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 [INTRIGUE] Charivari, avril 1667

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Belle et douce Amy, l'unique. Peu importe mon alliance ...
Côté Lit: Avec ma femme au nom du devoir conjugal, avec la Reine de mon coeur au nom d de l'amour
Discours royal:



ADMIN ROYAL
L'Etat, c'est Moi

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Titre : Roi de France
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MessageSujet: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   23.06.13 21:01




Charivari

avril 1667


La guerre, la perte de ses fils pour la sauvegarde de la patrie ont fait de Paris, une ville moribonde. La capitale ne vivait plus qu'au son du glas et des Te Deum. Organiser des réjouissances pour faire venir l'oubli durant quelques heures, devenait une nécessité. En ce premier avril, où il est de bon ton de se laisser aller aux farces et aux mauvais tours, une fête ancestrale a été organisée. Enfin si tenté que l'on puisse trouver une quelconque organisation, dans des festivités où tout ne sera que désordre et cris. En effet, bonnes gens de Paris, préparez vous à un spectaculaire charivari. Une fête des fous qui vous enivrera aussi sûrement que tous les verres d'alcool.

L’Église est outrée et vous ordonne de ne pas participer à cet évènement hérétique ? Qu'importe, les prières aujourd'hui se tairont et les pleurs se tariront. Que vous soyez Arlequin, figure emblématique de tout carnaval, un animal ou un bouffon, munissez-vous de vos tambours ou de tout objet susceptible de créer le tintamarre. Descendez dans les rues et laissez-vous envahir par la joie et surtout par la foule. La capitale est plus que jamais bourdonnante aujourd'hui, le peuple de Paris est souverain, et s'octroie toutes les fantaisies.

Nobles allergiques à la population, passez donc votre chemin, et vous policiers zélés, ne cherchez pas à faire bon ordre dans la ville ! Ça serait peine perdue. Descendez plutôt de vos carrosses et abandonnez là mousquets et épées, en ce jour si spécial, la bataille se fera à coup de bras de fer et de bouteilles de vin et ce jusqu'au bout de la nuit !

Consignes à respecter:
♕ Aucun ordre n'est établi, vos personnages peuvent interagir avec qui bon leur semble et partir quand ça leur chante !
♕ Les posts seront courts, une quinzaine de lignes minimum, une page word maximum (environ 600 mots).
♕ Le charivari s'adresse principalement au peuple et aux comédiens. Les nobles le sont également mais ils devront souffrir la présence des gueux.






______________________



« C'est toujours l'impatience de gagner
qui fait perdre. »
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Il est libre de battre mais n'a pas trouvé qui serait digne de lui.
Côté Lit: Il n'y a que moi et parfois ma fille. Pas d'homme, pour cause d'absence de coeur qui bat.
Discours royal:



FEMME D'AUJOURD'HUI
elle flotte, elle hésite ...

Âge : 24 ans
Titre : Archiduchesse d'Autriche, duchesse douairière de Saxe-Zeitz et de l'Autriche inférieure
Missives : 641
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   29.06.13 0:11



« Le hasard, c'est Dieu qui se promène incognito. »

C'était censé être un jour sans travail, ni à la Cour, ni à la ville. Vous voyez ce genre de journée où il est possible d'avoir un peu de tranquillité, se reposer et profiter un peu de sa propre vie. C'est ce que devait être théoriquement ce genre de journée pour Aliénor, qui n'avait pas à se présenter devant la reine Marie-Thérèse aujourd'hui et n'avait pas son emploi en tant que couturière en ville, pour cause de fête populaire. Il était prévu de faire un tour dans son hôtel particulier voir comment tout se passait, faire un petit coucou à sa fille Marie-Anne et passer une journée sympathique avec quelques travaux de couture  pour s'avancer. Mais ce ne serait pas le cas, la veille, sa patronne Isabeau Lacassagne, lui avait demandé de venir demain à la boutique, mais pas pour travailler. Elle lui avait précisé, avec un large sourire, qu'elle devait bien se vêtir ... Quelle étrange demande ! Mais comme Aliénor, connue sous le nom d'Aline à Paris, ne voulait pas du tout contrarier celle qui l'employait, elle s'était résolue à accepter cette demande. Seulement voilà, elle n'avait pas de tenue du peuple élégante. Le peu qu'elle en avait était pour travailler ou alors les subtilisait à ses domestiques, donc ces vêtements étaient toutes aussi simples. Cherchant dans ses malles de quoi faire, elle trouva une tenue verte assez sympathique avec quelques décorations. Ne comprenant pas trop d'où cela venait, Aliénor se résolut à l'essayer voir ce que cela donnait. Une fois habillée, elle constata qu'elle était vêtue d'un costume traditionnel bavarois !

« Quelle horreur ! » s'exclama-t-elle.

Elle ne pouvait décemment garder cela sur le dos. Non seulement c'était affreux mais aussi absolument pas discret. Et puis cela lui rappelait les fêtes populaires avec son second époux dans le Tyrol, c'était encore plus désagréable ! Finalement, elle trouva une tenue de voyage assez simple, de couleur bleue, mettant en valeur ses yeux et son teint pâle. Avec une coiffure simple où elle avait simplement ramené ses cheveux bouclés en arrière. Elle ressemblait à une bourgeoise ainsi vêtue, cela était donc parfait, c'était l'effet recherché. Elle quitta son hôtel, où le personnel s'était amoindri, et seul Igor la vit partir ainsi, se demandant bien pourquoi la maîtresse de maison sortait si discrètement, comme une domestique.

Paris était en effervescence ! Partout, des gens avaient revêtu des tenues colorés, la fête se répandait un peu partout dans les rues dans une joyeuse allégresse, à croire que les parisiens se moquaient bien de la guerre qui se passait à la frontière. Certains trouveraient cela grotesque, tous ces gueux dehors en habits bariolés mais pas la jeune femme, après tout il ne faut point juger des gens sur l'apparence. Mais en cette belle journée du premier avril, Aliénor n'avait pas envie de s'assombrir l'esprit à savoir ses frères dans le camp lorrain, l'aîné (bien qu'elle lui en voulait toujours) à se battre et le second à parlementer, mais n'était jamais à l'abri ... Non, aujourd'hui, elle passait de la Wittelsbach à la jeune couturière et accéléra le pas pour rejoindre la boutique où sa patronne l'attendait déjà. En effet, Isabeau était déjà devant la porte, attendant son employée. Aliénor ne savait toujours pas pourquoi elle venait un jour de fermeture, et encore moins pourquoi madame Lacassagne souriait de la sorte lorsque l'autrichienne vient à elle.

« Bonjour madame ! Une bonne journée pour que Paris soit en fête, n'est-ce pas ? »

Elle ne savait pas vraiment à quoi s'attendre au charivari, n'avait assisté qu'à peu de fêtes populaires, mais en tant que spectatrice vu que cela se passait à Dresde ou Innsbruck où elle y était la femme du régnant. Mais être au cœur avait quelque chose de grisant !

« Mais dites-moi en quoi avez-vous besoin de moi ? »

Si elle savait ce qui l'attendait …

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pion de l'échiquier politique
La femme est un monde mystérieux, incompréhensible. Elle se désintéresse de la logique ordinaire et n'écoute que la voix de son cœur. C'est pourquoi l'homme n'arrivera jamais à sa hauteur...
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   29.06.13 15:55

Il était une fois Colombine. Et Colombine en ce premier jour d’avril se promenait sur les bords de la Seine, lorsque soudain elle croisa plusieurs moines. Ceux-ci se signaient et arboraient des visages effarés au vu du spectacle qui s’offrait à eux. Colombine songea alors aux péripéties fort effrayantes qu’elle avait connues quatre mois plus tôt. Il n’était guère dans son habitude de se montrer insolente auprès des hommes d'église mais ce jour là, elle fit plus que ça. Elle osa ricaner à leur passage, et n’hésita pas à leur lancer quelques bravades tout en exhibant ses belles jambes jusqu’aux cuisses.

- Bonjour, je suis d’humeur coquine aujourd’hui. Lequel d’entre vous voudrait pour un instant remplacer Edouard III et me décorer de l’ordre de la jarretière ? Vous frère Clodulf ?

Un petit gloussement taquin plus tard, les ecclésiastiques pressèrent le pas pour échapper à cette demoiselle brune masquée et pour le moins légère en apparence. Pourtant, ce n’était guère une prostituée qui avait revêtu les habits et le masque d’une des héroïnes de la comedia dell’arte, au contraire il s’agissait d’une pucelle tout ce qu’il y a de plus véritable. En effet, sous son déguisement se dissimulait Blandine Pisdoe, comédienne de monsieur Racine. Or Racine était au loin et ses acteurs tout dévoués soient-ils à leurs répétitions, commençaient à s’ennuyer à l’hôtel de Bourgogne. Alors quoi de mieux qu’un charivari pour tromper cet ennui ? Il était tombé à point nommé, et les échevins avaient octroyé à la ville de Paris de nombreux tonnelets de vin. De quoi enivrer un bon tiers de la population au cours de cette fête païenne, les auberges feraient le reste.

En se remémorant ce geste de la part des échevins, Blandine ne put s’empêcher de songer à son père qui avait fait l’acquisition de cette charge, bien avant sa naissance. Sans doute avait-il lui-même participé à ce don, alors peut-être le verrait-elle dans ce cas ! Et même s’il n’était pas présent aux festivités, son persécuteur étant à présent fort loin, elle ne resterait plus loin de lui désormais. Elle sentait au plus profond de son âme que leurs retrouvailles approchaient et s’en réjouissait d’avance. Ce qui la freinait encore ? La peur de lui causer une trop vive stupéfaction, qui pourrait mettre en danger ses jours. Elle ne pouvait pas faire irruption dans son existence à nouveau, comme on peut le faire sur une scène, sans le ménager. Voilà neuf ans, qu’il ne l’avait vue et il avait vieilli. Dieu sait, si son cœur le supporterait. Elle lui écrirait sans doute une lettre ou passerait par un intermédiaire quelconque. Oui mais qui ? Un ami ? Un comédien ? Blandine se promit d’y songer dès le lendemain mais pour ce soir, elle voulait profiter de cette soirée et se permettre toutes les folies.

Lorsqu’après avoir trop gambadé son talon cassa, elle monta sur une charrette qui passait près d’elle pour rejoindre un des points de Paris. Se permettre toutes les folies donc ? Elle persista dans cette voie plutôt deux fois qu’une, puisqu’à côté d’elle se trouvait un cercueil. Sans la moindre retenue, elle tapa trois petits coups sur l’une des quatre planches de bois.

- Vous allez bien ? Vous arrivez encore à respirer ? Je pense que vous pouvez sortir maintenant.

Elle ne reçut aucune réponse, assez ivre déjà, elle s’en retrouva très contrariée.

- Si vous ne voulez faire aucun effort pour un minimum de conversation, passez votre chemin !


Derrière la charrette marchait une jeune femme qui avait tout l’air d’une dinde. Blandine l’avait déjà croisée à la cour, elle s’appelait Michèle de Bergogne. Une fois arrivée à destination, Blandine bondit et passa devant un étalage pour acheter quelques marguerites. Revenant sur ses pas, elle la rattrapa.  

- Bonjour madame de Bergogne, tenez quelques fleurs pour mettre sur sa tombe.

Elle avait fait là un geste aimable bien que maladroit, mais l’autre se mit à pleurer et de façon fort bruyante, voire même très exagérée.

- Oh la la, s’il vous plait passez par les ruelles madame, vous allez nous gâcher la fête !


Pour cette fois, Blandine était égoïste et puis pour avoir vécu à la cour, elle savait que la Bergogne rajoutait beaucoup d’effets à ses malheurs. Et il faut dire que Paris en avait assez de compter ses morts. Aujourd’hui, la fête devait battre son plein !
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   01.07.13 0:08

- Mais Madame, nous sommes le premier avril... , protestait le bon petit abbé Malingre alors que sa maîtresse qui ne l'écoutait que d'une oreille distraite – pour sa défense, les principaux sujets de conversation de son secrétaire-boulet-souffre-douleur ne revêtaient qu'un intérêt limité puisqu'il ne s'agissait que de la Bible et de son prochain repas – ajustait soigneusement sa coiffe.
- Et alors ? Répliqua la maîtresse en question sans se départir de son excellente humeur et sans paraître voir passer dans le couloir deux enfants vociférant poursuivis par une gouvernante épuisée, la recherche de la vérité ne souffre pas d'interruption, elle est sans relâche même un premier avril, d'ailleurs je ne vois pas quelle stupide fête religieuse nous empêcherait d'aller débusquer ce tueur en série. Je suis sûre que notre piste va nous mener quelque part et puis regardez-moi, je fais totalement illusion.
Pour prouver ses dires, elle tournoya sur elle-même dans sa jupe de paysanne lacée sur le devant et le petit abbé Malingre, tout bon qu'il était, ne put s'empêcher de manquer de s'étrangler en constatant qu'on voyait légèrement plus que les chevilles d’Émilie de Vendières et qu'en plus, cette dernière était contrainte d'ajuster régulièrement ses manches pour éviter qu'on ne puisse voir ses épaules. Il en oublia l'information qu'il tenait tant à lui dire tandis qu'une Émilie, ravie, s'étendait avec force commentaires dithyrambiques sur l'excellente idée qu'elle avait eu en emmenant Élodie de Froulay (une femme habillée en homme, Malingre se signa mentalement) acheter des costumes bavarois car cela l'avait inspiré dans son enquête et sur cette fameuse « piste tyrolienne » qui était censée les conduire jusqu'au tueur de son cher ami qui parlait apparemment avec un accent allemand (et qui en l'occurrence aller surtout les conduire dans les bas-fonds de Paris où de fait, de nombreux tueurs pullulaient, Malingre se signa une nouvelle fois). C'était la raison pour laquelle Émilie de Vendières, épouse du fameux (pour ses amis) commissaire du roi dans le Limousin, belle-sœur du sinistre Colbert, se retrouvait dans les rues de la capitale vêtue comme une paysanne tyrolienne. Pour parfaire son déguisement et sortir le pauvre animal de son laboratoire, elle avait attaché en laisse un lapin blanc qu'elle promenait comme les bichons de la duchesse d'Alençon.

En voyant la foule rassemblée devant chez elle, la jeune femme crut un instant qu'il s'agissait là d'une énième procession religieuse vouée à promener les os du petit orteil de sainte Geneviève autour de la ville en psalmodiant quelques mots de jargon. Mais à deuxième vue, elle dut se rendre compte que soit l'archevêque de Paris était devenu complètement fou soit ce n'était pas le cas.
- Le diable est de retour , souffla son petit abbé derrière elle, presque aussi soufflé que sa maîtresse (ce qui dans ce dernier cas prouvait assez l'énormité du cas car il fallait en faire beaucoup pour la surprendre), l'hérésie s'est emparée de Paris, nous allons tous finir damnés !
- Je veux bien admettre que Dieu n'a pas grand chose à voir là-dedans , répondit Émilie en avançant pour se plonger dans une foule bariolée et voyant passer un Arlequin joyeux – et saoul – à ses côtés, tandis que le lapin gambadait à ses pieds, suivie avec réticence par son abbé de compagnie, mais si cela est une fête du diable, je veux bien être damnée ! Oh regardez là-bas, c'est une chèvre apprivoisée !
Le bon petit abbé Malingre ferma les yeux quelques secondes devant cette réaction et quand il les rouvrit, Émilie s'était déjà précipitée pour aller voir la chèvre qui faisait des tours sur la demande de son propriétaire, le lapin faillit d'ailleurs y laisser sa peau car il manqua d'être piétiné à de nombreuses reprises. Devait-il aller lui dire qu'il s'agissait d'un charivari, ce qu'il avait tenté de l'avertir toute la matinée, ou bien plutôt faire demi-tour ? Le dilemme fut résolu pour lui quand plusieurs personnages de la Commedia dell'arte s'approchèrent de lui, il préféra fuir vers sa maîtresse pour ne pas rester seul. Émilie était quant à elle émerveillée et en avait oublié sa petite enquête du jour. Il fallait dire qu'elle faisait totalement illusion dans son déguisement et elle éclata de rire quand plusieurs femmes firent des propositions indécentes au petit Malingre que l'on croyait lui aussi déguisé, lequel en rougit jusqu'aux oreilles. Sans lui demander son avis, la jeune femme prit le petit lapin terrifié dans ses bras et jugeant qu'il était trop lourd, le plaça d'autorité dans les bras de son abbé, non sans continuer à tenir la laisse ce qui constituait un étonnant duo qui ne dénotait pas dans tout ce monde qui ne s'étonnait plus de rien.

