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 « Que tu lui donnes un crayon, et l’enfant bâtit sa maison. »

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MessageSujet: « Que tu lui donnes un crayon, et l’enfant bâtit sa maison. »   11.01.13 2:22

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« Oh monsieur le duc, je vous en prie, parlez-moi encore de ces cosaques et du sire Sirko ! »
« Himmel ma chère baronne, vous découvrez-vous une passion soudaine pour les cosaques pour m’en demander le récit aussi souvent ? » sourit Maximilien en constatant l’insatiable curiosité de la jeune femme qui se promenait à son bras.
« Allons ne faites pas semblant d’ignorer qu’à cause de vous, je brûle d’en faire les héros de ma prochaine histoire. Alors ne vous faites pas prier de la sorte et poursuivez votre récit, je vous en conjure ! » s’écria Helle de Sola en faisant semblant d’être fâchée, incapable cependant de contenir sa joyeuse bonne humeur qui transpirait dans son sourire et ses pétillants yeux bleus. Maximilien ne répondit pas, réfléchissant à la manière dont il allait raconter la suite de ses –nombreuses- aventures chez les cosaques à la baronne danoise tout en la conduisant sur un banc afin de profiter tranquillement d’une des rares journées ensoleillées que ce mois de Février semblait vouloir accorder à Versailles. Maximilien inspira profondément, goûtant avec délice l’air frais, mais délicieusement parfumé de l’orangerie de Versailles –où la baronne avait tenu à l’emmener pour leur conversation. C’était le premier hiver à Versailles de Maximilien de Wittelsbach, duc de Bavière-Leuchtenberg, et il ne se serait jamais attendu à ce qu’il soit aussi agréable. Pourtant la chose n’avait rien d’étonnante : il était loin des turpitudes du Saint-Empire qui ne venait le rattraper que de temps à autre sous la forme de missives plus ou moins secrètes de l’Empereur Léopold, et surtout il était loin de son frère aîné et le reste de sa famille avec laquelle il désirait justement conserver un peu de… Distance, pour dire les choses diplomatiquement. Non décidément, le jeune bavarois n’avait guère de quoi se plaindre à Versailles, se disait-il en balayant le paysage du regard. Il se trouvait dans la cour la plus prestigieuse d’Europe, devançant même celle de ce cher Léopold, fréquentait des gens tous plus intéressants les uns que les autres à l’image de cette charmante danoise, et il avait sa sœur à ses côtés. Que demander de plus ? Maximilien avait des défauts, comme tout le monde ; mais celui d’être compliqué n’entrait pas dans la liste.

« Quelle tranquillité ici. » soupira Helle comme si elle avait lu dans ses pensées, et Maximilien ne put qu’acquiescer. « Qui irait croire que la guerre gronde au-dessus de nos têtes ? J’ai du mal à croire que la plupart d’entre nous quitteront Versailles pour aller sur le champ de bataille d’ici quelques mois à peine. »

A ces mots, le visage jusque-là serein du duc se rembrunit légèrement. La guerre contre la Lorraine lui était momentanément sortie de la tête alors qu’il faisait partie des premiers concernés. La lettre de Léopold était arrivée quelques jours auparavant, l’informant de ses fonctions dans le conflit à venir. L’œil avisé d’Helle, qui commençait à bien connaître le jeune homme qui se laissait parfois aller à lui parler de détails plus privés de sa vie comme sa famille ou ses préoccupations bien que cela soit rare, remarqua ce changement dans l’humeur de son nouvel ami.

« Vous n’avez pas encore parlé à votre sœur ? » souffla-t-elle en devinant de quoi il retournait. Les yeux verts de Maximilien croisèrent brièvement son regard avant de se baisser de nouveau vers le sol. Non, il n’avait pas encore parlé à Aliénor. Il n’en avait pas eu le temps tout d’abord, et surtout il se demandait comment présenter la chose. Il n’y avait en soit rien de dramatique dans la demande de Léopold Ier ; mais l’idée de laisser sa jeune sœur seule à Versailles quand tant de périls semblaient l’entourer et quand la guerre grondait à leurs portes ne lui plaisait définitivement pas. Il fallait qu’il trouve une solution, autrement il finirait par laisser l’inquiétude l’emporter et il était assez insupportable dans ces moments-là, à tourner comme un lion en cage et s’énerver facilement, lui qui était d’une jovialité et d’un optimisme remarquables en temps normal. Heureusement, il n’en était pas encore là. Igor, qui n’avait pas sa langue dans sa poche, le lui aurait fait remarquer. Les cosaques n’étaient pas du genre à avoir peur d’exprimer le fond de leur pensée, Igor encore moins que les autres.

Maximilien conversa encore quelques minutes avec Helle de Sola avant qu’elle ne prenne congé de lui, devant aller retrouver sa fille qui devait avoir fini ses leçons de la journée. Il lui baisa élégamment la main puis la regarda s’éloigner et disparaître au détour d’un bosquet, lui adressant un dernier signe de la main assorti d’un sourire espiègle. Sourire qui s’évanouit lentement sitôt qu’elle eut disparu. Une ride soucieuse se creusa entre ses sourcils, et il soupira avant de s’éloigner à son tour, les mains jointes dans le dos, en direction des écuries où il récupèrerait son cheval avant de repartir pour l’hôtel où la fratrie Wittelsbach avait élu domicile. Quelques minutes plus tard, non sans avoir fort aimablement salué quelques connaissances au passage, dont Louvois et Colbert avec qui il s’entretint quelques instants avec la plus grande courtoisie. Non, décidément, pas grand-chose ne laissait présager la guerre qui arrivait pourtant à grands pas. Et tous trois étaient remarquablement bien placés pour le savoir.

Maximilien regagna Paris et traversa la ville à une allure rapide pour rallier l’imposante demeure acquise par sa sœur avant son arrivée et sauta à terre avant de passer les rênes à l’écuyer qui vint l’accueillir. Il le remercia d’un hochement de tête et se hâta de grimper les quelques marches du perron pour s’engouffrer dans la porte qu’un domestique tenait ouverte pour lui.

« Merci mon cher. Rien de nouveau depuis mon départ pour Versailles ce matin ? »
« Rien monsieur le duc. » répondit le valet. « Madame est restée à l’hôtel afin de s’occuper de ses collections et n’a reçu que quelques visites de courtoisie. Rien qui ne soit d’importance pour monsieur le duc. »
« Parfait, tout va bien dans le meilleur des mondes… » conclut Maximilien qui, s’il était un homme féru d’aventures et d’inattendus, appréciait aussi la routine de temps en temps. Passer une journée sans apprendre de catastrophe, de disparition de correspondance ou autres désastre n’avait après tout rien de désagréable. Laissant son manteau et ses gants au valet, il s’avança dans le couloir en direction de la pièce où il savait qu’Aliénor entreposait ses nouvelles acquisitions en attendant de les classer, et où elle devrait se trouver si le valet ne s’était pas trompé. L’hôtel de Wittelsbach était un bijou d’architecture, coloré, doté de hauts murs et de plafonds voûtés. Les escaliers et colonnes de marbre ajoutaient encore à la distinction du lieu, ainsi que le mobilier choisi avec soin, preuve évidente du bon goût de sa propriétaire. A chaque fois qu’il déambulait dans les couloirs de l’hôtel, Maximilien se surprenait encore à s’étonner de l’œil sûr de sa petite sœur. Lui-même s’intéressait à l’art, mais pas plus qu’un autre gentilhomme ayant reçu une bonne éducation ; alors qu’Aliénor… Mieux qu’un coup d’œil sûr, c’était un véritable don du ciel qu’elle avait reçu là. Un talent certain qu’il admirait sincèrement et encourageait avec toute son affection fraternelle. Après tout, si ça pouvait la distraire de ses soucis, quel mal y avait-il à cela ?

Soudain, alors qu’il s’apprêtait à entrer dans la pièce et se tenait dans l’encadrement de la porte, un bruit dans son dos lui fit faire volte-face, juste à temps pour voir son valet personnel traverser le couloir à la vitesse de l’éclair en levant les bras pour se protéger d’un ennemi invisible. Enfin, invisible jusqu’à ce que…

« A mort ! A morrrrrrt ! »

Eberlué, Maximilien tourna la tête, juste à temps pour se baisser et esquiver de justesse une collision malheureuse avec un perroquet fou qui filait à toute allure à la poursuite d’Igor qui avait trouvé refuge derrière l’escalier et s’était armé d’un balai pour vaillamment défendre sa vie à laquelle on cherchait à porter atteinte.

« A morrrrrrrrrt ! Pendu, pendu, pendu ! » croassa encore le perroquet en virevoltant au-dessus de la tête du cosaque.
« Néron, suffit ! Viens ici Néron ! » ordonna Maximilien d’un ton ferme où perçait toutefois l’amusement qui avait suivi la surprise de la scène. Une scène pourtant récurrente chez les Wittelsbach, puisque le perroquet avait l’air d’avoir une sérieuse dent contre Igor. Ou contre les cosaques, Maximilien n’avait pas encore bien réussi à déterminer. Heureusement il avait plus de chance que le malheureux valet, et Néron fit demi-tour (à contrecoeur semblait-il) pour voler dans la pièce où se tenaient désormais ses deux maîtres et aller se poser sur le perchoir qui lui était assigné en continuant de répéter : « à morrrrrt ! » puisque c’était là tout ce qu’il savait dire.

« Si les domestiques me disent quand je rentre que tout va bien alors qu’ils assistent à une scène comme celle-ci et que mon valet se fait persécuter par un perroquet, je ne sais pas ce que je dois penser : ou bien que nos domestiques ne sont pas nets, ou bien que nous vivons dans une maison de fous et ne nous en rendons pas compte. » remarqua Maximilien à l’adresse de sa sœur, les poings sur les hanches en signe de perplexité et en jetant un regard réprobateur et interloqué au perroquet qui semblait s’en fiche comme de la première chaussette qu’il n’avait jamais eue –puisque c’était un perroquet. « Il faudrait tout de même songer à lui apprendre autre chose que ‘à mort’ ou ‘pendu’. Cela pourrait effrayer nos visiteurs et nous finirions nos jours comme deux vieux loups solitaires à radoter de vieilles histoires –tout ça à cause d’un perroquet qui ne sait dire que des horreurs. Ceci mis à part, bonjour chère petite sœur ! Comment vas-tu en cette belle journée ensoleillée ? »

Concluant sa tirade d’un sourire chaleureux et d’un signe de tête en guise de salut –puisqu’il était parti tôt, avant qu’elle ne se réveille ce matin-là- il se laissa tomber dans le fauteuil à côté du sien, faisant face aux deux nouvelles acquisitions dont le valet à l’entrée lui avait parlé et dont il n’avait pas encore vu la couleur. Croisant devant lui ses longues jambes, il posa le coude sur l’accoudoir et le menton dans la paume de sa main avant de détailler les deux œuvres tout en écoutant Aliénor. Lorsqu’elle eut fini, il fronça légèrement les sourcils, puis se pencha vers elle d’un air incertain et chuchota à voix basse, comme si on pouvait les entendre :

« Dis-moi Aliénor… Les personnes sur ces tableaux, ce sont bien Léopold et son épouse ? » Lorsqu’il eut reçu confirmation, il laissa échapper un sifflement admiratif –ou pas- avant de rire sans pouvoir s’en empêcher, le réprimant à moitié comme un enfant pris en faute en train de faire une bêtise et la trouvant pourtant infiniment drôle. « Les pauvres, ce peintre ne les a pas vraiment arrangés. Mais il y a de jolies couleurs. Où donc as-tu déniché ces merveilles ? »
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Côté Coeur: Il est libre de battre mais n'a pas trouvé qui serait digne de lui.
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MessageSujet: Re: « Que tu lui donnes un crayon, et l’enfant bâtit sa maison. »   23.01.13 16:16


« Un frère est un ami donné par la nature.  »
Cela commençait par une journée comme les autres en ce février 1667. Aujourd'hui, elle n'avait pas son service à Versailles et pouvait rester tranquillement à l'hôtel familial. Aliénor, quant à elle, pouvait se réveiller doucement dans son lit, bien qu'elle soit toujours matinale et pouvoir faire sa toilette et s'habiller dans une robe simple pour l'intérieur sans domestique, mis à part Ingrid, son intendante et servante qui connaissait les goûts et les humeurs de sa maîtresse sur le bout des doigts. Après ce petite moment sans vraiment de bavardage où l'autrichienne revêtit une jolie robe bleue fort simple mais élégante pour la maison – cousue par elle-même – elle se fit coiffer pour avoir les cheveux relevés, plus pratique pour s'occuper dans ses diverses tâches du quotidien.

