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 Un homme qui veut en tuer un autre ne le menace pas, et quand il le fait, c’est qu’il ne veut pas le tuer

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MessageSujet: Un homme qui veut en tuer un autre ne le menace pas, et quand il le fait, c’est qu’il ne veut pas le tuer   Un homme qui veut en tuer un autre ne le menace pas, et quand il le fait, c’est qu’il ne veut pas le tuer Icon_minitime12.11.12 17:23

La main appuyée contre la chambranle de la fenêtre de sa chambre qui donnait sur le jardin de son hôtel particulier versaillais, Arthur de Roberval observait sans mot dire la neige qui s'accumulait depuis quelques jours sur les fontaines et les statues placées là du temps de l'ancien propriétaire de l'hôtel, tandis que, dans son dos, un serviteur allumait un feu dans la cheminée. Mais si ses yeux restaient fixés sur cette couverture blanche qui ne semblait pas vouloir fondre à cause du froid glacial, digne des températures de Terre-Neuve, ses pensées étaient bien loin de là où il se trouvait. Non, son esprit était retourné quelques mois auparavant, dans un hôtel parisien, en pleine nuit, dans une atmosphère de bonne humeur et de fête, au centre d'une foule vêtue de toges et de chitons grecs... Et parmi elle, une Héra au nom bien trop connu pour qu'elle puisse être totalement oubliée. Gallerande, Gallerande... Depuis des semaines, Arthur de Roberval se répétait ce mot jusqu'à en être dégoûté, jusqu'à ne plus savoir le prononcer. Mais rien de concret n'avait émergé de cette réflexion. Pourquoi ce nom de famille lui disait-il quelque chose ? Depuis cette fameuse soirée qui s'était soldée par une bagarre et un œil au beurre noir, cette question occupait fréquemment ses pensées mais il ne parvenait pas à lui apporter une réponse satisfaisante. Parfois, il renonçait, se disant qu'il était bien puéril de chercher à s'intéresser à cette femme blonde qui avait craché des insultes sur son passage et que justement la haine qu'il éprouvait pour elle le rendait aveugle et l'induisait en erreur. Mais là encore, cette explication ne lui convenait pas. Son instinct lui disait qu'il y avait quelque chose de louche. Si seulement sa mémoire daignait lui indiquer où il avait déjà entendu parler d'un ou d'une Gallerande ! Depuis son enfance, pendant toutes ses années passées sur les mers, à voguer de ports en ports, il en avait entendu des noms qui s'étaient mêlés comme des méandres dans son esprit. Mais « Gallerande » avait ce raffinement tout français qui ne s'oubliait pas. Enfin, il était aussi fortement possible que ce soit sans aucune importance et que son oreille ait surpris quelqu'un le prononcer un jour sans qu'il ne sache de qui ou de quoi il s'agissait. Rien qui ne puisse mériter les longues réflexions à ce sujet.

Se retournant vers le centre de la pièce, il allait abandonner quand son serviteur déposa une lettre sur son bureau en lui disant :
- Voici un courrier envoyé par monsieur le duc de Sudermanie à qui votre nom a été conseillé par monsieur Colbert, il vous demande des informations concernant la vie en Acadie et en particulier les pratiques astrologiques du peuple micmac.
Roberval leva les yeux au ciel devant cette lettre un peu saugrenue d'un homme dont il ne connaissait que l'hôtel – et plus particulièrement la chambre d'amis mais s'interrompit en plein dans sa marche vers son bureau. L'Acadie ? Le peuple micmac ? Mais... Bien sûr ! Comment avait-il pu seulement oublier ? En 1654, le corsaire aventurier et sans attaches était amoureux. Celle qui avait réussi à s'attacher ce cœur fait pour la solitude, c'était une jolie Indienne micmac qui vivait en Acadie et dont la tribu était alliée avec les colons français. C'était de cette manière qu'Arthur avait fait sa connaissance, lorsqu'il avait cherché à vendre quelques armes de pacotille au chef de son clan. Mais la colonie de Nouvelle-France était menacée par les Anglais qui rêvaient de mettre la main sur ces territoires. Roberval, devenu depuis peu capitaine du Téméraire et faisant ses coups de main souvent dans le secteur, en avait averti par courrier le Conseil du roi qui se chargeait de ses questions et qui l'avait renvoyé à celui que l'on avait chargé de la défense de l'Acadie. Le marquis de Gallerande. Arthur avait pourtant honni ce nom, l'avait maudit quand l'homme en question, qu'il n'avait jamais rencontré par ailleurs, n'avait rien fait pour repousser les Anglais. Méprisable homme de cour qui ne connaissait rien aux réalités de l'Amérique et qui n'en avait que faire ! Coupable de la perte de l'Acadie contre laquelle les navires français, en sous-effectif, n'avaient rien pu faire, il était surtout – aux yeux de Roberval - responsable, indirectement certes, de la mort de cette femme que le capitaine avait aimée, massacrée par les Anglais. Il s'était pourtant renseigné sur les destinées de cet homme, de ce Gallerande en arrivant à la cour l'année précédente mais il l'avait oublié depuis. Il était mort de toute façon. Et jamais Arthur n'aurait imaginé qu'il laissait une veuve derrière lui, une veuve qui l'avait sans doute pleuré. Et sur laquelle il pourrait exercer sa vengeance. Si on ne pouvait plus rien pour le marquis, son nom pouvait encore être traîné dans la boue, sa fortune dilapidée, ses terres éparpillées... Et Arthur aurait d'autant moins de scrupules que cette femme qui portait son nom – sa veuve sans nul doute, n'avait pas hésité à l'abaisser et à prendre le parti de ce couard de Richmond.

