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 [INTRIGUE] Charivari, avril 1667

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   27.10.13 16:31

On était toujours sûr de ne pas s'ennuyer avec Rose. La belle prostituée, aussi gueuse que Grégoire, semblait ravie de converser avec lui. Cette pensée, ironique bien entendu, faisait sourire Grégoire qui observait le fils de la jeune femme. Comme quoi, se disait-il, une femme comme Rose pouvait mettre au monde un adorable petit garçon. Les mystères de la nature. Autour d'eux, les Parisiens poursuivaient leur fête, chantaient, dansaient, riaient, dans un tourbillon de couleurs qui vous donnait l'impression que tout allait bien, que tous étaient heureux. Aujourd'hui, personne ne pensait à la guerre. Personne ne pensait à la faim, aux difficultés de la vie quotidienne et aux injustices subies chaque jour. Non, aujourd'hui, tout allait bien. Tous s'amusaient, on prenait son pire ennemi par le bras pour danser durant quelques minutes, avant de rejoindre d'autres personnes. Grégoire aimait le charivari. Il oubliait tous ses malheurs, toutes ses peines et ses problèmes pour ne penser qu'à s'amuser, à rire et à chanter.

Aussi n'en voulait-il même pas à Rose de se moquer de lui. Il acceptait ses moqueries en riant, s'amusant de cette obstination qui caractérisait la jeune femme. Elle était aussi têtue que lui, il lui fallait l'avouer. Aussi ne s'offusqua-t-elle pas le moins du monde lorsqu'il la traita de charretière. Au contraire, elle lui offrit un charmant sourire et lui répondit :
Je te remercie des compliments, cela me touche, et ton enfant tombée du ciel, où est-elle ? J'espère que tu ne l'as pas échangée contre tes vêtements, de toi à moi, tu te serais fait berner.

Et voilà se dit Grégoire, elle avait abordé le sujet. Il faut dire que depuis que Grégoire s'occupait de Laure, on ne faisait que chuchoter sur son passage. Il se doutait qu'on devait se demander comment un homme comme lui pouvait bien s'occuper d'un bébé et, honnêtement, il se posait la même question.

"J'ai pas été assez fou pour l'emmener au charivari, tu crois que je suis irresponsable au point d'emmener un bébé avec moi au beau milieu de Parisiens déchaînés ? Ca ne dérange pas certaines personnes d'emmener avec elles des enfants, et de les perdre au milieu de la foule, dit-il en lançant un regard vers Gabriel pour montrer à Rose qu'il parlait d'elle. Les personnes qui critiquent les autres sont souvent mal placées pour faire des remarques."

Nulle animosité dans les paroles du gueux. Il souhaitait juste embêter la prostituée et la forcer à répliquer à ses paroles, provoquant une joute verbale qu'il se plaisait à avoir avec elle. Paradoxalement, Rose n'était pas une fille facile. En tout cas, elle refusait de se donner à Grégoire gratuitement. Mais le gueux n'avait aucune envie de la payer. Il se disait qu'elle était attirée par lui mais refusait de l'admettre tant elle était bornée.

Et mes vêtements ont été faits pas une couturière talentueuse ! Elle habille les nobles, il paraît. Mais tu le savais peut-être déjà”.

Grégoire ne faisait pas allusion au fait que Rose menait une sorte de double-vie à Versailles. Il n'avait d'ailleurs aucune idée de ce fait. Il sous-entendait seulement qu'elle avait un côté je-sais-tout lorsqu'elle s'adressait à lui, comme s'il n'était qu'un gamin qui devait apprendre la vie. Il lui sourit, amusé de leurs répliques, attendant que la belle lui réponde.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   04.11.13 16:31

Jouer et se déguiser était un bon plaisir pour Andréa, qui trouvait ses journées versaillaises bien mornes avec une marquise un peu trop coincée et des nobles trop engoncés dans leur étiquette. C'est ici qu'elle se sentait le mieux, au cœur de Paris, au milieu de la population. C'était peut être utopique de la part d'une jeune femme qui n'a jamais connu la faim, mais elle se plaisait davantage au sein du peuple que dans la noblesse. Et il fallait avouer qu'ils savaient davantage faire la fête ! Toute cette exaltation était le moment parfait pour ressortir sa chère Lucrèce, ce double brun diseuse de bonne aventure qui lui servait de couverture lorsqu'elle décidait de n'en faire qu'à sa tête et voulait souffler un peu, loin de la Cour de Versailles.

Et quel plaisir de voir dans sa roulotte son amie Isabeau qui ne semblait pas l'avoir reconnue, en compagnie d'une jeune femme blonde, l'air bien distinguée pour une fille du peuple. Qu'importe, Andréa leur donnerait la bonne aventure. Ce n'était pas du charlatanisme, l'ancienne pirate détestait qu'on lui dise cela, surtout qu'elle avait appris avec une vieille femme en Nouvelle France. C'était un ressenti et surtout une interprétation des cartes, cela pouvait être un peu aléatoire et on n'était pas à l'abri d'un raté, mais c'était difficile de lire les cartes d'une personne qu'on connaissait si bien, autant qu'Andréa connaissait Isabeau. Il faut dire qu'elles ont partagé tellement de l'autre côté de l'Atlantique ! Mais ne pouvant pas vraiment dire qui elle était face à une inconnue, elle lança quelques indices dans ses mots, en vain. Oh, Andréa irait la rechercher après, même si chercher une personne dans un charivari parisien était comme chercher une aiguille dans une botte de foin !

La personne juste après elles était un vieil homme, vêtu d'une ancienne mode et à la barbe taillée du début du siècle. Il venait lui demander si c'était normal de rêver d'un roi, s'il y avait une signification. Et là, il lui racontait qu'il avait vu feu Henri IV dans son rêve lui parler, lui demander des nouvelles de Concini et boire un coup avec lui.

Ce que cela veut dire ? Qu'il est temps d'arrêter de boire. Vraiment, sinon ce sera Ravaillac qui viendra dans votre sommeil. répondit elle avec un petit sourire au coin.

L'homme s'en alla en courant, prit de panique. Elle crut profiter d'un peu de répit pour ranger un peu et aller chercher à manger, il serait criminel de ne pas profiter des douceurs dont les senteurs venaient lui chatouiller les narines ! Mais la porte se rouvrit sur Isabeau, le grand sourire aux lèvres communicatif, auquel Andréa répondit avec plaisir !

