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 [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment

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MessageSujet: [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment   [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Icon_minitime31.10.12 16:21

[Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Tumblr_m7isvt2N171ranhnao1_500
« Les passions sont les vents qui enflent les voiles du navire ;
elles le submergent quelquefois, mais sans elles il ne pourrait voguer. »

Es-tu sûre mon enfant que tu ne veux pas que l'on t'accompagne jusqu'au port ?
Non père, j'ai toujours détesté les au revoir et saluer sur le pont, je préfère vous faire mes adieux ici.


Andréa salua son père qui la prit dans ses bras en la serrant fort. Nous étions en novembre, Andréa n'avait cessé de repousser son départ mais il fallait bien repartir, officiellement en France et officieusement sur son bateau. Il n'était jamais bon de laisser un navire sans capitaine, cela pouvait être dangereux. Et avant que la Nouvelle-France ne soit paralysée par les gelées et qu'il y fasse trop froid, elle préféra quitter la demeure de son père, saluant tous ceux avec qui elle avait passé tout ce temps dans son autre vie. Parmi tout ce monde qui lui disait adieu, il y avait Silvestre. Ce beau jeune homme rencontré courant septembre ne quittait plus l'esprit de la jeune femme de vingt deux ans et, outre son père, c'était la personne qui lui manquerait le plus, elle prit sa main entre les siennes et lui fit un charmant sourire, ma foi un peu triste.

Ce fut un grand plaisir de vous rencontrer, au plaisir de vous revoir, Silvestre.

Puis serrant une dernière fois son père, elle monta dans le carrosse sensé l'emmener au port. Mais au moment où elle quittait la propriété familiale, la vie de la jeune femme changeait et ce ne fut pas le port de Montréal qu'elle devait rejoindre mais celui de Tadoussac où elle devait changer de vêtements et prendre un petit bateau qui l'emmènerait jusqu'au sien. Défaisant son corset en cours de chemin, Andréa prenait ses aises et se préparait déjà à changer de vie. Non pas que celle-ci lui convenait pas mais il manquait cette dose d'aventure, c'était presque comme une drogue, elle en avait besoin, c'était vital ! Le chemin parut interminable mais elle y arriva à la nuit tombée, paya grassement le cocher qui la laissa presque d'une maison sans charme où la jeune femme effectuait ses transformations. Ses malles de demoiselle de Bellevue furent mises dans un coin, elle quitta sa robe pour dormir au chaud, sachant qu'elle n'en remettrait pas de la sorte avant quelques mois. Demain à l'aube, elle reprendrait ses habits de pirate, moins distingués mais beaucoup plus pratique.

Ses hommes furent bien heureux de la revoir bien que beaucoup devaient se demander ce qu'elle faisait sur la terre ferme vu qu'elle n'en disait mot à personne, c'était sa vie et il était hors de question qu'un des pirates viennent interférer dans sa vie, ils ne connaissaient que Stradivarius, c'était parfait comme cela. Et pour avoir plus chaud, l'Athéna mit cap sur le Sud, vers les mers caribéennes où il faisait bien meilleur et où on pouvait tomber la fourrure.

La vie reprenait de son quotidien, s'arrêtant une fois à Tortuga saluer les connaissances avant de repartir traquer sérieusement un bateau à dépouiller de ses richesses pour mieux se les approprier, mais il n'y avait pas grand chose en ce moment, les bateaux hésitaient à venir en ces lieux, connaissant bien les dangers quand on est navires marchands. Pourtant, après quelques jours d'errance, l'un d'eux fit son apparition au loin : navire marchand français d'après les drapeaux. Excellent, les français avaient toujours de belles choses dans leurs cales. Andréa vissa bien son tricorne sur sa chevelure et ordonna de foncer tel un aigle sur sa proie. Le navire pirate n'était pas bien grand mais suffisamment équipé pour s'en prendre à ce genre d'équipement sans s'inquiéter le moins du monde.

L'abordage fut fait dans les règles, après quelques coups de canon pour l'immobiliser et les hommes passèrent des planches pour relier les deux bateaux. C'était le moment du combat et du pillage. L'avantage des marchands est qu'ils capitulaient vite, trop peureux de risquer leurs vies pour quelques babioles. Celui ci contenait quelques vivres, des fourrures et quelques beaux trésors qui furent transposés dans les cales de l'Athéna alors que quelques courageux marins furent tués pour avoir voulu faire un peu de zèle. La pirate s'était un peu battue mais avait surtout assuré l' « échange » de biens avant de retourner dans d'ordonner de repartir. Gibbs lui avait annoncé qu'ils avaient fait un prisonnier, un homme l'air noble qui s'était battu et semblait avoir de la valeur, mais que pour l'heure il était inconscient après avoir été assommé. Andréa acquiesça, s'en moquant un peu et retourna dans sa cabine pour se reposer.

Environ deux heures plus tard, son second revint la voir, assurant que le prisonnier était réveillé et exigeait de parler au capitaine. Stradivarius poussa un long soupir d'ennui et se leva de son lit, remit son tricorne avant de suivre Smitty. Dans une cale, elle entendait un bruit de voix étouffée, sûrement le prisonnier qui n'avait pas l'habitude d'être enchaîné de la sorte. La pirate fit son entrée, l'air méprisante comme elle arborait souvent sur les mers, habillée avec une chemise d'homme et un pantalon d'homme bouffant d'un marron délavé. Elle n'avait rien d'élégante pour une femme mais elle n'était pas là pour plaire mais pour se faire respecter. Mais lorsqu'elle posa ses yeux sur celui qui était désormais une rançon potentielle, elle perdit de sa superbe. Et l'homme face à elle ne semblait pas dans un meilleur état de surprise.

Smitty, laisse nous.
Oui capitaine.


L'homme laissa donc sa chef en compagnie du garçon. Pourquoi entre tous les bateaux et toutes les mers, il avait fallu que son prisonnier soit … Silvestre ? Elle se sentait tout d'un coup terriblement mal à l'aise et rougit, ce qui lui arrivait bien rarement. Elle voulut parler mais ne dit rien durant quelques très longues secondes, peut être même des minutes avant de dire tout bas.

Je suis désolée …

C'était bien les seuls mots qu'elle semblait capable de dire en cet instant ...


Dernière édition par Andréa de Bellevue le 15.11.12 18:12, édité 1 fois
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Silvestre de Lévis

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Volé par une jolie pirate
Côté Lit: Ca dépend de vous
Discours royal:



    Miaou ☀
    Mais oui! Mais oui!
    J'ai bien vu un Gros Minet!!


Âge : 27 ans
Titre : Vicomte de Vauvert, Seigneur de La Voulte et Beauchastel, Commandant du Soleil Royal (marine royale)
Missives : 232
Date d'inscription : 28/02/2012


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MessageSujet: Re: [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment   [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Icon_minitime09.11.12 2:56

Silvestre respira l’air de la mer à plein poumons. Quelques jours déjà qu’ils étaient partis de Québec, et le jeune homme n’arrivait pas à s’en passer. Il aimait être à terre, courir la forêt du nouveau monde, savoir où aller, se retrouver, aller à la chasse avec les indiens, il était parfaitement dans son élément dans ce genre de situation, cela ne lui posait aucun problème. Mais il était marin, et une fois à bord d’un des bâtiments de sa majesté, il se sentait, passez lui l’expression, comme un poisson dans l’eau. Même lorsque l’océan se déchainait, cela ne lui posait aucun problème. Il ne faisait pas parti de ces hommes qui se mettaient à vomir leurs tripes par-dessus bord, ou pire, dans l’entre pont, où les odeurs stagnaient. Il préférait d’ailleurs être de quart à ce genre de moment, c’était le meilleur moment pour se rappeler de la puissance de la nature, et de l’océan. A quel point les hommes comme lui étaient fragiles et qu’ils ne pouvaient rien faire contre les éléments déchainés, pauvres hommes, pauvres mortels qu’ils étaient. Ce n’était pas sans lui rappeler ses lectures d’adolescents, et notamment les mythes antiques comme celui d’Ulysse tentant de regagner Ithaque. Sauf qu’il n’avait nullement l’intention de regagner la France, lui préférant le Nouveau Monde sans la moindre hésitation, où tout était sauvage, où tout était vrai, du moins à partir du moment où on quittait ces villes que l’on tentait par trop de faire ressembler aux villes Européennes.

