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 Famille d'espions, mais pas à l'unisson

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MessageSujet: Famille d'espions, mais pas à l'unisson   29.08.12 19:26


« Il faut laver son linge sale en famille. »
Une pièce dans la pénombre, où la lumière filtrait seulement par quelques endroits où les rideaux n'ont pas été totalement tirés. Une pièce plongée dans l'obscurité et sans vie, ou presque. Il y avait une personne assise, incapable de rester longtemps allongé, quelque ce soit le côté. La position assise était presque la plus confortable et parfois, l'homme assis s'y assoupissait. Parfois, il se levait, faire quelques pas comme un lion en cage. Rarement, il sortait de sa chambre, le reste était trop éclairé et il n'avait aucune envie de se montrer à la lueur du jour. Il ne daignait sortir que le soir et encore, il fallait que son valet Arthur l'y oblige fortement.

Cet homme, c'était Guillaume du Perche, l'espion le moins chanceux du moment, dont les derniers mois n'ont été que disgrâce, malheur et humiliation. Cela avait commencé par l'anniversaire du roi où il avait assuré au monarque que la favorite se portait à merveille avant qu'Evangeline n'annonce son enlèvement ; dans la même journée, il avait subi un sacré savon de la part de ce même roi qui l'avait condamné à rester dans la prison dorée qu'est Versailles, n'ayant droit qu'occasionnellement de se rendre à Paris. Il avait continué en se battant avec Cédric de Portau qui l'avait blessé à la jambe, contraignant l'espion à se déplacer avec une canne et limiter ses sorties. Et quand il pouvait enfin retrouver toutes ses facultés, voilà qu'on l'enlevait et qu'on le torturait, encore une fois un coup de Portau et du complice masqué. La fin d'année 1666 fut salement amochée, autant que son corps. Les coups de fouet et autres instruments de torture avaient marqué son corps encore endolori, dont il n'arrivait pas à se remettre. Il était si amoché qu'il n'arrivait pas à dormir en position allongée, étant marqué sur le torse, le dos et aussi les bras. Son visage était le mieux épargné mais il avait eu de beaux coquards et le nez endommagé ainsi que la lèvre ouverte. Bref, ses deux bourreaux ne l'avaient pas ratés … Et depuis qu'il s'en était sorti, Guillaume ruminait sa colère et sa tristesse. Il avait eu l'autorisation du roi de ne pas paraître au Nouvel An, Louis XIV lui avait même envoyé son propre médecin pour le soigner.

Alors il passait ses journées dans le noir, refusant de se montrer à quiconque ni de se voir, et ruminait ses idées noires. L'espion-courtisan n'était plus, il avait sombré et dérivait au loin pour laisser place à un simple homme ravagé par la désolation. Même son valet ne l'avait jamais vu ainsi et s'inquiétait fortement, ne sachant que faire pour le secouer. Guillaume refusait les visites, ouvrait à peine son courrier ou alors c'était Arthur qui lui faisait la lecture de force. L'espion voulait se couper du monde, ne plus poser de pied en dehors du Trianon. Et pourtant, il n'avait pas le choix en cette journée. Arthur vint avec un pli dans sa main gauche, du Perche le congédia d'un geste mais l'homme insista :

« C'est un pli … royal. »

Guillaume leva la tête, ne semblant pas tout à fait comprendre. Pourquoi Louis XIV lui écrivait-il ? Voyant qu'il avait capté l'attention de son maître, Arthur décacheta la lettre et l'ouvrit pour la lire en silence dans l’entrebâillement de la porte, là où il y avait encore de la lumière, puis s'approcha de Guillaume pour parler sur un ton de confidence.

« Sa royale majesté vous donne une mission … »
« Mais … ? »
« Elle se fera avec votre cousin, le marquis de Courtenvaux. »

A ce nom, Guillaume poussa un soupir las. Pas avec Benoît, les deux cousins ne se supportaient pas, ils étaient bien trop différents. Dans la famille, tout le monde congratulait Benoît de sa réussite. En effet, il avait toujours un garçon intelligent et doué, il était normal qu'il ait une bonne situation. Mais pourquoi toujours le comparer à Guillaume ? Sûr qu'à côté de son parlementaire de cousin, il ne faisait pas le poids et fut toujours une sorte de vilain petit canard, encore aujourd'hui. Puis du Perche savait comment son cousin le voyait : une sorte de débauché, un incapable de faire quoi que ce soit de ses dix doigts, un joueur sans attache et un fêtard. Dans les faits, ce n'était pas tout à fait faux mais Guillaume faisait bien d'autres choses, était capable de beaucoup mais on ne retenait que le pire de lui. Tous les deux chez les espions du roi, ils s'étaient souvent soigneusement évités dans les missions. Et aujourd'hui, le roi les réunissait, aucun des deux n'avaient le choix que d'accepter, Benoît avait sûrement la même réaction que du Perche, à n'en pas douter.

Alors, puisque contraint de quitter sa tanière, Guillaume n'eut d'autre choix que de quitter sa robe de chambre moelleuse pour des affaires d'hiver. Un pantalon, une chemise épaisse avec une veste par dessus et terminer par un manteau hivernal, ainsi que des bottes aux pieds. Il ne s'était pas regardé mais savait qu'une barbe de plusieurs jours naissait sur son visage, Arthur l'ayant forcé à se faire raser il y a quelques jours et le comte l'avait maudit. Il ne faisait pas vraiment comte, ou alors de ceux qui vivent dans leur campagne, à l'abri de la Cour. Ah que ces gens là étaient chanceux …

La nuit tombait tôt bien qu'il n'était pas encore huit heures du soir lorsque Guillaume arriva à Paris à cheval. Le galop fut difficile, tout son corps ressentait la douleur s'être secoué, presque une seconde torture. Mais comme toujours, trop fier pour hurler, du Perche ne fit que serrer les dents et tenir bon. Paris ressemblait un peu à une ville morte à cette heure là, il faisait bien froid et on évitait de trop traîner. Seul le Parlement semblait encore animé par quelques hommes débattant vivement. Mais pas question d'attendre devant la grande porte ! Après avoir laissé son cheval près d'une auberge où il paya bien le tenancier, Guillaume marcha discrètement jusqu'à l'arrière du bâtiment où se trouvait une petite porte, par là où sortirait son cousin et collègue de la soirée. Celui-ci ne se fit guère attendre, ponctuel comme toujours, encore une qualité qui faisait sa fierté. Les deux hommes se regardèrent, hochant de la tête poliment en guise de salut. Ils n'avaient pas grand chose à se dire, il valait mieux se concentrer sur leur mission du soir.

« Toi qui sait tout, dis moi qui est l'homme de ce soir. Ma missive fut assez courte, je n'ai pas eu de nom. »

Tout ce qu'il savait, c'est que des réseaux protestants se formaient dans Paris et s'intensifiait avec les mois mais ils étaient bien difficiles à être repéré car les lieux changeaient constamment. Quelques hommes n'étaient apparemment pas assez malins pour se montrer discret et l'un d'eux serait leur proie du soir. Le ton employé par du Perche était froid et distant, montrant bien son envie de ne s'impliquer que dans l'enquête et pas faire de familiarité avec Benoît.

Guillaume avait tant espéré cette missive du roi pour retourner sur le terrain, il regretta que ce soit ce soir et avec Benoît. La mission de ce soir allait être longue …
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Une fois offert et mis à lambeaux, il est pour l'heure tout entier à son roi.
Côté Lit: Je n'y tiens pas une collection ! Mais il n'est pas glacé non plus.
Discours royal:




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Âge : 32 ans et des poussiè... (Non pas ce mot maudit)
Titre : Marquis de Courtenvaux, Magistrat parlementaire et avocat
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MessageSujet: Re: Famille d'espions, mais pas à l'unisson   31.08.12 19:28

- Objection Votre Honneur.

