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 SFORZA ♒

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MessageSujet: SFORZA ♒    09.03.13 23:24





Alessandro


Sforza




(COLIN O'DONOGHUE)




« Voyager, c'est naître et mourir à chaque instant. »

    ► 32 ans.
    ► marquis di Varci, marquis de Zubizarreta, capitaine de El Dragón Volador.
    ► Italien, de la famille italienne Sforza, naturalisé espagnol
    ► Aux yeux de l'Occident, célibataire. Sinon marié plusieurs fois, plusieurs fois veuf et certaines épouses l'attendent encore. Que voulez vous, c'est un vrai cœur d'artichaut.
    ► Officiellement ? Catholique, comme bon italien/espagnol ; mais en réalité s'est converti plusieurs fois, notamment à l'islam, aux rituels vaudous et à l'hindouisme.
    ► Bisexuel, il ne s'est jamais intéressé à entrer dans une case sur son orientation.

(Noblesse étrangère)



♕  PROTOCOLE ♕ 
VERSAILLES : PARADIS OU ENFER ?

Alessandro a vu beaucoup de beaux lieux à travers le monde, des palais de sultans, des ruines d'anciens temples ou même ce magnifique mausolée qu'est le Taj Mahal, récemment construit. Les palais italiens aussi, il connaît, avec leur baroque à outrance. Peu de choses peut donc émerveillé le marin, mais il doit avouer qu'il a adoré comment les lieux. Rien d'extraordinaire mais une belle pureté des lignes et un très beau décor à la gloire du roi de France.

Mais alors ces jardins ! Alessandro fut par contre soufflé par la beauté du paysage, cette parfaite symétrie, tous ces symboles au travers des statues, tous ces bosquets si beaux et ces fontaines ! Quel système ingénieux quand on n'a pas d'eau à sa portée ! A dire vrai, l'italien passe beaucoup de temps dehors, par amour de ces jardins mais aussi parce qu'il déteste le confinement.

COMPLOT : VÉRITÉ OU FANTASME PUR ?

Un complot ? Oh, il en existe à travers le monde, sur un peu tout le monde ! Lui-même en fut victime et l'italien a échappé de peu à la mort où même des gens qu'il pensait proche l'ont trahi. Alors si lui, noble bâtard italien au service de l'Espagne pouvait en subir un, alors un roi de France … Alors qui, où, comment, pourquoi, Alessandro n'en sait rien et s'en fout, ce n'est pas son roi. Il ne sait même pas ce qu'il ferait s'il apprenait quelque chose là-dessus. Avec son don pour se fourrer dans les ennuis, ce ne serait pas étonnant qu'il apprenne quelque chose sans le vouloir. Mais pour l'instant, un complot contre le roi de France est le cadet de ses soucis !

COLOMBE OU VIPÈRE ?

Plutôt chat. Celui qui écoute l'air de rien, mine de s'en moquer mais la vie des autres n'est jamais totalement inintéressante ! Lui adore raconter sa vie, ses voyages et son aventure maritime. Bien sûr, rien de bien intime (quoique …) mais il est certain que des gens racontent des choses à son sujet. Il les entend parfois, s'en moque pas mal et en rit beaucoup. Alors s'il entend des choses à son propre compte, Alessandro en entend des belles sur pas mal de monde. Quant à les rapporter, non, il a suffisamment de conversation pour ne pas raconter qui a couché avec qui, sauf si cela est une discussion entre amis sur une personne en commun, et encore ! Non vraiment, le Sforza n'est pas une vipère, mais de là à parler de colombe, il ne faut pas rêver !

DES LOISIRS, DES ENVIES A CONFIER ?

Voyager à travers le monde : Alessandro a passé sans doute plus de temps en mer ces dernières années que sur terre. Et les terres où il a posé les pieds étaient à mille lieues de cette vieille Europe qu'il trouve peu novatrice. Il espère bientôt reprendre la route mais n'a pas de bateau à lui, étant dans la marine espagnole. Mais il y retournera, soyez en sûr !
Conter ses voyages : Puisqu'il ne peut pas voyager pour l'heure, l'italien devenu espagnol aime revivre ses aventures devant audience, raconter ce qu'il a vécu, ce qu'il a vu, expliquer des civilisations que beaucoup de personnes ne connaissent même pas. C'est tout un spectacle quand il raconte, avec de grands gestes, des intonations et parfois des moments de conversation dans la langue d'origine.
Prendre soin de son bateau, même s'il est resté en Espagne : El Dragón Volador est son bateau, bien qu'il appartienne à la Couronne espagnole. C'est le dernier navire de ligne qu'il a reçu de Philippe IV d'Espagne dont il prend soin, et l'a laissé à la Huelva, non loin de Séville et qui lui a été emmené à Ostende pour la guerre.
S'occuper de son chat : Tout marin a un chat (ou plusieurs) sur son bateau. Gagné au jeu contre un corsaire, Alessandro s'est attaché à cette minette qui fait véritablement parti de l'équipage et qu'il a emmené en voyage avec lui. Elle s'appelle Lys (enfin Fleur de Lys), c'est un magnifique angora turc, au pelage blanc mi-longs
Dessiner : Il a toujours pris soin de croquer les lieux qu'il a visité, les palais, les ruines, les temples, les ports … Bref, il aime saisir les paysages, mais aussi les portraits, ayant le sens du détail et des proportions. Parfois, ces mêmes dessins deviennent des aquarelles (peinture à l'eau) mais il a beaucoup moins, préférant le graphite ou le fusain.
Prendre soin de ses plantes : Au cours de ses voyages, il a ramené des plantes ou des graines qu'il fait pousser chez lui. La plupart de ces plantes permettent de cultiver des épices mais aussi certaines plantes qui, à une certaine dose et dans certaines recettes, peuvent être considérées comme des drogues et/ou hallucinogènes.
Partir dans des paradis imaginaires : Ou se droguer, pour le dire clairement. Depuis quelques années, Alessandro s'est passionné pour ce genre de plantes, la sensation qu'elle dégage lorsque l'on hallucine. Bien sûr, cela sert aussi à calmer la douleur ou à tromper l'ennui. Tout est bon pour ''partir''.
Jouer de la mandurina : C'est en fait une mandoline milanaise (ne pas confondre avec la napolitaine), un petit luth à manche court que l'italien joue avec les doigts un petit plectre, il en joue quand il s'ennuie ou alors fait des rythmes endiablées pendant les fêtes.
Boire du thé : Sandro boit très peu d'alcool mais adore le thé, découvert chez des marchands portugais et puis lors de sa longue escale en pays arabe, puis en Asie. Il en boit régulièrement … même s'il rajoute parfois quelques boissons locales comme du malamba (vin de palme, alcool fort africain) ou du taipei (alcool de riz philipin), ou simplement du rhum.
Parler plusieurs langues : En grand voyageur, il dut bien apprendre plusieurs langues. Il parle sûr italien, espagnol, français mais a appris aussi l'arabe, l'hindi, quelques dialectes philippins et africains viennent compléter la donne.


♕  HOP, RÉVÉRENCE ! ♕
► Steph
► 26 ans
► Tout le temps !
► Code bon by Lisa
► Il est à moi Razz
► J'ai perdu le pari de faire 20 pages max PTDR



Dernière édition par Alessandro Sforza le 07.04.13 18:11, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: SFORZA ♒    09.03.13 23:29


récit d'un capitaine

du monde


Le récit qui va suivre, n'est pas le mien, mais j'en ai été le témoin privilégié durant de nombreuses années de cet homme insaisissable, fantasque mais aussi généreux et grand capitaine. Il m'a sauvé il y a quelques années et n'a cessé de veiller sur moi comme je veillais sur lui, tentant de ne pas le laisser couler dans l'excès ni mourir dans de drôles circonstances. Je ne saurais jamais définir notre relation, comme un mousse à son capitaine, deux frères, un père et son fils, un sauvé et son héros. Il est la seule famille que j'ai à présent, la seule figure que j'ai pour me construire. Au fil des pages, vous vous direz peut être que c'est un bien drôle de modèle, voire même un contre-exemple, et je vous dirais que vous n'avez pas tort, mais qu'il est assez grand pour faire ses choix et moi de faire les miens, sans suivre ses traces. Ici, je ne le porterais pas aux nues, je n'en ferais pas un dieu vivant ni un modèle de vertu, je relaterais les faits, les paroles, les sentiments et peut être mon ressenti, mais jamais de jugement.

Cette histoire est peu commune en ce dix-septième siècle, d'un homme qui a vu tous les océans, épousé toutes les coutumes (et pas que) et aime le monde, le monde étant sa maison. Les débuts seront sans doute un peu obscur, il n'a jamais aimé vraiment parlé de son enfance, sauf dans ses moments de délire ou les quelques fois où je l'ai suivi sur ses terres familiales. J'espère que la lecture vous permettra de mieux connaître cet aventurier du monde, cet homme aux cent vies et ce capitaine au grand cœur. J'ai oublié de me présenter : je me nomme Bachir et j'ai l'honneur d'être sous les ordres de l'homme dont je vais vous parler : Alessandro Sforza.


Prologue :

à propos de l'enfance



Milan au XVIIe siècle n'a plus la grandeur d'autrefois. Après l’extinction des Visconti au duché de Milan, il ne restait que des descendants par les femmes, les filles de Philippe-Marie Visconti, l'une ayant épousé un Orléans et l'autre un Sforza. Cette grave crise de succession hissa pourtant les Sforza sur le trône milanais durant presque un siècle, avant de tomber entre les mains de Habsbourg, à l'empereur Charles Quint puis aux souverains espagnols. Dans la branche qui nous intéresse, point de duc de Milan mais c'est une autre branche bien fournie. Elle descend de Bosio 1e Sforza comte di Santa Fiora, cousin du premier duc de Milan, Francesco Sforza, et a pu se glorifier de beaux mariages comme des Orsini, Aldobrandeschi ou encore des Farnèse ! Pas mal pour une branche aînée mais avec peu de puissance, non ? Mais ce qui nous intéresse, c'est ce début du XVIIe siècle, où Alessandro Sforza – pas notre protagoniste mais son grand père – et son épouse Elonora Orsini sont comblés de cinq enfants, dont quatre fils. Le troisième Paolo est marquis di Proceno, et grandit à la Cour de France auprès du jeune Louis XIII et y passa une partie de son enfance et adolescence avant de retourner à Milan pour parfaire son éducation, on espérait en faire un homme d’Église mais il fallait se rendre à l'évidence : l'aîné Mario II, comte di Santa Fiora, n'avait pas inventé la poudre et était criblé de dettes, au point de vendre au Grand-Duc de Toscane, Ferdinand II de Médicis, le comté de Santa Fiora mais également Lugnano, Plumbiano et Valmontone. Quant au second fils Enrico, son handicap physique le permit d'être envoyé dans un monastère. Alors Paolo était leur espoir mais ils s'éteignirent avant d'avoir pu trouver une fille digne de ce nom à leur fils. Lui l'avait trouvée, elle était de la famille Bentivoglio et répondait au doux nom d'Isabella. Trop heureux et amoureux, ils se marièrent et elle tomba vite enceinte de leur unique enfant, notre Alessandro qui naquit un matin de mai pour la plus grande joie de ses parents. Alors que certains s'aimaient, le pauvre Mario II, endetté jusqu'au cou, voyait sa femme Renée de Lorraine quitter son époux avec son fils pour la Cour de France.

La vie aurait pu être belle à Milan l'hiver ou à Proceno aux beaux jours. Le couple amoureux et leur petit garçon qui découvrait le monde qui, à peine savait il marcher qu'il voulait tout explorer, courant partout à la recherche d'une aventure du haut de ses deux ans. Tout ce bonheur aurait pu être vraiment parfait si un homme n'était pas dans l'ombre, à défaire cette union sans que personne ne le sache. Il s'agissait de Guido Bentivoglio, l'oncle d'Isabella, cardinal et président du tribunal de l'Inquisition, qui contribua à la condamnation de Galilée ! Un homme donc peu sympathique et peu enclin à la rigolade. Quand Isabella décéda d'une mauvaise fièvre en 1641, elle laissa derrière elle un mari inconsolable et un petit garçon de six ans marqué par le souvenir de sa mère, allongée sans vie, dont il en fera longtemps des cauchemars. Non content de subir la perte de son grand amour, Paolo eut la visite de Guido, où une conversation des plus déplaisantes eut lieu.

« Comment cela non reconnu par l’Église ? Isabella et moi nous sommes mariés en toute légalité, mon propre cousin Frederico nous a unis ! s'indigna Paolo en tapant du poing sur la table.
Justement, en tant que vice-légat en Avignon, il n'avait AUCUNE raison de se trouver à Milan. C'est une faute grave que personne de sensé n'aurait fait. Sa Sainteté en personne est en accord avec ce jugement. répondit calmement le cardinal, triomphant.
Et il suffit d'une erreur de jugement pour annuler un mariage ? Foutaises !
Et pourtant, c'est le cas. Sachez que le Saint-Siège ne plaisante pas sur ce genre d'erreur, le vice-légat Sforza aura aussi sa punition en temps et en heure. Mais sachez que votre mariage est invalidé et que vous avez vécu dans le pêché avec ma nièce et votre petit bâtard.
C'est quoi un bâtard ? »


La voix enfantine se fit entendre au niveau de la porte. Le petit Alessandro se tenait là, ayant entendu une partie de la conversation, mais que voulez vous qu'un garçon de sept ans comprenne tout ? Il était déjà vaillant et avide de connaissances en tout genre mais cela n'empêchait pas de ne pas comprendre toutes les subtilités de ce monde de grandes personnes. Comment expliquer à un enfant qu'il est considéré hors mariage, qu'on le verra toujours comme un bâtard ? La cardinal avait laissé sur le bureau la lettre annonçant que le mariage n'était pas valide et s'en alla, laissant Paolo et son fils pris dans la tourmente. Deux années plus tard, alors que le cardinal Bentivoglio était en lice pour devenir le nouveau Pape, il mourut mystérieusement, retrouvé poignardé dans son lit. Mais il avait tellement d'ennemis en tant que président de l'Inquisition que personne ne sut où chercher. Paolo aurait-il engagé quelqu'un en vengeance ? Alessandro en fut toujours persuadé, son père s'étant rendu à Rome quelques semaines avant la mort du cardinal. Engager un mercenaire était aussi simple que d'acheter une miche de pain après tout …

Paolo s'était remarié, un peu par défaut avec Olimpia Cesi, de noblesse italienne moindre mais elle était douce et jeune. Alessandro avait besoin d'une mère, d'une autre famille. D'ailleurs, elle s'agrandit rapidement, dix mois après leur mariage naissait le véritable héritier Sforza, du nom de Francesco. Ce que pensa le garçon de huit ans face à ce nouveau petit frère ? Tout d'abord sceptique, il fut ensuite ravi, cela mettrait un peu plus d'ambiance au château et il aurait quelqu'un à qui parler et peut être jouer. Car pour l'instant, il ne jouait qu'avec les enfants Visconti des branches cadettes encore vivantes et du fils du cuisinier. Déjà intrépide et agité, il n'était pas rare qu'il fasse courir tout le château pour le rattraper, surtout quand il montait dans la tour Bonne de Savoie, haute tour carrée du château Sforza de Milan.

« Signor Alessandro ! Vous allez tuer une pauvre vieille femme comme moi à me faire courir dans les escaliers de la sorte !
Mais je ne vous ai pas demandé de me suivre ! Phebus s'était enfui, je le poursuivais !
lança l'enfant, désolé même si son regard malicieux montrait qu'il ne l'était pas tant que cela.
Et qui est Phébus ? demanda Maria, la gouvernante.
Le chat des Visconti. Mais c'est aussi le nom que l'on peut donner à Apollon car il est le dieu Soleil !
Bien. Le chat soleil et vous devez redescendre à présent ! »

Mais la Tour Bonne de Savoie était son terrain de jeu favori avec ses quelques amis où ils jouaient à se poursuivre ou à s'imaginer se battre face à des ennemis, souvent des français ou des ottomans, et finir en haut de la tour à crier victoire car ils avaient libéré Milan. On déborde d'imagination quand on a dix ans. La vie se passait parfaitement au château, une vie paisible, rythmée par les fréquents gouverneurs de Milan, des espagnols envoyés par le roi Philippe IV d'Espagne. Les Sforza ne gouvernaient plus en tant que tel, mais connaissaient assez le duché pour être de bons conseillers, en particulier Paolo qui était fin observateur et bon stratège, il permettait aux espagnols de ne pas bousculer le quotidien des espagnols. Alessandro se plaisait à regarder son père qu'il admirait et ces espagnols, il en avait connu trois, avoir des discussions où il commençait à comprendre certains termes, puisqu'il se devait d'apprendre l'espagnol. Et parfois, il s'autorisait à s'immiscer dans la conversation, ce qu'il faisait de plus en plus en grandissant, en particulier en présence de Luis de Benavides Carrillo, Marquis de Caracena, le gouverneur qui le connut adolescent et le guida dans un avenir que personne n'imaginait brillant.

En effet que faire de cet aîné sans réel titre, n'étant marquis di Proceno que par courtoisie, ne pouvant en hériter, à la recherche d'un titre à lui donner et ne trouvant que le marquisat di Varci. Mais voilà que l'enfant faisait place à un ravissant adolescent dont les grands yeux bleus, qu'il tenait de sa défunte mère, avait toujours l'air de vous transpercer lorsqu'il vous fixait un peu trop. Souvent jovial, il n'était pas rare de voir un sourire sur son visage encadré par des cheveux noirs sur une peau assez claire. Il n'avait jamais causé de troubles graves à sa famille, sauf lorsqu'il s'amusait avec ses amis et courait dans les couloirs du palais avec son épée, manquant plus d'une fois d'éborgner les valets ou de déchirer les robes des servantes. Mais sinon il maniait très bien l'épée par des leçons d'armes, ce qui le défoulait, bien qu'il adorait s'instruire : l'histoire, la géographie et le dessin étaient ses matières préférées mais il avait aussi appris l'espagnol et le français et bon nombre d'autres enseignements, comme tout gentilhomme de son rang. Alessandro faisait la fierté de son père, l'autre fils était encore bien jeune et on ne savait pas ce qu'attendait Olimpia. Au cours de six prochaines années, elle donnerait naissance à trois autres enfants : Frederico, Costanza et un autre Alessandro. Le premier serait un Grand d'Espagne, elle serait duchesse di Giuliano, artiste et plaçant ses enfants dans de grandes familles, et le dernier serait évêque. Et notre Alessandro alors ? Il n'avait en choix que l'armée ou l’Église.

