'une table. Ces hommes étaient masqués bien sûr, par sécurité. Il s'avança lentement vers eux et l'un d'entre eux se leva pour le pousser jusqu'à cette fameuse table. Tous l'observaient comme une bête de foire. A ses côtés, Damia était pâle comme un linge. Tiendrait-il sans tout avouer ? Benoît avait rarement eu aussi peur, sa vie ne tenait qu'à un fil, mais il était désormais trop tard. Il était dans la gueule du loup comme convenu ! Il ne  restait plus qu'à prier que tout se passe pour le mieux. Et puisqu'il n'avait plus rien à perdre, il abandonna devant eux ses pistolets comme pour signifier sa non-agressivité à leur encontre. Sa soumission.

- J'ai volé ça à deux bougres en uniforme après les avoir tués, j'ai pensé que ça pourrait me servir ! On sait jamais avec la mauvaise herbe, ça crève jamais assez et elle repousse toujours !

Son rôle commençait maintenant et il devait convaincre ! Il fallait aussi enlever son chapeau de paille par signe de respect. La fierté des catalans révoltés était assez disproportionnée.

- Qui es tu ?
- Manuel Descatllar ! Un fermier de Montferrer, j'ai été opprimé par les gens du roi comme tous les gens de là bas. Ils m'ont tout pris pour leur fichue guerre, jusqu'à mes fils qu'ils ont jeté en prison pour me donner une leçon. Je veux me venger !

Il frappa un formidable coup de poing sur la table, pour montrer toute sa rage.

- Que sais tu faire ?
- Faucher ces brigands comme de vulgaires épis de blé. Vous s'rez pas déçus, croyez moi !

Sa réponse sembla satisfaire. D'autres fusèrent, on lui demanda des précisions sur les circonstances de tous ses malheurs, on l'interrogea sur les noms de ses fils, sur la date de leur emprisonnement. On le mit à l'épreuve pour se persuader qu''il s'agissait bien d'un fermier. De quoi, lui donner d'autant plus de sueurs froides ! De nombreuses fois, il crut se trahir d'ailleurs. Ces gens étaient vraiment très bien organisés et n'accordaient pas leur confiance comme cela, comme ils s'en étaient tous les deux très bien douté.

Et les heures de l'après midi s'écoulèrent peu à peu, tandis que l'ordre du jour était déjà bien entamé. Il était fébrile et tremblait même légèrement d'impatience. Sans trop entendre ce que les conjurés disaient de manière explicite, puisqu'il avait été replacé au fond de la salle, il parvenait à en percevoir quelques mots. Le lieutenant de police ne tarderait plus normalement à intervenir et à les encercler avec ses hommes. C'est là que tout se jouerait ! Et Benoît était à l'affût du moindre cliquetis, du moindre pas. Ses pistolets chargés à blanc dont il s'était dépouillé en rentrant ici, n'attendaient plus que quelques policiers à soi disant abattre. Tout avait été réglé comme une horloge avec Gabriel. Et il fixait comme jamais ses armes posées sur cette table, comme pour invoquer la Reynie !

______________________


Un accusé n'est pas cuit
quand son avocat est cru.



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