Le juge lassé la lui refusa en levant les yeux au ciel. Il faut dire que Benoît de Courtenvaux ne cessait d’interrompre l’assemblée des procureurs et la cohorte de témoins sollicités à témoigner. Sourcils froncés, il se rassit très contrarié. Il devait se rendre à l’évidence, cette mission en compagnie de son cousin, le rendait très irascible. Il avait appris la nouvelle par un pli venu directement de Versailles. Il ne pouvait s’y soustraire. Ordre du roi. Mais pourquoi lui donnait-on Guillaume comme coéquipier. Il avait autant envie de l’avoir à ses côtés, qu’un galérien se réjouit d’avoir un boulet attaché à son pied. Le marquis pourtant très humaniste, avait bien du mal à estimer son cousin. Pour l’aimer, il l’aimait comme on peut aimer un membre de sa famille, mais le respect ne venait pas. Plusieurs fois, il avait tenté de le comprendre mais il s’était heurté à la personnalité frivole de Du Perche. Parfois même, il avait honte de lui. Ce sentiment en lui était terrible, mais il ne pouvait s’en défaire malgré toute la meilleure volonté du monde. Guillaume était pour lui un don Juan, doublé d’un espion décevant.

Il ne lui fallait pas remonter bien loin pour trouver un exemple typique de son incapacité. L’enlèvement de la favorite. On lui avait confié cette personne chère au cœur du roi et il l’avait laissée filer entre ses doigts. Un échec cuisant qui l’avait conduit presque à l’exil et à la disgrâce. Quelle humiliation pour leur famille ! Ce jour-là, il avait rougi lorsqu’il avait été mis au courant. Cruellement, il avait souhaité ne plus être son cousin, puis dans un accès de culpabilité avait chassé cette horrible pensée. Il ne pouvait renier Guillaume, la maladresse n’était pas une excuse pour oublier les liens du sang. Mais voilà, entre ces deux-là, le courant ne passait pas. Moins ils se voyaient, mieux ils se portaient, c’était bien simple et sans doute malheureux.

Depuis leur plus tendre enfance, ils avaient été le jour et la nuit. L’un était très sportif, l’autre restait un digne rat de bibliothèque. Le surdoué et le vilain petit canard. Pourquoi n’avait-il pas suivi le conseil de toute la famille ? Pourquoi n’avoir pas suivi ses traces ? Benoît ne s’estimait pas parfait, l’orgueil ne coulait pas dans ses veines, mais il aurait aimé lui apprendre ce qu’il savait, en bons camarades. Il s’était heurté à un mur, inconscient que tout son savoir avait l’apparence d’une froideur dédaigneuse et avait peut-être écrasé son cousin. Jamais Guillaume ne s’était posé à ses côtés pour ouvrir un livre et jamais Benoît ne s’était proposé pour faire quelques exercices d’épées avec lui, lorsque l’âge était venu. Ils étaient habitués à se voir et à ne pas se parler. Au fil des années, l’habitude avait pris le pas sur tout et cela ne semblait pas avoir changé.

- Maître de Courtenvaux ?
- Oui ?

Tel un ressort, il s’était redressé de son siège. C'était, ce qu'on appelait : les réflexes du métier.

- Avez-vous entendu ? L’audience est levée et reprendra demain à dix heures.
- Bien Votre Honneur.

Cela valait vraiment mieux, car depuis la réception du courrier royal, il s’était laissé déconcentrer. Ce n’était pas du tout bon pour le procès en cours. Chose qui l’agaçait davantage pour son rendez-vous avec son cousin. Il leva d’ailleurs les yeux vers l’horloge pour s’assurer qu’il ne serait pas en retard. Guillaume en tout cas, n’avait pas intérêt à l’être. Il lui restait une dizaine de minutes pour ôter sa robe d’avocat, attraper son nœud coulant dont il ne se séparait jamais en mission, et bien entendu astiquer un minimum son bureau.

Trois minutes furent consacrées aux premières tâches, sept à la dernière qui était la plus importante de toutes, dans son esprit maniaque. Ces sept minutes parvinrent à le calmer un peu, peut-être que cette mission ne serait pas si terrible que ça à mener. Il prendrait sur lui. De toute façon, il n’avait pas le choix, le roi voulait des résultats et il en aurait. Leur but était de suivre et peut-être de mettre derrière les barreaux, des protestants dangereux, ils n’avaient pas le temps de se chamailler. Ayant mis ses gants, il se dirigea après un ultime soupir las, vers la porte de derrière. Il était à la seconde près, à l’heure. Guillaume se trouvait à l’endroit indiqué et sa figure respirait un profond agacement. Ça commençait bien et ça promettait de LONGUES heures. Pas de bonsoir, un simple mouvement de tête suffit à se saluer des deux côtés. Cousins avez-vous dit ? Au premier abord, on aurait parié sur deux inconnus.

« Toi qui sait tout, dis-moi qui est l'homme de ce soir. Ma missive fut assez courte, je n'ai pas eu de nom. »

Et voilà, Guillaume lançait déjà les hostilités par une réplique sèche ! Il fallut toute la patience de Benoît pour ne pas montrer son énervement grandissant. Pour autant, il ne serait pas dit qu’il ne rétorquerait pas.

- Il y a sans doute eu quelques raisons pour que ce courrier soit court.

Le ton était sec et il le regardait à peine.

- Mais ne revenons pas sur cette fâcheuse affaire, en effet je sais qui est notre proie. Il s’agit d’un agitateur protestant, un certain Montauroux. Comme tu le sais ou comme tu devrais le savoir, les clauses de l’édit de Nantes se font rejeter les unes après les autres par le conseil du roi. Ca a le don de faire pulluler les insatisfaits et cet insatisfait-là précisément, voudrait apparemment provoquer des émeutes dans certaines régions. On doit le suivre, pénétrer dans leurs réunions et selon ce qu’on entendra, l’arrêter, sauf si bien sûr tu ne te sens pas capable de ça.

Leurs petites guerres semblaient loin d’être apaisées, bien au contraire. Heureusement l’apparition d’un de ses informateurs les en tira quelques instants. Ce dernier devait avoir dans les moins de dix ans.

- Alors petit, je t’écoute.
- Le sieur que vous recherchez, vient de quitter sa maison, mes amis postés un peu partout dans les rues voisines, vous tiendront au courant. Ils porteront des chapeaux au ruban bleu. La dernière fois qu’on a vu l'homme, il était non loin de la rue des francs bourgeois.
- Merci.

Il fit virevolter une pièce de monnaie dans la paume de l’enfant et ouvrit avec un sourire très crispé, le chemin à Guillaume. La nuit tombait peu à peu. Ils avaient à en tuer du temps, car ils allaient sans douter devoir se balader encore un bon moment. Un moment propice pour crever un vieil abcès ? Peut-être !

- Alors dis-moi, le roi te fait à nouveau confiance ? J’espère que cette fois, tu sauras davantage te montrer digne du rôle qu’il a bien voulu te donner.

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Un accusé n'est pas cuit
quand son avocat est cru.




