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 Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme

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Invité


MessageSujet: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   15.02.13 22:25





Emilie


de Vendières




(ANNA FRIEL)




« C'est par l'esprit qu'on s'amuse ; c'est par le cœur qu'on ne s'ennuie pas »

    ► C'est le début de la fin, le long chemin vers la décadence et le trépas ultime, Émilie va bientôt avoir trente-trois ans. Elle est née le 18 août 1634, le jour de l'exécution d'Urbain Grandier, accusé d'avoir fait un pacte avec le diable et d'avoir possédé les possédées de Loudun. Mais elle vous prie de croire qu'il ne s'agit que d'un pur hasard.
    Grâce à son mariage, Émilie a gagné ses lettres de noblesse à défaut d'un peu de sang bleu (celui de son époux étant aussi rouge que le sien après tout). Elle est dame de Vendières, ce charmant petit village de deux cent âmes situé dans un endroit inconnu – mais pittoresque, forcément – en Champagne et où Émilie n'a jamais mis les pieds car elle refuse de se rendre dans un endroit où la peste n'a probablement pas été éradiquée. Idéal pour des balades champêtres ou pour assassiner en toute discrétion. Du moins, tels sont les arguments de promotion touristique d’Émilie qui ignore totalement s'il y bien une forêt dans les environs (probablement, quand il n'y a pas d'hommes, il y a des arbres) et quels sont les mœurs de la région (rustres, ils sont à des lieues de Paris, les pauvres).
    ► Issue d'une famille d'avocats au parlement de Paris, même si tous ses frères se sont détournés de la robe pour exercer des métiers aussi divers que physicien, conteur ou ingénieur de fontaines, Émilie est née à Paris, a toujours vécu à Paris et mourra à Paris – et ce sera probablement d'une maladie indigène. Bon d'accord, elle est aussi française pour la force des choses.
    ► Émilie avait à peine dix-neuf ans quand on lui a fait épouser (« quand on l'a vendue comme du bétail » serait-il plus exact de dire) un espèce de petit bonhomme portant toujours sa perruque de travers, un certain Nicolas Colbert, seigneur de Vendières. Émilie ignorait alors qu'elle épousait le reste de la fratrie, à savoir un sinistre Jean-Baptiste Colbert entre autres ainsi qu'une belle-mère intrusive. Mais être mariée à un intendant toujours en déplacement a des avantages non négligeables (voir deux questions plus bas), cela favorise par ailleurs la bonne entente du couple. Il est revenu assez régulièrement à Paris pour lui laisser trois (adorables forcément) bambins, aux noms fort peu chrétiens d'Aurore, Julie et Achille.
    ► Qui oserait donc douter de la bonne foi d’Émilie ? Bon il est vrai qu'elle se rend peu souvent à l'église, qu'elle ne confesse que très rarement et qu'elle ne participe jamais aux messes sinon contrainte et bâillonnée. Mais si elle est une fausse croyante, elle est surtout une vraie libertine, au sens noble du terme. Comme elle se plait à le dire, elle ne croit en rien, elle doute.
    ► Émilie est hétérosexuelle et ses regards se sont toujours portés sur les hommes au grand dam de ceux qui ont tenté d'être ses confesseurs mais après tout en vraie scientifique, elle ne peut que rajouter à cette loi qu'elle attend qu'on lui apporte la preuve du contraire.

(Toute petite noblesse française)



♕ PROTOCOLE ♕
(c'est vraiment obligatoire ?)
VERSAILLES : PARADIS OU ENFER CAPRICE ROYAL AHURISSANT ET CHÂTEAU A DEMONTER

« Vous voulez parler de cette affreuse petite verrue sortie de nulle part au plein cœur de... La campagne ? Enfin quand on parle de « petite », c'est un énorme palais avec des dizaines de bâtiments grandiloquents, des lignes monotones, des décorations plus ridicules les unes que les autres (à croire qu'ils avaient des stocks de peinture dorée à écouler) qui s'élèvent dans l'endroit le plus absurde que le roi aurait pu choisir, en plein cœur d'un marécage. Oui, un marécage, là où pullulent les maladies les plus diverses, vous avez bien entendu ! Au lieu de s'installer dans la demeure des rois au cœur de la ville qui ne saurait souffrir de comparaison (et ne venez pas dire que je dis cela par ignorance, au contraire, je suis la mieux placée pour connaître Paris), il a préféré se prendre pour un de ces empereurs antiques et imiter leur démesure, tel un Néron avec sa Domus Aurea. Je m'efforce d'éviter de me rendre à Versailles mais il arrive que ma chauve-souris ministre de beau-frère ne me laisse pas le choix, hélas pour moi et hélas pour ses pauvres nerfs. En fait, Versailles est le temple de l'ennui, dédié à celui qui a le moins de spontanéité dans son emploi du temps, j'en veux pour preuve cette étiquette stupide, rigide qui alimente la plupart des conversations car après tout les courtisans n'ont rien d'autre à faire de leurs journées. Depuis quelques années, cependant, j'arrive à ne plus bouder dans les couloirs du château. J'ai découvert qu'après tout la cour est un formidable microcosme pour une scientifique comme moi. Et je garde espoir qu'un jour, le roi finisse par se rendre compte qu'il n'y a qu'une chose à faire de Versailles : tout démonter. Bon, il peut quand même laisser les jardins, c'est bien la seule chose à sauver de ce gâchis ».

COMPLOT : VÉRITÉ OU FANTASME PUR SOURCE INÉPUISABLE D'AMUSEMENT

« S'il ne tenait qu'à moi, il y aurait des complots absolument partout. Connaissez-vous quelque chose de plus drôle et passionnant d'une intrigue secrète, des messes basses et des codes à déchiffrer ? Moi non en tout cas. Dans mon existence morne, le mot de « complot » a le goût de l'aventure et le sel de ce qui est interdit ! Malheureusement pour moi, je n'en fais pas parti... Et j'ignore totalement si quelqu'un peut en vouloir assez au roi pour monter une cabale contre lui, il faut croire qu'on ne me juge pas assez digne de confiance pour être dans la confidence. Qu'il en existe contre mon beau-frère Colbert ne m'étonnerait guère en revanche mais j'ai étrangement moins d'enthousiasme à aller le défendre ».

COLOMBE OU VIPÈRE EUH... FLAMAND ROSE ?

« Je suis sûre que si vous posiez cette question d'un côté à mon époux, il vous répondrait « colombe » sans hésiter et que de l'autre, si vous vous adressiez à ma belle-mère ou un de mes beaux-frères, vous auriez le droit à « vipère ». Pour tout vous dire... Je n'aime pas être associée à des animaux aussi moches et sans intérêts que ceux-là. J'apprécie les ragots d'autant plus que je n'ai plus d'occupation par ailleurs, cela permet toujours de s'occuper l'esprit même s'ils montrent rapidement leurs limites. A vrai dire, je préfère mille fois une histoire scabreuse qui me ferait rire que de savoir qui le roi a salué dans sa galerie des glaces (« Oh mais n'aurait-il pas regardé Christine de Listenois ? ») ou si la reine a bu du chocolat ou du café. Je n'en colporte pas, évidemment, cela serait totalement indigne de moi. Tout ce que j'écris dans mes mémoires est basé sur la réalité (après tout, les rumeurs ne sont-elles pas basées sur la réalité ?) et je ne les répète que lorsque vraiment, je n'ai pas le choix. Par exemple, lors de conversations avec d'autres dames de la cour, il faut bien parler, n'est-ce pas ? »

DES LOISIRS, DES ENVIES A CONFIER (pas de confession, c'est connoté) ?

« Ma vie entière est peuplée de loisirs. Là où les femmes de ma condition, surtout quand elles sont épouses et mères s'intéressent à la broderie (j'ai un souvenir... ému dirons-nous de ces après-midi consacrés à la couture en compagnie de mes belle-soeurs) et parfois, au prix d'un courage extrême, à la lecture, tant que ça reste celle du Ménagier de Paris (j'avoue une préférence pour la Gazette), j'ai légèrement élargi mes centres d'intérêt. Oh, très peu, je reste une femme respectable, évidemment. Mon frère aîné m'ayant formé aux sciences et à la dissection, je continue de pratiquer, de préférence sur des cadavres humains et je me suis passionnée pour l'anatomie puis la médecine qui en dérive. Si l'Académie française m'a fermé ses portes parce qu'elle a une défiance envers tout ce qui porte robe et non culotte (Colbert n'a même pas souri quand j'ai proposé de porter culotte pour m'y rendre s'il n'y avait que cela), je participe à des cercles de réflexion scientifique comme celui de l'abbé Bourdelot, le médecin de Condé ou encore, depuis peu, au grand groupe Sophia en compagnie d'un prince suédois entre autre, groupe dont les projets me tiennent à cœur, notamment celui d'apporter le savoir au plus grand nombre. Un jour, j'arriverai bien à faire taire ces grenouilles jacassantes de la Sorbonne qui ne connaissent rien à la science. Je m'occupe également d'un dispensaire au cœur de Paris pour apporter des soins mais cela reste encore assez secret, je ne suis pas persuadée que tout le monde approuve. Non, vous ne voyez pas à qui je fais allusion. Mais tout cela est bien trop sérieux, je sais également m'amuser et me distraire en participant à des cercles de jeux (avec paris d'argent s'il vous plaît), en écrivant le plus d'horreur possible sur les Grands de ce monde sous le couvert de faire mes mémoires ou encore en passant des heures à choisir robes ou chapeaux selon la mode. Ah et j'oubliais... étant de constitution fragile (et surtout toujours persuadée d'avoir attrapée une affreuse maladie mortelle), je reste souvent alitée... Au plus grand dam de mon entourage car s'il y a une chose que je ne supporte pas, c'est d'être délaissée et seule pour vivre la grande aventure de mon existence ! »

♕ HOP, RÉVÉRENCE ! ♕
► Bouh Green .
► Je refuse de dévoiler mon âge Boude .
► Je fais partie des murs à force.
OK (by Steph)
► Comment j'ai connu quoi ?
► Faire fermer ce forum qui est dangereux et conduit à encore plus de schizophrénie Boude



Dernière édition par Emilie de Vendières le 25.02.13 12:43, édité 9 fois
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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   17.02.13 19:07


