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 (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle)

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MessageSujet: (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle)   (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle) Icon_minitime10.07.12 22:35

Secouée par un énième cahot qui témoignait de l’état peu brillant du chemin sur lequel roulait la voiture, Perrine poussa un soupir de lassitude. Il y avait plusieurs heures maintenant qu’elle était enfermée dans le véhicule pourtant plutôt confortable, et elle ne rêvait maintenant que d’une seule chose : que le voyage touche à sa fin. Fort heureusement, le paysage qui défilait sans cesse sous ses yeux lui semblait depuis quelques minutes de plus en plus familier, signe heureux de son proche et énième retour au manoir situé aux alentours de Saint-Jean-d’Angély.
A nouveau, elle soupira. Si l’excitation de l’intrigue la prenait à chaque nouveau départ, si elle ne se lassait pas du vaste complot dont cette équipée faisait partie, elle devait néanmoins admettre que la Versailles lui manquait. Elle avait pris goût à la ville, et à l’agitation de la cour. Or les campagnes qu’elle traversait depuis quelques semaines étaient tout sauf... agitées, et commençaient à l’ennuyer. A cela, fallait-il ajouter les traits d’un jeune homme qu’elle en parvenait à effacer de son esprit ? Sans doute. Mais Perrine était bien trop fière, et estimait avoir bien trop à faire pour l’admettre.

Un éclat de voix qu’elle reconnut comme étant celle du cocher la tira un instant de ses pensées. Elle écarta un peu pus le rideau par lequel elle se contentait jusque là de glisser quelques coups d’oeil discrets au paysage et jeta un regard vers les deux hommes qui avaient dû s’écarter de justesse afin de ne pas être renversés par la voiture. Perrine esquissa une moue dubitative. Elle avait donné ordre au cocher de ne pas s’arrêter jusqu’au manoir, quel qu’en soit le prétexte - y compris si le prétexte en question s’avérait être la présence inopportune de quelques gueux sur la route. Elle voulait arriver, et vite. Tant de choses avaient pu se passer durant son absence : elle brûlait de les apprendre, et ne revenait pas non plus sans quelques histoires à raconter à Gabrielle, en plus du compte-rendu détaillé qu’elle lui devait de son soi-disant passage à Angoulême. La prétendue venue de la duchesse y avait été assez appréciée pour que l’habile camériste qui s’y était véritablement rendue n’omette aucun détail, ni aucun des évènements auxquels elle avait assisté. Ne serait-ce que pour rire avec elle de l’agitation qui avait saisi les notables lorsque la nouvelle de la disparition de la favorite royale leur était enfin parvenue.

A cette idée, un sourire mesquin étira les lèvres de Perrine. Et dire que pendant deux jours, ils avaient eu la solution sous les yeux, et que pas un doute ne s’était soulevé sur son passage. Il y aurait eu matière à soupçon pourtant. Il aurait suffit de chercher un peu pour découvrir que la duchesse de Longueville qui jouait la surprise à leur côté n’était rien de plus qu’une domestique, que cette fois ne faisait pas exception, que la plupart des ville visitée ces dernières semaines par la duchesse avaient été dupes de la même supercherie et de là, se douter que le voyage de celle-ci n’avait pas pour but une simple tournée en province. Mais l’artifice était à la fois si gros, et si habile que chacun n’y avait vu que du feu, et c’était encore sur un succès que Perrine était de retour à Saint-Jean-d’Angély, avec encore en souvenir les quelques moments où elle avait pu profiter d’un statut qui n’était pas le sien. Et si les trop longs voyages s’ennuyaient, elle ne pouvait nier que ces instants-là la grisaient assez pour qu’elle accepte de bon coeur de recommencer. L’équipée, de toute façon, touchait sans doute à sa fin.