La dame de Vendières progressait avec ravissement dans ce tintamarre de tambours, croisant animaux et humains déguisés en animaux et qui paraissaient prêts à tout pour oublier le temps d'une journée tous leurs soucis à grand renfort d'alcool, tirant son abbé aussi apeuré que le lapin par la laisse. Le nez en l'air, elle s'amusait des divers déguisements et personne ne lui prêtait réellement attention. Bon ce n'était pas aujourd'hui qu'elle allait résoudre son enquête mais au moins, elle n'allait pas s'ennuyer et elle aurait quelque chose à raconter à son ami Ferdinand quand elle lui écrirait. Ses yeux passaient sur des dizaines de visages inconnus quand soudain...
- Oh un abbé ! S'exclama-t-elle d'une voix si forte que tout le monde se retourna sur elle pour voir qui elle désignait du doigt.
A savoir le dernier qu'elle aurait pensé voir là tant elle le trouvait barbant-sinistre-inquiétant (et aucune mention n'était à rayer), l'abbé de Baignes, un ecclésiastique de la maison de la reine qui s'accordait fort bien (en couleur en tout cas) avec les duègnes. Elle ignorait alors ce qu'elle allait déclencher mais si elle l'avait su, elle l'aurait fait encore plus volontiers. Au moins, cette journée n'était perdue si elle avait pu voir Jean de Baignes dans une fête populaire. Et encore... la journée en question n'était pas terminée !

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Une fois offert et mis à lambeaux, il est pour l'heure tout entier à son roi.
Côté Lit: Je n'y tiens pas une collection ! Mais il n'est pas glacé non plus.
Discours royal:




ϟ La Main au collet ϟ

Âge : 32 ans et des poussiè... (Non pas ce mot maudit)
Titre : Marquis de Courtenvaux, Magistrat parlementaire et avocat
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   14.07.13 13:46

-Monsieur le marquis, vous allez participer à ce charivari ? Vous ?

Benoît de Courtenvaux qui se faisait habiller par son fidèle Nicéphore, haussa les épaules et leva les yeux au ciel. Il leva également le ton afin que son serviteur particulièrement malentendant puisse l’entendre correctement.

- Que veux-tu ! Cette fête populaire est une trop belle aubaine pour des conspirateurs, le roi est loin de Versailles, ils peuvent se fondre dans la foule et qui plus est masqués. Je me dois d’y aller, et de faire de mon mieux pour faire peut-être une prise de choix si je vois certains comportements suspects.

Bien entendu, le parlementaire ne couvrirait pas le tout Paris de sa méticuleuse surveillance, il était d’ors et déjà appuyé par une bonne quinzaine de compagnons espions, qui ratisseraient certains quartiers durant toute la nuit.

- Oui mais tout de même, vous parmi toute cette poussière et ces hommes sentant la vinasse, ça ne vous ressemble pas !

Benoît poussa un soupir à en fendre l’âme, le sacrifice était de taille en effet.

- Pour traquer la punaise, il faut bien parfois côtoyer quelques tiques !

Ayant déclamé cette réplique quasi tragique à la façon des acteurs de l’hôtel de Bourgogne, Benoît sortit à grands pas de sa demeure. Il était habillé à la façon hindoue, turban autour de la tête et son fidèle nœud coulant accroché à sa ceinture satinée. Descendant les marches de l’escalier de marbre, il entreprit de mettre aussitôt son loup noir afin de dissimuler son visage. Il était fin prêt à s'engouffrer dans les ruelles putrides de la capitale. Un tintamarre effrayant se faisait déjà entendre au loin, et des cris perçants vinrent agresser ses malheureux tympans. Il devait pourtant se décontracter et faire mine de s’amuser. Il devait donner l’illusion de n’être là que pour participer aux festivités et non pas pour espionner. Aussi, lorsqu’une jeune fille lui tendit la main pour effectuer une farandole, il la saisit à l’instant. Le fait d’effectuer cette ronde particulière lui offrait une perspective sympathique sur l’ensemble des gens peuplant la place. Il ne vit aucun conciliabule suspect et après quelques minutes, il quitta donc les lieux pour gagner un autre quartier.

- Youhou, Karl Ludwig !

Benoît n’eut pas le temps de se retourner. Soudain une femme agrippa son bras, et faillit déchirer son costume immaculé.

- Ah Karl Ludwig, je suis bien contente de te t’avoir retrouvé ! Enfin !
- Pardonnez-moi madame, je ne suis pas celui que vous cherchez.
- Vous n’êtes pas Karl Ludwig ?
- Non, je suis le Pape et j’attends ma sœur !

La furie qui paraissait avoir bu bien plus que de raison, fronça les sourcils à ce trait d'humour et lui écrasa le pied de son talon. Benoît grimaça, ses bottes auraient pu accuser le coup mais point ses sandales orientales.  Fort heureusement, l’hystérique ne revint pas à la charge et s’éloigna. Au coin de la rue, Benoît l’entendit à nouveau interpeller quelqu’un. Il souhaita qu’il s’agisse de ce fameux Karl Ludwig.

Dire que cette femme l’avait détourné quelques instants de son but premier ! S’échappèrent alors de sa bouche, des sons inintelligibles mais qui ne laissaient pas de doutes sur son agacement. Il dévia à droite, longea un pont, bifurqua à gauche tout en ouvrant toujours l’œil, quand un rassemblement de paysans le fit perdre à nouveau quelques instants de vue son objectif … Était-ce bien Jean de Baignes qui se trouvait pris à partie par la population ? Benoît ne résista pas à se rapprocher davantage de la scène, oui il s’agissait bien de lui. Un fou rire non dissimulé s’empara de lui, il ne cessa que lorsque ses côtes lui rappelèrent son ancienne blessure de Valenciennes. S’il avait rechigné pour se rendre au charivari du premier avril, avoir pu voir cela ne lui faisait rien regretter. Si pour un tout autre moine, il aurait été scandalisé, il se délecta bien au contraire de voir celui-ci si mal en point. Il fit bien mieux même, ayant aperçu un étalage de poisson quelques instants plus tôt, il revint sur ses pas pour acheter le poisson le moins frais qu’il puisse trouver au marchand. Portant l’animal dégageant une forte odeur pestilentielle par le crochet sous lequel il était suspendu, il s’approcha derechef de Jean de Baignes et fendant la foule, accrocha le poisson à sa robe de bure.

- Attention, vous avez un poisson pourri dans le dos !

Un rire gras s’éleva autour de lui. Il serait resté davantage en ces lieux, si une silhouette bien connue n’était pas passée soudain tout près de lui. Il s’agissait de Sophie Atlan, jeune lectrice et protégée de sa cousine par alliance : Amy of Leeds. Cette fille disait trop ouvertement sa façon de penser pour l’avoir déjà croisée dans certaines tavernes. C’est dit, il la suivrait !

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Un accusé n'est pas cuit
quand son avocat est cru.




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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   14.07.13 17:58

Un loup sur les yeux, un chapeau violet avec des plumes en guise de couvre-chef, Grégoire admirait son habit coloré dans le miroir.
"Ce n'est pas vraiment ce que j'ai l'habitude de porter, mais j'avoue que ce costume me va à merveille ! "
Il se retourna et offrit un large sourire à Isabeau. Ses doigts de fée avaient confectionné le costume du jeune homme. Il s'admira encore quelques minutes avant d'embrasser Isabeau sur la joue et de partir, lui lançant:

"A tout à l'heure, Isabeau, et n'oublie pas que tu me dois une danse ! Ou que je te la dois, plutôt, mais qu'importe ! Tu sauras retrouver mon costume, je te fais confiance."
Il quitta la boutique de son amie et courut se perdre dans la foule des Parisiens venus s'amuser lors du charivari organisé par...tout le monde et personne à la fois.

Durant une journée, notre gueux allait pouvoir oublier ses problèmes et ses regrets. Il pouvait devenir quelqu'un d'autre, se cacher aux yeux des autres et s'amuser comme tout un chacun. Que ce jour de fête soit un jour de bonheur pour tous !
Courant parmi les gueux, saluant tout le monde, riant et chantant, il s'amusait comme...un petit fou. Alors qu'il se promenait dans les rues, chantant "Dans Paris, c'est grand charivari!", il croisa une femme habillée d'une manière extravagante, suivie d'un abbé austère qui tenait un lapin, lui-même relié par une laisse à  la jeune femme. Le jeune homme reconnut alors Emilie, la femme du dispensaire qui l'avait convaincu de garder Laure. Décidément, cette femme était vraiment bizarre. Mais le monde manquait de personnes comme elle, originales et déjantées. Il poursuivit sa route, croisa des amis rencontrés dans des tavernes, et un homme qui le reconnut lui demanda de danser le casatchock. Le souvenir de cette nuit où il avait goûté de la vodka lui revint en mémoire. Peut-être danserait-il à nouveau cette danse venue d'ailleurs, dans la journée, mais pas maintenant, on lui proposait une bière.

Il croisa des personnes horriblement déguisées, des femmes au contraire très désirables, et quelques religieux qui tentaient de raisonner les Parisiens, sans succès. Aujourd'hui, la raison n'avait pas sa place dans les rues de la capitale. La folie régnait en maîtresse souveraine, profitant de l'absence du roi partit combattre les ennemis. Mais la guerre n'était pas dans les esprits, surtout pas dans celui de Grégoire.

Rires est chansons résonnaient dans la ville et l'alcool coulait à flot : ce premier avril s'annonçait plein de surprises.

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Bof, on l'a déjà pas mal piétiné, alors un peu plus un peu moins, on s'y habitue vous savez !
Côté Lit: Moi, mes comptes et mes dossiers. Pas ou peu de place pour un homme !
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Titre : Marchande, associée de son beau-frère Loïc Cixous, fournisseuse de la reine et de la favorite en robes et autres produits.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   14.07.13 18:49

"Ce n'est pas vraiment ce que j'ai l'habitude de porter, mais j'avoue que ce costume me va à merveille ! "

Les mains sur les hanches, Isabeau contemplait non sans une certaine fierté son œuvre alors que Grégoire s’admirait dans son miroir. Evidemment que ce costume lui allait à merveille : c’était elle qui l’avait fait ! Mais bien qu’elle n’ait jamais douté de réussir à exaucer la demande de son ami, il était toujours bon d’entendre d’un tiers que son travail était apprécié, et maintenant que c’était chose faite, elle pouvait laisser libre cours à sa satisfaction.

« Tu fais un fou magnifique mon petit Grégoire ! Même le roi de France ne pourrait pas rivaliser avec toi aujourd’hui ; et avec ce costume, tu as intérêt à gagner la couronne du roi des fous, sinon je te renie. » le taquina-t-elle en ne pouvant s’empêcher de rajuster le col du jeune homme. Mais visiblement impatient d’aller s’amuser, il coupa court à ses dernières retouches en l’embrassant sur la joue avant de lancer : "A tout à l'heure, Isabeau, et n'oublie pas que tu me dois une danse ! Ou que je te la dois, plutôt, mais qu'importe ! Tu sauras retrouver mon costume, je te fais confiance."
« Touchez ma bosse, Monseigneur. » répliqua-t-elle, « avec tout ce monde ce ne sera pas facile mais je tiens à ma danse, alors ne perds pas ton chapeau, que je te retrouve facilement ! Allez, file, bouffon ! »

Grégoire ne se fit pas prier pour s’exécuter sous le regard amusé d’Isabeau qui ne pouvait s’empêcher de sourire. Dès qu’il fut partit, elle alla fermer la porte de la boutique et retourner l’écriteau qui indiquait maintenant « fermé », puis elle ramassa ses jupes et s’élança dans l’escalier. Il était plus que temps qu’elle se change aussi, Aline n’allait pas tarder à arriver ! Arrivant à la remise à l’étage, elle ouvrit la porte à la volée et ouvrit en grand un coffre remplit de restes de tissus et vêtements ratés en tout genre ; et après en avoir jeté une dizaine par-dessus son épaule en bougonnant ‘mais où l’ai-je mis, mais où l’ai-je donc mis, nom d’un artichaut ?’, laissa échapper un petit cri de triomphe en tirant de sa malle une robe qu’elle n’avait jamais terminée, dans les tons ocre ; à manches courtes bouffantes, sans baleines ni masse de jupons, elle serait parfaite pour courir le charivari ! Isabeau se hâta de se déshabiller pour l’enfiler, avant d’attraper un carré de tissu violet inutilisé pour le costume de Grégoire et le passa autour de sa taille pour une touche de couleur, et un autre de couleur bleue qu’elle noua dans ses cheveux. S’admirant dans le miroir, elle fut satisfaite : elle avait tout d’une gitane ou d’une femme du voyage ! Redescendant rapidement les escaliers, elle sortit dans la rue et n’eut qu’à patienter une minute –qui sembla durer une éternité- avant de voir arriver sa couturière Aline, ravissante toute de bleue vêtue. Isabeau lui dédia un large sourire.

« Bonjour madame ! Une bonne journée pour que Paris soit en fête, n'est-ce pas ? »
« Magnifique vous voulez dire, Aline ! » répondit Isabeau les yeux brillants d’excitation, une vision bien rare pour les employés de la jeune femme qui avaient plus l’habitude de voir leur patronne maîtresse d’elle-même et focalisée sur le travail !
« Mais dites-moi en quoi avez-vous besoin de moi ? » demanda Aline d’un air interrogateur. Isabeau sourit de plus belle et, malicieuse, glissa son bras sous celui de sa couturière préférée.
« Vous m’avez bien dit l’autre jour que vous n’aviez jamais vraiment été à une fête populaire ? Et bien c’est le moment ou jamais ! Vous allez voir, le charivari de Paris est tout bonnement incroyable, je vous conseille de vous préparer à la journée la plus folle de votre vie ! Allons, venez ! » s’exclama joyeusement Isabeau en entraînant Aline à sa suite. Isabeau avait une affection particulièrement pour cette employée discrète et efficace, et ma foi, l’emmener s’amuser était une façon comme une autre de la remercier pour ses bons et loyaux services !

En bonne connaisseuse, Isabeau guida Aline dans la foule et ne tarda pas à trouver le cœur de la fête, où dans carrioles s’étaient déjà posées partout en offrant des divertissements très variés et plus amusants les uns que les autres ; à chaque coin de rue, des acrobates, des jongleurs, des souffleurs de feu et autres bouffons se donnaient en spectacle. On ne savait plus où donner de la tête dans toute cette agitation ! Avisant une tente avec un écriteau marqué de signes étranges, Isabeau fit un clin d’œil à Aline et l’y entraîna, avant de désigner le petit chapiteau d’un signe de la tête :

« Considérez que cette journée est pour fêter le fait que vous êtes une de mes meilleures employées, et que j’ai très envie de vous remercier et de vous récompenser, autrement que simplement avec un salaire bien sûr. Puisque c’est la fête des fous, amusons-nous ! Regardez, voici la tente d’une diseuse de bonne aventure… Et si nous essayions ? »

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   19.07.13 19:30

Andréa ! Dépêchez vous, je dois rendre visite chez la baronne.
Bah vas y toute seule grosse dinde
, murmura Andréa entre ses dents.

Elle descendit les escaliers dans sa robe bleue, simple mais allant de pair avec la couleur de ses yeux. Autant dire que l'ancienne pirate n'en avait rien à faire de se rendre chez une baronne vieille comme le monde pour faire des ronds de jambe, cela serait d'un ennui mortel. Elle préférerait se casser une jambe ! Une idée lumineuse lui vint à l'esprit et en descendant, elle marcha sur le bas de sa robe et se laissa tomber dans les dernières marches, avant de geindre en se touchant la cheville, comme une pauvre malheureuse. La marquise n'était pas compatissante pour un sou et leva les yeux au ciel d'exaspération. Et elle partit sans un regard vers Andréa qui se relevait péniblement. En une fraction de seconde, la jolie blonde avait retrouvé ses forces et son air malicieux et alla s'enfermer dans sa chambre. Fermant la porte derrière elle, Andréa retira cette robe étouffante et enfila une simple robe de servante avant de s'enfuir par la fenêtre, et courir dans Paris. Pour arriver à sa petite cachette, il fallait passer par des recoins assez insolites. Voici comment elle passa par une cave à vin, du moins ce qu'il en restait car le tenancier passait davantage son temps à la vider qu'à la remplir pour ses clients. Elle marcha sur quelques mètres avant de passer par des caves mal fermées et ressortir dans une ruelle. Enfin, après quelques rues, la voici dans une petite maison abandonnée où elle "résidait", où du moins Andréa devenait Lucrèce, son double du peuple, diseuse de bonne aventure. Et c'était parti pour la transformation. Tout d'abord cacher ses cheveux blonds sous une perruque brune, elle revêtit une autre robe bleue, mais rayée de rouge, aux couleurs très vives et estivales, tout comme le châle sur ses épaules. De nombreux bracelets ornèrent son poignet, beaucoup de faux, sauf un, souvenir de son ancienne vie, et de lourdes boucles d'oreilles. Puis elle se maquilla lourdement les yeux de noir, un peu de rouge sur les lèvres et après avoir réajusté sa perruque, elle devenait une autre personne. Il était temps de partir pour le charivari.