« Me faire prêtre, prêcher la morale au milieu d'hommes qui se sont servis de Dieu pour me faire bâtard ? Je préfère être pendu ! » Telle était l'intervention vigoureuse au sujet de la question religieuse.

« Et pourquoi pas les armes ? En effet, marquis, votre fils est bien fait, bien portant, il a le physique. Voire la marine, je crois que le jeune homme rêve de voyager ? Je connais un amiral, Don Pedro Nuño Colón de Portugal, descendant de Christophe Colomb mais surtout amiral espagnol. Je pense qu'il ne dira pas non à une nouvelle recrue ! » expliqua le marquis de Caracena, gouverneur du milanais.

Et c'est ainsi que quelques lettres et mois plus tard, Alessandro quittait Milan et les royaumes italiens en général pour se rendre en Espagne, à Madrid tout d'abord, puis le port de Valence par la suite. L'aventure commençait !






Dernière édition par Alessandro Sforza le 07.04.13 18:19, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: SFORZA ♒    11.03.13 17:34


récit d'un capitaine

du monde


Je ne l'ai jamais connu jeune garçon prenant la mer pour la première fois pour se rendre en Espagne, mais je sais ce qu'il a ressenti. Cette impression de ne plus contrôler son corps qui tangue au fil de l'eau, cette sensation d'être un peu Jésus Christ qui marche sur l'eau, la découverte d'un voyage, l'appréhension de se demander si l'on va supporter le voyage et non pas passer son temps sur le pont à vomir ses tripes pour finalement se rendre compte qu'on supporte et mieux encore, qu'on adore ! J'aime imaginer mon capitaine encore jeune premier, émerveillé dans cette brève traversée de la mer Méditerranée et découvrir la mer et commencer à penser que cela serait plaisant de voyager de la sorte. Après avoir vu un portrait de lui encore adolescent, je l'imagine si bien, les cheveux noirs au vent et son regard aussi bleu que les eaux et les cieux, encore pleins de rêves et de candeur.

Son voyage commence par la Méditerranée, cette mer presque fermée, symbole d'opulence pour les anciens ports, bien avant cette découverte de l'Amérique par un illuminé croyant mettre les pieds aux Indes. C'est là que le futur capitaine allait faire ses premières armes pour les prochaines années. De belles aventures qu'il m'a conté des années plus tard, lorsque nous y retournâmes et que je vous raconte aujourd'hui.


Chapitre premier : à propos de

la Méditerranée



Après quelques moi à Madrid où Alessandro fut reçu, puis à Séville, il put enfin monter à bord de l'Hercule, bateau de Don Pedro Nuño Colón de Portugal, qui le prit comme mousse et l'italien se vit condamner à nettoyer le point et hisser les voiles. Travail peu reluisant mais la motivation du Sforza était sans faille, la mer l'attirait et le court séjour de Gênes à Valence lui avait donné davantage envie de voir du pays, dont la première mission était de s'en aller en Méditerranée. Quelle magnifique mer, son bleu se confondait avec celui du ciel les jours sans nuages (et ils étaient nombreux) et la côte marocaine à quelques kilomètres. Alors qu'il devait briquer le pont, Alessandro s'était arrêté pour observer le paysage avec un regard émerveillé. Au loin s'élevait des dômes somptueux de mosquées et des minarets, semblable à la Giralda de Séville que le jeune homme de seize ans avait pu voir et aussi se faufiler jusqu'au clocher, puisqu'il s'agissait aujourd'hui du clocher de la cathédrale.

Mais si Séville avait une influence arabe, le monde qui s'ouvrait à lui l'était véritablement. Plongé dans quelques ouvrages sur l'histoire espagnole, Sandro put comprendre comment cette influence s'était étendue, jusqu'à la Reconquista. Sans savoir pourquoi, il s'était senti attiré vers cette civilisation orientale, dont il ne comprenait pas toutes les coutumes et encore moins la langue si différente de ce qu'il avait pu entendre jusqu'ici. Sur ce pont, il vit passer sous ses yeux Tétouan aux maisons blanches et aux grands bâtiments qui dominaient le reste de la ville.

« Alors Sforza, on rêvasse ?
Oh pardon señor mais je n'ai jamais vu de paysages aussi féeriques. s'excusa l'adolescent.
N'en rêve pas trop, il n'y a rien de bon là-bas. » lâcha l'amiral avant de tourner les talons.

Surpris d'une telle remarque, Alessandro préféra retourner à son pont à briquer pour ne pas se faire méchamment remarquer par l'amiral qui avait eu la sympathie de le prendre sur son bateau. Il devait avoir un sacré contentieux avec les pays arabes !

« Il ne faut pas lui en vouloir, les morisques ont sa tante et sa mère peu après sa naissance … Elles sont parties de son plein gré ! Le charme oriental, bien loin des bedonnants espagnols à la moustache léchée ridicule. » lâcha une voix avant de rire.

A ses côtés se trouvait un homme à l'allure un peu négligée avec une chemise un peu rapiécée, les cheveux longs noirs et la peau mat, faisant ressortir ses yeux verts. Il n'était pas bien jeune car des pattes d'oie étaient bien visible lorsqu'il souriait comme en cet instant.

« Tu es le petit Sforza qui est monté sur le bateau grâce au gros amiral. Mais c'est quoi ton prénom, gamin ?
Je m'appelle Alessandro.
C'est un peu long comme prénom.
Beaucoup m'appellent Sandro.
C'est beaucoup mieux. Moi je suis Rafael Dalana, lieutenant du bateau, et le fou du coin aussi.
Content de vous rencontrer, monsieur. répondit l'adolescent poliment mais Rafael se mit à rire.
Pas de monsieur, gamin ! C'est Rafael !
Et moi c'est Sandro, pas gamin alors. » répondit il du tac au tac.

On pouvait avoir seize ans et du caractère ! Cela amusa le lieutenant qui rit de plus bel face à ce jeune homme qui irait loin avec une telle trempe. Personne n'aurait pu croire qu'une amitié pourrait naître entre ces deux hommes en cet instant, mais pourtant c'était bien possible ! Rafael avait décidé de prendre ce gamin sous son aile pour tout lui apprendre, qu'il ne reste pas simple mousse durant le voyage et qu'il puisse prendre le relais. Mais ce n'était pas tout.

« Parles tu arabe, Sandro ?
Non, juste italien, espagnol et français.
Cela ne te servira pas à grand chose là où nous allons. A la rigueur, l'espagnol pour certains dignitaires mais la plèbe ne parle que sa langue, je t'apprendrais. »

Alors dés qu'il finissait ses tâches, Alessandro se dépêchait de rejoindre Rafael pour non seulement apprendre l'arabe mais aussi pour discuter, apprendre sur tout et rien, sur les pays à venir mais aussi sur le lieutenant qui semblait avoir eu cent vies en seulement cinquante ans d'existence. La Méditerranée, le Nil jusqu'à sa source du lac Tana en Ethiopie, les Amériques et ses tribus inconnues de la plupart du monde. Alessandro buvait ses paroles et espérait intérieurement avoir la même vie, aussi riches de vie, de pays, de gens, de femmes. Et c'est ainsi qu'ils dépassèrent le Maroc et longèrent cette Algérie insaisissable et presque dangereuse pour apercevoir les côtes tunisiennes …

Carthage, Tunis, Tunisie.

Un mythe raconte que Carthage fut fondé par sa première reine, Didon, une princesse phénicienne ayant quitté la tyrannie fraternelle de Tyr pour créer son premier royaume. Après la guerre de Troie, Enée se retrouva à Carthage et une grande passion entre eux mais Enée doit partir. Lorsqu'il quitte Carthage, Didon, incapable de supporter cet abandon, préfère se donner la mort avec une épée qu'Énée lui avait laissée. Lorsque ce dernier arrive aux Enfers, il parlera à son fantôme mais celle-ci refusera de lui pardonner son départ. Ce mythe avait fasciné Alessandro qui avait parcouru la ville, du moins ce qu'il restait, que des ruines pillées pour leur marbre mais quelques trésors restaient encore en ces lieux. Mais plus que cela, il y avait une âme en ces lieux, une histoire que l'italien s'imprégnait, assis au milieu des ruines de, à vue d’œil, ressemblait à un ancien forum romain. Le dessin lui permettait de croquer ces instants, de les mettre sur feuille pour ne jamais oublier. Puis il continua sa marche pour atteindre le sommet d'une colline. La vue était magnifique avec les ruines visibles, la mer azur et les bateaux au port. Plus qu'ailleurs, Sandro sentit la force des lieux. Pourtant peu croyant, la chrétienté avait quelque chose de trop terre à terre à ses yeux, le jeune homme avait pourtant une sensibilité à la spiritualité, à l'au-delà et était certain que des hommes ont laissé des traces invisibles.

« Tu sais que tu es sur la colline de Byrsa ? Que d'histoires ici, d'après les légendes. »

Alessandro sursauta et fit volte-face pour apercevoir à quelques mètres de lui Rafael, le teint bruni par le soleil, marquant les traits de son visage et lui donnant un certain charme. Il avait la cinquantaine environ et était un véritable nid à histoires et anecdotes. Il avait beaucoup voyagé, en Méditerranée et aux Amériques, en parlait régulièrement car le jeune Alessandro le questionnait sans cesse, prenant cet homme comme modèle, presque comme un dieu.

« Et quelles genres d'histoires, Rafael ?
On raconte qu'après la prise de Carthage par Scipion l'Africain, le sol de la ville de Carthage fut maudit, pendant un siècle rien n'a été construit. Des milliers de Carthaginois se suicident, d’autres sont tués ou réduits en esclavage lorsque l'armée a pris la ville qui, elle, a brûlé dix sept jours. Tout a été rasé et les restes que tu vois ici, il fallut attendre César pour reconstruire vraiment la ville.
D'où cette forte impression de … de forces en ces lieux. » souffla le jeune homme.

Il essaya d'imaginer les romains prendre la ville maison par maison, la puissance des carthaginois pour préférer la mort à l'esclavage. Cet endroit le fascinait et il posa de nombreuses questions sur ce puits de sciences qu'était Rafael, sur les ruines au sommet de la colline : palais ou temple ? Et ces vestiges là-bas, était-ce bien un forum ? Saint-Louis est-il bien mort sur cette colline ? Autant de questions que le jeune homme posait, toujours avide de connaissance et dont le marin répondait volontiers quand il savait ou alors racontait les légendes, les « on dit ».

Le séjour fut assez court mais assez intense pour le jeune homme d'à peine dix sept ans qui s'était promis de revenir un jour, de découvrir un peu plus ces lieux, d'en apprendre davantage pour le raconter à quelqu'un lui aussi, être un nouveau Rafael. Mais il fallait déjà repartir, la Méditerranée et ses pirates n'attendaient pas, ainsi que les futurs voyages, là où l'Hercule le portera. Ce ne sera pas la Libye ni l'Egypte, ces deux annexions ottomanes presque indépendantes mais regorgeant d'histoire et de destins. Puis le bateau s'éloigna des terres et bientôt il n'y avait plus que du bleu partout, pas âme qui vive en cette mer réputée dangereuse, en particulier à l'Est, pile où ils se rendaient.

Mais vous savez, trop de calme n'est jamais bon. C'est un jour de beau temps d'été, là où il n'y avait pas un nuage, rien à l'horizon … ou presque ! « PIRATES ! » hurla un homme et tout le monde se mit à courir partout, commencer à s'armer et à se mettre derrière les canons du grand galion espagnol. Chacun avait son poste mais Alessandro fut dépassé par tout cela. Il n'était qu'un simple mousse et même s'il avait appris à manier l'épée et le pistolet, il n'avait jamais eu l'occasion de s'en servir hors de ses leçons ! Ce fut Rafael qui lui mit les armes dans les mains et l'amena avec lui sur le pont où on avait la plus belle vue sur l'approche d'une frégate avec des voiles rafistolées et des hommes, eux aussi près au combat. Oui, c'était bien des pirates, en chair et en os, tout aussi affreux que dans les romans d'aventures qu'il avait pu lire à Milan. Son cœur battait à en fendre sa poitrine, la peur s'infiltrait dans ses veines à travers son corps et lui serrait le cou au point de l'empêcher de déglutir. Comme s'il l'avait deviné, Rafael posa une main rassurante sur l'épaule de son protégé avec un sourire entendu que tout se passerait bien.

Mais les pirates de la Méditerranée n'étaient pas des tendres, beaucoup venaient d'Algérie ou de Libye, n'avaient que l'appât du gain vu que l'empire ottoman subissait une grave crise économique. Alors ces hommes n'avaient rien à perdre, leurs vies ne valaient pas cher, ni celles de l'équipage de l'Hercule. Puis le bateau se secoua, les canons faisaient feu en direction du bateau ennemi qui en fit de même. Cela faisait un bruit de tous les diables, à croire que le monde tombait dans le chaos, là où le plénitude résidait quelques heures auparavant. La douceur de vivre et le silence avaient fait place au chaos et bruit de l'enfer, avec des créatures affreuses sur le bateau qui s'étaient rapprochés à un point que les expressions des visages ennemis aux dents noires, voire sans dent du tout, des balafres sur le visage, les bras … bras qui manquait à l'un d'entre eux. Rien, non rien de beau dans cette galerie d'affreux hommes, ils étaient tous hideux, sales et criant de haine. Et quand l'un d'entre eux voulut aborder le bateau, un coup de feu se fit retentir comme un cri dans la nuit, à l'instant même où les canons se rechargeaient, et le pirate tomba à l'eau. Il y eut un instant de silence où les marins espagnols tournèrent la tête vers Alessandro, le pistolet toujours pointé vers l'endroit où l'homme se trouvait. Il venait de tuer son premier homme. Et ce ne serait sans doute pas le dernier vu que d'autres suivirent le mouvement, dans un grand cri de rage, assiégeant le bateau. Il n'était pas question de faiblir ni de fuir mais de se jeter dans la bataille comme si sa vie en dépendait. Ce qui était le cas en fait. Jamais Sforza n'a du être si brave, le jeune homme n'avait que dix-sept ans et se battait comme un grand guerrier, tenant son épée dans une main et son pistolet dans l'autre. Tuer n'était pas la priorité, survivre était bien plus important, sauver sa peau et celles des autres, comme Rafael. Celui-ci était en grande difficulté avec deux hommes contre lui, et un troisième lui arrivant dans le dos. N'écoutant que son courage, le jeune marin fendit les divers combats et sauta sur le pirate pour lui planta son épée dans dans les flancs, sauvant son mentor par la même occasion.

La bataille dura longtemps avant que les pirates, n'arrivant pas à avoir l'ascendant, préfèrent rebrousser chemin, lâches qu'ils étaient et repartirent avec le bateau en bien piètre état. Tout le monde hurla sa joie, malgré la perte de certains hommes, morts en héros. Mais le galion avait subi des dégâts importants et il était urgent d'amarrer au premier port pour réparer tout ça.

« Sandro, l'ami, tu m'as sauvé la mise. Un jour, je te rendrais la pareille. remercia Rafael, le sourire aux lèvres.
J'allais pas les laisser te tuer, quand même. Je … mais le garçon sentit sa tête tourner et une impression d'être aspiré par le vide.
Sandro ?! Hé gamin ! … IL EST BLESSÉ ! » hurla le lieutenant.

Mais déjà Alessandro perdit connaissance dans les bras du marin qui vit une tâche rouge s'agrandir sur le ventre du garçon que l'on transposa dans une cabine pour tenter de lui sauver la vie. Le médecin du bateau, dénommé Balthazar, ne promit rien quant à la survie du garçon dont la plaie était assez profonde. Et il était difficile de pratiquer la médecine dans ces conditions, une petite cabine, quelques lumières et un bateau qui tangue, sans oublier la médiocrité de la médecine à cette époque. On ne pouvait que prier alors que le galion se dirigeait tant bien que mal au port le plus proche.

Paphos, Île de Chypre.

« Il se réveille. Hé gamin, tu nous as foutu une sacrée trouille.
Je t'ai dit d'arrêter de m'appeler ''gamin''. Et où je suis ? Je … aïe ! »

Une douleur le prit au niveau du ventre, l'obligeant à rester allongé. Baissant les yeux, il se vit torse nu et un grand bandage qui entourait son ventre, là où la blessure l'avait presque tué. Lui se souvenait de rien, était tombé dans les pommes peu après la victoire et n'avait pas quitté les bras de Morphée depuis deux jours, le temps à l'équipage d'arriver au port de Paphos, sur l'île de Chypre, demander de l'aide pour réparer le galion bien endommagé et se ravitailler. C'est là qu'il s'était enfin réveillé, dans sa cabine, veillé par Rafael et parfois par le médecin Balthazar. Ce dernier lui expliqua qu'il avait eu beaucoup de chance vu la profondeur de la plaie, qu'il avait perdu beaucoup de sang et qu'il pouvait remercier le Ciel de l'avoir gardé en vie. Sandro leva les yeux au ciel à cette phrase mais ne répliqua rien, écoutant le reste des conseils, enfin le dernier et pas le plus simple : rester alité quelques jours pour se reposer.

Mais autant demander à un aveugle s'il voulait voir ! Deux jours plus tard, le jeune homme quitta le navire pour arriver sur le port de Paphos, le voici officiellement Chypre. Comme toujours Rafael lui en avait déjà parlé, de cette île aux mille histoire : Alexandre Le Grand l'avait mis sous sa coupe, puis les égyptiens, les romains, les byzantains puis à des français. Des français rois de Chypre ! Quelle drôle d'idée ! Et ce, pendant trois siècles avant que les vénitiens la récupère. Que d'histoire, que de passions pour cet endroit qu'Alessandro voulut visiter, peu importe sa blessure !

