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 [Saint-Germain] On est jamais sages quand on a seize ans !

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Cela peut vous paraître étrange mais j'en ai un. Il est bien caché, je le réserve à qui m'aimera vraiment. Et pour mes enfants.
Côté Lit: Vous voulez une liste ? Ce sera même un recueil !
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show me your dark side

Âge : 30 ans
Titre : Duc de Richmond, de Lennox, de Gloucester, Comte de March, cousin de Charles II d'Angleterre
Missives : 720
Date d'inscription : 15/02/2012


MessageSujet: [Saint-Germain] On est jamais sages quand on a seize ans !   05.09.12 1:36


« Notre richesse, ce sont nos souvenirs. »
Qu'il était bon de voix de la neige recouvrir les jardins de Versailles. Un long manteau blanc cachait le magnifique travail d'André Le Nôtre tandis que les bassins gelaient à tel point que les oiseaux ne pouvaient plus s'y abreuver. Un véritable hiver français qu'on ne se lassait pas d'apprécier … à condition d'être dans une maison bien chauffée et d'avoir les vêtements adéquats. Pour l'instant, Morgan, à l'intérieur de son manoir, était bien. Le petit Andrew jouait bien sagement non loin de la cheminée, concentré dans ses petits chevaux de bois tout en parlant – enfin baragouinant – tout seul. Lui resterait au chaud pour la journée. Il avait déjà fait un tour dans la neige la veille dans le grand jardin que possédait Richmond. Il ne faisait pas si froid, à condition d'être bien couvert. Mais quel spectacle de voir se petit bout faire ses pas dans la neige, puis courir et se rouler dedans en éclatant de rire. Morgan avait regardé ce spectacle avec émotion, avant de le rejoindre dans la poudreuse en riant à son tour, comme un enfant.

Enfin, un enfant … Morgan n'a jamais vraiment eu d'enfance, les quatre premières années furent calmes mais dés les premières agitations londoniennes, il avait du partir. Puis c'était parti pour un tour d'Europe, là où on voulait bien de lui. L'anglais avait grandi chez les hollandais et les français principalement. Difficile de grandir quand on est déraciné, bien qu'on ait sa famille autour de soi. Le palais de la Haye ou le Louvre ne valaient pas Whitehall ou Hampton Court. Pas même Versailles aujourd'hui, aussi beau soit-il. Et si le petit était loin de sa patrie, c'était davantage pour être proche d'un père qui ne comptait pas passer sa vie en France, cela n'était que temporaire et il était trop jeune pour avoir de quelconques racines avec la belle ville de Londres. Enfin, là n'était pas le moment pour se souvenir de ses années d'exil, bien que certaines furent amusantes et que Morgan s'en souvient encore comme une bonne époque … Comme quoi, la vie pouvait se révéler surprenante.

Enfin, revenons en 1667 où Bryan, le valet à tout faire de Morgan pénétra dans le salon pour annoncer l'arrivée d'une invitée. Déjà ? A dire vrai, il n'avait pas fait attention à l'heure, pour une fois qu'un anglais n'avait pas les yeux rivés sur sa montre. Fort heureusement, il était habillé. Après tout, nous étions l'après midi, ce serait indécent de rester en robe de chambre ! Et à peine le valet avait quitté la salle qu'il laissa place à l'invitée d'entrer. Éléonore ne changeait pas malgré les années. L'impossible adolescente rousse était juste devenue une femme, mais elle restait toujours aussi impossible. En parlant de bons souvenirs d'exil, Morgan repensait aussi aux moments passés avec la polonaise, entre autre. Il la salua poliment mais avec un large sourire avant de venir à elle.

« Il est amusant que vous arriviez pile à l'instant où mon esprit vagabondait quelques années auparavant, au Louvre et à Saint-Germain. Asseyez vous près du feu, vous y serez plus à votre aise. »

Cela faisait presque tableau de famille avec les deux amis assis dans leurs fauteuils respectifs et le petit Andrew jouant toujours avec ses chevaux alors que les adultes discutaient. Enfin c'était jusqu'à ce que l'enfant se lève et se dirige vers Éléonore pour lui tendre un de ses chevaux avec un grand sourire. Morgan s'en amusait, surtout du visage surpris de son amie.

« Vous voilà adoptée, ma chère ! Faites attention à cet honneur, il ne fait pas cela tous les jours. »

Bon d'accord, il n'y avait pas non plus foule dans le manoir Stuart mais il était arrivé à plusieurs reprises que l'enfant jette des regards inquiets vers certaines personnes, prenait ses jouets et s'en allait pour ne pas que l'adulte en question lui parle. Autant dire que souvent, la personne concernée était vexée et Morgan avait souvent du mal à se retenir de rire. Puis la conversation reprenait son cours et cela dérivait, sans qu'ils ne sachent comment, sur des bons souvenirs. Pour ne pas froisser ni provoquer quelconque émotion, Morgan évitait soigneusement toute anecdote concernant son frère Andrew, comme on fait souvent quand un être disparu vous fait encore souffrir. Bon lui était bien vivant mais ça, Éléonore ne s'en doutait pas un instant.

« J'ai aussi un excellent souvenir d'une bataille de boules de neige dans les jardins de Saint-Germain et la fois où j'ai chuté dans les marches. Quelle idée aussi de faire autant de marches pour arriver au château ! Les français ont de drôles d'idées à mon sens … Ces souvenirs le faisaient sourire mais il réfléchissait et fit partager sa réflexion à voix haute. Je me demande ce qu'il reste de Saint-Germain depuis que Louis XIV a décidé de s'installer à Versailles. Un de ces jours, il faudra y faire un tour. Du moins avant que je parte car je ne garantis pas mon retour ! »

Ses mots firent son petit bonhomme de chemin dans sa tête et un petit sourire en coin se dessina sur la bouche de Morgan, signifiant qu'il avait quelque chose derrière la tête. Bien sûr, ce n'était jamais bien futé ou bien sage.

« Êtes vous partante pour un petit périple, Éléonore ? Après tout, Saint-Germain est à peine à quinze kilomètres, cela sera une promenade comme une autre. Qu'en dites vous ? »

C'était comme demander à un aveugle s'il voulait voir ! Voici les deux en partance pour leur petite balade, Morgan confiant son fils aux domestiques de la maison alors qu'après avoir revêtu de chauds manteaux fourrés et tout l’attirail pour l'expédition, il n'y avait plus qu'à chevaucher leurs bêtes et s'en aller vers le château de leur adolescence. Il ne faisait pas tant froid que cela, bien que le vent fouettait les visages qui s'en allaient au galop. Adieu Versailles pour la journée et bonjour Saint-Germain ! Perché en hauteur, il se voyait au loin et n'avait pas l'air bien habité. Quelques gardes sans doute mais pas beaucoup, rien de bien difficile à passer. Du moins dans la cour, il n'y avait pas âme qui vive quand ils posèrent enfin le pied à terre. Dans un silence presque religieux ils se rendaient en direction du Château-Neuf, toujours majestueux perché en haut de sa terrasse où il fallait gravir de multiples marches pour y arriver. Ils restèrent de longues secondes en bas à dévisager cet endroit qu'ils connaissaient trop bien.

« Croyez vous qu'il existe toujours l'inscription que j'avais fait sur un des murs ? Je me demande si quelqu'un l'a déjà remarquée. Allons voir. »

Et voilà comment deux personnes à la trentaine juste passée, issues de familles importantes en Europe, se retrouvaient en effraction à gravir la terrasse d'un palais royal français. Après tout, depuis qu'ils avaient repassé la grille, ils avaient retrouvé leurs seize ans …

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I've lost a lot a in this game. Another everyday face with no name, I'm not selling misery, so would you stay around with me. I know that you are afraid, the traces of war linger on my face but I'm not selling misery, maybe some day I'll feel home again.


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MessageSujet: Re: [Saint-Germain] On est jamais sages quand on a seize ans !   07.09.12 18:13

En jetant un œil aux fontaines gelées, Éléonore eut l'impression, un simple instant de se retrouver chez elle, en Pologne. Ce fut fugace mais assez pour lui arracher un sourire sincère et joyeux. Elle s'arrêta quelques secondes, profita de l'air vif puis continua son chemin d'un pas alerte et souple. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait hâte d'arriver à destination. Cet après-midi-là ne serait pas consacré à s'ennuyer chez la reine (qui était tellement énorme qu'on finissait par se demander quand elle allait finir par exploser), à courir derrière un Danois invisible et à en protéger un autre qui s'attirait des ennuis comme les ours sont attirés par le miel (probablement à cause du premier, d'ailleurs, mais les Danois semblaient avoir pour coutume de s'entre-tuer), non, pour une fois, elle allait revoir un véritable ami. C'était toujours ainsi qu'elle considérait Morgan of Richmond malgré les années qui avaient passé sans qu'elle n'eut de nouvelles de lui sinon par ouï-dire. Ils avaient vécu trop de choses ensemble, à la fois des moments difficiles à attendre des nouvelles des guerres menées dans leur pays respectifs et à la fois des moments de vrai bonheur, de fous rires et de jeux qu'il avait été impossible à Éléonore de l'oublier même si elle ne l'avait pas contacté au cours des mésaventures qui avaient marqué son existence. Les Stuarts avaient laissé une trace indélébile en elle et il lui arrivait des années plus tard, de regretter ce temps où elle était encore une enfant capable de vrais sentiments. Bien sûr, si Morgan avait été son plus cher ami, celui qu'elle adorait prendre pour victime, c'était d'Andrew dont elle était tombée amoureuse... Mais à cette pensée, le cœur de la jeune femme se serra et elle préféra chasser ce visage qui s'était imposé à elle. Pas question qu'un fantôme vienne gâcher le plaisir de cette journée ! Il était grand temps de tourner la page, n'est-ce pas ?

Le hasard avait voulu que Morgan et Éléonore se soient retrouvés près de quinze ans plus tard presque au même endroit, dans un château où le petit roi d'hier malmené par la Fronde avait enchaîné la noblesse du royaume. Le destin prenait parfois des voies incompréhensibles et s'amusait avec les individus comme s'ils n'étaient que des marionnettes. Ce fut ce que se disait la Polonaise en pénétrant dans le manoir Stuart et en étant accueilli par un valet qui lui demanda de patienter. Ce qu'elle ne fit évidemment pas, impatiente qu'elle était de surprendre son ami. Aussi à peine le domestique l'eût-il annoncée qu'elle le bouscula et fit irruption dans le petit salon de Morgan pour le saluer, un large et sincère sourire aux lèvres. Malgré les années, certaines choses ne changeaient pas. Physiquement cependant, Richmond avait grandi et s'était encore étoffé. Et si Éléonore se trouvait en France pour cause d'exil, forcé celui-là, sa situation à lui avait été complètement bouleversée. A présent, elle ne faisait plus face au fils d'un homme exécuté sous le règne de Cromwell mais au cousin du roi d'Angleterre – oui, cet homme que la rousse revoyait encore se baigner dans son habit de naissance dans une rivière passant près de leur terrain de chasse. Mais s'il y avait quelqu'un que les honneurs et les titres n'impressionnaient pas, c'était bien Éléonore et sa gouaille légendaire. Sans plus de cérémonie, elle s'assit sur le fauteuil que lui désignait Morgan et tout en se réchauffant auprès de la cheminée, elle observa l'enfant qui jouait dans un coin.

- Je venais ici en me disant que que rien n'avait été modifié pendant toutes ces années et que je retrouverai le Morgan que j'ai toujours connu... Mais voilà une chose qui a changé : je me souviens que votre mère me reprochait toujours d'être au mauvais endroit au mauvais moment et de n'avoir aucune notion de synchronisation, plaisanta-t-elle d'un ton badin avant d'oser glisser d'un ton rapide, sans lui laisser le temps de répliquer : serait-ce donc votre fils ? J'ignorais que vous en éleviez un ici. Comme quoi, on ne peut jamais échapper à sa famille.

Lorsqu'elle apprit le prénom de l'enfant, le sourire de la jeune femme vacilla un instant mais elle ne fit aucune remarque. Toutefois, elle regarda le petit Andrew avec plus d'attention. Dieu seul savait à quel point elle ne parvenait à concevoir aucun intérêt pour les mioches mais celui-ci n'était pas trop désagréable. Il ne pleurait pas tout du moins. Se sentant épié, Andrew se leva puis se dirigea vers Éléonore pour lui tendre l'un de ses chevaux de bois.

- En voilà un cadeau original ! S'exclama la jeune femme en le saisissant (avant de se demander qu'en faire et où le poser).
- Vous voilà adoptée, ma chère ! Faites attention à cet honneur, il ne fait pas cela tous les jours.
- Vous m'en voyez flattée, je n'en demandais pas tant, répondit Éléonore en grimaçant, ravie de voir que j'ai passé avec succès le test de la première rencontre. Avec un petit peu de chance, nous en aurons d'autres, je pourrais former toute une collection de petits chevaux.

Après avoir évoqué leurs connaissances communes, en particulier Jacques d'York qu’Éléonore appréciait vraiment, ils en vinrent à évoquer le passé. Au fur et à mesure où les souvenirs resurgissaient à l'esprit de la jeune femme, il lui semblait que sa jeunesse lui était redonnée. Elle se trémoussait sur son siège comme lorsque son hyperactivité la contraignait à être toujours en mouvement et son rire résonnait de plus en plus souvent dans la pièce.

- Je ne pourrais jamais oublier le jour où nous avons eu le droit à un savon parce que nous avions subtilisé les chevaux de votre cousin pour faire une course à travers champs, course que j'avais gagnée bien entendu, qu'est-ce que vous aviez pu m'en vouloir parce que, selon, j'avais été celle qui avait suggéré l'idée ! Tant d'années plus tard, vous pouvez me le dire, vous étiez vexé d'avoir perdu ?
- J'ai aussi un excellent souvenir d'une bataille de boules de neige dans les jardins de Saint-Germain et la fois où j'ai chuté dans les marches. Quelle idée aussi de faire autant de marches pour arriver au château !
- Tout le monde n'est pas aussi maladroit que vous, glissa Éléonore, de toute mauvaise foi car il n'était pas le seul à avoir fait des volées mémorables.
- Les français ont de drôles d'idées à mon sens… Je me demande ce qu'il reste de Saint-Germain depuis que Louis XIV a décidé de s'installer à Versailles. Un de ces jours, il faudra y faire un tour. Du moins avant que je parte car je ne garantis pas mon retour !
- Ne parlez pas de départ, par pitié, sinon je vais être obligée de me fâcher, sourit Éléonore, moi aussi, j'aimerais revoir Saint-Germain. Versailles est bien beau, bien sûr, mais il lui manque ce supplément d'âme que possède le château dans lequel on a passé une partie de son enfance.

