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 De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé]

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MessageSujet: De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé]   De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé] Icon_minitime23.07.12 13:41

C’était sa première véritable mission depuis son retour au service de la Couronne de France. Quelques semaines après son arrivée à Versailles et sa présentation au camp des mousquetaires, l’on avait assigné à Léandre de Vallombreuse une mission sans grand danger, mais assez particulière : assurer la sécurité de la reine pendant ses déplacements. C’était un premier pas, en quelque sorte. Le roi lui avait déjà demandé son appui en cas de conflit à venir et de former leurs jeunes troupes, fort de sa longue expérience de combattant, mais cette tâche lui prouvait la confiance renouvelée du souverain en ses compétences. On ne confie certes pas la protection de la reine au premier venu ! Mais Léandre avait servi pendant douze ans chez les mousquetaires avant d’être forcé à la retraite, avait été lieutenant-capitaine, et n’avait jamais démérité ; tout autant de bonnes raisons pour lui confier une mission en apparence bénigne, mais en réalité délicate. Car si quoi que ce soit arrivait à la reine et l’enfant qu’elle portait en elle, il en serait bien entendu le premier responsable… Chose dont Vallombreuse avait tout à fait conscience en enfilant son baudrier ce matin-là, mais dont il ne s’inquiétait pas outre mesure. Il était sérieux et compétent et avait sélectionné l’escorte qui devait mener la reine à Saint-Germain sur le volet. Il avait déjà envoyé trois de ses hommes sur la route en éclaireur afin de s’assurer que la route était sûre et avait reçu une réponse positive. Rien de notable ne devrait se produire pendant le trajet. Tout irait pour le mieux, et si tel n’était pas le cas, il s’assurerait lui-même que les choses rentreraient dans l’ordre. Foi de mousquetaire, il ne permettrait jamais que la reine Marie-Thérèse coure le moindre risque pendant ce trajet.

Après s’être assuré que son masque tenait bien en place, il noua la ceinture à laquelle son épée était suspendue autour de sa taille et ne perdit pas une seconde de plus pour sortir de la pièce. Il voulait faire une dernière inspection de ses hommes avant d’aller chercher la reine, et plus vite ils en auraient fini avec cette mission, mieux ils se porteraient tous. Ses hommes n’aimaient guère les banales missions de surveillance comme celle-ci, et la reine, enceinte jusqu’au cou, ne gagnerait rien à rester trop longtemps à cheval, elle qui devrait être en train de se reposer. A vrai dire, Léandre désapprouvait même ce voyage, même s’il n’en disait évidemment rien. Les faits et gestes de ses souverains ne le regardaient pas. Il obéissait, et puis c’était tout. Il n’était pas dans ses fonctions de servir de sermonneur à la reine, il laissait cela à son aumônier. Lui se contenterait de jouer les gardes du corps, c’était déjà bien assez ! D’un geste vif, il ouvrit la porte de la petite maisonnette qu’il occupait au campement des mousquetaires et traversa le champ d’entraînement en jetant un regard acéré aux mousquetaires qui commençaient déjà à s’entraîner. D’autres dormaient encore, mais plus pour très longtemps, au vu de Sandras qui s’impatientait et des trompettes qui s’apprêtaient à résonner… Détournant la tête, Léandre alla droit à un groupe d’hommes, une dizaine, qui se tenait un peu à l’écart en rang bien formé. Les hommes qu’il avait choisis pour l’escorte de la reine.

« Bonjour messieurs. Comme vous le savez tous, aujourd’hui nous escorterons sa Majesté la reine jusqu’à Saint-Germain, où elle a exprimé le désir de se rendre. Si tout se déroule bien, nous mettrons deux heures à arriver, peut-être un peu plus au vu de l’état de sa Majesté. Une fois sur place, nous retrouverons les trois hommes que j’ai déjà envoyés en amont. »
« Quand rentrerons-nous au camp, monsieur ? » demanda l’un des hommes du milieu.
« Nous aviserons selon les désirs de la reine. Si elle exprime le souhait de rester quelques jours, nous lui laisseront une escorte afin d’assurer sa protection pendant que les autres rentreront à Versailles. Nous verrons tout cela sur place. » conclut Léandre en leur faisant signe d’enfourcher leurs montures. Il était temps d’y aller, la reine ne tarderait pas à se montrer.

Opinant du chef, la dizaine de mousquetaires gagna les écuries et chacun monta sur son cheval avant de le lancer au petit trot en direction du palais. Ils attendraient la reine devant les portails où elle les rejoindrait, accompagnée peut-être de quelques femmes de sa suite. Secrètement, tous espéraient ne pas avoir à attendre trop longtemps, mais évidemment personne n’exprimait cela à voix haute… Seul Léandre restait parfaitement neutre. Il aurait accompagné la reine jusqu’à Jérusalem si sa Majesté le lui avait demandé. Le devoir avant tout !

Ah, ils avaient fière allure, la petite bande de mousquetaires, dans leurs uniformes impeccables ! Pourtant, chacun d’eux savait bien la réalité qui se cachait derrière une si belle apparence. Les heures passées à suer sang et eau dans la poussière, les conditions de vie bien misérables comparées à celles des nobles de cour, qui ignoraient la réalité des combats, les plaisanteries grivoises, le caractère bouillonnant des gascons qui ne manquaient jamais de leur attirer des ennuis à tous, les soirées ou les nuits passées dans Paris… Les mousquetaires étaient une espèce de monde à part, bien loin des fanfreluches de la cour auxquelles il leur arrivait pourtant de prendre part, en faisant semblant de rien. Vraiment, le monde des mousquetaires avait parfois quelque chose d’un peu schizophrène pour qui s’en approchait un tant soit peu. Pas étonnant qu’il y ait eu une telle guerre quelques décennies plus tôt entre les gardes du cardinal de Richelieu et les « sauvages et bouillants » mousquetaires du roi ! Voilà bien de quoi alimenter un mythe pendant plusieurs générations, qui sait…

« Sa Majesté la reine ! » s’exclama d’une voix forte l’homme qui était chargé d’annoncer l’arrivée de la reine à coups de voix et trompette. Tous tournèrent la tête pour voir arriver leur souveraine, juchée en amazone sur son cheval, et se découvrirent devant elle tout en s’inclinant sur leurs montures. La reine était arrivée. L’on allait pouvoir partir d’un instant à l’autre. Léandre, en tant que chef d’escorte, s’approcha et la salua de nouveau, et attendit qu’elle l’ait salué en premier pour enfin lui adresser la parole comme le voulait la contraignante étiquette.

« Majesté, je suis le vicomte de Vallombreuse, chargé de vous escorter jusqu’à Saint-Germain afin que vous y arriviez en toute sécurité. J’ai envoyé des hommes en amont qui ont sécurisé la route. Au vu de votre santé, il serait plus prudent, si vous vous sentiez mal, que vous nous en fassiez part afin que nous nous arrêtions quelques instants. Nous prendrons un peu plus de temps s’il le faut, mais votre sécurité est primordiale. » expliqua-t-il à la reine sur ce ton neutre et froid qui lui était si familier. Pauvre Marie-Thérèse, elle n’allait pas voyager avec un gai luron ! Peut-être même allait-il lui faire peur, avec sa mine patibulaire et son silence à toute épreuve ? Peut-être, mais c’était bien là le dernier de ses soucis.

