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 Le roi et le fou |Louis & Ferdinand|

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MessageSujet: Le roi et le fou |Louis & Ferdinand|   01.08.12 19:17

Chacun a un fou dans sa manche.
Louis XIV && Ferdinand d'Anglerays

La nuit était tombée depuis longtemps sur Versailles. En cet hiver, les journées raccourcissaient à vue d’œil et il commençait à faire noir vers la fin de la promenade du roi, tout comme la nuit ne s'était pas totalement effacée lors du lever royal. Il faisait nuit noir lors du coucher, les courtisans vivaient souvent chandelles ou flambeaux à la main, Versailles dépensait des sommes folles pour éclairer les pièces mais aussi se chauffer. L'inconvénient de l'hiver en somme. Tout le monde avait quitté la pièce depuis déjà de longues minutes, laissant le souveraine « dormir ». Du moins officiellement car Louis, de nature insomniaque, dormait très peu durant ses nuits, continuant de travailler ou recevant des visites secrètes. Seul Alexandre Bontemps, son premier valet de chambre, qui avait installé son lit de camp dans la chambre royale savait ce qui se passait entre ses murs, il connaissait son monarque et sa vie nocturne mais jamais il n'irait dire quoi que ce soit. Par fidélité pour commencer, mais aussi parce qu'il était le seul au courant, on irait bien vite à dire de lui qu'il était coupable. Bontemps, assis pour l'instant sur un large fauteuil, regarda Louis se lever de son lit et passer dans la pièce d'à côté. Il ne le suivit pas, sachant pertinemment que le Roi était en sécurité dans ses propres appartements et que, à moins de connaître le château comme sa poche, personne n'arriverait jusqu'ici, les passages étaient toujours sécurisés, fermés à clé. C'était les appartements de Louis XIV, roi de France, pas un vulgaire moulin !

Les appartements royaux sont truffés de nombreuses pièces à l'arrière des pièces officielles, là où Louis pouvait avoir un peu d'intimité et recevoir qui il voulait, quand il le voulait. Parmi ces pièces, un salon ovale avec un bureau et surtout une petite porte, ouvrant sur un escalier assez sombre dans les passages. En général fermée à clé, Louis l'ouvrit, savant pertinemment qu'il recevrait de la visite ce soir. Non pas qu'il soit devin mais le souverain avait demander à son espion de prédilection de venir. Cet espion était à la fois l'un de plus efficaces mais aussi le plus improbable puisqu'il s'agissait de Ferdinand d'Anglerays. Oui, le propre Fou du Roi était aussi un espion, sa place d'illuminé le rendait intouchable et surtout insoupçonnable, la parfaite couverture en somme. En l'attendant, Louis retournait à sa paperasserie, ayant reçu un peu plus tôt dans la journée, une missive venue des Provinces Unies, remplie de bonne nouvelle, dont la principale était l'alliance scellée entre les deux états pour la guerre à venir. La marine étant plus puissante du côté hollandais, il fallait compter sur eux pour les batailles maritimes face à l'Angleterre et l'Espagne avec leurs puissantes flotte !

Louis s'attela à divers écrits, chose qu'il n'avait pas le temps de faire durant sa journée, quand des pas se firent entendre dans l'escalier puis que la petite porte s'ouvrit. Le souverain ne prit pas la peine de lever la tête, occupé à écrire mais savait très bien que son fou ne se formaliserait pas de l'étiquette en privé. D'ailleurs, il venait de parler et, sans s'interrompre d'écrire, Louis répondit d'une voix faussement grave :

N'as tu donc jamais appris à respecter l'étiquette, monsieur l'impertinent ? Heureusement que mon frère ne t'entend pas !

Louis n'avait que faire des formalités dans ces moments, personne n'était là pour les surveiller, après tout c'était tout l'intérêt d'un cabinet secret, sinon cela ne servirait à rien ! Les deux hommes étaient seuls pour pouvoir parler tranquillement. Depuis que Charles d'Artagnan avait du se retirer quelques temps de Versailles, c'était le baron d'Anglerays qui gérait les espions du roi, il avait pris la place de numéro deux temporairement, avant redescendre d'un petit grade au retour de d'Artagnan. Mais Ferdinand avait l'avantage d'être un pilier de la Cour et, de par sa charge, être proche du souverain. Personne ne s'étonne voir les deux hommes discuter ou que le fou s'approche à tout moment du souverain sans aucun scrupule.

Finalement, Louis reposa sa plume et leva ses yeux vers Ferdinand. Il y avait beaucoup à dire, les espions menaient diverses missions sur différents fronts, ils ne pourraient pas parler de tout cette nuit, il fallait aller à l'essentiel, en sachant pertinemment que Ferdinand entrecouperait ses paroles de petites blagues et de discussions absurdes où le souverain se prenait encore au jeu, adorant ces conversations où les deux aiment avoir raison et où le fou sort d'improbables arguments. Mais nous n'y sommes pas encore …

Alors dis moi, toi qui sait tout mieux que tout le monde ce qui se passe, qu'as tu à me dire ? Je sais que tu aimes parler à tout bout de champ, je t'en laisse le loisir … même si tu n'as pas besoin de ma permission.

Louis était volontairement moqueur, à l'image de son fou et espion qui n'avait jamais la langue dans sa poche !

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MessageSujet: Re: Le roi et le fou |Louis & Ferdinand|   26.08.12 20:33

« Cher baron d’Anglerays,
Mon époux et moi-même avons été bien chagrinés de constater votre absence aux petites festivités données en l’occasion des fiançailles de notre fille aînée, Joséphine. Cependant nous comprenons fort bien votre décision ; et nous souhaitons de tout cœur un prompt rétablissement à votre cousine et prions pour elle. La soirée était un réel délice, tous les convives sont venus et tous ont manifesté une grande joie à l’annonce des fiançailles. Votre fiancée, madame Françoise d’Aubigné, était là elle aussi, et a demandé de vos nouvelles. C’est une jeune femme délicieuse, aussi modeste et discrète que brillante. Nous lui avons expliqué les raisons de votre absence de dernière minute, et elle compatit elle aussi à votre malheur et prie de tout cœur pour que les choses s’améliorent… »


Ferdinand jeta la lettre sur le secrétaire, pour ne s’en plus préoccuper, bien que ses pensées ne puissent s’empêcher de gamberger de nouveau vers son contenu. Enfoncé dans un large fauteuil, une jambe repliée sur le genou de l’autre, le menton posé dans la paume de la main et le coude sur l’accoudoir, son regard soucieux restait fixé sur l’horloge en face de lui. La missive qu’il venait de relire pour la cinquième fois était arrivée la veille de la part de madame de Brétigny, une connaissance quelconque de son défunt père qui s’était subitement souvenu de son existence lorsqu’il était devenu le fou du roi, quelque dix ans plus tôt. Depuis, il était régulièrement invité au domicile familial et avait même cru comprendre à mi-mot qu’on voulait le convaincre d’épouser cette fameuse Joséphine – projet qu’il avait toujours réussi à éviter, jusqu’à ce qu’il se fiance à Françoise d’Aubigné.
Au moment même où ce nom surgissait désagréablement dans son esprit songeur, Aurélien, un jeune homme qu’on aurait pu appeler son valet, frappa à la porte et lui amena un autre courrier. Aurélien était un jeune gascon d’une vingtaine d’années, aux cheveux roux carotte, que Ferdinand avait rencontré lors d’un de ses retours sur ses terres de Gascogne. Il y avait maintenant trois ans qu’il était entré à son service, et jamais il n’avait eu à s’en plaindre : motivé et efficace, Aurélien ne rechignait jamais au travail et avait l’esprit d’aventure.
Après avoir salué son maître, le jeune rouquin lui remit le pli en lui signalant qu’il venait de madame d’Aubigné et se retira en silence. Il avait rapidement compris que le sujet Françoise était quelque peu tabou avec le baron. Après un instant d’hésitation, il ouvrit la lettre et en parcourut les premières lignes.

« Cher baron,
Veuillez me pardonner la liberté que je prends de vous écrire ces quelques lignes. M’étant rendue avant-hier soir à la soirée donnée par les Brétigny en l’honneur de leur fille, j’eus la surprise de constater votre absence alors que j’avais cru comprendre que vous seriez présent. Madame de Brétigny a eu l’amabilité de me confier les raisons de votre absence ; ne lui en veuillez pas, elle pensait bien faire. Je prie de toute mon âme pour le rétablissement de votre cousine… »


Dans un mouvement d’agacement, il froissa la feuille de papier et la lança dans la cheminée qui lui faisait face. Le regard sombre, il observa la boulette de papier brûler. Sa cousine n’était absolument pas souffrante ; la seule qu’il se connaissait était portée disparue entre le Siam et Versailles, et la demoiselle d’Aubigné était l’unique raison de son absence aux fiançailles de Joséphine de Brétigny. Au dernier moment il avait appris sa présence. Poussé par une impulsion subite, il avait renoncé à y aller. Il n’avait pas envie de la voir. Bien sûr, il ne pouvait le dire à voix haute, ni même à voix basse, mais il pouvait toujours trouver des subterfuges pour l’éviter… Même s’il lui faudrait un jour arrêter de jouer à l’autruche. Il préférait ne pas y penser. Poussant un long soupir désabusé, il bondit sur ses jambes et marcha en rond, absorbé dans ses pensées, jusqu’à ce que sonnent les douze coups de minuit. Dressant l’oreille, il resta immobile quelques secondes, avant de se diriger vers le mur et pousser une petite porte dérobée qui s’y trouvait. Assez de noires pensées, il était temps d’aller voir le roi ! Perspective bien plus réjouissante qu’une nuit passée à réfléchir à ces fiançailles dont il ne savait plus trop que faire et une vengeance de plus en plus inconfortable.
Le pas de nouveau léger, il traversa rapidement le corridor secret qui menait aux appartements privés du roi et en poussa la porte sans hésiter, sachant pertinemment que Louis s’y trouvait déjà. Effectivement, une fois la porte ouvert, il aperçut son roi, de dos, assis à une table et affairé à sa paperasse. Un sourire en coin se dessina sur le visage du fou, qui s’enquit avec amusement :

« Eh bien, c’est comme ça qu’on reçoit ses invités, mon roi ? Décidément, les bonnes manières se perdent à Versailles. »
N'as tu donc jamais appris à respecter l'étiquette, monsieur l'impertinent ? Heureusement que mon frère ne t'entend pas !
« Ton frère m’approuverait, j’en suis certain ! »

Sortant de l’ombre, Ferdinand referma la porte derrière lui et alla directement se laisser tomber sur le sofa qui se trouvait devant la fenêtre, face à Louis XIV. Être le fou en titre de sa Majesté offrait quelques prérogatives non négligeables, à savoir ne pas avoir à saluer le roi comme il le devrait, mais même le traiter d’égal à égal. En tant que bouffon, il était l’image du contre-pouvoir, l’incarnation même du contraire du roi lui-même. A lui les facéties, les bouffonneries, le non-respect des règles et l’impertinence. En incarnant tout ce que le roi ne devait pas être, il servait en quelque sort e de modèle dont Louis ne devait en aucun cas s’inspirer. Un miroir inversé, un contre-exemple. Un rôle parfois fatiguant, mais ô combien jouissif et libérateur !