« Tu es fou, mon petit ! Tu ne peux pas partir de la sorte. Repose toi, nous sommes bloqués ici pour quelques semaines.
Je commencerais par Paphos, sois sans crainte ! » dédramatisa l'italien.

Mais il dut attendre une bonne semaine avant de quitter le port. Mais il avait tant vu déjà sur ce vieux port antique. Outre de magnifiques couchers de soleil couplés avec l'arrivée de bateaux du monde entier, il fut émerveillé par une mosaïque d'Aphrodite non loin de ce port, d'une beauté admirable et toujours intacte, comme si les Grecs l'avaient finie la veille ! Puis il continua à travers la ville, mélange de toutes les époques. Ici une maison de style ottomane avec ces décors de niches, puis là une demeure vénitienne. Et lorsqu'on quittait la ville, une colline surplombait le paysage et tout en haut des ruines restaient là.

« Aphrodite … » murmura le jeune homme en regardant autour de lui.

Il se souvenait de ses leçons de mythologie. Un jour, porté par le vent Zephyr, Aphrodite avait pris forme, naissant de l'écume de mer sur les rivages de Chypre. Ce temple, le Palea Paphos, fut l'un des plus grands temples qui fut consacré à la déesse de l'Amour et de la beauté. Les dimensions étaient impressionnantes, bien qu'il ne restait que les fondations arrivant maximum à hauteur de genou. Rafael lui avait raconté une drôle de légende sur ce temple, que chaque jeune fille est allé une fois dans sa vie au sanctuaire pour faire l'amour avec un inconnu, quand cet homme invoquait la déesse sur ladite jeune femme. Cela marcherait-il encore aujourd'hui ? Sandro ne risquerait pas de tester, ne voulant pas recevoir une baffe d'une jolie jeune femme.

Puis, il partit à la conquête de l'île en longeant la côte, toujours accompagné de Rafael qui lui racontait qu'il y avait fait déjà escale il y a des années et savait où l'emmener. Limassol fut leur première destination. Le jour, ce fut la découverte du château médiéval encore bien conservé malgré ses cinq siècles d'existence. Le soir, c'était découverte de la ville, et plus particulièrement de certaines maisons, où les filles sont que peu habillées et aux formes les plus exquises. On pouvait tomber dans les bras d'une belle Juive aux cheveux d'ébène, ou une éthiopienne à la peau savoureuse, ou plus communément quelques demoiselles du pays peu farouches, enfermées dans ces maisons closes où règnent une atmosphère de sensualité, de beautés exotiques où on ne pouvait que se perdre. Après tout, n'était on pas sur l'île de la déesse de l'amour ? Il serait dommage de ne pas céder à cette délicieuse tentation. Ne voyez pas Alessandro comme un coureur ou un pervers. Il avait un défaut de taille : il aimait trop facilement. Son petit cœur d'artichaut s'éprenait d'une femme pour quelques jours, et passait à une autre. Cela n'était pas une question d'ordre sexuel, c'était au-delà encore. Et cette passion pour les femmes exotiques n'iraient qu'en grandissant au fil du temps, trouvant toujours les filles d'Espagne bien fades, trop habillées sans doute. Des ces escapades nocturnes, il gardait quelques esquisses de ces odalisques, de ces femmes sans pudeur aux douces senteurs.

Puis le dur retour à la réalité, adieu les Narjess, les Yasmîn et toutes ces belles fleurs. Il fallut bien rentrer, mais avant être passé par Nicosie où l'ancienne cathédrale Sainte-Sophie, devenue une mosquée mais dont l'accès était interdit aux non-musulmans. Enfin le retour à Paphos après plus d'un mois d'exploration. Mais il fallut attendre quelques semaines supplémentaires pour que le galion retrouve une nouvelle jeunesse et puisse repartir enfin sur les mers, reprendre leur périple méditerranéen, pour le meilleur et pour le pire …

Alexandrie et Le Caire, Égypte.

Les sirènes du port d'Alexandrie sont aussi belles que destructrices. Car pour arriver en bateau, cela pouvait se révéler mortel pour les bateaux et leur équipage. Le plus grand port de la Méditerranée – voire du monde ! – était long d'une quinzaine de kilomètres et même découpé en deux ports, l’un à l’est et l’autre à l’ouest, à l'image des grecs qui utilisaient ces méthodes car les bateaux à voile étaient soumis aux vents. Sur le pont, le soldat Sforza scrutait l'horizon mais il est vrai qu'il n'y avait plus de phare depuis trois siècles. Mais qu'il devait être beau d'arriver de nuit et se sentir apaisé par la lumière de ce phare qui annonçait que la terre était proche, que le bateau n'avait plus que kilomètres ! Ce phare mythique hantait les fantasmes des marins de Méditerranée, un symbole qu'ils ne verront jamais, cette tour d'une centaine de mètres de haut, se dressant haut dessus des flots comme si le bras de Neptune guidait les voyageurs avec une boule de feu dans sa main. Mais aujourd'hui, il ne restait plus grand chose du phare, mis à part le Fort Qaitbay qui fut construit avec les pierres antiques et les gigantesques statues de Ptolémée en pharaon et d'Isis face à la mer, seuls témoins de l'existence du phare. Mais s'il était beau de voir tout cela de loin, encore fallait-il arriver au port indemne. En effet le port d'Eunostos, l'occidental, était large mais une large barrière de corail l'entourait et ce, jusqu'à l'île de Pharos. Quant au Grand-Port, une presqu'île le protégeait, ainsi que la pointe de l'île de Pharos, ce qui rendait l'entrée étroite.

Cela n'inquiétait que peu Alessandro, confiant en l'équipage et ne trouva rien à redire de se rendre au port occidental, plus facile d'accès pour un galion de la taille de l'Hercule. Avec son matériel à dessin, il voulait saisir cet instant, ce paysage magique, presque irréel avec ces pierres claires qui reflétaient le soleil tapant, de ce fort aux vingt deux tourelles où presque un millier de Mamelouks y dorment chaque nuit. Une fois à terre, le jeune homme était paré pour l'aventure de cette ville millénaire fondée à la gloire d'Alexandre le Grand, qui a eu ses instants de grandeur avant de retomber dans l'anonymat actuel. Aujourd'hui, cette superbe cité avait bien perdu de sa splendeur , peinant à attendre les dix mille habitants avec ses égyptiens bien sûr, qu'ils soient musulmans ou coptes, ses turcs, ses juifs et même une poignée de marchands francs. Le grand port d'Alexandrie n'était plus là que pour le transport d'esclaves, parfois d'épices, mais brillait par le tabac, nouveauté de ce XVIIe siècle qui faisait sensation (pour ne pas dire … un tabac ! ). Et comme toute nouveauté, il fallait bien essayer, ce que fit volontiers Alessandro, heureux propriétaire de tabac et d'une magnifique pipe ottomane, en terre cuite de forme arrondie. Mais il était plus facile d'acheter que de fumer, en témoigne le premier essai où il cracha ses poumons après la première bouffée, devenant tout rouge et n'arrivant à reprendre sa respiration.

« Ah c'est ça de jouer à l'homme, gamin ! plaisanta Rafael en lui tapotant dans le dos.
Arrête … de m'appeler … gamin.
Alors deviens un homme et fume convenablement … gamin. »

Sandro lui lança un regard noir et continuait à tousser mais en grand têtu, il reprit une bouffée de tabac, et toussa de plus bel. Il ne fallait pas le voir comme un garçon candide ni un simplet, ce côté voyageur au grand cœur, un croqueur de paysages ou de personnes, un éternel émerveillé de ces merveilles du monde. Il avait tout juste dix-neuf ans, avait sans doute plus vu que jamais ne verrait sa famille ou le commun des mortels, mais il en restait modeste. Bien sûr, faire le joli cœur avec ses aventure et ses quelques cicatrices, car il n'y eut pas qu'une seule rencontre avec les pirates, à décrire les beautés de la Méditerranée mais ce n'était pas de la vantardise, juste de la passion Tout ce qu'il faisait, c'était avec son cœur, ses tripes, son âme. Chaque pas foulé était comme une chance, un plaisir nouveau à chaque fois. Sûr qu'il dénotait dans le paysage avec ses yeux bleus et ses habits à l'européenne, sa peau légèrement brunie n'était rien comparé aux peaux mates locales. Les habitants ne pouvaient que le regarder, parfois curieux, parfois étonné et parfois charmé. Il faut dire qu'il était beau jeune homme avec ces cheveux noirs qu'il aimait court – trouvant que les cheveux longs lui donnent un air idiot – et cette barbe de quelques jours qu'il laissait pour ne plus faire jeune premier, renforçant son regard azur perçant qui se posait partout, voulant tout voir, tout imprégné dans sa mémoire. Il était de haute stature, pas d'une grande musculature mais elle avait été acquis dans la manœuvre du bateau et les longues explorations des contrées. Le sourire était collé à son visage, heureux de vivre, d'être là en ce beau jour de printemps alexandrin. Il s'était perdu dans la ville, s'est arrêté devant la synagogue Eliyahu Hanavi d'époque médiévale et si imposante avant de remonter vers la corniche et se perdre dans un souk aux mille senteurs, aux gâteaux délicieux sucrés à souhait, à ce café fort et à tout un tas de babioles avant de tomber dans zinqat-as-Sittat, littéralement la bousculade des femmes, venues toute acheter du matériel de mercerie ou des bijoux avant longer la mer.

Puis descendre vers Le Caire fut une belle épopée. Le canal reliant la ville au Nil étant endommagé, par manque d'entretien, il fallut se rendre au fleuve à dos de chameau. Quel drôle d'animal, avec ses deux bosses et si haut sur pattes. Comment le monter ? Fallait-il se placer sur ou entre les bosses ? Autant de questions que se posait l'italien, qui avait entre temps troquer ses habits européens pour se fondre dans le décor, la tête couverte car le soleil tapait déjà fortement en cette saison. Puis ce Nil, ce cours d'eau à l'air calme mais si meurtrier selon l'homme qui les emmenait, ne comptant plus les noyades dans ces eaux salvatrices de l’Égypte. Enfin Le Caire et ses remparts apparaissait sur leurs yeux et dévoilait ses charmes. L'amiral rendait visite au pacha, le gouverneur d'Egypte envoyé par le sultan de l'Empire Ottoman, et il avait emmené le lieutenant Rafael qui avait le bonheur de parler arabe et était déjà passé par ici et ce dernier avait tenu à emmener Alessandro, officiellement pour l'initier à toute la diplomatie pour prendre la relève. Mais c'était surtout pour le lâcher dans la ville, qu'il continue de s'émerveiller. On lui refusa encore l'entrée d'une mosquée, une des plus importante du Caire car la mosquée Sayyidna al-Hussein aurait la tête d'Hussein, petit-fils du prophète Mahomet enterrée là. Heureusement le quartier copte et son église suspendue l'accueillait à bras ouverts et cette église ne ressemblait en rien aux européennes par son influence orientale et sa magnificence, de quoi avoir envie de prier Dieu.

Mais le joyau de la cité surplombait la ville : la Citadelle de Saladin, de nombreuses fois remaniées mais avec cette tour de vingt cinq mètres de haut pour voir à perte de vue le désert. C'est là que vivait Khasky Pacha, nommé depuis quelques années par le sultan, avec son gouvernement et surtout ses femmes. Ses ? Oui, l'homme avait un harem, de nombreuses femmes esclaves, achetées au marché aux esclaves, venant souvent d'Afrique ou du Caucase. C'est là que notre italien rencontra la belle Hawa. Concubine du pacha, elle vivait à l'écart du palais avec les autres femmes et protégée par des eunuques, ces hommes castrés venant souvent d'Afrique Noire. Le commerce des esclaves était un point fort de l'économie égyptienne et alimentait des harems comme celui-ci. Quand il la vie, s'étant perdu dans le palais, son cœur avait fait un bond comme il n'en avait jamais connu auparavant. Ses longs cheveux de jais, ce regard noisette pétillant et cette peau cuivre, dorée à souhait, elle représentait la beauté à l'état pur. Si Aphrodite s'était réincarnée, c'était en cette Ève des sables, en la belle Hawa. Bravant les interdits, il avait infiltré les jardins de la Citadelle pour l'apercevoir puis pour lui parler. Que lui voulait cet étranger aux yeux clairs ? Au fil des conversations clandestines, elle apprit à l'apprécier et même plus que cela. Alors lorsqu'il escalada un haut mur pour arriver à son balcon, elle ne pensa pas à alerter la garde ni à hurler mais le fit entrer dans sa chambre rapidement et se mit à chuchoter pour ne pas se faire repérer.

« Tu es fou d'avoir pris tant de risque. Certains sont morts pour moins que cela.
Qu'importe la mort, elle ne me fait pas peur pour un peu de temps avec toi.
Ne pouvais tu attendre demain ? s'amusa la concubine.
Mais demain je n'aurais pu faire cela. » et il s'approcha pour l'embrasser.

A l'abri de potentiels regards, il pouvait enfin découvrir le goût de ses lèvres sucrés et l'avoir contre lui, la serrer dans ses bras, lui caresser les cheveux, goûter à sa peau avec sensualité et l'aimer une partie de la nuit. Cela se produisit plusieurs nuits de suite, il se cachait dans les jardins à une certaine heure et Hawa devait lui signifier que la voie était libre par quelques signes discrets. Personne ne se serait douté de son manège, Sandro sortait de nuit alors que tout le monde était couché. Mais c'était mal connaître Rafael qui l'avait discrètement suivi et avait pu voir dans quelle folie s'était fourrée son protégé. Le lendemain, en pleine ville, loin de la Citadelle où ils pouvaient être espionnés, une conversation s'imposait.

« Tu es fou de faire cela. Un jour, tu te feras prendre et cela ira mal pour vous deux ! s'indigna le lieutenant.
Nous sommes discrets, personne n'en saura jamais rien. Tu n'en parleras pas, n'est ce pas ?
Je ne suis pas fou à ce point. Mais arrête de la voir, nous partons bientôt et …
Je veux l'épouser. coupa l'italien, d'un ton net.
Pardon ?
Hawa me l'a dit, certaines esclaves sont mariées à des officiers. Il suffit pour moi de me convertir et attendre un peu avant de pouvoir l'avoir.
Tu n'as pas pire idée, gamin ? se moqua l'espagnol.
Ou sinon je m'enfuis avec elle. Le ton était décidé et il était sérieux.
C'est bien ce que je disais : tu es fou ! Tu te feras tuer et elle aussi par la même occasion ! Sois raisonnable, Alessandro. supplia t'il.
Tu ne comprends rien. » lança le jeune homme amer, avant de quitter son mentor.

Mais les paroles de Rafael furent malheureusement criantes de vérité. Sandro était trop aveugle pour le voir, continuait son manège à rejoindre sa belle pour tomber dans ses bras jusqu'à épuisement, baisant ses lèvres avec adoration et lui vouant un vrai culte. Ah l'amour mélangé à la passion ! Mais comment cela pouvait-il finir autrement que mal ? Il avait suffit d'un garde l'ayant vu grimper pour alerter ses hommes et tenter de forcer la porte alors les amants étaient l'un contre l'autre, bouches scellés dans un baiser. Hawa poussa son amant vers le balcon, le poussant à fuir mais Sandro ne voulait pas l'abandonner ainsi. « Fuis ! Ne discute pas ! Vite ! » La porte ne tiendrait pas longtemps et le jeune homme voulut emmener sa belle avec lui mais déjà la porte cédée et elle le poussa par-dessus le balcon où il fit une grande chute, heureusement amortie par les touffues buissons. Son dos le faisait souffrir alors qu'il se relevait péniblement. C'est alors qu'une main se posa sur son épaule, faisant sursauter Sandro qui sortit son arme et … fit face à Rafael qui, sans un mot, l'entraîna pour fuir. Mais les yeux levés vers le balcon, il vit sa belle se débattre face aux gardes qui hurlaient en arabe que l'amant s'enfuyait. Enfin, qu'il était traîné de force car le Sforza était désespéré et voulait se battre pour sa déesse à lui.

« Je ne peux pas la laisser, ils vont la tuer !
Ils vont te tuer aussi si tu restes ! Dépêche toi !
Non !
Te souviens tu quand je t'ai dit que je te rendrais la pareille ? Que je sauverais ta peau ? Hé bien c'est maintenant ! Vite ! »

Et les deux hommes coururent à travers les jardins et sortir de la Citadelle par les écuries, poursuivis par des gardes, et s'enfoncèrent dans les rues du Caire avant de se cacher dans une ruelle sombre à l'abri des regards. Les larmes coulaient le long de son visage, il se sentait incapable de respirer et avait le cœur serré à en crever, il ne pouvait plus bouger et se mordit la lèvre pour ne pas hurler. Retourner à leur logement fut aussi difficile qu'un chemin de croix, Sandro ne se sentait plus vivre et resta enfermé jusqu'au départ, officiellement à cause d'une mauvaise fièvre. Mais heureusement qu'il n'avait pas traversé Le Caire car au devant de la Citadelle pendait au vent le corps sans vie de celle qu'il aimait, punie pour le crime qu'elle avait commis.

Dans un mutisme assourdissant, l'italien remonta le Nil et retourna à Alexandrie en compagnie de l'amiral et de Rafael. Le jeune homme rêveur était brisé en plein envol. L'amour faisait toujours ce genre de dégâts, enfermé dans son propre cœur meurtri, sans goût pour rien. Il ne voulait plus rien faire, le voyage n'était plus une aventure mais un pas supplémentaire vers le désespoir. On crut qu'il était malade, ce qu'il était mais la maladie d'amour était inguérissable, malheureusement. Que faire de ce garçon en mal de vivre ? Rafael se refusa de le renvoyer chez lui ou de le laisser seul en Espagne, il lui fallait un endroit où se reconstruire. Et justement, il connaissait une personne sur la côte marocaine où Alessandro pourrait pleurer à l'abri des regards et retrouver le goût de vivre. Mais l'aventure en Méditerranée était finie pour lui, ...