Je ne rêve pas, c’est bien toi ?
Non, je suis le Pape et j'attends ma sœur. Tu as mis du temps à me reconnaître !
Mais pour l’amour du ciel, que fais-tu grimée en voyante dans cette vieille roulotte ? Tu m’as tellement manquée !


Elle prit avec grand plaisir son amie qu'elle serra avec grande amitié. Il y avait des personnes dont l'amitié est précieuse et indéfectible. L'effet Nouvelle-France sans doute, il était peu probable qu'Andréa retrouve une pareille amie de la sorte !

Aline, permettez-moi de vous présenter une de mes plus vieilles amies…
… Lucrèce, vraie diseuse de bonne aventure et pas quelconque folle à donner des choses farfelues !
se présenta la jeune femme avec un large sourire avant de se tourner vers Isabeau pour lui expliquer. Il faut bien s'occuper, je m'ennuie ici et le déguisement est toujours amusant ! Puis, je donnerais tout ce que j'ai pour partir d'ici pour caresser les grains dorés du sable chaud de l'autre côté de l'océan, je tente de gagner un peu ma pitance comme je le peux ! Tu le sais toi même, il n'y a pas de petites économies !

Ce n'était pas avec cela qu'elle pourra se payer un bateau, mais c'était dans ce déguisement qu'elle pouvait connaître un peu plus de monde et espérer gagner plus gros un jour ou l'autre. Elle fit signe aux deux jeunes femmes de la suivre au-dehors de la roulotte :

Mais aujourd'hui c'est jour de fête, et je veux profiter un peu. Je vous invite ! J'ai une faim de loup, je pourrais manger un caribou ! Même si je n'en ai jamais mangé malgré mes excursions ! Vous connaissez le Nouveau Monde, Aline ?

Andréa était loin de se douter qu'Aline était une archiduchesse qui n'aurait aucun intérêt à aller de l'autre côté de l'océan ! Mais les trois jeunes femmes quittèrent la roulotte, histoire de profiter de la fête ![/b]
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Une fois offert et mis à lambeaux, il est pour l'heure tout entier à son roi.
Côté Lit: Je n'y tiens pas une collection ! Mais il n'est pas glacé non plus.
Discours royal:




ϟ La Main au collet ϟ

Âge : 32 ans et des poussiè... (Non pas ce mot maudit)
Titre : Marquis de Courtenvaux, Magistrat parlementaire et avocat
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   04.11.13 23:13

Le métier d’espion demande bien des sacrifices. Benoît ne pensait pas par-là à des nuits d’amour manquées en compagnie de femmes pourtant sublimes, ni à des soirées de jeux à Versailles, mais bien au fait qu’il devait faire la conversation à des gens dont les poux sautaient de leur cuir chevelu. Y avait-il au monde un spectacle plus repoussant que celui-ci ? Il avait dû laisser attacher à la porte du cabaret miteux, la lectrice d’Amy of Leeds, pendant que lui donnait le change à la cave et essayait de calmer ces messieurs.  Bien que dégoûté par l’atmosphère nauséabonde et l’endroit si poussiéreux, il y parvenait plutôt bien et il chantait même à gorge déployée.  Qui l’eut cru ? Toute sa maisonnée en aurait ri ! Peut-être que Molière aurait pu lui offrir un rôle dans l’une de ses comédies, tant il se faisait violence mais le tout avec un grand sourire. Une vraie performance !  

- Allez, levons nos verres, et sautons la barrière, c'est la fête ! C’est la fête ! C’est la fête !

Pourtant, il gardait toujours un œil du bas de l’escalier sur la jeune fille qui ne décolérait pas et tentait de s’échapper.  Sophie Atlan était quelqu’un d’acharné et s’il n’avait pas été très suspicieux à son égard, il aurait pu l’admirer pour ce trait de caractère. Il savait par avance que la ramener à Versailles, ne serait vraiment pas une partie de plaisir ! Le trajet s’annonçait très long et surtout difficile ! Mais il le fallait. Si sa cousine par alliance faisait en sorte de la surveiller dorénavant, peut-être que la révolutionnaire en herbe se le tiendrait pour dit. Même s’il en doutait un peu … L’espoir fait vivre néanmoins !

- Au revoir les amis, buvez à ma santé !
- Mais on sait même pas qui tu es, p’tit gars ?
- Ce n’est pas grave, même si je vous le disais, dans trois minutes comme vous tiendrez plus debout, vous le sauriez déjà plus alors ! Allez salut la compagnie !

Et Benoît remonta les escaliers quatre à quatre, tout en soufflant de soulagement. Comment pouvait-on vivre dans une telle saleté ? Dire que les meilleurs bordeaux se retrouvaient sous une couche très épaisse de poussière, quelle horreur !  Heureusement le maniaque avait trouvé l’occupation idéale pour ne plus penser à toutes ces toiles d’araignées, et c’était raccompagner la demoiselle !  Demoiselle qui forçait comme jamais sur la poignée et qui était d’ailleurs arrivée à la faire céder.  Le grand crac qu’il entendit ne laissait pas de doutes à ce sujet. Très surpris qu’une jeune femme aussi frêle puisse parvenir à ça, il s’arrêta en pleine course quelques secondes.

- Alors ça !

Mais les bons réflexes ne sauraient mentir et il put la retenir avant qu’elle ne finisse tout à fait à se dégager de son nœud !

- Vous ne penseriez pas à me fausser compagnie, mademoiselle ?  C’est très mal élevé de votre part !

Il fit claquer sa langue contre ses dents avant de dénouer lui-même ses liens de la porte. Retenant ses poignets fermement sans trop les meurtrir bien entendu, il s’assit à l’une des tables de la terrasse. Encore une fois, il allait parlementer.  Il voulait que ça se passe en douceur.

- Écoutez, vous avez fait un peu trop de bruit pour aujourd’hui ! Alors voici ma proposition: rien !.

Benoît essayait lamentablement de faire de l’humour pour détendre l'atmosphère et s’il rit, ce fut tout seul. La jeune fille ne semblait pas vouloir se dérider. Aussi, il se fit un peu plus sérieux.

- Sans rire, nous voilà dans une impasse. Et vous avez deux solutions : Rentrer sagement à Versailles avec moi sans vouloir me jouer de mauvais tours, ou bien je vous ramène à la cave au milieu de tous ces gens qui vous voulaient tant de bien tout à l’heure !  Et bien entendu, je vous laisse en tête à tête. Je doute que comme au temps d’Aliénor d’Aquitaine, ces gens-là se transforment soudain en troubadours et cette cave en cour d’amour courtois. Je sais c’est bas et ça ne me ressemble pas d'ailleurs, mais votre maîtresse vous réclame, alors il faut lui obéir. Prenez en votre parti et rentrons.