Hélas pour lui et son esprit aventureux, la mer était désespérément calme, et ceux depuis le début de leur traversée. Mais cela semblait au goût du capitaine du navire marchand à bord duquel Silvestre et un groupe d’une quinzaine de soldats avaient embarqués, pour le protéger. Ils se rendaient en Louisiane, à la Nouvelle Orléans, le bateau était chargé de fourrures, et allait faire l’échange contre des barils de rhum et d’épices. Récemment, les armateurs s’étaient plains de la recrudescence des attaques de pirates, ce qui avait forcé les gouverneurs des différentes colonies à mettre des soldats à leurs bords, mais cela n’avait pas encore prouvé une quelconque utilité. Silvestre s’en moquait pas mal, au moins, cela lui faisait voir du pays et ce n’était pas plus mal. Il aimait beaucoup la Louisiane, même s’il ne s’y serait pas vu y vivre. Mais la chaleur du climat, la richesse des couleurs et la culture où se mixaient de plus en plus celle des français, et celle des noirs amenés d’Afrique… C’était toujours intéressant de s’y rendre, même s’il n’était jamais fâché de rentrer à Québec. Il y laissait toujours une partie de lui. Mais cette fois, il l’avait quitté avec joie et c’était bien la première fois. Il avait besoin de se changer les idées. Sa rencontre, même brève, avec la fille du gouverneur, l’avait totalement déconcentré sur sa vie là-bas et sur sa tache. Il n’aurait plus manqué que Tala s’en rende compte, la pauvre… Le seul à avoir noté son changement de comportement était son frère de sang, Shawinigan, le Micmac. A lui, il ne pouvait rien cacher. Il aurait d’ailleurs dut être là ce soir, mais le capitaine du bateau, un homme qui semblait aussi lâche qu’incompétent, n’avait pas eut confiance en un indien et ne l’avait pas voulut à son bord. Pour éviter un scandale, Silvestre avait dut lui demander de ne pas venir sur ordre du gouverneur…

Il ne restait que deux jours de mer. Même s’il n’était là que pour protéger le bateau, Silvestre, en tant que Lieutenant de marine, connaissait assez la mer, les courants et spécialement ceux-là, pour s’en rendre compte. Il avait hâte d’arriver, pour se débarrasser de ce capitaine gluant qui ne cessait de lui faire la conversation, et dont le jeune vicomte n’avait pas grand-chose à faire. D’ailleurs, en parlant de son titre, lui qui préférait qu’on l’appella « lieutenant », il était au contraire en train de se faire appeler en permanence par son titre, chose qu’il préférait oublier ici. En Nouvelle France, il était le lieutenant de Lévis, pas le Vicomte de Vauvert… Mais il fallait croire que l’homme avait besoin d’appuis dans de grandes familles, ce dont hélas notre jeune aventurier faisait parti. Croyant qu’être obséquieux l’aiderait, le capitaine ne le lâchait pas d’une semelle ou presque. Il était pourtant trop tôt, ou trop tard, pour que l’homme ne l’embête. A la proue du bateau, appuyé contre un cordage, scrutant l’eau, les pensées du jeune homme étaient ailleurs. Un jeune mousse, du nom de Maxence, qui ne devait pas avoir plus de douze ou treize ans, se tenait à son côté. Silvestre l’avait prit en affection, et c’était réciproque. L’enfant lui avait conté son histoire. Il avait le choix entre être mousse ou commis de ferme, enfer sur mer ou enfer sur terre. Il avait choisit le premier, pour voir du pays, faire fortune. A vrai dire depuis quatre ans qu’il avait quitté la France par le port de Rochefort, il n’avait pas remit les pieds en France.

-Mousse, tu as du travail ! lui lança le second.

Prit en faute, le petit déguerpit à toutes jambes. Silvestre sourit, en entendant le second s’approcher. Il était bien plus compétant que son capitaine, mais hélas, se devait de respecter les règles de la hiérarchie sous peine de passer pour un mutin. Heureusement, il trouvait presque toujours un moyen de rattraper les erreurs du maître de bord.

-Un problème, vicomte ?

Silvestre scruta une fois de plus les flots. Tout lui semblait trop calme, trop parfait. Ce calme étrange avant la tempête, qu’on apprend à connaître quand on vie en mer, ce calme où une tension est sous jacente… Une tempête, ou une bataille…

-Je ne sais pas, quelque chose ne va pas…

Le jeune homme aurait bien ordonné le brand le bas, mais il n’était pas de quart et ne pouvait donc rien faire sans les ordres du capitaine. De plus, même s’il l’avait été, il n’était pas ici en tant que marin, mais en tant que militaire. Il coula un regard au second, un de ces regards qui en disait long. Celui-ci soupira.

-Un jour, notre capitaine nous fera tuer…

Celui-ci devait surement se terrer dans sa cabine, attendant l’arrivée pour parader comme à son habitude. Il prendrait surement Silvestre par le bras, pour lui raconter une anecdote imaginaire sur un de ces actes de bravoures sortant de son esprit embué. Mais s’ils sonnaient le brand le bas pour rien, les deux officiers savaient très bien qu’ils auraient des problèmes.

-Ouais… il nous fera tous tuer…

Le second eut à peine le temps de finir sa phrase qu’un premier coup de canon se fit entendre. Les deux hommes, par reflexe, se baissèrent. Mais le boulet tomba dans l’eau. Il était évident qu’il ne cherchait pas à les couler, s’intéressant à la cargaison. Un pirate, bien sûr.

-Brand le bas de combat !!!! Hurla Silvestre.

L’ordre fut rapidement reléguer par tout les officiers de bord, et tous, jusqu’au petit Maxence, étaient armés et prêts à se battre. S’ils en voulaient à la cargaison, c’était leur chance, ils seraient obligés de se battre. Hélas, le marchand était mal armé, seulement quatre canons, et peu d’armes en dehors de celles de la quinzaine de soldats. Une fois de plus Silvestre maudit l’imprudence de l’homme qui régnait en maître à bord, qui venait d’ailleurs de sortir de sa cabine, en criant, et courant dans tous les sens.

-Préparez-vous à repousser l’abordage, ordonna le second, son sabre à la main.

Silvestre l’avait imité, prêt à se battre jusqu’au bout. Les pirates abordèrent, et le jeune homme se bâtit comme il le pouvait, tentant de les repousser au maximum. Pourtant, un cri d’enfant le fit s’arrêter dans son élan :

-Lieutenant !

Le regard de Maxence fixait un point juste derrière lui. Silvestre n’eut pourtant pas le temps de se retourner, un violent coup le frappa à la tête, et il perdit instantanément connaissance.

***

Il revint à lui sans doute plusieurs heures plus tard, sa tête étant extrêmement douloureuse. Il faisait sombre autour de lui, une chandelle éclairant le tout mais de très loin, et il entendait le clapotis de l’eau. Ses mains, dans les fers, étaient attachées au dessus de sa tête, le forçant à rester accroupit. Pas de doute, il était à fond de cale. Par reflexe, il essaya de se dégager, mais ne réussi qu’à se meurtrir les poignets.

-Morbleu ! jura-t-il, agacé.

-Eh bien, mon gaillard, on se réveille, lui lança l’homme en faction devant la porte.

Le jeune lieutenant releva la tête, ce qui le fit grimacer sous le coup de la douleur. On ne l’avait pas raté. Pourtant, il se demandait pourquoi il pouvait bien être encore en vie…

-J’exige de voir votre capitaine.

-Bah voui mon grand, et tu voudrais pas une tasse de thé avec ça aussi ? Ricana l’autre.

-Pourparler ! répondit froidement le vicomte, décidant de ne pas se laisser faire. Il connaissait assez les codes de la piraterie.

L’autre fit mine d’hésiter, avant de s’éloigner. Silvestre ne sut pas combien de temps il partit, mais quand il revint, il n’était pas seul. Le capitaine… Le jeune homme leva les yeux pour voir à quel genre d’homme il avait à faire, mais ce fut une double surprise. Non seulement, ce n’était pas un homme, mais en plus, il la connaissait. Il en fut tellement surprit qu’il ne put même pas l’exprimer, sa voix s’étant coupée instantanément.