Alors dis moi, toi qui sait tout mieux que tout le monde ce qui se passe, qu'as tu à me dire ? Je sais que tu aimes parler à tout bout de champ, je t'en laisse le loisir … même si tu n'as pas besoin de ma permission. Reprit le roi en levant les yeux sur lui… Avant d’afficher une expression étonnée.

D’abord interrogatif, Ferdinand comprit vite de quoi il retournait et grimaça.

« Ne me regarde pas avec cet air hébété, va ! Je te signale que te servir est un métier bien dangereux de nos jours, avec ta manie de te faire des ennemis à tout va. Il faut parfois que j’en paye de ma personne ! » répliqua-t-il en désignant son bras en écharpe et les multiples écorchures sur son visage et dans son cou. Et encore, c’étaient là les seules visibles. Ses bras et ses jambes n’avaient pas été épargnés non plus, et son arcade sourcilière portait la marque d’une profonde cicatrice. La seule chose qu’il ne disait pas, c’était la vérité. A savoir qu’il ne s’était pas blessé en mission, mais après avoir été défenestré par son ami Jean Racine, alors en état d’ivresse aggravée. Un buisson avait amorti sa chute d’un étage, mais les ronces puis le sol avaient fait leur office, lui froissant une épaule au passage. Bref, il aurait pu s’en tirer en bien pire état, mais Racine ne perdait rien pour attendre. Afin de ponctuer sa déclaration, il s’allongea confortablement sur le sofa en mettant sa main valide derrière sa tête et de réfléchir à ce qu’il allait bien pouvoir dire à son roi. Effectivement, il avait beaucoup, peut-être trop de choses à lui raconter, et il allait sûrement falloir faire du tri, mais par quoi commencer ? Il était vrai qu’il était au courant de beaucoup de choses, ses yeux et ses oreilles traînant partout, mais surtout grâce à ses auxiliaires et ses talents de limier. Depuis plus de dix ans qu’il était espion, il avait eu le temps d’apprendre les ficelles du métier, à dénicher les bonnes informations, démêler patiemment le vrai du faux, l’art du déguisement, et avait « recruté » homme par homme des informateurs à Versailles et à Paris pour le tenir informé de tout ce qu’il se passait à la cour et en ville. Pour les affaires militaires, il se fiait à d’Artagnan et sa nouvelle pupille, Elodie de Froulay qu’il avait réussi à se mettre dans la poche. Pour les affaires moins avouables, il avait Isabelle de Saint-Amand, infiltrée dans les quartiers les plus mal famés de Paris. Il décida donc de commencer par lui parler de ces nouveaux éléments.

« Ma foi, par quoi commencer… Ton royaume ne se porte pas si mal, malgré les dépenses folles de ton frère il semblerait que nous n’ayons pas encore fait banqueroute… Et puis l’économie ne m’intéresse guère, permets-moi donc de passer à l’état de ton peuple et de ta cour. C’est que ça bouge mine de rien, tout ce petit monde s’agite. A Paris, la plèbe est toujours là, la police de la Reynie semble avoir du mal à endiguer certains réseaux comme ces cercles de jeux clandestins ou ces abominables messes noires. Sans parler des poisons, dont le commerce semble s’intensifier… »

Ferdinand s’était redressé et regardait devant lui comme s’il lisait des notes à voix haute. Des notes écrites directement dans sa mémoire.

« Heureusement on dirait que tu as fait des progrès en termes de recrutement de personnel. Ce jeune Colonna que tu nous as sorti du Vatican… Prometteur, très prometteur. Il connaît très bien tous les rouages de ces messes et il n’a pas froid aux yeux ; en plus de cela, c’est quelqu’un de loyal. Tu peux lui faire confiance. Je t’ai aussi trouvé quelqu’un pour surveiller les mouvements des cercles clandestins, mais si tu le permets je garderai le nom secret et m’en occuperai moi-même… Cette personne ignore mon identité réelle, et mieux vaut qu’il en soit ainsi pour l’instant ! »

Il n’était pas encore sûr à cent pour cent de pouvoir se fier à Isabelle de Saint-Amand et préférait garder cet atout en poche pour le moment. Il ne faudrait surtout pas qu’elle se doute de l’identité réelle du Corbeau ni de son rôle au sein de la cour ; cela pourrait bien se retourner dangereusement contre lui. Décidant qu’il avait pratiquement fait le tour sur ce sujet-là, il se tourna vers Louis avec un air goguenard sur la figure, avant de lui lancer :

« Et toi, as-tu un peu régné pendant que j’étendais ton réseau ? Dis-moi donc Louis, ce que tu sais de ton royaume et surtout de ta cour, de tes gens et de tes agents. Je te dirai alors ce que tu sais, ce que tu crois savoir et qu’en réalité tu ne sais pas, et ce que tu veux savoir. Entre le retour de ta favorite, la disgrâce de tes amis Comborn et du Perche, l’incident du poème à ton anniversaire, les hostilités grandissantes avec la Lorraine, dis-moi un peu, où en est-on de tout ça ? »
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MessageSujet: Re: Le roi et le fou |Louis & Ferdinand|   03.09.12 14:50

Ton frère m’approuverait, j’en suis certain !
Mon frère dit amen à toutes tes paroles, ce n'est pas bien difficile.


Loin de tout le protocole, Louis pouvait se montrer plus détendu et moins à cheval sur toute cette étiquette qu'il instaurait pour garder la Cour tel des oiseaux dans une volière. Mais Ferdinand n'avait pas réellement à se plier à ces règles, le Fou faisait ce qu'il voulait avec une totale liberté de mouvement et de parole, comme le fait de ne pas respecter la prise de parole du roi en premier. Et puis ce tutoiement, Louis n'y avait plus le droit depuis son enfance, là encore c'était un privilège des plus envié que d'avoir une telle proximité avec le souverain et avoir entière liberté, même en sa présence. Toujours à faire ce qu'il voulait, Ferdinand se laissa tomber dans un sofa face à Louis, dans une posture décontractée, tandis que le monarque restait toujours derrière son bureau, le dos droit et l'air majestueux.

Ce n'était pas feint, Louis avait la carrure du roi, cette prestance, cette élégance et grâce qui n'était pourtant pas les grands traits que l'on connaissait des Bourbons. Son grand-père était plus du genre bourru et son père maladroit. S'ils avaient tous les deux du charisme, ils n'imposaient pas autant que le troisième Bourbon sur le trône. Et même quand il est loin de tout et qu'il se relâchait, il restait toujours dans une position de grandeur, du fait d'une longue éducation de maintien qui, à force d'être répétée, était devenu naturelle.

Mais là n'était pas la conversation, nous pourrons parler plus tard des Bourbons, en long en large et en travers. Il était question d'une conversation entre un roi et son fou où le sérieux laissait de la place à la facétie de temps en temps.

Ne me regarde pas avec cet air hébété, va ! Je te signale que te servir est un métier bien dangereux de nos jours, avec ta manie de te faire des ennemis à tout va. Il faut parfois que j’en paye de ma personne !
Tu es bien digne d'être mon fou, nous pourrons bientôt savoir lequel d'entre nous à le plus d'ennemis ! Toi aussi tu travailles au service de la France, tu ne peux guère avoir que des amis. Surtout quand tu compares certains à des dindes ou des porcelets.


Il est vrai que d'Anglerays n'était pas que Fou, cette charge là lui causait assez d'ennemis à la Cour c'était certain, mais il était espion et quand on met son nez un peu partout, certaines personnes sont prêtes à tout pour garder leurs petits secrets bien gardés. Le réseau d'espions de la Couronne était un bon moyen d'être au courant de tout et de garantir la sécurité, il y avait tant de personnes malfaisantes, même au sein du château. Pourtant Ferdinand s'attacha à parler davantage de Paris. Ah, quelle ville bien étrange. Depuis toujours, elle semble vouloir se gouverner par elle-même, se révoltant à coup d'émeutes et de barricades. Quand quelque chose de mauvais se trame, c'était toujours à Paris. Voilà pourquoi aussi Louis avait quitté le Louvre, trop vulnérable, trop au centre de cette population parisienne. Versailles était suffisamment proche pour se faire saluer de temps à autre et suffisamment loin pour se sentir à l'abri de la révolte. L'emplacement, bien que marécageux à la base, était au parfait endroit pour ne plus à subir l'humeur de Paris.

[color=green]Heureusement on dirait que tu as fait des progrès en termes de recrutement de personnel. Ce jeune Colonna que tu nous as sorti du Vatican… Prometteur, très prometteur. Il connaît très bien tous les rouages de ces messes et il n’a pas froid aux yeux ; en plus de cela, c’est quelqu’un de loyal. Tu peux lui faire confiance.
Tu sembles bien l'avoir adopté aussi, je prends donc cela pour un compliment.
Je t’ai aussi trouvé quelqu’un pour surveiller les mouvements des cercles clandestins, mais si tu le permets je garderai le nom secret et m’en occuperai moi-même… Cette personne ignore mon identité réelle, et mieux vaut qu’il en soit ainsi pour l’instant !
Je te le répète mais les méthodes et les personnes employées ne sont pas mes affaires, du pendant que j'ai des résultats. Quant à ton identité, je ne veux même pas savoir à quoi tu ressembles quand tu traînes dans Paris, laisse moi encore cette innocence.


