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 (Beauvais) Le curé et la nonne

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Tant qu'il bat encore, il battra fort pour son italien, le seul.
Côté Lit: Un certain florentin le partage la plupart du temps. D'autres aussi, moins souvent ...
Discours royal:



    CASSE-COU
    1000 vies,
    un corps


Âge : 27 ans
Titre : Prince di Paliano (de la Palissade), membre de la famille Colonna
Missives : 602
Date d'inscription : 18/09/2011


MessageSujet: (Beauvais) Le curé et la nonne    23.11.12 19:09


« La justice est la moitié de la religion. »

Ce début de février était rude, plus que tous ceux que le romain avait connu depuis son arrivée en France. S'il n'avait écouté que son instinct, il serait resté sous les draps avec un bon feu dans la cheminée pour rester bien au chaud. Être sorti ne l'enchantait guère pour être honnête mais son côté espion le faisait relativiser et surtout lui rappelait qu'il avait une mission à effectuer et qu'il ne pouvait décidément pas laisser sa collègue seule alors qu'elle l'attendait. Le romain devait chercher la princesse dans deux heures, soit un peu avant l'aube. Luigi se reposait encore un peu dans son lit avant de se préparer, revêtir son costume et partir. Hier, il n'avait fait son courtisan pour se coucher très tôt : l'hiver l'affaiblissait considérablement, l'italien devait adopter un autre rythme, avec une autre hygiène de vie et alimentaire qu'il détestait mais c'était ça ou passer une partie de l'hiver couché pour cause de maladies à répétition.

Il était un peu moins de six heures du matin lorsqu'il quitta ses appartements par un passage souterrain qui était son chemin habituel pour ne pas être aperçu de tous, ou seulement des gardes-suisses, et sortir au niveau du cabinet des fontainiers juste à côté du château, à l'abri des regards indiscrets. Emmitouflé dans un gros manteau et chapeau vissé sur la tête, Luigi avançait pendant quelques rues avant de tomber sur son carrosse. Enfin, celui qu'il avait acheté il y a quelques temps mais dont il ne se servait que pendant les missions. Sans ornement, il passait inaperçu, bien loin de son carrosse aux armoiries dorées des Colonna ! Grimpant dedans, il remit en place son vêtement dont le col blanc dépassait légèrement. Si Ferdinand le voyait avec son costume, sûr qu'il rirait : voilà Luigi habillé d'une soutane noire, boutonnée jusqu'en haut avec le petit col blanc, la petite calotte noire à côté de lui qu'il mettrait une fois à destination, et portait une croix autour du cou. Il se sentait totalement idiot alors qu'il avait déjà porté ce vêtement plusieurs fois lors de ses missions à Rome où il devait se maquiller en plus pour paraître plus vieux. Le jeune homme ressortait toujours le même personnage : le jeune homme tout juste sorti du séminaire qui venait prendre ses premières fonctions avec les papiers attestant de son discours. Des faux, comme toujours mais ce genre de papiers passaient toujours bien et les vieux prêtres ou évêques aimaient avoir une jeune génération passionnée. Cela faisait plusieurs jours que Colonna se rendait à Beauvais pour crédibiliser son personnage de Louis Delona, jeune prêtre envoyé à Beauvais pour tout d'abord suivre l'évêque, puis un prêtre pour commencer sa carrière ecclésiastique. Il avait donc rencontré l'évêque de Beauvais, Nicolas de Buzenval, et quelques autres personnes avant qu'on lui annonce qu'il serait envoyé dans un couvent. C'était parfait car, jusque' là, Luigi n'avait pas su quoi faire de Maryse d'Armentières, encore moins s'il avait du se rendre dans une abbaye …

Le carrosse s'était arrêté non loin de l'hôtel des Calenberg et le jeune homme patientait en grelottant légèrement, tandis que chaque souffle rencontrait le froid ambiant et apparaître. Les missions dans les églises, il en avait fait plusieurs à Rome et avait l'avantage de connaître les rouages des techniques, les chants, les passages dans la Bible, les gestes pendant les cérémonies et il avait l'avantage de parler latin couramment. Il faut avouer qu'il avait longtemps songé à une carrière dans la religion et son oncle l'avait toujours encouragé mais Colonna aimait trop vivre pour s'enfermer dans une église pour le restant de ses jours. Il aurait pu gravir assez vite les échelons et devenir un jour cardinal et porter l'habit rouge, il aurait passé le restant de ses jours à Rome et au Vatican … Au lieu de cela, il avait décidé de voyager et de jouer l'espion, de risquer sa vie et vivre à cent à l'heure. Il ne regrettait rien et c'était peut être mieux ainsi … peut être qu'il n'aurait jamais pu être cardinal car sa santé l'aurait emporté avant. Après tout, il fait si humide dans les paroisses …

Son esprit se réveilla enfin lorsque ses yeux perdus dans le vide remarquèrent une silhouette venant en sa direction. Le jeune homme se redressa et ouvrit la porte de son véhicule pour faire entrer la jeune femme qui ôta sa capuche alors que le carrosse repartait.

« Princesse, c'est toujours un plaisir de vous voir en cette matinée à peine entamée. » salua le prince avec un sourire amical.

En observant la princesse de Calenberg, Luigi ne put s'amuser à penser que sa mère aurait adoré une fille comme Maryse et serait passée outre son côté flamande pour adorer une belle fille aussi pieuse et douce. Malgré ses activités d'espionnes, Maryse de ces jeunes femmes douces et incapable de faire du mal, sauf pour se défendre. Passées les politesses d'usage pendant que le carrosse repartait, Luigi sortit quelques papiers pour davantage expliquer leur mission où il y aurait à faire.

« Je me suis rendu à Beauvais ces derniers temps et prétextait un oncle malade pour ne pas rester là-bas sans vous et j'eus l'occasion de voir déjà quelques petites choses qui vous intéresseront sans aucun doute. Pour commencer, je suis certain que des fonds venus des fidèles soient détournés au profit, non pas de l'évêque, mais d'un de ses proches appelé Claude Tristan. Vous le verrez souvent, l'homme tourne un peu trop souvent autour des sœurs, vous voici prévenue. Il se racla la gorge avant de continuer son discours. Parlons en de ces sœurs … J'ai entendu parler de cas de possessions ces derniers temps, mais j'ai pu observer les sœurs qui ont été possédées. Rien n'indique un quelconque traumatisme et je viens à me demander si ces fausses possessions ne sont pas là pour aspirer la crainte et peut être donner plus lors des messes. Cela reviendrait à notre histoire de détournement d'argent. Si je vous rajoute qu'il y a en ces lieux une influence janséniste, je pense que nous avons de quoi nous occuper durant cette mission ! »

Sûr qu'il y avait de quoi faire, c'était certain qu'ils ne s'ennuierait pas et ils passèrent le reste du voyage à tenter de monter un plan plus ou moins solide, d'envisager plusieurs plans d'action et surtout de sortie, car s'il était assez simple d'entrer dans un couvent, il était bien plus difficile d'en sortir !

« Je serais le père Delona, si vous demandez à me voir. »

Heureusement que Beauvais n'était pas loin de Versailles et que leur mission ne se trouvait pas à Lyon car Luigi avait rapidement le mal des transports, sa santé ne supportait pas les secousses. Malgré tout, il demanda par deux fois de s'arrêter pour prendre un peu l'air, ce qui les retardèrent légèrement. Le couvent Notre-Dame de la Compassion se trouvait en retrait par rapport à la ville, était assez vaste avec une communauté de religieuses à la vie tranquille, perturbée par cette affaire de (fausses ? ) possessions ces derniers temps. Descendant du carrosse, Luigi aida Maryse à descendre et lui parla tout bas alors qu'un curé et une vieille femme qui semblait être la mère supérieure les attendait.

« N'oubliez pas notre rendez vous ce soir. Et, sans faire de jeu de mots facile, que dieu soit avec vous. »

C'était facile en effet et il eut un petit sourire, se demandant ce qu'en aurait pensé Ferdinand. Oh, il lui raconterait et verrait sa réaction. En attendant, il alla faire entrer le loup dans la bergerie, faisant passer Maryse pour une demoiselle de sa connaissance qui voulait entrer dans les ordres. La mère supérieure emmena la princesse tandis que le romain allait vivre sa journée de prêtre, tout en gardant l'oeil ouvert …

______________________






« Vivre, c'est survivre. »


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MessageSujet: Re: (Beauvais) Le curé et la nonne    22.02.13 16:16

« Pardonnez-moi mon père, parce que j’ai péché.
-Je vous écoute, mon enfant.
-J’ai désiré un homme… un mousquetaire du roi.
-Je vois…
-Ce n’étaient que des pensées, je n’ai pas…nous n’avons pas… il n’y a rien eu.
-Il faut que vous vous éloigniez de cet homme. C’est la meilleure chose à faire. Avec l’éloignement, vous cesserez d’avoir ce genre de pensées pour lui.
-Oui, mon Père, je m’éloignerai de lui.
-Bien mon enfant. Prononcez un Pater Noster chaque soir et demandez à Dieu de vous pardonner pour ces pensées impures.
-Je le ferai, mon Père. »

Après être sortie du confessionnal, Maryse alla s’agenouiller, face à l’autel. Elle pria longuement, comme pour se persuader que cela l’aiderait à oublier le charmant mousquetaire. Elle s’en voulait terriblement d’être ainsi attirée par un homme. Elle avait déjà cru être amoureuse, lorsqu’elle attendait impatiemment Arnaud par exemple, mais jamais elle n’avait ressenti une attirance purement physique. Lors de ses années au couvent, les sœurs l’avaient prévenue : jamais elle ne devrait céder à ce genre d’attirance. Elle devrait être forte et résister à la tentation, quoi qu’il arrive. Maryse se répétait inlassablement les mots des sœurs, comme si cela allait l’aider à oublier Nicolas. Il s’avérerait avec le temps que la princesse d’Empire accordait bien trop d’importance à cette attirance. Elle était femme, et peut-être cela lui arriverait-il d’autres fois au cours de son existence. Toujours est-il que ce jour là, face à l’autel, elle décida de ne plus penser au mousquetaire, ou du moins, de tout faire pour ne plus penser à lui. Elle leva alors les yeux et regarda le crucifix qui lui faisait face : jamais elle ne serait infidèle, elle l’avait déjà promis lors de son mariage, et la jeune femme réitéra cette promesse. Puis elle se leva et quitta le lieu sacré. Tout en affrontant le froid, la princesse pensa au lendemain. Elle allait appliquer à la lettre les conseils du prêtre : elle s’éloignait de Nicolas et de la cour pour accomplir une mission qui, elle l’espérait, lui permettrait de se faire pardonner. Elle allait en effet défendre les intérêts du roi, et ceux de Dieu. Le sourire aux lèvres, elle prit le chemin de son hôtel particulier pour préparer ses affaires.