Elle ne pouvait pas ne pas s'y rendre ! C'était un moment unique de s'amuser sans contrainte, sans retenue et surtout sans corset ! Tout le monde riait et s'amusait, il y avait même des personnes de la noblesse. Sans connaître tous les noms, elle reconnut aisément des mignons de Monsieur qui venaient s'encanailler dans les fêtes populaires, eux avec leurs noms à coucher dehors. Il y en avait un qui l'horripilait par son côté hautain. Gautier-Truc, Jean-Gautier, Gautier-Charles ou chose du genre. C'était le moment de se venger. Elle se saisit d'une tarte et fonça vers lui et entarta le mignon sans hésitation. Puis elle fila comme toujours, vers une tente qu'une connaissance lui avait prêté durant la journée pour jouer les diseuses de bonne aventure. Attention, Andréa prenait cela très au sérieux, même si parfois cela ne venait pas, il y avait toujours des phrases bateau ! Après quelques personnes qui en apprirent un peu plus sur leur avenir, Andréa – enfin Lucrèce – vit entrer deux jeunes femmes, une blonde à l'air doux et … Isabeau ! Celle-ci ne sembla pas la reconnaître au premier abord et elle leur présenta les chaises pour qu'elles puissent s'asseoir.

Bonjour mesdames ! Qui veut commencer ? Elle observa la blonde en premier et lui montra les cartes pour l'inciter. Prenez sept cartes au hasard.

C'est ce que fit Aliénor, bien qu'Andréa ne connaisse pas son prénom, et observa les cartes avec attention.

Je vois … des problèmes, un puissant adversaire qui voudrait vous nuire, quelqu'un d'une grande volonté contre qui il faudra faire face, mais pas seule. Elle pointa du doigt la carte de la Justice en fronçant les sourcils, puis reprit la lecture des cartes et montra celle de l'Empereur, plus détendue et souriante.Il y a aussi un homme. Froid, ou venu du froid, arrivant de loin, pour vous. Un homme de grande volonté qui pourrait vous aider, voire plus.

Elle continua pendant quelques minutes à insister sur cet homme mystérieux et sur un aspect financier et reçut deux pièces pour sa séance. Elle tourna vers Isabeau avec un large sourire complice, que la jeune femme ne devait pas comprendre. A son tour, elle tira les cartes.

Quelle jolie destinée ! Elle montra la carte du monde. Je vois une très grande réussite, un projet ambitieux qui portera ses fruits. Pas de voyages, les bateaux ne sont pas pour vous et les séjours en mer ne vous réussissent que peu. On pouvait déceler un indice qu'elle la connaissait. Pourtant je vois de l'aventure, un financement d'aventure, un peu dangereux mais c'est une personne en qui vous croyez, admirez sans doute. Non, Andréa ne se lançait pas des fleurs.

Isabeau l'aurait elle reconnue ?
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Il est libre de battre mais n'a pas trouvé qui serait digne de lui.
Côté Lit: Il n'y a que moi et parfois ma fille. Pas d'homme, pour cause d'absence de coeur qui bat.
Discours royal:



FEMME D'AUJOURD'HUI
elle flotte, elle hésite ...

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   30.07.13 22:32

« Vous m’avez bien dit l’autre jour que vous n’aviez jamais vraiment été à une fête populaire ?
En effet, répondit Aliénor un peu sur la défensive.
Et bien c’est le moment ou jamais ! Vous allez voir, le charivari de Paris est tout bonnement incroyable, je vous conseille de vous préparer à la journée la plus folle de votre vie ! Allons, venez ! Hé bien ... allons nous amuser ! » s'exclama la jeune femme.

En effet, elle n'avait participé à une fête populaire, ou du moins seulement de loin. Elle se souvient encore de ce défilé à Innsbruck avec son affreux costume et son affreux mari à ses côtés. Cela ne lui avait pas laissé un bon souvenir, surtout qu'elle n'avait pu voir que le reste des festivités que de loin, ne pouvant y participer en tant qu'archiduchesse. Mais qui savait qui elle était vraiment au milieu de cette foule ? Pour Isabeau, et pour le reste des personnes qu'elle rencontrerait, elle serait Aline, jeune couturière chez Isabeau ici présente.

Il y avait déjà foule, la plupart avait revêtu des habits très colorés, bariolés, le genre qu'on ne met qu'à cette occasion. La musique résonnait fort et les gens dansaient. Cela avait un côté pittoresque et Aliénor était ravie de pouvoir voir ce jongleur de sabres de plus près, mais aussi ces danseurs avec une chèvre domestique qui tenait le chapeau où lancer les pièces. C'était amusant d'assister à tout cela, Aliénor était bien loin de Versailles, de la Cour et avait l'impression d'être dans un autre univers. Elle ne quittait pas Isabeau des yeux qui l'emmena près des roulottes.

« Considérez que cette journée est pour fêter le fait que vous êtes une de mes meilleures employées, et que j’ai très envie de vous remercier et de vous récompenser, autrement que simplement avec un salaire bien sûr. Puisque c’est la fête des fous, amusons-nous ! Regardez, voici la tente d’une diseuse de bonne aventure… Et si nous essayions ?
Je n'ai jamais vraiment cru à tout cela, j'ai cette éternelle impression que je vais rencontrer un sombre et bel inconnu. Mais allons voir ce que celle-ci nous dira ! »

Elles pénétrèrent dans la petite roulotte et trouvèrent une femme brune derrière sa table, pas l'air bien vieille et avec un large sourire sympathique qui les invita à s'asseoir, et fit commencer Aliénor, qui choisit donc sept cartes au hasard et regarda la voyante les disposer, les regarder et les intérpréter.

« Je vois … des problèmes, un puissant adversaire qui voudrait vous nuire, quelqu'un d'une grande volonté contre qui il faudra faire face, mais pas seule.
Je vais prendre la solution offensive et me battre, donc ! s'amusa Aliénor, tout en ne pouvant s'empêcher de penser que cela était bien vrai.
Il y a aussi un homme. Froid, ou venu du froid, arrivant de loin, pour vous. Un homme de grande volonté qui pourrait vous aider, voire plus. »

Aliénor se tourna vers Isabeau avec un petit sourire du genre "je vous l'avais bien dit". Elle n'y croyait pas vraiment, ses histoires avec les hommes n'ont jamais été de bons augures et elle doutait fortement que cet homme mystérieux n'allait pas forcément être mieux que les autres, même si la diseuse de bonne aventure insistait là-dessus.

« Dommage que vous ne pouvez pas non plus me dire son nom, cela m'éviterait de chercher, surtout s'il n'est pas nuisible. »

Ce fut au tour d'Isabeau de passer sous le coup des cartes, mais pas d'homme dans un premier temps, cela changeait comme prédiction. Les deux jeunes femmes sortirent de la roulotte un peu plus tard, assez satisfaites.

« J'avoue ne pas vraiment y croire même si elle se montrait convaincante. C'est l'histoire de l'agneau qui invite le loup à manger, c'est l'histoire du cochon apprenti-charcutier, c'est l'histoire du pigeon ... mais enfin bref, vous avez compris l'idée, c'est un peu un attrape-nigaud. »

On y croit ou non, c'est une question de point de vue ! Même si Aliénor, en dehors de l'homme inconnu, ne pouvait pas nier qu'elle était dans une situation délicate avec le vol de sa correspondance et son inimitié avec madame de Montespan ...

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La femme est un monde mystérieux, incompréhensible. Elle se désintéresse de la logique ordinaire et n'écoute que la voix de son cœur. C'est pourquoi l'homme n'arrivera jamais à sa hauteur...
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Pas de coeur, cela ne cause des troubles de l'humeur et c'est trop fragile. Car quand on le brise, ça fait si mal, un coeur.
Côté Lit: Je ne compte plus les hommes, seulement les pièces qu'il laisse une fois qu'ils ont fait leur affaire.
Discours royal:



    Ô la belle ÉPINE
    pleine de rose


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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   30.07.13 23:26

Rose, tu sors t'amuser ? Cela est trop rare pour ne pas être soulignée.
Tais toi Jeanne. Tu ressembles à quelqu'un qui aurait eu une indigestion de melons avec ton costume.


La répartie était cinglante mais il ne fallait pas embêter Rose. A la base, ce charivari ne l'emballait pas plus que cela, mais Catherine l'avait convaincue qu'elle pourrait y emmener Gabriel, pour un petit moment mère-fils. Il faut dire que depuis qu'elle était la surintendante de la maison de la favorite, du moins que son double princesse, elle n'avait plus le temps de grand chose. Et puisque les filles voulaient sortir, elle les aidait à se coiffer tandis qu'elle-même se baladait encore avec une robe de chambre de soie bleue nuit et le bonnet assorti. Elle tressa les cheveux de l'une d'entre elle, ferma la robe de l'autre avant de se préparer à son tour. Plutôt sobre dans ses robes au quotidien, Rose avait sorti une longue robe d'un rouge pétant, avec un nœud jaune à la ceinture, couleur qu'elle rappelait dans ses cheveux de jais par un chapeau confectionné par Jeanne. La robe était simple dans les coutures mais belle et colorée pour fêter cette journée.

Ce fut une nuée de jeunes femmes aux habits de toutes les couleurs qui sortirent de l'Île d'Or et s'éparpillèrent dans les rues de Paris, tandis que Rose s'en alla retrouver Catherine de Juigné à son domicile. Cette dernière l'attendait sur le pas de la porte, le petit Gabriel habillé d'un bleu pétant à ses côtés. Quand il vit sa mère, il lui sauta dans les bras et tous trois partirent vers les festivités. Que de monde, de chant, d'animations ! Le petit voulut toucher le feu du cracheur, porter un sabre qu'il n'arrivait pas à soulever, courut après des poules qui traînaient par là. Rose, pourtant une jeune femme sérieuse habituellement, riait à voir son petit bout s'extasier de tout et rien, tirant sa mère un peu partout pour lui montrer ce qui le faisait rire ou l'émerveillait. Puis, en une seconde à peine, le petit lâcha la main maternelle pour aller explorer la fête. La joie fit place à la panique et Rose se mit à chercher son fils partout, à se demander où il pouvait bien se trouver.

Après quelques minutes de recherche, elle le retrouva debout sur des tréteaux à jouer avec les plumes d'un chapeau du plus mauvais goût. Et lorsque l'homme se tourna vers le petit Gabriel, Rose eut une mine mauvaise de reconnaître Grégoire, mais elle était tellement soulagée de retrouver son fils. Elle ramassa ses jupes et s'élança vers son petit garçon alors que le gueux à plumes le descendaient des tréteaux.

Ah te voilà enfin ! S'exclama t'elle envers son fils, le souleva et le prit dans ses bras avant de regarder Grégoire. Il paraît que tu as un don envers les enfants, ils accourent tous vers toi …

Le ton était un peu plus dédaigneux. Il faut dire que Grégoire était du genre mauvais client potentiel : il était souvent là à faire son charmeur mais refusait de payer, tellement sûr d'être irrésistible.

On élit le roi des fous, postule, je voterais pour toi et ton chapeau ridicule.

Rose avait beau avoir un chapeau tout aussi ridicule, elle ne manquait jamais de piquant ni de mauvaise foi ! Et avec Grégoire, elle pourrait en avoir à revendre !

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Vous les femmes, vous le charme,
vos sourires nous attirent nous désarment.


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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   31.07.13 18:32

Près de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, Grégoire s'était arrêté au niveau d'un attroupement. Des enfants et leurs parents regardaient un spectacle de marionnettes. Il observa quelques instants les personnages qui parlaient d'une voix nasillarde. Les enfants n'avaient pas l'air d'apprécier ce spectacle, marquant leur ennui par des soupirs non dissimulés. Alors qu'il voyait des mères jeunes et accompagnant seules leurs enfants, Grégoire eut une idée. Il se plaça sur un côté, opposé à la petite scène improvisée munie d'un rideau où apparaissaient les marionnettes, et prononça d'une voix forte ces mots :

Je vais vous raconter une histoire ! Celle d'un homme horriblement horrible, et d'une bohémienne magnifiquement magnifique !

Les enfants et les parents se détournèrent du spectacle de marionnettes pour approcher Grégoire. Un grand sourire aux lèvres, celui-ci reprit :

Il y a des années, à peine cent ans après la construction de la cathédrale, une femme déposa un bébé devant les lourdes portes de Notre-Dame.Il prit une voix de conspirateur, dans le but de créer un effet de suspens dans l'assistance. Alors, celui dont dépendait la cathédrale, trouva le bébé et décida de s'en occuper. Mais cet homme était...méchant ! Et il regretta bien vite son geste généreux car l'enfant se révéla être difforme...il était bossu ! Frollo, son père adoptif, décida alors d'enfermer l'enfant dans la cathédrale. Jamais il ne devrait mettre un pied dehors. Les seuls amis du garçon étaient des gargouilles. Elles étaient gentilles et ils s'amusaient bien ensemble.

-C'est pas vrai, les gargouilles, ça parle pas ! lança un garçon pour faire le fier.

-Et toi, tu parles bien, alors pourquoi les gargouilles ne parleraient pas ? répliqua Grégoire.Mais l'enfant, observant la vie de Paris du haut de la cathédrale, rêvait de toucher le sol et de se promener comme tous les autres. Et un jour...Les enfants attendaient la suite avec impatience. Il descendit de la cathédrale et même, en sortit ! C'était charivari ce jour là ! Les Parisiens étaient en fête, tous déguisés, des masques cachant leur visage, des habits colorés les rendant méconnaissables ! Quel meilleur jour pour aller se perdre dans la foule colorée ? Les enfants crièrent de joie. On l'élit alors roi des fous, ce qui est une grande distinction, soit dit en passant, ne put s'empêcher d'ajouter le jeune homme. Mais alors, quelqu'un découvrit que l'horrible costume de Quasimodo n'était pas un costume ! Son secret découvert, il dut subir une honte que peu connurent. Frollo, qui reconnut son fils adoptif, ne fit rien pour le sauver du regard méprisant des Parisiens. Les tomates pleuvaient sur lui, on l'insultait ! Et là apparut la belle Esmeralda !” Grégoire attrapa un voile qui était tombé par terre et imita la bohémienne. Les enfants criaient de joie et les parents riaient.

Mais soudain, alors que Grégoire s'apprêtait à continuer son histoire, un lanceur de feu (sûrement un débutant) mit le feu à un paquet de paille qui se trouvait près du groupe aggloméré autour de Grégoire. Ses spectateurs s'enfuirent et Grégoire se retrouva seul. Il insulta le lanceur de feu qui prit ses jambes à son cou.

Le conteur sentit une petite pression exercé sur l'une des plumes de son chapeau. Il se retourna et vit un petit garçon perché sur des tréteaux. Il s'apprêtait à le prendre dans ses bras pour le poser à terre lorsqu'une furie le devança et prit l'enfant dans ses bras. Grégoire reconnut alors Rose, la belle Rose  qui refusait de lui offrir ses services gratuitement (ce que Grégoire ne comprenait pas, non, vraiment pas).

Il parait que tu as un don envers les enfants, ils accourent tous vers toi.

Cette remarque fit sourire le gueux. Les rumeurs allaient bon train à Paris, et tout le monde était au courant qu'il avait récupéré un bébé.
-Et la vérité sort de la bouche des enfants ! S'ils accourent vers moi, c'est que je suis fréquentable. D'ailleurs je ne me plains pas, là où il y a des enfants, il y a des femmes. Il fit un clin d'oeil à la fille de joie.

-On élit le roi des fous, postule, je voterais pour toi et ton chapeau ridicule.

Grégoire eut un éclat de rire.