Évidemment, la proposition de Morgan de s'y rendre sur le champ ne tarda pas et l'idée de refuser ne traversa même pas l'esprit de la jeune femme. Une idée pas forcément très sage ? C'était pour elle. Aussitôt dit, aussitôt fait, elle bondit de son siège, reprit son manteau de fourrure tout en esquissant quelques pas de danse et l'excitation à son comble, elle suivit Morgan sur son cheval au galop pour parvenir jusqu'au domaine de Saint-Germain. Domaine sur lequel régnait un grand silence. Il paraissait s'être comme endormi et la neige l'avait figé de toute éternité. Et bien, se dit Éléonore, en sautant de son cheval, il était grand temps de le réveiller. Et avec les deux grands adolescents qu'étaient les deux amis, aucune tâche ne serait plus facile. La résolution ne fut néanmoins pas tenue car il leur suffit d'approcher le château neuf pour que les souvenirs qu'ils avaient évoqués tout l'après-midi leur sautent à la gorge. Éléonore n'était pas quelqu'un de très émotif mais elle dut refouler les quelques larmes qui menaçaient d'embuer ses yeux. Au loin s'étendait la forêt dans laquelle elle avait passé une grande partie de son temps à cavaler et à apprendre à tirer (chasser était un bien grand mot, les animaux l'entendaient venir à des kilomètres). Et devant eux, il y avait ces immenses escaliers qu'ils gravissaient en courant en espérant ne pas arriver en retard sur l'horaire prévu par la mère de Morgan.

- C'est donc là que vous étiez tombé de manière fort ridicule, ce que j'avais pu rire, murmura Éléonore pour briser la solennité de l'instant et sentir son cœur un peu moins lourd.

Ils se tournèrent l'un vers l'autre et la jeune femme rousse haussa un sourcil provocateur.

- Croyez vous qu'il existe toujours l'inscription que j'avais fait sur un des murs ? Je me demande si quelqu'un l'a déjà remarquée. Allons voir.

Éléonore acquiesça et lui lança une bourrade :

- Je parie tout ce que vous voulez que j'arrive là-haut la première. Depuis combien de temps n'avez-vous pas fait d'exercice, ô monsieur l'ambassadeur, trop occupé aux banquets et au vin qui coule à flots ?

Sans même attendre sa réponse, elle s'élança d'une course légère malgré ses jupons et sa fourrure et se retourna juste pour s'assurer qu'il la suivait et lui crier une dernière bravade :

- Et faites attention à ne pas vous mélanger les pieds comme vous en avez l'habitude !

Les marches étaient bien trop nombreuses pour qu'ils ne s'essoufflent pas vite, aussi arrivèrent-ils à bout de force jusqu'au pied du château. Éléonore dut faire une pause pour reprendre sa respiration et les joues rosies par l'effort, elle adressa un sourire facétieux à son ami :

- Pas mal du tout, finalement... Pour un Anglais ! Allons voir ces inscriptions, vous souvenez-vous de l'endroit exact où elles se trouvaient ?

La jeune rousse suivit Morgan dans le dédale du château. Il hésita quelques instants mais ils retrouvèrent très vite l'endroit exact où on pouvait toujours lire « Stuart représente » (comme ça, on savait tout de suite où chercher les responsables de la dégradation). Éléonore passa le pouce sur le « E » qu'elle avait demandé à Morgan de graver dans le bois à l'époque puis la date « 1653 ».

- S'il vous plaît, inscrivez « 1667 » aujourd'hui, que chacun puisse voir que nous sommes revenus ici... Morgan, s'il vous plaît !

Cela lui semblait soudain d'une importance capitale, elle insista tant et si bien que son ami finit par s'exécuter. Mais à peine avait-il tracé le chiffre sept qu'Eléonore entendit un bruit suspect. Par réflexe, elle saisit la main du jeune homme, comme elle avait tant l'habitude de le faire dans leurs jeunes années et l'entraîna à se cacher avec elle derrière la chambranle d'une porte. En osant passer la tête, elle distingua la silhouette d'un garde qui s'éloignait.

- Nous avons eu de la chance, chuchota-t-elle d'un ton mutin, un peu plus et nous étions punis par le roi et envoyés à la Bastille !

Elle le lâcha et s'éloigna dans la direction opposée à celle de l'homme armé qui avait bien failli les surprendre. Ses pas la conduisirent jusqu'à une cour en laquelle elle reconnut le lieu où elle passait toujours pour s'échapper. Ici, lorsque la cour séjournait à Saint-Germain, c'était une foule de serviteurs vaquant à leurs occupations et qui ne prêtaient aucune attention à une gamine rousse insupportable. Éléonore dut cligner des yeux pour s'apercevoir que tout était désert et recouvert d'une épaisse couche de neige que personne n'avait songé à délayer. Elle se retourna avec l'air d'un chasseur cherchant une proie, le regard étrangement brillant, le sourire en coin.

- N'avez-vous jamais rêvé d'avoir un château entièrement vide pour vous seul, Morgan ? Et bien ce souhait se réalise et c'est encore mieux que ce que vous imaginiez puisque je suis là !

Nul orgueil là-dedans, seulement la volonté de le distraire assez longtemps pour que... SPLAF ! Morgan reçut une boule de neige en pleine figure, boule lancée de toutes ses forces par une Éléonore rapide comme l'éclair et en l'occurrence, hilare. La tête de son ami était impayable !

- Je me souviens très bien de cette bataille de boules de neige... Et je me souviens tout particulièrement que c'est moi qui avais gagné !

Se méfiant d'une possible réplique, Éléonore tourna les talons et se mit à courir pour échapper à Morgan, tout en laissant échapper son rire de gamine, irrépressible. Certes, ce n'était pas des plus discrets mais elle ne pouvait s'en empêcher. Après tout, cette journée-là, au diable les conséquences... Après un saut dans le passé, elle avait de nouveau seize ans !
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MessageSujet: Re: [Saint-Germain] On est jamais sages quand on a seize ans !   23.09.12 17:58

Il a beaucoup de choses qui pouvaient changer en ce monde. Des empires tombaient, la Terre était bien plus vaste qu'on ne le pensait, des rois revenaient sur leur trône, acclamé par ce même peuple qui avait assisté avec plaisir à l’exécution de l'ancien monarque … Le monde changeait sauf Éléonore Sobieska, et c'était tant mieux. Morgan sourit lorsqu'il la vit entrer en poussant son valet, sans faire attention aux convenances. Elle était simple, naturelle et malgré les années, elle gardait cette fraîcheur et ce sourire qu'il lui connaissait depuis qu'ils s'étaient liés d'amitié pendent leur exil respectif. Lui avait sûrement beaucoup plus changé. La polonaise avait connu un adolescent qui ne faisait pas de grosses vagues, un peu agitateur mais généralement sage, même s'il laissait souvent embarquer dans des bêtises de son âge. Elle l'avait connue au moment où Morgan était encore assez heureux, les années en France étaient les plus joyeuses à ses yeux. Éléonore n'avait pas vu la déchéance de l'anglais au fil des exils et des défaites, où la bataille des Dunes fut le fond du gouffre. Elle ne l'avait pas vu non plus après la Restauration, le moment de gloire des anglais où Richmond a complètement changé : le jeune homme sage et assez responsable avait décidé de profiter de la vie. Un peu trop fort, un peu trop vite. Et Morgan était devenu celui que tout le monde connaissait : un coureur de jupons, un fêtard et un homme irresponsable. Enfin, pas si irresponsable puisque le roi d'Angleterre lui confiait des missions à l'étranger, sachant qu'il serait mieux se tenir lorsque son cousin avait quelque chose pour s'occuper. Non, Éléonore avait toujours en tête l'ancien Morgan et, pour l'anglais, cela était bénéfique, permettant d'oublier une partie de sa vie le temps qu'elle soit là.

« Serait-ce donc votre fils ? J'ignorais que vous en éleviez un ici. Comme quoi, on ne peut jamais échapper à sa famille. »
« Les Stuarts sont partout, vous le savez bien. Et mon petit Andrew est bien mieux ici qu'à Londres. » répondit l'anglais avec un petit sourire.

Certes, le prénom ne fut pas le meilleur choix que Morgan ait pu faire, surtout le dire à son amie mais voilà l'enfant baptisé ainsi, il fallait vivre avec. Le petit qui était bien sage, toujours à jouer sans que grand chose ne le perturbe. De ce côté là, Richmond était content de ne pas avoir un gamin tyrannique et agité, qui courrait partout et serait insaisissable. Alors qu'ils discutaient, ce même enfant se leva pour faire un cadeau à Éléonore qui ne s'y attendait visiblement pas et se demandait sûrement quoi faire du petit cheval de bois qu'elle tenait dans les mains, ce qui amusa davantage Morgan qui rit franchement.

Puis la conversation reprit, à parler de tout et rien, de connaissances communes, dont Jacques d'York, où Morgan lui parla du mariage de celui-ci et ses nombreux enfants, sans oublier celui qui allait naître bientôt. La procréation de la famille Stuart était très fertile, il n'y avait qu'à voir le nombre d'enfant de Charles et Jacques pour le comprendre, Morgan faisait pâle figure à côté avec ses deux enfants (enfin trois, mais ce dernier il ne le connaissait pas encore) ! Et de fil en aiguille, le passé resurgit. Saint-Germain fut l'abri des Stuart pendant un certain temps, ce château, ils le connaissaient sur le bout des doigts, la polonaise aussi car elle les avait rejoints en 1652, pile la bonne période où tout n'était qu'amusement et insouciance. La période où ils avaient seize ans en somme. Et c'est là que la proposition de balade tomba et les deux amis partirent pour Saint-Germain, une balade comme une autre, une petite balade dans le temps.

Le château était désert à première vue, aucun garde ne les pria de s'en aller alors ils firent comme s'ils étaient chez eux, comme autre fois, et se rendirent jusqu'aux marches. Alors que Morgan leva les yeux vers toutes ces marches en se remémorant des souvenirs, Eléonore fut plus terre à terre.

« C'est donc là que vous étiez tombé de manière fort ridicule, ce que j'avais pu rire. »
« Ce n'était pas drôle, je m'étais fait mal ! » s'indigna faussement Morgan.
« Je parie tout ce que vous voulez que j'arrive là-haut la première. Depuis combien de temps n'avez-vous pas fait d'exercice, ô monsieur l'ambassadeur, trop occupé aux banquets et au vin qui coule à flots ? »

Il n'eut pas le temps de répliquer qu’Éléonore s’élança dans les escaliers. Piqué dans son orgueil, surtout quand elle rajouta une petite boutade sur le fait de ne pas tomber, Morgan tenta de la rattraper et grimpa à son tour les escaliers à vive allure. Dans ses souvenirs, ces marches étaient bien plus faciles à monter ! Comme quoi, nos souvenirs ne sont pas toujours exacts. Mais l'anglais était toujours en bonne forme et il rattrapa presque son amie, qui avait eu la chance (ou la tricherie) de partir avant lui. Mais devant le château, les deux se retrouvèrent essoufflés, mais avec le sourire.

« Pas mal du tout, finalement... Pour un Anglais !
« C'est que je garde tout de même la forme … entre deux banquets. » s'amusa t'il.
« Allons voir ces inscriptions, vous souvenez-vous de l'endroit exact où elles se trouvaient ? »
« Par ici. »

Et cette fois c'est Morgan qui conduisait le petit cortège. Il s'en souvenait parfaitement bien de ce jour où ils avaient inscrit sur le mur leur présence. C'était à l'abri des regards mais tout en pouffant de rire alors que l'anglais tentait de faire ça proprement. Dans un angle du mur, il y était toujours ce fameux Stuart représente et le E de la polonaise. Un M se trouvait un peu plus loin, ainsi qu'un J. Oui Jacques était aussi de la partie, bien qu'il s'était indigné au premier abord de faire un petit vandalisme. Et aujourd'hui, ils recommençaient. Sans Jacques, avec quelques années de plus : la jolie rousse voulait tellement inscrire cette nouvelle date que Richmond préféra ne pas lui tenir tête et le fit de bon cœur. Peut être que quelqu'un verra un jour ces traces du passé et s'en amuseraient de voir que certaines personnes venaient sur leur ancien lieu de délit. Mais ils n'étaient pas seuls, un garde se fit entendre dans sa ronde. Vite se cacher !

« Nous avons eu de la chance, un peu plus et nous étions punis par le roi et envoyés à la Bastille ! »
« Ou on aurait pu l'assommer et s'enfuir comme des voleurs. Je préfère ma solution. »

Adieu la trentaine pour les deux, ils agissaient vraiment comme des adolescents et réalisaient un petit rêve d'avoir pour eux un château vide. Ni Versailles, ni Hampton Court ou WhiteHall ne seraient si vides, il fallait en profiter et continuer l'exploration dans le passé. Alors les voici à passer des salles et des couloirs qu'ils avaient emprunté de nombreuses fois il y a plus de dix ans. Rien ne changeait vraiment, c'était juste vide, de personnes mais pas de souvenirs. Leurs pas furent guidés jusqu'à une cour enneigée. Morgan écoutait distraitement ce que disait son amie avec un petit sourire en levant les yeux au ciel quand tout à coup PAF ! Une boule de neige atterrit sur son visage, le surprenant au plus haut point.

« Je me souviens très bien de cette bataille de boules de neige... Et je me souviens tout particulièrement que c'est moi qui avais gagné ! »
« Ah non, il ne faut pas croire que vous avez toujours gagné ! Vous ne gagnerez pas celle-ci ! »

Et alors qu’Éléonore repartait dans le château en riant, Morgan fit une grosse boule de neige et partit à sa poursuite pour la lui lancer. Au diable les gardes et les conventions, on n'est jamais sérieux quand on a seize ans ! Mais qu'elle était rapide ! Pourtant, lorsqu'elle embringua sur le grand couloir, Richmond visa parfaitement bien pour viser l'arrière de sa tête où la boule s’écrasa et étala de la neige sur la chevelure et le manteau. Cela fit rire l'anglais aux éclats, ne pensant même plus qu'ils étaient dans un château qui n'était pas le leur. Mais la réalité les rappela à l'ordre et une voix se fit entendre.