~~

« Princesse, c'est toujours un plaisir de vous voir en cette matinée à peine entamée.
-Bonjour, Colonna. Etre ainsi accueillie est un honneur. Je me réjouis d’avance de cette mission ! » Ce n’était pas de l’humour. Maryse était sincèrement enchantée d’être en mission avec Luigi di Paliano. C’était un homme qui connaissait autant qu’elle le milieu religieux, et même bien plus. Elle avait par ailleurs hâte de réussir une mission avant son départ pour Nancy, et ainsi prouver son attachement à la couronne française. Enfin, déjouer les plans de religieux peu scrupuleux lui permettrait de se faire pardonner son péché. « Alors, dîtes-moi tout, je vous écoute ! » La princesse tenta de s’installer confortablement, ce qui n’était pas chose aisée dans ce genre de carrosse. Le voyage serait long. Heureusement, Beauvais n’était pas à l’autre bout de la France. Il fallait en outre avouer que Luigi était d’une compagnie agréable. Maryse était ravie de faire équipe avec lui. Le courant passait bien entre les deux espions, et ils avaient tout pour faire un curé et une nonne de choc !

Luigi présenta des papiers à l’espionne et exposa la situation. Pour préparer leur mission, il s’était rendu, seul, à Beauvais. Les soupçons qui planaient sur les religieux de Beauvais n’étaient pas des moindres. En effet, l’argent donné par les fidèles était apparemment détourné pour atterrir dans les poches d’un certain Claude Tristan, proche de l’évêque. D’après Luigi, cet homme était un peu trop dans l’entourage des sœurs… Maryse eut un regard choqué. Comment un homme pouvait-il s’intéresser à des moniales ? « Je ferai en sorte qu’il s’éloigne des sœurs », affirma-t-elle avant de laisser l’espion reprendre ses explications. Comme si tout cela ne suffisait pas, il y avait également des cas de possession parmi les sœurs. Mais Luigi confia ses soupçons à la princesse : les fausses possessions entraineraient les fidèles à donner toujours plus d’argent, argent que récupérerait Claude Tristan. Ajoutez à cela une influence janséniste, et vous obtiendrez une mission qui ne sera pas de tout repos.
« Eh bien, nous avons du travail ! Déjouons donc les tours de ces religieux peu scrupuleux. C’est à cause d’eux que des personnes s’éloignent de la religion. »

Maryse ne s’ennuya pas durant le voyage. Les deux espions mirent au point leur stratégie et avancèrent des idées pour mener à bien leur mission. L’espionne avait quelques idées d’action mais préférait observer la situation durant une ou deux journées avant d’agir. Il fallait avant tout savoir si les nonnes étaient de véritables complices, ou si elles étaient contraintes d’obéir à l’évêque et à Claude Tristan. Parce qu’elle avait vécu avec des sœurs bénédictines, Maryse ne voulait pas les accuser sans preuve. Elle ressentait un profond respect pour ces femmes et si elles étaient victimes, elle ferait tout pour éloigner les forces malfaisantes qui les empêchaient de vivre leur foi. Mais si elles étaient complices, alors l’espionne serait déçue et n’hésiterait pas à les faire tomber.
Lorsque Luigi témoigna de craintes quant à la manière dont Maryse pourrait quitter le couvent, celle-ci tenta de le rassurer : selon la règle de Saint-Benoît, la novice pouvait quitter le couvent après chaque lecture de la règle de Saint-Benoît. En effet, les sœurs devaient lire cette règle plusieurs fois à quelques mois d’intervalle. Après chaque lecture, la novice décidait de rester, ou de partir. Le noviciat durait, en tout, un an. Maryse se souvenait de cette règle, même plusieurs années après avoir quitté le couvent de Bruges.

« Je serais le père Delona, si vous demandez à me voir.
-Quant à moi, je m’appellerai dorénavant Marie, fille cadette du baron de Cassel. Comme vous l’avez annoncé aux religieuses, je suis une jeune fille qui a décidé d’entrer dans les ordres.»
Grâce à Christine, avec qui elle avait effectué des missions dans les salons précieux, Maryse avait pris l’habitude de s’inventer des personnages et de respecter le rôle qu’elle se donnait.

Après deux arrêts et de longues discussions, le carrosse s’immobilisa devant le couvent. Luigi aida Maryse à descendre, et tous deux se retrouvèrent devant un curé et une vieille femme qui se révélerait être la mère supérieure. Une autre sœur apparut pour venir chercher les affaires de la princesse. Maryse n’avait pris que peu d’affaires, connaissant les règles de vie du couvent. En tant que novice, elle avait le droit d’amener ses effets personnels mais si jamais elle prenait l’engagement de vivre pour toujours parmi les nonnes, alors elle devrait s’en débarrasser.
Avant qu’ils ne se quittent, l’espion murmura : « N'oubliez pas notre rendez vous ce soir. Et, sans faire de jeu de mots facile, que dieu soit avec vous. » Maryse parvint à retenir un sourire. Il fallait avouer que le jeu de mot était bien trouvé.

~~

« Nous vous donnerons vos habits. Vous nous donnerez votre robe et affaires, et nous les laisserons de côté pour que vous puissiez les récupérer si vous voulez nous quitter. Les règles de vie sont très dures, rien à voir avec le cadre de vie que vous avez pu avoir jusqu’à aujourd’hui. Les coquetteries, c’est fini. La règle de Saint-Benoît veut que les novices ne logent pas dans le même bâtiment que les sœurs, mais nous avons eu un incident dans la pièce où vous deviez loger. C’est pourquoi vous aurez la chambre d’une sœur qui est décédée il y a quelques jours. Je vais vous montrer cette pièce. Ensuite, je vous laisserai en compagnie de sœur Nicole. »

Maryse tentait de suivre la mère supérieure tout en l’écoutant. Peu agréable, elle avait une énergie impressionnante pour son âge. Maryse se demandait dans quel pétrin elle s’était mise. Parviendrait-elle à supporter les règles de vie drastiques des moniales ? Tout en suivant la mère supérieure, elle leva les yeux au plafond. Elle faisait ceci pour Dieu, et n’avait pas le droit de douter ou de se plaindre. Elles parvinrent alors à ce qui allait être la chambre de la princesse le temps de sa mission. C’était une simple pièce, petite, quelques mètres carrés à peine, avec un lit taillé dans du vieux bois sur lequel reposait une petite couverture. La jeune femme se demanda si la moniale était décédée dans ce lit. Retenant une vision d’horreur, elle se dit qu’il valait mieux ne pas se poser de question. Un petit placard contenait l’habit que devrait revêtir Maryse. Enfin, une petite fenêtre laissait entrevoir un bout de ciel. Alors la mère supérieure laissa là la princesse et partit chercher sœur Nicole, qui restait introuvable. Maryse attendit, debout. Elle savait qu’elle devait attendre sœur Nicole pour que celle-ci l’aide à revêtir l’habit de novice. L’espionne observa l’habit : une longue robe noire, appelée scapulaire, sur laquelle elle porterait une ceinture en tissu et une chape, c’est-à-dire une longue cape. Sœur Nicole arriva et l’aida à s’habiller. C’était une femme d’une trentaine d’année. Sa douceur contrastait avec la sévérité de la mère supérieure. Elle posait des questions sur Maryse, ou plutôt sur Marie, et la rassurait.

Puis ce furent les offices de vêpres. C’était l’occasion pour Maryse de rencontrer les autres nonnes et de commencer la vie de novice. Elle observait les sœurs, essayait de deviner lesquelles pouvaient faire l’objet des avances de Claude Tristan, et lesquelles pouvaient jouer les possédées. Cependant, aucun incident majeur ne survint. Après les offices, alors que les sœurs se dirigeaient vers la salle où elles prenaient le repas, un homme apparut en compagnie de l’évêque. Il devait avoir la quarantaine, était plutôt bel homme et paradait parmi les nonnes comme un coq parade parmi les poules. Maryse apprit rapidement qu’il s’agissait de Claude Tristan. Il était autorisé à côtoyer les nonnes grâce à l’évêque. Selon sœur Nicole, c’était lui qui s’occupait des affaires de l’évêque. Maryse lui demanda ce qu’étaient exactement ses « affaires » mais celle-ci baissa la tête et, interloquée, l’espionne vit que l’homme se dirigeait vers elle.

« Mademoiselle, il faut que je vous souhaite la bienvenue parmi les sœurs de Notre-Dame-de-la-Compassion.
-Merci, monsieur. Maryse remarqua alors que les nonnes s’étaient éloignées d’eux.
-Je vous laisse rejoindre les sœurs, je ne voudrai pas que vous vous perdiez, reprit-il, amusé. Puis, avant de la laisser partir, il susurra dans l’oreille de l’espionne : Je trouve dommage qu’une si jolie jeune femme prive les hommes de sa beauté. »
Choquée, Maryse s’éloigna sans lui répondre. Comment osait-il ? Cet homme était infect ! Elle ne pouvait rien faire le premier jour, elle devait d’abord observer et analyser. Mais il était certain qu’elle devrait s’occuper du cas Claude Tristan.

Après le repas, il fut convenu que Maryse pouvait retrouver le curé Delona. Dans une lettre qu’elle avait rédigée, les parents de Marie demandaient à la mère supérieure d’accepter que leur fille rencontre régulièrement le curé Delona. C’était en effet un ami de la famille et ils savaient que leur fille se confiait à lui. Il l’aiderait à surmonter les épreuves de son noviciat. Dans cette lettre, Maryse avait glissé de l’argent. Cette demande fut acceptée, sûrement grâce à l’argent généreusement offert par le baron de Cassel…

Parce qu’elle ne pouvait pas sortir du couvent, c’est Luigi qui vint la rejoindre. On leur avait laissé une pièce. Cela n’arrangeait pas Maryse, elle avait peur d’être écoutée. Malheureusement, il était impossible de se promener dans les jardins, à cause des températures.
« Essayons de chuchoter, je ne voudrai pas que quelqu’un nous entende, commença Maryse, une fois installés. La mère supérieure est vraiment sèche, désagréable et très autoritaire. Mais je ne peux rien en conclure pour l’instant, la mère supérieure que j’ai connue à Bruges n’était pas plus agréable. Par contre, les sœurs obéissent réellement à Claude Tristan. Savez-vous quelle fonction il exerce exactement auprès de l’évêque ? Il est venu me parler. Alors, Maryse répéta mot pour mot ce qu’il lui avait chuchoté à l’oreille.
Ils discutèrent de cet homme, puis Maryse en vint à parler des sœurs : je les ai observées mais pour le moment, je ne saurai dire lesquelles jouent les possédées. Elles m’ont l’air tout à fait normal.