Dernière édition par Alessandro Sforza le 24.03.13 23:54, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: SFORZA ♒    14.03.13 18:09


récit d'un capitaine

du monde


Son expédition en Egypte l'avait brisé et il a mis quelques années avant de m'en parler et encore, il avait encore la boule dans la gorge. Heureusement que son mentor le lieutenant Rafael Dalana avait toujours plus d'un tour dans sa manche et l'avait déposé à Tétouan, laissant le capitaine, qui n'était pas encore gradé comme cela, à un vieil ami. De ces premiers mois en terres marocaines, je ne sais pas grand chose car il n'y avait sans doute rien à dire. Peu de dessins témoignent de ses sorties qui devaient être rare. Puis un jour, il reprit la route pour découvrir le royaume du Maroc qui n'avait plus la grandeur d'autrefois mais les Alaouites reprenaient le pouvoir au fil des ans.

Sa première année au Maroc est un peu un mystère. Peut être était-il parti à un moment, en mer ou en Algérie, ou alors simplement découvrir d'autres villes, s'enfoncer dans les terres, voir de nouvelles villes, comme Fès. Je sais qu'un jour, il est arrivé à Rabat et s'est installé en République du Bouregreg, dite la République de Salé. C'est là que je l'ai rencontré et que je pourrais raconter ce que j'ai vu de mes yeux. C'est là aussi où il m'a sauvé la vie …


Chapitre deuxième :

à propos de l'Afrique



Rabat, Maroc.

« Amir Hassan Al-Amjed ? » lança une voix d'enfant.

Il avança dans le jardin avec vue sur la mer, répétant ce nom à plusieurs reprises avant de tomber sur un homme de dos, assis, l'air d'observer la mer. Il n'avait pas les cheveux ras comme les musulmans et la barbe taillée, comme ces morisques expulsés d'Espagne, viré aussi de Salé et installé près de la Kabash, sur la rive gauche et donc la ville de Rabat. L'homme ne réagissait pas, concentré dans ce qui était son dessin et alors que l'enfant essaya une nouvelle fois, il fut saisi par le bleu de ses yeux, contraste évident avec sa peau bronzée et ses cheveux noirs. Il n'avait rien d'un musulman ''classique'' si on pouvait dire cela.

« Amir Hassan Al-Amjed, mon maître Aziz Benjelloul voudrait vous rencontrer.
A t'il dit pourquoi ?
Non mais … Je l'ai entendu qu'il voulait rencontrer un aventurier tel que vous. L'enfant était honteux mais l'homme se mit à rire.
Hé bien gamin, dis à ton maître que je viendrais.
Il sera à la mosquée pour la prière du soir, il vous attendra la-bas.
Bien, je viendrais. Merci, gamin.
Je m'appelle Bachir, monsieur.
Et moi pas de monsieur. C'est Amir, même si quelques fous m'appellent encore Alessandro. » répondit le jeune homme avec un sourire.

Oui c'était bien notre Alessandro, avec plus de barbe et sous un autre nom. A Tétouan, lors d'une de ses rares sorties, il s'était retrouvé devant une mosquée et avait osé entrer, pour une fois que personne ne lui disait que les non-musulmans ne pouvaient entrer ! Consciencieusement, il avait retiré ses chaussures et était entré, surtout curieux de voir l'architecture à l'intérieur, d'une grande beauté et colorée. Seul un homme était là, un imam venu à lui pour parler. Cette petite conversation dura de longues heures, sur la spiritualité, la vie, la mort, la religion et l'islam. C'est après plusieurs conversations que le jeune homme décida de se convertir à l'islam, se détacher du catholicisme qu'il n'avait jamais aimé et aussi pour honorer la mémoire d'Hawa à qui il avait promis sa conversion, sincère. Il quittait son nom officiel pour revêtir son nom musulman, devenant Amir Hassan Al-Amjed, à traduire comme le beau prince glorieux. Il respectait ses engagements musulman en respectant les piliers de sa nouvelle religion avec les prières quotidiennes, l'aumône au pauvre et avait même fait son premier ramadan ! Il ne lui restait que son pèlerinage à La Mecque à effectuer, qu'il ferait sans doute bientôt. Cela l'avait apaisé et à Rabat, il trouvait une nouvelle vie, plus sereine.

Le soir, à la mosquée au sein de la médina de Rabat, il y avait du monde pour la prière du soir, la maghrib. Puis il partit avec Aziz Benjelloul, qui voulait faire la connaissance de l'italien devenu musulman et grand ami des Bargash, en particulier du fils d'Ibrahim Vargas, premier gouverneur de la république de Salé. Avant Alessandro racontait sa vie dans un petit but de séduction mais rarement pour le plaisir d'un auditoire, surtout qu'il ne parlait jamais de l'Egypte, voulant sortir cela de la tête. Assis dans de confortables coussins, l'épouse voilée servait le thé. En Espagne, le marin avait eu l'occasion de goûter cette boisson grâce à des marchands portugais, mais depuis qu'il était au Maroc, il avait pris à le faire et à le servir de ce geste de la main qui donnait tout son goût. Alors que la femme se retira, les deux hommes continuaient de parler jusqu'à un bruit de casse se fit entendre. Le jeune Bachir avait cassé un vase et essayer de ramasser les bouts avec ses doigts.

« Mais quel imbécile ! A quoi tu me sers à part détruire ma maison ! hurla Aziz.
Je suis désolé, je ne voulais pas je … pleura l'enfant en se coupant les doigts.
Tu es toujours désolé ! Un incapable, comme tout père ! »

Une gifle retentit, faisant bondir Amir de son fauteuil et voir son hôte frapper le gamin avec une grande violence, ce qui l'horrifia et n'hésita pas tirer vers l'arrière l'homme avec force.

« Ce n'est qu'un enfant !
Et parce qu'il est petit qu'on doit lui pardonner ? A dix ans, il devrait être capable de ne plus se comporter comme le dernier des crétins !
Vous êtes fou. » cracha Sandro avant de partir.

Il quitta la maison et se mit à poursuivre le pauvre enfant qui avait fui la maison. Les petites rues de la médina de Rabat ressemblait à un labyrinthe avec un dédale de petites rues enchevêtrées les uns dans les autres, donnant l'impression à Alessandro d'être Thésée dans le labyrinthe du Minotaure. Enfin, il rattrapa l'enfant qui se débattit de toutes ses petites forces.

« Non ! Je ne veux pas y retourner ! supplia l'enfant.
Mais je ne suis pas là pour te ramener chez ce fou. Laisse moi regarder … Il ne t'a pas loupé le salaud. Le visage de l'enfant était rougi par les larmes et les coups, constat d'une maltraitance continue. Te fait-il ça depuis longtemps ?
Au début il était gentil, il m'a recueilli à la mort de mon père mais … au fil du temps, il est devenu plus méchant et maintenant, il ne se contrôle plus.
Pauvre gamin. Viens, je t'emmène où tu seras en sécurité. »

Il tendit sa main et l'enfant la serra, accompagna cet étranger au grand cœur. Au cœur de la médina marocaine, ils marchèrent en silence jusqu'à une large maison, décoré avec raffinement et une grande porte en bois sculpté à laquelle Alessandro cogna où un homme d'une trentaine d'années ouvrit.

« Amir ? Tu as des ennuis ?
Moi non, mais ce gamin, oui. J'étais chez les Benjelloul où il était maltraité, je peux pas le ramener là-bas … et je ne peux pas le garder. Tu pourrais ?
Bien sûr. Je peux bien te rendre ce service. Il s'accroupit vers le petit Bachir. Je suis Ali Bargash, mon ami Amir est un homme bien, tu peux nous faire confiance. Rentre, nous allions souper. L'enfant acquiesça et ne se fit pas prier pour entrer dans la demeure et les deux hommes restèrent seuls. Tu as avoir des ennuis avec Aziz. Et j'ai déjà des enfants, je ne pourrais pas le garder longtemps, tu le sais.
Garde le quelques temps, je vais trouver une solution. Merci mon ami. »

Et en effet, Alessandro avait la parfaite solution en décidant de ne plus vivre seul et de prendre une épouse. Elle était marocaine, se nommait Zina et avait tout juste dix sept ans, lui en avait vingt. Ce fut un beau mariage, une fête de plusieurs jours où la belle changea plusieurs fois de tenues, où les femmes chantaient et où la musique retentissait sur des accords festifs. L'aimait-il ? Un peu, Alessandro l'appréciait surtout, elle était douce et il ne supportait pas la solitude. Il ne se voyait pas avoir une concubine et la demoiselle serait sans doute un peu plus libre avec Sandro que chez ses parents. C'est là qu'il prit Bachir sous son toit, formant une sorte de drôle de famille tous les trois !

Mais comme toutes les bonnes choses avaient une fin, celle-ci aussi. Malgré tous ces mois passés, Aziz Benjelloul avait ruminé sa vengeance et avait commencé à mener une cabale contre cet étranger qui bafouait la religion et volait les femmes au lieu d'en prendre une dans son pays. Petit à petit, la colère grondait, la jolie Zina prenait des remontrances et Alessandro avait bien du mal à sortir sans se faire insulter. Alors un soir, il emmena sa femme chez son ami Bargash qui prendrait soin d'elle. Sandro prit ses quelques affaires et Bachir pour partir au port dans la nuit. La République de Salé était un repaire de pirates et renégats andalous, morisques et musulmans, comme Khader Ghailan, un pirate marocain qui avait accepté d'emmener Alessandro avec lui.

« Hé, on avait pas prévu le gamin ! s'indigna t'il alors que Sandro lui donna une bourse d'or. ... Bienvenue à bord ! »

Que la corruption était facile en ce pays ! Il suffisait de quelques connaissances et un peu d'argent pour pouvoir presque tout faire. Il était temps pour le jeune homme reprendre la mère et ne pouvait pas laisser tomber l'enfant qu'il allait traîner à travers le monde à présent ! La direction ? L'Afrique, nouvel eldorado d'aventures !

Accra, Ghana.

Accoudé au comptoir, Alessandro regardait dans le vide en direction de la fenêtre où, dehors, il y avait un magnifique paysage bleu et le port à l'agitation perpétuelle. Ici, en colonie portugaise, il y avait toujours du monde et toujours de nombreux transferts de marchandises : étoffes locales, toile de lin, objets en cuivre, coraux, or et … esclaves. En effet, bienvenue sur la Côte-de-l'or, aussi appelée la Côte-des-esclaves où transitent des centaines d'africains, en majorité du peuple Ga ou Aka partent vers les Amériques pour servir d'esclaves là-bas. Tous les jours, des hommes noirs montaient sur les énormes navires de ligne à trois ponts, emmenés par des portugais ou des hollandais vers de nouveaux mondes où ils ne reviendraient jamais. Les européens, quant à eux, se divertissaient dans les bordels de la côte ou dans les tavernes et auberges tenus par quelques blancs restés au port, comme Alessandro. Il avait le teint caramel et quelques cicatrices sur les bras, témoins de ses expéditions dans les terres, les cheveux un peu plus longs et une canne pour se déplacer, il boitait depuis une mauvaise chute lors de son voyage au royaume de Dahomey où il avait non seulement découvert une nouvelle culture mais aussi la beauté des femmes africaines, où il avait épousé selon la tradition de son peuple, avec la consultation de l'oracle, quelques danses, sacrifices d'animaux. Le tout dans un élan de joie, entouré de cette aura divine puisque tout est sacré et faisait appel aux divinités, et sous l'approbation du roi Aho Houegbadja, 3e roi d'Abomey et le fondateur du royaume de Dahomey. Il avait donc ramené la belle Assiba avec lui sur le port ghanéen, là où il avait posé ses bagages depuis quelques temps. Perdu dans ses pensées et sa complentation, l'italien ne s'aperçut pas que Bachir était venu près de lui.

« Je m'ennuie … lâcha l'enfant en posant son menton dans ses paumes.
Je ne vois pas pourquoi ! Cet endroit est fantastique ! s'exclama Alessandro en se redressant, avec un large sourire, presque fou.
C'est normal, vous n'êtes plus de notre monde. bouda Bachir sans regarder vers Sandro.
Pourquoi ? Je ne comprends pas, mon petit Bachir ! Je suis bien vivant, je n'ai jamais cessé de l'être ! dit il en sautillant et avec de grands gestes. Me préférais tu triste et sage sur le bateau de ce traître de Ghailan ? Mon pauvre ami, tu ne veux même pas mon bonheur ! lança t'il avec un ton théâtral et une main sur son front.
Non mais regardez vous. Depuis votre passage au royaume de Dahomey, vous avez changé.
A cause de mon mariage ?
Non, à cause de ces plantes qu'ils vous ont fait boire ! se fâcha le garçon de douze ans, bien trop mûr pour son âge. Cela vous est monté à la tête, vous a retourné ce que vous avez dans le crâne et le sage Amir Hassan Al-Amjed est mort quand vous avez tellement pris ces drogues que vous êtes resté évanoui durant plusieurs jours. Quand vous avez rouvert les yeux, vous aviez changé. Amir est mort, vous avez balayé votre religion pour une où des hommes se dandinent autour d'un feu, sacrifient des animaux et vous donnent des noms imprononçables ! Comme le votre ! Alessandro se mit à éclater de rire face à la colère de l'enfant aux traits enfantins.
Je ne vois pas en quoi Okambawa est imprononçable !
Mais vous savez bien que ce n'est pas cela dont il est question … » et sans attendre la réponse, il quitta le comptoir alors que des clients arrivaient.

Des portugais de passage venaient se désaltérer dans la auberge où Alessandro travaillait, le patron étant un vieux portugais qui avait la goutte. Après quelques mois en mer sur le bateau pirate marocain, ils avaient fait escale à Accra pour se ravitailler mais le capitaine Khader Ghailan les avait abandonné là à leur triste sort, pour le plus grand désarroi de Bachir qui n'avait rien à faire en territoire africain. Alessandro, à l'inverse, s'était trouvé une occasion de reprendre du poil de la bête et reprendre ses aventures comme avant la mort d'Hawa il y a déjà quatre ans. Accompagné d'un guide portugais métis, né d'un européen et d'une africaine, il connaissait le coin, les langues et put guider Alessandro dans ses désirs d'aventures, jusqu'au royaume de Dahomey où Pedro l'avait conduit. On fit miroiter à l'italien musulman de pouvoir entrer en contact avec les esprits par des moyens de ''communion''. Et cela passa par des rites de passages, des interactions avec la nature et l’absorption de breuvages hallucinogènes, permettant d'entrer en transe. Emballé par ce concept, cette religion, cette vision du monde. C'est la pulsion de vie, en interaction avec la nature, qui fonde cette spiritualité. Cela concordait parfaitement à Alessandro qui se jeta à corps perdu dedans, multipliant les rituels et les transes. L'abus de breuvages hallucinogènes l'avait en effet changé. Il s'était déchargé en partie d'un poids de culpabilité, se sentait léger, à tel point qu'il se croyait tout autorisé et pouvait passer pour fou, ou seulement excentrique aux yeux des gens. Mais depuis un an qu'il s'était installé à Accra, les gens s'était habitué à cet homme un peu trop original, avec sa femme africaine et ce petit garçon dont il disait que c'était son frère, car il était connu ici sous son nom musulman, personne se doutait de qui il était véritablement. Seuls quelques espagnols de passage étaient impressionnés par un espagnol si bien parlé mais rien de plus.

Ce n'est qu'au début du printemps 1658 qu'arriva la délivrance. Elle se fit sur un coup de chance car mars était caractérisé par de fortes précipitations dans ce climat équatorial, il tombait autant ce mois-ci qu'en trois mois d'été ! Cela rendait la navigation difficile en cette zone et l'amarrage de nombreux bateaux dont un espagnol bien usé par le temps et les voyages, sans doute de retour au pays. Parmi eux, un marocain du nom de Nacer, descendants de morisques expulsés par Philippe III d'Espagne et s'était engagé dans la marine espagnole après une conversion au catholicisme. Ce beau garçon d'à peine trente ans avait fait son entrée dans l'auberge avec quelques hommes. La discussion partit rapidement sur les voyages, ces espagnols revenaient d'Inde. Amir écoutait avec attention, passionné et ne connaissant pas du tout cette région du monde qui semblait fascinante.

« Et toi, Amir, comment as tu atterri ici ? demanda Nacer, curieux.
Oh, c'est bien moins passionnant ! J'ai un beau jour quitté Rabat pour d'autres horizons et mon capitaine m'a lâchement abandonné ici. Et j'ai continué ma vie ici, j'ai épousé une femme délicieuse et je vis au jour le jour au port. répondit Sandro avec un petit sourire, sans mentionner son passé.
De Rabat à Accra, c'est déjà un beau voyage ! Es tu allé autre part ?
Il a voyagé en Méditerranée ! s'écria Bachir, poussant Sandro à parler.
Oui, enfin, je n'ai pas vu grand chose. Tétouan, Carthage, Alexandrie, Chypre et d'autres … Banal pour un marocain au service de l'Espagne ! s'amusa l'italien.
Tu as vu plus que moi qui n'est vu que Tanger ! Mais comment as tu voyagé de la sorte ?
Il y a quelques années, j'étais aussi marin pour la Couronne espagnole, j'ai pu voyager un petit peu mais j'avais besoin d'air et un ami m'a donné une bonne adresse au Maroc pour me reposer. »

Il y eut un petit silence. Si le Sforza parlait d'un ton détaché, il n'avait plus parlé de cela depuis quelques temps, depuis qu'il avait raconté à Bachir les grandes lignes sans jamais lui avoir parlé de la tragédie sur Hawa.

