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 Et une contre-soirée, une !

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Je l'ai fermé par sa faute. Seul lui pourrait le rouvrir un jour ...
Côté Lit: Je ne suis pas de celles qui se couchent pour un sourire. A peine pour un diamant, mais souvent pour la passion.
Discours royal:



♈ LA BELLA FARNESE ♈
Più bella cosa non c'è

Âge : 24 ans
Titre : Princesse Farnèse, Princesse Chimay par mariage
Missives : 1402
Date d'inscription : 03/09/2011


MessageSujet: Et une contre-soirée, une !    16.01.13 1:23


« J'ai passé une excellente soirée... mais ça n'était pas celle-ci. »

Dans l'épisode précédent …
Le Nouvel An fut un fiasco total ! Sofia avait décidé de se venger de Francesco une fois pour toute et avait employé les grands moyens : le poison. Quelle belle invention que ces bijoux aux apparences délicieuses qui pouvaient contenir de la poudre mortelle. La princesse fut si fière de l'acquisition de cette bague appartenant à la famille Médicis. Elle était finement ciselé et la pierre n'était qu'un leurre puisqu'il s'ouvrait pour contenir le fameux poison. Poison qu'elle avait discrètement versé dans le verre de Francesco di Venezia pour lui faire vivre ses dernières heures. Raté, il avait découvert la supercherie, sans trop savoir comment, et se baladait toujours vivant dans la nature, quel affront pour l'humanité ! A partir de ce moment là, la soirée avait perdu de sa saveur. Seule la duchesse de Longueville avait su la faire sourire quelques instants, les deux jeunes femmes avaient scellé une alliance sur le dos de Contarini. Mais après, l'ambiance était bien morne de le petit groupe qui s'était formé, composé d'Helle et Ulrich de Sola, Jean Racine, la petite Eris qui était là par obligation et donc Sofia Farnèse.

Il était convivial de s'entasser dans un carrosse, bien qu'aucun d'entre eux n'était bien gros, mis à part la forte musculature d'Ulrich. Clairement, il n'aurait pas fallu être six ! Les deux amies semblaient les plus joyeuses du véhicule à vouloir s'amuser là où elles habitaient. L'hôtel se situait assez peu loin du château, il ne fallut donc que quelques minutes pour arriver devant un magnifique hôtel particulier. D'extérieur, il était relativement simple mais tout l'intérêt était de passer les portes pour trouver une cour en ovale avec des colonnes tout autour, dans un magnifique style italien. Tout le monde descendit et suivit la maîtresse de maison, la seule en ces lieux puisque son frère Alessandro était resté à la fête ! Ils pourraient donc s'amuser davantage. L'hôtel était richement décoré, on sentait la richesse et le goût des propriétaires … ainsi que leur absence de sobriété. Les plafonds moulés, les beaux tableaux, les belles tapisseries, les meubles de bois précieux, les Médicis-Farnèse vivaient bien dirons nous ! Les domestiques de Sofia ne s'attendaient pas à voir rentrer leur maîtresse aussi tôt, ni avec du monde. Sofia, la plupart du temps pas aimable avec ses servantes, fut plus dans le ton méprisant que de chien enragé.

« Hé bien, que regardez vous de la sorte, les bras ballants ? Nous avons des invités, allez chercher de quoi nous désaltérer et manger. Et où est Juan ? Qu'il vienne ! Elle se tourna vers ses invités avec un large sourire. Juan est un valet de mon frère qu'il a emmené d'Espagne avec lui. Il joue de la guitare à l'espagnol, c'est enivrant. A ce qu'il paraît, le roi joue aussi de cet instrument de la sorte ! »

Elle était toute heureuse d'emmener ses convives dans un magnifique salon bleu avec de grands canapés, des tableaux de maîtres italiens. Un super clavecin trônait dans l'angle. Vraiment, l'endroit y était agréable et tout à fait disposé à leur contre-soirée qui était né spontanément ! Les servantes arrivèrent en cortège avec du vin italien et du champagne, ainsi que quelques délices frais, dont une magnifique panettone. Sofia raffolait de cette brioche fourrée aux raisins, typiquement italienne venant de Milan. Elle ne savait pas si c'était bien connu en France mais son cuisinier savait divinement bien les faire. Alors que les servantes mirent d'autres petits plaisirs, Sofia les congédia d'un geste et elles s'en allèrent en levant les yeux. Non, elles n'aimaient pas beaucoup leur maîtresse, qui le leur rendait bien ! Le musicien s'assit dans un coin et commença à gratter les premières notes. La jeune femme leva les bras et déclara avec un grand sourire :

« Que notre contre-soirée commence ! »

Ici, pas de Contarini, pas de contrariétés, pas de cadeaux inutiles … non rien que des amis et un bon moment à passer alors que Sofia elle-même servit ses convives en champagne ou en vin, avant de se saisir d'une coupe de vin.

« Il est quand même plus agréable d'être loin de cette foule affreuse qui ne sait pas se tenir. Que 1667 soit une année riche en rebondissements ! »

Les verres tintèrent entre eux, tous semblaient de bonne humeur, à commencer par Sofia qui s'amusait enfin et avait retrouvé le sourire. Elle appréciait tout le monde autour de cette table basse : Helle était sa grande amie avec qui elle partageait tant, Racine était un autre frère, Eris était sa petite protégée et Ulrich … Hum, il n'était pas nécessaire d'en parler, ni de le mentionner. D'ailleurs, après avoir posé ses yeux sur lui un court instant, elle tourna la tête pour boire une gorgée de son vin. En cette maison, la nourriture était souvent typiquement italienne et surtout les desserts qui étaient souvent inconnus de beaucoup de monde, mais si sucrés et si bon.

« Je m'excuse, je n'ai pas de grands desserts mais c'est l'occasion de goûter des délices italiens qui sont sans pareils. Cela fait déjà un premier rebondissement ! » s'amusa l'italienne.

Non vraiment, la contre-soirée commençait à merveille entre les cinq présents, au rythme de la guitare jouée à l'espagnole. Pourvu que ça dure …


______________________

PRINCESSE VENALE ✽
“Dans les contes pour enfants, les princesses donnent des baisers aux crapaud. Dans la vie réelle, les princesses embrassent les princes et ceux-ci se transforment en crapauds.”


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MessageSujet: Re: Et une contre-soirée, une !    19.01.13 18:09

Quelle folle équipée ! En moins de temps qu'il n'avait fallu à Sofia pour le proposer, cinq invités de la fête du Nouvel An du roi fuyaient la Galerie des Glaces pour aller terminer la soirée dans une atmosphère bien plus propice aux réjouissances qu'un château bondé, peuplé d'indésirables en tout genre – l'inventeur des ombres chinoises, Molière et Contarini en tête pour Racine. Un observateur extérieur aurait néanmoins pu s'étonner de voir cinq personnages aussi différents s'entasser dans un carrosse aux armes des Farnèse (après avoir réveillé le cocher qui, selon Racine qui en avait l'expérience, ronflait comme un homme soûl) et au milieu de quelques éclats de rire : une princesse italienne à qui appartenant le véhicule, un espèce de géant des steppes accompagné d'une minuscule jeune femme blonde, une jeune comédienne de l'hôtel de Bourgogne habillée assez simplement et un dramaturge qui serrait toujours contre lui le cadeau offert par Sa Majesté mais personne n'était assez fou pour se trouver là alors que l'attraction de la soirée – sous la forme de quelques imbéciles ayant trop bu et ayant décidé d'aller faire du patin sur le grand canal au beau milieu de la nuit, à croire qu'ils étaient habitués des bains de minuit – allait bientôt éclater dans un beau et grand scandale comme Versailles les aimait. Racine ne se retourna même pas sur le château illuminé et s'il boudait toujours comme l'indiquaient ses lèvres pincées, il n'était pas fâché d'avoir été invité par la princesse de Parme et de pouvoir tenir le bras de sa petite protégée, Éris. Cette dernière avait encore fait des siennes (il ignorait même à quel point... Même si faire des siennes pour « avoir sauvé la vie d'un homme » n'était peut-être pas l'expression la plus indiquée) mais Racine était toujours prêt à fermer les yeux pour elle combien même il avait été blessé et furieux. Et bientôt, le château illuminé et tremblant à la mesure de la musique et de ses danseurs disparut à leurs yeux. Adieu les pouilleux, enfin on allait pouvoir s'amuser !

Ce n'était pas la première fois que Racine pénétrait en ces lieux – en réalité seule Éris découvrait vraiment l'endroit mais il n'était peut-être pas bon de le crier sur tous les toits – aussi suivit-il sans l'ombre d'une hésitation Sofia di Parma lorsqu'elle les mena vers l'un des salons où ils pourraient passer les premières heures de 1667. Le dramaturge n'avait peut-être pas l'habitude de vivre dans un tel palais aux colonnades italiennes d'un goût évidemment très sobre et simple, symboles de la modestie des propriétaires, mais il était à l'aise partout et surtout chez les riches. La faute à une jeunesse passée à amuser princes et ducs comme poète mondain. Il eut néanmoins la désagréable impression de réécouter les premières paroles que lui avait adressées Sofia quand elle secoua ses serviteurs à l'époque où Helle de Sola l'invitait à lui rendre visite chez son amie où elle logeait. Mais si leurs relations s'étaient améliorées – Racine considérait même Sofia comme une amie voire une petite sœur –, force était de constater que la jeune femme ne changeait pas.

- Juan est un valet de mon frère qu'il a emmené d'Espagne avec lui. Il joue de la guitare à l'espagnol, c'est enivrant. A ce qu'il paraît, le roi joue aussi de cet instrument de la sorte !
- Je l'ignorais
, marmonna Racine en se laissant tomber sur l'un des grands canapés dans le salon bleu comme si tout le poids du monde était sur ses épaules, mais avec un peu de chance, le roi nous en fera profiter lors des feux de camp durant la prochaine guerre, voilà qui pourrait mettre un peu d'animation...

Même s'il aurait quelques difficultés à tourner ça de manière héroïque dans son histoire. En tout cas, il était plaisant de voir à quel point Sofia était heureuse d'accueillir ses amis et de leur offrir du vin italien – même si Racine se rabattit sur le champagne, une valeur sûre – et des brioches milanaises. La contre-soirée venait de commencer sous les meilleurs auspices ! Et comment mieux passer le réveillon qu'avec sa petite Éris qu'il avait installée près de lui, Sofia, son âme-sœur littéraire Helle et même cet étrange époux peu souriant que Racine, dans un geste de bonté, était prêt à inclure dans son énumération ? Le dramaturge déposa enfin sa boîte à bonbons devant lui sur une table pour mieux se saisir de son verre mais s'apercevant que Louis XIV, dont le portrait était représenté sur le haut de l'objet, dardait sur lui un œil sévère, il la poussa légèrement pour la faire disparaître derrière une pile de gâteaux plutôt appétissants.