Il faut dire qu'il n'y avait pas grand chose à faire mais tout de même : Aliénor avait toujours des courriers venant de Vienne à répondre pour avoir des nouvelles. Bien qu'elle se plaisait à Versailles, Vienne était sa cour à elle, la Hofburg a toujours été son endroit préféré. Et en ces temps moroses de préparation de guerre, cela faisait toujours du bien d'avoir des nouvelles plus chaleureuses. Mais aussi des nouvelles de Munich, bien qu'elle ne corresponde plus avec son frère Ferdinand-Marie, elle appréciait les lettres de sa belle-sœur Henriette-Adélaïde de Savoie, une adorable femme qui aidait son époux dans la reconstruction de Munich, en partie ravagée par la Guerre de Trente Ans. Tout le monde lui demandait comment était Versailles et s'il était vrai toute cette étiquette que l'on pouvait trouver de stupide. Aliénor s'amusait à tout détailler avec plaisir car même si tout cela était tout de même un peu étrange, elle s'en accommodait fort bien et s'en amusait même. Après avoir écrit une lettre pour une amie viennoise, il était temps pour elle de passer un peu de temps avec sa fille avant que celle-ci n'ait ses leçons. La petite Marie-Anne était déjà une petite dévoreuse de savoir, souvent à poser des questions et était bien contente d'avoir son oncle à la maison pour lui en poser davantage. Le moment passé avec sa fille était toujours trop court avant que le précepteur n'arrive pour lui faire ses leçons, il était temps de faire autre chose. Et ce serait coudre tout d'abord, avancer sur ses commandes pour pouvoir être payée plus rapidement. Depuis qu'elle avait confectionné la robe de la Surintendante de la Maison de Marie-Thérèse, Olympe Mancini, elle avait davantage de demandes. Cela lui prenait du temps mais c'était gratifiant de savoir que son travail était bien fait, bien qu'Aliénor ne pouvait s'enorgueillir de dire à tout ce beau monde que c'était son travail à elle, vu qu'elle se faisait passer pour une couturière pour arrondir ses fins de mois. Si Ferdinand-Marie ne se montrait pas si radin et peu clément envers sa sœur, la jeune femme n'aurait pas besoin de faire cela. Mais elle avait acheté l'hôtel particulier avant de vérifier ses comptes et découvrir que son frère n'avait pas tenu sa promesse de pension. Heureusement que son cousin Léopold était beaucoup plus sympathique et généreux, lui ! Puis elle savait parfaitement coudre alors autant mettre à profit ce savoir-faire.

L'après midi était davantage consacrée à ses collections. Après avoir dîné avec sa fille, Aliénor pouvait continuer à mettre en place ses cabinets. Il y avait beaucoup à faire, la jeune femme avait déjà entassé ses œuvres par thème, car il ne serait pas de bon ton de mélanger la peinture allemande avec une chinoiserie. Des œuvres, il y en avait dans toute la maison pour décorer les murs, mais aussi des belles sculptures, elle adorait les reproductions d'antique qu'elle avait aperçu ou qu'on lui avait montré en croquis. Ces Vénus, Flore ou Apollon peuplaient la maison, comme d'autres avaient des plantes dans leur intérieur. Mais aujourd'hui, l'autrichienne s'intéressa à la pièce orientale. A Vienne, on lui avait présenté des objets venus d'Extrême-Orient, de cette Chine époustouflante ou ce Japon si mystérieux et les objets qui en découlaient avaient séduit la jeune femme qui avait commencé à en acheter. C'était si exotique et raffiné, cela ne pouvait que plaire à une femme de goût. A l'aide d'Ingrid, les deux femmes cherchèrent les bons emplacements pour placer de paravent raffiné décrivant une scène d'amour courtois et aussi cette tenue traditionnelle qu'il fallait mettre à côté. C'est à ce moment là que Néron fit son apparition avec délicatesse :

« A mort ! A mort ! »

Et vint se poser tout d'abord sur le bras de sa nouvelle maîtresse qui lui caressa les plumes avant de s'installer sur ledit paravent qui avait trouvé sa place dans le coin nord-est de la pièce. Le perroquet était devenu une attraction dans l'hôtel depuis qu'Arthur de Roberval lui avait confié l'animal. Maximilien avait adoré tout de suite cette bête à plumes rouge et s'était donné comme objectif de lui apprendre de nouveaux mots. Le seul tyrannisé de la maison était Igor, le serviteur cosaque de Maximilien qui était la cible favorite de Néron. Quand celui-ci entra dans la pièce, le perroquet hurla un strident « Pendu ! » et fonça vers ce dernier qui s'enfuit en courant. Il dut ruser pour l'enfermer dans les appartements d'Aliénor avant de redescendre pour annoncer que des missives venues de Vienne ainsi qu'un colis devaient être récupérés par la jeune femme. En effet, deux lettres lui revenaient, dont l'une d'elle était avec deux énormes colis qu'elle fit amené et elle les fit mettre dans une pièce qui n'avait pas d'autre but pour l'instant que d'entreposer les nouvelles acquisitions ou celles qui n'avaient pas encore de place défini. Mais comme pour maintenir un suspense, elle ouvrit la première lettre avec un cachet reconnaissable entre mille. C'était une de ses amies lui racontant les dernières nouvelles viennoises, dont la rumeur disant que le comte palatin de Birkenfeld-Gelnhausen avait l'intention de demander la main d'Aliénor, quelle stupidité sans nom qui fit rire la jeune femme. Malheureusement rien d'autre d'intéressant. Passons à l'autre lettre, au cachet lui aussi bien connu. Quel cadeau lui faisait Léopold ? Il lui envoyait, selon lui deux magnifiques tableaux que vous saurez apprécié, j'en suis certain, en amatrice d'art que vous êtes. Davantage curieuse, Aliénor défi l'enveloppe en papier des tableaux … ne trouva pas les mots pour les décrire. En effet devant elle se trouvait son cousine l'empereur Léopold 1e et son épouse Marguerite-Thérèse en costume de théâtre. Jugez donc :
Toujours en les observant, c'est à ce moment là que Néron hurla à nouveau dans l'hôtel – s'étant échappé – et que son frère entra dans la pièce pour expliquer qu'ils tenaient peut être une maison de fous, ce qui fit rire la jeune femme qui se tourna vers Maximilien avec un sourire.

« Il faudrait tout de même songer à lui apprendre autre chose que ‘à mort’ ou ‘pendu’. Cela pourrait effrayer nos visiteurs et nous finirions nos jours comme deux vieux loups solitaires à radoter de vieilles histoires –tout ça à cause d’un perroquet qui ne sait dire que des horreurs. Ceci mis à part, bonjour chère petite sœur ! Comment vas-tu en cette belle journée ensoleillée ?
Bien le bonjour ! Je suis d'accord pour Néron, je te laisse d'ailleurs t'en charger, je sens que tu as bien foule d'idée ! lança t'elle sans départir de son sourire. Et je vais fort bien, même si je n'ai pas eu le temps de profiter du beau temps, contrairement à toi apparemment. »

Maximilien vint la rejoindre pour s'asseoir à ses côtés et il était évident que les tableaux ne le laissaient pas indifférent. Il n'y avait qu'à voir la façon dont il les détaillait pour comprendre que quelque chose n'allait pas.

« Dis-moi Aliénor… Les personnes sur ces tableaux, ce sont bien Léopold et son épouse ?
Exact. En costumes de théâtre s'il te plait ! et elle rit de bon cœur avec son frère car, en effet, les tableaux ne les mettaient guère à leur avantage.
Les pauvres, ce peintre ne les a pas vraiment arrangés. Mais il y a de jolies couleurs. Où donc as-tu déniché ces merveilles ?
Cela m'a été envoyé de Vienne par Léopold lui-même. Il dit dans sa lettre que connaissant mon bon goût, cela ne pouvait que me plaire ! En effet … elle resta dubitative avant de rire à nouveau. Non mais si le tableau est bien fait, avouons le qu'ils ne sont pas du tout à leur avantage ! Où vais-je mettre cela ? Je ne peux pas les cacher, cela serait impoli … mais les accrocher … Je pense ne pas avoir le choix ! Je ne sais pas pourquoi ils ont été représenté de la sorte, aurais tu une idée ? »

Maximilien aurait bien une théorie fumeuse, amusante pour les faire rire davantage sur ces peintures qu'elle devrait accrocher dans l'hôtel car il ne ferait pas bon effet si un proche de l'empereur venait à passer ici sans les voir. Là serait tout le problème ! Rechercher là où ils pourraient être cachés mais pas trop serait un défi de taille qui l'occupera quelques heures !

« A part ce tableau, une de mes amies, Thérèse-Marie, m'assurait que le comte palatin de Birkenfeld allait demander ma main à notre frère ! Non pas qu'il soit ni vieux ni repoussant mais que ferait un comte de ma personne ? Tu le sais aussi bien que moi, Maxi', nous sommes membres d'une illustre famille, ni Ferdinand-Marie ni Léopold n'accepteront de telle union. Telle est notre sort : celui d'épouser des princesses ou des ducs et laisser les comtes pour plus petit que soi. Elle lui fit un doux sourire, Aliénor s'était toujours résignée à ce sort, mais ne voulait pas parler de choses trop graves. Et toi, qu'as tu fait d'intéressant à Versailles ? »

Ces deux là avaient toujours quelque chose à faire ou quelqu'un à voir. Maximilien avait sa grande passion pour l'histoire et avait tant voyagé qu'il était évident qu'il avait toujours quelque chose à raconter et toujours un public qui l'écoutait ; quant à Aliénor, ses collections la faisait entrer chez tous les passionnés d'art qui étaient toujours étonnés de voir ce petit bout de fille, pas bien grande ni bien vieille, avait autant amassé de tableaux, sculptures et objets. Elle se retenait de dire que l'ennui de son deuxième mariage avait beaucoup aidé.