- Capitaine ! L'interpella la voix de son moussaillon.
Roberval leva les yeux. Il ne s'était même pas aperçu que le serviteur était sorti, remplacé par un Clément visiblement très fier de lui, vu la façon dont il bombait son torse maigrelet, et que lui était resté à mi-chemin entre la fenêtre et le bureau, encore abasourdi de la découverte qu'il venait de faire. Il hésita à renvoyer son moussaillon mais se ravisa en songeant que la nouvelle pouvait être importante.
- Qu'y a-t-il ?
- J'ai réussi à trouver une nouvelle cuisinière. Vous savez que l'ancienne nous avait quittés sous prétexte qu'elle allait se marier, que celle que nous avions trouvé ne savait pas faire cuire des petits pois – rappelez-vous, elle avait mis de la farine dans la marmite (il grimaça à ce souvenir) et...
- C'est pour ça que tu oses me déranger ? L'interrompit Arthur d'un ton menaçant. Après tout, ces histoires de cuisine le dépassaient complètement.
- Pas tout à fait, capitaine, j'ai fait d'une pierre deux coups, affirma le moussaillon, assuré et sans se laisser troubler, vous m'aviez demandé d'enquêter sur la dame Anne de Gallerande...
L'esprit soudain en éveil, Roberval examina Clément avec plus d'attention, non sans se demander avec curiosité quel était le rapport entre Gallerande et cette cuisinière.
- Comme je vous l'avais déjà dit, madame de Gallerande est dame chez la favorite Amy de Leeds, on loue beaucoup son esprit piquant, son goût certain pour les œuvres d'art et il semblerait même qu'elle soit une des amies de monsieur Philippe d'Orléans, monsieur le duc l'a reçue et cette faveur a fait jaser. Mais on l'a décrit aussi comme une orgueilleuse ce qui déplaît fort aux moins bien titrés qu'elle mais qui sont nés plus haut, son mariage lui fut en effet fort avantageux. Et elle est détestée parmi la domesticité, elle méprise tous ceux qui n'ont pas de titre et ne prête pas attention à eux. M'est avis qu'elle devrait soigner ses gens car ils ont la langue bien pendue et ils ne disent pas que des choses gentilles à son égard... Ce qui n'est pas le cas de vos serviteurs, capitaine, soyez-en assurés, ils apprécient votre simplicité et vos...
- Viens en au fait, veux-tu ? Grommela Arthur en accompagnant ses paroles d'un geste de la main.
- Figurez-vous que j'ai entendu parler d'une étrange affaire. Son époux est mort il y a environ sept ans, en 1660, la laissant héritière de tous ses biens. Une cuisinière a été accusée d'avoir servi des fruits non frais ce qui aurait causé la maladie du marquis et elle a été renvoyée sans que la marquise ne cherchât à la faire condamner. Je trouve cela bien louche...
- Et c'est la cuisinière que tu as engagé ? Une empoisonneuse ?
- Elle a toujours clamé son innocence mais n'a pas retrouvé de travail, la pauvre, elle a vécu dans la misère depuis ce jour. J'ai pensé bien faire en réglant ce problème en cuisine tout en apprenant des choses sur madame de Gallerande. Elle clame que la marquise n'y est pas pour rien dans la mort de son époux.
- C'est ridicule, voyons !
- Enfin, soyez assuré, capitaine, que la pauvre femme fera deux fois plus attention à ce qui vous sera servi. Une deuxième victime et ce sera l'échafaud assuré pour elle. Ça peut être utile.
- Voilà qui me rassure, ironisa Arthur en levant les yeux au ciel, allez, file.
Le corsaire attendit que la petite silhouette du garçon ait disparu pour s'asseoir à son bureau et songer à tout ce qu'il venait d'apprendre. C'était comme si le ciel s'était soudain manifesté en sa faveur : le courant lui était favorable, il devait donc suivre le chemin désigné avant que les flots ne se referment sur lui et ne livrent ses monstres marins. Il avait désormais un visage à incriminer pour la mort de celle qu'il avait aimé. Il aurait d'autant moins de scrupules que cette femme s'était montrée détestable. Et mieux, grâce à ces accusations – même s'il n'y croyait pas – il avait même des armes pour l'atteindre.

Quelques jours plus tard, si la neige couvrait toujours les jardins d'une épaisse couche blanche, le ciel s'était dégagé et brillait d'un bleu éclatant. Arthur de Roberval, d'une humeur particulièrement bonne, fort de ses dernières résolutions, s'était lancé sur la piste des dames d'Amy of Leeds dans les jardins de Versailles et avançait d'un bon pas, en contraste avec la plupart des courtisans qui n'osaient mettre le nez dehors. Pour l'occasion, il avait revêtu un costume qui détonnait un peu avec ses grosses bottes et son manteau qui cachait son costume de cour. S'il était plutôt impressionnant avec sa haute stature – raison pour laquelle personne ne lui fit aucune remarque désobligeante, les rumeurs de bagarre avaient parfois du bon -, il dégageait aussi une certaine (même si ce mot lui aurait été difficile à prononcer) élégance. Il ne fut pas long à retrouver les dames de la favorite et loua intérieurement Amy d'avoir choisi de se promener ce jour-là pour profiter du soleil faiblard : il ne lui serait que plus facile d'adresser la parole à madame de Gallerande. D'ailleurs, il s'approcha à larges enjambées de la jeune femme depuis peu mariée et avec laquelle il conservait une relation d'amitié et de confiance mutuelles depuis leur voyage en Amérique quelques années auparavant. Ils échangèrent quelques mots polis avant qu'Arthur ne laissa passer les traîneaux sur lesquels elles trônaient comme des princesses venues du nord. Il plissa les yeux pour distinguer la marquise et finit par l'apercevoir, engoncée dans une zibeline qui devait lui tenir chaud. Deux yeux bleus rehaussaient la beauté d'un visage aux traits fins et harmonieux, rendu encore plus pâle par le froid mordant. Des boucles blondes s'étaient échappées de sa coiffure pour orner ses tempes et son cou délicat. Tout en elle respirait la dame de cour affirmée et expérimentée mais qui s'était laissée surprendre par les affres des températures. Un instant, Arthur resta saisi par la sculpturalité de la scène et ne bougea pas, se contentant de voir avancer le traîneau sans chercher à se rapprocher. Elle aurait pu être jolie si l'expression de son visage n'était pas déformée par les cris qu'elle lançait à l'égard... D'une chose qui courait dans la neige, droit vers Arthur qui mit quelques dizaines de secondes à reconnaître qu'il s'agissait d'une chien minuscule – la neige lui arrivait quasiment aux oreilles – et d'une maigreur épouvantable. Lorsque la chose – non décidément, il n'y avait pas d'autre mot – eut disparu dans un trou de neige, plein de bonne volonté, le corsaire s'approcha et repêcha un pauvre animal tout tremblant qui émit des cris ressemblant à des jappements. Avec un sourire qui se voulait rassurant et innocent, Roberval, serrant contre lui la chose, alla jusqu'au traîneau d'Anne de Gallerande et lui rendit le chien qui se blottit immédiatement dans les fourrures.

