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 Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume]

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MessageSujet: Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume]   Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume] Icon_minitime06.09.12 21:35

- Madame la duchesse ? J'ai de nouveau déposé votre billet au serviteur du comte du Perche mais il m'a confié que son maître refusait de lire les lettres qu'il recevait. Selon vos recommandations, j'ai voulu rester jusqu'à obtenir une réponse du comte mais le valet a fini par me mettre à la porte en me disant que ce n'était pas la peine de revenir.

Recroquevillée sur elle-même, Gabrielle de Longueville fut brusquement tirée de ses réflexions par la voix d'un de ses coursiers qui s'était à peine annoncé. Il paraissait trembler en attendant la réprimande que ne manquerait pas de lui adresser la jeune femme pour avoir failli à sa mission mais cette dernière lui adressa à peine un regard. Sans un mot, elle déplia ses jambes pour se lever de son fauteuil et se dirigea à pas lents vers la fenêtre couverte de buée. Dehors, tombait une neige fine qui recouvrait la cour d'entrée de l'hôtel particulier des Longueville avant de fondre presque aussitôt. La glace renvoyait son reflet à Gabrielle, un reflet pâle, flou. Mais on distinguait fort bien le pli soucieux qui s'était formé sur son front et le pincement des lèvres qui indiquait son indécision. Elle n'avait pas pour habitude d'hésiter mais pourtant, depuis ce que lui avait rapporté Perrine quelques jours avant le nouvel an, toute sa force et sa volonté semblaient s'être comme envolées. Quand elle avait su que Guillaume avait été enlevé et torturé, son premier réflexe avait été de se rendre en courant jusqu'au Trianon pour demander les nouvelles que sa camériste n'avait pas. Mais on lui avait fermé la porte au nez en lui disant qu'il était inconscient et qu'il fallait laisser le médecin du roi se charger de son cas. Elle était retournée dans ses appartements, furieuse et l'esprit empli de pensées noires. Seules la fête du nouvel an et les rumeurs le disant sur la voie du rétablissement lui avaient changé les idées. Mais il n'avait pas été présent lors de la réception donnée par le roi, elle le savait, elle l'avait cherché des yeux toute la soirée. Était-il donc si mal en point, plus que ne le laissaient penser les ragots ? Gabrielle avait d'abord eu envie d'étrangler toutes ces femmes qui ricanaient derrière leurs éventails en échangeant des informations sur l'était du comte du Perche mais elle s'était contenue, consciente que c'était là la seule manière pour elle de se tenir au courant. Car il lui refusait toute réponse, la plupart de ses mots lui avait été retournés, quant aux autres, ils n'avaient jamais eu grâce aux yeux de Guillaume visiblement.

Dans sa robe d'intérieur dépouillée et blanche, elle se sentait terriblement fragile et abandonnée. Elle avait placé tous ses espoirs dans ce dernier envoi, elle le suppliait littéralement de la laisser le voir comme il le lui avait promis lors de sa dernière lettre qu'elle avait reçue en Saintonge. Mais tout cela s'était envolé. Ne voulait-il plus d'elle ? Avait-il compris qu'elle avait été mêlée à sa disgrâce et pire – cette pensée qui lui traversa l'esprit la dégoûta – qu'elle s'était rendue complice de son enlèvement puisqu'elle connaissait les ravisseurs ? Elle refusait de le croire. Sa savoir coupable aux yeux de Guillaume serait la nouvelle la plus terrible qu'elle pourrait apprendre. Non, sans doute soignait-il ses blessures à l'écart du monde. Et au lieu de la laisser l'approcher, l'aider comme elle le voulait, il la gardait éloignée comme le reste de sa petite cour d'écervelées. Gabrielle se mordit la lèvre inférieure et ferma les paupières quelques secondes. Que faire ? Soudoyer un valet pour simplement avoir des informations ? Mais une autre envie qui la taraudait depuis des semaines maintenant prit le dessus. C'était une folie mais elle ne put résister. L'angoisse la rongeait et elle ne pouvait plus rester une minute de plus à tourner en rond dans cet hôtel particulier. La jeune femme fit volte-face et commanda d'une voix peu assurée au coursier :

- Faites sortir le carrosse, je dois me rendre au plus vite au Trianon.
- Mais madame, protesta le garçon, étonné, vous n'y serez que peu de temps avant la nuit... !
- Et demandez à Perrine d'aller chercher mon manteau d'hiver.

Elle venait de faire un choix audacieux et qui ne serait peut-être pas payant mais elle avait le sentiment de devoir le tenter. Elle devait le voir, cela était devenu un besoin urgent, presque vital. Elle n'avait pas le temps de se rendre présentable aussi sortit-elle dans son vêtement d'intérieur, coiffée d'un simple chignon, à peine maquillée. Elle refusa la proposition de Perrine de l'accompagner et sauta dans le véhicule qui s'ébranla lentement au grand désespoir de la jeune femme qui garda les yeux fixés sur les bas-côtés tout le long de la route. Au dehors, les éléments continuaient à se déchaîner et la neige tombait de plus en plus drue. Le temps était à l'image de l'esprit troublé de Gabrielle. Il lui sembla que le voyage dura une éternité mais elle finit néanmoins par arriver en vue du Trianon. Dès qu'elle distingua le château, elle demanda l'arrêt du carrosse et en sortit telle une flèche pour terminer les derniers mètres en courant afin d'arriver au plus vite jusqu'aux appartements du comte du Perche. Le ciel gris et lourd avait dissuadé les promeneurs éventuels de sortir leur nez dehors et seuls peut-être quelques paires d'yeux étonnés purent distinguer une silhouette en blanc se précipiter vers l'entrée.

Arrivée devant la porte du comte du Perche, Gabrielle reprit son souffle et passa une main dans sa chevelure décoiffée avant de frapper quelques coups. Elle avait à peine conscience de ce qu'elle s'apprêtait à faire, elle qui avait été élevée dans un tel souci des convenances, elle désormais prête à détruire sa réputation uniquement pour n'avoir que serait-ce la vision de l'homme qui occupait toutes ses pensées. Pendant les longues minutes où seul le silence lui répondit, elle se crut perdue mais à son grand soulagement, le battant finit par s'ouvrir sur un domestique curieux mais peu aimable. Il parut surpris de faire face à une demoiselle dans un tel état, tremblant de froid et de peur malgré son long manteau d'où dépassait un seul jupon fin et la manière dont il ouvrit la bouche aurait pu paraître drôle à Gabrielle si elle n'était pas aussi bouleversée.

- Mon maître ne veut pas de visite, réussit-il à prononcer toutefois.
- Essayez seulement de m'arrêter, répliqua Gabrielle en se dressant de toute sa hauteur (ce qui n'était pas bien impressionnant en vérité) et en puisant dans tout l'orgueil dont elle était capable.

