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 Amicalement vôtre. [PV Ferdigi]

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MessageSujet: Amicalement vôtre. [PV Ferdigi]   17.02.13 0:17

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« Monsieur, vos affaires sont triées, j’ai organisé votre bagage tel que vous me l’avez demandé. »
« Bien, merci Aurélien. Tu peux te retirer, je n’ai plus besoin de toi ce soir. »

Plongé dans une impressionnante montagne de paperasse qui envahissait la quasi-totalité de son bureau, Ferdinand n’avait même pas relevé la tête pour s’adresser à son valet. L’appartement de Ferdinand était étonnamment bien rangé si l’on oubliait le bureau, comme l’habitat de quelqu’un qui s’apprête à partir sous peu pour un loin voyage et a vérifié vingt-six fois qu’il n’avait rien oublié. Même le feu dans la cheminée crépitait à peine, puisque les deux habitants des lieux avaient été trop occupés à leurs préparatifs pour se souvenir de le ranimer, Aurélien à terminer les maigres bagages de son maître et ce dernier à trier correspondance et documents plus ou moins officiels histoire de bien tout laisser en ordre. Après tout, qui savait quand il reviendrait.

« Sans indiscrétion monsieur le baron, quand partez-vous encore ? » osa finalement demander le rouquin.
« Après-demain, certainement tôt dans la matinée. J’accompagne le roi, Monsieur, Louvois, et bien sûr l’ami Colbert. Les pauvres auront besoin de quelqu’un pour égayer le voyage. »
« Pourtant vous n’avez pas l’air bien gai. »
« Mordious, on m’envoie de bon cœur me faire trouer la peau à la guerre et tu voudrais que je sois joyeux ? Tu me surestimes, Aurélien. » marmonna Ferdinand en roulant des yeux. « Tiens, au lieu de dire des bêtises, va donc porter ça à Colonna. » ajouta-t-il en lui tendant un message qu’il savait son collègue capable de déchiffrer. Sitôt que son valet fut parti, il se redressa d’un bond et rassembla tous les papiers ainsi triés avant de les attacher, les ranger dans un coffret, puis dans le tiroir d’un secrétaire dont il garda la clé sur lui. Le reste des papiers, il le considéra d’un œil critique avant de s’en emparer et de les jeter au feu d’un geste nonchalant. Au moins, ça l’entretiendrait un peu plus longtemps. Puis il enfila ses bottes de cavalier, son manteau et vissa son chapeau sur sa tête, et quitta l’appartement avant le retour de son serviteur. Une dernière mission l’attendait avant son départ pour la guerre, et le moment était venu.

Lançant son cheval au grand galop du château jusqu’à la ville de Versailles, il eut le temps de réfléchir à la situation, pour le moins inédite pour sa part. Après avoir quitté la Gascogne à l’âge de vingt-et-un ans pour rejoindre la cour, c’était la première fois depuis lors qu’il faisait ses bagages sans avoir la certitude de revenir d’où il venait. Oh il avait voyagé bien sûr, pour son plaisir, pour ses affaires, et pour les affaires de l’Etat, mais à chaque fois même en étant plongé dans les ennuis jusqu’au cou il était absolument sûr de revenir tôt ou tard à son point de départ, parce qu’il faisait partie de ces gens qui estiment que tous les chemins mènent à Rome et que quelques brigands des routes ou assassins perdus n’ont jamais effrayés. Mais la guerre, c’était une autre histoire. C’était la première à laquelle il participait malgré ses trente-six ans de vie sur cette terre, puisque pendant la Fronde il avait été occupé auprès de la reine-mère, le jeune Louis XIII et le cardinal Mazarin, et l’expérience ne lui faisait décidément pas plus envie que ça. Une boucherie bien rouge, selon lui, et des chances un peu trop élevées de trépas prématuré à son goût. D’accord, il n’était plus tout jeune, mais il avait espéré avoir encore quelques belles années devant lui quand même… Et voilà que cette dragonne d’Elena de Sotomayor venait contrecarrer ses plans de vie belle, longue et glorieuse. Les princesses espagnoles semblaient dangereusement néfastes à la santé du Gascon, ces derniers temps.