- Que 1667 soit une année riche en rebondissements !
- Que nous soyons toujours aussi spontanés !
Renchérit Racine en levant son verre pour trinquer à la nouvelle année.

Les verres tintèrent agréablement et cela semblait de bonne augure pour 1667. Si Racine oubliait qu'il allait devoir partir de longs mois et qu'il avait une pièce encore non entièrement écrite à présenter à la cour. Mais au diable ces considérations purement matérielles, on était là pour penser à autre chose n'est-ce pas ?

- Je m'excuse, je n'ai pas de grands desserts mais c'est l'occasion de goûter des délices italiens qui sont sans pareils. Cela fait déjà un premier rebondissement ! Commenta Sofia en leur désignant les pâtisseries.

Grands desserts ou pas, Racine ne se fit pas prier pour se servir puis avisant Ulrich de Sola qui se trouvait à ses côtés, il lança la conversation sur un ton badin :

- Ce n'est pas parce que mademoiselle Farnèse est si sûre d'elle qu'il faut forcément l'approuver... Le Danemark est-il à la hauteur de la botte italienne au niveau de la nourriture ?... Oh mais quelle charmante musique, dansez-vous, monsieur ? Je suis sûr que notre chère Sofia connaît de nombreuses danses espagnoles, vous pourriez nous montrer ? Éris elle-même pourrait vous accompagner, une comédienne sait toujours tout faire !

Après avoir lancé cette brillante idée, il apostropha Helle de Sola en face de lui car il n'avait pas encore eu l'occasion de se plaindre à elle de l'information de la soirée :

- Avez-vous vu ces horribles « ombres chinoises », madame ?... Bon d'accord, je conçois qu'une tragédie n'était pas forcément adaptée en ces circonstances mais ils auraient tout de même pu faire appel à moi, je sais écrire des textes amusants... Regardez La Thébaïde ! Personne n'a compris toute l'ironie que j'y ai mis !

Pour la défense de ces « personnes », Racine semblait avoir oublié la façon dont se terminait la pièce et le fait qu'il avait supprimé toute forme d'ironie à la relecture. Mais on était entre amis et les amis, surtout un soir de nouvel an, vous approuvaient toujours, n'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: Et une contre-soirée, une !    23.02.13 23:18

Ulrich aurait sans doute volontiers abandonné toute forme de fête plutôt que de la poursuivre ailleurs. Il n’avait, certes, rien de mieux à faire pour occuper sa soirée, mais l’étrange compagnie que formaient les cinq réfractaires aux festivités royales suffisait à lui prédire une étrange nuit. Coincé entre sa femme et son amante dans un carrosse aux armes de cette dernière, assis face au dramaturge du roi et à une blondinette dont il ignorait jusqu’au nom, on ne saurait d’ailleurs lui tenir rigueur de penser ainsi. Connaissant la suite des évènements, on ne pouvait non plus lui nier une certaine clairvoyance, ou un instinct qu’il eût été bon de suivre. Hélas, l’équipée inattendue (en effet, personne ne put manquer l’étonnement, puis l’affolement dont furent saisis les domestiques) franchit bien les portes de l’hôtel Farnèse, laissant à Ulrich ses pressentiments mitigés et aux quatre autres, visiblement, la certitude d’entamer enfin une belle soirée.

Le Danois avait déjà eu l’occasion de visiter la demeure de la princesse, aussi n’accorda-t-il que quelques vagues regards aux splendeurs de sobriété et de modestie déployées devant leurs yeux. Les questions de décoration avaient, de toute façon, une fâcheuse tendance à le laisser profondément indifférent, (il suffisait pour s’en rendre compte de passer plus de quelques secondes dans le manoir qu’il occupait) comme tout ce qui touchait à ce que certains appelaient déjà l’art de vivre en général. Cependant, il se fendit tout de même d’un rictus ironique à l’intention d’un du riche marchand qui leur souriait à peine depuis un portrait - marchand auquel le mercenaire avait rendu quelques services avant qu’il ne fût assez riche pour se payer le luxe de l’entourage des Médicis plutôt qu’un homme de main efficace. C’est au souvenir de la façon dont il avait fait les frais (rondelets, les frais) de cette erreur qu’Ulrich lui dédia un rictus.

Sorti de ses réflexions par la voix de Sofia, et ravi d’apprendre que le roi savait gratter les cordes d’une guitare, il abandonna ici le tableau, qu’il avait par ailleurs déjà croisé, et suivit son hôtesse et ses camarades de soirée dans un salon aux murs tout de bleu vêtus, dans lequel s’affairaient déjà quelques demoiselles que houspillait consciencieusement la maîtresse des lieux.
« Que notre contre-soirée commence ! lança la princesse alors qu’ils se laissaient tous tomber dans de moelleux sofas. Ulrich ne répondit pas, mais ne se priva en revanche pas d’un verre de vin. Il est quand même plus agréable d'être loin de cette foule affreuse qui ne sait pas se tenir, poursuivait Sofia. Que 1667 soit une année riche en rebondissements ! »
Là-dessus, les verres s’entrechoquèrent joyeusement (enfin...) et chacun put enfin goûter aux plaisirs que l’on avait dispersé sur les tables devant eux. Ulrich se saisit d’un bout de panettone, puis détailla un instant les convives. Il observa vaguement la jeune femme blonde, sans en déduire quoi que ce soit d’intéressant quant à son identité sinon qu’elle avait en la personne de Racine un protecteur plutôt intéressé. Il croisa ensuite le regard amusé de l’italienne, visiblement ravie de recevoir cette étrange troupe, puis ses yeux froids glissèrent sur Helle en direction de laquelle il leva vaguement sa coupe, ne sachant que faire d’autre. Il porta le vin à ses lèvres et, s’il ne s’étouffa pas lorsque Racine s’adressa soudain à lui, n’en pensa pas moins.

« Ce n'est pas parce que mademoiselle Farnèse est si sûre d'elle qu'il faut forcément l'approuver... décréta le dramaturge. Le Danemark est-il à la hauteur de la botte italienne au niveau de la nourriture ?
- Je suppose qu’il se défend, Helle vous en dira plus que moi, répondit sobrement Ulrich qui n’avait pas eu le moindre aperçu de la gastronomie danoise depuis douze ans et s’en préoccupait à vrai dire bien peu.
- Oh mais quelle charmante musique, poursuivit le jeune homme sans se formaliser de l’air peu avenant du baron, dansez-vous, monsieur ? Je suis sûr que notre chère Sofia connaît de nombreuses danses espagnoles, vous pourriez nous montrer ? Éris elle-même pourrait vous accompagner, une comédienne sait toujours tout faire ! »

Il y eut un court silence de la part d’Ulrich, qui considéra avec un oeil perplexe le dramaturge puis, faisant preuve de ses merveilleuses capacités d’adaptation sociale, se fendit d’une sorte d’éclat de rire - car mieux valait en rire qu’en pleurer.
« On dit que les Danois sont très mauvais danseurs, je ne me risquerais pas à vérifier la rumeur. »
Là-dessus, il songea qu’une gorgée d’alcool ne lui ferait pas de mal, aussi finit-il son verre, non sans avoir le plaisir de voir Racine se désintéresser de la question. Comme il ignorait ce qui se passait dans la Thébaïde, et donc la raison pour laquelle les trois auditrices s’esclaffèrent lorsqu’il évoqua l’ironie incomprise de celle-ci, il se rabattit sur une pâtisserie.

Il suivit d’abord la conversation de loin, répondit quand on lui parla sans participer outre mesure, tout en observant à sa guise ses improbables compagnons. Notant à quel point Racine et Helle semblaient s’entendre, il esquissa un rictus amusé.
« J’ignorais que vous vous connaissiez, lança-t-il, moins froidement. Vous êtes vous rencontrés depuis longtemps ? »
C’était une question comme une autre mais à vrai dire, il y avait de quoi se montrer curieux : une baronne danoise exilée en Suède et un écrivain français à la mode... D’autres se seraient sans doute interrogés avant Ulrich.
La réponse obtenue, la conversation roula ailleurs, jusqu’à ce que le baron ne lève les yeux sur l’horloge.
« Ah, commenta-t-il sobrement, nous sommes en 1667. »
En effet, minuit était passé de quelques minutes. L’année ne commençait pas excessivement mal... jusque là.
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MessageSujet: Re: Et une contre-soirée, une !    25.02.13 0:14

Helle était plus que ravie de sortir de cette soirée où finalement il ne se passait pas grand-chose d’intéressant, pour aller la terminer chez sa chère Sofia avec en plus de cela son ami Racine, ainsi qu’une jeune fille qu’elle ne connaissait pas encore (mais puisque c’était une amie de Racine apparemment elle se disait que cela ne pouvait qu’être quelqu’un de bien et se promettait de faire sa connaissance au cours de la soirée), et même, étonnamment, Ulrich qui avait accepté de les accompagner. Helle avait réussi à dissimuler sa surprise, mais n'en avait pas pensé moins. Puis elle avait pris le parti d’en être heureuse : après tout cela prouvait plus ou moins qu’il ne fuyait pas sa compagnie et faisait des efforts, n’est-ce pas ? Pour la danoise, c’était une vraie victoire, aussi n’avait-elle aucun complexe à afficher un sourire radieux en franchissant les portes de l’hôtel Farnèse au bras de son amie de toujours. Tout allait bien dans le meilleur des mondes, et la fin de cette année 1666 ne pouvait s’annoncer sous de meilleurs auspices. Que pouvait-il se passer de mauvais, alors que Sofia la faisait rire en lui faisant imaginer Louis XIV jouant de la guitare –une image aussi improbable que Frédéric III jouant du banjo- et que de bonnes surprises les attendaient encore ?

« Que notre contre-soirée commence ! Il est quand même plus agréable d'être loin de cette foule affreuse qui ne sait pas se tenir, poursuivait Sofia. Que 1667 soit une année riche en rebondissements ! »
« Avec des gens tels que nous, comment ne pourrait-elle pas l’être ? » renchérit Helle en faisant tinter son verre contre celui des autres.

Les serviteurs revinrent les bras chargés des douceurs que Sofia leur avait promis, et la soirée put commencer.

- Je m'excuse, je n'ai pas de grands desserts mais c'est l'occasion de goûter des délices italiens qui sont sans pareils. Cela fait déjà un premier rebondissement !
« Mais ne vous excusez pas voyons, la réputation de la cuisine italienne n’est plus à faire depuis des lustres ! Depuis des années que j’en entends parler, je suis personnellement ravie de pouvoir enfin m’y essayer ; et je vous promets une critique construite sur ce que j’en penserai. » plaisanta Helle en imitant les autres et piochant une pâtisserie qui s’avéra, effectivement, divine. « Sofia, très chère, rappelez-moi je vous en conjure d’un jour aller en Italie. Elle vient de devenir le pays de mes rêves ! »

C’est alors qu’à la grande surprise de la danoise, Racine se tourna vers Ulrich et tenta de lui faire la conversation… Et qu’à sa plus grande surprise encore, Ulrich lui répondit sur un ton presque aimable.