UNE PETITE

FILLE MODÈLE

_________________________________________________

C'était l'un de ces jours gris et pluvieux qui avait invité le froid à le rejoindre et qui était le parfait moment pour rendre l'âme, car même la nature semblait regretter votre disparition. Émilie de Vendières, dont le décès prématuré allait laisser des dizaines et des dizaines de personnes éplorées et inconsolables, appréciait que son dernier souffle fut donné dans des circonstances aussi favorables même s'il lui avait fallu braver les éléments pour sortir de son lit et se rendre jusqu'à l'église la plus proche. Elle s'était exécutée avec forces plaintes et reproches adressés à l'abbé Malingre qui l'assistait dans ses tâches quotidiennes mais finalement après qu'il eut tenté de la dissuader de sortir (« un coup à attraper la mort ! », réflexion qui ne lui avait attiré qu'un regard furibond de sa maîtresse) et proposé de terminer de dicter son testament, sans doute dans l'espoir de recevoir quelque chose, ces hommes-là étaient tous intéressés de toute façon, il avait fini par la soutenir jusqu'au parvis de l'église déserte, en soupirant en moyenne toutes les trente secondes. Son employeuse avait songé à le menacer du renvoi mais il fallait avouer que cela avait moins de portée quand on allait mourir dans la journée et l'abbé Malingre ne valait même pas le coup qu'on revienne de l'au-delà pour se venger. Décidément, certains n'avaient d'autre plaisir dans leur vie que de gâcher la fin de celles des autres. Au moins, Émilie avait une consolation dans son malheur : non seulement elle allait mourir à peine au début de la décrépitude, à trente-deux ans ce qui lui permettrait de ne pas se voir totalement impotente et misérable mais en plus elle allait pouvoir barrer une ligne de sa liste des choses à faire avant de se laisser aller au sommeil éternel.
Arrivée devant l'église, elle décida de laisser son abbé de compagnie à la porte sous la pluie, se rendant finalement compte qu'elle pouvait marcher par elle-même (elle aurait pu cavaler si cela lui aurait permis de laisser l'abbé ronchonner sous la pluie) et pénétra dans ce lieu saint dont elle n'avait dû franchir le seuil qu'à peine une ou deux fois depuis toutes les années où elle vivait dans ce bel hôtel particulier offert par son époux, même s'il n'était beau que grâce à son action, Nicolas n'avait aucun goût pour ce genre de choses. Elle ne fut pas longue à repérer le confessionnal devant lequel d'autres femmes attendaient leur tour pour parler avec le prêtre (qui pouvait bien être curé, moine ou ermite, Émilie savait uniquement qu'il était censé porter une robe noire) et en jetant à peine un regard au crucifix sanguinolent qui ornait l'autel (les catholiques étaient décidément des gens bien morbides), elle s'y dirigea à grands pas, dépassant par la même occasion les pieuses dames qui relevèrent la tête en une mine courroucée. Émilie, se souvenant qu'elle était mourante et donc prioritaire sur tous ces gens qui n'avaient sans doute à confier qu'un malheureux péché de gourmandise (Émilie qui était folle de chocolat compatissait) ou une mauvaise pensée envers un ennemi (Émilie menaçait de mort imminente par maladie tous ceux qu'elle exécrait), prit une contenance de martyr et lâcha une plainte en se tenant la poitrine.
- Où vous croyez-vous, la petite dame, là ? S'écria une matrone parcheminée couverte d'une mantille aussi noire que ses pupilles, bonne idée de ce qu'Emilie se faisait du diable selon les chrétiens, sans se laisser impressionner par les beaux vêtements de la noble dame devant elle, celle-ci ayant refusé de sortir habillée comme une pouilleuse, comparaison dont elle affectait tous les habits qui n'étaient pas à la mode de Versailles.
Elle allait visiblement enchaîner mais la dame de Vendières lâcha un râle de mourante puis toussota si bien que tout le monde recula d'un pas : il n'était pas question de laisser approcher quelqu'un qui pouvait être atteint d'une maladie contagieuse. Émilie allait remercier toutes ces dames de leur grandeur d'âme mais la porte du confessionnal s'ouvrit pour laisser sortir une demoiselle visiblement bouleversée et madame de Vendières en profita pour sauter à l'intérieur. Elle se retrouva dans un espace minuscule, non éclairé et sans aucun endroit pour s'asseoir confortablement ce qui relevait de la torture quand on était aussi souffrante qu'elle. Non vraiment à première vue, elle ne savait pas ce qu'on pouvait trouver à un confessionnal, c'était aussi lugubre qu'une soirée sans jeux d'argent, qu'une fête sans feux d'artifice du duc de Sudermanie ou qu'une réunion de l'abbé Bourdelot sans débat passionné. Avant qu'elle ne puisse aller plus loin dans ses comparaisons, une petite fenêtre grillagée s'ouvrit brusquement la faisant sursauter :
- Ma fille, je... Mais... Que faites-vous debout ?
- Ah mon père, vous êtes là, je commençais à me demander où j'étais. Où puis-je m'asseoir ? Babilla Émilie comme si elle était venue prendre une tasse de chocolat. Même s'il était étrange de prendre une tasse de chocolat dans un endroit aussi misérable avec un homme dont l'obscurité vous cachait le visage. Lequel homme marqua un temps d'arrêt stupéfait avant de balbutier :
- Et bien, vous devez vous mettre à genoux, ma fille. Depuis combien de temps n'êtes-vous pas venue confesser vos péchés et soulager votre âme ?
Émilie considéra un instant avec dégoût le sol mais se disant qu'après tout, il fallait allait jusqu'au bout de l'expérience et que les possibles maladies qu'elle pourrait attraper là n'étaient que peu de choses face à la mort qui l'attendait, elle s'exécuta non sans réticence. Sans répondre à la question du prêtre, elle commença d'un ton plaintif :
- Ah mon père, je suis bien heureuse de pouvoir vous parler. Figurez-vous que je suis à l'agonie.
- Mais pourquoi n'avez-vous pas appelé quelqu'un pour vous porter les derniers sacrements ?
- Ah, c'est ce que je disais à mon petit abbé Malingre mais il a refusé de sacrifier son déjeuner pour aller me chercher de l'aide, je le savais qu'il finirait par m'achever. Regardez là, poursuivit-elle en désignant son cou, ne voyez-vous pas ce bouton ? Ne cherchez pas, c'est la peste. Je n'en ai plus que pour quelques heures. Alors je me suis dit que normalement quand on va mourir, on doit avoir la vie qui défile sous ses yeux et qu'il était bon de la confier à quelqu'un. Vous êtes là pour écouter, n'est-ce pas mon père ?
- La peste ? Vous êtes mourante ?
- Il y a toujours un moment où on se sent mieux avant la déchéance finale, où on pense qu'on est sauvé alors qu'en réalité notre corps puise dans ses dernières forces, son dernier souffle pour.. J'ai connu un homme qui est venu, un jour, à mon dispensaire, je lui avais dit que sa blessure était trop...
- Et bien ma fille, je vous écoute, l'interrompit le prêtre qui devait se dire qu'à ce compte-là, il y était encore pour des heures, dites moi ce qui vous pèse, nous pourrons alors vous absoudre. Reprenez depuis votre dernière confession.
- Ma dernière confession ? Répéta Émilie d'un ton un peu absent, tentant de se souvenir d'un tel événement.
L'homme de l'autre côté de la paroi devait commencer à se rendre compte de l'étendue du travail qu'il allait avoir à fournir car il posa de nouveau sa question mais d'une voix blanche :
- Depuis combien de temps n'êtes-vous pas venue confesser vos péchés et soulager votre âme ?

--

Juillet 1640
Demeure de la famille Perrault, au cœur de Paris

- Père, vous devez descendre pour tenter de la raisonner !
Pierre Perrault leva les yeux des papiers qui couvraient tout son bureau sur une hauteur de dix à trente pouces et fit face à l'un de ses fils qui avait un air exaspéré, ce qui le fit replonger de suite dans ses dossiers. S'il y avait une chose que Pierre Perrault premier du nom détestait, c'était de devoir imposer son autorité dans la maisonnée. Son épouse la gérait parfaitement tant qu'elle était encore en vie mais lui, il était inutile de venir lui demander quoi que ce soit. Surtout si ça concernait la petite dernière, cet espèce de diablotin qui lui en faisait voir de toutes les couleurs et devant lequel il finissait toujours par perdre la partie. La faute à son épouse, pardon à son âme, qui était tellement heureuse d'avoir une fille après ses cinq garçons qu'elle lui avait toujours tout cédé.
- Père, s'il vous plait !
- Elle refuse toujours ?
- Plus que jamais, la dernière fois que je l'ai vue, elle se roulait par terre en hurlant et en pleurant, tout en tentant d'échapper à sa nourrice et en criant qu'il n'y a que vous qui pourrait la mettre dans ce carrosse, expliqua Pierre deuxième du nom d'un ton un peu sarcastique car il savait bien pourquoi la petite faisait appel directement au patriarche pour arbitrer le conflit qui l'opposait à tout ceux qui tentaient de la convaincre que tout allait bien se passer. Sauf que cette fois-ci, c'était l'idée même de leur père et il s'était montré assez ferme pour que la famille puisse penser qu'il allait enfin avoir le dessus sur une petite fille qui, certes, relevait plus du diable que de l'ange mais qui lui arrivait à peine à la taille et dont la colère n'était guère impressionnante.
Le père soupira, retira ses lunettes pour se frotter les yeux et ferma le dossier d'une femme qui poursuivait son frère devant le parlement de Paris parce qu'il avait osé garder la malle Henri-IV que leurs parents leur avaient légué à tous les deux, c'était là son affaire la plus intéressante en ce mois de juillet 1640 pour enfin se lever de sa chaise et consentir à descendre les quelques marches d'escalier qui le séparait de la cour d'honneur, son aîné sur ses talons. En en effet, au fur et à mesure où il approchait de la scène du drame familial qui se jouait sous son toit, les cris devenaient de plus en plus stridents. Il reconnaissait volontiers le timbre de voix de sa fille mais aussi les imprécations de la nourrice, cette brave femme qui n'avait jamais réussi à donner le moindre ordre à sa protégée et les commentaires affligés de Claude et Charles qui se tenaient non loin de là, bras croisés. Ce fut au centre de cette scène étrange que le patriarche débarqua, les bras ballants. Étrange en effet de voir une gamine d'à peine sept ans tenir tête à une femme de quarante ans et à ses trois frères qui ne savaient pas comment gérer la situation sinon en faisant appel à l'autorité suprême. Surtout quand on savait que parmi les frères en question, l'un était avocat et âgé de vingt-neuf ans et l'autre docteur en médecine à vingt-sept ans. Malheureusement pour la suite des événements, le père était aussi désemparé qu'eux.
Dès qu'elle le vit approcher, la petite fille cessa de se débattre et échappant une nouvelle fois à l'étreinte de la nourrice, elle se précipita vers son père pour se serrer contre lui. Pierre se pencha pour lui faire face et écarta doucement ses mèches de cheveux bouclées pour voir deux grands yeux pleins de larmes.
- Père... Je ne veux pas y aller, vraiment, je ferai tout ce que vous voulez, je serai la plus sage et la plus gentille des petites filles, je travaillerai dur, encore plus que lorsque mère m'y obligeait et je serai si discrète que vous ne vous apercevrez jamais de ma présence, débita la gamine sans prendre de pause pour respirer.
- Allons, là n'est pas la question, Émilie, répliqua Pierre Perrault qui se demandait à chaque mot lequel pouvait bien être le suivant, maintenant que votre mère est morte, plus personne ne pourra veiller sur toi et t'éduquer comme il se doit. Tu as vu tout le travail que j'ai au parlement ? Je ne suis jamais là pour m'occuper de toi.
- Mais alors pourquoi suis-je la seule à devoir partir ? Demanda Émilie d'une toute petite voix.
- Tes frères sont déjà grands et peuvent prendre soin d'eux-mêmes et même Charles va bientôt entrer au collège pour faire des études de robe, expliqua le père.
- Sans compter que je ne pense pas que les nonnes nous accueilleraient avec beaucoup de plaisir, ajouta Claude d'un ton amusé, celui qui prenait toujours les événements avec second degré, s'attirant par là un regard peu amène de son aîné ce qui lui fit ajouter précipitamment : enfin, peut-être pas, un peu de compagnie masculine ne leur ferait pas de mal après tout...
- Claude ! Si Nicolas t'entendait, lui et ses jansénistes d'amis en feraient une attaque ! Protesta Pierre.
- Bon débarras si tu veux mon avis, répliqua Claude, ironique.
Cet échange fit se calmer les pleurs de la petite dernière qui chassa les larmes de ses joues constellées de tâches de rousseur d'un geste de la main. Pendant un court instant d'inconscience, le père crut avoir gagné. Après tout, l'envoyer au couvent était la meilleure solution : il n'y avait plus de femme à la maison et on lui donnerait une bonne éducation de chrétienne vertueuse. C'était bien cela qu'on demandait aux jeunes demoiselles avant de les marier. Mais cette impression de victoire ne dura que le temps pour qu'Emilie puisse changer de stratégie. La petite eut une moue déçue et saisit les mains de son géniteur :
- Puisque vous voulez vous débarrasser de moi, je m'en irai dans ce couvent et plus jamais je ne réapparaitrai à vos yeux, j'ai trop de honte de vous déranger dans votre travail. J'espère juste que parfois vous penserez à moi avec un souvenir ému parce que j'aurais pu vous distraire ou vous changer les idées. Mon seul regret est de savoir que comme je serais loin de vous et de tous ceux que j'aime, je ne pourrais vous aimer convenablement.
- Mais non, voyons, nous ne t'oublierons, tu pourras revenir dans quelques temps, protesta plus faiblement Pierre Perrault.
- J'ai compris, enchaîna Émilie la lèvre tremblante et les larmes menaçantes, maintenant que mère est morte, vous ne voulez plus de moi. Et bien tant pis, je ne m'imposerai pas à vous.
- Père ? Intervint Charles en s'approchant, peut-être pourrions-nous nous organiser autrement ? Nous venons tous de perdre une mère, il est cruel d'envoyer Émilie loin de nous tous alors que nous sommes tous en deuil. Reculez au moins la date du départ (à ces mots, la petite fille éclata de nouveau en sanglots et se serra dans les bras de son père), nous nous occuperons tous d’Émilie, elle saura être... Euh... Sage.
Personne ne releva le dernier mot qui était un véritable oxymore quand on parlait d’Émilie. Mais le discours de Charles avait achevé de faire fléchir la volonté vacillante du père de la maisonnée qui se détacha de son plus jeune enfant pour lâcher d'un ton un peu bourru :
- Très bien, très bien, nous en reparlerons, renvoyez le carrosse. Mais sachez tous les trois que vous serez responsables d'elle et de son éducation jusqu'à ce que nous ayons trouvé une solution.
Le visage de la petite, voyant s'éloigner la perspective du couvent, s'était illuminé à ces mots mais elle fit mine de continuer à pleurer le temps que son père disparaisse au détour de la porte et pour que Charles et Claude viennent la consoler. Elle savait fort bien qu'elle avait gagné la partie. Et peut-être même la guerre entière.