Dans moins de deux jours, il serait sur la route pour le front, laissant mine de rien un bon nombre de choses –et de personnes- derrière lui. Lui qui se targuait d’habitude d’être un être sans attaches profondes, aussi libre que le vent, voilà que parfois il sentait bizarrement son cœur se serrer lorsqu’il s’imaginait mourir au champ d’honneur et abandonner ceux qui restaient derrière lui. Non pas qu’il serait regretté, il n’avait pas d’espoirs aussi élevés. Mais lui, de là-haut, se retrouverait soudain bien seul. Qu’adviendrait-il de Blandine, qui se retrouverait alors seule face à Ruzé ? Bah, elle avait bien Racine, et cette espèce de drôle de mousquetaire dont elle lui avait parlé, et Colbert évidemment. Haydée ? Sa cousine, abandonnée dans cette maison de passe où elle se cachait ? Ah non, elle avait ce capitaine qui apparemment veillait sur elle. Il avait plus besoin d’Emmanuelle qu’elle n’avait besoin de lui, Benoît se débrouillerait très bien sans lui, et Hector lui avait clairement signifié la fin de leur amitié. Bon, au moins s’il mourait, il ne manquerait à personne. C’était déjà un bon point de gagné. Chassant ces pensées de son esprit, il talonna son cheval qui accéléra encore, manquant de renverser des passants sur leur course. Il y avait certainement plus discret, mais on faisait ce qu’on pouvait pour évacuer la nervosité.

Il ralentit à l’approche de la planque où il avait donné rendez-vous à Colonna et avait retrouvé une allure normale lorsqu’il arriva devant la maison. Il sauta de son cheval et l’attacha dans une sombre ruelle à l’arrière de la maison où personne ne le verrait à moins de vraiment y regarder de près, puis il rentra dans la petite bâtisse donc le romain était censé avoir un double des clés, s’il ne l’avait pas perdue en mission ou avalée sans le vouloir en faisant une acrobatie. Jetant un coup d’œil à la pendule, il constata qu’il était en avance. Parfait, cela lui laissait au moins le temps de commencer son déguisement avant l’arrivée de son collègue. Se délestant de ses vêtements, il troqua ses habits versaillais pour des frusques d’un quelconque monsieur des classes moyennes parisiennes, probablement avec quelques ennuis financiers vu l’état râpé et pas réparé des coudes et la rugosité du tissu. Une fois ainsi vêtu, il rouvrit le coffre et en tira une perruque et une fausse moustache, avant de s’installer par terre devant un miroir abîmé pour se les arranger. Il avait fixé ses nouveaux cheveux –raides comme des baguettes et châtains clair, séparés par une raie- et se battait contre la moustache lorsqu’il entendit la porte s’ouvrir derrière lui et aperçut dans le reflet du miroir son vieux comparse entrer dans la pièce.

« Bien le bonsoir, Colonna ! Vous arrivez à point nommé, vous allez pouvoir me donner votre avis sur mon nouveau style. Qu’en pensez-vous ? Je pense aisément pouvoir rivaliser avec tous les mignons de Monsieur, dans cet accoutrement. » lança le Gascon en se relevant, ayant réussi à fixer sa fausse moustache, métamorphosé. Ne restait que la voix et la démarche, mais cela viendrait dans la rue. « Plus sérieusement, ravi de constater que vous avez bien reçu ma missive et que vous n’avez pas changé d’avis depuis la dernière fois. »

La présence de Colonna signifiait qu’il avait réfléchi à la proposition que Ferdinand lui avait faite quelques semaines plus tôt, après la réunion des espions tenue dans les appartements du roi, et qu’il l’avait acceptée. Et compte tenu de la teneur de la mission, il y avait de quoi être reconnaissant. Ferdinand lui indiqua une chaise alors que lui-même se laissait tomber sur une autre, croisant les jambes et joignant les doigts comme Louvois le faisait parfois quand il écoutait Colbert parler pendant les conseils de guerre. Puis il dit :