Sans prêter nulle attention aux cris d’orfraies du serviteur, la jeune femme le bouscula et se faufila dans les appartements de Guillaume, pénétrant tout d'abord dans un petit salon. Elle n'eut pas un regard pour apprécier les lieux et se dirigea d'un pas assuré vers ce qui paraissait être la chambre. Elle eut un instant d'hésitation au moment de pousser la porte mais elle n'avait pas fait cela pour rien. Il ne serait pas dit qu'une Longueville avait renoncé ! Comme un défi, tout en retenant sa respiration, elle ouvrit le battant qui grinça légèrement. Le fait d'être parvenue si facilement à son objectif la laissa déconcertée et les bras ballants, elle cligna des yeux pour s'habituer à l'obscurité de la pièce dont les rideaux étaient fermés. Elle mit un certain temps à se rendre compte que le lit était vide mais finit par distinguer une forme sombre assise sur un fauteuil. C'était lui. Dans l'obscurité, ses blessures n'étaient pas visibles mais la manière dont il se tenait témoignait que son corps devait être une entière souffrance. Seules ses prunelles qui brillaient indiquaient qu'il était bien en vie. Gabrielle fut si soulagée que la gêne qu'elle ressentait de s'être introduite dans le logement d'un homme dont elle ne portait pas le nom s'effaça. Oubliant qu'elle n'était qu'en simple déshabillé, elle laissa glisser son manteau au sol et accourut vers lui. De nombreuses mèches s'étaient échappées de sa coiffure et encadraient son visage fin et très pâle, plus rien en elle n'indiquait la femme de cour sophistiquée et soucieuse de son apparence. Cette journée-là, Gabrielle n'était plus rien qu'une femme amoureuse.

- Oh j'étais si inquiète, si inquiète, souffla-t-elle en tombant aux pieds de Guillaume et en lui saisissant doucement les paumes.

Maintenant qu'elle était si proche, elle pouvait mieux voir l’état du comte et fut horrifiée de constater qu'il était entièrement marqué. Rien que ses poignets étaient bandés et de multiples bleus recouvraient sa peau. Gabrielle qui avait levé la tête pour lire l'expression du visage du jeune homme en espérant ne pas avoir à faire face à sa désapprobation ne put que lui adresser un faible sourire et à sa grande horreur, elle sentit ses yeux se remplir de pleurs.

- Qu'ont-ils fait de vous ?... Qui sont ces monstres qui ont osé lever la main sur vous ?... Je suis désolée, tellement désolée, j'aurais voulu être là, j'aurais du veiller sur vous, vous soutenir... Simplement être là... Je ne veux plus jamais cela, plus jamais !

Ses paroles étaient incohérentes mais elle avait perdu le contrôle et ne réfléchissait plus à ce qu'elle disait. Une simple larme coula sur sa joue et tout en se redressant, elle leva sa main pour la poser tendrement sur la joue de Guillaume, tentant de ne pas lui causer encore plus de douleur.

- Vous êtes un menteur, Guillaume, vous m'aviez promis que vous prendriez soin de vous pendant mon absence. Au lieu de cela, regardez donc dans quel état vous êtes !
Le gronda-t-elle avec douceur.
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MessageSujet: Re: Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume]   Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume] Icon_minitime09.09.12 19:26

Monsieur ? Un pli de …
Sur le bureau Arthur, mets le sur le bureau.

Le valet posa donc un énième pli sur le bureau, parmi les dizaines d'autres parvenus jusqu'à Guillaume. Des lettres de sa famille prenant de ses nouvelles, ne sachant rien, des amis qui s'inquiètent de ne pas le voir à la Cour, quelques admiratrices, des messages de rétablissement pour ceux ayant appris qu'il avait subi un accident (histoire véhiculée par les hommes du roi) … et parmi tout cela, des plis de Gabrielle de Longueville. Mais il ne prenait même pas la peine de les ouvrir, bi même de se déplacer jusqu'à son bureau. Cela était trop loin, demandait trop d'efforts pour un garçon qui n'avait plus aucune force.

Assis dans son fauteuil, courbé en avant était la seule position qu'il tolérait, la position debout était intolérable ainsi que couché. Ce fauteuil lui servait pour dormir et passer ses journées à ruminer ses idées noires. Non content d'avoir été disgracié par le roi et blessé, du Perche avait du subir un enlèvement et plusieurs jours de torture. Chaque coup porté par ses bourreaux restait gravé en sa chair, malgré les jours écoulés depuis le sauvetage et les soins des médecins. Rien ne le soulageait, son corps hurlait de douleur, en particulier son dos lacéré par les coups de fouets. Portau et son complice s'étaient bien amusés à le faire souffrir de la sorte, Guillaume en avait pleuré de désespoir, et dieu sait qu'il en fallait pour que du Perche verse des larmes ! Et tout ce manque de sommeil, ces coups, ces menaces l'avaient marqués au plus profond de lui et l'avaient épuisés à tel point qu'il ne se souvenait plus de grand chose, si ce n'est de ses sauveurs. Puis il avait dormi plusieurs jours avant de se réveiller dans un sursaut de douleur, incapable de sentir le drap contre son dos ni son torse ou ailleurs et avait quitté précipitamment son lit. Mais ses jambes n'arrivaient plus à le porter et il s'était retrouvé à genoux près de son lit. Son valet Arthur et quelques autres l'avaient aidé à s'asseoir au bord du lit. Il avait pu voir ses poignets bandés, ses jambes couvertes de bleus ainsi que ses bras. Le miroir non loin du lit avait renvoyé le visage tuméfié, un torse déchiqueté par les lames. Aussitôt, il avait tourné la tête et ses ordres furent clairs : pas de miroir, pas de lumière, pas de visite. Seuls les médecins pouvaient entrer dans la chambre et quelques valets, pas plus.

Et c'était ainsi depuis son retour. Guillaume avait quitté le bord de lit pour le fauteuil, un poil plus confortable et surtout cela évitait le désastre de s'endormir et tomber lourdement sur le lit, le faisant se réveiller en hurlant. Si le mal s'était un peu estompé au fil des jours, cela restait bien douloureux, il fallait se ménager et attendre une cicatrisation progressive, il arrivait parfois à se coucher, parfois seulement. Il passait ses journées seul, plongé la plupart du temps dans un long mutisme, parlant à peine à ses domestiques, juste un peu aux médecins qui lui posaient quelques questions sur son état de santé. Parfois, Arthur lui faisait la conversation pour tenter de réveiller un peu son maître qui ne bougeait pas, telle une statue, à croire qu'il n'était pas humain.

Vous devriez voir comme il neige dehors, les jardins du Trianon sont blancs comme je l'ai rarement vu. Cela me rappelle Mortagne-au-Perche où l'hiver ressemble à cela. Je vous revois encore courir dans la neige en riant et …
Arthur, arrêtez de faire la conversation.