-Merci de ton soutien ! Tu me donneras une récompense, si je gagne ? Le sous-entendu était parfaitement compréhensible. Mais si tu veux que je gagne, ne te présente pas, tu ferais une concurrente redoutable. Ton chapeau est aussi ridicule que le mien, et tu passerais facilement pour un homme en jurant comme une charretière, comme tu as l'habitude de le faire. Ton fils t'appelle maman, ou papa ?

Rien de méchant dans les paroles du gueux. Il avait juste trouvé une femme qui lui donnait du fil à retordre. Elle se refusait à lui, mais se plaisait à le provoquer. Il n'en fallait pas plus pour que des joutes verbales animent leurs rencontres.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   10.08.13 10:01

Fort heureusement après sa rencontre avec Michèle de Bergogne, plus déprimante que jamais et qui chose rarissime avait refusé ses fleurs , Blandine ne rencontra plus que des sourires au détour des rues. Elle même bondissait bien plus qu'elle ne marchait, tout en fredonnant les airs que quelques saltimbanques interprétaient. Il s'agissait pour la grande famille des artistes, qu'ils soient comédiens, jongleurs ou bateleurs d'un jour béni. Le carême leur interdisait généralement de se produire pendant une quarantaine de jours, l'Eglise étant très pointilleuse sur le sujet ... mais au diable l'Eglise et ses traditions pour aujourd'hui. Lorsqu'elle croisa d'ailleurs un catholique fervent qui se signait à la vue de cette foule enivrée, elle se plaça devant lui et lui lança avec un ton machiavélique :  

- Bonjour l'ami, as tu déjà dansé avec le diable au clair de lune ? C'est une expérience que l'on n'oublie pas, alors à ce soir d'accord ?

Et profitant du fait que l'homme soit tétanisé et muet, elle l'acheva en lui tapotant plusieurs fois la joue avec une compassion bien feinte.

- Tss tss, mon pauvre ami !

Et la comédienne repartit gambader à travers le tout Paris, prenant part aux festivités comme il se doit, achetant sans compter - et ce n'était pas peu dire pour elle - tissus pour costumes, pomme d'amour enrobée de chocolat et verre de vin chaud . En effet certains aubergistes vendaient jusque devant leur établissement, pour écouler leurs marchandises. Ils auraient eu bien tort de s'en priver. C'est devant l'une de ces tavernes grouillantes de monde, que Blandine passa devant des prostituées qui comptaient elles aussi rentabiliser leur journée. Certaines d'entre elles étaient déguisées pour se confondre dans la foule et étaient heureuses de l'être car comme pour tous, ce jour là n'était pas ordinaire. Blandine allait passer son chemin, tout en croquant dans le fruit qu'elle tenait au bout d'un bâtonnet, lorsque ses yeux se portèrent en particulier sur l'une d'entre elles. Celle-ci venait de raccompagner un client, et avait sa robe richement ornée - ou du moins les fausses pierres précieuses étaient très bien réussies - soulevée au dessus du postérieur. Blandine ne résista pas.

- Princesse, vous avez le derrière à l'air.

Et les gens rassemblés autour d'elle éclatèrent d'un rire franc. La prostituée rougit et se colla au mur de l'auberge, c'est alors qu'une femme d'une cinquantaine d'années en habit de religieuse sortit l'air très contrarié, un balais à la main.

- Filez d'ici tout de suite, vous allez faire fuir tous les clients !

Blandine crut bien que le vin qu'elle avait bu lui montait trop à la tête, était-ce bien une nonne qui parlait ainsi ou était-ce une personne déguisée ? Elle qui croyait tous les ecclésiastiques de tout sexe typiquement coincés, voilà qui aurait été très étonnant, stupéfiant même !

- Pardon ma mère, qu'est ce vous avez dit ? Vous n'êtes pas vraiment ce que vous prétendez être n'est ce pas ? L'habit ne fait pas la religieuse vous savez, madame la maquerelle.

Et elle rit légèrement en lui adressant un clin d'œil complice. Quel art du déguisement, on s'y laisserait prendre ! Elle aurait volontiers applaudi.

- Mère Plantin mademoiselle s'il vous plait ! Sachez que ceci n'est pas un costume, c'est ma robe de bure et mon voile de tous les jours. Vous pourrez me trouver d'ailleurs chez les carmélites ou ici-même si vous voulez vendre votre joli corps. Je suis sûre qu'on pourrait faire de bonnes affaires toutes les deux.

Et elle la détailla de haut en bas, Blandine ne savait si la farce continuait mais le regard de cette femme la gênait atrocement.

- Pour qui vous me prenez ?

Le visage de la nonne se figea à nouveau et elle lui donna tout à coup plusieurs coups de balais.

- Alors ouste, mes filles ne veulent pas perdre leur gagne pain ! Que je te revois plus par ici !

Blandine très agacée, leva le poing contre elle dès qu'elle fut hors de portée de ses coups.

- Mégère vas, tu mériterais que ...


Et sa mâchoire tout à coup se décrocha presque. Elle se mit même à courir, les yeux écarquillés. Là, au détour d'une impasse et non loin d'un afflux de personnes autour d'un moine, elle la vit. Elle poussa des gens pour en être sûre, elle la voyait de profil mais désirait la voir de face. Elle devait en avoir le cœur net. Elle se mit alors à prier le ciel en murmurant, à quelques pas d'elle.

- Emilie, si c'est toi, je t'en supplie, retourne toi, retourne toi.  

Et comme si elle l'avait entendue, l'intéressée lui fit voir son visage tandis qu'elle regardait le carrefour qu'elle-même venait d'emprunter.

Emilie de Vendières, la femme qu'elle aurait voulue comme belle mère après des années de veuvage de son père, la très chère amie de la famille se trouvait devant elle au cœur de la foule. Les larmes lui montèrent aux yeux et son cœur tambourinait à tout rompre de ce hasard qui la remettait sur sa route. Elle devait lui parler coûte que coûte, sans doute saurait-elle également lui donner des nouvelles de son père. Mais allait-elle la reconnaître seulement ? Alors, animée par cette volonté, elle abandonna sa pomme d'amour à un enfant et passa bientôt derrière elle en la contournant pour lui attraper le bras avec force. Elle ne lui laissait pas d'autres choix que de la suivre dans une petite ruelle jouxtant le carrefour. Lorsqu'elles furent enfin à l'abri des regards, tremblante, livide même, elle déglutit avant de lui demander dans un souffle suppliant :

- Dis moi que tu te souviens de moi malgré les années Emilie ...  
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   11.08.13 18:44

Émilie de Vendières était aux anges depuis qu'elle était tombée en plein cœur d'une fête aussi déjantée qu'inattendue, du moins pour elle qui était peu au fait de ce genre d'animation officiellement parce que par son mariage, elle avait quitté ce monde pour rejoindre celui qui ne se mêlait jamais aux pouilleux qui allaient et venaient dans les rues ce jour-là en défiant les représentants de l’Église, officieusement parce qu'elle vivait surtout dans son propre monde, fait d'enquêtes, de dissections anatomiques et de cercles libertins, sans compter que son cher petit abbé prenait un malin plaisir, le croyait-elle du moins, à ne jamais faire son travail et la prévenir quand il le fallait. Cela dit, le plaisir de ces festivités improvisées n'en était que plus grand et la Tyrolienne progressait dans une foule souriante et joyeuse – ce qui dénotait dans les rues de Paris dont les habitants n'étaient pas forcément réputés agréables –, ne sachant où donner de la tête car tout était nouveau et remarquable. Le seul visage qu'elle évitait volontiers, c'était celui de son abbé Malingre qui adoptait de plus en plus une tête qui ressemblait à celle du lapin qu'il tenait dans les bras, sauf qu'il n'avait pas peur du bruit et des mouvements mais bien des flammes de l'Enfer d'où semblait sorti tout ce beau monde, bien loin de la tenue, de la distinction et de l'hypocrisie propres aux ennuyeux qui portaient robes et tonsures. Pour le moment, sous le regard horrifié du jeune innocent qui recevait nombre propositions de demoiselles vêtues comme des marquises (Émilie trouvait les faux diamants tellement vrais qu'elle commença à songer qu'il n'était pas totalement impensable que les duchesses ruinées mais rutilantes aient finalement les mêmes fournisseurs que ces dernières) mais parlant aussi convenablement que les poissonnières des Halles dont Émilie avait malencontreusement fait la connaissance lors d'une dernière enquête, elle avait désigné à tout le monde l'abbé de Baignes qui avait pensé passer inaperçu dans cette populace bigarrée mais qui fut bientôt pris comme cible de nombreux quolibets.
- Madame Émilie, vous ne pouvez pas faire ça, si jamais il arrivait quelque chose à l'abbé, il pourrait peut-être m'en vouloir et..., protesta le bon petit Malingre à s'accrochant à sa maîtresse.
- Mais regardez-le ! S'exclama une prostituée à la langue bien pendue et au ton grossier, il fait sa mijaurée avec nous mais il est bien proche de la Bavaroise ! C'est ça, va-t-en, des petites garces dans ton genre, ça pullule dans les tavernes et sûrement des plus compétentes !
Les larmes aux yeux, Malingre voulut réclamer un peu de justice à sa maîtresse qui, tirant sur la laisse toujours autour du cou de son lapin, fila sans avoir prêté attention aux insultes. La mort dans l'âme, résigné et obligé, son souffre-douleur lui emboîta le pas.

Bien loin des états d'âme de son cher petit abbé, la dame de Vendières s'était approché d'un simulacre de combats entre deux hommes déguisés en duègnes de la reine, si bien déguisés d'ailleurs qu’Émilie pensa un court instant que c'était bien Gundred et Vulfetrude qui s'étaient matérialisées dans la fête ce qui n'était guère crédible avec leurs sursauts de vertu (même si après tout, Jean de Baignes étaient bien là). La voix haut perchée, les individus se lançaient des provocations qui faisaient mourir de rire la petite foule autour d'eux :
- En garde, espèce de vieille pute dégarnie !
Il aurait été intéressant de voir si l'un des deux allait mourir car Émilie aurait été ravie de récupérer le corps pour disséquer une fausse duègne mais elle préféra s'éloigner car la foule devenait fort oppressante. Ses manches avaient glissés sur ses épaules et elle allait les remettre pour avoir l'air plus ou moins présentable quand elle sentit son bras être saisi avec force, ce qui fit pousser un grand cri horrifié à l'abbé Malingre (la dame de Vendières avait toujours su qu'il était une parfaite sirène d'alarme mais hélas, il avait évidemment un temps de retard). De surprise, elle en lâcha la laisse et entraînée par son ravisseur, elle perdit du regard le bon abbé Malingre, resté sur place, le lapin blanc toujours dans les bras, les yeux révulsés. Ne vous y trompez pas, Émilie n'était en aucun cas effrayée, tous ses sentiments étaient masqués par le romanesque de la situation – qu'elle aurait trouvé bien moins romanesque si, en pouvant enfin voir le ravisseur de ses propres yeux une fois qu'ils furent arrêtés dans une petite ruelle plus calme mais à l'odeur déplaisante, elle ne s'était pas aperçue que le ravisseur en question n'était autre qu'une jeune ravisseuse à laquelle elle n'aurait pas donné plus d'une vingtaine d'années, ce qui la déçut en même temps qu'attisa sa curiosité.

- Dis-moi que tu te souviens de moi malgré les années, Émilie...
Au moins c'était une étrange entrée en matière pour expliquer un enlèvement et cette simple phrase laissa la dame de Vendières pantoise, ce qui n'était pas peu dire pour quelqu'un que rien ne paraissait devoir étonner. Que voulait-elle dire cette jeune fille avec ces si mauvaises manières ? Au premier abord, elle n'avait rien qui parût devoir remémorer quelques souvenirs du passé à Émilie mais son ton suppliant et la familiarité avec laquelle elle s'était adressée à elle avaient saisi son interlocutrice qui détailla les traits du visage de la jeune fille derrière son masque de Colombine dont elle s'était affublée. Elle était brune, plutôt petite et mince et pendant un instant, la mémoire d’Émilie se refusa à faire le lien. Elle eut une moue désolée pour commencer :
- Vous me voyez navrée, mademoiselle mais...
Mais elle ne put terminer et sa bouche s'ouvrit en un « o » de stupéfaction. Elle avait en effet aperçu l'éclat de ces yeux bruns et un instant de déjà-vu l'avait submergée. Des années auparavant, elle avait connu une petite fille, la chérie de son père, le riche et puissant Pisdoe avec ces mêmes yeux, ce même espoir quand elle s'adressait à celle qu'elle considérait comme une grande sœur car à défaut d'être toujours affectueuse, Émilie était intéressante pour les enfants avec lesquels elle s'amusait volontiers. Les Perrault, bien placés grâce à leurs postes au parlement, étaient des amis des Pisdoe et aussi loin qu'Emilie se souvenait, elle avait toujours connu la petite Blandine, jusqu'à sa disparition tragique. Pendant des mois, Émilie s'était lancée à sa recherche dans l'espoir de la ramener à son père mais son enquête avait été vaine et au fil des ans, alors que toutes les pistes s'étaient taries, s'il lui arrivait de songer à la jeune fille, elle s'était presque résignée, autant que pouvait l'être quelqu'un comme la dame de Vendières. Autant dire que la voir là était proprement improbable.
- Mais... Blandine, est-ce toi ?... C'est vraiment toi ?

Passé l'instant de stupéfaction, Émilie s'était ressaisie et un large sourire illumina ses traits alors qu'elle avançait une main vers la joue de la demoiselle pour s'assurer qu'elle était bien devant elle en chair et en os. Fort heureusement, elle n'avait toujours pas l'air la proie d'hallucinations ce qui l'aurait inquiétée sur sa pauvre santé si fragile.
- Que fais-tu ici ?... Non, enfin, je comprends c'est une fête tout à fait sympathique et je suis ravie de la découvrir, je ne m'y attendais pas du tout en sortant de mon hôtel et... Peut-être veux-tu te rendre à mon hôtel, es-tu fatiguée, mal en point ? Souhaites-tu du repos ?
Trop de questions se bousculaient dans l'esprit de la jeune femme aussi choisit-elle de s'interrompre un instant, encore abasourdie par ces retrouvailles si inattendues. Elle qui avait revu le père de Blandine quelques semaines encore auparavant, ce père si triste qui ne s'était jamais remis de la disparition de son enfant !
- Mais enfin... Je t'ai cherchée dans tous les endroits possibles et inimaginables, je n'ai jamais réussi à te retrouver, que s'est-il passé durant toutes ces années ? Tu ne peux savoir à quel point nous étions tous inquiets pour toi !
Non finalement, cette journée était marquée par le sceau des festivités et, plus étonnant encore, des retrouvailles !
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   12.08.13 0:20

La maquerelle avait été intransigeante en cette veille de charivari. Les affaires sont les affaires et le profit est le profit ! Haydée avait donc dû subir plusieurs clients au cours de la nuit. La fête du premier avril était trop importante pour qu'officiellement elle se contente d'un seul homme, c'est à dire Jérôme de Coigny. Mousquetaire qui d'ailleurs se trouvait actuellement sur le front et ne pouvait plus du tout lui rendre service en la couvrant aux yeux de la tenancière. A vrai dire, chaque matin depuis le début de cette guerre, non seulement elle s'éveillait le cœur chagriné en songeant à Arthur et bien entendu à son cousin, mais elle se trouvait donc de plus en plus salie. Peut-être aurait-elle dû écouter le corsaire breton et Ferdinand ? Peut-être n'était-il pas encore trop tard pour moins être tête de mule ? Peut-être devrait-elle accepter plus volontiers la protection que lui offrait Alaina of Cork ? Quitter ces lieux en somme. La seule qu'elle regretterait véritablement serait Rose.

La siamoise s'était endormie peu de temps avant l'aube, l'homme également. Elle n'avait pu le chasser de son chevet et il avait conservé sa place dans son lit. Elle aurait alors voulu lui asséner plusieurs coups de bâton pour qu'il parte, mais elle ne devait pas déplaire à la maquerelle avant d'avoir pris ses dispositions avec l'irlandaise.  Et pourtant cette résolution fut mise souvent à rude épreuve, son sommeil ayant été plusieurs fois entrecoupé par le lapement de l'horrible chien au museau enfoncé que l'inconnu avait amené avec lui. Quelle idée de se rendre dans une maison close en compagnie d'un animal ... L'homme avait-il des tendances étranges ? Cela n'était pas impossible.