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MessageSujet: Re: Famille d'espions, mais pas à l'unisson   07.09.12 21:20

Les querelles de famille sont souvent les plus difficiles à mettre de côté, surtout quand on est forcé de travailler avec. Guillaume voyait cette mission comme une véritable punition, il aurait préféré rester dans ses appartements en disgrâce et à se soigner un petit peu plus. Son visage reprenait forme humaine, il pouvait à nouveau bouger et porter des vêtements sans hurler de douleur mais en dessous des couches de tissus, il avait toujours mal, bien qu'il ne montrait rien. Il y avait assez d'espions pour accompagner Benoît en filature, tous n'ont pas été enlevé ! Vraiment, du Perche se demandait si Louis XIV ne le testait pas en ce moment. En attendant son cousin, le comte se posait beaucoup de questions, jusqu'à se demander si son cousin ne devait pas ''évaluer'' ses compétences. Non, le roi était un homme beaucoup plus direct que cela, Guillaume se rappelait que trop bien du savon qu'il lui avait passé après l'anniversaire. Non, soit personne ne voulait faire équipe avec Benoît, ou alors il n'y avait personne de disponible sur le coup. Bien sûr, Guillaume exclut le fait que son cousin aurait demandé sa présence au roi, c'était clairement impossible.

Le voilà, pile à l'heure comme toujours. Ce n'était pas un défaut, loin du compte, Guillaume n'était pas non plus au point de voir chaque geste de son cousin comme un défaut ou quelque chose d'horripilant, c'était même plaisant de ne pas attendre dans le froid pendant des heures. Mais alors les salutations furent plus que glaciales, pas un mot pour dire bonsoir ou quoi que ce soit. Du Perche n'avait rien à lui dire, autant se concentrer sur la mission, malgré son ton sec auquel Benoît répliqua de la même façon :

Il y a sans doute eu quelques raisons pour que ce courrier soit court.

Enfoncer le couteau dans la plaie n'améliorerait en rien leurs relations, bien que ni l'un ni l'autre n'avaient envie d'une quelconque amélioration. Depuis septembre, Guillaume devait ramer pour avoir quelques informations concernant ses collègues. Et entre sa blessure et son enlèvement, il n'avait pas pu savoir grand chose. Aujourd'hui, il se remettait petit à petit de sa séance de torture à rallonge, espérant que la mission du soir ne serait pas trop physique car il ne serait pas capable de grand chose, alors que c'était un atout en temps normal.

Mais mieux valait se concentrer sur la mission que sur la douleur. Benoît expliqua ce qu'ils avaient à faire. Le « comme tu devrais le savoir » fit grimacer Guillaume. Son cousin le croyait-il si stupide ? Bien sûr qu'il connaissait les clauses de l'Edit de Nantes et que leur monarque retirait progressivement toutes les clauses de protection des protestants. Un jour Louis XIV le tolérerait rien d'autre que le catholicisme en son royaume. La mission ne semblait ni physique ni difficile, du point de vue de Guillaume. Car celui de Benoît par contre …

… Sauf si bien sûr tu ne te sens pas capable de ça.
Je pense que l'incapable que je suis peut réussir.

Le ton était froid, toujours sans un regard. Parce que c'est bien comme ça qu'il avait l'impression que son cousin le voyait : comme un incapable, pas doué de grand chose à part dépenser des sommes folles et courir les filles. Venant d'étranger, Guillaume s'en moquait, c'était ce qu'il voulait faire croire justement. Mais de sa propre famille, cela faisait mal, très mal. Benoît était réputé intelligent, avec un excellent instinct … et qui était incapable de voir plus loin que le bout de son nez en ce qui concernait Guillaume. Pour l'instant, il prenait sur lui et la conversation tourna court quand un enfant vint à eux. On recrutait toute sorte d'informateurs. Guillaume s'infiltrait chez les truands, Benoît prenait un autre genre. En effet qui se soucierait d'enfants ? C'était surprenant, surtout que le gamin faisait parti de tout un réseau. Ils n'étaient pas tout près de la rue des francs-bourgeois, la route allait vraiment être longue.

Alors dis-moi, le roi te fait à nouveau confiance ? J’espère que cette fois, tu sauras davantage te montrer digne du rôle qu’il a bien voulu te donner.

Heureusement que Paris n'était pas éclairé partout, cela permettait de ne pas voir que Guillaume levait les yeux au ciel. Si le roi lui faisait à nouveau confiance ? Pas sûr, mais il avait pourtant fait appel à lui …

Il faut croire. Sûr que tout le monde ne peut pas être parfait, l'erreur est impossible pour certains. Ce n'est comme si j'avais volontairement commis une erreur, je ne suis pas stupide à ce point contrairement à ce que tu peux penser.

C'était un dialogue de sourds, quoiqu'il se passe, chacun camperait sur ses positions. Guillaume n'avait jamais rien fait pour améliorer les relations avec son cousin. Il faut dire que toute la famille ne cessait de faire des louanges sur Benoît qui réussissait tout et était destiné à un avenir prestigieux. Puis on le regardait lui, il se souvenait bien de certains regards disant « mais qu'est ce qu'on va bien faire de toi ? ». Pourtant du Perche avait l'avantage d'avoir eu de la liberté, de pouvoir voyager et voir des choses que personnes ne pourraient jamais voir dans sa vie. Pour lui, son destin était sur les routes, à voir du pays et le monde. Ça ne paraissait pas bien glorieux, pourtant du Perche avait consigné ses voyages par écrit, du moins quelques bribes et cela pourrait donner un excellent récit de voyages. Cela n'aidait en rien à la politique ou à l'économie du royaume, certes, mais cela n'avait jamais été le grand intérêt de Guillaume, du moins pas à en faire son métier, comme Benoît. Cote à cote dans cette rue, il y avait le cygne et le vilain petit canard.

Un petit canard qui se fit bousculer violemment pas un homme l'air pressé. Il lui tapa dans l'épaule, celle-la même qui avait subi la lame de Portau quelques temps auparavant. Lâchant un petit gémissement de douleur, il grimaça et porta sa main à l'épaule, laissant apparaître le bandage autour de son poignet.

Qu'il y a t'il ? N'ai-je pas le droit d'avoir mal à quelconque blessure ?

Guillaume était certain que son cousin savait. Louis XIV avait envoyé son propre médecin pour soigner le blessé inconscient, il avait pu savoir l'étendu des dégâts et le faire partager à l'ensemble de son équipe. Encore un des nombreux quiproquos pour les cousins …
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MessageSujet: Re: Famille d'espions, mais pas à l'unisson   06.10.12 18:34

" Je pense que l'incapable que je suis peut réussir. "

Benoît sourcilla avec perplexité. Il s’interrogeait en effet sur les capacités de réussite de son cousin, puisqu’il avait rencontré l’échec le plus cuisant de sa carrière d’espion. Il n’avait même pas osé lui demander des explications au sujet de ce qu’il faisait au moment de l’enlèvement de la favorite, il craignait une réponse trop évidente : Je couchais avec une femme. Une réponse si digne de lui et si indigne de leurs fonctions auprès du souverain. Il ne préférait pas savoir de peur de voir cette colère sourde contre lui s’accroître davantage. Oui, clairement Benoît se l’avouait tandis qu’ils marchaient côte à côte en silence, il lui en voulait car il avait failli le déshonorer lui-même dans son sillage. Il ne supportait pas l’idée de déplaire à quiconque, lui si perfectionniste dans l’âme, alors décevoir le roi était proprement inconcevable ! Le marquis de Courtenvaux à cette seule pensée, se sentait capable de retourner un pistolet contre lui-même. Comment la vicomtesse de Comborn et Guillaume pouvaient-ils se présenter à la cour encore aujourd’hui ? Il se voyait plutôt enterré six pieds sous terre après une telle disgrâce. Non vraiment les deux parents n’étaient pas des copies conformes, mais tous deux devaient faire avec, les ordres sont les ordres n’est-ce pas ?

