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 Quand les italiennes s'improvisent Merteuil et les irlandaises Volanges

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Je l'ai fermé par sa faute. Seul lui pourrait le rouvrir un jour ...
Côté Lit: Je ne suis pas de celles qui se couchent pour un sourire. A peine pour un diamant, mais souvent pour la passion.
Discours royal:



♈ LA BELLA FARNESE ♈
Più bella cosa non c'è

Âge : 24 ans
Titre : Princesse Farnèse, Princesse Chimay par mariage
Missives : 1402
Date d'inscription : 03/09/2011


MessageSujet: Quand les italiennes s'improvisent Merteuil et les irlandaises Volanges   30.09.13 15:45



« Les sots sont ici-bas pour notre menu plaisir. »
En temps de guerre, il fallait savoir tromper l'ennui par tous les moyens.  Il manquait une grande partie de la population versaillaise et il était difficile de combler tous les trous. Il manquait certains beaux esprits pour faire pétiller les journées et Sofia le ressentait. Versailles était dirigé par Marie-Thérèse et Henriette, autant dire le jour et la nuit : la tranquillité et la piété pour la première, l'amusement et la liberté pour la seconde. Seulement voilà, la princesse italienne se trouvait dans la "mauvaise" maison selon elle. La reine était une personne gentille et clémente, d'une grande bonté d'âme, mais il fallait avouer qu'on ne s'amusait pas des masses, entre la broderie et la lecture. Elle voudrait bouger, s'amuser un peu, mais peu de personnes pouvaient la comprendre parmi les dames de compagnie, mis à part Eléonore Sobieska. Heureusement qu'il y avait toujours des personnes avec qui converser ou planifier des plans. Sa dernière conversation avec la nouvelle duchesse de Valois valait son pesant d'or et promettait de grandes choses si cela voyait vraiment le jour. De quoi regonfler une motivation de courtisane, prête à se remettre sur les rails pour s'amuser avec les vies des autres, une passion versaillaise quand on était une femme comme la Farnèse.

Comme chaque jour, elle s'apprêtait pour aller à la Cour. Moins de personnes à impressionner, il y avait un léger relâchement vestimentaire général, bien que tout le monde reste quand même soigné. Point de robe de chambre dans la Galerie des Glaces, ce serait inconvenant tout de même ! Les grandes robes aux belles matières laissaient place à des robes plus simples, on laissait le brocart de côté pour de l'uni, comme le choix de Sofia avec cette robe à corsage cintré avec pointe, une jupe froncée séparée, plat devant, plus longue en arrière et de taffetas blanc, ainsi qu'un manteau de robe séparé, froncé, de couleur mauve. Si la coiffure et le maquillage ne changeait pas de d'habitude, la Farnèse se délestait de quelques bijoux, ne gardant que deux rangs de perles autour du cou et une bague à chaque doigts. Pas besoin de chercher à charmer qui que ce soit, ses galants étaient tous en Lorraine, et à être trop parée, les duègnes lui en faisaient reproche. Même si elle n'écoutait pas ces vieilles acariâtres aux trente-six robes noires avec fraise, elle n'avait pas envie de recevoir des conseils mode de ces vieilles carnes. La voici fin prête pour se rendre au château, passer du temps chez la reine avant de rejoindre son rendez-vous qui l'amusait d'avance. En effet, chez la  reine, rien ne changeait vraiment : on brodait, on lisait, on discutait des probables nouvelles du front que l'on pouvait avoir. Sofia avait son frère côté Nancy, les lettres arrivaient à des dates aléatoires (pour cause de vérification de courrier du cabinet noir, à n'en pas douter) mais cela permettait d'alimenter la conversation pour savoir quelles étaient les distractions outre-frontière, qui y faisait quoi, enfin toute proportion gardée car son frère n'était pas non à observer son monde. Marie-Thérèse occupait aussi ses journées en prières et en visites, dans les maladreries ou les orphelinats. Autant que possible, Sofia évitait ces "sorties" qui la mettaient mal à l'aise, elle qui n'aimait pas vraiment côtoyer la pauvreté, et encore moins la misère. Alors qu'il était l'heure pour la reine de voir ses enfants avant la promenade, il était pour la jeune femme de quitter son service afin de profiter des quelques heures de liberté pour pouvoir s'amuser et, comme toujours, intriguer.

Elle quitta donc le château pour se rendre dans les jardins. Le mois d'avril était beau, un peu frais encore, un châle n'était pas de trop sur les épaules de la princesse, avançant d'un pas rapide vers sur la terrasse avant de se rendre dans l'escalier des Cent Marches, la menant dans les jardins de l'Orangerie. C'était là où elle avait rendez-vous, les gens avaient toujours des idées saugrenues alors qu'il aurait été plus simple de se trouver un endroit au chaud, sans vent. Enfin, ce n'était pas le pire endroit au monde, il faisait bon vivre dans les jardins de l'Orangerie avec ces pièces de gazon taillées, magnifiquement dessinées et le bâtiment abritant les agrumes en fond. Il y avait peu de monde, les gens préféraient parader dans la grande allée ou dans des bosquets plus cotés, mais qu'importe, Sofia n'allait pas jeter la jeune Monaghan dans le bassin au centre du parterre. Non ce n'était pas son but, c'était beaucoup plus cruel.

Il n'y avait rien de plus amusant que de prendre des colombes sous son aile pour les faire rouler dans la boue, c'était un passe-temps comme un autre. Si martyriser la jeune Bergogne était sympathique, cela se révélait trop facile vu qu'elle pleurait à la moindre remarque, et puis elle était trop manipulable. Avec Mary, c'était plus subtil, plus fin, plus diabolique aussi. Elle avait compris que Derek voulait cette jeune femme, qui était sa fiancée par ailleurs, mais sa réputation étant ce qu'elle était, il utilisait avec l'irlandaise le nom de Benedikt Von Brühl.  Si Mary était tombée dans le panneau, Sofia y avait vu un moyen de s'amuser en manipulant une pauvre chose innocente. Et si elle demandait à voir l'italienne, c'est que Derek avait lancé l'assaut épistolaire. D'ailleurs l'irlandaise était là, presque fébrile et impatiente de pouvoir confier son histoire à une amie. Quelle amie me direz-vous ! Sofia cacha son sourire machiavélique pour devenir cette confidente au visage presque angélique, à qui on donnerait le bon dieu sans confession.