Soudain, un cri retentit. C’était un cri effrayant, presqu’inhumain. Maryse s’arrêta de parler et regarda son coéquipier.

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MessageSujet: Re: (Beauvais) Le curé et la nonne    15.03.13 17:57

Ces deux là s'étaient bien trouvés, sur le point religieux : Luigi avait failli entrer dans les ordres et Marys avait passé son adolescence dans un couvent. Alors niveau religion, il était difficile de faire plus calés qu'eux, chacun connaissait le rôle qu'ils allaient endosser pour les jours à venir, cela était du vécu et puis ce n'était pas la première mission du jour pour ces deux là. La plupart des espions avait un domaine de compétence particulier ou un type de mission précis. Luigi avait toujours été assimilé à la religion, avec les messes noires, les courants jansénistes ou la corruption ecclésiastique. Autant dire que le romain ne chômait pas ! Il connaissait déjà les ficelles pour avoir vu cela à de nombreuses reprises à Rome, il ne faisait qu'appliquer ce qu'on lui avait appris ailleurs.

Alors dans ce carrosse, les deux jeunes gens discutaient de leur mission, de ce qu'ils devraient faire, qui étaient les potentiels suspects et comment agir. Qui pourrait croire qu'une princesse d'empire et un prince romain pouvait voyager à Beauvais pour se faire passer pour une religieuse et un jeune prêtre ? Même les gens avaient une grande imagination ne pourraient penser à une histoire aussi tordue ! Ce n'était pas plus mal, ils étaient d'autant plus discrets et plus crédibles dans leurs rôles. Et ils avaient aussi la même idée derrière la tête, au-delà de l'espionnage :

« Eh bien, nous avons du travail ! Déjouons donc les tours de ces religieux peu scrupuleux. C’est à cause d’eux que des personnes s’éloignent de la religion.
Je suis bien d'accord avec vous. Il y aurait tant à faire mais commençons par ceux-là, nous en serions remerciés. »


Luigi pensait davantage aux grâces divines que royales. Malgré tout ce qu'il avait fit, malgré tous ses mensonges et sa vie privée quelque peu non catholique, le romain restait un fervent croyant et toute la corruption au sein du Vatican n'avait pas altéré sa foi, juste le dégoûter du genre humain, de ceux qui pensent jouer de la religion pour avoir un peu plus de pouvoir, dominer les autres ou, pire encore, s'enrichir alors que tant de monde n'ont rien en ce monde. Certains peuvent bien rire en disant que Luigi menait la belle vie, ce qui était vrai, mais qui savait qu'il donnait aussi aux pauvres et n'avait que faire d'être prince lorsqu'il était ceux qui en ont besoin ? Pas grand monde ! Autant dire que Colonna était bien motivé pour cette mission, même si la soutane lui allait pas au teint, le noir jurait bien trop avec sa peau diaphane. Mais ses principaux soucis étaient le mal de transport et comment Maryse allait pouvoir se sortir de ce couvent. Pour la deuxième solution, elle sut apaiser ses craintes par la règle de Saint-Benoît. Dommage qu'elle ne pouvait pas guérir le mal des transports.

« Quant à moi, je m’appellerai dorénavant Marie, fille cadette du baron de Cassel. Comme vous l’avez annoncé aux religieuses, je suis une jeune fille qui a décidé d’entrer dans les ordres.
Hé bien … Marie, nous voici parés à retourner dans les ordres. »
s'amusa l'italien de cette situation.

Mais il était temps d'arriver à destination pour commencer à bien leur mission. S'étant fait passer pour un proche de la désormais Marie, Luigi avait eu l'autorisation d'avoir des entrevues régulières avec la jeune femme, officiellement pour la rassurer mais surtout pour discuter. Heureusement car ils furent séparés à leur arrivée, Mayse partit avec la mère supérieure. Luigi, désormais le père Delona, suivait le vicaire et ami de l'évêque, Nicolas Lévesque. Quel nom idiot pour un type d'église se disait l'italien mais ne montra rien de sa moquerie, suivant l'homme qui n'était pas bien bavard pendant quelques minutes.

« Je ne sais pas ce qu'on vous a dit, mon père, sur notre paroisse mais notre mode de vie est modeste et nous ne tolérons pas les scandales. Ces possessions nous donnent bien assez de soucis.
Faites vous référence à mademoiselle Marie ? Je ne fais que respecter les décisions de son père. N'y voyez rien de scandaleux ou immoral. »
répondit froidement Luigi.

Comment pouvait on oser déjà l'accuser de quelque chose, alors que cet endroit était un nid de parasites ? Ce Lévesque était un janséniste, ce curieux parti dévot, et avait pour ami un type qui faisait le beau devant des religieuses, chacun devrait se regarder dans le miroir. C'est toujours dans cette entrevue un peu glaciale qu'on lui présenta sa chambre, très modeste et qu'on viendrait le chercher pour le repas. La fenêtre donnait sur le jardin et le couvent ne se trouvait pas si loin. Dans le soir, si besoin est, il serait facile donc de se glisser dans le couvent si les entrevues officielles entre le père Delona et la novice Marie ne suffisait plus. Le reste du temps passa assez rapidement, le repas se passa dans le silence respectueux, pour ne pas dire religieux, en compagnie de l'évêque qui semblait pourtant sympathique. Savait-il ce qu'il se passait réellement dans son évêché ? Connaissait-il les tendances de son ami Claude Tristan pour les femmes tournées vers Dieu ? Une conversation avec lui s'imposerait un de ses jours. Mais avant il y avait plus important, c'était de rejoindre Maryse pour leur entrevue, sous les chuchotements pour ne pas être écouté. Lui par contre était attentif à sa collègue, espérant qu'elle avait vu plus que lui.

« Par contre, les sœurs obéissent réellement à Claude Tristan. Savez-vous quelle fonction il exerce exactement auprès de l’évêque ? Il est venu me parler. Et elle lui répéta ce qu'il lui avait dit auparavant, ce qui choqua Luigi avec ses grands yeux écarquillés.
De quel droit se permet-il cela ? Cet homme est clairement nuisible. Je n'ai pas eu l'occasion de parler avec lui mais, d'après un autre prêtre, il serait une sorte de bras droit, d'émissaire laïc. Mais il pue la suffisance et n'a aucune raison de se trouver en ces lieux ! il était indigné, cela se sentait. Faites attention à lui, quand même. Je vais chercher où il peut loger, les portes des logements sont si faciles à ouvrir. Et je pense qu'il à l'air assez incontournable, je pense que j'aurais une conversation avec lui. Avez vous vu autre chose ? Sur les sœurs ?
Je les ai observées mais pour le moment, je ne saurai dire lesquelles jouent les possédées. Elles m’ont l’air tout à fait normal.
Il nous faudra attendre avant … »
Puis un cri coupa le jeune homme dans sa phrase et les deux se fixèrent un long instant.

Sans demander leur reste, les deux espions accoururent pour voir ce qu'il se passait. Au bout du couloir, une des sœurs convulsait au sol, continuant à hurler, comme en transe. C'était impressionnant à observer, et encore plus si c'était simuler car cela voudrait dire que la sœur était une grande comédienne. Trois hommes arrivèrent, le vicaire Lévesque, un homme inconnu mais vêtu de la soutane et évidemment, Claude Tristan. Voyant l'inconnu agiter l'eau bénite, sa croix et hurler en latin, Luigi comprit à voix basse :

« Un exorcisme … Cette mission n'avait aucun sens, devenant un peu plus opaque. La sœur hurla une dernière fois et tomba dans les pommes. Les deux hommes la portèrent et Luigi s'adressa à Maryse. Essayez de vous occuper de cette sœur. Je m'occupe de l'exorciste. »

Une nouvelle fois, leurs chemins se séparèrent dans des directions opposées. Colonna rattrapa l'exorciste en l'interpellant.

« Oh, vous êtes le jeune prêtre … père Delona, c'est cela ? Je suis père Gralo.
Vous êtes exorciste ? Cela m'a toujours interpellé, m'autorisez vous à faire quelques pas avec vous ? »


Les deux hommes retournèrent dans leur bâtiment tout en discutant. Le père Gralo, plus tout jeune, se disait envoyé par le Saint-Père, du moins un des précédents vu son âge, pour des missions d'exorcisme en France. Il semblait sincère, passionné et très humble, parlant de quelques amis cardinaux, citant les bons noms, s'apitoyant sur la mort de certains. Tout ce qu'il disait était vrai, ou alors cet homme était très fort, encore une fois. La conversation continuait sur les cas de possessions ici depuis quelques temps. Le pauvre homme leva les yeux au ciel.

« Je ne devrais peut être pas dire cela mais … Rien de bon ne sortira d'ici si le démon reste ici. Car il est parmi nous, je le sais.
Parmi nous, mon père ? Voulez vous dire que le démon mange à notre table ?
Faites attention, il est dangereux.
Mais qui ? »


Mais un bruit de porte se fit entendre et l'exorciste s'enferma dans sa chambre à double tour. Le couloir avait l'avantage d'être très mal éclairé et se tapir dans l'ombre était pratique, surtout dans une telle tenue. Deux hommes arrivaient, mais Luigi fut incapable de voir les visages et il entendait bien mal mais une phrase fut assez distincte à ses oreilles « Voici une soirée comme nous les aimons, qui rapporte ! » Puis ils se séparèrent, chacun allant sans doute se coucher, ce que fit aussi Colonna avec la plus grande discrétion. Il y avait au moins deux personnes au courant, dans cette combine. Luigi mettrait sa main à couper que Claude Tristan était dans le coup et son ami Lévesque n'était pas un saint. Mais pour savoir cela, une nuit de sommeil serait pas de refus.

Cinq heures du matin, ce n'est pas une heure pour se lever, mais tel était le lot de vivre dans les ordres, pas de repos pour les braves, préparer la messe où il y avait du monde, tout le monde ayant entendu parler de la possession de la veille. Debout, observant le prêtre prêcher la bonne parole, il vit qu'au moment de la quête qu'elle était prolifique. Qui s'occupait des finances ici ? Évidement, le vicaire Lévesque. Luigi avait mal commencé avec lui, il était temps de s'excuser pour repartir sur de bonnes bases. Le bureau du vicaire était assez luxueux, non pas par de l'or mais par une belle décoration. Luigi était prince, il se connaissait en luxe, comme ces beaux rideaux de velours rouge, ce magnifique bureau sculpté ou ces tableau de peintres à la mode. Des ''vieilleries'' selon lui mais tout était à la mode et neuf. Plus tard dans la journée, Lévesque de sortie, Colonna entra dans le bureau par la fenêtre. Il eut une pensée pour Ferdinand, ce qu'il pourrait bien dire s'il voyait son ami grimper habillé comme un prêtre jouer à l’araignée. Il éplucha vite la comptabilité, les tiroirs et repartit, il était l'heure de la confession des sœurs. Parfait, c'était le bon moment pour parler à Maryse. Après des sœurs ayant volé une pomme ou trouvant qu'une trop grande propreté était pêché de coquetterie, sa collègue arrivait enfin.