Les négociations s'ouvraient, allaient-elles aboutir ? Impatient de quitter ces lieux, Benoît ne se montrait pas vraiment sous son jour le plus diplomate.

- Qu'en pensez-vous ?  

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Un accusé n'est pas cuit
quand son avocat est cru.




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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   12.11.13 16:29

" Les monstres, les monstres, comment ont-ils osé ? Si je savais qui ils sont, je te jure que..."

Cette exclamation de la part d'Emilie fit renaître un feu jusqu'alors en apparence éteint dans le cœur de Blandine. Celui d'obtenir justice ou tout du moins des noms à mettre sur des visages sinistres. Pendant des années, elle s'était efforcée d'oublier comme elle l'avait pu, de profiter du monde qui s'ouvrait à elle, loin de cette cave infecte où on l'avait enfermée. En outre, même si elle avait toujours eu la volonté de savoir, seule qu'aurait-elle pu faire ? Par où commencer ? Aucun lieu où elle devait déménager sans cesse ne lui était familier, elle n'avait qu'une voix à l'oreille et un prénom : Tobias. Voilà qui était bien peu. Mais à présent, peut-être que remonter une piste était possible en compagnie de la dame de Vendières. Non seulement, à deux on peut se soutenir lorsque l'une des deux flanche mais qui plus est, celle-ci avait un certain statut et donc des relations qui pourraient les y aider !

- Un jour nous l'apprendrons et crois moi je ferai en sorte que les gens qui m'ont fait ça soient traînés en place de grève. Après tout, comme le disait Monsieur le frère du roi : le supplice de l'empale est un jeu qui commence si bien et se finit si mal ! Ça leur rappellera leur propre petit jeu mesquin, quand ils y goûteront !

Le ressentiment et le désir de vengeance étaient bien rares chez Blandine. La jeune comédienne préférait regarder en direction de l'avenir, mais de temps à autre son cœur se serrait, et elle ne pouvait contrôler ses élans de rancune. Mais au fond, n'était-ce pas normal ? N'avait-elle pas été privée de son père ? Et comment rester de glace après avoir montré  ce doigt sectionné, ce vivace souvenir de toutes ces années de cauchemar ?  Ce soir même, elle oublierait très certainement cette haine qui se rallumait en une flamme ardente, pour se concentrer exclusivement sur la joie d'être réunie à Emilie. Mais à cette heure de si fortes émotions l'étreignant encore, elle était bousculée par ses démons autant que par l'excitation et le bonheur.

" Je l'ignorais, en effet, sans doute n'avait-il pas voulu m'inquiéter..."

Ainsi, le vieux Pisdoe n'avait rien dit, elle reconnaissait bien là sa sollicitude envers ses proches. Altruiste comme toujours ! La belle Iole secoua un instant la tête, envahie qu'elle était encore une fois par l'incrédulité. Comment avait-on pu s'en prendre à ce point  à lui, à travers elle ? Son père pouvait être un banquier ferme, mais méritait-il de vivre un tel calvaire ? Non, bien entendu, mais étant bien la fille de son père, elle n'avait jamais ignoré cet immonde appât du gain que la plupart des hommes et des femmes d'ailleurs peuvent ressentir.  Ces moments d'incrédulité ne duraient donc que le temps de se le rappeler amèrement.

" Ton père va aussi bien qu'il peut l'être, autant qu'un homme qui a perdu son enfant et qui a le cœur brisé car il ne sait s'il la retrouvera un jour. Mais sa santé est bonne, et crois-moi, avec moi comme médecin, il ne craint rien, je me suis améliorée durant ces dix dernières années... Mais par Hippocrate, qu'il sera heureux de te revoir ! Quel bonheur tu vas lui offrir ! "

C'était le second soupir de soulagement, qu'elle relâchait en l'espace de quelques minutes. Une sorte de corset invisible, semblait la compresser à chaque crainte et se retirait de lui-même à chaque petit bonheur. Certes, ce n'était pas la meilleure nouvelle mais au moins était-il vivant, au moins faisait-on attention à lui, à sa santé. Elle avait toujours redouté de le revoir allongé dans son lit, ne mangeant même plus à sa faim. Un mort-vivant en somme ! Fort heureusement, ce n'était donc pas le cas !  

" Tu veux le retrouver, n'est-ce pas ? Est-ce parce que tu as peur de le mettre en danger que tu n'as pas osé le retrouver ? S'il savait que sa fille est si proche de lui, il n'hésiterait pas un instant à courir jusqu'à toi pour te serrer dans ses bras ! Oui, même dans ce charivari ! Il faut absolument que tu ailles le retrouver ! "

Le bon vieux temps, il était déjà si doux de le retrouver mais qui plus est de constater, que vraiment rien n'avait changé avec les années. Emilie et Blandine avaient toujours lu, l'une dans les pensées de l'autre et parfois même l'une finissait la phrase que l'autre avait commencé. Elles se complétaient, faisaient énormément de télépathie grâce à leur relation si spéciale sans doute. Encore cette fois, Emilie avait tout juste et avait raison sur tout. Si la jeune Iole n'avait pas encore repris contact avec son père, c'était avant tout pour le préserver. Elle n'avait pas pu rentrer chez lui, cette peur que des malfrats guettent son hôtel s'était révélée très vraie et sans Ferdinand  ... elle serait  retombée dans les griffes de cette femme. Cela l'avait dissuadé de recommencer et même de lui faire parvenir une lettre. A la savoir vivante et libre mais ne pouvant encore revenir, il aurait donc remué ciel et terre, comme venait de le dire si justement Emilie, et il se serait mis en danger.

- Oui, bien sûr que je voudrais le revoir !

Emilie avait pris sa main dans la sienne et Blandine la serra à son tour convulsivement, les larmes aux yeux une fois de plus.

- On a frôlé la vie, cette vie à deux en tant que père et fille et maintenant je veux rattraper ça coûte que coûte. Mais il ne faudrait pas qu'il vienne ici, au milieu de toute cette foule remuante et criarde. Ça ne serait pas l'idéal pour lui !

Elle réfléchissait encore à la meilleure façon de s'y prendre, lorsque son amie lui posa une autre question qui semblait lui brûler les lèvres d'inquiétude.