« Avec votre permission Majesté, je voyagerai à vos côtés afin de pouvoir vous secourir s’il se passait quelque chose. Sa Majesté le roi me l’a expressément demandé. Vous n’avez plus qu’à donner le signal du départ à votre convenance. » conclut-il alors que ses hommes se plaçaient en formation, prêts à partir pour un court voyage qui pourrait bien s’annoncer un peu plus agité que ce qu’ils pensaient….
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Marie-Thérèse d'Autriche

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Un homme qui ne le mérite pas
Côté Lit: Il ne devrait y avoir que mon époux
Discours royal:



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MessageSujet: Re: De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé]   De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé] Icon_minitime03.08.12 17:11

Six ans que la couronne des reines de France avait été posée sur le front de Marie-Thérèse. La plus grande reine du monde, puisque mariée au plus grand roi du monde. L’un n’allait pas sans l’autre, bien évidemment ! La petite brune avait aussi eut conscience de sa qualité de privilégiée. N’avait-elle pas été l’héritière la plus convoitée d’Europe, à l’époque où personne ne savait encore qui elle allait épouser ? Il n’en fallait pas grand-chose pour faire tourner la tête à une toute jeune fille. Mais Marie-Thérèse élevée dans le respect de Dieu et de tous ses commandements, n’en avait jamais été prétentieuse. Bien au contraire. Discrète, humble, effacée, elle était l’épouse que tout roi aurait voulut avoir. Contrairement à sa tante et belle-mère, elle n’avait ni l’intelligence ni la prestance d’une régente avisée, mais avait au moins la décence de le savoir. Elle était reine, mais elle était aussi femme, et son principal rôle à la cour de France était de donner un héritier à la couronne. La jeune femme avait d’ailleurs pleinement rempli son office. Le premier enfant du couple royal, le dauphin, était en pleine santé. Les deux filles qui avaient suivies étaient mortes-nées, ce qui avait profondément touché la reine, qui avait eut énormément de mal à se remettre de la perte de sa première fille. Maintenant, elle était de nouveau enceinte, quatrième grossesse, qu’elle espérait parfaite. L’enfant paraissait en pleine santé, bougeant allègrement dans son ventre. Il naîtrait bientôt, elle le savait. Aussi aurait-elle surement dut arrêter ses sorties habituelles, mais elle ne le pouvait pas.

Le rôle des reines était de faire la charité aux pauvres et de s’assurer que Dieu garderait un bon œil sur la monarchie française. Elle avait bien l’intention de mener ce rôle à bien, grossesse ou pas, en continuant à se rendre à Saint Germain en Lay, aux hospices, où elle avait l’habitude de laver les pieds des malades, et d’y faire la charité. Elle avait eut du mal à réussir à affirmer sa décision, ne serait-ce que pour elle-même, car personne n’aurait ouvertement osé d’interdire à la reine de faire quoi que ce soit, il fallait bien le reconnaître. A part le roi, bien évidemment. Marie-Thérèse n’osait pas toujours faire les choses, les dire, comme elle aurait dut. Les conséquences d’une éducation espagnole stricte, qui l’avait isolée, ne voyant que peu de jeunes personnes de son âge, ou étant trahies par elles… Certains souvenirs étaient toujours douloureux, et la réveillaient en pleine nuit, en sueur, essoufflée. De mauvais rêves, de celle qui n’avait pas la conscience tranquille. Sa dévotion envers Dieu était aussi un moyen d’expier ce pêché que l’adolescente jalouse qu’elle avait été avait commis. Et pourtant, si elle avait sut à quel point elle vivrait avec la jalousie toute sa vie, sans doute se serait-elle retenue. Le roi ne l’aimait pas… Et l’amour qu’elle lui avait longtemps porté s’était finalement transformé en une profonde affection et une certaine dévotion également. Il ne pouvait y avoir d’amour dans les couples royaux… La place de reine n’était pas vraiment enviable, quoi qu’en pense certaines.

-Que Votre Majesté ne bouge pas, lui dis la dame d’atour, alors qu’elle finissait de parer la reine.

La robe choisie par Marie-Thérèse était simple, d’un bleu pâle, mais doublé pour ne pas ressentir la froidure de l’hiver qui soufflait à travers les vitres mal isolées du palais construit par son époux. Elle y avait ajouté un manteau en velours argenté aux manches rebrodées d’hermine et au col remontant jusqu’à son cou, aussi redoublé d’hermine. Son ventre proéminent ne facilitait pas la tâche des dames d’atour, et cela faisait sourire la petite reine. Marie-Thérèse avait choisit de remonter ses cheveux en un chignon simple, et une toque assortie à son manteau couvrait sa tête, ainsi qu’un manchon. Pas de bijou, si ce n’était ces boucles d’oreilles en diamant offertes par le roi lors de son dernier anniversaire. Elle était prête. Jetant un dernier regard à son reflet, d’un œil critique, Marie-Thérèse se trouva adéquate. Elle ne se trouvait pas belle. Reliefs de son éducation religieuse sans doute. Et elle ne pouvait pas vraiment faire confiance aux compliments de sa suite, les courtisans étant connu pour être opportunistes au possible et ne jamais rater une occasion de se faire bien voir. Pourtant, avec ses cheveux châtains foncés, son regard sombre, et son sourire candide, Marie-Thérèse était plutôt jolie, mais ça, elle ne l’aurait jamais reconnu. De toute façon, on ne lui demandait pas d’être belle, simplement de donner des héritiers à la couronne, et elle y réussissait plutôt bien.

-Vous voilà prête, votre Altesse.

-Merci…
répondit la reine avant de se lever.

Toute sa suite s’inclina dans une profonde révérence, alors que le laquai ouvrit la porte des appartements de la reine. Son escorte l’attendait pour partir à Saint-Germain. Sa dame de compagnie la suivit. Le carrosse royal prévu pour le déplacement de la reine l’attendait au pied de la cour de marbre, tous s’inclinant sur le passage de la souveraine. Elle devait retrouver son escorte un peu plus loin. Les chevaux, sur ordre du coché, prirent le petit trot pour rejoindre les mousquetaires, à qui elle fut annoncée fortement par une voix habituelle :

-Sa Majesté la reine !

Tous les mousquetaires s’inclinèrent, feutre bas, sur leurs montures. Le roi avait vraiment de quoi être fier de son corps d’élite. Le carrosse ralentit, et s’arrêta. La dame d’honneur baissa la vitre. Le commandant de l’escorte s’approcha du carrosse royal et se présenta à Marie-Thérèse :

-Majesté, je suis le vicomte de Vallombreuse, chargé de vous escorter jusqu’à Saint-Germain afin que vous y arriviez en toute sécurité. J’ai envoyé des hommes en amont qui ont sécurisé la route. Au vu de votre santé, il serait plus prudent, si vous vous sentiez mal, que vous nous en fassiez part afin que nous nous arrêtions quelques instants. Nous prendrons un peu plus de temps s’il le faut, mais votre sécurité est primordiale.

L’homme semblait légèrement effrayant. Froid, distant, il impressionna immédiatement Marie-Thérèse qui n’avait jamais été très à l’aise en compagnie de soldats.

-Je vous en remercie Vicomte, mais l’œuvre de Dieu n’attend pas, répondit-elle simplement, d’une voix un peu étouffée.

A la vérité, la jeune femme était intimidée, voir même effrayée par le ton froid du mousquetaire et s’étonnait qu’un homme aussi brusque ait été alloué à sa sécurité. Mais ce que le roi voulait avait volonté de loi.

-Avec votre permission Majesté, je voyagerai à vos côtés afin de pouvoir vous secourir s’il se passait quelque chose. Sa Majesté le roi me l’a expressément demandé. Vous n’avez plus qu’à donner le signal du départ à votre convenance.