« Qui va là ?!! »

Et une silhouette un peu plus loin fondit sur les deux amis. Ni une ni deux, Morgan prit la main d’Éléonore pour s'enfuir à nouveau. L'homme était bien mal tombé car ces deux là connaissaient le château comme leur poche ! En tournant par ici à gauche et par là à droite, Morgan ouvrit une porte donnant sur une chambre. C'était celle de Jacques auparavant mais la décoration avait changé. Mettant un doigt sur sa bouche pour faire silence, il ouvrit doucement une autre porte, donnant sur un couloir et un escalier menant à l'étage où il s'y engouffra suivi de la jeune femme. L'étage supérieur était vide au premier abord. C'était leur étage, là où ils logeaient auparavant. De nombreux souvenirs revinrent en tête et Richmond eut un petit sourire amusé et mélancolique à la fois.

« C'est étrange comme cela n'a pas changé … Avançons pour éviter que l'autre nous trouve. »

Et c'était reparti pour l'exploration des lieux. Mis à part quelques changements de meubles ou certains qui étaient partis à Versailles et la poussière, l'endroit était encore comme dans ses souvenirs. Ils poussèrent quelques portes pour entrer dans d'anciens salons d'anglais, des chambres de personnes qu'ils avaient connu. Morgan s'arrêta dans la pièce qui fut la sienne et eut une bouffée de nostalgie. Il était si loin l'adolescent qu'il fut dans ces années là … Puis les pièces continuèrent et les anecdotes aussi.

« Je me souviens du jour où vous aviez volé mon arme pour vous entraîner et que vous aviez choisi cette statue pour cible. Heureusement vous l'avez raté et j'étais contraint de vous emmenez à la chasse ! J'espère que vous vous êtes améliorée depuis le temps ! » lâcha Morgan sur un ton moqueur.

Mais la tranquillité fut de courte durée car des pas se firent entendre. Et cette fois, ils étaient plusieurs. Il fallait trouver une autre cachette !


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MessageSujet: Re: [Saint-Germain] On est jamais sages quand on a seize ans !   05.10.12 1:41

En s'élançant à toutes jambes à l'intérieur du château pour échapper à une possible revanche de Morgan, Éléonore eut une forte impression de déjà-vu. Elle avait fait un saut dans le passé, de quinze ans précisément pour retrouver la jeune fille complètement insouciante qu'elle était alors. Elle aurait aimé retrouver ce temps-là. C'était sans doute paradoxal : à l'époque, la Pologne était en pleine guerre contre les révoltés hongrois et les cosaques, son frère venait d'être assassiné tandis que les Stuarts présents à Saint-Germain avaient été chassés par une révolte sanglante de leur peuple. A l'heure actuelle, elle était la sœur d'un des plus puissants seigneurs de son royaume et Morgan était le cousin du roi d'Angleterre. Et pourtant. Elle aurait aimé effacer toutes ces années de batailles, de douleurs, de morts et de deuils. Les effacer d'un trait de plume pour retrouver ses rêves d'enfant, le droit de ne pas rester en place et de se laisser aller à des jeux proprement stupides comme cette bataille de boules de neige. Les effacer pour retrouver une vie non peuplée de regrets et de fantômes. Toujours riant aux éclats sans prêter aucune attention au fait qu'ils pourraient se faire remarquer, Éléonore se retourna à demi pour voir s'il se rapprochait... C'était en effet le cas, il n'avait pas lâché le morceau et continuait à la poursuivre. Sans doute, s'imaginait-il qu'elle n'avait pas changé. Comme elle voyait toujours en lui le jeune homme de leur adolescence, responsable et sage mais qu'elle arrivait toujours à entraîner dans ses bêtises. Elle ignorait tout ce qu'il avait vécu même si elle en avait eu des échos comme cette terrible lettre de son frère lui narrant ce qui s'était produit à la bataille des Dunes, même si elle avait entendu parler de lui dans des termes dans lesquels elle ne le reconnaissait pas. Mais elle aussi n'avait pu rester cette jeune fille. Elle en avait connu des épreuves depuis ce temps, elle avait perdu toutes ses illusions sur la vie et le bonheur. Elle se contentait de profiter du temps présent car sinon les regrets l'auraient terrassée. Oh non, il ne devait pas voir cela en elle, elle n'était qu'une sorte de souvenir pour lui. Mais finalement ce n'était pas plus mal car cela permettait à la Polonaise de revivre des moments qu'elle croyait à jamais perdus, de ne pas les laisser complètement s'en aller. C'était si agréable d'imaginer, l'espace d'un après-midi, qu'elle avait quinze ans de moins !

Ce fut au moment où elle pensait avoir échappé à son poursuivant qu'elle sentit un choc derrière son crâne et le froid l'atteindre de plein fouet. Elle s'arrêta soudain et fit volte-face pour lancer un regard furieux à Morgan qui gloussait stupidement. De sa main, elle secoua sa chevelure flamboyante, totalement défaite par ailleurs et désormais mouillée, et son manteau dans l'espoir de faire tomber le plus gros de neige. Tout en s'exclamant un « vous allez me le payer », elle se précipita sur lui pour frapper la poitrine du jeune homme de ses poings, dans un simulacre de bagarre dans laquelle elle n'avait aucune chance vu son petit gabarit. Sans doute surpris par tant de vindicte, il recula de quelques pas au départ, elle réussit même à le coincer contre un mur mais il la repoussa facilement, tout en se défendant mollement :

- Qui va là ?

Cette simple phrase eut l'effet d'une douche froide sur Éléonore qui s'interrompit mais continuait à darder un œil noir sur son ami. Elle n'eut pas le temps de fondre en autre reproches car Morgan lui avait de nouveau saisi la main pour repartir dans une course effrénée. A croire qu'ils s'entraînaient pour quelque compétition sportive ou pour échapper à tous les ennemis – car à eux-deux, ces derniers étaient plutôt nombreux. La jeune femme commençait à être essoufflée mais le jeune homme la conduisait sans prendre de pause jusque dans les méandres des couloirs de la demeure royale. Malgré le temps qui avait passé, il semblait se souvenir parfaitement de ceux-ci. Il fallait dire qu'ils avaient passé du temps à s'y pourchasser ! Éléonore elle-même avait, pour des raisons personnelles, une grande connaissance des passages réservés aux domestiques, vestige de l'époque où elle aimait fuir Éléonore du Portugal sous le nez de celle-ci – et à sa grande fureur. Toutefois, au moment où il ouvrit une porte qui donnait sur une chambre, elle ne comprit pas immédiatement l'endroit où il les avait menés. La décoration y était absolument affreuse, digne de la mère de Morgan mais la jeune fille reconnut la pièce allouée à Jacques d'York. Les murs avaient été entièrement refaits depuis leur départ et quelque part, cela l'attrista. C'était comme si on avait voulu effacer les traces de leur passage. Mais l'Anglais ne s'arrêta pas et ouvrit une porte dérobée qui menait à l'étage. Cette fois-ci, en pénétrant dans les chambres, Éléonore sut ce qu'elle allait y trouver et une vague de nostalgie s'empara d'elle, formant une boule dans sa gorge. Il s'agissait de leurs anciens appartements.

- C'est étrange comme cela n'a pas changé … Avançons pour éviter que l'autre nous trouve.

Éléonore, incapable de dire un mot, acquiesça et détourna le visage, lâchant enfin la main de son ami, afin de dissimuler les larmes qui faisaient briller ses yeux. Elle n'était pas sentimentale, pourtant. Pourquoi cet endroit, presque vide car on avait visiblement décidé d'affecter leurs anciens meubles à d'autres usages, lui causait-il un tel chagrin ? Était-ce simplement parce que c'était le lieu où elle avait vécu ses plus beaux souvenirs, où elle avait connu l'amour pour la première et unique fois, où elle avait été pleinement heureuse ? Cela ne lui ressemblait pas mais elle laissa parler Morgan pour évoquer leurs souvenirs communs et sans une parole, elle lui reprit la paume comme pour se rassurer et le remercier d'être là. Il dut sentir son émotion car les anecdotes devinrent plus drôles et au travers de sa forte mélancolie, Éléonore laissa échapper plusieurs fois des éclats de rire puis se mit elle-aussi à narrer certaines de ses aventures au sein de ces pièces. Ils évitèrent soigneusement la chambre qui avait été celle d'Andrew et dans laquelle ils avaient fauté – la jeune femme apprécia l'attention de son ami – et finirent par pénétrer dans le salon d’Éléonore du Portugal. Retrouvant pour la première fois depuis de longues minutes le sourire, la jeune femme expliqua à son ami :

- Cet endroit n'évoque pas forcément de bons souvenirs pour moi, figurez-vous... Combien de fois j'ai été enfermée ici par votre mère alors que je rêvais de m'échapper pour aller m'amuser avec vous ou Jacques ! C'était de la simple torture, votre mère avait des dons de bourreau qu'elle aurait du exploiter sur d'autres personnes que moi, si vous voulez mon avis. Je me mettais près de la fenêtre ici même pour rêvasser en regardant l'extérieur.. Oui, comme une princesse qui attend patiemment que son prince charmant vienne la délivrer tout en brodant selon les instructions du dragon qu'était votre mère. Ne riez pas, je suis tout à fait crédible en princesse des contes de fées, ne trouvez-vous pas ? Heureusement, il arrivait parfois que vous passiez par ici et que je puisse vous suivre dans vos méfaits... C'était certes un peu décevant par rapport au prince attendu mais quand on est désespéré comme je l'étais, on se contente de ce qu'on a sous la main, termina-t-elle en le taquinant et lui lançant une bourrade amicale.

Faire un peu d'humour était un moyen de d'ôter ce poids qui pesait sur ses épaules. Le moment de nostalgie était bien passé et effacé. Comme si elle l'avait déjà oublié, elle avait retrouvé son enthousiasme et une expression joyeuse qui se transforma en moue quand le jeune homme décida de se moquer gentiment d'elle à son tour en lui désignant cette fameuse statue de quelque philosophe grec ou romain qui passait toute envie de plaisanter sinon à son détriment :

- Je me souviens du jour où vous aviez volé mon arme pour vous entraîner et que vous aviez choisi cette statue pour cible. Heureusement vous l'avez raté et j'étais contraint de vous emmener à la chasse ! J'espère que vous vous êtes améliorée depuis le temps.

Éléonore leva les yeux au ciel de manière théâtrale et ne put s'empêcher de penser que décidément... Il n'avait aucune idée des années qu'elle avait passé loin de lui ! Sa pratique des armes lui avait plusieurs fois sauvé la mise. Sujet dangereux et auquel elle ne désirait pas penser, aussi choisit-elle de botter en touche :

- J'essayais de rendre service à votre mère, ce buste est une horreur absolu, d'ailleurs si ses propriétaires, probablement le roi, l'ont laissé ici, c'est qu'il y a une raison... Ils ont meilleur goût qu'elle !... Je l'ai certes raté mais Jacques a bien failli rejoindre l'autre monde. Il essayait de m'empêcher de tirer aussi, quelle idée de se mettre sur la trajectoire !... J'espère avoir un jour l'occasion de vous montrer que je me suis améliorée, j'ai eu un peu d'entraînement depuis ce temps.

Mais décidément, ils ne pouvait jamais être tranquilles dans ce château. Des bruits de pas venaient vers eux, sans doute leur conversation devait se faire entendre de loin et les avait fait repérer. Cette fois-ci, la situation était plus grave – mais non pas moins drôle. Le regard d’Éléonore se dirigea automatiquement vers la porte de service que l'on distinguait à peine à cause des boiseries et d'un pas rapide mais léger, elle alla l'ouvrir et fit passer Morgan devant elle avant de la refermer sur eux. Le couloir était bien noir mais une fois la vision de la jeune femme habituée, elle prit cette fois-ci la tête de la petite expédition tout en réfléchissant à toute allure :

- Il faut nous rendre là où ils ne nous trouveront jamais... Ils doivent s'attendre à ce que nous fuyions et nous attendre en bas. Il faut donc monter !

Inutile de revenir sur la logique de ce raisonnement, Éléonore s'était déjà élancée vers des escaliers qui montaient. Ceux-ci ne s'arrêtaient plus mais mettaient de plus en plus de distance entre eux et leurs poursuivants. Ils parvinrent rapidement à un escalier moins large, tout de bois vétuste et à l'aspect fragile. La jeune femme n'hésita pas, sachant fort bien ce qu'ils allaient trouver au-delà. Et en effet... Les toits ! Ouvrant la dernière porte qui grinça affreusement, elle fit ses premiers pas sur la neige d'un étroit parapet. Mais elle n'avait pas peur du vide et ne jeta qu'un regard indifférent vers le bas. Éléonore se retourna pour sourire largement à Morgan, toute heureuse de se retrouver ici et de dominer tout le domaine de Saint-Germain. Au loin, on pouvait même distinguer les fumées des habitations parisiennes. Puis à perte de vue, ou presque, la forêt dans laquelle elle avait tant vécu de choses !

- Venez donc, Morgan, la vue est splendide. Un peu plus et on se croirait être un oiseau. Je ne comprends pas pourquoi nous ne sommes jamais venus ici avant. Et nous nous pensions téméraires !