« Ce n'est pas parce que mademoiselle Farnèse est si sûre d'elle qu'il faut forcément l'approuver... décréta le dramaturge. Le Danemark est-il à la hauteur de la botte italienne au niveau de la nourriture ? »
- Je suppose qu’il se défend, Helle vous en dira plus que moi.
« Les danois sont de mauvais danseurs, n’y connaissent rien en art, et sont de piètres gastronomes. » répondit Helle d’un ton faussement solennel en faisant semblant de ne pas être surprise d’entendre son glaçon de mari l’appeler par son prénom à la place du ‘baronne’ ou ‘madame’ habituel. Ce garçon était décidément plein de surprises. Elle n’imaginait juste pas encore à quel point. Elle se détourna brièvement de la conversation pour partager son étonnement avec Sofia grâce à un simple regard assorti d’un haussement de sourcil éloquent, mais son attention fut rapidement réclamée de nouveau en la personne de Racine.

- Avez-vous vu ces horribles « ombres chinoises », madame ?... Bon d'accord, je conçois qu'une tragédie n'était pas forcément adaptée en ces circonstances mais ils auraient tout de même pu faire appel à moi, je sais écrire des textes amusants... Regardez La Thébaïde ! Personne n'a compris toute l'ironie que j'y ai mis !
« Mon pauvre ami. » soupira Helle d’un air faussement affecté, sachant très bien que plaindre Jean ne pouvait que lui faire plaisir. « Vous savez ce qu’on dit, les génies sont toujours des gens incompris. Et puis je suis sûre que vous écririez de formidables comédies si vous décidiez de vous y mettre un jour, peut-être même meilleures que celles de monsieur Molière. Il avait d’ailleurs l’air assez perplexe lui aussi vis-à-vis de ces ombres chinoises, je l’ai vu faire une bien drôle de tête. Imaginez si l’inventeur de ces ombres lui proposait d’en installer dans sa prochaine pièce ! Voilà qui serait novateur ! »

Les deux écrivains rirent de concert en imaginant la figure de Molière s’il recevait pareille proposition, mais la voix d’Ulrich les interrompit :

« J’ignorais que vous vous connaissiez. Vous êtes vous rencontrés depuis longtemps ? »
« Oh, rencontrés non, quelque semaines tout au plus ? » s’interrogea Helle en tournant la tête vers Jean comme pour lui demander confirmation. « Mais nous correspondons depuis beaucoup plus longtemps, et lorsque je suis arrivée à Versailles nous avons évidemment tenu à faire connaissance en chair et en os… Mais j’avoue avoir oublié pourquoi nous avons commencé à nous écrire, cela me paraît être depuis toujours ! » ajouta-t-elle avec un sourire lumineux et les yeux brillants au souvenir de leur correspondance ininterrompue durant tout ce temps. Et sans plus se poser de questions sur la curiosité inattendue de son mari, elle repartit de plus belle dans la conversation. Laquelle allait très bon train, jusqu’à ce que l’horloge ne se mette à sonner, les interrompant au beau milieu d’un débat des plus intéressants –du moins du point de vue de trois personnes d’humeur très joyeuse avec quelques verres de vin dans le sang.

« Ah, nous sommes en 1667. » fit remarquer Ulrich.
« Nous y voilà enfin ! Mes chers amis, mon cher Ulrich, je vous souhaite à tous une merveilleuse année 1667 ! En vous souhaitant tout le bonheur du monde, et qu’elle continue aussi bien qu’elle a commencé ! » lança Helle en levant son verre à la cantonade. Et la pétillante danoise avait de quoi y croire : quoi de mieux que commencer la nouvelle année dans ces conditions ? Alors qu’elle se laissait aller à une nouvelle gorgée de vin, elle songea à tous les évènements de ces mois passés, les divers problèmes de santé d’Ellen, les réclamations pour rencontrer son père, le courrier de Sofia, leur installation à Versailles qui ne s’était pas faite sans mal puisqu’il avait fallu traverser presque toute l’Europe, une épopée à laquelle ni elle ni sa fille ne s’étaient préparées. Et en arrivant, il avait fallu trouver ses repère, réussir à se faire une place dans une société presque aussi redoutable que celle de la cour de Copenhague, se faire les bons amis, éviter les mauvaises personnes même si elle avait réussi, allez savoir comment, à s’attirer l’animosité de la comtesse des Barres. Accessoirement, elle avait aussi failli être découverte et accusée de sorcellerie et ne devait son salut qu’à l’ouverture d’esprit et la reconnaissance de ce pauvre Luigi, et elle avait dû cacher un cadavre pour éviter la corde à son amie Lucy of Longford –et éviter de perdre sa propre tête par la même occasion. Et elle avait même réussi à retrouver Ulrich, lui présenter leur fille, et la lui faire accepter sans scène de ménage. Non, décidément, elle ne s’en était pas mal tirée du tout si on considérait les choses sous cet angle, et elle entendait bien continuer !

Helle tourna la tête vers Ulrich avec lequel elle n’avait guère pu échanger au cours de la soirée, profitant d’un instant où Racine et Sofia semblaient s’intéresser à la petite Eris, et lui dédia un sourire mi-amusé, mi-surpris.

« Je dois dire que vous m’étonnez de plus en plus, baron –à moins que vous ne me permettiez pour de bon de vous appeler par votre prénom ? Je ne m’attendais pas à ce que vous nous accompagniez, ni à ce que vous vous montriez aussi… sociable. Vous êtes décidément un homme plein de surprises. Mais quelles que soient vos raisons, je tenais à vous remercier. Après tout je ne vous ai pas vraiment épargné en vous présentant Ellen aussi rapidement, sachez donc que j’apprécie beaucoup votre conduite. » conclut-elle en levant légèrement son verre comme pour lui porter un toast. Puis, ceci étant dit, elle jeta un regard aux trois autres pour s’apercevoir de la mine soucieuse de Racine et de celle, bien pâlichonne, de la jeune comédienne. Helle se pencha vers elle de l’air inquiet, mais habitué à ce genre de situation, de la mère qui connaît parfaitement les maux des enfants –même si techniquement Eris n’était plus vraiment une enfant.

« Eh bien, que vous arrive-t-il mademoiselle ? Vous sentez-vous mal ? C’est peut-être le vin ou le champagne, elle ne doit guère y être habituée. Jean, vous qui la connaissez bien, dites-moi ce qu’il lui faut, je vais aller chercher ça en cuisine. » proposa-t-elle en se levant déjà. Elle ne se doutait pas encore des conséquences de cet acte.
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MessageSujet: Re: Et une contre-soirée, une !    03.03.13 0:37

« Que nous soyons toujours aussi spontanés ! lança Racine en levant son verre.
Avec des gens tels que nous, comment ne pourrait-elle pas l’être ? » renchérit Helle.

Vraiment, avec tout ce petit monde qui avait assez peu en commun à part connaître au moins deux personnes du groupe, semblait déjà s'amuser. Sofia était ravie de ce petit comité de personnes qu'elle appréciait, loin du raté du Nouvel An qui n'avait rien d'amusant et où la racaille s'était immiscé ! Tout le monde semblait content d'être ici, sauf Eris que Jean avait arraché à Francesco mais c'était pour son bien, les verres ont tinté à l'unisson avant que chacun en vide une partie et se mette à goûter les mets imprévus italiens qu'il y avait en cuisine. Racine se mit à faire la conversation à Ulrich, une vision un peu surréaliste qui fit élargir le sourire de l'italienne qui lança un regard à son amie. On parla du Danemark avec une question cruciale : qui des royaumes italiens ou du Danemark avait la meilleure cuisine ? Un débat comme un autre en somme !

« On dit que les Danois sont très mauvais danseurs, je ne me risquerais pas à vérifier la rumeur. lâcha Ulrich.
Les danois sont de mauvais danseurs, n’y connaissent rien en art, et sont de piètres gastronomes.
Voilà qui tranche tout. Pauvre peuple peu gâté par la nature. Heureusement que d'autres pays remontent le niveau, pauvre Europe sinon ! » s'amusa Sofia avant de couper une part de panettone.

Tout ceci était si simple et si parfait, personne ne semblait s'ennuyer, même Ulrich semblait juste écouter la conversation sur les ombres chinoises, que Sofia avait trouvé totalement sans intérêt et peu digne d'une fête de Nouvel An d'ailleurs. On avait connu Louis XIV ayant plus de goût que cela au vu des artistes dont il s'entourait. Mais elle n'eut pas le temps de donner son avis, qui rejoignait celui de ses deux amis, car Ulrich interrompit cette conversation, curieux de connaître cette amitié entre un dramaturge français et une baronne danoise. L'Europe n'est pas si grand quand on le pense et à travers quelques voyages et quelques connaissances, tout était possible. Il n'y avait qu'à voir Sofia et Helle aussi, jamais elles ne se seraient raconté si la mère Médicis voulait à tout prix marier sa fille, quitte à lui trouver un suédois protestant. Pour une fois, Sofia pouvait remercier sa mère de ses longs voyages, car elle n'avait pas trouvé fiancé et mais gagné une grande amie. Mais ce n'était pas le temps des souvenirs, la conversation reprenait sur d'autres sujets sur quelques personnes de la Cour croisés en cette soirée, souvent assez peu intéressants.

« Vous n'avez pas croisé le comte de Niwald, cet espèce de suisse étrange ? Mais si, Jean souvenez vous, il nous a parlé une fois de son élevage de vautours ! Elle éclata de rire à ce souvenir. Quel drôle d'élevage. Bon, c'est moins intelligent qu'un dauphin, d'accord, mais ça vole. Mais que cela est laid. Je l'aurais bien vu en offrir un au roi, cela l'aurait changé de ses poules sultanes qu'il adore ! . »

La conversation se poursuit tandis que les deux bouteilles se vidait et que petit à petit, les délicieux mets avaient du succès. Du vin et du champagne fut rapporté, juste à temps pour remplir les verres au moment où l'horloge sonna les douze coups de minuit.

« Ah, nous sommes en 1667. fit remarquer Ulrich.
Nous y voilà enfin ! Mes chers amis, mon cher Ulrich, je vous souhaite à tous une merveilleuse année 1667 ! En vous souhaitant tout le bonheur du monde, et qu’elle continue aussi bien qu’elle a commencé !
A notre belle année qui s'annonce ! » lança Sofia avec un grand sourire.

