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 Quand deux pieuses correspondent pendant la guerre.

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MessageSujet: Quand deux pieuses correspondent pendant la guerre.   05.05.13 17:31

Mars 1667, palais ducal de Nancy

Ma chère Elizabeth,

Cela fait des jours que je prends la plume pour vous écrire, mais chaque fois les mots me manquent. Vous n’imaginez pas le tas de papiers qui s’amoncelle près de mon bureau. Mais voilà des détails qui vous importent peu et vous vous attendez à lire mes aventures à Nancy. Aventure est, de fait, un bien grand mot. Mon silence n’est pas la conséquence d’une vie remplie mais celle d’un manque flagrant d’activité. Les jours passent et se ressemblent tous. La vie à la Cour de Versailles, bien qu’emplie de tentations et d’intrigues en tout genre, a ceci de positif qu’elle vous empêche de vous ennuyer. A cet instant précis, je puis dire que l’ennui est le plus grand de mes maux. Sans doute devrais-je en remercier Notre Seigneur. Cet ennui est la preuve que rien de grave ne m’est arrivé. Mon époux se porte bien et, pour mon plus grand bonheur, ne participe pas aux combats. Vous devez penser que je suis bien égoïste de me plaindre ainsi. Combien de personnes pleureront la perte d’un être cher à la fin des combats ?

Je vais tenter de cesser de m’apitoyer sur mon sort et vous décrire la vie à Nancy. Le palais où je séjourne est un lieu agréable. Il ne supporte évidemment pas la comparaison avec le palais de Versailles, mais il y fait bon vivre. Mes appartements sont plus petits que ceux de mon hôtel particulier mais mes années passées au couvent m’ont appris à me contenter de peu. Quant au duc de Calenberg, il se plait bien ici. J’ai même l’impression qu’il se montre sous un autre jour, plus naturel qu’à l’accoutumée. Je dois avouer que je craignais de vivre ainsi rapprochée de lui. Mais la guerre aura eu cet effet positif de nous pousser à passer plus de temps ensemble. Loin des contraintes et des obligations de la Cour de Versailles, nous prenons le temps de discuter et d’apprendre à nous connaître un peu plus chaque jour. Je remercie Notre Seigneur de m’avoir donné un mari aussi compréhensif que lui. Vous apprendrez donc avec surprise que votre chère amie s’intéresse aux affaires d’hommes et pose d’innombrables questions auxquelles son époux, aussi étonné que vous j’imagine, prend la peine de répondre le plus simplement possible. Je vous avoue que je ne comprends pas toujours ces histoires de stratégie et d’alliances, mais je ne perds pas espoir d’y parvenir un jour.

Mais une partie de la Cour se retrouve dans la même situation que moi et le palais ducal est empli de courtisans qui tentent de se distraire comme ils le peuvent. Parmi eux, la duchesse de Bar, dont je vous ai déjà parlé il me semble. Il se trouve que le duc de Bar est un ami de Matthias, je suis donc amenée à côtoyer régulièrement la duchesse. Cette femme me semble cacher beaucoup de secrets, qu’elle ne confesse sûrement pas ! Il n’y a qu’à voir la manière dont elle regarde son mari. Cela ne me dit rien qui vaille. J’essaie parfois de l’amener à parler de leur couple, non par curiosité (vous me connaissez !) mais par envie d’aider ces deux personnes. Mais ses réponses restent évasives et je ne peux trop insister. Elle paraît parfois un peu frivole et ses sourires cachés par son éventail ne sont pas très vertueux, surtout lorsqu’ils s’adressent à des hommes venus nous rendre visite. Je ne peux accepter un tel comportement et il me faut déployer toute la diplomatie dont je peux faire preuve pour ne pas lui dévoiler le fond de ma pensée. Savez-vous qu’elle est amie avec la marquise de Gallerande ? Cette amitié ne peut rien apporter de bon, si vous voulez mon avis. Je ne sais laquelle des deux influence l’autre, mais espérons qu’elles ne provoquent pas de catastrophe.