En disant cela, Vallombreuse plaça son cheval à côté de la portière de la souveraine, qui fit signe à sa dame de compagnie de donner le top au cocher. Le convoi s’ébranla. Marie-Thérèse ne pouvait s’empêcher de jeter des coups d’oeils intrigués à cet homme qu’elle ne connaissait pas, mais s’empressait de détourner le regard dès que sa tête se tournait dans sa direction, comme une adolescente prise en faute. Elle était reine de France et continuait à se comporter comme une enfant. En parlant d’enfant. Le bébé dans son ventre se mit à donner des coups de poings, et la jeune femme sursauta, avant de sourire et de passer sa main sur l’étoffe qui la recouvrait. Cet enfant là vivrait. Elle en était certaine. Un passage royal provoquait toujours beaucoup d’émotion et malgré le froid de l’hiver, les populations des villages traversés se massaient pour admirer le carrosse et la souveraine. Marie-Thérèse prit la bourse que lui tendait sa suivante, et fit ralentir le carrosse pour en distribuer peu à peu le contenue. Dieu l’avait voulut ainsi. Son regard croisa celui de Vallombreuse, elle baissa les yeux, et osa enfin demander :

-Vous désapprouvez, Vicomte ?


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MessageSujet: Re: De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé]   De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé] Icon_minitime02.09.12 15:35

Avec le froid mordant de cet hiver 1667, sortir sur les routes n’était pas vraiment ce dont on pouvait rêver, que l’on soit souverain ou cavalier. Du haut de sa monture, Léandre observait son environnement et surprenait la suivante de la Reine qui frottait discrètement ses mains l’une contre l’autre pour les réchauffer, et devant, il voyait les épaules courbées de ses hommes qui devaient déjà rêver à une soupe bien chaude et auraient donné cher pour s’entraîner avec leurs camarades plutôt qu’escorter la reine jusqu’à Saint-Germain. Certes, il faisait aussi froid au camp que sur les routes, mais en s’entraînant au moins, ils faisaient assez d’efforts physiques pour se réchauffer et ne pas geler sur place. Assis sur leurs chevaux, ils étaient à la merci du vent glacial et de la neige qui menaçait de tomber à tout moment. Comme quoi, le métier des armes n’était pas toujours si glorieux qu’on voulait bien le dire… Et les uniformes savaient très bien tromper l’œil inexpérimenté pour ce genre de chose. Point d’action, point de duels, point de danger pour les mousquetaires aujourd’hui, mais simplement une randonnée équestre afin d’accompagner la reine dans ses bonnes œuvres. Une mission délicate, mais banale et pas vraiment glorieuse aux yeux des combattants d’élite du roi qui ne rêvaient que de beaux combats et de se couvrir de gloire au péril de leurs vies. Léandre connaissait bien cet état d’esprit, pour avoir vécu dans le même pendant douze ans avant de mettre un terme à sa carrière. Aujourd’hui, il était plus à même de prendre de la distance et ne pas se laisser aller à l’impulsivité qui faisait souvent la renommée de ces bretteurs émérites qui n’aimaient rien tant que tirer d’estoc et de taille pour les beaux yeux d’une demoiselle ou l’admiration de leurs semblables. Léandre était probablement celui de l’escorte que la mission incommodait le moins. D’abord parce qu’il se contentait d’obéir au roi sans donner d’appréciation sur la teneur de la tâche, mais aussi parce que dix ans à vivre dans les courants d’air des presque ruines de Vallombreuse l’avaient parfaitement immunisé au froid. Et si la volonté de la reine était d’aller faire la charité aux pauvres, il n’avait pas son mot à dire. La volonté royale, celle de la reine aussi bien que celle du roi, faisait office d’ordre et de loi. Il se devait d’obéir humblement et avec efficacité. Un point c’est tout.
Un mousquetaire posté en avant ralentit l’allure et se plaça à hauteur de son capitaine.

« Monsieur, la populace s’est amassée le long de la route. Ils attendent le carrosse pour la charité. »
« Ecartez-vous afin de les laisser approcher, mais restez vigilent. Guettez toute attitude qui vous paraîtrait suspecte et venez m’en avertir. »
« Bien monsieur. »

Son ordre ainsi donné, Léandre jeta un coup d’œil en amont et constata qu’effectivement, plusieurs dizaines de villageois des alentours s’étaient déjà amassés sur les bords du chemin. Le tout était que la distribution ne tourne pas à l’émeute, et pour cela, deux mousquetaires –lui-même et un de ses camarades- devaient encadrer le carrosse pour pouvoir intervenir en cas de problème et être au plus près de la reine pour garantir sa sécurité. D’un geste bref de la main, il indiqua à ses hommes de continuer à avancer tout en demandant au cocher de ralentir légèrement l’allure ainsi qu’il était coutume, pour permettre à la reine de procéder à la distribution. L’escorte royale et le carrosse n’allaient plus qu’au pas, et il fallait maintenant patienter jusqu’à ce que la foule se disperse.
Chevauchant silencieusement aux côtés de Marie-Thérèse, Léandre observait, derrière son masque noir, les paysans qui s’approchaient timidement du véhicule en tendant des mains suppliantes, avant de tourner les yeux vers la reine qui accomplissait sa tâche avec toute la bonne volonté du monde, distribuant piécettes et sourires indulgents sans sembler se fatiguer. Des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards s’approchaient pour avoir droit à leur part de la bourse et attraper un peu de cette vision presque irréelle qu’était la présence de la reine aussi près d’eux. Eux qui ne devaient même pas voir très souvent de nobles dans les parages –puisque le roi les avait tous rassemblés à Versailles- pouvoir avoir un aperçu de leur souveraine en personne était un véritable évènement, un jour à marquer d’une pierre blanche.
Alors qu’il restait attentif à ce qu’il se passait autour du carrosse, il croisa le regard de la reine, qui baissa aussitôt les yeux. Un réflexe qui l’interpella. Avait-il l’air si menaçant qu’il parvenait à faire baisser les yeux à une reine si promptement ?

-Vous désapprouvez, Vicomte ?

La question le prit au dépourvu. Louis XIV ne l’avait certes pas habitué à ce qu’un personnage royal s’inquiète de son avis personnel. Un avis qu’il ne lui serait d’ailleurs pas venu à l’idée de formuler. Il se demanda un instant pourquoi Marie-Thérèse le lui demandait, à lui qui n’était somme toute qu’un mousquetaire chargé de sa protection. Les rois et reines n’avaient-ils pas normalement de compte à rendre à personne ? Mais Marie-Thérèse, en cet instant, paraissait plus femme que reine ; et Léandre s’étonnait toujours de l’étrange personnalité de cette souveraine qui tenait si bien son rôle tout en étant si timide et semblant craindre à tout moment une foudre ou un danger quelconque. Craintive, réservée, douce, silencieuse, effacée. Pas vraiment des qualificatifs qui devraient s’appliquer à la plus grande souveraine du monde, et pourtant…

« Je ne me permettrais pas de juger du bien-fondé des actes de votre Majesté. » se contenta-t-il de répondre après un temps de réflexion. « Vous êtes la reine des Français. Seul Dieu est en droit de vous dire ce qui est bien ou ce qui est mal. Je ne suis pour ma part que votre humble serviteur. »

Le convoi continua son chemin, tout doucement. Un flocon, puis un deuxième, commencèrent à tomber, mais rien de bien inquiétant pour la suite de leur expédition. Se retournant sur son cheval, Léandre jeta un œil à ses camarades derrière eux qui lui indiquèrent d’un geste que tout allait bien. Les manants venaient, prenaient l’aumône, puis repartaient avec force courbette en marmonnant des bénédictions pour leur généreuse souveraine. Les mousquetaires, à part observer, n’avaient pas grand-chose à faire. Baissant les yeux, Léandre aperçut une petite fille qui ne devait guère avoir plus de dix ans, vêtue d’une robe en haillons, dotée de grands yeux bleus cernés et de cheveux blonds filasse en bataille. Tête levée vers lui, elle le dévisageait avec un mélange de peur et de curiosité, jetant aussi des regards réguliers sur son cheval qui semblait la fasciner. Elle trottinait, visiblement incapable de marcher vite et soufflait avec difficulté. Elle souffrait probablement d’un problème pulmonaire. Les enfants malades en un hiver aussi rigoureux couraient les rues et peuplaient les cimetières…
Après un instant d’hésitation, Léandre se pencha en laissant échapper un bref soupir et attrapa la petite sous les bras. En s’aidant de ses jambes et de ses abdominaux –s’il avait su que ses exercices physiques lui serviraient un jour à ça !- il se redressa et hissa la gamine pour la jucher devant lui sur la selle de sa monture. Inutile qu’elle se crève à marcher à un rythme qu’elle ne pouvait pas soutenir. Et puis Léandre avait beau s’être transformé en espèce de machine glaciale depuis son exil, il n’en restait pas moins un fond de cette bonté envers les miséreux qui l’avait caractérisé auparavant. Une enfant mendiante et malade était largement de taille à le lui rappeler. Cette dernière le regarda avec étonnement alors qu’il lui vissait son chapeau sur le crâne pour la protéger un minimum de la neige. Ravie, la petite se tourna vers la reine et, enfin à la bonne hauteur, put à son tour tendre la main pour demander la charité. Léandre ne souriait pas, mais n’avait pas non plus l’air décidé à la forcer à redescendre. Il reprit donc à l’attention de la reine, comme s’il ne se passait rien :