Froid, dur, Guillaume ne prenait pas de gants pour que son valet se taise et referme la porte. Et puis le temps reprit son cours, lent et douloureux. Du moins jusqu'à ce qu'il entendit frapper à sa porte, puis quelqu'un parler. Encore quelqu'un voulant le voir, Arthur s'occuperait de le refouler. Seulement cette fois, cela ne semblait pas aussi simple puisque des pas se firent entendre, en plus de ceux d'Arthur. A la fois agacé et curieux, il tourna lentement sa tête vers la porte qui s'ouvrit tout doucement en grinçant. Une fin silhouette fit son apparition, semblant le chercher du regard.

C'était elle.

Pour la première fois depuis des semaines, Guillaume ressentait autre chose que du chagrin, de la colère et de la douleur. Enfin quelque chose de bien emplit son cœur, plus qu'il ne voudrait l'avouer, lorsqu'il vit Gabrielle dans l'encadrement de sa porte. Sans son manteau, elle ne portait qu'une simple robe d'intérieur, sans coiffure ou tout artifice, à croire qu'elle avait accourut pour venir ici. Alors ces lettres n'étaient pas faussées ? Il la laissa venir à lui, n'en revenait pas que Gabrielle se soit déplacée jusqu'ici et … tomber à ses genoux.

Oh j'étais si inquiète, si inquiète.

Abasourdi, Guillaume ne fit que serrer délicatement ses fines mains dans les siennes. Bien que dans l'obscurité, la lumière de la porte ouverte laissait le loisir d'admirer son visage, de la voir si sincère et désespérée, cela la rendait tellement touchante, tellement loin de la demoiselle de Longueville qu'il pouvait rencontrer habituellement. Elle n'en était que plus belle, que plus agréable à aimer. Toujours silencieux, du Perche la contemplait, au fond très heureux qu'elle ait bravé les interdits.

Qu'ont-ils fait de vous ?... Qui sont ces monstres qui ont osé lever la main sur vous ?... Je suis désolée, tellement désolée, j'aurais voulu être là, j'aurais du veiller sur vous, vous soutenir... Simplement être là... Je ne veux plus jamais cela, plus jamais !
Ne soyez pas si dure avec vous même, vous n'avez rien à vous reprocher.


Sa voix était si douce, lui le paon tellement fier et sûr de lui. Il était touché au plus profond de son cœur que Gabrielle soit là et qu'elle pleure pour lui. Jamais il ne pouvait croire qu'une demoiselle de la trempe de la jeune femme puisse être aussi fragile et attachée à lui de façon si pure. Il lui essuya doucement sa larme alors qu'elle se leva.

Vous êtes un menteur, Guillaume, vous m'aviez promis que vous prendriez soin de vous pendant mon absence. Au lieu de cela, regardez donc dans quel état vous êtes.

Et pour la première fois depuis toutes ces semaines, Guillaume esquissa un sourire, un sincère, un amusé de la voir s'inquiéter de la sorte et savoura la caresse sur la joue, plus douce qu'il ne l'aurait imaginé. Comment ne pas être un sincère quand on se sent au fond du trou ? Il n'y avait plus de jeu cette fois, ils étaient sans carapace. Ses bourreaux avaient brisé celle de du Perche, qui avait réussi à cassé celle de Gabrielle.

J'ai essayé mais, que voulez vous, certains sont jaloux de l'attention que vous me portez. Il caressa sa main qu'il n'avait pas lâché. Et ils ont bien raison, je suis l'homme le plus heureux que vous soyez venu jusqu'à moi. Vous voir me fait oublier un peu la douleur.

Il était bien loin le du Perche séducteur et joueur, aujourd'hui il ne voulait pas jouer de rôle. Puis il se rendit compte qu'elle tremblait. De froid ou d'autre chose ? Peut être un peu des deux mais il faut dire que Guillaume n'avait pas fait mettre en marche la cheminée, comme souvent.

Vous devez être morte de froid dans cette tenue. Étiez vous si pressée de me voir ? Arthur ! Il appela son valet qui accourut aussi vite, bien trop heureux que son maître s'adresse à lui en premier. Allume la cheminée, que mademoiselle ne prenne pas froid. Puis il tourna la tête vers Gabrielle. Il serait dommage que vous soyez clouée au lit, je ne pourrais malheureusement pas me déplacer comme vous avez eu l'audace de le faire. La hardiesse qui est un de mes atouts, est devenu l'un des votre. Pour ma plus grande joie.


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MessageSujet: Re: Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume]   Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume] Icon_minitime07.10.12 0:48

Il était difficile de reconnaître Gabrielle de Longueville au moment où une simple larme coulait sur sa joue, larme qu'elle ne chercha pas à dissimuler et qui témoignait d'un réel chagrin et d'une réelle inquiétude. Disparue la duchesse orgueilleuse qui savait frapper là où cela faisait mal, qui n'hésitait pas à faire usage de son venin et qui intriguait comme elle respirait. Oublié le jeu du chat et de la souris qu'elle menait avec Guillaume depuis des mois. Elle avait baissé toutes ses armes face à au jeune homme et se montrait à lui, dépouillée du masque qu'elle portait à la cour, pleine de sincérité. Elle se sentait fragile quelque part car d'un seul mot, d'un geste même, il aurait pu la refouler, lui demander de s'en aller et briser tous les espoirs qu'elle avait placé dans ces retrouvailles. Certes, ce n'était pas la scène qu'elle avait espéré ou qu'elle s'était plu à imaginer lors de son voyage dans le sud. Et surtout, elle n'avait pas imaginé que le comte serait dans un tel état. Mais la nouvelle que lui avait apportée Perrine puis son inquiétude avaient fini par briser toutes les barrières qu'avaient dressé son éducation et sa méfiance naturelle. Et finalement, si elle le voyait faible et blessé, ils étaient quittes. La joie qu'elle ressentit lorsqu'il l'accepta près de lui et lui serra doucement les mains réchauffa son cœur et éclaira son visage, lui permettant de faire une tentative d'humour. Il voulait bien d'elle ! Peut-être ainsi que les lettres qu'il lui avait envoyées n'étaient pas emplies que de belles paroles et de simples formules galantes ? Peut-être que le bonheur qui gonflait son cœur était partagé par le jeune homme ? Elle n'osait le croire. De toute façon, ses pensées étaient pour le moment toutes tournées vers les blessures de Guillaume qui l'inquiétait plus qu'elle n'aurait osé le dire.

- Ne soyez pas si dure avec vous même, vous n'avez rien à vous reprocher, prononça-t-il avec une douceur qui ressemblait elle-aussi si peu à l'homme de cour qu'était le comte.