A l’image de ce trajet-là, d’ailleurs. Enfin, la voiture quitta le chemin de terre pour pénétrer dans une petite cour bien plus praticable. L’on s’arrêta et aussitôt, Perrine fut dehors, trop heureuse de pouvoir quitter cet engin de malheur et de pouvoir faire quelques pas d’elle-même. La soirée était fraîche, mais cela ne l’empêcha pas de prendre son temps pour traverser la cour, respirant enfin comme elle le souhaitait, avant de passer les portes du manoir qui ressemblait d’ailleurs plus à un petit château. Le silence imposé à la fois par la nuit tombante et par la situation y régnait toujours. Perrine, lasse, se laissa un instant tomber sur un guéridon en réfléchissant à une belle entrée en matière pour tout ce qu’elle devait raconter à Gabrielle, et les questions qui lui brûlaient les lèvres. Avait-elle bien écrit au roi ? Mieux, avait-elle déjà une réponse ? La favorite avait-elle dit ou fait quelque chose ? A nouveau, elle sourit, de ce petit rictus qui trahissait tout ce qu’il pouvait y avoir d’angélique chez elle, puis se leva. Il fallait qu’elle voie son amie !

A l’instant où elle se redressait, un page qu’elle ne connaissait pas poussa la porte. Toujours enveloppée dans la mante et l’une des robes que lui avait prêtée Gabrielle pour l’occasion, elle se retourna, et eut le petit plaisir secret de voir le garçon s’incliner.
« Madame la duchesse ? demanda-t-il. Une lettre du comte du Perche. »
Perrine fronça soudain les sourcils, et dévisagea le jeune homme. Une lettre de Guillaume ? Pourquoi diable écrirait-il à... Gabrielle ? L’espace d’une seconde, elle hésita. Le comte avait-il déjà des soupçons ? Ou s’agissait-il de quelque chose dont elle n’était pas au courant ?
« Madame la duchesse ? insista le page, timidement. »
La jeune femme hésita un instant de plus, puis tendit la main, prit la lettre, et tourna les talons sans laisser le temps au garçon d’en dire plus. Rapidement, et le plus discrètement possible, elle gagna sa petite chambre et observa un moment l’enveloppe qu’elle avait en main. Elle devait se décider rapidement : on ne tarderait pas à se rendre compte de son retour, et Gabrielle s’étonnerait sans doute qu’elle ne soit pas tout de suite venue la trouver. Elle hésita un petit moment encore, puis, poussée par la curiosité, décacheta le pli sur lequel elle reconnut en effet l’écriture de Guillaume.

Rien n’aurait pu la surprendre - ou plutôt la frapper de stupeur comme ce qu’elle y lut. Elle se sentit même légèrement pâlir, tandis que ses prunelles s’attardaient sur les dernières phrases. Un malaise inhabituel la poussa à se mordre la lèvre et soudain, elle quitta la petite pièce.
Elle devait parler à Gabrielle, en effet. Mais ce à quoi elle pensait dans le carrosse attendrait. Il y avait bien plus urgent à ses yeux. Il y avait cette lettre, et avec elle, une explication, enfin, à toutes les questions qu’elle se posait depuis qu’elle avait appris à son amie la façon dont elle avait découvert la grossesse de la favorite. Sa réaction, et ses réticences sur la façon d’occuper le comte pendant l’enlèvement d’Amy of Leeds... Perrine, tout en se dirigeant vers la chambre de Gabrielle, se demanda comment elle avait seulement pu ne pas y penser, même un instant. Elle qui se pensait habile observatrice...

