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 Une partie de cartes révélatrice

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MessageSujet: Une partie de cartes révélatrice   30.12.12 19:50

&

Ne dépouillez pas la femme de son mystère
Nietzsche


    C’est d’humeur massacrante que Grégoire rentrait chez lui après une longue journée rythmée par des erreurs toutes plus stupides les unes que les autres. Le regard sombre, il faisait peur à toutes les personnes qui le croisaient.  Un chasseur de vipères passa outre la mauvaise humeur qui émanait du gueux, et lui demanda d’acheter une vipère qu’il venait tout juste d’attraper. Grégoire s’arrêta près de l’homme, regarda dans le sac en tissu qu’il tenait, puis cracha dedans avant de poser un regard mauvais sur le chasseur. « Dégage de mon chemin ! » Le pauvre homme ne demanda pas son reste et  prit ses jambes à son cou, risquant de laisser tomber une ou deux vipères sur le chemin. Alors qu’il marchait de nouveau, Grégoire plongea dans ses pensées. Cette journée était définitivement horrible. S’il avait su, il serait resté couché puis aurait été boire quelques verres à la taverne du coin. Mais le jeune homme avait décidé d’aller au palais de Versailles pour recueillir quelques informations croustillantes. Il prenait de plus en plus plaisir à écrire ses pamphlets. C’était toujours le sourire aux lèvres qu’il s’installait dans un coin du grenier où il avait élu domicile il y a quelques temps. Il griffonnait sur le papier, le jetait, en prenait un autre, puis se laissait porter par une inspiration venue d’ailleurs. Il cherchait la formule qui ferait rire les Parisiens, la formule qui ferait pleurer de honte la noblesse. Il voulait que les autres ouvrent les yeux, qu’ils se rendent compte de l’injustice qu’ils vivaient jour après jour. Le poète pouvait passer des journées entières à écrire des pamphlets. Il y mettait toute sa colère, et l’ironie qui pointait sous chaque mot faisait le plaisir des lecteurs.Il y a de cela quelques années, il voulait mourir : il n’avait plus aucune aspiration, aucun but ou rêve et allait là où le vent l’emportait. Mais aujourd’hui, une lueur d’espoir semblait renaître en lui, et même s’il rejetait cette idée lorsqu’elle s’installait dans son esprit, elle revenait, chaque fois plus forte : il pouvait changer les choses. Ou du moins, les faire bouger, ce qui était déjà pas mal pour le gueux qu’il était. Mais cette idée ne fit pas son apparition en cette fin d’après-midi, même pas une petite apparition d’une minute, ou d’une seconde. Non. Tout allait mal. Pourtant la matinée annonçait une journée radieuse ! Grégoire avait aperçu un bourgeois dont une belle montre à gousset en or dépassait de sa poche. Le gueux s’était approché de lui, rapidement mais discrètement, et dans un geste empli d’ingéniosité, il s’était emparé de l’objet. Puis s’éloignant tout aussi discrètement et rapidement, il s’était caché dans un coin pour pouvoir observer cette montre. Mais sa main n’avait rencontré que du…vide. Il était pourtant sûr d’avoir glissé la montre dans sa poche. Le jeune homme sortit de sa cachette et soupçonna chaque personne qu’il voyait. Mais accuser quelqu’un de vol reviendrait à avouer que lui-même avait volé la montre. Profondément agacé, Grégoire donna un violent coup de pied dans un cageot vide qui trainait sur son chemin. Il reprit néanmoins la route en marchant d’un pas rapide. « Hé toi là ! »Le gueux marchait depuis dix minutes environ. Il comptait retrouver un vieil ami qui avait une charrette et qui allait régulièrement à la Couronne de Blé. Grégoire profitait souvent de cette charrette pour se rendre à Versailles. L’homme appréciait Greg parce que ce-dernier lui payait sa bière grâce à l’argent volé. Grégoire s’arrêta et regarda celui qui avait osé le héler. «  C’est toi celui qui dit que Racine est un raté ? -Oui, c’est moi, même si je pense ne pas être le seul à le penser et à le dire , lança Greg dans un rire. Il crut un instant que l’homme qui lui faisait face pensait comme lui. Mais la réalité était tout autre…- Tu ferais bien de changer de discours, mécréant. C’est plutôt toi le raté. Jean ne vit pas avec les rats, lui. -Les rats sont des amis bien plus fidèles que ceux que fréquente désormais ton cher Jean. Grégoire leva les yeux au ciel. T’es qui, pour le défendre ? Décidément, cette journée n’annonçait plus rien de bon…- Je suis comédien dans sa troupe. -Mordieu ! T’incliner plus bas que terre face aux figures enfarinées… »Grégoire ne put finir sa phrase. Le comédien (qui s’appelait Jules Morin, mais ça,  Grégoire ne le savait pas) se jeta sur lui et Grégoire eut tout juste le temps d’esquiver son poing. Lui-même lança le sien sur le visage du comédien. Ses phalanges rencontrèrent la joue de Jules et firent valser le comédien par terre. Alors celui-ci lança un cri de rage. Il se releva, comme s’il ne sentait pas la douleur, et se rua sur Grégoire qui n’eut pas le temps de s’enfuir. Il lui donna un coup dans le ventre, qui bloqua la respiration du poète. La douleur fut si forte qu’il tomba face contre terre puis rien. Le trou noir. Lorsque Grégoire ouvrit les yeux, son esprit embrumé l’empêchait de se souvenir où il était. Puis peu à peu, il se souvint des événements qui étaient arrivés. Il ne savait pas combien de temps il était ainsi resté allongé, mais une chose était sûre : la journée se terminait. En effet, le soleil se dirigeait vers l’horizon, renseignant Grégoire sur l’heure qu’il devait être. Il maugréa plusieurs minutes, touchant son ventre où la douleur ne s’était toujours pas éteinte. Il multiplia les insultes contre Jules Morin (qui était parti depuis bien longtemps) puis tenta de se lever. D’abord courbé en deux, il parvint peu à peu à se tenir droit et put marcher, bien que difficilement. Heureusement, il ne devait pas beaucoup marcher. Mais alors qu’en début de journée il avait mis dix minutes pour parcourir le chemin, il eut besoin de quarante minutes pour retrouver son grenier. Les nombreuses pauses nécessaires pour reprendre son souffle l’avaient considérablement freiné. Agacé, furieux même, il rejoignit son grenier et eut une mauvaise surprise. Geoffroy, son acolyte qui venait parfois se réfugier là où Grégoire vivait, courait partout pour attraper un pigeon. La scène aurait pu être particulièrement comique…si des dizaines de pigeons ne volaient pas en tout sens dans la pièce exigüe qu’habitait Grégoire. Geoffroy ne semblait pas avoir remarqué la présence du propriétaire (officieux) des lieux, c’est pourquoi Grégoire cria et vint se placer juste devant son ami. Un sourire niais se dessina sur les lèvres d’un Geoffroy plus surpris qu’effrayé. «Bordel, mais qu’est-ce que tu fous ?! -Oh mais c’est pas la peine de s’énerver comme ça, Greg. Je voulais faire un élevage de pigeons et en offrir un au frère du roi. Tu sais que la guerre approche. Devant l’air intrigué de Grégoire, qui se demandait quel était le rapport entre la guerre, le frère du roi, et un pigeon, Geoffroy reprit, avec une logique incontestable :  il aura besoin d’un pigeon pour envoyer des lettres. Imagine qu’il ait besoin d’aide : il pourra envoyer un pigeon ! -Mais comment tu fais pour avoir des idées pareilles ? Tu crois que ce monstre en rubans va apprivoiser ton pigeon ? Il aura tôt fait de le bouffer oui ! »  Grégoire fulminait de rage. Des plumes trainaient un peu partout et l’odeur était exécrable, même pour un gueux qui avait l’habitude de la puanteur. Non, vraiment, ce n’était pas possible. C’était un cauchemar, oui, juste un cauchemar. Malheureusement pour notre gueux, tout était très réel. La fiente d’un pigeon qui tomba sur ses cheveux lui confirma ce qu’il craignait : il ne dormait pas. Sous l’impulsion de la colère, Grégoire attrapa tous les pigeons devant le regard ahuri d’un Geoffroy qui se demandait s’il devait rire ou pleurer. Puis Grégoire le mit dehors avec ses pigeons. Il sortit pour trouver de l’eau et enlever la fiente de ses cheveux. Alors qu’il frottait ses cheveux, un homme l’approcha. C’était une connaissance avec qui il passait la plupart de ses soirées dans les tavernes. On pouvait même dire que c’était un ami, car l’alcool faisait et défaisait les amitiés. «  Hé Greg, viens !-Oh non Eric, je vais rester seul ce soir. - Oh non Greg allez viens ! On va boire ! Tu vas pas refuser une bière, hein ! Eric voyait que Grégoire commençait à se laisser tenter…  Une partie va bientôt commencer, reprit-il en chuchotant, et il y a ton partenaire de jeu. Tu sais, les cartes…» précisa-t-il devant l’air interrogateur de Grégoire. Alors celui-ci compris. Il n’en fallait pas plus pour le décider à passer la soirée avec une bière et des cartes à la main. Après tout, la soirée serait peut-être plus bénéfique que la journée. Une fois la fiente de ses cheveux enlevée grâce à l’eau, il se changea (heureusement qu’Isabeau acceptait de lui offrir des vêtements !). Puis il rejoignit l’endroit où une partie de cartes (activité tout à fait illégale) devait commencer. Après avoir demandé une bière, il chercha du regard son partenaire habituel. Il ne savait pas qui il était exactement. Il remarqua de loin les cheveux sombres et l’air mystérieux de cet homme. Il s’approcha de lui et le salua. La perspective de gagner de l’argent enchantait Grégoire, qui en avait presque oublié la mauvaise journée qu’il venait de passer. Il s’installa avec son partenaire et ses adversaires. Ce n’était pas la première fois qu’il jouait avec cet homme. Il ne savait rien de lui, mais l’homme lui avait proposé de faire équipe. Au début, ils s’affrontaient. Mais chacun avait trouvé en l’autre un adversaire redoutable. Alors Grégoire s’était vu proposé d’être son partenaire : ensemble, ils se partageraient les mises gagnées. Et depuis, Grégoire gagnait régulièrement de quoi manger et surtout de quoi payer le tavernier. Bien installé, il lança joyeusement : « La partie peut commencer ! »