« Oh j'ai oublié de te dire hier que j'ai reçu un courrier d'Henriette-Adélaïde. Elle me racontait que Ferdinand-Marie prenait les armes et serait sans doute parti quand je recevrais sa lettre. Il ne veut même pas me l'écrire lui-même, je pense qu'il ne veut plus me parler depuis la dernière lettre qu'il a reçu de ma part ! »

Puis elle se rendit compte qu'elle n'avait pas parlé de cette lettre à Maximilien. Dans une sourde colère, Aliénor avait envoyé une lettre d'insultes à son électeur de frère pour lui dire ce qu'elle pensait de ses façons de faire et de sa radinerie. Il lui avait répondu tout aussi sèchement qu'elle n'avait pas à lui écrire de la sorte et qu'il valait mieux qu'elle ne lui écrive plus du tout. C'est vrai que ce n'est pas beau ni d'insulter son aîné, ni de cacher cela à son cadet !

Spoiler:
 

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pion de l'échiquier politique
La femme est un monde mystérieux, incompréhensible. Elle se désintéresse de la logique ordinaire et n'écoute que la voix de son cœur. C'est pourquoi l'homme n'arrivera jamais à sa hauteur...
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MessageSujet: Re: « Que tu lui donnes un crayon, et l’enfant bâtit sa maison. »   22.02.13 22:53

La vie était tellement paisible à l’hôtel Wittelsbach qu’il était bien difficile de s’imaginer que la guerre viendrait tout perturber. Dans ce grand manoir où vivaient si peu de personnes, où rien de bien exaltant ne se passait jamais mais où on était sûr de trouver paix et tranquillité, Maximilien se sentait à l’aise et en confiance. Il avait appris à en connaître les moindres recoins comme chez lui –alors que techniquement, il vivait chez sa sœur- et avait trouvé là un foyer inattendu, lui qui avait pris l’habitude d’être sur les routes et de visiter les cours royales et impériales des quatre coins d’Europe, et même un peu plus loin. Et l’idée de devoir abandonner l’hôtel pour une durée indéterminée lui serrait le cœur. Non seulement parce qu’il ne savait pas quand il reviendrait, mais parce qu’il perdait pour il ne savait combien de temps ce bout de chez lui qu’il avait fini par adopter. Partir en Lorraine ne l’enthousiasmait guère –il grimaçait même à l’idée d’y croiser son frère- mais il n’avait pas vraiment le choix, n’est-ce pas ? Léopold avait été très clair à ce sujet : il avait besoin de lui en Lorraine. Et non seulement Maximilien ne pouvait pas désobéir à son Empereur, mais l’idée de faillir à son devoir envers lui lui plaisait encore moins que celle de devoir partir. Avant son séjour à Versailles, Maximilien ne s’était jamais réellement interrogé sur ses voyages à répétition, son absence perpétuelle de chez lui ; mais maintenant qu’il s’était fixé loin de sa famille maudite –sœur exceptée- il commençait à suspecter que ses propres motivations avaient été plus profondes qu’une simple passion pour les voyages ou un sens du devoir familial et patriotique envers son cousin et empereur. Au fond, il avait juste voulu s’éloigner d’une famille trop étouffante et à l’héritage trop lourd et morbide même pour ses épaules. Au fond, il avait juste été lâche. Et dans le processus, il avait laissé Aliénor derrière se débrouiller seule avec Ferdinand-Marie.
Oh, il n’avait pas été un frère complètement absent. Au contraire, dès qu’elle avait eu besoin de lui, dès qu’il avait pu intervenir en sa faveur, il l’avait fait. Mais il se disait qu’il aurait pu être plus présent, en arrêtant de courir à droite à gauche dès qu’il en avait l’occasion, par exemple. Il n’avait pas été mauvais, mais il aurait pu être meilleur. Et pour ce minutieux perfectionniste, la nuance était essentielle.

Aliénor s’était-elle jamais aperçue de la culpabilité qui l’étreignait parfois ? Jamais bien longtemps, jamais de honte cuisante et dévastatrice, mais le sentiment coupable du gamin qui n’a pas réussi à tenir la promesse faite à un parent, un professeur, ou à un frère ou une sœur. Il en doutait, et il entendait bien que les choses restent ainsi ; confortablement installé dans son fauteuil, il observait sa sœur qui riait de ces ridicules tableaux et songeait qu’il ne pouvait, qu’il ne devait rien faire pour entacher ce fragile équilibre qu’elle avait réussi à se construire malgré leur frère, malgré son mariage raté, malgré le meurtre de son mari, malgré la correspondance disparue. Et pourtant, d’ici quelques minutes, c’était bien ce qu’il allait devoir faire. A sa décharge il n’avait pas vraiment le choix, il fallait bien lui dire un jour qu’il devait partir pour la Lorraine et la laisser à nouveau seule.

« Cela m'a été envoyé de Vienne par Léopold lui-même. Il dit dans sa lettre que connaissant mon bon goût, cela ne pouvait que me plaire ! En effet … continuait Aliénor sans avoir remarqué que son frère avait brièvement été perdu dans ses pensées ; et même si elle l’avait remarqué, cela lui arrivait tellement souvent qu’elle n’aurait pas été plus étonnée que cela. Non mais si le tableau est bien fait, avouons le qu'ils ne sont pas du tout à leur avantage ! Où vais-je mettre cela ? Je ne peux pas les cacher, cela serait impoli … mais les accrocher … Je pense ne pas avoir le choix ! Je ne sais pas pourquoi ils ont été représenté de la sorte, aurais tu une idée ? »
« Accroche-les dans une pièce où personne ne va jamais, et ressors-les quand tu attends de la visite de notre vieil Empire, ça suffira amplement ! Par contre je n’ai aucune idée de ce qui a pu passer par la tête de Léopold ou de sa femme le jour où ils ont décidé de faire faire ces tableaux… » répondit Maximilien en se caressant le menton d’un air songeur. « Peut-être ont-ils soudainement eu des velléités de se prendre pour des comédiens. Ou bien se sont-ils soudainement converti à la tradition de Carnaval ? Je me souviens lui avoir parlé du carnaval de Venise –tu sais, j’y avais été l’année dernière pour rendre visite au Doge- mais je ne pensais pas que mon récit l’influencerait autant ! Croise-tu que je doive me sentir flatté d’être aussi scrupuleusement écouté ? » demanda-t-il d’un air réjoui.
« A part ce tableau, une de mes amies, Thérèse-Marie, m'assurait que le comte palatin de Birkenfeld allait demander ma main à notre frère ! Non pas qu'il soit ni vieux ni repoussant mais que ferait un comte de ma personne ? »
« Birkenfeld ? Il a de la suite dans les idées celui-là, et il ne sait pas encore à quelle espèce de dragon il va se frotter en discutant avec notre bien-aimé frère. » grimaça-t-il.
« Tu le sais aussi bien que moi, Maxi', nous sommes membres d'une illustre famille, ni Ferdinand-Marie ni Léopold n'accepteront de telle union. Telle est notre sort : celui d'épouser des princesses ou des ducs et laisser les comtes pour plus petit que soi. »

Maximilien perçut la lueur de désappointement et de résignation qui passa dans les yeux bleus de sa petite sœur et en ressentit un pincement au cœur. Bien sûr qu’il le savait, lui aussi ; d’ailleurs il lui semblait étrange de le dire encore à voix haute, tant ce principe avait fini par se graver dans son esprit. Raison pour laquelle, peut-être, Maximilien avait toujours repoussé l’heure du mariage en trouvant un prétexte quelconque pour refuser les femmes que son frère lui proposait, ou tout bêtement en ne répondant pas à ses lettres quand elles évoquaient ce sujet. A vingt-huit ans, Maximilien était encore célibataire, et les choses n’avaient pas l’air prêtes à changer de sitôt.

« Ils sont fous, ces Habsbourg. » se contenta de soupirer Maximilien en laissant retomber son bras sur l’accoudoir.
« Et toi, qu'as tu fait d'intéressant à Versailles ? »
« Oh, rien de bien plus folichon que d’habitude. J’ai rencontré messieurs Colbert et Louvois qui sont curieusement plus distants depuis la déclaration de la guerre. » rit-il de bon cœur. « Heureusement après cela j’ai pu tenir compagnie à la baronne de Sola, activité bien plus réjouissante que la compagnie de ces deux oiseaux bien tristes. »
« Oh j'ai oublié de te dire hier que j'ai reçu un courrier d'Henriette-Adélaïde. Elle me racontait que Ferdinand-Marie prenait les armes et serait sans doute parti quand je recevrais sa lettre. Il ne veut même pas me l'écrire lui-même, je pense qu'il ne veut plus me parler depuis la dernière lettre qu'il a reçu de ma part ! »

Maximilien tiqua sur cette dernière nouvelle et releva la tête. Ainsi Ferdinand-Marie était déjà parti, lui aussi ? Il devait sûrement se trouver en Lorraine à l’heure qu’il était –et nul doute qu’il ferait partie des premières personnes que Maximilien croiserait lorsqu’il irait prendre les armes, lui aussi. L’heure des retrouvailles approchait et bizarrement, était loin de réjouir d’autrichien qui se serait bien passé de sa compagnie un peu plus longtemps. Il frissonna en ayant déjà l’impression de sentir peser sur lui le regard inquisiteur, critique, et évidemment réprobateur de son aîné qui trouverait quelque chose à critiquer malgré son évidente réussite sociale et ‘professionnelle’. Rien n’était jamais assez bien pour Ferdinand-Marie. A ce stade ce n’était même plus du perfectionnisme, c’était une obsession et un désir malsain de rabaisser les autres en permanence, peut-être pour lui-même s’élever un peu plus. Il était vrai qu’il était marié, lui au moins, et avait déjà eu six enfants même si trois étaient morts en très bas âge. Mais tout de même, Maximilien plaignait Henriette-Adélaïde, sa belle-sœur. L’éternel insatisfait qu’était Ferdinand-Marie devait être impossible à vivre en ménage.

Mais plus encore que lui rappeler la réjouissante compagnie qu’il allait avoir en Lorraine, cette nouvelle lui rappela qu’il devait encore faire cette annonce à sa sœur. Raison pour laquelle il ne pouvait se montrer trop sévère alors qu’il venait d’apprendre qu’elle avait réussi à se froisser avec leur aîné. Il soupira et se pinça l’arête du nez non sans un brin de lassitude avant de répondre :

« Bah, au moins peut-être qu’il n’essayera plus de te marier avec le premier duc venu, et encore moins avec nos cousins, oncles, neveux et tout ce qu’il peut trouver encore de mâles célibataires dans notre famille. Avec la guerre, il aura d’autres choses en tête que ton destin marital pour un moment… » Puis il esquissa un sourire sans joie. « Pardonne-lui, va. C’est peut-être un mauvais frère mais c’est un bon dirigeant, et on ne peut pas être bon partout… Himmel, j’ai du mal à croire que je prends sa défense. » ajouta-t-il avec un bref éclat de rire.

Se levant de son fauteuil, Maximilien joignit les mains dans son dos et alla jusqu’aux nouveaux tableaux, les détaillant sans vraiment les voir, cherchant plutôt les mots pour annoncer à son tour la nouvelle qu’il avait repoussée au maximum. Mais la date du départ approchait dangereusement désormais et il fallait qu’Aliénor soit au courant. Elle se doutait certainement d’ailleurs que Léopold l’aurait appelé à son service ; ce qu’elle ne pouvait pas deviner en revanche c’était quand et où. Après tout, il avait déjà tellement joué les ambassadeurs qu’il aurait très bien pu rester à Versailles ou ailleurs en France pour mener des négociations. Hélas, il semblait que l’Empereur avait des projets plus ambitieux pour lui. Maximilien garda le silence encore un instant, puis inspira comme pour se donner le courage nécessaire et quand il se retourna de nouveau vers Aliénor, une ride soucieuse se dessinait entre ses sourcils.