Fort heureusement, les conséquences se faisaient donc moins dramatiques, puisqu’on lui donnait à nouveau des missions. La question qu’il venait de poser à son cousin était par conséquent assez égoïste. Guillaume rentré dans les bonnes grâces du roi, lui –même ne risquait plus d’être condamné à un quelconque exil par ricochet. Leur nom ne serait pas sali en fin de compte ! C’était le principal ! Il espérait que cette mauvaise expérience servirait de leçon à son séducteur de cousin ! Il était temps qu’il s’assagisse, il n’était plus un adolescent en proie à ses hormones que diable !

" Il faut croire. Sûr que tout le monde ne peut pas être parfait, l'erreur est impossible pour certains. Ce n'est comme si j'avais volontairement commis une erreur, je ne suis pas stupide à ce point contrairement à ce que tu peux penser. "

Cette mauvaise foi était terrible ! Il osait lui reprocher d’avoir cherché depuis son plus jeune âge à atteindre la perfection ? Peut-être devrait-il se sentir désolé de ne pas avoir couru derrière la médiocrité, à l'écouter parler de la sorte ? Qu’est ce qu’il ne fallait pas entendre ! La quête de la perfection demande c’est certain beaucoup de sacrifices, chose que du Perche ne semble pas connaître. Benoît ne prétend pas être parfait mais il s’était donné les moyens pour être ce qu’il était devenu. C’était son cousin frivole qui lui faisait un discours sur ça comme s'il le jalousait ? Mais il aurait fallu pour cela, que du Perche accepte de travailler avec lui, c'était pourtant trop demandé, Guillaume se trouvait en permanence par monts et par vaux. Les veines du marquis s’échauffaient furieusement, il ressemblait alors telle une sous pape sifflante, mais il devait garder à l’esprit leur mission. Cependant, cette réplique ci, dès qu’ils seraient libres de tout engagement nocturne, Guillaume ne l’emporterait pas au Paradis. Il serra simplement les dents pour ne pas répondre quoi que ce soit avant le moment venu.

Benoît marcha plus rapidement et avisa au loin un enfant. Il alla à sa rencontre pour obtenir le renseignement précieux sur Montauroux, leur cible. Au contact du petit gaçon, il se calma légèrement. Sans doute ceci s’expliquait par son statut de père de deux bambins. La bonne humeur, un tantinet revenue donc, il lança même la balle à la troupe de gamins avant de rejoindre son cousin sur les bas-côtés de la rue.

Soudain alors que le silence régnait en maître entre les deux espions, ils croisèrent un passant. Ce dernier fort bourru, venait de bousculer Guillaume violemment. Certes, être cogné par une masse plus faite de chair que d’os n’est pas agréable, mais Benoît ne s’attendait absolument pas à un gémissement de souffrance de la part de son cousin. Il crut dans un premier temps, qu’il exagérait son mal afin de se faire plaindre. Mais à le voir se tenir le bras de la sorte, le marquis commença à se voir harcelé de questions et c’était une première, à s’inquiéter pour lui.

" Qu'il y a t'il ? N'ai-je pas le droit d'avoir mal à quelconque blessure ? "
- Bien sûr que si …

En réalité, le parlementaire était assez médusé, mais sa mauvaise opinion concernant Guillaume reprit malheureusement très vite le dessus . Pour tout autre espion, il aurait songé à une mission qui aurait mal tourné, mais puisque Guillaume en était privé depuis des mois … Comment cela aurait-il pu être possible ? Il n’avait plus été en contact avec les crapules de la capitale et de la province. Sans aucun doute, cette blessure était due à une bagarre de tavernes pour les beaux yeux d’une demoiselle. Il en aurait mis sa main à couper. Ainsi malgré lui, il leva les yeux au ciel pour encore faire des reproches à son cousin.

- Où t’es-tu fait ça ? Tu t’es encore battu avec des ivrognes je présume, afin de pouvoir gagner une misérable nuit avec une fille de joie ? Quand donc changeras-tu Guillaume ? Prends tu un plaisir sadique à décevoir notre famille ? Et pourquoi cette plaie n’est-elle pas soignée, faut-il réellement que tu fasses preuve de fainéantise même lorsque cela concerne ta santé ? Tu vas nous ralentir.

Et voilà, Benoît de Courtenvaux par esprit de loyauté offerte entière à son roi, se voyait tout à coup dépourvu de son humanisme légendaire ! Il se faisait méchant sans même se rendre compte de cela. Guillaume méritait qu’on le recadre. Comment aurait-il pu se douter de la vérité, et de la gravité de la blessure ? Son mécanisme de logique ne lui laissait entrevoir aucune autre possibilité.

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MessageSujet: Re: Famille d'espions, mais pas à l'unisson   18.10.12 21:28

L'atmosphère était encore plus glaciale autour des deux cousins que dans le reste des rues de Paris. Aucun des deux ne voulaient faire d'effort pour discuter comme des adultes. A quoi bon, ils ne se comprenaient pas. Ils ne venaient pas du même monde : Benoît était ce garçon intelligent, brillant, qui avait fait des études, un garçon de la ville aussi ; Guillaume, sans être un abruti complet, avait davantage appris par lui-même que par précepteurs, un garçon de la campagne qui a passé une partie de sa vie à Mortagne-au-Perche puis après à parcourir une partie de l'Europe. L'un était un garçon stable, posé, tandis que l'autre était l'inverse, un aventurier sans attaches. Guillaume ne serait plus à Paris depuis longtemps si Louis XIV ne lui avait pas donné cette charge d'espion. Bien sûr, cette couverture d'aventurier lui avait permis de se rendre un peu partout sans que personne ne se doute de rien, c'était le côté pratique. Seul le roi avait pu dompter l'imprévisible comportement de Du Perche, qui n'était pas du tout un mauvais garçon, contrairement à ce qu'on pouvait penser. Mais le cliché du séducteur de grand chemin, le joueur dépensier au possible était si facile à tomber dedans. Même quelqu'un comme Benoît, pourtant réputé extrêmement intelligent, n'y avait pas manqué, c'est dire à tel point Guillaume avait une bonne couverture, trop bonne, à tel point que cela l'avait un peu étouffé. Et depuis son enlèvement, il voulait changer, véritablement. Il ne manquait qu'une main tendue de la part du souverain pour signer sa rédemption, car on ne l'y reprendra plus !

Cependant, ce n'était pas le moment de s'apitoyer, il y avait une mission à effectuer, même si le partenaire n'était pas le plus agréable. Pas un mot échangé alors qu'ils s'enfonçaient dans Paris, suivre la piste que le gamin les avait conduits. Un procédé aussi malin qu'original, prendre des enfants comme mouchards, il fallait y avoir penser. Guillaume pouvait concéder des qualités à son cousin, heureusement pour lui, et le fait d'avoir eu une idée originale et très discrète en faisait partie. Qui se méfierait de gamins des rues ? Qui y fait véritablement attention, après tout ? Il regarda Benoît avec ces petits, lui restant en retrait et observait. Ces gamins ne devaient pas gagner grand chose mais cela devait représenter une fortune colossal dans leurs petites mains. Bon ça faisait deux qualités supplémentaires, il fallait encore le reconnaître. En le regardant ainsi, Du Perche appréciait (enfin le mot est un peu fort ! ) son cousin, il fallait juste que celui-ci n'ouvre pas la bouche ou ne le regarde pas avec ce regard condescendant qui l’exaspérait. Cela eut tôt fait de revenir quand Guillaume se fit violemment bousculer et eut mal à son épaule. Pas un petit bobo, il y avait encore les cicatrices sous sa chemise, des entailles faites par Portau et elles faisaient encore mal quand on appuyait dessus. Et lui qui n'était pas homme à se plaindre avait trop mal cette fois pour ne pas geindre et se tenir l'épaule. Son cousin ne parut pas s'émouvoir plus que cela.