Dernière édition par Grégoire Malaure le 20.03.14 18:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une partie de cartes révélatrice   23.01.13 18:56

Les jours de la vie d'Isabelle se suivaient et se ressemblaient étrangement. Parfois, la jeune femme avait même l'impression d'être coincée dans la même journée encore et encore. De jour, service chez la reine, discrète, silencieuse, à éviter les ennuis des ennemis potentiels qui étaient pourtant nombreux, ne serait-ce que lors de ses services, puis l'après-midi passé avec son amant du moment – le changement de Derek pour Mancini était d'ailleurs très agréable et avait eut un impacte très positif sur les nerfs et la patience d'Isabelle d'ailleurs – et enfin, discrètement, le soir, plusieurs soirs par semaines, elle partait pour Paris dans une voiture simple, arrivait dans sa petite chambre, se changeait, et donnait vie à Etienne. A vrai dire, ce qui était inquiétant au début, puis excitant, était devenu une horrible routine qu'elle supportait plus qu'autre chose. Hélas, le jeu est une drogue, une addiction, et il fallait bien le reconnaître, Isabelle adorait la sensation de doute au moment où les cartes s'abattaient sur le tapis, et cette horrible jubilation quand elle se rendait compte qu'elle avait gagné – a grand coup de cartes habillement dissimulées dans ses manches, certes, mais même. Le seul changement, de temps à autre, était l'arrivée d'un nouveau joueur à dépouiller. Alors pour tromper le morne ennui des parties où certes l'on jouait gros mais où l'ambiance restait guindée et feutrée – et où on n'était pas à l'abri d'un mauvais coup, ces messiers n'ayant de gentilshommes que le nom – la jeune femme s'était aussi mise à jouée dans des cabarets, bien moins bien fréquentés, certes, mais c'était là qu'elle s'était tissé assez de relations pour envoyer faire son sale travail quand elle en avait besoin. Hélas, cela ne fonctionnait pas toujours comme elle avait put le remarquer avec Cédric...