Fermant un instant les yeux, elle prit la peine de prendre une grande inspiration. L'air était glacial mais c'était bien agréable après avoir fait tant d'efforts physiques. Puis elle rouvrit les paupières et fit quelques pas. Mais c'était folie de s'avancer encore, évidemment, elle glissa sur une plaque de givre et vacilla dangereusement vers le vide. Une dose d'adrénaline courut dans son sang, elle ne put s'empêcher de pousser un cri d'effroi et dans un suprême effort, elle lança son bras droit en direction de son ami pour qu'il la rattrape. Cela aurait été bien dommage de mourir de cette manière stupide !
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MessageSujet: Re: [Saint-Germain] On est jamais sages quand on a seize ans !   13.10.12 19:12

Il n'y a rien de pire que la nostalgie. Il est presque impossible de la combattre quand elle vient à nous et une fois la bouffée d'oxygène d'une bonne période est aspirée, on n'en ressort abattu, en se disant que cette période est révolue, qu'on ne la revivra plus, que les meilleures années sont déjà loin derrière nous. Cette nostalgie affecte à différents niveaux et certains ont bien du mal à la vivre et n'arrangent pas les choses en se laissant tomber dedans jusqu'à suffoquer. C'est parfois ce que faisait Morgan : il repensait à cet exil français, les années de ses quinze-seize ans, tous ces jeux, cette insouciance et ces jeux, tous les rires jusqu'à en avoir mal au ventre et tous ces bons moments. Puis il revenait au temps présent et remarquait qu'il n'avait plus grand chose. A l'époque, il faisait parti d'une famille royale déchue mais unie puis il avait des amis, une joie de vivre qui le quittait rarement ; aujourd'hui, certes son cousin était remonté sur le trône mais des passages de sa vie l'avait brisé à jamais. Alors pour oublier, il buvait, repensait et s'enfouissait dans une spirale infernale dont il était impossible à sortir. Non, Richmond ne vivait jamais bien la nostalgie et s'il avait été seul à Saint-Germain aujourd'hui, pas sûr qu'il aurait réagi de la même façon.

Heureusement, il y avait Éléonore, cette rousse flamboyante qui était une des personnes avait qui il avait passé ces bons moments dans ce château, elle avait contribué à faire de ses années les plus belles de sa vie. Et si chacun avait sa boule au fond de la gorge en retrouvant leur étage, là où ils avaient vécu leur adolescence, la présence de la polonaise rassurait Morgan, il en avait besoin. Grâce à elle, l'anglais régressait à ses seize ans et vivait bien, ses peurs et ses ratés n'existaient plus en cet instant. Ce sentiment, il voulait le garder le plus longtemps possible, cette sensation de liberté et de se sentir léger. Pendant quelques heures, il serait libre de lui-même, jeune et heureux, cette remontée dans le temps ne pouvait que lui être bénéfique. Ainsi, ils traversèrent les pièces où ils avaient laissé leurs souvenirs. La décoration avait changé, les meubles avaient bougé ou n'étaient plus là mais la trace de leur passage était indélébile dans leurs cœurs, à tout jamais. Jamais Morgan ne pourrait oublier ses instants passé à Saint-Germain. Jamais. En passant dans l'ancien de sa mère, le Stuart eut un petit sourire, se rappelant à quel point elle avait si mal décoré cet endroit et à quel point rester ici était d'un ennui, provoquant à plusieurs reprises des fous rires nerveux entre Morgan et Jacques, parfois aussi la jeune polonaise alors qu'Eleonor du Portugal les sommait de se tenir tranquille. Et la belle rousse aussi avait de quoi dire sur l'endroit.

Je me mettais près de la fenêtre ici même pour rêvasser en regardant l'extérieur.. Oui, comme une princesse qui attend patiemment que son prince charmant vienne la délivrer tout en brodant selon les instructions du dragon qu'était votre mère. Morgan se mit à rire sous le regard d’Éléonore. Ne riez pas, je suis tout à fait crédible en princesse des contes de fées, ne trouvez-vous pas ? Heureusement, il arrivait parfois que vous passiez par ici et que je puisse vous suivre dans vos méfaits... C'était certes un peu décevant par rapport au prince attendu mais quand on est désespéré comme je l'étais, on se contente de ce qu'on a sous la main.
Vous êtes une piètre menteuse, vous étiez toujours ravie de me voir, je me souviens de vos sourires quand j'entrais dans la pièce. Je n'étais, certes, pas le prince idéal mais vous en étiez bien contente ! rétorqua Morgan avec un large sourire.

Quand il passait cette porte, c'était souvent pour emmener la jeune femme faire un tour, la sortir de ce salon, au grand bonheur des deux femmes, la polonaise pour s'enfuir de cet endroit et sa mère qui allait avoir un peu de calme, surtout quand Eléonore s'entraînait à tirer sur une statue qui était, elle, toujours présente.

Je l'ai certes raté mais Jacques a bien failli rejoindre l'autre monde. Il essayait de m'empêcher de tirer aussi, quelle idée de se mettre sur la trajectoire !... J'espère avoir un jour l'occasion de vous montrer que je me suis améliorée, j'ai eu un peu d'entraînement depuis ce temps.
Pauvre Jacques, vous en aviez fait un peu votre souffre-douleur, répondit Morgan en riant. Je vous rassure, j'ai pris le relais depuis, c'est devenu le mien … A moins que je sois le sien. Enfin bref, je vous emmènerais avec plaisir à la chasse, je veux voir vos progrès, j'espère ne pas manquer de mourir en faisant cela.

Se rendre à la chasse avec la jeune femme, à l'époque, pouvait se montrer risqué ! Cela l'était toujours aujourd'hui, du moins pour les ennemis d’Éléonore … Morgan, sans l'avoir oubliée, n'avait pas véritablement cherché à savoir ce qu'elle avait vécu, il ne connaissait pas sa réputation, avait juste eu vent du complot contre le roi de Pologne où elle avait été exilée, d'où sa raison – en partie – de sa présence à Versailles. Ce qu'il savait en tout cas, c'était qu'il l'avait à nouveau dans sa vie et que cela ne pouvait lui faire que du bien, en témoigne leur sortie du jour. Retrouver sa spontanéité, sa liberté, son envie de s'amuser sans se détruire, c'était si bon que Morgan aimerait garder cette sensation toute sa vie ! Mais pas le temps de souffler, voici encore les gardes à leurs trousses. Si on ne pouvait plus être tranquille dans son ancien chez soi ! Il suivit donc Éléonore vers une petite porte de service, bien plus sombre que ceux qu'ils avaient traversé peu avant et, sans discuter, l'anglais la suivit avec un petit sourire amusé. Il savait où elle allait les conduire, un autre lieu de souvenirs et d'amusements. Alors, sans broncher, lui aussi gravit les marches qui n'avaient plus de fin ! Ce château était décidément bien plus grand que dans ses souvenirs ! Personne ne viendrait les chercher la-haut, sans aucun doute. Et après avoir passé une porte, ils se retrouvèrent dehors, mais au sommet du château, sur les toits ! Ceux-ci étaient enneigés et immaculés, personne ne passait par ici, c'était certain. Lui resta sur le pas de la porte quelques instants, regardant les lieux avec un air attendri mais la jeune femme le tira de ses pensées.

Venez donc, Morgan, la vue est splendide. Un peu plus et on se croirait être un oiseau. Je ne comprends pas pourquoi nous ne sommes jamais venus ici avant. Et nous nous pensions téméraires !
VOUS n'êtes pas venue ici. Moi, si.

Voilà qui était dit. Fermant la porte derrière lui, il s'avança doucement, cela pouvait être dangereux, surtout à cette hauteur. D'ailleurs, la flamboyante rousse en fit les frais en glissant sur le givre et se rattrapa à Morgan qui s'était avancé pour la saisir et la retint en lui enserrant la taille pour la ramener contre lui, en sécurité. Elle était proche de lui, apeurée par cette petite expérience peu plaisante. Cette proximité eut l'effet d'une claque pour l'anglais qui se rappelait à quel point, il avait apprécié la jeune femme à l'époque. En vérité, beaucoup plus qu'une simple amie. Après tout, elle était une magnifique demoiselle de seize ans à l'époque, pleine de vie et souriante, comment résister ? Jamais Morgan n'avait eu le courage de lui avouer quoi que ce soit, ayant peur de briser une amitié et ne savait pas vraiment s'y prendre avec les filles, pas comme aujourd'hui. Puis il y avait eu Andrew, Richmond avait vu l'histoire d'amour entre son amie et son frère naître et s'était écarté, un peu déçu, le cœur brisé mais c'était sa faute après tout, il n'avait jamais osé le dire à qui que ce soit. Et avait décidé d'oublier … cela revenait aujourd'hui alors qu'il la regardait. Doucement, il se détacha et eut un petit sourire.

Vous aimez toujours autant le danger ! Je connais les lieux, je sais par où vous emmener. Suivez moi.

Cette fois, il était le guide, et l'entraîna de l'autre côté, marchant doucement pour ne pas être la victime du givre à son tour. L'endroit était magnifique, tout comme la vue. Sa préférée se trouvait un peu plus loin, on y voyait la Seine et Paris au loin. Il retrouva le parfait endroit, avec une coursive en pierre et s'appuya sur la rambarde avec un petit sourire et se tourna vers Éléonore.

Ici était l'endroit où Jacques emmenait ses conquêtes à en devenir pour jouer le grand romantique. Cela fonctionnait plutôt bien, il était un véritable bourreau des cœurs. J'ai suivi sa technique par la suite. J'étais bien moins bon que lui mais j'avoue que de grimper sur les toits avait quelque chose de romanesque. La vue était splendide, recouverte de neige et son regard s'y tourna. Vous comprenez pourquoi on ne vous y a pas emmené même si …

Il se tut et baissa les yeux et parut un instant intimidé. Devait-il lui dire ? Oh, il y avait prescription après tout et après un petit rire nerveux – comme quand on a seize ans – Morgan finit par avouer :

Ne riez pas mais à l'époque, j'avais une certaine … inclination pour vous. Alors si je vous aurais monté ici, cela n'aurait pas été sans une idée derrière la tête …

Finalement, il releva le regard et se tourna vers la jeune femme pour voir sa réaction. On pouvait bien en parler quinze ans après, cela était aussi un souvenir comme un autre … Et la nostalgie n'était pas si mal finalement.

______________________

I've lost a lot a in this game. Another everyday face with no name, I'm not selling misery, so would you stay around with me. I know that you are afraid, the traces of war linger on my face but I'm not selling misery, maybe some day I'll feel home again.


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MessageSujet: Re: [Saint-Germain] On est jamais sages quand on a seize ans !   30.10.12 3:27

Le moment d'émotion était passé grâce à l'évocation de souvenirs plus amusants et Éléonore en fut soulagée. Elle détestait se replonger dans son histoire et si les années qu'elle avait vécues à Saint-Germain étaient sans nul doute les plus belles de son existence, elles étaient entachées de puissants regrets. La jeune femme ignorait exactement ce qu'elle avait à se reprocher, d'être tombée amoureuse, d'avoir fini par refuser le mariage, d'avoir passé une nuit dans la chambre d'Andrew ou d'avoir refusé qu'on dise quoi que ce soit de sa grossesse au jeune homme car elle n'avait jamais pris la peine de se poser la question et d'y réfléchir. Parfois il était moins douloureux de faire abstraction de ce qui avait mal tourné pour se concentrer sur les événements les plus heureux. Morgan l'avait compris et avait décidé de la taquiner, notamment sur ses aptitudes de chasse. Éléonore sentit une vague de reconnaissance l'envahir, sans savoir que lui-même ne désirait pas remuer les regrets et qu'il en souffrait peut-être plus qu'elle. Car elle avait trouvé un échappatoire efficace à la mélancolie : l'envie de vivre intensément, de profiter de chaque instant pour trouver une raison de rire ou de s'amuser, de se donner des objectifs pour donner un sens à son existence. Et elle était ravie d'avoir trouvé en Morgan le compagnon de jeux idéal. Il ne la connaissait pas sous son surnom de veuve noire ni comme l'intrigante qui mettait la pagaille dans les cours européennes. Non, lui ne voyait que cette facette-là d'elle et c'était si agréable ! Et puis il fallait bien avouer qu'il y aussi là-dessous une question de fierté, elle ne voulait pas qu'il la voie les larmes aux yeux. Surtout lui qui l'avait toujours connue si affirmée et si solide. C'était peut-être stupide mais Éléonore avait l'impression de se livrer en montrant son chagrin. Le rire au moins ne lui coûtait rien.

- Venez donc, Morgan, la vue est splendide. Un peu plus et on se croirait être un oiseau. Je ne comprends pas pourquoi nous ne sommes jamais venus ici avant. Et nous nous pensions téméraires !
- VOUS n'êtes pas venue ici. Moi, si.

Une telle réplique prononcée avec une certaine arrogance par le jeune homme aurait normalement dû lui valoir un coup d’œil courroucé de la part d’Éléonore ainsi qu'un reproche acerbe. Elle avait passé tant de temps à explorer les lieux avec Morgan et son cousin Jacques, et en particulier ceux qui étaient les plus improbables pour des adolescents de seize ans comme la forêt voisine ou les passages des domestiques, comment cela était-il possible qu'ils lui aient dissimulé des secrets, qu'ils l'aient mise à l'écart ? Pire encore, elle qui était si aventurière et si casse-cou, on lui avait caché l'existence d'un tel endroit où tant de bêtises semblaient possibles et qui surtout... Il fallait bien l'avouer, offrait une vue splendide et une impression de liberté que rarement Éléonore avait ressentie. A moins que cette liberté ne soit due au fait de se trouver là sans autorisation après être entrée en effraction dans un château avec son ami de jeunesse. Mais elle ne tenait pas à trancher cette question immédiatement car elle sentait étrangement trahie par la révélation que Morgan venait de lui faire. Mais fort heureusement pour les oreilles du jeune homme – et malheureusement pour le pauvre cœur de la jeune femme, au moment où, vexée, elle allait répliquer, elle glissa sur une plaque de verglas et vacilla de manière dangereuse vers le vide.

Elle n'était pas de nature peureuse mais sentit une vague d'adrénaline parcourir ses veines, en voyant la terre recouverte de neige en contrebas et en l'imaginant se rapprocher à toute allure. La jeune femme ferma à demi les yeux, prête à rejoindre plus tôt que prévu le rez-de-chaussée et les gardes sans doute toujours lancés à leur recherche – au moins, ils pourraient dire que leur office était efficace – quand elle se sentit saisie par la taille et ramenée sur un sol moins glissant. C'était Morgan qui s'était avancé à temps et la serrait doucement contre lui, sentant probablement les tremblements qui s'étaient emparés de son corps. Malgré elle, elle eut un rire nerveux et se cramponna à lui. Ils n'avaient jamais été si proches l'un de l'autre et sans doute cela aurait-il était inconvenant en d'autres circonstances mais lorsque l'on a seize ans, rien de tout cela ne revêt une quelconque importance. La présence de l'Anglais rassurait la jeune femme et elle apprécia sa poigne ferme qui la guidait vers des endroits moins risqués pour une Polonaise casse cou. Mais bientôt, il la lâcha et s'adressa à elle avec un sourire moqueur qui lui rappela qu'il lui avait dissimulé des secrets :

- Vous aimez toujours autant le danger ! Je connais les lieux, je sais où vous emmener. Suivez-moi.