« Ma chère, pardonnez mon retard, mais comprenez qu'il est difficile de dire non à la reine et de partir comme une voleuse. » commença t'elle d'un ton mi-amusé, mi-désolé.

Sofia savait les problèmes que rencontraient Mary au sein de la Maison de Madame, il n'était pas évident d'être le sous-fifre de la princesse de France, l'italienne jouait aussi sur cette corde sensible pour mieux s'attirer l'amitié de la jeune femme.

« Comment vous portez vous ? A en croire vos yeux brillants, forts bien ! » remarqua la jeune femme, dans la confidence.

Une demoiselle sous le charme, cela se reconnaissait bien vite, il y avait des signes qui ne trompaient jamais et dont il était difficile de maîtriser, voire impossible, comme le sourire, les yeux brillants, le rouge montant aux joues ... Ah, ces demoiselles en fleurs, l'amour les rendait un peu sotte et si malléable, Sofia se vantait de ne plus à vivre cela, il était plus agréable de les feindre pour mieux attirer les hommes de son choix. Mais la curiosité de savoir ce que Derek/Benedikt avait pu écrire comme mot doux était forte, la Farnèse avait envie de tout savoir !

« Oh il vous a écrit ! s'exclama t'elle, comme surprise,  je vous l'avais dit qu'il le ferait aussi rapidement qu'il le pourrait. Que dit-il ? Oh ne me faites pas attendre, ma chère Mary ! » pria la jeune femme, ravie.

La joie n'était pas feinte, cela l'amusait au plus haut point d'être dans sa position. Une sorte de Merteuil avant l'heure ayant pactisé avec un Valmont allemand ...



______________________

PRINCESSE VENALE ✽
“Dans les contes pour enfants, les princesses donnent des baisers aux crapaud. Dans la vie réelle, les princesses embrassent les princes et ceux-ci se transforment en crapauds.”


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MessageSujet: Re: Quand les italiennes s'improvisent Merteuil et les irlandaises Volanges   13.10.13 11:37



« le scélérat a ses vertus, comme l’honnête homme a ses faiblesses. »

Le crissement du cheveu sous le coup de brosse. Au dehors, le chant des oiseaux qui se posent sur les branches du marronnier. Soudain, le peigne qui s’échappe des mains de la gouvernante. Un froissement de robe sur le tapis. « Pardonnez-moi, Mylady ! » Si la voix trahissait le malaise engendré par sa maladresse, les yeux perçants tentèrent de déceler un soupçon de réaction. En vain. Là, devant son miroir, le regard vide et la peau pâle, rien ne trahissait une potentielle exaspération. Lizzie récita une légère prière avant de lever les yeux au ciel. Puis, lèvres pincée, elle reprit son ouvrage et passa le plus délicatement possible les écailles de nacre dans la chevelure fauve. Le silence s’installa à nouveau. Dehors, les premiers voiles ensoleillés venaient teinter le ciel qui se promettait plus bleu que jamais. Tout ne semblait qu’être que calme et volupté, et dans cette pièce où le chatoiement des cristaux de lustre se mêlait à la rareté des étoffes, l’on pouvait croire à y trouver une femme coquette et gaie. Dans ce petit château – que l’on avait la délicatesse, eut égard à Leurs Majestés, d’appeler « dépendances » - il n’aurait pas été étrange d’y voir des femmes à l’élégance rare remplir l’antichambre, des hommes rivalisant de galanterie pour les conquérir tout en s’illustrant aux jeu des armes. Dans un quotidien rythmé au gré de fêtes privées, sous une pluie de mets plus délicieux les uns que les autres. Le tout sous le flot incessant de violons et de guitares ravissant les convives avec des mélodies entrainantes. C’était du moins ainsi qu’Elizabeth Roseburry– surnommée Lizzie -  s’était imaginée l’entrée de sa maîtresse à la Cour de France.  Si la perspective d’aller vivre dans cette explosion de magnificence qui surplombait un domaine où la beauté des jardins rivalisait avec la diversité des hectares de chasse et de fouler le même sol que les plus puissants n’avait pas enchanté cette anglaise un rien austère qui préférait le calme olympien de Hampton Court, elle n’avait pu s’empêcher d’espérer. Ce titre de Marquise conférait à Lady Mary une importance non négligeable parmi les courtisans étrangers ; ainsi, si son cœur un rien maternel pour celle qui n’était que de trois ans sa cadette avait saigné en la sachant plongée dans un tourbillon tel que Versailles, Lizzie se serait plut à la voir prendre une assurance vitale si elle voulait y survivre. Et puis, la réalité : non seulement elle avait été placée dans la maison de Madame, qui d’une jolie promesse de femme pouvait faire une petite fille apeurée, mais il semblait que le peu de personnes qui s’évertuaient à la guider dans ce labyrinthe quittaient brusquement la scène. Il y avait la dame de Corlay qui semblait s’être désintéressée d’elle, tandis que les sires Matthew et Maximilien étaient partis pour le front. En y pensant, la gouvernante réprima un pénible déglutis. Le manque de nouvelles de son frère avait plongé la jeune fille dans un quasi mutisme ; sans vie, cloitrée chez elle lorsque le service de Madame ne la demandait pas et n’ouvrant la bouche que pour prendre une maigre collation qu’on était parfois contraint de lui donner allongée. Une attitude pour le moins étrange, quand on savait que si la pudeur de Mary était parfois poussée à son paroxysme, elle n’avait jamais montré l’impression inquiétante d’avoir perdu tout goût à la vie. Aussi, la gouvernante réprima un soupir : elle en était certaine à présent, Mary lui cachait quelque chose !