Pourtant 1667 ne semblait pas l'année la plus réjouissante avec la guerre qui s'annonçait. Sofia verrait bientôt son frère partir pour les campements espagnols puisqu'il s'était engagé chez eux depuis plusieurs années, Jean partirait suivre le roi, beaucoup d'hommes s'en iraient à leur tour. Versailles serait vidé de son petit monde, laissant une majorité de femmes, dont beaucoup attendraient leurs maris français au front, et quelques hommes réformés ou neutres qui devront trouver une occupation. Ce serait l'occasion pour Sofia de trouver de quoi s'occuper et d'essayer de trouver de nouveaux galants, la plupart partant pour la guerre, quelque soit le côté. Vénale, elle ? Si peu !

La jeune femme se leva pour poser sur le bord du canapé, non loin d'Eris et de Racine, laissant le couple Helle et Ulrich discuter. Elle les regarda du coin de l’œil, contente que son amie ait réussi à renouer avec son époux, du moins avoir une entente cordiale. Le danois étant un homme discret, leur histoire n'avait pas besoin d'être éventée, il n'y avait aucune raison qu'Helle l'apprenne un jour. Mais elle préféra se concentrer son Jean, ce dramaturge qui ressemblait tant à son défunt frère par l'esprit mais aussi un peu par le physique.

« Je vous ai vu parler à monsieur Molière tout à l'heure, vous sembliez trouver un terrain d'entente à propos de ces horreurs d'ombres chinoises. La Cour a du jaser sur votre conversation, pour une fois que vous ne vous insultiez pas ! » s'étonna la jeune femme.

Les deux jeunes gens discutèrent jusqu'à ce qu'Eris, entre eux deux, se mis à geindre. Sofia voulut faire la morale à la jeune femme sur la mauvaise fréquentation qu'était Francesco mais lorsqu'elle vit son visage pâle et l'air malade, elle s'inquiéta.

« Eris, qu'avez vous ? puis elle vit le verre de vin vide. Le vin italien a peut être été fort pour vous. » Elle lui posa délicatement la main sur la joue.

Helle aussi s'inquiéta à son tour et le petit monde entoura la jeune comédienne qui ne devait pas tenir l'alcool, mais il valait mieux éviter qu'elle se sente mal en plein salon.

« J'ai des sels dans la cuisine, je vais les chercher, je … mais elle fut coupée par ses deux amis qui se levèrent pour aller les chercher à sa place.

Si elle avait su ce que ça provoquerait sur le reste de la soirée, elle aurait davantage insisté pour aller à la cuisine seule. Restant seule avec Ulrich et Eris malade, Sofia lui fit boire un peu d'eau puis leva les yeux sur le danois.

« Pouvez vous ouvrir la fenêtre s'il vous plaît ? Un peu d'air lui ferait grand bien, je pense. Je vais chercher un récipient, au cas où elle aurait envie de … tout ressortir. »

Elle quitta à son tour la pièce et monta à l'étage, il lui semblait avoir vu une bassine traîner une fois, elle avait demandé qu'on l'enlève mais certaines de ses domestiques ne semblaient pas l'écouter. La preuve, elle était toujours dans un recoin. Le bon personnel se faisait rare pensa t'elle avant de redescendre jusqu'au salon où Jean et Helle étaient revenus, mais leurs mines étaient bien sombres à cet instant, figeant Sofia sur le pas de la porte, voyant les regards plutôt inquisiteurs posés sur elle.

« Que se passe t'il ? Pourquoi me regardez vous tous ainsi ? »

Si elle savait. Finalement la joie de l'année 1667 serait de courte durée …


______________________

PRINCESSE VENALE ✽
“Dans les contes pour enfants, les princesses donnent des baisers aux crapaud. Dans la vie réelle, les princesses embrassent les princes et ceux-ci se transforment en crapauds.”


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MessageSujet: Re: Et une contre-soirée, une !    03.03.13 14:25

S'il y avait quelqu'un que la situation ne troublait pas autre mesure et qui ne se rendait pas compte de son incongruité, c'était Racine. Assis comme un pacha sur un des canapés du salon de Sofia aux côté d’Éris qui se régalait des mets italiens à défaut d'être vraiment contente d'être là, il profitait de la conversation entre gens de bonne compagnie et buvait à petites gorgées le vin qu'on lui avait servi, loin des regards sévères de Louis XIV (toujours dissimulé derrière cette assiette de panettone). Après tout, il avait bien le droit de fêter sa nouvelle charge d'historiographe n'est-ce pas ? Quelque chose lui disait qu'il allait suffisamment regretter cet honneur, il valait donc mieux prendre de l'avance et festoyer en attendant. Il ne se rendit pas compte du regard éloquent qu'échangèrent Helle et Sofia au moment où il adressa la parole au baron et lui proposa de danser. Après tout, il n'avait pas la chance de connaître l'homme de glace devant lui mais pour être accepté dans la compagnie, il ne doutait pas un instant qu'il fût joyeux drille derrière son masque de glace. D'aucun aurait dit qu'il valait parfois mieux se fier aux apparences.
- Les Danois sont de mauvais danseurs, n'y connaissent rien en art et sont de piètres gastronomes, trancha Helle de Sola quand le débat en fut venu à discuter des mérites respectifs de leurs contrées.
- Pauvre peuple peu gâté par la nature, ironisa la princesse Farnèse en réponse, heureusement que d'autres pays remontent le niveau, pauvre Europe sinon !
- La botte italienne et la France de tout temps ont combattu la barbarie, renchérit Racine d'un ton joyeux avant de se tourner vers Helle pour trinquer avec elle et lui adresser un clin d’œil, mais parfois on découvre des perles en plein cœur du Danemark sauvage ! Elles en sont d'autant plus précieuses !
S'il ignorait totalement les mœurs danoises, Racine avait adressé un compliment sincère à la jeune femme qu'il appréciait réellement depuis qu'il avait appris à la connaître au fil de leur correspondance. Il fut bien incapable de dire combien de temps celle-ci avait duré et comment elle avait même commencé tant cela lui semblait lointain et naturel. Il ne put donc que renchérir aux paroles de la baronne de Sola qui répondait aux interrogations de son époux.
- Figurez-vous qu'en apprenant la venue d'Helle, j'imaginais rencontrer l'une de ces vieilles dames grisonnantes, déjà matrone ! L'imagination nous joue bien des tours mais comment aurais-je pu savoir que l'on pouvait survivre dans ces contrées hostiles en étant aussi petit et chétif ?
Ses yeux pétillants et son large sourire indiquaient assez qu'il plaisantait mais déjà, avant qu'Helle eut pu répondre pour se venger de cette boutade, la conversation roulait sur d'autres versants, évoquant des figures plus ou moins prestigieuses de la cour. Racine, bien qu'il n'y vivait pas, connaissait tout le monde en bon courtisan arriviste qu'il était. Il eut lui aussi un rire en songeant à nouveau à ces affreuses ombres chinoises, preuve que le vin commençait à faire son effet car peu de temps auparavant, il tentait juste d'échapper à ce bonhomme ventru qui voulait reproduire ses pièces en ombres chinoises ce qui étrangement lui avait fait perdre son sens de l'humour.
- Vous n'avez pas croisé le comte de Niwald, cet espèce de suisse étrange ? Lui demanda Sofia qui semblait sur le point d'éclater de rire.
- Niwald ? Réfléchit Racine en remplissant encore son verre et celui d’Éris par la même occasion sur laquelle il gardait un œil inquiet, je ne connais pas de suisse, c'est totalement dépassé d'être suisse !
- Mais si, Jean, souvenez-vous, il nous a parlé de son élevage de vautours !
Il avait suffi de ce qu'elle lui évoque ce souvenir pour qu'il se mette à rire aux larmes. Il se rappelait fort bien de ce comte stupide qui leur avait raconté en long et en large comment il parvenait à élever des vautours et qui ne voulait pas les laisser partir malgré leur insistance et leur air ennuyé – pourtant Dieu seul savait que Sofia et Racine étaient redoutables à ce petit jeu-là.
- Oh non, surtout ne lui donnez pas ce genre d'idées ! Il en serait capable, protesta le dramaturge, et rien que l'idée de voir un vautour tournoyer au dessus de Versailles, j'en ai des frissons !

Déjà minuit arrivait, il était pourtant bien connu qu'on ne voyait pas le temps passer en délicieuse compagnie. Et au moment où les douze coups sonnèrent, tous les verres s'entrechoquèrent dans un joyeux tintement annonciateur des meilleures choses pour la nouvelle année. Racine ne fut pas le dernier à formuler des vœux pour chacun d'entre eux et il mit un point d'honneur à croiser le regard de sa petite protégée dont il se détourna en rougissant un peu. Certes, il ne savait pas ce que lui réservait cette année 1667 mais il espérait que le roi allait tout faire pour gagner la guerre en peu de temps et que ce serait surtout une date à retenir pour le succès de son Andromaque. Mais tant qu'il avait des amis avec qui partager de tels bons moments, boire quelques verres, discuter de choses et d'autres, à la fois de futilité comme de littérature, son bonheur serait parfait. Il ignorait encore que son bonheur cette nuit-là serait de courte durée.
- Je vous ai vu parler à monsieur Molière tout à l'heure, lui lança Sofia di Parma en s'installant près de lui pour laisser le couple en face parler tranquillement, vous sembliez trouver un terrain d'entente à propos de ces horreurs d'ombres chinoises. La Cour a du jaser sur votre conversation, pour une fois que vous ne vous insultiez pas !
Racine s'étonna encore de la facilité et du naturel avec lesquels il avait réussi à sympathiser avec la princesse italienne. Elle était une femme cultivée et pleine de bon goût mais du temps avait dû passer pour qu'il puisse s'en rendre compte, après avoir gratté derrière la première façade de vipère versaillaise. Maintenant, ils s'entendaient tous deux à la perfection et Racine n'hésitait même pas à lui faire des reproches comme l'aurait fait un grand frère.
- Certaines causes valent bien que l'on oublie ses inimitiés quelques instants, répondit-il, amusé de voir qu'elle l'avait remarqué (car il ne s'était pas aperçu que cela avait probablement fait le tour de la soirée), les ombres chinoises en font partie. Avez-vous le cadeau que le roi a offert à Molière ?... Une fourchette à escargot, vous rendez-vous compte ?
Il ne s'attarda pas sur le fait qu'il avait reçu une boîte à bonbons immangeables pour sa part et ils continuèrent à discuter de tout et de rien jusqu'à ce qu’Éris se mettent à gémir à leurs côtés. Immédiatement, Racine s'interrompit pour s'inquiéter pour elle et lui saisit la main :
- Éris ? Tu es terriblement pâle ! Que lui arrive-t-il ? Continua le dramaturge en s'adressant au reste de leur petite assemblée.
Tout de suite, un petit remue-ménage se fit autour de la jeune comédienne qui paraissait se sentir mal.
- C’est peut-être le vin ou le champagne, elle ne doit guère y être habituée, suggéra Helle qui s'était déjà levée.
- Non, elle n'y est pas habituée, répondit Racine la mine fort soucieuse, bien qu'il ignorât beaucoup de choses à propos de la jeune fille, c'est bien là ce que je ne fournis pas à mes comédiens, si j'avais su, je l'aurais empêché de boire autant.
- Jean, vous qui la connaissez bien, dites-moi ce qu'il lui faut, je vais aller chercher ça en cuisine, suggéra la baronne de Sola, déjà sur le point de partir.