Je pensais quitter l’hypocrisie ambiante de la Cour en m’éloignant ainsi mais force est de constater qu’il n’en est rien. Les femmes profitent du départ de leurs maris pour s’adonner à des activités bien peu vertueuses. Je ne vous conte pas les détails mais les billets pour se donner rendez-vous dans des lieux secrets du palais circulent bien trop souvent. Le vice est bien présent autour de moi et je ne peux que le déplorer. Impuissante face à ce désastre, je ne sais que faire pour punir ces pécheresses. Détruire leur réputation me semble être une punition méritée mais je dois agir avec toute la discrétion possible. Je réfléchis à une attaque digne des plans de stratégie que mettent en place les hommes à ce moment même. Sans trop vouloir m’avancer, je sais que vous me comprenez et que vous approuverez mes desseins. Je remercie le Ciel d’avoir mis sur mon chemin une femme aussi vertueuse et pieuse que vous, avec qui je puis m’entretenir sans peur de ces sujets qui me chagrinent. Mais si je suis si profondément chagrinée, c’est que je pense au fait que ces personnes de peu de vertu ne font que reproduire les agissements du Roi. Comment pouvons-nous espérer que les promesses faites devant l’autel soient respectées, quand la favorite règne sur la Cour. Et voilà qu’elle a été récompensée par un royaume ! Ne vous méprenez pas, chère amie, je respecte au plus haut point le roi de France, mais le voir vivre ainsi dans le péché, offrir des titres et des biens à des personnes impies, m’est insupportable. Il est des personnes qui feraient mieux de quitter la Cour, et même la France. Mais je ne vous donne point de nom, vous devinerez aisément de qui je parle.

Pour être honnête, être loin de la Cour me permet d’être loin de ces personnes dont la seule vue me dégoûte. Ces vautours avides de titres et de reconnaissances, qui côtoient les grands noms dans le seul but d’en tirer profit, n’apportent rien au rayonnement de la France. Je suis certes, désormais, du côté lorrain, mais mon cœur ne peut s’empêcher de penser à ce pays. Il m’est avis que certaines personnes feraient mieux de retrouver leurs terres, les Leeds n’en sont, malheureusement, qu’un exemple. Je ne baisse néanmoins pas les bras et je m’arme de courage pour lutter contre ce fléau qui n’apportera, à terme, que des méfaits.

Ma chère Elizabeth, j’imagine que concernant l’hypocrisie et le vice, vous vivez la même chose au palais de Versailles. Malheureusement, ce sont des choses qui sont communes un peu partout.

Vous trouverez, jointe à cette lettre, une liste des principales personnes qui vivent, selon moi, dans le péché. Cela vous donnera une idée de la situation.

Vous me manquez, chère amie, et chaque jour passé est un jour de moins qui sépare nos âmes pieuses et vertueuses. Racontez-moi tout, même le plus infime détail me sera intéressant.

A bientôt,

Maryse de Calenberg

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MessageSujet: Re: Quand deux pieuses correspondent pendant la guerre.   01.10.13 14:21

                                                         Versailles, mai 1667

Ma très chère Maryse,

Je vous prie de pardonner mon retard inexcusable, tant de fois j’ai voulu répondre à votre lettre et tant de fois les imprévus de la vie à la Cour m’en ont empêché ! Que le Seigneur me pardonne de délaisser une amie telle que vous pour répondre à ces futilités mais hélas, en tant que cousine de Sa Majesté le roi et princesse de sang, j’ai quelques obligations que je me dois d’honorer. Je m’en veux néanmoins, vu que vous m’avez conté à quel point votre ennui est grand et j’aurai aimé vous en distraire quelques instants. La vie est d’une tristesse sans vous à mes côtés et les personnes de qualité se font bien rares. La pensée de vous savoir loin de la débauche de notre Cour Versaillaise, préservée de toutes ces horreurs, me consolait et vous me voyez bien triste qu’il n’en soit rien.