" Mais que deviens-tu depuis ta fuite ? Tu aurais du venir me retrouver, j'aurais pu m'occuper de toi ! Où vis-tu, comment parviens-tu à te procurer ce dont tu as besoin ?... Et où as-tu trouvé ce costume de Colombine ? "
- Je suis devenue comédienne chez monsieur Racine par passion, c'est comme ça que j'aie eu ce costume. Mais il me fallait quand même un autre métier pour échapper à l'excommunication qui touche tous les comédiens, une sorte de couverture si on venait me questionner. Alors pendant quelques heures, je suis aussi comptable chez le duc d'Orléans et je remplace Colbert auprès de lui. Les deux ne peuvent pas se voir. Tu sais, j'apprécie ses grandes qualités en tant que surintendant mais parfois, c’est pas une relation d’esprit à esprit, c’est une relation d’esprit à thon. J'ai l'impression qu'il veut se venger sur le prince de ce qu'il n'aura jamais : la beauté et le sens de l'esthétique. Mais enfin, même si leur accrochages quotidiens me rendaient la vie dure avant la guerre, j'apprécie beaucoup les deux. Je ne vais pas me plaindre ! Après ce qui m'est arrivé, j'ai eu de la chance.

Bien entendu, Blandine ignorait encore qu'Emilie était la belle sœur du ministre, sinon elle se serait mordue la langue avant de parler, même si son discours était tout de même à demi-teinte. Mais soudain, une idée lui vint concernant son père et qui était mieux qu'Emilie pour la faire aboutir ? Elle enchaîna donc presque aussitôt :

- Et si tu préparais mon père à ça et que tu programmais nos retrouvailles ? Chez toi peut-être ? Et demain qui sait ?  Je ne voudrais pas lui provoquer un malaise et c'est ce qui se passerait si nous allions tout de suite chez lui. Je sais que malgré tes airs d'illuminée que j'adore toujours autant, tu sauras le ménager ! Ça ne te dérange pas de faire ça pour moi, pour nous ? Et puis une fois chez toi, tu pourras aussi me raconter ce que toi tu deviens, car j'y compte bien ! Accepte Emilie ...

Le ton était véritablement suppliant, mais avait-elle réellement besoin de supplier son amie pour qu'elle accepte ?
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Il est libre de battre mais n'a pas trouvé qui serait digne de lui.
Côté Lit: Il n'y a que moi et parfois ma fille. Pas d'homme, pour cause d'absence de coeur qui bat.
Discours royal:



FEMME D'AUJOURD'HUI
elle flotte, elle hésite ...

Âge : 24 ans
Titre : Archiduchesse d'Autriche, duchesse douairière de Saxe-Zeitz et de l'Autriche inférieure
Missives : 641
Date d'inscription : 13/09/2012


MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   18.11.13 18:05

Croire en la voyance était assez compliqué, Aliénor avait toujours l'impression qu'il s'agissait de personnes ayant des phrases toutes faites, prêtes à l'emploi pour le premier pigeon qui passait par là. Malgré tout, elle restait intriguée, de savoir si elle allait vraiment rencontrer ce mystérieux homme, s'il existait bien sûr ! Des scandinaves, cela ne courait pas les rues à Versailles, ni même à Vienne, la plupart restait dans leurs royaumes et s'y trouvaient très bien pour faire la guerre entre eux ! Et si la voyante parlait de slaves ou russes, ils en avaient du chemin à parcourir ! Le temps qu'Isabeau passe au crible avec les cartes, Aliénor resta un peu distraite, s'amusant à imaginer si cela pouvait bien être vrai. Tant que ce n'était pas Ferdinand-Marie qui lui en parle, ce fameux homme du froid ne pouvait pas être dangereux, ni être son mari !


« Je suis bien d’accord avec vous Aline, mais avouez que c’était tout de même amusant. Qui sait, peut-être allons-nous croiser un étrange danois, ou un suédois aujourd’hui, alors vous saurez qu’il faudra lui demander de l’aide, même si c’est en prévision pour plus tard !
Espérons qu'il ne soit pas trop froid, je ne voudrais pas geler sur place ! s'amusa Aliénor, toujours amusée et intriguée par ce présage alors que sa patronne semblait déjà ailleurs.
Tout de même c’est curieux. Pendant toute la séance j’ai eu la furieuse impression de connaître cette femme. Si on enlève le châle et les cheveux bruns, on aurait dit…
...Quelqu'un de votre connaissance ? » demanda la jeune femme.

Isabeau ne semblait pas avoir entendu la question de son employée car elle fit volte-face et se précipita vers la roulotte. Ne s'attendant pas à un tel revirement, Aliénor resta stoïque un instant, puis elle ramassa ses jupes et s'élança vers sa patronne pour la rattraper alors qu'elle faisait déjà son entrée dans la roulotte de la voyante. S'en suivi des retrouvailles entre deux vieilles amies qui sautèrent dans les bras l'une de l'autre, ravies de se revoir, sans doute après un long moment d'absence. Aliénor resta en retrait, ne voulant pas gâcher un tel instant. Mais la perspective de sortir dans Paris seule n'était pas une bonne idée, à moins de vouloir se perdre.

« Aline, permettez-moi de vous présenter une de mes plus vieilles amies…
… Lucrèce, vraie diseuse de bonne aventure et pas quelconque folle à donner des choses farfelues !

Ravie de vous rencontrer. Je suis Aline, une employée d'Isabeau. »  se présenta sobrement la jeune femme.

Elle préférait le retrait, polie et voyant que les deux jeunes femmes devaient avoir beaucoup à se dire, il n'y avait qu'à voir le pétillement de leur regard et les grands sourires sur leurs visages. Il était certain qu'il y aurait un de ses quatre de grandes conversations entre les deux, surtout que cette Lucrèce avait l'air d'avoir eu de nombreuses vies jusqu'ici ! Il était temps de sortir de la roulotte et profiter cette fois de Paris en fête.

« Mais aujourd'hui c'est jour de fête, et je veux profiter un peu. Je vous invite ! J'ai une faim de loup, je pourrais manger un caribou ! Même si je n'en ai jamais mangé malgré mes excursions ! Vous connaissez le Nouveau Monde, Aline ? La jeune femme se sentit désarçonnée par la question, alors que la réponses était si simple.
Oh non ! s'exclama t'elle, peut-être un peu fort. Enfin, non, je n'ai jamais vraiment voyagé, et je ne me sens bien que sur la terre ferme. Elle eut un petit sourire amusé, repensant aux quelques voyages qu'elle avait fait, avant de reprendre la conversation. Avez vous beaucoup voyagé, Lucrèce ? »  

Aliénor n'avait pas la moindre idée que la jeune diseuse de bonne aventure avait été pirate et eut tellement de vies alors qu'elles avaient le même âge ... Mais revenons à la fête, il y avait foule et bon nombre de marchands ambulants, vendant de la nourriture comme des petits pâtés chauds ou des fromages, voire même des pâtisseries. La gourmandise de l'archiduchesse déguisée la conduisit jusqu'au pâtissier vendant des douceurs sucrées et tellement appétissantes, n'ayant rien à envier à ce que l'on présentait chez la Reine, même si elle ne pouvait pas le comparer à haute voix. Loin des conventions, Aliénor ne savait pas toujours comment agir, ne pas paraître trop guindée ou trop timide, il lui fallait faire parler les autres pour ne pas trop en dire sur soi, ne pas trop s'enfoncer dans les mensonges.