Les derniers mots, Louis fit un petit sourire. Il faisait assez confiance en son Fou pour ne pas avoir de détails. Et ces cercles de jeux clandestins étaient un fléau, il était interdit de jouer en dehors des cercles autorisés mais l'appât du gain donne le goût du risque à certains. Il fallait tout éradiquer au plus vite. Mais plutôt que de se focaliser sur cela, Ferdinand reprit le cours de la conversation.

Et toi, as-tu un peu régné pendant que j’étendais ton réseau ?
Non, je n'ai passé mon temps qu'à chasser et danser … Est ce bien comme cela que l'on me voit, n'est-ce pas ? Pendant que tu t'occupes des vices de mon royaume, je m'occupe du vice de la guerre, celle qui fera de la frontière avec la Lorraine un véritable brasier.
Dis-moi donc Louis, ce que tu sais de ton royaume et surtout de ta cour, de tes gens et de tes agents. Je te dirai alors ce que tu sais, ce que tu crois savoir et qu’en réalité tu ne sais pas, et ce que tu veux savoir. Entre le retour de ta favorite, la disgrâce de tes amis Comborn et du Perche, l’incident du poème à ton anniversaire, les hostilités grandissantes avec la Lorraine, dis-moi un peu, où en est-on de tout ça ?


Louis décida enfin de quitter son bureau, se leva et fit quelques pas en direction de la fenêtre où le rideau n'était pas entièrement fermé. Il avait vu sur la cour de marbre et la ville au loin. Tout était calme, le château semblait endormi et les seuls mouvements dans la Cour étaient les gardes qui faisaient leur ronde.

Ce que je sais ? C'est que celle qui s'en ait pris à Amy court toujours et que personne n'est capable de retrouver sa trace ; que les deux imbéciles qui ont échoué dans leur mission sont condamnés à rester à Versailles, j'en ai fait une Bastille dorée mais je compte bien qu'ils se rachètent ; pour le poème … Racine n'a que trop d'ennemis lui aussi, cela le mènera à sa perte aussi bien que toi … ou encore moi. Il se tut un instant. Quant à la guerre, j'en sais davantage que toi, il est mon sujet de travail jour et nuit. Veux tu savoir à ton tour ce qui nous attend ? Imagine les flottes anglaises et espagnoles sur les mers, face aux hollandais et à nous. Et sur terre, nous aurons face à nous, et quelques petites garnisons hollandaise, toute l'armée lorraine, germanique et espagnole. Sur terre, nous sommes un peu comme la bataille des Thermopyles, une poignée d'hommes face à des milliers en face. Et pourtant, nous sommes bien meilleurs, bien plus jeunes, bien plus forts et bien plus modernes. Les anglais ont été affaibli par la peste et le Grand incendie. L'Espagne est gouvernée par un enfant débile et des conseillers incapables. Je ne me méfie que de l'Empire. Je ne te parle pas de la Lorraine, tu connais assez le duc et tu t'en es assez moqué.

Déjà qu'il n'aimait pas vraiment Charles IV de Lorraine mais depuis la déclaration, Louis ne pouvait vraiment plus le voir ! Mais assez parlé de guerre, c'était un des grands sujets durant la journée avec Louvois et Colbert, puis c'était au Roi d'apprendre des choses, pas au Fou.

Mais toi, qu'as tu à me dire ? De mes gens de ma cour, de mes espions ? Que sais tu de ceux que je croise au quotidien, de ceux qui me servent ? A ton tour de parler, je sais que tu as des choses à me raconter.

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MessageSujet: Re: Le roi et le fou |Louis & Ferdinand|   28.09.12 20:06

Je te le répète mais les méthodes et les personnes employées ne sont pas mes affaires, du pendant que j'ai des résultats. Quant à ton identité, je ne veux même pas savoir à quoi tu ressembles quand tu traînes dans Paris, laisse moi encore cette innocence.

Un sourire sardonique éclaira le visage du fou qui ne put retenir un ricanement en imaginant la tête que ferait Louis s’il le surprenait sous les traits du Corbeau, ou même ceux de sa dernière trouvaille, un proxénète quelque peu excentrique dont la couverture lui servait à aller pêcher nombre de petite informations intéressantes dans quelques bordels de la ville. Si c’était à Versailles même que se tramaient les plus gros et dangereux complots, Ferdinand semblait incapable de se détacher tout à fait de Paris et de la laisser aux mains de certains de ses collègues ; le côté sombre et morbide des plus sombres quartiers de la ville exerçait sur lui une attraction pour le moins étonnante, mais qui n’avait jamais été fasciné par le monde de l’ombre, des secrets et de l’obscurité ? A Versailles son grand talent consistait à espionner partout au vu et su de tous sans jamais se faire repérer ; mais il restait limité dans ses mouvements, obligé de se tenir sur ses gardes en permanence pour ne jamais tomber sous la coupe du soupçon. Paris lui offrait cette liberté infinie de mouvement qui lui permettait d’être plus efficace encore qu’à la Cour, bien que ses performances à Versailles soient tout aussi honorables qu’en ville. Paris était, en quelque sorte, sa cour de récréation professionnelle. Une cour de récréation dont il valait mieux que Louis en sache le moins possible pour l’instant. Il avait assez à faire avec les affaires de la cour sans avoir à traiter avec les crapules qui traînaient dans Paris ; celles-là, il pouvait bien les laisser à sa police et quelques-uns de ses espions… A Louis les affaires de la guerre, aux autres les cercles de jeux clandestins qui, bien qu’étant un véritable fléau, ne pouvaient pas être éradiqués par la seule intervention du souverain… Pour la simple raison que le souverain ne daignait plus mettre un pied à Paris ! Et puis, c’aurait été comme vouloir couper seul la tête de l’Hydre : pour un cercle démantelé, trois autres auraient fleuri juste après. Non décidément, il fallait s’y prendre autrement, grâce à de petits mais nombreux alliés afin d’infecter directement la bête et la détruire de l’intérieur. Et il en allait ainsi pour bien des choses à Paris comme à Versailles… Et Louis pouvait se vanter d’être à la tête d’une sacrée petite armée. Même si, vu les derniers évènements et la tête soucieuse qu’il tirait en se levant et en marchant jusqu’à la fenêtre, son armée lui posait quelques petits soucis. Silencieux, Ferdinand le regarda faire.

Ce que je sais ? C'est que celle qui s'en ait pris à Amy court toujours et que personne n'est capable de retrouver sa trace ; que les deux imbéciles qui ont échoué dans leur mission sont condamnés à rester à Versailles, j'en ai fait une Bastille dorée mais je compte bien qu'ils se rachètent.

Ferdinand grimaça mais ne jugea pas utile de commenter ce jugement sévère de du Perche et Comborn. A parler franchement, il se rangeait même bien volontiers du côté de son roi, même si un être humain n’était pas à l’abri d’une erreur. Mais deux erreurs en même temps et aux conséquences aussi fatales, c’était décidément bien louche ; et difficilement pardonnable.

Quant à la guerre, j'en sais davantage que toi, il est mon sujet de travail jour et nuit. Veux tu savoir à ton tour ce qui nous attend ? Imagine les flottes anglaises et espagnoles sur les mers, face aux hollandais et à nous. Et sur terre, nous aurons face à nous, et quelques petites garnisons hollandaise, toute l'armée lorraine, germanique et espagnole. Sur terre, nous sommes un peu comme la bataille des Thermopyles, une poignée d'hommes face à des milliers en face.
« Perspectives réjouissantes. » se contenta-t-il de commenter sans pourtant avoir l’air particulièrement heureux. S’il était avant tout homme d’épée et ne rechignait jamais à un bon échange de bottes bien placées, le massacre systématique à coups de canons n’était pas vraiment sa tasse de thé et la perspective de cette guerre avait tendance à assombrir son humeur. Sans compter que, obligé de suivre le roi sur le champ de bataille, il perdrait Versailles de vue pendant un certain temps –et avec Versailles il perdrai de vue les complots qui s’y jouaient…

Mais toi, qu'as tu à me dire ? De mes gens de ma cour, de mes espions ? Que sais tu de ceux que je croise au quotidien, de ceux qui me servent ? A ton tour de parler, je sais que tu as des choses à me raconter.

Un nouveau sourire éclaira le visage du fou brièvement assombri par les nouvelles de la guerre –mais il ne pouvait jamais rester sombre bien longtemps, là n’était pas son caractère par trop joyeux et aventureux. Et pourtant, un visage jaillit de sa mémoire et perturba brièvement son enthousiasme retrouvé ; celui d’un très vieil ami qui, quelques semaines auparavant, l’avait placé dans la plus difficile des situations. Et devant le plus cruel des dilemmes. Mais, l’écartant délibérément de ses pensées pour le moment, il décida de commencer ailleurs. Il changea de nouveau de position et s’assit en tailleur sur le sofa qu’il monopolisait sans scrupules et, coudes sur les genoux, réunit ses doigts les uns contre les autres sur son menton dans l’attitude d’un vieux professeur réfléchissant à un problème complexe.

« Tes gens sont fidèles à eux-mêmes mon brave Louis : ils parlent, rient, et sous les éventails circulent les ragots, les poisons et les intrigues. Ils changent de camp comme ils changent de chemise, au gré de leurs intérêts. Et j’ai bien peur mon pauvre roi qu’en ce moment vous n’y soyez mêlés, toi et ta famille, de près ou de loin. »

Une hypothèse peu surprenante si l’on considérait qu’il y avait toujours quelqu’un pour en vouloir au roi, mais qui alarmait Ferdinand depuis qu’il voyait certains évènements se succéder, sans rapport apparent les uns avec les autres, mais qui posés en tout semblaient dessiner les esquisses d’une toile plus grande, plus complexe et plus dangereuse. D’autant plus depuis qu’il en avait eu la confirmation à demi-mot par son propre ami d’enfance, Hector de Valois. Son visage s’imposa de nouveau à son esprit et son regard s’assombrit un bref instant. Hector avait parlé d’une « machine infernale ». Etait-ce à dire une machine composée d’opposants au roi ? Un complot dans lequel tous les ennemis de Louis trouveraient leur intérêt ? Voilà une hypothèse bien terrifiante…

« Ta favorite n’était pas sous la surveillance de n’importe lequel de tes policiers en uniformes. Au contraire, tu l’avais assignée à la surveillance discrète de deux courtisans de la plus belle eau, techniquement difficiles à repérer. La vicomtesse de Comborn était la meilleure amie de la duchesse, quant à du Perche, il est bien connu qu’il aime fréquenter les femmes même en tout bien tout honneur. Insoupçonnables, ils se fondaient dans le décor. Et comme par hasard, il a fallu qu’ils faillissent tous les deux à leur tâche, au même moment. Soit tu n’as vraiment pas de chance, soit il y a du diable là-dessous. »

Décidément incapable de tenir en place, il se leva et alla à son tour jusqu’à la fenêtre et jeta un œil au dehors. Aucune trace de plaisanterie sur son visage ; pour une fois, la matière à discuter requérait son sérieux et non pas ses plaisanteries habituelles.