Éléonore, dès qu'elle eut retrouvé sa liberté de mouvement, avait déjà oublié l'épisode et recommençait à babiller en calquant son pas sur celui de son guide :

- Je voulais tester vos réflexes et voir si vous étiez un réel gentilhomme prêt à se jeter dans le vide pour sauver une demoiselle en détresse. Évidemment, tout était prémédité. Vous avez réussi, comme quoi si vous continuez dans cette voie, vous allez finir par faire figure de parfait prince charmant à défaut de l'avoir été il y a treize ans ! Car quel prince digne de ce nom n'aurait-il jamais parlé de l'existence d'un tel endroit à son amie ?... Mais allez-vous enfin m'expliquer pourquoi vous connaissez si bien ces lieux alors que je n'ai jamais l'honneur d'être initiée à leurs secrets ? Je pensais pourtant que nous ne nous cachions rien ! Mais où me menez-vous ? Compléta-t-elle avec une voix faussement indignée.

Elle se tut enfin lorsqu'il lui désigna une petite coursive sur la rambarde de laquelle il s'appuya pour regarder au loin. Il fallait avouer que c'était l'emplacement parfait, comme une petite alcôve dans un grand appartement de Versailles mais là, ce lieu secret et interdit était ouvert aux quatre vents, offrant même une vue sur la lointaine Paris et sur le cours de la Seine qui serpentait entre les champs couverts de neige. L'impatiente Éléonore aurait été capable de rester là tant le coup de cœur qu'elle ressentit fut fort. Un blanc manteau recouvrait tout devant ses yeux et tout paraissait s'offrir à elle, un monde en sommeil, couvert de possibilités. Morgan observait sa réaction avec un demi-sourire et la jeune femme détourna le regard, cherchant à lui montrer par là qu'elle lui en voulait encore de cette trahison. Certes, ils n'avaient jamais passé tout leur temps ensemble – malheureusement Éléonore du Portugal obligeait parfois sa pupille à rester parmi les dames comme cela devait se faire – mais la Polonaise avait toujours eu du mal à imaginer ce que Morgan et Jacques pouvaient bien faire quand elle n'était pas avec eux. Sans doute étaient-ils quelque part ravis de ne plus avoir ce fardeau pendant quelques heures avant qu'elle ne retourne les agacer.

- Ici était l'endroit où Jacques emmenait ses conquêtes à en devenir pour jouer le grand romantique, expliqua l'Anglais sans qu'elle eut à insister, cela fonctionnait plutôt bien, il était un véritable bourreau des cœurs. J'ai suivi sa technique par la suite. J'étais bien moins bon que lui mais j'avoue que de grimper sur les toits avait quelque chose de romanesque.

Malgré sa volonté de bouder, Éléonore ne put s'empêcher d'éclater de rire devant cette explication. Ainsi... Jacques allait séduire les donzelles et utilisaient ce genre d'argument absolument cliché et revu pour les convaincre de lui accorder un baiser ? Bon, en toute honnêteté, le lieu était bien choisi – elle-même aurait peut-être craqué - et elle était prête à parier que Jacques choisissait le moment du coucher de soleil pour convaincre la jeune fille qu'il était un grand romantique. Son hilarité finit par se calmer et elle répliqua d'une voix amusée :

- Sacré Jacques.... ! Je pense qu'à l'époque, j'aurais été en peine de le croire mais avec le recul, il me semble évident qu'elles tombaient toutes dans ses filets avec ce sourire ravageur que vous partagez tous chez les Stuarts. Et chacune devait se sentir bien privilégiée de venir ici, c'était le piège ultime... En quelque sorte, c'était un peu un privilège, je n'y ai jamais eu le droit alors que j'étais l'amie à laquelle vous teniez tant, ne cherchez pas à mentir !... J'aimerais tellement pouvoir revoir ce bon vieux York, tiens, peut-être que l'un de nous trois a réussi à vraiment grandir.

Éléonore s'appuya à son tour sur la rambarde sans réellement attendre de réponse, juste pour profiter du vent froid qui venait fouetter son visage et qui lui rappelait un peu la Pologne et ses plaines de glace. Elle ne se rendit donc pas immédiatement compte que Morgan se taisait et semblait chercher ses mots.

- Vous comprenez pourquoi on ne vous y a pas emmené même si...

Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu'il sous-entendait et détourna son regard du paysage pour le reporter sur lui. Très étrangement, il paraissait presque intimidé et c'était une expression très rare sur le visage du jeune homme. Bien plus, il émit un rire nerveux qui montrait ainsi qu'il n'osait se jeter à l'eau et avouer ce qu'il avait en tête.

- Même si ? Insista-t-elle.
- Ne riez pas mais à l'époque, j'avais une certaine...inclination pour vous. Alors si je vous aurais monté ici, cela n'aurait pas été sans une idée derrière la tête...

Il avait relevé la tête pour guetter la réaction de la jeune femme qui resta interdite pendant quelques instants. Jamais elle n'aurait pu s'attendre à cela et hier comme aujourd'hui, elle n'avait guère l'habitude qu'on lui parle d'élans du cœur, aussi piqua-t-elle un fard mais fort heureusement, le rougissement de ses joues fut dissimulé par le froid qui les environnait. Non, jamais elle ne serait attendue à ce genre d'aveu ! Mais si Morgan ne se moquait pas d'elle, il était clair qu'à l'âge de seize ans, elle ne se serait rendu compte de rien. A l'époque, la gamine qu'elle était ignorait tout du sentiment amoureux et aurait été bien incapable de le reconnaître. Du moins, jusqu'à ce qu'elle fasse plus ample connaissance avec Andrew. Mais elle demeurait néanmoins un peu incrédule :

- Vraiment ? Me voilà déçue, j'étais pourtant persuadée que je vous agaçais avec ma manie de vouloir toujours bouger et courir, que vous me maudissiez de vouloir être en permanence avec vous et que vous ne râliez pas uniquement pour la forme quand je vous demandais l'autorisation de vous accompagner à la chasse... A vrai dire, j'ignore comment on pouvait concevoir de l'inclination pour celle que j'étais alors, poursuivit-elle, elle-aussi avec un rire gêné, votre mère n'avait pas tort quand elle disait que je n'étais qu'une sauvageonne. Même si pour rien au monde, je n'aurais voulu être une autre...

Pour la première fois de sa vie à court de mots, elle se laissa ses dernières paroles être emportées par le souffle du vent et eut un sourire rassurant pour le jeune homme. Elle se surprenait à repenser à leurs souvenirs communs du passé, à se demander si quelque chose aurait pu être différent si Morgan s'était trahi dans une parole, un geste, s'il avait fini par décider de l'amener sur les toits. Peut-être l'avait-il fait mais elle avait été assez idiote pour ne pas s'en rendre compte. Une chose était sûre... Elle aurait adoré qu'on la fasse monter jusque-là mais sans doute aurait-elle été trop dissipée pour simplement apprécier le paysage et les opportunités qui s'offraient à elle.

- Comme quoi, on découvre des secrets sur notre passé des années plus tard alors que l'on croit que tout est clair, secrets que nous n'aurions jamais devinés... Certains garçons sont assez fous pour apprécier une insupportable jeune fille qui n'avait aucune idée de ce qu'était aimer. Et la quasi-totalité des filles du château sont montées sur les toits alors que moi je n'en ai jamais profité. Sachez bien que je ne suis pas prête à vous le pardonner.

Elle allait proposer à Morgan de se déplacer pour avoir un autre point de vue lorsque la porte qui les avait menés jusque-là et que l'Anglais avait refermée derrière eux s'ouvrit brusquement, lui arrachant un sursaut. En surgirent deux gardes à la mine patibulaire qui leur hurlèrent des ordres qui furent couverts par le vent mais qui étaient probablement ceux de ne pas bouger. Éléonore chercha un moyen de leur filer de nouveau entre les doigts mais cette fois-ci c'était terminé à moins de vouloir que cette petite aventure se terminât tragiquement. Il n'y avait plus que le vide autour d'eux. Elle se rapprocha de quelques pas de Morgan et lui susurra discrètement à l'oreille avec un sourire qui indiquait assez que la situation l'amusait grandement :

- Vous avez eu l'idée de cette sortie, à vous de nous sortir de là.

Pendant ce temps-là, les gardes s'étaient rapprochés en pointant leurs armes vers eux comme s'ils n'étaient autre que des grands criminels – à quoi s'attendaient-ils franchement à trouver comme criminels dans ce château désert ? - et l'un d'entre eux demanda son nom à Éléonore. D'un geste elle lui indiqua qu'elle était muette et pointa son index sur Morgan, impatiente de voir ce qu'il allait bien pouvoir inventer pour les sortir de là. Se faire passer pour une muette n'était probablement pas l'idée du siècle pour quelqu'un comme Éléonore et elle se mordait déjà les lèvres pour éviter d'éclater de rire. A Morgan de se montrer crédible pour une fois !

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MessageSujet: Re: [Saint-Germain] On est jamais sages quand on a seize ans !   22.11.12 1:29

Les toits de Saint-Germain regroupaient des souvenirs joyeux, seulement cela. Il n'y avait jamais eu de querelles là-haut, jamais de cris, de mauvais moments. Non, à cet endroit il n'y avait que la plénitude et une pléiade de bons souvenirs. Bon, Morgan n'y montait pas tous les jours à l'époque non plus – c'était plutôt Jacques qui faisait cela – mais jamais il ne s'est pris une claque ou quoi que ce soit. Cet endroit avait quelque chose d'apaisant, d’enivrant, on avait l'impression d'être loin de tout, au-dessus de tous les problèmes et Morgan ne pouvait que s'y sentir bien en cet instant. Pourtant il avait bien vu le regard de son amie, outrée qu'il ne l'ait jamais emmené ici. Mais il n'était jamais trop tard pour faire découvrir les lieux et presque quinze ans après, rien n'avait changé. Après tout, personne ne venait ici en général, il n'y avait qu'à voir la couche de neige intacte, juste souillée par les pas des deux aventuriers qui retournaient dans leurs seize ans. Cela faisait tellement du bien, meilleur qu'une bouffée d'oxygène avalée au-dessus de ses toits, il y avait cette sensation de liberté, bien loin de toutes ces chaînes qu'ils s'étaient donnés au fil du temps. A force de vivre et d'intrigues, ils en avaient oublié presque qui ils étaient. Cela était en tout cas flagrant pour Morgan. Après Saint-Germain, la continuité de l'exil n'avait pas eu le même goût. La froideur de Cologne et celle d'Anvers l'avaient étouffé. Et cette bataille à Dunkerque … Non, il préférait oublier ce souvenir, ne pas se remémorer cette journée de bataille qui changea beaucoup de choses en lui et au sein de sa famille. Ce fut le summum de sa chute, son point de non-retour qui changea Richmond à jamais et qui garderait toujours les cicatrices.

Mais Morgan était revenu avant ce désastre. Il avait seize ans, était un garçon bien plus sage qu'aujourd'hui mais surtout malicieux et attachant. Et sur ces toits, il gardait cette dextérité de marcher en ces lieux sans tomber et retrouver son petit sourire, à la fois moqueur et amical tout en écoutant son amie, toujours aussi bavarde !

Je voulais tester vos réflexes et voir si vous étiez un réel gentilhomme prêt à se jeter dans le vide pour sauver une demoiselle en détresse. Évidemment, tout était prémédité. Vous avez réussi, comme quoi si vous continuez dans cette voie, vous allez finir par faire figure de parfait prince charmant à défaut de l'avoir été il y a treize ans ! Car quel prince digne de ce nom n'aurait-il jamais parlé de l'existence d'un tel endroit à son amie ?... Mais allez-vous enfin m'expliquer pourquoi vous connaissez si bien ces lieux alors que je n'ai jamais l'honneur d'être initiée à leurs secrets ? Je pensais pourtant que nous ne nous cachions rien ! Mais où me menez-vous ?
Toujours aussi bavarde et à poser autant de questions ! répondit l'anglais sans répondre à aucune question.

Oh, il lui répondrait, une fois arrivés à destination, à l'abri du vent et des regards avec une vue imprenable sur Paris. Et enfin la vérité était dévoilée. Enfin une partie, elle concernait principalement Jacques même s'il n'était pas l'unique concerné. Chacun sa technique, Charles n'avait pas besoin de grimper sur les toits pour toutes les avoir. Sacré womanizer celui là … Dire qu'aujourd'hui, il avait neuf enfants, tous illégitimes ! Jacques avait eu la décence de faire des enfants à sa femme, bien que son premier bâtard allait venir au monde d'ici quelques mois … Et dire qu'il avait volé des cœurs à cet endroit. Morgan lui en reparlerait dans une lettre où lorsqu'ils se retrouveront à Nancy, histoire de se ressasser les bons souvenirs.

... J'aimerais tellement pouvoir revoir ce bon vieux York, tiens, peut-être que l'un de nous trois a réussi à vraiment grandir.
Je ne vois pas ce que vous voulez dire, nous sommes grands nous aussi ! s'offusqua faussement l'anglais mais n'était pas un excellent comédien.

Puis l'humour retomba et vint le temps de la confession. Était il idiot d'avouer d'anciens sentiments ? Un peu, Morgan pensait qu'il aurait mieux fallu ne rien dire mais trop tard, c'était sorti. Cela n'avait plus d'importance à présent, ce n'était pas comme si Éléonore allait se jeter dans ses bras et qu'ils allaient vivre d'amour et d'eau fraîche. Que diable, un peu de réalisme et de pragmatisme ! Ils étaient grands à présent et Morgan ne voyait en la jolie rousse à ses côtés qu'une amie. Depuis longtemps, il avait mis ses émotions de côté, depuis qu'elle avait aimé Andrew … Et après cette révélation, un silence de quelques secondes se fit, pesant et assez lourd. Morgan se sentait à nouveau dans ses seize ans, à une époque où la séduction n'était pas une chose facile. En cet instant, ils étaient redevenus des adolescents, gênés et mal à l'aise en ce qui concerne les sentiments, surtout quand ceux-ci ne sont pas réciproques.

