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 Le maniaque et la fausse pouilleuse (PV Benoît - Megan)

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Côté Coeur: Une fois offert et mis à lambeaux, il est pour l'heure tout entier à son roi.
Côté Lit: Je n'y tiens pas une collection ! Mais il n'est pas glacé non plus.
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Âge : 32 ans et des poussiè... (Non pas ce mot maudit)
Titre : Marquis de Courtenvaux, Magistrat parlementaire et avocat
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MessageSujet: Le maniaque et la fausse pouilleuse (PV Benoît - Megan)   05.01.13 0:27

Le marquis était d’humeur exécrable, quand il pénétra dans son hôtel particulier parisien. Il jeta manteau et chapeau à plumes à son fidèle Nicéphore et se versa un verre de vin qu’il but cul sec. La rousse et fort belle Megan Campbell l’avait toisé une fois de plus. Certes Benoît n’était pas un séducteur digne du célèbre Paris de Longueville, dont les frasques étaient bien connues, mais il possédait tout de même cet orgueil de mâle qui une fois de plus se retrouvait à vif. Etre en présence de l’écossaise n’avait pas la saveur qu’il aurait espérée, mais au contraire un goût bien amer. Il n’avait pourtant pas rencontré beaucoup de jeunes filles insensibles à sa poésie et à son charisme naturel. Souvré ne se jugeait pas prétentieux cependant connaissant ses atouts, il avait de la difficulté à comprendre les motifs qui poussaient la jeune fille à le prendre d’aussi haut, dès qu’ils se croisaient. S’était-il au final entiché d’une précieuse ? Ne méritait-elle donc pas son attention? D’autres dames de la cour lui faisaient parfois comprendre qu’il ne les rendait pas insensibles, peut-être aurait-il dû davantage se préoccuper de les séduire plutôt que sa collègue. Car ce qui rendait l’épreuve d’autant plus difficile était bien le fait qu’elle soit tout aussi espionne que lui. D’autres lui avaient résisté mais ces autres là n’étaient plus mises en sa présence contrairement à Megan.

A la seule pensée qu’une mission prochaine pourrait se dérouler en sa compagnie, il posa avec un geste très agacé son verre sur la table, ce qui faillit d’ailleurs le briser. Certes, Benoît de Courtenvaux depuis sa cuisante désillusion due à Catherine de Corlay, ne se retrouverait plus aisément piégé dans les filets de l’amour. Il aurait fait beau voir qu’il fasse la même erreur deux fois, cela dit la jeune femme ne le laissait vraiment pas de glace, c’était un fait. Mais puisqu’il ne s’agissait que d’une chimère donc, il fallait chasser de son esprit, la prétention d’en faire son amante, oublier la demoiselle et s’adonner à son sport favori : la déduction.

A ce propos, malgré une journée fort longue passé au Parlement, il se remémora les ordres reçus par Charles d’Artagnan, leur maître à tous après le roi, quelques heures plus tôt. Il s’était rendu à Versailles donc et s’était vu assigné la charge de retrouver un certain garçon de courses : Adolphe Lanzac à l’auberge " Le lys d’argent " se situant en plein Paris. L’individu mystérieux, un indicateur précieux devait lui remettre des informations importantes au sujet d’une enquête en cours. A quelques mois du lancement officiel de la guerre, les dépôts d’armes étaient tenus secrets afin que l’ennemi ne puisse les attaquer. Il s’agissait de munitions fort précieuses que la France ne pouvait perdre. Néanmoins les pays adversaires ayant leurs propres espions, on se tenait par conséquent informé de leur mouvement. Or des groupes avaient été repérés à proximité d’un arsenal et Benoît devait être mis au courant de l’identité de ces personnes, de leur signalement et de toutes autre informations juteuses à leur sujet. Il salua par un léger sourire en coin, le soin mis dans le choix de leur indicateurs, un garçon de course était assez passe partout. Il avait hâte de le rencontrer. La soirée deviendrait alors bien plus intéressante et lui ferait oublier définitivement sa déconvenue.

Un moment il renversa sa tête en arrière pour fumer, en bon épicurien qu’il était, un peu de tabac venu du Nouveau monde et ferma les yeux. Le silence l’aidait à réfléchir et son esprit cavalait vers d’autres affaires en cours qu’il tentait d’élucider. Il eut d’ailleurs un éclair concernant l’une d’elle lorsque sonnèrent les neuf heures du soir, il ne lui restait plus qu’une demi-heure pour se rendre à l’endroit convenu. Or il n’était pas seulement maniaque pour des questions d’hygiène mais également pour des questions de ponctualité. Par conséquent, il se leva de son fauteuil beaucoup plus apaisé qu’à son arrivée et demanda des vêtements qui fassent davantage paysan que noble. Il haïssait revêtir des hardes mais il le devait. Cependant d’aucuns en voyant ses nouveaux atours plus modestes les aurait trouvés très propres, il y avait quelques trous dans le veston mais la chemise était d’un blanc immaculé. Ses bottes étaient vernies et reluisantes. C’est lorsqu’il sortit de son hôtel dans ce nouvel accoutrement que la mort dans l’âme, il se pencha vers la terre boueuse. Il s’en déposa légèrement sur le visage ainsi que sur le col de sa chemise et comble du sacrifice fit des mouvements de pieds dans le sol afin de rendre ses chaussures poussiéreuses. Durant toute cette opération des gémissements sourds montrant la difficulté qu’il éprouvait à faire ça, sortirent de sa gorge. Il grimaça avec dégoût et il en fut de très peu pour qu’il sorte un mouchoir imaginaire – puisqu’un gueux n’en possède pas – pour essuyer toute cette saleté.

Ses mains en poing, il était raide et crispé et ses frusques lui brûlaient tout le corps. Il s’en gratta même alors qu’aucune puce ne se trouvait à l’intérieur. Le supplice commençait et il se dit à cet instant, malgré son optimisme de tout à l’heure, que l’entretien avec Lanzac ne serait pas si agréable que ça. S’il avait pris du retard en partant, il le rattrapa tout à fait en marchant à grands pas comme pour chasser des insectes se promenant sur sa peau. Il frottait d’ailleurs toujours ses bras de façon frénétique lorsqu’il pénétra dans la taverne. Des filles de joie étaient assises sur les genoux de certains clients braillards et saouls à souhait et il en frissonna d’horreur. Ce genre de tripot n’était guère le genre de lieux qu’il aimait fréquenter. Il s’avançait cependant vers le patron lorsqu’un ivrogne le bouscula. Son odeur était pestilentielle et il ne se cacha pas quand il se boucha le nez. L’autre ne parut pas apprécier.

- J’suis pas assez bien pour toi, l’ami ?

Il l’avait attrapé par le col et son haleine était à vomir. N’ayant pas le cœur au combat, puisque l’entrevue devait se faire dans la plus grande discrétion, le marquis sortit un écu d’or d’une de ses poches et la fit voler dans les airs. Cette dernière retomba en grand cliquetis sur l’une des tables.

- Pour me faire pardonner, vieux ! Sans rancune.

L’appât du gain étant ce qu’il est en tout homme, son agresseur le lâcha simultanément pour se ruer sur la pièce. Il gagna ensuite le comptoir pour demander une autre bouteille d’alcool. Benoît libéré de son emprise, put rejoindre une autre table et tandis que personne ne regardait dans sa direction, put mettre sur la chaise un des torchons à peu près propres de la maison. Il ne supportait décidément pas d’être assis sur de la crasse. Il attendit encore un peu et eut même le temps de critiquer la mixture d’un de ses voisins.

- Comment vous pouvez manger ces œufs, ils sont de tailles différentes !

L’homme le fixa avec incrédulité en le prenant très certainement pour un fou, puis planta à nouveau sa fourchette en bois dans sa gamelle. Benoît détourna les yeux de cette vision d’homme de Cro Magnon dévorant son repas. La porte qui s’ouvrit lui donna une contenance pour ne plus y penser et un groupe d’hommes entra. Parmi eux, un garçon frêle s’avança vers lui, il le détailla de la tête aux pieds et si sa logique aurait pu déterminer qu’il s’agissait d’une femme, son raffinement lui interdisait bien d’y songer. Quelle femme digne de ce nom aurait pu se travestir en homme et en homme répugnant qui plus est ! Car son interlocuteur qui venait de s’asseoir face à lui sentait l’étable, ses cheveux étaient gras, tout dans sa physionomie était repoussant. Ce dernier ne devait pas faire beaucoup de conquêtes, il le plaignit.

- Le vent vient du nord, nous aurons de l’orage demain.

Cette phrase tout à fait banale était la première partie d’un mot de passe que lui avait indiqué Charles d’Artagnan. Il possédait bien sûr la suite et attendait de la part de Lanzac qui la lui communique afin de bien s’assurer qu’il s’agissait de lui.

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Côté Coeur: Après mon pays et un souverain, vient le visage d'un français un peu trop maniaque.
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MessageSujet: Re: Le maniaque et la fausse pouilleuse (PV Benoît - Megan)   07.02.13 20:49

-Adolphe ! Grouille-toi, le maître attend pas ! Qui c’est qui m’a collé un jean-foutre pareil ! Toujours à bâiller aux corneilles…

Megan releva une mèche de cheveux crasseuse qui lui tombait dans les yeux et relâcha le sabot du cheval qui renâcla bruyamment, manquant de lui écraser le pied.
-Hell, lâcha-t-elle instinctivement en s’écartant de l’animal ! Elle le repoussa d’une tape sur la croupe et d’un coup de bras, essuya son front dégoulinant.
-J’arrive m’sieur Herbin !

Que ne fallait-il pas faire pour piocher quelques informations ! Adolphe Lanzac était certainement le gamin le plus connu des rues de Paris, mais pourtant, nul n’avait pu mettre la main dessus lorsqu’on avait besoin de lui. Jamais là lorsqu’il le fallait, mais toujours présent au mauvais endroit. Megan ne passait pas aussi souvent les habits de gueux d’Adolphe que ceux de Langlay, et pour cause…dès que la bouille sale d’Adolphe apparaissait au coin de la rue des Cordeliers, on l’agrippait aussitôt pour lui confier quelques tâches ingrates.
Mais c’était bien là, au cœur de cette maison bourgeoise, que Megan récoltait les informations les plus précieuses de Paris…et pour cause ! Le propriétaire des lieux fréquentait nobles comme bourgeois, bordels et tripots, parlement et palais. On ne savait quelle vie possédait réellement celle d’Artémon de Lauris, mais elle avait assez d’importance pour que l’écossaise s’y promène sous les traits d’Adolphe.