---

- Vous voulez dire que vous n'avez pas été envoyée au couvent comme votre père vous l'ordonnait ? S'étonna le prêtre.
Non décidément, les hommes du Dieu catholique avaient toutes les vertus du monde, Émilie n'aurait jamais osé en douter, mais il leur manquait une formation indispensable pour comprendre le pouvoir que les femmes exerçaient sur les hommes. Ce garçon qu'elle ne voyait pas mais dont elle trouvait la voix juvénile était encore un ingénu qui ignorait à quel point il était difficile de résister aux larmes d'une fillette qui se voit privée de tout ce qui faisait le sel de son existence et qui, théoriquement et malheureusement pour lui, ne le découvrirait jamais. Absolument désolée pour lui (la compagnie féminine était la plus agréable), Émilie décréta en elle-même qu'il manquait aux curés une excellente épouse, comme elle l'était elle-même, pour qu'ils puissent se rendre compte des réalités.
- Il n'a plus jamais été question de couvent, répondit-elle avec un sourire ému au souvenir de cette victoire – la première d'une longue série, j'ai continué à grandir dans la demeure de mon père, un peu livrée à moi-même même si Charles, lorsqu'il revenait du collège, était mon camarade de jeux. Mon éducation religieuse a été le cadet des soucis de mon père et de Claude à qui on avait confié ma garde.
- Votre éducation religieuse a été négligée ? Mais Dieu est grand, vous êtes revenue dans le bon chemin puisque vous voulez vous confesser et que vous êtes entourée d'un brave abbé qui...
- Mon bon petit abbé Malingre ? L'interrompit Émilie en faisant un geste comme si elle chassait une mouche, oh non, c'est un jeune garçon de Dijon qui a des velléités de se faire connaître à Paris, je l'ai engagé à mon service pour qu'il puisse découvrir la capitale et ses plaisirs. C'est fou tous ces gens d’Église qui ne sont pas satisfaits de ce qu'ils ont et qui viennent ici. Je me console en me disant qu'au moins avec moi, il sert la vérité la plus pure qui soit, celle de la science, il n'a pas le temps pour ses bondieuseries.
Cette tirade fut suivie d'un petit silence, satisfait du côté d’Émilie, probablement horrifié du côté du curé.
- Claude ne savait pas vraiment quoi faire de moi, il était célibataire, poursuivit la dame de Vendières, jugeant que le sujet était clos, il m'emmenait donc toujours avec lui et me traînait dans tout ce qu'il faisait. Il fut sans doute le meilleur précepteur que je n'ai jamais eu. Sans doute parce qu'il n'avait absolument aucune volonté de m'apprendre quoi que ce soit.

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Novembre 1652
Demeure de la famille Perrault, au cœur de Paris

- Lâchez cela immédiatement !
Le ton de son aîné était furibond mais Émilie ne lâcha pas le scalpel dont il était question et se retourna brusquement vers son frère qui échappa de peu à une dissection involontaire en faisant un bond en arrière.
- Émilie ! Combien de fois vous ai-je...
- S'il vous plaît, supplia-t-elle, considérant qu'il était inutile de s'appesantir sur un accident qui n'avait pas eu lieu, tout en agitant de manière involontaire l'objet vers Claude qui la regardait avec une mine circonspecte, vous aviez promis que vous me laisseriez ouvrir l'abdomen de notre premier cadavre humain...
- Chut, ne criez donc pas cela si fort, je vous rappelle que l'autorisation pour nous en emparer n'était pas aussi officielle que je l'avais prévu alors si vous...
- Soyez donc galant et laissez moi faire ! Je me suis assez entraînée sur les animaux sur vos conseils et mon geste est sûr désormais, vous aviez promis après tout !
- Vous aviez à peine douze ans à ce moment-là, répliqua Claude en levant les yeux au ciel, tout en songeant probablement qu'il lui aurait mieux valu tourner sept fois sa langue dans sa bouche cette journée-là avant de dire de telles choses inconsidérées. Comme il aurait dû refuser dès le départ que sa petite sœur le suive dans la cave qu'il avait consacrée à ses études anatomiques depuis qu'il était docteur en médecine. Mais il avait toujours la gamine dans les pattes et il avait cédé quand elle lui avait demandé de rentrer pour avoir un peu de tranquillité (car il l'avait fait en échange de son silence). Grossière erreur. S'il avait su que cela le condamnait à des années de souffrance ! Depuis lors, Émilie avait considéré que toutes les portes lui étaient ouvertes et qu'en plus, la promesse de rester calme et à l'écart sans se faire entendre ne valait que pour la première fois. On avait eu beau lui offrir les meilleurs précepteurs de Paris, elle avait toujours été plus fascinée par ce que fabriquait son frère aîné. Elle n'était pas idiote, au contraire mais pour son plus grand malheur, son esprit semblait plus fait à se confronter à des problèmes scientifiques pointus qu'à l'économie d'un ménage ou d'une maison, celle des Perrault voguait d'ailleurs plus ou moins bien (et plutôt moins) depuis le décès de leur mère. C'était tout de même ennuyeux pour que l'on puisse un jour la marier. Quel homme, sinon un fou, voudrait d'une épouse spécialiste de l'anatomie du chien et qui n'a pour seul sujet de conversation la théorie de la circulation sanguine ? Bon d'accord, il était coupable de cet état de fait mais il n'avait signé nul part pour devenir le maître de ce diable en jupons, leur père lui avait abandonné la tâche de l'instruire avec le plus grand désintérêt et Pierre étant marié et ayant sa propre maisonnée, il était le plus âgé pour s'occuper des deux derniers. Si Charles avait toujours été le plus sage des deux, il venait de claquer la porte de son collège, décrétant que la robe d'avocat ne lui allait pas. Et là encore, c'était lui, Claude, qui devait réparer les pots cassés et s'efforcer de faire quelque chose des derniers Perrault.
- Et alors ? Le principe d'une promesse n'est-elle pas que cela puisse durer dans le temps ? Vous savez ce qu'on dit, la chirurgie est faite pour les mains d'une femme. Et sous vos yeux, il est certain que je ne pourrais faire aucune erreur, insistait Émilie en adoptant l'air exaspéré qu'elle arborait quand on osait la contrarier – ce qui n'arrivait pas très souvent.
Tout en se demandant où elle avait entendu une telle chose, Claude finit par céder tout en lui assurant que c'est lui reprendrait la main dès que l'abdomen serait ouvert. Immédiatement, un sourire s'ébaucha sur les lèvres d’Émilie et avec la plus concentration et la plus grande délicatesse, vertu dont elle faisait preuve uniquement avec les cadavres, elle se pencha sur le corps blanc du vieil homme barbu et s'exécuta. La première fois qu'elle touchait à un cadavre humain, n'était-ce pas excitant ? Elle constata néanmoins bien vite que tout cela ressemblait beaucoup aux autres animaux. Avec son frère, il s'occupèrent de disséquer ce pauvre homme que personne n'avait réclamé de manière méticuleuse, se faisant l'un à l'autre des remarques de temps à autres que Claude notait soigneusement sur son carnet et ils en étaient à l'intestin grêle quand la porte de la cave s'ouvrit sans sommation. Émilie faillit en lâcher l'organe qu'elle tenait mais ce n'était que leur père qui pénétrait dans la pièce en plissant les yeux à cause de la faible luminosité.
- Ah, je vous trouve enfin, Émilie, s'exclama celui-ci avant de s'interrompre en découvrant sa fille couverte d'un tablier rouge de sang et scalpel à la main. Le temps qu'il se remette de ses émotions et retrouve sa petite Émilie derrière cette apparence de boucher, Claude avait eu la présence d'esprit de couvrir le cadavre pour ne pas mêler leur père à leurs études scientifiques officieuses.
- Vous me cherchiez, père ? Insista la demoiselle, agacée d'avoir été interrompue dans son travail pour servir la science sans nul doute pour des sornettes.
- Je ne pensais pas vous trouver ici, mon enfant mais l'annonce que j'ai à vous faire est bien trop importante pour attendre et vous êtes la première concernée après tout. Je sors tout juste d'un entretien avec monsieur Jean-Baptiste Colbert et...
- Qui est ce Colbert ? Encore un qui vient pinailler quelques sous par pure avarice et par plaisir de faire un procès au parlement de Paris ? L'interrogea Émilie en songeant que c'était encore pire comme nouvelle que ce qu'elle imaginait, leur père devenait vraiment gâteux.
- Non... Enfin oui mais non en l'occurrence, bafouilla Pierre Perrault, laissez-moi vous expliquer, Émilie, vous n'êtes pas sans ignorer que la situation a changé ces derniers temps à Paris, le roi est rentré dans sa bonne ville...
- Acclamé par ceux qui la veille soutenaient les princes, lança Claude en rangeant ses instruments.
- Claude ! Je n'ai jamais été du côté des princes, comme vos frères d'ailleurs, nous avons juste été choqués de l'arrestation de Broussel et Blancmesnil, tout cela parce que nous protestions contre les nouveaux édits d'imposition et..
- Je vous rappelle, père, que vous m'aviez dit que tout cela ne me concernait point. Vous avez refusé de me laisser sortir lorsque le peuple a monté les barricades et vous aviez même songé à m'envoyer loin de Paris ! Protesta Émilie en lui lançant un regard outré, pour la simple raison qu'elle n'avait jamais digéré le fait de ne pas avoir eu gain de cause et d'avoir raté ce grand événement historique qui resterait dans les mémoires et qui aurait mérité qu'elle soit au premier rang.
Pierre Perrault poussa un soupir et s'appuya contre une table sans s'apercevoir qu'y étaient disposés divers animaux empaillés et autres bocaux contenant des organes vitaux ce qui lui aurait sans doute causé un cri d'horreur.
- Le roi est revenu dans sa bonne ville de Paris et c'est Mazarin le maître incontesté. Nous ne sommes donc pas dans une situation très confortable. Mais il est important de savoir où le vent tourne, n'êtes-vous pas d'accord, ma chère Émilie ? Mazarin a un bras droit au nom obscur, un homme de paille dont il se sert pour ses transactions financières les plus secrètes, c'est ce Jean-Baptiste Colbert dont nous parlions à l'instant. Nous avons donc parlé d'une alliance entre nos deux familles, c'est une chance inespérée. Mais en tant que gage de cette alliance, il m'a proposé la main de son petit frère Nicolas... Pour vous, Émilie.
Bon ce genre d'information ne pouvait en effet pas être qualifié de sornette et méritait qu'on puisse la déranger dans son travail de recherche de la vérité. A vrai dire, Émilie s'attendait à ce qu'on la marie maintenant qu'elle avait atteint ses dix-neuf ans même si elle était loin d'être un parti idéal. Elle avait simplement pensé que cela se ferait dans l'entourage de ses frères pas avec un parfait inconnu dont elle n'avait jamais entendu le nom auparavant.
- Ce Nicolas s'intéresse-t-il aux sciences ? Demanda-t-elle, songeuse.
- Ce n'est pas là la caractéristique du bon époux, lança Claude, amusé malgré lui tout en épiant les réactions de sa sœur, demandez plutôt s'il est bien fait de sa personne, s'il est aussi âgé que votre père et s'il est gentil. Pour fréquenter les cercles scientifiques, je ne connais pas de Colbert, hélas pour vous.
Émilie eut un sourire carnassier dans sa direction :
- Et bien tant pis, s'il y a une chose que vous m'avez apprise, Claude, c'est qu'il suffit de montrer sa force de caractère pour faire ce que l'on veut des autres. J'arriverai bien à le convertir.