« J'ignorais que l'on pouvait passer d'un continent à un autre avec tant de facilité ! N'aimiez vous pas la Nouvelle France ? On dit pourtant que tout est neuf et tout est sauvage, libre continent sans grillage mais entre ce qu'on entend ici et la réalité, il y a souvent un fossé … »

La curiosité était souvent un vilain défaut, il y avait des parties de vie qu'on cache tous. Et Aliénor, alias Aline, mentait honteusement sur sa condition, elle ne pouvait pas être un exemple …  

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pion de l'échiquier politique
La femme est un monde mystérieux, incompréhensible. Elle se désintéresse de la logique ordinaire et n'écoute que la voix de son cœur. C'est pourquoi l'homme n'arrivera jamais à sa hauteur...
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   22.11.13 19:21

Il était étonnant de voir Émilie de Vendières aussi sérieuse et aussi vindicative, elle qu'on ne connaissait que sous le jour de la scientifique un peu illuminée qui défendait avec autant de conviction (que d'exaspération de la part de ses interlocuteurs) la dernière pièce de monsieur Molière, la cause de celles qui voulaient contraindre le port de vêtements plus simples pour éviter que les femmes ne se fassent happer par les cheminées quand elles passaient à leurs côtés ou la circulation sanguine auprès de ces imbéciles de la Sorbonne. Malgré la joie qu'elle ressentait à l'idée de retrouver la petite Blandine Pisdoe, c'était l'horreur et la colère qui s'étaient emparées de la jeune femme quand elle avait vu l'affreuse mutilation que l'on avait fait subir à celle qu'elle n'avait jamais réussi à retrouver, elle qui se targuait pourtant d'aider la lieutenance de police quand celle-ci ne parvenait à résoudre les affaires par elle-même (ce qui arrivait beaucoup plus souvent qu'on ne pouvait penser, la police avait beaucoup de qualités mais pas celles de savoir régler les crimes, ce qui réduisait de beaucoup leur efficacité). Mais si ces gens-là devraient payer pour avoir ôté une fille à son père, avoir contraint ce dernier à vivre des années dans l'attente – puisque chaque jour, l'espoir de revoir son enfant le poussait à se lever et à passer des heures à la fenêtre comme si la silhouette de Blandine allait finir par se dessiner dans les rues de Paris où enfant, elle jouait parfois à sauter par-dessus les flaques –, s'ils méritaient sans doute de passer à l'échafaud (Émilie trouvait ça un peu barbare mais il fallait dire que ça offrait une coupe anatomique parfaite), la jeune femme ne voulait pas que l'envie de vengeance s'empare toute entière de Blandine et ne finisse par l'aigrir. Elle ne voulait pas voir la petite fille qu'elle imaginait toujours en la petite Pisdoe, l'enfant même aux joues encore un peu rondes, souhaiter la mort de ses ravisseurs. Qu'avait-elle donc souffert pour qu'ils l'aient autant transformé ? Émilie se promit néanmoins de poursuivre son enquête, seule, avec peut-être les quelques éléments que Blandine pourrait lui révéler, cette dernière pourrait alors tourner la page et passer au reste de la vie qui l'attendait. Et ce reste-là, après les années de douleur et d'absence, ne pourrait qu'être encore plus beau. La dame de Vendières était en tout cas loin d'imaginer qu'elle était déjà sur la piste du ravisseur, que déjà des indices convergeaient sur un Allemand qui fréquentait les bas-fonds et tuait les hommes dans la pleine force de l'âge et dont Blandine pourrait lui apporter le nom.

Mais Émilie de Vendières, retrouvant son éternel sourire, chassa très vite ces pensées noires et se laissa à nouveau envahir par le bonheur de ces retrouvailles inattendues. On aurait bien le temps de reparler de ce passé, ce qui importait maintenant, c'était de savoir ce que la jeune fille était devenue, comment elle s'en était sortie toute seule. Et comment après avoir échappé à ses ravisseurs, elle en était venue à arborer ce costume de Colombine et à se promener dans cette fête que son charmant petit abbé avait qualifié de diabolique. Et si Émilie s'attendait à tout et n'était en général pas surprise pour deux sous (c'était elle qui avait l'habitude de surprendre, pas l'inverse), elle ne put s'empêcher de marquer un instant d'étonnement devant ce que lui répliqua Blandine :
- Je suis devenue comédienne chez monsieur Racine par passion, c'est comme ça que j'ai eu ce costume.
- Monsieur Racine ? Souffla-t-elle en songeant à tout le mal que son frère Charles disait du dramaturge, j'espère qu'il te traite bien, cet avorton.
- Mais il me fallait quand même un autre métier pour échapper à l'excommunication qui touche tous les comédiens (Émilie eut un geste de compréhension même si en réalité, en bonne libertine qu'elle était, être excommunié était plutôt bon signe, cela interdisait en plus de se rendre à l'église et permettait de longues grasses matinées les dimanches matins en conséquence), pendant quelques heures, je suis aussi comptable chez le duc d'Orléans et je remplace Colbert auprès de lui.
Dire que son beau-frère avait retrouvé Blandine avant elle ! Elle ne se pardonnerait jamais et se promit par ailleurs de vérifier la liste de tous les collaborateurs de sa chauve-souris de beau-frère car visiblement, il pouvait y avoir quelques personnes plus intéressantes que Charles Perrault ou le stupide Paul Pellisson. Mais la suite du discours de Blandine lui fit tendre l'oreille et oublier un instant son projet de se faire de nouveaux amis.
- J'ai l'impression qu'il veut se venger sur le prince de ce qu'il n'aura jamais : la beauté et le sens de l'esthétique. Mais enfin, même si leurs accrochages quotidiens me rendaient la vie dure avant la guerre, j'apprécie beaucoup les deux. Je ne vais pas me plaindre ! Après tout ce qui m'est arrivé, j'ai eu de la chance.
- Oh, prononça Émilie en agitant à nouveau la main (si ça continuait comme ça, elle allait finir par avoir un problème musculaire – et Hippocrate seul savait à quel point c'était dangereux et mortel), poussée par le désir de défendre vaguement celui dont elle portait le nom, certes, il n'a pas le sens de la mode – il a tenté de m'interdire de porter des pompons, imagine un peu ! – mais il lui arrive d'être bien conseillé, c'est lui qui décide des décors du Louvre et de Versailles et crois-moi, il pourrait presque avoir la folie des grandeurs, à croire qu'il bénéficie de réductions sur la couleur dorée.
La dernière fois qu'elle avait surpris ses deux frères en compagnie de Colbert, ils étaient d'ailleurs en train de comploter à voix basse pour écarter le Bernin du projet du Louvre et pour imposer leurs propres idées, c'était dire que Colbert détestait autant la personne de Monsieur que ses folles dépenses.
- Mais il est formidable que tu sois parvenue à faire ta vie et à travailler avec ce que tu sais faire, je suis si fière de toi, Blandine et ton père le sera encore plus.
- Et si tu préparais mon père à ça et que tu programmais nos retrouvailles ? Rebondit Blandine, chez toi peut-être ? Et demain qui sait ? Je ne voudrais pas lui provoquer un malaise et et c'est ce qui se passerait si nous allions tout de suite chez lui. Je sais que malgré tes airs d'illuminée que j'adore toujours autant, tu sauras le ménager ! Ça ne te dérange pas de faire ça pour moi, pour nos ? Et puis une fois chez toi, tu pourras aussi me raconter ce que toi, tu deviens, car j'y compte bien ! Accepte Émilie...