Cette journée, heureusement, n'était pas exactement comme les autres. Arrivée à Paris la veille au soir, elle s'était rendue au cercle de jeu d'un comte qui tentait de se faire des relations influentes en amusant la noblesse parisienne. Et contrairement à son habitude, elle n'avait pas eut à rentrer à Paris en catastrophe pour être à l'heure au lever de la reine, pour la simple raison que la jeune femme était de congé ce jour-là. Elle avait donc passé la nuit tranquillement dans ce lit qu'elle n'affectionnait pas particulièrement mais qui avait l'avantage d'être propre, confortable, et uniquement sien pour une fois. Puis, mettant une robe simple, bien loin des robes de cours chargées qu'elle mettait habituellement, la faisant plutôt passé pour une petite bourgeoise, si ce n'était pas moins, elle entreprit de marcher dans les rues parisiennes, à la recherche de tout et de rien. Certes, habillée en homme, elle aurait courut moins de risques, mais l'un des charmes d'Etienne n'était-il pas de se montrer uniquement la nuit ? Aussi, au détour d'un faubourg, alors qu'elle prenait un pain chez un boulanger, elle aperçut dans la foule celui qui était devenu son partenaire de jeu dans ces endroits mal famés comme ceux qu'elle allait fréquenter le soir-même. Son nom ? Grégoire. On le disait voleur, malheureux, ayant cherché à mourir pour une raison qui lui avait échappé. A vrai dire, elle s'en fichait. Laissant là sa monnaie au boulanger, elle entreprit de le suivre. Et son manège n'était pas difficile à comprendre. Il suivait lui-même une femme. S'en rapprocha, et dans la foule, lui subtilisa quelque chose. Isabelle sourit. Mais à voleur, voleur ennemi. Elle s'approcha de lui à le dépasser, et, à son tour, lui déroba son butin, avant de s'éloigner comme si de rien n'était. A vrai dire, elle s'en moquait. Le geste était sûrement bas, mais quand il faut tromper l'ennui... Une fois rentrée chez elle, elle avisa le butin en question. Une simple montre. Elle n'était même pas spécialement jolie, la jeune femme en avait gagné des bien plus belles. Mais par pur goût de provocation, alors qu'elle se changeait une nouvelle fois pour se rendre à la taverne où elle devait jouer le soir-même, elle attacha le gousset à sa poche.

Comme à son habitude, elle avait choisit des vêtements sombres qui dissimulaient ses formes féminines. Un pourpoint violet foncé, un haut de chausse noir et ses bottes de cavalier. Ses cheveux étaient réunis en catogan et elle masquait ses mains bien trop féminines derrière des gants en cuir noir. L'épée au côté, un feutre rabattu sur ses yeux et une cape lui entourant les épaules, l'artifice faisait toujours l'affaire. Hélas, elle savait bien qu'elle ne pourrait pas continuer ainsi jusqu'à sa mort – si ses bêtises la laissaient vivre jusqu'à un âge avancé – pourtant elle ne pouvait pas se retenir de continuer à braver la chance. Elle avait toujours été son amie jusque là, pourquoi cela changerait-il ? Elle arriva pile à l'heure à la taverne comme à son habitude, saluée par des « monseigneur » venant de droite et de gauche. La petite serveuse s'approcha d'elle en minaudant :

-Qu'y a-t-il pour votre service, ce soir, monseigneur ?

Joueuse, consciente de son rôle, Isabelle lui passa une main à la taille et lui susurra à l'oreille :

-Un pichet de ce que ton patron à de meilleur pour la table habituelle, tu seras un ange.

-Tout de suite, monseigneur
, elle se mit à pouffer en rougissant.

Sans lui prêter plus d'attention, le chevalier se dirigea vers la table et s'installa au milieu des joueurs. On avait déjà essayé de la tuer à la sortie de cette taverne, pour les gains qu'elle avait amassés. Hélas pour ses adversaires, elle était aussi coriace avec des cartes qu'avec une arme. Il manquait encore quelques joueurs qui arrivèrent au fur et à mesure. Mais il en manquait encore un, toujours le même. Grégoire arriva enfin à son tour, et semblait dans un bien mauvais état. Isabelle le suivit du regard quand il s'installa en face d'eux.

-La partie peu commencer ! S'exclama-t-il.

Isabelle sorti la montre dérobée au jeune homme le matin même et murmura en y regardant l'heure :

-Vous êtes en retard, remarqua-t-elle, en posant la montre à son côté.

Elle évita ensuite le regard de son partenaire en se demandant si celui-ci allait reconnaître l'objet. Parfois à force de jouer avec le jeu on se brûle, Isabelle l'avait déjà bien remarqué, et pourtant, elle continuait. Cela lui servait peu de leçon. La première main n'était pas à son avantage. Peut être, le voleur, aurait-il plus de chances qu'elle. Pourtant, un roi disparut dans la manche de la jeune femme au moment où elle demanda à changé trois cartes. On ne savait jamais, cela pouvait servir. Le premier tour fut donc à son désavantage, mais le second lui fut très utile, car le roi sauvegardé lui permit de rafler le tapis. Elle lança un regard entendu à Grégoire pour qu'il suive sa mise. La nuit s'annonçait très fructueuse pour les deux larrons.

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MessageSujet: Re: Une partie de cartes révélatrice   25.02.13 23:05

Rien ne laissait présager, après cette journée désastreuse, que la soirée serait fructueuse. Grégoire et son acolyte ne se donnaient jamais rendez-vous. Ils se retrouvaient autour d’une table, jouaient, se partageaient la mise, puis se quittaient sans certitude de se revoir mais avec l’envie de jouer de nouveau avec l’autre. C’était une sorte de pacte non officiel entre eux, un pacte qui s’était fait par leur regard : nul besoin de mot ou de signature. Aussi, lorsqu’on avait prévenu Grégoire que le mystérieux joueur était là, il n’avait pas hésité une seconde : à eux deux, ils gagnaient à tous les coups. Et ce soir encore ils rafleraient la mise. Le gueux en était certain. Il faut dire que leur technique avait déjà fait ses preuves. Ne dit-on pas qu’il ne faut pas changer une équipe qui gagne ?

Ces cercles de jeux que côtoyait le poète étaient trop sérieux. Il s’efforçait de détendre l’atmosphère, de lancer une ou deux blagues de temps à autre mais le seul résultat qu’il obtenait ainsi était de passer pour un débutant, un naïf un peu stressé qui riait pour cacher sa peur. Cela l’agaçait et l’amusait à la fois. Mais les autres joueurs ne se méfiaient pas de lui, ce qui constituait un avantage non négligeable.

Grégoire ne savait plus très bien comment il s’était retrouvé dans ce cercle de jeu. Lorsqu’il tenta, une fois, de se remémorer le jour où il avait vu pour la première fois le chevalier, ce fut le trou noir. Depuis il ne se posait plus cette question et faisait comme s’il était tout à fait normal qu’il côtoie des personnes d’un rang plus élevé pour jouer aux cartes. De toute façon, se disait-il, il vivait déjà dans l’illégalité, alors un peu plus ou un moins, cela n’allait rien changer.

Lorsqu’il s’installa à la table sur laquelle se déroulerait la partie, il remarqua, sans surprise, le regard dur de son partenaire. Cet homme ne se défaisait jamais de son sérieux, jamais il ne laissait transparaitre le moindre sentiment. Bien qu’il en eût désormais l’habitude, Grégoire était intrigué par cet homme froid. Intrigué également il était par sa haute condition, que l’on pouvait deviner à la blancheur de son teint et à la qualité de ses vêtements. Mais après tout, pensait le gueux, les courtisans semblaient se plaire dans les tavernes : on disait que certains y passaient de nombreuses soirées et ne pouvaient rentrer seuls chez eux. Toujours est-il que son partenaire paraissait avoir besoin d’argent. Cette pensée faisait ricaner Grégoire. Le noble et le gueux étaient, lors de ces soirées de jeux, logés à la même enseigne.