Certes, Racine était celui qui était le plus familier d’Éris dans cette soirée mais il était surtout le plus expérimenté en matière d'abus d'alcool aussi choisit-il de suivre Helle en cuisine pour dénicher le produit rare qui pourrait faire aller mieux la demoiselle. S'il avait su le mélodrame que tout ceci allait causer, il aurait été préférable de se rappeler que le mieux restait encore d'aller s'allonger quelques instants ou alors de laisser Sofia s'y rendre elle-même. Mais pour la défense du jeune homme, il aurait été bien en peine, intuition ou pas, de deviner que cet événement allait leur gâcher le reste de la soirée. En un bond, il fut lui aussi debout, confia avec forces paroles grandiloquentes sa petite Éris aux bons soins de Sofia et suivit Helle à pas pressés.
- Pensez-vous qu'elle va s'en remettre rapidement ? Je m'en voudrais tellement qu'elle soit malade par ma faute, racontait-il le front plissé, en descendant les escaliers jusqu'aux quartiers des domestiques qu'ils connaissaient tous deux fort bien pour avoir fréquenté les lieux de nombreuses fois quand Racine venait leur rendre visite.
Mais en approchant de la cuisine, des éclats de voix leur parvinrent et sans se concerter, les deux jeunes gens s'interrompirent quelques instants avant de pousser la porte de la cuisine.
- C'est étrange quand même, le type que la princesse a ramené, il venait souvent il y a quelques temps. J'étais persuadée qu'ils avaient une liaison !
- L'espèce d'écrivain, là ? Racine ? Mais non, tu te trompes, c'est un coureur et un séducteur invétéré mais il n'est pas parvenu à ses fins avec la princesse.
Racine eut un hoquet choqué mais personne ne l'entendit. Il faillit entrer en trombe dans la cuisine pour défendre son honneur mais hélas pour Helle, il était trop surpris pour avoir des velléités chevaleresques. Aussi il furent deux à entendre clairement la suite :
- Je parlais pas de Racine mais de l'autre, le grand blond, le Danois. C'est bien vrai qu'ils avaient une liaison avec la maîtresse ?
- Ah lui ? Oui bien sûr, il venait pas ici pour discuter littérature et danser, t'as vu sa tête ?
Elles éclatèrent de rire pendant que Racine se laissa imprégner de la signification de tout ceci. Timidement, il baissa la tête du côté de Helle qui blêmit, pâlit puis rougit en moins de temps qu'il fallut pour le dire avant de faire volte-face en serrant les poings. Racine hésita un instant à aller chercher les sels mais l'instant était trop grave aussi poursuivit-il Helle, obligé de trottiner pour rester à sa hauteur :
- Elles se trompent peut-être, regardez moi par exemple, je ne suis pas un coureur et...
Mais déjà, ils étaient parvenus dans le salon où Éris semblait assoupie sur le canapé et d'où Sofia avait disparu. Racine en fut soulagé car cela laissait quelques instants d'accalmie avant l'orage mais la princesse Farnèse ne tarda pas à surgir. Dans le dos d'Helle, surprenant le regard surpris d'Ulrich de Sola, Racine lui fit une grimace pour lui signaler que ça allait chauffer et ne put s'empêcher de murmurer :
- Un soleil rouge se lève, beaucoup de sang a dû couler cette nuit.
Phrase poétique qui lui semblait de circonstance, tant les jeunes femmes se fusillaient du regard. Dans un geste héroïque, le dramaturge se racla la gorge pour lancer d'une voix qu'il espérait badine en direction de Sofia :
- Vous ai-je dit que j'avais retrouvé des poèmes galants que j'écrivais dans ma jeunesse ? Ils me font rire désormais tant ils sont maladroits « Mes sens furent charmés, ma raison fut vaincue, Et mon cœur tout entier se rangea sous ta loi. Je vis que tes beautés n'avaient pas de pareilles : Tes yeux, par leur éclat... ».
Mais décidément, l'heure n'était pas à la poésie aussi finit-il pas se taire et par se replier en sécurité sur le canapé tout près d’Éris.
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MessageSujet: Re: Et une contre-soirée, une !    03.05.13 20:38

Soucieuse de remplir correctement sa tâche de guérisseuse improvisée de la soirée, Helle mit aussitôt le cap sur les cuisines, Racine sur ses talons, à la recherche de sels ou de quelques herbes qui lui permettraient de préparer une décoction inoffensive qui ferait passer le malaise de la pauvre Eris. Pauvre petite, se sentir mal un jour de fête ! Et puisque l’ambiance était aux réjouissances, pas question que la petite protégée de Racine manque ça à cause d’une coupe de champagne de trop : foi de Sola, elle la remettrait sur pied en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, et elle pourrait se remettre à rire avec eux ! Surtout que dans son dos, Racine avait l’air de se ronger les sangs autant que si la jeune fille avait été sur son lit de mort ou en train d’halluciner en voyant des licornes roses danser au plafond. Helle dut se mordre la lèvre pour ne pas rire et le froisser, se retenant de lui dire qu’elle allait très bien et avait juste bu un peu trop d’alcool pour son jeune âge. Allons, Racine qui s’inquiétait autant pour sa petite protégée, c’était… Mignon ?
- Pensez-vous qu'elle va s'en remettre rapidement ? Je m'en voudrais tellement qu'elle soit malade par ma faute… babillait-il encore en oubliant presque de respirer entre deux phrases, si bien que Helle finit par l’interrompre sans pouvoir s’empêcher de sourire d’un air très amusé.
« Cessez donc de vous inquiéter de la sorte, dès que nous aurons trouvé des sels ou de quoi lui redonner des forces, elle sera sur pieds en moins de cinq minutes, je vous en donne ma parole. »

L’entraînant vers les cuisines qu’ils atteignaient enfin, Helle réfléchissait déjà à ce qu’elle allait pouvoir préparer à Eris s’ils ne trouvaient pas les fameux sels, et allait tourner la poignée de la porte quand des éclats de voix derrière celle-ci la coupèrent par réflexe dans son élan. D’aucun ne se seraient pas gênés pour interrompre la conversation entre les deux domestiques, mais Helle avait été habituée à se faire discrète au Danemark et malgré dix ans passés en Suède, il restait encore quelques réminiscences de cette discrétion salvatrice. Enfin, salvatrice… En l’occurrence, pour cette fois, sa discrétion et son geste suspendu allaient lui valoir l’une des plus grandes claques de sa vie.

- C'est étrange quand même, le type que la princesse a ramené, il venait souvent il y a quelques temps. J'étais persuadée qu'ils avaient une liaison !
- L'espèce d'écrivain, là ? Racine ? Mais non, tu te trompes, c'est un coureur et un séducteur invétéré mais il n'est pas parvenu à ses fins avec la princesse.

Helle dut se plaquer une main sur la bouche pour ne pas éclater de rire et coula un regard navré à son ami qui avait l’air sacrément vexé non seulement que des domestiques se permettent de faire de telles suppositions à son égard, mais qu’en plus elles l’habillent de la sorte pour l’hiver. Mais par tact, elle se garda bien de tout commentaire et retrouva son sérieux avant d’aller pour tourner la poignée de la porte… Quand elle entendit les quelques phrases qui suivirent et la clouèrent sur place.

- Je parlais pas de Racine mais de l'autre, le grand blond, le Danois. C'est bien vrai qu'ils avaient une liaison avec la maîtresse ?
- Ah lui ? Oui bien sûr, il venait pas ici pour discuter littérature et danser, t'as vu sa tête ?

Contrairement à la croyance commune, à la découverte d’une nouvelle choquante, l’on n’avait aucun mal à l’assimiler et comprendre toutes les implications. Il ne fallut guère plus d’un quart de seconde à Helle pour comprendre ce qu’il venait d’être dit derrière cette porte ; c’est sa caapcité de réaction qui s’en trouva brièvement amputée. La main sur la poignée, la jeune femme sentit son cœur chuter très bas dans sa poitrine alors que, incrédule, elle repassait en accéléré les évènements depuis son arrivée pour comprendre où, quand, comment cela avait pu arriver, comment avait-elle pu ne rien voir, et surtout comment il était possible que Sofia ait pu en toute connaissance de cause lui faire ça. Un moment elle tenta de se convaincre que les domestiques ne savaient pas de quoi elles parlaient –bon d’accord Ulrich n’était effectivement certainement pas venu discuter littérature et danser mais peut-être y avait-il une autre explication ?- avant de songer que s’ils n’avaient rien eu à se reprocher, ils lui auraient certainement dit qu’ils se voyaient ‘souvent’… Non ? Les doigts désormais crispés sur la poignée de porte, Helle sentit ses joues s’empourprer alors que ses poumons se gonflaient de colère. Quoiqu’il se soit passé dans cette maison, Sofia avait une explication à lui fournir. Ulrich ne passait qu’au second plan : ni l’un ni l’autre n’avaient su que l’autre était même en vie jusqu’à quelques semaines auparavant, mais Sofia ! Sofia qui connaissait leurs noms à tous les deux, Sofia qui savait qu’elle cherchait son mari, ou pire si les dires des domestiques étaient avérés et qu’ils s’étaient vus après son arrivée à Versailles… Mûe par une impulsion subite, Helle fit volte-face en ignorant royalement les tentatives d’apaisement de Racine –lui aussi étaient relégué bien loin dans ses pensées !- et repartit à grands pas en direction du salon. Liaison ou pas liaison, elle allait en avoir le cœur net, dusse-t-elle inventer un sérum de vérité pour faire parler sa meilleure amie. Mais quelque chose lui soufflait que ce ne serait pas nécessaire.

Arrivant dans le salon d’un air visiblement remonté, Helle put constater que Sofia s’était volatilisée, ce qui ne contribua guère à arranger les choses. Surprenant l’air étonné de son mari –tiens, au moins aurait-elle réussi l’exploit de lui tirer autre chose qu’une expression laconique ce soir ! songea-t-elle non sans ironie- elle s’approcha de lui et maîtrisa sa voix néanmoins glaciale pour souffler à son cher époux :

« Il y a des paroles qui ressemblent à des confitures salées, mais certaines conversations de domestiques font bien de ne pas tomber dans l’oreille d’une sourde. Je dois avoir une conversation avec Sofia avant de prendre une décision, mais si ce que j’ai entendu s’avère fondé, il me semble utile que nous ayons une conversation, monsieur. D’ailleurs… »

Une idée germa dans son esprit. Helle se tourna vers Racine, et adoptant un ton plus modéré, lui demanda poliment :

« Mon ami, auriez-vous l’obligeance quand Sofia reviendra d’emmener Eris se reposer à l’étage ? Vous trouverez ma chambre facilement, c’est la deuxième porte à droite, vous n’aurez qu’à l’allonger là. J’ai une conversation privée à avoir avec monsieur et la princesse. »

C’est à ce moment-là que Sofia choisit de redescendre, faisant se retourner tous les regards sur elle.