En une minute, elle fut devant la porte de la duchesse, à laquelle elle frappa discrètement, avant d’entrer. Cette fois, elle n’avait pas pris le temps de s’arrêter non loin de la porte de la favorite pour vérifier que tout était calme, ou d’aller voir l’enfant qui n’était pas réellement mort. Tout cela viendrait après. Perrine n’avait pas pour habitude d’avoir quoi que ce soit sur la conscience, ni pour la gêner. Elle en avait si peu l’habitude que la sensation qui l’étreignait ce soir la dérangeait affreusement. Comment diable avait-elle pu passer à côté d’une chose pareille ?
Ça n’est qu’une fois dans la pièce qu’elle ôta la capuche qui dissimulait légèrement ses traits, une moue indéfinissable lui tordant les lèvres.
« C’est moi ! souffla-t-elle à Gabrielle, avant d’aller, comme à son habitude, s’asseoir à ses côtés. »
Elle la dévisagea un instant, un très court instant, ne sachant comment aborder le sujet.
« Tu as reçu une lettre, lâcha-t-elle finalement en déposant le pli sur les draps. D’un certain comte du Perche. »
A ces mots, elle se mordit la joue et croisa le regard de son amie.
« Pourquoi est-ce que ne tu m’en as pas parlé ? »
Mal à l’aise, la camériste se leva, toujours enroulée dans son long manteau.
« Je n’ai pas pu m’empêcher de l’ouvrir, je suis vraiment désolée mais... Je ne pensais pas qu’il puisse y avoir quoi que ce soit... Tu aurais pu m’expliquer ! »
Perrine croisa les bras devant sa poitrine. Les excuses n’étaient pas son fort, et elle devait admettre en vouloir à la duchesse d’avoir gardé pour elle ce que la lettre du comte rendait clair.
Or si Perrine avait su quoi que ce soit des « sincères sentiments » qui paraissait dans celle-ci, jamais elle n’aurait été se faire l’amante de Guillaume.
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MessageSujet: Re: (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle)   (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle) Icon_minitime11.07.12 21:57

Malgré la mise en œuvre de son projet, malgré les milliers de choses qu'elle semblait avoir à régler, de la banale gestion des serviteurs aux trajets que devait effectuer Perrine pour donner le change et se faire passer pour elle auprès de ces naïfs provinciaux, Gabrielle s'enfonçait de temps à autres dans la plus profonde mélancolie. Lorsque l'on pénétrait dans la pièce où elle se trouvait pour lui apporter une collation ou revigorer le feu de la cheminée, on la surprenait, ayant interrompu sa lecture, le nez en l'air, les yeux dans le vague ou la plume relevée. C'était proprement intrigant de la part d'une jeune femme pleine d'énergie comme elle, l'esprit toujours occupé par les complots et les débats littéraires de Paris. Mais on en concluait que cela devait être dû à l'absence de la camériste de la jeune femme, partie sur les routes, Dieu seul savait où, la seule qui était capable de la faire rire, de lui changer durablement les idées, de chasser les nuages gris qui paraissaient s'accumuler sur sa tête. L'entrain de Perrine manquait et lorsqu'elle empruntait le carrosse de la duchesse, ce qui causait d'ailleurs bien des questions parmi la domesticité (car ce n'était certainement pas pour aller faire le marché de Saint-Jean d'Angély !), la morosité s'installait et régnait en maître dans l'hôtel du prince de Venise.

Depuis l'accouchement prématuré, la naissance des petites et l'envoi du courrier spécial au roi qui s'en était ensuivi, pour dire la vérité, Gabrielle s'ennuyait profondément. Les nouvelles versaillaises ne lui parvenaient qu'au compte-gouttes, étant donné la longueur du trajet et surtout le fait qu'elle avait décidé de ne pas avoir de correspondance trop suivie pour éviter qu'on ne la localise trop facilement. Mais la cour, ses vipères, ses intrigues, tout cela, c'était le monde de la jeune femme, l'endroit où elle évoluait avec bonheur et où elle aimait briller. Quel intérêt y avait-il à se terrer dans cet endroit loin de toute société civilisée en attendant seulement une réponse du roi ? A ce jour, il devait avoir lu sa lettre. Elle se demandait quelles réactions il avait bien pu avoir, quel était le degré de l'inquiétude qu'il avait pour sa favorite, s'il pensait que les menaces seraient mises à exécution. Et surtout sur quels points il comptait céder. L'incertitude seyait mal à Gabrielle. Elle rongeait son frein. Quant à son frère, il semblait toujours bouder après leur altercation peu avant le départ de la jeune femme car il n'avait pas pris la peine de lui envoyer le moindre mot. Que pouvait-il bien faire en son absence ? Qui pouvait donc le provoquer, l'agacer, le titiller, frapper là où cela faisait mal lorsqu'elle n'était pas là ? C'était sans doute la première fois qu'ils se quittaient aussi longtemps en mauvais termes. Et quand elle était seule et qu'elle se laissait porter par ses réflexions, sans crainte d'être jugée, elle devait bien s'avouer qu'elle n'aimait guère cela.