-Gibbs, laisse nous.

-Oui capitaine.


Décidément, ce coup sur la tête avait dut lui faire plus de mal qu’il croyait. Andréa, ici ? C’était impossible, elle était reparti pour la France des mois plus tôt ! L’homme tourna les talons, les laissant seuls. Le silence se fit, un long, très long moment. Silvestre n’arrivait pas à réagir. Et finalement, ce fut elle qui le brisa :

-Je suis désolée …

Cela rendit au moins sa voix à Silvestre. Il aurait espéré qu’elle fut en fait une prisonnière, mais vu sa tenue, il ne fallait guère y songer.

-Vous… finit-il par réussir à dire, ahurit. Ici ? Mais enfin comment ? Quand ? Je…

Il n’était pas de la plus grande éloquence, mais à fond de cale, ses vêtements dans un état déplorable, et sans doute du sang un peu partout, il n’en avait pas grand-chose à faire.

-Expliquez-vous, madame, je vous prie !

Il avait bien conscience qu’il n’était pas en position d’exiger quoi que ce soit, mais ce n’était pas faute d’essayer.

______________________

Happiness is the key
And may be, just may be, you can go farther than you ever thought. That is the biggest journey you'll do, and your life will never, ever be the same again.


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[Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Empty
MessageSujet: Re: [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment   [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Icon_minitime15.11.12 19:00

Quand on mène une double-vie, il faut toujours savoir séparer les deux et avoir des alibis en béton à tout instant. L'avantage de dire qu'on vit de l'autre côté de l'océan, c'est que les informations circulent tellement lentement que l'on ne se prend plus la tête à envoyer des dizaines de courriers. Andréa était officiellement repartie en France, tout le monde lui faisait suffisamment confiance pour ne pas imaginer le contraire. Pour aller où, se diraient-ils ? Tout le monde connaissait le caractère un peu tête brûlée de la demoiselle, garçon manqué sur les bords et drôlement débrouillarde pour une fille de bonne famille, mais de là à penser qu'elle avait abandonné la pension de jeunes filles pour vivre sur les mers comme pirate, cela paraissait insensé ! Même pour Andréa, si cela n'avait pas été son histoire, jamais elle n'aurait pu croire qu'une pareille histoire puisse exister ! Et pourtant, à partir du moment où la jeune femme remettait les pieds sur l'Athéna, sa vraie vie pouvait reprendre comme si de rien n'était ! Ici, Andréa pouvait être elle-même, se moquer des conventions, se battre comme une homme, avoir un langage de charretier sans qu'on la reprenne et se coucher à pas d'heure sans qu'on lui rappelle qu'il fallait qu'elle dorme. Sur ce bateau, elle était libre, c'était elle le chef et faisait ce qu'elle voulait.

Et comme les pirates ne sont rien sans un peu d'action, lorsque le bateau marchand fut à l'horizon, c'était l'occasion de montrer ce qu'elle avait dans le ventre. Cela un peu plus de trois ans que l'on savait que Stradivarius était une femme pirate, mais il y avait encore des idiots qui ne pensaient que c'était qu'une légende. Andréa eut souvent l'occasion d'entendre parler de son double pirate, et de subir en silence les moqueries sur les femmes en mer et surtout que la plupart ne croyaient pas qu'il s'agissait d'une femme, que c'était des histoires de soûlards qui n'avaient pas les yeux en face des trous. Bandes de misogynes ! Mais elle devait se taire, du moins ne pas trop s'impliquer dans ce genre de conversation, même s'il était difficile d'imaginer qu'une femme pirate puisse être une noble et s'accorder des sortes de pauses de quelques semaines pour mener une vie sur la terre ferme. Souvent, les pirates n'ont aucune attache, leur vie est sur la mer et rien ne les retient sur les continents. Andréa avait encore sa famille, avait même mis au monde un petit garçon qu'elle ne voyait que rarement et dont elle n'avait aucun sens maternel de toute façon. Mais aujourd'hui, sur son bateau face au navire marchand face à elle, tout ça était bien loin, Andréa avait sorti son pistolet dans une main et son épée dans l'autre pour pouvoir se battre, sentant monter en elle l'adrénaline d'avant la bataille avant d'hurler de faire feu et d'aller se battre sur le pont ennemi. Enfin se battre, la plupart des marchands ne savaient pas tenir une épée, il était facile de les assommer ou de s'en débarrasser en deux coups. Mais le plus important était de ramener la cargaison sur son propre bateau, il y aurait de quoi faire avec tout cela ! Pour se faire un peu d'or, elle irait négocier ces vivres à Tortuga, histoire que ses matelots aient quelques pièces pour leur travail bien fait. Levant son chapeau, elle salua le bateau pillé avec un large sourire.

N'oubliez pas mon nom : Stradivarius !

Et une nouvelle victoire de pirate ! Andréa ne pouvait que se satisfaire de son retour sur les mers et après un tel pillage, elle put volontiers se reposer en cabine avant d'aller voir le prisonnier. Elle profitait de ses instants sans savoir que sa vie allait basculer en moins de temps qu'il faut pour dire ouf. Allongée dans son lit, elle prenait un peu de repos jusqu'à ce que Smitty vienne la chercher.

Le prisonnier a réclamé le pourparlers.
S'il était un pirate, j'appliquerais le code des pirates, ce n'est pas le cas et le code est plus un guide général qu'un véritable règlement. Mais bon, allons y …


Lorsqu'elle vit Silvestre, Andréa regretta de ne pas s'être écoutée, elle aurait du refuser sa demander de pourparlers, le laisser dans la cale et l'emmener à Tortuga. Pas une fois, elle n'aurait vu Silvestre et inversement, cela aurait évité une situation gênante de ce genre. Elle, le capitaine si fier en général, n'ayant pas peur de grand chose, elle se sentait comme une petite fille ayant fait une grosse bêtise et devait s'en repentir. Jamais la jeune femme aurait imaginé que quelqu'un la prenne sur le fait de la sorte, cela semblait tellement improbable. Mais que faisait-il sur un bateau de marchandises ? C'était un vilain coup du sort.

Vous…Ici ? Mais enfin comment ? Quand ? Je…

Silvestre ne semblait pas comprendre non plus ce que faisait la fille du gouverneur sur ce bateau, pourquoi Smitty l'avait appelé capitaine, pourquoi elle n'était pas repartie en France. Andréa avait baissé les yeux sur le sol, le fond de cale semblait extrêmement passionnant en cet instant et elle ne savait pas quoi dire. La vérité n'était pas évidente à avouer …

Expliquez-vous, madame, je vous prie !

Elle avait relevé la tête et tentait de prendre une bonne inspiration pour se donner du courage, ce qui était loin d'être évident. Comment pourrait-il croire une telle histoire ? Pourtant il était temps de tout avouer. Andréa fit un pas en avant et se lança.

Il sera bien difficile de me croire mais ce bateau est …
Capitaine Stradivarius ! Les espagnols sont en vue ! Que fait on ?


Son second venait de la couper dans son élan et eut le droit à un regard des plus noirs. Surtout que la question était bien stupide, elle n'avait pas que ça à faire à encore affronter le bouclé espagnol.

A ton avis ? On s'en éloigne, je n'ai pas envie de me battre avec l'autre idiot aujourd'hui.
Bien capitaine Stradivarius.


Il repartit et on put entendre hurler les ordres pour changer de cap et ainsi éviter les espagnols. Le bateau tangua légèrement mais Andréa avait le bon pied marin, cela ne la fit pas bouger d'un pouce. Puis elle tourna le regard vers Silvestre qui attendait encore. Elle ôta son tricorne et fit un petit sourire gêné.

Comme vous avez pu l'entendre. Je suis capitaine de ce bateau. Stradivarius … c'est moi. Que dire de plus ? Elle ne s'était jamais préparée à raconter son histoire. Mon père me croit en pension mais la vérité est que je suis sur les mers depuis mes seize ans … Je m'étais déguisée en garçon pour entrer comme mousse puis j'ai croisé la route des pirates. J'ai caché mon sexe pendant des années avant de le revendiquer. Quand je quitte la Nouvelle France, ce n'est pas pour retourner sur le continent mais sur mon bateau. Voici les grandes lignes de l'histoire.