---

- Claude m'a vraiment tout appris, conclut Émilie de manière triomphale comme si l'anecdote qu'elle venait de raconter était une démonstration indiscutable.
- Tout appris ? Et vous avez été mariée dans ces conditions ? Demanda son interlocuteur invisible, alors que vous étiez à peine...
- Un mariage pour sceller une alliance entre deux familles alors que les promis ne se sont jamais vus n'est pas forcément le rêve en effet, j'ignorais que vous fussiez aussi romantique mais il paraît que la politique ne se discute pas. Et puis vraiment... Nicolas et moi avons tout du couple idéal.






Dernière édition par Emilie de Vendières le 25.02.13 18:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   25.02.13 0:21


UNE ÉPOUSE

ACCOMPLIE

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Avril 1656
Demeure de Nicolas Colbert, seigneur de Vendières, Paris

Quand Émilie ouvrit les yeux, le monde autour d'elle ne tournoyait plus, ce qui constituait un progrès indéniable par rapport à son état avant son dernier sommeil. Il faisait nuit (ou en tout cas ses volets étaient fermés comme si rester dans le noir permettait aux malades de guérir plus facilement) mais des bougies étaient allumées autour de son lit et une servante ronflait consciencieusement au pied de celui-ci, un ouvrage de couture abandonné sur ses genoux. Par réflexe, à force de l'avoir fait de nombreuses fois au cours des neuf derniers mois, elle posa une main sur son ventre mais celui-ci était plat et cela lui permit de se remémorer les derniers jours qu'elle avait passé dans ce lit. Pour le peu qu'elle se souvenait, son bébé allait bien, c'était surtout pour elle que ces incapables de médecin s'étaient inquiétés et s'étaient pressés autour de son lit. Elle se souvenait vaguement des voix de Claude et Charles qui les faisaient partir comme on chasse des oiseaux de mauvais augure. Mais pour le moment, personne d'intéressant n'était là. Pendant quelques instants, Émilie resta sous les couvertures à regarder à droite puis à gauche avant de se décider à se lever parce que décidément, c'était bien trop ennuyeux. Elle était encore faible mais elle parvenait à tenir sur ses jambes tremblantes, c'était l'essentiel et se décida à sortir dans le couloir de l'hôtel, à pas de loup pour ne pas réveiller la servante. Même si c'était le milieu de la nuit, elle avait des chances de trouver Nicolas en train de travailler sur son bureau à la lumière des chandelles. Après quatre ans de mariage, elle avait fini par comprendre qu'il se consacrait corps et âme aux tâches que son aîné, Jean-Baptiste, dont l'ambition était dévorante, lui laissait. Ce n'était pas plus mal, elle avait tout le temps libre qu'elle souhaitait et seules quelques obligations au sein de sa famille d'adoption auxquelles elle se rendait quand elle en avait envie la contraignaient. Mais même si Nicolas était gentil et mettait tout en œuvre pour que tout se passe bien au sein de la maisonnée (malgré l'incompétence notoire d’Émilie pour gérer quoi que ce soit), la dame de Vendières souffrait du plus horrible des maux qui pouvait frapper les couples mariés : l'ennui. Quand elle n'avait pas prévu de retrouver l'un de ses frères ou l'une de ses rares amies dans les salons qu'elle fréquentait, elle allait comme une âme en peine dans cet hôtel trop grand pour elle. Sa première fille qu'elle avait insisté pour nommer Aurore, malgré le drame familial que cela avait causé pour sa belle-mère (apparemment, toutes les premières nées s'appelaient Marie dans la famille), avait été envoyée en nourrice et il en serait probablement de même pour son deuxième enfant. Non qu'elle ne se sentît une vocation de mère exemplaire mais au moins, il y aurait eu un peu d'animation.
- Madame ? Madame !
La voix inquiète fit violemment sursauter Émilie qui se retourna sur la servante qu'elle avait abandonné dans sa chambre et qui s'acheminait vers elle avec une bougie à la main.
- Ah, ma brave, je vous avais laissée vous reposer.
- Vous devez aller vous recoucher, madame, les médecins...
- Les médecins ne connaissent rien aux accouchements, ils l'ont une fois de plus prouvé. Mais dites-moi, le bureau de mon époux est éteint ? Il n'est pas en train de travailler comme à son habitude ?
Il y eut un instant de flottement pendant lequel la servante se demanda visiblement s'il fallait insister mais renonçant à discuter avec la maîtresse de maison, combien même celle-ci était pâle comme un fantôme et était simplement vêtue d'une chemise de nuit elle lui indiqua une porte non loin :
- Monsieur, depuis le début de votre maladie, est resté enfermé dans le cabinet de lecture que vous avez fait installer avec tous vos ouvrages de science, là.
- Comment cela ? Demanda Émilie, perplexe, il s'est trouvé une vocation d'anatomiste ?
Cela aurait été tout de même étonnant de la part de Nicolas, il n'était pas genre d'homme à douter de lui-même ou de sa position. Aux dernières nouvelles, Jean-Baptiste l'envoyait même jouer les commissaires dans une province éloignée.
- Non, madame. Depuis cinq jours, il refuse de voir qui que ce soit sinon pour avoir de nos nouvelles.
Pour une fois l'information eut le mérite de faire taire une Émilie stupéfaite. Pour vérifier les dires de son interlocutrice, elle avança jusqu'à la porte du cabinet et poussa la porte. En effet, son époux était assis sur un fauteuil, les yeux posés sur le feu allumé devant lui. Quand il entendit le battant s'ouvrir, il tourna la tête et après un instant de surprise, son visage s'éclaira et il bondit sur ses pieds pour aller serrer son épouse dans ses bras.
- On m'avait dit que vous alliez mieux, je n'osais le croire, murmura-t-il en se détachant enfin d'elle, asseyez vous donc devant le feu, vous devez être transie de froid.
Émilie n'avait jamais pensé que sa maladie bouleverserait donc ainsi son mari qui l'obligea à prendre la place qu'il avait quelques instants auparavant et qui resta debout devant, l'air gêné ce qui était indiqué par son tic de passer la main dans ses courts cheveux noirs naturels qui étaient généralement dissimulés sous une perruque portée de travers. Il était petit mais maigre comme s'il ne mangeait point, considérant cela comme une perte de temps. Sa faible carrure contrastait avec toute l'énergie qu'il avait à revendre. Rarement on avait vu couple plus mal assorti que ce petit bonhomme gestionnaire et pointilleux et cette jeune femme totalement délurée qui lui servait d'épouse. Pour le moment, le bonhomme en question ne savait comment se mettre et essayait de dissimuler tant bien que mal qu'il avait les larmes aux yeux.
- Vous nous avez donné un fort beau petit garçon, nous en ferons un véritable Colbert de Vendières qui ira défendre son honneur par les armes...
- Un scientifique, le coupa Émilie d'un ton rêveur.
- Euh... Oui un scientifique si vous le désirez, balbutia Nicolas en se disant probablement qu'on ne pouvait contrarier une femme qui venait de sortir d'une longue maladie, j'ai pensé à Jean-Baptiste ou Charles comme ses oncles comme prénom de baptême, qu'en dites-vous ?
- Je pensais plutôt à Achille. Les autres sont d'un commun... Notre petit sera unique.
- Sans nul doute, acquiesça son mari.
Il chercha néanmoins à la faire changer d'avis mais Émilie avait beau être fatiguée, elle était trop habituée à avoir le dernier mot (et la perspective de déplaire à sa belle-mère était trop plaisante) pour le laisser gagner sur ce point-là. On se mit d'accord sur le prénom puis sur l'idée d'aller le voir mais avant qu'ils ne puissent quitter la pièce, Nicolas laissa tomber :
- J'ai retardé mon départ pour le Languedoc mais je me disais que dès que vous serez rétablie, nous pourrons tous partir ensemble.
- Pardon ? Grimaça la dame de Vendières, il n'est pas question que je parte pour la province... Le Languedoc ?
- Mais... Mais... Pourquoi ? C'est très joli le Languedoc et...
Voyant le regard suspicieux qu'elle lui jetait, il termina sa phrase en bégayant.
- Vous ne connaissez même pas le Languedoc, ne cherchez pas à me tromper, répliqua Émilie d'un ton hautain, il n'est pas question que je quitte Paris pour aller vivre chez des... Des pouilleux qui parlent des langues barbares, doivent à peine connaître que la médecine existe et chez qui la peste fait encore des ravages. Vous voulez vraiment m'imposer cela ?
- Nous en reparlerons, promit Nicolas, conciliateur, ignorant que se montrer conciliant avec Émilie, c'était déjà lui donner victoire, retournons dans votre chambre, je vais demander que l'on apporte le petit Achille.
De fait, Émilie eut gain de cause et ne quitta jamais Paris, laissant son époux aller et venir au gré de ses fonctions de commissaire puis d'intendant en province. Elle ne le regretta qu'une fois en sachant que des révoltes antifiscales avaient eu lieu en Languedoc contre la personne de son époux, elle dut bien reconnaître qu'elle aurait aimé assister à cela.

---

Un silence accueillit la dernière confession d’Émilie qui n'osa pas ajouter que c'était à la suite de cette période qu'elle avait fréquemment des maladies mortelles auxquelles elle réchappait par miracle (et pas divin car avec les années son incroyance s'était transformée en libertinage ce que le Dieu des catholiques ne pouvait guère apprécier à considérer qu'il existât).
- Vous avez refusé de suivre votre époux ? S'étonna le prêtre qui visiblement avait d'autres préoccupations que la mort prochaine de sa paroissienne.
- C'est lui qui revient de temps en temps me rendre visite. Après tout, cela favorise l'entente dans notre ménage. Nous sommes heureux de nous revoir quand cela est peu fréquent, combien de couple qui se voit tous les jours peut en dire autant ? Ah oui, évidemment, vous ne pouvez pas vous en rendre compte, vous.
- Le rôle de l'épouse est de soutenir son mari dans...
- Oh, Nicolas n'a pas besoin de moi pour aller lever des impôts ou surveiller les gouverneurs, en revanche, je peux être utile à Paris, expliqua Émilie en interrompant sans honte aucune ce petit blanc-bec qui cherchait à lui faire la leçon (sans songer un instant que c'était le rôle du prêtre après tout), et puis franchement, mon beau-frère Jean-Baptiste a bien plus besoin de moi, même si je suis sûre qu'il vous dirait le contraire, même sous la torture.
- Jean-Baptiste Colbert ? Le contrôleur général des finances ?
- Oui, il a l'immense honneur de m'avoir comme belle-sœur. Nous nous entendons fort bien.