« Evidemment ça pourrait bien n’avoir aucun rapport avec toi et être uniquement dirigé contre elle, mais tout de même… Organiser si minutieusement un enlèvement qui coïncide avec ton anniversaire précisément, quelle drôle de coïncidence. Et pour couronner le tout, un poème s’en prend à l’honneur de la reine ! On chercherait à te faire perdre la tête en tous sens que ça ne m’étonnerait pas, mon petit Louis. »

Il ne pouvait deviner qu’il se trompait concernant le poème, qu’il était le fruit d’une vengeance d’une toute autre nature, mais au moins cette erreur avait-elle contribué à éveiller son attention.

« D’ailleurs je puis d’ors et déjà t’assurer que Racine est tout aussi victime que ton épouse dans cette histoire. J’ai été mener ma petite enquête et j’ai découvert qu’on avait modifié le manuscrit à son insu à peine deux jours avant la représentation. Je suis sur la piste de celui ou celle qui a effectué la modification… Je t’en dirai plus lorsque j’aurai le fin mot de l’affaire. Il détourna son regard de la fenêtre pour le planter dans celui de Louis, comme pour être bien certain qu'il saisissait toute la portée de ses paroles. Enfin, en tous les cas, il se trame quelque chose qui pourrait bien chercher à t’affaiblir. Dans quel but, je l’ignore, mais sois sur tes gardes. Si machination il y a bel et bien, j’ai peur que ces « petits attentats » -et d’autres éléments que j’ai découvert mais dont je t’épargne le détail peu intéressant- ne soient que des coups d’essais destinés à tester ta résistance… »

Depuis le début de l’entretien, une question terrible le taraudait. Devait-il oui ou non lui parler d’Hector ? Devait-il oui ou non lui révéler l’effroyable conversation qui avait eu lieu quelques temps auparavant ? Bien sûr que Ferdinand « soupçonnait » un complot, Hector lui-même le lui avait révélé ! Et désormais, il était tenaillé entre sa fidélité pour son roi et la promesse faite à son meilleur ami. Et pour le moment il avait trouvé un compromis pour sa conscience en révélant sans trop en dire l’existence d’un complot véritable, mais sans nommer le nom terrible. Mais combien de temps tiendrait-il encore ?

"Louis mon ami, s'il y a quoi que ce soit dans ton entourage qui te paraisse étrange, ou inhabituel, il faut que tu me fasses part. Toute cette histoire ne reste qu'une hypothèse, mais s'il y a un réel danger qui plane au dessus de ta tête, il va falloir que je puisse agir. Et vite."

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MessageSujet: Re: Le roi et le fou |Louis & Ferdinand|   14.10.12 18:53

Un roi et un fou réunis, lequel des deux étaient vraiment le plus fou ? Était-ce celui qui se permettait tout en public pour se moquer du monde ou celui qui avait pris le poids du monde et ne se permettait que peu de choses ? Jamais Louis n'avait détourné les yeux de son destin et, contrairement à certains sur le trône, il aimait cette position, ce statut royal lui plaisait, il avait ce besoin de tout contrôler, de diriger, de faire avancer un royaume. Cela pouvait paraître complètement fou – et il rejoindrait donc son fou sur sa longue d'onde – mais il fallait bien quelqu'un à cette place, autant que ce soit fait par envie. Louis avait donc besoin de tout savoir et c'est là où il déléguait à ses espions, ils étaient les yeux et les oreilles du roi pour savoir ce qui se passait en son royaume mais surtout au sein de sa propre cour qui était un véritable nid de vipères. Et puis toujours savoir ce qui se passait à Paris, cette capitale toujours bouillonnante, instable et avec autant d'histoires que d'habitants pratiquement. Ferdinand plongeait au cœur de cette masse parisienne, sûrement avec des identités différentes, mais il ne voulait pas savoir lesquelles, ni même ce pour les autres, chacun avait sans aucun doute sa méthode mais pour le monarque, tant que ses espions revenaient en vie et avec des informations (ou ayant arrêté des coupables), c'était le plus important.

Enfin pour l'instant, les informations, c'est Louis qui les donnait. Ferdinand lui avait posé des questions, savoir ce qu'il savait alors, comme un bon élève, le souverain répondait sur ce qu'il savait, comme on récite une leçon. La France était un sujet d'étude à lui seul, Louis y avait étudié son histoire (et comptait bien en faire partie), sa géographie était revue presque chaque jour, tout comme les mathématiques avec Colbert, mais aussi les relations politiques … Chaque jour, Louis XIV était en constant apprentissage, retenant les leçons et apportant des réponses aux questions posées. Mais aujourd'hui, ce n'était pas à lui de parler, mais plus à Ferdinand qui se trouvait avec lui ce soir. Pas de manières comme en conseil, point de cérémonial ni de phrases enrobées, il n'y avait que la vérité, la simplicité et le tutoiement entre ces deux là. Après tout, personne ne les surveillait et personne, de toute manière, n'avait à critiquer comment agissait le roi, surtout au sein même de ses appartements ! Il écoutait donc avec attention ce qu'avait à dire son espion :

Tes gens sont fidèles à eux-mêmes mon brave Louis : ils parlent, rient, et sous les éventails circulent les ragots, les poisons et les intrigues. Ils changent de camp comme ils changent de chemise, au gré de leurs intérêts. Et j’ai bien peur mon pauvre roi qu’en ce moment vous n’y soyez mêlés, toi et ta famille, de près ou de loin.
Cela te surprend il ? La fidélité se perd et un roi ne serait que peu de chose s'il n'y avait point de contestataire. Si tout le monde m'aimait, tu ne serais pas là à me parler.


Louis se tournait vers son fou avec un petit sourire, un brin amusé. C'était le lot d'être roi, on ne pouvait être aimé de tous, mais il fallait surveiller ces personnes, savoir si leur mécontentement leur feront juste faire la tête ou mettre en place quelque chose de plus important.

Ta favorite n’était pas sous la surveillance de n’importe lequel de tes policiers en uniformes. Au contraire, tu l’avais assignée à la surveillance discrète de deux courtisans de la plus belle eau, techniquement difficiles à repérer. La vicomtesse de Comborn était la meilleure amie de la duchesse, quant à du Perche, il est bien connu qu’il aime fréquenter les femmes même en tout bien tout honneur. Insoupçonnables, ils se fondaient dans le décor.
C'est bien pour cela que je les ai choisis.
Et comme par hasard, il a fallu qu’ils faillissent tous les deux à leur tâche, au même moment. Soit tu n’as vraiment pas de chance, soit il y a du diable là-dessous.
Tu ne m'apprends rien, et je ne crois pas au hasard, encore moins quand cela met en jeu une personne qui m'est chère.
Évidemment ça pourrait bien n’avoir aucun rapport avec toi et être uniquement dirigé contre elle, mais tout de même… Organiser si minutieusement un enlèvement qui coïncide avec ton anniversaire précisément, quelle drôle de coïncidence. Et pour couronner le tout, un poème s’en prend à l’honneur de la reine ! On chercherait à te faire perdre la tête en tous sens que ça ne m’étonnerait pas, mon petit Louis.


Louis hochait la tête. Tout cela était bien vrai et si l'enlèvement et le poème étaient liés, ceux qui ont fait cela (car ils ne pouvaient être que plusieurs) étaient très intelligents, ainsi que discrets. Mais pas le temps de se perdre dans les pensées, la conversation reprenait. Il n'est nul doute que Racine fut une victime aussi, lui qui était si grand flatteur ne pouvait pas s'être abaissé à un vers aussi racoleur et insultant, vulgaire de surcroît !

Enfin, en tous les cas, il se trame quelque chose qui pourrait bien chercher à t’affaiblir. Dans quel but, je l’ignore, mais sois sur tes gardes. Si machination il y a bel et bien, j’ai peur que ces « petits attentats » -et d’autres éléments que j’ai découvert mais dont je t’épargne le détail peu intéressant- ne soient que des coups d’essais destinés à tester ta résistance…
Dis plutôt qu'ils veulent mon trône, mon bon ami. Quand on veut tuer un roi, ce n'est pas pour le plaisir de le faire. Mais s'ils veulent s'amuser à tenter de me faire peur, qu'ils le le fassent.


S'il avait peur ? Non, pas un instant. S'il arrivait quelque chose à lui ou sa famille, même si cela lui faisait mal ou autre, jamais il ne faillirait, ce n'était pas dans son caractère, ce n'était pas dans sa façon de penser alors que ces gens de l'ombre viennent se casser les dents sur lui, il les attendait.

Louis mon ami, s'il y a quoi que ce soit dans ton entourage qui te paraisse étrange, ou inhabituel, il faut que tu me fasses part. Toute cette histoire ne reste qu'une hypothèse, mais s'il y a un réel danger qui plane au dessus de ta tête, il va falloir que je puisse agir. Et vite.
Comme toujours, tu seras le premier informé. En l'absence de d'Artagnan, c'est toi seul qui a la responsabilité des espions, avec moi bien sûr. Je sais sur qui compter, c'est aussi ce qui fait ma force.


Puis il fit quelques pas dans la pièce pour se dégourdir un peu les jambes et s'éloigner de la fenêtre où finalement on ne voyait pas grand chose. Louis restait assez impassible face à ce probable complot contre lui, s'ils ne l'avaient pas eu encore c'est qu'ils n'étaient pas assez bons, voilà sa pensée première.