Vraiment ? Me voilà déçue, j'étais pourtant persuadée que je vous agaçais avec ma manie de vouloir toujours bouger et courir, que vous me maudissiez de vouloir être en permanence avec vous et que vous ne râliez pas uniquement pour la forme quand je vous demandais l'autorisation de vous accompagner à la chasse... A vrai dire, j'ignore comment on pouvait concevoir de l'inclination pour celle que j'étais alors. Votre mère n'avait pas tort quand elle disait que je n'étais qu'une sauvageonne. Même si pour rien au monde, je n'aurais voulu être une autre...
Pour rien au monde, je n'aurais voulu que fussiez une autre. répondit-il simplement, avec un sourire. Après tout, nous étions tous libres, sans contraintes d'aucun engagement et vous étiez le parfait exemple. Vous ne ressembliez en rien aux jeunes filles à l'éducation rigide mais vous aviez cette envie de vivre qui faisait que personne ne pouvait vous blâmer. Sauf ma mère, mais elle est à part.
Comme quoi, on découvre des secrets sur notre passé des années plus tard alors que l'on croit que tout est clair, secrets que nous n'aurions jamais devinés... Certains garçons sont assez fous pour apprécier une insupportable jeune fille qui n'avait aucune idée de ce qu'était aimer. Et la quasi-totalité des filles du château sont montées sur les toits alors que moi je n'en ai jamais profité. Sachez bien que je ne suis pas prête à vous le pardonner.
Vous exagérez ! On parle de Jacques et moi, pas de Charles voyons ! s'offusqua t'il une nouvelle fois. Et faute avouée, faute à moitié pardonnée, vous devriez respecter ce dicton. Et si vous venez un jour à Londres, je vous ferais une visite similaire à Whitehall, et il y a de quoi voir. Ou a Hampton Court … celui-ci vous plairait, il est dit qu'il y a un fantôme.

Elle serait bien accueillie à Londres, la famille Stuart (excepté Eléonor du Portugal) avait toujours bien aimé la jeune femme et tous avaient du garder un bon souvenir de cette petite rousse toujours en mouvement. Mais l'heure d'un coup n'était plus à l'amusement, les gardes arrivaient – il était peut être temps – sur le toit et avançaient dangereusement en leur direction.

Vous avez eu l'idée de cette sortie, à vous de nous sortir de là.

Y avait t'il une autre sortie, Morgan se tourna pour repérer mais ne s'en souvenait plus vraiment. Alors qu'il reculait et entraînait Éléonore petit à petit vers lui, les gardes étaient arrivés à leur hauteur, leurs épées en avant pour avoir l'air menaçant. Une épée ? Ces français n'étaient-ils pas équipés d'armes à feu ? Toujours à la ramasse, ces gens vivaient sans doute au Moyen-Âge et ce n'était pas cela qui faisait peur à Morgan, lui qui avait son propre pistolet à sa hanche. Mais pourquoi Éléonore se faisait-elle passer pour muette ? Comment faire moins crédible que cela ? L'anglais tentait de réprimer un fou rire et garder un visage impassible, un challenge de taille !

Vous, parlez. lança un des gardes envers Morgan.
Ces français sont mal-élevés en plus d'être mal équipés. Quoi, vous m'avez demandé de parler.
Votre nom.
Lequel ?
Comment ça lequel ?

Qu'il était bête et tellement facile de faire tourner en bourrique. Morgan se contenta de sourire avant de regarder en l'air fixement vers le toit. C'était typique : quand on regarde fixement un endroit, tout le monde vous imite. Ca laissait le temps à Morgan de sortir son arme et tirer sur le toit recouvert de neige, ce qui provoqua une mini-avalanche sur les gardes tandis que les deux ex-adolescents coururent pour y échapper. Cela leur laissait un petit temps d'avance pour redescendre, encore fallait-il trouver une porte. A force d'avancer, une se profila à l'horizon et Richmond se tourna vers Eléonore pour lui faire signe de se taire avant de descendre doucement les escaliers car il y avait des bruits en bas, des voix. En effet, deux gardes discutaient, appuyés contre un mur alors que les deux amis se trouvaient dans le couloir des domestiques et avançaient à pas de loup mais ils ne purent échapper à ce moment de conversation.

Buck, à quel moment as tu perdu la raison ?
Hum … Il y a trois mois, je me suis réveillé un matin marié avec un ananas. Hyper moche en plus ! … Ah mais je l'aimais.

QUOI ? Évidemment, ce genre de conversation sans queue ni tête n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd et Morgan se mit à rire, tout comme Éléonore. Difficile de faire autrement de toute façon, cela était trop drôle pour rester sérieux ! Sauf que leur fou rire n'était pas discret et les deux gardes hurlèrent et se mirent à la poursuite des jeunes gens qui s'enfuyaient au travers des couloirs des domestiques. Ils auraient pu s'en sortir quand ils passèrent par l'ancien salon d'Eléonor du Portugal quand deux autres gardes arrivèrent devant eux et ils furent encerclés.

Suffit la comédie : qui êtes vous ? lança un garde, un peu plus aimable que ceux du toit.
Morgan Stuart, cousin du roi d'Angleterre. lâcha Morgan, sûr de lui et de son nom.

Il y eut un silence puis tous les gardes explosèrent de rire de façon synchro. Richmond ne voyait pas ce qu'il y avait de drôle, il n'avait pas menti sur son nom et montrait suffisamment de conviction pour prouver qu'il disait vrai.

C'est ça, et moi je suis roi de Pologne.
Vous auriez changé, Vasa. Sans vouloir vous vexer. N'est ce pas ? demanda Morgan en se tournant vers Éléonore avec un sourire moqueur.

L'humour anglais ne prenait pas sur les gardes, ce n'était pas drôle et avec leurs armes pointés sur eux deux, Morgan et Eléonore semblaient être des criminels. Richmond leva les yeux au ciel avant de prendre la parole.

Nous ne sommes pas des voleurs ni des criminels. Nous avons vécu ici il y a quinze ans, nous pensions le château abandonné.

Le garde les toisa de haut en bas avant de les laisser passer tout en leur passant un savon sur le fait de ne plus entrer dans une demeure royale sans l'autorisation de Sa Majesté. Hum … Louis XIV accepterait il de laisser passer une polonaise et un anglais pour monter sur les toits de son ancienne demeure ? Peu probable ! Mais ils avaient pu visiter à nouveau le château de leur adolescence et avaient bien ri. D'ailleurs Morgan repensa à quelque chose et rit à nouveau.

Dire que nous avons été arrêté par un garde ayant épousé un ananas !

Vraiment, ils avaient bel et bien seize ans en cet instant alors qu'ils passaient les portes du château pour retourner dans la neige …


______________________

I've lost a lot a in this game. Another everyday face with no name, I'm not selling misery, so would you stay around with me. I know that you are afraid, the traces of war linger on my face but I'm not selling misery, maybe some day I'll feel home again.


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MessageSujet: Re: [Saint-Germain] On est jamais sages quand on a seize ans !   03.12.12 2:14

Éléonore s'était glissée derrière la silhouette de Morgan comme pour se dissimuler, un large sourire qui se prêtait mal aux circonstances accroché aux lèvres. Qui s'y prêtait mal car en soit, ils étaient tous deux dans une situation un brin précaire en équilibre sur le toit du château de Saint-Germain et faisant face à deux gardes à la mine patibulaire qui devaient les prendre pour... C'était une bonne question car un cambrioleur, à moins d'être stupide, allait rarement tenter d'échapper à ses poursuivants en grimpant sur des toits sans issue après avoir dérobé des objets de valeur. D'autant qu'il fallait bien avouer qu'il ne devait pas avoir l'air de voleurs tous les deux avec leurs vêtements de valeur dont ces manteaux de fourrure réservés aux gens qui en avaient les moyens. Éléonore avait encore les cheveux mouillés depuis qu'elle avait reçu la boule de neige lancée par son ami et les joues rosies suite à la dernière conversation qu'elle avait eue avec Morgan – interrompue par ces imbéciles de gardes, d'ailleurs et ce n'était pas plus mal, elle avait pris une tournure gênante. Bref, elle n'avait guère l'air d'une grande criminelle, juste d'une demoiselle qui venait de perdre quelques années à s'amuser avec son ami de jeunesse dans un grand château désert. Pas quelqu'un de très dangereux en soit – même si, en vérité, son arrestation aurait fait le bonheur de la moitié de l'Europe mais c'était un fait qu'Eléonore évitait de révéler. D'ailleurs, elle avait, sur un coup de tête, décidé de rester muette pour voir comment Morgan allait se débrouiller tout seul... A la question avait-elle trouvé un mensonge moins crédible, la réponse était certes non et déjà, au fur et à mesure que les gardes approchaient, elle sentait le fou rire menacer de franchir ses lèvres. Qu'est-ce qui pouvait bien leur arriver au pire de toute façon ? Il suffisait à Morgan de décliner son identité pour que les portes s'ouvrent et même Louis XIV en personne ne pourrait lui en vouloir d'aller et venir dans son château – si on supposait que cela l'intéresse plus que l’état de santé de ses poules sultanes ce qui n'était pas gagné. Elle songea un instant aux rumeurs qui pourraient courir sur leur compte à Versailles – le cousin du roi d'Angleterre et la sœur du chef des armées polonaises arrêtés sans raison sur le toit de Saint-Germain-en-Laye – avant de fixer son attention sur la conversation très recherchée et très développée qu'entretenait Morgan avec ceux qui les menaçaient d'épées qu’Éléonore jugea à moitié rouillées... Sûr qu'ils ne devaient pas avoir souvent l'occasion de dégainer vu le nombre peu important de visiteurs qui se risquaient jusque-là. Ils devaient leur faire leur animation de la semaine, peut-être même du mois, pauvres bougres.

- Ces Français sont mal-élevés en plus d'être mal-équipés...
- Bonne idée de les provoquer, souffla Éléonore pleine d'ironie, à peine moqueuse, à défaut de les calmer, on peut peut-être espérer qu'ils ne cherchent à nous jeter par dessus la balustrade...

Si la jeune femme critiquait, elle s'amusait follement en voyant les têtes que tiraient les gardes devant les répliques de son ami. Et avec un intérêt grandissant, elle vit Morgan désigner un point au dessus de la tête des deux hommes, lesquels se retournèrent dans un bel ensemble. Éléonore faillit s'exclamer que la stupidité n'était décidément pas qu'une caractéristique cosaque, danoise ou autrichienne – suivant ce qui sortirait en premier mais se rappelant de son rôle, elle s'en empêcha au dernier moment, appréciant d'un œil de connaisseuse la rapidité dont l'Anglais sortit son arme à feu et tira sur la neige pour provoquer sa chute sur les gardes afin de les distraire. Déjà Richmond se précipitait vers une porte suivi de près par la Polonaise qui avait assez l'habitude des fuites pour réagir instinctivement. Passant deuxième, Éléonore prit le temps de fermer soigneusement le battant derrière elle et de le crocheter. Ils avaient réussi à échapper à leurs poursuivants ! Bon d'accord, ils avaient bien peu de mérite face à leur imbécillité profonde mais toute de même, cela méritait bien qu'on s'en réjouisse. Peut-être avaient-ils une chance de ne pas terminer à la Bastille pour « présence impromptue dans un château abandonné où ils ne faisaient aucun mal ».

- Technique peu commune mais efficace, je dois le reconnaître, lança-t-elle au jeune homme qui descendait les marches, et belle touche, je dois admettre que les fêtes et l'inactivité habituelle aux ambassadeurs ne font pas trembler votre main. Bon, vous ne pourriez pas me battre, l'élève a depuis longtemps dépassé le maître...

Mais il s'était retourné pour lui demander de se taire d'un geste ce qui eut pour effet de faire froncer les sourcils à Éléonore. Diable, elle avait gardé le silence pendant au moins cinq minutes ce qui était déjà un exploit ! Comptait-il la laisser frustrée alors qu'elle avait les mots sur le bout de la langue. Mais elle comprit assez vite pourquoi elle devait encore garder le silence. Deux autres gardes, désœuvrés, papotaient, les armes négligemment posées sur le côté. Pour le moment, les deux jeunes gens n'entendaient pas l'objet de leur conversation mais visiblement ce n'était pas à propos d'intrus entre ces murs. Prévenir leurs collègues devaient avoir été compliqués pour les deux imbéciles qu'ils avaient abandonnés sur les toits. Mais Morgan et Éléonore étaient contraints d'avancer vers eux pour trouver la sortie. Il y avait bien un moyen de les éviter, passer par le couloir des domestiques à pas de loups pour ensuite continuer à descendre les étages pour quitter le château. Mission pas bien difficile même pour la bavarde Éléonore. Quand sa vie – ou presque – était en jeu, elle savait contraindre sa nature. Sans se consulter, ils commencèrent donc à mettre en œuvre leur plan mais c'était sans compter les gardes eux-mêmes qui avaient mis au point une technique bien vile pour les contraindre à se révéler. Voyez plutôt :

- Buck, à quel moment as-tu perdu la raison ?
- Hum … Il y a trois mois, je me suis réveillé un matin marié avec un ananas. Hyper moche en plus ! … Ah mais je l'aimais...

… Pardon ?! Nerveux ou pas, un fou rire se mit immédiatement à secouer les deux fugitifs et toutes les bonnes résolutions d’Éléonore, secouée par le rire, s'envolèrent... Mais qu'est-ce que c'était que cette conversation irréaliste ? Et qu'est-ce que c'était que ces gardes que le roi de France avait sous ses ordres et envoyait dans ses demeures royales ? Bon certes, ce n'était pas là qu'il y avait besoin de l'élite mais tout de même ! Évidemment, ils furent tout de suite repérés et pris en chasse mais cette fois-ci plus besoin d'être discrets et au fil de sa course, Éléonore continuait à égrener des gloussements jusqu'à ce qu'ils soient encerclés, et ce dans l'ancien salon d’Éléonore du Portugal – salon que la Polonaise connaissait donc bien pour y avoir été séquestrée des après-midis durant.