Toute à ses pensées, la brosse glissait à présent entre la soie vivante de la chevelure de sa jeune maîtresse et délicatement, elle s'apprêtait à reposer l'instrument lorsque du fond du fauteuil, la voix douce la fit sursauter. « Ne voulais-tu pas les monter ? » Interdite, le geste en suspend, Lizzie la regardait sans comprendre. « N’est-ce pas toi qui me dis que je ne montre pas assez ma nuque ? » Durant une fraction de seconde, l’anglaise resta la bouche ouverte d'une visible surprise après quoi, elle se hâta de prendre une poignée d'épingles et de discipliner la lourde crinière brillante. Non sans jeter quelques regards inquiets à sa protégée. C'était la première fois que Lady Mary lui donnait un avis sur son travail, comme autrefois, durant les premiers temps de son service, quelques jours seulement après son entrée en service. Se pouvait-il qu'enfin, la Marquise de Ballybay prenait conscience de son rang ? « Et peut-être mon bijou de cheveux ? Je ne l'ai encore jamais porté. » Lizzie prit l'ornement entre ses mains et le fixa entre les mèches brunes ; ce n'était pas un diadème, mais plutôt une rangée de petits lauriers ciselé de diamants. Une parure que les dames de Monaghan se transmettaient de génération en génération. Un dernier regard au miroir lui reflétait une image d'elle lovée dans une robe violette, simple où quelques broderies d'argent rappelaient le bijoux qu'elle portait. Aucun maquillage, sinon les minces ombres qui ornaient ses cernes et qui faisaient ressortir la profondeur de ses yeux. Tant pis. Elle se leva et, après une dernière inspection, se dirigea vers la porte. Toutefois, avant de partir, elle attrapa la mince petite bourse de couleur identique à sa robe qu'elle pressa un instant contre son cœur. « Je serai de retour pour le thé. » « Bien, Mylady. » Et dans un froissement de traine, Mary disparu dans le couloir.

Tout en arpentant le chemin familier qui menait à l'Orangerie, la jeune fille se sentait étrangère à ce qui l'entourait. Depuis des semaines, elle naviguait en transe dans ce palais auquel elle avait mis du temps à s'adapter et qui à présent, lui semblait un décors comme un autre. Que n'aurait-elle donné pour être dans son Irlande natale ? Bien sûr, c'était impossible : aux yeux de Lord Monaghan, Mary portait toujours le manteau de la honte sur ses épaules. Seule son prochain mariage avec un aristocrate allemand laverait le scandale que sa toute jeune fille avait su faire naitre en devenant la "bonne amie" du Roi Charles. La perspective de cette union était sa seule chance de retour à Ballybay ; hélas, son fiancé demeurait introuvable après plus d'un an. Et maintenant que son frère Matthew n'était plus là pour tenter de trouver son futur beau-frère par l'intermédiaire de sa charge d'Ambassadeur, tant que Monsieur von On-Ne-Savait-Pas-D'Où ne daignait pas se montrer, Mary était livrée à elle-même. Et le moins que l'on pouvait dire, c'était qu'elle était sur le point de se jeter dans un nouvel Enfer ! Après l'histoire des poèmes publiés, n'était-ce pas frôler la damnation que de porter contre elle une lettre d'un compatriote de son fiancé, qui ne faisait ni plus ni moins de lui déclarer une flamme qu'elle lui inspirait depuis les six mois qu'ils se connaissaient - et qui le laissait brûlant sur les berges d'une guerre dont aucun d'eux ne savait s'il en ressortirait vivant ? Pressant le pas, Mary sentit que quelques larmes glissaient sur sa joue. Entre culpabilité et indignation, la jeune fille n'avait cessé de lire et relire, encore et encore, les mots que la passion avaient fait durs et pressants. Ce n'était pas la première fois qu'elle était courtisée ; et à son grand damne, tout comme les attentions du monarque anglais, celles de l'allemand étaient nées sans qu'elle ne les cherche. Certes, Benedikt von Brühl était la première bonne surprise masculine de la jeune fille. Elle qui s'était rendue compte que derrière leurs titres de noblesse, les hommes de Cour pouvaient être de parfaits brigands, la sensibilité de l'allemand l'avait touchée en plein cœur. De plus, elle s'était prise à rêver qu'il était peut-être son fiancé - de même nationalité, et les germains n'étant pas les plus nombreux à Versailles - avant de réaliser qu'il ne pouvait en être auquel cas, jamais il n'eut pris le risque de lui fixer un rendez-vous nocturne dans les jardins ! En rendez-vous auquel il lui reprochait, dans ses écrits, de ne pas avoir été - chose pour laquelle Mary vivait un cauchemar de honte et qui sonnait la fin d'une amitié qui lui était chère. Mais au Grand Dieu, jamais elle n'eut imaginé que Benedikt ne choisisse pour trépas de leur sentiments amicaux de lui déclamer un amour qu'il se disait éprouver pour elle pour au moins aussi longtemps que leur amitié !

Arrivée, Mary se hâta de trouver l'endroit adéquat et, s'asseyant sur un petit banc de pierre blanche, entreprit de déplier une nouvelle fois le parchemin. Ses yeux brillaient d'une tristesse, d'un désarroi sans larmes. De cette missive parvenue des profondeurs d'une défaite qui, du reste, ne faisait que raviver les ardeurs de l'auteur, elle n'avait touché mot à personne. Pas même sa Lizzie à laquelle elle portait une confiance absolue. Mais dans son désarroi, Mary était prise aux doutes de savoir si selon son caractère fier et "distinguished", sa fidèle amie de l'aurait pas réprimandée. Il n'y avait qu'à se souvenir de la façon dont elle s'était permise de la sermonnée le fameux soir du rendez-vous avorté ! Les doigts tremblant, qui pouvaient passer pour de l'impatience, elle jetait ça et là quelques regards de chaque côté pour s'assurer que la personne qu'elle attendait n'était pas encore arrivée. Et puis soudain : moulée dans un ensemble simple mais d'une élégance sans pareille, la Princesse Sofia croisa son regard. Mary avait rencontré Sofia chez Madame ; un rien impressionnée par cette beauté du Sud et ce nom évocateur qui n'était pas sans rappeler certaines maîtresse d'un Très Saint Père, l'amour de la jeune fille pour ce beau pays dont était originaire la belle de Parme avait eu raison de ses scrupules à se livrer. D'autant plus qu'elles s'étaient trouvé un ami commun, qui n'était autre que l'allemand à la plume brûlante ! Un sourire étirait les lèvres charnues de la Princesse en la voyant, et elle elle vint manger les quelques mètres qui les séparaient. Sa visible gaité contrastait si fort avec la décontenance de l'irlandaise que celle-ci eut d'abord du mal à parler. Mais déjà, la "Belle Farnèse" exultait. « Ma chère, pardonnez mon retard, mais comprenez qu'il est difficile de dire non à la reine et de partir comme une voleuse. Comment vous portez vous ? A en croire vos yeux brillants, fort bien ! » Et lorsqu'elle aperçu la lettre, s'en fut trop ! « Oh il vous a écrit ! Je vous l'avais dit qu'il le ferait aussi rapidement qu'il le pourrait. Que dit-il ? Oh ne me faites pas attendre, ma chère Mary ! »Machinalement, Mary lui tendit sans mot la lettre que l'italienne se hâta de parcourir des yeux. Le silence d'une lecture attentive les plongea dans un mutisme total. Mais déjà, Mary sentait les larmes remonter et avant d'éclater en sanglots, murmura. « J'aurais préféré qu'il ne m'écrive jamais... Vous rendez-vous compte de ce que j'ai fait ? J'ai laissé croire à un homme d'une âme comme l'on en trouve plus que j'avais le cœur suffisamment libre pour répondre à des sentiments tels qu'il les décrit. Suis-je assez sotte pour être de ces femmes qui séduisent sans le vouloir ? En vérité, je commence à croire que je suis un monstre, Princesse ! Et plutôt que de répondre, je devrais m'enfermer dans un Couvent et prier Dieu de me pardonner pour le restant de mes jours ! »
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Côté Lit: Je ne suis pas de celles qui se couchent pour un sourire. A peine pour un diamant, mais souvent pour la passion.
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MessageSujet: Re: Quand les italiennes s'improvisent Merteuil et les irlandaises Volanges   22.10.13 17:49