Herbin, le contremaître, savait qu’il ne fallait pas s’attacher au gamin, mais dès qu’il voyait ses cheveux roux, il s’ingéniait à l’embarquer à l’hôtel. Avec sa figure de fille, il ne donnait pas cher de la peau du gosse, mais il restait assez efficace !

-M’sieur Herbin, il y a d’autres chevaux, ou je peux partir ? Y paraît qu’y’a un combat de coqs dans la rue des Blancs Manteaux…
-Allez file sale gosse ! La prochaine fois, débarbouille-toi, c’est la nonante fois que j’te l’dis !
Megan souleva sa casquette poussiéreuse et déguerpi en enfonçant la pièce jeté par Herbin. Elle couru dans la rue jusqu’à l’église la plus proche…quelle heure devait-il être ? Pas trop tard, elle l’espérait, pour rejoindre son collègue au Lys d’Argent. Et tant pis pour le débarbouillage ! Elle le ferait une autre fois…de toute façon, l’autre espion avait rendez-vous avec Adolphe, pas avec Campbell !

Dans sa course, elle manqua de renverser femmes, enfants et vieillards et tourna au coin d’une ruelle pour éviter qu’une autre pomme pourrie ne s’écrase sur son épaule. Manquait plus que ça ! Après l’odeur de fumier, de crottin et la poussière, les fruits moisis ! Elle s’arrêta un moment, songeant à ses habits propres laissés à quelques rues de là. Mais l’horloge de l’église sonna à nouveau et soupirant, Megan reprit sa course. Tant pis pour l’odeur, de toute façon, le Lys ne devait pas être bien plus propre !
Elle aperçu enfin le bouge tel qu’elle l’avait aperçu la première fois. Un endroit reculé, calme, au fond d’une cour…tout ce qu’il fallait pour échanger quelques informations le plus discrètement possible. Mieux valait jouer la carte du silence ces mois qui venaient : avec le conflit à venir, les oreilles pouvaient se faire de moins en moins sourdes et chaque mot, chaque rapport de mission devait être dit avec la plus grande prudence. Megan sentait cette guerre comme une épée de Damoclès au dessus de sa tête…anglaise, qu’allait être son sort entre la France et sa patrie ?

Elle n’eu pas le temps d’y songer réellement, car trois ivrognes sortirent du bouge, manquant de lui rentrer dedans…mais en renversant leur bière sur sa veste élimée.
-Damn it, souffla-t-elle ! Manquait plus que ça !

S’épongeant, elle poussa la porte en chêne, cherchant du regard son collègue. Les yeux plissés pour s’habitué à la luminosité des lieux, elle tira une grimace lorsqu’elle se rappela avec qui elle devait travailler. Comment avait-elle pu l’oublier, fool ! Benoît de Courtenvaux ! Il était parfaitement inconcevable qu’elle admette une seule chose à son sujet – comme par exemple la légère bouffée de chaleur qui la surpris, la forçant à détourner son regard. Courtenvaux…celui avec qui elle avait joué les précieuses, celui qu’elle ne cessait d’envoyer un peu plus loin, se demandant jusqu’où il pourrait tenir. Elle était avec le marquis ce qu’elle avait été à la cour d’Angleterre et ce qu’elle se devait d’être à la cour de France…mais celui-ci n’était pas déplaisant et après la semonce de son frère, elle regrettait quelque peu son dernier geste, bien plus insolent qu’ironique.
Bah ! Les français ne comprenaient jamais l’humour anglais, c’était un fait connu !

Ramenant des mèches de cheveux devant ses yeux, elle s’efforça de s’encrasser les joues pour qu’il la reconnaisse moins, tout en bénissant la lumière sombre de la salle.
Marcher comme un garçon….ne pas se raidire…mâchonner son brin d’herbe…parler peu….elle se ressassa ces dernières invectives qui, bizarrement, avaient perdu toute leur spontanéité face à Benoît.

- Le vent vient du nord, nous aurons de l’orage demain.
-Sûrement, lâcha-t-elle en s’asseyant lourdment. Elle leva un bras vers le serveur. Deux pintes !

Il y eu un moment de silence, pendant lequel elle l’observa derrière ses mèches crasseuses, avant qu’elle ne se resaissise.
-Euh…tant qu’il ne pleut pas, les veaux pourront sortir, fit-elle pour terminer le mot de passe. Les français avaient décidément des codes bizarres.
-Bon, reprit-elle dans une voix qui se voulait bourrue, me demandez pas où j’ai eu ces infos, c’est mon quartier et je le donne à personne…mais j’ai des bonnes infos. J’ai suivi toute la journée la voiture d’un passeur d’armes. Il est du côté du port de l’arsenal, après le chantier de bois flotté à brûler. Dans la rue de Charenton, vous avez plusieurs entrepôts. L’un d’eux appartient à un français au service de la Lorraine…un bourgeois de Stenay, je crois qu’il appartenait avant à l’armée de m’sieur de Turenne, à c’qu’il disait. C’est comme ça qu’il a pu récupérer des armes. Ils veut en vendre soit aux lorrains, soit à ceux qui veulent profiter de la guerre pour continuer leurs affaires de braconniers…

Elle avait parlé bas, mais tout en conservant un visage impassible. Ces tavernes étaient prisées par les espions de tout genre, il était inutile d’éveiller des soupçons en ayant une attitude trop étrange ! Seule son accent anglais pouvait la trahir, mais elle espérait que Courtenvaux ne pose aucune question là-dessus. Elle se souvenait de lui comme d’un homme bien trop observateur pour être totalement innocent !

-Si vous balancez des dragons là-bas, vous les cueillerez pas forcément à la bonne heure…j’ai pas pu avoir l’info, je retourne demain chez mon client habituel. Tout un tas de fumier passe chez lui tous les jours…
Elle se tut le temps que le garçon amène les chopes et plongeant le nez dedans, se rafraîchi enfin.
-Ca vous va, lança-t-elle par-dessus sa chope, la mousse collée sur sa lèvre ? Elle hésita à demander de l’argent…au nom du vice.

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MessageSujet: Re: Le maniaque et la fausse pouilleuse (PV Benoît - Megan)   28.02.13 20:04

" Sûrement. Deux pintes ! "

Cela commençait très mal ! Benoît qui s'était attendu à ce que son interlocuteur, lui dise le morceau manquant du signe de reconnaissance, faillit s'affaisser de déception sur la chaise. Mais son dossier bien trop crasseux l'en dissuada, avant même d'avoir exécuter un seul geste dans ce sens. Ne s'agissait-il donc pas de son indicateur ? D'un côté, Benoît fut rassuré car un gueux à la solde des espions ne pouvait être aussi sale dans son esprit, le marquis voulait croire que lorsqu'on travaillait pour le roi, même un paysan de labour devait être bien mis. N'en venait-il pas par dizaine chaque semaine à Versailles ? Ceux là étaient bien plus élégants que cette ... épave ... D'un autre côté, le parlementaire commençait à perdre patience à attendre son complice, ce dernier mettait décidément du temps à montrer le bout de son nez.

" Euh…tant qu’il ne pleut pas, les veaux pourront sortir ! "

Benoît qui fixait depuis quelques instants la porte dans l'espoir qu'elle s'ouvre à nouveau sur son messager, reporta tout à coup ses yeux sur l'homme. Des yeux, il faut bien le dire assez incrédules ! Cet éclair de clairvoyance soudaine que l'autre avait eu, leur avait fait perdre des secondes précieuses, mais tout au moins c'était donc bien lui ! Il venait de lui dire ce qu'il voulait entendre pour commencer à parler affaires. Benoît désirait déjà en avoir terminé, pour quitter ces lieux nauséabonds, qui lui soulevaient le coeur. En parlant de choses dégoûtantes, un serveur au tablier de boucher couvert de sang, parvint jusqu'à eux avec deux pintes de bière. Ce dernier posa si brusquement ces brocs et non pas des verres devant eux, qu'un peu de liquide s'en échappa et gicla sur le marquis de Courtenvaux. Benoît eut le réflexe de sortir son mouchoir afin de s'essuyer, mais il n'en avait pas ... Le supplice continuait ! En outre, il n'aimait pas la bière, il aurait aimé pouvoir commander lui même sa boisson - c'est à dire un vin blanc de qualité - mais l'autre avait pris les devants. C'était sans doute mieux ainsi, car il n'était pas dit que l'on ait ce genre de crus dans cette maison. En outre, il ne fallait pas se faire remarquer par des goûts de luxe. Par conséquent, Benoît souffrait en silence tandis qu'il trempait ses lèvres dans le breuvage.

" Bon, me demandez pas où j’ai eu ces infos, c’est mon quartier et je le donne à personne…mais j’ai des bonnes infos. "

C'était le principal et au moins le pouilleux avait une qualité, il ne sentait peut-être pas le savon mais il en venait directement au but sans prendre de détours. En matière de séduction, cela devait prodigieusement le desservir en plus de son minois aussi sale que celui d'un mineur, mais dans les affaires c'était un atout.

- Je vous écoute.

Sur ces entrefaites, le garçon d'écurie détailla minutieusement sa filature d'une voiture de passeur d'armes. Ses renseignements étaient très précieux, il avait fait du très bon travail. Les espions pourraient donc dès demain sans doute ou tout au moins dans quelques jours, mettre le coupable des transactions d'armes en geôle. Cependant, Benoît avait besoin de précisions.

- Quel entrepôt exactement, la rue de Charenton comme vous le dites possède une ribambelle d'entrepôts. Il ne faudrait pas se tromper en faisant notre descente, moins on se fait remarquer, mieux c'est.
-Si vous balancez des dragons là-bas, vous les cueillerez pas forcément à la bonne heure…j’ai pas pu avoir l’info, je retourne demain chez mon client habituel. Tout un tas de fumier passe chez lui tous les jours…

Ils murmuraient mais de temps à autre, Benoît faisait valser son regard d'un bout à l'autre de la salle de la taverne, pour voir si personne n'était aux aguets et pouvait soupçonner, qu'ils se faisaient des confidences d'état. Pour l'heure, tout était calme, enfin relativement puisque des ivrognes venaient de pénétrer dans l'auberge et chantaient des textes paillards.