Pour me dire une telle chose, c'est que tu as des pistes, non ? Jusque là, tu ne m'as rien dit de concret et j'aimerais savoir si tu as entendu des choses ? Quand je dis toi, je parle aussi pour les autres espions, je les sais souvent dehors mais je n'ai que peu de retours.

Il se tourna vers Ferdinand. Là, il était plus soucieux, Louis n'aimait pas qu'on lui cache quoi que ce soit ou qu'on oublie de lui faire des rapports. Comme disait son fou, toute information était bonne à prendre, tout ce qui pouvait sembler étrange ou inhabituel pouvait être un bon élément.

Je ne parle pas seulement de ce qui pourrait se tramer contre le pouvoir mais aussi de ceux qui vont à l'encontre de la loi. Tu vois La Reynie plus souvent que moi, y a t'il quelque chose qui se trame ? Et ne me dis pas que Paris est calme, je ne te croirais pas, sinon tu ne t'y rendrais pas si souvent.





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MessageSujet: Re: Le roi et le fou |Louis & Ferdinand|   03.11.12 21:09

Si l’on se demandait comme ma chère partenaire d’écriture qui du roi ou du fou était le plus fou… Ou plutôt si on le demandait à Ferdinand, la réponse aurait fusé avec une grande facilité : c’était le roi bien sûr. Certes, Louis n’avait pas choisi sa charge, mais à son sens, il fallait être complètement cinglé pour trouver du plaisir à la tâche ! Et indubitablement, Louis en trouvait : qu’il s’agisse de ce sentiment de pouvoir, de richesse, ou il ne savait quoi d’autre, il savait que sa position de roi lui plaisait, qu’il aimait réfléchir à de nouvelles stratégies militaires ou politiques, et que malgré la fatigues ou l’anxiété, il n’y renoncerait jamais. Constat qui faisait lever un sourcil perplexe au bouffon. Qu’y avait-il de si attrayant dans l’idée d’être rivé à un trône à la merci de tous et obligé de se plier à une étiquette plus que rigoureuse pour le restant de ses jours ? Décidément, il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond dans la tête de ce roi. Et dans la tête de ceux qui voulaient prendre sa place. Personne ne songeait à comploter contre lui pour lui prendre sa place de bouffon : pourtant, que rêver de mieux ? Il était au cœur du pouvoir, ne respectait jamais l’étiquette, ou presque, pouvait influencer le roi dans ses décisions et le conseiller, et bénéficiait du statut d’intouchable vis-à-vis des plus grands ducs et princes de France. Etre le fou, c’était être l’homme le plus libre de la cour ! Et pourtant, personne ne voulait être affublé de cette charge-là. Bande d’ânes analphabètes. Enfin, s’ils voulaient se battre pour se retrouver enchaînés à un trône en or, grand bien leur fasse, lui au moins, il avait la paix !

Laissant là ces considérations politico-philosophiques dont il ne doutait pas un seul instant de l’absolue véracité, il se concentra de nouveau sur son roi qui faisait les cent pas dans la pièce, tournant comme un lion en cage. Pour un peu, il lui donnerait le tournis, ce sacré souverain ! Et que ferait-il d’un fou qui a le tournis, hein ? Déjà qu’il avait l’idée saugrenue de l’envoyer batailler contre les Lorrains, décidément rien ne lui était épargné. Ah, qu’il était fatigant d’être de l’entourage de Sa Majesté… Cela comportait certes des avantages, mais quel travail c’était… Surtout quand on aimait se plaindre pour embêter les autres. En attendant, il avait un roi à défendre contre une menace invisible qui se faisait de plus en plus pressante. Et ni Louis, ni Ferdinand n’aimaient qu’on les presse. Encore moins en leur faisant sentir un danger indétectable sous leur nez, comme une belle démonstration de nargue et d’insolence. C’était lui l’insolent de la Cour, que diable !

Comme toujours, tu seras le premier informé. En l'absence de d'Artagnan, c'est toi seul qui a la responsabilité des espions, avec moi bien sûr. Je sais sur qui compter, c'est aussi ce qui fait ma force.

Soulevant un chapeau invisible qu’il ne portait pas, Ferdinand salua le compliment avec toute la non-humilité dont il était capable. Mais Louis avait raison ; Ferdinand était l’un de ses plus loyaux sujets, et l’un des plus efficaces si l’on en croyait la confiance que d’Artagnan avait très tôt placé en lui, et ce depuis… Dix ans ? Onze ans ? Il en avait perdu le compte. Toujours était-il que, même s’il ne lui disait pas la vérité à propos d’Hector, il n’en restait pas moins un espion de haut vol. Et son silence à propos de son désormais mortel ennemi ne tenait pas seulement à la fidélité qu’il avait envers le Valois –même si elle en était en énorme partie responsable- c’était aussi parce qu’il était bien curieux de voir quelle preuve Hector allait lui ramener de Rome… Et pour avoir une chance de découvrir et faire tomber le reste du réseau en attendant cette échéance d’un an.

Pour me dire une telle chose, c'est que tu as des pistes, non ? Jusque là, tu ne m'as rien dit de concret et j'aimerais savoir si tu as entendu des choses ? Quand je dis toi, je parle aussi pour les autres espions, je les sais souvent dehors mais je n'ai que peu de retours.
« Morbleu, que tu es curieux mon roi ! » ricana Ferdinand. « On entend de tout, on voit de tout dans ton beau Royaume ! Mais bah, si tu veux du concret, que pourrais-je t’offrir… Que les comtes de Nailloux et de Meilant –ainsi que sa sœur à celui-là d’ailleurs- participent à des messes noires, mais ils sont maintenant sous bonne garde à la Bastille, tu ne les reverras pas de sitôt à ta cour. Que veux-tu d’autre comme charmante anecdote ? »

Louis se retourna, le front soucieux. Ferdinand ne sourcilla pas, il voulait savoir, eh bien il saurait ! Après tout, il était bien venu pour lui révéler ce qu’il ne savait pas encore, non ?

« Comme je te l’ai dit, je poursuis aussi mon enquête sur ce vers injurieux envers ta reine –la vraie, pas celle de ton cœur. J’ai été fouiller du côté de l’hôtel de Bourgogne et mes pas m’ont mené sur la piste d’une jeune femme hispanique, probablement noble, assez riche pour se faire passer pour une mécène. J’ignore encore son identité, mais quelque me dit que je ne tarderai pas à le savoir. » ajouta-t-il avec le ton de celui qui ne souffrait pas de contradiction sur ce point-là. Il avait résolu de lever le voile sur ce mystère, il le ferait, foi d’Anglarez !

Je ne parle pas seulement de ce qui pourrait se tramer contre le pouvoir mais aussi de ceux qui vont à l'encontre de la loi. Tu vois La Reynie plus souvent que moi, y a t'il quelque chose qui se trame ? Et ne me dis pas que Paris est calme, je ne te croirais pas, sinon tu ne t'y rendrais pas si souvent.

Ferdinand lui dédia un sourire goguenard, puis réfléchit quelques instants à quelles affaires il allait pouvoir évoquer. Il passait effectivement beaucoup de temps à Paris et à collaborer avec la Reynie, plus que ses véritables devoirs ne l’exigeaient peut-être, mais il ne pouvait pas s’en empêcher. Dans une autre vie, il aurait peut-être été policier, mais on avait préféré le voir bouffon et espion de sa Majesté. Soit. Ferdinand, las d’être assis en tailleur, se leva d’un bond et, tranquillement, alla jusqu’à l’échiquier qui trônait là et observa la position des pièces avant d’en bouger une du bout du doigt. Il resta pensif quelques secondes, puis en bougea une du camp opposé, et répéta plusieurs fois ce manège. Il sentait le regard de son souverain planté entre ses omoplates, mais ne se retourna pas. Il rassemblait ses pensées, et surtout cherchait comment exprimer ce qu’il avait à dire. Finalement, à l’aide du cavalier blanc, il fit tomber le roi noir. Echec et mat.

« Ta capitale va mal, mon cher Louis. Je l’ai même rarement vue dans un état si pitoyable. Tes gens sont mécontents, ils ont froid, ils ont faim, et ta noblesse n’y prête pas plus d’attention que toi. Il y a de plus en plus d’agitateurs dans les rues, et les pamphlets se multiplient. Tiens, je me souviens de l’un d’eux, particulièrement bien écrit je dois dire, comment était-ce déjà… ‘Pendant ce temps, qui se soucie de vous, du peuple ? Personne. La vie de la maîtresse est bien sûr beaucoup plus importante. Que les mères de famille volent du pain pour nourrir leurs enfants : on n’y pense même pas. A la potence, les gueux ! A la galère, les voleurs ! Vous, misérables insectes, peste de la noblesse, laissez les nobles vivre sur leur nuage doré ! Si vous étiez véritablement pieux, vous vous tueriez pour rendre l’air plus respirable ! Laissez ces donneurs de leçons trahir leurs préceptes religieux, et mourrez de faim, c’est votre devoir !’ » récita-t-il d’un ton théâtral, agitant une pièce d’échecs sous le nez de son roi en roulant des yeux furieux, avant de retourner à son échiquier en reprenant d’un ton sérieux. « Tu sous-estimes la capacité de ton peuple à faire entendre son opinion je pense. Grand bien t’en fasse, mais tu ne viendras pas te plaindre si un jour, ça craque. »

Remarque prémonitoire malgré elle, mais Ferdinand ne serait plus à Paris pour voir ses visions se réaliser ; au moment des soulèvements, il serait non loin de la Lorraine à se battre vaillamment contre l’ennemi et à guetter les rapports de Colonna par courrier. Il replaça les pièces sur l’échiquier, bien alignées, avec la maniaquerie d’un Courtenvaux, puis il sembla satisfait et se tourna de nouveau vers Louis et le rejoignit devant sa fenêtre.