« De plus, Majesté, on m’a toujours appris qu’aucune désapprobation n’était valable lorsque l’intention était louable. »

Une manière comme une autre de dire que, même si sortir enceinte par un tel temps n’était pas prudent, il respectait la raison qui l’y poussait. Voire même, il approuvait. La charité chrétienne ne voulait-elle pas que l’on s’oublie pour son prochain ?

« Le peuple vous aime, Majesté. Vous donnez des enfants au roi ; et les courtisans n’ont pas leur mot à dire sur ce que vous dites, faites ou décidez. S’ils se le permettent, c’est qu’ils oublient leurs devoirs et se laissent corrompre par leur propre jalousie. Si votre Majesté m’autorise à lui donner un conseil, ce serait de ne pas s’inquiéter de l’approbation d’un autre que le roi. Seuls lui et le Seigneur ont le droit de vous la donner. »

S’il l’impressionnait tant que ça, peut-être que ses paroles auraient un effet sur l’esprit fragile et si conciliant de la reine… Gagner en force de caractère ne lui ferait certainement pas de mal, et de la force de caractère, le vicomte en avait à revendre.
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Marie-Thérèse d'Autriche

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MessageSujet: Re: De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé]   De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé] Icon_minitime01.10.12 7:02

La jeune souveraine avait la fâcheuse habitude de s’en faire énormément, tout le temps, et pour tout le monde. Les médecins, elle le savait bien qu’ils n’aient jamais osé le lui dire en face, pensaient que son anxiété était la cause principale de la mauvaise issue de ses deux précédentes grossesses. Peut être avaient-ils raison, peut être avaient-ils tort, la jeune femme n’osait pas vraiment se prononcer. A quoi bon de toute façon ? Le passé était le passé, Dieu en avait décidé ainsi et on ne pouvait pas revenir sur Sa décision. Mais celle-ci, elle le savait – ou voulait s’en persuader – se passerait à merveille. L’enfant serait en parfaite santé, et si le Ciel le voulait, ce serait un autre garçon, pour continuer la ligné des enfants de France et assurer un héritier supplémentaire à la couronne, bien que le Dauphin soit, lui, en parfaite santé pour le moment. La jeune femme regrettait de ne pas voir son fils plus souvent. Elle l’aimait beaucoup, mais l’étiquette ne lui permettait pas de profiter du jeune prince comme elle l’aurait voulut, comme n’importe quelle mère l’aurait dut. Elle n’avait pas assez connu la sienne pour savoir ce qu’était l’amour maternel. Mais elle savait aussi que beaucoup de souveraines n’avaient que faire de leurs enfants une fois ceux-ci mis au monde, aussi avait-elle essayé d’éviter, étant enfant, de faire des pronostiques sur la façon dont sa mère l’aurait – ou ne l’aurait pas – aimée. Il est difficile de concilier son rôle de reine et son travail de mère.

Parfois, Marie-Thérèse aurait aimé être une simple femme de la cours, ni plus ni moins, noyée dans la masse, ne pas être épiée en permanence, ne pas avoir à être certaine qu’on l’aimât, mais aussi ne pas être raillée parce que son époux se désintéressait d’elle pour tout ce qui ne concernait pas les choses de la succession royale, qu’il la trompe sans arrêt, parfois avec différentes femmes, parfois, comme depuis quelques années, avec une seule, comme Madame de Leeds, que Marie-Thérèse, profondément attachée à son époux, avait du mal à supporter. Etait-ce pour cette raison qu’elle avait fauté avec Monseigneur de Valois, pour se venger ? On lui avait toujours appris que la vengeance était, comme tous les péchés, indigne d’une souveraine, mais quand, d’un côté, l’homme à qui l’on appartient n’en a rien à faire, et qu’un autre nous apporte de l’attention que l’on attend, il est difficile de résister. Un instant, Marie-Thérèse frémit en passant une main sur son ventre. Elle avait peur, peur que l’enfant ne soit pas de celui qu’elle croit. La punition aurait été rude pour une seule erreur. Louis fautait toutes les nuits avec sa duchesse sans aucun remord, Marie-Thérèse, qui s’était laissée emporter une fois, une seule et unique fois, par le feu de la passion, devrait-elle payer les conséquences de cette folie toute sa vie en regardant l’enfant dont elle ignorait la véritable identité du père ? La punition aurait été cruelle pour cette unique erreur qu’elle avait regrettée aussitôt celle-ci accomplie.

La jeune souveraine ferma les yeux un instant, et respira profondément pour calmer son cœur qui s’emballait à cette pensée, essayant de l’effacer de son esprit comme à chaque fois que son angoisse remontait à la surface. Elle ne pouvait pas se permettre ce genre de laisser-aller. Elle était reine de France, rien ne devait transparaître de son visage. Sa charge lui imposait d’aller visiter les pauvres à Saint-Germain plutôt que de passer la journée à jouer avec son fils, à le regarder dormir et à profiter de lui, eh bien, il le fallait, dans la joie et la bonne humeur. A vrai dire la jeune femme s’était plutôt imposé cette corvée à elle-même comme pour se prouver quelque chose, qui, vu son état, n’était pas du tout indispensable, mais elle se le devait à elle-même. On lui avait dit que ce n’était pas une bonne idée, mais devant la détermination de la jeune femme, tellement peu habituelle de sa part, on avait finit par la laisser faire ce que bon lui semblait. Après tout, elle était la reine, et il n’y a rien au dessus des volontés de la reine, si ce n’est celles du roi. Aussi quand son chef d’escorte, ce vicomte de Vallombreuse qui faisait frémir la jeune femme, tellement il l’impressionnait par sa droiture et sa tenue, ainsi que son sang froid qui semblait à toute épreuve, lui fit lui aussi la remarque, Marie-Thérèse dut faire appel à toutes les forces de son esprit pour ne pas retourner se terrer dans ses appartements. A Saint-Germain elle voulait aller, à Saint Germain elle irait !

La foule massée de chaque côté de la route s’inclinait bien bas, aux cris de « Vive la Reine ! Vive sa Majesté ! » ce qui fit sourire la souveraine et lui rendit un peu de confiance en elle alors que quelques pièces d’ors étaient lancées par sa dame d’atour qui l’avait accompagnée. Pourtant le regard de la jeune femme finit par s’attarder sur ce mystérieux capitaine, au point que celui-ci finit par s’apercevoir, déclenchant une retraite de la part de Marie-Thérèse qui s’en serait mordu les doigts, on ne réagit pas comme une jouvencelle apeurée quand on est Reine de France, que diable ! Aussi réussit-elle à articuler une question qui lui brûlait les lèvres. La réponse mit un certain temps à venir, temps pendant le quelle Marie-Thérèse la craignait, il fallait bien l’avouer. Et puis finalement :

-Je ne me permettrais pas de juger du bien-fondé des actes de votre Majesté. Vous êtes la reine des Français. Seul Dieu est en droit de vous dire ce qui est bien ou ce qui est mal. Je ne suis pour ma part que votre humble serviteur.