« Vous êtes en retard » lança froidement son partenaire, tout en posant un objet sur la table. Lorsqu’il releva la main, Grégoire put regarder cet objet qui était…la montre qu’il avait dérobée et qui avait aussitôt disparu dans la matinée. Le voleur n’osait y croire et pourtant, c’était bien cette montre. Il n’y avait nul doute possible. Elle était assez simple, une fine ligne dorée parcourait le bracelet et le reste était en argent. Il avait déjà volé des objets de plus grande valeur mais lorsqu’il avait vu la montre dans la matinée, il s’était dit qu’il pourrait en retirer un bon prix. Et maintenant, cette montre était là, face à lui, et elle sortait de la poche de son acolyte. Ce qui voulait dire que cet homme était lui aussi un voleur. Et un voleur plutôt doué, car Grégoire n’avait rien vu. Néanmoins, le gueux décida de jouer l’indifférence.

« C’est que je n’ai pas de montre pour lire l’heure, contrairement à vous. » Le poète se promit de découvrir pourquoi cet homme lui avait volé cette montre. Si autour d’une table ils étaient partenaires de jeu, il n’en était pas de même une fois les cartes rangées et la mise partagée.

La partie commença. Grégoire mit de côté ses questions et sa colère pour se concentrer sur son jeu. Il n’avait pas un jeu extraordinaire. Il cacha toutefois sa déception par un léger sourire, comme s’il avait du mal à cacher son contentement. A jouer ainsi, il avait appris à tromper ses adversaires en cachant ses sentiment et en feignant la spontanéité. Il avait aussi appris à détourner leur attention lorsque son partenaire semblait décidé à contourner les règles. Le voleur renversait de la bière ou racontait une blague. Il savait qu’il agaçait ses adversaires et s’en amusait.

« Oh regardez sur ma carte, notre bon roi en train de jouer de la guitare ! Est-ce une carte d’exception ? » Les autres joueurs s’empressèrent de regarder la carte, pendant que le mystérieux chevalier glissait une carte dans sa manche. Grégoire éclata de rire « Ah non, ce n’est qu’un valet. Ce que vous pouvez être naïfs ! » Bizarrement, au second tour, son partenaire put poser fièrement son roi. Son regard entendu renseigna Grégoire sur son jeu : il pouvait miser à son tour en toute quiétude. Grégoire fit mine d’hésiter, puis au bout de quelques minutes, après avoir désespéré les autres joueurs, il se décida enfin à miser. La figure dépitée de ses adversaires le fit rire :
« Ahah, qui fait le malin tombe dans le ravin. » Des regards noirs se tournèrent vers lui. « Oh ça va, si on ne peut plus rigoler ici. »

Nos deux joueurs commençaient à amasser une belle somme d’argent. Après un regard, ils se décidaient à miser plus ou non. C’est étrange, se disait Grégoire, comme tous deux pouvaient lire dans le regard de l’autre sans se connaitre. Les yeux glacés de son partenaire semblaient lui dévoiler ses cartes. C’est en parvenant ainsi à communiquer par de subtils coups d’œil qu’ils formaient un tandem impitoyable.

« Et voilà mon superbe roi de pique ! » Grégoire s’apprêtait à ramasser l’argent lorsque l’un des joueurs tonna : «Tu triches !
-Moi ? Mais non !
-Tu me prends pour un idiot peut-être ? L’homme, colossal, s’était levé de sa chaise dans un mouvement brusque et dominait Grégoire de toute sa hauteur.
-Mais pas du tout, tu me sembles même très intelligent ! répondit le gueux, toujours assis. Il riait pour apaiser la situation, mais cela ne fit que l’empirer.
-Relève tes manches !
-Je crains d’attraper froid si je le fais.
-Je t’ai dit…gronda le géant.
-D’accord d’accord, je lève mes manches, en fait, j’ai même chaud. Grégoire leva sa manche gauche et…rien. Il leva la tête, un grand sourire aux lèvres.
-L’autre manche.
-Oh non je…d’accord je la relève aussi. Aucune carte n’apparut. Eh bien, vois-tu, je ne cache pas de carte dans mes manches. Mais je ne t’en veux pas pour ces soupçons, c’est normal, je comprends. »

La partie put reprendre. Grégoire regarda son acolyte dans les yeux : il maîtrisait la situation. En attendant son tour, alors que l’attention se concentrait sur la table, il se gratta la jambe, se gratta le pied puis tira discrètement de sa chaussure une carte. Lorsque son tour arriva, il posa la carte sur la table. Des yeux soupçonneux le fixèrent :
« Eh je n’y peux rien si j’ai de la chance. Heureusement que je ne suis pas marié, sinon on aurait pu croire que je suis cocu ! »

La soirée était bonne. Ils gagneraient de l’argent, aujourd’hui. Soudain, Grégoire regarda la montre. A la fin de la soirée, il gagnerait bien plus que ce qu’il croyait. Et il ne gagnerait pas que de l’argent…
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MessageSujet: Re: Une partie de cartes révélatrice   19.03.13 3:20

Isabelle avait horreur des surprises. Du moins celles qu'elle n'avait pas prévues pour les autres, et qu'on lui faisait. C'était pour cela qu'elle avait longtemps réfléchit avant de faire ce petit partenariat avec le poète. Il était un peu trop imprévisible à son goût, et bien trop désinvolte. Parfois, elle regrettait profondément d'avoir faire cela. Heureusement, ces parties, minimes, où elle cherchait plus à se faire des contacts pour exécuter ses basses œuvres – surtout depuis que Cédric avait envoyé le précédent exécuteur des tâches ingrates ad patres – qu'elle ne pouvait pas se permettre d'accomplir elle-même, pour préserver sa couverture, et parce qu'il était hors de question qu'elle se salisse les mains. Un mal nécessaire en somme, et parfois, dans ces endroits insalubres, on apprenait des choses qui pouvait s'avérer utiles. Isabelle n'était pas un maître chanteur, mais un ragot ou une rumeur, fondée ou pas, pouvait toujours s'avérer utile, si on savait l'utiliser à bon moment. La jeune femme détestait laisser les choses au hasard, et toujours avoir une carte dans sa manche, au sens propre comme au figuré, était un devoir qu'elle se faisait. Ne jamais être prise au dépourvu. Ou plutôt ne jamais plus être prise au dépourvu. Il était dommage qu'elle déteste les échecs, car elle y aurait surement fait malheur, avec sa tendance à bluffer et à mentir aurait certainement été d'une grande aide dans ce domaine. Il faudrait peut être qu'elle essaye, un jour, si bien sûr elle pouvait rafler des sommes intéressantes... Le seul problème était qu'on ne pouvait tricher aux échecs.