« Malheureusement, j’ai d’encore moins réjouissantes nouvelles de la capitale. Je t’ai parlé tout à l’heure des cercles de jeux clandestins ; et aussi de Meilant et sa clique qui participaient à une messe noir. Louis, j’ai bien peur qu’il ne s’agisse pas d’un cas isolé. La Reynie a dans ses archives un nombre effrayant d’affaires de meurtres liés à des messes sataniques. C’est une véritable gangrène ; et Colonna et moi avons beau en avoir arrêté une, qui sait combien se sont déroulées depuis ? Je ne t’en blâme pas ; ni toi ni la Reynie ne pouvez à vous seul maîtriser cette saleté. Mais il faut que tu saches que ce genre d’horreur a régulièrement lieu dans ton royaume, et qu’il faut agir. »

Alors qu’il parlait, le visage de Ferdinand s’était fait plus grave. Cette mission avec Colonna avait été son premier contact direct avec une messe noire, et il n’était pas pressé de recommencer. Pourtant, leur enquête à la suite de cette aventure les avait menés plus loin qu’ils ne l’auraient pensé… Ainsi qu’il l’expliqua à Louis.

« Il n’y pas que cela. En enquêtant, nous avons découvert que ces messes noires avaient donné lieu… A un véritable trafic d’enfants. Et pas seulement du peuple : ces gens kidnappent les enfants dans les orphelinats aussi bien que dans les maisons les plus respectables. La fille de la comtesse de Monsoreau a disparu ainsi. Je compte demander à Colonna de m’épauler de nouveau sur cette affaire mais… Il me faut ton aval. Car je crains que cette histoire ne nous emmène pas nécessairement dans Paris, mais bien au cœur de Versailles. »

Car malheureusement, ce n’étaient pas des gueux qui se livraient à ce genre d’abomination, mais bel et bien la fine fleur de la noblesse excitée par le mysticisme de la chose. Et la lueur sombre qui brillait dans les yeux du fou qu'il planta dans ceux du roi disait tout le bien qu’il en pensait et le sort qu’il leur réservait s’il leur tombait dessus. Nobles ou pas. Et au fond, il savait que Louis ne resterait pas insensible à cette horreur. Mais il avait besoin de son autorisation ; en somme, d’un ordre du souverain pour accomplir sa volonté quasi-divine. Il n’était qu’un pion sur l’échiquier de Louis XIV ; mais pour l’occasion, il se ferait un plaisir de se laisser manipuler pour faire justice… Un mot, un seul, et Louis lancerait la machine. Et une fois de plus, rien ne l'arrêterait.
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MessageSujet: Re: Le roi et le fou |Louis & Ferdinand|   24.11.12 1:42

La confiance en ses hommes était la base fondamentale pour un roi comme Louis XIV. Il devait avoir confiance en tous ses proches pour mener sa politique et rester en vie. Ceux qui ne sont pas fiables doivent s'écarter, et loin. Un exemple ? Nicolas Fouquet est le plus probant. Mais à Pignerol, il n'avait plus de raison d'inspirer la crainte. Le reste de ses hommes étaient d'une fidélité sans faille, enfin voilà comment le voyait le monarque, surtout ses plus proches : on pouvait reprocher beaucoup de choses à Colbert mais pas sa fidélité et ses heures de travail qu'on ne comptait plus, tout comme La Reynie qui vouait sa vie à faire de Paris la ville la plus sûre de France. Quant à ses espions … Quelle excellente idée il avait eu en créant ce réseau avec d'Artagnan à sa tête, le plus fidèle d'entre tous, puis avec le réseau qui s'était agrandi petit à petit. Ferdinand était un des premiers, un aussi des plus insoupçonnables. Personne ne penserait que celui qui gesticule car un fou furieux et fait des blagues à tout va serait un homme sérieux, capable de mener des missions dangereuses et de se montrer grave. Comme quoi, la cour ne voyait que ce qu'elle voulait voir, que la surface avec les scandales et la beauté. Creuser était trop difficile pour eux, ils ne cherchaient rarement que plus loin que le bout de leur nez. Tant mieux alors pour les espions qui pouvaient continuer d'agir en toute tranquillité … ou presque.

Et même si Ferdinand l'amusait en le saluant avec un chapeau imaginaire, Louis ne put s'empêcher de penser que son espion se savait fidèle de la sorte, capable de mener à bien la responsabilité que le roi lui avait chargé sur les épaules. C'était indéniable, son fou était sans doute son meilleur élément, quoi que pouvait en penser les autres. Mais il y avait tant à dire et si peu de temps … Louis se concentra sur la conversation, savoir ce qu'avait Ferdinand à lui dire.

Morbleu, que tu es curieux mon roi ! On entend de tout, on voit de tout dans ton beau Royaume !
Mais encore ?
Mais bah, si tu veux du concret, que pourrais-je t’offrir… Que les comtes de Nailloux et de Meilant –ainsi que sa sœur à celui-là d’ailleurs- participent à des messes noires, mais ils sont maintenant sous bonne garde à la Bastille, tu ne les reverras pas de sitôt à ta cour. Que veux-tu d’autre comme charmante anecdote ?

Louis n'avait pas vraiment l'air de plaisanter en tournant la tête vers son fou. Il était si grave qu'en cet instant, le bel homme de vingt huit ans pouvait facilement en paraître dix de plus …

Comme je te l’ai dit, je poursuis aussi mon enquête sur ce vers injurieux envers ta reine –la vraie, pas celle de ton cœur. J’ai été fouiller du côté de l’hôtel de Bourgogne et mes pas m’ont mené sur la piste d’une jeune femme hispanique, probablement noble, assez riche pour se faire passer pour une mécène. J’ignore encore son identité, mais quelque me dit que je ne tarderai pas à le savoir.
Je te fais confiance. Tu me diras son nom pour la renvoyer en ce royaume d'Espagne où, engoncés dans leurs préceptes, elle sera entre de meilleures mains d'avoir voulu toucher la sœur de leur roi.

S'il y avait bien quelque chose que Louis détestait, c'est qu'on s'en prenne aux siens. Bien qu'il n'aimait pas Marie-Thérèse d'un amour fou et passionné, il appréciait la jeune femme, elle était la mère de ses enfants et surtout la reine de France ! Personne n'avait le droit de toucher aux personnes incarnant la royauté, qui que ce soit ! Louis ne pourrait la condamner en son royaume, il la ferait escorter jusqu'en Espagne avec des explications sur son sort pour que justice soit faite. Après tout, Marie-Thérèse était espagnole, ils pourraient bien agir en l'honneur de leur princesse !

Puis Louis parla de cette chère ville de Paris où il y avait toujours des complots et de potentielles révoltes sous-jacentes. La Reynie faisait parfois des rapports mais ce derniers avait souvent autre chose à faire que de venir à Versailles ! Ferdinand était un parfait intermédiaire, enfin s'il se mettait à parler car là il était trop occupé à jouer tout seul aux échecs, déplaçant des pièces des deux côtés, jouant tout seul, comme si de rien n'était. Le souverain ne disait rien, se contentait de l'observer calmement mais son regard était planté dans le dos de son espion et la patience ne fut jamais une qualité chez le bourbon qui attendait enfin que Ferdinand se retourne pour lui dire quelque chose qu'il savait déjà : Paris va mal. Mais quand Paris allait-elle bien ? Cette ville grouillait de mendiants et de gens sans aucun métier ni toit, ce n'était pas une grande nouvelle, mais cela était problématique avec le froid qui arrivait … Les pamphlets étaient toujours présents eux, et d'Anglerays en déclama un :

‘Pendant ce temps, qui se soucie de vous, du peuple ? Personne. La vie de la maîtresse est bien sûr beaucoup plus importante. Que les mères de famille volent du pain pour nourrir leurs enfants : on n’y pense même pas. A la potence, les gueux ! A la galère, les voleurs ! Vous, misérables insectes, peste de la noblesse, laissez les nobles vivre sur leur nuage doré ! Si vous étiez véritablement pieux, vous vous tueriez pour rendre l’air plus respirable ! Laissez ces donneurs de leçons trahir leurs préceptes religieux, et mourrez de faim, c’est votre devoir !’
En guise de réaction, le roi applaudit. Quel talent ! Votre ami Racine devrait vous engager. Mais le ton était assez sec.
Tu sous-estimes la capacité de ton peuple à faire entendre son opinion je pense. Grand bien t’en fasse, mais tu ne viendras pas te plaindre si un jour, ça craque.
Le peuple a toujours quelque chose à revendiquer. Tu lui donnes un doigt, il te prend la main et ainsi de suite. Et Paris à cette fâcheuse tendance à retourner sa chemise au gré du vent qui souffle. Un jour ils sont avec les prince de la Fronde à les acclamer en héros ; le lendemain, ils applaudissent mon retour à Paris. Un jour, ils voudraient voir leur roi tomber ; le lendemain, ils le pleurent car il est à l'agonie, puis ils se réjouissent du nouveau roi. Comment veux tu les comprendre et prendre en compte leur opinion si eux même n'en ont pas une tranchée ?

Puis il s'approcha de l'échiquier, l'observa à son tour du jeu qu'avait fait Ferdinand à lui tout seul, réfléchit et prit le roi pour le placer.

Le roi gagne toujours. Échec et mat, mon ami.

Puis il regagna sa fenêtre. Louis détestait Paris car cette ville l'avait trahie durant la Fronde et il ne pourrait jamais oublier ces gens qui étaient venus voir s'il dormait bien dans son lit, ni quand il dut fuir pour Saint-Germain. Pourtant, des révoltes éclateraient sans aucun doute, il restait à voir les véritables motifs et jusqu'où elles pourraient aller …
Mais là encore Ferdinand le ramena à la réalité en lui parlant d'un probable réseau de messes noires. Cela infectait le royaume, lui rongeait la chair. Qui étaient ces monstres qui organisaient cela ? Qui étaient ces gens infâmes qui y participaient ? Cela le dépassait complètement des raisons de telles pratiques, cela lui donnait envie de vomir. Son visage se referma à nouveau, pensant à ces cadavres de jeunes filles et d'enfants qui avaient été retrouvé à plusieurs reprises dans la Seine ou ailleurs.

Il n’y pas que cela. En enquêtant, nous avons découvert que ces messes noires avaient donné lieu… A un véritable trafic d’enfants. Et pas seulement du peuple : ces gens kidnappent les enfants dans les orphelinats aussi bien que dans les maisons les plus respectables. La fille de la comtesse de Monsoreau a disparu ainsi. Louis ferma les yeux en se rappelant qu'on lui avait raconté les cris déchirants de cette femme. Je compte demander à Colonna de m’épauler de nouveau sur cette affaire mais… Il me faut ton aval. Car je crains que cette histoire ne nous emmène pas nécessairement dans Paris, mais bien au cœur de Versailles.