Réponse typique du bon et loyal serviteur… Marie-Thérèse en fut presque déçue, elle ne savait pas pourquoi, mais elle aurait presque crut que le Vicomte était d’une autre trempe que de dire ce que l’on s’attend toujours à entendre. Mais ne voulant pas risquer d’être indiscrète, elle ne poursuivit pas la discussion plus avant, malgré la curiosité qui la brûlait. La neige se mit doucement à tomber sur la route. Marie-Thérèse, malgré ses chauds vêtements, frissonna légèrement, quand un mouvement inhabituel du côté du mousquetaire attira son attention. Du haut de son cheval andalou – race de toute la garde royale – il venait de se pencher à terre pour attraper une fillette bien pauvrement vêtue, et la hisser juste devant lui. La souveraine en fut grandement surprise, ne s’attendant pas du tout à ce genre de comportement de la part d’un de ses soldats. Elle posa avec grâce sa main sur le rebord de la vitre baissée pour mieux observer cet étrange couple. L’enfant semblait si faible, si fragile. Une nouvelle fois, la souveraine passa une main sur son ventre rond. Ne manquant pas de culot, la petite tendit sa main froide, sale et abimée à la souveraine pour avoir quelques pièces d’or.

-Comment ose… commença la dame d’atour.

-Il suffit, comtesse, rétorqua Marie-Thérèse avec son accent espagnol, donnez-moi cette bourse.

Tendant la main vers la dame, sans détacher son regard de l’enfant, Marie-Thérèse récupéra l’écrin en cuir et en sorti une belle pièce d’or fraichement frappée, qu’elle saisit entre deux doigts de sa main gantée de daim, avant de la mettre dans le creux de celle de l’enfant. Le geste fut accompagné d’un sourire bienveillant de la part de la reine qui pourtant se doutait de l’avenir incertain de cette fillette. Atteindrait-elle seulement l’âge adulte ? Mais le Vicomte la sorti de ses pensées, continuant cette discussion que la reine avait crut close :

-De plus, Majesté, on m’a toujours appris qu’aucune désapprobation n’était valable lorsque l’intention était louable.

Le sourire de la reine se fit plus énigmatique. L’homme avait bien plus d’avis personnel que ce qu’il voulait bien faire croire.

-Le peuple vous aime, Majesté. Vous donnez des enfants au roi ; et les courtisans n’ont pas leur mot à dire sur ce que vous dites, faites ou décidez. S’ils se le permettent, c’est qu’ils oublient leurs devoirs et se laissent corrompre par leur propre jalousie. Si votre Majesté m’autorise à lui donner un conseil, ce serait de ne pas s’inquiéter de l’approbation d’un autre que le roi. Seuls lui et le Seigneur ont le droit de vous la donner.

La vérité de cette simple phrase eut un drôle d’effet sur Marie-Thérèse. C’était l’évidence même, tellement évident qu’on ne pensait jamais utile de le dire. Mais parfois, il est bon de rappeler les évidences. A nouveau, la souveraine baissa les yeux, mais pour dissimuler les larmes qui y montaient…

-Pour donner des enfants au roi, Vicomte, il faudrait encore qu’ils vivent…

Mais il n’était pas tant de se laisser aller, et surtout pas devant les soldats et le peuple. D’un geste rapide, Marie-Thérèse essuya ses yeux embués du revers de ses gants en daim. Toujours plaire et toujours paraître, n’était-ce pas le rôle de la reine ?

-Je crois, Monsieur, qu’il est temps de laisser aller votre passagère, nous nous éloignons de son village, Saint-Germain se rapproche. Pouvons-nous aller plus vite ? J’ai hâte d’arriver…

La reine avait parlé, après tout, il venait lui-même de dire que personne n’avait rien à redire à ses ordres et désirs…

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MessageSujet: Re: De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé]   De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé] Icon_minitime24.10.12 21:25

Qui aurait cru qu’un jour Léandre se serait trouvé là, chevauchant aux côtés du carrosse royal, et donnant ce qui ressemblait à des conseils à la reine en personne ? Pas lui en tout cas ; jusqu’à il y a deux mois environ, il était persuadé de finir ses jours enfermé entre les murs de Vallombreuse qu’il refusait de quitter, sans jamais revoir Paris ou Versailles ni d’autre visage humain que celui d’Auguste et des vieux portraits suspendus au mur en prenant la poussière que personne ne prenait la peine d’enlever. Puis une lettre l’avait arraché à sa solitude et ramené dans ce tourbillon d’insupportable vie et frivolité qu’était Versailles, et le hasard ainsi que la volonté royale l’avaient placé aux côtés de cette souveraine qui semblait à des années lumières de lui, en tout point son opposée. Léandre n’était pas du genre à s’interroger sur le sens des hasards de ce monde ou la soi-disant volonté divine qui régissait nos vies, aussi il acceptait ce rôle sans sourciller ni chercher à le discuter. Et voilà comment la paire la moins assortie du royaume avait été réunie sous la neige, avec pour témoin une dame de compagnie récalcitrante et une petite fille grelottante. Charmant tableau.
Le regard de Léandre glissa de l’enfant blottie contre lui à la souveraine qui venait d’interrompre les protestations de sa dame de compagnie d’un geste autoritaire qui l’étonna, dans le bon sens du terme. Sans que son visage masqué ne trahisse la moindre expression, il l’observa piocher une piécette dans sa bourse et la tendre à la gamine qui n’avait décidément pas l’air désireuse de descendre de son perchoir. Il ne pouvait vraiment l’en blâmer : entre être assise sur un cheval avec les pans d’une cape pour la protéger et la proximité de la reine, et la perspective de marcher dans la neige sans manteau ni chaussures dignes de ce nom, le choix était rapidement fait. Alors pour une fois, le vicomte pouvait bien outrepasser sa réticence à tout contact trop rapproché avec un autre être humain et supporter la présence de cette enfant sur la selle de son cheval. Il n’aurait pas fait honneur à sa reine en ne faisant pas preuve lui aussi de charité, et Dieu merci, il n’en était pas encore dépourvu même si elle était admirablement dissimulée derrière ce masque noir qui lui barrait le visage. Etonnant comme la simple présence de la reine l’amenait à retrouver de vieux réflexes qu’il croyait disparus. Parce qu’il fallait se montrer à la hauteur de cette souveraine qui, malgré toutes les faiblesses qu’on voulait bien lui attribuer, devait bien être l’une des personnes les plus vertueuses de ce nids à vipères qu’était Versailles, et donc aux yeux du vicomte, un exemple à suivre. Peut-être que la reine ne s’en rendait pas compte ; mais peu à peu, elle était en train de gagner l’estime du mousquetaire. Il ne l’avait jamais méprisée, mais n’avait pas d’avis arrêté à son sujet jusqu’à l’avoir en face de lui, à distribuer ces pièces aux passants.

-Pour donner des enfants au roi, Vicomte, il faudrait encore qu’ils vivent… remarqua la reine non sans mélancolie. Lorsque Léandre leva les yeux sur elle, le mouvement de main vers ses yeux embués ne lui échappa pas. Par décence et par respect, il détourna le regard.
« Le Seigneur ne laissera pas la France sans héritier, votre Majesté. » se contenta-t-il de répondre après un silence.