Profiter de l'innocence d'une jeune demoiselle au cœur enflammé était-il un pêché ? Sofia le demanderait un jour au père Jean, ou à un homme d'Eglise un peu moins à cheval sur les règles de la bienséance. Peut-être que Sofia aurait-elle dû réfléchir à plusieurs fois avant de se lancer là-dedans, se rappeler de la jeune fille qu'elle était, de son petit cœur amoureux pour un homme qui lui disait l'aimer en retour, pour mieux écraser leurs fiançailles publiquement? Peut-être, si la parmesane s'était rappelée ce douloureux souvenir au cœur du palais des Doges, cette humiliation publique face à la noblesse vénitienne, se serait-elle rétractée, comprenant trop bien qu'un coeur de jeune fille puisse être si fragile. Mais la belle avait décidé d'occulter de sa mémoire tout ce qui concernait Francesco, hormis le fait de se venger. Et la douce adolescente était devenue une vénéneuse demoiselle, trempant dans la vénalité et les poisons sous couvert d'une chrétienté exemplaire. Oui, on pouvait être une sale gosse et être pieuse, l'éducation italienne sans aucun doute doublé d'une charge chez la Reine. Non, même pas le passé de Sofia Farnèse ne pouvait venir au secours de la jeune Mary qui se jetait dans la gueule du loup. Pauvre d'elle, mais comme le pensait l'italienne, cela forgeait l'esprit et le caractère.

Alors non, elle ne venait pas par amitié dans les jardins de l'orangerie, mais par plaisir malsain de savoir ce que son alter ego germanique pouvait bien concocter de l'autre côté de la frontière, et se délecter de le voir jouer les grands romantiques de pacotille. Voici aussi le pourquoi de son sourire lorsqu'elle avançait à grands pas vers la jeune irlandaise, pressée de savoir l'avancée de cette histoire, espérant que Derek n'allait pas se montrer décevant, il n'avait pas beaucoup de marge de manœuvre à distance. Tout d'abord, Sofia ne vit pas la tristesse dans le regard de la jeune femme, prenant ses yeux brillants de larmes pour du pétillement de jeune fille en fleur et son silence comme un trop plein d'émotion. Sofia n'avait jamais pensé que Mary puisse être intelligente, elle ne réagissait que par émotion, mais elle s'en préoccuperait après, la lecture d'abord.

La belle Farnèse s'était préparée à une longue lettre bien guimauve où elle pourrait s'extasier comme le font ces filles qui reçoivent des lettres de leur bien aimé. Mais le ton, le poids des mots la déstabilisèrent un temps, cherchant à comprendre où Derek, enfin son double Benedikt, voulait emmener cette petite irlandaise en mal d'amour.  Puis elle commença à comprendre, à moins que ce ne soit son esprit machiavélique qui pensait ainsi : le saxon se prenait pour un loup indiquant soi-disant le bon chemin à une jeune enfant dans la forêt, pour mieux la dévorer ensuite. Elle dut faire bon nombre d'effort pour ne pas sourire, au contraire, de froncer un temps les sourcils avant de rester plus neutre, selon l'attitude de Mary face à cette lettre. Elle pleurait ! Sofia la regarda éclater en sanglots et se plaindre de son mauvais comportement.

« J'aurais préféré qu'il ne m'écrive jamais... Vous rendez-vous compte de ce que j'ai fait ? J'ai laissé croire à un homme d'une âme comme l'on en trouve plus que j'avais le cœur suffisamment libre pour répondre à des sentiments tels qu'il les décrit. Suis-je assez sotte pour être de ces femmes qui séduisent sans le vouloir ? En vérité, je commence à croire que je suis un monstre, Princesse ! Et plutôt que de répondre, je devrais m'enfermer dans un Couvent et prier Dieu de me pardonner pour le restant de mes jours ! »

Face à ses mots, la princesse avait mille sarcasmes et aurait eu une facilité déconcertante à ridiculiser la jeune femme. Mais puisqu'il fallait jouer les demoiselles bienveillantes, Sofia prit son air désolé, s'assit à côté de la jeune femme et lui prit la main, compatissante.

« Auriez-vous préféré qu'il ne sache rien et, dans l'éventualité où il venait à tomber sous les honneurs, de mourir sans savoir qu'une bonne âme tient à lui, qu'il est mort aimé ? Elle était convaincante, fréquenter Racine devait lui donner des côtés tragédiennes. Un monstre, vous ? Vous êtes d'une sincérité à toute épreuve, je ne vois pas en quoi l'amour fait de vous un monstre. Vous voici fiancée à un lâche incapable de donner signe de vie, vous êtes assez bonne d'attendre de la sorte mais tout ceci est de sa faute, pas de la vôtre ! Séchez vos larmes à présent. »

Elle n'était pas la plus experte en amour, soyons honnêtes. Mais la Farnèse connaissait les hommes et les jeunes filles naïves, cela compensait en beaucoup. Elle tendit un mouchoir brodé à son ''amie'' (proie serait un meilleur terme) pour qu'elle puisse retirer ses vilaines larmes de son visage. Le but n'était pas qu'elle se lamente, mais qu'elle agisse. Et pour ceci, il fallait l'aide de Sofia, qui comptait bien ne pas en rester là, reprenant sa douce voix compatissante.