Il n'y avait pas grand chose à dire de plus. On pouvait la traiter de folle, d'inconsciente, d'irresponsable mais elle était certaine que si elle avait un homme, personne ne lui aurait rien dit, ou alors à peine une tape sur les doigts. Cela la révoltait et qu'importe ce que pouvait en penser Silvestre, elle ne changerait pas. Il fallait juste espérer qu'il ne dise rien à son père. Elle sortit quelques instants de la cale, laissant le prisonnier seul et revint avec les clés pour le détacher de ses liens. Dépouillé de ses armes, il ne pourrait pas faire grand chose et les pirates défendraient leur capitaine … du moins elle l'espérait.

Je ne pense pas que vous soyez stupide pour essayer de vous enfuir d'un bateau d'hommes sans scrupules armés jusqu'aux dents. Venez.

Elle remonta avec lui jusque sur le pont et l'emmena dans sa cabine. Là ils pourraient discuter plus tranquillement et être au calme.
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Silvestre de Lévis

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[Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Empty
MessageSujet: Re: [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment   [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Icon_minitime27.11.12 4:05

Disons les choses comme elles étaient, Silvestre n’avait pas vraiment prévu de se retrouver dans cette situation. La plupart du temps, ces trajets étaient sans intérêt, sans accrocs, et ce n’était vraiment qu’à cause de la pression des armateurs qui étaient un rien paniqué par la recrudescence des attaques de ces derniers mois qu’il avait été affecté sur ce bâtiment. Et encore aurait-il certainement trouvé un moyen de se défiler s’il n’avait pas eus véritablement besoin de se changer les idées après le départ de la jolie Andréa. Cette jeune femme lui avait fait une drôle d’impression. Elle n’était pas le genre de femme qu’on croise habituellement dans ces contrés. Elle avait un air un peu plus fort que ce qu’elle laissait paraitre, et une curiosité ouverte, pas comme ces pimbêches arrivées du Vieux Monde qui poussaient un hurlement dès qu’elles voyaient quelque chose qu’elles ne connaissaient pas auparavant. Le jeune lieutenant de marine avait toujours trouvé ce genre de comportement totalement ridicule, mais enfin, il n’était pas là pour penser, du moins pas dans ce genre de situation qui ne requérait aucun savoir faire militaire précis. Pour ce qui était de ce bateau par contre… Si ça avait été lui, il aurait fait mettre tout le monde en brand le bas de combat dès le lever du jour, mais c’était à croire que le capitaine était persuadé que lui et sa maigre troupe suffiraient à éloigner les navires ennemis, comme par enchantement. C’était un peu trop présumer de leur importance hélas.

Et ils avaient été attaqués. Ca avait été rapide, et ils s’étaient défendus comme des lions. Mais pourtant cela n’avait pas suffit, et tout ce dont Silvestre se rappelait, c’était des coups de feus, des coups de canons, un cri, son nom, et puis plus rien. Le vide, le noir total. Seulement ce mal de crâne lancinant qui ne le quittait pas. Pas de doute, on l’avait assommé. Pourquoi, plutôt que de le tuer ? Il n’en avait pas la moindre idée. Un officier de la marine déjà mort, c’était un de plus qui ne risquait pas de les arrêter la prochaine fois. Autant qu’il avait put s’en rendre compte dans l’obscurité, il était seul, totalement seul, dans cette cale sombre et puante. Cela voulait-il dire qu’il était le seul survivant ? Il pensa un instant à ses hommes, au second, et au petit mousse, Maxence… Etaient-ils tous morts, leurs corps dérivant au gré des flots pour ceux qui n’avaient pas été coincés dans l’épave, si les pirates avaient décidés de coulé le bateau. Beaucoup de questions que finalement son geôlier avait interrompues en venant voir si son prisonnier était réveillé. Et à la demande du prisonnier, il avait même eut l’amabilité d’aller chercher le capitaine. Pour le coup la surprise avait été de taille. Silvestre se demandait si le coup sur la tête n’avait pas été plus important que ce qu’il avait pensé. Il s’attendait à beaucoup de choses sur un bâtiment pirate, mais surement pas à ça.

Andréa… Et elle semblait au moins autant surprise que lui, à voir la tête qu’elle avait faite. Pourtant Silvestre l’était un peu plus – et il y avait de quoi – car avant qu’il ait eut le temps de rassembler ses esprits, elle avait congédié son homme de main, et le silence avait finit par être brisé, pourtant, cela ne satisfaisait pas le jeune homme. Au contraire, il sentait une sourde colère d’incompréhension monter en lui. Et pourtant, Silvestre n’était pas de ceux qui se mettaient en colère facilement, loin s’en fallait, très loin même. Mais pourquoi elle ? Pourquoi ici ? Ce n’était pas en se comportant comme une petite fille en faute que le jeune homme allait oublier ce qu’il venait de voir et d’entendre, ça aurait été trop beau pour elle de s’en tirer à si bon compte ! Le ton s’était fait cassant, bien qu’il ne soit en position d’exiger quoi que ce soit. Et, oh surprise ! Elle semblait prête à lui expliquer ses raisons… enfin presque.

-Il sera bien difficile de me croire mais ce bateau est …
-Capitaine Stradivarius ! Les espagnols sont en vue ! Que fait-on ?


Silvestre foudroya l’homme du regard, avant de le ramener à la jeune femme, toujours peu amène, mais ne disant rien. Quand aux Espagnols, il ne se faisait pas trop d’illusion. Si jamais ils arrivaient à leur hauteur, ils les couleraient tout simplement, et Silvestre mourrait avec le reste de l’équipage, alors non il n’était pas spécialement ravi d’entendre cette nouvelle.

-A ton avis ? On s'en éloigne, je n'ai pas envie de me battre avec l'autre idiot aujourd'hui.
-Bien capitaine Stradivarius.


Aussitôt dit, aussitôt fait, le geôlier improvisé déguerpi au plus vite. Silvestre se demanda un instant qui pouvait être « l’autre idiot » en question. S’il avait su que c’était Felipe, il aurait sans doute révisé son jugement et prié tous les saints du paradis pour que le bâtiment espagnol s’approche et signaler sa présence à son ami, d’une manière ou d’une autre. Et puis il oublia le navire hispanique quand elle reprit la parole :

-Comme vous avez pu l'entendre. Je suis capitaine de ce bateau. Stradivarius … c'est moi. Que dire de plus ? Mon père me croit en pension mais la vérité est que je suis sur les mers depuis mes seize ans … Je m'étais déguisée en garçon pour entrer comme mousse puis j'ai croisé la route des pirates. J'ai caché mon sexe pendant des années avant de le revendiquer. Quand je quitte la Nouvelle France, ce n'est pas pour retourner sur le continent mais sur mon bateau. Voici les grandes lignes de l'histoire.

Silvestre se demanda un instant comment elle avait pu ne pas se faire violer par la totalité de l’équipage. C’était triste à dire, mais il avait vu ce dont des hommes qui passaient des mois en mer sans approcher de femmes étaient capables. Le pire dans cette histoire était que le gouverneur ne se doutait de rien. Comment cela était-il possible ? La responsable de la pension ne lui écrivait donc jamais ? Il n’y comprenait rien, mais n’avait pas l’intention de donner l’impression de la plaindre ou quoi que ce soit de ce genre en posant une question, il était pour le moment un peu trop révolté de toute façon.

Elle s’eclipsa un instant, laissant Silvestre à ses réflexions, avant de revenir avec la clef pour le libérer, le sermonnant un peu :

- Je ne pense pas que vous soyez stupide pour essayer de vous enfuir d'un bateau d'hommes sans scrupules armés jusqu'aux dents. Venez.

Silvestre se massa les poignets et s’étira avant de se lever, et lui emboita le pas en lâchant froidement :

-Ca, vous ne le savez pas. Votre père a l’habitude de dire que je ne suis pas un modèle à suivre.

Il avait fait exprès de ramener le sujet du Gouverneur sur le tapis pour voir sa réaction. S’il avait encore eut la chance d’avoir son père il n’aurait surement pas fais l’idiot à l’image de la jeune femme. Mais son histoire à lui était bien différente et il n’avait pas l’intention de changer de sujet. Une fois dans sa cabine, Silvestre resta debout, aussi raide et insensible qu’il pouvait l’être, lui qui était pourtant le modèle même du gai luron et de la sociabilité. Enfin il osa ces deux questions qui lui brûlaient les lèvres :

-Sont-ils tous morts ? Et pourquoi suis-je ici ?