Gabrielle secoua la tête mais ne répondit rien. Elle était bien plus coupable qu'il ne pouvait l'imaginer. Elle aurait dû empêcher cela mais elle avait laissé traîner son enquête sur lui – car tout avait commencé ainsi, par une mission confiée par Hector de Valois – par simple désir de garder son jeu avec lui et de ne pas découvrir qu'il se trouvait peut-être dans le camp adverse. Et elle était partie sans donner d'instructions claires à son sujet. C'était la raison pour laquelle l'un de ses alliés dont elle se plaisait à haïr le nom désormais en avait profité. Oh oui, il lui faudrait payer ! Elle-même ne méritait pas le bonheur qu'elle était venue chercher. La justice aurait voulu qu'il la déteste pour ce qu'elle était, pour sa responsabilité dans cette affaire mais elle n'aurait pu le supporter. Chaque bleu était cependant un déchirement et elle passa une main légère sur eux, pour ne pas le faire souffrir davantage, simple frôlement pour le soulager un peu. Elle sentait les pleurs lui monter aux yeux mais cette fois-ci, elle les refoula. Guillaume profita de cet instant pour essuyer la larme sur sa joue et elle frémit à ce contact et ferma à demi les paupières. Sa peau lui paressait réclamer davantage de caresses de sa part mais l'instant passa.

- J'ai essayé mais, que voulez vous, certains sont jaloux de l'attention que vous me portez. Et ils ont bien raison, je suis l'homme le plus heureux que vous soyez venu jusqu'à moi. Vous voir me fait oublier un peu la douleur.
- Je n'aurais jamais cru que vous aviez de tels concurrents, prêts à se montrer violents uniquement pour avoir mon attention,
sourit Gabrielle, satisfaite de voir le jeune homme adopter une expression plus joyeuse, mais ils auraient raison de s'en prendre à vous... Car lorsque vous êtes présent, plus personne d'autre n'existe à mes yeux. Elle avait baissé le ton, un peu honteuse de se livrer de cette manière mais enchaîna avec un certain entrain : vous voyez que vous auriez dû m'appeler plus tôt, je savais bien que j'étais un remède plus efficace que tous ceux que pourraient vous donner ces médecins.

Gabrielle s'était relevée mais avait laissé sa main dans la paume de Guillaume qui la serrait presque tendrement. Pour rien au monde, elle n'aurait désiré être ailleurs. Malgré les convenances qu'elle avait toutes brisées en venant chez le comte, elle se sentait à sa place auprès de lui. Et rien ne pouvait lui faire plus plaisir que de le voir reprendre un peu de poil de la bête et s'animer, surtout que c'était pour elle.

- Vous devez être morte de froid dans cette tenue. Étiez vous si pressée de me voir ?
- Osez-vous en douter... ?
- Arthur !
Appela Guillaume, allume la cheminée, que mademoiselle ne prenne pas froid. Il serait dommage que vous soyez clouée au lit, je ne pourrais malheureusement pas me déplacer comme vous avez eu l'audace de le faire. La hardiesse qui est un de mes atouts, est devenu l'un des votre. Pour ma plus grande joie.
- Si cela vous permettait de guérir plus vite, je serais heureuse d'être clouée au lit,
plaisanta la jeune femme en ôtant sa paume et en se redressant tout à fait, avant de reprendre d'un ton plus sérieux : quand j'ai su que vous refusiez de lire mes lettres, je n'ai pu supporter l'incertitude, il m'a fallu vous voir au plus vite, je n'ai pu faire autrement. Les rumeurs qui circulent sur votre compte, les annonces officielles qui annonçaient votre guérison... Non, je pouvais plus, je voulais vous être auprès de vous. Je veux être auprès de vous.

Le serviteur venait de terminer de faire le feu et Gabrielle attendit avec patience qu'il soit sorti pour poursuivre. La pièce déjà se réchauffait petit à petit et les tremblements de la jeune femme diminuaient avant de disparaître. D'un pas décidé, elle alla aux fenêtres et en tira les rideaux, faisant entrer la clarté du jour finissant dans la chambre de Guillaume. Le ciel s'était un peu dégagé, permettant que quelques rayons du soleil couchant pénètrent dans la pièce. Tout en faisant, elle continuait à parler de manière assez peu assurée, ce qui ne lui ressemblait pas. Mais c'était presque plus facile de ne pas le regarder dans les yeux :

- Quant à me montrer hardie... Je pensais que mes lettres vous avaient montré que je l'étais, peut-être même trop. Peut-être est-ce la raison pour laquelle vous refusiez de me recevoir, de me laisser vous soutenir quand vous en aviez besoin.

Elle se retourna vers lui et se mordit la lèvre, n'osant pas aller plus loin ni se rapprocher de lui. Dans la lumière du jour, le visage tuméfié de Guillaume était encore plus visible et indiquait les violences extrêmes qu'il avait subies. Gabrielle n'osait imaginer les autres traces qu'allait en garder son corps. Si seulement elle pouvait effacer cela ! Comment aurait-elle tout donné, avec bonheur même, pour lui éviter cette épreuve ! Avisant un miroir recouvert d'un voile noir, elle se dirigea vers lui et arracha le tissu.

- Il ne sert à rien de recouvrir les miroirs, personne n'est mort, au contraire, vous avez survécu, Guillaume. Elle prononça ce prénom pour la première fois avec une certaine délectation. Vous allez leur prouver à tous ceux qui veulent vous voir abattu, blessé, triste que vous gardez la tête haute, que vous êtes toujours là et que rien ne pourra jamais vous faire ployer. Ce ne sont que des blessures qui s'effaceront. Ce que vous avez en vous, jamais ils n'arriveront à le briser.

La jeune femme se trouvait désormais face à lui et hésita sur la conduite à tenir. Elle était peu sûre d'elle mais si une chose était claire, c'étaient que ses sentiments n'avaient pas changé. Il avait fallu un voyage en Saintonge, la trahison de sa meilleure amie pour qu'elle s'en rende compte. Qu'elle apprenne enfin à reconnaître qu'elle aimait l'un des plus séducteurs versaillais et que Cupidon n'aurait pas pu faire pire choix. Mais cette journée-là, elle n'avait que faire des conséquences. Après tout, elle avait déjà envoyé au diable la bienséance, l'avenir pouvait bien l'y rejoindre ! Elle retourna donc devant le fauteuil de Guillaume et prit une moue un peu gênée pour demander :

- J'ai une question à vous poser : vos lèvres ou votre mâchoire sont-elles douloureuses ? Car j'aimerais beaucoup faire ceci...

Sans même attendre de réponse, elle se pencha avec tendresse, ferma les yeux et posa ses lèvres sur les siennes. C'était la première fois qu'ils partageaient un vrai baiser en plein jour, sans être prisonniers des circonstances, sans avoir peur d'être surpris et Gabrielle qui sentait une vraie allégresse monter en elle le savoura. Oubliant momentanément qu'il était blessé, elle passa les bras autour de son cou et le serra contre elle. Se rendant compte de la douleur qu'il éprouvait, elle stoppa net et les yeux pétillants, elle pinça les lèvres de manière charmante pour souffler :

- Je suis désolée...