- Lorsque vous aurez cette information et si possible le nom de ce bourgeois, prenez le premier cheval et apportez moi aussitôt l'information au cirque qui se situe rue des juifs. Vous demanderez Janus, c'est moi. On n'enverra pas la cavalerie avant votre signal, mais je compte sur vous. Tenez pour les services que vous nous rendez et les risques que vous prenez.

Benoît sous la table, lui fit passer une bourse bien garnie. Ils arrivaient au terme de leur conversation et Benoît se levait déjà pour quitter les lieux mais il se rassit. Il désirait lui poser une question qui lui brûlait les lèvres depuis quelques minutes. Cette dernière n'avait rien à voir avec les affaires.

- Excusez-moi, mais vous n'auriez pas quelque chose d'anglais ? ...

Il avait en effet noté, en bon observateur qu'il était, un léger accent dans la voix de son indicateur.

- Je m'interroge, vous travaillez pour nous par dépit envers votre propre couronne ? Entendons nous bien, jamais je ne mettrais en doute votre loyauté, car je sais par mes collègues que vous leur avez rendu de nombreux services, mais cet accent ...

Puis, faisant appel à sa raison qui le dominait en tout, il réalisa que c'était assez impossible qu'un anglais se balade dans les rues de Paris alors que la guerre était imminente. Les frontières étaient plus que jamais surveillées. Benoît se frappa alors la tête de sa main et sourit légèrement.

- Pardonnez-moi, je dois sans doute tout rapporter inconsciemment au pays de Shakespeare, à cause de la femme qui me plait énormément et qui pourtant me dédaigne au plus haut point.

Benoît n'était pas venu ici pour parler de ses histoires de coeur mais l'homme en face de lui, était un étranger et peut-être un bon défouloir, il n'y avait pas de risques que cela arrive aux oreilles de l'intéressée un jour. Jamais une précieuse de la trempe de Megan Campbell se serait hasardée à rencontrer la populace. Le moins que l'on puisse dire, c'est que sous son déguisement d'homme, sa crasse, ses cheveux filasses, sa voix bourrue et la faible lumière qui régnait ici, sa collègue faussait tout à fait un jugement généralement bien alerte. Il pensait donc pouvoir épancher sa colère et sa tristesse d'avoir été repoussé. En outre, son indicateur qui ne devait pas compter beaucoup de donzelles à son tableau de chasse vu sa physionomie, pouvait avoir lui aussi en avoir gros sur le coeur qui sait ? A moins de s'appeler Henri IV qui avait malheureusement le chic d'être très sale - et c'était un euphémisme pour Benoît - à moins donc d'être le gascon royal qui pouvait border n'importe quelle femme dans son lit, tout en leur disant : Ne te lave pas, j'arrive; peu d'hommes parvenaient à séduire en sentant aussi fort. Tout le monde n'était pas un roi ! Par conséquent, oui l'homme devait souffrir de se sentir repoussé par les femmes et ils étaient après tout attablés autour d'une pinte de bière. Et surtout à présent Benoît était sale quoi qu'il fasse. Autant en profiter pour discuter !

- Savez-vous ce que c'est que d'avoir une rose en permanence à vos côtés, qui vous fait profiter chaque jour de son parfum enivrant, mais à chaque fois que vous désirez l'approcher, elle sort ses épines les plus cruelles et se referme. Je pensais que seules les huîtres pouvaient être aussi hermétiques en possédant des perles, mais Versailles voyez-vous possède la plus belle perle qui soit. C'est un véritable écrin pour un joyau unique, mais à l'image du minerais dont le pur diamant est extrait, cette femme est glaciale. C'est une écossaise, j'aurai pourtant dû m'en douter ...

Sur ce, après ce moment de lyrisme dont il était parfois coutumier, puisqu'il était poète, il reporta son regard sur l'homme. Ce dernier avait la mousse de la bière sur ses lèvres et Benoît fit une moue légèrement dégoûtée.

- Non, je pense pouvoir dire que vous ne savez pas ce que c'est ... Dites-moi mon ami, je suis curieux mais quand une femme vous plait, comment vous vous y prenez ? Parce que, ne vous vexez pas mais en vous voyant affublé de la sorte, vous ne devez pas faire tous les jours une bonne pêche.

Benoît se mêlait sans doute de ce qu'il ne le regardait pas, mais il voulait venir en aide à son indicateur en pure solidarité masculine. Peut-être qu'en lui parlant dans un langage davantage à sa hauteur, ils s'entendraient mieux. Et peut-être que demain, celui là par des conseils avisés se vanterait d'avoir la femme qu'il désirait dans son lit.

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MessageSujet: Re: Le maniaque et la fausse pouilleuse (PV Benoît - Megan)   10.04.13 17:35

Durant l’entretien, Megan s’était efforcée de garder une attitude impassible - ou du moins, digne d’Adolphe - mais c’était avec une grande difficulté qu’elle retenait le rose de lui monter aux joues. Courtenvaux...c’était bien ce marquis avec qui elle s’était montré si impertinente! Elle n’avait pas songé à ce qu’il puisse enquêter sur cette affaire, mais en reconnaissant les traits de son visage, elle s’était doucement figée. Courtenvaux, malgré les préciosités dont elle faisait preuve à son égard, ne l’avait jamais laissée totalement indifférente et peut-être même, au fond d’elle, reconnaissait-elle le tort qu’elle avait eu de l’éloigner. Et ça n’était pas en Adolphe qu’elle allait pouvoir se racheter! Pire, mieux ne valait pas qu’il sache!

- Lorsque vous aurez cette information et si possible le nom de ce bourgeois, prenez le premier cheval et apportez moi aussitôt l'information au cirque qui se situe rue des juifs, poursuivit le marquis. Vous demanderez Janus, c'est moi. On n'enverra pas la cavalerie avant votre signal, mais je compte sur vous.
-Pas de soucis, je reste dans le coin. Janus, répéta-t-elle...Vous êtes un clown? Elle lâcha un petit rire propre à un gosse des rues, avant de plonger le nez dans sa chope.
-Tenez pour les services que vous nous rendez et les risques que vous prenez.

Elle sentit sous la table passer une bourse garnie. Megan l’attrapa non sans pincement au coeur. N’était-ce pas l’argent royal? Elle recevait elle-même sa part pour ses actions...Elle fourra la bourse sous son pourpoint, gromellant quelques grognements en guise de remerciements.

-A plus tard, alors, lâcha-t-elle lorsque le marquis se leva. Mais Courtenvaux se rassit après une courte seconde debout, le visage marqué par un intérêt soudain. Megan se figea sans laisser paraître la moindre trace, la bière coulant difficilement dans sa gorge. Holy Mother! Il l’avait reconnue. Le temps entre son manège et sa question sembla durer une éternité à Megan qui sentit battre son coeur un peu plus rapidement que d’ordinaire.
- Excusez-moi, mais vous n'auriez pas quelque chose d'anglais ? ...
-Ah, lâcha-t-elle presque soulagée! Irlandaise, plus exactement. Elle replongea dans sa chope, maudissant son lapsus.
- Je m'interroge, vous travaillez pour nous par dépit envers votre propre couronne ? Entendons nous bien, jamais je ne mettrais en doute votre loyauté, car je sais par mes collègues que vous leur avez rendu de nombreux services, mais cet accent ...
-Irlandais, j’vous assure. Ma couronne, c’est pas celle de l’Angleterre...Eux, ils ont leur propre religion de damnés, et moi, je suis catholique, v’voyez? Et puis...je travaille pour l’argent, alors si mon client à des ennuis, je suis pas payé. Je fais c’qu’on m’demande.

Elle pris à nouveau une gorgée, observant Courtenvaux par-dessus le verre. Allait-il gober tout ça? Après tout, tant qu’elle ne parlait pas sa langue, on ne pouvait pas deviner qu’elle était réellement écossaise.

-Mais pas anglais, nan. Pas du tout, répéta-t-elle d’une voix convaincante! C’est le jour où vous avez failli capturer un anglais!
- Pardonnez-moi, je dois sans doute tout rapporter inconsciemment au pays de Shakespeare, à cause de la femme qui me plait énormément et qui pourtant me dédaigne au plus haut point.
-Ah, fit-elle soudainement perplexe, son geste arrêté. Etait-ce possible que...Non! Il y avait plusieurs anglaises à la cour...et d’ailleurs, elle était écossaises! Ouf! Rien de personnel, il parlait simplement d’une autre!

Mais Courtenvaux poursuivit, sans s’apercevoir que le gosse avait plongé son nez dans sa chope.
- Savez-vous ce que c'est que d'avoir une rose en permanence à vos côtés, qui vous fait profiter chaque jour de son parfum enivrant, mais à chaque fois que vous désirez l'approcher, elle sort ses épines les plus cruelles et se referme. Je pensais que seules les huîtres pouvaient être aussi hermétiques en possédant des perles, mais Versailles voyez-vous possède la plus belle perle qui soit. C'est un véritable écrin pour un joyau unique, mais à l'image du minerais dont le pur diamant est extrait, cette femme est glaciale. C'est une écossaise, j'aurai pourtant dû m'en douter ...

PRrrRRFFff!

Megan s’était étouffé dans sa bière, arrosant toute la table s’aspergeant elle-même.
-Pardon! ...de travers, expliqua-t-elle en tentant de cacher le rouge de ses joues brûlantes.
- Non, je pense pouvoir dire que vous ne savez pas ce que c'est ... Dites-moi mon ami, je suis curieux mais quand une femme vous plait, comment vous vous y prenez ? Parce que, ne vous vexez pas mais en vous voyant affublé de la sorte, vous ne devez pas faire tous les jours une bonne pêche.
-Beuh, commença-t-elle, prise au dépourvu. Ben...

Le jeu était très difficile: soit elle plongeait dedans, soit elle éludait la discussion. Mais ce qu’avait confessé Benoît de Courtenvaux résonnait encore dans sa tête. Il ne pouvait que s’agir d’elle, à moins que cette idiote de Richmond soit dans le coup, mais c’était bien peu probable.
Ainsi, c’était donc ce qu’il pensait d’elle? Un joyau? Dans un écrin fermé et hermétique. Son coeur de femme en aurait presque pleuré, mais dans les habits d’Adolphe, elle en restait muette. C’était une déclaration, inattendue et involontaire, mais s’il avait su qui était véritablement Adolphe, il n’aurait jamais ouvert son coeur ainsi.
Megan se senti pitoyable, mais de peur de le voir partir aussitôt, elle préféra poursuivre le jeu...qui n’en n’était pas un.