L’histoire avait déjà prouvé le contraire, mais que pouvait-il dire de mieux sans être intrusif ? De toute façon il ne s’agissait pas là de ses affaires, aussi ne chercha-t-il pas à relancer le sujet. Son rôle se bornait à protéger la reine et, plus généralement, la royauté en place ; pas à se préoccuper de la progéniture du roi. Bien malin qui aurait pu imaginer le vicomte aujourd’hui s’occuper d’enfants, de toute façon. Dix ans auparavant, certainement, il avait su faire, avec la petite Isabelle notamment, mais aujourd’hui il n’aurait probablement plus ni la patience ni la capacité de compréhension nécessaire pour fréquenter un enfant plus de dix minutes dans son entourage. Alors s’il devait commencer à s’inquiéter de ceux des autres… Lorsque l’enfant royal serait né, il ne s’en approcherait que sur ordre des monarques, et sous aucune autre condition. Dieu merci, cette résolution n’était pas bien difficile à tenir.
Ses yeux bleus se concentrèrent de nouveau sur la route. Loin devant eux, il pouvait voir Saint-Germain se profiler à l’horizon. Ils touchaient le bon bout. Un de ses hommes se retourna vers lui et l’interrogea du regard, ce à quoi il répondit d’un geste de la main pour lui indiquer de partir en avant avertir les gens du château de l’arrivée de la reine. L’homme s’en alla au triple-galop et un deuxième rajusta sa position dans la formation que formaient les cavaliers. Réglés comme une papier à musique, les hommes se répondaient les uns aux autres sans même y penser, comme si leurs chevaux eux-mêmes connaissaient désormais les réflexes à avoir.

-Je crois, Monsieur, qu’il est temps de laisser aller votre passagère, nous nous éloignons de son village, Saint-Germain se rapproche. Pouvons-nous aller plus vite ? J’ai hâte d’arriver…
« Bien Majesté. » répondit-il alors que la petite, qui avait entendu, lui rendait son chapeau. Il fit ralentir son cheval avant d’attraper la petite sous les bras et l’aider à descendre. A peine ses frêles pieds eussent-ils touché le sol qu’elle détala à toute allure, avec la rapidité d’un lièvre. Léandre la perdit de vue en moins d’une seconde, et resta un bref instant à contempler l’endroit désormais désert où la petite silhouette s’était évaporée. Puis il talonna son cheval et rattrapa le carrosse où il se remit en position à côté de la fenêtre de la reine. D’une voix forte, il lança des ordres pour que l’on fasse accélérer le convoi, et tout fut aussitôt exécuté selon les souhaits de la souveraine. Le carrosse gagna en vitesse, et finalement, le dernier tronçon de route fut plus vite avalé que prévu.

Les grilles s’ouvrirent devant les mousquetaires en première ligne et le convoi s’engagea dans l’allée jusqu’à s’arrêter devant l’imposant édifice. Léandre mit pied à terre le premier aussitôt suivi de ses hommes qui se mirent en ligne parfaite alors que la reine descendait, aidée de sa dame de compagnie et d’un page assigné à cette fonction. Elle passa devant son escorte qui la salua bien bas, et alors qu’elle s’éloignait, Léandre se releva et fit signe à ses hommes de faire de même. Alors que la reine entrait dans le château, il désignait quelques hommes pour rester, et les autres devaient rentrer à Versailles informer le roi que tout le monde était bien arrivé sain et sauf et sans incident. Lorsque la reine souhaiterait repartir, il enverrait un homme chercher d’autres mousquetaires pour compléter l’escorte. Celle qui restait sur place, lui inclus, assurerait la sécurité du château pendant le séjour de sa Majesté. Une fois ses consignes données, il donna l’autorisation à ses hommes de se disperser pour aller s’installer dans les quartiers qui leur étaient réservés et prendre leur nouveau poste. Le vicomte lui, se dirigea vers le château pour aller faire son rapport au chambellan des lieux. Il était également assigné à la surveillance de la reine en personne, son état étant plus risqué que d’habitude, la vigilance de Léandre ne serait pas de trop.

« Bonjour monsieur. Je suis le vicomte de Vallombreuse, mousquetaire assigné à la sécurité de sa Majesté pour son séjour à Saint-Germain. » se présenta-t-il en arrivant devant l’homme qui tenait un registre ouvert devant lui.
« Bienvenue à Saint-Germain, vicomte. Avez-vous l’ordre signé du roi, je vous prie ? Vous savez qu’il s’agit d’une simple formalité mais… »

L’interrompant en lui tendant brusquement le document en question, Léandre jeta un regard alentours en cherchant la reine des yeux. Elle était de l’autre côté de la pièce, discutant avec sa dame de compagnie. Parfait. Satisfait, il se concentra de nouveau sur les indications du chambellan quant à la disposition des lieux et de ses mousquetaires. Mais lorsqu’il se retourna pour aller dire à la reine que tout était prêt pour son séjour, il fronça les sourcils. La reine avait disparu de son champ de vision. Aussitôt, il aborda la dame de compagnie qui admirait un tableau au mur, mais celle-ci ouvrit de grands yeux en lui répondant que la reine s’était absentée, mais qu’elle n’avait pas précisé où elle allait exactement, si ce n’est qu’elle désirait être seule. Le visage brutalement assombri, Léandre se détourna de la jeune femme sans la saluer et passa dans la pièce d’à côté. Vide. Mordieu, mais où était passée la reine ? Dans son état, la laisser entièrement seule était un risque qu’il refusait de prendre. Il fallait l’avoir à l’œil constamment, même à distance. Mais la laisser sans surveillance ! N’était-il entouré que d’incapables ? Sentant sa colère contre ces imbéciles monter en lui, il ouvrit une autre porte, puis la suivante à la volée… Et enfin tomba nez à nez avec une Marie-Thérèse qui ouvrit de grands yeux surpris. La main encore sur la poignée de la porte, Léandre inspira pour retrouver contenance et darda sur elle un regard sévère qu’en général il ne réservait qu’à ses recrues.

« Majesté, il est imprudent dans votre état de rester seule. » fit-il remarquer de ce ton courtois, mais cassant qui lui était coutumier, mais plus impressionnant encore maintenant que son regard et sa mâchoire s’étaient durcis. « Je comprends qu’après ce long voyage vous éprouviez le besoin d’être seule et au calme, mais je vous prierai humblement de bien vouloir rester au moins en ma compagnie ou celle de votre suivante. Comprenez que je ne veux prendre aucun risque et que tant que je serai assigné à votre surveillance, tout sera fait pour les limiter. »

Il se redressa et s’inclina légèrement, toujours avec cette raideur militaire qui le caractérisait.

« A défaut d’être de compagnie agréable, je tenterai au mieux de me faire oublier. Mais sur ordre du roi, je dois rester à vos côtés pour vous protéger, Majesté. » conclut-il comme pour s’excuser de cette disposition des choses qui, au fond, ne le réjouissait pas plus. Mais c’était nécessaire pour, comme elle le désirait, assurer sa sécurité et celle de la descendance royale. « Il n’y a pas que vous que je protège, votre Altesse. L’enfant que vous portez est aussi sous ma responsabilité. Et je suis tout aussi désireux que vous de le préserver au mieux de tout danger, je vous en donne ma parole de gentilhomme. »

Et pour une fois, ces dernières paroles étaient peut-être teintées d’un peu moins de froideur que d’habitude.
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Marie-Thérèse d'Autriche

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Un homme qui ne le mérite pas
Côté Lit: Il ne devrait y avoir que mon époux
Discours royal:



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MessageSujet: Re: De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé]   De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé] Icon_minitime04.11.12 21:46