« Je pense que nous pouvons avoir nos hommes. Hier l'exorciste que le démon était parmi nous. Je pense qu'il pensait à Claude Tristan qui s'est installé récemment ici, et que les possessions ont commencé peu après. Quant à moi … Je pense que l'autre ami de l'évêque détourne la quête pour ses propres poches et sûrement de complices. Les livres comptables n'ont pas les bons chiffres et j'ai trouvé une correspondance avec un autre janséniste avec un bon au porteur. »

Tout cela était logique jusque là : de fausses possessions orchestrées, attestée par un vrai exorciste pour amener du monde et de l'argent. Mais une question de taille était à répondre.

« Mais que gagnent les sœurs ? Il va falloir agir. Avez vous une idée ? »

______________________






« Vivre, c'est survivre. »


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MessageSujet: Re: (Beauvais) Le curé et la nonne    11.05.13 17:47

Le cri résonnait dans le silence austère du couvent. Il glaça le sang de Maryse qui se sentit pétrifiée. Elle regarda Luigi et lut dans ses yeux le même effroi. A entendre ce cri effroyable, l’espionne se dit que les sœurs étaient réellement possédées et qu’il n’y avait là nulle comédie. Cette impression ne fit que se confirmer lorsque Luigi et elle se précipitèrent dans le couloir au bout duquel une sœur, allongée au sol, convulsait et hurlait d’une manière tout à fait réaliste. Maryse n’avait jamais vu un possédé, elle n’avait donc aucun objet de comparaison mais, les yeux grands ouverts, elle observait la nonne, ne trouvant la force de bouger et de lui venir en aide. Trois hommes arrivèrent, deux hommes que Maryse ne connaissait pas et Claude Tristan, qui, décidément, était toujours là au bon moment. L’un des deux autres hommes se mit à hurler des mots latins et à agiter une croix. Effrayée, la jeune femme se serait bien emparé du bras de son ami pour se rassurer mais elle ne devait pas oublier qu’elle était officiellement une novice, et Luigi un prêtre. Elle entendit le murmure de son acolyte « Un exorcisme… ». Maryse n’avait jamais vu ce genre de scène. Elle avait, certes, déjà entendu parler de possessions et d’exorcisme mais n’avait jamais imaginé que cela pouvait entrainer une telle violence. Pendant ces quelques minutes, c’était comme si elle avait oublié que tout cela n’était que de la comédie et qu’elle devait le prouver. Soudain, la moniale s’évanouit et Claude Tristan et l’inconnu la portèrent. La mission de Maryse ne se rappela à son esprit que lorsque Luigi lui murmura : « Essayez-vous de vous occuper de cette sœur. Je m’occupe de l’exorciste. » Maryse n’avait pas très envie de se séparer de Luigi maintenant, mais il était en effet plus judicieux qu’ils se séparent pour observer les faits et gestes des suspects, chacun de leur côté.

Alors que l’Italien se dirigeait vers l’exorciste, Maryse se précipita à la suite de l’étrange trio formé par Claude Tristan, l’inconnu et la moniale évanouie. Elle les suivit jusqu’à l’aile du bâtiment dans lequel se trouvaient les chambres des sœurs. L’espionne se rendit compte que la moniale possédée n’était autre que sa voisine de chambre. Le hasard faisait décidément bien les choses, ou bien était-ce…Maryse leva les yeux au ciel, ou plutôt, au plafond, pour Le remercier silencieusement. Ils déposèrent la sœur sur son lit, et laissèrent la porte entrouverte. Maryse fit semblant de se cacher derrière l’embrasure de la porte, mais se fit volontairement peu discrète. Comme si Claude Tristan avait entendu la volonté de l’espionne, il la vit, sortit de la chambre et referma la porte derrière lui :

« Que faites-vous ici mademoiselle ? Ce n’est pas une heure pour se promener dans les couloirs, vous devriez être dans votre chambre »
Il ne l’avait apparemment pas aperçue lorsqu’il était venu chercher la sœur et qu’elle se trouvait avec Luigi. Maryse mentit à peine lorsqu’elle répondit : « Ma chambre est juste là, j’ai entendu du bruit alors je suis venue voir si tout allait bien. Est-ce que tout va bien ? » Claude Tristan l’observa quelques secondes. Maryse baissa les yeux, faussement gênée. « Votre voisine a perdu connaissance tout à l’heure, elle se repose maintenant dans sa chambre. Nous allons la laisser, vous pouvez lui tenir compagnie avant d’aller vous coucher. »

Il appela l’autre homme, un dénommé Lévesque, qui sortit de la chambre et ils quittèrent Maryse. Pourquoi Claude Tristan lui avait-il caché la crise de possession de la nonne ? L’espionne se disait que ce n’était pas logique car cela devait se savoir pour que les habitués de l’église puissent être au courant… Vraiment, se disait-elle, rien ne tourne rond ici. Elle entra dans la chambre de la sœur et la trouva allongée sur son lit. Les yeux semi-ouverts, elle semblait sereine. Rien ne laissait deviner que quelques minutes plus tôt, elle était en train de hurler et de convulser, les traits du visage déformés par une folie angoissante. Lorsque Maryse s’assit sur le lit, la sœur lui prit la main et tenta de la serrer mais elle manquait de force. « Comment vous sentez-vous ? » Bien qu’elle fût là pour mener à bien une mission, elle se sentit touchée par la nonne et voulait véritablement l’aider, pas seulement pour obtenir des informations, mais aussi pour qu’elle puisse vivre sa foi sans subir l’influence d’êtres avides d’argent.

« Je me sens mieux, mais faible». C’était un murmure presqu’inaudible que parvint à entendre Maryse en tendant l’oreille, un murmure faible qui se finit dans un souffle. C’est à ce moment-là que l’espionne acquit la certitude que cette sœur ne jouait pas, qu’elle n’était pas une excellente comédienne, mais qu’elle avait réellement eu des convulsions. La jeune femme vit un verre vide sur une petite table dans un coin de la pièce. Elle voulut le remplir d’eau pour faire boire la nonne mais il n’y avait pas de carafe. Pourquoi il y avait-il un verre s’il n’y avait pas de quoi le remplir ? Lorsqu’elle s’empara du verre, Maryse s’aperçut qu’il restait quelques gouttes d’eau au fond. S’asseyant de nouveau auprès de la moniale, elle lui demanda « Monsieur Tristan vous a-t-il fait boire de l’eau ?
-Non. Je…je n’ai pas le droit de manger ni de…de boire. » Maryse crut en comprendre la raison :
« Pour purifier votre âme et votre corps ?
-Oui. »

La nonne endormie, Maryse rejoignit sa chambre. Une fois installée sur son lit, elle pensa aux événements de cette première journée : son arrivée, Claude Tristan, la crise de la sœur… Le verre l’intriguait. C’était, certes, un détail, mais rien ne concordait : les sœurs n’avaient pas le droit d’avoir à manger et à boire dans leur chambre, et la sœur n’avait pas bu pour que la purification de son corps et de son âme soit totale. L’espionne en parlerait à Luigi, mais elle était à peu près sûre que ce verre et la crise de la nonne avaient un lien. Il lui semblait en effet impossible que la nonne ait simulé la crise : elle était réellement faible après sa crise et ses hurlements de terreur étaient bien trop angoissants pour être faux. Etait-il possible qu’on les empoisonne ? L’espionne réfléchit durant une heure puis, ses yeux ne parvenant plus à rester ouverts, elle se laissa doucement tomber dans les bras de Morphée. Dans son esprit s’agitaient des sœurs possédées, un Matthias qui, en colère, venait la chercher au couvent et un Claude Tristan effrayant qui lui courait littéralement après en criant « Mademoiselle ».

Laudes
Premier office de la journée. Comme il était difficile pour notre espionne de se lever si tôt ! Habituée à se lever tard (c’était une mauvaise habitude de laquelle elle ne parvenait pas à se défaire), elle avait dû s’armer de courage pour quitter son lit (pourtant bien peu confortable, son dos s’en souviendrait longtemps après sa mission). Laudes faisait partie des offices les plus longs. Durant les offices, les sœurs priaient ensemble à partir de la lecture des Psaumes et de la Bible. Cette liturgie des heures, fondamentale aux yeux de Saint Benoît, réunissait huit fois les moniales dans la journée. Durant les Laudes, Maryse n’aperçut rien d’étrange. Il n’y avait nulle présence masculine durant les offices. Sa voisine de chambre se portait plutôt bien, quoi qu’un peu pâle, elle semblait avoir recouvré des forces. Maryse devait attendre la fin de l’office pour pouvoir aller lui parler. Néanmoins, la jeune femme apprécia ce moment de prière. Elle se retrouva soudain des années plus tôt, au couvent, encore jeune fille qui attendait son fiancé. Tout lui paraissait alors réglé comme sur du papier à musique. Puis les événements s’étaient enchainés, et tout cela lui paraissait si loin désormais. Au-delà de sa mission, ces moments passés auprès des moniales lui permettaient de retrouver un état d’esprit qui l’avait quittée au fil des années. Nulle tentation ne l’habitait désormais, Maryse voyait clair dans son esprit et retrouvait ses objectifs premiers : être une bonne épouse, devenir, un jour, une bonne mère, et être une espionne exemplaire (ce dernier objectif ne faisait pas vraiment partie de ce que la religion lui avait appris, mais passons).

Le premier office de la journée terminé, Maryse rejoignit sa voisine de chambre.
« Sœur Gisèle, comment allez-vous ? » Celle-ci la dévisagea, surprise. « Que me voulez-vous ? » L’espionne ne s’attendait pas à cette réaction. Pourquoi la sœur était-elle sur la défensive ? « Je veux juste savoir si vous allez mieux.
-Oui. Oui, je vais mieux. Maintenant, nous devons travailler. Je suis affectée aux jardins. » La sœur quitta Maryse sans plus de cérémonie et se dirigea vers les jardins. Le moment tant redouté de la duchesse de Calenberg était arrivé. Elle avait en effet appris lors de son arrivée qu’elle serait affectée à la cuisine. Si vous avez suivi les aventures de notre espionne, vous savez qu’elle a déjà montré ses talents de cuisinière dans l’hôtel du baron de Roberval. Les domestiques du corsaire se souviendront longtemps de cette cuisinière qui mettait de la farine dans les petits pois. Espérons pour elle que les moniales accepteront cette recette.