Bien sûr que si …
Quelle compassion, merci bien la charité chrétienne. balança t'il sur un ton ironique.

Le regard de son cousin était lourd, pesant et surtout jugeur. Comment peut-on juger un tel acte ? Aux yeux de l'espion martyrisé, son cousin savait ce qui s'était passé, comme sûrement la plupart des autres espions. Il avait disparu plusieurs jours, revenu presque inconscient, le roi avait même envoyé son propre médecin et lui avait demandé une fois des nouvelles. Un espion aussi mal en point, cela ne devait pas passer inaperçu au sein d'une organisation comme la leur ! Alors ce qui sortit de la bouche de Benoît à cet instant le médusa :

Où t’es-tu fait ça ? Tu t’es encore battu avec des ivrognes je présume, afin de pouvoir gagner une misérable nuit avec une fille de joie ? Quand donc changeras-tu Guillaume ? Prends tu un plaisir sadique à décevoir notre famille ? Et pourquoi cette plaie n’est-elle pas soignée, faut-il réellement que tu fasses preuve de fainéantise même lorsque cela concerne ta santé ? Tu vas nous ralentir.

Guillaume s'arrêta brusquement pendant ce discours. Était-ce une blague ? Si oui, elle était de très mauvais goût. Était-ce de l'ignorance ? Au quel cas, cela était blessant que son propre cousin n'ait pas cherché plus loin que le bout de son nez pour savoir ce qui s'était passé. Et il se prétendait humaniste ? Foutaises ! Il aurait bien voulu hurler de colère mais du Perche resta interdit avant de reprendre sa marche. Puis tout un coup, il retira un gant, remonta son manteau et sa chemise pour y montrer un bandage autour du poignet et quelques restes de bleus sur son avant-bras, tout comme cette marque de brûlure sur le dos de sa main.

 Et eux, ont-ils pris un plaisir sadique ? Suis-je si mauvais et si fainéant pour qu'on me torture ?  cracha t'il d'un air mauvais.

C'était la première fois qu'il prononçait le mot torture, du moins à haute voix. C'était encore douloureux au plus profond de son être. Certes il avait eu mal physiquement, ses cicatrices pouvaient témoigner de l'horreur de son calvaire. Mais rien ne valait ses cicatrices psychologiques, cela l'avait affecté bien plus qu'il ne voulait le montrer, seul son valet avait pu déceler cette facette qu'il cachait. Mais là, ça ressortait, violemment, Guillaume ne pouvait supporter qu'on ne le voit que comme un cliché de sa personne, son cousin ne prenait pas la peine de quoi que ce soit et il ne manqua pas de le lui faire remarquer.

J'ai disparu six jours entiers. Six jours m'entends tu ? Et tout ce que tu penses, c'est que je l'ai fait pour les yeux d'une demoiselle. Crois tu que je ne fais que cela de ma vie, que je serais passé outre l'interdit du roi pour partir courir après les filles ? Je te signale que depuis septembre, j'ai pour interdiction de ne pas quitter les alentours de Versailles, je ne serais jamais allé contre l'ordre de mon roi, ça tu le sais très bien … Non, en fait tu ne sais rien, lâcha t'il, toujours agressif, les muscles douloureux et tendus. Tu veux vraiment savoir ce qu'il s'est passé ? On m'a attaqué, on m'a assommé et je me suis réveillé à demi-nu enchaîné face à deux hommes qui se sont amusés à tester toutes les méthodes de torture possibles et imaginables, voire même pire !

Revoir Portau et sa mine réjoui lui donnait envie de vomir et rien que d'y penser, son visage se déforma dans une moue dégoûtée, mélangé à une colère lancinante, il n'en avait pas fini avec son discours.

J'ai passé six jours ainsi, six jours sans presque dormir, six jours à espérer mourir rapidement tellement la douleur fut insupportable. Je préférais donner ma vie que de parler sur quoi que ce soit. Toi qui me pensait à me rouler dans la luxure, je crachais mon propre sang pour sauver ta peau et celle des autres. Non, je n'ai pas dit un mot, j'aurais préféré crever qu'être une honte pour nous tous. T'aurais-je ralenti si j'avais donné ton nom, ou celui d'un autre ? Là oui, tu aurais pu m'en vouloir, autant que le roi à qui j'aurais avoué ma faute si j'avais dit la moindre information. J'aurais préféré mourir que d'être un traître !

Il se retint si violemment de hurler cette dernière phrase qu'il avait enfoncé ses ongles dans sa paume et qu'il en restait des marques rouge. Assez de passer pour un moins que rien aux yeux de son cousin, si cette torture n'avait pas été un exploit, elle avait pu prouver que Guillaume tenait à ses valeurs et qu'il était bien meilleur espion qu'on pourrait le penser. Qui aurait tenu autant de temps ? Lui-même n'en revenait toujours pas. Il poussa un long soupir et reprit sur un ton sec et dur.

Merci de t'être inquiété pour ton cousin et de me voir de la sorte, la moquerie teinta ses paroles mais il reprit plus froidement. Maintenant finissons-en, comme ça je ne te décevrais plus.

Et sans écouter une parole de plus, Guillaume avança d'un pas rapide. D'ailleurs leur homme se profilait au loin et passa une porte à quelques mètres de là. Parfait, la mission les occuperait et Guillaume pourrait rentrer se terrer chez lui …
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MessageSujet: Re: Famille d'espions, mais pas à l'unisson   25.10.12 15:23

Etre tout bonnement muet en arborant piteusement un visage ahuri ne ressemblait guère à Benoît de Courtenvaux. Lui l’avocat toujours en verve, lui qui respirait l’intelligence par tous les pores de sa peau se retrouvait soudain tétanisé face à son cousin. Il y avait vraiment de quoi, la riposte de Guillaume non seulement avait été cinglante, mais c’est le discours sous-jacent, l’explication à sa douleur qui venait de gifler le marquis. Il avait honte, terriblement honte de son comportement cruel et d’ailleurs sans doute en rougit-il avant de verdir de rage contre les coupables de son état. Son cousin torturé ? Les yeux de Benoît valsaient sur les galets jonchant la route qu’ils empruntaient tant il réfléchissait, son esprit tentait de comprendre. Voyons Guillaume n’avait eu aucune mission depuis l’anniversaire royal. Comment se pouvait-il ? En outre, Guillaume n’était pas si important dans la hiérarchie des espions pour qu’on lui en veuille à ce point ? A moins que si ? Quel danger pouvait-il bien représenter et pour qui ?