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MessageSujet: Re: [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment   [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Icon_minitime16.12.12 17:36

Il y avait de grandes différences entre Andréa et Stradivarius, mais un point commun était flagrant : l'incapacité à gérer sa vie privée en compagnie de la gente masculine. Être fille de gouverneur ou capitaine de navire ne faisait pas de la jeune femme une professionnelle en ce domaine et il était bien difficile de trouver les mots pour avoir une incongrue vérité à un jeune homme avec qui elle avait passé du bon temps (en tout bien tout honneur ! ), lui qui croyait côtoyer une simple fille de bonne famille et le voilà face à une pirate. Une histoire difficile à croire, un poil insensée qu'une demoiselle décide d'un jour de prendre le large et au fil des voyages – et des mensonges – elle tomba dans un bateau pirate où elle fut promue au rend de second avant de devenir le nouveau capitaine, encore sous les traits d'un homme avant de balancer la vérité à son équipage où il fallut mater certains, en tuer d'autres pour montrer son autorité. Aujourd'hui, personne ne contestait officiellement son autorité, ce qui n'empêchait pas Andréa de fermer sa porte à double-tour la nuit et de dormir avec une arme sous son oreiller, juste au cas ou. Mais elle passa ce détail, le reste était déjà assez improbable comme cela ! Pauvre Silvestre, il ne devait pas s'attendre à cela, lui qui voguait sur un navire marchant, le voici prisonnier par des pirates dont le chef était celle qu'il connaissait comme la ville du gouverneur ! Il y avait de quoi devenir fou avec pareille histoire !

Andréa s'était toujours dit qu'un jour, elle voudrait raconter ses mémoires, ceux de Stradivarius et les publier. Sans forcément mentionner sa famille pour rester anonyme, ou les publier à sa mort pour tout révéler au monde, qu'une femme pirate avait sévi dans les mers des Caraïbes, que la rumeur que Stradivarius était une femme n'était pas infondée, qu'elle avait régné sur ces mers avec force et courage, que ni les français, ni les anglais, ni les portugais et encore moins les espagnols n'avaient pu l'avoir ! Elle avait écrit quelques bouts déjà, mais ce ne serait pas pour tout de suite …

Mais il était hors de question de le garder à la cale comme un vulgaire prisonnier, attaché de la sorte. Ni qu'ils prolongent leur discussion ici, sait on jamais si ses hommes avaient l'idée d'écouter à la porte ou de venir les interrompre encore une fois. Puis la cabine de la pirate était un peu plus confortable, ils y seraient mieux installer et sans doute pourraient-ils parler plus tranquillement. Mais Andréa n'était pas tranquille, loin de là. Et si Lévis décidait de tout révéler à son père, aux autorités françaises ou qui que ce soit qui pourrait l'arrêter ? Elle se voyait mal le menacer, il était de ces gentils garçons avec le caractère bien trempé et il le prouvait une fois libéré :

Ça, vous ne le savez pas. Votre père a l’habitude de dire que je ne suis pas un modèle à suivre.
Mon père dit cela de moi aussi. Nous sommes quittes.
rétorqua la jeune femme.

Ce n'était pas en parlant de son père qu'il lui ferait perdre tous ses moyens. Parfois, la pirate se demandait ce que penserait son père si un jour il apprenait la réelle existence de sa fille qu'il connaissait tête brûlée. Sans doute serait il déçu mais depuis petite, Andréa aspirait à autre chose qu'à une vie tranquille. Non, elle rêvait d'aventures, de parcourir le monde, de voir des choses que même certains hommes ne verront jamais ! Et elle avait réussi, cela faisait parti de sa fierté mais la jeune femme n'avait pas grand monde à qui s'en flatter, encore moins à sa famille qui ne comprendrait rien. Ses frères lui diraient que c'était une vie d'homme et ses sœurs que ce n'était une vie pour les dames. Les deux, par deux phrases différentes, revenaient à la même chose : on ne faisait pas cela quand on était une femme. Foutaises, elle aimerait leur prouver que le beau sexe pouvait commander, dominer les autres hommes, s'en faire respecter et vivre d'aventures. Elle essaierait de convaincre Silvestre pour commencer car lui savait sa double-vie à présent.

Mais dans la cabine, il avait d'autres questions que de parler de la vie d'Andréa :

Sont-ils tous morts ? Et pourquoi suis-je ici ?
Mes hommes ont trouvé que vous pourriez être quelqu'un d'important et qu'une rançon serait bienvenue dans ce cas là.
répondit-elle avec naturel en se tournant vers lui. Et non, tout le monde n'est pas mort. Ce n'est pas parce que nous sommes des pirates que nous sommes des monstres sans cœur. Je refuse des morts gratuitement de la sorte. Si certains de votre navire sont tombés, c'est qu'ils se sont battus. Rassurez vous, le bateau était rempli d'assez de couards pour survivre. Ils ont juste été délesté de leur garnison.

Elle s'assit sur la table de bois, non loin d'une arme. Après tout, on ne connaissait pas les gestes pour survivre de certains. Et même si Silvestre s'en prenait à elle, ses hommes avaient la gâchette facile, mais elle ferait tout pour ne pas arriver à cette extrémité là. Elle l'observait de longues secondes en balançant ses jambes machinalement. C'est vrai qu'elle n'avait pas le physique d'un capitaine pirate, loin de là même, cela l'amusait encore plus de susciter la curiosité d'autrui.

Je suis certaine que vous avez une foule de questions à mon sujet. Je comprends que mon cas est assez étonnant, je suis d'accord avec vous mais j'ai une question pour vous avant de répondre aux vôtres.

Elle sauta sur le sol, sans bouger de sa place, quittant juste la table et croisa les doigts d'un air sérieux en fixant Silvestre d'un air sérieux.

Puis-je vous faire confiance sur votre silence ?
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Silvestre de Lévis

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Volé par une jolie pirate
Côté Lit: Ca dépend de vous
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Titre : Vicomte de Vauvert, Seigneur de La Voulte et Beauchastel, Commandant du Soleil Royal (marine royale)
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MessageSujet: Re: [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment   [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Icon_minitime31.12.12 1:02

Silvestre n'était pourtant pas du genre à chercher les explications en temps normal. Après tout il était soldat et son rôle était d'obéir aux ordres, pas de chercher à les comprendre, bien que sa très haute naissance lui avait toujours valu un traitement spécial de la part de ses supérieurs qui ne cherchaient jamais à le mettre volontairement en danger. De toute façon, et ce depuis l'enfance, les problèmes, même quand on voulait les lui faire éviter, il les trouvait tout seul comme un grand garçon qu'il était désormais, même si le mot « responsabilité » n'était pas le meilleur pour le définir. Et pourtant, il s'en sortait assez bien la plupart du temps. Sauf cette fois... Il avait lamentablement échoué et il fallait bien reconnaître que pourtant, même si ce n'était pas sa faute, loin s'en fallait, il était prêt à prendre tout le blâme pour lui. Et le fait d'être encore en vie jouait aussi largement sur ses scrupules. Qu'est ce qui lui avait valut d'être encore en entier ? Sa bonne étoile ? Un coup du sort ? Son uniforme d'officier ? Ou tout simplement un acte délibéré ? Il ne le savait pas mais avait bien l'intention de trouver le fin mot de l'histoire. Il n'était pas un Lévis-Ventadour pour rien. Et encore, avant de découvrir le visage de sa charmante ravisseuse, il aurait put se demander si les pirates avaient la moindre idée de qui ils avaient kidnappés... Ils auraient été bien déçus les pauvres, s'ils avaient laissés échapper une proie qui aurait put leur faire avoir autant d'argent, si son frère n'avait pas tout perdu d'une manière ou d'une autre bien entendu.