En réalité, elle ne l'était pas le moins du monde.
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MessageSujet: Re: Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume]   Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume] Icon_minitime08.12.12 13:30

Jamais il n'aurait cru être si sincère en matière de sentiments. Jamais Guillaume n'aurait pensé être capable de tomber amoureux. Il avait connu des femmes, beaucoup même, il les avait aimé à sa façon mais sans jamais donné son cœur, car ce dernier n'appartenait qu'à lui. Puis elle est entrée dans sa vie, un peu comme les autres, une jolie demoiselle à conquérir. Et puis non, Gabrielle n'était pas comme les autres jeunes femmes et le cœur de l'espion l'avait remarqué, sans vouloir se l'avoir. Ce qui l'a fait se rendre compte ? Cette correspondance . On dit qu'il est plus facile de masquer ces sentiments derrière une plume mais Guillaume était persuadé du contraire et quand il écrivait, il avait beau refaire dix fois la lettre, tout semblait si transparent. Et les mots que la demoiselle de Longueville laissait transparaître ne lui donnait aucun doute sur ce qu'elle pouvait ressentir aussi. Comment une femme de son rang, de sa qualité et de sa grandeur pouvait aimer un pauvre comte de province qui n'avait pas tellement d'argent et dont on ne disait pas toujours du bien à propos de sa réputation. Tous les opposait en tout point.

Et pourtant, elle se trouvait dans ses appartements, peu coiffée, pas maquillée et en habit d'intérieur qu'il n'était pas convenu de montrer à un homme habituellement. Elle avait traversé Paris pour arriver jusqu'ici un peu essoufflée et frigorifiée. Faisait on cela quand on n'aimait pas. Non, et Guillaume ne pouvait sentir que son cœur battre plus fort et son corps froid se réchauffer de ce sentiment de vie et d'amour qui venaient à lui manquer. Elle était là, pour lui, et n'avait pas fui lorsqu'elle avait vu le visage tuméfié de Guillaume ni sa faiblesse. Mieux, elle entrait dans son jeu d'humour.

Je n'aurais jamais cru que vous aviez de tels concurrents, prêts à se montrer violents uniquement pour avoir mon attention.
Vous vous sous-estimez alors !
Mais ils auraient raison de s'en prendre à vous... Car lorsque vous êtes présent, plus personne d'autre n'existe à mes yeux. Vus voyez que vous auriez dû m'appeler plus tôt, je savais bien que j'étais un remède plus efficace que tous ceux que pourraient vous donner ces médecins.


Il acquiesça en la regardant se lever. Sa présence lui faisait aller mieux. Comme si la douleur s'était miraculeusement envolée. Certes, il suffisait d'un geste pour se rappeler qu'elle était toujours là, vivace. Mais que valait une douleur face à la beauté de la jeune femme. Du Perche levait les yeux vers elle, un petit sourire heureux sur les lèvres, continuant de caresser la douce main de la jeune femme qu'il gardait au creux de la sienne. L'espion voudrait que ce moment dure à jamais. Mais il serait mieux de la savoir au chaud, Gabrielle n'avait qu'un simple habit sur elle et Guillaume n'avait fait allumer la cheminée pour lui même, il s'en moquait. Mais avec une telle invitée, cela était différent et il serait dommage qu'elle tombe malade à cause de son empressement à venir ici. Il s'en amusait même à faire la remarquer.

Si cela vous permettait de guérir plus vite, je serais heureuse d'être clouée au lit.
Ne dites pas de sottises …
Quand j'ai su que vous refusiez de lire mes lettres, je n'ai pu supporter l'incertitude, il m'a fallu vous voir au plus vite, je n'ai pu faire autrement. Les rumeurs qui circulent sur votre compte, les annonces officielles qui annonçaient votre guérison... Non, je pouvais plus, je voulais vous être auprès de vous. Je veux être auprès de vous.
Je m'excuse de vous avoir fait du mal sans le vouloir … Mais j'ai pu tester votre hardiesse.
s'amusa Guillaume, au souvenir de leur correspondance.

Toujours assis dans la fauteuil, il ne la quittait pas des yeux tant elle était belle. Gabrielle ressemblait à un ange avec la pâleur de sa peau, son habit délicat et cette bouche rosée. Elle était comme une apparition divine et Guillaume se sentait si chanceux de la savoir à ses côtés que son sourire s'étira de bonheur. Mais quand elle ouvrit les rideaux, son visage se referma. Il refusait de voir la lumière du jour et surtout se savoir vulnérable à ce que quelqu'un puisse votre le monstre qu'il était.

Quant à me montrer hardie... Je pensais que mes lettres vous avaient montré que je l'étais, peut-être même trop. Peut-être est-ce la raison pour laquelle vous refusiez de me recevoir, de me laisser vous soutenir quand vous en aviez besoin.
Je n'ai lu aucune lettre depuis mon retour. Voyez par vous même dans mon cabinet, les plis sont entassés et rien n'a été ouvert. Je ne voulais aucune nouvelle du monde extérieur ni qu'on ait pitié de moi et encore moins que l'on me voit.
Il tourna la tête, refusant de regarder dehors. Je vous prie de refermer ces rideaux, je ne veux pas voir ce jardin ni rien d'autre.

La dernière phrase eut un ton plus dur, plus sec mais en cet instant, Guillaume se considérait comme un monstre avec toutes ces plaies et ces bleus, incapables de se montrer au monde. Elle pouvait le voir véritablement défiguré par cet infâme Portau et son acolyte masqué. Lui qui refusait de se voir dans un miroir, comment pouvait-il accepter le regard de Gabrielle sur lui. Mais elle continuait à ouvrir et même retirer le drap noir du miroir.

Il ne sert à rien de recouvrir les miroirs, personne n'est mort, au contraire, vous avez survécu, Guillaume. Vous allez leur prouver à tous ceux qui veulent vous voir abattu, blessé, triste que vous gardez la tête haute, que vous êtes toujours là et que rien ne pourra jamais vous faire ployer. Ce ne sont que des blessures qui s'effaceront. Ce que vous avez en vous, jamais ils n'arriveront à le briser.

Elle était de nouveau face à lui et le regardait sans en avoir l'air effrayé. Une sorte de la Belle et la Bête. Elle avait raison, Guillaume se morfondait dans son malheur et sa douleur, ses bourreaux l'avaient presque achevé. Mais au-delà des cicatrices physiques, Guillaume avait été blessé au plus profond de lui et malgré ce que la jeune femme pouvait lui dire, cela ne changerait pas.

Vous ne savez rien … murmura t'il.