Benoît à cet instant paraissait véritablement assommé, mais curieusement ce coup moral semblait l’avoir tout à fait réveillé. Ses œillères éclataient et cela faisait mal, très mal. Son regard jusque-là baissé se fixa tout à coup sur Guillaume et il le dévisagea longuement. Il scrutait chaque trait comme s’il le découvrait pour la première fois. Quelle sensation étrange de sentir son cœur étouffé par des années lourdes de préjugés, mais tout à la fois gonflé de fierté et d’inquiétude. Son âme en débordait tant et si bien que des pleurs montaient à ses yeux. En somme, Benoît était trop en proie à plusieurs sentiments nouveaux envers son cousin pour prononcer un seul mot. Ces mots qui auraient pu pourtant apaiser Guillaume dans cette hargne qu’il ressentait contre lui. Mais il ne pouvait lui en tenir rigueur, il subit donc comme un juste châtiment ses pointes acides, sa colère, son ironie à en déglutir plusieurs fois. Comment réparer ce qu’il avait dit ? Comment l’amener à des confidences pour en connaître plus sur le calvaire qu’il avait subi ? Il l’avait mal jugé, mais il l’aimait ! Ils étaient du même sang ! Il voulait savoir, il devait le questionner !

Il réfléchissait déjà à la meilleure façon de s’y prendre, mais Guillaume ne semblait guère vouloir lui en dire plus, quoi de plus naturel au vu des circonstances. Il s’était d’ailleurs avancé le plantant là telle une statue, puisqu’il restait pétrifié. Leur mission ? Benoît l’avait tout bonnement oubliée c’était bien là une première pour lui ! Il se moquait bien d’échouer, ce n’était pas après le protestant qu’il désirait courir mais après son cousin. Il se décida néanmoins à faire un pas en avant plus d’une minute plus tard et rattrapa Guillaume comme il put. Tous deux gardaient un silence glacial, le parlementaire ne parvenait plus à se concentrer sur son plan méthodique, c’était à son tour d’être torturé de questions et de remords. Il put s’estimer par conséquent très chanceux que la troisième petite bande d’enfants qui le connaissait bien vienne vers lui afin de lui donner l’indication du lieu. Lui-même les aurait croisés sans rien leur demander, sans même y avoir prêté attention.

C’est constatant cette grave erreur, qu’il s’efforça tant bien que mal de se reprendre. Il fallait tout au moins retrouver la trace de leur cible, l'arrestation pouvait à la rigueur attendre quelques heures, tant que le protestant resterait dans leur ligne de mire. Repérage qu’ils firent à deux cent mètres de là. En effet un long manteau noir venait de se dessiner sur le mur d’un imposant monument. Monument dans lequel l'homme rentra. Ils avaient donc localisé le lieu où se tiendrait la réunion secrète. C’était le principal. Il leur fallait à présent y rentrer. Faisant le tour par derrière ils trouvèrent une porte, fermée bien entendu. Benoît sortit de sa ceinture un outil servant à forcer les serrures, ce genre d’exercice était une technique de base pour tout espion digne de ce nom. Au bout de quelques minutes à écouter toute sorte de cliquetis, il parvint à l’ouvrir et tous deux s’engouffrèrent à la vitesse de l'éclair dans un potager plongé dans le noir. Ils étaient désormais dans la place mais n’y tenant plus, ne pouvant pas poursuivre leur enquête sans savoir, sans s’être expliqué, Benoît se plaça tout à coup devant Guillaume.

- Guillaume écoute moi, tu me hais sans doute et tu en as le droit, mais nous ne pouvons pas rester sur cette guerre que nous nous menons depuis des années. Elle est trop laide pour des membres d’une même famille. Pardonne-moi je t'en prie, je t’ai très mal jugé et je ne t’ai jamais laissé une seule occasion de me prouver que tu étais un garçon fiable et sérieux. Je t’ai toujours pensé frivole, joueur convulsif et coureur de jupons, crois moi j’ai honte.

Il lui tenait maintenant le bras sans même s’en rendre compte, de peur qu’il parte, qu’il refuse même de l’entendre. Cela dit, il ne voulait pas non plus paraître pour le seul coupable de cette mésentente de toujours. Tous deux avaient leur torts et tous deux devaient les reconnaître s’ils désiraient crever l’abcès une bonne fois pour toutes.

- Mais si seulement tu m’avais également donné une chance, une opportunité de me rapprocher de toi … Tu as été toujours fuyant avec moi, comment me vois-tu Guillaume dis-moi ? Je sais que ce soir je ne t’ai pas paru très humaniste, mais à moins de te mentir à toi-même, tu ne peux pas nier que je t’ai tendu la main plusieurs fois, que j’aie cherché à me lier à toi durant notre enfance. J’ai toujours voulu t’avoir en camarade de jeux, cependant tu m’as toujours regardé avec des yeux si durs, comme si je n’étais pas fait de chair et d’os mais de rouages huilés comme une machine. Je ne suis pas que ce cerveau, j’ai tout comme toi cet organe qui cogne dans ma poitrine Guillaume et OUI je m’inquiète pour toi ! Qui sont ces deux hommes ?

Il le secouait presque à présent, il sentait la rage monter en lui, à faire couler le sang de son cousin, cela revenait à faire couler le sien et les liens du sang sont sacrés. Entre ces deux-là les liens du cœur mettraient sans doute un moment à s’instaurer mais il ne pouvait rester de glace. Le méthodique, le très calme Benoît avait tout à coup les yeux luisants de colère, il en leva le ton pour obtenir une réponse.

- QUI A OSE TE FAIRE CA ? DIS LE MOI !

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MessageSujet: Re: Famille d'espions, mais pas à l'unisson   12.01.13 17:49

Guillaume trouvait que le souverain (ou Colbert) avait un drôle d'humour pour avoir mis les deux cousins sur une même affaire, sachant pertinemment qu'ils ne s'entendaient pas : trop différents au niveau des méthodes, du caractères mais aussi quelques différends familiaux qui s'étaient agglutinés au fil des années. Tous ceux qui les connaissaient le savaient bien et pourtant ils étaient tous les deux dans Paris à la recherche de groupes de protestants en suivant des gamins mouchards. Cette soirée était du pure délire et du Perche aurait préféré la passer à se reposer et se soigner que de mener une mission à contre cœur avec quelqu'un qu'il n'appréciait pas tant que cela.

Et puis Benoît avait de ces préjugés à son encontre. Si son cousin devait parler de Guillaume, sûr qu'il ne verrait que le côté mondain, superficiel, séducteur et dépensier. Ah oui, c'était exactement comme cela qu'il le voyait et du Perche en avait plus qu'assez que tout cela lui colle à la peau. A la Cour, il s'en moquait puisque c'était exactement son rôle (et d'accord, un peu sa nature) pour mieux se fondre dans la masse. Mais Benoît était de sa famille et plus que les autres, il savait que Guillaume était un espion ! Alors pourquoi insister de la sorte ? Pour un humaniste, il n'était décidément pas doué du tout ! Comme quoi, monsieur parfait ne l'était pas tant que cela. Et qu'il pense que les coups étaient du à une bagarre dans une taverne à cause d'une nana l'avait mis hors de lui. Et voilà pourquoi il déballa toute sa torture, jetant à la figure le vrai pourquoi des choses. Il n'était pas qu'un simple gigolo, il était aussi un espion qui faisait bien son boulot (en règle générale) et avait touché un point sensible pour qu'il soit enlevé et torturé de la sorte ! Bien sûr, du Perche n'irait pas crier sur les toits le nom de Portau, c'était son affaire personnelle, cela allait au-delà des espions du roi et du complot contre lui, c'était un affrontement d'homme à homme.