---

Août 1664
Appartements de Jean-Baptiste Colbert, baron de Seignelay, Versailles

- Les rumeurs qui courent sur votre compte sont-elles vraies ? Avez-vous vraiment envoyé cette lettre à ces messieurs de la Sorbonne et de la Faculté ?
Émilie qui gardait la tête baissée sur son ouvrage de couture dans l'espoir (vain) que cette chaussette ne finisse pas par ressembler à une capuche et qui avait laissé la conversation voguer sur des sujets tous plus intéressants les uns que les autres (des affres du cinquième mois de grossesse aux nouvelles les plus passionnantes de la cour à savoir s'il fallait penser que la favorite anglaise allait durer encore longtemps) releva brusquement les yeux et s'aperçut que trois visages féminins l'observaient avec un mélange de curiosité et de désapprobation. A son grand désappointement, elle vit que ces dames-là pouvaient continuer à broder ou tricoter sans pour autant garder l’œil fixé sur leur aiguille ce qui la conduisait à désespérer sur son propre cas. C'était Marie, l'épouse de Jean-Baptiste, enceinte pour la sixième fois (ce qui laissait penser qu'elle savait ce qu'était la grossesse et qu'il n'était pas la peine d'épiloguer dessus), qui avait posé la question. Ce qui n'avait rien d'étonnant, quand il fallait faire des remarques désagréables, la baronne de Seignelay en tant qu'épouse de l'aîné des Colbert se sentait investie de la plus haute charge. Si elle demeurait plus polie que Marianne Pussort, leur belle-mère, le ton de sa voix indiquait assez qu'elle était outrée du comportement de celle avec laquelle, malheureusement pour elle, elle partageait son nom.
- Oh oui, vous voulez parler de ma lettre ouverte à ces chers docteurs qui ont refusé mon étude scientifique qui contenait la démonstration du rôle du cœur dans la circulation sanguine ? Répliqua Émilie d'un ton badin, qui ne déparait en rien de celui qu'elles avaient adopté tout au long de leur conversation, je me suis juste permise de leur rappeler que cette hypothèse avait été vérifiée par William Harvey dans son Exercitatio Anatomica de Motu Cordis et Sanguinis in animalibus en 1628. Cela fait plus de trente-cinq ans, il est grand temps que les docteurs prennent en compte les plus anciennes découvertes scientifiques... La cœur comme siège des humeurs, le sang qui est fabriqué par les poumons et qui devient transpiration... A-t-on jamais entendu pareilles sottises ? C'était pardonnable au siècle de Gallien, le pauvre n'avait pu étudier la chose que chez des porcs puisque le droit romain interdisait la dissection, mais à notre époque, quand tant de progrès ont été accomplis, quelle honte !
Apparemment, son indignation n'était guère partagée. Ses trois belles-sœurs qui ignoraient jusque-là le principe même de circulation sanguine restèrent silencieuses quelques instants tandis qu’Émilie adressait un sourire carnassier à Marie et que Marie-Madeleine et Françoise hochaient prudemment la tête.
- Toutefois, vous auriez pu éviter d'attirer l'attention sur vous, une femme qui..., tenta la baronne.
- La vérité ne souffre pas l'hésitation, affirma Émilie avant de se remettre à son ouvrage, tout en se demandant ce qu'elle faisait là en compagnie de personnes que l'aveuglement de la Faculté ne rendait pas folles de rage.
Elle rendait visite le moins souvent possible aux autres dames Colbert avec lesquelles elle n'avait guère de points communs sinon un intérêt commun pour leur nom et leur famille. Si Émilie était le vilain petit canard, on avait néanmoins pris l'habitude de l'associer au reste de la famille quand il fallait faire front, sans doute à cause de son ironie et de sa faculté à ne pas se sentir blessée quand on l'attaquait directement, raison pour laquelle, à Versailles, on voyait souvent les épouses Colbert ensemble. Comme Émilie ne venait à la cour qu'à la demande de Jean-Baptiste qui désirait montrer que le clan était uni aux insensés qui voulaient le voir déchu, ce qui était peu régulier, cela réglait le problème. D'ailleurs, il serait fort surpris de la voir là, ayant quitté Paris pour ces affreux marécages de Versailles de son plein gré. Mais sa visite avait un but bien précis.
- Votre époux est-il présent, chère Marie ? Demanda Émilie, renonçant à chaussette qui ressemblait plus pour le moment à un bavoir (qu'elle avait peut-être des chances pour s'en débarrasser de l'offrir à Marie).
- Jean-Baptiste a dû quitter le conseil du roi à l'heure qu'il est, se rengorgea la baronne, il doit passer quelques heures dans nos appartements avant de retrouver ses commis. Si vous cherchez votre frère, monsieur Charles Perrault, il ne doit pas travailler aujourd'hui, en tant que contrôleur général de la Surintendance des bâtiments du roi, il est...
- Non, le mardi, il se trouve à la Petite Académie, l'interrompit Émilie, mais cela est parfait, c'est bien votre époux que je souhaitais voir.
Sans plus attendre de réflexion sur sa conduite ou de questions, elle se leva, dissimula son ouvrage derrière une pile de livres sur une table, lissa sa robe à la dernière mode (mode pour laquelle elle s'était passionnée depuis qu'elle était mariée) et sortit de la pièce à pas rapides. Elle ne fut pas longue à trouver Jean-Baptiste Colbert dans son cabinet de travail à croire qu'à l'image de Nicolas, il y passait tout son temps (Marie-Madeleine était la moins chanceuse de toutes, son époux était quant à lui un véritable mondain qu'elle voyait régulièrement), dissimulé derrière une pile de dossiers tous à traiter de manière urgente. Elle entra sans avoir été invitée et après que Colbert eut tendu le cou pour voir de qui il s'agissait, il disparut de nouveau en soupirant.
- Monsieur Colbert ! S'exclama Émilie avec un enthousiasme feint et en s'approchant du haut de la pile pour se saisir de la première feuille, quel plaisir de vous voir ! Enfin vous voir... Mais qu'est-ce donc que ce projet d'édit ?
Jean-Baptiste en écarta sa pile pour mieux la voir et put montrer sa mine (déjà) exaspérée.
- Madame, je vous prie de remettre cela où vous l'avez pris, dois-je vous rappeler qu'il s'agit peut-être de secrets d'état qui pourraient...
- Un secret d'état ? Répéta la dame de Vendières sans pouvoir s'empêcher de glousser à l'image de ces idiotes de courtisanes, vous pensez interdire les feux d'artifice car cela est trop dangereux et coûteux ?
- On ne compte plus le nombre d'accidents, répondit Colbert qui continuait à la fixer de ses grands yeux bruns.
- Vous allez me faire le plaisir d'oublier ce projet, que serait une fête sans feu d'artifice ? J'avais d'ailleurs pour projet d'apprendre à en faire pour en faire la démonstration à mes enfants mais malheureusement...
Elle s'arrêta un instant en songeant qu'avouer que ses dettes de jeu l'avaient empêchée de se procurer le matériel nécessaire à son beau-frère n'était pas forcément la meilleure idée du monde. Ce dernier profita de cette pause inespérée pour lancer :
- J'y songerai. Si vous en veniez au but, madame ? Je suppose que vous n'êtes pas venue jusqu'à Versailles pour me parler de festivités ou de vos expériences qui coûteront bien un jour la vie à l'un de vos gens.
Émilie redevint brusquement plus sérieuse et, sans invitation, elle s'assit en face du bureau :
- C'est à propos de mon frère. Pierre.
- Je m'en doutais, soupira Colbert en prenant une plume et en commençant à gratter du papier comme s'il voulait lui indiquer qu'elle lui faisait perdre son temps, Charles m'en a déjà parlé, je suppose que ce sera bientôt le cas de Claude ?
- Votre décision est injuste ! Mon pauvre Pierre qui...
- J'avais placé toute ma confiance en votre frère qui m'avait assuré d'être compétent en matière de finances, la coupa Colbert sans savoir que c'était crime de lèse-majesté pour son interlocutrice, mais vous autres Perrault, vous ne savez que vous mettre dans les ennuis. Vous avec votre lettre à la Faculté – les docteurs en ont été furieux par ailleurs, j'ai dû régler ce problème, déjà Nicolas, votre théologien en son temps quand il était parvenu à se faire renvoyer de la Sorbonne pour son ouvrage insultant les Jésuites, maintenant Pierre à qui j'avais confié une mine d'or, la levée des impôts de Paris !
- Mais le roi a annulé...
- Il a fait des avances d'argent risquées (Émilie n'osa pas dire que cela avait été le cas avec elle) et des investissements qui se sont révélés mauvais. Il est criblé de dettes...
- Si vous...
- Je ne peux rien faire pour lui, il n'a pas pu remettre l'argent des impôts au trésor royal, il a été mis en faillite et il a déjà de la chance que cela ne soit pas plus grave aux yeux du roi. J'ai pu lui obtenir l'exil, cela ne lui fera pas de mal de s'éloigner de ses créanciers pendant...
- Je suis enceinte ! S'écria Émilie à bout de patience.
Cette phrase eut le mérite de faire son interlocuteur qui finit par balbutier :
- Quoi ?... Quel rapport avec Pierre ? Vous êtes vraiment enceinte ?
- Mais non, répondit Émilie en faisant un geste pour signifier que cela n'avait pas d'importance, il faut que vous appreniez à écouter celui avec qui vous discutez, je suis certaine que cela vous serait profitable (elle eut le droit à un regard méchant de Colbert). Je suis très attristée du départ de Pierre, cela me brise le cœur, j'ignore si je vais m'en remettre. D'ailleurs, en apprenant la nouvelle, je suis restée alitée pendant des jours...
- Ah voilà, la raison pour laquelle vous n'êtes pas venue plaider sa cause tout de suite...
- Mais pourquoi l'envoyer à Marseille ? Si loin de nous tous, nous ne pourrons pas lui rendre visite. Bon certes, je ne suis pas sûre de pouvoir lui rendre visite mais je serais rassurée de le savoir non loin. Ignorez-vous que Marseille est une ville portuaire et que par conséquent, les navires venus des quatre coins du monde y apportent un nombre considérable de maladies horribles et mortelles ?
- Préférez-vous Lyon ? Demanda Colbert en réprimant un soupir, je n'ai pas entendu parler d'épidémies.
Émilie fit la moue mais au bout d'une vingtaine de minutes de débat passionné sur les mérites comparés des diverses villes de France (Paris gagna haut la main), on se mit d'accord sur Dijon, malgré sa réputation de ville aux cent clochers qu’Émilie trouvait déplaisante, cité qui était assez loin pour calmer le roi et assez proche pour que la famille Perrault puisse se voir facilement. Émilie finit donc par se relever pour abandonner Colbert à ses occupations futiles après cette discussion de la plus haute importance. Au moment où elle allait quitter le cabinet, Jean-Baptiste lui lança :
- Et cessez donc d'envoyer des lettres à ces vénérables docteurs, ils vont finir par ne plus s'en remettre.
- Il faut bien faire avancer la science, répondit Émilie avec un grand sourire, cela permet de m'occuper utilement.
Colbert dut avoir une illumination à ce moment-là – sans doute, réfléchissait-il à une manière dont sa belle-sœur pourrait s'occuper sans mettre en émoi toute la Sorbonne – car il baissa son nez sur son papier puis le releva avec une mine réjouie avant d'arrêter Émilie avec de grands gestes :
- Vous voulez être utile à la science ? Regardez donc cette lettre du duc de Sudermanie, oui, un Suédois. La rumeur ou du moins les espions veut qu'il soit membre d'un groupe scientifique un peu secret, vous pourriez...
Colbert n'avait pas fini sa phrase que déjà Émilie lui arrachait la lettre et la dévorait avidement.

---

- Mais... C'est ce que vous a proposé monsieur Colbert ? Le généreux donateur de Saint-Eustache ?
Émilie sentit l'incrédulité dans la voix de son prêtre qui visiblement avait perdu espoir de la guider en quoi que ce soit. Ce garçon était décidément adorable de s'inquiéter ainsi du sort de son frère et la dame de Vendières, se sentant d'humeur généreuse lui aurait bien proposé de rentrer à son service pour lui apprendre un peu la vie. Quel dommage qu'elle fut mourante !
- Oh mais Pierre s'est plu finalement à Dijon, ce qui, entre nous, me désespère de lui, comment peut-on vivre dans un tel endroit loin de tout une fois que l'on a connu Paris ? Enfin, il continue à m'écrire régulièrement, il s'est pris de passion pour l'hydrologie figurez-vous, son traité sur les fontaines a été fort remarqué. Il prépare actuellement un écrit sur les eaux de pluie qui passent dans le sol, n'est-ce pas proprement excitant ?
Le prêtre n'eut pas l'air de le penser car il ne se donna même pas la peine de répondre pour revenir à ce qui le préoccupait réellement depuis le début :
- Mais monsieur Colbert vous a proposé de faire partie d'un groupe de scientifiques ?
- Oh oui, en voilà une histoire amusante, s'anima Émilie qui avait de plus en plus de mal à rester à genoux.
Elle allait enchaîner quand une brusque défiance arrêta sa langue volubile :
- Mais... Vous êtes bien soumis au secret de la confession, n'est-ce pas ?