« Que se passe t'il ? Pourquoi me regardez vous tous ainsi ? » demanda-t-elle d’un air étonné.
« Sofia, j’aimerais échanger quelques mots avec vous et mon mari, je vous prie. Jean, emmenez cette pauvre petite et installez-la sur mon lit, qu’elle se repose un peu. » se contenta de dire Helle en ignorant délibérément la question de son amie. Elle attendit sans dire un mot que Racine et Eris fussent hors de portée de vue et, l’espérait-elle, de voix, aidant juste Racine à faire monter la demoiselle dans les escaliers, avant de s’assurer qu’ils étaient arrivés à bonne destination pour revenir auprès des deux coupables potentiels. Elle les dévisagea longuement l’un après l’autre, ses yeux bleus sombres ayant soudain perdu l’éclat aimable et doux qui les illuminaient d’habitude, pour n’exprimer que colère contenue et surtout suspicion. Elle ne savait encore si elle devait se fâcher contre les deux, ou uniquement après Sofia : après tout il aurait été mal venu de critiquer la fidélité d’Ulrich quand elle l’avait cru mort pendant douze ans et avait elle-même eu une liaison avec Richmond, mais Sofia ! Sa meilleure amie, qui ne pouvait pas décemment ignorer le nom d’Ulrich au moment des faits ! Décidément, il y avait quelque chose de suprêmement louche –et certainement coupable- là-dessous. Elle était peut-être un peu prompte à croire les paroles de ces deux domestiques, mais en y réfléchissant, il y avait forcément quelque chose de vrai dans leurs paroles. Elle ne pouvait croire qu’Ulrich et Sofia n’étaient que de simples bons amis, ils étaient trop différents et Ulrich n’avait pas d’amis. Pas des normaux, en tout cas. Au Danemark, les traîtres, on les pend sans procès, c’est plus court. Et Helle n’était peut-être pas danoise pour rien, finalement. Croisant les bras sur sa poitrine, elle finit par lâcher :

« Allons droit au fait : je viens de surprendre une conversation des plus intéressantes dans les cuisines où j’ai appris avec étonnement que mon époux et ma meilleure amie auraient eu une liaison. Bien que je souhaite de tout cœur ne pas croire à ces racontards de domestiques, je ne pense pas que ces demoiselles se soient mises à inventer que vous, Ulrich, soyez venu ici auparavant. Et du peu que je connais de vous, je doute effectivement que ce soit pour une soirée mondaine ou un salon. Alors, ai-je raison ou ai-je tort ? »

A peine ces mots eurent franchi ses lèvres que ses yeux se reportèrent sur Sofia… Dont la réaction la conforta dans ses convictions. Lui laissant à peine le temps de répliquer, elle ajouta en la fusillant du regard :

« Dites-moi simplement Sofia, avez-vous décidé d’entrer dans le lit de mon mari avant ou après avoir appris que je cherchais à le retrouver pour ma fille ? Avant ou après avoir décidé de me dire où il était ? Avant ou après mon arrivée à Versailles ? Puisqu’on en est aux révélations et qu’entre amies on ne se cache rien, j’aimerais savoir jusqu’à quel point j’ai été l’idiote de l’histoire ! »
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MessageSujet: Re: Et une contre-soirée, une !    07.05.13 15:35

Alors que les verres des cinq convives se rencontraient à l’aube de la nouvelle année, le baron de Sola ignorait encore qu’il aurait dû suivre son premier sentiment, à savoir décliner l’invitation de la princesse Farnèse. Lui qui n’aimait guère les mondanités et n’avait généralement pas grand chose à y dire aurait été bien heureux de s’épargner ce prolongement festif s’il avait pu deviner ce qui s’y préparait. Mais comment aurait-il pu imaginer la bombe qui devait exploser quand il lui semblait à peine étrange d’avoir à ses côtés à la fois sa femme et son amante ? - toutes deux visiblement devenues les meilleures amies du monde, quelque part, au détour de ces douze dernières années. C’est donc sans plus ou moins d’entrain qu’à l’ordinaire qu’Ulrich termina son verre, en l’honneur de l’année 1667 bien que celle-ci s’ouvrît sur la guerre - une guerre dont il ne faisait pas grand cas, quand bien même l’idiot qui occupait son trône avait réussi à s’en mêler. Ce qui aurait pu au moins avoir le mérite de le débarrasser de ce demi-frère en trop, mais hélas, il doutait que celui-ci se découvrît soudain assez de courage pour aller s’illustrer et surtout risquer sa vie sur le champ de bataille.
Ce fut Helle qui sortit Ulrich de ses pensées. La jeune femme en effet, abandonnant un instant la conversation du reste des convives, se tourna vers son époux, un sourire ou surpris ou amusé aux lèvres.
« Je dois dire que vous m’étonnez de plus en plus, baron –à moins que vous ne me permettiez pour de bon de vous appeler par votre prénom ? (Il hocha la tête) Je ne m’attendais pas à ce que vous nous accompagniez, ni à ce que vous vous montriez aussi… sociable. Vous êtes décidément un homme plein de surprises. Mais quelles que soient vos raisons, je tenais à vous remercier. Après tout je ne vous ai pas vraiment épargné en vous présentant Ellen aussi rapidement, sachez donc que j’apprécie beaucoup votre conduite. »
Il l’observa quelques secondes, surpris de cette tirade, d’autant que lui-même ne savait pas exactement ce qui le poussait à agir comme il le faisait avec Helle sinon un instinct qui ne l’avait que rarement trompé - pourtant, ça n’était pas faute de savoir faire preuve de méfiance. Il leva légèrement son verre à son tour et, quoi que toujours impassible, voulut répondre quand l’attention générale se tourna vers la demoiselle blonde qui, visiblement, supportait mal son dernier verre de champagne.

Le Danois observa la scène en silence, voyant au passage ses doutes se confirmer quant à l’intérêt que Racine pouvait bien porter à sa comédienne, ce qui ne manqua pas de l’amuser quelque peu. Sans bouger, il suivit un instant ce dernier du regard, qui s’éclipsait aux cuisines en compagnie d’Helle - non pas que le cas d’Eris ne le préoccupât pas mais... à la réflexion, si, il n’en avait pas grand chose à faire. La pauvre jeune fille n’avait visiblement pas l’habitude de boire quoi que ce soit, et Ulrich l’estima chanceuse, songeant qu’il connaissait des endroits où les mauvais convives, on les pend sans procès, c’est plus court.
« Pouvez vous ouvrir la fenêtre s'il vous plaît ? lui demanda soudain Sofia en s’agitant auprès de la malade. Un peu d'air lui ferait grand bien, je pense. Je vais chercher un récipient, au cas où elle aurait envie de … tout ressortir. »
Le mercenaire hocha la tête, attrapa un verre et s’exécuta tout en en profitant pour s’appuyer contre le rebords de la fenêtre où il se trouvait définitivement mieux qu’à proximité de la comédienne. Sofia sortit sur ces quelques mots, le laissant seul avec la demoiselle qui gémissait sur le sofa. Il sirota une gorgée de vin, immobile et silencieux, mais Sofia comme Racine et Helle tardaient à revenir. D’humeur légèrement plus miséricordieuse qu’à l’ordinaire, il posa son verre et alla aider Eris à s’allonger sur le sofa, un coussin de velours sous la tête.
« Prenez garde, la prochaine fois, mademoiselle, s’amusa-t-il vaguement. Avec l’alcool, méfiance est mère de sûreté. »

Là-dessus il se redressa, récupéra son verre et s’apprêtait à retourner s’asseoir sur l’un des fauteuils quand la porte du salon s’ouvrit. Là, deux choses arrêtèrent son geste. D’abord la grimace de Racine qui lui semblait adressée et dont il ne put saisir le murmure, ensuite, l’air visiblement furieux d’Helle qui n’avait ni sels ni décoction à la main. Ulrich fronça les sourcils, devinant qu’il avait dû se passer quelque chose en bas et que l’atmosphère joyeuse de la soirée s’était définitivement envolée - ce qui ne lui aurait fait ni chaud ni froid s’il ne s’était pas senti concerné par le quelque chose en question.
« Il y a des paroles qui ressemblent à des confitures salées, lâcha enfin son épouse, mais certaines conversations de domestiques font bien de ne pas tomber dans l’oreille d’une sourde. Je dois avoir une conversation avec Sofia avant de prendre une décision, mais si ce que j’ai entendu s’avère fondé, il me semble utile que nous ayons une conversation, monsieur. D’ailleurs… Mon ami, ajouta-t-elle à l’intention de Racine, auriez-vous l’obligeance quand Sofia reviendra d’emmener Eris se reposer à l’étage ? Vous trouverez ma chambre facilement, c’est la deuxième porte à droite, vous n’aurez qu’à l’allonger là. J’ai une conversation privée à avoir avec monsieur et la princesse. »
Ulrich dévisagea un instant Helle, méfiant, puis se tourna vers Racine qui ne put le renseigner que par un air contrit - c’est-à-dire qu’il ne le renseigna pas. Que pouvaient bien avoir dit les domestique pour mettre la Danoise dans cet état ? Le mercenaire, qui n’imaginait pas un instant qu’on pût lui reprocher une quelconque tromperie, songea que quelques mots avaient pu être lâchés à propose de son arrangement avec la princesse concernant Francesco Contarini. Mais était-ce suffisant pour s’attirer les foudres d’Helle ? Il n’en fut pas convaincu. Or la colère de celle-ci ne faisait aucun doute. Craignez la colère de la colombe, lui avait un jour dit l’une de ses victimes sur le point d’expirer. On imagine aisément qu’Ulrich était resté un instant perplexe devant une telle réplique (surtout de la part d’un autre mercenaire au moins aussi émérite que lui qui venait d’en découdre avec un des plus gros banquiers de la ville), mais il se prit soudain à songer que cet idiot avait peut-être eu au moins une parole de sagesse dans sa vie. Car Helle tenait définitivement plus de la colombe - même si ça n’était qu’en apparence, il avait pu s’en rendre compte - que d’autre chose.