- Madame, la salua Arthur en exécutant une révérence parfaite, bien qu'un peu raide, je crois que ceci vous appartient. Charmant animal, vous devriez faire attention à ne pas le perdre, à cause de la couleur de son poil, il devient difficile à distinguer dans toute cette neige.
Il aurait pu s'éloigner alors comme la bienséance aurait pu l'exiger pour deux personnes qui n'avaient pas été présentées mais il se contenta de se mettre à marcher à l'allure du traîneau, toujours à la hauteur de la marquise.
- Je crois vous reconnaître... Ah oui, nous nous sommes croisés à la fête de monsieur de Longueville. Si vous me le permettez, je n'ai pas pensé grand bien de cette soirée, les mauvaises langues y étaient plus nombreuses que les beaux esprits, hélas. Certains n'étaient visiblement venus là que pour approcher de grands noms comme le prince de Neuchâtel ou des ducs anglais, oubliant que par leur naissance et leur conduite, ils ne peuvent prétendre à l'Olympe de ce royaume...
C'était une attaque directe qu'elle aurait été idiote de ne pas comprendre mais Arthur savait bien que si elle était aussi intelligente et manipulatrice qu'il le devinait, cette remarque ne la toucherait même pas. Non, ce n'était qu'une mise en jambe, qu'un test avant qu'il ne prononce le véritable cœur de l'affaire :
- Savez-vous que j'ai été un ami de votre époux, feu le marquis de Gallerande ? Lointain, certes, j'étais toujours sur les mers mais nous nous écrivions. Sa mort a été un tel chagrin pour moi, comme pour vous, je l'imagine. Quel dommage que ses derniers temps aient été marqués par la mauvaise ambiance au cœur de sa maisonnée... Pour laquelle vous n'êtes pour rien, évidemment, il avait son caractère. Il m'a néanmoins confié ses doutes concernant une personne qui pourrait en vouloir à sa vie, j'espère ne pas remuer trop de souvenirs douloureux si je vous disais que je souhaitais découvrir de qui il s'agissait. Je ne crois qu'à moitié à cette histoire de cuisinière...
Si le ton d'Arthur paraissait hésitant, la lueur de son regard posé sur Anne de Gallerande ne trompait pas. S'il pouvait l'accuser du meurtre de son mari, il n'hésiterait pas un seul instant. En attendant... Il espérait bien arriver à lui faire peur.
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MessageSujet: Re: Un homme qui veut en tuer un autre ne le menace pas, et quand il le fait, c’est qu’il ne veut pas le tuer   Un homme qui veut en tuer un autre ne le menace pas, et quand il le fait, c’est qu’il ne veut pas le tuer Icon_minitime02.02.13 20:07

    « Lena, tu ne peux pas toujours martyriser cette pauvre Michelle…

    -Mais, madame, elle m’a invitée à cueillir des fleurs !s’indigna la jeune fille.

    -Eh bien, pourquoi n’as-tu pas accepté son invitation ? » répliqua Anne, un sourire cynique aux lèvres. Lena se calma, comprenant que la marquise de Gallerande se moquait, elle aussi, de la Bergogne. Ces moments de complicité réjouissaient toujours Anne, même si Lena n’était toujours pas au courant du lien qui les unissait. Lena se tourna vers une fenêtre du palais de Versailles. Anne la rejoignit et, tout en observant la neige tomber, les yeux dans le vague, toute à ses souvenirs lointains, elle passa une main dans les cheveux défaits de sa fille. Lena s’était battue avec la Bergogne et il s’en était fallu de peu avant que les courtisans n’assistent à ce spectacle peu glorieux. Anne était heureusement arrivée au bon moment, avait éloigné les jeunes filles et avait menacé la Michelle : si celle-ci osait se plaindre de Lena, Anne dirait à tous qu’elle entretenait une relation incestueuse avec son frère, mignon de Monsieur. La marquise s’était alors permise de venir dans les appartements de la favorite avec sa fille, et avait demandé, avec l’accord de Marie, à ce que quelqu’un vienne la coiffer. Amy of Leeds n’était pas dans ses appartements mais devait revenir pour annoncer le programme de la journée. Tandis que l’on coiffait Lena, Anne restait debout devant la fenêtre. L’hiver était désormais bel et bien installé. Un tapis blanc ornait les pelouses du jardin. Une certaine pureté se dégageait de ce spectacle. L’esprit d’Anne était ailleurs, quelque part dans le passé, dans les bras de …

    « Je ne peux me lasser de ce si beau spectacle, pas vous ? Lena regardait Anne. La mère se tourna vers sa fille, sortie de ses pensées, et fut frappée, comme toujours, par ses yeux. Elle ne s’y habituerait jamais. Lena avait ses yeux. Elle avait l’intensité de son regard. Il y avait dans ce regard quelque chose de surprenant, mélange de candeur, de sincérité, et d’espièglerie. Anne connaissait si bien ces yeux. Elle sourit tendrement à sa fille. Celle-ci reprit : Voir Versailles l’hiver est un véritable bonheur. Tout semble si magique, si surréaliste. » Puis elle cria parce qu’on lui tirait les cheveux.

    Anne se tourna de nouveau vers la fenêtre. Elle aurait aimé pouvoir regarder avec des yeux d’enfants le paysage qui s’offrait à elle. Mais elle n’avait plus cette faculté à s’émerveiller de chaque chose. Quelque chose s’était brisé en elle le jour où on l’avait éloignée d’Henri-Charles. Puis, lorsqu’elle avait été contrainte d’épouser le marquis de Gallerande, elle était devenue froide, calculatrice. Le feu qui était en elle ne se réveillait que pour ses amants. Elle tenta de voir les jardins avec les yeux de Lena. Elle tenta de s’émerveiller, elle tenta d’être spontanée, le temps de quelques minutes. Mais rien n’y faisait. Elle restait de glace face aux flocons qui s’amoncelaient pour former un épais tapis cotonneux. Alors, ne redeviendrait-elle jamais la jeune fille qu’elle avait été ? Ne reviendrait-elle jamais celle qui avait tremblé de peur et de désir lorsque le comte de Laval s’était emparé pour la première fois de ses lèvres ? Pourrait-elle un jour retrouver la fille du baron qui découvrait Paris, l’esprit rêveur et exalté ? Face à la fenêtre, Anne aurait aimé retrouver cette jeune fille. Son masque de glace était bien lourd à porter, parfois.

    « La neige me fait chaque année penser à mon père. Mes grands-parents me disaient qu’il adorait jouer dans la neige, lorsqu’il était enfant. » L’instant se prêtait aux révélations. Lena se confiait sans préméditations. Malgré le côté détestable qu’elle se plaisait à montrer à la cour, elle avait en elle ce besoin de douceur qu’Anne aurait aimé lui apporter. La marquise aurait pu lui dire la vérité, à ce moment précis. Elle aurait pu demander à être seule avec sa fille, et lui avouer ce lien que personne ne pouvait détruire. Au lieu de cela, elle congédia sa fille. Maintenant coiffée, elle pouvait quitter les appartements de la favorite. Avant que Lena ne quitte la pièce, Anne lui demanda de ne plus se battre avec des filles qui n’en valaient pas la peine. La fille du comte de Laval devait se montrer bien au-dessus des querelles ridicules.

    Une fois seule dans la pièce, Anne ne put retenir ses larmes. Elle les avait contenues tant que sa fille était là, mais les retenir plus longtemps était au-dessus de ses forces. Elle les laissa couler silencieusement, les yeux fermés, ne voulant plus voir cette neige qu’Henri-Charles aimait tant. Pourquoi ne pouvait-elle vivre sans penser à lui ? Elle aurait aimé l’oublier. Tout aurait été plus simple s’il avait été un simple amant. Mais il avait été, et il était toujours, bien plus que cela. Il était son premier amour, son premier amant, et le père de son enfant. La marquise ne pleurait jamais. Son cœur était devenu dur comme de la pierre. Du moins, c’est ce qu’elle pensait. Mais sa sensibilité était toujours là, enfouie sous son masque d’assurance, prête à surgir aux moments les plus inattendus, comme là, dans cette pièce où elle avait failli tout avouer à Lena.