Marie-Thérèse se complaisait dans ce rôle de reine chrétienne faisant la charité au peuple, c’était tout ce qu’on lui avait apprit. Rien de politique, ni de diplomatie. Juste Dieu, et son devoir de donner des enfants au roi. Et comme le second n’était que peu concluant, elle se donnait encore plus à son premier rôle dans l’espoir que le mal qu’elle se donnait soit vu par le Seigneur, et qu’il l’aide dans le second, lui donnant des enfants en bonne santé, et surtout préservant le Dauphin. Elle savait ce que faisait l’impression de perdre tous ses frères et sœurs les uns après les autres, et espérait ne pas faire subir cela à son fils. Hélas, il avait déjà perdu deux de ses sœurs bien que cela ne soit pas inhabituel pour leur époque, hélas. Comme disaient les plus âgées des dames de sa maison « vous êtes encore jeune, vous aurez d’autres enfants, c’est plutôt courant ». Ce n’était hélas pas toujours la bonne chose à dire à une jeune mère qui vient de perdre son enfant, et Marie-Thérèse s’était promis de ne jamais dire cela à quiconque perdrait son enfant à sa naissance. L’accouchement l’angoissait. Pas l’accouchement en lui-même mais ce qui pouvait en découler. Il se pouvait que l’enfant ne soit pas de Louis. Et s’il ne l’était pas, qu’il était d’Hector et que tout le monde s’en rendait compte… Cela la mortifiait d’avance. Elle ne supporterait ni la honte, ni la répudiation. Vivre dans un couvent quand certaines précédentes reines ne l’aurait peut être pas dérangée, mais être séparée de son fils…

Hélas elle ne pouvait être certaine de rien avant que l’enfant ne vienne au monde bien sûr, mais elle ne pouvait s’empêcher d’y penser, surtout maintenant que l’accouchement s’approchait à grand pas. Elle avait cédé à Hector une fois, une seule et unique fois, et il avait fallut qu’elle se rende compte qu’elle était enceinte quelques semaines plus tard, sans savoir avec assurance qui pouvait être le père de son enfant. Cela devenait complètement fou. Et pourtant elle continuait de faire comme si tout allait bien, en maintenant ses obligations, autant que son état le lui permettait bien évidemment. Une reine effacée, une épouse dévouée à qui on ne disait rien et qui ne demandait rien à personne. Son rôle de femme du roi le plus puissant d’Europe ne lui permettait pourtant pas d’être aussi éloignée de son rôle public. Cette alliance avait été préparée, méditée, et leur double cousinage n’avait pas gêné beaucoup de monde. Parfois elle se disait que Dieu les punissait pour ce mariage contre nature, même s’ils n’en étaient pas directement responsables. C’était injuste. Et elle ne pouvait en vouloir à personne d’autre qu’à elle-même, tout simplement parce qu’elle n’arrivait pas à en vouloir à n’importe qui d’autre. Son mari qui la trompait, son père qui avait voulut raffermir son pouvoir… Et finalement son pays entrerait quand même en guerre contre la France. Il ne fallait pas se leurrer, c’était proche.

Et pourtant elle n’avait pas son mot à dire. Elle devait se contenter de faire ce qu’on attendait d’elle. Et elle le faisait toujours à la perfection, et avec joie la plupart du temps. Elle ne faisait pas partie de ces femmes que faire la charité rebutaient. Bien au contraire. Marie-Thérèse s’estimait heureuse d’être là où elle était, et non pas là où elle se rendait une fois par mois en moyenne, au milieu des pauvres et nécessiteux. Bien sûr, tout le monde ne pensait pas comme elle, mais n’était-ce pas son devoir de souveraine que de se dévouer de cette manière à son pays comme son époux s’y dévouait d’une autre. Une autre qu’elle n’acceptait pas toujours surtout quand il s’agissait de se dévouer à la gente féminine arpentant Versailles, mais il fallait faire avec. C’était son rôle et elle n’avait pas le droit de se plaindre. Elle était la plus privilégiée des privilégiées, en conséquence, il fallait faire quelques concessions. Même si cela lui faisait mal. Au fond, même si Marie-Thérèse n’était plus amoureuse de son mari – ce qui lui avait prit bien plus de temps qu’à lui pour ne plus être amoureux d’elle, soit dit en passant – elle tenait toujours à lui, énormément, jalousement en quelques sortes. Elle n’en avait hélas pas le droit. Le roi appartenait à l’Etat, pas à la reine qui devait se contenter d’être sa dévouée épouse, et ce rôle, elle le tenait en quelques sortes à la perfection, même si elle ne pouvait presque pas se targuer d’être la femme derrière le grand homme.

Aussi faire ce qu’elle avait à faire était le meilleur moyen de s’occuper l’esprit, même si la discussion qu’elle avait présentement avec le Vicomte de Vallombreuse ne faisait que la ramener à ses pires démons :

-Le Seigneur ne laissera pas la France sans héritier, votre Majesté.

Marie-Thérèse ne répondit pas, se contentant de détourner le regard, en priant pour que cela soit vrai, et qu’il n’arrive rien au dauphin, si l’enfant à naître devait encore lui être pris. Elle préféra détourner la conversation sur une note un peu moins tragique, laissant l’enfant que Vallombreuse avait hissée avec lui sur son cheval retourner à sa misère, ce n’était pas la pièce qu’elle lui avait donnée qui allait changer grand-chose, et il s’exécuta immédiatement. L’arrivée à Saint-Germain se déroula comme prévue et très vite, le carrosse s’arrêta dans la cours. Marie-Thérèse en descendit précautionneusement, prenant garde à où elle mettait les pieds avec son ventre proéminent. Elle n’attendit pas vraiment que tout soit prêt pour son arrivée pour entrer dans l’hôpital, sa femme de chambre s’attardant un instant à l’extérieur. Sa bourse à la main, elle commença à distribuer à droite et à gauche quelques pièces d’or, tendant de l’eau à celui qui avait soif, rassurant un enfant inquiet. Elle avançait au fur et à mesure, s’apprêtant à quitter la salle pour la suivante, posant sa main sur la poignée, la porte s’ouvrit exactement au même moment et la jeune souveraine sursauta, posant une main sur sa poitrine pour calmer son cœur. Vallombreuse était juste en face d’elle. Il lui lança un regard si dur que la jeune souveraine baissa les yeux et manqua de piquer un fard, encore une fois.

-Majesté, il est imprudent dans votre état de rester seule. Je comprends qu’après ce long voyage vous éprouviez le besoin d’être seule et au calme, mais je vous prierai humblement de bien vouloir rester au moins en ma compagnie ou celle de votre suivante. Comprenez que je ne veux prendre aucun risque et que tant que je serai assigné à votre surveillance, tout sera fait pour les limiter.

-Je… je suis désolée, murmura la jeune espagnole, un peu surprise qu’on lui fasse la leçon ainsi, mais n’osant rien dire d’autre.

Une autre reine lui aurait sans doute rappelé qui elle était, mais ce n’était pas le genre de Marie-Thérèse, bien au contraire, et c’était sans doute ce qu’on lui reprochait le plus.

-A défaut d’être de compagnie agréable, je tenterai au mieux de me faire oublier. Mais sur ordre du roi, je dois rester à vos côtés pour vous protéger, Majesté. Il n’y a pas que vous que je protège, votre Altesse. L’enfant que vous portez est aussi sous ma responsabilité. Et je suis tout aussi désireux que vous de le préserver au mieux de tout danger, je vous en donne ma parole de gentilhomme.

-Je vous remercie, et cela ne se reproduira plus.


Marie-Thérèse se fraya un passage entre ce garde du corps et le mur pour sortir de la pièce, et passer à la suivante, sa dame de compagnie courant sur ses talons pour la rattraper et ne pas se faire sermonner à nouveau, mais le cœur n’y était plus. Elle qui aimait pourtant donner de la joie aux sujets ne trouvait plus l’énergie nécessaire, du moins pas aujourd’hui. Pourtant, elle s’imposa deux salles en plus, avant d’appeler le Vicomte.

-Je suis fatiguée, monsieur, rentrons à Versailles.

L’ordre était doux, mais ferme. La remontrance l’avait assez mise mal à l’aise pour la journée.