Mais quand il avait vu Andréa, et sa surprise, il avait été certain que pour tout l'équipage de forban, il était simplement un officier de marine français, noble certes, mais dont il ne connaissaient pas le véritable potentiel monétaire. Mais le jeune homme était à mille lieux de penser à cela. Entre l'inquiétude pour l'équipage du navire qu'il escortait et la soudaine et très inattendue présence d'Andréa à bord du bateau – et à la place de capitaine, s'il vous plaît... il aurait presque cru rêver ! - il ne savait plus vraiment où donner de la tête. Tout allait de mal en pis. C'était à se demander si le coup sur la tête ne lui avait pas fait plus de mal qu'il ne le croyait. Il pensait presque halluciner. Mais il avait assez eut à faire avec les herbes hallucinogènes des indiens pour savoir que dans ce genre de situation, le seul sens à qui l'on pouvait faire confiance, c'était l'odorat. Et son nez sentait parfaitement que tout ceci, aussi impossible cela semblait-il, était la réalité. Il connaissait certaines personnes en Acadie qui auraient sûrement eut un choc à l'annonce de ce que le jeune officier venait de vivre. Une chose au moins le rassurait, Andréa semblait aussi mal à l'aise que lui, voir même plus. Tout n'était donc pas perdu, le contraire l'aurait vraiment désappointé. Il n'aurait plus manqué qu'elle sache pertinemment qu'il était à bord...

-Mon père dit cela de moi aussi. Nous sommes quittes, rétorqua Andréa.

Silvestre doutait sincèrement que son père puisse dire la même chose de la jeune femme que de son lieutenant, après tout, lui n'avait rien à cacher, et certainement pas un secret aussi important que celui de la jeune femme. Mais enfin... Elle n'avait rien à prouver à Silvestre, il savait bien de quoi une femme était capable, il avait vu certaines indiennes à l’œuvre, et contrairement à ce que certains ecclésiastiques pensaient, les Indiens étaient exactement pareils que les blancs. Mais cela n'empêchait pas qu'au vu de sa naissance, ce n'était pas un endroit pour Andréa. Les salons étaient tout aussi dangereux, Silvestre en savait quelque chose. Ils avaient finis dans la cabine de la jeune femme, et Silvestre n'avait pas attendu une seconde de plus pour demander ce qui se passait ici et pourquoi il était là.

-Mes hommes ont trouvé que vous pourriez être quelqu'un d'important et qu'une rançon serait bienvenue dans ce cas là. Et non, tout le monde n'est pas mort. Ce n'est pas parce que nous sommes des pirates que nous sommes des monstres sans cœur. Je refuse des morts gratuitement de la sorte. Si certains de votre navire sont tombés, c'est qu'ils se sont battus. Rassurez vous, le bateau était rempli d'assez de couards pour survivre. Ils ont juste été délesté de leur garnison.

Silvestre serra les dents. Il n'avait pas trop de doute. Les morts seraient ses hommes. La honte du retour serait difficile à supporter. Il avait repéré l'arme de la jeune femme, mais n'était pas assez bête pour se jeter dessus. C'était voué au suicide.

-Je suis certaine que vous avez une foule de questions à mon sujet. Je comprends que mon cas est assez étonnant, je suis d'accord avec vous mais j'ai une question pour vous avant de répondre aux vôtres.

Elle quitta le bureau sur lequel elle s'était assise et se retrouva assez proche du jeune homme :

-Puis-je vous faire confiance sur votre silence ?

Silvestre dut se raisonner, ce n'était pas le moment de jouer au joli cœur même si le naturel revenait au galop. Il resta obstinément figé là où il était, essayant de se concentrer.

-Vos hommes sauraient qu'ils ont capturé plus qu'un simple lieutenant, ils en seraient ravis. Le tout est de savoir ce que vous voulez faire, vous. Etes-vous prête à leur retirer ce petit extra des mains ? Et quand bien même vous voulez vous faire passer pour une pirate, c'est un monde sans règles. Que vous cherchiez à épargner des équipages est tout à votre honneur, mais un jour cela vous coûtera. Pas de quartier. Bien que je sois heureux que vous l'ayez fait, je serai fâché que votre clémence vous attire une balle entre vos deux jolis yeux. Quand à mon silence eh bien ! Le vicomte de Lévis garde toujours les secrets des dames. Tous ceux que vous pourrez me confier, jusqu'à comment vous êtes arrivée là...

Il ajouta même une courbette un rien caricatural à l'encontre de la jeune femme. Le fait d'apprendre que la plupart des hommes de l'équipage étaient en vie – bien qu'il se doutait déjà de qui était mort... - l'avait rassuré. Il espérait juste que le petit mousse Maxence n'avait pas voulu jouer au héros, il était bien trop jeune.

-Alors, qu'avez vous décidé de faire de moi, Capitaine?

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MessageSujet: Re: [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment   [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Icon_minitime14.01.13 17:38

Il y avait des situations qu'on aimerait éviter. Comme par exemple être une pirate et que ses hommes fassent prisonnier sans le savoir le garçon que la pirate trouver à son goût lorsqu'elle était la fille du gouverneur. Ça, ce n'était pas très bon ni très sain, pour l'un comme pour l'autre. C'était une situation de ce genre qu'Andréa redoutait, bien que sa famille n'aille jamais dans les Caraïbes, encore moins sur un bateau marchand. Mais Silvestre était dans la marine, il était évident qu'il prenait la mer. Mais pourquoi avec ce navire, précisément dans ce voyage ? Les coïncidences n'étaient pas toujours bonnes car il fallait maintenant s'en extirper avec grâce et sans fâcher l'autre. C'était assez mal parti vu la froideur de Silvestre. En même temps, à sa place, Andréa n'aurait pas apprécié être enlevée et découvrir que le chef pirate était une de ses connaissances ! Il y avait une impression de trahison et aussi d'avoir les fesses entre deux chaises, à ne pas savoir si on devait garder le secret ou non.

Cette question de savoir si Silvestre saurait se taire à propos de cette histoire était cruciale. La jolie pirate n'avait pas envie du tout de devoir se débarrasser de lui pour toujours, de lui faire vivre la planche ou lui coller une balle entre les deux yeux. Encore moins de le vendre comme esclave à Tortuga ! Pourtant, s'il s'obstinait à rester droit dans ses bottes et s'empressait de courir jusqu'à Québec pour tout raconter au gouverneur, il faudrait sévir. Pourtant Andréa n'avait pas mauvais fond pour une pirate. La violence gratuite ? Non, très peu pour elle, sauf sur les navires anglais et espagnols qu'elle détestait particulièrement et où il n'était pas permis de faire la charité. Cela pouvait vous paraître aberrant qu'un pirate ne soit pas sanguinaire ou d'une grande violence à l'égard de tous ses ennemis mais c'était un moyen supplémentaire pour Stradivarius de se démarquer du reste des pirates, ne faisant jamais rien comme tout le monde, et surtout pas le cliché de la méchante pirate sans cœur ! Mais serait-elle capable de se débarrasser du jeune homme avec elle, qui n'avait rien demandé ? C'était une question difficile mais si vraiment, il se montrait menaçant et prêt à tout révéler, Andréa n'aurait pas d'autre choix, il fallait qu'elle fasse passer sa vie à elle d'abord. Mais espérons qu'elle n'aura pas à aller jusque là …

Dans cette cabine de capitaine, Andréa ne le quittait pas des yeux, attendant une réponse avec impatience, en espérant qu'il ne tente rien. Après tout, il y avait une arme sur la table, qui dit qu'il ne voudrait pas se jeter dessus pour tenter de se défendre. Par précaution, la jeune femme s'appuya contre la table, la main non loin de l'arme, au cas ou. Juste un instinct de défense.

Vos hommes sauraient qu'ils ont capturé plus qu'un simple lieutenant, ils en seraient ravis. Le tout est de savoir ce que vous voulez faire, vous. Êtes vous prête à leur retirer ce petit extra des mains ?
Je saurais les détourner sur autre chose.
déclara t'elle simplement.
Et quand bien même vous voulez vous faire passer pour une pirate, c'est un monde sans règles. Que vous cherchiez à épargner des équipages est tout à votre honneur, mais un jour cela vous coûtera. Pas de quartier. Bien que je sois heureux que vous l'ayez fait, je serai fâché que votre clémence vous attire une balle entre vos deux jolis yeux. Quand à mon silence eh bien ! Le vicomte de Lévis garde toujours les secrets des dames. Tous ce que vous pourrez me confier, jusqu'à comment vous êtes arrivée là...