    Alors une voix l’appela. Anne essuya du revers de la main ses larmes. Lena demandait à la voir. Anne sortit des appartements d’Amy pour rejoindre sa fille qui l’attendait près des escaliers. Elle tenait Thibautien, le chien d’Anne, dans ses bras. Le chien jappait et tentait de lécher le visage de Lena qui se débattait en riant. Le regard que lança Anne à sa fille empêcha celle-ci de poser la moindre question sur ses yeux rougis. Anne récupéra Thibautien et annonça à sa fille qu’elle avait sa journée de libre. Elle voulait être seule. C’est alors que la princesse allemande au nom imprononçable, désormais surintendante de la maison de la favorite, vint lui annoncer qu’Amy of Leeds voulait faire une promenade en traineau dans les jardins du palais. Cette idée ne réjouissait guère mais la marquise mais elle se hâta de se préparer pour cette promenade.


    L’air glacial fouettait le visage d’Anne alors que son traineau allait à vive allure dans les jardins du palais. Amy lui cria de ralentir, elle risquait de blesser les rares flâneurs. La marquise avait retrouvé sa superbe, installée dans son traineau, sa dernière acquisition dont elle était très fière. Devant elle s’élevait, taillée dans le bois, une panthère menaçante. Ses crocs semblaient agresser toute personne indésirable. Ainsi protégée, Anne pouvait se reposer confortablement sur du cuir importé de Russie. Ce traineau était une merveille. La marquise l’avait payé une fortune, mais il était une œuvre d’art, au même titre que les tableaux et les sculptures qui décoraient son hôtel particulier. Le cheval ralentit, au grand dam d’Anne. Elle veilla Amy, dont le traineau s’éloigna jusqu’à devenir un point au loin. La marquise en profita pour demander au cocher de reprendre de la vitesse. A vive allure, elle se sentait vivre. Le masque de glace était réapparu sur son visage. Seul un sourire satisfait l’animait. Oubliée sa faiblesse du début de journée, oubliées les larmes, mais il y avait des choses, et des personnes, qu’on ne pouvait oublier. Anne secoua la tête, comme pour éloigner le visage d’Henri-Charles de ses pensées. Soudain, le traineau effectua un virage, sans ralentir, pour éviter une courtisane qui, agenouillée dans la neige, tentait de faire un bonhomme de neige. Un rapide coup d’œil permit à Anne de reconnaitre cette empotée de Michelle. Toute à sa colère, Anne avait oublié de tenir Thibautien qui, dans la vitesse du virage entreprit, fit un vol plané et atterrit plusieurs mètres plus loin. Anne le chercha du regard mais il avait disparu. Le chien, dont la race était originaire du Mexique, était si petit qu’on ne pouvait plus le voir. Paniquée, Anne ordonna au cocher de le chercher. Le traineau glissait désormais doucement, Anne scrutant la neige dans l’espoir de voir son chien. Soudain, elle leva les yeux et aperçut un homme au loin. Elle pourrait lui demander de chercher Thibautien. Le traineau se dirigea alors vers l’homme, Anne continuant d’appeler son chien à grands cris dans l’espoir que la boule de poils surgisse des flots tels un survivant triomphant d’une tempête. Elle agitait ses bras dans tous les sens pour interpeller l’inconnu. Plus le traineau s’approchait de l’homme, plus Anne se disait que sa stature lui rappelait quelqu’un. Avant qu’Anne n’arrive à sa hauteur, la silhouette s’abaissa puis se releva, triomphante avec, à la main, le chien qui émettait des jappements plaintifs. L’homme se dirigea vers elle, chevaleresque, alors qu’Anne demandait au cocher d’immobiliser le traineau. Elle l’avait reconnu. Cet homme, qui semblait venu d’ailleurs tant sa tenu était…étrange, était le baron de Roberval. Anne l’observa s’approcher, le regard froid. Elle n’appréciait pas le corsaire, qu’elle avait qualifié de « rustre » lorsqu’il s’était battu avec le duc de Richmond lors de la réception donnée par le prince de Neufchâtel. Elle n’avait aucune envie de le remercier, même s’il avait sauvé Thibautien. Tout en souriant d’un air qu’Anne trouva grotesque, il lui tendit le chien tremblant qui ne tarda pas à se réchauffer dans les fourrures de sa maîtresse.

    « Madame, je crois que ceci vous appartient. Charmant animal, vous devriez faire attention à ne pas le perdre, à cause de la couleur de son poil, il devient difficile à distinguer dans toute cette neige. » Anne eut un sourire mauvais devant la révérence du baron. Qui donc lui avait appris les bonnes manières ?

    « Je vous remercie pour avoir sauvé Thibautien. Ne vous inquiétez donc pas, je fais attention à lui. Je vous souhaite… Anne allait prendre congé du sauveur mais celui-ci lui coupa la parole :

    - Je crois vous reconnaître... Ah oui, nous nous sommes croisés à la fête de monsieur de Longueville. Si vous me le permettez, je n'ai pas pensé grand bien de cette soirée, les mauvaises langues y étaient plus nombreuses que les beaux esprits, hélas. Certains n'étaient visiblement venus là que pour approcher de grands noms comme le prince de Neuchâtel ou des ducs anglais, oubliant que par leur naissance et leur conduite, ils ne peuvent prétendre à l'Olympe de ce royaume...

    Irritée par le manque de savoir vivre de ce sauvage (il engageait la conversation alors que personne ne les avait présentés ! et pire, il lui coupait la parole ! mais dans quel monde vivait-il donc ?), Anne ne l’écoutait que d’une oreille, jusqu’à ce qu’il l’insulte. Oui, c’était une insulte ! Comment osait-il évoquer les personnes de basse naissance ? Il savait donc qu’elle était fille de baron, il se moquait ouvertement d’elle ! Un sourire ironique se dessina sur ses lèvres.

    -Oh pardonnez-moi, je ne vous avez pas reconnu. Vous êtes cet homme qui a lui-même jeté un voile de honte sur les personnes de basse naissance, montrant à ce que vous appelez l’Olympe du royaume que les barons ne savent pas se tenir en société. Avez-vous présenté vos excuses au prince de Neufchâtel ? Anne prononçait ces mots le sourire aux lèvres, tout en caressant Thibautien.

    - Savez-vous que j'ai été un ami de votre époux, feu le marquis de Gallerande ? Lointain, certes, j'étais toujours sur les mers mais nous nous écrivions. Sa mort a été un tel chagrin pour moi, comme pour vous, je l'imagine. Quel dommage que ses derniers temps aient été marqués par la mauvaise ambiance au cœur de sa maisonnée... Pour laquelle vous n'êtes pour rien, évidemment, il avait son caractère. Il m'a néanmoins confié ses doutes concernant une personne qui pourrait en vouloir à sa vie, j'espère ne pas remuer trop de souvenirs douloureux si je vous disais que je souhaitais découvrir de qui il s'agissait. Je ne crois qu'à moitié à cette histoire de cuisinière...