Il est bien évident que vous avez tout mon soutien lors de cette situation. Vous me parliez de ces femmes de petites vertus qui profitent du départ de leur mari pour souiller leur corps autant que leur âme. Votre idée de détruire leur réputation me semble bonne, dans ces cas-là, il est aisé d’agir avec discrétion. Il est dommage que vous ne puissiez vous appuyer sur votre nouvelle compagne – toute jalousie gardée, vous me connaissez – cette duchesse de Bar. N’y a-t-il personne de haut-placé qui soit un fidèle serviteur de la morale imposée par notre Seigneur ? Si tel est le cas, peut-être un mot habile glissé sur l’une de ces précieuses et le tour est joué. Ne m’imaginez pas sournoise, il faut simplement parfois utiliser des armes peu reluisantes pour faire triompher le Bien. Ainsi vous détruiriez la réputation de ces mauvaises femmes tout en préservant la vôtre. Le Ciel vous y aidera certainement : après tout, vous ramenez quelques brebis égarées dans le droit chemin sans que vous, blanche colombe, n’y perdiez quelques plumes, quoi de plus naturel ?

Pour revenir à cette duchesse de Bar, je reconnais bien là votre bonté naturelle en voulant l’aider avec son époux. Mais une amie de la marquise de Gallerande ne me dit rien qui vaille. Vous savez que je converse souvent avec cette petite demoiselle de Laval qui est à son service. Je suis effarée de voir l’influence qu’elle a sur elle ! Par affection pour mademoiselle de Laval, j’essaye de la préserver, elle a si souvent un jugement juste sur les gens, je ne voudrais pas que cette marquise – savez-vous qu’on lui prête quelques amants ? - n’en fasse sa créature. J’ai posé quelques questions sur la duchesse de Bar et figurez-vous que l’on m’a dit que son époux a obtenu sa main en gagnant un duel ! Connaissez-vous une façon plus vulgaire de contracter un mariage ? Ma pauvre amie, vous devez être entrée dans la fosse aux lions – tout comme moi depuis que vous êtes à Nancy – et je ne saurais que trop vous conseiller la méfiance. Je vous souhaite sincèrement de trouver quelques alliés sincères et sachez que je reste votre soutien, même à la Cour ennemie, que vous pourrez toujours compter sur mes conseils, puisse le Seigneur me guider. Je continuerai à prendre mes renseignements grâce à quelques amis hauts-placés afin de vous dire à qui vous avez affaire.

Avant de vous informer d’une nouvelle qui me touche personnellement, laissez-moi vous donner les dernières nouvelles afin de tromper votre ennui. Tout d’abord, sachez que Ferdinand et le Lorrain vont bien, tous deux sont heureux et, avec le retour des beaux jours, ils s’ébattent joyeusement dans les jardins du palais. Figurez-vous qu’ils ont surpris un couple clandestin l’autre jour et ont aboyé comme des fous pour donner l’alerte. Je crois qu’il s’agissait de deux serviteurs mais ils étaient fort gênés d’être découverts dans une telle posture. Comme quoi, si même les chiens peuvent garder la vertu, cela ne devrait pas être aussi malaisé pour les humains, n’êtes-vous pas de mon avis ?