« J’ai parlé au roi de notre petite idée d’excursion, et il nous a donné son accord. Nous sommes donc très officiellement autorisés à mener notre enquête au cœur même de Versailles sur ces disparitions d’enfants, quitte à remuer des histoires pas bien jolies-jolies et rencontrer des gens que nous n’aurions jamais dû voir dans une situation aussi peu glorieuse. Vous sachant occupé à vous organiser pour assurer la surveillance de Versailles pendant les mois à venir, j’ai pris la liberté de planifier notre sortie de ce soir. Grâce à mon petit réseau de filles de joie –ne me regardez pas comme ça, vous avez vraiment cru que je plaisantais l’autre soir ?- j’ai pu rassembler suffisamment d’informations pour rencontrer l’un des hommes que nous recherchons ; une espèce de sale type qui fait sa vie sur la capture et la revente d’enfants, de toute condition du moment qu’ils soient jeunes et des proies faciles au moment du rapt. Je me suis fait passer pour un ‘collègue’ et ai négocié de le retrouver ce soir à sa planque avec de la ‘marchandise’ pour lui en revendre. Nous serons au cœur de l’affaire, Colonna, et nous verrons certainement ses ‘clients’, qui eux viendront vraisemblablement de la cour elle-même pour nourrir leurs charmantes messes noires… »

Après cette longue tirade, il marqua une pause et releva un regard sûr sur son ami.

« Comme vous le savez je pars à la guerre dans deux jours, alors si cela doit être ma dernière mission, je veux en faire une réussite éclatante ! Alors Colonna, toujours partant ? Même si vous devez vous déguiser en jeune garçon pur et innocent qu’on conduit à l’abattoir? » ajouta-t-il avec un sourire moqueur.

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Tant qu'il bat encore, il battra fort pour son italien, le seul.
Côté Lit: Un certain florentin le partage la plupart du temps. D'autres aussi, moins souvent ...
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    1000 vies,
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Âge : 27 ans
Titre : Prince di Paliano (de la Palissade), membre de la famille Colonna
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Date d'inscription : 18/09/2011


MessageSujet: Re: Amicalement vôtre. [PV Ferdigi]   08.03.13 12:11


Cette début de mars signifiait le retour petit à petit à des températures plus décentes, du moins au-dessus de zéro. Ce n'était pas pour déplaire au grand frileux qu'était Colonna et avait passé l'hiver à braver le froid, tomber malade, se soigner et hiberner entre deux missions où justement, il bravait le froid ! Mais avec les quelques éclaircis qu'on pouvait voir au travers des épais nuages, les beaux jours signifiaient la guerre. Beaucoup étaient partis ou préparaient leurs affaires pour leur départ prochain. Luigi avait la chance de ne pas être concerné. Son frère Lorenzo était proche des espagnols, mais pas au point de prendre les armes pour eux. Quant à Luigi, son physique devait être éliminatoire pour toute armée en Europe. Aucun membre de sa famille ne s'en allait à la guerre, c'était l'avantage de venir des États Pontificaux pour cette guerre. Mais il y avait ses amis qui s'en allaient, comme Ferdinand par exemple qui s'en allait sous peu. Il lui avait promis une mission avant de partir, ils en avaient parlé peu après la réunion des espions mais Colonna ne savait pas vraiment ce que son ami avait prévu pour eux. Après son départ, il n'y aurait plus grand monde avec qui faire équipe, mis à part Aline mais depuis le fiasco de la dernière mission et l'affaire Lully, ils étaient en froid, alors pour l'instant, il devra se contenter de missions en solo et espérer que tout se passe bien.

Alors qu'il lisait tranquillement au coin du feu, n'étant pas sorti et resté en robe de chambre, son valet Leone lui annonça qu'un messager était là. A force de cotoyer Ferdinand, il en connaissait même son valet, Aurélien, qui était le porteur du message. Là, Colonna sut qu'il allait partir en mission et son visage s'éclaira comme un matin de Noël alors qu'il se saisit de la petite missive, codée comme toujours. Seul ce duo était capable de déchiffrer les mots sur le papier, qui donnait rendez vous au romain dans Versailles quelques heures plus tard. Vu la mission qui les attendait, pas besoin de s'habiller comme un prince, de simples habits suffiraient, et après avoir mémorisé le lieu, jeta le papier au feu. Dans sa penderie, bien caché derrière les pourpoints de couleurs, il avait quelques vêtements du peuple, un pantalon de toile, une chemise blanche simple et une sorte de gilet grossier de laine, mis un couvre-chef sur la tête et était parti comme toujours, par la petite porte de ses appartements le faisant sortir du château ni vu ni connu. Dans ces vêtements, il avait l'air d'un grand gamin des rues, seul sa droiture lui donnait quelque chose de noble dans l'attitude.