Elle le regarda faire sa courbette en plissant des yeux. Venait-il à moitié de l'insulter ? On pouvait le prendre comme tel … Mais la jeune femme retint principalement qu'il allait se taire. C'était déjà un grand pas en avant et Andréa fut intérieurement soulagée de ne pas avoir à jeter ce joli garçon au fond de l'océan ou autre méthode de mise à mort expéditive. Enfin, un petit sourire naquit sur son visage légèrement bruni.

Bien, je vois que vous êtes raisonnable. Un brin insultant mais raisonnable, cela vous pardonne le reste. Elle planta ses yeux clairs dans les siens. Je sais que cela n'est pas un jeu, je ne suis pas une débutante contrairement à ce que vous pouvez penser, je n'ai pas besoin de vos leçons de morale car ce serait plutôt à vous de trembler d'avoir une balle entre les deux yeux. Mais puisque vous avez l'air si charitable et aussi muet qu'une tombe sur des « secrets de dames » que vous avez l'air de si bien connaître, je ne peux qu'en être reconnaissante.

Oui elle se moquait un peu de lui mais après tout, elle était en position de force et ce n'était pas les attaques et piques d'un lieutenant, d'un prisonnier actuellement qui allait la faire flancher. Surtout qu'elle savait qu'elle pouvait avoir son silence. Il restait à savoir comment le faire quitter ce bateau vivant.

Alors, qu'avez vous décidé de faire de moi, Capitaine?
Pour commencer, vous laisser la vie sauve. C'est un bon début, non ?
Elle quitta la table pour s'avancer vers lui en réfléchissant, l'air pensive. Je ne peux pas vous laisser partir de la sorte, cela serait suspect pour mes hommes. Je ne peux pas vous aider à vous évader, je veux garder ma dignité …

Elle lui lança un regard malicieux, ayant trouvé son idée que Silvestre n'allait sans doute pas apprécié mais qu'importe :

Connaissez vous l'Île de la Tortue … lieutenant ? Comme beaucoup, de nom et avec tout le fantasme d'une ville de pirates et de misérables. Je vous offre la possibilité de vous y rendre. Ne vous en faites pas, j'ai pas la prétention de faire de vous mon prisonnier à m'attendre lors de mes voyages !

Elle rit et se dirigea vers la porte qu'elle ouvrit pour hurler à son second que l'Athéna mettait le cap sur Tortuga. Puis elle referma la porte et revint vers sont prisonnier temporaire, toujours l'air enjoué de son idée.

En fait, il s'agit de vous vendre. A sa tête, elle éclata de rire. Ne vous en faites pas, cela n'est que temporaire. J'irais voir un de mes amis et je lui expliquerais que vous êtes un ami en fuite ou quelque chose du genre et il vous aidera à retourner sur le continent. Bien sûr, j'espère que vous aurez moins cet air suffisant car ça ne passera pas. Puis elle le détailla de haut en bas. Ah oui et il faudra changer de vêtement pour partir. Et je vous prêterais de quoi survivre et payer un bateau pour rentrer … Oui vous avez entendu prêter, pas donner. Je ne voudrais pas blesser votre ego.

Elle était moqueuse et son sourire satisfait lui allait bien au teint. Pauvre Silvestre n'avait guère trop le choix de toute façon !
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Silvestre de Lévis

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MessageSujet: Re: [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment   [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Icon_minitime03.02.13 22:17

Silvestre n'avait jamais été contre une nouvelle aventure. Et une fois rassuré sur le sort de son équipage, et le fait qu'il ait dit ce qu'il avait sur le cœur, il se sentait d'humeur prête à affronter un peu tout. Humeur versatile, vous avez dit ? Si peu... A vrai dire, en tant que cadet de famille, son sort était certes plus enviable que celui de ses ancêtres, les anciens chevaliers qui étaient chassés du château familial pour courir l'aventure quand ils n'étaient pas placés dans des couvents pour servir Dieu, alors bien qu'il soit le seul fils de sa mère, il ne prêtait pas beaucoup attention à sa propre vie. Le danger ? Un ami proche. La mort ? Une connaissance, et bien qu'il ne soit pas prêt à l'approfondir, il se doutait bien que le jour où elle viendrait le chercher, il n'aurait d'autre choix que de s'y soumettre. Mais une petite voix lui disait que ce n'était pas encore pour aujourd'hui, alors autant prendre son temps. D'ailleurs, le fait qu'il soit désormais dans la cabine de se capitaine inattendu, plutôt que toujours à fond de cale, était un rien rassurant. Restait à savoir ce que la jeune femme avait prévu pour lui. Et il devait bien se l'admettre, une fois l'idée acceptée – après tout, une fois qu'il lui avait fait son cours de moral, il n'était ni son père, ni son frère, ni son époux – il devait bien avouer que la tenue qu'elle portait la rendait encore plus attirante que lors de leur première rencontre.

Mais le jeune homme chassa ces pensées de son esprit, ce n'était pas le moment de chercher à batifoler. La situation n'était pas du tout à son avantage, quoi qu'il en dise, et malgré les airs dégagés et confiants qu'il se donnait, et qu'il ressentait. Ce qui le rendait aussi efficace, et aussi horripilant et dangereux dans une bataille rangée, était sa totale inconscience du danger, voilà pourquoi il avait été envoyé au contact des indiens, seul, ou plutôt juste accompagné de quelques éclaireurs qui lui avaient vite appris comment traquer correctement et vivre comme un véritable indien. Sa mère en aurait eut des sueurs froides. La pauvre. Il était de toute façon bien meilleur pour tout ce qui touchait aux missions solitaires, ou avec peu d'hommes. Hélas, même si celle-ci entrait dans ses compétences, il fallait bien avouer qu'il avait échoué. Le jour où il reviendrait à son état major – s'il y revenait un jour – , il aurait beaucoup de comptes à rendre. Enfin, peut être pas, on serait content de le voir toujours en vie, on devait déjà le penser mort à bord du navire marchand. D'ici à ce qu'il arrive à retourner en Louisiane, puis au Canada... Il n'était pas au bout de ses peines, il s'en doutait bien. Ca ferait une aventure de plus à raconter, plus tard, pour faire se pâmer les dames. Non, il ne doutait pas de s'en sortir en vie. Silvestre ne doutait jamais de rien, ou très peu. Le privilège de la jeunesse, les années le changeraient.

Malgré l'extra que Silvestre promettait d'être pour les pirates, Andréa promettait de pouvoir les détourner de cet objectif, le jeune homme l'espérait. Une fois dit ce qu'il avait à lui dire, il lui assura son silence. Ce n'était après tout pas de son ressort. Et ce que le gouverneur de Bellevue ne savait pas ne pouvais pas lui faire de mal.

-Bien, je vois que vous êtes raisonnable. Un brin insultant mais raisonnable, cela vous pardonne le reste.

Insultant ? Elle n'avait rien vu encore...

-Je sais que cela n'est pas un jeu, je ne suis pas une débutante contrairement à ce que vous pouvez penser, je n'ai pas besoin de vos leçons de morale car ce serait plutôt à vous de trembler d'avoir une balle entre les deux yeux. Mais puisque vous avez l'air si charitable et aussi muet qu'une tombe sur des « secrets de dames » que vous avez l'air de si bien connaître, je ne peux qu'en être reconnaissante.

Il lui fit un de ces sourires dont il avait le secret, mais retint le clin d'oeil qui l'accompagnait habituellement. Il ne fallait pas trop présumer de sa chance.

-Pour commencer, vous laisser la vie sauve. C'est un bon début, non ? Je ne peux pas vous laisser partir de la sorte, cela serait suspect pour mes hommes. Je ne peux pas vous aider à vous évader, je veux garder ma dignité …

-Je ne voudrais sûrement pas vous mette dans une situation inconfortable, railla-t-il.

-Connaissez vous l'Île de la Tortue … lieutenant ? Je vous offre la possibilité de vous y rendre. Ne vous en faites pas, j'ai pas la prétention de faire de vous mon prisonnier à m'attendre lors de mes voyages !

Silvestre avait eut un froncement de sourcil au nom de l'île, qu'il savait très mal famée, mais décida de laisser la jeune femme parler en croisant les bras.