-Il y’a bien une personne, mais...j’ose pas vraiment aller vers elle...Je pense pas que je mérite cette personne, vous voyez. Je suis qu’un garçon de course, d’écurie et tout c’qu’on veut...Et puis irlandais, hein, fit-elle dans un rire forcé. Je reste un peu éloigné de cette personne, je fais p’t’être une erreur...
Elle eu une petite moue en haussant les épaules, avant de replonger dans sa pinte. Godness! Qu’était-elle en train de faire! Elle se jetait dans la gueule d’un loup impossible à retenir!
Rectifier le tir était la seule possibilité, puis prendre son courage à deux pieds et fuir. Une lâcheté bien pratique dans ce genre de situation.
-M’enfin vous en faites pas, c’est p’t’être qu’elle ose pas vous l’dire non plus, m’sieur l’marquis, souffla-t-elle du fin fond de sa chope. Après vous savez, moi et les femmes...
Elle termina la bière d’une lampée, pressée d’en finir. Elle reverrait Courtenvaux à la cour, dans une bien meilleure mine et ferait profil bas...voilà qui était bien plus sage!

-Bon ben c’est pas tout, hein, mais faut qu’j’m’en aille. J’vous ferais savoir quand j’aurais du nouveau. Elle tira de sa poche un sou qu’elle jeta sur la table et renfonçant son chapeau sur ses yeux, passa son vêtement et sorti de la taverne, sans savoir si Courtenvaux la suivrait ou non.
L’air presque pur de Paris la fouetta en plein visage malgré la boue et les cris de quelques ivrognes sur la rue. La chope de bière n’était pas une excellente idée pour sa vessie, mais baste, elle n’avait pas eu le choix! Dans quel pétrin de quel boulanger s’était-elle mise!

Craignant que le marquis ne la suive de trop près, elle s’éloigna d’un pas rapide, pour tourner dans la seconde rue, près du terrain abandonné où elle cachait ses affaires. La nuit était heureusement tombée, et la lune, discrète, la camouflait aisément.
Derrière un petit muret, elle ôta chausses, pantalon de toile grossière, chemise pleine de terre et entreprit de passer une simple robe sans corset. La tâche était ardue sans lumière, mais ses yeux s’habituèrent peu à peu. Le silence fondit sur la petite rue, n’inquiétant pas Megan, jusqu’à ce qu’un bruit la fasse s’arrêter en plein mouvement.
Cette ruelle était toujours déserte! Elle stoppa son geste pour guetter la moindre personne.
-Il y a quelqu’un? fit-elle d’une voix qui se voulait rassurée?


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MessageSujet: Re: Le maniaque et la fausse pouilleuse (PV Benoît - Megan)   25.05.13 23:11

Non, à bien y réfléchir, demain cet homme n’aurait toujours personne dans son lit ! C’était sûr et certain ! Comment une femme digne de ce nom, pourrait être conquise par un homme qui recrachait perpétuellement de la bière et en empestait maintenant à des kilomètres à la ronde ? Il y avait certes le côté irlandais, c’est-à-dire ce tempérament fier et aventureux qui aurait pu plaire, mais son talent de séduction devait s’arrêter là ! Pauvre homme ! Enfin était-il moins à plaindre que lui, ce soir ? Benoît, cet être distingué, ce noble titré plus qu’il n’en faut était tout le contraire de son interlocuteur et pourtant … Voilà qu’il se retrouvait en face d’un garçon d’écurie sale et dégageant une odeur nauséabonde, et non pas en compagnie d’une marquise au nez poudré et aux manières aussi raffinées que les siennes. Jusque-là, il avait voulu se consoler en se disant qu’il s’agissait bien sûr de sa mission. Les aléas du métier d’espion ne fournissent pas l’adrénaline et le plaisir généralement. Mais tout de même à bien y réfléchir pouvait-il se vanter lui-même d’avoir eu une quelconque femme dans son lit, ces derniers temps ? Non il ne le pouvait pas et même si le marquis de Courtenvaux n’était pas vraiment un Don Juan, cette trop grande solitude lui pesait. Sans doute vieillissait-il ! Il n’avait jamais connu plus grande résistance de la part d’une femme, que celle de Megan Campbell ! Ce rejet portait un véritable coup à son amour propre mais le faisait également réfléchir sur les quelques rides qui sillonnaient déjà ses yeux. Il soupira longuement perdu un instant, dans ses pensées. Que lui prenait-il ? Il n’était pas amoureux le moins du monde, mais était-ce peut-être vrai ce qu’on disait sur les femmes rousses ? Pouvaient-elles ensorceler ? Toujours est-il, qu’il devait se reprendre, même si son devoir pour ce soir était terminé et qu’à présent l’espion en lui pouvait sommeiller. Si son interlocuteur n’avait pas réussi à le faire rire le moins du monde, en lui demandant s’il était un clown, ses étouffements eurent au moins l’effet de lui faire chasser ses pensées moroses. S’il n’avait pas encore été victime de quelques postillons de sa part, sans doute l’aurait-il remercié de ça … Quoique … cette main sale qui tenait la pinte n’était pas vraiment très hygiénique à serrer.

" Pardon … De travers. "

Benoît se redressa légèrement de la chaise écœurante sur laquelle il était assis, pour tapoter le dos du garçon d’écurie. Il crut alors respirer l’haleine d’un chacal, sans doute exagérait-il, mais sa maniaquerie était toujours la plus forte chez lui. Était-ce pourtant une odeur de fruit qu’il venait de sentir en s’approchant de l’homme ?

- Prenez garde, si j’en juge par le … disons le parfum que votre estomac dégage, vous devez avoir mangé quelques melons au cours des quatre dernières heures. Rien de pire qu’une indigestion de melons, croyez-moi mon ami. L’Empereur Maximilien d’Autriche, aurait pu vous le dire, il en est mort … Mais enfin, je ne veux pas vous faire peur. Vous disiez donc ?

Il valait mieux en revenir à des sujets plus joyeux, même si le fait de parler de femmes, alors qu’ils n’en avaient aucune ne l’était pas vraiment.

" Il y’a bien une personne, mais...j’ose pas vraiment aller vers elle...Je pense pas que je mérite cette personne, vous voyez. Je suis qu’un garçon de course, d’écurie et tout c’qu’on veut...Et puis irlandais, hein. Je reste un peu éloigné de cette personne, je fais p’t’être une erreur... "

Benoît aurait voulu encourager Lanzac, mais eut davantage un air navré mais pas du tout étonné peint sur le visage. Quelle attitude adopter pour ne pas être blessant, malgré ce qu’il pensait ? Et surtout comment le conseiller au mieux ? Il s’arma comme il put, de toute la diplomatie qui était la sienne.

- Si vous allez vers elle, il faudrait que vous fassiez un effort sur votre mise. Ce ne sont que des détails, mais les dames aiment qu’on leur montre qu’elles sont assez uniques pour nous changer. Vous voyez ce que je veux dire ? Prendre un bain, un peu d'eau de toilette et leur offrir quelques fleurs et vous marquerez déjà un bon point, croyez moi. En tout cas, allez vers cette femme d’accord ? Il vaut mieux comme moi se faire rejeter que de regretter toute sa vie, de ne pas avoir fait le premier pas.

Il espérait que le message était passé auprès de son indicateur. Il ne voyait pas quoi dire de plus et surtout de mieux, la conversation touchait quasiment à sa fin.

" M’enfin vous en faites pas, c’est p’t’être qu’elle ose pas vous l’dire non plus, m’sieur l’marquis, Après vous savez, moi et les femmes... "

Benoît acquiesça mais vraiment pas convaincu. D’après les moqueries de la précieuse et son refus catégorique de passer seulement quelques instants avec lui, il aurait été étonné que ce soit de la simple timidité de sa part. Megan Campbell était tout sauf réservée ! Cette conversation au fond l’aidait mais le replongeait malheureusement aussi dans l’idée qu’il ne plaisait plus ! Il lui fallait quitter cet endroit sordide, les lieux étaient sinistres à souhait et ça ne devait pas l’aider. Et puis, il ne fallait pas qu’on le voit trop longtemps avec cet homme, ça aurait été se faire remarquer pour rien, que de demeurer en sa compagnie. L’un ou l’autre quitterait les lieux, laissant l’autre finir son verre. Ce fut le garçon d’écurie qui se levant tout à coup, prit la direction de la sortie. Quelques instants plus tard, le cerveau du marquis était en proie à une ébullition créative. Les dernières paroles de Lanzac prouvaient qu’il n’avait vraiment pas eu beaucoup de succès auprès des femmes, qui sait peut-être était-il encore puceau, le pauvre diable ? Il devait l’aider, son côté altruiste reprenait le dessus même s’il s’agissait de mettre un poème chiffonné dans la paume d’un être aussi sale que lui ! Il demanda plume et un semblant parchemin et se mit à l’œuvre. Puisqu’il lui fallait attendre quelques minutes, il les mit à profit pour un petit quatrain joliment tourné. Aussitôt les vers terminés, il bondit de son siège et sortit de l’auberge à la recherche de Lanzac. Il courut, le document à la main afin de le rattraper. Hélas, comme beaucoup de fois dans ces cas où l’on est particulièrement pressé, une personne l’arrêta dans sa marche. Il s’agissait d’une quinquagénaire étrange, affublé d’un voile de nonne. Une jeune fille presque dénudée l’accompagnait. C’était très choquant de voir un tel tableau. Une mère supérieure accompagnée d’une prostituée ? Benoît rêvait-il ? Le vin dégoûtant de la taverne lui avait-il fait perdre l’esprit ?

- Monsieur, la petite ne vous plairait pas ? Elle ne fait que dans les prix raisonnables.
- Pardonnez-moi mais je dois rattraper quelqu’un !
- Peut-être une autre fois, alors ?
- Oui peut-être, mais dites-moi ma mère, ce que vous faites n’est pas vraiment très catholique.
- Les temps sont durs mon fils, la guerre va avoir lieu, que voulez-vous, l’église a besoin de fonds et les prend d’où qu’ils viennent. Ce n’est pas cette enfant qui s’en plaindra, n’est ce pas Jeanne ?
- Non Vénérable Mère Plantin.