Une fois arrivé à l'adresse, Luigi chercha les clés dans ses poches et ouvrit discrètement la porte et se faufila parmi les pièces avant de tomber sur une moustachu à la drôle de coupe. Après un petit sursaut de frayeur, le romain reconnut son ami Ferdinand, un grand expert du déguisement qui l'accueillit avec sa bonne humeur habituelle.

« Bien le bonsoir, Colonna ! Vous arrivez à point nommé, vous allez pouvoir me donner votre avis sur mon nouveau style. Qu’en pensez-vous ? Je pense aisément pouvoir rivaliser avec tous les mignons de Monsieur, dans cet accoutrement.
Je doute que Monsieur ait des mignons avec ce genre de cheveux !
plaisanta Colonna avec un petit sourire.
Plus sérieusement, ravi de constater que vous avez bien reçu ma missive et que vous n’avez pas changé d’avis depuis la dernière fois.
Ai-je déjà raté une mission ? Vous m'insultez, Ferdinand là ! »


Mais l'heure n'était plus vraiment aux plaisanteries. Si les deux hommes étaient de joyeux lurons qui aimaient s'amuser, ils travaillaient sur des sujets bien sérieux comme les réseaux de messes noires avec enlèvement de jeunes vierges et de nourrissons. A l'opposé de leurs gaieté ! Alors que Luigi s'asseyait face à Ferdinand qui était devenu beaucoup plus grave. La mission de ce soir était autorisée par le roi, il valait mieux son accord pour ce genre de choses car cela n'allait pas être reluisant et pouvait toucher du monde, même dans les plus hautes sphères du royaume. Rien ne menait au rire, mis à part cette petite phrase :

« Grâce à mon petit réseau de filles de joie Luigi arqua un sourcil, surpris avant de faire un petit sourire complice. Ne me regardez pas comme ça, vous avez vraiment cru que je plaisantais l’autre soir ? »

Non, c'est vrai que d'Anglerays était capable de tout, connaissait tout le monde, même le plus improbable des personnages et plus personne ne devrait s'étonner des mots qui sortent de sa bouche. Et pourtant Colonna continuait à l'être ! Mais bien vite, le petit moment de plaisanterie passa à la trappe pour se concentrer sur des choses bien moins drôles. Ce fléau des messes noires, comment pouvait on invoque Satan pour satisfaire ses envies/besoins ? Pourquoi sacrifier des innocents qui n'ont rien demandé ? C'était intolérable et Luigi en avait trop vu à Rome, au sein même de la ville catholique par excellence, c'est là qu'il avait tout appris, sans penser que cela lui servirait ici, en France. Et là ils s'enfonçaient dans l'horreur avec leur cible qui était un spécialiste dans les enlèvements d'enfants. Un de ces types qui brûlera en enfer se disait Colonna, les sourcils froncés, attentifs au monologue de son collègue mais pensant que ces hommes sont bien trop orduriers pour passer par la justice du roi.

« Je me suis fait passer pour un ‘collègue’ et ai négocié de le retrouver ce soir à sa planque avec de la ‘marchandise’ pour lui en revendre. Nous serons au cœur de l’affaire, Colonna, et nous verrons certainement ses ‘clients’, qui eux viendront vraisemblablement de la cour elle-même pour nourrir leurs charmantes messes noires…
Vous avez mené cela brillamment. Je sais votre rôle, mais le mien ? Votre associé ?
[color=green] Comme vous le savez je pars à la guerre dans deux jours, alors si cela doit être ma dernière mission, je veux en faire une réussite éclatante ! Alors Colonna, toujours partant ? Même si vous devez vous déguiser en jeune garçon pur et innocent qu’on conduit à l’abattoir ?
QUOI ?
lâcha t'il, vraiment surpris et même vexé de jouer les gamins. Un jeune garçon ? Mais cela ne passera pas ! Et pourquoi moi ? Pourquoi vous ne le faites pas ? » s'indigna t'il en se levant.