En ce qui concerne la Cour en elle-même, vous voyez cet ambassadeur vulgaire, le prince de Venise ? Le roi du mauvais goût et des mœurs légères si vous voulez mon avis ! Eh bien figurez-vous qu’il a donné une fête aussi tapageuse que les toilettes de mon cousin d’Orléans à l’occasion de son anniversaire ! Les invités, pourtant des grands de ce monde, devait arriver déguiser en animaux ! Il n’y a rien de plus abject comme idée et pourtant bien des gens se sont prêtés au jeu de ce grossier personnage. Imaginez-vous à quoi a pu ressembler la ville de Versailles lorsque tout ce beau monde s’est promené dans cet accoutrement grotesque, digne d’une fête des fous donné par le peuple ? Je vous avoue très franchement que je ne peux que l’imaginer moi aussi, j’ai refusé d’assister à ce vulgaire étalage et me suis rendue chez ma mère en son palais d’Orléans à Paris. Mis à part cet incident, la Cour est toujours la même, avec son lot d’intrigues douteuses, notons simplement l’absence de beaucoup d’hommes, ce qui éveille les ardeurs des moins vertueuses des épouses en attendant leur retour. Mais, ma foi, tant qu’elles attendent sagement, il n’y a pas de mal à vouloir donner plus de descendance à son mari.

Sinon j’ai eu l’occasion de rencontrer personnellement un jeune homme que nous ne connaissions que de réputation et que, je dois bien l’avouer, nous avions mal jugé. Il s’agit du prince de Neufchâtel, le frère de cette teigne de mademoiselle – quoi qu’il faille dire : « madame » aujourd’hui mais j’ai beaucoup de mal à la considérer comme une dame – Gabrielle. Eh bien, il n’est pas du tout comme sa sœur. Je l’avais rencontré grâce à une demoiselle, nouvelle connaissance faite chez mon cousin d’Orléans. La voyant si fraîche et si vertueuse, il a dû se lasser de sa compagnie mais a tout de même eu la bonté de me la présenter, sûr que notre entente serait bonne. Eh bien, pour une fois, le jugement de Son Altesse mon cousin était bon : cette petite demoiselle d’Harcourt est un véritable petit ange et elle méritait toute mon attention. Je me ferai un plaisir de vous la présenter à votre retour, vous verrez, elle est charmante. Eh bien, elle connaissait le prince de Neufchâtel par son attitude vertueuse et je dois vous avouer que j’ai été agréablement surprise en faisant sa connaissance. Je pense que nous serons bons amis. Il est partit au front, nous avons décidé de correspondre – il est du devoir de n’importe quelle chrétienne d’offrir un soutien aux soldats en temps de guerre, vous le savez, ma chère amie.

Pour terminer, il fallait que je vous avertisse mais vous serez la première à être dans le secret, je vous demande donc la plus grande discrétion sur le sujet : sœur Marie-Cécile m’a demandé de choisir entre Remiremont et la vie en-dehors des murs une bonne fois pour toutes. Voyant que je n’arrivais pas à me décider, ma mère a choisit pour moi en contractant un mariage. Oui, je vais bientôt me marier. Je n’ai pas encore rencontré mon futur époux mais on m’a parlé du duc de Guise. Je ne sais que penser : la pensée de devenir une dame de la Cour et non plus une demoiselle est séduisante mais pourquoi me choisir un aussi vil parti ? Les Guise sont une famille puissante mais qui a grand besoin de redorer son blason, notre mariage en est l’occasion rêvée ! Quoi qu’il en soit, je remplirais pieusement mon devoir mais si je ne puis vous confier ma déception quant au choix de l’époux, à qui puis-je le faire ? Je garde ma confiance en le Ciel puisque c’est Son choix mais je vous avoue avoir une légère appréhension. Je vous en dirai plus après notre première rencontre. Pardonnez-moi d’avoir gardé cette nouvelle pour la fin mais je voulais être sûre de ne rien oublier dans mon récit de ces deux derniers mois.

Ma chère amie, j’espère que tout s’arrangera pour vous, je continue à veiller sur vous de loin et espère vous voir à nouveau parmi nous très prochainement. Je prie le Ciel pour que cette guerre se termine et que nous soyons à nouveau réunies !

Votre amie dévouée

Elisabeth d’Orléans, duchesse d’Alençon, princesse de sang.


______________________





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