« Allons, où est-il le mal d'aimer ? Nous ne pouvons aller contre nos sentiments, la raison ne suffit pas toujours à construire nos vies, et nous serions bien vides sans connaître les élans du cœur. Je ne vous parle point des histoires de chairs ou de débauche, mais de beaux et nobles sentiments. Certaines tueraient pour d'aussi jolis mots, d'avoir un galant de la trempe de monsieur Von Brühl. Elle montra la lettre à Mary. Voilà un homme qui ne vous demande rien, sauf votre présence, cela est si beau, et à vous voir malheureuse et pleine de remords, je vous sais tiraillée de sentiments. On n'a jamais le choix de ses murs, de sa terre qui nous enferment à l'étroit, d'une grandeur solitaire, alors si on ne peut plus avoir le choix d'aimer, que ferait-on de nos vies ! »

Il faut dire que Derek avait composé une lettre de choix. La Farnèse se demanda un temps où ce débauché avait-il pu trouver l'inspiration et comment avait-il pu l'écrire. A l'occasion, si elle le revoyait, Sofia lui demanderait. Mary était entourée de manipulateur, entre son galant et son amie, pauvre d'elle. Qu'il était facile de tourmenter les belles âmes ! Un vrai rôle pour la princesse que de jouer l'amie bienveillante, approuvant les bons sentiments contre la débauche, de promouvoir le bel amour. La jeune femme avait en horreurs ces gens dégoulinants de mièvreries, à croire en l'amour. Sans doute était-ce son côté un peu aigri de ne pas avoir pu en profiter assez, ou l’ego qui s'en mêle en répétant que l'amour finissait toujours par blesser. Qu'importe, si elle ne croyait pas ce qu'elle disait, il fallait que Mary, oui. La conversation était, du moins pour la Farnèse, un mélange subtil de morale et de tentation, à souffler la conscience de la jeune femme pour mieux poser un baume réparateur. Oui, il était mal de faire souffrir un homme de cette trempe, il était mal aussi d'être engagée chez un homme et d'en aimer un autre ; mais, pourquoi ne pas aimer alors que le coeur en décide autrement ? Et que le bonheur d'un vrai amour ne pouvait pas se laisser filer, au risque de ne garder que des regrets ... Autant dire que toute cette conversation était follement amusante dans l'esprit de la Farnèse !

Mais il était temps d'avancer un petit peu. Jouer avec les consciences c'était bien, faire agir les demoiselles désespérées, c'était mieux. Reprenant la lettre, Sofia remarqua la date et s'offusqua, mettant sa main devant la bouche telle une grande comédienne.

« Le pauvre homme souffre depuis cette bataille et vous ne lui avez pas répondu ! Cela n'est point chrétien, monsieur von Brühl mérite une missive pour lui raviver l'âme et le consoler de cette affreuse guerre. Nous devons lui envoyer une lettre ! »

Nous ? Bien sûr que Sofia s'incluait dans cet envoi, après tout, elle allait en être l'instigatrice et même si elle ne signerait pas en bas de la page, il fallait que ses mots soient posés sur du papier. Elle se leva d'un bond, prise d'un élan de motivation aussi fulgurant que malsain, réfléchissant à ce qu'elle pourrait bien dicter.

« Si nous voulons réussir, nous devrons faire preuve de tact, de respect et d'une bonne dose de charme. C'est pourquoi vous devrez me laisser parler, moi ! Je vous laisserais écrire bien sûr, je vous donne même l'autorisation de me contredire si quelque chose vous chagrinait, connaissant l'italienne, c'était un cadeau que de pouvoir le faire, Pour cette réponse, déjà, que pensez vous de cette lettre ? Qu'avez vous ressenti lorsque vous avez su que c'était sa lettre ? C'est par ici qu'il faut commencer. »

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MessageSujet: Re: Quand les italiennes s'improvisent Merteuil et les irlandaises Volanges   29.10.13 22:28

Mary n'avait pas su retenir ses larmes. Malgré l'entraînement quasi militaire qu'elle s'infligeait quotidiennement pour ne pas s'effondrer devant Madame, qui prenait un malin plaisir à enfoncer son éventail dans ses plaies les plus profondes, la jeune fille était arrivée à un tel point de faiblesse que ses pleurs trahissaient, en plus de son profond désarroi face à la lettre de son ami allemand, une fatigue accumulée depuis des mois. Ses sanglots secouaient son corps entiers, faisant chatoyer les pierreries brodées dans le tissu de sa toilette. Et si ses pleurs restaient discrets, cachés derrière les longs cils noirs, la petite marquise n'en était pas moins arrivée à un point de non retour. Aussi, la présence de la Princesse arrivait au point nommé. Si elle n'entretenait pas avec la belle Sofia les mêmes relations qu'avec Catherine de Corlay ou Aliénor de Wittelsbach, Mary se trouvait profondément rassurée de pouvoir compter sur les connaissances du monde de la jeune femme, qui du reste semblait s'être prise d'une rare affection pour elle, au point de prendre sur son temps pour la rejoindre quasiment incognito ! Un gage d'amitié dont la jeune fille se sentait infiniment reconnaissante : outre le fait que Sofia avait une expérience dont la petite ingénue irlandaise ne pouvait rêver de disposer, elle était une des rares dames à connaitre également Benedikt. Aussi, son avis sur la missive de l'allemand lui était des plus précieuses. Essayant de contenir ses pleurs, elle abandonna volontiers sa main tremblante à la chaleur de celle de l'italienne, qui la couvait d'un regard si désolé que la jeune fille vira rouge de confusion. Que devait-elle penser de cette jeune personne, affublée de ce qui pouvait ressembler à un diadème, et qui n'était pas capable de se contenir ? « Auriez-vous préféré qu'il ne sache rien et, dans l'éventualité où il venait à tomber sous les honneurs, de mourir sans savoir qu'une bonne âme tient à lui, qu'il est mort aimé ? » A l'écoute de ces mots prononcés d'une fois aussi douce que du miel, Mary leva les yeux. Son regard agrandit, à la fois par le soulagement mais aussi par une nette incompréhension, ses lèvres tentèrent de formuler une réponse. En vain. Aucun son ne franchit la barre des lèvres roses, ce qui permit à Sofia de poursuivre, cette fois-ci un rien assénante. « Un monstre, vous ? Vous êtes d'une sincérité à toute épreuve, je ne vois pas en quoi l'amour fait de vous un monstre. Vous voici fiancée à un lâche incapable de donner signe de vie, vous êtes assez bonne d'attendre de la sorte mais tout ceci est de sa faute, pas de la vôtre ! Séchez vos larmes à présent.» « A...Amour ? »