- Suffit la comédie : qui êtes-vous ?
Éléonore était encore trop essoufflée – et pliée en deux par le rire – pour répondre, aussi laissa-t-elle Morgan agir. Celui-ci avait visiblement décidé d'obéir à l'homme qui leur faisait face car il se montra sérieux et déclina sa véritable identité – enfin ce n'était pas comme s'il en avait plusieurs comme il l'avait prétendu à ceux du toit... Mais il ne fut pas pris au sérieux et dans un bel ensemble, tous les Français se mirent à rire à leur tour. Ce qui calma Éléonore qui lança un coup d’œil moqueur à Morgan :
- Navrée Richmond, vous n'êtes pas crédible en cousin de Charles II. Dommage que dans la famille Stuart vous n'ayez pas quelques particularités physiques comme ces chers Habsbourgs... Eux au moins, on ne peut pas nier leur appartenance à leur famille quand on les voit !
- C'est ça, et moi je suis roi de Pologne !
- Vous auriez changé, Vasa. Sans vouloir vous vexer. N'est ce pas ? Demanda Morgan en se tournant vers la jeune femme qui arborait un large sourire devant l'ironie de la situation.
- En effet, approuva Éléonore qui détestait le roi de Pologne, vous auriez perdu quelques kilos et réussi à vous débarrasser de votre nez imposant, ce qui ne serait pas un mal en soit... Mais hélas, ce ne serait guère sympathique pour la pauvre reine Louise-Marie de la tromper avec un ananas...
Mais leurs interlocuteurs, qui devaient penser qu'ils se moquaient d'eux – ce qui n'était pas totalement faux mais pas comme ils le pensaient – ne réagirent pas et reprirent une expression sombre. Le plus gradé d'entre eux écouta avec attention les explications que livra Morgan puis les morigéna en leur disant qu'il ne fallait pas que cela se reproduise et qu'il valait mieux demander une autorisation à Louis XIV avant de prendre ce genre d'initiative. Éléonore faillit lui faire remarquer que le roi n'avait que faire de savoir si deux des membres de sa cour allaient sur les toits de Saint-Germain et quelles étaient les raisons pour qu'ils le fassent mais elle imita la mesure de son ami et se tut, hochant de temps à autre la tête, comme une enfant prise en faute.

Enfin, les gardes acceptèrent de les relâcher et ils purent repasser les grilles du château en s'enfonçant dans la neige pour rejoindre leurs chevaux.
- Dire que nous avons été arrêtés par un garde ayant épousé un ananas !
A ce rappel, Éléonore eut de nouveau un rire :
- En voilà une chance exceptionnelle, cela n'arrive pas souvent... Nous avons bien fait de venir aujourd'hui, il aurait été dommage de manquer cela ! Ils pensaient sans doute nous impressionner avec leurs armes mais je suis certaine qu'ils ont adoré la distraction que nous leur avons apportée ! Le roi devrait organiser ce genre de choses pour que ses gardes se tiennent près à chaque instant et qu'ils puissent faire face à toute éventualité comme l'invasion d'Anglais et de Polonais dans les châteaux !

Éléonore, aidée de Morgan, monta sur son cheval puis attendit que son compagnon fasse de même pour lancer sa monture sur le chemin de Versailles. Elle ne put néanmoins s'empêcher de se retourner sur Saint-Germain pour le voir s'éloigner au fil du pas de la jument et le poids habituel qui pesait sur ses épaules se réinstalla insidieusement. Terminé le doux temps de l'adolescence, il était temps de redevenir les adultes qu'ils étaient en apparence. Reprendre les quinze années qu'ils avaient brusquement perdues en pénétrant à Saint-Germain. Heureusement, si les lieux disparaissaient petit à petit, Morgan chevauchait de concert avec elle, elle n'était pas seule. Et elle n'avait pas envie de penser ce qui l'attendait à Paris ou à Versailles. La jeune femme jeta donc un regard à la dérobée à son ami et ne put s'empêcher d'engager une conversation badine, ne serait-ce que pour oublier cette boule qui se formait dans sa gorge :

- Dites-moi, vous sortez toujours avec votre pistolet ? Vous aviez donc peur que je vous attaque ?... En tout cas, vous avez un pistolet vraiment exceptionnel, j'en ai rarement vu d'aussi petite taille, ce doit être un tel plaisir de tirer avec et de pouvoir le prendre partout avec soi sans qu'on ne le remarque ou qu'il gêne ? Ne pourrais-je pas l'essayer ? Cela me ferait tellement plaisir... ! Vous ai-je dit que le pistolet que vous m'aviez offert il y a de cela des années n'a pas résisté à la météo et a explosé, il y a peu de temps ? Vous devez bien comprendre que je me sente dénudée sans lui, après tout, vous m'avez formée !

Appel du pied sans nul doute mais Éléonore était réellement admirative des capacités de Morgan et de son arme et assez fascinée pour vouloir le tester à son tour. Le sujet étant épuisé à son tour, elle qui s'était pourtant contrainte à rester légère continua sur un thème plus sombre :

- Au fait, je vous pardonne pour les toits, vous avez raison, mieux vaut tard que jamais... Et je retiens votre promesse de me faire visiter Whitehall et Hampton Court, je serais ravie de partir à la recherche du fantôme que vous m'avez promis ! Revoir Jacques me causerait le plus grand plaisir. Mais sans doute, cela ne se fera pas avant très longtemps puisque vous partez...

Elle se tourna vers lui mais son sourire était forcé et elle ne put dissimuler l'éclat de tristesse qui brillait dans ses yeux.

- Transmettez-lui au moins toute mon affection, vous pouvez faire cela, n'est-ce pas ? Ah, si nous pouvions...

Éléonore s'interrompit mais elle sut qu'il avait compris. S'ils pouvaient retourner à Saint-Germain, retourner à cette époque qu'ils avaient momentanément retrouvée ! Et pire, Morgan allait s'en aller, quitter la France, la laissant définitivement seule avec ses souvenirs. Pour une fois, et malgré leur longue séparation de quinze ans qui aurait pu lui donner une certaine habitude de la chose, quelqu'un allait lui manquer.
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MessageSujet: Re: [Saint-Germain] On est jamais sages quand on a seize ans !   29.12.12 18:35

Technique peu commune mais efficace, je dois le reconnaître, et belle touche, je dois admettre que les fêtes et l'inactivité habituelle aux ambassadeurs ne font pas trembler votre main. Bon, vous ne pourriez pas me battre, l'élève a depuis longtemps dépassé le maître...
Vous voici bien vaniteuse ! rétorqua l'anglais, amusé. Je ne vous crois pas un seul instant. Il faudra que nous testions qui est le plus fort. Je parie sur moi-même, je suis une valeur sûre.

Il avait le petit sourire en coin et l’œil fier. On disait de Richmond qu'il était le meilleur tireur d'Angleterre. Le meilleur, il ne savait pas mais il était clair qu'il savait pertinemment bien visé et ne ratait jamais sa cible. Il connaissait ses forces et le tir en était une. Si Éléonore s'était sans doute amélioré au fil du temps – heureusement pour elle et pour les autres – Morgan ne croyait pas un instant qu'elle fusse meilleure que lui. Mais ce n'était pas le moment d'en débattre, il fallait surtout fuir les gardes et quitter ce château sans se faire repérer. Le Château-Vieux était leur château à eux, avec ses briques rouges et sa forme improbable, reprise nulle part ailleurs, dont on voyait les changements au fil du temps. Ces lieux respiraient de souvenirs et de chemins connus de peu de monde, sauf des explorateurs qui avaient retourné le château au cours de leur exil, comme les deux amis. Mais on peut bien connaître les lieux et se faire avoir comme un bleu. Il avait suffi de pas grand chose, juste de passer au mauvais moment, celui d'une conversation entre deux gardes qui semblait surréaliste et où il était impossible de ne pas rire. Comment cela marier à un ananas ? Mais comment étaient donc recruté les gardes français ?

Mais les voilà coincés entre plusieurs gardes, peu contents que des intrus se soient infiltrés et aient l'air de se moquer d'eux. Les joues rougies par la course et le rire, Morgan ne paraissait pas sérieux en cousin du roi d'Angleterre, Eléonore lui fit remarquer mais il préféra se taire, ravalant un autre fou rire. Mais comment rester sérieux quand l'homme en fasse se moque de vous et dit qu'il est roi de Pologne ? Il aurait pu citer pleins d'autres monarques mais non, il était trop tentant pour la polonaise de rétorquer :

En effet, vous auriez perdu quelques kilos et réussi à vous débarrasser de votre nez imposant, ce qui ne serait pas un mal en soit... Mais hélas, ce ne serait guère sympathique pour la pauvre reine Louise-Marie de la tromper avec un ananas...

Morgan ne put se retenir de rire à la dernière phrase. Vraiment, ils avaient l'air de deux adolescents, ils ne pouvaient pas rester sérieux plus de deux minutes. Fort heureusement, les gardes les relâchèrent, non sans un avertissement. Ils avaient eu beaucoup de chance de pouvoir partir de la sorte, sans passer par le Châtelet ou Vincennes, qu'on les enferme. A nouveau libre, ils ne perdirent pas leur temps et quittèrent les lieux. Quel dommage quand même de devoir dire au revoir à Saint-Germain, ce château majestueux où tous les souvenirs sont encore si vivaces et si vivifiants. Une nouvelle jeunesse durant quelques heures, un peu d'insouciance dans une vie obscure, tout cela n'avait pas de prix !

En voilà une chance exceptionnelle, cela n'arrive pas souvent... Nous avons bien fait de venir aujourd'hui, il aurait été dommage de manquer cela ! Ils pensaient sans doute nous impressionner avec leurs armes mais je suis certaine qu'ils ont adoré la distraction que nous leur avons apportée ! Le roi devrait organiser ce genre de choses pour que ses gardes se tiennent près à chaque instant et qu'ils puissent faire face à toute éventualité comme l'invasion d'Anglais et de Polonais dans les châteaux !
Comment peut on impressionner des anglais et des polonais ? Ces français sont fous et tellement imbus de leur personne. Mais j'approuve l'idée des entraînements de gardes. Je me porte volontaire ! Et vous ? s'amusa Morgan, s'imaginant à courir dans le château pour échapper aux gardes.

Mais il était temps de repartir, reprendre leurs âges oubliés et redevenir des adultes et de reprendre leurs vies de tous les jours. Après un dernier regard sur ce magnifique château de son adolescence, il dut se résoudre à laisser là sa jeunesse. Seul, il se serait laissé bercer par la mélancolie et les mauvais souvenirs. Mais la présence de sa grande amie Eléonore, toujours aussi malicieuse et facétieuse, avec ce sourire dont il fallait toujours se méfier car il n'annonçait jamais rien de bon.

Dites-moi, vous sortez toujours avec votre pistolet ? Vous aviez donc peur que je vous attaque ?
Quel humour !
... En tout cas, vous avez un pistolet vraiment exceptionnel, j'en ai rarement vu d'aussi petite taille, ce doit être un tel plaisir de tirer avec et de pouvoir le prendre partout avec soi sans qu'on ne le remarque ou qu'il gêne ? Ne pourrais-je pas l'essayer ? Cela me ferait tellement plaisir... ! Vous ai-je dit que le pistolet que vous m'aviez offert il y a de cela des années n'a pas résisté à la météo et a explosé, il y a peu de temps ? Vous devez bien comprendre que je me sente dénudée sans lui, après tout, vous m'avez formée !
Il vous a tenu longtemps malgré tout mais ces jouets s'embourbent facilement au mauvais temps. Le mauvais temps anglais m'en a fait exploser plus d'un ! Il voyait où elle voulait aller en venir mais fit l'air de rien avec un petit sourire amusé.

Était-ce sage que la polonaise ait une arme ? Lui se souvenait de l'adolescente qui ne savait pas tirer, peu habile avec une arme à feu lors de chasses ou d'essais infructueux où des Stuarts auraient du périr ! Mais ils n'avaient plus seize ans, malgré l'interlude de cette après midi, elle disait peut être vrai. Mais en bonne bavarde qu'elle était, la flamboyante rousse reprit la conversation sur un autre sujet :

Au fait, je vous pardonne pour les toits, vous avez raison, mieux vaut tard que jamais... Et je retiens votre promesse de me faire visiter Whitehall et Hampton Court, je serais ravie de partir à la recherche du fantôme que vous m'avez promis !
Je savais que le fantôme d'Henry VIII Tudor ne pouvait pas vous effrayer. Il ne doit y avoir que vous comme femme en ce monde à vouloir voir un fantôme ! rit de bon cœur Morgan.
Revoir Jacques me causerait le plus grand plaisir. Mais sans doute, cela ne se fera pas avant très longtemps puisque vous partez... Transmettez-lui au moins toute mon affection, vous pouvez faire cela, n'est-ce pas ? Ah, si nous pouvions...
Je le ferais.

Morgan se tut et ne riait plus. Ils avaient basculé dans un sujet de grandes personnes, ce qu'ils devaient être en temps normal. Mais le ton de la voix de la jeune femme, son sourire, ses mots, et cette phrase suspendue, tout indiquait de la tristesse, de la mélancolie. Chose que Morgan ne connaissait que trop bien pour vivre avec au quotidien … Il y eut un silence lourd et pesant en cet instant, comme deux adultes qui ne savaient que dire, gênés et fatigués. Finalement, ils avaient changé, et même si l'anglais ne savait pas tout de son amie, les années avaient passé. Et cet air si triste son visage faisait si peine à voir et Richmond refusait que cela dure plus longtemps. Discrètement, il chercha son arme à taille réduite dans sa poche et approcha sa monture de celle d'Eléonore et lui tendit ce petit cadeau improvisé.

Pardonnez moi, je n'ai pas de quoi l'envelopper. Mais ce sont les aléas de la spontanéité ! déclara t'il avec un large sourire amical.

Il en avait d'autres chez lui mais là n'était pas le souci. Il voulait faire disparaître cette tristesse du visage de son amie, il s'était donné la mission en cet instant de faire fuir la tristesse de ce beau visage dont il ne voulait que garder en mémoire ces larges sourires et ses yeux malicieux, rien d'autre, que du positif. Le mini pistolet eut l'effet d'avoir un peu de réconfort pour la polonaise, ce qui réchauffa un peu le cœur de l'anglais qui avait à cœur le bonheur de son amie. Il lui vint une idée que Morgan ne garda pas bien longtemps en tête (la spontanéité, que voulez vous ! ) et lança avec un certain enthousiasme :

Vous qui me parliez de m'avoir dépassé, je vous propose un concours de tir contre moi, à Nancy. Vous serez bien accueillie par la famille et vous pourrez même saluer Jacques de vive voix. Peut être qu'il pourrait servir d'arbitre. D'arbitre, Éléonore, pas de cible !