A son tour, Louis resta silencieux, regarda au travers de la fenêtre sans y voir grand chose, ne distinguant qu'une silhouette ressemblant vaguement à un mousquetaire montant sa garde. Puis il lâcha un soupir, faisant comprendre que la décision était difficile. Toucher à la Cour et entreprendre de faire condamner la noblesse pouvait provoquer une nouvelle Fronde. Sauf si cela restait discret …

A la condition que tout ce que vous trouverez, chaque lieu et nom me soit rapporté directement en premier lieu, avant le lieutenant de police, avant Colbert. Tu l'as toi même dit, cela peut remonter jusqu'à Versailles et je veux éviter tout débordement. Tu le sais, les nobles n'aiment pas qu'on touche à leurs semblables.

La Fronde planerait encore longtemps comme révolte nobiliaire et elle était assez fraîche pour que certains la ressuscitent ou que la nouvelle génération soit tentée d'égaler leurs aînés. Il fallait toujours se méfier de la noblesse pire encore que les gueux. Mais malgré le sérieux de la situation, Louis eut un petit sourire en imaginant la mission.

Fais attention que les trafiquants ne prennent pas Colonna pour un gamin. Son égo n'apprécierait pas et je serais bien peiné de perdre un de mes espions, surtout quand ils font du bon travail.

Il pouvait bien un peu s'amuser. Il faut dire que Luigi Colonna ne faisait pas du tout son âge et ce garçon de vingt sept ans en faisait bien dix de moins, cela pouvait paraître un peu troublant ! Mais Ferdinand était bon public et il pourrait rebondir dessus aisément !

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« C'est toujours l'impatience de gagner
qui fait perdre. »
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MessageSujet: Re: Le roi et le fou |Louis & Ferdinand|   04.02.13 1:33

Le peuple a toujours quelque chose à revendiquer. Tu lui donnes un doigt, il te prend la main et ainsi de suite.

Ferdinand releva les yeux vers Louis en réprimant un sourire goguenard, et surtout en se retenant de répliquer que si le peuple avait à manger, il essayerait sûrement moins de lui arracher la main. Mais allez donc faire comprendre ça à un roi qui, malgré toutes ses qualités, n’avait jamais connu la faim et fréquentait si peu son peuple qu’il s’étonnait parfois qu’il se souvienne de l’existence d’êtres humains en dehors de ceux qui peuplaient sa cour. Enfin, êtres humains ou pantins désarticulés, selon le point de vue, ou selon celui de Ferdinand qui n’avait guère d’estime pour ses semblables. Une bande de hyènes réunies dans un espace confinés en attendant de voir qui attaquerait l’autre en premier, afin que les autres puissent venir le finir en le déchiquetant à coups de crocs acérés quand il ne pourra plus se défendre. Non, à l’image de son grand-père qui voyageait souvent, ou de son père qui n’était pratiquement jamais venu à la cour de son vivant, Ferdinand n’avait pas aimé Saint-Germain et avait encore moins d’affection pour Versailles qu’il fuyait régulièrement pour se réfugier dans cette masse anonyme, pourtant décriée par Louis, qu’était Paris ; quand il ne retournait pas sur ses terres qu’il n’avait pas vues depuis au moins un an ou voyageait pour certaines raisons professionnelles que le secret d’état nous force à garder secrètes. Alors oui, allez faire comprendre à un roi vivant dans sa prison dorée construite de ses propres mains que peut-être, quand il aura le temps, il devrait faire plus attention au peuple que Dieu lui a assigné comme devoir de protéger et faire prospérer…

Et Paris à cette fâcheuse tendance à retourner sa chemise au gré du vent qui souffle. Un jour ils sont avec les prince de la Fronde à les acclamer en héros ; le lendemain, ils applaudissent mon retour à Paris. Un jour, ils voudraient voir leur roi tomber ; le lendemain, ils le pleurent car il est à l'agonie, puis ils se réjouissent du nouveau roi. Comment veux tu les comprendre et prendre en compte leur opinion si eux même n'en ont pas une tranchée ?

Une fois encore, sentant la tension dans la voix de son roi, Ferdinand retint sa langue et se contenta de le suivre des yeux alors qu’il se dirigeait vers lui à pas lents, l’air songeur. Facile mon roi, nourris ton peuple, donne lui du pain, et tu verras quelle sera son opinion. La fidélité de la masse dépend de ce qu’on lui donne, et cela valait pour le peuple comme pour la noblesse… Les révoltes de la Fronde en avaient été la preuve flagrante. L’espèce humain est avare, mais se tient à peu près tranquille tant qu’on lui donne de quoi subvenir à ses besoins. Et la populace suit la main qui donne le plus. La politique n’était somme toute pas une affaire bien compliqué, tout n’était qu’une question de dosage.

Ferdinand posa un regard interrogateur sur son souverain qui scrutait l’échiquier, et ne cilla pas quand il bougea la pièce du roi avant de déclarer.

Le roi gagne toujours. Échec et mat, mon ami.

Et il repartit vers la fenêtre, ses yeux bleus fixés sur une époque que Ferdinand savait être encore bien trop fraîche dans sa mémoire. Il baissa les yeux sur l’échiquier et son visage s’assombrit légèrement alors qu’il effleurait du doigt tous les pions qu’il avait allongés sur le côté à chaque fois qu’il en avait pris un.

« De fait… Mais à quel prix ? » marmonna-t-il plus pour lui-même que pour le souverain qui, de toute façon, ne l’entendait pas. Il profita de cette accalmie pour rebondir sur le sujet le moins agréable de la soirée certainement, et aussi l’un des moins agréables de sa carrière : les messes noires. Ce fléau qui ravageait Paris et commençait à toucher Versailles –comme Louis, il entendait encore résonner les cris de désespoir de madame de Monsoreau en apprenant la disparition de sa fille, que Ferdinand avait résolu de retrouver quitte à y consacrer toute son énergie. Il avait beau ne pas avoir d’enfants –enfin, le croyait-il – il avait fait de cette histoire une affaire personnelle. Il n’aimait pas la noblesse dans son ensemble, mais qu’on touche à des enfants ou de toutes jeunes filles pour leur faire subir des sévices aussi cruels que barbares pour une cérémonie pseudo-religieuse était inacceptable. Et il savait que Louis serait de son avis sur ce point-là, aussi n’avait-il pas beaucoup de doutes quant à sa réponse à sa requête. Même si cela impliquait de toucher à la si susceptible classe de la noblesse. Il entendit bien son soupir, qui en disait long sur sa lassitude et surtout sur le poids qui se rajoutait à ses royales épaules, mais le fou ne se laissa pas émouvoir. Le roi se devait de savoir et de décider, c’était son rôle à lui. Et lui, dans l’ombre, le déchargerait un peu de son fardeau en faisant le sale boulot qui consistait à traquer ces criminels et leur mettre la main au collet. Un sale boulot qu’il était plus que ravi de pouvoir accomplir.

A la condition que tout ce que vous trouverez, chaque lieu et nom me soit rapporté directement en premier lieu, avant le lieutenant de police, avant Colbert. Tu l'as toi même dit, cela peut remonter jusqu'à Versailles et je veux éviter tout débordement. Tu le sais, les nobles n'aiment pas qu'on touche à leurs semblables.
« Voilà qui tombe à merveille, moi non plus je n’aime pas qu’on touche à mes semblables. Surtout des enfants et des femmes qui n’ont commis d’autre erreur que d’être au mauvais endroit au mauvais moment. » répliqua aussitôt Ferdinand, pour une fois sans sourire, ni même sarcasme dans la voix. Juste une colère et une résignation étouffées de celui qui a beau chasser les ombres, elles reviennent toujours, telles les têtes de l’Hydre. C’était un combat désespéré que menaient espions et policiers dans cette société dont certains membres étaient pourris jusqu’à la moëlle et impossibles à amputer. Pourtant, il fallait bien le mener pour que la gangrène ne gagne pas le reste du corps, et finalement, le cœur. Une bataille désespérée que jamais Ferdinand, quelque dix ans plus, n’aurait imaginé passer sa vie à mener du fin fond de sa Gascogne natale, son soleil, et son insouciance. Versailles l’avait fait mûrir, certes, mais elle l’avait aussi rendu plus cynique, plus amer, et finalement rongeait lentement mais sûrement cette joyeuse insouciance qui l’avait toujours caractérisé. Tant qu’il en subsisterait quelque chose, tout était bien. Mais le jour où toute cette noirceur aurait raison de lui, c’en serait terminé.

Heureusement, il y avait encore quelques situations ou quelques personnes qui l’empêchaient de trop y plonger et lui évitaient la noyade. Comme par exemple…

Fais attention que les trafiquants ne prennent pas Colonna pour un gamin. Son égo n'apprécierait pas et je serais bien peiné de perdre un de mes espions, surtout quand ils font du bon travail.

A ces mots, Ferdinand ne put s’empêcher de ricaner, non pas méchamment mais comme un gosse qu’on vient de prendre en train de préparer une bonne blague.