Mais ce jeu était bien trop sophistiqué pour les balourds qui l'entouraient à la table. Ils ne connaissaient que les jeux faciles, les femmes faciles et les proies faciles. Cela en faisait des êtres médiocres, plutôt faciles à manipuler. Mais il fallait faire attention, ils restaient des brutes épaisses qui pouvaient êtres violentes quand elles le voulaient. Et Isabelle ne faisait certes pas le poids physiquement fasse à eux. Il n'y avait que le poète qui relevait un peu le niveau, mais qui le baissait par d'autres défauts. Comme sa tendance à être en retard en permanence, ce qui avait le don d'agacer la jeune femme au plus haut point. Peut être le tour qu'elle lui avait joué le matin même allait enfin lui apprendre à être à l'heure... Mais la leçon allait être en deux partie et ce n'était pas ce soir qu'il allait changer ses mauvaises habitudes. La jeune femme détestait ce genre de comportement, et regrettait de l'avoir approché. Mais il fallait lui reconnaître une chose : un don inouïe pour se sortir de toutes les situations, même les pires. Cela passait bien par dessus quelques petits défauts, bien que cela l'agaçait toujours autant. Heureusement pour lui, Isabelle était d'humeur agréable ce soir-là – comprenez « moins froide qu'à l'ordinaire » - et lui passerait son retard, s'il arrivait avant la fin de la demie-heure, bien évidemment. Il ne fallait pas non plusse montrer trop magnanime. Le grand Ministre du feu roi Louis XIII, Armand du Plessis, mieux connu sous le nom de Cardinal de Richelieu, avait dit « savoir dissimuler est le savoir des rois ». Isabelle et Grégoire prouvaient bien que c'était faux, puisque personne n'avait réussit à percer leur stratagème.

Enfin, le poète se montra, et Isabelle ne put réprimer une pique. La leçon commençait. S'il en fut surprit, il le dissimula bien, et se contenta de répondre :

-C’est que je n’ai pas de montre pour lire l’heure, contrairement à vous.

Isabelle resta impassible. Les cartes furent distribuées et Isabelle se concentra, nullement troublée par les pitreries de l'écrivaillon, qu'il faisait plutôt pour lui laisser la marge de tricher à son bon vouloir :

-Oh regardez sur ma carte, notre bon roi en train de jouer de la guitare ! Est-ce une carte d’exception ?

Isabelle glissa un roi dans sa manche.

-Ah non, ce n’est qu’un valet. Ce que vous pouvez être naïfs !

Et le déposa tout simplement sur la table à la fin du tour suivant. Le plus naturellement du monde. Elle n'avait pas ouvert la bouche, et les deux autres ne trouvèrent pas cela suspect, se contentant de grommeler quelques insanités. Le poète ne put s'empêcher de fanfaronner quand la jeune femme lui eut fit signe de miser tout ce qu'il voulait.

-Ahah, qui fait le malin tombe dans le ravin. Oh ça va, si on ne peut plus rigoler ici.

Isabelle lui jeta un coup d'oeil en guise d'avertissement. Distraire l'attention certes, mais en faire trop, surement pas. Il allait leur attirer des ennuis à ce rythme. La partie continua, et le pactole grandissait. Mais cela ne pouvait pas durer sans que Malaure en remette une couche :

-Et voilà mon superbe roi de pique !

-Tu triches !

-Moi ? Mais non !

-Tu me prends pour un idiot peut-être ?

Si Isabelle n'avait pas sut se tenir, elle aurait surement frappé son front de sa main. Il était incroyable ! L'autre s'était levé, prêt à en découdre.

-Mais pas du tout, tu me sembles même très intelligent !

-Relève tes manches !

-Je crains d’attraper froid si je le fais.

-Je t’ai dit…

-D’accord d’accord, je lève mes manches, en fait, j’ai même chaud.

-L’autre manche.

-Oh non je…d’accord je la relève aussi. Eh bien, vois-tu, je ne cache pas de carte dans mes manches. Mais je ne t’en veux pas pour ces soupçons, c’est normal, je comprends.


Isabelle devait avouer qu'elle avait retenu son souffle, de peur que quelque chose n'arrive. Mais heureusement, rien. Elle se promit de faire payer le gueux pour les sueurs froides qu'il venait de lui donner. Alors que le jeu reprenais son cours, la jeune femme le foudroya du regard. Même s'il disait maîtriser la situation, elle ne pouvait pas le croire. Et il rafla la mise avec la carte qu'il avait dissimulé Dieu seul savait où quelques tours auparavant.

-Eh je n’y peux rien si j’ai de la chance. Heureusement que je ne suis pas marié, sinon on aurait pu croire que je suis cocu !

Isabelle appuya un pied sur la table et se mit à se balancer négligemment alors que le vainqueur raflait sa mise, et que les cartes étaient rassemblées pour être redistribuées.

-La belle, du vin ! Lança-t-elle.

-Vous buvez beaucoup, monseigneur... remarqua l'un d'entre eux.

-Occupe-toi plutôt de ta bourse, mon ami. Son contenu m'a l'air de disparaître plus vite que celui de mon verre...


Et à vrai dire, le vin était rarement pour elle. Elle en buvait une ou deux gorgées, mais il bénéficiait surtout à ses adversaires, embrumant leurs esprits, et les rendants moins rapides dans leurs gestes. Chacun sa technique pour remporter une partie. Mais au lieu de la jeune serveuse, ce fut d'abord un vieux bossu qui s'approcha de la table.

-Touchez ma bosse, messeigneurs...

-Va-t-en, bossus, tu ne vois pas que tu nous déranges ? Aller, ouste !


Et sans ménagement, le vieux fut éconduit.

-Ce n'était pas vraiment une bonne idée, lâcha Isabelle en prenant son jeu. Vous auriez bien eus besoin d'un peu de chance...

Le jeu continua pendant un ou deux tours, mais Isabelle fut vite lassée. Prenant sa bourse, elle ramassa son pactole, et se leva.

-Messieurs, je vous souhaite une bonne soirée. Quand à moi, je vous quitte.