« Nous établissons un menu pour chaque repas. Les repas ne sont pas très élaborés, les prières nous nourrissent plus que les aliments. Vous travaillerez avec les sœurs converses, qui ne participent pas aux offices. Votre devoir est de les superviser et de gérer nos stocks de nourriture. Il faut vérifier que les aliments ne soient pas pourris, que nous en avons assez et vous devrez remplir un carnet où nous inscrivons les choses qui nous manquent. Des questions ? »

La mère supérieure n’attendit pas la réponse de Maryse et disparut. La princesse d’Empire observa la cuisine. Des sœurs converses arrivèrent et regardèrent Maryse, attendant ses ordres. Ces sœurs, habillées de blanc comme le voulait la règle, n’accomplissaient que les tâches matérielles et ne participaient pas aux offices car elles ne savaient pas lire. D’origine modeste, contrairement aux sœurs qui venaient toutes de bonnes familles, elles ne faisaient qu’obéir aux ordres. En vérité, elles attendaient avec impatience qu’une moniale fasse une erreur pour aller s’en plaindre auprès de la mère supérieure. Il fallait se méfier d’elles, mais elles pouvaient devenir de redoutables alliées si on s’entendait bien avec elles. Maryse comprit cela lorsqu’elle entendit les sœurs converses critiquer sœur Nicole. Maryse avait disparu dans la pièce voisine où se trouvait le carnet si nécessaire à la gestion des aliments et les sœurs converses ne l’avaient pas entendue revenir. Les moniales étaient désagréables avec les sœurs converses. Le naturel doux de Maryse prit le dessus : non seulement elle était gentille avec les sœurs converses parce qu’il n’y avait aucune raison de les traiter méchamment, mais aussi et surtout pour glaner quelques informations. Elle apprit ainsi que sœur Gisèle était proche de Claude Tristan et que la mère supérieure acceptait que celui-ci se promène dans le couloir où se trouvaient les chambres. Pourtant, la mère supérieure ne semblait guère l’apprécier, la façon dont elle parlait à Claude Tristan témoignait de son agacement et de son mépris à son égard. Voilà qui était vraiment étrange. En cuisine, Maryse laissa les sœurs converses cuisiner en donnant quelques ordres par-ci par-là, histoire de montrer qu’elle prenait son rôle à cœur. Elle furetait un peu partout, pour, officiellement, prendre possession des lieux. Officieusement, elle cherchait ce que pouvait bien cacher les moniales. L’histoire du verre vide de sœur Gisèle lui trottait toujours dans la tête. Maryse remarqua, au bout d’un moment, qu’une des sœurs converses avait disparu. Elle la retrouva dans la pièce voisine, en train de verser de l’eau dans un verre. Maryse se posta devant elle, les bras croisés :

« Tu as soif ? Il me semble que tu ne peux pas boire maintenant.
-Non, je dois apporter ce verre à monsieur Tristan.
-Et pourquoi ? La sœur converse regarda Maryse les yeux écarquillés, ne sachant sûrement que répondre à une question si stupide.
-Parce qu’il a soif.
-Et ton rôle est de lui apporter à boire chaque fois qu’il a soif ? Toute la journée ?
-Non, seulement lorsqu’il vient inspecter les lieux, une fois par jour. Après, il s’en va.
-Donne-moi ce verre, je vais le lui apporter moi-même.
-Non ! Je ne peux pas.
-Que ce soit toi ou moi qui lui apporte ce verre, il pourra toujours le boire.
-Non, je dois y aller moi-même. »

Maryse laissa la sœur converse partir. Peu à peu, les indices s’imbriquaient tels des pièces de puzzle, et les liens entre les différents éléments commençaient à prendre forme dans son esprit. N’écoutant que son instinct, Maryse courut après la sœur converse qui marchait lentement pour ne pas renverser son verre et la trouva dans le couloir qui menait au réfectoire. L’espionne lui demanda, en chuchotant, où se trouvait la carafe qui contenait l’eau. Elle lui expliqua, devant son air ahuri, qu’elle avait extrêmement soif et qu’il fallait absolument qu’elle boive. La sœur converse lui promit de garder le secret pour elle et lui expliqua où trouver la carafe.

Quelques minutes à peine plus tard, Maryse tenait la carafe et observait l’eau claire qu’elle contenait. Pas d’odeur, pas de couleur, juste de l’eau. Déçue, l’espionne alla chercher un verre pour boire. Elle demanderait pardon lors du prochain office, se disait-elle, elle avait besoin de se désaltérer pour reprendre ensuite son inspection. Les sœurs converses étaient toutes occupées en cuisine, la duchesse de Calenberg se trouvait seule dans la pièce. Après un regard coupable lancé vers le ciel, elle s’apprêtait à remplir son verre lorsque la mère supérieur cria, de la pièce d’à côté :
« Sœur Maryse, où êtes-vous ? Je viens chercher l’eau pour l’apporter à l’église ! » Puis, sans prévenir, elle entra dans la pièce. Maryse n’avait eu que le temps de poser la carafe sur la table. Elle baissa les yeux, coupable et souhaitant se faire pardonner.
« Que faites-vous ? lança la mère supérieure d’une voix grave, laissant présager la pire des colères.
-J’ai eu une quinte de toux. Ne parvenant à m’en défaire, je me suis dit qu’il fallait que je boive. Je suis désolée.
-C’est l’eau que nous devons apporter à l’église, triple idiote ! En avez-vous bu ?
-Non.
-Inutile de mentir, dîtes-le-moi si vous avez pris ne serait-ce qu’une goutte de cette carafe.
-Je n’ai rien bu.
-Bien. Ca va bientôt être Prime. Allez-vous préparer pour l’office. »

Les heures et les offices suivants se passèrent sans autre incident, à ceci près qu’une autre crise de possession survint. Si les moniales étaient effrayées, couraient partout et priaient le Seigneur, Maryse ne put s’empêcher de remarquer qu’il y avait comme une habitude qui commençait à s’installer. Elle sentait par ailleurs peser sur elle le regard de la mère supérieure. Elle s’en voulait d’avoir pris un tel risque, mais la réaction de la mère supérieure lui paraissait démesurée. Pourquoi observait-elle Maryse, l’air inquiet ?

Vint l’heure de la confession et donc, l’heure des retrouvailles avec Luigi. L’idée de raconter ses péchés à Luigi faisait sourire Maryse mais ce moment passé au confessionnal leur servirait surtout pour expliquer à l’autre ce qu’ils avaient découvert. Alors qu’elle attendait son tour, Maryse imaginait Luigi, écoutant les confessions des moniales. Découvrirait-il quelque chose en les écoutant parler ? Lorsque son tour arriva, elle s’installa dans le confessionnal et laissa son collègue commencer.
Il lui apprit ainsi que les possessions avaient commencé peu après l’arrivée de Claude Tristan et qu’un autre proche de l’évêque détournait les quêtes à son profit. Quant aux livres de comptes, ils n’étaient pas fiables. La correspondance avec un janséniste terminait le rapport. Maryse se demanda comment Luigi avait pu se procurer les livres de comptes, mais ce n’était ni l’endroit ni le moment de s’intéresser à ces détails. Alors la question que se posait sans cesse Maryse fut posée par Luigi :

« Mais que gagnent les sœurs ? Il va falloir agir vite. Avez-vous une idée ? »

Maryse lui raconta ce qu’elle avait découvert la veille, et dans la journée : le verre dans la chambre de sœur Gisèle, qui était proche de Claude Tristan, la mère supérieur qui acceptait que celui-ci fréquente le couloir où se trouvaient les chambres, le verre d’eau apporté par une sœur converse à Claude Tristan, la colère de la mère supérieur lorsqu’elle avait découvert Maryse avec l’eau, et la dernière crise de possession.
« D’ailleurs, cette eau a été apportée à l’église, avez-vous vu la carafe ? »
Puis elle expliqua ce qu’elle avait découvert juste avant de se rendre à l’église :
« J’ai entendu des moniales parler. Je ne les avais vues qu’à quelques offices, le reste du temps, elles étaient absentes. Elles sont revenues avant que nous ne nous rendions à la confession. Apparemment, elles passent le reste du temps en ville. »

C’est en écoutant la conversation de ces moniales, cachée derrière un mur, que Maryse avait fait cette découverte.

« Lorsqu’on réunit tous ces éléments, on peut supposer que la mère supérieure n’accepte la présence de Claude Tristan que parce qu’elle y est obligée. Si les sœurs acceptent de jouer les possédées, c’est que Claude Tristan sait quelque chose sur elles. Il les tient. Essayez de chercher à savoir ce que font les sœurs en ville, je pense que ça a un lien avec notre affaire mais je ne peux moi-même m’absenter. Quant à savoir comment elles rendent les crises plus vraies que nature, je présume qu’elles boivent quelque chose. L’eau avait l’air normal mais la mère supérieure m’a observée toute la journée, elle croyait que j’avais bu l’eau. Qu’en dîtes-vous ? »

Maryse passait plus de temps que les autres sœurs dans le confessionnal. Elle espérait que cela n’attirerait pas l’attention sur eux, mais c’était l’un des seuls moments qu’ils avaient pour rendre compte de leurs découvertes.
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Côté Coeur: Tant qu'il bat encore, il battra fort pour son italien, le seul.
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MessageSujet: Re: (Beauvais) Le curé et la nonne    20.08.13 22:21

Toute cette histoire devenait de plus en plus obscure. Ces secrets, tout cet argent gagnés grâce aux possessions, les possessions en elles-mêmes d'ailleurs ! Cela n'effrayait pas Luigi, il en avait déjà assez vu lors de ses périples romains et plus grand chose ne pouvait le choquer, encore moins la corruption et les gens avides de pouvoir, d'argent par tous les moyens, même ceux consistant à utiliser la crédulité des pauvres gens. Et que venait faire Claude Tristan là-dedans ? Il n'était pas homme d'église, il n'avait rien à faire dans ces lieux. Son ami Lévesque était vicaire, bien qu'escroc, il devait suppléer le curé dans les tâches de la paroisse, en passant bien sûr par la comptabilité. Plus pratique pour détourner des fonds ... Toute cette affaire était bien complexe, elle aurait sans doute plu à Ferdinand qui aurait adoré jouer les prêtres, ou même les sœurs ! Il lui raconterait toute cette aventure une fois que tout cela sera fini, en espérant que la mission ne dure pas trop longtemps car le col de sa soutane le serrait par moment, Colonna se disait qu'il avait bien fait de ne pas entrer dans les ordres il y a quelques années !