    A ces mots, Anne scruta le regard du corsaire. Que cherchait-il à savoir ? Jamais le marquis ne lui avait parlé de Roberval, mais ils ne se parlaient pas beaucoup alors tout cela était possible. Savoir que quelqu’un enquêtait sur la mort du marquis n’annonçait rien qui vaille. Anne parvenait à cacher son inquiétude mais sous son air glacial, son esprit s’agitait. Que voulait-il ? Allait-il faire du chantage ? Et que voulait-il dire par « mauvaise ambiance ? » La marquise pensait que cette affaire était bel et bien finie, que tout avait été oublié. Elle se permettait même parfois de ne pas jouer le deuil et de profiter de sa condition de veuve. Mais avec un tel vautour dans les parages, il fallait se méfier. Si penser à Henri-Charles quelques instants plus tôt l’avait rendue émotive, évoquer le marquis de Gallerande attisait plutôt sa haine. Même mort, il venait troubler sa quiétude. Il était, décidément, vraiment détestable, tout comme le corsaire qui lui faisait face, s’imposant à elle de toute sa stature.

    Anne soupira d’un air qu’elle voulut triste, et regarda Thibautien, tout en parlant : « En effet, nous avions quelques soucis. Je ne voulais pas évoquer ce sujet parce que ça n’a aucune importance. Je veux dire, maintenant, mon époux n’est plus, et je veux que son âme repose en paix. La marquise leva la tête et planta son regard dans celui de son interlocuteur : Il est vrai qu’il paraissait inquiet quelques temps avant son décès, il était sur le qui-vive, prêtant l’oreille au moindre bruit. Il me cachait quelque chose, c’est certain. Je ne sais ce qui est vraiment arrivé. Tout ce que je sais, c’est que sa mort est survenue après qu’il eut mangé les fruits avariés servis par la cuisinière. Peut-être agissait-elle pour quelqu’un, je ne sais pas.

    La marquise ne savait pas si son petit jeu marchait ou non. Mais il fallait sauver les apparences, coûte que coûte. Elle se sentait en danger, alors qu’elle avait tout fait pour qu’on ne l’associe pas à la mort de son époux. Ce n’était pas un rustre qui allait tout gâcher. Il était hors de question qu’il la prive de sa liberté.

    Pardonnez-moi mais ce sujet m’attriste. Je ne porte plus officiellement le deuil, mais le décès de mon époux me suit toujours. Je me montre forte mais il est des moments où je ne parviens plus à supporter le poids de ces événements. Si vous pouviez éviter de remuer le couteau dans la plaie, je vous en serais reconnaissante. »

    Anne avait appris à jouer à la perfection la veuve éplorée. Il fallait espérer que le baron soit dupe, et la laisse en paix. S’il avait été un ami du marquis, il serait touché par la tristesse qui émanait du regard et de la voix de la marquise. Le tout était encore de savoir ce que le marquis avait pu confier à cet homme…

    Spoiler:
     



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Anne de Gallerande avait quelque chose de la panthère rugissante qui ornait le traîneau sur lequel elle avait pris place, magnifique objet de bois qui avait tout d'une œuvre d'art tant les sculptures en étant fines et soignées et qui rappelait presque à Arthur de Roberval son navire orné d'une magnifique figure de proue, le buste d'une allégorie de l'Asie triomphante. Elle savait montrer les crocs quand il le fallait, quand il s'agissait de faire fuir des personnes indésirables – dont Arthur faisait partie, il n'en doutait pas –, sortir les griffes pour blesser à son tour et les autres Versailles savaient assez bien qu'elle achevait ses proies avec autant de cruauté, d'élégance et de grâce que son animal fétiche. Mais le corsaire n'avait que faire des apparences. Il avait voyagé dans bien des contrées, dans l'Orient sauvage, dans l'Inde dominée par des princes et des sultans fastueux et il savait que les panthères, si elles gardaient leurs instincts dévastateurs, pouvaient être apprivoisées et lécher les mains de leurs maîtres. Et Arthur avait une seule certitude : il suffisait de patience, d'un peu de gentillesse alternée à de la sévérité et à de la force de volonté pour y parvenir. Il n'en manquait pas même si la conquête n'allait pas être simple. Personne, même l'une des plus réputées vipères de Versailles – elle disputait ce titre avec de nombreuses jeunes femmes, c'était un sport reconnu dans le château – ne pouvait dissimuler trop longtemps ses faiblesses. A travers elle, Arthur espérait détruire le nom même de « Gallerande », le traîner dans la boue et enfin faire reconnaître que ceux qui le portaient n'avaient nul droit à siéger dans l'Olympe du royaume comme tous deux avaient choisi d'appeler la cour. Il avait craint de trouver en Anne une malheureuse colombe à laquelle il n'aurait pu faire le moindre mal. Au contraire, tout en elle faisait appel à la duplicité et au mépris, tout ce qu'il détestait, lui le corsaire habitué aux paroles franches et sans équivoque des marins contraints de vivre dans un même espace (et fortement influencés par le rhum). Il voulait la voir détruite et allait se faire un plaisir de tenter d'y parvenir. Comme Arthur l'avait prévu, elle ne se laissa pas le moins du monde démonter par ses insinuations sur la fête donnée par Paris de Longueville. Au moins eut-il la satisfaction de constater son air dégoûté presque outré face à ses « mauvaises manières ». Hélas, aucun des amis de Roberval n'aurait voulu la lui présenter s'il leur avait demandé.
- Oh pardonnez-moi, je ne vous avais pas reconnu, répliqua-t-elle d'un ton hautain et ironique – se considérait-elle donc à ce point mieux que lui ? –, vous êtes cet homme qui a lui-même jeté un voile de honte sur les personnes de basse naissance, montrant à ce que vous appelez l’Olympe du royaume que les barons ne savent pas se tenir en société. Avez-vous présenté vos excuses au prince de Neufchâtel ?
Le corsaire lui adressa un sourire, signe qu'il avait parfaitement compris l'attaque et ne put s'empêcher de penser en lui-même qu'il était étrange d'être insulté par une simple marquise quand une Aliénor de Wittelsbach acceptait seulement de lui parler. De fait, il n'avait pas envoyé de mots au prince, comptant sur une prochaine rencontre pour lui présenter ses excuses. Mais il n'était même pas certain que Paris de Longueville eut su qui il était vraiment. Surtout quand on voyait la foule hétéroclite de ses invités.
- Ne vous inquiétez donc pas pour mes relations avec le prince de Neuchâtel, madame, dit-il en agitant la main comme s'il s'agissait d'une question secondaire – ou qui du moins, ne la concernait pas, pensez-vous donc qu'il soit plus acceptable de la part d'un duc de proférer des insultes et de se battre que de la part d'un baron ? N'est-ce pas à eux de montrer l'exemple par leur comportement irréprochable ? Enfin... Apparemment, on peut tout leur pardonner à eux, même leur ivrognerie.