Elle lança un regard à Grégoire. Allait-il continuer à faire l'imbécile, ou quitter les lieux en même temps qu'elle pour récupérer sa part ? Elle décida de ne pas l'attendre, cela paraitrait suspect, elle lui donnera sa mise à leur prochaine rencontre. Sans se retourner, elle quitta l'auberge. Croisant le vieux bossus, elle lui lâcha quelques pièces avant de s'éloigner dans la nuit parisienne, par des chemins dérobés, difficile à suivre quand on ne connait pas bien Paris. Hélas, Grégoire, lui, connaissait bien la ville...

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MessageSujet: Re: Une partie de cartes révélatrice   19.10.13 23:22

Grégoire se rendait bien compte que ses petits tours de passe-passe ne plaisaient pas vraiment à son partenaire de jeu. Pourtant, avec l'attention que lui portaient leurs adversaires, son mystérieux acolyte pouvait cacher à sa guise quelques cartes à utiliser plus tard dans son jeu. Le gueux se demandait alors pourquoi l'homme le regardait d'un air agacé. Heureusement, il parut se détendre en posant sa jambe sur la table et en demandant du vin. Le gueux avait compris au bout de quelques parties qu'ils avaient jouées ensemble que le vin n'était pas seulement destiné à son partenaire. Celui-ci avait en effet une technique qui faisait autant son effet que les distractions opérées par Grégoire, et qui consistait à embrumer l'esprit de leurs adversaires en leur offrant du vin. Avant que la charmante serveuse ne vienne apporter le fameux breuvage, un bossu vint demander à ce qu'on touche sa bosse. Grégoire voulut le chasser mais le mystérieux joueur n'attendit pas et le fit partir lui-même, ajoutant ensuite une pique adressée à leurs adversaires, ce qui fit doucement rire Grégoire.

La partie fut tout au long menée par le duo de joueurs. Leurs petites astuces leur permettaient d'empocher la mise à chaque fois, provoquant les soupirs agacés des autres joueurs. Grégoire réfléchissait déjà à ce qu'il allait faire avec la moitié de la mise. Il pourrait manger à sa faim pendant quelques jours et pourrait payer, pour une fois, les taverniers, et ainsi éviter de se faire chasser des tavernes. La soirée s'annonçait bien meilleure que la journée désastreuse qu'il venait de subir. Comme quoi, se disait-il, il y a parfois une justice en ce bas monde. Le fait qu'il ait triché pour obtenir des gains ne l'empêchait pas de profiter de sa réussite. Après tout, qui ne trichait pas aux jeux d'argent ?

Il continuait de faire le pitre et de distraire ses adversaires par des jeux de mots graveleux qui exaspéraient l'autre joueur. Mais il n'avait que faire des regards agacés de son partenaire. Personne ne décidait pour les autres autour de cette table, et personne ne devait lui dicter ce qu'il devait faire. S'il y avait bien une chose que Grégoire détestait, c'était qu'on lui dise que faire, et le fait que son partenaire semblât être un bourgeois ou un noble amplifiait cette volonté de n'en faire qu'à sa tête. Mais au bout de quelques tours, l'autre joueur quitta la table, emportant toute la mise qu'ils avaient gagnés à deux et non sans un regard pour Grégoire qui l'interrogea du regard. Devait-il le suivre pour partager la mise ? Il ne lui faisait pas vraiment confiance, encore moins depuis cette histoire de montre volée. Et s'il partait sans partager la mise ? Ce serait une soirée de perdue, qui ne viendrait que clore en beauté une journée désastreuse. Ne voulant pas prendre le risque de voir disparaître l'argent tant convoité, il se leva, bâilla ostensiblement, et lança, sur le ton de la confidence, à ses compères de table : “Vous savez quelle différence il y a entre un con et un voleur ? C'est qu'un voleur, de temps en temps, ça se repose.” Puis, sans demander son reste, il quitta la taverne. Mais dans la nuit noire, nulle silhouette ne se dessinait, sinon celle du bossu qui souriait en faisant tinter des pièces. Alors, Grégoire perçut un mouvement au bout de la rue et vit le fameux joueur disparaître derrière un mur. Ainsi leur pacte non officiel était rompu. Son partenaire de jeu devenait son ennemi, et une chose était sûre, ils ne feraient plus équipe durant les parties de cartes. Deux solutions s'offraient au gueux : laisser filer l'homme, ce qui signifiait voir son argent disparaître, ou courir à sa poursuite pour mettre les choses au clair et récupérer son du. Il ne lui fallut pas longtemps pour prendre sa décision et il courut pour rattraper le joueur, non sans lancer avant au bossu : “ Vous, vous devriez arrêter de sourire. J'vous promets; ça devient vraiment malsain."

Une fois arrivé au bout de la rue, Grégoire aperçut de nouveau le joueur qui empruntait d'autres ruelles de la capitale. Mais à force d'être poursuivi par des personnes qu'il avait volées ou provoquées, le prince des voleurs connaissait la ville comme sa poche et avait acquis une certaine endurance. A chaque intersection, il apercevait l'homme et le poursuivait de nouveau, n'abandonnant pas sa proie. Il lui fallait cet argent, et il lui fallait éclaircir cette histoire de montre volée. Qui était-il, cette homme dont les vêtements témoignaient d'un certain niveau de vie ? Pourquoi volait-il un voleur, en toute connaissance de cause ? Prêt à percer ce mystère, Grégoire n'était pas prêt à s'arrêter.

Puis l'homme entra dans un bâtiment. Grégoire attendit un peu avant de le suivre de trop près, en profitant pour reprendre son souffle. Puis il approcha doucement du bâtiment, ne voulant pas se faire remarquer tout de suite. Il pénétra ensuite dans la bâtisse dont la porte était entrouverte, et traversa un étroit corridor avant d'apercevoir un rai de lumière. A travers une nouvelle porte entrouverte, il put voir une chambre toute simple, ne comportant que le stricte nécessaire pour une personne vivant seule. Et soudain, la silhouette de l'homme se dessina dans la chambre, à la lumière d'une bougie qui venait d'être allumée. Sauf que, à la grande surprise du roi des gueux qui s'attendait à voir un homme, cette silhouette n'avait rien de masculine. Les formes d'une femme se dessinaient en effet sous une chemise blanche, et une longue chevelure brune tomba en cascade sur son dos lorsqu'elle enleva le ruban qui la retenait. Stupéfait, Grégoire observait cette silhouette, non pas par un voyeurisme malsain, mais parce qu'il n'en croyait pas ses yeux. Mais qui était cette personne qu'il avait cru être un homme ? Il devait avouer que cette femme avait parfaitement mené son jeu, et pas seulement aux cartes. Le voleur ne voulait pas faire de mal à une femme, mais il était tout de même décidé à récupérer sa mise. C'est pourquoi, après quelques minutes passées à observer cette femme inconnue, il se décida à l'avertir de sa présence :

J'attends ma part de l'argent que nous avons gagné. Et j'ai aussi cru comprendre que tu avais ma montre.”