C’est sur ces entrefaites que Sofia fit son retour, attirant par là les regards de l’ensemble de l’assemblée.
« Que se passe-t-il, pourquoi me regardez-vous tous ainsi ? demanda-t-elle en s’arrêtant, consciente de la soudain attention qu’on lui portait.
- Vous ai-je dit que j'avais retrouvé des poèmes galants que j'écrivais dans ma jeunesse ? intervint Racine, comme pour détourner la conversation. Ils me font rire désormais tant ils sont maladroits « Mes sens furent charmés, ma raison fut vaincue, Et mon cœur tout entier se rangea sous ta loi. Je vis que tes beautés n'avaient pas de pareilles : Tes yeux, par leur éclat... » Mais rapidement, il fut interrompu - ce qui n’empêcha pas Ulrich, qui se demandait toujours ce qui se passait, d’admettre que c’était là une intervention bien tentée.
- Sofia, j’aimerais échanger quelques mots avec vous et mon mari, je vous prie. Jean, emmenez cette pauvre petite et installez-la sur mon lit, qu’elle se repose un peu. »
Alors qu’Helle allait aider Racine dans le transport de la malade, Ulrich s’autorisa une nouvelle gorgée de vin, tout en répondant par un haussement d’épaules au regard de Sofia. Lorsqu’elle revint, il soutint froidement le regard de sa femme, toujours furieuse, avant de se décider à rompre le silence.
« Eh bien, madame, que se passe-t-il ?
- Allons droit au fait : je viens de surprendre une conversation des plus intéressantes dans les cuisines où j’ai appris avec étonnement que mon époux et ma meilleure amie auraient eu une liaison. Bien que je souhaite de tout cœur ne pas croire à ces racontars de domestiques, je ne pense pas que ces demoiselles se soient mises à inventer que vous, Ulrich, soyez venu ici auparavant. Et du peu que je connais de vous, je doute effectivement que ce soit pour une soirée mondaine ou un salon. Alors, ai-je raison ou ai-je tort ? »
Il y eut un court silence à la suite de ces paroles, silence durant lequel le mercenaire ne put qu’afficher un air.. perplexe. Ça n’était donc que cela ?
« Dites-moi simplement Sofia, poursuivit Helle, avez-vous décidé d’entrer dans le lit de mon mari avant ou après avoir appris que je cherchais à le retrouver pour ma fille ? Avant ou après avoir décidé de me dire où il était ? Avant ou après mon arrivée à Versailles ? Puisqu’on en est aux révélations et qu’entre amies on ne se cache rien, j’aimerais savoir jusqu’à quel point j’ai été l’idiote de l’histoire ! »

Considérant qu’il était déjà plus que temps de mettre un terme à cette scène, Ulrich se redressa sans laisser le temps à qui que ce soit de répliquer et se plaça face à son épouse. Lui qui ne se mêlait généralement pas de ces sordides histoires, ou du moins seulement du bout des lèvres lorsqu’il y était concerné, décida que pour l’occasion, il n’avait aucun intérêt à rester silencieux.
« Allons, il est inutile de vous mettre dans cet état, affirma-t-il, l’air toujours aussi froid quoi que convaincu par ce qu’il disait. La princesse Farnèse et moi nous sommes rencontrés à Rome il y a des années pour affaires, ne nous sommes pas revus jusqu’à mon arrivée à Versailles, et bien peu depuis. »
Il ne mentait ni ne niait quoi que ce soit - il n’en voyait pas l’utilité. Après tout, il avait eu plus que le temps d’oublier son mariage.
« J’ai quitté le Danemark il y a douze ans, qu’espériez-vous ? ajouta-t-il sans lâcher Helle des yeux. Cette affaire n’est qu’une coïncidence. »
Il lança un regard à Sofia. En y réfléchissant, il ne savait pas exactement depuis quand les deux jeunes femmes se connaissaient mais sur ce point-là, il ne pouvait que laisser Sofia s’exprimer, d’autant qu’il estimait ne pas avoir à se justifier plus que ce qu’il venait de le faire.
« Je ne pense pas qu’il soit utile d’épiloguer, conclut-il néanmoins. »
En effet, il préférait de pas être témoin d’une quelconque dispute, car on peut être un mercenaire dépourvu de scrupules et ne pas savoir que dans une telle situation.

(je suis absolument désolée d’avoir si peu avancé mais... Ulrich ne savait pas quoi dire de plus - et la joueuse non plus xD)
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MessageSujet: Re: Et une contre-soirée, une !    21.05.13 17:59

Sofia ne pensait pas un seul un instant que sa joyeuse fête allait tourner au drame de cet ampleur. Au contraire, tout se passait très bien jusque là, les quatre compères s'amusaient bien, seule Eris se sentait mal mais après avoir respiré les sels et s'allonger quelques minutes, elle serait en meilleur forme, ce n'était qu'un mauvais moment à passer. Elle ne pensait pas que ses domestiques la détestaient au point de cracher dans son dos des choses malheureusement vraies mais si méchamment dites. Si l'italienne le savait, sa sanction idéale était toute choisie : on les pend sans procès, c'est plus court. Mais pour l'instant, la jeune femme redescendait un récipient où la protégée de Racine pouvait régurgiter si l'envie lui en prenait. Quel froid lorsqu'elle parut dans le salon, toutes les paires d'yeux tournées vers sa personne, avec autant de regards différents. Seul celui de son ami Racine semblait bienveillant, presque peiné, et il tenta de briser la glace en parlant de ses poèmes galants mais l'humeur ne semblait pas être là, surtout de la part d'Helle.

« Sofia, j’aimerais échanger quelques mots avec vous et mon mari, je vous prie. Jean, emmenez cette pauvre petite et installez-la sur mon lit, qu’elle se repose un peu. »

Le ton était sans appel, Sofia ne comprit toujours pas, même si une pensée lui traversa l'esprit, mais cela fut vivement rejeté. Comment aurait-elle su ? Ce n'était pas Ulrich qui aurait parlé, cet homme avait la grande qualité de ne pas être bavard de ces choses et d'être une grande discrétion. Racine n'était pas au courant et Eris avait dû rencontrer les Sola ce soir seulement. Elle regarda passer le dramaturge et sa comédienne, le retenir était une option, il n'était jamais bon d'être seule dans ces cas là, mais ses bras restèrent figés autour du récipient qu'elle tenait toujours avant de se reporter sur Helle. Son regard dur, blessant, contrastait avec les yeux apeurés de l'italienne, dont l'esprit se tournait sur l'hypothèse qu'elle avait découvert la liaison qu'entretenait Sofia avec le baron de Sola. Le comment restait un mystère mais cela ne pouvait être que cela. Elle n'osa pas prononcer la moindre parole, ne voulant pas faire la moindre gaffe, ni lever les yeux vers Ulrich qui pourtant brisa ce silence avec toujours cette froideur qui le caractérisait.

« Eh bien, madame, que se passe-t-il ?
Allons droit au fait : je viens de surprendre une conversation des plus intéressantes dans les cuisines où j’ai appris avec étonnement que mon époux et ma meilleure amie auraient eu une liaison. Bien que je souhaite de tout cœur ne pas croire à ces racontars de domestiques, je ne pense pas que ces demoiselles se soient mises à inventer que vous, Ulrich, soyez venu ici auparavant. Et du peu que je connais de vous, je doute effectivement que ce soit pour une soirée mondaine ou un salon. Alors, ai-je raison ou ai-je tort ? »

Helle s'était adressée tout d'abord à son mari pendant que, un court instant, Sofia fronça les sourcils. Maudits domestiques, toujours à fourrer leurs nez là où ça ne les regardait pas. Elle aurait mis sa main au feu qu'il s'agissait de la pire d'entre elles, la vieille Vulfetrude, qui n'aimait guère la princesse et rendait compte des agissements à la mère Médicis. Mais plus que la colère, ce fut la peur qui reprit le dessus, ses yeux s'agrandirent. Le regard de son amie danoise l'aurait foudroyé sur place, tout autant que ses mots durs auraient pu la tuer de mille poignards en plein cœur.

« Dites-moi simplement Sofia, avez-vous décidé d’entrer dans le lit de mon mari avant ou après avoir appris que je cherchais à le retrouver pour ma fille ? Avant ou après avoir décidé de me dire où il était ? Avant ou après mon arrivée à Versailles ? Puisqu’on en est aux révélations et qu’entre amies on ne se cache rien, j’aimerais savoir jusqu’à quel point j’ai été l’idiote de l’histoire !
Je ... hé bien ... » balbutia la jeune femme, pris en flagrant délit comme une petite fille ayant été pris en flagrant délit de bêtises.

Fort heureusement, Ulrich eut plus de locution que l'italienne, d'habitude bien bavarde, et décida d'expliquer l'histoire avec concision et un détachement qui, pourtant caractérisait le danois, impressionnait la princesse qui ne se sentait pas bien à l'aise dans cette pièce et face à ces accusations, vraies bien sûr. Elle serrait toujours entre ses mains l'espèce bassine comme pour s'accrocher à une bouée en pleine mer.

« Allons, il est inutile de vous mettre dans cet état. La princesse Farnèse et moi nous sommes rencontrés à Rome il y a des années pour affaires, ne nous sommes pas revus jusqu’à mon arrivée à Versailles, et bien peu depuis. J’ai quitté le Danemark il y a douze ans, qu’espériez-vous ? Cette affaire n’est qu’une coïncidence. »

Cela était vrai, du moins au début. La liaison à Rome avait débuté avant que la Farnèse ne fasse la connaissance d'Helle. Au regard que lui lançait Ulrich, Sofia ne fit qu'un hochement de tête pour approuver ses dires. Elle avait mis du temps à comprendre qu'Helle et Ulrich étaient mari et femme, ce n'était pas le baron qui en parlait et elle avait connu Helle sous le nom de Barnekow, son amie s'était épanchée sur son mari mais sans dire le nom au départ, ce ne fut que sur le tard que le nom de Sola était ressorti. Ce n'était que là que Sofia fit le rapprochement et justement, elle avait encouragé Helle à venir à Versailles.

« Je ne pense pas qu’il soit utile d’épiloguer. » conclut l'imposant danois.

Un peu plus en confiance après le discours bref mais concis de celui qui fut son amant, Sofia prit enfin la parole, toujours tremblante malgré tout.

« Jamais je ne vous ai pris pour une idiote, ce terme m'irait davantage je veux bien l'avouer. Vous blesser est bien la dernière chose que je veuille … »

Mais il était vrai que le mal était fait. Ce drôle de trio pourrait faire rire sur scène, dans une farce, mais la réalité était bien plus cruel, Sofia n'était pas toujours bien soucieuse de ses actes, pensant qu'ils n'auraient aucune conséquence tant que ceux-ci n'étaient pas connus. Et ils n'avaient pas à l'être en temps normal. Elle n'était pas innocente, elle le reconnaissait volontiers et sa gorge nouée le prouvait bien.

« Monsieur de Sola, pouvez vous porter cela à monsieur Racine, dans le cas où la jeune Éris se sente mal ? » demanda t'elle en tendant l'espèce de bassine, faisant bien comprendre qu'elle devait rester seule avec son amie.