Tout à coup, ce fut le coup de grâce et sa patience l'abandonna. En effet, le chien sans doute très possessif envers son maître et sans faire grand cas de la couverture, passa son museau sous les draps. Férocement, il lui mordit les fesses jusqu'au sang, ce qui lui fit pousser un cri suraigu. Jamais Haydée n'aurait cru qu'un si petit chien pouvait posséder des canines aussi pointues. Dans un bond, la jeune femme encore nue se redressa et sortit de son lit, prit le chien par son collier et le mit à la porte. Revenant vers son client avec colère, elle lui jeta à la face ses vêtements.

- Toi dehors et toi prendre horrible bête, avant que moi écrase son nez  !

Maugréant comme jamais, l'homme partit sans laisser un seul écu à Haydée. Elle s'en moquait bien, enfin elle pouvait respirer ! Mais hélas le sommeil l'avait abandonnée tout à fait. Il y avait la douleur bien sûr mais aussi la fête, elle en était toute excitée. En effet au cours de la journée, elle aurait quelques heures de tranquillité pour aller festoyer au charivari, en roulement avec les autres filles.  Depuis qu'elle avait appris que le carnaval allait avoir lieu, elle s'était mise à coudre un costume de cosaque, elle la si grande admiratrice du peuple russe et de son folklore surtout ! Sa mère lui avait toujours conté par le menu sa rencontre avec l'homme qu'elle avait aimé avant d'être capturée et vendue comme esclave. Par cet uniforme, elle rendrait hommage à ce soldat.

Mais avant de pouvoir s'habiller, et voulant profiter des premières lueurs - sans doute n'y avait-il personne dans les rues de si bon matin - elle descendit les escaliers en trombe, quitta la maison et gagna les bords de la Seine tout près. Là s'étant dévêtue de la simple chemise et jupe mises quelques instants plus tôt, elle plongea complètement nue dans le fleuve. Nous étions en  avril, l'eau ne devait pas atteindre les dix sept degrés, mais cela ne faisait guère peur à la Siamoise. Les hivers froids au Siam étaient bien plus rigoureux ! Le contact de l'eau parut la purifier et apaisa la douleur due à sa morsure. Elle nageait avec insouciance, lorsque certains passants se mirent à l'observer, les yeux écarquillés. Décidément les manifestations débutaient bien tôt dans ce pays, encore une fois cela était bien différent des festivités de son royaume où tout se déroulait vers les midis.  Rougissante, elle sortit de l'eau, tordit plusieurs fois ses cheveux et dissimulée derrière une charrette, remit ses vêtements à la hâte.  

Ayant regagné l'établissement et sa chambre, complètement débraillée, elle se sécha davantage puis  lentement revêtit son costume. Un costume bleu roi qui couvrait une chemise blanche, une fine ceinture pour cintrer la taille, des épaulettes militaires, des bottes noires lui allant jusqu'au dessus du genou laissant tout juste apercevoir son pantalon, et un bonnet noir en fourrure lui couvrant les cheveux. Elle se regarda dans un miroir et trouva qu'avec ce costume, elle pouvait avoir beaucoup de classe, mais n'était-elle pas très partiale après tout ? Elle était également ravie de constater que ce costume de cosaque pouvait la dissimuler aux yeux de tout espion de Louis XIV. Puis, allait-on la pourchasser au milieu d'une vaste foule déguisée et masquée ? Cela serait revenu à chercher une aiguille dans une botte de foin, malgré toute l'efficacité de la police du roi.  

Joyeuse - car les mornes pensées chez elle ne duraient jamais trop longtemps - et bien décidée à faire la fête, elle sortit à nouveau de la maison close mais cette fois-ci prit la direction de la plus proche avenue. Les étalages de fruits, de poissons et surtout de vin et de bière, étaient déjà dans presque chaque recoin de la ville. De la musique était jouée à chaque carrefour et des danses étaient improvisées. Haydée ne put résister à taper des mains pour rythmer l'une d'entre elle tandis que des inconnus s'initiaient à la farandole. Celle-ci achevée, la siamoise bifurqua alors à gauche et constata qu'un attroupement s'était formé autour d'un moine. Le malheureux ne semblait pas être apprécié par la population, curieuse d'en connaître la raison, la jeune fille prit le risque de s'approcher ... Qui était-il ? Que lui voulait-on ? Haydée ne se doutait pas encore qu'elle allait être bien plus mêlée à cette affaire, qu'elle ne l'aurait cru !

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   13.08.13 21:04

Aujourd’hui était un jour de fête pour tous les habitants de Paris. Le charivari était l’évènement de l’année attendu avec impatience aussi bien par les enfants que par leurs parents. Sophie ne pouvait qu’être ravie de cette occasion de se balader dans les ruelles de la capitale, de grignoter les spécialités vendues par les marchands ambulants, de boire une pinte avec des vieux amis rencontrés par hasard… La musique enjouée qui emplissait les rues apportait un rayon de gaité sur l’ensemble le quartier populaire. Il n’y a rien de meilleur de profiter de la vie lorsqu’on est jeune. La demoiselle avait utilisé toutes ses capacités de négociatrice auprès d’Amy of Leeds pour obtenir une journée de repos.  La dame n’avait pas l’air enchantée de se séparer d’elle pour la laisser profiter des festivités. Il faut bien avouer que bien des fois Sophie ne comprenaient pas les réactions de sa patronne. Enfin cela n’empêcher Sophie de l’apprécier malgré tout.

Après avoir vagabondé pendant plus d’une heure parmi les fêtards, Sophie se dirigea vers l’espace où étaient venues les consommations. Quelques tables et des chaises avaient été installées, improvisant une terrasse de taverne.
Alors qu’elle allait repartir sa bière à la main, Sophie croisa un groupe des hommes qui beuglaient des chansons à boire en faisant tourner leurs serviettes de table au dessus de leur tête. Bien éméché, un des compères l’apostropha avec un fort accent anglais, l’attrapa par la main et essaya de l’attirer vers lui.

Et toi, la mignonette, tu connaîtrais pas une chanson amusante hein ?

Essayant tant bien que mal de se dégager de l’étreinte imposée par cet inconnu complétement ivre, Sophie lui répondit avec un grand sourire moqueur.

Si, j’en connais une qui devrait vous plaire.  


Au trente-et-un du mois d’août (bis)
Nous vîmes venir sous l'vent à nous (bis)
Une frégate d’Angleterre
Qui fendait la mer et les flots
C’était pour attaquer Bordeaux !

Buvons un coup, mon ami(e),
Buvons en deux,
À la santé des amoureux !
À la santé du Roi de France,
Et merde pour le roi d’Angleterre
Qui nous a déclaré la guerre !


A peine avait-elle fini le refrain que les compères du malotru se levèrent en chœur, renversant bruyamment leurs chaises. Les regards de tous les passants et autres consommateurs se tournèrent vers Sophie et la bande d’ivrognes outrés. Dans l’agitation générale, Sophie se libéra et l’étreinte de l’inconnu et recula le plus possible. Elle se retrouva coincée par d’autres clients.

Quoi ? Elle ne vous plait pas ma chanson ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la jeune femme n’avait pas la langue dans sa poche ! De plus, elle maitrisait l’art de la provocation depuis bien des années. Les quatre hommes semblaient prés à en découdre. Son petit effet avait était réussi, dit-donc ! Oseraient-ils cependant s’en prendre à une femme devant tant de témoins ? Sophie en doutait, mais rien n’était certain. Maintenant, il lui fallait se sortir de ce mauvais pas.

Des petites garces dans ton genre, ça pullule dans les tavernes et sûrement des plus compétentes !Lui répliqua rageusement un des trois acolytes de l’homme qui l’avait interpellée précédemment.

La partie semblait bien mal engagée. Il lui fallait s’éclipser tout de suite sinon les événements risquaient de ne pas évoluer en sa faveur…

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   14.08.13 15:24

A une certaine distance d'elle, Benoît continuait à surveiller Sophie Atlan. Le marquis faisait peut-être fausse route, sa cousine par alliance semblait avoir toute confiance en la donzelle, mais lui l'avait vue bien trop de fois prêcher ses idées révolutionnaires au cours de ses missions. Des idées qui pouvaient être très dangereuses, il était peut-être temps de donner une leçon à cette lectrice qui osait s'élever un peu trop contre Louis XIV et son pouvoir tenu de Dieu. Evitant de raser les murs pour se rendre trop suspect il s'arrêtait parfois dès qu'elle tournait la tête dans sa direction, à certains étalages pour acheter fruits ou légumes, ou encore panier en osier dont il n'aurait jamais l'utilité. Il les offrait aux nécessiteux dès qu'il en croisait.

Soudain la filature tourna court par la force des choses, puisque Sophie s'arrêta dans une taverne pour y prendre une bière. Le souvenir de Megan trempant ses lèvres dans ce genre de broc dégoûtant, et crachant le breuvage doré comme une véritable souillon lui fit avoir un frisson dans le dos. Il faut dire que l'établissement n'était pas vraiment l'endroit rêvé pour ce raffiné notoire. Pourtant, il ne pouvait rester ainsi immobile dans la rue, aussi il s'approcha comme s'il avait été un client et en pénétrant à l'intérieur, il avisa une porte sur le côté. En se mettant derrière celle-ci par le trou de la serrure, il était presque certain qu'il pourrait tout voir de ses faits et gestes. L'angle était bon. Il s'avança alors vers le propriétaire.

- Holà l'aubergiste, c'est bien ta cave qui est là ?
- Si fait monsieur.
- Figure toi qu'aujourd'hui j'ai soif, très soif et je ne me contenterai pas d'une bouteille, je t'offre deux louis pour descendre à ta cave.

Piochant dans les poches de son habit hindou deux pièces d'or, il les lança sur le comptoir du tenancier. Celui-ci lui fit alors plusieurs courbettes.

- Monseigneur, le vin de ma maison est à vous. Venez, je vous ouvre.

Guettant toujours Sophie, le tavernier fit tourner sa clef et lui céda le passage. Benoît descendit les marches de la cave déjà titubant, et attrapa un verre pour se diriger vers les tonneaux. Mais dès que son interlocuteur tourna les talons pour servir les clients, il remonta les escaliers et colla son œil à la serrure. En effet, il la voyait merveilleusement bien et il l'entendait aussi.  Lorsqu'elle se mit à chanter cet air bien connu, Benoît ne put s'empêcher de grimacer. La donzelle se mettait dans de bien vilains draps. Le charivari n'était pas seulement la fête du premier avril pour le peuple de Paris. Celui-ci  ne voulait plus songer à ses morts et surtout à cette guerre, on anesthésiait la douleur de chacun par un oubli de vingt quatre heures, un oubli dans l'ivresse ! Sophie par cette chanson rappelait leurs mauvais ou même peut-être leurs pires souvenirs, et les combats avec les anglais. Peut-être ces hommes qui commençaient à l'entourer dangereusement avaient-ils même été sur le front ? Il était périlleux de provoquer des gens ivres.

- Quoi ? Elle ne vous plait pas ma chanson ?

Il ne fallut pas longtemps à la jeune fille pour comprendre qu'en effet, le chant n'était pas du goût des clients. L'un l'avait ceinturée mais elle s'était dégagée de son emprise, pourtant la proximité des passants n'allait sans doute pas leur faire peur. Elle était seule ... Enfin presque, n'était-il pas là lui ? Oui mais n'était-il pas tenu à la plus stricte inaction par son médecin ? Il lui obéissait peu c'est vrai, si le lendemain il avait dû se rendre à un duel il l'aurait fait, s'il avait dû tuer un ennemi du roi, il l'aurait fait, mais se battre un jour de fête contre une bande d'ivrognes crasseux, il n'y tenait guère. Alors il fit plutôt appel à leur point faible avant que leur rage ne fasse trop de dégâts, les insultes commençant à pleuvoir sur Sophie. Ouvrant la porte joyeusement, il s'avança vers eux son gobelet à la main. Tapant presque amicalement le dos d'un d'entre eux, il trinqua en faisant tinter son verre contre le sien.

- Hé les amis pourquoi se contenter de la terrasse quand la cave est là. Aubergiste, je paie la tournée à tout le monde.  En plus, il y a du jambon dont vous me direz des nouvelles en bas. Allons y ! La joie de vivre et le jambon, y'a pas trente-six recettes du bonheur !

Face à l'appel de l'alcool ils ne résistèrent pas, abandonnant là Sophie sur cette terrasse improvisée. Lui en revanche, n'était pas prêt du tout à la laisser partir, il fallait lui donner une petite leçon, peut-être que la prochaine fois, elle serait moins culottée et y réfléchirait à deux fois ! A grand pas, il la rejoint et  saisit avec force les poignets de Sophie. Grâce à son nœud coulant dans sa ceinture - qui ne lui servait pas qu'à étrangler -il  lui noua les poignets avant de l'attacher à la porte. A moins de s'enfuir avec la porte, la donzelle ne pouvait rien faire.

- C'est le jeu ma pauv'Lucette ! Vous avez joué, vous avez perdu. Ça c'est pour m'assurer que vous filerez pas en douce, désolé d'être si goujat ! Je m'occupe de ceux là et je vous ramène à votre patronne !

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   05.09.13 18:13

-Monseigneur ! Monseigneur !
-« Mon père », ça suffira….qu’y-a-t’il encore, Vaulry ? Jean de Baigne releva la tête de son bureau, le regard las. Ce valet n’était pas un mauvais bougre, mais sans même parler, il provoquait un immense sentiment de lassitude que seule sa vocation lui faisait pardonner.

-Je crois que vous devriez remettre votre retour à Versailles, répondit en rougissant le valet face au regard résigné de l’aumônier. Nous sommes le 1er avril…
-Je ne vois pas le rapport, Vaulry,  soupira Jean en replongeant dans la missive que lui avait fait parvenir le père Rotrou. D’ailleurs, vous avez un poisson pourri dans le dos ?
-Non pourquoi ?
-Pour rien. Bon. Pourquoi remettre mon escapade ? Je ne vois pas en quoi quelques festivités gêneraient la traversée de Paris ! Je prendrais un chemin plus calme, voilà tout.

Jean, en se levant pour ranger ses lettres et passer une cape de voyage, ne pouvait imaginer combien il se mordrait les doigts d’avoir si peu cru en la parole de son valet, si peu dégrossi soit-il. Les fêtes de rue n’étaient pas dans son programme depuis son adolescence, rien ne pouvait le pousser à en rejoindre une !
-Au lieu de m’ennuyer avec ces considérations païennes, Vaulry, file plutôt prévenir le cocher que je suis prêt.
-Êtes-vous sûr, monseigneur ? Le gamin plongea dans un baquet d’eau glacé lorsque Jean le dévisagea sans un mot et sans attendre son reste, dévala l’escalier de la maison pour prévenir le cocher.

-Nous passerons par la rue Saint-Marc, mais vous savez, avec ce charivari, je ne sais pas si nous pourrons aller bien loin !
-Faites au mieux, je ne suis pas pressé, la reine attendra, lança Jean au cocher avant de se renfoncer dans le siège du cabriolet. Un charivari ! En plein Paris ! Décidément, la Reynie devrait œuvrer deux fois plus pour nettoyer la ville de cette racaille païenne…Un charivari alors que Pâques avait à peine sonné, n’avait-on pas idée ! Que faisaient donc ces gens de leur foi, eux qui pourtant étaient les premiers à fréquenter les églises !
Sombre, Jean avait décidé de fermer le rideau pour ne pas avoir à subir ce spectacle renonçant à toutes les règles religieuses, mais les musiques, les rires et les chants lui parvenaient néanmoins, le forçant à refermer son bréviaire qu’il avait essayé de lire.

La petite voiture s’arrêta soudainement, et une clameur monta, s’amplifia, faisant sursauter l’aumônier.
-Que se passe-t-il,  cria-t-il vers le cocher, dans la mêlées des cris et des rires ?
-Des paysans, mon père ! Enfin…des gens déguisés en paysans !
-Ah, mais la condition paysanne, j’me la taille en biseau, voyez ! Faites au mieux, c’est un enfer ici !
-J’fais c’que j’peux, mon père,  cria le cocher, malheureux gaffeur qui n’avait réalisé que vingt pais d’oreilles s’étaient dressées vers lui.
Exaspéré, Jean tira le rideau pour voir l’état de la situation. Impossible de continuer à pieds, pas dans cette fête ! Il passa la tête par la portière, tentant de cacher son habit sous sa cape, mais c’était sans compter sur un satyre de mauvais augure qu’il avait eu la malchance de croiser de nombreuses fois dans les couloirs versaillais. La dernière personne par qui il aurait souhaité être reconnu. Etait-ce d’ailleurs vraiment un costume bavarois qu’elle portait ?
-Oh un abbé !  