Mais ce n'était pas pour parler de Morgan de Richmond, qui lui gâchait déjà assez l'existence comme cela, qu'Arthur avait pris en chasse le traîneau d'Anne de Gallerande qui roulait tranquillement à ses côtés, à la vitesse de la marche du cheval qui le tirait. Il attaqua donc immédiatement sur le sujet qui l'intéressait. Se prétendre ami du détestable marquis de Gallerande ne lui ressemblait pas mais c'était là le plan qu'il avait échafaudé pour piéger l'araignée qui était son épouse – une veuve noire mais cela Arthur se refusait à le croire. Pendant tout son petit discours, il épia les réactions de son interlocutrice, espérant il ne savait quoi, peut-être un sursaut, quelque chose qui montrerait qu'elle n'était pas cette créature faite de glace qu'elle montrait à tous. Qu'est-ce qui la touchait, qu'est-ce qui la faisait pleurer ? Était-elle seulement capable de verser des larmes cette vipère au cœur froid ? Elle ne répondit pas immédiatement, comme si elle se cherchait une contenance mais pas un instant, elle ne baissa le regard de son interlocuteur qui chercha une lueur dans ces yeux bleus, en vain. Tout en elle n'était que marbre et il se sentit presque déçu, comme s'il n'était là que pour chercher à l'animer mais que les dieux ne l'avaient pas autant favorisé que Pygmalion.
- En effet, nous avions quelques soucis, avança-t-elle avec un soupir, en baissant le regard sur la chose qui se trouvait être son chien, je ne voulais pas évoquer ce sujet parce que ça n’a aucune importance. Je veux dire, maintenant, mon époux n’est plus, et je veux que son âme repose en paix.
Était-elle sincère ? Arthur n'eut pas le temps de se poser plus de question car elle enchaîna très rapidement en levant les yeux vers lui :
- Il est vrai qu’il paraissait inquiet quelques temps avant son décès, il était sur le qui-vive, prêtant l’oreille au moindre bruit. Il me cachait quelque chose, c’est certain. Je ne sais ce qui est vraiment arrivé. Tout ce que je sais, c’est que sa mort est survenue après qu’il eut mangé les fruits avariés servis par la cuisinière. Peut-être agissait-elle pour quelqu’un, je ne sais pas.
Elle paraissait soudainement fort prompte à donner des détails à un être qu'elle méprisait. Son attitude ne fut pas sans amuser Arthur à qui elle rappelait sa propre façon d'agir quand la jeune Maryse d'Armentières lui posait des questions sur Haydée de Lopburi. Malgré tout, il fronça les sourcils et ce fut peut-être ce qui poussa la jeune femme à ajouter précipitamment :
- Pardonnez-moi mais ce sujet m’attriste. Je ne porte plus officiellement le deuil, mais le décès de mon époux me suit toujours. Je me montre forte mais il est des moments où je ne parviens plus à supporter le poids de ces événements. Si vous pouviez éviter de remuer le couteau dans la plaie, je vous en serais reconnaissante.
Cette fois-ci et pour la première fois depuis leur début de conversation, la marquise parut se défaire de sa méfiance pour se laisser aller à un peu de tristesse. Sa voix s'était faite plus faible, moins assurée et son regard qu'elle avait préféré détourner s'était presque empli de larmes. Le corsaire en fut presque saisi et loin d'en être touché, la détesta encore plus, détesta toutes ces larmes que personne ne devrait jamais verser pour un être aussi méprisable que le marquis de Gallerande, détesta cette peine qui montrait que son épouse avait tenu à lui – alors qu'il laissait mourir des femmes et des enfants sans défense qui comptaient sur lui et qui avaient des proches qui les aimaient. Arthur était bien loin de se rendre compte qu'il venait d'être joué par les talents d'actrice d'Anne. Tragique quiproquo ! Par ce petit jeu qui devait, selon elle, la tirer d'affaire, elle venait de se condamner à ne jamais voir disparaître Arthur de son chemin – ou plutôt de son ombre.

- Pauvre de vous, dit-il d'un ton qui n'allait guère avec les mots employés, presque ironique, mourir en laissant une aussi jolie veuve sans qu'elle puisse se défendre face aux rustres dont mon genre... C'est vraiment triste, il n'y a pas de justice. Et je ne crois pas un seul instant qu'il ait été victime d'une simple négligence, ça ne peut pas être une vulgaire indigestion de melons ou la consommation de fruits avariés !... Il s'en serait aperçu avant tout !
Roberval s'interrompit quelques instants afin de laisser à Anne le temps de reprendre une contenance. Il observa son visage pâle puis se détourna, comme pour respecter son chagrin. Au loin, sur le grand canal, des silhouettes patinaient et parmi eux, Arthur reconnut le petit Grand Condé qui faisait des arabesques et des pirouettes avec dextérité, signe de sa longue pratique. Le début de de la procession des dames de la favorite atteignait déjà le bas des jardins et Amy n'était plus qu'un point dans le lointain. Arthur craignit qu'Anne prit l'excuse de devoir la rejoindre aussi continua-t-il avec un plus de précipitation :
- Mais ne croyez-vous pas que son âme ne peut être en paix tant que celui – ou celle – qui a souhaité sa mort ne soit dûment châtié ? Je comprends votre douleur mais le repos ne me viendra que lorsque le nom de celui qui a commandité son meurtre sera traîné dans la boue et connu de tous, que cette personne ne sera plus jamais reçue chez des gens de qualité. N'êtes-vous pas d'accord avec moi ? N'avez-vous pas envie de connaître la vérité ? On doit payer de son crime.
Non, le baron n'avait pas pour habitude de renoncer quand il avait entrepris quelque chose. Il suffisait de prendre en exemple certains pirates qui n'étaient plus là pour le regretter – ou alors seulement au bout d'une corde. Certes, c'était là pour Arthur une toute nouvelle manière de naviguer, sur des eaux qu'il ne connaissait pas et devant un adversaire qu'il n'avait pas l'habitude de fréquenter et qui pratiquait les coups bas. Elle ne l'effrayait pas davantage qu'un pirate – peut-être aurait-il dû davantage se méfier.
Dans le traîneau, le chien enfin réchauffé émergea vaguement des fourrures dans lesquelles il s'était enfoncé – on distingua à peine la tête blanche de la chose en question et poussa un jappement en direction d'Arthur qu'il avait visiblement adopté. Étant donné que le corsaire était son sauveur, ce n'était que justice après tout. Celui-ci se pencha légèrement en avant pour caresser le crâne de l'animal, ce qui lui permit de se rapprocher davantage d'Anne. Il se réjouit en secret de la mine dégoûtée de celle-ci.
- Je vais déjà m'intéresser à qui profite le crime, qui a récupéré son argent, son titre ou ses terres. Quelque chose me dit qu'il n'y a pas tant de suspects car le feu marquis avait beaucoup d'amis. La solution doit être évidente, sous nos yeux mêmes, n'est-ce pas ? Vous savez, dans les navires, quand on attrape des criminels, on les pend sans procès, c'est plus court. Mais là, j'ai envie de faire les choses bien. Je veux que le criminel me sente rôder auprès de lui, sente mon souffle sur sa nuque quand je le suivrais avant qu'il ne soit déchu de tout ce qui faisait sa vie et son bonheur.
Il éprouvait presque un certain plaisir à la sentir aussi proche car il lui faisait désormais face et jamais leurs visages n'avaient été aussi proches, jamais il n'avait distingué ces quelques rides autour de ses yeux qu'il espérait inquiets. Après quelques secondes ainsi, il se redressa et s'écarta du traîneau, à temps sans doute avant que le cheval ne reparte d'un bon pas sans lui écraser les pieds. Il venait de se découvrir une motivation supplémentaire : au-delà même de se venger du nom des Gallerande, de se venger post mortem (la haine était parfois aveuglante), il voulait voir cet air supérieur s'effacer du visage de cette femme, il voulait la voir souffrir et voir ployer sa tête orgueilleuse. Presque pour la rendre enfin humaine.
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MessageSujet: Re: Un homme qui veut en tuer un autre ne le menace pas, et quand il le fait, c’est qu’il ne veut pas le tuer   Un homme qui veut en tuer un autre ne le menace pas, et quand il le fait, c’est qu’il ne veut pas le tuer Icon_minitime05.10.13 18:46