Émilie ne tiqua même pas le terme d'illuminée et lâcha Blandine pour battre dans ses mains. Avait-on besoin de la supplier pour organiser de grandes retrouvailles entre un père et sa fille et pour rendre service à une demoiselle pour laquelle elle avait une sincère affection ? Certainement pas et un instant, elle était encore plus enthousiaste que la petite Pisdoe, imaginait déjà des projets grandioses où tout le monde finissait en pleurs sous une nuée de fleurs. Peut-être pourrait-on même lancer quelques feux d'artifices pour fêter cette journée-là ? La dame de Vendières, dont l'inspiration était digne des pires romans du XVIIe siècle, se résolut à quelque chose de plus sobre tout de même, pour épargner le pauvre homme dont le cœur risquait déjà bien de lâcher en voyant son enfant en vie et en parfaite santé. En parlant de cela d'ailleurs, elle répondit, la larme à l’œil, tout en reprenant les paumes de Blandine dans les siennes :
- Comment te refuser quoi que ce soit ? Je serai tellement heureuse de vous permettre de vous retrouver, et je te promets que je le préparerai de la meilleure des façons pour atténuer son choc. Nous allons organiser cela de la meilleure manière possible et... Il pourra enfin te serrer dans ses bras, Blandine, l'imagines-tu ? Peux-tu seulement te figurer à quel point il sera heureux ?
Malheureusement, dans les grands moments d'émotion, il y a toujours un imbécile qui vient tout mettre à terre et gâcher tous les effets. Cet imbécile se matérialisa tout près des jeunes femmes en la personne de l'abbé Malingre qui, il fallait l'avouer, faisait figure d'imbécile de service ou d'idiot permanent, ce qu'il prenait très à cœur.
- Madame Colbert ! Madame Colbert, vous êtes là ! S'écria en s'élançant vers les dames, l'air bouleversé, le lapin dans les bras, je vous ai cherchée dans toutes les Bavaroises de cette fêtes du diable mais vous étiez nul part, et toutes les Bavaroises ne sont pas de la plus grande vertu, je peux vous le dire.
La Bavaroise en question, qui n'était pas de la plus grande vertu non plus, se détacha de Blandine qu'elle avait prise dans ses bras et haussa un sourcil perplexe devant son petit abbé auquel il en fallait peu, décidément, pour perturber.
- Et qui êtes-vous ? Continua-t-il en se tournant vers la Colombine, vous n'êtes pas bien d'enlever des nobles dames comme ça ! Madame est la belle-sœur du grand Colbert, vous allez voir ce qu'il en coûte !
- Ah oui, j'ai également des choses à te raconter et je veux absolument te présenter mes enfants, souffla Émilie, réjouie à Blandine avant de faire taire son abbé en lui disant que les Colombines et les Bavaroises s'entendaient forcément.
- D'ailleurs, conclut-elle, vous allez tracer le chemin pour nous jusqu'à l'hôtel de Vendières, nous avons encore beaucoup de choses à nous dire et une fête de retrouvailles à organiser. Vous préparerez votre plume pour l'échevin Pisdoe, mon petit Malingre, je dois le voir.
Lequel pâlit devant sa toute nouvelle responsabilité et ne releva pas, même s'il devait songer qu'il s'était inquiété pour rien si sa maîtresse songeait déjà à organiser des fêtes. En un instant, Émilie avait saisi le bras de sa petite protégée et elles se mirent à suivre l'abbé au lapin. Elle n'avait toujours pas très bien compris ce qu'était exactement cette fête mais une chose était certaine : on y avait vu s'y dérouler un miracle !

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Grands dieux personne!
Côté Lit: cf ci-dessus
Discours royal:



Quid Coeptas?


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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   04.12.13 23:46

Jean avait connu un grand nombre d'évènements saugrenus à la cour mais jamais n'avait-il entendu d'une telle mésaventure, et par tous les saints, jamais il n'avais pu songé en être le principal acteur!
Il n'avait pas vraiment eu le temps de penser ni d'agir pour contenir la foule qui se pressait pour le pousser vers l'estrade de fortune, et d'ailleurs, il savait d'avance qu'il ne pouvait parvenir à leur échapper. La seule idée de devoir être marié -  même hérétiquement! - lui faisait horreur et il guettait de tous côtés la moindre silhouette d'un garde ou d'un exempt.
A peine s'était-il redressé après avoir trébuché sur la dernière marche, que l'on colla de l'autre bout de l'estrade une pauvre jeune fille à la peau brune, le regard aussi perdu que lui et tâchant en vain de se libérer de la foule bruyante et gesticulante.