Dernière édition par Emilie de Vendières le 25.02.13 14:04, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   25.02.13 0:37


UNE MÈRE

DÉVOUÉE

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Octobre 1665
Cercle de l'abbé Bourdelot, Paris

Émilie de Vendières était la seule femme de la petite réunion organisée autour de l'abbé Bourdelot, le médecin du prince de Condé mais il en fallait plus pour la mettre mal à l'aise (même si elle jugeait que ce cercle aurait plus de succès avec quelques jupons de plus). Au contraire, entourée de tous ces esprits savants et de ces érudits, elle était parfaitement dans son élément et discutait avec animation avec Jean Pecquet qu'elle avait aidé à faire sortir de la prison où il avait été jeté après l'arrestation de son ami Fouquet. Celui-ci menait des recherches sur le canal thoracique et tentait de montrer à Émilie que ses récentes découvertes allaient tout révolutionner dans l'étude du corps humain. Depuis qu'elle avait lu le traité de celui-ci sur l’œil, la dame de Vendières avait néanmoins d'autres préoccupations. Si elle considérait toujours l'étude et la recherche comme l'activité la plus noble qui soit, elle songeait désormais à mettre en pratique par le biais de la médecine. Elle était assurée de ne pas manquer de travail si elle offrait ses services aux gueux parisiens mais elle ne pourrait pas mettre ce projet sur pied seule. Outre la volonté de se rendre utile, elle pensait que confronter la théorie à la pratique ne serait que bénéfique pour ses prochains travaux. Les autres scientifiques du groupe n'avaient pas de pensées aussi élevées ce soir-là, si on exceptait la volonté de faire triompher la vérité. D'ailleurs, dans le but de faire progresser le savoir, on avait accueilli au sein du petit groupe un nouveau venu, un jeune garçon venu tout droit d'Avignon qui devait leur présenter ses recherches sur le cerveau. Émilie avait milité pour qu'il leur fasse preuve de ses découvertes sur un véritable organe mais comme l'abbé Bourdelot proposait aussi du café et des petits gâteaux à ses invités, on avait finalement opté pour des coupes.
Alors que tout le monde s'asseyait pour assister à la petite conférence, Émilie rejoignit son ami Christian de Sudermanie et s'installa à ses côtés, sur le siège qu'on lui avait réservé. Elle lança un sourire à celui-ci qui venait à peine de se débarrasser de leur hôte lui-même dont il avait fait la connaissance quand Bourdelot était au service de la reine Christine de Suède et en attendant que le garçon se présentât, ils échangèrent quelques mots. Quand elle avait su qu'il existait une correspondance suivie entre plusieurs grands scientifiques de leur temps entre Suède, Allemagne et Italie, Émilie avait fait des pieds et des mains pour y participer quitte à en supplier Colbert qui s'était demandé dans quoi il s'était engagé ou son propre frère Claude dont les écrits avaient été remarqués à l'étranger. Finalement, elle avait décidé de faire preuve d'audace : elle avait envoyé un long traité sur les flux sanguins puis un compte-rendu de ses recherches sur les manières de rendre les accouchements plus sûrs – ce qui passait pour elle par la formation de sage-femmes et par une manière hygiène – sous un pseudonyme masculin. Son culot avait payé et elle avait été admise dans le cercle mais elle ne s'était pas attendue à ce que le prince suédois soit également à Paris et souhaite la rencontrer (ou plutôt faire la connaissance d'« Émile Perrault »). Là encore, elle ne s'était pas démontée et était allée au rendez-vous le plus naturellement du monde. Elle avait tout de suite compris que Christian allait lui plaire et serait un bon ami quand sa première réaction avait été d'éclater de rire.
- Avez-vous eu la dernière lettre de Markus Schiller ? Lui demanda Christian de Sudermanie, la coupant dans ses pensées.
Pas certain que Markus Schiller et les autres Italiens, qui n'étaient pas encore au courant de l'identité d’Émilie, trouvent que cette petite plaisanterie soit très drôle. Pour le moment en tout cas, Émilie ne craignait rien, Christian la couvrait.
- Oui, il nous met en garde contre les enquêtes de l'Inquisition, répondit-elle en faisant la moue et en murmurant pour ne pas être entendue de leurs voisins, je pense qu'il est un peu paranoïaque, personne n'est au courant du projet Sophia...
Elle allait développer son idée mais fut interrompue par un raclement de gorge qui leur indiqua que la conférence allait bientôt commencer. En soit, le projet Sophia dans lequel elle s'était plongée corps et âme n'avait rien de très controversé, il s'agissait seulement d'enseigner les sciences au plus grand nombre et d'apporter le savoir à tous, même aux plus humbles pour combattre l'obscurantisme et les superstitions. Mais l’Église avait tendance à se méfier de ce genre de chose surtout si cela pouvait rogner sur ses dogmes et son pouvoir. Émilie, en tant que libertine, était en première ligne mais lorsqu'elle vit enfin le jeune Duverney, l'Inquisition, l'archevêque Péréfixe et la possibilité d'avoir des ennuis lui parurent bien lointains. Joseph Duverney n'était clairement pas un de ces jeunes hommes qui avaient grandi en plein air – l'adage populaire disait pourtant « esprit sain dans corps sain » mais il dégageait une aura et un charisme qu’Émilie avaient rarement vus. Il était pâle et ses cheveux blonds qui bouclaient lui donnaient l'air de ces anges que l'on voit dans les chapelles (pour ceux qu’Émilie avait pu observer toutefois, ce qui ne lui offrait pas un panel très large) et surtout ses yeux brillants, sa voix claire et assurée, ses gestes minutieux, tout lui donnait un charme qui conquit Émilie dès ses premières paroles. Elle écouta avec la plus grande attention la suite de l'exposé de Duverney qui alliait à toutes ces qualités une intelligence impressionnante qui lui attira des applaudissements quand il fut parvenu au bout de sa conclusion. La dame de Vendières dut se secouer pour revenir à la réalité et s'aperçut qu'elle avait gardé la bouche entrouverte tout le long du discours et qu'elle n'avait pas quitté le jeune homme des yeux.
- Je vois qu'il vous a plu, se moqua gentiment Christian à ses côtés.
Elle lui jeta un regard noir mais sauta sur ses pieds avant de tirer son ami par le bras pour le forcer à se lever :
- Allons vous présenter, il sera ravi de faire la connaissance d'un duc suédois de si grande réputation.
Il sembla à Émilie que le duc eut un petit rire mais il s'exécuta de bonne grâce et bientôt ils se retrouvèrent auprès de Joseph Duverney déjà bien entouré et félicité de tous. Ce fut l'abbé Bourdelot qui, le premier, distingua Émilie (ou plutôt le très grand Christian, après il était facile de supposer qu'elle était à côté de lui) et ordonna qu'on lui laissa la place. Elle put donc approcher Duverney, le complimenter comme il se devait et elle fut contente de savoir qu'il était aussi charmant de près que de loin.
- Madame de Vendières est la belle-sœur de Jean-Baptiste Colbert, elle soutient le projet de faire ouvrir une Académie des sciences, intervint Jean Pecquet.
Émilie résista à l'envie de lever les yeux au ciel devant ce rappel de sa situation maritale devant ce petit Duverney mais elle vit l'occasion de raconter ses dernières démarches auprès de Colbert qui n'était pas défavorable à l'idée. Quand la conversation arriva enfin à son terme, elle s'extirpa de l'attention générale pour rejoindre Christian qui l'observait faire avec un sourire éclatant et assez satisfait de lui-même :
- Alors... Vous avez réussi à flirter ?
Pour seule réponse, Émilie lui lança un coup de coude et réprima son rire en arborant un air sévère.

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- Notre dernier projet en date c'est de permettre l'ouverture du Jardin du roi au plus grand nombre, expliquait Émilie avec une flamme qui convenait fort peu à une mourante, des cours y seront donnés par de grands spécialistes de chaque discipline, le roi pourrait nommer les scientifiques aux différents postes. Ce qui est certain c'est que Fagon doit être à la botanique...
- Et votre projet de dispensaire ? intervint le prêtre que les détails des nominations ne semblaient pas intéresser, encore un qui ne connaissait pas les noms de ceux qui faisaient la fierté des sciences en France.
Émilie ne s'en vexa pas toutefois car on la lançait sur son cheval de bataille et elle ne résistait pas à l'envie d'exposer tout ce qu'elle et les autres volontaires faisaient pour les quelques personnes qui venaient les voir pour demander d'être soigné de la manière la plus moderne qui soit ce qui n'était pas toujours assuré de résultat mais était toujours plus efficace que les prières des nonnes de l'hôtel-Dieu.
- Cela permet enfin d'avoir un centre de soins qui n'est pas dépendant des religieux, poursuivait-elle sans se rendre compte de la personne à qui elle disait cela... Personne qui aurait été bien en peine d'approuver mais de toute façon, elle ne lui laissa pas le temps de réagir, mais il me faut trouver plus de docteurs qui seraient prêts à travailler gratuitement. J'ai encore beaucoup de dettes et mon temps libre est bien pris depuis que j'ai rencontré monsieur de La Reynie.
- Quel rapport avec le lieutenant général de police ? S'étonna le prêtre.

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Février 1666
Hôtel particulier des Vendières, au cœur de Paris

- Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles ? C'est pour mieux écouter mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ? C'est pour mieux te voir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents...
En entendant la voix de Charles, qui alternait entre les aigus et les graves pour jouer les deux rôles de son histoire et qui s'était interrompue pour laisser un peu de suspens, Émilie s'arrêta quelques secondes devant la porte de la chambre de ses enfants et ébaucha un sourire... Qui disparut bien vite quand elle entendit la suite du conte :
-... C'est pour mieux te manger, mon enfant. Et en disant ces mots, ce méchant loup se jeta sur le Petit chaperon rouge et la dévora.
Aurore et Achille parurent ravis de la fin terrible de cette pauvre jeune fille dévorée par un loup et réclamèrent une autre histoire à leur oncle qui résista à leurs demandes pour les mettre au lit avant de ressortir sur la pointe des pieds et de fermer la porte derrière lui en s'efforçant d'être discret. Il sursauta violemment en faisant face à sa petite sœur qui l'observait en fronçant les sourcils :
- Ah te voilà Émilie, j'allais dire bonsoir à tes enfants avant de te quitter, chuchota-t-il en mettant la main sur son cœur pour en calmer les battements.
- Je te serais gré de ne pas tenter de leur raconter tes histoires morbides, Achille a déjà fait des cauchemars à cause de la Barbe bleue et Aurore a longtemps été persuadée que j'allais l'abandonner en forêt comme le Petit Poucet. A se demander pourquoi ils continuent à en réclamer.
- Oh tu ne t'en souviens pas mais mère nous les racontait quand nous étions petits. Cela ne nous a pas trop mal réussi ! Promis, ton petit dernier y aura le droit lui aussi, ajouta-t-il en posant la paume sur le ventre déjà bien arrondi de sa sœur, fruit d'un passage de Nicolas dans la capitale quatre mois auparavant.
Sans attendre de réponse d'une Émilie perplexe, il l'embrassa sur le front et argua de commencer tôt son travail auprès de Colbert le lendemain pour filer à toute vitesse. La dame de Vendières redescendit les escaliers en veillant à ne pas faire trop de bruit pour ne pas réveiller Aurore ou Achille dans leurs cauchemars, se demandant où l'abbé Sacriste, l'homme qu'elle avait engagé à son service pour lui faire la lecture et lui servir de secrétaire pendant sa grossesse, pouvait bien se trouver. Elle avait envoyé l'abbé Malingre le tout nouveau venu de Dijon sur les conseils de son frère Pierre et qu'elle comptait bien refiler à l'une de ses amies (et par là lancer la mode des abbés de compagnie) à sa recherche mais ce dernier était un incapable notoire. Elle parvenait en bas de l'escalier sans avoir fait craquer un linteau de bois quand un hurlement strident retentit dans toute la maisonnée. En quelques secondes, tous les serviteurs étaient sur le pied de guerre, certains armés d'une poêle et avaient fondus sur elle pour savoir si elle allait bien. Mais le hurlement ne venait pas de sa bouche. Elle envoya la gouvernante s'occuper des enfants qui avaient passé la tête par la porte de la chambre pour tenter de les rendormir avec des histoires d'horreur et grimpa quatre à quatre les marches pour se rendre à l'endroit d'où avait semblé venir le cri, suivie par ses domestiques. Et quand elle entra dans le cabinet de travail, il lui sembla que Charles lui avait joué une mauvaise plaisanterie. Baptiste Malingre, tout tremblant et incapable de parler, pointait du doigt l'abbé Sacriste, allongé sur le sol. Certes, c'était étrange de vouloir faire un somme dans le bureau mais ce n'était pas cela qui avait tant bouleversé Malingre. Car les yeux grands ouverts et fixes de Sacriste indiquaient qu'il ne voyait plus grand chose. Bien pire, sa poitrine était ouverte dans une large blessure béante d'où s'écoulait du sang. Tout le monde se mit à gémir autour d’Émilie mais elle garda son calme et réfléchit pour parer au plus pressé :
- Bien, surtout que personne ne prévienne la police, commença-t-elle, je pense qu'il faut qu'on déplace le corps, c'est vraiment suspect d'avoir un cadavre sous son toit. Peut-être pourrait-on le faire passer par la fenêtre ? Le jardin c'est mieux que le cabinet de travail ?
- Madame, je crois que Gaspard est déjà parti prévenir le guet, intervint timidement une fille de cuisine.
Bon les priorités venaient de changer :
- Vous redescendez les retenir le plus longtemps possible, vous autres aidez-moi à rassembler tous les papiers qui sont dans ce cabinet, nous allons les ranger dans un endroit où personne ne les verra. Il y a des choses que la police n'a pas besoin de savoir.
Joignant le geste à la parole, elle avisa Malingre qui était toujours pétrifié :
- Et bien, mon bon abbé, mettez un peu la main à la pâte, si je suis envoyée au couvent pour avoir été convaincue de meurtre, croyez bien que vous allez faire un aller direct pour Dijon et sans espoir de retour.
Ils eurent à peine le temps de déplacer la correspondance d’Émilie et tout ce qui concernait Sophia notamment que déjà la police du Châtelet pénétrait dans les lieux. Il fallait croire qu'elle était plus efficace quand on portait le nom de Colbert. Émilie tomba sur un commissaire fort peu aimable qui semblait la considérer comme une suspecte idéale et l'interrogea pendant de longues minutes :
- Où étiez-vous dans la soirée ?
- Vous avez tort de poser cette question, répliqua Émilie d'un ton songeur, si l'on observe bien la raideur cadavérique de ce pauvre Sacriste, il a du être assassiné il y a déjà plusieurs heures, dans l'après-midi. Regardez le sang est déjà bien sec sur ses vêtements.
- Vous ne vous êtes pas aperçue de sa disparition ?
- Si justement, mon petit Malingre était parti à sa recherche.
- On m'a rapporté que vous aviez menacé Jean Sacriste de mort il y a quelques jours...
- Oh non, je lui disais juste que j'allais finir par l'étrangler s'il continuait à essayer de me détourner de mes activités...
- Vos activités ?
- Non rien d'essentiel, répondit précipitamment Émilie, ne me dites pas que cela ne vous arrive jamais, de menacer l'un de vos subordonnés dans un moment d'exaspération !
- Le coup porté est d'une grande précision, vous savez manier le scalpel, n'est-ce pas ?
- Sans nul doute mais pas le poignard, or vu la blessure, il s'agissait d'un poignard.
Émilie, lassée de cette conversation de sourds (décidément les policiers n'étaient pas des gens bien charmants) allait prétendre qu'elle était lasse et qu'il était vain de poser tant de question à une femme enceinte, qu'elle avait besoin de s'aliter quand un nouvel arrivant fit son entrée dans la pièce et fut salué respectueusement de tous. Il s'approcha immédiatement d'elle et écarta l'impudent qui avait osé la soupçonner pour s'adresser à la dame de Vendières avec la plus grande politesse :
- Bonsoir, madame, navré pour le dérangement, je suis Gabriel de La Reynie, je vous promets de tout mettre en œuvre pour trouver le coupable au plus vite.
Tout en lui respirait la fermeté et la dureté. Il devait bien en avoir besoin en tant que chef du Châtelet mais cela permettait aussi de placer sa confiance en lui en sachant qu'il en ferait bon usage. Émilie d'instinct appréciait déjà ce travailleur acharné et savait qu'il ne prononçait pas des paroles à la légère. Toutefois, ce bon Sacriste était mort dans sa maison et alors qu'il était sous sa protection, elle n'avait pas l'intention de laisser l'enquête aux seules mains de la police. Aussi ce ne fut pas non plus des paroles prononcées à la légère lorsqu'elle répondit avec un sourire :
- Je suis persuadée que nous allons vite le trouver. Je peux vous apporter toute l'aide dont vous pourriez avoir besoin.

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- Il y a un meurtre dans votre demeure ? D'un homme de Dieu ? L'assassin a-t-il été retrouvé ? S'affola le prêtre derrière sa grille de confessionnal, comme si le meurtrier en question allait apparaître devant lui pour le transpercer de son couteau, extrémité à laquelle Émilie n'était jamais parvenue, heureusement pour lui.
- Oui, une sombre histoire d'amour impossible, d'héritage dérobé et d'identité usurpée, répondit la dame de Vendières avec un geste de la main pour signifier que cela avait peu d'importance.
Ce qui était véritablement important ce n'était pas la mort de ce Sacriste qui était aussi incapable que Malingre mais sa rencontre avec Gabriel de La Reynie. Depuis, Émilie s'était trouvée une toute nouvelle occupation, celle de donner des coups de pouce à la police quand cela lui était possible. Son expérience d'anatomiste lui donnait déjà un avantage considérable quand il fallait examiner des corps et elle était toujours enthousiaste pour partir à l'aventure et pour qu'on la détourne de l'ennui qu'était sa vie. Pas sûr que La Reynie bénisse le jour où on lui avait demandé d'aller enquêter sur le meurtre de l'hôtel de Vendières en revanche, Émilie avait une propension à être envahissante quand elle le voulait. Mais au moins, elle avait une véritable qualité : celle de savoir reconnaître les hommes qui pourraient lui être importants et l'aider à se sortir de sa monotonie.

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Juillet 1666
Hôtel particulier des Vendières, au cœur de Paris

- Elle me regardait avec un air tellement méprisant, si vous aviez vu ! Répétait Émilie d'un air particulièrement réjoui.
L'abbé Malingre qui avait assisté à toute la scène hocha la tête tout en continuant à grignoter les biscuits qu'il avait récupérés en cuisine comme il en avait l'habitude sans que l'on sache vraiment comment il réussissait à amadouer la redoutable cuisinière, Émilie le soupçonnait de voler dans les réserves. Mais pour le moment, elle ne lui demandait qu'une attention relative et une approbation ce qu'il lui accordait sans rechigner. Ce bon garçon était resté à son service (avait-il eu le choix ?) après les événements du début d'année ce qui permettait à Émilie de continuer à se servir de lui comme abbé de compagnie chargé de la seconder dans tout ce qu'elle pouvait entreprendre. Il avait la fâcheuse tendance à se mettre dans les ennuis jusqu'au cou mais au moins, il remplissait sa tâche de victime, infirmière, secrétaire et homme à tout faire avec la plus parfaite régularité à condition qu'il fut nourri soigneusement, pour cela Émilie le laissait piocher en cuisine. Malgré sa condition d'abbé – mais tout le monde était abbé de nos jours –, il suivait fidèlement sa maîtresse dans tout ce qu'elle entreprenait ce qui allait de ses dissections parfois non autorisées (même s'il choisissait ne pas regarder), son activité au dispensaire qu'elle avait créé (même si se mêler aux gueux malades et blessés lui était insurmontable) et même sa participation aux cercles libertins (même s'il essayait de lui montrer que c'était mal). En l'occurrence, il tenait la plume pour rédiger non une lettre charmante à destination de Nicolas, perdu au fin fond du Limousin à la recherche de temples protestants non autorisés, ce qu'il aurait mille fois préféré, ou même un traité scientifique auquel il avait la fâcheuse tendance à n'y rien comprendre mais les mémoires de la dame de Vendières. En pensant à ce qu'il avait écrit de sa main et qui avait déjà été diffusé par le biais de lecture dans des salons (la rumeur ayant amplifié la chose), le bon abbé Malingre ne pouvait s'empêcher de frissonner. C'était la nouvelle lubie d’Émilie qui fréquentait désormais régulièrement la cour, celle d'écrire ses mémoires. Au début, elle avait présenté le projet sous la forme de souvenirs compilés pour ses enfants qui allaient forcément être intéressés par la vie de leur mère quand ils seraient plus grands, il n'était pas permis d'en douter. Baptiste Malingre avait acquiescé en songeant que c'était tout de même moins dangereux que de courir derrière des criminels dans les rues de Paris à la demande (ou généralement sans la demande) de La Reynie. Émilie était de toute façon tellement énorme – à croire que ce bébé ne viendrait jamais au monde – qu'il fallait bien trouver des occupations qui n'impliquaient pas de courir. Du moins, le pensait-il quand il avait commencé à rédiger le volume sous la dictée de la dame de Vendières. Après coup, il se disait qu'après avoir vexé tout le monde, la course pour fuir au plus vite Versailles et Paris était une hypothèse envisageable.
- Elle est passée devant moi en lâchant « Versailles est tombé bien bas si même la vermine y est admise avec les honneurs maintenant ». Que croit-elle du haut de ses vingt ans ? C'est qu'elle n'a que vingt ans et elle se permet de mépriser une femme d'âge vénérable comme moi !
Pour le moment, Émilie cherchait de l'inspiration pour écrire un nouveau portrait au vitriol dont elle venait de se faire la spécialité. Son regard sur la cour et les courtisans n'avait rien de très complaisant, au contraire et d'après ses propres dires, c'était son esprit scientifique qui lui permettait de dénoncer les petits travers de ses contemporains avec autant de vérité selon elle, de méchanceté gratuite selon le bon abbé. Il se disait que les princes et les grandes dames n'avaient sans doute guère apprécié l'attention. Et la nouvelle victime du jour ne serait probablement guère plus flattée.
- Savez-vous ce que j'ai répondu ? « Je suis heureuse de voir que vous me comprenez, je me suis toujours aussi lamentée de vous y voir admise ». Mais elle n'est pas le genre de femme à être mouchée aussi facilement, qu'a-t-elle dit déjà ?
- Quelque chose comme « comment osez-vous ? », suggéra l'abbé Malingre, la bouche pleine (car après tout, il ne fallait pas se laisser abattre).
- Ah oui voilà et je lui ai dit : « je suis d'ailleurs surprise qu'une grande dame comme vous s'abaisse à adresser la parole à de la vermine comme moi ». Il est grand temps de lui régler son compte à cette Gabrielle de Longueville, j'ai hâte de voir sa tête quand ce sera publié, j'irai à Versailles rien que pour cela, qu'en pensez-vous, Malingre ?
Pas grand chose de bon, probablement mais il n'eut pas le temps de prononcer un mot qu'une servante tapota à la porte pour annoncer de la visite. Émilie allait lui demander de repasser car elle était dans une phase cruciale de son processus créatif mais le visiteur impromptu eut l'impolitesse de ne pas attendre une réponse pour ouvrir le battant et se glisser dans le cabinet de travail de la dame de Vendières, cabinet de travail qui ressemblait fort à un salon avec ses sofas et son grand clavecin dans l'angle mais Émilie ne voyait pas l'intérêt de s'enfermer dans un bureau pour réfléchir.
- Bonjour madame ! Vous me voyez navré de vous déranger mais des affaires urgentes m'appelaient ici.
Émilie aurait pu proposer beaucoup d'hypothèses pour deviner qui allait la déranger mais jamais elle n'aurait pensé à ce résultat-là. Elle connaissait évidemment, même si uniquement de nom, cet espèce de lutin à la mine continuellement réjouie qui rôdait dans les couloirs de Versailles à la recherche d'un bon mot ou d'une manière de faire le rire le roi, là était l'office d'un bouffon après tout mais jamais elle n'aurait imaginé voir Ferdinand d'Anglerays dans son salon. Alors qu'il s'approchait pour jeter un œil aux papiers qu'elle ne pensa pas à dissimuler, elle se laissa aller contre le dossier de son fauteuil et offrit un large sourire à son invité :
- Et bien ? Quelles sont donc ces affaires urgentes qui ont même atteint les oreilles du fou du roi ? Me voilà bien curieuse !
Sans attendre d'invitation, comme s'il était chez lui, Ferdinand s'assit en face d'elle et parut s'efforcer de prendre un ton sérieux :
- Figurez-vous que depuis quelques mois, j'ai de la concurrence déloyale, ce que je ne peux accepter. Une autre personne qui écrit sous un pseudonyme quelques portraits satiriques qui font grincer des dents. Je pense que vous allez pouvoir m'aider à l'arrêter.
L'abbé Malingre se demanda s'il était temps de fuir à toutes jambes mais à sa grande stupéfaction, Émilie de Vendières resta très calme et souriante. Cette dernière, sans chercher à nier, pointa son index sur son abbé de compagnie avant de mentir sans vergogne mais de manière peu crédible :
- Ce n'est pas moi, c'est mon bon petit abbé Malingre. Vous n'avez qu'à vérifier l'écriture des manuscrits, vous reconnaîtrez la sienne.
Lequel en sursauta d'indignation et faillit s'étouffer avec les miettes de ses biscuits avant de s'exclamer :
- C'est faux ! Madame voyons, vous savez que ce n'est pas moi. Je suis incapable d'écrire toutes ces choses sur ces grandes personnes.
- Vraiment ? Répliqua Émilie, voyez donc la Bastille comme une chance, mon cher petit, il me semblait que vous autres les catholiques vous aimiez bien les martyres, c'est l'occasion ou jamais. Vous n'allez pas laisser une pauvre femme enceinte comme moi y aller à votre place ? Quel genre d'abbé êtes-vous ?
Rouge on ne savait si c'était de honte ou de colère, Malingre bafouilla quelques mots incompréhensibles alors que sa maîtresse, d'un air toujours aussi badin, détournait le regard pour le reporter sur Ferdinand d'Anglerays qui paraissait tout à son aise devant la scène :
- Peut-être personne n'aurait-il besoin d'aller à la Bastille, nous pouvons nous arranger, lâcha le fou du roi.
Émilie le gratifia d'un large sourire et se redressa, non sans difficulté à cause de son ventre énorme :
- En voilà une excellente idée, permettez moi de vous offrir un verre d'alcool de prune, c'est délicieux. Mon petit Malingre, vous en prendrez vous aussi, il vous faut vous remettre de vos émotions.