« Un bon ami comme on n'en fait plus ! Comment s'appelle t'il ? insista Amir, curieux.
Je ne sais même pas s'il est de ce monde et où il peut bien être. Le lieutenant Rafael Dalana a été une sorte de modèle à mes yeux.
Dalana ? Nacer écarquilla les yeux et se mit à rire. Il est capitaine à présent ! Bien sûr que je le connais, je n'ai jamais vu homme avec autant de vies à son actif ! Mais alors tu as … Alessandro Sforza ! »

Il y avait bien longtemps qu'on ne l'appelait plus comme cela, ayant troqué son nom pour un nom musulman mais Alessandro ne put qu'hocher de la tête. C'est là qu'Amir lui raconta que Rafael avait cherché Sandro à Tétouan pour le ramener en Espagne mais n'avait pas retrouvé sa trace, qu'il avait parlé du gamin italien à certains amis dans l'espoir que quelqu'un le voit ou entende parler de lui. Jamais il ne se serait douté que celui qu'il appelait gentiment « gamin » aurait changé de nom ! Rafael était toujours en vie, passant sa vie entre les Philippines et l'Espagne, entre autre. Nacer proposa à Alessandro de l'accompagner mais celui-ci déclina la première fois, sachant que l'équipage resterait quelques temps à cause de la pluie. Mais Bachir ne baissait pas les bras.

« Pourquoi ne voulez vous pas rentrer ? Il est temps de quitter Accra. Il observa attentivement Sforza. Vous êtes sous drogue, je ne sais même pas pourquoi je vous parle.
Je ne suis pas drogué ! Et je comprends très bien ce que tu dis ! Mais n'est-on pas bien ici ?
Non. Vous restez car en Espagne, vous n'aurez pas vos hallucinations. Bachir changea d'un coup de ton avec un petit sourire. Pourrais-je essayer aussi ?
De quoi ?
Vos breuvages ! Si cela est si inoffensif, pourquoi ne pourrais-je pas !
Tu es trop jeune, gamin ! lança Alessandro comme unique argument.
Et dans … disons quatre ans ! J'aurais seize ans, je pourrais essayer ! Si vous me le refusez, vous me promettez d'arrêter ! Le piège était bon mais Alessandro changea de conversation en se levant.
Tu as raison, repartons pour l'Espagne, ce sera un nouveau voyage ! Et point de pirate avec nous !
Et concernant notre marché ?
Oui, oui. » lâcha l'italien en faisant de grands gestes envers Bachir pour le faire sortir de la pièce.

Deux semaines plus tard, Alessandro et Bachir rassemblèrent leurs affaires pour monter à bord de l'Isabel pour s'en aller en direction vers l'Espagne, laissant la belle Assiba s'en retourner vers son royaume. Il avait demandé à la ramener mais ce fut un refus catégorique ! Alors il lui redonnait sa liberté et quitta ce continent africain et ses différents noms. A bord de ce bateau, il redevenait Alessandro Sforza, italien de naissance et officiellement catholique. Un drôle de nouveau rythme à reprendre dont il ne savait pas encore comment agir véritablement. Au fur de son voyage, il troquait ses quelques djellabas et autres tenues pour reprendre le classique pantalon-chemise, se couper les cheveux et avoir la barbe très courte. Il redevenait européen au fil des miles parcourus.

Et quand les côtes espagnoles firent leur apparition à l'horizon, le cœur de Sandro se mit à battre à rompre mille tambours. C'était comme une redécouverte, une nouvelle naissance de revenir sur ces terres dont il ne se rappelait que très peu les bâtiments et les habitants. C'était vraiment une nouvelle aventure qui commençait …

Madrid, Espagne.

« Le roi va vous recevoir, attendez ici. »

Dans cette grande antichambre de l'Escurial, il y avait de quoi être impressionné, aussi aventurier qu'on soit ! Alessandro ne s'était pas aussi bien habillé depuis des années, sans doute depuis sa communion et trouvait ce pourpoint ridicule et le cou serré avec ces boutons fermés. Cela faisait un an qu'il était revenu en Europe, en Espagne où il avait accosté à Cadix avant de se rendre à Séville où il avait quelques souvenirs adolescents, puis remonté à Madrid où il avait croisé Rafael Dalana, son mentor. Les deux hommes non conventionnels à souhait s'étaient jetés dans les bras l'un de l'autre, trop heureux de se revoir et se promettant un voyage ensemble. Mais que la capitale espagnole était ennuyeuse et surtout si stricte ! Le Sforza n'y resta pas longtemps, il avait le désir de revoir sa ville de Milan et sa famille dont il avait été séparé depuis de nombreuses années. Le fort Sforzesco était toujours là, aussi majestueux. Son père avait bien vieilli mais il fut si heureux de revoir son premier fils bien vivant et surtout devenu un magnifique jeune homme de vingt trois ans. Milan fut une terre de repos pendant toute cette année. Enfin, pas seulement Milan, il était descendu jusqu'à Rome et avait remonté jusqu'à Lyon avant de revenir chez lui, où il avait besoin de reprendre des forces. La vie y était paisible, ses frères et sœurs avaient grandi, ses amis Visconti étaient toujours là, devenus des jeunes hommes tout comme lui. Avec eux, il avaient un anglais qui avait grandi en Italie, sa famille l'avait envoyé ici pour fuir l'oppression en Angleterre depuis son jeune âge. Il s'appelait Alfie, il avait quinze ans à ce moment là et suivait Alessandro presque comme son ombre. Il faut dire que le marin racontait ses aventures, décrivait ses voyages avec poésie et montrait certains dessins pour appuyer ses dires, le Sforza avait tout pour devenir une sorte de célébrité locale et avoir son lot de groupies. Beaucoup de filles, et au milieu Alfie.

L'année s'était écoulée avec une rapidité étonnante et alors que son vingt quatrième anniversaire approchait, Alessandro commençait à sentir la mélancolie monter en lui. Quand il était sûr de ne pas être dérangé, il se rendait dans la petite serre qu'il avait aménagé dans un coin du château, avec les plantes rapportées d'Afrique, et se laissait embarquer dans ses paradis imaginaires où tout était bien plus amusant. Autant dire que quand un pli venant d'Espagne, avec le sceau royal dessus en avril 1659, lui fut remis, ce fut l'événement du siècle : le roi Philippe IV d'Espagne voulait rencontrer ce jeune marin à la drôle de vie ! Quel grand honneur ! Reprenant ses affaires et Bachir – qu'il avait amené à Milan aussi – il traversa la Méditerranée et se présenta à la Cour d'Espagne où un ami de son père avait entrepris de l'habiller à la mode espagnole et de le rendre convenable pour ce rendez vous ! D'ailleurs, la porte s'ouvrit sur un valet et Alessandro le suivit jusqu'à un grand cabinet vert où deux hommes s'y trouvaient : un assis dans un sofa, fumant une pipe, et un autre debout l'air majestueux. Il fallait être idiot pour ne pas reconnaître Philippe IV debout, avec ce menton avancé et cette bouche … mon dieu mais ces lèvres étaient immenses ! Heureusement qu'Alessandro se courba pour saluer le roi catholique car il aurait continué à fixer cette bouche proéminente.

« Alessandro Sforza, je vous rencontre enfin. Le capitaine Dalana et l'amiral Don Pedro Nuño Colón de Portugal m'ont beaucoup parlé de vous, et seulement en termes élogieux. Ils ont éveillé ma curiosité quant à vos aventures. »

C'est ainsi qu'Alessandro fut invité à raconter ses péripéties méditerranéennes, marocaines et africaines devant le Roi Catholique qu'était Philippe IV ! Improbable et pourtant bien réel, et après quelques minutes de récit imide, il partit dans ses grandes histoires, ses descriptions méticuleuses, son amour des cultures locales et des coutumes. Il omit volontairement sa conversion à l'islam, son passage vaudou et les deux mariages qui en sont issues. Le monarque était grandement intéressé, posant des questions parfois. Lorsqu'il finit par son retour à Cadix, Alessandro se dit qu'il était tout de même étrange qu'on le fasse venir juste pour ça, mais c'était bien mal connaître le Habsbourg !

« A ce que j'ai donc compris, vous ne connaissez pas l'Asie, Sforza.
Non, votre majesté. Mais j'espère avoir un jour cet honneur.
Hé bien vous allez l'avoir ! J'ai besoin d'homme comme vous pour partir en expédition aux Philippines, avoir un compte rendu détaillé de ce qui s'y passe. Vous partirez avec le capitaine Enrique Galdias, un marin excellent mais qui ne prend pas la peine de s'émouvoir sur la beauté exotique qui l'entoure.
Votre majesté me comble de joie et me fait honneur d'une bien précieuse confiance. Quand ce départ aura t'il lieu ?
Le mois prochain. »

Le rendez vous était pris donc. Alessandro n'en revenait toujours pas d'avoir été confié d'une mission par le roi d'Espagne en personne. Il ne restait plus qu'à l’exécuter.

Goede Reede (île de Gorée), Sénégal

Le Syrene était bien triste en ce jour. Le capitaine Galdias avait succombé à une mauvaise fièvre et avait quitté ce monde en plein Océan Atlantique, laissant l'équipage en deuil et presque sans ressource en ce mois de juin 1659. Alessandro ne le pleurait pas, il ne le connaissait pas assez pour cela mais malgré les divergences de point de vue, il était toujours triste de voir son capitaine s'en aller. Il faut dire que Galdias avait la mauvaise idée de vouloir contourner l'Afrique et traverser l'Océan Indien pour arriver à destination alors qu'il existait une route plus rapide, passant par le canal de Panama. Mais Galdias ne voulait pas mettre en danger son équipage en passant par les Caraïbes. Comme si les pirates marocains étaient des gens au grand cœur …

L'endroit était magnifique, à l'abri des vents, donnant une impression d'éternel calme. Cette petite île volcanique rocheuse était un petit coin de paradis, avec sa petite plage de sable fin et cette chaleur, adoucie par la mer mais exaltée par le soleil qui n'était caché par aucun nuage ! Le port de Gorée rappelait Accra au jeune lieutenant, devenu capitaine par défaut, l'équipage ayant trouvé cela logique que l'italien reprenne les rênes du bateau pour les guider jusqu'en Asie. La première fut de faire demi-tour pour prendre la route des galions de Manille, mais le Syrene n'avait pas assez de provision jusque dans les Caraïbes, d'où l'arrivée à ce port. Tout aurait pu très bien se passer, Alessandro était comme à son habitude, souriant et un peu fou, mais ayant plus l'air d'un simplet que d'un véritable capitaine de navire de ligne espagnol aussi imposant. Il parut d'ailleurs un peu hésitant alors qu'il passait commande pour sa centaine d'hommes. Mais globalement, tout se passait bien, jusqu'à ce qu'une voix se fit entendre :

« Pas d'espagnols ici ! »

L'équipage qui avait mis le pied à terre se tourna vers l'homme, tandis qu'Alessandro continuait à discuter l'air de rien, ne prenant pas d'intérêt pour l'espèce de fou qui avait hurlé derrière lui. Sans doute un déséquilibré avec une haine des espagnols qu'il n'avait jamais vu. Il se plaça à côté du Sforza qui ne le regardait toujours pas.

« Es tu sourd ? On ne fait pas commerce avec les espagnols ! le ton était sans appel.
Cela tombe à merveille … Je suis italien mon cher. s'amusa t'il avec grand sourire.
Et ton bateau bien le pavillon de la péninsule, tu es bien sous les ordres du roi d'Espagne.
Certes … mais mon roi n'est pas à bord ! Ou bien déguisé !
Ton roi ! Te voilà trahi ! Sandro se mit à rire au nez de l'homme.
Mais la moitié de l'Italie appartient aux espagnols, la terre où je suis né est peut être espagnole, mais mon sang n'est empli que de familles italiennes sur de nombreuses générations. Qui êtes vous donc pour être aussi ignorant ? Il n'en fallut pas plus pour que l'autre explose.
Je suis Simon, duc de Brabant et oncle du stathouder des Provinces Unies. Et toi, l'italien impoli ?
Que c'est pompeux ! Je suis simplement Alessandro Sforza, capitaine de remplacement de ce galion. »

Alessandro continuait de sourire, imperturbable, face à un Brabant qui ménageait sa colère, la veine de son front trahissait son état. Les deux hommes n'avaient pas grand chose en commun, si ce n'est un âge similaire, mais Simon était aussi bien habillé que Sandro se laissait aller, l'un était aussi brun que l'autre blondi par le soleil. Ils se regardèrent en chien de faïence durant de longues secondes.

« Et bien même, personne ici ne t'approvisionnera.
Dommage, j'étais prêt à faire tourner l'économie locale.
Partez. Maintenant. » et Simon sortit son pistolet et le pointer sur Alessandro.

Peu de choses faisaient rebrousser chemin au Sforza, mais il n'était pas suicidaire au point de continuer alors qu'une arme à feu pouvait lui ! Il fit une révérence exagérée devant Brabant avant de lancer deux ou trois piques avant de reprendre la mer, trouver un autre port qui ne faisait pas de chichis concernant celui qui faisait trébucher les pièces d'or. Mais c'était aussi bien mal connaître le hollandais au tempérament bouillonnant. Deux semaines plus tard, alors qu'Alessandro et son équipage s'en allait enfin pour leur mission, ils eurent la drôle de surprise de voir le duc de Brabant sur son bateau, prêt à poursuivre les espagnols et à en découdre.

La bataille fit rage en mer, c'est ce jour là précisément que le Sforza prouva qu'il était un grand capitaine, charismatique et doté d'un excellent sens du combat et de l'organisation, malgré tout ce qu'on pouvait lui reprocher sur son mode de vie et ses consommations. En cet Océan Atlantique, des coups de canon pleuvaient à n'en plus finir et le combat semblait ne pas avoir d'autre issue que la mort mutuelle. Mais la hargne du Sforza à gagner, prouver à ce marin de pacotille qui était le maître des mers. Alessandro 1 ; Simon 0. Bataille par capitulation de la part du navire ennemi en bien triste état et hurlements de joie des marins du Syrene, congratulant leur capitaine qui fut là pour mener la danse. Mais le navire était en bien triste état, bien touché malgré tout par les coups de l'espèce d’ersatz de hollandais volant. Autant dire qu'ils peinèrent à regagner Cadix, le mât tenant comme par miracle et difficile à manœuvrer. Une véritable épave en somme. La mission aux Philippines n'étaient que repoussées mais les exploits de l'italien capitaine furent racontées par l'Espagne toute entière !






Dernière édition par Alessandro Sforza le 05.04.13 17:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: SFORZA ♒    25.03.13 0:08


récit d'un capitaine

du monde


Et voici enfin le capitaine Sforza ! Il méritait tant ce grade, il était un excellent marin, cela était évident qu'il aimait la mer et vivre d'aventures en aventures ! Rien ne lui faisait peur, même toiser un duc de la famille d'Orange, ni passer dans les mers infestées de pirates. Le roi Philippe IV l'avait officiellement fait capitaine et lui avait confié cette fameuse escale aux Philippines, pour le plus grand bonheur d'Alessandro qui allait découvrir enfin l'Asie. Et moi avec, comme toujours.

Mais j'ai beau adoré mon capitaine, je ne peux guère cautionner tout ce qu'il fait. Ses agissements, ses mariages délaissés, ses mœurs, ses drogues, il s'éloigne petit à petit du fameux Amir que j'adulais vraiment. Attention, je l'adore toujours et je ne pourrais jamais me passer de lui pour l'instant, j'ai encore tant à apprendre, jamais je ne pourrais jamais renier la main qui m'a sauvée, m'a nourrie, m'a instruit pendant toutes ces années. Je suis passé par l'âge ingrat, j'avais à peine quinze ans quand nous partîmes pour ces îles un peu mystiques, le capitaine dix de plus. Il avait beaucoup changé physiquement aussi, il n'y avait qu'à voir comment les espagnoles le regardaient, elles qui se disaient les plus pieuses d'Europe. Ses traits étaient plus masculins, son regard plus pétillant (la drogue, sans doute), il arborait souvent une barbe de quelques jours et il avait perdu un peu sa peau cuivrée.

Les Philippines n'étaient que la première étape de ce périple de l'autre côté de l'Atlantique, la première fois qu'il traversait cet océan, pour y découvrir encore de nouvelles vies, des aventures à en perdre la tête, des anecdotes incroyables et bien sûr des ennuis, car cela met du piment à la vie. Mais partons à bord avec le capitaine et sa vision du monde …


Chapitre troisième : à propos

de l'Asie et autres



Manille, Philippines.

« Capitaine ! On vous demande, les chinois viennent de débarquer et le capitaine Zhong Jing veut … Bachir poussa la porte et la referma aussitôt en rougissant. … oh pardon ! »

Dans la pièce qui servait en général de bureau à Alessandro, Bachir venait de surprendre son capitaine en pleine chevauchée fantastique avec Leilani, une philippine du peuple aeta, une belle noire aux cheveux crépus pour qui l'italien s'était pris de passion depuis quelques semaines. Autant dire qu'il avait quelques fois besoin d'intimité, surtout que sa mission à Manille n'était pas des plus prenantes. Mais être surpris par Bachir lui avait coupé toute envie et après avoir poussé un long soupir de lassitude, fatigué d'avance de devoir travailler, il dut laisser sa belle, se rhabilla à la va-vite et sortit de son bureau pour partir à la recherche du gamin, bien qu'il ait quinze ans à présent, pour voir comment il allait et ce qu'il avait à lui dire. Bachir se trouvait dans la petite cour intérieure de cette maison à l'architecture espagnole du début du siècle, toujours avec cette influence andalouse avec quelques mosaïques, de magnifiques fleurs colorées et un petit point d'eau au centre. Les deux garçons restèrent silencieux quelques secondes avant que l'italien ne s’éclaircisse sa voix pour tenter de reprendre une conversation normale.

« Zhong Jing, tu disais ? lâcha t'il, un peu gêné malgré tout.
Hum … oui, il est arrivé au port et voulait vous voir pour … discuter. Je n'en sais pas plus. répondit Bachir, tout aussi gêné.
Amène moi à lui.
Heu … capitaine ? Il faudrait peut être vous vêtir d'une chemise. Je doute qu'un émissaire espagnol puisse arriver torse nu.
Ah ? Sandro baissa les yeux et en effet, remarqua l'absence de chemise. Je n'avais pas remarqué. Je vais m'habiller, j'arrive ! »

Montant les escaliers pour paraître plus décent, le Sforza eut un rire nerveux qui l'empêcha d'avancer à l'allure qu'il voulait. Il faut dire qu'il avait été dérangé, et qu'il faisait drôlement chaud pour un mois de novembre ! Dehors régnait un grand soleil et la chaleur ambiante n'aidait pas à vouloir se vêtir. C'est aussi pour ça qu'il ne fit pas l'effort de grands vêtements, prenant juste une chemise et redescendre pour rencontre le capitaine chinois sur le port.