Durant quelques secondes, seul le chant de quelques oiseaux troubla le silence quasi religieux qui régna entre les deux jeunes femmes. Le sourire de l'italienne était alors la seule chose qui retenait Mary de ramener ses jupes et de s’enfuir aussi vite que ne le permettait le froufrou compliqué qui constituait la fameuse « cage » - ou encore corsage qui maintenait son dos droit et sa taille fine grâce à un habile ficelage de rubans rose et noir. Ce sourire était en effet de ceux qui se faisaient bien trop rares pour ne pas être d’une importance particulière ; qui plus est, bien que Sofia se montrait fort aimable et généreuse à son égard, le respect du protocole exigeait de l’irlandaise qu’elle se plie à certaines règles qui voulaient qu’elle ne puisse partir que sous expresse permission de la princesse. Et pourtant, Mary eut volontiers envoyé « sur les roses » ce protocole. Car Sofia venait de prononcer un mot qui la laissait perplexe. Amour ? Les lèvres entrouvertes, Mary offrait la parfaite image de la surprise. Qu'est-ce que cela signifiait ? Pourquoi Diable donc parler d'amour ? A moins que... Non, c'était insensé. Mais se pouvait-il tout de même... ? Insinuait-elle qu’elle fût tombée amoureuse de Benedikt ? Les questions sans réponses se bousculaient dans la tête de la jeune fille, en proie à un véritable duel intérieur. Amoureuse ? Mais comment ?Jamais elle n'eut poussé le mauvais goût jusqu'à s'éprendre d'un autre que de son fiancé. Certes, elle avait maintes fois rêvé que celui qu'on lui destinait pour époux ressemblerait à Monsieur Von Brühl. Mais de là à se laisser aller à éprouver plus qu'une amitié, sincère du reste, jamais ! Dans le temps que Mary se battait avec elle-même, elle entendait encore et toujours la voix de Sofia. « Allons, où est-il le mal d'aimer ? Nous ne pouvons aller contre nos sentiments, la raison ne suffit pas toujours à construire nos vies, et nous serions bien vides sans connaître les élans du cœur. Je ne vous parle point des histoires de chairs ou de débauche, mais de beaux et nobles sentiments. Certaines tueraient pour d'aussi jolis mots, d'avoir un galant de la trempe de Monsieur Von Brühl.» « Mais je...! » Venait-elle, sans aucune pudeur et avec une fermeté que seule lui accordait son rang, de prononcer les mots d'"élans du cœur" et de "galants" ? D'un geste lent, Mary porta une main à la bouche. Etait-ce donc possible que dans sa naïveté, la jeune fille avait laissé s'installer un horrible malentendu ? Mais comment pouvait-on être aussi sotte ?! En colère contre elle-même, la voix de sa conscience la giflait plus surement que n'importe quelle main paternelle qui s'était abattue sur sa joue fragile, ce jour affreux où le scandale de sa "liaison" avec Charles II avait éclaté au grand jour. Bien plus que dans sa jeune mémoire, ce jour-là était gravé dans sa chaire. La douleur ressentie alors, elle s'était promis en arrivant en France, de se plier aux volontés familiales et de devenir l'ombre de Madame jusqu'à son prochain mariage. Mais décidément, le Ciel en avait décidé autrement puisque Mary semblait s'aventurer, à grands pas de loup, dans un autre scandale. « Voilà un homme qui ne vous demande rien, sauf votre présence, cela est si beau, et à vous voir malheureuse et pleine de remords, je vous sais tiraillée de sentiments. On n'a jamais le choix de ses murs, de sa terre qui nous enferment à l'étroit, d'une grandeur solitaire, alors si on ne peut plus avoir le choix d'aimer, que ferait-on de nos vies ! »

Un bruissement la fit violemment sursauter. Il ne manquait plus que cette conversation soit épiée pour sceller le comble de cette nouvelle histoire ! Les battements de son palpitants s'accélérèrent, guettant non sans angoisse l'apparition de celui ou celle, au détours d'un couloir fleurie, qui s'était permis d'écouter les envolées lyriques de l'italienne. Celle-ci s'était d'ailleurs de nouveau emparée de la lettre, l'agitant d'un mouvement gracieux comme certaines dames avaient l'habitude de le faire avec leurs mouchoirs. Mary, occupée à observer minutieusement les alentours, fut ramenée à la réalité lorsque la voix douce prononça de nouveaux mots qui déclenchèrent un cataclysme dans le ventre de la jeune fille. « Le pauvre homme souffre depuis cette bataille et vous ne lui avez pas répondu ! Cela n'est point chrétien, monsieur von Brühl mérite une missive pour lui raviver l'âme et le consoler de cette affreuse guerre. Nous devons lui envoyer une lettre ! » D'un coup, Mary en oublia l'imaginé impromptu. Seul comptait à présent ce que la Farnèse venait de dire. « Si nous voulons réussir, nous devrons faire preuve de tact, de respect et d'une bonne dose de charme. C'est pourquoi vous devrez me laisser parler, moi ! Je vous laisserais écrire bien sûr, je vous donne même l'autorisation de me contredire si quelque chose vous chagrinait. Pour cette réponse, déjà, que pensez vous de cette lettre ? Qu'avez vous ressenti lorsque vous avez su que c'était sa lettre ? C'est par ici qu'il faut commencer.» « Et bien, puisque Votre Altesse m'en donne la permission, ce qui me chagrine c'est que vous entendez répondre à cette lettre ! » Les mots étaient sortis en chuchotement, mais pour une fois, le ton était resté ferme. Reprenant la lettre des mains de l'italienne, non sans un certain empressement, elle voulut remettre les écrits scandaleux dans sa petite bourse. « Ce que j'ai ressenti ? La plus grande des surprises, suivie de la plus grande des peines ! Je tiens beaucoup trop à cette amitié - une des seules que je cultive ici - pour risquer, pour le plaisir coquet que de se faire courtiser, une position dont vous savez qu'elle est plus qu'instable. Vous n'êtes pas sans ignorer que plane sur moi le couperet du déshonneur ; j'ai eu beaucoup de chance que mon père me trouve un parti convenable et, où qu'il soit, je me dois d'honorer la promesse faite par mon père à ma future belle-famille ! » Les larmes recommençaient à couler. Les lèvres tremblantes, Mary fixa durant de longues minutes les beaux yeux dorés de Sofia. Avant d'éclater une nouvelle fois en sanglots. « Ô pardonnez-mois, Madame ! Mais vous vous trouvez face à une personne qui ne sait plus où donner de la tête. Croyez-bien que j'ai cru que le cœur m'éclatais lorsque j'ai lu ces quelques lignes. Pour avoir, enfant, vécu sous la peur constante des avancées cromwelliennes, je sais ce que la guerre peut apporter comme horreurs et désamour de la vie. Et croyez bien que je saigne pour chaque plaie décrite dans cette lettre. Mais je ne puis répondre favorablement à de telles déclarations ! Et pas seulement dans le soucis de préserver ce qu'il me reste de situation ; c'est parce que Benedikt m'est infiniment cher que je ne saurais pousser la cruauté jusqu'à le blesser en lui faisant croire que ses sentiments sont réciproques ! J'ai moi-même encore du mal à croire qu'un homme de son intelligence ait pu penser que je... » Un flot de nouvelles larmes empêcha le reste de la phrase de trouver sa fin.
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MessageSujet: Re: Quand les italiennes s'improvisent Merteuil et les irlandaises Volanges   26.11.13 17:34