La taquinerie était bien palpable ainsi que le rire qui sortit de la gorge de l'anglais, qui était bien moqueur avec son amie. Mais comme dit le proverbe : qui aime bien, châtie bien. Et l'invitation était bien sérieuse par contre. Dans le camp anglais, elle retrouverait sans doute des visages familiers de l'exil, ce cher York qu'elle n'avait pas vu depuis des années et peut être même saluer Charles à Londres si les anglais devaient y retourner pour une quelconque raison. Qui sait ce que cette guerre allait donner comme obstacles et intrigues durant les mois à venir.

La promenade avait continué ainsi jusqu'au retour à la ville de Versailles, avec une atmosphère plus détendue, quasiment semblable à celle de leur départ. Ces deux écorchés de la vie ne devaient pas tomber dans la mélancolie ensemble, ils étaient fait pour se soutenir et ne voir que la vie sous un bon jour, comme lors de leurs seize ans. Et voici déjà le manoir Stuart se profiler et les au revoir n'étaient plus très loin. Il était toujours difficile de dire au revoir, surtout après une aussi belle après midi, ce voyage dans le passé qu'il valait cent tours du monde. Il était temps de se dire au revoir, chose que Morgan avait toujours détesté. Pourtant, il gardait un sourire amical, refusant de gâcher cet instant.

Ainsi s'arrête notre aventure du jour, mais cela n'est que les prémices de nouvelles aventures qui nous attendent. Il m'a été un grand plaisir d'avoir à nouveau seize ans avec vous, Éléonore … bien que je ne verrais plus un ananas de la même façon. Il rit, repensant à la conversation entendue avant de reprendre. Je compte vous revoir à Nancy, vous et le pistolet, très important !

Ils se dirent au revoir dans cette neige, et la polonaise repartit en direction de Versailles. Morgan l'observa s'en aller durant quelques instants avant de retourner dans sa demeure. Malgré quelques instants difficiles et de mauvais souvenirs, qu'il était bon de revivre un peu ses seize ans ! Cela faisait longtemps que Morgan n'avait plus eu cette énergie si positive en lui. Et puisqu'il serait idiot de gâcher ce petit esprit joyeux, autant le consacrer à son fils. Mais Richmond repensait à Eléonore et, plusieurs fois au cours de la soirée, des sourires amusées naissaient sur ses lèvres, que personne ne comprenait au sein de son personnel. On n'est décidément pas sérieux quand on a seize ans, même si c'est pour la seconde fois !


______________________

I've lost a lot a in this game. Another everyday face with no name, I'm not selling misery, so would you stay around with me. I know that you are afraid, the traces of war linger on my face but I'm not selling misery, maybe some day I'll feel home again.


Born to be a Stuart:
 


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MessageSujet: Re: [Saint-Germain] On est jamais sages quand on a seize ans !   08.01.13 2:31

Derrière les deux cavaliers qui lui tournaient le dos à regret, le château de Saint-Germain-en-Laye avec sa forme étrange, ses briques rouges qui le rendaient si unique, ses secrets et ses souvenirs joyeux s'éloignait petit à petit, voué à disparaître derrière la ligne de l'horizon. Il garderait toujours entre ses murs les bons moments passés là, comme s'il était l'écrin de leur jeunesse. Éléonore Sobieska avait au moins appris une chose en allant à Saint-Germain ce jour-là : malgré les épreuves, l'adolescent que l'on avait en soi ne s'effaçait jamais réellement et les lieux conservaient en mémoire ceux qu'ils avaient été. Il avait suffit de venir jusque-là, d'échapper à la surveillance des gardes aux ananas pour se retrouver ses seize ans. Et se fabriquer de nouveaux souvenirs, toujours heureux, qui permettraient de tenir lorsque les mauvais jours reviendraient avec leurs lots de mélancolie et de mauvaises nouvelles, prenant souvent la forme de courriers du Danemark ou de Pologne. C'était la raison pour laquelle Éléonore arborait toujours son large sourire joyeux même si elle s'efforçait de ne pas se retourner pour ne pas faire devenir plus gênante la boule qui se formait dans sa gorge. Elle avait pour principe de sourire à la vie pour que celle-ci lui sourie en retour. Cela ne fonctionnait pas toujours mais au moins jamais elle ne baissait les bras malgré les rares moments de découragement. Comment aurait-elle pu seulement se laisser abattre alors qu'elle se trouvait en compagnie de son ami Morgan ? Elle ignorait si c'était l'héritage de tout ce qu'ils avaient vécu ensemble ou si cela tenait plus à la personnalité de celui qui était désormais cousin du roi après avoir été sans doute son meilleur ami mais il lui semblait impossible de perdre son sourire lorsqu'elle était avec lui. Il la poussait à montrer le meilleur d'elle-même, à toujours plaisanter, à le taquiner comme si la jeune femme meurtrière et comploteuse n'avait jamais existé. Ils auraient pu, pourtant, plonger dans des souvenirs dangereux, l'époque de la Fronde, de l'exil n'en manquait pas, ne serait-ce qu'avec Andrew, mais ils avaient une bonne influence l'un sur l'autre. Ces personnes-là, qui ne connaissaient que les aspects les plus amusants d’Éléonore, elles étaient trop rares pour qu'on les néglige.

Après quelques minutes passées à chevaucher en silence, Éléonore se prit à penser qu'il leur faudrait retourner à Saint-Germain. Plus tard, pour retourner sur les toits où elle n'avait pas assez passé assez de temps à son goût, par la faute de gardes un peu trop zélés qui voyaient le mal là où il n'y avait qu'innocente chamaillerie. Et puis Morgan avait l'air d'accord pour aller vérifier l’état d'entraînement des gardes de Louis XIV, après quelques courses-poursuites, ils seraient à leur meilleur niveau, le roi pourrait les en remercier. Grâce à eux, la criminalité dans les châteaux français allait chuter après tout. Elle en était là de ces réflexions quand elle décida de changer de sujet. Après tout, elle n'oubliait jamais une promesse, surtout quand il s'agissait de poursuivre des fantômes dans des châteaux perdus dans des landes brumeuses (elle n'avait aucune idée de l'endroit où se trouvait Hampton Court mais il lui semblait que le brouillard était un élément météorologique commun à toute l'Angleterre et de plus, c'était bien plus terrifiant – et donc excitant de l'imaginer ainsi) :
- Je savais que le fantôme d'Henry VIII Tudor ne pouvait pas vous effrayer. Il ne doit y avoir que vous comme femme en ce monde à vouloir voir un fantôme !
- Je vous parie tout ce que vous voulez que c'est Henry Tudor qui va avoir peur en nous voyant arriver, lança-t-elle avec un rire.
A moins qu'elle ne se trouve des affinités avec le fantôme. Après tout, ils avaient beaucoup d'histoire de meurtre à mettre en commun. Mais la bonne humeur d’Éléonore s'envola brusquement quand elle évoqua le sujet de Jacques d'York. Elle s'était pourtant promis de ne pas être trop grave mais elle n'avait pu s'en empêcher. Après tout, Jacques avait fait partie intégrante de leur trio et ce n'était pas parce qu'elle avait failli le tuer comme aimait le rappeler cet ignoble Richmond qu'il ne lui manquait pas aussi. Et c'était lui qui l'avait accueillie comme une membre de la famille quand elle était désespérée. Rien que pour cela, il occuperait toujours une place particulière dans son existence même si elle avait trahi en quelque sorte. Morgan promit de lui transmettre toute son affection mais lui aussi s'était rembruni, sans doute à l'évocation de son départ prochain pour la guerre. Éléonore avait assez de tact pour deviner qu'il en était lassé après toutes ces années passées loin de son pays. Peut-être était-il comme elle et considérait-il la France comme un pays d'adoption associé à des années de bonheur ?

Ils chevauchèrent pendant quelques temps dans un silence pesant mais Éléonore ne chercha pas à le briser. Elle s'était brusquement aperçue qu'elle allait rester seule à Versailles, abandonnée de tous ceux qu'elle aimait réellement. Une fois de plus. Elle ne craignait pas réellement pour la vie de Morgan, la guerre n'était plus aussi meurtrière qu'autrefois – et pour une fois, ces Suédois sanguinaires resteraient loin des champs de bataille mais en tant qu'Anglais, il n'était même pas certain qu'il reviendrait à la cour de Louis XIV. Mais elle ne supporterait pas une nouvelle séparation de quinze ans. Pas après de telles retrouvailles alors qu'elle était encore en exil loin de chez elle et dans l'impossibilité de rentrer sous peine de subir la colère du roi de Pologne. Éléonore poussa un soupir discret et chassa d'éventuelles larmes qui pourraient remplir ses yeux quand Morgan dirigea sa monture près de la sienne. Elle leva le regard vers lui et constata qu'il lui adressait un large sourire en lui tendant le fameux petit pistolet dont elle était si admirative :
- Pardonnez moi, je n'ai pas de quoi l'envelopper. Mais ce sont les aléas de la spontanéité !
Immédiatement, les lèvres d’Éléonore s'écartèrent et si ses yeux brillèrent, ce fut uniquement par la joie de recevoir un tel présent. Elle ignorait les motifs qui avaient poussé Morgan à lui faire cadeau alors qu'elle réclamait seulement de pouvoir l'essayer mais ne chercha pas à protester – ses manières de dame bien éduquée qui aurait dû se récrier laissaient clairement à désirer, que voulez-vous – et se saisit du petit pistolet. Il était si minuscule qu'il tenait tout entier dans sa paume mais le mécanisme était bel et bien entier. Après l'avoir examiné une minute avec admiration, elle fixa de nouveau ses yeux sur son ami qui attendait sa réaction et ne put que s'écrier :
- Oh Morgan... Merci beaucoup... Bravo, vous avez réussi à me faire taire, je ne sais que dire de plus, les mots me sont ôtés de la bouche !
Elle laissa échapper un rire ravi en faisant tourner l'objet dans sa main en songeant qu'elle avait décidément bien de la chance mais les bonnes surprises et les cadeaux n'étaient pas terminés.
- Vous qui me parliez de m'avoir dépassé, je vous propose un concours de tir contre moi, à Nancy. Vous serez bien accueillie par la famille et vous pourrez même saluer Jacques de vive voix. Peut être qu'il pourrait servir d'arbitre. D'arbitre, Éléonore, pas de cible !
Elle lui fut reconnaissante de lui tendre une perche qui lui permit de prendre un air outré pour éviter de dévoiler ses émotions. Et pourtant, elle était bel et bien émue de cette proposition non seulement par l'idée qu'il pouvait avoir envie de la revoir mais surtout par l'occasion qui se présentait de reconstituer la folle équipe qui semait la terreur à Saint-Germain à l'époque, Jacques et Charles en tête. Oubliées ses pensées noires, ils étaient toujours là pour elle. Elle resta néanmoins de marbre devant le fou rire qui agitait Morgan et leva un sourcil désapprobateur comme si elle goûtait peu la taquinerie :
- Méfiez-vous, espèce de vil moqueur, je pourrais bien vous surprendre...
Mais le ton de sa voix la trahit quand elle poursuivit en s'efforçant d'avoir l'air sérieuse :
- Et je suis d'accord pour mettre Jacques en arbitre... Après tout, il ne peut que me déclarer vainqueur, j'ai des moyens de pression sur lui, une balle perdue est si vite arrivée.
Évidemment, elle ne put s'empêcher d'éclater de rire et cette fois-ci, elle se sentait véritablement légère et joyeuse. Dieu seul savait ce que leur réservait l'avenir et la guerre qui allait déchirer l'Europe. Mais dans cette existence mouvante, peu assurée, il lui restait des points d'ancrages : les Stuarts en faisaient partie et elle avait été idiote de l'avoir oublié.

La fin de la promenade arriva bien trop vite au goût d’Éléonore. Bientôt les premiers bâtiments de la ville de Versailles apparurent puis s'agrandirent sous les yeux. Ils avaient continué à papoter de tout et de rien jusqu'au moment de la séparation. La jeune femme n'aimait pas les adieux. C'était d'ailleurs peut-être une raison pour laquelle elle fuyait toujours pour y échapper. D'autant que pour le coup... Elle n'avait pas vraiment envie de partir. Il le fallait pourtant, s'attarder davantage ne causerait que plus de difficultés. Et elle était soulagée de ne pas devoir recevoir d'autres cadeaux de la part du petit Stuart de la maisonnée. Éléonore descendit de sa monture qui fut confiée à un serviteur de Morgan tandis que celui-ci se tourna vers elle avec un sourire amical qui dissimulait une éventuelle tristesse.
- Ainsi s'arrête notre aventure du jour, mais cela n'est que les prémices de nouvelles aventures qui nous attendent. Il m'a été un grand plaisir d'avoir à nouveau seize ans avec vous, Éléonore … bien que je ne verrais plus un ananas de la même façon.
- Et moi les gardes français et le roi de Pologne, marmonna Éléonore.
- Je compte vous revoir à Nancy, vous et le pistolet, très important !
- C'est promis, nous serons là tous les deux... Oui, je viendrai même si je dois traverser les camps ennemis, je le jure – au pire, tout le monde m'aime bien dans les deux états-majors, je passerai sans problème avec un drapeau blanc, vous verrez. Après tout, vous avez raison, nous avons encore bien d'autres aventures à vivre... Nous avons encore à grandir pour quitter l'adolescence ! A Nancy donc. Et veillez sur vous.
Elle allait s'éloigner mais pris d'un remords soudain, elle se retourna et se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur la joue de Morgan en lui murmurant un remerciement. Ceci fait, satisfaite, elle tourna les talons et prit la direction du château du roi pour retrouver ses appartements. Une fois de plus, elle arrivait dépenaillée, transie de froid mais le large sourire qu'elle avait aux lèvres ne trompait pas. Elle avait passé une excellente journée et ne pourrait pas oublier tous les rires qu'elle avait partagé avec Richmond. Après tout, comment simplement oublier ? Ce n'était pas donné à tout le monde d'avoir de nouveau seize ans !

FIN
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