Mais au-delà, c'était une autre forme d'inquiétude qui la tirait de ses lectures et la laissait songeuse. La duchesse avait pourtant cru que son voyage en Saintonge lui permettrait de tirer un trait sur le trouble qu'elle ressentait en songeant au comte du Perche. La nuit que Perrine avait passée en compagnie de cet homme devait être une sorte d'antidote, de remède censé lui apporter la paix de l'esprit et la tranquillité du cœur. A quoi bon laisser battre ce dernier pour un personnage qui se permettait de partager sa couche avec sa propre camériste ? Oui, ce devait être une manière de l'oublier. Mais cela avait eu l'effet inverse. Tout le temps qu'elle avait de libre, ce qui équivalait presque à « tout le temps » si l'on exceptait les quelques moments passés avec Perrine, elle pensait à lui. Elle avait pris comme excuse de vouloir des informations de la cour pour lui écrire la première fois. Mais elle s'était livrée sur le papier comme elle l'avait rarement fait et sûrement pas à sa meilleure amie elle-même. Bien sûr, la honte l'étreignait lorsqu'elle couchait ces mots dans ses lettres. L'éloignement lui avait au moins fait prendre conscience de ses sentiments. Malgré la goujaterie du comte, il occupait un peu trop de place dans son cœur. Elle qui aimait tant avoir le contrôle sur tout, elle se haïssait de s'impatienter en attendant la réponse de Guillaume. Chaque jour, elle scrutait les arrivées des cavaliers dans l'espoir que l'un d'entre eux serait porteur d'une bonne nouvelle. Invariablement, malgré elle, elle se sentait déçue de reconnaître l'écriture de Cédric ou de ses autres complices de la main de l'ombre, comme celle de Francesco qui lui racontait l'ambiance qui régnait à la cour comme elle le lui avait fait promettre avant son départ. Oh oui, elle se détestait pour cela car toutes ses pensées auraient dû être tournées vers son objectif final. Vers Hector lui-même. Mais c'était l'autre qui venait toujours s'interposer.

Perrine était à Angoulême pour une fête quelconque. Gabrielle l'avait laissée y aller sans aucun regret, elle tenait à être présente au cas où quelque chose irait mal. Mais elle tournait en rond. Cela faisait déjà des semaines qu'elle avait envoyé son courrier à Guillaume... Pourquoi ne répondait-il pas ? L'avait-il trouvé trop audacieuse ? Oh oui, elle s'était mise à nue devant lui, il lui serait si facile désormais de la fouler aux pieds, de la mépriser ! D'un pas lent, elle se dirigea vers la partie de la maison la plus excentrée, là où elle avait décidé de placer le bébé qu'elle avait arraché à sa mère. La petite pleurait peu ce qui arrangeait ses affaires. La nourrice qui la tenait dans ses bras fit un signe de tête à la nouvelle arrivante et lui tendit l'enfant que Gabrielle saisit avec une certaine maladresse qui ne sembla pas offusquer la gamine qui se contenta de gazouiller et d'ouvrir et serrer ses menottes. La duchesse ne s'était jamais senti aucune affinité pour les bébés, le seul dont elle conservait le souvenir, c'était son frère Paris qui était déjà particulièrement agaçant même lorsqu'il portait encore ses jupes. Mais celle-ci était un petit ange. La jeune femme la berça quelques minutes jusqu'à ce que ses yeux très bleus se ferment puis la déposa dans le berceau avant de remonter dans sa chambre. Le soir tombait petit à petit. Elle marqua une pause devant l'aile où l'on avait cloîtré Amy of Leeds et se demanda à quoi pouvait bien penser la favorite. Finalement, toutes deux, aussi bien la prédatrice que la proie se trouvaient prisonnières dans cette cage dorée. Et sans aucun doute, leur cœur les portait vers ceux qu'elles aimaient.