Il faisait si beau, cela faisait du bien après les quelques jours de pluie. La baie de Manille était couleur turquoise, si limpide que l'on pouvait voir le fond et apprécier les poissons colorés dans leur habitat naturel. Le capitaine Zhong Jing était un chinois qui entretenait des relations commerciales avec les Philippines depuis de nombreuses années, ce que faisait la Chine avec l'île depuis plusieurs siècles, bien avant l'arrivée des espagnols. Sauf que les deux hommes n'arrivaient à s'entendre. Alessandro était l'archétype de je-m'en-foutiste avec le sourire moqueur et toujours l'air illuminé, alors que le chinois était si sérieux et froid, préférant le prédécesseur de l'italien. Il faut dire que Sandro n'était un homme à corrompre facilement, surtout qu'il n'avait pas grand chose à gagner. De l'or ? Il gagnait assez bien sa vie, venait d'une excellente famille et n'avait pas besoin de grand chose. Des places de pouvoir ? Il était apprécié par son roi, c'était suffisant. Mais Zhong Jing n'importait pas que des épices et des babioles, il avait dans sa cale quelques trafics de personnes et d'armes, pas vraiment au goût de certains espagnols. Mais à camper sur ses positions, Sandro pourrait un jour avoir des ennuis. Mais que voulez vous, il ne voulait pas changer pour rien au monde !

Heureusement que Manille n'accueillait pas que des malfrats chinois et d'autres exilés d'Europe à la recherche d'un petit havre de paix, il y avait aussi collègues marins venus se reposer et chercher du ravitaillement. Parmi les nombreuses frégates et les quelques galions, certains en imposaient plus que d'autres. Alors que Sandro avait décidé de voir sur le port les nouveaux arrivants, il se désola de l'arrivage portugais. Émissaire aux Philippines, Alessandro devait rendre des compte-rendus réguliers à l'Espagne sur l'île, le commerce mais aussi sur les bateau espagnols dont il devait faire l'inspection. Seulement voilà, cela ne courait pas les rues les pavillons fidèle au roi catholique. Alors quand une immense bâtisse avait jeté l'ancre à Manille, cela illumina la journée du Sforza qui amena avec lui Bachir pour une inspection dans les règles, même si l'émissaire n'avait rien de bien d'un homme haut placé avec ses habits simples, sa petite barbe et sa peau bronzée. Il voulut monter à bord – sans y avoir été invité bien sûr – mais les hommes étaient déjà à quai. L'un d'entre eux, un grand brun donnait des ordres, c'est lui donc que Sandro interpella.

« Hé toi, où se trouve ton capitaine ? apostropha l'italien face à l'espagnol surpris.
Pardon ? Et qui le demande ?
Trop de questions. Viens Bachir, on monte à bord. »

Et sans se préoccuper de l'homme, les deux commencèrent à avancer vers le bateau, prêt à monter mais l'homme se mit en travers de leur chemin, l'air impérial.

« Je suis le capitaine. Le ton sérieux amusa Sandro qui se mit à rire.
Bien sûr ! Tu as quoi ? Vingt ans ? Même moi à ton âge, je n'étais pas capitaine.
Vous n'en aviez pas les compétences, sans aucun doute.
Jouer sur mon orgueil ne vous fera pas gagner, même si c'est bien essayé. Il était toujours aussi taquin.
Mais qui êtes vous pour vous croire au-dessus de tout ? demanda l'espagnol.
Ah oui, c'est vrai, j'ai oublié de me présenter : Alessandro Sforza, envoyé par sa majesté Philippe IV pour être ses yeux sur ses terres. Bachir, montre au jeune homme la lettre d'accréditation. Bachir sortit la lettre avec le sceau espagnol et la signature du monarque. Et j'ai à faire à … ?
Felipe de Palma, je suis capitaine de ce navire. Une preuve ? Il sortit sa lettre de marque. Satisfait ? L'italien parcourut la lettre.
Voici donc que chacun prenait l'autre pour un pouilleux alors que nous sommes haut placés. Des excuses seraient de mises … J'accepte les vôtres. Passons à l'inspection. »

Et sans laisser le temps à Felipe de dire quoi que ce soit, Alessandro embarqua sur l'énorme galion. C'était un énorme navire de ligne, construit récemment quand on voit la beauté du bois et la blancheur de la voile. Une belle bête pour un corsaire, souvent ces bateaux appartenaient à la Couronne. Sur le pont, Sandro examinait tout cela, donnant des indications en arabe à Bachir pour que celui-ci note. Lorsqu'ils étaient entre eux ou quand ils ne voulaient pas être compris, l'arabe était la parfaite langue pour cela.

« Beau bateau en tout cas. Laissez moi deviner les mesures … cinquante mètre de longueur ?
soixante. Et vingt-cinq de large. corrigea Palma en croisant les doigts.
Quelle folie des grandeurs ! Et quatre mâts ! Presque aussi gros que le mien ! Monsieur se prendrait-il pour un marin ? Ou avez vous quelque chose à compenser ? » s'amusa Sandro tout en continuant son chemin, suivit de Felipe.

Ils descendirent tous les trois dans les cales pour inspecter tout d'abord les canons, au nombre de soixante-dix, puis plus en dessous les cabines et les provisions. Tout semblait parfaitement en ordre, pour la plus grande désolation du Sforza qui n'avait que peu l'occasion de faire ces inspections et encore moins de les sanctionner ! A croire que tous les navires sous pavillons espagnols étaient irréprochables. Pour finir en beauté, Alessandro demanda à voir la cabine de Felipe, celle du capitaine donc. L'espagnol était tout d'abord réticent, puis leva les yeux tout en ouvrant la porte fermée à clé. A première vue, rien de bien particulier, une grande cabine avec un peu de bazar pour témoigner le quotidien du capitaine à savoir où aller et que faire. Mais ce n'était pas la vue qui intéressa l'inspecteur qui, tout en avançant, sentait une odeur particulière dont il n'arrivait pas à savoir ce que c'était.

« Quelle est cette odeur ? demanda t'il enfin le plus naturellement du monde.
Je ne sens rien de particulier. fit innocemment Felipe.
Vous devez y être habitué. C'est de … oh j'ai le nom sur le bout de la langue … ah voilà, du pavot à opium ! lança Sandro en pointant le capitaine du doigt.
Vous m'accusez de fumer de l'opium ?
Accuser, quel vilain mot ! Non, j'affirme, je connais l'odeur, même si je n'en suis pas friand. »

C'était dit avec tant de naturel que Felipe en fut décontenancé de longues secondes, laissant l'autre tourner dans la pièce, alors que Bachir s'approcha de l'espagnol avec un air sérieux.

« Laissez le parler, il redescend. Avec ses drôles de breuvages, il n'est plus lui-même. »

Il était temps que ces deux garçons se rendent compte qu'ils avaient plus en commun qu'ils ne le pensaient. Bon, peut être que la drogue n'était pas le point commun le plus répandu en ce monde, mais cela servait à briser la glace entre ces deux là qui étaient partis du mauvais pied. Felipe demanda à l'italien s'ils pouvaient discuter seul à seul et Bachir dut sortir de la cabine, bien qu'il continua d'écouter à la porte.

« Alors comme ça, vous êtes … connaisseur. demanda innocemment Palma.
Je ne prétends pas tout connaître non plus, je ne suis pas un expert. Mais il est toujours important de connaître ce genre de choses lorsque l'on voyage ou pour en apprendre sur la culture locale. Voyez, ici, les chinois vendent du chanvre à fumer, excellents. Et ils ont du pavot si cela vous intéresse. J'avoue avoir des vices mais je préfère fumer du simple tabac. »

Et les voici à parler consommation de « substance vicieuse » comme on appelle la drogue à cette époque là. Alessandro connaissait assez l'île pour savoir qui pourrait procurer quoi à son nouvel ami. Quant à sa consommation à lui, il parla de décoctions et de boissons hallucinogènes qu'il avait découvert lors de son périple africain, lui donnant de magnifiques hallucinations et une euphorie qu'il gardait pendant de longues heures, d'où son état perpétuellement joyeux. Il était dommage que Felipe repartit si vite, les deux hommes espérant se croiser au plus vite. Après tout, le monde n'est jamais bien grand !

Lima, vice-royauté du Pérou.

« Au voleur ! On nous a volés la couronne ! Monseigneur ! Monseigneur ! Mon …
Oh mais quel vacarme pour rien. Elle est là votre couronne ! » lâcha Sandro en montrant sa tête.

Puis comme si rien n'était, il retourna à son dessin face à son miroir où il faisait un autoportrait avec la couronne de la vice-royauté du Pérou du la tête et son perroquet ramené de Manille, qu'un français vendait car il était insupportable. Comme si cela était naturel. L'homme resta interdit pendant de longues secondes, marmonna des excuses et retourna dans les salons pour calmer l'agitation des gardes qui étaient déjà à la recherche de la couronne perdue. C'est là qu'apparu un espagnol ventru à la longue moustache, Juan Constanzo, un oidor, c'est un juge de la audiencia, un peu taciturne et trop sérieux, n'aimant pas vraiment que Sandro fasse ce qu'il veut.

« Avec tout mon respect, monsieur, cette couronne n'est pas à vous.
Et avec tout mon respect, je la remettrais à sa place quand j'aurais fini. répondit Sandro sans quitter des yeux son dessins.
Ce n'est pas parce qu'on vous a nommé à contrecœur vice-roi qu'il faut tout vous permettre ! s'indigna l'homme.
Et ce n'est pas parce que vous êtes déçu de ne pas avoir cette couronne sur la tête que vous devez me passer de la sorte. Alessandro tourna la tête vers l'homme avec un petit sourire. Je sais que vous ne m'aimez pas, c'est vraiment réciproque. Mais je vous assure que je partirais une fois le nouveau vice-roi nommé par notre roi posera un pied dans ce palais. »

Oui, Alessandro était vice-roi du Pérou, c'était des plus improbables ! Comment cela était-ce arrivé ? Il y a trois mois de cela, après son retour des Philippines, le roi Philippe IV lui avait demandé de conduire le nouveau vice-roi du Pérou jusqu'à Lima. Par la même occasion, Alessandro fut naturalisé espagnol et obtint le marquisat de Zubizarreta. Et à bord de son nouveau bateau El Dragón Volador, il avait conduit le futur roi … qui avait fini par mourir d'une violente fièvre peu après le canal de Panama, où Alessandro écrivit une missive pour Madrid. Pour l'enterrer dignement, le bateau amarra malgré tout au Pérou pour annoncer la mauvaise nouvelle. Dans ce cas, le président de l'audiencia prenait le pouvoir temporaire. Mais lui aussi était mort et personne ne se mettait d'accord sur le nom du vice-roi temporaire, un des oidor proposa Alessandro, neutre et en dehors des querelles péruviennes. Contre toute attente et malgré des refus comme celui de Constanzo, Alessandro était devenu vice-roi ! Cela faisait trois mois qu'il était là, il avait de la chance d'être tombé en période calme et pouvait se permettre de ne pas faire grand chose, comme se dessiner avec une couronne sur la tête. Il adorait ce palais richement décorée, aux hauts murs dorés, couverts de stuc et au luxe étonnant pour un palais si loin de l'Europe. On sentait une influence mauresque et andalouse, cela lui rappelait un peu Séville mais aussi Rabat, c'était d'autant plus plaisant. Puis son perroquet tyrannisait Constanzo, c'était le divertissement de la journée, avec les audiences. Plusieurs fois par semaine, Alessandro recevait quelques personnes qui avaient des revendications ou des problèmes. Cela pouvait être des nobles avec des problèmes de charges, des gens du peuples avec des problèmes de commerces ou des indigènes. Et aujourd'hui, peu après avoir fini son dessin, il décida de se rendre sur le trône du vice-roi, car oui il y avait un magnifique trône, toujours sa couronne sur la tête et son perroquet à l'épaule et s'installa en travers, les jambes pendantes du côté de l'accoudoir. Il n'y avait personne aujourd'hui, cela arrivait, le Pérou n'était pas des plus dangereux, la Cité des Rois, le nom de Lima, n'était pas un ghetto. Mais un homme fit son apparition alors que Sandro grattait le cou de son perroquet.

« Je ne pensais pas en venant voir le vice-roi vous revoir !
Je suis un homme plein de surprise, Palma. s'amusa Alessandro en se tournant vers Felipe avec un large sourire.
Vous, vice-roi ? Décidément, n'importe qui peut devenir souverain en ce bas monde, même vous !
Le monde est fou, que voulez vous ! »

Les deux amis rirent de bon cœur à cette nouvelle rencontre tout aussi improbable, alors que Felipe venait signaler que des pirates lui avaient échappé et avaient accosté en barque à Lima la veille. Une mission dont les autorités péruviennes se chargeront, contents de faire une chasse à l'homme face à des brigands de la pire espèce et les pendre en place publique. Et pour les deux hommes, c'était l'occasion de se revoir, de souper ensemble en se raconter leurs dernières péripéties dont celle de l'arrivée de Sandro sur le trône du Pérou, aussi temporaire soit ce statut !

Seulement voilà, tout n'était pas si drôle et coloré au Pérou ! Malgré les gens chaleureux, les couleurs des habits, le beau soleil paisible et ces jolies femmes voilées à la coutumes mauresques, pas très loin du palais du vice-roi, un imposant bâtiment où il était très facile d'y entrer, mais beaucoup moins d'y sortir, ou souvent pour servir de combustible pour une feu de joie. La casa de la Inquisición où, comme son nom l'indique, régit la Sainte Inquisition qui ne plaisantait pas avec la religion et les mœurs. Un peu moins par la sorcellerie, même si au Pérou elle était traquée contrairement à l'Europe, les inquisiteurs traquaient surtout les protestants, juifs, musulmans, bigames, la fornication et bien sûr, l'homosexualité. Oui, totalement Alessandro qui s'en moquait de l'Inquisition et menait toujours sa vie à sa manière, c'est à dire au gré de ses envies. Autant dire que cela n'avait pas plus au Grand Inquisiteur péruvien de l'ordre dominicain, Jorge Llobères. Ce dernier était bien décidé à rencontrer ce drôle de vice-roi et se rendit un beau jour pour se faire annoncer. Alessandro était en tenue un peu débraillée, la chemise ouverte et le sourire un peu stupide, signe qu'il n'était pas tout à fait lui-même.

« Señor Sforza, je suis Jorge Llobères, Grand Inquisiteur de la vice-royauté où vous régnez actuellement. lança sèchement l'homme d'église en noir.
Régner, c'est un bien grand mot ! Enfin pour moi, je ne doute pas que vous ayez plus de travail que moi ! répondit Sandro tout en faisant de drôles de gestes avec ses bras qui n'avaient ni queue ni tête.
Hum … en effet. Et j'espère que vous me donnerez pas de travail supplémentaire.
Moi ? Je ne vois pas pourquoi ! Je suis un homme respectable et bien élevé ! Il se mit à rire.
Avez vous bu ?
Je ne bois que très peu, et jamais en journée voyons, je ne suis pas alcoolique ! Il continua à rire et sautillait gentiment. Non, rien qu'une tisane de recette maison.
Substance vicieuse, vous voulez dire. l'inquisiteur était suspicieux.
Tout de suite les grands mots ! Rien de plus que des plantes sympathiques qui ne font pas de mal ! »

Cela commençait mal, Llobères plissait les yeux et jouait avec ses mains. Voilà Sandro qui entrait dans le collimateur de l'Inquisition, et il était toujours difficile de s'en sortir.

« Aviez vous quelque chose à me dire, monsieur ?
Oui, je venais vous parler de ce que vous allez faire pour la tombe d'Isabelle de Florès.
Qui ? demanda Sforza avec un air ébahi.
Celle qu'on appelle Rosa de Lima. Vous savez, cette jeune femme qui vit pieusement et aida la population opprimée. La cardinal Borromeo vous en a parlé m'a t'il dit.
Ah, celle dont les gens prennent la terre de sa tombe ?
Celle là même. Nous voulons demander sa béatification, mais on ne peut laisser les gens agir de la sorte. Ni que des femmes se disent sa descendante spirituelle sans preuve !
Pouah, des affaires de bonnes femmes. lâcha t'il sur un ton blasé. Je ne vais pas mettre un garde. Ils se lasseront, c'est l'effet nouveauté. D'ici quelques mois, ils n'y penseront plus … Inch Allah. c'était sorti tout seul. Bachir assis dans un coin leva les yeux, horrifié alors que l'Inquisiteur fronça les sourcils davantage.
Inch Allah ? Vous utilisez des phrases religieuses musulmanes, cela peut être considéré comme du blasphème. Êtes vous bien un catholique ? menaça l'homme.
Je suis né catholique, je suis un Sforza ! Non mais mon jeune second que j'ai sauvé est musulman, il m'a contaminé voilà tout ! se justifia bien mal l'espagnol toujours embrumé.
[color=red]Jeune homme, vous êtes un menteur, je le sens. »[/b]

Cela aurait pu s'arrêter là mais il a fallu qu'à cet instant, sortant de sa chambre, sorte une jeune femme souriante qui baissa la tête en voyant l'Inquisiteur et ne demanda pas son reste. Encore cela serait passé, mais alors qu'un homme remettant sa chemise sortait aussi, c'était à croire que tout était réuni juste pour faire une très mauvaise plaisanterie à Llobères qui n'en croyait pas ses yeux, avant d'hurler :

« Fornication ! Sodomite ! Vous êtes diabolique, Sforza ! Cela fit rire aux éclats Sandro évidemment. Et vous riez comme le démon !
Je ris de vous, monsieur ! Je ne suis point le diable, je suis simplement mortel. Et les plaisirs de la vie ne sont pas condamnables.
S'ils ne sont pas faits dans le cadre de l’Église, si.
Nous ne sommes pas dans une église, cela tombe bien. Mais vous êtes en mon palais, je vous prie d'en sortir.
Le jour où vous ne serez plus au pouvoir, Sforza, je serais là. »

Et le Grand Inquisiteur tourna les talons, laissant Alessandro un peu abasourdi quelques instants pour retourner à son quotidien en sifflotant une chanson de marin et faisant quelques pas de danse, alors que Bachir s'inquiétait. Il avait à présent seize ans, n'était plus un enfant et s'inquiétait pour son capitaine complètement inconscient du danger qui planait sur lui.