Il s'épousseta tout en se rendant à la confession, il ne voulait pas qu'on lui pose de questions sur le pourquoi des feuilles sur son vêtement ni de ses chausses crottées. Mais il retournerait dans ce bureau, dans une tenue plus confortable pour des fouilles plus approfondies. Mais en attendant, c'était le moment d'écouter les histoires des sœurs qui n'avaient pas grand chose à avouer, à part la subtilisation d'une pomme ou de rêver d'un grand galop sur une licorne. Les prêtres devaient quand même bien s'amuser lors des confessions ! Mais quand Maryse apparut, il n'était plus le temps de plaisanter, mais ce petit instant privé à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes leur permettaient une brève mise à jour. Et il s'en était passé des choses ! Maryse lui parla de cette fameuse carafe d'eau et ce qui en découlait.

« D’ailleurs, cette eau a été apportée à l’église, avez-vous vu la carafe ?
Oui, je me suis demandé pourquoi autant d'attention pour une simple carafe. lâcha t'il, commençant à comprendre.
J’ai entendu des moniales parler. Je ne les avais vues qu’à quelques offices, le reste du temps, elles étaient absentes. Elles sont revenues avant que nous ne nous rendions à la confession. Apparemment, elles passent le reste du temps en ville.
Je pense que demain, ce sera l'occasion de découvrir Beauvais.
Lorsqu’on réunit tous ces éléments, on peut supposer que la mère supérieure n’accepte la présence de Claude Tristan que parce qu’elle y est obligée. Si les sœurs acceptent de jouer les possédées, c’est que Claude Tristan sait quelque chose sur elles. Il les tient. Essayez de chercher à savoir ce que font les sœurs en ville, je pense que ça a un lien avec notre affaire mais je ne peux moi-même m’absenter. Quant à savoir comment elles rendent les crises plus vraies que nature, je présume qu’elles boivent quelque chose. L’eau avait l’air normal mais la mère supérieure m’a observée toute la journée, elle croyait que j’avais bu l’eau. Qu’en dîtes-vous ?
Il faudrait que je voie cette carafe d'un peu plus près, mais il y a trop de coïncidences autour d'elle pour ne pas l'ignorer, elle est bien dans la cuisine ? Si je le peux, j'essaierais de vous en prendre. Il est temps de savoir ce qu'il se passe vraiment. Laissez votre fenêtre ouverte, je passerais pour vous l'envoyer. Oh, et celle de la cuisine aussi, ce sera plus facile pour y entrer. »

Il ne fallait pas rester trop longtemps, cela paraîtrait suspect et il était hors de question que Maryse passe pour une fille de mauvaise vie qui aurait des choses à confesser, après une petite prière et un signe de croix, Maryse put partir, laissant Luigi à ses dernières confessions et surtout à trouver un plan pour avoir un peu de cette eau. Un jeune prêtre dans le dortoir de nonnes, cela ne serait pas joli-joli si cela s'apprenait, la discrétion la plus totale était de mise ! Les derniers offices eurent lieu un maigre repas et au lit. Mais à peine dans sa chambre, Colonna chercha à en sortir. Il retira avec plaisir son col et sa soutane pour enfiler un habit simple, noir, bien plus confortable et sortit par la petite, et unique, fenêtre de sa chambre. Il descendit doucement, sans faire de bruit, car il y avait encore des pièces allumées, dont la grande pièce, où une petite lueur indiquait une présence. Il reconnut sans peine Claude Tristan, et une deuxième silhouette était avec lui, discutant. Le romain serait bien resté à vouloir en apprendre plus mais il faisait froid dehors et il avait une mission à accomplir. Longeant les murs, marchant parfois à quatre pattes, pour arriver jusqu'aux cuisines des moniales. Cherchant une fenêtre ouverte, il la trouva, à peine entrebâillée et s'y engouffra. Maryse avait facilité le travail de Luigi, grand merci à elle, et le voici face à la carafe. A première vue, ce n'était que de l'eau. Limpide, claire et sans odeur. Mais avec sa santé fragile, il ne se risquerait pas à goûter ! Sortant une petite gourde de sa poche, il la remplit en partie avant de reposer la carafe. A ce moment là, il entendit du bruit, et la couloir s'éclairait. Aussi vite que où il était entré, Colonna sauta par la fenêtre et la poussa au maximum avant de se cacher dans un buisson non loin. Encore les mêmes que tout à l'heure, Claude Tristan et son acolyte, qui était bien sûr Lévesque car mieux visible, entrèrent dans la pièce, parlant avec une voix si basse qu'il était impossible de déchiffrer, à part « eau » et « boire », mais bon, boire de l'eau n'était pas encore un pêché. Il y aurait peut être une autre convulsion ce soir, ou cette nuit. Luigi finit par se relever et se rendit vers le dortoir des sœurs, à la recherche d'une fenêtre ouverte. Il en trouva qu'une et la silhouette lui fit signe de la main. Il n'y avait pas de temps à perdre, il lui lança la gourde, la salua et retourna dans sa chambre, profiter du peu de temps de sommeil qu'il s'accordait. Que Versailles lui manquait pour son lit moelleux et ses nuits sans fin.

Le lendemain, cinq heures du matin, le réveil fut, comme prévu, très difficile. Le régime maigre et le manque de sommeil jouait sur la santé du romain qui épuisait ses maigres forces pour tenter de sauver les apparences. Si la mission continuait, il allait devoir voler dans la cuisine pour manger à sa faim. Le matin fut habituel avec l'office, bien que Claude Tristan était absent, ainsi que le père Gralo, qui était l'exorciste. S'était-il passé quelque chose ? Personne ne disait mot, Lévesque semblait pâle alors qu'il accompagnait le curé. Luigi, en retrait, observait tout ce beau monde : l'évêque de Beauvais savait-il se qui se tramait ? Y avait-il des jansénistes dans l'assistance ? Qu'avaient à gagner les sœurs de cette histoire si l'argent détourné ne leur servait pas ? Peut être que son petit tour en ville pouvait apporter des réponses.

Lorsqu'en fin de matinée, il fit sœur Gisèle (qui s'était très bien remise de sa convulsion) et sœur Vulfetrude dans la cour, il se hâta de mettre des vêtements civils sous sa soutane, prendre sa cape pour se couvrir et descendre. Pour paraître plus crédible, il prétexta que le boucher était venu lui parler, lui parlant d'une bonne viande dont il ferait bon prix à la paroisse, et qu'un peu de viande grasse ne ferait pas de mal. Personne ne désapprouva et Luigi put quitter les lieux l'air de rien. Mais après quelques mètres, il fallait bien se changer pour paraître incognito. Les deux sœurs discutaient avec une dame, ce qui laissa à Luigi le soin de trouver une cachette pour son vêtement religieux. Une cave à vin abandonnée était le parfait endroit pour cela. Il ne mit que quelques instants à la retirer avant de mettre sa capuche sur la tête et continuer sa filature. Elles sortirent de la ville, il en fit de même, mais lorsqu'il vit où elles allaient, le jeune espion hésita un instant. La maladrerie Saint-Lazare était un endroit où étaient gardés, loin de la ville, les malades contagieux, mais aussi des les indigents et marginaux. Enfin, des gens véhiculant des maladies qu'il ne fallait surtout pas que Luigi attrape, car il était sûr d'y rester. A demi-mot, il tenta de se convaincre :

« Je ne peux pas m'arrêter en si bon chemin. Moi, j'ai toujours caché mes blessures, à tous les vautours qui me guettent, j'ai payé très cher les factures, de mes défis, de mes défaites … je devrais encore m'en sortir. »

Il fit le signe de croix et pénétra à son tour dans le bâtiment. Il eut froid dans le dos de cet endroit un peu lugubre, et tous ces malades. A la vue de certains, la démangeaison le prenaient, mais il devaient se concentrer sur les sœurs. Il aurait été possible qu'elles en torturent quelques uns, leur fassent du mal, leur volent leur nourriture ou les privent de leurs bien … Non, elles les soignaient, donnaient à manger à certains, leur parlaient et se montraient attentives. Rien de répréhensible, bien au contraire. Il préféra attendre dehors qu'elles repartent, par sécurité. Le retour se fit aussi dans la discrétion jusqu'à la porte de la ville où elles passèrent sans encombre, mais un garde l'arrêta pour payer les deux sous pour entrer dans Beauvais.
« Les sœurs ne paient-elles pas ? demanda t'il en fouillant ses poches.
Oh non ! Elles entrent et sortent comme bon leur semblent ! C'est comme cela, même si elles ont toujours de quoi payer. »

Luigi donna les sous et put à son tour entrer. Quelqu'un était-il au courant pour cette histoire ? S'il arrivait qu'elles fassent plusieurs allers-retours (après tout, il y avait de quoi faire dans le coin) ou que plusieurs groupes sortent et rentrent, cela faisait un paquet d'économies. Et les sœurs n'ont pas de raison d'emmener de l'argent à la maladrerie, ceux à l'intérieur n'avaient pas le droit de sortir. Il allait retourner à la paroisse ainsi quand il se rappela de sa soutane ! Vite, se rhabiller pour paraître comme à son habitude. Puis passer chez le boucher, payer de sa poche ce qui était faussement prévu. Il en avait mis du temps, juste pour aller chercher de la viande. Et Lévesque le remarqua.

« Vous en avez mis du temps. lança t'il d'un ton inquisiteur.
Je le confesse monsieur, je me suis promené, je voulais découvrir la ville qui est magnifique. J'ai un peu flâné, j'en suis désolé. » répondit-il, d'un air gêné en baissant les yeux.