Au bout de quelques dizaines de minutes passées dans sa chambre à lire une nouvelle édition des Essais de monsieur de Montaigne offerts à la fausse duchesse de Longueville à Bordeaux, elle crut entendre le bruit d'un équipage et releva la tête. Pourtant, personne ne monta les escaliers pour venir la voir. N'était-ce pas Perrine ? Mais qu'est-ce qui aurait bien pu la ralentir pour qu'elle retarde son compte-rendu ? Son attention s'était totalement envolées des considérations de cet imbécile de magistrat bordelais, elle tendait l'oreille pour guetter le moindre bruit qui serait source de renseignement. Sa patience fut récompensée lorsqu'on frappa doucement à sa porte et que le battant s'ouvrit sur son amie. Elle portait encore la robe et la capuche qui appartenaient à la duchesse, dissimulant un peu ses traits.

- Perrine ! Viens donc t'asseoir auprès de moi et me raconter comment tu as de nouveau abusé de la naïveté de ces idiots ! Sans doute mérites-tu une place dans la troupe de ce monsieur Molière, s'exclama-t-elle avec enthousiasme, en tapotant la place sur son lit à côté d'elle, sans se douter le moins du monde de la révélation qui venait de s'imposer à Perrine.

Aussi lorsque la camériste ôta sa capeline, Gabrielle fut surprise de voir que les traits de la jeune femme étaient tendus presque crispés et son cœur s'affola. Qu'est-ce que cela pouvait donc bien signifier ? La duchesse n'osa plus prononcer le moindre mot, attendant une explication qui lui parut très longue à venir.

- Tu as reçu une lettre. D'un certain comte du Perche.

Ces quelques mots lui firent l'effet d'une douche froide et sa bonne humeur, déjà à moitié factice s'envola tout à fait. La gorge serrée, elle contempla le pli sur ses couvertures sans d'abord oser le prendre, terriblement mal à l'aise. Partagée entre des sentiments contradictoires, entre le bonheur absolu de savoir qu'il lui avait écrit, rien qu'à elle, la terreur à l'idée de ce qu'il pouvait lui dire et la détestation qu'elle éprouvait envers Perrine à l'idée que celle-ci l'avait ouvert sans son autorisation. Elle finit par se décider, saisit la lettre et se détourna de la jeune femme qui la fixait si intensément pour la lire plus à son aise. Elle dévora les mots de Guillaume, s'en délecta puis leva de nouveau les yeux.

- Pourquoi est-ce que tu ne m'en as pas parlé ? Je n'ai pas pu m'empêcher de l'ouvrir, je suis vraiment désolée mais... Je ne pensais pas qu'il puisse y avoir quoi que ce soit... Tu aurais pu m'expliquer ! Insista Perrine en croisant les bras devant sa poitrine.

Gabrielle n'avait pas pour habitude de se sentir déstabilisée mais pourtant en cet instant, elle aurait aimé être ailleurs, loin du regard inquisiteur de son amie à qui elle n'avait jamais rien dit de ses sentiments. Qu'avait-elle craint ? Pendant quelques secondes, elle songea à nier mais ne parvint qu'à murmurer quelques mots pitoyables que toutes deux savaient faux :

- Je... Je ne lui écris que pour avoir des nouvelles...

Et puis à quoi bon ? Perrine la poussait dans ses retranchements, il lui fallait déposer les armes. A sa grande horreur, elle sentit ses yeux se brouiller à cause des larmes mais elle les refoula et à son tour, croisa les bras, ce qui lui permettait de serrer la lettre contre sa poitrine. De l'extérieur, on aurait pu croire à un affrontement entre deux jeunes femmes butées. Mais Gabrielle s'était enfin décidée à lâcher prise.