Sa dernière question était stupide. Il était clair de Ferdinand, bien que excellent maître en déguisement, avait ses limites : celui de ne pas pouvoir faire aussi jeune. Colonna était assez susceptible sur son âge, il faisait bien jeune alors qu'il approchait la trentaine. D'ailleurs, il restait dans le déni complet.

« Cela ne marchera pas, les gens ne sont pas si idiots, ils verront que j'ai au moins … vingt deux ans ! Mais Ferdinand le regardait d'un drôle d'air et le romain se tourna vers le miroir. Bon disons vingt ans … dix neuf ? Dix huit ? Mais son ami le fixait toujours. Je ne fais pas non plus seize ans ! … Dix sept ? Dire le dernier chiffre à haute voix le peinait, il faisait dix ans de moins. Bon d'accord, je vais me changer ! »

C'est à contre cœur qu'il changea de tenue, pour quelque chose de similaire mais un peu plus rapiécé, un poil trop grand pour lui comme si cela avait appartenu à plusieurs personnes avant. Il ébourrifa sa coiffure de petites boucles blondes ternies par l'hiver, presque châtain. Pour la touche finale, il chercha des yeux quelque chose puis passa la main sur une poutre où le ménage n'était pas fait. Il frotta ses deux mains l'une contre l'autre et tapota la poussière sur les joues et les cou. Puis avec une espèce de casquette sur la tête, il se tourna vers Ferdinand.

« J'espère que ça vous suffit, je ne ferais pas plus. Allez, allons y ! »

Quel drôle de tandem sortit de là : Ferdinand avec sa drôle de coupe et sa moustache et Luigi en gamin des rues un peu trop grand, en témoigne son pantalon un peu court au niveau des chevilles. Qui pourrait les reconnaître en cet instant, dans le soir versaillais alors qu'il n'y avait plus grand monde, à part quelques ouvriers rentrant chez eux, trop fatigués pour s'intéresser à ces deux spécimens qui dépassaient les hôtels particuliers et quelques boutiques pour passer vers des maisons un peu plus modestes et des quartiers normalement peu fréquentés par la noblesse. Luigi se demandait où cette mission allait les mener et il fallait tout savoir pour la mener à bien, ils n'avaient pas le droit à l'erreur !

« C'est ici n'est ce pas ? Question stupide mais pourquoi m'auriez vous emmené là ? Enfin … comment monsieur moustache à emmener un gamin des rues jusqu'ici ? »

Il fallait faire vite, une silhouette approchait. Si Colonna devait se faire maltraiter par son ami, il préférait y être préparé, ainsi qu'avoir une bonne attitude pour que tout soit cohérent. L'homme n'était pas bien loin, la mission commençait vraiment !


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« Vivre, c'est survivre. »


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MessageSujet: Re: Amicalement vôtre. [PV Ferdigi]   16.05.13 17:17



Il aurait pu s’inquiéter de partir en mission à haut risque deux jours avant son départ pour la guerre, mais étant d’un naturel plein d’optimisme, le baron d’Anglerays ne se faisait pas de soucis outre mesure et au contraire, se réjouissait que cette dernière mission se déroule en compagnie de son éternel tandem, le prince Colonna. Enfin, prince, à les voir tous les deux il aurait été difficile de penser qu’il y avait un tel écart social entre eux ; ils s’entendaient comme cul et chemise, et si il était très rare de les voir ensemble à Versailles, leurs collègues avaient de plus en plus de mal à les dissocier tant ils s’associaient spontanément pour les affaires du royaume. Même Louis XIV en personne avait reconnu face à Ferdinand que ce duo avait du potentiel et ne s’étonnait plus que Ferdinand l’embarque partout avec lui –la dernière fois qu’il lui avait parlé, le roi avait même mentionné Colonna pour sa prochaine mission sans que le fou ne lui ait auparavant signifié son intention de faire équipe avec lui. Comme quoi, ces deux-là s’étaient trouvés comme Starsky et Hutch après eux, ou Richelieu et le père Joseph avant, à voir.