Elle si fière, si drapée dans son arrogance et se croyant au-dessus de tout, Sofia n'était en cet instant qu'une jeune femme peu confiante en sa propre personne, fragile et peu sûre de ses actes. Elle sentait les larmes lui monter, elle qui ne voulait plus pleurer pour rester forte. Se sentant bien peu de chose face à Helle qu'elle sentait s'éloigner, jamais la Farnèse n'aurait pensé son amie capable d'une telle colère. Craignez la colère de la colombe, c'était bien le cas d'Helle à cet instant. Seules face à face, Sofia n'en menait toujours pas large, ce n'était finalement pas une bonne idée qu'Ulrich soit monté à l'étage.

« Ce qu'a dit votre époux est vrai, nous nous sommes connus avant que je vous connaisse. Je me sens si mal, si vous saviez. J'aurais pu vous en parler mais je ne voyais qu'un moyen de vous faire souffrir dans ces paroles ingrates. Elle baissa les yeux, honteuse, les larmes commençant à couler. Je suis une bien mauvaise amie, je m'en veux vous avoir trompé de la sorte. Pas une seule fois je n'ai revu votre époux depuis votre arrivée, croyez moi … »

Depuis son arrivée cela était vrai, mais Sofia l'avait revu alors qu'Helle quittait la Suède pour Versailles. Mais il était hors de question de le dire, la vérité serait trop cruelle et il serait trop difficile de le dire à haute voix, en sachant consciencieusement que cela ferait du mal à son amie. Le sort du peu qu'il pouvait rester de leur amitié était dans les mains de la danoise ...

______________________

PRINCESSE VENALE ✽
“Dans les contes pour enfants, les princesses donnent des baisers aux crapaud. Dans la vie réelle, les princesses embrassent les princes et ceux-ci se transforment en crapauds.”


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MessageSujet: Re: Et une contre-soirée, une !    19.07.13 18:40

Et voilà que Racine après avoir fui la soirée catastrophique du Nouvel An se retrouvait plongé au cœur d'un drame digne des romans sentimentaux qui fleurissaient au grand plaisir des jeunes demoiselles versaillaises – et s'il trouvait ces dernières plutôt jolies, il n'était guère motivé à en être l'un des personnages principaux. Enfin par « principaux », il entendait là se retrouver aux premières loges, comme un stupide engrenage qui permettait de parvenir à la conclusion, en l'occurrence pas une éclatante réconciliation mais bel et bien une brouille stupide sur la base d'un quiproquo qui était digne du pire théâtre, bien loin des hauts sentiments bien grandiloquents de ses propres pièces. Quitte à choisir, il aurait (presque) préféré se retrouver à devoir faire la discussion à ce fameux monsieur... Monsieur... A ce monsieur qui avait été chargé de s'occuper du spectacle de la soirée au château du roi et qui avait eu l'idée – Racine ne trouva même pas de mot pour la qualifier – d'inventer un théâtre d'ombres (qui, si cela avait du succès, pourrait ruiner la carrière de ses acteurs), pour dire à quel point sa situation était désagréable. Pour le moment, il était assis auprès de sa jeune comédienne et protégée, Éris qui, après avoir fait des siennes à la soirée en courant derrière un Vénitien, gémissait toujours un peu en se plaignant d'un mal de tête et assistait à la scène qui se déroulait sous ses yeux, tout en tentant de se faire tout petit pour ne pas subir les foudres d'une Helle de Sola qu'il n'avait jamais vu aussi en colère. Qu'il n'avait jamais vu en colère tout court d'ailleurs, au moins, on allait pouvoir savoir si les Danois étaient aussi prompts à s'enflammer que les Italiens.
- Sofia, j'aimerais échanger quelques mots avec vous et mon mari, je vous prie, intervint Helle, les yeux brillant de colère mais d'un ton calme, Jean, emmenez cette pauvre petite et installez-la sur mon lit, qu'elle se repose un peu.
Bon finalement, il allait peut-être échapper aux explications car Helle venait ainsi de lui offrir une sortie de secours salutaire et Racine ne se le fit pas dire deux fois. S'il avait été un gentilhomme, peut-être aurait-il eu plus de scrupules à prendre la fuite et à laisser ses compagnons d'un soir s'écharper joyeusement alors qu'il serait à l'étage – en train de veiller une jeune fille qui allait dormir mais il ne tenait pas spécialement à rester dans la pièce même s'il compatissait tout de même un peu avec le baron, ne serait-ce que par solidarité masculine. Et parce qu'il comprenait sa situation même si en choisissant ses maîtresses dans des milieux sociaux différents, il n'avait pas encore eu la malchance de voir deux d'entre elles se faire la conversation (image qu'il trouva d'ailleurs un peu inquiétante). En définitive, la seule qu'il regrettait de laisser derrière lui, c'était bien la princesse Farnèse qu'il considérait comme sa petite sœur et qui allait devoir faire face à des explications. Avant de sortir, tout en soutenant Éris qui ne semblait pas comprendre ce qui se passait autour d'elle, encore davantage que Racine lui-même c'était dire, ce fut d'ailleurs à elle qu'il adressa un regard un peu peiné et un signe de tête pour lui souhaiter plein de courage. Après quoi, il grimpa tout aussi courageusement les marches qui menaient à la chambre de Helle dans l'hôtel Farnèse pour se laisser tomber, lui et sa charge de comédienne, sur le lit, sans nulle arrière-pensée pour le coup, la situation ne s'y prêtait pas.

Après un bref instant de soulagement, l'ennui le saisit après environ deux minutes, Éris s'étant mise à somnoler sans lui prêter aucune attention. Racine se redressa, regarda un peu autour de lui pour admirer la décoration – tous les Italiens n'étaient pas aussi ignobles sur les Vénitiens il fallait croire – puis se leva pour se rapprocher de la porte qu'il n'avait pas fermée derrière lui. A rez-de-chaussée, des éclats de voix montaient jusqu'à lui mais si celle, grave et profonde d'Ulrich de Sola fut aisément reconnaissable, les pépiements semblaient être ceux de domestiques commentant les événements en cours dans un couloir de l'hôtel particulier. Curieux, Racine se rapprocha du palier pour tenter de comprendre ce qu'il se passait et s'il allait devoir gérer un cadavre – ce qu'il ne souhaitait pas, même sur scène, il préférait éviter d'en placer, mais il ne parvint pas à saisir les mots du baron. Et il se décida à repousser un peu la porte lorsque des bruits de pas semblèrent monter les escaliers. Bon, il fallait parvenir à trouver une manière de se sortir de ce guêpier pour rejoindre l'hôtel de Bourgogne. Il en était là de ces réflexions, c'est-à-dire nulle part, lorsque la porte s'ouvrit d'un seul coup dans son dos, manquant de l'assommer par la même occasion car il ne s'était pas beaucoup déplacé, afin de livrer passage à Ulrich, portant la bassine pour Éris, l'air aussi ravi que si on lui avait demandé d'aller tuer quelqu'un – pour sa défense, Racine ignorait les activités nocturnes de celui qui avait été l'amant de Sofia.
- Ah, vous aussi, vous avez été renvoyé ? S'exclama le dramaturge avec un faux enthousiasme, et bien tant pis, nous allons pouvoir continuer la fête tous les deux !... Ou pas, rajouta-t-il en constatant que sa plaisanterie tombait à l'eau, nous allons manquer de champagne, j'ai l'impression.
Songeant que peut-être, le froid baron danois pouvait lui en vouloir, comme l'indiquait son air sombre et impassible, le jeune homme ne put s'empêcher de rajouter, en songeant qu'il ne valait mieux pas se faire un ennemi d'un tel homme, non qu'il fût influent dans les lettres, enfin Racine ne le croyait pas, mais surtout parce qu'il avait une carrure impressionnante et qu'il aurait facilement étranglé n'importe qui avec ses larges paumes :
- Je suis navré de la tournure des événements, je n'ai rien dit à votre épouse, je vous le promets... Je ne savais rien d'ailleurs, compléta-t-il avec un rire nerveux, nous sommes tombés sur des domestiques qui se plaisaient à raconter la vie de leurs maîtres... Et vous savez bien qu'il y a des paroles qui ressemblent à des confitures salées.
Ce faisant, il s'était de nouveau rapproché de la porte pour tendre l'oreille et saisir quelques bribes de conversation entre les deux anciennes amies :
- … Je m'en veux de vous avoir trompée de la sorte, disait Sofia ce que Racine s'empressa de transmettre à son compagnon improvisé.

Ils restèrent là quelques minutes à tenter de savoir ce qu'ils manquaient, faute d'être aux premières loges du spectacle puis Racine prit enfin la décision qui s'imposait : celle de quitter les lieux pour laisser place au drame qui, pour une fois, ne le concernait en aucune façon, profitant d'un instant d'éveil de la jeune Éris qui semblait être légèrement mieux et qui demandait où elle se trouvait. Il fallait bien dire qu'elle pouvait se poser des questions à se réveiller dans une magnifique chambre somptueusement décorée en compagnie de son maître et d'un géant blond.
- Je suis désolé de vous laisser, monsieur, pépiait Racine en aidant la jeune fille à se relever avec force gestes précautionneux pour ne pas la blesser – et avec une certaine tendresse, il était vrai, mais croyez-moi, dans ce genre de situation, mieux vaut encore partir. Avec l'une des deux ou pas, d'ailleurs.
Après un dernier salut au pauvre baron, il descendit les escaliers, passa devant le salon de la discorde où il passa uniquement la tête pour constater que les deux jeunes femmes n'avaient guère envie de lui dire au revoir et finit par récupérer ses effets personnels et laisser un mot à Sofia pour lui signifier qu'elle pourrait le revoir dès qu'elle le désirait. Cela fait, il se lança dans une fuite éperdue en compagnie d’Éris, afin de regagner Versailles et la voiture de poste qui pourrait les ramener jusqu'à Paris, spécialement dépêchée pour les derniers courtisans fêtards. Ils croisèrent nombre d'avinés, un duc de Mortemart avec sa sœur tout deux trempés de la tête aux pieds comme s'ils étaient tombés dans une fontaine, ce que Racine trouva particulièrement stupide. Soudain un hurlement de loup les fit sursauter tous deux et dans un geste protecteur, il enlaça la jeune Éris uniquement pour la défendre, évidemment.
- Pas d'inquiétude, monsieur ! Lui lança le cocher rondouillard de la voiture, à quelques pas, ce n'est que le duc d'Enghien qui se prend pour un loup !
Songeant que la soirée était définitivement étrange, Racine aida Éris à grimper puis la suivit. Au moment de s'installer, il se rappela qu'il avait complètement oublié la boîte de bonbons offerte par le roi sur la table du salon de Sofia ce qui n'était pas dommage mais peu poli vis-à-vis du souverain... Tant pis, les bonbons immangeables ne méritaient pas de se relancer dans la gueule du loup – au sens propre ou figuré –, il était temps que ce nouvel an catastrophique se termine !

Fin pour Racine
(ne le remerciez pas de son intervention, non vraiment)
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