Et dire qu'il fallait avoir frôlé la mort pour voir enfin son cousin avoir de la peine, eu peur pour lui. Cela était grave et blessait davantage Guillaume qui voulait en finir avec cette mission pour rentrer chez lui et ne plus rien à voir à faire avec cet individu de la même famille que lui. Ils avançaient en silence pour continuer leur mission, se trouvant nez à nez devant une porte fermée à clé. Courtenvaux savait ouvrir les serrures comme personne et du Perche le laissa faire, restant debout, droit comme un i. A cause de ses blessures un peu partout, s'appuyer contre un mur relevait pour l'instant de l'impossible. La porte ne résista pas et voilà les deux espions la passer, Guillaume prenant soin de la fermer derrière lui pour pas que cela ne fasse suspect. Dans ce potager sans lumière, Guillaume se concentra sur la mission à suivre. Pourtant Benoît – qui avait enfin un sursaut de bienveillance (il était temps ! ) - arrêta net son cousin dans sa marche pour se placer devant lui.

Laisse moi passer. lâcha t'il, toujours aussi froid.
Guillaume écoute moi, tu me hais sans doute et tu en as le droit, mais nous ne pouvons pas rester sur cette guerre que nous nous menons depuis des années. Elle est trop laide pour des membres d’une même famille. Pardonne-moi je t'en prie, je t’ai très mal jugé et je ne t’ai jamais laissé une seule occasion de me prouver que tu étais un garçon fiable et sérieux. Je t’ai toujours pensé frivole, joueur convulsif et coureur de jupons, crois moi j’ai honte.
Il était peut être temps de t'en rendre compte. répondit du Perche, sans un remord. Mais ce n'est pas le moment de parler famille. Pour ce qu'elle est belle, la famille …

Il voulut passer mais Benoît lui tenait le bras et l'empêcha de faire le moindre pas, ce qui irrita davantage le comte qui avait autre chose à faire et à penser que de se réconcilier avec un cousin girouette. Et celui-ci continua à faire un long monologue où du Perche, bien que pas insensible au discours, leva les yeux au ciel car ce n'était clairement pas le moment d'avoir ce genre de discussion. Guillaume pensait davantage à sa mission, c'était la seule qu'il avait eu depuis sa disgrâce et il n'avait pas du tout envie de gâcher sa chance. Et l'autre se croyait à réciter du Corneille, lui serrant le bras et le secouant comme un prunier, une chance pour Guillaume qu'il était plus costaud que son cousin et que ce secouage ne lui provoqua que quelques lances de douleur mais rien de bien méchant.

QUI A OSE TE FAIRE CA ? DIS LE MOI ! hurla Benoît, agacé.
Mais tu es fou de crier comme un fou ! répondit seulement Guillaume, estomaqué par cette scène.

Évidemment, avec tout son blabla et cette dernière phrase hurlée cela avait alerté des personnes dans la maison plus loin et Guillaume eut juste le temps d'attirer son cousin derrière un buisson où ils s'accroupirent tous les deux, du Perche faisant signe à Benoît de se taire en plaçant son index contre sa bouche. Plusieurs personnes passèrent non loin du buisson mais heureusement, personne n'eut l'idée de regarder derrière. Puis les bruits de pas cessèrent, tout le monde sembla rentrer dans la maison. Guillaume passa la tête par-dessus les feuillages, tournant la tête à gauche et à droite mais la voie sembla libre. Mais pour plus de prudence, il serait bon d'attendre encore un peu. Surtout que Benoît ne semblait pas lâcher cette discussion en tirant sur le manteau de du Perche pour avoir sa réponse.

Quoi ? maugréa Guillaume à voix basse. Je ne sais pas qui étaient ses hommes mais même si je le savais, je ne t'en dirais rien pour la simple raison que c'est mon affaire. Et ce n'est pas à cause de toi, tu serais Colbert ou le Pape, je ne piperais mot. Ces hommes sont dangereux et je ne veux impliquer personne. Moi aussi j'ai mon côté égoïste mais je ne l'applique pas à ma famille au moins.

Comme pour marquer la fin de leur discussion, il se leva et avança discrètement vers la maison. La porte n'était pas fermée à clé, laissant à loisir les deux espions s'infiltrer. Malgré tout concentré, du Perche repensa à comment Benoît l'avait toujours vu, même enfant. S'il ne voulait pas jouer avec lui, c'était seulement car ils n'avaient pas les mêmes jeux : Guillaume était un campagnard, passant sa vie dans le jardin à courir et se crotter sans soucis alors que Benoît restait souvent sagement dans la maison à lire ou faire des jeux tranquilles. La seule fois où il l'avait emmené dehors, Benoît était tombé dans la boue et on avait enguirlandé Guillaume pour ça, comme s'il était responsable de la chute de son cousin. Cela n'encourageait pas un enfant à emmener son cousin jouer, c'était plus que certain ! Mais revenons à la mission, des bruits de conversation se fit entendre dans une pièce avec une porte entrouverte. Là était sans doute le cœur de leur mission …

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MessageSujet: Re: Famille d'espions, mais pas à l'unisson   23.04.13 17:57

Le temps paraissait figé et la culpabilité mordait davantage encore, non plus les tripes de Benoît, mais aussi son coeur. Il n'avait jamais vu Guillaume que comme un courtisan quasi écervelé arrivé au poste d'espion que par un quelconque coup d'éclat. Son cousin avait un bon poignet et son jeu d'épée était sensationnel, il était le premier à le reconnaître. Mais donc voilà, jusqu'à présent il avait pensé que son entrée dans cette élite n'avait été dû qu'à sa force, qu'à ses muscles plutôt qu'à son intelligence. Il avait honte ce soir ! Car même si tous les préjugés qu'il avait envers Guillaume n'étaient bien sûr pas tous envolés, Guillaume avait subi la torture pour son roi. Et au fur et à mesure que grandissait une fierté et une reconnaissance sans bornes pour son cousin, il se sentait misérable. Qui l'avait conduit à penser que son propre cousin n'avait qu'une cervelle d'oiseau ? Oui la faute à qui ? A lui bien entendu, parce que leur différence était trop importante, mais d'aussi loin que remontait ses souvenirs, on le lui avait toujours décrit comme ça, sa tante la fameuse salonnière la première, et presque tout son entourage proche. Il n'avait d'excuses pourtant, même s'il s'était laissé influencer, il aurait dû tôt ou tard se rapprocher de son cousin. Au lieu de ça, il lui avait tourné le dos et plus encore au moment où il aurait eu besoin de lui, au moment fatidique où l'exil lui pendait au nez. Mais non, monsieur de Courtenvaux avait renié son propre sang plutôt que la chute ne l'éclabousse lui. Il n'avait été qu'égoïste en plus d'avoir été rempli de préjugés, beaucoup de personnes le prétendaient humaniste à cause de sa philosophie, mais aujourd'hui ils auraient pu lui dire d'aller se rhabiller. Ils n'auraient pas eu tort.

" Il était peut être temps de t'en rendre compte. Mais ce n'est pas le moment de parler famille. Pour ce qu'elle est belle, la famille …"

Il reçut la pique sans rétorquer quoi que ce soit. Guillaume avait mille fois raisons et il n'aurait pas eu le culot de faire preuve de mauvaise foi après avoir été un modèle d'orgueil. Il le fixa intensément et l'empêcha seulement de le laisser passer, comme pourtant il le lui demandait. La mission était importante certes, très importante d'ailleurs, mais pour une fois dans son existence, Benoît l'avait oubliée. Il s'en moquait même, c'est pour dire ! La famille, même si elle n'était pas belle, même si Guillaume ne voulait pas en entendre parler, était la famille. Et c'est pour ça qu'il avait voulu savoir qui étaient les agresseurs de son cousin, quitte à crier oui et quitte à alerter de la sorte ceux qu'ils devaient arrêter. Mais ce cri, Benoît le regretta presque aussitôt, car une femme portant seulement que son bonnet de nuit passa soudain dans le jardin voisin, nue comme un vers.