Le dos qui lui faisait face se retourna, et il aperçut le visage de la femme. Nul doute, c'était bien le joueur mystérieux, celui qui avait su développer une aura de mystère autour de sa personne. Grégoire, nonchalamment adossé contre le mur, les bras croisés, regarda la femme et savoura non sans fierté l'effet de surprise qu'il avait provoqué. Si elle avait cru mener le jeu autour de la table, il n'en était plus de même désormais. A jouer avec le feu, la belle risquait de se brûler les ailes.

Je me suis permis de te suivre. J'espère que je ne dérange pas”.
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MessageSujet: Re: Une partie de cartes révélatrice   18.11.13 22:39

Isabelle se demandait parfois comment elle faisait pour « travailler » avec quelqu'un comme ce voleur. Au premier abord, ce partenariat paraissait une bonne idée, ils étaient tellement différent que personne n'aurait put soupçonner qu'ils avaient des intérêts communs, mais quand on y réfléchissait, sa manière chronique de vouloir tout contrôler se heurtait sans cesse aux réactions imprévisibles – et à l'imprévisibilité tout court, d'ailleurs – de ce jeune homme. Il avait des qualités, mais pas que. La jeune femme se disait que cela ne pourrait pas durer éternellement, même si c'était assez pratique. Il l'avait assez agacée pour qu'elle ait envie de le planter là, malgré leurs accords. Mais il fallait bien avouer qu'il le méritait. Si Isabelle avait jamais eus des scrupules – encore aurait-il fallut qu'elle sache de quoi il s'agissait – de lui avoir subtilisé cette montre qu'il venait lui même de dérober, ils s'étaient vite envolés devant le comportement de son acolyte. Elle se suffisait en générale à elle-même et détestait dépendre de qui que ce soit et à fortiori de son comportement, même si elle avait vu la nécessité de détourner l'attention des soupçons qui commençaient à peser sur elle, et il fallait avouer que le poète faisait un paravent plus que convenable. La preuve, personne n'avait plus fait attention à son petit manège à partir du moment où il avait posé son séant sur sa chaise. Elle avait largement eut les mains libres et l'argent sortait de la bourse de leurs adversaires comme de l'eau d'une source.

Pourtant, Isabelle avait fini par prendre le large. Il n'y avait aucune raison qu'elle reste plus longtemps dans les parages. Il ne valait mieux pas qu'elle reste dans les parages trop longtemps étant donné le peu d'amis qu'elle avait dans le milieu – mais pouvait-on réellement parler d'ami quand de l'argent était en jeu ? Il s'agissait plutôt de collaborateurs, prêts à se retourner contre vous à n'importe quel moment – elle risquait plus facilement de se retrouver un couteau entre les omoplates. Avançant dans la rue, elle n'imaginait pas une seule seconde que l'écrivaillon la suivait, et pire, essayait même de la rattraper. Disons qu'elle le pensait trop tête en l'air pour avoir une telle idée. Sa manière de sous estimer les gens ces derniers temps était en train de lui jouer de sales tours qui pourtant ne lui mettait absolument pas de plomb dans la tête. C'était agaçant à la fin. Faisant ses détours habituels, par automatisme, elle pensait au rassemblement des troupes françaises prêtes à partir dans le nord. Versailles allait devenir ennuyeux, et sa bourse désespérément vide. Quelle idée aussi de faire une guerre au moment où tout allait pour le mieux pour elle, vraiment ! Les hommes étaient d'un égoïste !

Slalomant entre les passants encore présents dans les rues, Isabelle ne perdit pas de temps à entrer dans la bâtisse qui abritait sa chambre où disparaissait l'une de ses identités pour qu'elle laisse faire place à l'autre, ravie de sa soirée. Saisissant la clef dans l'une de ses poches, elle la fit tourner dans la serrure, pénétra dans la pièce et referma la porte avec le talon, sans se rendre compte qu'elle n'avait pas poussé assez fort et que la porte ne s'était pas totalement refermée. Son chapeau vola sur le lit, rapidement suivit par son pourpoint et le gilet assortit, ainsi que ses gants, et elle défit le ruban retenant ses cheveux en catogan et la lavallière de sa chemise. On respirait un peu mieux comme ça ! Une fois cela fait, elle craqua le briquet et alluma les trois mèches d'un chandelier pour éclairer un peu la pièce, en vue de compter son butin. La soirée avait été prolifique. Satisfaite, elle s'apprêtait à se relever pour dissimuler l'argent sous la latte de parquet cassée à côté de la petite commode, quand une voix se fit entendre :

-J'attends ma part de l'argent que nous avons gagné. Et j'ai aussi cru comprendre que tu avais ma montre.

La jeune femme se redressa vivement, et son regard croisa celui de Grégoire qui se tenait dans l'embrasure de la porte. Elle hésita un instant, pesant le pour et le contre, son épée à portée de main. Et puis elle décida de se détendre. De toute façon, Grégoire ne connaissait rien d'elle. Le Chevalier de Louvel restait un être totalement abstrait, pour beaucoup, et cela ne lui aurait rien apporté de la faire chanter, puisqu'il ne connaissait pas son véritable nom.

-Je me suis permis de te suivre. J'espère que je ne dérange pas.

Isabelle haussa les épaules, et se retourna pour prendre la bourse qu'elle avait ramené ce soir, vidée à moitié. Elle la lança souplement à Grégoire qui la rattrapa au vol tout en lui affirmant, ironique :

-Ne t'excuse pas, ce sont les pauvres qui s'excusent. Quand on est riche, on est désagréable !

Référence à la somme plutôt rondelette amassée ce soir. Elle croisa les bras, le regardant, et se demandant ce qu'il pouvait bien attendre de cette filature – à part son argent – et de ce qu'il en avait découvert. Elle continua, sur une voix bien plus lasse qu'énervée :

-Tu as de la chance que la totalité de la somme y soit, ton comportement ce soir a été à la limite du supportable et aurait put faire tout faire rater. Il y a des jours où je me demande pourquoi je t'ai choisi toi pour ce genre de boulot. Des petites garces dans ton genre, ça pullule dans les tavernes et sûrement des plus compétentes. Je peux savoir ce qui t'a prit ?