« A...Amour ? »

A ce mot bredouillé, Sofia en aurait presque levé les yeux au ciel. Les demoiselles d'aujourd'hui ne se rendent-elles plus compte des sentiments qu'elles éprouvent, elles en sont à le nier de toute leur force pour ne pas tâcher leur réputation et ne pas faire d'erreur ? Mais dans quel monde vivait-on ! On se croirait presque à la Cour d'Espagne ! Fort heureusement, Sofia n'aurait jamais pu supporter les énormes fraises, le noir et la pression religieuse qui vous force à vivre comme une nonne sans en avoir prêté le serment ! Il est vrai qu'une certaine pureté d'âme pouvait mettre en pratique cette candeur qu'incarnait Mary, de ces demoiselles qui veulent bien faire pour leur famille et ne veulent pas faire de vague. D'un certain côté, Sofia la comprenait : elle aussi était sous la coupe de sa famille et une épée de Damoclès au-dessus de la tête, et elle savait qu'elle devrait rentrer à Parme à la moindre bavure. D'où agir en secret, pour ne pas ternir sa réputation et le nom familial. Cela ne l'empêchait pourtant pas de s'amuser et d'avoir des amants, personne n'en savait rien, ou n'avait pas de preuve.

Mais revenons à cette conversation, ou plutôt à ce monologue que Sofia faisait, un peu trop sûre de corrompre la jeune irlandaise, que cette dernière buvait la moindre de ses paroles et dirait amen à toutes ses paroles. Mary n'avait pas vraiment le temps d'en placer une, ou passait son temps à ravaler ses larmes, faire une moue surprise et sans doute se poser mille questions dans sa tête. Pendant ce temps-là, Sofia était certaine que tout serait facile et se laissait à quelques indiscrétions et de paroles sans vraiment de pudeur. Et la voici déjà à parler d'amour, de sentiments et même de répondre à la lettre ! Tout allait sans doute un peu trop vite, à croire que c'était la Farnèse elle-même qui vivait cette histoire. Elle en oubliait la subtilité et que les demoiselles fleurs bleues sont un peu plus farouches que les autres ! Autant dire qu'elle ne s'attendait pas à la réponse de Mary, qui pouvait enfin s'exprimer.

« Eh bien, puisque Votre Altesse m'en donne la permission, ce qui me chagrine c'est que vous entendez répondre à cette lettre !
Pardon ? »
répondit la princesse, incrédule. A son tour d'être surprise et d'ouvrir de grands yeux ronds. Tout ceci n'allait pas du tout !

Mary lui reprit la lettre des mains, dans un sursaut de fierté, comme sortie de sa léthargie de ses dernières minutes. Quel dommage, cela commençait si bien ! Pourtant l'irlandaise ne semblait pas si déterminée que cela, on sentait comme une fêlure dans sa voix comme ... oui, du désespoir et de la culpabilité.

« Ce que j'ai ressenti ? La plus grande des surprises, suivie de la plus grande des peines ! Je tiens beaucoup trop à cette amitié - une des seules que je cultive ici - pour risquer, pour le plaisir coquet que de se faire courtiser, une position dont vous savez qu'elle est plus qu'instable. Vous n'êtes pas sans ignorer que plane sur moi le couperet du déshonneur ; j'ai eu beaucoup de chance que mon père me trouve un parti convenable et, où qu'il soit, je me dois d'honorer la promesse faite par mon père à ma future belle-famille ! »

Sofia ne la quittait pas des yeux, dans son éternel visage doux mais figé en cet instant, seule une de ses mains blanches jouait avec une bague, signe de réflexion. Mary gardait dans son sillage l'honneur de sa famille, bien qu'elle trouve cela amusant que Derek soit décrit comme un parti honorable. Certes, sur le papier, il était un excellent parti, mais une fois qu'on connaissait la bête, il valait mieux prendre ses jambes à son cou. Cet homme était un bon allié, peut être un bon amant à en croire certaines personnes, mais ne ferait certainement pas un bon mari et ne méritait pas tant d'honneur. Mais Mary ne savait pas cela, pas encore du moins ... Aucune des deux ne dit le moindre mot pendant de longs instants, ne se quittant pas des yeux. Si Mary refusait catégoriquement de répondre, il faudrait trouver d'autres stratagèmes, à moins que ... étaient-ce des larmes qui perlèrent au coin de ses yeux ? Puis d'un coup, les sanglots revinrent chez Mary et la princesse italienne soupira doucement, soulagée de voir que finalement, sa proie reprenait un peu ses esprits. La voici à s'excuser, expliquer son ressenti face à cette lettre, ce mélange de bonheur et de malheur, on se croirait presque dans une tragédie de Racine, et pourtant ce n'était pas si éloigné du quotidien de jeunes femmes dont la réputation et l'honneur devaient passer avant le bonheur, contrairement à ces messieurs qui avaient mille fois le droit de patauger dans la fange et satisfaire leurs besoins. Le tout était de prouver à Mary que tout pouvait s'allier à condition de le vouloir.