« Aliénor, il faut que je te dise… Ferdinand-Marie n’est pas le seul à devoir partir prendre les armes. J’ai reçu il y a quelques jours une lettre de Léopold. Il me demande de me rendre en Lorraine pour mener des hommes de Bavière-Leuchtenberg, apparemment nous avons besoin de plus d’effectifs et je dois contribuer à l’effort de guerre. » Il soupira de nouveau, passant une main dans ses cheveux bruns d’un air préoccupé. « Ca, et certainement d’autres tâches plus diplomatiques, et évidemment j’ignore encore où elles me mèneront… Bref, il faut que je parte en Lorraine, moi aussi. Aussitôt que possible, et j’ai déjà repoussé mon départ autant que je le pouvais. Et j’ignore complètement quand je pourrai revenir à Versailles ou même aller à Vienne si tu comptes aller là-bas pendant la durée des hostilités. »

Le regard baissé sur le sol, Maximilien laissa le temps à Aliénor d’assimiler la nouvelle. Il n’était pas très fier de le lui annoncer si tardivement et surtout d’avoir repoussé l’échéance délibérément, juste parce qu’il n’avait pas envie de lui saper le moral avec des nouvelles de la guerre. Finalement, se taire avait peut-être été une option encore moins recommandable. Presque piteusement, il releva ses yeux verts sur elle et guetta sa réaction avec, il fallait bien l’avouer, un brin d’appréhension. S’il y avait bien une chose dont il n’avait pas envie à ce moment précis, c’était de se disputer avec Aliénor.

« Tu m’en veux ? J’ai voulu éviter de te parler de choses désagréables, mais finalement ce n’était peut-être pas la meilleure idée que j’aie jamais eue… Je suis désolé, petite sœur. »
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MessageSujet: Re: « Que tu lui donnes un crayon, et l’enfant bâtit sa maison. »   07.03.13 19:22

Le frère et la sœur se tenaient face aux deux portraits de l'Empereur et l'Impératrice, amusés par cette drôle de représentation. Mais pourquoi en costume de théâtre ? Léopold et Marguerite-Thérèse n'étaient déjà pas bien gâtés par la nature, mais il ne fallait pas tendre le bâton pour se faire battre avec de telles représentations. Elle imaginait cela accrochés à la Hofburg et voyait déjà quelques courtisans rire sous cape. Même les deux Wittelsbach, pourtant adorant l'empereur qui était leur cousin, ne pouvait pas s'empêcher de s'en amuser. C'était gentil de les lui avoir envoyés, Aliénor était contente quand son cousin faisait cela, il était toujours adorable de ce point de vue là. Mais il n'avait clairement pas eu bon goût sur ce coup là, au contraire même ! Mais cacher des tableaux de l'Empereur du Saint-Empire était quand même assez mal vu, c'était tout le dilemme de la jeune femme en cet instant, heureusement que son cher frère était là pour l'aider.

« Accroche-les dans une pièce où personne ne va jamais, et ressors-les quand tu attends de la visite de notre vieil Empire, ça suffira amplement ! Par contre je n’ai aucune idée de ce qui a pu passer par la tête de Léopold ou de sa femme le jour où ils ont décidé de faire faire ces tableaux…
Je vais les mettre dans un des salons et si un ambassadeur ou une personnalité de l'Empire vient, je les mettrais dans la salle à manger. Heureusement que l'Empire ne se bouscule pas à notre porte ! songea l'autrichienne, qui pensait plus à ses tableaux qu'au pourquoi, même si son frère avait une théorie intéressante.
Peut-être ont-ils soudainement eu des velléités de se prendre pour des comédiens. Ou bien se sont-ils soudainement converti à la tradition de Carnaval ? Je me souviens lui avoir parlé du carnaval de Venise –tu sais, j’y avais été l’année dernière pour rendre visite au Doge- mais je ne pensais pas que mon récit l’influencerait autant ! Croise-tu que je doive me sentir flatté d’être aussi scrupuleusement écouté ? »

Aliénor se mit à rire franchement à cette interprétation et imagina l'espace d'un instant, Léopold sur un char avec ce costume face à une foule enthousiaste.

« Sois en fier, Maxi alors. Mais j'espère que tu ne l'as pas influencé au point qu'il décide d'un Carnaval à Vienne. Imagine toutes nos connaissances emplumées et costumées ainsi. Je ne manquerais cela pour rien au monde ! » s'en amusa t'elle.

Cela serait une idée à creuser, mais pas du tout avec ce genre de costumes, Vienne était une capitale du bon goût, pas de la débauche ou du ridicule comme Venise. Que toute cette idée reste dans ces affreux tableaux, c'était peut être mieux ainsi. Et après s'être bien amusés sur ces toiles, Aliénor continuait à parler, cette fois de nouvelles plus vagues, sur Vienne et de ce qu'il s'y passait, en particulier sur le comte de Birkenfeld, ce palatin qui avait parlé d'avoir la main de la Wittelsbach.

« Birkenfeld ? Il a de la suite dans les idées celui-là, et il ne sait pas encore à quelle espèce de dragon il va se frotter en discutant avec notre bien-aimé frère. »

C'était bien vrai, si quelqu'un voudrait se marier à Aliénor, passer par Ferdinand-Marie n'était pas une mince affaire ! Mais par cette histoire, la jeune femme parlait surtout de sa condition où elle ne pourrait jamais épouser n'importe quel homme, son nom et ses aïeux étaient essentiels, bien plus que son âge ou son intelligence par exemple. L'archiduchesse n'avait jamais émis la moindre plainte à ce sujet, elle avait été éduqué ainsi et elle-même n'aurait jamais la prétention d'être la rebelle de la famille en épousant le premier marquis français qui passait par-là. Elle n'était pas malheureuse non plus, même si son second mariage était un désastre alors qu'assez prestigieux sur le papier, mais elle était résignée. Même si jamais Ferdinand-Marie venait à disparaître – ce qu'elle ne souhaitait pas même si elle le détestait, il restait son frère – Alienor n'aurait jamais l'idée d'outrepasser les règles. C'était ainsi, elle s'y plie. Alors adieu les comtes, les barons, les marquis, pour elle comme pour Maximilien d'ailleurs mais, même les plus grandes familles avaient leurs limites.

Pour éviter de ne pas faire dans le mélo, Aliénor changea de sujet, demandant à son frère ce qu'il avait fait de la journée, vu qu'il était parti tôt ce matin, qu'ils n'avaient pas pu se voir depuis la veille. Et comme lui s'était rendu à Versailles, il avait sans doute eu une journée plus palpitante que la jeune femme, du moins il avait du voir plus de monde, ce qu'il avait fait d'ailleurs. Mais la guerre revenait toujours sur le tapis, surtout quand on rencontrait Coblert et Louvois qui n'avaient plus que cela à la bouche, toute leur vie devait tourner autour de cette guerre. Même Aliénor était concernée, son frère aîné était parti avec l'armée bavaroise pour Nancy. Pensait elle que Maxi allait faire de même ? Quitter Versailles pour se paraître d'une armure et se battre ? Oui, elle y avait pensé bien sûr, c'était logique. Mais Maximilien, contrairement à leur aîné, n'était pas un militaire, alors elle espérait que lui resterait, ne serait pas obligé de partir aussi. Elle observait son frère, un petit sourire sur les lèvres, elle espérait qu'il lui dise ce qu'il ferait ces premiers mois. Mais avant, la discussion partit sur Ferdinand-Marie, l'électeur de Bavière, excellent homme professionnel et bon mari d'avoir son épouse, mais bien mauvais frère sans peu de compassion. Jamais Aliénor ne pourrait lui pardonner de l'avoir mariée à leur cousin alors qu'il savait que Sigismond-François n'était pas un si bon parti. Sûrement qu'il espérait que leur branche familiale pourrait récupérer l'Autriche inférieure et le Tyrol, et il avait d'ailleurs tout à fait raison.

« … Pardonne-lui, va. C’est peut-être un mauvais frère mais c’est un bon dirigeant, et on ne peut pas être bon partout… Himmel, j’ai du mal à croire que je prends sa défense.
En effet. Si seulement il cessait de gouverner sa famille comme il gouverne la Bavière ! Enfin tu as raison, à Nancy il sera trop occupé, il pourra nous laisser tranquille. » déclara t'elle un peu rassurée.

Nous ? Oui, elle espérait que son frère resterait. La guerre approchait et si les armées de l'Empire partait pour Nancy, ceux qui vivaient à Versailles s'en allaient, en grand cortège comme les anglais, ou un par un comme les espagnols. Versailles se vidait de ses futurs ennemis mais Maxi était toujours là, c'était plutôt bon signe, non ? Puis Maximilien leva, laissant sa sœur assise sur un fauteuil à le détailler de dos. Les mains dans le dos, le regard un peu dans le vide, cela sentait une nouvelle à annoncer. Et vu la discussion sur laquelle ils étaient, il ne fallait pas être idiot pour comprendre, mais l'autrichienne espérait autre chose.

« Maxi, qu'est ce qu'il y a ? demanda t'elle, inquiète.
Aliénor, il faut que je te dise… Ferdinand-Marie n’est pas le seul à devoir partir prendre les armes. J’ai reçu il y a quelques jours une lettre de Léopold. Il me demande de me rendre en Lorraine pour mener des hommes de Bavière-Leuchtenberg, apparemment nous avons besoin de plus d’effectifs et je dois contribuer à l’effort de guerre.
Oh. dit elle simplement, s'y attendant mais déçue malgré tout.
Ça, et certainement d’autres tâches plus diplomatiques, et évidemment j’ignore encore où elles me mèneront… Bref, il faut que je parte en Lorraine, moi aussi. Aussitôt que possible, et j’ai déjà repoussé mon départ autant que je le pouvais. Et j’ignore complètement quand je pourrai revenir à Versailles ou même aller à Vienne si tu comptes aller là-bas pendant la durée des hostilités. »

Puis il y eut un silence. Maximilien, les yeux baissés au sol, attendait que sa sœur dise quelque chose. Mais la jeune femme ne savait que dire. Oui, elle s'y attendait un peu, c'était tellement évident mais pourtant, elle avait espéré autre chose, qu'on le laisse tranquille. Elle resta à le fixer pendant de longues secondes, se demandant ce qu'elle pourrait faire sans lui. Maxi' était son soutien, sa béquille et son protecteur. Elle était grande pour s'assumer bien sûr, mais c'était toujours plus rassurant quand il était là. Et elle ne disait toujours rien, perdue quelques secondes, comme ailleurs. La voix de son frère la ramena à la réalité.

« Tu m’en veux ? J’ai voulu éviter de te parler de choses désagréables, mais finalement ce n’était peut-être pas la meilleure idée que j’aie jamais eue… Je suis désolé, petite sœur.
Ne t'en veux pas. Elle se leva à son tour et s'avança vers Maxi et le serra dans ses bras. Quel drôle de contraste de taille entre eux deux. Je m'en doutais que tu partirais. Voir tout le monde s'en aller, j'attendais ton tour. Et comme tu restais et tu menais ta vie à l'habituelle, je pensais stupidement que tu serais une exception … »

Elle resta quelques secondes contre son frère avant de se détacher doucement et lever la tête vers son grand frère (au sens propre dans les deux sens) et lui faire un petit sourire triste et poussa un petit soupir.