Elle cria quelque chose d'inaudible aux hommes qui la portaient jusqu'à l'autel païen de fortune et alors que Jean se croyait enfin libéré des bras des gueux sortis de la Cour des Miracles, qu'il senti à nouveau des bras puissants le pousser vers la mauresque - ou d'où qu'elle vienne - qui leva vers lui un regard d'excuse.
- C'est la fête, ton prince ne nous f'ra pas la guerre pour ça. Les lorrains s'en chargent déjà bien assez, hurla-t-on à la jeune femme, avant d'être repris en choeur par tous les autres!

Face à Jean, ces visages grimaçants semblaient sortis de la comedia dell'arte. Des dents gâtées, des visages  jaunis aux traits grossiers, des cheveux emmêlés, collés par la sueur provoqué par la densité de la foule....Toute la basse populace de Paris investissait la ville, livrée pour la journée aux pires des crasseux de France. Il avait connu le peuple, mais celui, paisible et pieux, des campagnes! Jean détestait ces masques païens qui ne respectaient ni Dieu ni foi et qui aujourd'hui avaient décidé ce simulacre de mariage....ou alors était-ce ce spectacle dont il était l'acteur principal qu'il exécrait autant!
Alors qu'on le collait à la jeune fille, il se rassura un court instant en se rappelant que la reine ne pourrait heureusement le voir en cette posture!
-Pardon monsieur, fit-elle d'une voix désemparée face à la situation, alors qu'un Arlequin apportait voile et bouquet de fortune pour "embellir" la mariée.
-Et voilà!  Et vous m'sieur l'curé, une mître pour épousailler la mauresque?
Un éclat de rire ponctua cette pique alors que Jean se dégageait courageusement - selon ses dires  - pour éviter un chapeau de bouffon royal digne de la cour de Louis VII de France. Nous n'étions plus au temps des Plantagenêts!
-Fichez-moi la paix, râla Jean en repoussant une nouvelle tentative! Je ne suis pas le bouffon d'Henri Plantagenêt!
-Henri qui, demanda Arlequin? Qui plantait quoi? Des genêts?
-Des genêts, reprit un autre! Quelle bonne idée! APPORTEZ DES GENETS, cria-t-il aux autres qui s'exécutèrent dans un indescriptible brouhaha!

Mais les fleurs n'eurent pas le temps d'arriver, car Arlequin céda sa place à celui qui sembla être le prince des fous. Perruque énorme et de travers, des coussin lui gonflaient le ventre et il tenait une cane immense, pour railler le symbole du monarque de Versailles.
Des mains s'appuyèrent soudainement sur les épaules de notre pauvre aumônier qui ploya sous la force, se retrouvant à genoux devant ce roi de pacotille, alors que la fatidique question étaient déjà lancée à sa compagne de galère.
-  Par les lois du carnaval, toi ma fille, acceptes tu de prendre cet homme comme époux ?
La foule scanda alors que Jean tentait de se relever par tous moyens, pestant et maugréant.  
- Bon tu dis oui!
La pauvre jeune fille du hocher la tête par complaisance, car on entendit la foule pousser un "OOOoooooh" de contentement, avant un nouveau silence.
-Et toi, curé! Acceptes-tu  de prendre cette femme comme épouse, ou préfères-tu un homme, puisque ton dieu en est un?
Jean ne pu retenir un juron scandalisé devant tant d'hérésie, alors que la foule hurlait de rire.
-Allez, beau curé, dis oui, lança au bord de l'estrade une none au regard aguicheur! Et quand tu seras marié, tu pourras tromper ta femme, ça se fait chez les gens de bien!  Viens me voir au couvent de la rue des Perdreaux, demande Nicole-Reine! Elle lui lança un clin d'oeil qui acheva de l'étouffer alors que la gueuse reprenait avec ses congénaires "DIS OUI, DIS OUI!"
-AH, MAIS JAMAIS, s'agaça-t-il, provoquant du même coup le silence autour de l'estrade! Au loin, l'on entendait encore la musique du reste du charivari.
-Le curé veut pas !
-Pardon, mademoiselle, s'excusa Jean précipitamment en se tournant vers la jeune fille, le regard scandalisé, ça n'est pas contre vous, mais c'est inconcevable! Dans votre pays, peut-être, mais ici, jamais!
-Que lui fait-on, demanda le prince aux gueux?!
-L'EMPALE, cria-t-on en réponse!
-Ah, agonisa Jean! Et à la jeune fille qui ne comprenait peut-être pas, il précisa: comme le disait Monsieur le frère du roi : le supplice de l'empale est un jeu qui commence si bien et se finit si mal !

Il se lamentait alors que la foule hurlait, mais un mouvement se fit soudainement dans la foule et l'on vit quelques gueux grogner, pester, râler avant de laisser le passage à des hommes qui enfin, n'étaient pas costumés. Dès que Jean aperçu les casques des  gardes de la ville, il poussa un soupir de soulagement.
-Halte, lança celui qui semblai-être le capitaine! On m'a rapporté que vous aviez pris de force l'aumônier de sa majesté la Reine!
-Oh! C'était l'aumônier de la reine, s'exclama le prince  des fous dans une mimique qui provoqua un rire général! Toutes nos excuses monsieur l'exempt! Reprenez votre bien, allons! De toute façon, il a refusé de prendre épouse aujourd'hui, laissons-le à la reine qui en fera ce qu'elle voudra, y compris son bouffon!
Un nouveau rire salua la pirouette irrévérencieuse de l'homme qui fut vite écarté par le garde alors que Jean, debout, époussetait déjà son habit, furieux.
-Mon père, venez avec nous, votre cocher nous a prévenu, lança le capitaine alors que la foule le huait à pleins poumons.
-Ah! Dieu vous le rendra au centuple capitaine, souffla-t-il soulagé de s'en tirer ainsi! Mademoiselle, venez donc, proposa-t-il à sa compagne en lui tendant la main afin de descendre de l'estrade. Ils vous trouveront bien vite un nouveau mari dans la foule et cette fois, ça ne sera peut-être pas un homme recherché par des gardes!


Alors que tous deux quittaient enfin la foule sous bonne escorte - et échappant à quelques lancers de salades et de tomates pourries - il  sentit sur son épaule une main bien trop douce et se retournant vivement, reconnu avec horreur la bonne soeur maquerelle.
-Vous ne m'oublierez pas, j'ai beaucoup de novices à envoyer se faire confesser!
-Vade retro, murmura Jean, les yeux apeurés! Allons-nous  en vite, mademoiselle, tant que nous sommes sous bonne garde!
Ils arrivèrent enfin au carrosse qui attendait dans une rue plus calme, et furent accueillis par le cocher qui soupira de soulagement en voyat réapparaître son maître entier. Jean ne s'attarda pas de paroles inutiles et saluat l'exempt, grimpa à la suite de la jeune fille.