La neige craquait sous les pas du promeneur qui accompagnait, bien malgré elle, la marquise de Gallerande. Alors qu'elle avait pris plaisir à filer à toute allure le long du Grand canal dans son traineau effrayant, elle devait maintenant suivre le rythme des pas de son interlocuteur. Ce n'était pas une conversation anodine qu'ils avaient, non, ils ne parlaient pas du temps ou de la prochaine réception à laquelle ils participeraient. Et si Anne souhaitait fuir, elle savait que toute fuite serait interprétée comme une capitulation. Or, Anne ne capitulait jamais.

Elle détestait cet homme. Elle détestait sa carrure, qui faisait de lui un homme bien trop impressionnant. Elle détestait son regard sombre derrière lequel se cachaient peut-être des malheurs et des regrets, elle détestait son manque de raffinement, son absence de politesse et de courtoisie qui faisaient de lui un homme de province, et non un homme de cour. Leur première rencontre n'avait été que fortuite : ni l'un ni l'autre n'avaient cherché à se parler ou à se revoir. Et voilà que maintenant, le marin la poursuivait jusque dans les jardins du palais, par des voies enneigées, pour lui parler du marquis de Gallerande. La courtisane avait depuis quelques temps cessé de jouer à la veuve éplorée. Ses proches n'osaient plus lui parler de son feu mari, effrayés à l'idée qu'elle ne perdit à nouveau sa joie de vivre. Cela faisait des années que la marquise portait un masque, oubliant parfois qui elle était vraiment, mais porter le masque de la douleur au quotidien était difficile. Elle détestait le baron de Roberval parce qu'il l'obligeait à porter de nouveau ce masque qu'elle s'était plu à abandonner peu à peu, au fil du temps. Cet homme maniait l'art de la subtilité (bien qu'Anne refusât de l'avouer) d'une telle manière qu'il était parfaitement clair sans énoncer les choses. Aussi, lorsqu'il évoqua le duc de Richmond sans prononcer son nom, Anne eut un rictus à peine caché. L'Anglais n'avait rien à envier à ce baron qui, décidément, ne faisait que rabaisser un homme aux manières courtoises et élégantes (du moins aux yeux de la marquise). C'était la preuve que la jalousie animait le baron, au point de le faire poursuivre une marquise tout à fait innocente, pour la simple raison qu'elle avait succombé au charme du duc de Richmond.

La marquise de Gallerande avait cru que son petit jeu de veuve éplorée aurait fait partir Arthur de Roberval. Mais ses fausses larmes n'eurent qu'une conséquence : énerver plus encore le corsaire et lui donner envie de la détruire. Mais comment Anne aurait-elle pu deviner que son adversaire n'était pas un ami du marquis, mais au contraire, quelqu'un qui avait des raisons de se venger de lui ? Comment aurait-elle pu se douter que pour se débarrasser de cet indésirable, il aurait mieux fallu lui dire la vérité, lui dire qu'elle avait empoisonné son époux ? Ce quiproquo allait lui attirer des problèmes qu'elle ne soupçonnait pas. Sans le savoir, ces deux êtres s'accordaient sur une chose : le marquis de Gallerande ne valait pas la peine que l'on pleure sur son triste sort. Pourtant, aucun des deux ne semblait deviner ce fait capital.

Le baron de Roberval sembla ne pas prendre en considération les plaintes de la veuve qui ne souhaitait plus parler de son défunt mari. Alors qu'elle lui demandait de ne plus évoquer la mort du marquis, le baron parut prendre plaisir à poursuivre sur sa lancée :

“Pauvre de vous, mourir en laissant une aussi jolie veuve sans qu'elle puisse se défendre face aux rustres dont mon genre... C'est vraiment triste, il n'y a pas de justice. Et je ne crois pas un seul instant qu'il ait été victime d'une simple négligence, ça ne peut pas être une vulgaire indigestion de melons ou la consommation de fruits avariés !... Il s'en serait aperçu avant tout !

Ces paroles ne firent qu'accentuer la peur de la marquise. Le baron savait-il quelque chose ? La seule personne qui savait qu'Anne avait menti sur cette histoire de fruits avariés était la cuisinière, une vulgaire domestique que personne ne pouvait croire sur parole. Anne détourna la tête et regarda au loin pour cacher ses sentiments, faisant croire qu'elle voulait cacher ses larmes. Mais ces larmes n'existaient pas car le coeur d'Anne était devenu dur comme de la glace au fil des épreuves que la vie lui avait imposées, une glace qui ne fondait pas, contrairement à la neige qui donnait une impression de pureté aux jardins du palais de Versailles. Anne aperçut alors la favorite qui s'éloignait de plus en plus, et se demanda s'il ne fallait pas mieux la rejoindre. S'enfuir serait certes un signe de faiblesse, mais partir pouvait se révéler plus intelligent que d'offrir une parole malheureuse à l'esprit alerte du marin. Celui-ci sembla deviner l'intention de la marquise car il reprit précipitamment :

Mais ne croyez-vous pas que son âme ne peut être en paix tant que celui – ou celle – qui a souhaité sa mort ne soit dûment châtié ? Je comprends votre douleur mais le repos ne me viendra que lorsque le nom de celui qui a commandité son meurtre sera traîné dans la boue et connu de tous, que cette personne ne sera plus jamais reçue chez des gens de qualité. N'êtes-vous pas d'accord avec moi ? N'avez-vous pas envie de connaître la vérité ? On doit payer de son crime.