Quand pars tu ? Je devine que ce n'est qu'une question de jours n'est ce pas ? » Elle lâcha un nouveau soupir.

Paris n'était pas sa ville mais elle l'appréciait beaucoup, elle avait acheté cet hôtel, l'avait décoré avec goût et avait totalement accepté d'être éloignée de Vienne le temps que l'histoire de la mort de Sigismond-François soit enterrée. Puis son entrée dans la Maison de la Reine lui donnait une occupation quasi-quotidienne. Elle ne se voyait pas retourner à Vienne, surtout pas pendant la guerre, il lui faudrait rester ici.

« Quand tu partiras, je ferais mes affaires pour m'installer dans mes petits appartements au château. Ici sera trop grand pour Marie-Anne et moi, même si je passerais régulièrement ici. Au moins là bas je verrais du monde et je ne tomberais pas sur Derek et … elle se tut l'espace d'un instant, se rendant compte de ce qu'elle venait de dire et le rouge lui monta aux joues, se rendant compte qu'elle allait parler de l'histoire de Marie-Anne. qu'il vienne à troubler mon quotidien. J'ai autre chose à faire, comme ça Marie-Thérèse m'aura au plus près, si elle a besoin de moi … »

Elle avait essayé de parler d'autre chose mais elle n'avait jamais été douée pour les mensonges, surtout face au regard de son grand frère. Il n'y avait pas que lui qui avait caché des choses !


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La femme est un monde mystérieux, incompréhensible. Elle se désintéresse de la logique ordinaire et n'écoute que la voix de son cœur. C'est pourquoi l'homme n'arrivera jamais à sa hauteur...
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MessageSujet: Re: « Que tu lui donnes un crayon, et l’enfant bâtit sa maison. »   04.05.13 14:33

Les yeux rivés sur le plancher, Maximilien guettait non sans appréhension la réaction de sa petite sœur à l’annonce de son départ prochain pour la Lorraine. Il avait repoussé l’heure de l’annonce autant que possible mais commençait à s’interroger sur la pertinence de cette réaction ; n’aurait-il pas mieux valu lui dire plus tôt, afin de leur laisser le temps à tous deux de se faire à l’idée ? La raison aurait sûrement opté pour cette solution, mais Maximilien, voyant enfin sa sœur apaisée après les tourments que lui avaient causés son second mariage, n’avait pas voulu venir ternir le paysage en lui parlant d’une guerre dont il ignorait quand il reviendrait. Laisser Aliénor seule à Versailles ou à Vienne ne lui plaisait guère, encore moins avec cette correspondance dont ils n’avaient toujours pas retrouvé la trace malgré les mois qui s’étaient écoulés depuis. Et si un maître-chanteur se manifestait pendant son absence, ou que les autorités tombaient dessus ? Igor s’arrangerait pour le faire prévenir bien entendu, puisque le duc avait l’intention de laisser son fidèle valet à sa cadette afin d’assurer l’intérim et sa sécurité –il se sentait plus en confiance en sachant son serviteur auprès d’elle prêt à lui porter secours en cas de besoin- mais combien de temps s’écoulerait-il entre le moment où Aliénor serait en danger et celui où il le saurait, sans compter le temps qu’il revienne à Versailles pour intervenir ? C’était cette perspective, plus qu’aucune autre, qui semait l’inquiétude dans l’esprit habituellement calme et pragmatique du jeune homme. Plutôt prudent avec une certaine capacité de relativisation en temps normal, Aliénor constituait son point faible : prenant très à cœur son rôle de grand frère puisque Ferdinand-Marie était incapable de l’assurer correctement, il se sentait personnellement responsable du moindre malheur qui pourrait lui arriver ; et même sans parler de responsabilité d’aîné à cadette, Aliénor était certainement la personne qui occupait la place la plus importante dans la vie du jeune homme. N’ayant plus de parents, n’étant pas marié, ne s’entendant pas avec son frère, ayant perdu son meilleur ami, il avait beau avoir quelques autres proches –encore que ceux-ci se comptent sur les doigts de la main- il avait parfois le sentiment qu’Aliénor était la dernière personne qui lui restait, sans compter la petite Marie-Anne évidemment. Loin d’être du genre à s’angoisser pour rien, il avait pourtant une hantise : qu’il arrive quelque chose aux « deux femmes de sa vie » sans qu’il ne puisse venir à leur secours.

Relevant les yeux sur elle pour observer sa réaction, il sentit son cœur chuter de quelques centimètres dans sa poitrine en remarquant son air absent alors qu’elle le regardait pourtant dans les yeux et la lueur de tristesse dans ses prunelles bleues. Ne me regarde pas comme ça, songea-t-il, ça lui donnait encore moins envie de partir. Un instant il songea à l’emmener à Nancy, avant de se raviser aussitôt. Nancy n’était pas éloignée du front, une telle entreprise aurait été trop dangereuse, surtout avec une enfant en bas âge avec eux. Non, décidément, il valait mieux qu’elle reste à Versailles ou aille à Vienne retrouver leurs cousins autrichiens. C’était plus sûr.

« Ne t'en veux pas. Je m'en doutais que tu partirais. Voir tout le monde s'en aller, j'attendais ton tour. Et comme tu restais et tu menais ta vie à l'habituelle, je pensais stupidement que tu serais une exception … »
« Désolé. » répéta-t-il en refermant ses bras sur sa cadette qu’il serra contre lui avant de déposer un baiser affectueux sur ses cheveux blonds. « J’aurais dû t’en parler plus tôt. J’ai essayé de négocier avec Léopold, mais la situation a l’air de s’être compliquée et il semblerait bien que je n’aie plus le choix, finalement… »
« Quand pars tu ? Je devine que ce n'est qu'une question de jours n'est ce pas ? » demanda-t-elle en se détachant de lui, forcée de lever la tête pour le regarder dans les yeux –un phénomène qui les avait toujours beaucoup fait rire, de même que leur entourage d’ailleurs. S’ils avaient la mentalité et l’entente symbiotique d’une paire de jumeaux, il aurait été difficile de les faire plus différents physiquement !
« La semaine prochaine, si je réussis à régler toutes mes affaires ici à temps ; mais dix jours au grand maximum. Mais ne t’inquiète pas, petite sœur. » finit-il par dire d’un ton qui se voulait joyeux avec un sourire rassurant tout en pinçant gentiment le nez de sa cadette, s’amusant de sa grimace. « Il est hors de question que je reste éloigné trop longtemps. Tu t’ennuierais beaucoup trop sans moi et je doute que les charmants portraits de Léopold et son épouse te divertissent longtemps. »

En période de crise, l’humour était encore la meilleur arme pour chasser les nuages, c’était une vieille maxime dans une famille aussi peu réjouissante que celle des Habsbourg – et surtout un précepte que Maximilien avait appris à mettre en pratique dès son enfance, quand il ne se réfugiait pas dans ses rêveries. S’il pouvait redonner le sourire à sa petite Aliénor, pourquoi s’en priver ? Il espérait apaiser ses inquiétudes en dédramatisant la situation, et peut-être cherchait-il à calmer les siennes par la même occasion. Après tout, il avait souvent été absent à cause de ses voyages diplomatiques, et même si c’était la première fois qu’Aliénor se retrouvait seule à Versailles, ce n’était pas la première fois qu’elle se retrouvait seule tout court. Et encore une fois, Igor serait là pour veiller sur elle. Maximilien savait que son valet cosaque était d’une loyauté indéfectible envers son maître, et par extension, à Aliénor et Marie-Anne et qu’il veillerait sur elles comme sur sa propre famille. D’ailleurs il avait beau ne pas le dire, Maximilien était sûr qu’Igor fondait complètement devant la bouille d’ange de Marie-Anne qui ne cessait de le réclamer en l’absence de son oncle pour la balader dans tout le manoir sur ses épaules !

« Quand tu partiras, je ferais mes affaires pour m'installer dans mes petits appartements au château. Ici sera trop grand pour Marie-Anne et moi, même si je passerais régulièrement ici. Au moins là bas je verrais du monde et je ne tomberais pas sur Derek et … »

Aliénor s’interrompit en rougissant au moment même où Maximilien, interpellé par ce prénom qu’il ne connaissait pas et le souci visible de sa sœur de ne pas le croiser, posait sur elle un regard moins bienveillant qu’intrigué. Elle tenta de se rattraper, mais le mal était fait.

« …qu'il vienne à troubler mon quotidien. J'ai autre chose à faire, comme ça Marie-Thérèse m'aura au plus près, si elle a besoin de moi … »

Immobile face à sa petite sœur, Maximilien sentit son sourire s’effacer ; pas tant à cause de la mention de ce Derek qu’il ne connaissait pas, mais plutôt parce qu’il sentait que quelque chose n’allait pas. Scrutant le visage désormais gêné d’Aliénor, il eut aussitôt l’intime conviction qu’elle lui cachait quelque chose. Non seulement la connaissait-il par cœur, mais elle était trop mauvaise menteuse et lui un diplomate depuis trop longtemps pour ne pas remarquer que quelque chose clochait dans son discours. En temps normal, il aurait peut-être déjà commencé à l’interroger pour savoir ce qu’elle lui cachait ; au fond il n’avait jamais complètement digéré la seule fois dans leur vie où elle avait commis l’erreur de lui cacher quelque chose, ce qui était arrivé à son deuxième mari et cette maudite correspondance volatilisée, deux évènements graves et liés qui pendaient maintenant comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête blonde. Il avait espéré que cela aurait servi de leçon et qu’elle ne lui cacherait plus rien d’important de la sorte ; s’était-il trompé ? Dans le doute, et parce que lui-même se sentait encore un peu coupable de ne pas l’avoir avertie plus tôt de son départ, il choisit de ne pas insister sur ce moment d’hésitation. Pas tout de suite, du moins. Mais dans ses yeux verts, on pouvait clairement lire le doute qui l’habitait.

« C’est une bonne idée. Marie-Thérèse aura certainement beaucoup à faire en l’absence du roi, ton support lui sera précieux, j’en suis certain. Puisque Louis XIV sera loin, je redoute que les langues se délient plus facilement qu’à l’ordinaire et qu’elle soit la cible de nouvelles moqueries. Mais toi-même, sois prudente petite sœur et fais attention de ne pas te mêler d’affaires de cour qui pourraient mal tourner. Le trop d’attention qu’on a pour le danger fait le plus souvent qu’on y tombe. » dit-il en essayant de ne pas insister sur le sujet désormais tu entre eux, mais Aliénor avait l’air décidément trop perturbée pour qu’il puisse décemment l’ignorer plus longtemps. Que diable pouvait-il bien se passer dans sa tête pour qu’elle le fuie du regard de la sorte et ait l’air aussi mal à l’aise ?