Isabelle faisait totalement abstraction de la découverte du jeune homme, comme s'il était totalement naturel qu'une jeune femme se travestisse en homme pour gagner des sommes pas si faramineuses que ça contre des hommes bien peu recommandables. Pourtant, l'atmosphère avait changé d'ambiance. Il fallait bien avouer que si c'était sur lui que l'androgyne avait choisit son dévolu pour cette affaire, c'était parce qu'en plus d'être intelligent, quoi que totalement tête brûlée, le poète était aussi agréable à regarder, bien qu'à l'époque, elle ne pouvait pas vraiment utiliser cette capacité. Du moins jusqu'à ce soir, et le pire, c'est que c'était sa faute à lui.

Mais comme il gardait le silence, elle finit par lever les yeux au ciel.

-Quoi ? Tu attends que je te fasse une proposition pour garder le silence sur ce que tu viens de découvrir ? Elle soupira et croisa ses bras sur sa poitrine. Voici ma proposition: rien.

Un sourire un rien provocateur s'était dessiné sur les lèvres de la jeune femme. Il pouvait toujours tenter une contre proposition.

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MessageSujet: Re: Une partie de cartes révélatrice   20.03.14 18:23

Négligemment adossé contre le rebord de la porte, les bras croisés, Grégoire observait l'homme qui s'était transformé en femme. C'était bien son regard transperçant. C'était bien ses cheveux noirs comme les plumes d'un corbeau. C'était bien cette peau si blanche qui trahissait sa condition. Non, il n'en pouvait pas douter : c'était bien son partenaire de jeu qui se trouvait face à lui. Le déguisement tombé révélait une jeune femme séduisante qui n'avait pas perdu son comportement froid et méprisant. Lorsqu'elle s'était retournée et avait aperçu Grégoire, nulle peur n'avait transparu dans son regard. Aucun geste n'avait trahi une quelconque frayeur. C'était une femme sûre d'elle qui se tenait face au gueux, une femme qui ne sentait pas le besoin d'expliquer pourquoi elle se travestissait et côtoyait des gens comme lui dans les tavernes. Ce comportement attisait la curiosité de Grégoire, lui donnait envie d'en savoir plus et cette aura de mystère qui se dessinait autour de la silhouette de ce compagnon pas si masculin que cela stimula son imagination déjà débordante. Cette beauté froide devait avoir bien des secrets à cacher et cette simple hypothèse suffisait à attirer le poète.

Elle lui lança une bourse presque remplie de pièces sans que Grégoire n'ait besoin d'insister.
Ne t'excuse pas, ce sont les pauvres qui s'excusent. Quand on est riche, on est désagréable !
-Il me suffit de te prendre en exemple, alors, lui répliqua-t-il en attrapant la bourse.”

Les pensait-elle quitte ? Le voleur n'avait aucune envie d'en rester là. Elle sembla le comprendra puisqu'elle poursuivit:
Tu as de la chance que la totalité de la somme y soit, ton comportement ce soir a été à la limite du supportable et aurait put faire tout faire rater. Il y a des jours où je me demande pourquoi je t'ai choisi toi pour ce genre de boulot. Des petites garces dans ton genre, ça pullule dans les tavernes et sûrement des plus compétentes. Je peux savoir ce qui t'a prit ?"
Grégoire en resta bouche bée, ce qui était assez étonnant lorsqu'on sait qu'il était du genre à toujours trouver que dire, qu'importe la situation. La jeune femme rejetait toute la faute sur lui et l'accusait de manquer de sérieux, alors qu'ils étaient l'un face à l'autre, elle à moitié nue (ou à moitié habillée, tout est une question de point de vue, et le gueux préférait se dire qu'elle était à moitié nue), dévoilant qui elle était vraiment. Etait-il le seul à blâmer dans cette histoire ? Il pouvait lui faire autant de reproches : elle lui avait volé sa montre, elle avait failli se faire avoir en trichant et elle s'était enfuie dans lui donner son dû. Et pour couronner le tout, elle était une femme ! Pourtant, le poète ne trouva étrangement pas de mot pour répondre à ses accusations. Quant à l'insulter de garce, il pouvait lui retourner le compliment puisqu'en l’occurrence, elle avait plus de chances d'être une garce que lui.

Sûrement agacée par le silence du gueux, la femme reprit “Quoi ? Tu attends que je te fasse une proposition pour garder le silence sur ce que tu viens de découvrir ? Elle soupira et croisa ses bras sur sa poitrine. Voici ma proposition: rien."

Provocatrice. Les bras croisés, le sourire aux lèvres, son attitude signifiait clairement le contraire de ses mots. Grégoire sourit à son tour, s'avança dans la pièce et ferma la porte de la chambre derrière lui. “Que veux-tu que je révèle sur toi, je ne sais pas qui tu es. Mais quelque chose me dit que cette chambre n'est pas ton seul logis. Personne ne risque de venir te retrouver ici.” Il s'avança de quelques pas tout en parlant et regarda la jeune femme dans les yeux. “Tu m'as fait des reproches mais toi aussi tu dois te faire excuser. Tu as volé ma montre, et elle comptait beaucoup pour moi”. Mensonge. Mais le faux air triste du poète, s'il ne parvint pas à émouvoir son interlocutrice, avait au moins le mérite de lui montrer ses intentions. Il avait peu à peu réduit la distance qui les séparait et il se trouvait maintenant juste à côté d'elle. “Pas besoin d'argent pour avoir mon silence”. Le sourire provocateur de la jeune femme n'avait pas quitté ses lèvres. Elle ne fit rien, ce qui encouragea Grégoire à poursuivre. Il l'embrassa dans le cou tout en plongeant une main dans ses longs cheveux noirs qui tombaient en cascade sur son dos. La panthère noire n'avait attendu qu'un geste de Grégoire pour surgir non pas pour montrer les crocs mais bien pour dévoiler toute la félinité qui sommeillait en elle. Très vite, Grégoire oublia sa montre, oublia l'argent et les secrets de son partenaire de jeu pour se perdre dans les plaisirs charnels que cette nuit pleine de surprises lui offrit. Il n'avait aucune idée concernant l'identité de la jeune femme qui se trouvait dans ses bras, mais c'était bien là ce qui l'avait attiré. Aucune promesse. Aucune attente. Tout ce qui resterait de cette nuit serait le souvenir de cette beauté fatale.

Dans cette chambre faiblement éclairée, le gueux et la vénale se laissèrent aller au simple désir qui les animait. Grégoire n'apprendrait rien de cette femme qui s'était donnée à lui. Mais le hasard réservait parfois quelques surprises, comme en cette journée qui avait commencé de la plus mauvaise manière, et qui se terminait toutefois plutôt agréablement. Le prince des voleurs ne savait pas dans quelle type d'aventure il se lançait avec Isabelle de Saint-Amant, et ma foi, il vaut mieux peut-être qu'il n'en sache rien pour le moment. Laissons-le profiter de cet instant qui était une sorte de parenthèse dans sa vie déjà bien compliquée.

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