« Et pas seulement dans le soucis de préserver ce qu'il me reste de situation ; c'est parce que Benedikt m'est infiniment cher que je ne saurais pousser la cruauté jusqu'à le blesser en lui faisant croire que ses sentiments sont réciproques ! J'ai moi-même encore du mal à croire qu'un homme de son intelligence ait pu penser que je... »

La phrase resta en suspens, et Sofia avait tout de même la délicatesse de ne pas finir cette phrase à haute voix. Il était temps que cela se débloque, que Mary montre quelques failles pour savoir à quoi s'en tenir. Il fallait repartir sur un autre départ, même si la Farnèse gardait cette voix mielleuse et arbora un sourire de compassion, tout en posant sa main sur celle de l'irlandaise.

« Mais vous savez,  on dit que la force de l'amour paraît dans la souffrance, et il est toujours important d'avoir quelqu'un à qui se raccrocher en pareilles horreurs, ne lui en voulez pas de s'être attaché à vous, cela prouve votre grandeur d'âme et l'importance que vous avez pour lui. Elle eut un petit soupir. Ne parlons plus de grands sentiments, concentrons-nous alors sur l'amitié que vous lui portez. Un sentiment tout aussi honorable et bien rare dans les grandes cours d'Europe où l'on joue les superficiels pour le paraître. Il serait bien dommage de laisser une telle amitié s'éteindre par peur de ses réactions. »

Peut être qu'en la caressant dans le sens du poil, cela fonctionnerait un peu mieux. Il ne valait pas mieux y aller trop brusquement, prendre son temps, se tempérer, et même ... s'excuser. Cela déplaisait fortement à une demoiselle du tempérament de l'italienne mais il fallait parfois mettre son égo de côté pour les besoins de l'intrigue.

« Je tiens à m'excuser pour mon comportement et mon empressement. Il est vrai que les belles histoires sont trop rares pour ne pas tenter de les faire éclore. Et je vous comprends, ce désir de garder votre honneur. Nous autres, femmes, devons être plus droite que la gente masculine, et vous n'êtes pas la seule à porter un tel fardeau. Pour une femme, Sofia était vraiment sincère, elle vivait cette pression au quotidien. Elle garda le silence quelques instants, avant d'avoir un air plus déterminé. Mais ce n'est pas pour autant que l'on doit vivre comme une religieuse, dans un carcan de peur. Nous sommes humaines, on garde un soleil au fond de nous, un feu qu'on réveille malgré tout, malgré les douleurs d'hier et il ne faut pas en avoir peur. »

Rien n'était plus sincère que ces paroles et on pouvait le lire dans son regard. Sofia avait été un peu comme Mary, restant dans sa droiture durant des années, quand elle était fiancée à Francesco, qu'elle a été humiliée et avait voulu plaire à sa famille avec d'autres fiancés. Puis, elle avait décidé qu'elle n'en pouvait plus que cette prison et avait décidé de se rebeller, mais en secret. Point de grand scandale, pas d'amant affiché à la Cour parmesane ou florentine, juste des probables rumeurs, rien de bien palpable. Et si sa mère, Marguerite de Médicis, savait bien que sa fille n'était pas du tout une sainte, elle n'avait pas de point d'accroche, juste une menace d'un mariage arrangé ou du confinement. Après tout, elle avait déjà une sœur religieuse, et ce n'était pas une vocation, si vous voyez ce que je veux dire ... Peut-être apprendre à Mary le goût du secret, de la dissimulation et profiter de la vie, l'aiderait sans doute à  accepter de répondre à cette lettre. La sincérité disparut et la Farnèse reprenait son allure de conspiratrice, il n'était plus le temps, du moins pour elle, de jouer les fleurs bleues.

« Vous savez, vous n'êtes pas obligée de tout étaler à votre famille, les secrets ont du bon aussi. Le petit sourire doux était un peu plus complice, prêt à faire des (fausses) confidences. Je vais vous confier quelque chose : ma mère souhaite me faire revenir à Parme, malgré le chaperonnage de mon frère. Je sais que je n'ai guère le droit à l'erreur, et il ne m'empêche de mener la vie qu'il me plaît. Voici quelques mois, j'entretenais une relation avec un jeune homme. Je ne pouvais pas m'afficher avec lui bien sûr en dehors de quelques danses ou des rencontres faussement fortuites dans les jardins. Il ne restait que les lettres pour réellement se parler. Comme je ne pouvais guère faire arriver mon courrier chez moi, j'ai demandé à une amie d'être une intermédiaire. Personne n'en savait rien, tout le monde était satisfait et j'ai pu acquérir un peu de liberté ... Cela s'est terminé parce que monsieur devenait trop pressant, jaloux et qu'il en est venu à me demander " M'aimerais tu toujours si j'étais un homme-tronc ?" ce qui était fortement déplacé. Mais passons sur cette fin, ce que je voulais vous dire était que l'on peut vivre, aimer ou simplement cultiver une amitié, ce qui n'est pas un mal en soi, et que personne ne peut le savoir, réglant ainsi le problème de la réputation. Il faut être juste sûr des personnes dans la confidence, et ne point en mettre trop. Cela évite le vague à l'âme, se torturer l'esprit alors qu'il suffit juste de ne rien faire d'officiel. Voyez vous ce que je veux dire ? »

Cette histoire était fausse, enfin elle avait vraiment utilisé ce stratagème, on lui avait déjà posé l'affreuse question de l'homme-tronc mais ce n'était pas la même personne, juste des morceaux d'histoire mis bout à bout pour former quelque chose ressemblant à peu près à l'histoire de Mary ... cela aura t'il son petit effet ?

______________________

PRINCESSE VENALE ✽
“Dans les contes pour enfants, les princesses donnent des baisers aux crapaud. Dans la vie réelle, les princesses embrassent les princes et ceux-ci se transforment en crapauds.”


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