- Qu'aurais-je pu te dire ? Demanda-t-elle avec une certaine amertume, que tu avais fait ton amant d'un homme que... Pour lequel j'éprouve des sentiments alors que je ne voulais même pas m'avouer à moi même ces sentiments-là... ? Je ne voulais pas, Perrine... Je ne veux pas l'aimer, j'ai cru que je pourrais éteindre ce feu mais je n'y parviens pas, je suis trop faible...

Gabrielle était bouleversée et cette fois-ci de vraies larmes coulaient le long de ses joues. L'avouer à quelqu'un d'extérieur, c'était rendre la chose terriblement réelle ce qu'elle s'était toujours refusé.

- Alors oui, je t'ai jalousée, je te jalouse et je le hais de t'avoir choisie, toi plutôt que moi. Il m'écrit toutes ces belles paroles alors qu'il n'est qu'un séducteur. Je suis en train de tomber dans son piège, n'est-ce pas ? Mais c'est plus fort que moi... Je n'y arrive pas...

Elle se rassit sur le lit, se sentant plus misérable que jamais, craignant plus que tout le jugement sévère de Perrine. C'était étrange de considérer à quel point elles ne s'étaient jamais rien raconté sur leurs aventures sentimentales malgré leur indéfectible amitié.

- Tu vois tout ce que l'amour m'apporte ? De la souffrance, rien que de la souffrance. Puisses-tu te garder de l'éprouver toi aussi.

Saisie d'une brusque pensée, d'une réminiscence d'une conversation avant leur départ, Gabrielle leva un visage soupçonneux vers sa camériste et souffla :

- A moins que tu ne me caches toi aussi qu'un visage occupe tes pensées et fait battre ton cœur...
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MessageSujet: Re: (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle)   (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle) Icon_minitime29.08.12 21:35

Quelques années auparavant, dans le secret d’une petite chambre du château de Pont-de-l’Arche, cette conversation aurait sans doute pris une toute autre tournure. Perrine, alors qu’elle vrillait sur Gabrielle un regard à la fois désolé et inquisiteur, ne put s’empêcher de songer à cette même scène, dix ans plus tôt. Les deux enfants qu’elles auraient été se seraient blotties sous une couverture autour d’un billet au style juvénile, auraient passé un long moment à en encenser ou critique l’auteur, selon leur affection ou non à son égard, et auraient été surprise par le sommeil, entre deux murmures, comme les deux meilleures amies du monde qu’elle étaient. Il n’y aurait eu ni colère, ni réelle gêne. Parce que dix ans plus tôt, la duchesse et la fille des cuisiniers ne se seraient jamais dissimulé une pareille affaire. Et à cet instant précis, alors que Gabrielle se décomposait face à elle, les yeux rivés sur le plis de Guillaume, Perrine regretta amèrement cette complicité enfantine. Elle pouvait bien être l’une des pires vipères que comptât la cour de Versailles, jamais et pour rien au monde elle n’aurait souhaité blesser son amie. Or, à l’évidence, c’était bien ce qu’elle venait de faire.

Sans détourner le regard, la camériste observa Gabrielle qui, après une courte hésitation, s’était saisie de la lettre. Si les mots du comte lui avaient dignes de crédit, l’éclat qui passa dans les yeux de la duchesse les rendirent aux yeux de Perrine parfaitement - et peut-être bien trop - sincères. Ce qu’elle avait craint en lisant lui sauta aux yeux et sans que Gabrielle n’ait eu à prononcer le moindre mot, elle sentit qu’il n’y avait rien de plus vrai que les « sincères sentiments » de Guillaume ; et pire, que ceux-ci étaient réciproques. Il ne pouvait en être autrement et le silence de son amie sur cette affaire lui parut soudain terriblement éloquent. Pourquoi lui aurait-elle caché tout cela si elle n’avait pas également nourri des sentiments ?