Il avait su qu’il pourrait compter sur lui ce soir-là, aussi dernière-minute que soit son appel. Ferdinand ne comptait que sur peu de personnes, mais Colonna en faisait résolument partie : il n’avait pas les épaules larges, mais au moins les avait-il solides, une qualité inappréciable quand Ferdinand connaissait ses lourdes responsabilités au sein des espions… Et la distance qui le séparerait de Versailles pendant les conflits. Savoir qu’il pouvait compter sur Luigi pour plus ou moins assurer l’intérim et garder un œil sur le château avait quelque chose de rassurant et qui, surtout, le soulageait d’un poids. Surtout au vu de la mission de ce soir, qui ne serait pas vraiment ce qu’il pourrait appeler une partie de plaisir pour Luigi et son estime de lui, vu le rôle qu’il lui avait réservé… Il avait hésité un certain temps avant de décider de le grimer en jeune garçon, avant de conclure que c’était encore la façon la plus sûre, rapide et efficace d’infiltrer ce réseau qu’ils cherchaient à démanteler. Il savait que Luigi le prendrait mal, connaissant bien son refus d’admettre qu’il paraissait beaucoup plus jeune que son âge, mais Ferdinand n’avait plus le temps de chercher à épargner la sensibilité de son collègue en lui trouvant des déguisements plus à son goût. Se faire passer pour un trafiquant était toujours plus crédible quand on était effectivement escorté d’une marchandise, et à part Colonna, il n’avait personne dans son entourage à qui demander cette faveur. Hors de question d’engager un gamin des rues quelconque, ce serait trop dangereux pour le petit comme pour lui, puisqu’il risquait de faire voler leur couverture en éclats sans le vouloir. Avec Luigi, le numéro était rôdé comme un numéro de cirque exercé depuis plus de 20 ans par les mêmes partenaires. Il savait que tout se passerait bien… Si le jeune homme arrêtait de faire sa mauvaise tête.

« QUOI ? Un jeune garçon ? Mais cela ne passera pas ! Et pourquoi moi ? Pourquoi vous ne le faites pas ? »

Ferdinand dédia à son compagnon un regard qui voulait clairement dire « est-ce-que-tu-es-sérieux-en-me-posant-cette-question-ou-bien-ta-mauvaise-foi-a-t-elle-atteint-de-nouveaux-records ? » avant d’ouvrir un coffre pour fouiller dedans à la recherche de vêtements qui constitueraient le déguisement de Luigi, jetant en vrac par-dessus son épaule tout ce qui ne convenait pas. Il voulait bien croire qu’il était capable de paraître un peu plus jeune que ses trente-six ans, mais tout de même, seize ou dix-sept ans cela paraissait un tantinet ardu. Conclusion, il n’y avait que Luigi qui pouvait le faire. Et même s’il s’en défendait comme une vierge effarouchée, il avait parfaitement le physique de l’emploi.

« Cela ne marchera pas, les gens ne sont pas si idiots, ils verront que j'ai au moins … vingt deux ans ! Bon disons vingt ans … dix neuf ? Dix huit ? Je ne fais pas non plus seize ans ! … Dix sept ? » Et comme Ferdinand ne cessait de lui dédier ce regard qui ne lui laissait pas le choix, le romain finit par capituler avec toute la mauvaise volonté du monde. « Bon d'accord, je vais me changer ! »
« Excellente résolution. Arrêtez un peu de ronchonner et allez passer ça. » répondit Ferdinand d’un ton enthousiaste en lui collant son nouveau costume entre les mains, se retenant de rire face à la mine déconfite du jeune homme. Décidément, on n’avait pas le temps de s’ennuyer avec cet énergumène-là. Attendant sagement que Luigi ait fini de passer ses nouvelles frusques, il se retourna pour voir le résultat.
« J'espère que ça vous suffit, je ne ferais pas plus. Allez, allons y ! »
« Vous êtes magnifique, Colonna, je suis sûr que les mignons de Monsieur seraient verts de jalousie s’ils vous voyaient. » inspectant une dernière fois son partenaire, il se dit qu’il avait décidément le physique d’un adolescent, que ce soit par sa maigreur ou son visage qui avait encore quelque chose d’enfantin. Un poil perturbant, quand même. « Dites-moi Colonna, c’est vrai ce qu’on dit, vous êtes le fils d’un démon et d’une pucelle ? Vous avez plus pris de la pucelle. Ne le prenez pas mal, c’est un compliment et surtout un avantage vu la tâche qui vous attend. En route ! » s’exclama-t-il joyeusement en lui donnant une tape sur l’épaule. Et la petite équipée, enfin, se mit en marche.