Bon acteur, il le fallait bien pour ce genre de rôle ! Lévesque eut un air réprobateur puis haussa les épaules et s'en alla. Plus loin, Claude Tristan revenait tout guilleret de sa visite chez les sœurs. Cet homme était méprisable, il était forcément derrière cette histoire. Une lettre tomba de sa poche sans qu'il s'en aperçoive, Luigi ne put que la prendre et la cacher soigneusement. Retournant dans sa chambre, il ouvrit la lettre : celle-ci parlait d'une transaction d'une grande somme versée à un janséniste. Mais il ne reconnut pas la signature. Il la montrerait à Maryse, peut être qu'elle saurait le déchiffrer. Il rangea donc la lettre sous son matelas, aidant dans les tâches quotidiennes. Puis vint le moment tant attendu de la journée, où Luigi allait entendre des choses ennuyeuses. Mais à la quatrième sœur, la fameuse Gisèle, il sentit que quelque chose se passait. Et voici que celle-ci lui racontait qu'elle avait peur de Claude Tristan, qu'il se montrait insistant envers elle, par des sous-entendus qui ne laissaient guère de place à l’ambiguïté : un mélange de menace et de séduction. Pas sûr que cela fasse effet sur une nonne, il devrait essayer Versailles … Quand Maryse apparut, il lui fit un large sourire, content d'avoir un visage ami :

« Vous aviez raison à propos des sœurs. Il se passe bien des choses étranges : on leur donne de l'argent pour payer lorsqu'elles rentrent dans la ville … sauf qu'elles ne paient pas ! Elles détournent des fonds, pas bien énorme si c'est isolé, mais apparemment, cela se passe presque une dizaine de fois par jour ! Cela monte vite ! Et sœur Gisèle vient de me dire que Claude Tristan la menaçait, tout en tentant de la séduire. Outre le procédé malsain, je crois qu'il se sert de ce détournement d'argent pour pouvoir faire d'elles ce qu'il veut ! Nous tenons une bonne piste. Je m'excuse de vous demander cela, mais il vous faudra … vous rapprocher un peu de Claude Tristan. Je peux essayer de mon côté mais il sera plus sensible à votre charme qu'au mien. »

Il fit une mine gênée, surtout voyant quel être pouvait être Claude Tristan mais il fallait tout tenter. En tout bien tout honneur, il savait Maryse incapable d'aller trop loin dans ce domaine.

« Tout le monde semblait bien pâles ce matin, vous auriez dû voir Lévesque. Avez vous … convulsé ? » demanda t'il.

Après leur petite discussion, il chercha la lettre sur lui et soupira de l'avoir rangé et ne pas être allé la rechercher.

« Claude Tristan a fait tomber une lettre de sa poche. Cela parlait de versement et de jansénisme mais je suis incapable de déchiffrer la signature ni le cachet. Croyez vous pouvoir venir à la cuisine ce soir ? Je dois vous la passer … et manger aussi, j'ai l'impression que je ne vais plus tenir longtemps. »

Il lui fit un petit gêné d'une telle demande, surtout que la cuisine était parfois investi par leurs cibles d'investigation, mais la cuisine des hommes était fermée à clé, oui il avait testé, et Maryse s'occupait de la cuisine des moniales, si cela pouvait servir …

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MessageSujet: Re: (Beauvais) Le curé et la nonne    23.02.14 0:08

Le Diable semblait s'être installé dans ce couvent de Beauvais, et c'était sur les épaules de Luigi di Paliano et de Maryse d'Armentières que reposait la lourde tâche de le faire quitter ce lieu. Le Diable  avait autant pris possession du corps de Claude Tristan que des soeurs qui menaient un petit trafic dont les deux acolytes devaient découvrir les tenants et aboutissants. Tout ne tournait pas rond entre ces murs où l'on pouvait entendre murmurer des prières à tout moment de la journée. Dans le confessionnal qui était le seul endroit où Luigi et Maryse pouvaient discuter tranquillement, ils tentaient de mettre la lumière sur les sombres secrets que semblaient leur cacher les religieux et religieuses. La princesse d'Empire connaissait bien le confessionnal, et il lui était étrange d'y parler de sa mission au lieu de se confier et de révéler ses secrets à un prêtre qui lui demanderait de réciter dix fois le Pater Noster pour se faire pardonner. En place et lieu du prêtre, c'était son partenaire de mission qui lui répondait et lui racontait ses propres découvertes. Il fallut néanmoins le quitter pour ne pas attirer l'attention sur eux. Maryse se rendit alors à ses travaux de la journée, journée qui fut ponctuée des messes et des prières au fil des offices. Si sa mission occupait ses pensées, cela ne l'empêchait pas de penser à sa propre vie. Sa mission lui permettait de vivre comme les religieuses, ce qu'elle avait souhaité étant plus jeune. Aujourd'hui, elle se rendait compte, à contrecoeur, que la vie au couvent ne faisait plus partie de ses rêves. Elle se sentait corrompue par la vie versaillaise qui l'empêchait d'apprécier les moments de silence destinés à la prière. Elle détestait les travers des courtisans et leurs actes abominables qui allaient à l'encontre de l'honneur et de la vertu. Mais elle aimait le palais et elle aimait les quelques personnes qui vivaient en accord avec les règles de bonne conduite, comme cette chère Elisabeth d'Alençon. La jeune femme se sentait investie d'une mission plus spirituelle que celles que lui donnait le roi de France. Elle se disait en effet que son rôle était de persuader les personnes qui vivaient autour d'elle de respecter leur foi au lieu d’enfreindre les règles. Néanmoins, Maryse ne se considérait pas comme un modèle. Elle profitait de cette mission pour demander à Dieu de lui pardonner ses péchés, espérant que ses nombreuses prières Lui feraient oublier ses mauvaises actions et ses mauvaises pensées. Cependant, elle consacrait son temps libre, hors prière, à chercher des indices dans la cuisine du couvent et à écouter discrètement aux portes pour entendre quelque conversation intéressante.

Le soir venu, après le dernier office, Maryse laissa la fenêtre de la cuisine ouverte avant de rejoindre sa chambre. Elle aurait bien aimé s'allonger sur son lit de fortune mais elle devait attendre que Luigi  lui apporte l'eau, cette même eau entourée de mystères qu'elle soupçonnait de provoquer des convulsions. L'espionne profita de l'air frais qui s'engouffrait par la fenêtre ouverte en attendant que son acolyte lui fasse signe. Un bruissement dans les arbres attira alors son attention, et elle put reconnaitre Luigi qui, lorsqu'il la vit, lui lança une gourde qu'elle attrapa au vol. Après avoir fermé la fenêtre, la princesse de Calenberg observa durant de longues minutes la gourde qu'elle tenait à la main. Elle l'ouvrit puis respira à l'intérieur mais aucune odeur ne vint la renseigner sur l'origine de cette eau. Il fallait donc se résoudre à la boire. Pourtant, la peur l'en empêchait. L'espionne avait bien vu soeur Gisèle lorsqu'elle convulsait, allongée à même le sol, ses cris de douleur ayant alerté tout le couvent. Elle semblait avoir réellement souffert. Or, Maryse d'Armentières, bien qu'ayant vécu dans les Flandres ravagées par les guerres et la peste, n'avait jamais souffert. A part quelques rhumes pas bien méchants, elle n'avait jamais été malade. Alors, à se dire qu'elle allait sûrement devoir subir d'horribles douleurs, Maryse n'avait aucune envie de tremper les lèvres dans cette eau. Elle s'apprêtait à poser la gourde, essayant de trouver une autre solution pour prendre au piège la mère supérieure et Claude Tristan lorsqu'elle entendit un long cri de souffrance. Cela ne s'arrêterait jamais. Une autre soeur avait donc des convulsions, comme soeur Gisèle la dernière fois, et comme d'autres soeurs auparavant. L'espionne entendit des pas précipités dans les couloirs du couvent et des voix (faussement) affolées. Malgré sa peur, Maryse savait très bien qu'il n'y avait qu'une solution pour en apprendre plus : avoir elle-même des convulsions. Sans plus réfléchir pour éviter de changer d'avis, Maryse but d'une seule traite l'eau de la gourde puis cacha la gourde dans ses affaires pour éviter que la mère supérieure ou Claude Tristan ne la trouve. Elle se posta ensuite près de la fenêtre pour regarder dehors tout en se demandant combien de temps elle devrait attendre. Les cris de la soeur cessèrent. La mère supérieure et Claude Tristan étaient sûrement intervenus. Soudain, l'espionne sentit des douleurs dans les muscles. Elle sentit les muscles de ses jambes et de ses bras se contracter puis elle eut des spasmes, d'abord de faible intensité, puis de plus en plus forts. La douleur était si forte qu'elle poussa un long cri, comme celui qu'elle avait entendu quelques minutes auparavant. Puis les convulsions furent si fortes qu'elle s'effondra sur le sol, lui faisant perdre conscience.

“Lui avez-vous demandé de...
-Non ! Bien sûr que non !
-Alors comment se fait-il qu'elle ait eu des convulsions ?
-Je ne sais pas. Mais il n'y a pas de verre d'eau dans sa chambre, rien qui puisse laisser penser qu'elle en a bu.
-Alors vous pensez que...qu'elle a vraiment convulsé ?
-Je ne sais pas, sûrement. Les convulsions arrivent rapidement après avoir bu le produit, donc elle n'a pas pu en boire dans la journée, elle aurait convulsé bien plus tôt.
-Je ne comprends pas ce qui a pu arriver.
-Vous croyez qu'elle est vraiment...possédée ? Ou malade ?
-Nous devons appeler un vrai médecin, cette fois. Si quelque chose lui arrive, ses parents vont nous tomber dessus.
-Vous êtes sûr ?
-Et que voulez-vous faire ? Imaginez qu'elle soit malade ! Et comment lui expliquer que nous n'ayons pas appelé de médecin ? Il ne faut pas attirer l'attention sur ce couvent.
-Je propose que nous n'appelions personne pour le moment. Elle va s'en remettre. Si jamais on nous pose des questions, on pourra dire que puisqu'elle allait mieux, nous n'avons pas voulu alerter ses parents. Et attendons de voir si elle fait une nouvelle crise de convulsions.
-Bien. Je vais vous laisser avec elle. Gardons là à l'oeil.”

Maryse avait entendu la conversation. Elle avait repris connaissance mais avait gardé les yeux fermés pour entendre la discussion qu'il y avait eue entre Claude Tristan et la mère supérieure. Leurs chuchotements en disaient long sur leurs petites affaires, et tout concordait avec les éléments que possédait déjà l'espionne. Elle ouvrit les yeux quelques minutes après le départ de Claude Tristan et aperçut la mère supérieure à son chevet. Après lui avoir demandé comment elle allait, la mère supérieur lui demanda de ne parler à personne de sa crise, et lui avança comme argument qu'il ne fallait pas alerter sa famille et le couvent si cela n'était rien de grave. L'espionne acquiesça sans rien demander, feignant d'être obéissante, comme toute religieuse se doit de l'être. Elle n'avait de toute façon pas le courage de se rebeller. Elle avait mal à la tête et se sentait très fatiguée. Ses muscles ne lui faisait plus mal, heureusement, mais bouger les bras et les jambes lui demandait un grand effort. La mère supérieure lui conseilla de rester allongée jusqu'à l'heure de la confession.