Le cri avait été lancé dans un moment de relatif calme, et ce ne fut plus vingt, mais cent ou deux cent pairs d’yeux et d’oreilles qui se tournèrent vers le pauvre abbé renfoncé dans l’habitacle de la voiture.
Il entendit soudainement des pas sur le siège du cocher, les cris de protestations de celui-ci et se signant par instinct, recula jusqu’au fond de l’habitacle…oubliant la seconde porte qui fut bien rapidement ouverte.
Un flot bariolé s’engouffra, le tirant, le sortant, le poussant hors de la voiture pour l’amener au cœur de la fête maudite. On lui ôta sa cape qu’on lança dans la foule et des clameurs s’élevèrent.
-Je suis attendu, tenta douloureusement Jean sans entendre sa propre voix….rendez-moi ma…..s’il vous plaît….je….
-ON A UN CURE, lança-t-on alors dans la foule, cri bientôt suivi d’une immense clameur générale, alors que Jean, tel un pantin, se faisait embarquer dans le charivari.
-Ah ! Ils veulent nous imposer leur triste mine, vite vite Arlequin ! Ta cape !
-La seule religion ce soir est celle de la fête des fous, du plus grand charivari parisien ! Halte au te Deum, vous verrez ce soir la plus belle procession du tout Paris ! Passez-vous l’abbé !
Jean se fit tirailler de tous côtés, alors qu’on lui attachait une cape bariolée sur le dos, qu’on lui arrachait son col blanc, ignorant ses cris de protestations. Il cru même sentir qu’on lui collait un poisson dans le dos, lorsqu’il entendit les rires de la foule en délire.

-Eh vous savez quoi, lança une voix plus forte que les autres, imposant soudainement le silence à ceux qui l'entouraient. On va marier l'curé!
Une immense clameur monta de tous côtés et aux curieux qui se demandaient de quoi il en retournait, on fit bien vite passer le message.
-Apportez une mariée, une estrade et un prince des fous! On va marier l'curé!
Dans les rires et les chants des parisiens, Jean se senti embarqué loin de la voiture, loin des habitations décentes et de tout ce qui pouvait encore à peu près le sortir de là....!



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Le bréviaire:
 
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   13.09.13 0:55

Le carrosse s'enfonçait avec difficulté dans les rues parisiennes, les roues sans cesse arrêtées par des groupes de gueux qui fêtaient on ne savait trop quelle célébration de leur crue à grand renfort de déguisements – bien moins raffinés que ceux de la fête d'anniversaire de l'ambassadeur Contarini... C'était dire qu'il y avait du niveau ! – et d'alcool qui coulait à flots dans un brouhaha qui aurait pu donner la migraine à n'importe qui. Ou pas totalement n'importe qui d'ailleurs puisque ce fut le visage de Gabrielle de Longueville qui se pencha à la petite fenêtre de son véhicule après un énième arrêt à cause d'un encombrement, malgré les ordres donnés au cocher de ne pas hésiter à rouler sur le petit peuple au besoin (qui était trop nombreux apparemment, à un point que c'en était effrayant). La jeune femme eut une moue méprisante en penchant sa tête sur les quelques personnes qui passèrent sur les flancs de sa voiture, lesquelles éructaient des phrases sans nul sens et avaient des manières si grossières qu'à côté la fameuse fête d'anniversaire de Contarini passait pour policée et raffinée. Non sans leur avoir jeté un dernier regard dédaigneux, la nouvelle duchesse de Valois recula sur son siège et poussa un soupir exaspéré. Difficile de croire que c'était dans l'esprit (bien tordu) de cette noble dame-là que se formait l'idée de provoquer un soulèvement populaire pour tenter de faire vaciller le trône de l'usurpateur qui mettait sa vie en danger loin, sur le front lorrain mais pourtant, à la pensée des bonnes nouvelles apportées par sa chère Perrine après la rencontre de cette dernière avec un véritable gueux qui avait l'étoffe de prendre la tête de cette révolte, un léger sourire s'esquissa sur les lèvres de Gabrielle de Longueville alors que son visage regagnait l'ombre propice à dissimuler ses traits.

Le carrosse s'ébranla à nouveau et gagna même un peu de vitesse quand le gros de la foule fut passée, trop occupée à rejoindre l'une des places de la capitale où ils étaient bien capables de procéder à une quelconque diablerie (impliquant d'ailleurs un abbé et une Siamoise en fuite mais cela Gabrielle préférait l'ignorer), se rapprochant de plus en plus de sa destination finale, à savoir l'hôtel des Longueville où Gabrielle s'était installée le temps que son époux ne revienne de guerre, profitant de sa réconciliation – et de l'absence momentanée – de son frère, pouvant ainsi toujours veiller sur l'encombrante petite fille qu'elle avait enlevé à Amy of Leeds et dont elle attendait le moment approprié pour se servir d'elle. Mais la jeune femme, à quelques rues des Tuileries, frappa un coup derrière elle pour que le cocher s'arrête à nouveau. Son regard croisa un instant celui qui se trouvait en face d'elle mais l'éclat métallique des pupilles de son garde du corps, Ulrich de Sola, ne reflétaient qu'ennui et indifférence à ce qui pouvait bien se passer autour de lui. Quiconque d'autre que Gabrielle aurait pu en être effrayé mais la duchesse de Valois avait le cœur assez froid pour ne pas se laisser impressionner par la haute stature du Danois et sa réserve, faisant d'autant plus confiance à sa méthode et à sa précision. Néanmoins, elle se détourna vers la jeune fille brune installée à ses côtés et lui adressa un large sourire qui n'avait rien de sympathique même si elle était réellement attachée à Adélaïde de Vogüé qu'elle avait elle-même fait rentrer dans l'organisation d'Hector.
- C'est désormais à vous de jouer, Adélaïde, lui fit-elle d'un ton léger comme si elle lui avait demandé de relancer les dés lors d'une partie à la table de la reine à Versailles, nous comptons sur vous pour nous apporter les informations que nous désirons. Vous pouvez sortir sans risque ici et vous fondre dans la foule sans aucun problème.
Elle s'interrompit un instant alors que passaient quelques gueux non loin du carrosse comme le prouvaient les voix qui résonnaient dans l'habitacle. Quand elle s'adressa à nouveau à la demoiselle, ce fut d'un ton plus pressant et plus grave dont l'éclat d'excitation était facilement perceptible :
- Il faut absolument que vous preniez le pouls des Parisiens, que pensent-ils du roi et de cette guerre qui les affame et envoie des jeunes gens se faire tuer pour des intérêts qu'ils ne comprennent pas ? N'hésitez pas à leur sortir des petits discours de ce type pour voir s'ils réagissent.
La duchesse se pencha vers Adélaïde pour ajouter avec un sourire torve :
- Et surtout, dites-moi s'ils seraient prêts à prendre les armes pour soutenir leurs revendications. Avez-vous des questions ?
Satisfaite de la réponse apportée par sa protégée, elle fit un petit geste en direction d'Ulrich de Sola qui se pencha et ouvrit la porte du carrosse pour que la demoiselle de Vogüé puisse se glisser dehors.
- Je vous attendrai dans mon hôtel, lui lança une dernière fois Gabrielle, je compte sur vous.
Puis la porte claqua sur Adélaïde, donnant ainsi le signal du départ à la voiture.

Cette dernière s'élança à nouveau, éclaboussant de boue des gueux qui passaient et qui levèrent le poing de colère sur le passage de la duchesse qui ne s'en préoccupa pas le moins du monde. En jetant un regard à l'extérieur, elle constata que le cocher avait emprunté des voies détournées pour atteindre l'hôtel de Longueville, probablement parce que le passage était bouché dans les rues les plus fréquentées, ce qui ne l'inquiéta pas outre mesure. Une moue songeuse s'était formée sur ses lèvres et sans qu'elle ne s'en rendît compte, elle posa une main sur son ventre. Il était plat mais depuis quelques jours déjà, même si seule Perrine était au courant, le doute n'était plus permis, elle attendait un enfant. Elle se mordit la lèvre à la pensée du regret qui s'était formé dans son cœur quand elle songeait qu'elle aurait aimé porter celui d'un tout autre homme, homme avec lequel elle avait rompu tout lien voilà des mois, surtout que c'est ce sentiment d'exultation et de joie malsaine qui aurait dû dominer, celui de savoir qu'elle allait donner un héritier au véritable roi de France et qu'elle avait en son sein le sang des Valois. Il ne lui faudrait pas tarder à l'annoncer à Hector qui ne manquerait pas d'en être heureux et de mettre au point sa stratégie pour se débarrasser de l'usurpateur, car Gabrielle qui le connaissait bien n'imaginait pas un seul instant qu'il n'en eut pas. Elle leva les yeux sur Ulrich devant elle pour demander d'un ton badin, afin de faire la conversation et refouler les pensées qui venaient à son esprit :
- J'ai cru entendre dire que vous étiez père, baron ? Comment votre épouse vous l'a-t-elle annoncé ?
Elle allait lui expliquer que ce problème se posait à elle-même quand le carrosse s'arrêta de nouveau brutalement dans une ruelle peu large où on entendait des chants avinés.
- Oh, pourquoi est-ce que ce maudit cocher stoppe-t-il encore ? Demanda Gabrielle d'un ton exaspéré, en levant les yeux au ciel, tout en s'apprêtant à se pencher par la fenêtre pour aller expliquer sa façon de penser au laquais.
Elle était loin de se douter qu'elle mettait là sa vie – et celle de son enfant – en danger.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   18.09.13 18:52

Ce soir-là, il n’était pas question pour Adélaïde de Vogüé, comme toute jeune fille famille vivant à Paris, de demeurer bien tranquillement assise au coin du feu, à lire l’Astrée d’Urfé ou à broder quelque mouchoir inutile, en regardant par la fenêtre, de temps à autre, le charivari, dans la ville, qui tireraient de n’importe quelle douce colombe des airs horrifiés. Non. Fi de Melchior, de Benoît son presque fiancé et des principes de sa douce mère! Ce soir-là, mademoiselle de Vogüé, ou plus précisément Céline Robillard, lingère au Palais-Royal, allait en être une actrice. Préparant comme d’habitude bien soigneusement son rôle, elle avait alterné perruques, faux nez, fards, la mouche à la « coquette » juste au-dessus de sa bouche, ainsi qu’un costume de gitana pour bien entrer dans le charivari. Imitant les airs de Lucie Frot, comédienne chez Molière et spécialiste dans les malicieuses soubrettes, la blonde et angélique Adélaïde méritait bien l’épithète de « morena » des Espagnols, avec sa peau brunie et ses cheveux noirs et bouclés. Fin prête, elle descendit l’escalier menant à sa chambre, comme à son habitude le plus discrètement possible, histoire de ne pas éveiller les soupçons de domestiques importuns. La jeune fille allait ouvrir une porte dont on ne se servait plus guère pour sortir au dehors quand une voix l’arrêta :

- Où croyez-vous donc aller, mademoiselle?

Le coeur d’Adélaïde faillit arrêter de battre. Elle ne laissa cependant pas voir son trouble, et, le plus calmement du monde, elle se tourna en direction de la voix. En voyant le visage malicieux de la vieille marquise d’Ambres, elle eut l’impression de fondre de soulagement. Elle esquissa même un sourire pour sa maîtresse, qui, de ses mains ridées mais en aucune façon tremblotantes, lui tendaient deux flacons.

- Voilà deux petites substances qui vous seront bien utiles. Pour le flacon vert, il suffit de verser quelques gouttes dans le dos de la personne pour qu’elle ait des démangeaisons insupportables. Et, pour le flacon bleu, quelques gouttes dans n’importe quel breuvage ou nourriture les plongera dans un profond sommeil et leur fera oublier tout ce qu’ils auront vu la veille.

Sans mot dire, son sourire parlant pour elle, Adélaïde se saisit des flacons, pendant que, presque aussitôt, Mme d’Ambres s’enfonçait dans l’ombre. Comment avait-elle su que… Parfois, la demoiselle se demandait si la vieille dame n’était pas un peu comme les sorcières dont elle avait tant entendu parler dans les contes… Une sorcière à l’apparence bien inoffensive, mais Dieu savait qu’il valait mieux l’avoir de son côté, à tout prix! Et encore Dieu merci, c’était bien le cas d’Adélaïde, qui bénéficiait de ses bonnes faveurs. Mais, ne perdant plus de temps, la jeune femme ouvrit enfin la porte pour se précipiter vers le lieu de rendez-vous fixé par Gabrielle. Elle avait bien intérêt à ne pas trop la faire attendre. Adélaïde, malgré une imagination extrêmement fertile, était incapable de placer la duchesse de Valois dans le contexte du charivari, au milieu de tous ces gueux… Elle en ferait une syncope, certainement! Gabrielle avait beau être son amie, Mlle de Vogüé savait bien qu’il valait mieux ne pas trop la faire attendre. Elle passa donc tant bien que mal à travers la foule, oubliant ses préceptes de demoiselle bien élevée pour donner quelques bons coups de coude, lancer même de temps en temps quelque juron histoire de bien entrer dans son rôle et ne pas laisser échapper un « excusez-moi » trop poli pour une gitana. Lorsqu’un hurluberlu la serra un peu trop près, elle n’hésita pas à lui flanquer une bonne claque pour aussi s’esquiver, légère comme l’air, pour se faire perdre de vue dans la foule et enfin apercevoir le carrosse de Gabrielle. Elle cogna à la portière, ses mille et un bracelets revêtus pour l’occasion cliquetant en même temps. Devant le regard soupçonneux et assez peu papa-gâteau d’Ulrich de Sola, qui devait certainement jouer les gardes du corps pour l’occasion, Adélaïde eut le courage de lui adresser un sourire mutin, ce que bien des donzelles comme elle n’auraient jamais osé faire devant le regard de fer du Danois… De toute façon, c’était bien le signe qu’il ne l’avait pas reconnue!

- Allons donc, il faut croire que je suis bien déguisée! Dit-elle d’une voix basse, mais où on pouvait bien la reconnaître. Je crois que vous ne ferez pas d’objection à ce que je monte, monsieur de Sola.

Répondant au petit sourire que lui adressa Gabrielle lorsqu’elle entra enfin dans le carrosse, Adélaïde s’installa bien confortablement pendant que le cocher fouettait les chevaux et que, tant bien que mal à cause de la foule, il avance. Dehors, en effet, le charivari battait son plein. En voyant un curé papiste se faire prendre par les badauds et dont on menaçait de le marier, Adélaïde retint un éclat de rire assez peu convenant devant Gabrielle. Dommage, elle ne pourrait pas assister à une pareille diablerie dont Garance et elle-même en mourraient de rire derrière leurs éventails, lorsqu’Adélaïde lui en ferait le récit. Elle préféra plutôt se concentrer sur le pourquoi de sa présence : la révolte populaire que préparait la duchesse de Valois. Un bien beau projet, d’ailleurs, qui consistait à soulever le peuple de Paris contre le Roi, histoire de l’ébranler et de lui rappeler les trop mauvais souvenirs de la Fronde. Connaissant d’ailleurs le talent d’Adélaïde pour se fondre dans la populace sans même qu’on la reconnaisse, elle avait donc décidé de faire appel pour ce jour-là. Gabrielle n’en avait parlé qu’évasivement, et lui avait justement fixé rendez-vous dans le carrosse pour lui donner plus de détails.

- C'est désormais à vous de jouer, Adélaïde, lui fit-elle d'un ton léger comme si elle lui avait demandé de relancer les dés lors d'une partie à la table de la reine à Versailles, nous comptons sur vous pour nous apporter les informations que nous désirons. Vous pouvez sortir sans risque ici et vous fondre dans la foule sans aucun problème.

- Je saurai satisfaire tous vos désirs, madame, continua sur le même ton Adélaïde, avec le sourire malicieux d’une enfant qui s’apprête à faire une bêtise et qui en est fière.

- Il faut absolument que vous preniez le pouls des Parisiens, que pensent-ils du roi et de cette guerre qui les affame et envoie des jeunes gens se faire tuer pour des intérêts qu'ils ne comprennent pas ? N'hésitez pas à leur sortir des petits discours de ce type pour voir s'ils réagissent.