Benoît se sentait encore abasourdi par cette scène invraisemblable, mais il devait vraiment réussir à attraper Lanzac au vol avant que ce dernier ne soit trop loin. S’il pouvait l’aider à conquérir cette femme qu’il n’osait pas approcher, ça serait volontiers.

- Je dois partir.

Et il partit, ses yeux scrutant les alentours dès qu’il faisait une halte dans sa course. Il ne devait plus être très loin à présent. En bon espion qu’il était, il avait vu des traces fraîches de pas et les empreintes étaient semblables aux semelles de ses bottes. Il le vit bifurquer en effet, dans une petite ruelle et le suivit dépliant déjà son parchemin.

" Il y a quelqu’un ? "
- Oui ce n'est que moi, écoutez ça :

" Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su. "(1)


Le marquis, les yeux rivés sur ce qu’il lisait attentivement, n’avait pas fait attention à ce qui se passait sous son nez. Lorsqu’il releva le regard, ce qu’il vit le laissa tout proprement bouche bée. Ce n’était pas un homme mais une femme. La ruelle avait beau être sombre, cette robe laissant apparaître par les caprices de la nuit fraîche, la poitrine de la dame, ne trompait vraiment pas sur le sexe de la concernée. Il se retourna vivement dans un élan de galanterie, pour laisser son intimité à cette jeune femme. Ses pensées se bousculaient, il était honteux mais il ne comprenait pas.

- Toutes mes excuses madame, je ne pouvais pas savoir que vous vous adonniez au travestissement Lanzac !

Soudain, Benoît ne put réprimer une mine très contrariée. Une femme lui avait parlé comme un charretier, une femme s’était habillée dans des vêtements d’homme et sentait le cheval à plein nez. Mais pire que tout, une femme avait bu de la bière et avait surtout craché de la bière sur lui en s’étouffant dans sa pinte. Voilà qui enlevait à Benoît bien des illusions sur l’image qu’il se faisait des dames, fussent-elles pauvres. Qui pouvait être cet énergumène ? Une fois qu’il sentit que la jeune femme avait fini de se changer, il osa pivoter légèrement la tête. Alors, quasiment au ralenti, une autre stupeur succéda à la première ! Megan Campbell se tenait devant lui. Pouvait-il exister au monde un scénario plus embarrassant que celui-là ? Il en avait la mâchoire qui se décrochait littéralement et ses joues s’empourpraient dangereusement. Il lui avait fait une déclaration ou tout comme, tout à l’heure. Il aurait volontiers ouvert lui-même la terre pour s’y enfoncer, six pieds en dessous. Pour une fois, l’avocat du Parlement était sans voix. Il avait de quoi être pétrifié car en plus d’être au comble de la gêne, il ne pouvait taire en lui une déception vive, où était passée la charmante rouquine qui l’avait subjugué ? Où se trouvait-elle sous cette crasse et cette odeur nauséabonde ? Il n’était pas franchement quelqu’un à se focaliser sur la seule apparence, mais il y avait de quoi refroidir dans la vision qu’il avait actuellement de la jeune femme. Alors que faire ? Partir comme un couard la laissant seule au cœur de la nuit ? Rester et subir encore une fois ses piques et son rejet ? Benoît déglutit avant de déclarer :

- Je peux héler une chaise à porteur pour vous faire ramener chez vous, ou chez l’une de vos amies. Elles ne doivent pas manquer de s’inquiéter à votre sujet. Vous aurez alors tout le loisir de leur raconter cette aventure sans en omettre tous les détails, ni ma présence j’en suis sûr. Mais j’ose espérer comme vous êtes une de nos indicatrices, que vous saurez vous montrer discrète sur ce qui nous intéresse.

Benoît était bougon comme jamais, il entendait déjà les rires stupides de ces dindes et le fait de penser qu’il pouvait s’agir d’une très mauvaise blague pour l’humilier, ne le quittait pas. C’était typique de la cour et des précieuses d’en venir à ce genre de procédés, pourquoi en aurait-il été autrement avec une femme qui avait été la maîtresse de Charles II ? Une femme qui connaissait tous les rouages d’une cour donc et une femme qui s’était déjà bien gaussée de lui. Heureusement, tandis qu’il levait le bras en direction d’un équipage, cela put lui donner une contenance pour qu’il ferme les yeux un instant et puisse respirer un peu plus normalement. Il ouvrit la portière du carrosse de fortune et la laissa rentrer à l’intérieur avant de le faire à sa suite. Assis côte à côte à présent, il ne savait que faire, ni comment réagir. Devait-il s’excuser sur ce qu’il avait dit auparavant ? Mais n’était-ce pas se trahir bêtement ? Il n’avait prononcé aucun nom après tout !

- Belle mascarade, tout le monde s’y serait laissé prendre ! Toutes mes félicitations ! Vous n’aviez plus rien de celle que l’on croise tous les jours à Versailles !

Le ton était assez amer et donc déçu mais il n’avait que ça à dire pour l’heure. Il devait digérer la chose.

- Chez qui allons-nous mademoiselle ?

----------------------

(1) : Le début du poème est de Félix Arvers.

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MessageSujet: Re: Le maniaque et la fausse pouilleuse (PV Benoît - Megan)   09.08.13 16:53

Les jambes totalement nues, ses jupes tenues devant elle dans un mouvement d’arrêt, Megan cessa de bouger et tendit l’oreille, le coeur battant. Qui pouvait bien passer dans cette ruelle ce soir? Il n’y avait jamais âme qui vive dans ce coin!
-Il y a quelqu’un, répéta-t-elle d’une voix moins assurée, passant lentement ses jambes dans la robe avant de la remonter? Qui que ce fut, mieux ne valait pas se faire découvrir dans une telle posture!
- Oui ce n'est que moi, écoutez ça :

" Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su. "


La surprise avait coupé la voix de l’écossaise - chose bien rare! Les yeux écarquillés, tenant à peine sa robe qui tomba sur sa poitrine, les cheveux défaits et la mine encore crasseuse, elle se figea, bouche bée, devant le marquis de Courtenvaux qui déclamait ses quelques vers sans voir le spectacle qui s’étalait devant lui.
Megan sentit le rouge lui monter aux joues et une main lui serrer l’estomac. S’il relevait les yeux, la supercherie était découverte et....PIRE! Il lui avait tout avoué! Et elle n’avait aucun moyen de s’échapper de cet endroit sans qu’il ne puisse la voir! Elle tourna vivement la tête de chaque côté et reposa ses yeux perdus sur le marquis qui avait relevé les siens.

On ne pouvait dire lequel des deux imitait le mieux le marbre. Avant qu’elle ne pu dire un mot, elle remonta brusquement sa robe qui avait de nouveau glissé et poussé Courtenvaux à se retourner.
-Marquis, je, bafouilla-t-elle...
-Toutes mes excuses madame, je ne pouvais pas savoir que vous vous adonniez au travestissement Lanzac !

Il ne l’avait pas reconnue! Megan ne bougea pas lorsqu’il pivota pour la laisser s’habiller. C’était le moment de prendre son courage à deux pieds et de fuir! Mais elle se rappela que sa seule issue était sagement gardée par Courtenvaux. Atroce situation Elle désira silencieusement devenir petite souris pour filer en douce, mais Dieu n’exauçait pas ce genre de prières-là. Elle n’avait plus qu’à assumer.
Sa lèvre inférieure rentrée, le regard baissé, elle finit de lacer maladroitement son corsage avant d’enfoncer dans un sac les vêtements d’Adolphe. Que devait-elle lui dire? Lui avouer toute la vérité ou simplement trouver une excuse que même Anglerays n’aurait cru? Elle préféra opter pour la première solution, lorsque le marquis se retourna enfin.
Debout face à lui, le visage confu, elle s’attendait à la pire des sorties, mais c’était oublier la galanterie du français qui ne pouvait se départir de sa réputation.
- Je peux héler une chaise à porteur pour vous faire ramener chez vous, ou chez l’une de vos amies. Elles ne doivent pas manquer de s’inquiéter à votre sujet.
-Non, je... fit-elle bassement avant de se taire. La voix de Courtenvaux était trop polie pour n’être pas froide et elle s’en voulu une fois de plus.
-Vous aurez alors tout le loisir de leur raconter cette aventure sans en omettre tous les détails, ni ma présence j’en suis sûr. Mais j’ose espérer comme vous êtes une de nos indicatrices, que vous saurez vous montrer discrète sur ce qui nous intéresse.

Elle remonta ses yeux de chien battu - mais cette fois sans comédie - vers le marquis, inspirant pour se donner un brin de courage.
-Je ne vais pas chez des amies...personne n’est au courant de cela, prononça-t-elle d’une petite voix qui se voulait néanmoins plus assurée qu’elle ne l’était.
Mais un regard sur les traits de Courtenvaux avait suffit pour lui montrer que le marquis se sentait bien plus blessé qu’étonné...elle ne pouvait lui donner tort! Elle l’avait laissé parler de ses sentiments! De ce qu’il ressentait pour elle! Elle n’avait jamais autant touché le fond et elle savait surtout que cette honte était mue par sa propre attirance pour le marquis. Il ne pouvait que la détester, ce soir...comme tous les autres jours.
Il avait hélé un équipage et tendu le bras pour ouvrir la portière lorsque le cocher stoppa les chevaux. D’un geste bref, il avait invité la jeune femme à monter et lentement, sans oser poser ses yeux sur lui, Megan s’avança vers la voiture, montant sur le marchepied.
Derrière elle, elle entendait la remarque acerbe du marquis. Encore plus honteuse d’elle même, elle se renfonça dans le coin de l’habitacle, espérant se fondre dans le noir pour qu’il ne puisse la voir.

- Chez qui allons-nous mademoiselle, lança-t-il alors en s’installant à son tour ?
Elle sorti de l’obscurité, le visage confus.
-Je vous dois excuses et explications, marquis, et je crains que mon hôtel ne soit trop habité pour que nous passions inaperçus ce soir. Accepteriez-vous de nous emmener chez vous?
L’équipage démarra en bringuebalant sur les pavés de la ruelle, vers l’hôtel du marquis. Assise, les mains posées sur ses genoux serrés, Megan se fit de passion pour l’observation des jointures de ses doigts. Encore crasseux et sentant certainement le cheval, elle tenta de les camoufler en les glissant entre ses genoux, laissant une trace marronnasse sur le tissu blanc de la jupe.