« Je... Je ne lui écris que pour avoir des nouvelles... tenta cependant Gabrielle, s’attirant par là une oeillade appuyée. Assez de mensonges, hurlait le regard de Perrine qui ne pouvait pourtant se targuer d’être parfaitement honnête vis à vis de sa maîtresse. »
Il y eut un silence. Debout, face à face, les deux jeunes femmes s’observèrent un instant. Perrine, qui n’avait pas l’habitude des remords, ne se trouvait pas bien plus à l’aise que la duchesse, et ne chercha pas à s’en cacher. Ses questions ne l’accusaient pas, loin de là. Elle se moquait bien du fait que Guillaume soit dans le camp adverse. C’était à Gabrielle qu’elle était dévouée, non à la Main de l’Ombre.
« Qu'aurais-je pu te dire ? reprit celle-ci, que tu avais fait ton amant d'un homme que... Pour lequel j'éprouve des sentiments alors que je ne voulais même pas m'avouer à moi même ces sentiments-là... ? Je ne voulais pas, Perrine... Je ne veux pas l'aimer, j'ai cru que je pourrais éteindre ce feu mais je n'y parviens pas, je suis trop faible... »

C’était bien cela. La camériste se mordit la joue, ne sachant que dire. Elles étaient rares, pourtant, les situations qui pouvaient ôter les mots de cette impertinente bouche. Cette fois, la raison en était claire : Perrine ne pouvait rien dire ou faire qui changerait quoi que ce soit. Les faits étaient là : elle était l’amante de Guillaume, ce dont ni lui ni elle ne s’étaient plaints jusque là. Et pourtant, ils semblaient si sincères les mots que le comte avaient couché sur le papier...
« Alors oui, je t'ai jalousée, je te jalouse et je le hais de t'avoir choisie, toi plutôt que moi. Il m'écrit toutes ces belles paroles alors qu'il n'est qu'un séducteur. Je suis en train de tomber dans son piège, n'est-ce pas ? Mais c'est plus fort que moi... Je n'y arrive pas... »
Jusque là immobile, Perrine décroisa les bras pour s’agenouiller face à elle, ses mains dans les siennes. Elle la comprenait si bien. Bien mieux qu’elle n’aurait voulu l’admettre. Combien de fois avait-elle haï, avec ses conquêtes, un jeune prince qu’elle s’entêtait à ne pouvoir oublier... ?
« Gabrielle... Je suis terriblement désolée, souffla la demoiselle en plongeant un regard sincère dans celui de son amie. Si j’avais su, je te jure que rien ne serait arrivé... et que ça ne se reproduira plus. Elle esquissa une moue indéfinissable. Elle se moquait bien de revoir du Perche ou non. Les bras qu’elle avait quitté en quittant Versailles lui paraissaient bien plus attirants. Quant à cette lettre... reprit Perrine en chassant Paris de ses pensées, je ne la jugerais pas menteuse si rapidement. »

Elle tenta un sourire rassurant. Elle ne pensait pas du Perche capable d’une fourberie pareille. Il aimait bien trop les femmes pour cela - et peut-être celle qui faisait à l’instant face à Perrine un peu plus que les autres. Un amour qui pourrait bien être lourd de conséquences, mais même la fière demoiselle ne pouvait nier qu’il n’y avait rien qui puisse être fait contre cela. Elle en avait elle-même eu la preuve, quelques longues semaines plus tôt.
« Tu vois tout ce que l'amour m'apporte ? De la souffrance, rien que de la souffrance. Puisses-tu te garder de l'éprouver toi aussi. »
La jeune femme, qui n’avait pas quitté Gabrielle du regard, ne put s’empêcher de baisser les yeux à ces mots. Le peu de bougies allumées dans la chambre ne purent dissimuler l’éclat trouble de son regard, avant qu’elle ne le détourne, l’intensité soudaine des prunelles de la duchesse le lui prouva assez bien.
« A moins que tu ne me caches toi aussi qu'un visage occupe tes pensées et fait battre ton cœur...
- Non, bien sûr que non, marmonna Perrine en récupérant ses mains. »
Là-dessus, elle se redressa et retourna s’asseoir sur le lit. Le regard de Gabrielle ne l’avait pas quittée, elle le sentait. Elle inspira discrètement, avant de tourner la tête pour le soutenir, du mieux qu’elle le pouvait.
« Que cherches-tu à me faire dire ? lança-t-elle, un peu plus sèchement peut-être qu’il ne l’aurait fallu. Est-ce que par hasard tu sous-entendrais que je te cache quelque chose ? »