Le ton de Gabrielle était devenu plus grave, plus pressant, et son excitation, bien que moins visible que celle d’Adélaïde, devait certainement être aussi grande sinon plus, tant elle était palpable.
Avec un sourire menaçant qui n’intimida pas le moins du monde la demoiselle de Vogüé, elle ajouta enfin :

- Et surtout, dites-moi s'ils seraient prêts à prendre les armes pour soutenir leurs revendications. Avez-vous des questions ?

- Pas du tout. Ce sera facile, lança Adélaïde avec un air de défi.

Satisfaite de la réponse apportée par sa protégée, Gabrielle fit un petit geste en direction d'Ulrich de Sola qui se pencha et ouvrit la porte du carrosse pour qu’Adélaïde puisse se glisser dehors.

- Je vous attendrai dans mon hôtel, lui lança une dernière fois Mme de Valois, je compte sur vous.

Puis la porte claqua sur Adélaïde, donnant ainsi le signal du départ à la voiture, la laissant là, dans la jungle qu’était Paris en ce charivari… Bien que la demoiselle, que nous appellerons désormais Céline, n’était pas effrayée le moins du monde. Résistant à l’envie d’aller voir le mariage du curé, elle se fraya un passage dans la foule, criant à qui mieux-mieux pour passer inaperçue, malgré l’étrangeté d’un tel moyen. La nuit promettait en rebondissements!

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Pas de coeur, cela ne cause des troubles de l'humeur et c'est trop fragile. Car quand on le brise, ça fait si mal, un coeur.
Côté Lit: Je ne compte plus les hommes, seulement les pièces qu'il laisse une fois qu'ils ont fait leur affaire.
Discours royal:



    Ô la belle ÉPINE
    pleine de rose


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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   19.09.13 22:49

Rose ne s'attendait pas à croiser Grégoire, encore moins avec son fils ! Il était évident que le roi des gueux avait une envie de cumuler les mandats et d'être roi des fous, ou tout simplement de profiter de la fête comme tous les parisiens aujourd'hui. Mais de toutes les personnes de l'assistance, il avait fallu que son petit Gabriel aille vers lui. Le destin était tout de même mal fait, même si les enfants venaient facilement à Grégoire. L'histoire qu'il avait trouvé un enfant sur le pas de sa porte avait dû tourner dans Paris en une journée !

Et la vérité sort de la bouche des enfants ! S'ils accourent vers moi, c'est que je suis fréquentable. D'ailleurs je ne me plains pas, là où il y a des enfants, il y a des femmes.
Tu ne perds pas le nord ! lança Rose, ironique au possible.

Elle déposa Gabriel au sol et lui tenait fermement la main pour ne pas qu'il reparte de la sorte, elle avait eu trop peur et savait qu'il y avait des gens peu fréquentables dans cette assemblée, des voleurs d'enfants. Si Grégoire n'en  était pas un, cela ne voulait pas dire qu'il était fréquentable, loin de là selon la jolie prostituée ! Elle ne pouvait supporter cet homme qui se croyait un peu trop au-dessus des lois.

Merci de ton soutien ! Tu me donneras une récompense, si je gagne ?
Dans tes rêves, comme d'habitude ! Répondit-elle ayant parfaitement compris l'allusion.
Mais si tu veux que je gagne, ne te présente pas, tu ferais une concurrente redoutable. Ton chapeau est aussi ridicule que le mien, et tu passerais facilement pour un homme en jurant comme une charretière, comme tu as l'habitude de le faire. Ton fils t'appelle maman, ou papa ?
Je te remercie des compliments, cela me touche, dit-elle en faisant semblant de minauder avant de redevenir un peu plus sérieuse, et ton enfant tombée du ciel, où est-elle ? J'espère que tu ne l'as pas échangée contre tes vêtements, de toi à moi, tu te serais fait berner.

Elle pourrait tourner les talons avec son fils, continuer ce charivari en s'amusant, mais il est vrai que Grégoire l'inspirait quant à une joute verbale, il ne baissait jamais les bras, il voulait avoir le dernier mot ... comme Rose en fait. Ils auraient pu bien s'entendre, ils se ressemblaient sur de nombreux points, mais il y avait ce je-ne-sais-quoi qui les en empêchaient, Rose vous dira que c'est le sale caractère de Grégoire et cette manie de lui faire des sous-entendus un peu graveleux qui le rendait insupportable ! Et pourtant, elle en rajouta une couche, avec un grand sourire moqueur.

C'est bien ce genre de fête, c'est que certains n'ont pas besoin de déguisement pour concourir au roi des fous. Elle le détailla des pieds à la tête avant de rire. Tes concurrents vont mordre la poussière, c'est même certain.

Elle savait qu'il allait répliquer, et elle en profitait avant que son fils ne veuille aller voir ailleurs, les enfants aimaient rarement faire du sur-place, surtout avec des conversations d'adultes.

______________________


Vous les femmes, vous le charme,
vos sourires nous attirent nous désarment.


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Côté Coeur: Bof, on l'a déjà pas mal piétiné, alors un peu plus un peu moins, on s'y habitue vous savez !
Côté Lit: Moi, mes comptes et mes dossiers. Pas ou peu de place pour un homme !
Discours royal:



    Great Expectations♮


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Titre : Marchande, associée de son beau-frère Loïc Cixous, fournisseuse de la reine et de la favorite en robes et autres produits.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   23.09.13 18:35

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Isabeau était loin d’être le genre de femme à croire aux diseuses de bonne aventure – elle était bien trop terre à terre pour cela ! Mais aujourd’hui c’était charivari, aujourd’hui on s’amusait, alors elle pouvait bien se permettre de se laisser un peu aller de se prêter au jeu. Surtout si c’était pour permettre à sa sage assistante de découvrir un peu ce qu’il se passait dans les rues de Paris quand c’était jour de fête. Isabeau affichait souvent son masque de femme d’affaires stricte et austère, mais il seyait si mal à ses vingt-quatre ans à peine qu’elle avait bien besoin de se l’arracher du visage de temps à autre !

Je vois … des problèmes, un puissant adversaire qui voudrait vous nuire, quelqu'un d'une grande volonté contre qui il faudra faire face, mais pas seule.  Commença la voyante en scrutant alternativement ses cartes et Aline de ses yeux bleus. Isabeau réprima un sourire et jeta un œil à sa couturière, se demandant si elle persistait dans son scepticisme ou si elle mordait un tant soit peu à l‘hameçon. Il y a aussi un homme. Froid, ou venu du froid, arrivant de loin, pour vous. Un homme de grande volonté qui pourrait vous aider, voire plus. « Dommage que vous ne pouvez pas non plus me dire son nom, cela m'éviterait de chercher, surtout s'il n'est pas nuisible. » répliqua Aline avec un sourire amusé, ce qui ne manqua pas de provoquer la même réaction chez Isabeau. Puis la voyante se tourna vers elle, et Isabeau ne put s’empêcher de se demander pourquoi ce sourire soudain rayonnant sur le visage de leur diseuse de bonne aventure. D’ailleurs, ses traits lui étaient curieusement familiers. L’aurait-elle déjà croisée quelque part ?
Quelle jolie destinée ! Isabeau, dubitative comme à son habitude, haussa un sourcil qui traduisait son état d’esprit mieux que n’importe quelle autre formulation. Une sacrée destinée, ça elle était bien d’accord, mais jolie ? Ca restait à voir ! Je vois une très grande réussite, un projet ambitieux qui portera ses fruits. Pas de voyages, les bateaux ne sont pas pour vous et les séjours en mer ne vous réussissent que peu.

Interpellée par cette prédiction, Isabeau darda sur son interlocutrice un regard à la fois surpris et inquisiteur. Elle savait que personne n’avait le pouvoir de lire dans l’esprit des autres, que certains voyants étaient juste d’excellents observateurs, mais comment cette bonne femme avait-elle pu deviner qu’elle avait subi des déboires en mer ? Et bon sang de bois, où dont avait-elle pu apercevoir cette voyante auparavant ?

Pourtant je vois de l'aventure, un financement d'aventure, un peu dangereux mais c'est une personne en qui vous croyez, admirez sans doute. Hum. A part Racine, elle ne voyait vraiment pas, elle ne voyait pas plus en quoi elle pourrait financer une de ses aventures. Racine ne partait pas à l’aventure ; sauf si on comptait dans le lot ses aventures amoureuses et il était hors de question qu’elle les finance. Non mais ! Finalement ce fut Aline qui la tira de ses pensées –cette femme lui était décidément familière- pour l’entraîner dehors. Une fois de retour dans la rue, Aline laissa libre cours à sa haute opinion des voyants.

« J'avoue ne pas vraiment y croire même si elle se montrait convaincante. C'est l'histoire de l'agneau qui invite le loup à manger, c'est l'histoire du cochon apprenti-charcutier, c'est l'histoire du pigeon ... mais enfin bref, vous avez compris l'idée, c'est un peu un attrape-nigaud. » « Je suis bien d’accord avec vous Aline, mais avouez que c’était tout de même amusant. Qui sait, peut-être allons-nous croiser un étrange danois, ou un suédois aujourd’hui, alors vous saurez qu’il faudra lui demander de l’aide, même si c’est en prévision pour plus tard ! » sourit Isabeau, avant de s’arrêter et de se retourner vers la roulotte. « Tout de même c’est curieux. Pendant toute la séance j’ai eu la furieuse impression de connaître cette femme. Si on enlève le châle et les cheveux bruns, on aurait dit… »

Isabeau s’interrompit, frappée par la pensée qui venait de lui traverser l’esprit. Sa bouche s’arrondit de surprise, et aussitôt elle courut de nouveau vers la roulotte, oubliant de vérifier qu’Aline la suivait. Non, c’était impossible ! Le cœur battant, Isabeau ouvrit d’un coup sec le rideau qui servait de porte et tomba nez à nez avec la voyante qui était seule. A cet instant précis, face à ce visage aux traits si particuliers, à ces yeux bleus rieurs qui la regardaient d’un air moqueur, elle sut qu’elle ne s’était pas trompée.

« Je ne rêve pas, c’est bien toi ? » s’exclama Isabeau avec un immense sourire aux lèvres. « Mais pour l’amour du ciel, que fais-tu grimée en voyante dans cette vieille roulotte ? Tu m’as tellement manquée ! » Et elle se jeta dans ses bras. Qu’il était bon de retrouver une de ses plus vieilles amies ! « Aline, permettez-moi de vous présenter une de mes plus vieilles amies… » Elle laissa sa phrase en suspens, consciente qu’Andréa de Bellevue était peut-être là sous un faux nom. Aussi valait-il mieux lui laisser la parole…

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   24.09.13 16:51

Qu'était-ce donc que ce folklore ? Était-ce seulement une coutume parisienne et ancestrale ou pire  une coutume qui s'étendait jusqu'aux frontières de la France ? Le triste spectacle qui se déroulait sous les yeux d'Haydée n'avait strictement aucun rapport avec la grande fête du riz qui avait lieu au Siam ! Quel était cet étrange pays où on tiraillait un pauvre abbé après l'avoir fait descendre sans ménagement de sa voiture ? Dans son royaume, tout annonciateur de la voix de Bouddah était si adulé, si respecté qu'oser toucher un seul cheveu de son crâne, valait la mort du profane.  Si la siamoise savait que cette punition était bien trop excessive dans son pays, si elle goûtait à ce qu'elle considérait sa liberté toute française et si elle aimait cette contrée, cette vision d'un ecclésiastique victime d'une population hilare lui déplut fortement.

Et comme il était habituel chez elle de faire savoir aux environs ce qui lui déplaisait, Haydée bouscula sans hésitation la foule, bien décidée à prendre la défense de cet inconnu qui était seul contre cent.  Que feraient-ils exactement à deux contre cent ? Auraient-ils seulement plus de chance de succès ? Elle n'y avait pas pensé, elle ne s'était guère posé la question, encore une fois ses pulsions et sa spontanéité avaient pris le dessus sur elle. Jouant des coudes avec lesquels elle mettait des coups dans les ventres de certains ivrognes, elle put s'approcher de lui non sans mal.  Apercevant un homme qui venait de lui accrocher une cape vulgaire autour du cou du malheureux, elle lui écrasa le pied assez férocement. Mal lui en prit, car c'est ainsi qu'elle se fit remarquer.

- Té, regardez les amis, la v'la n'tre mariée !

Haydée encore novice en langue française, eut bien du mal à saisir les mots hachés du paysan. Elle ne comprit que le mot : mariée. Ce mot qu'elle avait en horreur depuis que le roi du Siam l'avait prise pour seconde épouse. Elle crut pourtant que ce lien dit sacré la sortirait de cette impasse. Pour couvrir les clameurs, elle hurla d'une voix perçante.

- Moi suis déjà femme de quelqu'un.

Cela ne parut pas faire une différence pour les marieurs improvisés de cette journée. Ces derniers éclatèrent d'un rire gras, tandis que l'abbé était emporté un peu plus loin à l'endroit où on hissait une estrade de fortune.

- On s'en moque bien, tu f'ras bien l'affaire vas. C'est la fête, ton prince ne nous f'ra pas la guerre pour ça. Les lorrains s'en chargent déjà bien assez.

Ses compagnons rirent de nouveau très bruyamment face à ce qui était apparemment, un jeu de mot en rapport avec les événements graves qui se passaient au front.

- Apportez donc un voile et un bouquet à n'tre mariée !

A peine cet appel lancé aux alentours par le même homme, des gens partirent à la recherche des objets demandés. La jeune siamoise quant à elle, fut soulevée du sol par deux gueux qui la tenaient chacun sous une aisselle. Haydée tentait vainement de freiner leur marche dès qu'elle en avait l'occasion, mais ils étaient bien décidés et surtout bien plus forts qu'elle.  Hissée aux côtés du curé sur cette estrade, elle n'eut pas l'occasion d'en sauter, les paysans la surveillant de très près. La population voulait absolument leur mariage et ils ne lâcheraient rien.  Connaissant un peu la religion chrétienne grâce aux jésuites qui étaient venus prêcher au Siam, elle savait qu'il s'agissait d'une ignominie que de marier un abbé, bien qu'elle n'en sache pas la raison. Un pêché même et qu'importe que ce soit faux. Le symbole était là. Elle crut nécessaire de s'excuser auprès de l'inconnu.

- Pardon monsieur.

Et un bouquet de marguerites cueillies à la dérobée, ainsi qu'un voile taillé dans un rideau grossier lui furent mis tout à coup dans les mains et sur la tête. Un homme alors arriva, sans doute le prince des fous. C'est lui qui allait sans doute les unir dans cette mascarade. On la mit à genoux sur l'estrade et l'autre commença sa messe, avant d'en venir à la question qui fâche.

-  Par les lois du carnaval, toi ma fille, acceptes tu de prendre cet homme comme époux ?

C'est alors que la foule se mit à scander à l'unisson : DIS OUI ! DIS OUI ! DIS OUI !  Un sourire naquit finalement sur les lèvres d'Haydée suivi d'un petit rire, tant cette scène était ridicule.  

- Bon tu dis oui ?!

Avait-elle le choix ? Elle se contenta d'acquiescer en hochant la tête, son voile d'ailleurs en chuta tant il lui avait été mal mis. Qu'allait faire de son côté ce pauvre abbé ? Allait-il accepter ou refuser de la prendre pour femme ?
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   24.09.13 22:11

- Vous me voyez navrée, mademoiselle mais...

Les épaules de Blandine s'affaissèrent sous le poids de la déception. Comment Emilie aurait-elle pu se souvenir d'elle après dix ans ? Dix longues années d'absence, chez son père le temps s'était également arrêté et seul son portrait d'enfant devait toujours trôner sur le mur de son grand salon. Pourtant, l'espoir est ce qu'il est et bien que fou, la jeune comédienne avait prié durant ces interminables secondes, que son amie la reconnaisse. Elle allait donc le perdre lorsqu'une lueur revint grâce à l'hésitation d'Emilie. Cette bouche s'ouvrant sur la stupéfaction laissait présager que peut-être ... qu'il était possible que ... Avait-elle pu mettre un nom sur son visage ? Les yeux voilés de larmes encore contenues, la bouche de Blandine se pinça  naturellement. La Belle Iole ne voulait pas  craquer comme l'aurait fait une petite fille, surtout si ses espérances ne portaient encore pas leur fruit et qu'Emilie ne la reconnaissait pas. Elle passerait alors son chemin, s'excusant platement du dérangement, pour aller pleurer ailleurs avant de penser à une autre démarche que l'approche directe. Elle ne se sentait pas capable à cet instant même de dire à Emilie : " C'est moi Blandine. " L'émotion lui nouait trop la gorge pour ça. Il fallait  absolument qu'elle se souvienne ! Tout son visage se faisait alors suppliant et sans doute que ses mains se joignirent  inconsciemment pour demander au ciel, un peu d'aide.