En réalité, elle sentait sa propre odeur de poney mal bouchonné. Quelle mine devait-elle avoir face au marquis! Son aversion pour la saleté était un fait connu à Versailles et si l’on moquait parfois ce petit travers, on ne pouvait l’en blâmer. Et elle, Megan Campbell, collectionnait tout ce qui ne pouvait que déplaire à Courtenvaux: crasse, puanteur, cheveux emmêlés, travestissement, bière et accent gouailleur... elle était mortifiée et n’osait relever les yeux vers lui ou tenter de lui expliquer la situation. Il était lui aussi espion peut-être aurait-il compris, mais à en voir son mouchoir sur le nez, l’instant était mal choisi.
Elle tenta néanmoins de sauver la face et redressa légèrement la tête.
-Je suis si confuse, marquis. Je ne sais comment vous expliquer cette atroce situation... Elle s’attendait à une évident réponse acerbe qu’elle méritait.
Le carrosse tournait à présent dans une autre rue, cahotant sur la petite route.
-Je n’avais nulle envie de vous prendre en défaut, ou pour un sot, marquis, poursuivit-elle, contrite, pour sa défense. Vous avez entendu les informations que je vous ai dites....je ne peux me montrer comme je suis à la cour, cela serait impensable! Je serais traitée d’hérétique, déjà que ma religion n’est pas la votre, ajouta-t-elle d’une petite voix bougonne, comme pour se placer en victime. Si vous le voulez, laissez-moi vous expliquer...mais pas dans ce carrosse.
Elle osa enfin lever les yeux vers lui, ses propres paroles lui ayant donné ce brin de courage qu’elle cherchait.

L’équipage s’arrêta alors devant l’entrée d’un petit hôtel et descendant le petit marchepied, Megan suivi le marquis à l’intérieur. Si Courtenvaux était là pour recevoir ses informations, c’est qu’il ne devait pas être chez les ennemis royaux. Leur allégeance - française! - devait certainement converger dans ce sens et c’est cette petite pensée qui la rasséréna sur la suite des évènements. Le marquis devait garder sa couverture secrète.
Elle l’observa silencieusement lorsqu’il la précéda le long des couloirs de l’hôtel en quête d’un cabinet de toilette pour qu’elle puisse se décrasser. Courtenvaux l’avait toujours attirée, elle ne pouvait le nier. Elle avait joué le rôle de la précieuse qu’elle n’était pas, sûrement pour cacher ce petit béguin qu’instinctivement, elle ne voulait pas s’avouer. Il était bien trop difficile pour elle de se lancer dans une relation qualifiable de “saine”, à l’évidence! Hélas, ça n’était certainement pas avec cette situation qu’elle allait pouvoir arranger ce petit désastre qu’elle avait savamment mis sur pied. Lorsqu’elle referma la porte du petit cabinet pour se laver, elle retint quelques larmes pour ne pas faire jaser les femmes de chambre, mais le coeur y était.

Ce fut plus proprement vêtue, lavé, peignée et discrètement maquillée par les femmes de chambre que Megan descendit dans le salon où le marquis l’attendait. Elle avait définitivement noyé Adolphe dans le bain.
-J’espère que cette tenue sera bien plus présentable, marquis. Je tiens à vous en remercier et espère que vous me pardonnerez cette mésaventure.

Elle afficha un petit sourire en espérant recevoir son pardon. Courtenvaux en valait bien la peine!

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MessageSujet: Re: Le maniaque et la fausse pouilleuse (PV Benoît - Megan)   22.08.13 2:45

Benoît se refusait à jeter un autre regard en direction de l'écossaise malgré la difficulté que cela sous entendait. Il aurait préféré affronter un cercle d'ennemis tous armés jusqu'aux dents plutôt que de se sentir aussi stupide ... Sans sourciller, sans le faire taire, elle l'avait laissé se déclarer une fois de plus, une fois de trop. Pourtant, le marquis était connu pour ses jolies tournures souvent interminables d'ailleurs, les occasions de le réfréner n'avaient pas dû manquer lorsqu'ils se trouvaient encore dans cette taverne hideuse. Mais non ! Elle se délecterait de ce petit triomphe dès demain, dès ce soir même et il serait la risée de Versailles. L'espion se sentait humilié et les yeux de chien battus de la belle ne prenaient plus, ne le touchaient plus ! Dès que la demoiselle serait déposée, elle aurait tout le loisir de faire la coquette, loin de lui, pour un autre que lui, n'était-ce pas ce qu'elle lui avait fait toujours bien comprendre ? Qu'il ne comptait pas ? Sa colère due à son orgueil de mâle blessé ne faisait qu'accroître ! Son sang bouillait dans ses veines et s'il n'avait pas été accoutumé à garder tout son sang froid de magistrat lors des procès les plus difficiles, il lui aurait lancé à la figure le fond de sa pensée. Son sang froid mais également sa galanterie, oui sa maudite galanterie lui interdisait de se montrer trop virulent en son encontre. Il se sentait donc non seulement atrocement gêné, sot à un degré affligeant mais qui plus est en tout point désarmé. Est-il utile d'ajouter que le marquis avait en horreur cette situation ? Il n'avait qu'une hâte, retrouver son hôtel particulier, s'enfermer à double tour dans sa chambre, s'en prendre à son coussin quitte en faire voler toutes les plumes et se maudire ENFIN à haute voix et la maudire également au passage.

-Je ne vais pas chez des amies...personne n’est au courant de cela.

Tiens donc ! Sans doute se rendait-elle alors chez un galant ! Dans cet accoutrement débrayé, le malheureux serait bien déçu ... mais sans doute se dériderait-il lorsqu'elle lui conterait par le menu à quel point, le marquis de Courtenvaux pouvait être un nigaud de grande classe. Blessé et ne comprenant toujours pas - car incapable de réfléchir à cet instant précis  - pour quelles autres raisons, elle lui avait joué cette farce, Benoît sombrait dans une paranoïa qui ne lui ressemblait pas. La belle se trouvant jusqu'à alors dissimulée dans l'ombre du carrosse autant que lui d'ailleurs, en sortit tout à coup, faisant apparaître son doux visage. Avait-elle enfin ressenti à quel point, elle l'avait heurté ? Inconsciemment ou sciemment là n'était pas le soucis, mais c'était bel et bien le cas.  Benoît en doutait, elle ne lui avait jamais montré qu'une indifférence proche du mépris alors pourquoi aurait-elle eu tout à coup un peu d'égards pour lui ? Si elle était gênée, ce n'était que pour elle-même à n'en pas douter.

-Je vous dois excuses et explications, marquis, et je crains que mon hôtel ne soit trop habité pour que nous passions inaperçus ce soir. Accepteriez-vous de nous emmener chez vous?

Benoît arqua un sourcil interrogateur.  Cette jeune femme ne manquait pas d'audace, elle le repoussait depuis des mois, le laissait s'humilier encore ce soir mais désirait être conduite jusqu'à son hôtel. Tout poussait Benoît à refuser, tout ! Mais une force invisible, sans doute sa galanterie une fois encore reprenant le dessus sur toutes autres considérations, le fit accepter du bout des lèvres.

- Si vous y tenez ...

Du poing il frappa sur le toit de l'équipage pour signifier au cocher de s'arrêter un instant. Ce que l'inconnu portant les rênes fit.

- Cocher, rue de la Fontenelle je vous prie.
- Bien Monsieur.

Et le véhicule se remit en route au petit trot. Le silence n'était interrompu que par les fers des chevaux courant sur les pavés de Paris. A l'intérieur, pas un mot n'était échangé. Benoît étouffait. Selon toute vraisemblance, cette atroce gêne ne prendrait pas fin immédiatement. Toujours tapi dans l'obscurité, il leva les yeux au ciel comme pour y chercher un quelconque réconfort. Dieu apparemment sourd ce soir là, ne fit rien pour l'apaiser. Il devrait supporter la présence de la demoiselle encore quelques heures. Depuis qu'il avait fait sa connaissance, il n'avait fait que languir cet instant béni où il aurait pu l'amener jusque chez lui. A présent que cette envie se voyait concrétisée, il voulait la fuir pour ne pas subir ses moqueries en plus d'avoir essuyé plusieurs fois son rejet.  Soit, il devait bien l'admettre, la précieuse qu'il apercevait chaque jour à la cour, n'était pas cette jeune fille à la tête et aux yeux baissés qu'il scrutait du coin de l'œil.  Mais la ruse des femmes n'était-elle pas sans limites ?

-Je suis si confuse, marquis. Je ne sais comment vous expliquer cette atroce situation...

Tandis que l'équipage prenait un tournant, l'écossaise avait osé briser le silence. Benoît ne put réprimer un petit ricanement vexé.

- Alors n'essayez pas mademoiselle ...

Si elle s'était attendue à une réplique acerbe de sa part, elle était servie, mais tout au moins parlait-il. Sa pomme d'Adam ne semblait plus figée elle-même au fond de sa gorge terriblement sèche.  Pourtant, ce qu'il avait marmonné ou plutôt sifflé entre ses dents, ne fit en rien taire Megan Campbell.

- Je n’avais nulle envie de vous prendre en défaut, ou pour un sot, marquis. Vous avez entendu les informations que je vous ai dites....je ne peux me montrer comme je suis à la cour, cela serait impensable! Je serais traitée d’hérétique, déjà que ma religion n’est pas la votre.

La belle savait trouver les mots qu'il fallait pour le toucher. Elle savait que le marquis mettait un point d'honneur à être reconnu pour son intelligence, c'était sa fierté, n'avait-il pas été éduqué ainsi pour être le plus brillant spécimen du salon de sa tante ? Savoir répondre, savoir formuler, savoir analyser encore et toujours. Il n'était pas prétentieux pour mettre cette qualité en exergue auprès de chacun à longueur de temps, mais se penser sot ou être pris pour tel, était quelque chose qu'il ne pouvait en revanche pas supporter.  On l'avait modelé comme un parfait petit garçon. Il en avait souffert sans le savoir, et il en avait fait souffrir les autres, dont son malheureux cousin pour la posséder cette intelligence ! Aussi, les propos de Megan l'adoucirent et même teintèrent bien vrais à son oreille.  Il n'avait pensé qu'avec son orgueil blessé, son amour propre, et ne lui avait pas laissé encore une chance de s'expliquer. Comme toujours il s'était révélé bien trop fier et ... coincé. Il tentait de corriger ce défaut là, dont Ferdinand se régalait pour ses petites piques , mais ce n'était pas facile. Pour Megan, pourtant, il fallait  persister dans ses efforts.