Décidant d’en avoir le cœur net, mais peu désireux de brusquer sa cadette, Maximilien la considéra d’un œil soucieux plutôt que suspicieux, et se pencha légèrement en avant pour capter son attention et lui faire relever la tête pour croiser son regard, demanda un ton plus bas :

« Aliénor, tout va bien ? Tu parais soucieuse. C’est de rester seule à Versailles qui t’inquiète ? »

La question était plus rhétorique qu’autre chose, et l’expression d’Aliénor le conforta dans son idée que la perspective de rester seule à Versailles n’était pas ce qu’elle avait à l’esprit lorsqu’elle avait malgré elle trahi une pensée qui la mettait mal à l’aise. Il hésita encore un instant avant d’insister. Allons, tu n’es pas fils de producteur d’artichauts! se morigéna-t-il pour se décider. Les producteurs d’artichauts avaient certainement une vie paisible où le secret n’avait pas cours ; mais il était assez observateur pour voir que quelque chose n’allait pas, et assez averti des ennuis de sa sœur pour ne pas pouvoir se dérober au sujet. Avec leur position à l’un et à l’autre, la moindre erreur pouvait leur coûter très cher.

« Tu me caches quelque chose, petite sœur. » dit-il d’un air beaucoup plus sérieux, dardant sur elle un regard inquisiteur. « Aliénor, s’il y a quelque chose que tu dois me dire avant que je ne parte pour la Lorraine, je suggère que tu le fasses maintenant. Il me semble que les secrets nous aient plutôt desservis, ces derniers temps. »
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MessageSujet: Re: « Que tu lui donnes un crayon, et l’enfant bâtit sa maison. »   02.06.13 20:12

Se retrouver seule à Versailles n'était pas une perspective réjouissantes. En effet, Aliénor avait acquis cet hôtel de particulier déjà bien trop grand pour trois Wittelsbach, alors si l'un d'entre eux s'en allait pour un temps indéterminé, cela allait faire un grand vide. Puis les deux jeunes gens étaient le pendant l'un de l'autre, à se protéger et avoir ce lien familial si fort. Quand Maximilien partirait, la jeune autrichienne se retrouverait comme les fois où sa famille l'avait mariée : seule, sans les siens. Bien sûr que Versailles était moins effrayant que Dresde quand elle avait quinze ans, et moins sinistre qu'Innsbruck où elle en gardait de mauvais souvenirs, mais le château de la monarchie française était un nid de crabes où on ne se fait pas que des amis, elle pouvait en témoigner. Mais dans ces deux endroits, elle s'était sentie seule, un peu vulnérable et cela pouvait pousser à faire des bêtises, là encore Aliénor pouvait en témoigner ! Maximilien était une sorte de témoin de moralité, une bonne conscience, elle se sentait plus en confiance et savait qu'il y aurait toujours son grand frère pour l'aider et/ou la protéger.

Et cette annonce se faisait soudainement. Si Maxi le lui aurait annoncé avant, l'avait préparée pour qu'elle s'organise, cela aurait pu être plus facile. Ou pas, en fait. Dans un cas comme dans l'autre, Aliénor se serait inquiétée pour son frère, se serait demandée ce qu'elle avait bien pouvoir devenir loin de lui et toutes ces angoisses quotidiennes d'avoir un parent qui s'en va sur le front, même s'il ne se battait pas. Elle s'inquiétait davantage pour Maximilien qui allait servir de conseiller de leur cousin impérial que de son aîné qui allait véritablement se battre avec ses hommes bavarois, un comble tout de même ! Et pourtant, l'archiduchesse ne lui en voulait pas, elle comprenait tout à fait que son frère ne veuille pas la brusquer, elle était simplement triste de le voir s'en aller, et ne pas savoir quand il reviendrait.

« La semaine prochaine, si je réussis à régler toutes mes affaires ici à temps ; mais dix jours au grand maximum. Mais ne t’inquiète pas, petite sœur. Il lui pinça doucement le nez avec amusement. Il est hors de question que je reste éloigné trop longtemps. Tu t’ennuierais beaucoup trop sans moi et je doute que les charmants portraits de Léopold et son épouse te divertissent longtemps.
Je suis bien d'accord avec toi. répondit-elle avec un petit sourire, masquant sa tristesse. Mais tu auras intérêt à m'écrire le plus souvent possible ! »

Se trouver un peu de contenance n'était pas chose facile lorsque l'angoisse vous tenait au corps mais Aliénor avait toujours appris qu'il fallait jouer sur les apparences, et elle ne voulait pas se montrer trop triste face à son frère qui avait déjà eu assez de mal à lui annoncer son départ et s'en voulait. Ce n'était pas contre lui, c'était juste une peur primaire, intarissable, une angoisse de ne plus avoir quelqu'un vers qui se tourner en cas de besoin. Et bien qu'elle ait des amis, rien ne valait son frère aux yeux d'Aliénor. Il fallait déjà penser à où se loger : elle pensait que Versailles serait plus proche de la reine qui aurait sans doute besoin d'elle. Mais pourquoi avoir mentionné Derek ? Aliénor se sentait stupide, se maudit intérieurement de ne pas tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de dire des bêtises pareilles, et n'aimait pas mentir. Sans doute car elle ne savait pas faire et que Maxi le découvrait tôt ou tard. La seule fois où elle lui avait menti, cela avait brisé quelque chose entre les deux Wittelsbach et elle ne voulait pas que ça se reproduise. Et pourtant, la jeune femme allait devoir décevoir une nouvelle fois son frère, chose qu'elle détestait, il était trop adorable pour qu'on lui fasse du mal. Mais aussi trop diplomate pour poser la question de front. Elle avait tourné les yeux, son corps s'était un peu raidi et son visage était d'un coup plus triste.

« C’est une bonne idée. Marie-Thérèse aura certainement beaucoup à faire en l’absence du roi, ton support lui sera précieux, j’en suis certain. Puisque Louis XIV sera loin, je redoute que les langues se délient plus facilement qu’à l’ordinaire et qu’elle soit la cible de nouvelles moqueries. Mais toi-même, sois prudente petite sœur et fais attention de ne pas te mêler d’affaires de cour qui pourraient mal tourner. Le trop d’attention qu’on a pour le danger fait le plus souvent qu’on y tombe.
Tu me connais, ce n'est pas mon genre … » souffla t'elle doucement.

Cela était bien vrai, Aliénor von Wittelsbach n'était pas du genre à se perdre dans les cabales ou être la courtisane par excellence. Elle se pliait volontiers aux exercices de Cour grâce à son éducation, mais c'était tout, elle n'était pas du genre à jour les médisantes. Mais à dire vrai, en cet instant, elle s'en moquait un peu, son esprit ne cessait de lui rappeler ses mots d'il y a quelques minutes, ce moment d'égarement où elle n'avait pas su tenir sa langue et s'en voulait de ne pas savoir mentir comme il le fallait et rester pétrifiée de la sorte, n'osant pas parler d'elle même, à attendre que son frère la pousse à parler.

« Aliénor, tout va bien ? Tu parais soucieuse. C’est de rester seule à Versailles qui t’inquiète ? »

Elle resta silencieuse et finit tout de même par lever les yeux vers son frère. Si lui semblait sérieux, Aliénor ressemblait à un enfant qui avait fait une bêtise, ses grands yeux bleus étaient remplis de peur et de culpabilité et alors qu'elle allait s'exprimer, Maximilien fut le premier à parler, un brin plus dur et son regard fit détourner la tête de la jeune femme. Elle fit même quelques pas pour s'éloigner, comme si cela allait changer quelque chose.

« Tu me caches quelque chose, petite sœur. Aliénor, s’il y a quelque chose que tu dois me dire avant que je ne parte pour la Lorraine, je suggère que tu le fasses maintenant. Il me semble que les secrets nous aient plutôt desservis, ces derniers temps.
Je suis une idiote …murmura t'elle comme à elle-même avant de se tourner vers son frère, peu sûre d'elle. Si je ne voulais pas en parler, c'est que cela date de plusieurs années, seuls les souvenirs sont revenus à la surface et je ne voulais pas t'encombrer d'histoires aussi stupides que je le suis. »

Sa voix tremblait légèrement et elle ne savait pas comment commencer son récit. Que dire ? Jusqu'où dire ? Puisqu'elle avait mentionné le nom de Derek, c'était cette bêtise là qu'il fallait raconter, avouer à voix haute cette faiblesse qu'elle avait eu, comment elle s'était fait manipuler, et qu'elle garderait toujours une trace de ce moment avec la naissance de Marie-Anne. Elle fit quelques pas encore, comme pour se donner de la contenance, cherchait un point pour que son regard se fixe sans trouver voir son frère, car son cœur lui faisait mal dés qu'il entrait dans son champ de vision. Elle ne savait pas quoi faire de ses mains qui se serraient, trahissant ainsi une certaine peur, elle se sentait comme une protestante dans l'Angleterre catholique de Mary Tudor. Et après un silence gêné et pesant, il fallut bien parler.

« Te souviens tu de la famille de Saxe ? commença t'elle, nerveuse. Quand je suis partie pour Dresde dans ma nouvelle famille, j'ai pu faire connaissance de tous ses membres, plus ou moins sympathiques. Le frère de mon époux avait plusieurs enfants, l'un d'entre eux avait mon âge. Tu dois l'avoir rencontré quand tu es venu me voir. Il s'appelait Derek. Elle tourna un court instant sa tête Maxi, qui devait situer qui était ce fameux Derek qu'elle avait mentionné peu avant avant de regarder ailleurs. J'avais quinze ans, j'étais mariée à un homme qui avait plus du double de mon âge et les filles de hautes naissances n'ont pas le choix sur leur vie privée, je le sais mieux que quiconque. Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée, mon repos, mon bonheur semblait être affermi, Athènes me montra mon superbe ennemi. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ; Je sentis tout mon corps, et transir et brûler. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables, d’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables. Des larmes vinrent perler ses yeux mais elle les essuya pour continuer son histoire. Cela était tellement stupide d'avoir des sentiments pour celui qui était mon neveu par alliance et de ne pas savoir comment lutter contre. Et pire encore, de ne pas savoir refuser des avances, trop contente de me croire aimée comme personne et non pas comme une chose, une simple silhouette avec un nom prestigieux … »

Elle se tut, comme figée l'espace de quelques instants. Ses absences n'arrivaient que rarement en temps normal, mais il fallait avouer que la peur, l'angoisse faisait resurgir cette maladie dont elle n'avait pas conscience. Elle perdait quelques secondes de sa vie ainsi, sans s'en rendre compte, paralysée durant quelques instants, le regard perdu, dos à son frère, un geste en suspens, telle une sculpture comme il y en avait dans la maison. Puis les pas reprirent, la main retomba, le regard retrouva sa chère culpabilité et elle se mordit la lèvre en baissant la tête.

« C'est une erreur stupide et qui m'a fait assez de mal quand, à peine cette relation a commencé, ce fut terminé. Je m'en suis tellement voulue d'avoir eu ce comportement, je n'étais pas digne de notre famille … Alors quand je l'ai revu à Versailles, cela a fait remonter ces souvenirs, j'ai gardé cette même angoisse de savoir si un jour cette histoire ressortirait, si un jour, quelqu'un apprenait … »

Elle aurait voulu continuer sur sa lancée. Quitte à passer pour une espèce de gourgandine, autant assumer jusqu'au bout d'avoir eu un enfant illégitime, mais sa gorge se serra, et les larmes déjà roulaient sur ses joues roses. Elle fit finalement volte-face, regarda son frère avec ces yeux si désolés, avant de se précipiter vers lui pour le serrer dans ses bras et pleurer à nouveau.