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- Bon... Je crois que je vous ai tout raconté, glissa Émilie au terme de cette dernière anecdote.
C'était loin d'être vrai, elle avait évité de nombreux sujets de conversation comme la tenue des cercles libertins, les cachotteries qu'elle faisait à droite et à gauche ou encore les jeux où l'on misait des sommes folles et qui ne participeraient pas non plus à la sauvegarde de son âme selon les catholiques. Mais au vu des réactions ou plutôt de l'absence de réaction du pauvre prêtre, la dame de Vendières jugea que c'était assez pour la journée. Se souvenant soudain qu'elle était sensée mourir avant la fin du jour et que ce n'était quand même pas très élégant de rendre son dernier souffle dans un endroit aussi lugubre que le confessionnal, elle se redressa sans attendre de remarque de son confesseur improvisé.
- Merci de m'avoir écoutée, mon brave petit, je vais vous rendre à vos paroissiennes, j'ai cru comprendre qu'elles avaient beaucoup de choses à se faire pardonner. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir la vie de vertu qu'est la mienne, entièrement consacrée à la recherche de la vérité.
- Non c'est certain, répondit le prêtre d'une voix blanche, vous ne voulez pas l'absolution ? Je peux vous donner des...
- Oh ne vous donnez pas cette peine, je verrai les choses directement avec le Tout-Puissant au moment opportun. A quoi bon passer notre vie sur cette terre à préparer un futur hypothétique ?
Après cette parole bien blasphématoire, Émilie sortit du confessionnal, tout endolorie à cause de sa position et se rendit compte avec horreur que sa robe de la dernière mode avait été salie. Dehors, patientaient encore les mêmes matrones qui la regardèrent sévèrement. Elle avait dû largement dépasser le temps qui lui était imparti.
- Ah, vous êtes encore là ? Demanda-t-elle d'un ton léger, attendez quelques instants avant de prendre la suite, je crois que notre bon prêtre doit se remettre de ses émotions avant tout.
Et d'un pas décidé, elle sortit de l'église pour retrouver son abbé Malingre et son cher hôtel. Lequel abbé Malingre en la voyant si alerte comprit bien que son heure n'était pas encore venue.

Depuis cette confession mémorable, Émilie de Vendières crut être sur le point de mourir encore à trois reprises (dont une par foudroiement divin imminent mais force fut de constater que le Dieu des catholiques, s'il existait, avait d'autres préoccupations) mais ne remit plus les pieds dans une église.
Le prêtre, lui, se découvrit une nouvelle vocation et quitta son office afin de s'embarquer pour la Nouvelle France. La rumeur voulut qu'il était parti avec un pagne et une Bible dans le but d'évangéliser les Indiens d'Amérique.


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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 0:07

Fiche terminée **

J'ai donc le plaisir de vous présenter mon Emilie, j'espère qu'elle vous plaira, j'ai en tout cas hâte de vous rejoindre avec elle I love you
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Il a été brisé, piétiné et maintenant celui qui était à mes côtés est devenu mon ennemi. Quelle cruelle destinée !
Côté Lit: Le lit de mon palais est si confortable et accueillant !
Discours royal:



ADMIN TRAVESTIE
Monsieur fait très Madame

Âge : 27 ans
Titre : Prince de France, Monsieur le frère du Roi, Duc d'Orléans, de Chartres, d'Anjou, seigneur de Montargis
Missives : 10014
Date d'inscription : 03/01/2007


MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 0:32


Tu es validée !

Bienvenue à

Versailles !


Je ne pouvais pas aller me coucher sans te valider I love you (t'as du bol que je regarde mes séries tard PTDR ) C'était mon devoir car ta fiche est vraiment trop bien I love you

En effet, ton Émilie est tout bonnement hors norme et tellement rocambolesque, j'ai dévoré ta fiche au fur et à mesure !

Je dois te dire bravo quand même, tu as pas trop long, tu n'es plus au stade des romans mais de la nouvelle, je te félicite ! Et pourtant malgré tout, que d'histoires ! On en vient même à avoir de la sympathie pour un Colbert ... mais le principal ! Merci du rose d'ailleurs, c'était essentiel pour une bonne validation Green Tout comme certaines privates jokes qui m'ont fait ricaner Green

Je suis certaine que tu vas bien t'amuser avec ce personnage, les quelques liens de ta fiche sont déjà prometteurs mais je ne doute pas que beaucoup de monde auront une envie d'avoir des liens **

Tu connais la maison à force, rebienvenue cheers

Une fois la validation passée, il faut recenser ton avatar, puis créer ta fiche de liens et consulter celle des autres, remplir le point info et le consulter pour savoir qui fait quoi.
A partir de 50 messages, vous pourrez un rang personnalisé.
Viens faire un tour sur
le flood et n'oublie pas de mettre tes liens de présentation, fiche de liens et point info dans ton profil Clin d'Oeil




______________________

Joyeux Anniversaire mon Prince <3


OH YEAH:
 


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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 0:37

EEEEEEEEEEEEEMIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIILIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIE ** ** ** ** ** ** **

Bon je crois que je groupise assez sur msn pour t'épargner ce supplice ici PTDR Je suis fan fan fan de cette fiche, de ce perso', Christian est plus que ravi d'avoir sa collaboratice, et Ferdi' sa tête folle qui le suit partout ** ** PTDR Et moi j'ai hâte de rp avec toi Green Regarde comme il est content l'autre fou :



Sur ce, à très vite en rp Green PTDR

(non, la présence de ce gif n'ets pas uniquement dû à la volonté de la joueuse qui vient de baver devant Fright Night PTDR)
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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 0:42

Han, Emilie ** I love you

Je te l'ai déjà dit, ta fiche est absolument géniale ! PTDR Je suis archi-fan de ce nouveau perso, et nous savons tous que tu vas t'éclater avec Green
Les deux Froulay en moi sont contents Green J'ai hâte de rp avec cette Emilie I love you

Re-re-re-re-bienvenue à toi **
Et merci encore pour le pagne, la Bible, toussa toussa... PTDR PTDR
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Côté Coeur: Son travail est son seul amour...et éventuellement son fils!
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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 0:45

Emilie! Bravooooo!

Bon je t'ai dit ce que je pensais de ton perso et de ta fiche sur msn (que du bien Very Happy ) donc je ne vais pas faire redondant mais qu'est-ce que Gab est content aussi d'avoir sa pote! cheers

Vivement qu'on puisse suivre les aventures d'Emilie sur le fofo!

______________________

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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 0:58

Tout d'abord, merci à tous pour vos compliments, ça me fait vraiment vraiment plaisir ** . Et pour avoir été aussi prompts à me souhaiter la bienvenue aussi, on voit les geeks fous vrais amis Green .


Steph : Toi, te coucher tard What a Face ? (tu n'as pas fait plus fort que pour mon dernier personnage masculin) PTDR . Non sérieusement, merci beaucoup pour cette validation éclair, je suis ravie de ton avis sur mon Emilie ** . Et pour le rose, voyons, c'était normal Cool (j'ai eu peur de me faire lyncher).
Au passage, j'ai découvert le secret pour faire une fiche "courte" (stade nouvelle quoi) : ne pas trop comploter avant et donc ne pas avoir beaucoup de liens à y inscrire PTDR

Cha : Merci pour ce bienvenue en gif (même si... PTDR ). Et j'ai hâte de pouvoir exploiter nos liens ** . Et merci également pour avoir été là depuis le début ** .

Marie : Le pagne et la Biblie.. J'étais obligée PTDR . En tout cas, on doit sérieusement parler de nos liens maintenant Twisted Evil .

Laeti : Je suis sûre que nous aurons plein d'aventures tous les deux, le duo va détonner PTDR
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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 10:33

Han **

Je kiffe, je surkiffe What a Face

Emilie est juste un tourbillon, ce personnage est haut en couleur et juste génial, je valide à fond Green

Je crois qu'on va bientôt pouvoir comploter entre "illuminati" What a Face

(et Malingre....merci. L'abbé de compagnie, c'est magique. PTDR PTDR )

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"Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables,
et tout le plaisir de l'amour est dans le changement."


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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 15:23

Hey bonjour toi ! Comme je te l'avais dit, j'étais scotchée à ta fiche depuis la première lettre et j'attendais comme le Messie de lire la seconde partie. **

Je suis officiellement fan de ton personnage et tu n'auras pas d'autres choix que d'avoir minimum un lien avec un de mes moi ! ** I love you Razz

Bravo pour cette Emilie très haute en couleurs que tu nous as faite, amuse toi bien avec elle et rebienvenue parmi nous ! cheers

Au plaisir de la croiser un de ces 4 dans les couloirs de Versailles ! sunny
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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 16:05

Oh j'ai la validation des trois admins Green

Merci beaucoup à toutes les deux de cette accueil cheers . Je suis ravie que ce nouveau personnage vous plaise I love you . Moi qui voulait un perso féminin "normal"... Je crois qu'elle est finalement la plus barrée des trois PTDR .
Et j'exige des liens moi aussi ** (du complooot Pervers )
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Côté Coeur: Il bat bien, merci.
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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 16:21

Quel personnage **
Tu as crée un personnage vraiment formidable, pas normal du tout mais tellement génial Very Happy (même si je ne sais pas qui tu es PTDR ... ah si j'avais pas lu PTDR )

______________________


Et c'est curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée... Parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l'interlocuteur en face je dirais, le miroir qui vous aide à avancer.


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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 16:37

Bienvenue !! Green

J'ai hâte de lire ta fiche et de jouer avec toi !
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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   26.02.13 17:01

Merci beaucoup Noémie ** . Oui, je n'ai pas fait durer le suspens, finalement Razz . J'ai eu des idées de liens avec tes filles pendant la rédaction de ma fiche, il faudra que je vienne te voir What a Face .

Tiens Grégoire ici, bizarre What a Face Pervers PTDR . Moi aussi, j'ai hâte de faire ce rp ** PTDR
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MessageSujet: Re: Emilie de Vendières ◘ Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion et une main de femme   

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