" Mais tu es fou de crier comme un fou ! "

Avait-elle entendu quoi que ce soit ou s'agissait-il d'une pauvre malheureuse démente et envers qui il n'y avait rien à craindre ? Son mari ou son amant la poursuivait comme un dératé mais à bout de souffle, il cessa sa course à leur niveau. Fort heureusement, ils étaient dissimulés par des buissons et l'homme ne vit rien, en outre il semblait véritablement contrarié par l'escapade nocturne de son épouse et c'était tant mieux.

"Mais te promène donc pas toute nue !"


La situation aurait prêté à rire à gorge déployée, mais Benoît n'en avait vraiment pas envie. Une autre déconvenue venait de mettre à mal son orgueil, cette fois ci, c'était sa qualité d'espion qui en pâtissait. Il avait très inconscient, Guillaume avait eu raison de le traiter de fou ! Sans son intervention, sans doute auraient-ils été repérés ! Voilà une erreur impardonnable, une faute de débutant ! Quelle honte ! Alors il s'était soudainement tû et tous deux attendirent que le couple soit rentré dans sa maisonnée pour continuer leur conversation et leur mission également.

" Quoi ? Je ne sais pas qui étaient ses hommes mais même si je le savais, je ne t'en dirais rien pour la simple raison que c'est mon affaire. Et ce n'est pas à cause de toi, tu serais Colbert ou le Pape, je ne piperais mot. Ces hommes sont dangereux et je ne veux impliquer personne. Moi aussi j'ai mon côté égoïste mais je ne l'applique pas à ma famille au moins. "

Que Guillaume conserve son secret et se referme encore plus, c'était en effet son droit ! Benoît n'allait pas insister par respect. C'était tout à l'honneur de Guillaume de garder le silence s'il le désirait surtout envers lui à qui il ne devait rien. Malgré le sang qui les unissait, le marquis n'avait rien à demander à son cousin ! Il s'inquiétait de son sort un peu trop tard , c'était vrai ! Il déglutit pour ravaler aussi dignement que possible le refus de Guillaume, et ce malgré l'angoisse grandissante qui lui nouait le ventre. En revanche, Guillaume avait-il entendu ce que Benoît lui avait dit quelques instants plus tôt ? Il était facile d'être sourd lorsque certains reproches tombaient comme la grêle, mais lui Benoit avait eu le mérite de les entendre. En revanche Guillaume ne semblait pas se remettre en question, le moins du monde. Benoît avait sa part de culpabilité mais s'il avait eu des préjugés, son cousin n'était pas en reste non plus ! Benoît n'était peut-être pas finalement un humaniste mais il était avocat et par conséquent, il aimait la justice. Il n'était pas décidé à assumer tous les torts dans cette dispute familiale, ou plutôt cette guerre froide.

- Bien sûr que si Guillaume, tu l'appliques à ta famille et plus particulièrement à moi et tu le sais très bien. Qui refusait de prêter son attention une seule seconde à l'intellectuel de la famille ? Et lorsque le dit intellectuel venait pour te proposer quelques jeux d'enfants, qui l'envoyait sur les roses ? J'ai des torts, j'ai été égoïste mais je ne suis pas le seul. Regarde toi dans un miroir toi aussi, est-ce que j'ai reçu une lettre quand j'étais à l'article de la mort à Valenciennes. Non ! Es tu jamais venu embrasser Alexandrine et Edmond, mes enfants ? C'est toujours non. Si je me suis pas préoccupé de toi avant aujourd'hui, tu ne l'as pas davantage fait. Je ne suis pas le seul coupable ici, on est deux !

Avant qu'il n'ait pu finir, Guillaume s'était levé et s'était dirigé vers la maison à pas de loup. Qu'à cela ne tienne, Benoit l'avait suivi et même s'il avait dû murmurer, il avait dit ce qu'il avait à dire. Il s'était excusé et Dieu sait que c'était sincère. Il avait tendu sa main, il avait ouvert une porte, il ne pouvait pas faire davantage sans brusquer son cousin et il n'allait pas non plus le supplier à genoux. Ce n'était ni dans son caractère et en outre, cette attitude était digne d'un homme à qui toutes les fautes incombent. Ce n'était pas son cas, encore une fois ! Lui aussi avait été blessé de l'attitude de Guillaume par le passé, et il l'était toujours d'ailleurs. Il ne demandait pas que Guillaume se confonde en plates excuses, mais peut-être qu'il assume sa part de responsabilité dans leur querelle familiale.

Et comme le calme après l'ouragan, un silence très lourd s'établit entre eux tandis qu'ils étaient à présent devant le seuil de la porte entr'ouverte. Des propos pour le moins illégaux étaient échangés à l'intérieur.

- Nous devons nous battre pour nos idéaux, notre foi, quitte à faire replonger la France dans une nouvelle guerre civile ! Nous devons ne rien lâcher et s'il faut pour ça se débarrasser du roi, nous le ferons mes amis ! Le dauphin est trop jeune pour régner et le frère du roi sera facilement manipulable comme régent. Il ne faut pas que la reine qui est catholique jusqu'au bout des ongles, devienne régente. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs, commençons par nous débarrasser du roi.

Benoît regarda Guillaume d'un air attendu. Il fallait agir et vite mais d'abord, il fallait savoir environ le nombre de personnes se trouvant à cette réunion secrète. Ils ne devaient pas agir sur un coup de tête, ils n'étaient que deux. L'un ou l'autre devait donc prendre le risque de se faufiler dans cette maison et d'y trouver très rapidement un coin sombre pour y observer tout à loisir. Benoît fit un pas en avant puis se ravisa au dernier moment. Il devait peut-être bien ça à Guillaume de le laisser se couvrir de gloire dans cette mission, il n'était pas vraiment dans les faveurs du roi.

- Va donc, je t'attendrai ici, deux hommes ne passeraient pas inaperçus. D'ici, on ne voit pas toutes les personnes présentes mais reviens vite, nous devons vite adopter une stratégie pour arrêter ces scélérats.

Benoît était généralement maladroit dès qu'il devait parler de ses sentiments et à cette minute, sa gaucherie le rattrapa plus qu'il ne l'aurait voulu.

- Et reviens en un seul morceau, ça serait dommage pour les dames de la cour de te perdre ...

Le parlementaire se mordit les lèvres après un sourire presque niais, il aurait voulu dire que ça serait surtout dommage pour lui de le perdre, mais il y avait tant de choses à construire autour de leur lien du sang que ça ne pouvait pas sortir tout naturellement.

- Enfin je veux dire ... Pardon. Bref, je vais faire le tour de la maison pour assurer nos arrières, à tout de suite.

Et en effet Benoît sans perdre un instant tourna les talons pour aller surveiller les environs, quand il fut hors du champ de vision de son cousin, il donna un coup de pied assez furieux dans l'herbe. Il était furieux contre lui-même encore une fois. Mais tout de même, il ne devait pas penser à autre chose que sa mission à cette minute, alors il se reprit. Difficilement mais il se reprit ! Lorsqu'il revint à la porte sans avoir vu aucune menace autour de l'habitation, Guillaume était parti à l'intérieur. Accroupi non loin du mur de l'entrée pour que l'on aperçoive pas son ombre, il attendit qu'il revienne. Que se passait-il là bas ? Tout allait bien ? Il priait pour qu'il n'y ait aucune complication. Il avait encore peut-être du mal à se fier à son cousin, mais il le devait pourtant !

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