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MessageSujet: Re: « Que tu lui donnes un crayon, et l’enfant bâtit sa maison. »   27.11.13 17:09

Les secrets faisaient partie du quotidien de Maximilien, mais s’il y avait bien une personne sur cette Terre dont il attendait honnêteté et transparence, c’était Aliénor. Elle était la seule personne au monde en qui il avait une entière confiance (avec Tobias bien entendu, mais il y avait des années qu’il n’avait pas revu son ancien valet) et lui-même lui disait absolument tout, du moment que ça ne touchait pas à un secret d’état qu’il aurait été dangereux de révéler à une tierce personne. Et pourtant, Maximilien était connu pour être discret. Il avait beau être expansif, joyeux et plein de vie dans la vie publique, il n’était pas compliqué de prendre le temps de réfléchir pour se rendre compte de ce que l’on savait au juste du duc de Leuchtenberg, et la réponse était bien souvent : pas grand-chose. Avec la dextérité du diplomate qu’il était, il avait appris à distiller parcimonieusement les informations qu’il voulait bien laisser filtrer et contrôler avec précision l’image qu’il voulait donner de lui. Aliénor était l’une des rares à échapper à cette règle. Elle était sa sœur, et si quelques années les séparaient ils étaient aussi proches que des jumeaux. Il ne lui cachait rien, et aurait aimé que la réciproque soit vraie. Malheureusement, depuis sa rencontre avec Eléonore Sobieska, Aliénor semblait… différente. Le meurtre de son mari (car bien qu’il n’ait aucune preuve, Maximilien avait l’intime conviction que c’était bien de ça qu’il s’agissait), cette correspondance perdue dont il n’avait rien su pendant trop longtemps, tout autant de secrets qui, s’ils lui avaient été révélés à temps, auraient pu être beaucoup moins dangereux pour Aliénor. Maximilien présumait peut-être un peu de ses capacités, mais il savait qu’il connaissait assez le monde des secrets et comment les neutraliser pour aider sa cadette. Si seulement il n’était pas trop tard. Il avait espéré qu’après cela  elle lui aurait accordé plus de confiance, mais visiblement, il y avait encore des choses qu’il ignorait. Et s’il n’en disait rien, ce constat le blessait plus profondément qu’il ne voulait bien l’admettre. Il savait qu’il pouvait paraître envahissant, voire inquisiteur, mais il ne posait pas toutes ces questions de gaité de cœur. Tout ce qu’il demandait, c’était de pouvoir protéger sa petite sœur !

« Je suis une idiote … » murmura Aliénor, alors que Maximilien pouvait presque entendre son cœur se fissurer. Il n’avait aucune envie de faire de la peine à sa cadette, qui avait suffisamment souffert par le passé. Faisait-il quelque chose de travers ? Ne fais pas cette tête Aliénor, je ne voulais pas te faire de la peine ! songea le jeune homme en se mordant la lèvre inférieure. Il détestait se sentir impuissant, dans quelque situation que ce soit. Surtout quand ça impliquait sa petite sœur. Mais il sentait qu’il y avait quelque chose là-dessous qu’il avait intérêt à déterrer, et qu’Aliénor elle-même avait peut-être besoin de confier. Peut-être n’était-ce pas une coïncidence qu’elle ait laissé échapper ce nom par mégarde. Alors Maximilien se tut, attendant la suite.
« Si je ne voulais pas en parler, c'est que cela date de plusieurs années, seuls les souvenirs sont revenus à la surface et je ne voulais pas t'encombrer d'histoires aussi stupides que je le suis. » finit-elle par lâcher, visiblement anxieuse. Bien anxieuse pour des histoires stupides, se dit le jeune duc, mais il garda cette réflexion pour lui. Il l’observa en silence tout d’abord, mais en voyant qu’elle s’éloignait et évitait de le regarder, Maximilien craignit de la voir s’échapper, une fois encore, dans une de ces absences coutumières ou un silence résolu d’om ne filtrerait plus rien. Il avança donc d’un pas vers sa sœur et répondit d’une voix adoucie :

« Allons, ça ne peut pas être si terrible que ça. Aliénor, aie confiance. Crois en moi, que je puisse veiller sur toi. »

Le ton de sa voix était presque implorant. Il ne voulait pas voir Aliénor s’éloigner de lui une fois de plus. Ils avaient mis du temps à se remettre des premiers mensonges d’Aliénor, et aujourd’hui, il voulait à tout prix éviter que cela ne se reproduise. Même si ça impliquait d’entendre des vérités désagréables, mieux valait tard que jamais, n’est-ce pas ?

« Te souviens tu de la famille de Saxe ? » Il acquisça. « Quand je suis partie pour Dresde dans ma nouvelle famille, j'ai pu faire connaissance de tous ses membres, plus ou moins sympathiques. Le frère de mon époux avait plusieurs enfants, l'un d'entre eux avait mon âge. Tu dois l'avoir rencontré quand tu es venu me voir. Il s'appelait Derek. » Suspendu à ses lèvres, Maximilien hocha de nouveau la tête après s’être accordé une seconde de réflexion. Derek de Saxe, il se souvenait avoir conversé quelques minutes avec lui lors d’une de ses visites à Dresde, mais sans plus. Qu’avait-il à voir dans cette affaire ?

Et finalement le verdict tomba. Une adolescente mal mariée, perdue dans une nouvelle famille loin des siens, sans repères, un homme séduisant et prévenant, et la boucle était bouclée. Combien de fois Maximilien avait-il entendu des histoires similaires, sans jamais s’imaginer que cela pourrait arriver sous son propre toit…A sa propre petite sœur.

« Cela était tellement stupide d'avoir des sentiments pour celui qui était mon neveu par alliance et de ne pas savoir comment lutter contre. Et pire encore, de ne pas savoir refuser des avances, trop contente de me croire aimée comme personne et non pas comme une chose, une simple silhouette avec un nom prestigieux … »
« Aliénor… » commença Maximilien avant que sa voix ne se brise sur le silence de sa cadette qui lui tournait le dos, statue tragique emprisonnée dans sa carapace d’argile. Le cœur de Maximilien se brisa un peu plus alors qu’il comprenait qu’une fois de plus, sa sœur lui échappait. Une fois encore, il n’était pas à la hauteur, il n’avait pas été à la hauteur. S’il avait été plus présent à l’époque au lieu de partir aux quatre coins de l’Europe en exploration, s’il l’avait accompagnée à Dresde, s’il lui avait donné plus de conseils, s’il l’avait écoutée plus attentivement… Rien de tout ça ne serait arrivé. Il n’en voulait plus à Aliénor de lui avoir caché sa liaison avec Derek de Saxe : il s’en voulait d’avoir été un si mauvais grand frère. Mais Aliénor se remit à arpenter la pièce lentement, perdue dans ses souvenirs.

« C'est une erreur stupide et qui m'a fait assez de mal quand, à peine cette relation a commencé, ce fut terminé. Je m'en suis tellement voulue d'avoir eu ce comportement, je n'étais pas digne de notre famille … Alors quand je l'ai revu à Versailles, cela a fait remonter ces souvenirs, j'ai gardé cette même angoisse de savoir si un jour cette histoire ressortirait, si un jour, quelqu'un apprenait … »

Sa voix se brisa sur la dernière note, et Maximilien sentit le poids des mots qui devenaient lourds, beaucoup trop lourds pour elle. Et surtout il vit, sur les joues d’Aliénor, les grosses larmes rondes qui roulaient comme des pierres sur le flanc d’une colline, impossible à stopper. Toute son impuissance se cristallisait dans les larmes qui coulaient sur les joues de sa petite sœur, comme un constat dépité. Comme une accusation et l’expression du plus profond des désarrois. Et au moment même où elle s’élançait vers lui il ouvrit les bras et fit ce qu’il aurait dû faire il y a des années de ça : la prendre contre lui et la réconforter comme la petite fille perdue qu’on avait forcée à grandir trop vite qu’elle était toujours restée.

« Aliénor, je suis tellement désolé… » souffla Maximilien en serrant sa petite sœur contre lui aussi fort qu’il le pouvait, la voix inhabituellement chargée d’émotion. Il s’en voulait. Terriblement. De n’avoir rien compris, d’être passé à côté de quelque chose d’aussi énorme, d’avoir failli à son devoir, de n’avoir pas été le grand frère dont Aliénor avait besoin. « J’aurais dû être plus présent à l’époque de ton mariage, quand tu es partie vivre avec eux… Rien de tout ça ne serait arrivé. Je te demande pardon. Ce n’est pas ta faute Aliénor, c’est la nôtre. » ajouta-t-il en pensant à Ferdinand-Marie qui avait, tout autant que lui si ce n’est plus, failli à sa tâche d’aîné.

Et puis ce Derek de Saxe… Maximilien sentit la colère gronder en lui en songeant à la manière dont il avait traité sa petite sœur. Comment pouvait-on faire ça à une enfant de quinze ans ? Et tout juste mariée, qui plus est ? Intérieurement, il se jura que si son chemin croisait celui de Derek, il lui ferait payer cet affront. Personne ne ferait souffrir sa petite sœur impunément. D’habitude Maximilien était quelqu’un de calme et contrôlé, mais Aliénor faisait figure d’exception. Elle était sa petite sœur, son trésor. Probablement la personne qu’il chérissait le plus au monde. S’il devait déclarer la guerre à la Saxe pour donner une bonne leçon à ce démon, il le ferait sans l’ombre d’une hésitation. Ferdinand-Marie serait sans doute furieux contre lui s’il apprenait ses desseins de museler le duc de Saxe, aurait sans doute blâmé Aliénor pour sa légèreté et son péché. Mais Maximilien aimait bien trop sa petite sœur pour lui reprocher quoi que ce soit. Il lui trouvait peut-être des excuses, mais il refusait de la voir s’éloigner de lui encore une fois.

« Plus personne ne te fera de mal Aliénor, je te le promets. On trouvera une solution ensemble, d’accord ? Soyons extraordinaires ensemble, plutôt qu’ordinaires séparément. Qu’en dis-tu ? » demanda-t-il avec une ébauche de sourire en se détachant de sa sœur pour prendre délicatement son visage entre ses mains et la regarder dans les yeux, comme pour y graver sa promesse. « Et je t’interdis de dire que tu es indigne de notre famille. S’il y a bien une personne parmi notre fratrie qui soit digne de porter avec fierté le nom des Wittelsbach, c’est bien toi, petit sœur. On fait tous des erreurs, mais l’important c’est de savoir les reconnaître et vivre avec. Et toi… Tu es la plus courageuse des petites sœurs que je connaisse ! » conclut-il en la serrant de nouveau dans ses bras avec un rire. De l’optimisme, toujours de l’optimisme. C’était encore ce qu’on avait trouvé de mieux pour retrouver le sourire. « Ah le printemps! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs. Dommage que les ducs de Saxe ne soient pas compris dans le lot. Mais foi de Wittelsbach, je vais m’assurer personnellement que cette histoire ne remonte plus jamais à la surface. Tu n’auras plus à t’inquiéter de rien, d’accord ? » sourit-il en la libérant de son étreinte et en prenant ses mains dans les siennes. « En attendant, y a-t-il autre chose que je devrais savoir ? »

S’il voulait neutraliser Derek de Saxe, il fallait qu’il ait toutes les cartes en main. Et ces cartes, seule Aliénor était en mesure de les lui donner. Un éclair de lucidité passa dans les yeux verts du duc alors qu'un rapide calcul s'opérait dans son esprit.