Après une courte marche qui les mena des beaux quartiers de Versailles aux plus mal famés, les deux comparses arrivèrent devant une grande maison aux allures peu rassurantes. Les volets étaient fermés et même barricadés, et si Ferdinand n’avait pas mené sa petite enquête il aurait certainement cru comme tout le monde qu’elle était abandonnée. Mais le fou savait qu’il s’y tramait quelque chose de louche ; l’objectif du jour était de trouver quoi exactement. Balayant la rue du regard, il constata que leur contact n’était pas encore arrivé. Il était temps de briefer son partenaire avant le début des opérations.

« C'est ici n'est ce pas ? Question stupide mais pourquoi m'auriez vous emmené là ? Enfin … comment monsieur moustache à emmener un gamin des rues jusqu'ici ? »
« J’aime quand vous posez des questions intelligentes Colonna, si vous saviez ce que ça me change de mes fréquentations versaillaises. Votre tâche est simple, mon ami : vous faire passer pour un gamin des rues sans famille, mendiant, prêt à tout pour gagner trois sous. Un drôle de monsieur à moustaches vous a offert une jolie somme d’argent –il plaça d’autorité une bourse dans la main de Luigi- si vous le suiviez pour le présenter à un ami à lui qui aurait besoin de ses services. C’est comme ça qu’ils récupèrent les gosses dans les rues. Simple comme bonjour. Le reste, je fais confiance à votre sens de l’improvisation. »

Puis il repéra son homme qui arrivait dans leur direction. Reconnaissant aussitôt celui avec lequel il était entré en contact quelques jours auparavant, Ferdinand poussa Colonna dans le dos comme pour faire avancer un gosse récalcitrant et alla à sa rencontre. Les choses sérieuses pouvaient commencer.
L’homme qui s’avançait vers eux était courtaud, mais costaud, engoncé dans son costume élimé avec son chapeau en pas meilleur état vissé sur son crâne dégarni. Le teint cramoisi, de petits yeux noirs sournois, et une moustache noire venaient compléter le tableau. M. Leblanc, d’après les informations que Ferdinand avait collectées pendant son enquête préliminaire, était initialement un maquereau qui avait été arrêté par un prédécesseur de la Reynie avant que celui-ci ne crée sa charge de lieutenant de Police, mis sous les verrous pour avoir assassiné un noble après une altercation dans une maison de jeux. Il avait réussi à s’enfuir entre deux transferts de prison et avait quitté Paris, pour revenir à Versailles il y avait maintenant deux ans. Depuis, il faisait apparemment son pain du trafic d’enfants, que ce soit pour qu’ils servent de petites mains à des gens pas très recommandables… Ou d’agneaux menés à l’abattoir lors de messes noires. En somme, ce Leblanc avait tout du parfait malfrat sans scrupules et un tantinet dangereux. Exactement le genre de proie que la Reynie serait ravi de retrouver dans ses geôles. L’homme reconnut Ferdinand –ou plutôt sa version déguisée- et rejoignit les deux compères.