- Si vous le voulez, laissez-moi vous expliquer...mais pas dans ce carrosse.

Ce ton bougon eut raison de lui et de ses dernières réticences, un léger sourire étira ses lèvres.

- Nous arrivons mademoiselle, vous allez pouvoir m'expliquer tout à loisir mais permettez qu'avant, nous fassions un brin de toilette. Je suppose que vous en avez autant envie que moi après cette mésaventure.

Le naturel reprenant vite le dessus, Benoît ne tenait guère à s'asseoir sur ses magnifiques fauteuils après avoir posé ses fesses sur un tabouret aussi infect que celui de cette auberge miteuse. Et une conversation sérieuse en compagnie d'une demoiselle sentant à des lieues l'écurie, ne l'enchantait guère. Une fois tous deux arrivés à destination, ils longèrent les longs couloirs de son hôtel. C'est alors que Benoît lui indiqua une petite pièce.

- Vous trouverez tout ce qu'il vous faut ici même.

Et en effet entre les plantes, les fleurs, les agrumes, tout dans ce cabinet était à l'image de l'homme raffiné qui s'y rendait fréquemment. De son côté, Benoît se débarrassant de la veste monstrueuse et puante qu'il portait, la jeta par la fenêtre de son antichambre sans aucun regret. Il soupira longuement comme soulagé d'un poids, mais presque aussitôt, frénétiquement il se déshabilla complètement tout en se grattant la peau par réflexe.

- Gundred ! Gundred !

A cette heure, Nicéphore devait être sorti de son côté, c'est donc Gundred son valet de chambre que Benoît en toute logique appela.

- Oui monsieur le Marquis ?
- Bonsoir Gundred. Réveillez deux femmes de chambre, qu'elles se rendent auprès de la dame qui se trouve actuellement dans le cabinet de Séléné. Je veux que cette dame en ressorte aussi propre qu'un sou neuf. Qu'elles soient à ses petits soins. Ah et apportez nous du vin.

Quelques minutes plus tard, le domestique revint vers son maître un plateau à la main sur lequel étaient posés deux verres et une bouteille de vin blanc. Tandis que Benoît plongeait dans une eau purifiante, et s'apprêtait à prendre l'un des verres, son œil d'aigle s'arrêta sur une toile d'araignée tissée dans l'un des recoins de la pièce. Il grimaça et gémit presque de douleur.

- Qu'il y a t-il monsieur le marquis ?
- Voyez au plafond, cette toile ... Donnez moi ce plateau un instant et occupez-vous en. Un plumeau se trouve dans mon secrétaire.

Le serviteur s'exécuta, tendit le plateau à son maître et l'objet pour chasser la poussière bien en main, monta sur un fauteuil ... avec ses souliers.

- Gundred, veuillez vous déchausser pour l'amour du ciel !

Le pauvre malheureux redescendit de son perchoir pour obéir et y remonta pieds nus. Lorsqu'il atteignit la toile poussiéreuse, l'araignée chassée et mécontente descendit de son fil pour se dissimuler dans ce qui ressemblait à un trou fait à l'un des murs. Des souris ? Des souris chez lui ?  Ce fut trop à supporter pour Benoît et ses nerfs de maniaque obsessionnel. Le plateau de verres chuta de sa main et tout ce qui se trouvait dessus s'écrasa à terre.

- Mais quelle horreur ! Vous allez tout de suite passer au peigne fin l'hôtel de la cave au grenier pour voir si une souris ne se cacherait pas ici. Cette nuit je dormirai dans une autre chambre !

Et sans plus attendre, sans avoir vraiment goûté à la douceur de son bain, il en ressortit encore chamboulé par tout ce qui lui avait réservé cette soirée en très mauvaises surprises. Ayant enfilé tout en maugréant, un peignoir avec l'aide de Gundred, Benoît réalisa tout à coup que celui-ci le fixait étrangement.

- Il a un malaise, le peignoir ?

Le ton était délibérément sarcastique.

- Non Monseigneur, vous semblez être très mal à l'aise, VOUS !

Cela se voyait tant que ça ? De fort mauvaise humeur ce soir là donc, il saisit une des chaussures de Gundred, et la fit valser jusqu'à la porte pour lui montrer le chemin à prendre.

- Partez Gundred, avant que je ne vous botte le train !

L'autre s'éclipsa. Séché, le marquis s'habilla à la hâte mais de vêtements riches et propres - ce qui le fit revivre - il se pressa alors pour retrouver son invitée. Invitée qui retrouva vêtue d'une nouvelle tenue, maquillée et parfumée à merveille. Une véritable apparition enchanteresse. Mais ... mais il ne devait pas se troubler pour autant. Son attirance pour elle devait se taire. Il l'invita donc à s'asseoir à ses côtés sur un sofa des plus chics, mais n'ayant rien à lui offrir puisque verres et bouteille de vin gisaient à terre en morceaux dans sa chambre. Et puis, il ne voulait plus être dérangé par les allers-venues de ses serviteurs, il demanda donc aux deux femmes de chambre de regagner leurs lits. A présent seul en tête à tête avec Megan, il est tout ouïe.

-J’espère que cette tenue sera bien plus présentable, marquis. Je tiens à vous en remercier et espère que vous me pardonnerez cette mésaventure.

Ce sourire, ce visage si délicat, tout en elle - dès qu'elle n'était pas cet Adolphe crasseux - lui plaisait et lui ordonnait d'oublier l'incident fâcheux. Sa colère fondait comme neige au soleil. Il lui répondit par un léger sourire, ne désirant pas s'enflammer pour autant.

- Je vous en prie.  Surtout que je devine bien à présent les obligations qui vous ont poussées à vous travestir. Je pense que nous avons à cœur les mêmes choses et que nous nous battons pour elles ...

Il se doutait en effet, qu'elle devait être plus qu'une indicatrice, peut-être bien une espionne. Du roi de France sans doute pas en revanche au vu de ses origines, tel était son raisonnement logique mais qui s'avèrerait plus tard faux. D'ailleurs jamais il n'avait aperçu cette jeune fille encore parmi eux. Mais à vrai dire, tous les espions de Sa Majesté ne se côtoient pas ou bien s'ils le font ne sont-ils pas  parfois masqués et avec des noms de codes, combien d'entre eux possédaient plusieurs identités et déguisements ? Tous ou presque. Lui même n'était-il pas d'ailleurs Janus ? Baladin de cirque. Il était donc encore loin de se douter que l'écossaise était des leurs ...

- Mais ne parlons plus de cela, voulez-vous ? Je voudrai chasser définitivement cet épisode de ma mémoire.

Oubliant que quelques instants plus tôt, il s'était bien promis de ne plus s'enflammer, il s'approcha d'elle et timidement prit une de ses mains pour la porter délicatement à ses lèvres. Celle-ci avait une senteur exquise.

- A moins que cette rencontre hasardeuse ne soit pas tout à fait à déplorer, si elle m'a permis de me frayer un chemin jusqu'à votre estime mademoiselle.

Plantant son regard brillant dans celui de l'écossaise, il tentait à nouveau de la séduire et ce fut sans doute la première fois qu'il sentit imperceptiblement que son attirance pouvait être réciproque. Pour s'en assurer tout à fait, il avança très lentement son visage du sien, prêt malgré tout à se voir repousser une nouvelle fois.

- Vous êtes une femme magnifique, Megan. Un véritable joyau dans cette cour fade. Chaque mot que je vous ai dit, je les pensais. Comme j'aimerai que vous soyez moins froide envers moi.

Tenant toujours sa main, il la serra davantage dans la sienne.

Pensez-vous que cela soit possible ?

Ils étaient à présent à quelques centimètres seulement l'un de l'autre, la bouche de Benoît toute proche de la sienne. Il n'attendait qu'un mot, qu'un geste pour les sceller dans un baiser, ou bien pour s'éloigner si ce qu'elle souhaitait. Tout reposait à présent sur les désirs de la jeune femme.

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MessageSujet: Re: Le maniaque et la fausse pouilleuse (PV Benoît - Megan)   23.01.14 19:23

Sous les vêtements de Lanzac, Megan se serait moquée de sa propre faiblesse, mais dans cette robe propre, peignée, lavée de toute trace d’une obscure identité, elle se retrouvait comme ces soirs lors desquels elle foulait les galeries de Whitehall. La courtisane ne sommeillait jamais trop longtemps et les joues rosies, elle s’avança timidement vers Benoît, gardant ses mains dans son dos, ses doigts s’entremêlant pour calmer cette soudaine réserve.
-Je pense que nous avons à cœur les mêmes choses et que nous nous battons pour elles, lui confia Benoît alors qu’elle hocha la tête en signe d’assentiment. Elle préféra ne pas s’enfoncer un peu plus dans le mensonge et resta assez évasive pour éviter tout reproche futur.
-Il semblerait, en effet, répondit-elle simplement dans un sourire. Une petite voix lui hurla qu’elle mentait encore, mais il sembla qu’une autre partie d’elle-même venait d’assommer cette raison trop encombrante. Après tout, n’était-elle pas réellement espionne française? Le roi lui-même lui faisait confiance, n’était-ce pas suffisant?! Courtenvaux n’avait pas besoin de connaître dès ce soir ses véritables allégeances! Shut up, souffla-t-elle mentalement à cette voix tenace! Ca n’était vraiment pas le moment!
- Mais ne parlons plus de cela, voulez-vous ? Je voudrai chasser définitivement cet épisode de ma mémoire.
-Merci de m’accorder cela, marquis. Mon roi n’aurait accepté que je divulgue un secret qu’il garde précieusement, ajouta-t-elle malicieusement.
- A moins que cette rencontre hasardeuse ne soit pas tout à fait à déplorer, si elle m'a permis de me frayer un chemin jusqu'à votre estime mademoiselle.