« Capitaine, il faudra vite s'en aller, ces gens là ne sont pas dotés d'un grand sens de l'humour. Et je ne veux pas vous voir finir sur un bûcher.
Les bûchers sont rares mon bon Bachir. Et j'ai le roi avec moi. Et je ne veux pas quitter le Pérou si vite, il y a tant à voir. Je suis sûr qu'il y a des lieux magnifiques que peu de gens ont vu. Je suis un voyageur et ce n'est pas un homme en noir qui va me perturber dans la vie.
Ne comprenez vous pas ? Cet homme vous déteste et il fera tout pour vous faire tomber. En même temps, ce ne serait pas difficile, vous cumulez tout ce qu'il ne peut aimer chez un homme.
Tu parles de mon charme, ma grande intelligence, ma spiritualité et mon bon goût ? Et il continua à rire en quittant la pièce, sans vraiment réaliser.
Je ne serais pas toujours là pour vous protéger. » murmura le jeune marocain à lui-même.

Et pourtant, il dut bien aider son capitaine à s'en sortir. Alors que ce n'était plus qu'une question de temps avant l'arrivée du nouveau vice-roi, nommé par Philippe IV, en espérant qu'il ne meurt pas en route encore une fois, Bachir prépara une issue de secours pour que l'Inquisition ne se rende pas au palais ce jour là. Tout était calculé : le jour où Diego de Benavides y de la Cueva, comte de Santisteban del Puerto, nouveau vice-roi posa un pied à Lima, Alessandro fut là pour l'accueillir, l'emmener au Palais et le présenter à l'audienca dans la joie et la bonne humeur. De son côté, Bachir et quelques membres de l'équipage s'étaient introduits dans la Casa de la Inquisición pour subtiliser les clés et enfermer les membres de l'Inquisition dans la grande salle à manger où ils étaient réunis de bon matin, puis barricader des portes dans les issues donnant sur le jardin avant de s'enfuir. Cela ne les retiendrait pas longtemps, mais suffisamment pour que Sandro traîne un peu dans les adieux en promettant de revenir sûrement un jour. Bachir traîna son capitaine au bateau mais ceux des hommes au services de Llobéres attendaient déjà l'arrivée du Sforza. Ne pouvant rejoindre son bateau, il donna les ordres à son lieutenant d'amarrer pendant la nuit et de les rejoindre plus au nord le temps qu'il faudra. Puis, sans vraiment savoir où ils pouvaient se rendre, il était temps pour Alesandro et Bachir de quitter la ville et vivre de nouvelles aventures au sein du Pérou. Des aventures comme les aimait Sforza : il demanda de l'aide à Diego, un métis indigène qui connaissait la région de les emmener dans les terres, oubliant de préciser de se rendre au nord. Les trois hommes s'enfoncèrent dans le sud de la vice-royauté, découvrant Cuzco, passant par des tribus indigènes comme l'italien en raffolait, buvant leur culture et mâchant de la feuille de coca à outrance, découvrant des trésors incas, avant de remonter quelques semaines plus tard à Trujillo où El Dragón Volador les attendait avec impatience. Tous ensemble, loin de l'Inquisition, ils purent repartir vers l'Espagne, l'esprit plus tranquille. Et malgré les ennuis, Alessandro vous dira que ce fut un de ses plus beaux voyages !

Krk, République de Venise (actuelle Croatie).

La tête lui tournait alors qu'il n'avait toujours pas ouvert les yeux. Il avait l'impression d'avoir reçu un violent coup et n'émerger qu'après des semaines de coma. Sous son dos, le sol semblait mou, comme du sable, du sable humide. L'air y était iodé, le bruit des vagues était tout proche et de l'eau vint caresser le bout de sa main droite. Puis il sentit une chaleur près de lui, au niveau de sa nuque. Puis cette voix. Implorante, dans une autre langue que l'espagnol ou l'italien … de l'arabe. Cette voix appelait à l'aide mais personne ne semblait répondre, jusqu'à ces pas dans le sable, une odeur parfumée et une voix bien plus virile se fit entendre. Doucement, Alessandro émergea, n'arrivant pas à comprendre ce que disait l'homme. Alors qu'il tentait de reprendre ses esprits, Sforza maugréa quelques mots en italien, que l'homme sembla reconnaître, se leva et fit signe qu'il revenait. Lui resta seule avec cette présence féminine à ses côtés qui lui essuyait le visage où quelques grains de sable avaient migré. Avec ses grands yeux noirs bienveillants, elle veillait sur son sauveur. L'homme revint comme promis, en compagnie d'un autre homme, habillé + élégamment vint jusqu'à eux et avait un fort accent connu d'Alessandro qui fit un faible sourire, ne pensant pas qu'il serait si heureux d'entendre sa langue maternelle un jour.

« Italien ? demanda t'il d'une petite voix fatiguée.
En effet, je suis Girolamo.
Où sommes nous ?
A Krk. L'homme vit Sando plisser les yeux pour tenter de comprendre. Krk est une île de l'Adriatique à … cinq cents bons kilomètres de Venise. Vous êtes en territoire vénitien. Mademoiselle ne parle pas italien ?
Un petit peu … murmura t'elle en baissant les yeux.
Je suis … Sforza. souffla t'il, sentant sa tête tourner encore.
Ne vous inquiétez pas, je … » puis ce fut le trou noir.

Lorsqu'il se réveilla, il faisait sombre dans la chambre mais à travers la fenêtre entrouverte, on pouvait voir le ciel commencer à se teinter de violet et de rouge, le soleil se levait. Sandro s'étira et sentit une présence à ses côtés. La belle dormait contre lui, comme si elle avait peur qu'il ne disparaisse. Elle s'appelait Ethéry, elle était si jolie avec sa peau cuivrée et ses longs cheveux noirs, sa taille gracile et son sourire radieux. Quand Sandro l'avait vu au marché aux esclaves d'Alexandrie, il s'était pétrifié ! Elle ressemblait tellement à sa belle Hawa, celle qu'il avait aimé presque dix ans auparavant, qu'il n'avait pu détacher ses yeux d'elle et avait eu la folie de vouloir l'acheter cette belle caucasienne arrachée à sa famille par les Perses et passée sur divers marchés aux esclaves jusqu'à l’Égypte, et fut finalement achetée à un riche égyptien ventru qui se délectait déjà de rajouter la jeune femme à son tableau de chasse. Bachir avait tenté de raisonner son maître mais il est évident qu'Alessandro était un homme têtu et avait fomenté un plan pour sortir cette demoiselle dont il ne savait rien de cet enfer où elle allait. Sauver une damoiselle en détresse avait un côté amusant que le capitaine voulait tenter, par défi et pour Hawa. Alors il avait infiltré la maison en pleine nuit, réveillé la jeune caucasienne à qui il a étouffé un cri et l'avait emmené au dehors. Le plan était simple : emmener la jeune fille hors de la maison, courir au port où une goélette les attendait. Son navire avait quitté le port pour ne pas éveiller les soupçons, car j'ai oublié de vous dire qu'Alessandro avait déjà tenté d'emmener la jeune femme et avait eu une violente altercation avec le maître. Alors que El Dragón Volador était parti, personne ne pouvait penser qu'il était coupable. Le navire devait remonter jusqu'à Syracuse, puis jusqu'à Gênes si le capitaine tardait à arriver. La chance ne fut pas au rendez vous car un mauvais courant avait ralenti l'expédition jusqu'en Sicile, les faisant s'arrêter en Crète. A Syracuse, le bateau n'était déjà plus là, Alessandro avait donc décidé de remonter par la mer Adriatique, arriver à Ancône puis remonter à Milan où il aurait prévenu son équipage qu'il était toujours vivant. Mais un orage avait rendu la navigation impossible et Sforza fut assommé par sa voile, ce qui le rendit inconscient plusieurs jours où les deux jeunes gens dérivèrent et ce, jusqu'à Krk où ils étaient à présent.

Il avait quand même fait porter une missive à Gênes pour annoncer que personne ne l'avait tué, ni le maître égyptien, ni les crétois, ni même la mer ou les habitants de Krk. Il reprit la mer après quelques jours de convalescence, conduit par un vénitien qui les déposèrent à Saint Marin. Mais ce fut Ethéry dont la santé déclina, prise d'une forte fièvre. Sandro dut la laisser à contrecœur dans la république, promettant de revenir ! Il remonta à Milan où le repos fut le bienvenu, où il ne raconta pas tous les détails de ses mésaventures à son père, mais ce dernier comprit qu'il y avait une fille derrière tout ça. Et dire que Sandro avait tout fait non par amour pour la demoiselle, mais pour l'amour du risque et le souvenir d'un amour perdu. Il n'avait pas su sauver la première, il se rachetait aujourd'hui.

Mumbai, Inde.

« Capitaine, pourquoi il y a une vache dans la cour ?
Elle est entrée tout à l'heure, je l'ai laissée et maintenant, on doit attendre qu'elle parte.
Pourquoi ?
N'as tu donc jamais retenu ce que je t'ai appris ? Maîtriser la culture est essentielle pour comprendre les gens. Après tu n'es pas obligé de faire comme moi …
Vous parlez de votre conversion à une nouvelle religion encore une fois ? demanda Bachir en croisant les bras.
Mais pas que ça.
Alors vous parler que vous avez pris une femme, encore une fois ?
Hé, quel est ce ton, jeune homme ! Akanksha est une femme très bien. Et l'hindouisme est une belle religion, un état d'esprit qui me ressemble. D'ailleurs, c'est jour de fête, viens tu ? lança finalement Alessandro, joyeux.
Mais ce n'est pas ma religion ! s'indigna le jeune marocain.
Bah, reste avec la vache alors ! Et donne à manger à Lys ! »

Et Sandro en compagnie de son épouse indienne s'en allèrent dans les rues de Mumbai. Aujourd'hui, c'était jour de l'équinoxe de printemps, qu'on appelait ici Holî, une fête colorée et joyeuse, à l'image même de l'italien qui avait revêtu l'habit blanc pour se plier aux règles. La veille, il y eut un grand feu de joie pour rappeler la crémation de Holîka, et aujourd'hui c'était Rangapancham où les gens se lançaient des pigments de couleur. Mais attention, ces couleurs ont une signification bien précise : le vert pour l'harmonie, l'orange pour l'optimisme, le bleu pour la vitalité et le rouge pour la joie et l'amour. Akanksha avait des pigments rouge tandis que Sandro – qu'on avait baptisé Samudrasen (Seigneur de la mer, en hindou) – avait du bleu entre les mains. C'était précisément ce qu'il aimait : une fête sans différence de caste, où même certains anglais s'étaient mêlés à la fête, où l'on riait, on se lançait les couleurs et où tout le monde partageait des mets préparés pour cette journée. Une belle euphorie qui transportait Sforza dans une exaltation naturelle, loin des paradis artificiels qu'il se constituait avec ses breuvages hallucinogènes. Il était heureux et regrettait que l'Inde soit partagée entre les anglais et les musulmans, il s'y serait bien installé. Mumbai était aux anglais depuis quelques années, tolérants sur la religion, bien plus que les sultans du nord, musulmans au possible et beaucoup moins de liberté que dans les colonies occidentales. Dire qu'il était venu ici à la base en ravitaillement, Sandro devait passer par l'Afrique pour quelques missions, et finalement s'y était installé, avait changé de religion et s'était encore marié ! Il était heureux là, à s'embrasser avec sa belle au milieu des lancers de couleurs dans tous les sens …





Dernière édition par Alessandro Sforza le 07.04.13 18:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: SFORZA ♒    05.04.13 17:08


récit d'un capitaine

du monde


Que d'aventures ! Jamais je n'avais espéré voir tant, à peine pensais-je quitter Rabat un jour alors tout ce monde, ces gens, ces aventures, ces ennuis. Ennuis causés par le capitaine Sforza principalement car son naturel et son envie de liberté lui donnait des ailes, peut être un peu trop. Et ses substances qu'il continue d'ingurgiter n'ont jamais cessé, ou si peu. J'ai essayé de le stopper en volant ses plantes, les brûlant, le menaçant, en partant mais rien n'y fit … et je suis toujours revenu à lui. Comment pourrais-je vraiment le détester ? Il a un si bon fond. La preuve, il sauve des jeunes filles qu'il connaît à peine, qu'il n'aime même pas, juste pour la beauté du geste ! Ces dernières années, le capitaine s'est davantage livré à moi, j'ai pu connaître quelques uns de ses démons, mais aussi cet amour de la vie et cette curiosité sans borne. Peu importe où nous allions, il trouvait toujours une beauté sur laquelle s'extasier, de quoi dessiner, un souvenir à rapporter. Il aime la vie, qui le lui rend assez mal, mais n'en a cure.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin, la vie est faite ainsi. Nous sommes retournés en Europe à l'été 1665, Alessandro entretenait d'excellents rapports avec le roi d'Espagne, qui n'a jamais su ce qui s'est passé au Pérou, et appréciait cet homme. Pour son roi, le capitaine avait abandonné les habits décontractés pour se transformer en homme de cour, bien qu'il était toujours plus négligé que le reste des espagnols. Il attendait une nouvelle mission avec impatience, espérait partir en Nouvelle-Espagne, ou à Cuba. Il m'en avait parlé plusieurs fois mais comme rien ne venait, le capitaine prenait son mal en patience, occupant son temps en racontant ses aventures, à dessiner et s'occuper du nouvel amour de sa vie, son chat Lys qu'il avait gagné il y a trois ans. La vie n'était pas si mal et nous avions tous les honneurs grâce au roi. Mais comme je vous disais, toutes les bonnes choses ont une fin.


Chapitre troisième : à propos

de l'Europe



Madrid, Espagne.

« Capitaine ! Le roi Philippe est mort ! »

Il était certain que Bachir avait couru jusqu'à la demeure madrilène d'Alessandro, mis à sa disposition par Philippe IV, une demeure modeste mais à consonance andalouse et à l'image de son actuel propriétaire : chaleureuse et originale. Il vivait à Madrid, à une quarantaine de kilomètres de l'Escurial, palais austère de la monarchie espagnole, où il ne s'y plaisait pas. Puis il n'avait pas besoin de passer ses journées au château, seulement quand le roi le demandait. L'italien était entrain de lézarder dans son petit jardin, avec son chat Lys sur les genoux et ouvrit de grands yeux surpris à cette annonce.

« Quoi ? Mais quand ? interrogea t'il en se levant, laissant Lys prendre sa place sur le fauteuil.
Ce matin même. Cela vient d'être annoncer sur la place, j'ai couru vous l'annoncer.
Je l'ai vu il y a encore quelques jours … bredouilla Sandro, les idées peu claires. Il ne semblait pas en grande forme mais de là à mourir …
Dépêchez capitaine, il vous faut vous rendre à l'Escurial sur le champ. »

Un peu déboussolé de cette cruelle annonce, Alessandro monta à l'étage se changer pour des habits de deuil et partit aussitôt pour le palais royal espagnol où il y avait déjà foule. On se pressait pour pleurer un roi, présenter ses condoléances à sa jeune veuve, Marie-Anne d'Autriche. Déjà que ce n'était pas bien gai à la cour d'Espagne, mais on touchait le fond pensait le capitaine, pourtant empli de chagrin pour le mort de ce roi qu'il avait adoré, qui lui avait confié ses plus belles missions et ses plus beaux souvenirs. Il était bien triste de dix-sept septembre 1665, la mort d'un roi apportait l'avènement d'un gamin sur le trône des Espagnes, un enfant difforme et peu vaillant, un des rares survivants à ce mariage entre un oncle et sa nièce de trente ans sa cadette.

La cérémonie fut somptueuse avec ses larges tentures noires et violettes, des ambassadeurs des quatre coins de l'Europe venait saluer la mémoire d'un roi admirable, intelligent et dynamique, un passionné, un belliqueux aussi qui avait davantage perdu que gagné ces dernières années. Et pendant ce temps, détaché de cette atmosphère morne et oppressante, le Sforza se demandait ce qu'il allait devenir. Il était capitaine d'un vaisseau espagnol, renoncer à cela, c'était s'engager à devenir une sorte de corsaire pour continuer d'écumer les mers. Le problème était qu'il n'avait pas de bateau à lui. En effet, El Dragón Volador était la propriété de la Couronne espagnole et il ne pourrait jamais s'offrir un galion de cette taille avec ses deux ponts, ses trois mats, sa vingtaine de canons et toutes ces décorations magnifiques. Il devrait prétendre à une « simple » frégate mais là encore, se posait un problème : il n'avait pas les moyens. Certes, il n'était pas pauvre de part ses pensions royales, les trésors trouvés, son espèce de trafics de plantes, mais ne roulait pas sur l'or. Il avait eu la chance de profiter des largesses de beaucoup de monde, et aussi de n'avoir jamais rechigné à travailler. Mais de là à se payer un bateau et l'équipage qui allait avec, c'était bien plus compliqué. Pourtant, de par ses précédents voyages, il savait où trouver des trésors, au Pérou, on lui avait parlé de Nouvelle-Espagne, de cette Argentine encore sauvage et non domptée, mais aussi en Afrique où les terres étaient inexplorées de la plupart des européens qui préféraient rester sur le littoral. Ou alors il devait servir une régente peu amicale et un nouveau roi débile. Cette pensée le rebutait au plus haut point.