- Mais... Blandine, est-ce toi ?... C'est vraiment toi ?

La comédienne relâcha sa respiration jusqu'alors coupée.  Ses poumons pouvaient à nouveau se remplir de l'air parisien. Un sourire laissant apercevoir toutes ses dents - assez blanches, s'il vous plait - s'afficha sur ses lèvres et répondit à celui de son amie. Prenant les mains d'Emilie entre les siennes,  elle se mit à sautiller sur place sous l'excitation qu'elle ressentait de leurs retrouvailles. Pourtant encore trop émue pour parler, elle hocha à n'en plus finir la tête pour signifier à la dame de Vendières, qu'elle avait deviné juste.

-  Que fais-tu ici ?... Non, enfin, je comprends c'est une fête tout à fait sympathique et je suis ravie de la découvrir, je ne m'y attendais pas du tout en sortant de mon hôtel et... Peut-être veux-tu te rendre à mon hôtel, es-tu fatiguée, mal en point ? Souhaites-tu du repos ?

Toutes ces questions qui fusaient firent rire Blandine qui reconnaissait elle-même bien là Emilie, toujours le même sens de l'humour et toujours aussi remuante. Elle retrouva alors la parole.

- Nous pouvons aller chez toi oui ou bien aller nous promener au bord de la Seine. Je ne suis pas fatiguée mais nous serons sans doute beaucoup mieux pour parler loin de ce carrefour. J'ai tant de choses à te dire.

Mais déjà et avant même d'avoir fait le moindre pas, d'autres interrogations se bousculaient dans l'esprit de son amie et c'était bien naturel.

- Mais enfin... Je t'ai cherchée dans tous les endroits possibles et inimaginables, je n'ai jamais réussi à te retrouver, que s'est-il passé durant toutes ces années ? Tu ne peux savoir à quel point nous étions tous inquiets pour toi !

Blandine eut un sourire plus triste, elle désirait répondre au flot de questions d'Emilie, mais pas ici et pas tout de suite Ce n'était ni le lieu ni le bon moment. Il leur fallait le calme avant toute chose et ce n'est pas perdues dans ce charivari, qu'elles l'obtiendraient. Il fallait s'éloigner un peu des festivités avant de peut-être y retourner, car désormais la comédienne avait doublement le cœur à la fête.

- Viens Emilie, allons un peu plus loin.

Prenant sa camarade de jeux par le bras, elle l'entraîna sur les berges avoisinantes du fleuve . Elle pouvait désormais parler en toute quiétude, loin des marchands et des filles de joie.

- J'ai été kidnappée pendant huit ans pour une rançon qu'on demandait tous les mois à mon malheureux père. J'ignore tout de ceux qui m'ont kidnappée, si ce n'est que c'était une femme avec qui j'étais la plupart du temps, une femme toujours masquée. Nous avons souvent changé de maison de peur d'être repérées et je pense que nous avons été dans tous les coins du royaume. Je suis au courant moi même que de peu de choses. J'ai pu m'échapper par miracle. Aujourd'hui, je ne peux que te dire le nom du sbire ... qui m'a fait ça.

C'est alors que lentement et la mort dans l'âme, Blandine retira l'un de ses gants pour montrer discrètement à Emilie son doigt sectionné.

- Mon père t'a peut-être parlé de la moitié du doigt qu'il avait reçu, car il ne voulait plus payer sans avoir de mes nouvelles. J'ignore ce que tu sais ma bonne Emilie, mais ce que tu dois savoir, c'est comment va mon pauvre père. Je ne sais rien d'autre si ce n'est qu'il est en vie et je me ronge tous les jours les sangs pour lui.  

L'inquiétude peinte sur le visage, la Belle Iole attendait des nouvelles de son père avec une impatience et une angoisse que peu de cœurs humains peuvent supporter. Son amie allait-elle lui apprendre qu'il était souffrant, à l'agonie peut-être ? Ou qu'au contraire, il se portait comme un charme, malgré le fait de ne pas s'être remis de sa disparition ? Continuait-il à la chercher encore aujourd'hui ?  Tant de questions restées sans réponses jusque là ...
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   01.10.13 14:19

Sophie était une idéaliste, elle croyait qu'en chaque homme résidait une once de bonté. Chez certains, il était facile de la percevoir dans leur actions ou leur attitude. Chez d'autres, elle était enfouie plus profondément. Il fallait la titiller pour la faire ressortir. Cette foi en l'humanité guidait la plupart de ses actes. C'est pour cela que même face aux trois ou quarte hommes ivres, elle n'avait pas peur. Qu'allaient-ils lui faire après tout ? la cogner ? et alors ? Elle en avait vue des pires dans son adolescence. Les rues de Paris ne sont pas fréquentés par des enfants de cœur la nuit. Cette bonté qui existaient forcément en eux ne pouvait les mener à commettre des choses bien pire. Et puis même si c'était le cas, cela signifierait juste qu'elle s'était trompée. Alors plus rien n'aurait d'importance. La vie ne valait pas la peine d'être vécue si on ne pouvait plus croire en l'Homme.

Les convictions de Sophie étaient certes bien jolies, mais elles ne lui étaient cependant pas d'un grand secours dans l'immédiat. A l'heure actuelle, elle était dans une bien mauvaise posture, il lui fallait bien le reconnaitre malgré toute sa fierté. L'intervention de cet inconnu clamant offrir une tournée générale tombait on ne peut plus à pic. La diversion marcha comme sur des roulette. Plus personne ne se préoccupait de la gueuse à la langue trop bien pendue. Toute l'attention était portée sur la cave remplie de bouteilles qui ne demandaient qu'à être vidées. Les esprits échauffés semblaient se calmer, elle était presque tirée d'affaire.  Il ne lui restait plus qu'à faire profil bas avant de déguerpir, ni vue ni connue.

Avant de se volatiliser, la politesse était de remercier cet inconnu qui venait de la tirer de ce bien mauvais pas. D'ailleurs il s'avançait vers elle. Si le temps n'avait pas joué contre elle, elle aurait aimé s'assoir à une table avec cet inconnu et lui demander pourquoi il lui était venu en aide. Sophie vivait dans un monde bercé de naïveté mais elle savait bien que ce qui poussait les gens à agir était en général seulement leur propre intérêt. Quel pouvait bien être celui de cet homme sorti de nulle part pour se jeter à sa rescousse ?

Merci du coup de ...

La jeune femme n'eu pas même le temps de finir sa phrase que son sauveur lui attrapa les poignets sans la moindre délicatesse. Une un quart de seconde elle se retrouva attachée à la porte de la cave, les mains liées par une corde sortie de nulle part. Ne comprenant absolument rien à la situation, Sophie lui offrir une mine ahurie.

... main ... acheva-t-elle tout de même sur un ton quelque peu plus dépité.

L'interrogation était visible sur son visage autant que son nez au milieu de sa figure. Elle attendait des explications qui tardaient à venir.

C'est le jeu ma pauv'Lucette ! Vous avez joué, vous avez perdu. Ça c'est pour m'assurer que vous filerez pas en douce, désolé d'être si goujat ! Je m'occupe de ceux là et je vous ramène à votre patronne !

Alors là ! Sophie s'était attendue à beaucoup de choses mais pas à ça ! Pour toute réponse elle lança un regard noir à cet inconnu. S'il essayait de lui faire croire qu'il avait une bonne raison de l'attacher, il pouvait bien s'époumoner pendant des heures, c'était peine perdue. En plus il avait le culot de s'excuser ! Les excuses valent quelque chose que lorsqu'elles vont de paire avec le regret. Cela n'était apparemment pas le cas ici.

De plus son sauveur avait tout faux ! Ce qu'il ne savait pas c'est qu'il venait d'obtenir tout l'inverse de ce qu'il cherchait. Il lui aurait gentiment demandé de rester ici à l'attendre, peut être Sophie l'aurait-elle fait. En tout cas, jamais elle serait partie si elle avait promis de l'attendre. La jeune femme n'avait qu'une parole. Mais en l'attachant, l'inconnu ne lui avait privée de la liberté du choix. Et ça, elle ne pouvait pas l'accepter.  

Etonnamment, le fait que Benoit lui révèle travailler pour Amy of Leeds lui passa complètement à côté. Il pouvait bien travailler pour n'importe qui, elle irait où elle veut, quand elle veut et surement pas avec cet énergumène pour escorte !

A peine son bien étrange sauveur avait-il tourné les talons que Sophie se mise à chercher un moyen de se libérer. Elle s'évertua un temps à faire céder le nœud. Impossible ! Il n'y avait plus personne dans la pièce pour lui venir en aide, tous étaient dans la cave en train de siffler les réserves du patron. Ne voyant pas d'autre solution, la voilà qu'elle se retrouva à donner de violents coups de pieds dans la porte afin d'en faire céder le bois.

Alerté par tout le bouquant qu'elle faisait, l'inconnu n'allait pas tarder à faire demi-tour. Il lui fallait agir vite. Mais cette fichue porte ne semblait pas vouloir lui faciliter la tâche. Sophie entendit des pas remonter l'escalier... Un grand crac retenti. Enfin ! La porte n'allait pas tarder à céder. Cependant, une ombre s'apercevait déjà au coin des marches. Sophie savait bien qu'elle n'aurait pas le temps de finir de se dégager avant qu'il arrive. Cela ne l'empêcha pas pour autant d'essayer...

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   11.10.13 13:42

Si Émilie de Vendières avait été croyante, elle aurait volontiers qualifié ces retrouvailles inattendues de véritable miracle mais d'après ce cher petit abbé qui était plus spécialisé qu'elle dans ces questions d'ordre spirituel – quoiqu'à voir son niveau catastrophique en latin, il n'était pas certain que l'abbé Malingre eut jamais lu la Bible –, ce n'était pas Dieu qui aurait pu se manifester au beau milieu de cette fête populaire joyeuse et pleine de couleurs et de vie. En parlant de ce petit Malingre, la dame de Vendières, entraînée dans une ruelle moins animée que les autres, avait totalement oublié qu'elle l'avait abandonné en plein cœur d'une foule en compagnie d'un seul lapin, se contentant de dévorer des yeux la jeune fille qu'elle avait en face d'elle. Elle n'avait pas reconnu la fille Pisdoe de manière immédiate mais cela faisait tant d'années qu'elle n'avait pas pu admirer la petite frimousse de celle qui avait été l'enfant chérie de l'échevin de Paris ! Plus elle l'observait, plus les doutes qu'elle aurait pu concevoir s'effaçaient : Blandine, après avoir abandonné ses rondeurs de petite fille, était devenue une très belle jeune femme dans son costume de Colombine mais elle avait gardé ces boucles d'ébène qui tombaient dans son dos, cette lueur dans ses yeux verts qui lui rappelait irrésistiblement la gamine qui venait la voir pour réclamer des jeux ou un peu d'attention ainsi qu'une moue et un sourire charmeurs. Et quelque part, c'était rassurant de constater que malgré les années qui avaient passé alors qu'elle était loin de ce qui avait été sa maison, Blandine était restée un peu la même. C'était comme retrouver une vieille connaissance, une amie presque à laquelle on pense de temps à autre avec un pincement au cœur car on ne peut rien faire pour la revoir, et s'apercevoir qu'elle n'avait pas totalement changé, malgré les épreuves qu'elle avait traversés. En fait d'épreuve, il restait à Blandine à affronter une Émilie que, pour une fois, les événements dépassaient totalement et qui avait beaucoup de questions à poser, d'autant plus que cela lui permettait de dissimuler ses émotions.

Fort heureusement, la petite Pisdoe ne sembla pas s'en formaliser et elle se mit à sautiller sur place, allant jusqu'à éclater des rires devant l'avalanche d'interrogations dont Émilie l'étouffait mais elle fut la seule à avoir une réaction à peu près productive puisqu'elle entraîna l'amie de son père dans un endroit plus calme, sur les quais de Seine. Traînaient encore ça et là quelques monstres de carnaval mais l'esprit toute à la fête, ils ne prêtèrent aucune attention à l'Italienne et à la Tyrolienne qui purent échanger quelques mots en paix. Il était étrange de voir Émilie aussi sérieuse et concentrée mais son regard ne quittait pas celui de la petite, comme si elle craignait à chaque instant qu'elle allait de nouveau lui échapper et au fur et à mesure des paroles de Blandine, ses grands yeux bleus s'emplissaient de larmes.
- J'ai été kidnappée pendant huit ans pour une rançon qu'on demandait tous les mois à mon malheureux père. J'ignore tout de ceux qui m'ont kidnappée, si ce n'est que c'était une femme avec qui j'étais la plupart du temps, une femme toujours masquée. Nous avons souvent changé de maison de peur d'être repérées et je pense que nous avons été dans tous les coins du royaume. Je suis au courant moi même que de peu de choses. J'ai pu m'échapper par miracle. Aujourd'hui, je ne peux que te dire le nom du sbire... Qui m'a fait ça.
Lentement, Blandine retira l'un de ses gants et dévoila sa main amputée d'un doigt à son amie sous l’œil horrifié de cette dernière :
- Les monstres, souffla-t-elle en serrant les poings, les monstres, comment ont-ils osé ? Si je savais qui ils sont, je te jure que...
Émilie, partagée entre la colère et l'abomination s'interrompit avant de terminer sa phrase, en secouant la tête, dégoûtée de savoir que certains étaient capables de se montrer si cruels avec une petite fille et surtout qu'elle n'avait pas été capable de la sauver.
- Mon père t'a peut-être parlé de la moitié du doigt qu'il avait reçu, car il ne voulait plus payer sans avoir de mes nouvelles.
- Je l'ignorais, en effet, sans doute n'avait-il pas voulu m'inquiéter...
- J'ignore ce que tu sais ma bonne Émilie, mais ce que tu dois savoir, c'est comment va mon pauvre père. Je ne sais rien d'autre si ce n'est qu'il est en vie et je me ronge tous les jours les sangs pour lui.
L'inquiétude perçait dans la voix de Blandine et elle avait cessé d'avancer comme si la peur la paralysait brusquement, comme si tout ce qu'elle avait vécu n'était que secondaire par rapport à l’état de son père.

Dans un geste tendre, avec une douceur dont elle faisait rarement preuve, Émilie se saisit de la main amputée de la jeune fille pour la serrer dans sa paume et répondit avec un sourire rassurant, la voix altérée par l'émotion :
- Ton père va aussi bien qu'il peut l'être, autant qu'un homme qui a perdu son enfant et qui a le cœur brisé car il ne sait s'il la retrouvera un jour. Mais sa santé est bonne, et crois-moi, avec moi comme médecin, il ne craint rien, je me suis améliorée durant ces dix dernières années... Mais par Hippocrate, qu'il sera heureux de te revoir ! Quel bonheur tu vas lui offrir !
Si elle avait retrouvé son légendaire enthousiasme sur ces derniers mots, Émilie s'interrompit à nouveau pour lui demander d'un ton pressant :
- Tu veux le retrouver, n'est-ce pas ? Est-ce parce que tu as peur de le mettre en danger que tu n'as pas osé le retrouver ? S'il savait que sa fille est si proche de lui, il n'hésiterait pas un instant à courir jusqu'à toi pour te serrer dans ses bras ! Oui, même dans ce charivari ! Il faut absolument que tu ailles le retrouver !
C'était là en effet toute la priorité à l'heure actuelle, et même si elle avait retrouvé Blandine – ou plutôt si cette dernière l'avait retrouvée, Émilie comptait bien mettre la mains sur ses bourreaux qui l'avaient contrainte à grandir loin de ceux qui l'aimaient. Une nouvelle inquiétude surgit dans son esprit et elle se retourna à nouveau vers la jeune fille :
- Mais que deviens-tu depuis ta fuite ? Tu aurais du venir me retrouver, j'aurais pu m'occuper de toi ! Où vis-tu, comment parviens-tu à te procurer ce dont tu as besoin ?... Et où as-tu trouvé ce costume de Colombine ? Acheva-t-elle avec un sourire amusé.
Elle leva la main vers le visage de Blandine puis, n'y tenant plus, elle écarta ses bras pour serrer la petite Pisdoe contre elle dans une étreinte toute maternelle et souffla à son oreille :
- Je regrette tellement de ne pas avoir pu te sauver... Mais je te promets que je ne t'abandonnerais plus jamais !
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE] Charivari, avril 1667   Aujourd'hui à 7:16

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