Les paroles de Courtenvaux tirèrent un sourire plus large encore à Megan qui, loin d’être de ces jeunes filles farouches que l’on pouvait voir à la cour, lui rendit son regard brillant, non sans le lâcher des yeux lorsqu’il déposa un baiser sur sa main. Le charme français était encore plus délicieux que ce qu’elle avait entendu à la cour de Whitehall et Courtenvaux, un si digne représentant qu’elle en oublia totalement ses promesses passées. Même le royal visage de celui qui la tourmentait tant disparu totalement, ce qui pouvait être une preuve de la sincérité de ce qu’elle ressentait pour Benoît.
Alors qu’il approchait son visage du sien, elle songea à ces fois où, idiote, elle l’avait repoussé par crainte des quolibets de ses compagnes. Elle avait joué à ces pimbêches auxquelles elle refusait de ressembler et s’était tant éloignée de ce qu’elle était réellement qu’elle aurait pu s’en mordre les doigts.
-I was so stupid, car j’ai semé ce chemin de ronces et d’herbes mauvaises herbes...
- Vous êtes une femme magnifique, Megan. Un véritable joyau dans cette cour fade. Chaque mot que je vous ai dit, je les pensais. Comme j'aimerai que vous soyez moins froide envers moi.
Les joues rosies de plaisir, elle eu un adorable sourire pour le rassurer sur ce point, serrant à son tour sa main de peur, un court instant, qu’il ne la retire. Elle se rendit compte à cet instant que c’était ce qu’elle avait attendu depuis qu’elle avait connu Benoît de Courtenvaux.
-Pensez-vous que cela soit possible ?
-Ce n’est pas mon père, mais moi-même que vous avez su convaincre, ô Perceforest, répondit-elle en citant le chevalier du conte de Perrault, que vous aviez toutes les qualités pour obtenir mes faveurs, alors que j’étais endormie.
Baissant les yeux de son regard, elle vit son visage si proche du sien qu’il lui suffisait de se pencher légèrement pour l’atteindre, mais une seconde encore, elle hésita, posant promptement un index sur les lèvres de l’homme.
-Êtes-vous certain des désirs de votre coeur, preux chevalier? Tu as le pouvoir, enfile tes gants, allume la mèche, et tu seras gagnant. Ça va faire Boum !, comme dit une vieille chanson anglaise...mais ne craignez-vous pas les épines de la rose anglaise, demanda-t-elle de nouveau malicieuse, non sans mettre en ces paroles un accent de vérité? Elle ressentait cette irrésistible attirance, et certaine de son choix, heureuse de sentir enfin son coeur battre raisonnablement, elle ôta son index, et contre toute attente, ce fut elle qui l’embrassa, presque trop fougueusement, passant ses mains sur ses épaules pour l’attirer contre elle. Elle resserra un moment cette étreinte sans lui laisser un seul instant tenter de la rompre.

-la joie de vivre et le jambon, y'a pas trente-six recettes du bonheur ! Les français ne déméritent en rien de ce que l’on dit d’eux, de l’autre côté du Channel. Il n’y avait là plus rien de la timide écossaise encore rouge de honte de s’être ainsi faite prendre, et Megan Campbell était à présent totalement éveillée, le coeur battant d’être de nouveau elle-même, dans les bras d’un homme qu’elle avait silencieusement admiré. Si elle s’efforçait d’être à a hauteur des espérances de son frère aîné et de paraître comme une parfaite jeune fille accomplie, elle n’en gardait pas moins ses manières vives et son franc-parler et passant ses mains sur la veste de Benoît, elle releva vers lui ses yeux verts, sans se soucier le moindre instant de la portée de ses paroles.
-Avez-vous encore froid, marquis, demanda-t-elle alors qu’elle jouait avec un bouton de sa veste? Suis-je encore trop loin de vous que vous m’en vouliez encore? Elle posa sur lui un regard faussement contrit, espérant rompre toute barrière qui aurait eu l’idée saugrenue de rester dressée entre eux.

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MessageSujet: Re: Le maniaque et la fausse pouilleuse (PV Benoît - Megan)   23.02.14 1:28

Comme quoi, il ne fallait jamais dire «  fontaine, je ne boirai pas de ton eau » surtout avec une femme,  ou plutôt avec cette femme. Benoît était à nouveau prêt à se brûler les ailes, puisqu’il tournait plus que jamais autour de cet adorable papillon de nuit qu’était Megan Campbell. Mais malgré tout, au fond de lui, cette appréhension de se faire une fois de plus rejeter, l’étreignait. Allait-elle encore se jouer de lui et lui faire faux bond au moment ultime ? Allait-elle se moquer et lui rétorquer que la posséder un jour ne resterait à jamais qu’une simple illusion ? Il restait ainsi suspendu à ses lèvres, espérant plus que tout, les sceller aux siennes. Il buvait chaque mot qu’elle prononçait, son regard pétillant planté dans le sien. Et cette main qu’elle serrait dans la sienne, voilà un premier contact qui en règle générale le conduisait à plus de hardiesse en compagnie des dames, mais pas cette fois. Il lui fallait plus de complicité de la part de l’écossaise pour oser davantage.

" Ce n’est pas mon père, mais moi-même que vous avez su convaincre, ô Perceforest, que vous aviez toutes les qualités pour obtenir mes faveurs, alors que j’étais endormie. "

Le fait que la dame soit ainsi cultivée et puisse lui donner en guise de réponse, une allusion à un conte de Perrault, ne put que lui plaire. Il n’était pas sûr de connaître aussi bien les écrivains écossais de son côté, malgré le fait d’être un salonnier reconnu. Cette réplique en tout cas l’encouragea pour de bon et il se pencha plus encore sur son visage. Il l’aurait déjà embrassée si la dame ne lui avait pas mis si délicieusement un doigt sur la bouche. Il sourit d’amusement, quelle patience fallait-il avoir avec la belle ! D’autres que lui auraient sans doute abandonné mais il ne l’avait pas pu, elle était si spéciale. Dès la première fois qu’il l’avait vue, elle l’avait fasciné malgré ses airs altiers de Précieuse.

" Êtes-vous certain des désirs de votre coeur, preux chevalier? Tu as le pouvoir, enfile tes gants, allume la mèche, et tu seras gagnant. Ça va faire Boum !, comme dit une vieille chanson anglaise...mais ne craignez-vous pas les épines de la rose anglaise ? "

Posant sa tête légèrement  de côté, il arbora un air de chien battu tout à fait irrésistible.

- Cruelle qui me pose de telles questions ! Que répondrait un preux chevalier digne de ce nom, voyons ? Oui je sais, il dirait : je préfère mourir debout que de vivre à genoux, mais moi je vous dis que ça serait un privilège que de vivre et de mourir à vos genoux. Est-ce qu’après ça, vous douteriez encore …

C’est bien simple, il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Il se vit interrompre par un geste dont tout homme aurait pu rêver surtout de la part d’une telle femme : un baiser. Un baiser si convoité depuis des mois et auquel il répondit sans doute aussi fougueusement qu’elle ne le fit. Cette fille le rendrait fou, elle était si surprenante ! Peut-être d’ailleurs, y avait-il de quoi se méfier d’elle ? Était-elle lunatique et demain le chasserait-elle à nouveau ? Car comme l'aurait dit Racine, sur l'avenir bien fou qui se fiera : tel qui rit vendredi, dimanche pleurera. Mais ce soir, le parlementaire se laissait emporter par la passion, et avait fait taire toutes ces questions qui auraient pu l’éloigner de ce moment idyllique. Pouvait-il penser en effet à autre chose qu’à ses bras qui s’enroulaient autour de ses épaules, qu’à cette étreinte qui ne lui laissait pas encore un seul instant de répit ? Il aurait fallu être un Saint, or Benoit ne l’était pas.

" La joie de vivre et le jambon, y'a pas trente-six recettes du bonheur ! Les français ne déméritent en rien de ce que l’on dit d’eux, de l’autre côté du Channel. "

Ce fut à son tour de figer un sourire très malicieux à ses lèvres.

- Les français sont heureux d’être à la hauteur de leur réputation dans ce cas, mademoiselle. Après tout, je sais ce que je vaux, et crois ce qu'on m'en dit, car oui les français sont aussi parfois un peu vantards comme vous le voyez, surtout quand ils sont en galante compagnie.

Si prêts l’un contre l’autre, Benoît pouvait sentir contre sa poitrine le cœur battant à tout rompre de Megan, tandis que celle-ci s’amusait à retirer un bouton de sa veste.

" Avez-vous encore froid, marquis, suis-je encore trop loin de vous que vous m’en vouliez encore? "

Il aimait tant cette façon qu’elle avait de s’adresser à lui, si subtile et si adorable. N’était-elle pas à croquer ? Quant à ses yeux verts, il s’y serait noyé dedans pour de bon, lorsqu’elle les releva vers lui.
 
- Je ne sais pas vraiment, je vous avoue … ce bain n’était pas à une température très idéale. Il se pourrait que j’aie encore besoin de votre chaleur corporelle pour y remédier.  Il en va peut-être de ma santé, vous ne pouvez pas me refuser cela.

Puis plus que jamais attiré par elle, son sourire s’évanouit pour faire place à davantage de sérieux. Passant délicatement sa main sur sa nuque, il chassa sa chevelure de feu sur une de ses épaules afin de dénuder tout à fait son cou. Il s’approcha alors davantage d’elle pour parvenir à hauteur de son oreille près de laquelle, il se mit à murmurer.

- Et oui je devrais t’en vouloir encore …

Embrassant son cou avec toute la délicatesse du monde, sa main caressante se mit à jouer avec son décolleté avant de se poser au niveau de son cœur.

- Celui-ci a encore beaucoup à se faire pardonner, mais je ne doute pas qu’il y parviendra sans mal.

Et puisqu’il n’y avait donc plus aucune barrière entre eux, il enserra alors sa taille. Leurs lèvres s’unissaient à nouveau dans des baisers à la fois tendres mais aussi particulièrement fougueux.  Il était plus que jamais palpable, que leurs corps désormais enfiévrés et frissonnants ne trouveraient le repos que lorsque ils ne feraient plus qu’un.  C’est alors qu’il réalisa que sur ce divan, ils seraient très probablement mal à l’aise pour cette première nuit d’amour. Alors contrairement à ce qu’il avait dit à Gundred, il la souleva dans ses bras pour la conduire dans sa chambre, sans jamais desserrer son étreinte.  Lorsqu’ils y parvinrent, il ne fit que l’asseoir sur le lit afin de délacer sa robe et son corset. Ses doigts descendirent le long de son épine dorsale et se délectèrent de sa peau nue.  Il la renversa soudain avec passion afin de l’allonger complètement sur le matelas. Penché sur elle, le souffle court de désir, il profitait de chaque instant, chaque seconde d’ivresse que Megan lui procurait. Plus rien ne pourrait les séparer, du moins cette nuit.  Non plus rien.

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Le maniaque et la fausse pouilleuse (PV Benoît - Megan)
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