Tout cela devenait bien trop dangereux ! Anne se demandait s'il était sincère et souhaitait vraiment l'aider à retrouver le coupable, ou bien s'il savait qu'elle avait empoisonné le marquis et donc voulait la mener en bateau. Aux yeux de la marquise, la solution la plus simple serait d'éliminer le corsaire en lui donnant à boire un breuvage mortel mais, malheureusement, elle n'avait pas de poison sous la main. Néanmoins, cette solution n'était pas à écarter, Roberval se montrait bien trop curieux et cela paraissait suspect. En attendant, il fallait rester dans la peau de la veuve éplorée priant Dieu de garder l'âme du feu marquis en paix. Elle essuya une larme imaginaire sur sa joue et planta ses yeux brillants dans le regard du corsaire :

Monsieur, votre implication dans cette affaire me touche profondément, mais il me semble qu'il faut savoir tourner la page. Le temps a su sécher mes larmes, même si mon coeur reste meurtri par cette dure épreuve. Je me suis vengée de cette cuisinière, parce qu'elle avait pris la vie de mon mari. Mais la vengeance n'apporte qu'une joie temporaire. J'ai fait mon deuil même si chaque jour en me réveillant je me dis que je vais aller saluer le marquis. Si je semble avoir repris goût en la vie, notamment lorsque je suis avec la favorite, c'est que je porte un masque pour ne pas ennuyer mes proches à force de larmes et de lamentations. Je prends sur moi, mais je fais en sorte d'être d'une compagnie agréable. Je vous prierai donc, Monsieur de Roberval, de ne pas nuire à ce travail que je fais sur moi-même en me rappelant chaque jour des souvenirs difficiles et m'exhortant à croire que le coupable court toujours dans la nature. Certes, la cuisinière qui l'a tué vit toujours, mais elle vit avec le poids de ses remords, et la chrétienne que je suis pense qu'il doit être dur de vivre avec le poids de cette erreur mortelle sur les épaules.

Anne soupira intérieurement. Le baron regretterait de l'obliger à tenir un discours pareil ! On croirait entendre la duchesse d'Alençon parler ! Une vraie pieuse ! Il fallait espérer qu'il ne doutât pas de ses paroles et que ce discours digne d'un sermon du père Jean le pousse à la laisser tranquille.  La marquise savait mentir avec talent mais il n'était pas certain qu'elle parvienne à tenir de tels discours chaque fois que le baron viendrait lui parler du marquis de Gallerande.

Thibautien montra le bout de son museau et jappa en direction d'Arthur. Alors que celui-ci s'abaissa et caressa le chien, approchant sa main bien trop près de la marquise, Anne se demanda si son changement d'attitude avait été convaincant. Passer d'un ton de vipère à un discours de chrétien n'était pas chose aisée et pouvait paraître suspect. Malheureusement, toute bonne comédienne qu'elle était, l'empoisonneuse ne put s'empêcher d'arborer un air dégouté en observant la main du corsaire se poser sur la tête du chien. Mais comment pouvait-elle rester agréable face à cet homme qui ne s'éloignait pas et restait bien trop proche d'elle ? Lorsqu'il prit la parole, elle put sentir son souffle chaud et cette proximité ne la dégoutait que davantage. Son visage si près du sien, cela allait à l'encontre des règles de bonne conduite que chaque courtisan se devait de respecter en société.  

Je vais déjà m'intéresser à qui profite le crime, qui a récupéré son argent, son titre ou ses terres. Quelque chose me dit qu'il n'y a pas tant de suspects car le feu marquis avait beaucoup d'amis. La solution doit être évidente, sous nos yeux mêmes, n'est-ce pas ? Vous savez, dans les navires, quand on attrape des criminels, on les pend sans procès, c'est plus court. Mais là, j'ai envie de faire les choses bien. Je veux que le criminel me sente rôder auprès de lui, sente mon souffle sur sa nuque quand je le suivrais avant qu'il ne soit déchu de tout ce qui faisait sa vie et son bonheur.

Elle était pendue à chacun de ses mots, à chacune de ses expressions, tentant de déceler toutes les subtilités qui se cachaient derrière ses paroles. N'avait-il donc pas écouté ce qu'elle lui avait dit deux minutes auparavant ? Il ne prenait aucunement en considération ce qu'elle lui avait fait comprendre. Cela signifiait-il qu'il n'avait pas cru un traître mot de son discours ? Savait-il qu'elle mentait ? Pour la première fois depuis qu'elle avait empoisonné le marquis, Anne eut peur, de cette peur qui vous donne mal au ventre, qui vous prend à l'estomac et va jusqu'à accélérer les battements de votre coeur. Car lorsqu'il parlait du criminel qui devait sentir son souffle sur sa nuque, ne parlait-il pas d'elle qui, à ce moment précis, était si proche de lui qu'elle ne parvenait pas à soutenir son regard ? Souhaitait-il sa perte au point de la tuer ?

Instinctivement, comme pour occuper ses mains qu'elle voulait serrer autour du cou du corsaire pour le faire taire et sauver sa tranquillité, elle voulut caresser Thibautien mais oublia que le corsaire avait toujours sa main posée sur le minuscule crâne de l'animal. Lorsqu'elle posa par mégarde sa main sur celle du corsaire, son sang ne fit qu'un tour. Elle sursauta et leva la main, prête à se défendre si le baron osait la toucher. Mais celui-ci ne fit qu'observer le visage de la marquise qui, effrayée, avait laisser tomber tout masque. Elle n'affichait plus son air supérieur ni son air affligé. Elle était inquiète et cette peur ne faisait qu'accroître sa haine pour cet adversaire qui semblait être à la hauteur. Persuadée qu'il la savait criminelle, elle ne doutait pas du fait qu'il la poursuivrait et lui rendrait la vie insupportable. Il se redressa et Anne fut soulagée de ne plus sentir le regard scrutateur du baron sur son visage. Il fallait le faire partir avant qu'elle ne s'effondre et n'ait une parole malheureuse. Alors, comme un joueur qui pose ses cartes sur la table en signe de capitulation, elle répondit, ne sentant même pas les chevaux reprendre le pas.

Alors, j'espère que ce criminel a les nerfs bien accrochés. Je ne doute pas que vous lui serez un adversaire redoutable.

Elle s'inclinait face à lui, et l'avouait à demi-mot. Mais ce n'était que partie remise. Elle ne répliquait pas, dans le but d'endormir la méfiance du corsaire. Mais il était sûr et certain qu'elle devrait se débarrasser de lui, et au plus vite.

Mais faîtes-moi une faveur. Je veux être au courant de vos recherches et de vos intentions. Et pour ne pas éveiller les soupçons de cet éventuel criminel qui rôderait autour de nous, nous devrons nous voir à l’abri des regards et oreilles indiscrètes.” Anne avait repris de sa superbe, bien que toujours effrayée par les paroles du corsaire. “Mais ne croyez-pas que je sollicite votre présence par gaieté de coeur. Nous n'avons pas les mêmes valeurs, mais ayant bien compris que je ne peux vous empêcher d'enquêter sur la mort du marquis, je préfère avoir un oeil sur vos entreprises. Il ne faudrait pas que votre impulsivité me fasse tomber en même temps que vous.

S'incliner lorsqu'il le fallait, Anne l'acceptait. Mais capituler, jamais. Elle voulait tenir les rênes dans ce qui devenait une lutte des ego. Alors que le baron marchait à côté d'elle, elle réfléchissait déjà au poison qu'elle verserait dans sa tasse de thé lors de sa prochaine visite. Peut-être l'un de ceux testés avec Marie-Louise.
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