Que savait-elle vraiment de ce qu'elle avait subi ? Personne n'en savait les véritables détails à part lui-même et ce qu'il en avait dit au médecin, tout ce que la cour pouvait raconter n'était que supposition puisque personne ne l'avait vu. Un jour peut être, cela le rendra plus fort, plus déterminé, mais en attendant, sortir de ses appartements n'étaient pas envisageables. Mais il n'avait pas envie d'y penser, Guillaume voulait profiter de ce moment avec la jeune femme le plus longtemps possible alors qu'elle revenait lui.

J'ai une question à vous poser : vos lèvres ou votre mâchoire sont-elles douloureuses ? Car j'aimerais beaucoup faire ceci...

Et elle l'embrassa. On était bien loin du frôlement de lèvres de la première fois, ou de ce baiser dans une pièce du château, en cachette et avec la crainte d'être surpris. Non là ils n'étaient que tous les deux et pouvaient s'adonner à leur passion autant qu'ils le voudraient … enfin selon la douleur de Guillaume. Bien sûr qu'il lui rendait ce baiser en passant la main dans ses cheveux et ayant envie de l'avoir contre lui. Mais peut être était-ce la position qui était inconfortable ou une trop grande passion mais une douleur l'envahit, sans pour autant qu'il arrête quoi que ce soit. Non, il l'aimait trop pour stopper un si beau moment. Gabrielle, peut être plus sage en cet instant se recula un peu.

Je suis désolée...
Je ne vois pas en quoi.


Et faisant un effort quasi-surhumain vu sa condition physique, Guillaume se leva, appuyant quand même sa hanche contre le dossier de chaise. La station debout n'était pas le plus conseillée, ses jambes étaient fragiles mais il n'en avait que faire de sa santé, puisque l'amour lui donnait presque des ailes. De toute sa hauteur, Guillaume enserra à nouveau la jeune femme, qui semblait si frêle à ses côtés et l'embrassa à nouveau. Ce baiser, il l'avait désiré, en avait rêvé sans vraiment imaginer que cela arriverait un jour dans ce genre de circonstance. A force de jeu et de désir peut être, mais sûrement pas grâce à l'amour. Lui qui ne pensait jamais pouvoir aimer, voilà qu'il se confrontait à un amour impossible, qui ne devrait vivre que dans l'ombre. Si cela devait être fait ainsi.

Il la serra contre lui, faisant fit de la douleur sur son torse et lui embrassa les cheveux puis ils restèrent ainsi de long instants, comme si cet instant ne devait jamais se terminer.

Je suis heureux que vous soyez venue … murmura t-il. Je n'ai cessé de penser à vous, à m'accrocher à votre sourire, votre beauté, à vous toute entière pour ne pas sombrer au pire instant de ma vie. Plus que moi, c'est vous qui m'avez sauvé.

Rien n'était plu sincère qu'en cet instant, et en étant incapable de dire les trois mots qu'il ressentait, Guillaume avait pu lui exprimer ses sentiments, une grande première pour ce garçon dont le cœur n'était sensé appartenir qu'à lui. Puis il passa un doigt sur le menton de Gabrielle pour qu'il puisse la regarder dans les yeux et lui sourire, malgré le visage quelque peut déformé.

Je vous dois la vie, Gabrielle.

Et il l'embrassa de nouveau, avec une douceur inégalable, comme si elle était si fragile qu'elle pouvait se casser à tout instant …
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MessageSujet: Re: Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume]   Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume] Icon_minitime14.01.13 19:30

Gabrielle de Longueville avait beau être une jeune demoiselle de haut rang qui allait sur ses vingt et un ans et donc être de celles que l'on pense facilement impressionnables, elle n'avait pas marqué de mouvement de recul devant le visage que lui offrait Guillaume. A la lumière du jour qui pénétrait abondamment dans la pièce depuis qu'elle avait ouvert les rideaux sans lui demander son avis, pourtant, son corps laissait apparaître toutes les souffrances qu'il avait endurées, tout ce qu'il avait tenté de cacher dans l'obscurité comme si se terrer dans le noir allait changer quelque chose à son apparence, allait lui permettre d'effacer les traces des violences subies. Et les violences elles-mêmes. Ce n'était pas tant qu'elle ait une quelconque habitude des plaies ou des blessures car même en tant que membre de la main de l'ombre, elle n'aimait guère se mêler de meurtre surtout s'ils étaient sanglants mais parce qu'elle ne voyait pas les bleus ou les pansements. Derrière cette figure abîmée, c'était Guillaume, celui qu'on lui avait demandé d'approcher et pour servir leurs objectifs mais duquel elle s'était éprise telle une araignée se rendant elle-même prisonnière de sa toile. Elle n'avait que faire de l'apparence du jeune homme, de son visage encore un peu tordu, elle aimait celui qui lui avait écrit ces si belles lettres lorsqu'elle se trouvait en Saintonge, celui qui la faisait rire, qui faisait battre son cœur un peu plus vite. La seule chose qui importait c'était qu'il aille mieux. Et elle avait tant attendu et espéré ce moment des retrouvailles, ses espoirs de le revoir avait tant de fois été gâchés qu'elle n'allait pas s'enfuir devant sa simple apparence. Elle continua donc à ouvrir les rideaux, à dévoiler les miroirs pour faire renaître un peu de vie dans cette pièce. Elle lui devait bien cela car contrairement à ce qu'il pensait, elle avait bien une part de culpabilité dans tout ce qui lui était arrivé.

- Vous ne savez rien..., murmura doucement Guillaume tandis que la jeune femme s'approchait de lui.
- Et bien dites-moi, répliqua Gabrielle sur le même ton, expliquez-moi...

Il ne répondit rien et bientôt tous deux furent pris à l'ivresse de leur premier véritable baiser. Le cœur de Gabrielle s'affola quand elle sentit la main du blessé se glisser dans ses cheveux et elle se pencha encore plus vers lui, se sentant perdre le contrôle. Jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'elle devait lui faire mal. C'était bien la dernière chose dont elle avait aussi recula-t-elle. L'inquiétude de sa voix contrastait avec le sourire ravi qui s'ébaucha sur ses lèvres ou le pétillement de ses yeux, signes de la joie qu'elle ressentait à cet instant. Existait-elle plus parfait moment où l'on apprend que l'on aime et que l'on est aimé en retour ? Rejetant les restes d'hésitation de la jeune femme, Guillaume se leva, s'appuyant contre la chaise. Sans l'aider pour ne pas mettre sa fierté à mal, Gabrielle suivait ses efforts, en se mordant légèrement la lèvre inférieure. Elle aurait dû l’admonester pour se montrer aussi téméraire mais cela aurait été aller contre sa propre volonté, elle garda donc le silence. Cette fois-ci, il la dominait de toute sa hauteur et dans un geste protecteur, comme si cela avait été elle qui avait subi de mauvais traitements, il la serra contre son torse pour l'embrasser à nouveau. Gabrielle ferma les yeux et de nouveau, passa les bras autour du cou de l'homme qu'elle aimait, refusant de ne penser à rien d'autre qu'à cet instant trop parfait pour le savourer pleinement. Elle fut donc presque surprise lorsqu'il stoppa soudain mais sans protester, elle se blottit contre lui pendant un long moment où elle profita de la chaleur de son corps, la tête posée du côté où elle pouvait entendre son cœur battre à un rythme lent et régulier. La jeune femme songea qu'elle n'aurait pu supporter que cet organe si fragile cesse son office. Et que pourtant si sa camériste n'avait pas été là, cela serait peut-être arrivé. Ce fut au moment où ces pensées traversaient son esprit que Guillaume lui souffla à mi-voix :

- Je suis heureux que vous soyez venue. Je n'ai cessé de penser à vous, de m'accrocher à votre sourire, à votre beauté, à vous toute entière pour ne pas sombrer au pire instant de ma vie. Plus que moi, c'est vous qui m'avez sauvé.