« M’sieur Léonard. Vous avez ce que vous avez promis ? » lança-t-il aussitôt en oubliant toute notion de politesse comme bonjour ou s’il vous plaît ou quel temps superbe aujourd’hui, n’est-ce pas. Ferdinand posa une main ferme sur l’épaule de Luigi et, prenant un timbre plus nasillard et feutré que sa voix habituelle, répondit :
« Comme vous le voyez. Un jeune garçon, plein de bonne volonté, en bonne santé, prêt à faire ce qu’on lui demande sans se poser de question. Hein petit ? »
« Il est pas un peu… grand ? » fit Leblanc d’un air dubitatif en observant Luigi de haut en bas. Heureusement, Ferdinand avait prévu ce cas de figure et d’une main s’empara du visage de son comparse pour le montrer sous toutes les coutures au trafiquant, se promettant de se faire pardonner plus tard… quand toute cette mascarade aurait pris fin.
« Il est grand, mais c’est un marmot. Regardez-le, il a pas plus de dix-huit ans, celui-là. »
« C’est vrai… Boah, il a l’air d’en avoir seize à tout casser. C’est ce qu’il nous faut. C’est bon, suivez-moi. » finit par dire Leblanc en leur indiquant le chemin d’un mouvement de tête. Dès qu’il eut le dos tourné, Ferdinand dédia un clin d’œil à Luigi et le reprit par l’épaule pour l’entraîner à sa suite. Les choses sérieuses pouvaient commencer.

Leblanc sortit une grosse clé en cuivre de sa poche et l’introduisit dans la serrure de la maison que Ferdinand avait remarquée. Poussant la lourde porte, il précéda ses « invités » à l’intérieur, et une fois qu’ils furent tous entrés, il jeta un œil à l’extérieur pour s’assurer qu’ils n’étaient pas observés, et referma la porte à clé. Les trois hommes se retrouvèrent pratiquement dans le noir le plus complet. Leblanc s’empara d’une petite torche, seule source de lumière dans le corridor, et d’un signe de tête intima aux deux autres de le suivre. Après avoir échangé un regard, ils s’exécutèrent, Ferdinand faisant passer Luigi devant lui comme pour être sûr de bien le garder à l’œil. Difficile de repérer quoi que ce soit dans cette pénombre, mais leur guide avait l’air de les conduire vers le cœur de la maison. Ils entrèrent dans une autre pièce, que le bouffon identifia comme le salon, probablement. Tout à coup, Leblanc lui tendit la torche. Il s’en empara et, non sans curiosité, observa l’homme retirer un tapis et… soulever une trappe dissimulée dessous. Ferdinand comprit pourquoi la police n’avait jamais été capable de trouver le repère de ces bandits. Toutes les maisons déjà fouillées étaient bien évidemment vides : celle qui renfermaient les prises ne devait être accessible que par sous-terrain et devait paraître parfaitement abandonnée et délabrée de l’extérieur. Peut-être même se situait-elle en dehors de Versailles… mais ainsi que le fou et son ami allaient le découvrir, la vérité était même plus stupéfiante encore.

Suivant Leblanc qui disparut dans le tunnel, Luigi et Ferdinand découvrirent un passage souterrain qu’ils suivirent en silence pendant environ dix minutes. Où diable les emmenait-il ? Ferdinand essayait de se représenter mentalement un plan de Versailles, pour tenter de deviner quelle pouvait être leur destination, mais il renonça bien vite. Difficile de se repérer dans cette pénombre. Enfin, ils arrivèrent à une échelle qui menait à une nouvelle trappe au-dessus de leurs têtes. Ferdinand fut le dernier à l’escalader, mais lorsqu’il se remit en équilibre sur ses deux pieds une fois à la surface, il ne put retenir une expression de stupéfaction qui passa sur son visage.

« Etonnant, hein ? Qui s’attendrait à trouver une affaire comme la nôtre dans un endroit pareil ? » s’amusa Leblanc en jetant son chapeau sur un porte-manteaux. « Tu m’étonnes que personne n’ait réussi à nous débusquer… Personne ne penserait à venir fouiner ici. »
« Touchez ma bosse, Monseigneur. » se contenta de marmonner Ferdinand en reprenant contenance. Le décor avait radicalement changé comparé à la maison miteuse des quartiers pourris de Versailles. En effet, Leblanc n’avait pas tort : qui irait chercher un trafic d’enfants dans ce qui semblait être un superbe hôtel particulier de Versailles… ? Le baron n’eut même pas besoin de regarder Luigi pour savoir qu’ils devaient penser la même chose. Qui que soit le propriétaire de cet hôtel, ils venaient probablement de flairer un gros poisson. Un très gros, même.
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MessageSujet: Re: Amicalement vôtre. [PV Ferdigi]   11.07.13 0:56