« Marie-Anne...? » souffla-t-il en la dévisageant d'un air mi-interrogateur, mi-appréhensif. S'il avait raison...
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MessageSujet: Re: « Que tu lui donnes un crayon, et l’enfant bâtit sa maison. »   23.01.14 19:31

« Allons, ça ne peut pas être si terrible que ça. Aliénor, aie confiance. Crois en moi, que je puisse veiller sur toi. »

Si, ça l'était. Aux yeux d'Aliénor, elle portait un poids insupportable dans son coeur depuis près de dix ans, elle avait pourtant appris à vivre avec durant un temps, mais la jeune femme était incapable de voir sa propre fille malheureuse, à la voir poser des questions sur son père, à ne pas comprendre pourquoi le sien était mort, qu'elle en avait un deuxième, lui aussi parti auprès de Saint-Pierre. Si l'archiduchesse avait eu un peu moins de faiblesse envers son aînée, sûrement qu'elle se serait tue, aurait gardé son secret et tout aurait continué presque normalement, personne ne serait venu mettre en doute sa parole. Oui Marie-Anne était une Saxe, ce qui était vrai après tout, juste pas le bon père ... Mais non, elle n'avait pas la force de caractère de sa défunte mère ou la froideur de son aîné pour encaisser cela, ni pour être insensible face aux grands yeux de sa petite fille implorant une présence. Le prix d'un sourire de sa fille lui coûtait bien cher, et la chance d'en sortir indemne était aussi faible que celui d'une mère-grand face à un loup. Elle n'avait pratiquement jamais parlé de cette histoire, seulement à son amie Éléonore qui l'avait quelque peu rassurée mais jamais les deux femmes n'en avaient reparlé depuis, et l'autrichienne avait continué sa vie, espérant que cela se tasserait avec le temps. Mais à voir les larmes couler de ses yeux clairs sur ses joues rougies par le chagrin, et mourir sur sa mâchoire de porcelaine, il était évident que ce poids la pesait. En cet instant, elle avait l'impression de redevenir cette adolescente de quinze ans, pleurant de toute son âme après avoir été rejetée, et à l'annonce de sa grossesse. Elle avait pleuré des heures de sa stupidité et cela reprenait aujourd'hui. Mais en cet instant, elle avait l'avantage d'avoir son frère, sa présence et surtout pouvoir se blottir dans ses bras, ce qu'elle aurait tellement aimé faire quelques années auparavant, même si la bêtise aurait sans doute été commise malgré tout.

« Aliénor, je suis tellement désolé… J’aurais dû être plus présent à l’époque de ton mariage, quand tu es partie vivre avec eux… Rien de tout ça ne serait arrivé. Je te demande pardon. Ce n’est pas ta faute Aliénor, c’est la nôtre.
Tu n'y es pour rien, répondit la jeune femme en hoquetant, tu ne pouvais pas être à mes côtés à chaque instant, je le sais, ce n'est pas à toi que j'en veux ... ces blessures qui ne se voient pas, on les enferme au fond de soi, mais est ce que toute une vie, on les supporte ? J'avais cru que oui, mais je suis bien faible. Heureusement que j'ai un frère comme toi. »

Sa voix était faible, le hoquet la prenait à la poitrine, elle ne voulait plus quitter les bras de son frère à qui elle ne pourrait jamais en vouloir, il était trop sincère et honnête, adorable et attachant pour pouvoir lui en vouloir. Ce n'était pas lui qui l'avait marié trop jeune, qui l'avait envoyée trop loin du cocon familial, Maximilien avait d'autres charges que de veiller sur sa sœur, Aliénor avait toujours compris cela, lui aussi se devait de représenter la famille, et même leur cousin Léopold, comment aurait-il pu faire ses voyages et en même temps garder un œil sur sa cadette. Non, la jeune femme continuerait tout de même à s'en vouloir, même si une grande partie de sa colère était aussi tournée vers son autre frère, ce coeur de pierre de Ferdinand-Marie qui ne semblait n'avoir plus rien d'humain depuis qu'il était devenu le chef de famille et avait hérité des titres de leur père ...

Elle sentit Maxi se détacher légèrement d'elle, lui prendre doucement le visage pour le relever, que leurs regards se croisent. Il avait ce petit sourire adorable qui pouvait faire fondre la neige du Tyrol, qui calmait les maux et apaisait les cœurs meurtris. Il avait cette attitude calme et rassurante, celle de la figure d'un véritable frère, d'un homme bien, d'une bonté et joie contagieuse. La preuve, au travers de ses larmes, Aliénor sourit à son tour, un peu tristement mais il s'agissait tout de même d'un sourire, enfin le début d'un peu d'optimisme.

« Plus personne ne te fera de mal Aliénor, je te le promets. On trouvera une solution ensemble, d’accord ? Soyons extraordinaires ensemble, plutôt qu’ordinaires séparément. Qu’en dis-tu ? Elle acquiesça doucement, essuyant une joue du revers de la main. Et je t’interdis de dire que tu es indigne de notre famille. S’il y a bien une personne parmi notre fratrie qui soit digne de porter avec fierté le nom des Wittelsbach, c’est bien toi, petit sœur. On fait tous des erreurs, mais l’important c’est de savoir les reconnaître et vivre avec. Et toi… Tu es la plus courageuse des petites sœurs que je connaisse ! Ce discours fit chaud au cœur de la jeune femme qui retrouvait un peu plus le sourire.
Tu es un peu trop flatteur, mais c'est à cela que l'on reconnaît un vrai frère, je sais que je pourrais toujours compter sur toi, quoi qu'il se passe. »

Elle se grandit en se mettant sur la pointe des pieds afin d'enlacer le coup de ce trop grand frère et lui déposer un bisou sur la joue avant d'être à nouveau serrer contre lui, et l'entendre rire. Cela aussi l'apaisait, il était d'une jovialité et d'une bonne humeur à toute épreuve, on avait l'impression que rien ne pouvait lui faire perdre son sourire, toujours à chercher le bon côté des choses et à chercher que rien ne vienne noircir le tableau. Il allait tout faire pour que cette histoire ne s'ébruite pas, cela enleva un léger poids dans le cœur de la jeune femme. C'était un mal pour un bien d'en avoir parlé, cela la rassurait d'avoir un véritable appui au sein de sa propre famille, et elle savait à quel point les secrets pouvaient être nuisibles à leur relation. Elle l'avait assez perdue après le décès de son second époux, ce n'était pas pour que cela recommence à nouveau. Et pourtant.

« En attendant, y a-t-il autre chose que je devrais savoir ? L'espace d'un instant, le sourire d'Aliénor se figea, devait-elle lui dire pour ... Marie-Anne...? »

Comment pouvait-il deviner si facilement ? Si elle détournait le regard, il saurait la vérité, et si elle continuait à le fixer sans rien dire, c'était aussi se trahir. Après un instant de silence, l'archiduchesse lâcha un petit soupir et ouvrit la bouche pour approuver cette théorie. Mais à cet instant, il y eut un raffut dans les escaliers : on pouvait entendre Néron hurler ses abominations, et des bruits de pas à toute allure dans les escaliers, ainsi qu'une voix altérée par l'effort s'exprimer en allemand. Lâchant les mains de son frère, Aliénor s'essuya le visage avec sa manche et alla voir ce qu'il se passait. C'est à cet instant que dans l'encadrement de la porte apparut celle qui était au centre de la discussion, du moins celle qui aurait dû avoir lieu. La petite Marie-Anne, un large sourire sur le visage, les yeux pétillants de malice était dans l'encadrement de la porte, s'arrêta un instant, puis elle releva ses jupes et s'élança vers son oncle. La gouvernante arriva à son tour, épuisée par cette course-poursuite qu'elle savait déjà perdue d'avance.

« Oncle Maxi ! s'écria l'enfant en sautant dans les bras de Maximilien.
Je suis désolée madame, à peine la leçon terminée qu'elle s'est précipitée jusqu'ici.
Ce n'est rien, au contraire ... » murmura la jeune femme.

Il y avait eu assez de révélations pour la journée, pas besoin d'étaler la bâtardise de sa fille au grand jour. Marie-Anne est et restera une Saxe, point. Et puis pourquoi reprendre cette désagréable conversation alors que la petite fille commençait déjà à parler à son oncle, lui poser des dizaines de questions et lui raconter sa leçon de géographie. Elle était impossible à tenir face à son oncle, une véritable groupie, toujours à vouloir être avec lui et qu'il raconte ses aventures.

« Aujourd'hui, j'ai appris à situer les grands royaumes d'Europe ! Tu as déjà été en Espagne ? En Angleterre ? En Italie ? En Suède ? Au Danemark ? C'est qui les rois au Danemark ? enchaîna la petite fille en sautillant.
Mais laisse-le répondre avant de poser une autre question ! » Gronda faussement la mère, riant en même temps.

Heureusement qu'elle était arrivée pile au bon moment, sauvée par l'enfant ! C'était stupide de ne pas en parler, Maximilien n'aurait pas moins aimé l'enfant, son regard n'aurait pas changé sur eux, mais c'était peut-être trop d'informations à dévoiler pour l'une, et à encaisser pour l'autre, enfin c'était le point de vue d'Aliénor, qui se dit qu'elle lui dirait un autre jour, quand ils seraient tous les deux seuls pour une vraie conversation. Pendant ce temps là, Marie-Anne écoutait son oncle, buvait littéralement ses paroles avec ses grands yeux ébahis, Maximilien était un véritable dictionnaire du savoir à ses yeux.

« Quand je serais grande, je veux être comme toi, oncle Maxi !
Oh mon dieu, deux comme lui dans la même famille, j'en connais un qui grincerait des dents. Elle rit de bon coeur en imaginant Ferdinand-Marie voir sa nièce parcourir le monde et être aussi atypique que Maximilien. Allez, sortons d'ici, allons dans le salon prendre une collation. »

Marie-Anne s'agrippa à son oncle pour qu'il la porte, alors qu'elle n'était plus vraiment un bébé du haut de ses huit ans, elle était une belle enfant à présent, et elle fixait sa mère en fronçant les sourcils.

« Tu as pleuré, maman ? demanda t'elle en montrant les yeux rougis de l'archiduchesse.
Ce n'est rien ma belle, des bêtises de grandes personnes. Il n'y a rien d'autre à dire … »

La dernière phrase était davantage destinée à son frère. Non, pour l'instant, elle ne dirait rien d'autre, se promettant intérieurement de dévoiler à son frère la vérité. Mais pas aujourd'hui ... Les trois Wittelsbach quittèrent la pièce pour se rendre dans le salon, plus agréable à vivre, plus lumineux et chaleureux, propice à un moment en famille. Un des derniers avant la guerre, il valait mieux en profiter. Cela ferait bien vide sans le seul homme de la famille, Maximilien était une véritable tornade dans cette maison, une bouffée d'oxygène et aussi un oncle adorable pour la jeune enfant qui ne le lâchait pas en cet instant. Alors que les domestiques s'affairaient à amener de quoi boire et manger, l'enfant continua ses questions, souvent à base de pourquoi, à toujours relancer son oncle qui prenait toujours un grand plaisir à lui répondre. Face à eux, Aliénor les regarda attendri, un brin soulagée d'avoir pu parler et ravie de passer un moment en famille. Sait-on jamais, quand la guerre allait le ramener …

FIN


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