Elle voulut protester mais il la serrait si fort qu'elle ne put s'échapper de son étreinte pour lui faire un signe de dénégation jusqu'à ce qu'il prenne son menton pour pouvoir la fixer dans les yeux. Les mots qu'elle entendit ensuite la plongèrent dans la plus immense confusion :

- Je vous dois la vie, Gabrielle.

Sans attendre de réponse et sans s'apercevoir que les yeux de la jeune femme se remplissaient de larmes, Guillaume déposa ses lèvres douces sur celles de Gabrielle. Mais malgré la douceur et la tendresse de l'instant, si loin soudain de la passion de leur dernier baiser mais peut-être plus adapté aux circonstances, la duchesse était partagée entre deux sentiments contradictoires : la culpabilité tout d'abord, la peur qu'il finisse par découvrir qu'elle était responsable, du moins en partie, de son état car elle l'avait quitté en le laissant à la merci de ses ennemis mais aussi et surtout l'allégresse devant cette déclaration qu'elle trouvait si touchante. Au diable les formules alambiquées, les métaphores précieuses, ces poèmes fleuris que l'on se déclame la main sur le cœur dans les salons des Précieuses, rien n'était plus beau que ces quelques mots qui pénétraient jusqu'au plus profond de son âme, bouleversant ses certitudes pour les remplacer par des nouvelles. Après avoir goûté une dernière fois aux lèvres de son compagnon, elle se détacha légèrement de lui mais continua à le regarder. Aucun mot ne put sortir de sa bouche. Cette fois elle ne pouvait pas dissimuler les sanglots qui la menaçaient et elle eut beau papillonner des paupières, des larmes se mirent à couler sur ses joues, formant des sillons d'eau sur leur passage. Elle pleurait, elle qui était si orgueilleuse fière, elle qui préférait dissimuler ses sentiments pour que ce ne soit pas trop douloureux – car l'amour finit toujours mal, n'est-ce pas ? Elle pleurait sans retenue, tremblant dans les bras de Guillaume. La jeune femme voulut s'expliquer mais elle ne trouva pas les phrases qu'elle voulait.

- Pourquoi tout cela paraît simple dans les livres ou lorsque l'on écrit une lettre ? On laisse les sentiments s'exprimer comme ils viennent à nous dans de belles images de ciel étoilé ou d'exil lamentable, bégaya-t-elle avec tristesse.

Avec ferveur, elle embrassa le cou de Guillaume, ses joues, ses lèvres, se pressant contre lui, incapable de dire les quelques mots qu'elle ressentait pourtant. Elle se contenta de murmurer près de l'oreille du jeune homme :

- Vous ne me devez rien et moi, je vous donne tout sans hésitation. Si j'ai pu être présente au pire moment de votre existence, si j'ai pu être secourable... Je ne mérite ce bonheur en rien. Mais sachez que vous avez toujours été dans mes pensées, chaque jour qui passait loin de cette cour était un jour loin de vous. Vous êtes toujours dans mes pensées, je veux pouvoir être à vous entièrement, être libre de partager tout de vous, les instants pénibles comme ceux heureux.

Tout cela n'était pas possible. Trop de barrières les séparaient et il aurait été vain de chercher à les abattre. Leurs conditions sociales évidemment, Gabrielle se savait destinée à épouser un membre de la plus haute noblesse du royaume sous peine de déchoir de son rang. Leurs convictions également puisque Guillaume travaillait pour le roi tandis que Gabrielle œuvrait en secret à sa chute. Mais pourtant, il y avait quelque chose entre eux, cet affection – cet amour, ce mot qu'aucun des deux n'arrivait à prononcer, qui les avait réunis et qui les empêchait de se séparer malgré ce monde extérieur qui voulait comme s'acharner à vouloir détruire ce qu'ils tentaient de construire maladroitement. Mais l'idée qu'ils pouvaient vivre ce rêve sans penser aux conséquences, une première dans la vie si parfaitement réglée de la jeune femme, fit sourire la demoiselle et elle essuya les larmes de sa joue blanche d'un geste de la main.

- Permettez-moi seulement d'être auprès de vous, c'est tout ce que je vous demande, c'est l'unique chose qui me ferait plaisir... Pouvoir m'abreuver à vos lèvres, me plonger dans votre regard si bleu et si troublant...

Étrange comme une simple visite, de simples retrouvailles pouvaient tout bouleverser. Rien n'existait plus à ses yeux que Guillaume et elle eut la certitude qu'ils pourraient tout surmonter s'ils le voulaient. Les conventions ? En secret, elles n'existaient plus. Pour désamorcer la solennité de l'instant, elle eut un rire un peu gêné mais qui tinta agréablement dans la pièce fortement éclairée des rayons d'un soleil couchant.

- Finalement, peut-être pouvez-vous me sauver à votre tour... Sauvez-moi de la folie qui me menace en répondant aux élans de mon cœur et me gardant dans vos bras, là où je suis si bien.

La jeune femme resta silencieuse encore longtemps puis se saisit d'une main du jeune homme pour l'aider à se guider vers le lit où il put s'asseoir et elle aussi, à ses côtés. Elle garda la paume dans la sienne et entrelaça leurs doigts, simplement rassurée par ce simple contact. D'un geste plein de tendresse, elle passa sa main libre dans les cheveux du comte, frôla ses tempes puis caressa ses pommettes, comme un souffle d'air qui passerait sur sa peau. Elle ne résista pas longtemps à l'attrait des lèvres de Guillaume et se pencha vers lui pour l'embrasser avec ferveur.

- Puis-je rester ? Finit-elle par demander d'un ton suppliant, je vous en prie... Je pourrais vous raconter les nouvelles de Versailles ou de Paris si vous le souhaitez, pour vous distraire... La hauteur de cette pile de lettres me laisse penser que vous n'êtes pas au courant de beaucoup des derniers événements. Peut-être cela vous amuserait-il de savoir combien les jeunes filles sont désespérées de votre disparition ? Ou d'apprendre les dernières folies des courtisans lors de la fête du Nouvel An... Tout sauf me demander de partir, je vous en prie, je ne veux pas vous quitter. S'il te plaît, Guillaume...