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MessageSujet: Re: De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé]   De Versailles à Saint-Germain, rien n'est certain ! [PV Marie-Thé] Icon_minitime12.01.13 2:04

S’était-il montré trop brusque ? Probablement, vraisemblablement même ; la délicatesse n’était plus exactement une de ses qualités premières, mais le roi avait voulu pour son épouse une escorte d’agréable compagnie capable de la divertir, de l’aider à se détendre et à passer du bon temps, il ne se serait pas adressé à un groupe de mousquetaires et aurait encore moins mis Léandre à leur tête. Le souverain n’avait revu Léandre qu’une ou deux fois depuis son retour à Versailles, mais le mousquetaire savait son roi assez intelligent pour comprendre à quel genre d’homme il avait affaire. Le vicomte était un homme d’armes, un soldat, un militaire, pas un courtisan. Par conséquent, il agissait selon la nature de ses fonctions, lesquelles avaient fini pratiquement par définir sa personnalité malgré les années d’absence. Alors oui, forcément, il avait plus une allure d’armoire à glace imperturbable et sans pitié que de gentil chaperon escortant sagement sa souveraine pendant qu’elle faisait sa charité… Il était là pour veiller à sa sécurité, pas pour faire bonne figure ou lui plaire. Mais vu l’expression de surprise et même de peur qui se peignit sur les traits de la souveraine, elle aurait probablement préféré cette option si on lui avait laissé le choix… Elle avait joué de malchance, voilà tout. Malchance d’échouer entre les mains du mousquetaire le plus taciturne qu’il devait être possible de trouver dans tous les régiments du roi. Quel duo mal assorti ils devaient former, côte à côte, la petite reine frêle t presque tremblante aux côtés de cet homme grand et massif écrasant de charisme glacial en comparaison de sa timidité. C’était l’ours et la souris, le roc et la plume, la montagne imposante et le ruisseau calme et tranquille qui dégringolait doucement jusqu’à sa destination finale. Et de fait, la reine semblait pratiquement se liquéfier sous le regard sévère du vicomte. Une scène aussi absurde que scandaleuse, pour n’importe quel courtisan qui aurait vu la scène. Une reine, l’épouse du roi, s’écraser devant un mousquetaire ? Le comble du ridicule pour elle ; et le mousquetaire en question ne mériterait rien de moins que se voir démettre de ses fonctions peut-être. Mais parfois les deux protagonistes n’y pouvaient rien eux-mêmes. La combinaison de leurs personnalités était ainsi faites et dessinaient ce schéma sans que ni l’un ni l’autre ne puissent rien y faire.
Il ne serait pas venu à l’esprit de Léandre de se montrer plus « doux » avec la reine, d’abord parce que la douceur n’avait jamais fait partie de sa personnalité et encore moins aujourd’hui ; ensuite parce qu’il se montrait déjà bien plus diplomatique que d’habitude, contrairement à ce que les apparences pouvaient laisser croire. Il restait courtois et déférent envers Marie-Thérèse, simplement sa froideur naturelle était trompeuse et bernait la reine aussi bien que le reste de leur entourage. Que pouvait-il y faire ? Il ne pouvait se transformer en un claquement de doigts en un de ces courtisans souriants et empressés que l’on voyait partout à Versailles. Il n’en avait ni l’envie ni les capacités. Car si le vicomte savait admirablement dissimuler le peu d’émotions qu’il lui arrivait encore d’éprouver, il était incapable de les contrefaire. Il était bon dissimulateur, mais trop mauvais comédien pour cela. C’était dommage pour cette pauvre Marie-Thérèse… Mais c’était ainsi.

-Je vous remercie, et cela ne se reproduira plus. Finit-elle par murmurer en baissant les yeux comme une enfant prise en faute, avant de s’enfuir en se glissant entre lui et la porte avant qu’il n’ait le temps de dire quoi que ce soit. Léandre la regarda s’éloigner subrepticement et se retourna lui-même pour passer dans la pièce suivante. Le temps s’était écoulé rapidement, et il devinait que l’heure du départ ne serait pas si éloignée. Il fallait tenir l’équipage prêt pour le moment où la reine donnerait le signal du départ, afin de ne pas perdre de temps pour la ramener à Versailles dans les meilleurs délais. Dans l’état où elle était, elle savait que le roi ne tolèrerait pas que le moindre risque soit pris et plus l’heure avançait, plus les risques de faire de mauvaises rencontres sur les routes ou pour la reine de trop se fatiguer augmentaient. Il alla donc dans la pièce réservée aux gardes et à l’escorte et s’adressa à ses hommes :

« Faites préparer les chevaux et le carrosse messieurs ; nous ne tarderons pas à repartir pour le château. Assurez-vous que tout soit prêt quand Sa Majesté le demandera. »
« Oui messire. » répondirent les hommes en chœur avant de se lever et de s’affairer à ranger et organiser les préparatifs. S’assurant d’un dernier coup d’œil que ses ordres étaient bien exécutés, Léandre repassa dans la pièce d’à côté et remonta le couloir pour aller trouver l’intendant de la maison afin de l’informer de leur départ prochain. En passant devant un miroir suspendu au mur, il évita de le regarder. Un réflexe qu’il avait acquis rapidement en arrivant à Versailles, puisqu’à Vallombreuse il avait été assez radical pour tous les faire disparaître du château, excepté un l’usage d’Auguste. Qu’il disparaisse, ce visage masqué qui n’en était plus un. Ne plus le voir était plus un soulagement qu’une punition ou une contrainte. Depuis qu’il était revenu à Versailles, il n’en avait un usage que très réduit, juste de quoi être sûr le matin d’attacher son masque correctement ; à part cela, cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas réellement vu les traits de son visage balafré. Et évidemment, il n’en avait aucune espèce d’envie.

Finalement il entendit la voix de la reine l’appeler dans une pièce voisine. Ila rejoignit aussitôt et s’inclina devant elle, chapeau baissé.

-Je suis fatiguée, monsieur, rentrons à Versailles. Déclara-t-elle d’un ton doux, mais qui ne laissait aucune place à la discussion.
« J’ai fait affréter le cortège, votre Majesté. Vous n’avez qu’à donner le signal du départ et nous serons sur la route. » se contenta-t-il de répondre après qu’elle lui ait indiqué de se relever. Aussitôt tous s’affairèrent pour préparer le chemin du retour, les dames de compagnie s’empressant auprès de leur souveraine et les hommes s’occupant du reste. Moins d’une heure après, l’on aidait les dames et la reine à monter dans le carrosse et Léandre et ses hommes enfourchaient leurs montures, prêts à chevaucher encore pour deux heures et demie avant de regagner leur caserne. Ils n’auraient pas grand-chose à raconter à leurs camarades, en revenant d’une mission d’une banalité affligeante pour les hommes d’action qu’ils étaient. Mais Léandre ne s’en souciait guère, ayant d’autres préoccupations en tête : la guerre qui approchait et dans laquelle il avait été sollicité pour jouer un rôle crucial, une guerre qu’il aurait préféré ne jamais voir. La dernière en date lui avait laissé une marque trop vive pour qu’il désire y retourner, mais le devoir était le devoir, et il ne serait pas homme à reculer face aux ordres ou ses vieux démons. S’il fallait aller au combat, il irait, et en première ligne. Pour défendre ses valeurs, son roi, et la reine qui portait désormais l’avenir du Royaume en son ventre. Léandre jeta un œil du côté du carrosse, observant brièvement le visage pâle et préoccupé de Marie-Thérèse. Elle avait une main posée sur son ventre rond et regardait rêveusement par la fenêtre de l’autre côté, inconsciente du regard du vicomte posé sur elle. Songeur, Léandre se concentra de nouveau sur la route. Prenant lentement conscience que finalement, reine ou mousquetaire, le combat n’était pas si différent ; tous deux avaient quelque chose à défendre ou protéger pour le bien du royaume. S’il le fallait, en sacrifiant leurs vies. Qui avait dit que les femmes n’étaient pas des combattantes, elles qui pouvaient se précipiter dans la mort pour donner la vie ?

FIN.
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