Il attendit tout de même un mois de réflexion avant de prendre sa décision. En cette mi-octobre encore clémente en Espagne, Alessandro retourna au palais avec un de ses rares costumes de cour, les cheveux peignés et la barbe taillée. A trente ans, il ne supportait plus le rasage complet, il avait passé l'âge de faire minet. Il fut reçu par la régente Marie-Anne et le père Johann Eberhard Nithard, conseiller de la régente, un jésuite autrichien un peu sec et à l’œil tombant.

« Votre Majesté, je viens à vous aujourd'hui pour vous parler d'un voyage que feu notre roi Philippe m'avait promis, que j'espérais faire afin d'honorer mes engagements.[/color]
Et où deviez vous vous rendre capitaine Sforza ? demanda la régente, peu jolie, encore moins quand elle restait sérieuse.
[b]En Nouvelle-Espagne. Il m'a été promis la capitainerie générale du Yucatán, je n'attendais qu'un ordre de départ.
Il y eut un silence pesant après cette demande, mais la régente secoua la tête négativement.
Concernant cette nomination, nous pensons qu'il est encore trop tôt pour qu'un nouveau capitaine général soit nommé. Il va vous falloir être patient, capitaine. »

Il était déçu, ses yeux bleus le trahirent en cet instant. Cette nomination était la parfaite alliance entre le voyage et les revenus adéquats. Partir en Nouvelle-Espagne serait une magnifique occasion, une nomination qu'on ne laisse pas passer. Et puis il ne dépendrait pas totalement du jeune roi difforme, cela était parfait. Puisque c'était ainsi …

« S'il me faut attendre, je demande votre Majesté de pouvoir patienter à Milan, où ma famille m'attend.
Si c'est ce que vous souhaitez. »

La régente n'avait pas l'air d'apprécier ce drôle de capitaine à la vie peu commune et était sans doute ravie de le voir quitter l'Espagne, car elle n'avait nullement envie de confier une charge à l'italien, malgré la promesse de son défunt mari. Tant mieux, Alessandro avait envie de revoir Milan !

Milan, duché de Milan, Italie.

« Je vais t'étriper, sale chien ! » hurla l'italien en se jetant sur le jeune homme face à lui.

Il était rare de voir Sandro en colère, il y avait peu de chose qui pouvait le sortir de ses gonds mais là, on avait osé faire du mal à sa famille. Et de la façon la plus stupide qui soit : en faisant l'idiot. De passage à Milan, Karl du Palatinat, un autrichien un peu pédant, avait élu domicile chez les Visconti et une grande fête avait eu lieu à la Cascina Boscaiola, là où résidait encore les Visconti. Seulement, l'autrichien et quelques uns de ses amis avaient un peu trop bu, il avait une arme à feu entre les mains. Autant dire que le drame était obligé d'arriver. Lorsque le coup de feu partit, un hurlement se fit entendre juste après. Le plus jeune frère de Sandro, lui aussi appelé Alessandro, âgé de douze ans, avait la tête qui saignait. Alors qu'on emportant l'enfant dans le palais, le capitaine avait couru après Karl et s'était jeté sur lui pour le frapper.

Pour le Sforza, il fallait vraiment une bonne raison de se battre, de frapper quelqu'un d'autre avec une telle force. Mais s'il perdait son jeune frère, il tuerait même Karl de ses propres mains. Il faut dire que depuis quelques temps, à cause d'un hiver un peu moins doux que d'habitude, les plantes d'Alessandro avaient du mal à pousser et il était souvent à cran. Aujourd'hui, on dirait qu'il est en manque. Cela le rendait parfois irritable, et s'il arrivait à rester courtois avec sa famille, il ne lui suffisait de pas grand chose pour péter les plombs, et c'était l'autrichien qui trinquait. Les coups pleuvaient sur le jeune homme blond jusqu'à un bruit de craquement : le nez de se dernier venait de se fracturer. On vient séparer les deux hommes et Alessandro resta au chevet de son jeune frère. Fort heureusement, il survécut mais garderait de graves séquelles : l'œil gauche où la vision était fortement altérée et le bras du même côté affaibli aussi. Ce jour là, Sandro fit la promesse à son cadet qu'il le vengerait, qu'il trouverait un moyen de faire payer à cet idiot de palatin, non en le tuant mais en le blessant là où cela faisait du mal …

Versailles, France.

A travers la porte, on pouvait entendre des rires, comme souvent ces dernières semaines. Alessandro n'était pas resté longtemps à Milan, il était monté à Versailles pour le plaisir de voir les lieux, et aussi retrouver sa belle géorgienne Ethéry. En effet, la personne à qui il l'avait confiée quelques années auparavant l'avait éduquée et en avait fait une dame de compagnie. C'était parfait, mais Sandro était attaché à la jeune femme, pour qui il avait une certaine tendresse, encore une fois ne parlez pas d'amour. Puis quelques connaissances étaient aussi en ce château français, alors autant être tous rassemblés ! Il avait pris son chat, ses plantes, Bachir et son matériel à dessin pour démarrer une nouvelle aventure, en terrain européen cette fois. Et pourquoi ces rires alors ? Oh, il avait fait d'excellentes rencontres, comme le marquis d'Effiat, un garçon plein d'entrain et un casse-cou de premier ordre ! Les deux hommes ne pouvaient que s'entendre et mieux, Alessandro lui avait fait tester ses mixtures hallucinogènes, lui assurant que c'était inoffensif, qu'elles avaient des vertus euphorisantes. C'était tout à fait le cas, les deux hommes riaient à gorge déployées sur des sujets idiots, la moindre conversation était prétexte à rire à un moment ou à un autre. Même si ce n'était pas drôle.

« Et tu vois, marquis, j'ai trouvé la vengeance la plus stupide qui soit. J'ai décidé de passer par sa cousine ! lança Sandro, debout sur le lit d'Effiat, comme triomphant.
Tu es vil, Sforza ! On dit que la jeune femme est douce comme un agneau. répondit Antoine, allongé au sol, ricanant.
Mathilda de Cologne est un ange ! Une douce colombe où même un manipulateur aussi mauvais que moi réussit. Il suffit d'être gentil et de dire de jolies choses. Tu verrais comment le palatin me regarde, il crève de jalousie. C'est tellement drôle ! Les deux éclatèrent de rire.
Et elle ne voit rien ? Nous vivons dans un monde de sot !
Je n'ai pas de mal à lui dire des choses gentilles, je l'apprécie bien quand même. Je ne suis pas un garçon méchant …
Dit celui qui utilise une douce jeune femme pour se venger !
Tu oses me faire la morale ? Toi qui manipule ton monde pour arriver à tes fins.
Ne m'insultes pas. Un jour tu parleras à un archimignon ! rétorqua Effiat qui s'était relevé et étendait les bras.
J'attends de voir ça ! »

En effet, Alessandro n'avait rien trouvé de plus puéril que de s'attacher les faveurs de la cousine de Karl pour se venger. Il faut dire que le palatin avait l'air d'adorer sa cousine et la porter aux nues. Toute attache était souvent une faiblesse, un moyen facile pour blesser son ennemi. C'était la première étape de sa vengeance, profiter de la douce Mathilda, l'attirer vers lui pour blesser Karl. Puis par la suite, il essaierait de le tuer, n'arrivant pas à digérer la blessure de son jeune frère, qui devrait suivre le chemin de l’Église. Et quand on sait à quel point le Sforza n'aimait pas la religion catholique, jusqu'à changer trois fois de religion, autant dire que c'était un coup dur.

Mais Versailles n'était pas fait que de vengeance et d'hallucinations, heureusement ! De par ses voyages et ses aventures aussi rocambolesques que vraies, Alessandro Sforza était la coqueluche des salons où il racontait ses exploits, détaillait les paysages et décrivait les personnalités qu'il avait rencontré avec tant de pointillisme que la plupart de ceux qui l'écoutaient en étaient fascinés. Il faut dire que la plupart n'avaient jamais quitté l'Europe, ou même la France alors parler d'un royaume africain, des beautés péruviennes ou de fêtes hindoues étaient un véritable dépaysement auquel contribuait l'italien avec grand plaisir. Et parmi ceux qui l'écoutaient, il retrouvait une ancienne connaissance en la présence d'Alfie of Surrey. Le jeune anglais avait bien grandi et gagné un peu en caractère. Il avait même une idée concernant Alessandro : écrire ses mémoires !

« C'est idiot. Qui lirait ma vie ? il haussa les épaules, peu convaincu.
Pourquoi serait-ce idiot ? Voyez tous ceux qui vous écoutent, ils sont passionnés par vos aventures. Mais vous ne pouvez pas tout dire à l'oral, le mettre en écrit permettra de fouiller le moindre détail, ce qui serait trop long à raconter face à une assemblée ! tenta de convaincre l'anglais, déterminé.
Pourquoi pas … Seulement, qu'il soit écrit ou oral, je ne peux tout dire. Il y a des choses qui ne se racontent pas à l'époque où nous vivons.
Votre conversion à l'islam ? Je vous avais vu prier une fois à Milan. Nous pouvons tourner cela comme un intérêt à la religion et vous immerger dans une culture pour être accepté. L'écrit permet de toute dire mais de moduler. Acceptez je vous en prie.
Je … je ne sais pas. Je vais y réfléchir. »

Alfie n'avait pas tort, cela pourrait être intéressant de conserver tous ses souvenirs dans un ouvrage. Il y aurait tant à dire, à expliquer pour faire comprendre au monde ce qu'il a vu et le pourquoi des choses. Cela ne pourrait pas faire de mal après tout … Il accepta finalement, pour la plus grande joie de l'anglais. Et les deux hommes commencèrent à se retrouver pour des séances d'écriture où Alessandro pouvait se replonger dans ses souvenirs. Seulement, il était un homme imprévisible, il était difficile de le suivre et il n'avait jamais une conduite linéaire. Un jour, il parla du Maroc, le suivant de l'Afrique, puis de Manille … Le pauvre Surrey avait beaucoup de commencement de voyages mais rarement la suite, tout se faisant au gré de l'esprit flou du capitaine. Autant dire que l'ouvrage n'était pas près de voir le jour.

Surtout avec la guerre qui arrivait. Se croyant à l'abri de ce qui arrivait, Alessandro continuait sa vie l'air de rien, jusqu'à l'arrivée de ce courrier, venu de Milan mais avec le sceau espagnol. En effet, il n'y avait rien de tranquille là-dedans : la régente Marie-Anne d'Autriche ordonnait au capitaine Sforza de reprendre les rênes de son navire El Dragón Volador pour mener le front en Mer du Nord face aux français et aux hollandais. Il grimaça un court instant, puis se souvint du hollandais Brabant et espérait le retrouver sur les mers pour une belle revanche et de belles batailles en perspective ! Dommage, il se plaisait bien en France, bien que l'hiver soit un peu froid, il n'en avait pas vraiment l'habitude. Mais alors Ostende fut le Pôle Nord à ses yeux. Le port des Pays Bas espagnols était plus au nord qu'Alessandro n'avait jamais connu. Non seulement il faisait gris mais en plus il pleuvait régulièrement et il faisait froid ! Rien n'allait pour le Sforza qui se disait que la régente devait bien le punir, au lieu de l'avoir envoyé au Mexique, il était dans le froid à se geler et attendre de se battre. Ostende n'était pas la ville la plus réjouissante du coin, mais c'était la seule. Heureusement, il avait son ami Felipe en guise de compagnie ! Qui sait ce que l'avenir lui réserve …


Quel drôle de destin tout de même ! Je partage la vie du capitaine Sforza depuis douze ans à présent et pourtant, il arrive encore à me surprendre. Un jour fou de bonheur, l'autre réfléchi et posé. Tantôt sobre, tantôt illuminé, toujours passionné, amoureux de la vie et de sa liberté, une façon de vivre en marge de ce dix-septième siècle assez rigide, surtout pour les espagnols. Mon capitaine a beaucoup de défauts, il peut être facilement irritant et énervant mais ses qualités sont tellement plus attachantes, je ne peux jamais lui en vouloir indéfiniment, tout comme ceux qui le connaissent bien. Personne ne sait vraiment de quoi demain sera fait avec lui, mais il est certain que je continuerais de le suivre, aussi bien sur le front maritime qu'à l'autre bout du monde. Ce ne sont pas les paysages et royaumes qui font les voyages, c'est la façon dont on les vit en sa présence. Alors Ostende, Nancy ou Versailles, tout est une nouvelle aventure !


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MessageSujet: Re: SFORZA ♒    07.04.13 18:56

J'ai enfin fini cette foutue fiche Green
Quinze fois trop longue ais ça aurait pu être dix fois pire tellement j'étais inspirée.

Il est fou, totalement indiscipliné, en marge de Versailles et du reste du monde, je ne sais pas ce qu'il va vraiment faire de sa vie mais ce garçon est magique PTDR

J'espère qu'il vous plaira **
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Mère enfin apaisée et femme comblée mais pour combien de temps encore ?
Côté Lit: Le Soleil s'y couche à ses côtés.
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MessageSujet: Re: SFORZA ♒    08.04.13 14:07


Tu es validé !

Bienvenue à

Versailles !


Pas encore validé et ce cher Sandro a déjà plusieurs fans qui me harcèlent à des heures indues ! PTDR Mais je ne peux que les comprendre, depuis que j'ai lu la dernière partie de ta fiche tout à l'heure, il en compte une de plus, c'est dit ! ** J'étais déjà très fan de ce personnage haut en couleurs que tu nous a fait, tout au long de ton écriture. J'étais suspendue littéralement non pas à tes lèvres, mais à ta plume. ** Qu'est ce que je pourrais trouver à redire donc, surtout lorsque tu me sors un Sforza aux allures de notre cher Joinville ? ** Je m'en veux d'avoir été trop fatiguée hier soir et de ne pas avoir lu tout de suite. Heuuu Tout est parfait, nickel ! Alors trêve de bla bla et passons aux choses sérieuses ! C'est avec grand plaisir que je te valide !!! cheers BIENVENUE POUR LA ENIEME FOIS PARMI NOUS ! Green (Je ne compte plus. Razz ) Puisses tu bien t'amuser avec ce nouveau perso et lui trouver des tas de liens ! What a Face Je n'oserai pas faire guide dans ta propre maison et te laisse donc faire ton petit chemin tranquille ça et là. Green A très vite au détour du flood et des couloirs versaillais ! cheers

Une fois la validation passée, il faut recenser ton avatar, puis créer ta fiche de liens et consulter celle des autres, remplir le point info et le consulter pour savoir qui fait quoi.
A partir de 50 messages, vous pourrez demander un logement et à 100 messages un rang personnalisé.
Viens faire un tour sur
le flood et n'oublie pas de mettre tes liens de présentation, fiche de liens et point info dans ton profil Clin d'Oeil




______________________

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" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

Le rouge et le noir
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Côté Coeur: Boah le mien, je m'en fiche un peu! Par contre, j'aime tenir celui de mes ennemis entre mes mains. Littéralement!
Côté Lit: Même s'il y a moins de mondes que dans ma jeunesse, je suis un hôte plutôt accueillant de ce côté-là. Sans non plus tout le temps rechercher de la compagnie: l'âge venant, j'aime mes petites soirées de repos!
Discours royal:



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Âge : 50 ans
Titre : sicaire
Missives : 95
Date d'inscription : 25/02/2013


MessageSujet: Re: SFORZA ♒    08.04.13 18:27

Ouaiiiiiiiiiiiiiiiis (et en plus je suis prem's)

Comme je te l'avais dit, je n'ai lu ta fiche que maintenant histoire de ne pas être frustrée en attendant la suite et à chaque fois et tout ce que je peux te dire c'est que : ............je suis ravie d'avoir fait comme ça, ça aurait été intenable à chaque fois **

J'étais déjà fan de Sandro, je suis devenue groupie! On DOIT se trouver un lien!

A très vite! Very Happy

______________________



Welcome to the grave!
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MessageSujet: Re: SFORZA ♒    08.04.13 20:35

"ET UUUUUNE BOUTEILLE DE RHUUUUUM" Alcool

Pardon, Sandro a la fâcheuse tendance d'éveiller en moi des vélleités de devenir corsaire/vieux loup de mer PTDR Bon je ne vais pas te refaire le speech que je t'ai tenu sur msn, et puis être groupie d'un perso', c'est has been Green surtout quand il en a plein d'autres, il est devenu trop mainstream Green *PAN*

Bref, re-bienvenue parmi nous, ce perso vend du rêve, et Maxi a hâte de voyager avec lui ! PTDR (si si je t'assure PTDR)
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MessageSujet: Re: SFORZA ♒    08.04.13 20:57

Merci à vous **
J'ai pris énormément de plaisir à écrire sa fiche et comme je l'ai déjà dit, je suis même frustrée de m'être limitée Green

En effet Lisa, je me suis inspirée pas mal de Joinville Very Happy D'ailleurs tu as du reconnaître le tableau de Joinville sur son bateau au chapitre sur l'Asie ** Petit clin d’œil Razz

Merci les filles pour ces compliments, ça me touche énormément **
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MessageSujet: Re: SFORZA ♒    08.04.13 21:33

Venir te souhaiter la bienvenue me semble essentiel Green , j'ai même sorti Arthur pour l'occasion parce qu'il est content de voir arriver un nouveau marin à Versailles Héros (Ferdigi) (et puis voilà, venir souhaiter la bienvenue à la fonda... Cool )

Quelle fiche drunken . Je ne vais pas répéter tout ce que je t'ai déjà dit, ce fut un vrai plaisir de quitter pendant quelques temps ce pauvre royaume de France tout gris pour vivre toutes ces aventures avec Sandro ** . Merci encore pour les références, j'ai beaucoup ri et chapeau pour tout le temps que tu as passé dessus et toutes tes recherches, tu m'as vraiment impressionnée Incliner .

Encore bienvenue et au plaisir de croiser ce petit Sandro à Versailles **
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MessageSujet: Re: SFORZA ♒    08.04.13 22:27

Je t'ai déjà remercié mais ça me touche toujours de voir que ma fiche plaise à ce point **

T'en fais pas, on va bien s'amuser avec Sandro Héros (Ferdigi)
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SFORZA ♒
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