Non, elle ne voulait plus le quitter, pas après l'avoir retrouvé de cette manière. Elle espérait de tout cœur qu'il dirait oui. En se livrant à lui... Elle lui avait aussi donné le pouvoir de la faire souffrir en la rejetant comme il l'avait fait dans les premiers temps de sa convalescence, de la détruire même. Tout ne tenait plus qu'à lui et à sa volonté.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume]   Cartes sur table ! Cessons enfin de jouer [Guillaume] Icon_minitime26.04.13 18:53

Et bien dites-moi, expliquez-moi...

Mais qu'importai les explications en cet instant, la jolie Gabrielle se rapprochait de lui et il n'avait nul envie de lui parler de quoi que ce soit. Elle était si belle, si désirable qu'il aurait été criminel de ne pas céder à la tentation, de ne pas laisser parler ses envies, ce désir d'enfin que leurs lèvres se scellent dans un seul et même baiser. Au diable les jeux, les sous-entendus, il était temps de laisser parler un peu son coeur. Pas encore de je t'aime mais ces baisers, cette passion puis la tendresse émanant de ces deux-là qui n'avaient pas grand-chose en commun, n'auraient jamais dû se côtoyer mais qui avaient leurs coeurs battant à l'unisson. Et puis ces mots touchants de Du Perche, c'était presque une déclaration, lui qui n'avait jamais été aussi sincère de sa vie qu'en cet instant. Finalement, cet affreux moment que Guillaume avait vécu avait permis de débloquer cette situation amoureuse où ni Gabrielle ni lui n'auraient fait le premier pas pour baisser les armes.

Debout l'un contre l'autre dans cette chambre où la lumière faisait son apparition après plusieurs jours avec les rideaux tirés, Guillaume était le plus heureux des hommes. Peu lui importait la douleur, les quelques poussées de souffrance à certains endroits, son corps fragilisé et marqué à de nombreux endroits, il ne voulait perdre un instant de ce moment avec celle qui faisait battre son coeur, qui était si belle, la magnifique Gabrielle. Cette dernière le fixait et l'espion vit ses grands yeux se remplir de larmes puis ruisselèrent le long de ses joues. Elle s'exprima en bégayant, peu sûre de ses mots. Qu'il était beau de voir cette duchesse si fière en public, devenir si douce et fragile entre ses bras ! Et pourtant embrasser avec une telle ferveur, une telle envie !

Vous ne me devez rien et moi, je vous donne tout sans hésitation. Si j'ai pu être présente au pire moment de votre existence, si j'ai pu être secourable... Je ne mérite ce bonheur en rien. Mais sachez que vous avez toujours été dans mes pensées, chaque jour qui passait loin de cette cour était un jour loin de vous. Vous êtes toujours dans mes pensées, je veux pouvoir être à vous entièrement, être libre de partager tout de vous, les instants pénibles comme ceux heureux.
Gabrielle ...
Murmura t'il doucement, touché ... Ce serait comme vivre un rêve.

Même si cela n'était pas possible, un rêve tout simplement, du Perche ne voulait pas y penser, il était heureux comme il ne l'avait jamais été, davantage ces derniers jours. Gabrielle était une véritable lumière dans ces jours sombres, elle était celle qui le sauvait et l'empêcher de sombrer totalement. Il lui essuya une larme avec douceur, avant qu'elle ne le fasse elle-même.

Permettez-moi seulement d'être auprès de vous, c'est tout ce que je vous demande, c'est l'unique chose qui me ferait plaisir... Pouvoir m'abreuver à vos lèvres, me plonger dans votre regard si bleu et si troublant...

Il se rendit compte qu'il n'avait pas dit le moindre mot depuis plusieurs minutes, fixant la jeune femme avec tant d'amour, ne cessant de lui caresser sa douce chevelure. C'est qu'il était si bien ... Il eut un petit sourire et voulut répondre quand elle se mit à rire, un peu gênée.

Finalement, peut-être pouvez-vous me sauver à votre tour... Sauvez-moi de la folie qui me menace en répondant aux élans de mon cœur et me gardant dans vos bras, là où je suis si bien.
Comment vous refuser quoi que ce soit ? Pour vous, je ferais n'importe quoi.

Répondit-il avec douceur et ce charmant sourire sur les lèvres.

Il se laissa guider par la jeune femme jusqu'à son lit où il put s'asseoir à nouveau, serrant sa main dans la sienne. Ils étaient doux, tendres dans leurs gestes, à se découvrir avec pudeur et douceur. Guillaume appréciait le contact de la main de la jeune femme, soignée et délicate, à son image en somme. Lui frôlait son cou du bout des doigts, dessinait son épaule puis descendait lentement le long de son bras, avant de se laisser embrasser.

Puis-je rester ? Je vous en prie... Je pourrais vous raconter les nouvelles de Versailles ou de Paris si vous le souhaitez, pour vous distraire... La hauteur de cette pile de lettres me laisse penser que vous n'êtes pas au courant de beaucoup des derniers événements. Peut-être cela vous amuserait-il de savoir combien les jeunes filles sont désespérées de votre disparition ? Ou d'apprendre les dernières folies des courtisans lors de la fête du Nouvel An... Tout sauf me demander de partir, je vous en prie, je ne veux pas vous quitter. S'il te plaît, Guillaume...

Il l'embrassa à nouveau. Dans la bouche de Gabrielle, le prénom du comte avait un goût exquis, il ne se lasserait pas de l'entendre encore et encore.

Vous pouvez rester aussi longtemps que vous le désirez. Je n'ai pas envie de vous laisser partir, votre présence me fait plus de bien que tout le reste du monde. Parlez-moi, de ce que vous voulez. Du Nouvel An, de Versailles, de ce que vous avez fait ces derniers temps. Parlez-moi, je veux entendre votre voix encore et encore.

Elle pouvait lui parler de ce qu'elle voulait, même de la pluie et du beau temps, même de mode ou même du plus barbant des sujets, Guillaume ne voulait que la jeune femme, qu'elle soit là, non loin de lui et qu'elle sourit, qu'elle rit, qu'elle le regarde et qu'il puisse l'embrasser quand bon lui semblait. Ce moment serait le leur, à l'abri des regards, du monde. Ce moment serait à eux, à eux seuls. Même Arthur, le serviteur de Guillaume, referma doucement la porte pour les laisser tranquilles. Les deux jeunes gens, amoureux sans se l'être dit, devaient bien profiter de cette parenthèse de douceur dans leurs vies, l'avenir leur jouera de mauvais tour. Mais en profiter avant ...

FIN
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