-Ce ne serait peut-être pas pour me déplaire, répondit-il le plus naturellement du monde.

L'avait-elle entendue en allant crier un changement de cap à ses hommes ? Impossible de le savoir, mais le jeune homme en profita pour admirer sa chute de rein renforcée par les voyages en mer. Puis elle revint vers lui :

-En fait, il s'agit de vous vendre. Ne vous en faites pas, cela n'est que temporaire. J'irais voir un de mes amis et je lui expliquerais que vous êtes un ami en fuite ou quelque chose du genre et il vous aidera à retourner sur le continent. Bien sûr, j'espère que vous aurez moins cet air suffisant car ça ne passera pas. Ah oui et il faudra changer de vêtement pour partir. Et je vous prêterais de quoi survivre et payer un bateau pour rentrer … Oui vous avez entendu prêter, pas donner. Je ne voudrais pas blesser votre ego.

-Disons que dans ces circonstances, je pense que mon silence paye largement les potentiels frais que vous pourriez investir en ma personne, n'êtes vous pas d'accord ?

Le jeune homme n'attendait pas de réponse. Son ego et son sens de l'honneur était parfaitement personnel. Il était difficile de le comprendre, de le cerner. Après tout, il n'y a rien de mieux que d'être une énigme aux yeux de tous. Hélas, le lieutenant de marine n'avait guère le choix que de s'incliner aux caprices de la jolie sirène qui était belle et bien en train de l’envoûter, maintenant sa colère passée.

-Eh bien madame, puisque vous avez décidé de rire à mes dépends, je ne peux que m'incliner à cette possibilité. Mais je ne suis pas certain de dire qu'elle me déplaise totalement.

Il s'avança vers elle, et prit sa main dans la sienne, avant de la porter à ses lèvres un instant, pour un baiser léger et brûlant à la fois, puis la relâcha.

-Je pense que votre père vous écrira lors de mon retour, il serait indécent que je le fasse moi-même, surtout que vous ne serez pas celle qui lira la lettre. Je suis à votre disposition, madame.

Tendant les bras en avant, comme un prisonnier qui attend qu'on l'enchaîne, Silvestre mimait le jeu à la perfection. Inquiet ? Peut être un peu, mais moins qu'à l'idée de se balancer au bout d'une corde en haut du mât.

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MessageSujet: Re: [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment   [Décembre 1662] La mer aide les rapprochements, mais rarement au bon moment Icon_minitime24.02.13 16:14

Je ne voudrais sûrement pas vous mette dans une situation inconfortable.

Cherchait-il à faire son malin, à l'impressionner ou était-il toujours ainsi en mer ? Andréa se posa la question alors que Silvestre semblait jouer les gros bras moqueurs, pas tout du tout effrayé d'être sur un navire pirate. Enfin ce n'était pas plus mal, la jeune femme avait en horreur les poules mouillées et ceux qui pleuraient leur mère, ne voulant pas mourir. Si Silvestre en faisait un peut trop avec sa force tranquille, Andréa préférait cela.

Il était temps de partir pour l'Île de la Tortue, là où tout homme (ou femme) avec une conscience ne mettrait jamais les pieds, de peur de se faire dépouiller ou ne pas en ressortir vivant. Andréa était chez elle, du moins Stradivarius l'était et personne n'oserait l'approcher trop près juste parce qu'elle était une femme. Le seul qui avait tenté avait eu le droit à une balle en pleine tête après avoir été repoussé violemment. Non, la jeune femme ne plaisantait jamais quand il s'agissait de se forger une réputation et imposer sa présence, peu importe son sexe et sa position. Là bas, elle était pirate, capitaine même, personne n'avait à la rabaisser juste à son sexe, elle ne supportait pas cela et personne ne devait y arriver. Mais elle s'y rendait avec plaisir, comme là où elle demandait à son équipage de changer de cap pour l'île, sans avoir entendu la phrase de Silvestre. Et ce n'était pas plus mal car l'Athéna n'était pas un lieu pour batifoler ou faire des propos grivois. D'ailleurs, la jeune femme expliqua son plan qui consistait à le vendre (du moins le faire croire) pour qu'il rejoindre le continent et qu'il retourne en Nouvelle-France sain et sauf. Mais le discours était légèrement moqueur, Andréa connaissait trop bien l'ego masculin …

Disons que dans ces circonstances, je pense que mon silence paye largement les potentiels frais que vous pourriez investir en ma personne, n'êtes vous pas d'accord ?
Tiens, un homme intelligent auquel je ne peux qu'acquiescer.
répondit elle avec moquerie et un sourire sur les lèvres.
Eh bien madame, puisque vous avez décidé de rire à mes dépends, je ne peux que m'incliner à cette possibilité. Mais je ne suis pas certain de dire qu'elle me déplaise totalement. Andréa leva les yeux au ciel en se laissant embrasser la main. Je pense que votre père vous écrira lors de mon retour, il serait indécent que je le fasse moi-même, surtout que vous ne serez pas celle qui lira la lettre. Je suis à votre disposition, madame.
Que cela est intéressant …
lâcha t'elle en détaillant son prisonnier de la tête aux pieds.

Mais point des chaînes, elle sortit son arme et le reconduit jusqu'à sa cellule, donnant des instructions strictes à son équipage sur la conduite à tenir avec le prisonnier, de lui apporter des vêtements pour qu'il n'ait plus son uniforme sale, cela n'était pas vendeur, et de le nourrir. Tout le monde voulut savoir qui il s'agissait, Stradivarius ne mentit pas sur le grade de Silvestre et l'on vit une point de déception mais heureusement, leur capitaine était certaine d'avoir un acheteur qui paierait cher pour une nouvelle main d’œuvre de cette qualité. Tout le monde semblait satisfait et le peu de mécontents eurent le droit à des coups de coude du reste de l'équipage. La fin du voyage put continuer, il n'y avait que deux jours de voyage. Au cas ou, Andréa venait rendre visite à son faux prisonnier pour voir comment il se portait et s'il était bien traîné.

Alors que le soleil se couchait à la fin du deuxième jour, le bateau accosta sur l'Île de la Tortue, l'équipage était ravi de retourner à terre pour boire et tripoter les filles de joie. Quant à Andréa, elle emmena Silvestre, vêtu simplement d'un pantalon et chemise, jusqu'à une maison, un peu à l'écart de l'agitation.

Ne dites rien, ne racontez pas votre vie et encore moins la mienne, si vous voulez repartir d'ici … vivant cela s'entend. expliqua la jeune femme avec un grand sourire alors que la porte s'ouvrit sur un homme métis d'une cinquantaine d'années. Hé Georges, je savais que je te trouverais, j'ai besoin de toi pour un service.

L'homme les fit entrer les deux jeunes gens et à peine installés, Andréa raconta son idée au vieil homme qui restait debout, hochant machinalement la tête. Alors elle l'embauchait pour ramener un ami en fuite sur le continent. Il jaugea Silvestre tout en tirant sur sa pipe.

Dis Stradivarius, depuis quand tu aides les autres ? Ah, ils sont fous ces pirates !
Je ne te demande pas ton avis, juste si tu peux. !
Évidemment ! Contre rétribution, cela va de soi.
Andréa jeta une bourse sur la table. Nous partons à l'aube avec ton ami. Le jeune homme va dormir sur la paillasse de mon fils. Tu peux t'en aller tranquille Stradivarius !

Georges quitta la pièce pour voir comment se portait la paillasse de son fils. Andréa se leva et donna une autre bourse, plus modeste, à Silvestre avec le sourire.

Je n'ai payé que le voyage jusqu'au continent, cela vous ramènera jusqu'à chez vous pour rassurer les vôtres. Elle le regarda avec un petit sourire. Je pense que nous pouvons dire que nous sommes quittes. Rentrez bien Silvestre.

Après avoir réajusté son tricorne sur la tête, Andréa laissa donc le jeune homme chez son ami. Passant la porte, elle retourna dans la petite maison qu'elle occupait pour trouver de quoi payer ses hommes. Il était insensé de puiser dans ses économies et mentir ainsi à son équipage, mais elle n'avait pas voulu que Silvestre meurt. Non, il était trop beau pour cela … et comme cela elle aurait l'occasion de le revoir la prochaine fois …

FIN
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