Il pris quelques secondes pour souffler, enfin au calme, avant de desserrer son col.
-Par tous les saints! Plus jamais, fit-il, plus jamais! Mais d'où venez-vous, mademoiselle? Êtes-vous perdue? Doit-on vous ramenez chez une personne qui prendra soin de vous dans cetteville où l'hérésie est la seule maîtresse!

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Pas dans les yeux!:
 


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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   20.02.14 1:28

La mauresque ? La plaisanterie avait assez duré ! Ces gens là non seulement la contraignaient à un simulacre de mariage avec un aumônier, mais qui plus est, ils l'insultaient. Haydée dut se contenir pour ne pas dévoiler qui elle était. En effet, très peu habituée à être traitée ainsi, elle aurait bien voulu à cet instant, pouvoir appeler la garde royale de son mari à la rescousse. A n'en pas douter, au Siam, ces paysans auraient été embrochés vifs pour avoir osé toucher un seul bout de peau de l'auguste personne qu'elle était. Mais plutôt que de leur faire état de son identité, la jeune femme leur lança des jurons salés typiques de son pays et que bien entendu, ils ne comprirent pas le moins du monde.

-AH, MAIS JAMAIS!

La réponse de l'inconnu à la demande en mariage, fut sans équivoque. Haydée jusque là tête baissée par la force des choses et surtout à cause de la pression d'une main qui lui remettait son voile en place, sentit son cœur bondir de peur. Qu'allaient-ils faire ces marieurs terriblement frustrés de ne pas pouvoir aller jusqu'au bout ? Allaient-ils les lyncher ? On peut tout attendre d'ivrognes ou d'un rassemblement d'individus. Il suffisait qu'un donne un ordre, pour que le troupeau suive malheureusement en tout.

-Pardon, mademoiselle,  ça n'est pas contre vous, mais c'est inconcevable! Dans votre pays, peut-être, mais ici, jamais!

Le visage d'Haydée s'empourpra de honte. Pauvre ecclésiastique qui se confondait encore en excuses  ... C'était tout de même un monde ! Elle ne parvenait pas encore à croire que l'on traitait les représentants du Dieu chrétien ainsi, dans ce pays dit si civilisé.

- Ca est pas grave, normal est votre refus!
-Que lui fait-on ?
-L'EMPALE !

Haydée n'écouta que d'une oreille la définition du supplice de l'empale de la part de l'aumônier. Elle ne le connaissait que trop bien. Il se pratiquait également au Siam, entre autres tortures typiquement orientales. Et comme, elle avait à l'esprit cette image absolument affreuse, elle blêmit à entendre ainsi scander la foule. Allaient-ils vraiment en arriver là, ces fous furieux ? On aurait pu se croire au temps de Mary Tudor, où les catholiques se pressant sur les lieux des bûchers, hurlaient pour la mort des protestants. Elle était venue ici dans le but de s'amuser et de danser et non pas pour assister à la mise à mort d'un homme ! Elle qui avait souri et même ri malgré tout, la farce prenait un tournant très désagréable, elle n'avait plus qu'une boule dans la gorge. Le peuple parisien était-il sérieux ? Ses yeux hagards balayaient tout ce petit monde devant leur estrade de fortune, à la recherche d'une réponse claire. Que faisait-donc le guet pour les tirer enfin de là ? Les hommes de la Reynie faisaient toujours des rondes autour de l’île d'or, mais aujourd'hui, jour de fête, n'y avait-il rien? Bouddah l'entendit-elle à peine avait-elle pensé à ça ? Toujours est-il que soudain, l'avenue où ils se trouvaient pris, se remplit de gardes. N'osant pas encore respirer tout à fait de soulagement, elle les vit bousculer et faire évacuer peu à peu toute cette vilaine troupe. L'inconnu à ses côtés en était bien aise et remerciait déjà de tout cœur, le capitaine venu à sa rencontre.

- Mademoiselle, venez donc,. Ils vous trouveront bien vite un nouveau mari dans la foule et cette fois, ça ne sera peut-être pas un homme recherché par des gardes!

Sans plus attendre, Haydée prit la main que Jean lui tendait et le suivit. Des légumes alors volèrent dans leur direction.  Elle ramassa une tomate pourrie et la renvoya avec force à la tête d'un de ces malotrus, tandis que l'aumônier lançait de son côté, une élocution latine à une nonne. Une formule peu aimable d'ailleurs, dont on se servait pour faire fuir le démon en terres chrétiennes ! Curieux pays que la France décidément ! Était-ce avec si peu de sympathie que l'on se traitait entre religieux ici ? Haydée n'était vraiment pas au bout de ses surprises ! Mais pour l'heure, sa surprise se tut pour laisser parler le "sauve qui peut". Il fallait filer. Aussi, ne monta t-elle pas dans le carrosse mais plutôt y sauta littéralement. Lorsque le cocher fit claquer son fouet, elle put enfin souffler.

-Par tous les saints! Plus jamais,  plus jamais! Mais d'où venez-vous, mademoiselle? Êtes-vous perdue? Doit-on vous ramenez chez une personne qui prendra soin de vous dans cette ville où l'hérésie est la seule maîtresse!

Que lui répondre à cet homme de Dieu ? Qu'elle était prostituée et qu'il devait la raccompagner sans doute à l'île d'or, ce lieu de perdition ? A vrai dire, elle ne voulait ni lui confier cela, ni y retourner dans l'immédiat. C'était sans doute un péché que de mentir à un aumônier, mais elle n'était pas catholique après tout !

- Moi suis seule, monsieur le moine. Les rues, c'est là où je vis. Mais moi veux quitter ces fous qui sont partout et attendre que nuit tombe sur Paris. Alors moi peux attendre avec vous, je vous prie ?

N'étaient-ils pas à l'abri maintenant ? A la nuit tombée, la fête aurait sans doute battu son plein, les parisiens cuveraient leur vin, et il ne lui resterait plus qu'à rentrer à pas de loup. Mais l'inconnu allait-il accepter ? Elle osa lui prendre les mains et les lui baiser, elle avait vu une telle attitude de la part des chrétiens à la sortie des messes.  Son regard se fit d'ailleurs suppliant.

- Votre Dieu est grand, lui nous avoir sauvés. Si moi suis sous protection à vous, moi serai aussi sous la sienne. Moi Haydée vous demande votre asile pour les quelques heures à venir, monsieur ? ... Oui quel est votre nom, presque mari à moi ?
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