La journée se déroula ainsi sans autre découverte. L'espionne du roi aurait désiré se lever pour enquêter mais elle n'avait pas assez de force pour fureter dans le couvent. Elle tenta durant de longues heures de reconstituer le puzzle avec les pièces qu'elle avait mais penser lui donnait mal à la tête. Puis, le moment venu, elle parvint à se lever pour rejoindre les autres religieuses. Il n'était pas question pour elle de rater l'heure de la confession. C'était le seul moment où elle pouvait discuter avec Luigi à l'abri des oreilles indiscrètes et tous deux ne pouvaient se permettre de ne pas se parler. Quatre soeurs, dont Gisèle, allèrent se confesser avant elle, puis ce fut son tour. Luigi lui raconta qu'il avait découvert le petit trafic d'argent auquel se livraient les religieuses et évoqua les confidences de soeur Gisèle à propos de Claude Tristan. Tout semblait concorder. Les soeurs trafiquaient de l'argent, Claude Tristan le savait et en profitait en les menaçant. Quant aux convulsions, elles leur permettaient de gagner encore un peu d'argent grâce aux dons des fidèles qui tenaient à garder le Diable loin du couvent et de l'église. Il restait à savoir à quoi servait cet argent, et tout portait à croire que ce n'était pas sûrement aux locaux qu'il était destiné. Luigi demanda ensuite à Maryse d'accepter les avances de Claude Tristan pour en savoir plus. En d'autres circonstances, l'espionne aurait refusé net. Mais ils étaient proches du but et il aurait été dommage d'abandonner maintenant. Bien sûr, Luigi ne pouvait pas se charger de Claude Tristan de cette manière, ce-dernier préférant de loin le charme féminin. Maryse d'Armentières acquiesça et promit à Luigi de se rapprocher de Claude Tristan pour découvrir ses petits secrets.

Avez-vous...convulsé ?
-Oui, répondit Maryse, oui j'ai convulsé. Une soeur a eu des convulsions hier soir. Alors j'ai bu l'eau de la gourde juste après, et ce n'était pas une partie de plaisir croyez-moi. J'ai eu horriblement mal, c'était beaucoup trop douloureux. Je me suis évanouie et quand je me suis réveillée, j'étais dans ma chambre et Claude Tristan et la mère supérieure étaient avec moi. Je les entendus parler. Ils étaient inquiets et se demandaient ce qui m'avait fait convulser, puisqu'ils n'ont pas vu la gourde que j'avais cachée. Ils ont hésité à faire appel à un médecin et à prévenir mes parents, enfin, mes faux parents bien sûr. Ils ont décidé de n'en parler à personne, ce que m'a demandé ensuite la mère supérieure. Je les ai vraiment inquiétés, ils vont me surveiller.”

Ils discutèrent de ce sujet puis Luigi passa à autre chose.

Claude Tristan a fait tomber une lettre de sa poche. Cela parlait de versement et de jansénisme mais je suis incapable de déchiffrer la signature ni le cachet. Croyez vous pouvoir venir à la cuisine ce soir ? Je dois vous la passer … et manger aussi, j'ai l'impression que je ne vais plus tenir longtemps.
-Cela va être difficile avec Claude Tristan et la mère supérieure qui me surveillent, mais je vais faire  en sorte que la cuisine soit vide ce soir pour que vous puissiez venir. Je viendrai pour voir cette lettre et je vous mettrai de la nourriture de côté. Je vais maintenant laisser la place à la soeur suivante pour ne pas attirer l'attention. A ce soir.

Maryse avait repris assez de force pour s'occuper de la cuisine le reste de la journée. Les soeurs converses se firent discrètes, ce qui arrangeait l'espionne qui ne voulait pas être dérangée. Cependant, si les soeurs converses disparurent rapidement de la cuisine, ce n'était pas pour laisser Maryse se reposer, mais parce que Claude Tristan le leur avait demandé. C'est ainsi que l'homme et la princesse d'Empire (s'il savait !) se retrouvèrent seuls dans la cuisine du couvent. Maryse voulait l'éviter mais elle prenait sur elle pour ne pas s'enfuir. Elle pensait à sa mission pour se donner du courage. Elle qui était devenue cuisinière pour une mission devait maintenant devenir charmeuse et à choisir, elle préférait de loin cuisiner. Claude Tristan s'approcha d'elle, lui baisa la main puis lui fit un grand sourire.

Comment vous portez-vous, soeur Marie ? J'ai demandé des nouvelles de vous toute la journée.
-Je vais bien, je vous remercie.
-Vous nous avez fait peur, vous savez. Une jeune femme aussi fragile que vous devrait pouvoir se reposer sur l'épaule d'un homme.
Maryse retint une grimace de dégoût. Pourquoi n'allait-il pas faire son numéro de charme à Versailles ? C'est que je n'ai pas rencontré d'homme comme vous, monsieur. Dieu m'a semblé être le seul à pouvoir m'aider.
-Eh bien maintenant vous pouvez compter sur moi, Marie, dit Claude Tristan, oubliant volontairement de l'appeler soeur Marie.
-Cela est si généreux de votre part. Nous avons tant de chance de vous avoir avec nous. Vous a-t-on déjà remercié ? Chuchota Maryse, essayant d'être séductrice et se rapprochant de Claude Tristan. Elle se choquait elle-même et se demandait bien ce que Matthias penserait s'il la voyait ainsi.
-Non, mais vous pourriez bien être la première à me remercier, répondit-il, s'approchant encore un peu plus de la jeune femme. Il chuchotait lui aussi, et lui mit la main sur l'épaule ce qui fit sursauter Maryse. Celle-ci n'avait aucune envie de le toucher mais se força et elle porta la main sur la joue de l'homme dans une caresse qui se voulut tendre. Jamais elle n'avait pensé devoir agir ainsi pour une mission. Ses scrupules de côté, elle était prête à entrer dans le jeu de Claude Tristan pour mieux le faire tomber quand Luigi et elle auraient assez de preuves. Cependant, lorsque Claude Tristan tenta de l'embrasser, elle le repoussa un peu trop vivement. Elle ne pouvait se résoudre à aller aussi loin. Devant l'air surpris du séducteur, elle s'expliqua : la cuisine n'est pas un lieu où faire ce genre de chose. Elle prit la main de Claude Tristan. Pourquoi ne m'écririez-vous pas une lettre pour me donner rendez-vous dans un lieu secret ?
-Vous voulez donc me voir dans un lieu plus...confortable ?
-Oui, c'est cela. Vous connaissez mieux les alentours du couvent que moi, n'est-ce pas ? Et j'aime bien être séduite par écrit.
-Alors vous aurez une lettre rapidement. Nous nous verrons demain, Marie.”

Lorsqu'il quitta la cuisine, Maryse poussa un long soupir. Elle avait échappé de peu à Tristan mais sentait qu'elle était allée beaucoup trop loin. Tristan, qui semblait d'habitude mener les choses, avait laissé Maryse prendre les décisions, preuve que les femmes pouvaient provoquer sa perte.

Lorsqu'elle quitta la cuisine, quelques heures plus tard, pour aller prier, Maryse rencontra Claude Tristan qui lui remit furtivement une lettre cachetée. L'espionne ne la lut qu'après la prière. Comme convenu, il lui faisait des compliments à n'en plus finir et disait espérer pouvoir lui montrer tout le désir qu'il avait pour elle. La jeune femme ne put s'empêcher de rougir à la lecture de certaines phrases qui la mettaient dans un certain embarras. Étrangement, il ne s'était pas méfié d'elle et avait signé la lettre, ne se doutant pas qu'elle s'était jouée de lui.

Le soir venu, Maryse fit en sorte de pouvoir rester dans la cuisine, prétextant avoir du travail à faire pour les réserves de nourriture. Luigi put ainsi la rejoindre et tous deux purent parler à loisir dans la cuisine du couvent. Maryse lui avait mis de la nourriture de côté et il mangea pendant qu'elle lui racontait la scène qui avait eu lieu dans cette cuisine quelques heures plus tôt (en omettant certains détails). Lorsqu'il eut fini de manger, elle lui fit lire la lettre. Elle n'osait le regarder pendant qu'il lisait, gênée par ce que Claude Tristan lui avait écrit. Après avoir discuté de cette lettre qui leur servirait pour prouver que Claude Tristan se servait des religieuses, Luigi montra à Maryse la lettre qu'il avait trouvée. Elle y lut des négociations concernant des versements d'argent. Un inconnu demandait à Claude Tristan de lui donner de l'argent le plus rapidement possible. Il lui demandait si les affaires allaient bien et si les religieuses se montraient toujours aussi coopérantes. Cette lettre était la preuve même qu'un trafic avait lieu dans ce couvent. Mais Luigi n'avait pas su déchiffrer la signature et le cachet. Maryse s'installa à côté de Luigi, à table, pour tenter de découvrir qui avait écrit cette lettre. Plusieurs minutes de réflexion puis...

Oh mais ! On dirait la signature de Antoine Arnauld ! C'est un janséniste qui vit à Bruxelles. Pardon, vous devez sûrement le connaître, vous connaissez mieux que moi le domaine de la religion. J'ai entendu parler d'Antoine Arnauld, le Grand Arnauld comme on l'appelle, lorsque j'étais à Bruges. Il était en exil à Bruxelles après avoir été poursuivi à cause de ses publications sur les Jésuites. Oh Luigi cette lettre est un cadeau ! Nous avons la preuve que notre Claude Tristan, ses amis et nos religieuses ont mis au point un important trafic d'argent ! Tout s'explique : les soeurs détournent l'argent de l'entrée dans la ville. Claude Tristan prend cet argent et menace les soeurs de tout dévoiler si elles ne lui obéissent pas. A coté de ça, ils provoquent des convulsions chez les soeurs, et racontent autour d'eux qu'il y a des cas de possession. Les gens offrent donc de l'argent au couvent et à l'église. Et l'argent tombe ensuite dans les poches d'Antoine Arnauld, c'est-à-dire que cet argent finance l'action des Jansénistes.

Maryse était heureuse et avait du mal à contenir sa joie. Ils avaient réussi à découvrir ce qui se passait dans ce couvent et mieux encore, ils avaient des preuves pour faire arrêter Claude Tristan et les personnes impliquées dans cette affaire. Cela signifiait qu'ils pourraient quitter les lieux et retrouver la Cour.
***

Une nouvelle mission s'achevait. Elle avait été difficile, mais ils étaient parvenus à mettre la lumière sur le sombre mystère qui entourait le couvent. Qui plus est, Maryse avait découvert en Luigi un partenaire efficace et à l'écoute, qui la prenait au sérieux et lui faisait confiance. Ils avaient formé un très bon tandem tous les deux et l'espionne avait très envie de vivre une nouvelle aventure avec lui. Leur foi les rapprochait et il était rare de trouver à Versailles quelqu'un d'aussi dévoué à la religion.
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