« Laisse-moi donc faire mon travail correctement et ne te mêle pas de mes affaires, va ! Ca vaut mieux pour toi comme pour Colonna. D’ailleurs je veille sur son bien-être, même quand nous sommes au dehors, une vraie nourrice pouponnant son petit chérubin… Je serai pire que deux mères, pour lui ! » s’exclama Ferdinand de nouveau joyeux en rejoignant Louis près de la fenêtre avant de jeter un coup d’œil par la vitre et, constatant qu’il n’y avait rien d’intéressant à voir, s’en éloigna aussitôt et se dirigea vers un buffet où trônaient encore quelques plateaux de pâtes de fruits et autres gourmandises auxquelles Louis, trop absorbé dans ses dossiers, n’avait pas touché. Décrétant qu’il serait bien dommage de gâcher, le fou en attrapa une avant de l’avaler sous le regard de Louis, comme pour le défier de l’en empêcher. Soudain la pendule sonna, et tous deux restèrent silencieux pour compter les coups. Il en retentit quatre. Bâillant à s’en décrocher la mâchoire, Ferdinand s’étira avant de lancer d’un ton faussement ensommeillé et avec une remarquable mauvaise foi :

« Quatre heures ! Mordious, tu me feras mourir d’épuisement un jour, mon brave Louis. Tu pourras demander à tes aumôniers d’écrire ça sur ma tombe : ‘victime de la privation du sommeil du Juste, la mort l’a injustement fauché’. Je sais bien que tu es insomniaque mais ce n’est pas mon cas, moi j’aime dormir, tu seras donc bien gentil de ne pas me retenir de la sorte en me parlant de sujets aussi indécents à l’heure où les honnêtes gens sont dans leurs lits. »

Ferdinand enfonça les mains dans ses poches et, en passant devant Louis alors qu’il se dirigeait vers la porte du couloir secret, en ressortit pour lui donner une tape amicale sur l’épaule. Un privilège qui aurait certainement fait bondir Elisabeth d’Alençon si elle avait été là. Mais comme elle n’était pas là –dommage- il n’y avait donc personne pour râler et il pouvait se le permettre en toute impunité, ajoutant au passage :

« Plains-toi donc de ton peuple et de ta noblesse, mon roi ! Au moins ne pourras-tu pas te plaindre de tes vrais amis qui continuent à se plier en quatre pour te faire plaisir et sauver ton trône quand bien même tu les envoies se faire esquinter sur le champ de bataille. Non mais vraiment, quelle idée de faire la guerre… Tu ne viendras pas te plaindre si certains te boudent, a-t-on idée de traiter ses amis de la sorte ? Tu as de la chance, je suis bien trop bon avec toi, mon ami… » conclut-il en levant les yeux au ciel, mais pas l’air contrarié pour autant. Il n’aimait pas la guerre, mais après tout, une nécessité de plus ou de moins… Puisqu’il fallait défendre la France, autant y aller gaiment ! « Allez, repose toi Louis, tu as un royaume à gouverner demain. Et ça malheureusement, on ne m’autorisera pas à le faire à place. Mais tu sauras où me trouver quand tu auras besoin de secouer un peu tout ça à coups de rires… »

Car la place du fou n’était jamais bien loin de celle du sage.
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MessageSujet: Re: Le roi et le fou |Louis & Ferdinand|   27.02.13 3:19

La conversation, mi-grave mi-bon enfant, tendait à basculait dans le sérieux quand Ferdinand abordait le sujet des messes noires. On pouvait fermer les yeux sur beaucoup de sujets quand on est roi, surtout en ce qui concerne la Cour qui se permettait quelques dérives sans grandes conséquences, mais quand cela implique le meurtre d'innocents pour des rituels sataniques, non alors non. Comment pouvait il être un grand roi chrétien s'il laissait passer cela ? Quel roi serait-il ? Quel homme serait-il ! Mais cela était bien trop délicat à mettre en place, il fallait agir dans l'ombre, mener l'enquête, les infiltrer et être au cœur de l'horreur pour mieux les arrêter, cesser ce carnage qui n'a plus lieu d'être, dans une période éloignée de l'obscurantisme d'antan. Il fallait cesser cela mais sans que cela ne fasse grand scandale avec des noms qui circulent. Sait on jamais jusqu'à qui cela peut remonter. Il y avait des choses qui ne devaient pas être rendues publiques, il ne fallait pas menacer la noblesse ouvertement, Louis ne voulait pas de nouveaux soulèvements mais prouver que la justice était pour tous.

En tout cas les deux hommes semblaient d'accord qu'il fallait éradiquer cette vermine. Ferdinand, derrière ses airs de fou qui se fout de tout, était un homme sérieux et bon, qui n'avait pas sa langue dans sa poche pour dire les choses.

Voilà qui tombe à merveille, moi non plus je n’aime pas qu’on touche à mes semblables. Surtout des enfants et des femmes qui n’ont commis d’autre erreur que d’être au mauvais endroit au mauvais moment.
Nous sommes tous les deux d'accord. Louis leva les yeux vers son fou, toujours sérieux. Seulement, nous ne pouvons faire un combat frontal, nous sommes obligés d'agir dans l'ombre. Car si je ne veux plus d'atrocités pareilles dans mon royaume, je ne veux pas non plus un soulèvement de nobles qui se croient au-dessus des lois. Il va falloir se montrer rusé, discret et avoir les yeux partout. Mais pour cela, je te fais confiance, ainsi qu'aux autres sur le coup.

Tous les espions n'étaient pas affiliés aux messes noires, il y avait d'autres abcès purulents en France, mais ceux-là avaient du pain sur la planche, il faudrait beaucoup de temps et une précision de chirurgien pour y arriver. Mais il faisait confiance à ses espions, notamment à l'équipe d'Anglerays-Colonna qui avait déjà réussi à plusieurs reprises, même si ce n'était qu'une goutte d'eau dans l'océan, il y avait tant à faire, il faudrait plus de monde. Mais on ne pouvait faire confiance à trop de gens, le secret serait éventé, ce serait la foire aux ripoux. On ne pouvait faire confiance qu'à une poignée de personnes et Louis savait lesquels : ses espions (surtout ses plus proches comme Charles ou Ferdinand par exemple), son cher Bontemps, ce bourreau de travail de Colbert et ce fier lieutenant La Reynie. Ni plus ni moins, juste ce qu'il fallait. Même des hommes proches comme Bouillon, Mortemart ou Froulay n'en savaient rien.

Mais à tout sujet sérieux, un peu d'humour ne faisait pas de mal, et cela ne venait pas du plus évident : Louis lança une petite plaisanterie sur son espion romain, Luigi di Paliano, au physique adolescent malgré l'approche de la trentaine. C'était tentant dans une affaire de messes noires d'avoir en espion un garçon qui pourrait être une potentielle victime (en espérant bien sûr que ce ne soit pas le cas ! ) !

Laisse-moi donc faire mon travail correctement et ne te mêle pas de mes affaires, va ! Ça vaut mieux pour toi comme pour Colonna. D’ailleurs je veille sur son bien-être, même quand nous sommes au dehors, une vraie nourrice pouponnant son petit chérubin… Je serai pire que deux mères, pour lui !
Il doit être ravi d'avoir une mère comme toi, tout le monde doit le jalouser.

Qui a dit que le roi manquait d'humour ? Loin de là, même s'il paraissait un peu moqueur, Louis appréciait les jeux de mots et d'esprit, détestait les sots dans son entourage, d'ailleurs ils ne restaient pas bien longtemps s'ils n'avaient ni goût ni esprit dans l'entourage royal ! Ou alors ils devaient compenser par une grande capacité de travail, ce qui n'était pas toujours facile. Louis avait souri mais son regard se posait toujours sur ses jardins endormis dont on ne voyait pas grand chose, mis à part une torche se faufilant dans les allées pour prouver qu'un garde faisait une ronde. Puis l'horloge sonna. Un, deux, trois, quatre. Quatre heures du matin déjà ! Louis dormait peu, souffrait d'insomnie mais son corps le supportait bien. Pas comme Ferdinand qui bailla et la blâma.

Quatre heures ! Mordious, tu me feras mourir d’épuisement un jour, mon brave Louis. Tu pourras demander à tes aumôniers d’écrire ça sur ma tombe : ‘victime de la privation du sommeil du Juste, la mort l’a injustement fauché’.
Très sympathique je m'en souviendrais.
Je sais bien que tu es insomniaque mais ce n’est pas mon cas, moi j’aime dormir, tu seras donc bien gentil de ne pas me retenir de la sorte en me parlant de sujets aussi indécents à l’heure où les honnêtes gens sont dans leurs lits.
Colbert est honnête et ne doit pas dormir plus que nous. renchérit le monarque qui aimait avoir le dernier mot. Et sois heureux que je ne te convie pas au lever, pour te faire réveiller exprès de bonne heure. Profite de dormir tant qu'il te souhaite, je te veux en forme pour l'après dîner. Je suis sûr que tu adorerais sortir en plein hiver avec moi pour voir comment se porte mes poules sultanes. Je sens que ça te fait plaisir.

Il ne se formalisait pas de la tape sur l'épaule, geste que personne au monde ne s'oserait, sauf Ferdinand qui était payé pour être irrévérencieux et en profitait largement. Au contraire, cela fit sourire Louis, pour une fois que quelqu'un s'autorisait tout ce que le protocole interdisait, autant s'en amuser ! Sinon le souverain n'aurait jamais pris un Fou à son service … et ses journées seraient bien moins amusantes, il fallait l'avouer. Mais il était temps pour les deux hommes de se quitter, Ferdinand s'en allait vers la sortie.

Plains-toi donc de ton peuple et de ta noblesse, mon roi ! Au moins ne pourras-tu pas te plaindre de tes vrais amis qui continuent à se plier en quatre pour te faire plaisir et sauver ton trône quand bien même tu les envoies se faire esquinter sur le champ de bataille. Non mais vraiment, quelle idée de faire la guerre… Tu ne viendras pas te plaindre si certains te boudent, a-t-on idée de traiter ses amis de la sorte ? Tu as de la chance, je suis bien trop bon avec toi, mon ami…
En effet, je suis un chanceux. Mais tu verras que la guerre est moins terrible qu'elle en a l'air.
Allez, repose toi Louis, tu as un royaume à gouverner demain. Et ça malheureusement, on ne m’autorisera pas à le faire à place. Mais tu sauras où me trouver quand tu auras besoin de secouer un peu tout ça à coups de rires…

Louis hocha de la tête en regardant son ami partir et alors qu'il s'engouffrait dans le passage :

Ferdinand ? Le Fou passa la tête pour regarder son Roi. Il est toujours bon de discuter avec toi. Repose toi bien, faire rire est aussi prenant que gouverner.

Et ainsi, le voici seul dans ses appartements, à cette heure si tardive où il était encore debout. Mais il n'y resta pas longtemps. Lui aussi s'engouffra dans un passage le menant aux appartements de Marie-Thérèse qui, elle, devait dormir depuis de nombreuses heures. Les trois prochaines heures seraient consacrées au sommeil avant de retourner dans sa chambre pour une nouvelle journée. En fermant les yeux, il put se satisfaire d'avoir une conversation productive avec son Fou, son espion, son ami. Et cela, qu'on soit roi ou bien moins, cela valait tellement …

FIN.

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