La jeune femme jouait l’offusquée mais, elle qui savait si bien tromper les nobles de provinces en se faisant passer pour une duchesse, sentit bien que face à son amie, ses artifices ne seraient pas suffisant. Elle eut un petit rire, plus nerveux qu’amusé, et se leva à nouveau, pour aller déposer sa cape sur un fauteuil comme pour s’éloigner du regard inquisiteur de Gabrielle. Comme un silence persistait, elle poussa un long soupir.
« C’est ridicule, souffla-t-elle. »
Elle se tourna vers la duchesse, un sourire amer aux lèvres. Allait-elle vraiment lui conter la sordide histoire du prince et de la bergère ? Elle qui avait tout, vraiment tout fait pour ne jamais se retrouver dans cette situation ! Et ce malgré des sentiments qu’elle ne pouvait maintenant plus ignorer.
« C’est d’un banal, lâcha-t-elle la voix rauque, avec un rire sans joie, la roturière éprise du Prince. Je ne voulais pas que ça arrive, crois-moi. Mais il... il m’a parlé de ses sentiments et... Gabrielle, je crois que j’aime Paris. »

Voilà qui rendait les choses bien plus vraies qu’elles ne l’avaient jamais été. Perrine s’entailla la lèvre, avant de revenir s’asseoir aux côtés de son amie, sans lever les yeux vers elle.
« Nous... Il m’a fait faire une robe, la veille de notre départ. Il m’a fait passer pour une d’Harcourt chez les comtesse des Barres et... Je revenais de ses appartements lorsque nous sommes parties, le lendemain, murmura-t-elle. »
Elle se souvenait de tout, absolument tout. Chacun des moindres détails de cette nuit. Avec un soupir, elle se laissa tomber en arrière sur le lit. C'était un aveux qu'il n'était pas aisé à faire à la soeur à la fois adorée et détestée de Paris.
« Ai-je fait une énorme erreur, Gabrielle ? Vas-tu m'en vouloir pour cela aussi ? »
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MessageSujet: Re: (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle)   (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle) Icon_minitime03.09.12 11:39

Il était rare pour la duchesse de Longueville de se sentir dans une telle position de faiblesse. Assise sur son lit, elle ne pouvait empêcher quelques larmes de couler sur ses joues pâles, seuls témoignages de la souffrance que pouvaient bien lui causer ses propres sentiments. Étrange de constater à quel point elle se trouvait être son seul ennemi. On pouvait bien l'attaquer, se moquer d'elle, chercher à la blesser, rien ni personne ne pouvait l'atteindre, seul son orgueil démesuré était touché. Gabrielle ne se souvenait même plus de la dernière fois où elle avait laissé échapper des pleurs. De l'extérieur, la scène aurait pu être amusante : la grande duchesse baissant les yeux, prise en faute par sa chambrière. Mais elle se sentait si misérable devant le regard inquisiteur de Perrine ! Il fallait crever l'abcès, avouer à quel point elle avait été jalouse d'elle, avouer jusqu'où elle aurait été prête à aller pour que Guillaume la préfère elle, plutôt que sa camériste. Quel genre d'amie avait-elle été pour cacher cela à Perrine ? Il aurait été injuste de s'en prendre à cette dernière. Après tout, à l'origine, le comte du Perche n'avait été qu'une proie, un simple nom écrit rapidement de la main d'Hector de Valois dans une de ses lettres. « Mettez tout en œuvre pour découvrir s'il est du camp adverse ». Qu'elle avait été bien stupide de s'être laissée prendre aux filets qu'elle avait elle-même tendus ! Mais ce qui était le plus dangereux dans l'amour, c'était bien que même pris au piège, promis à une destinée tragique, même si la raison hurlait que cela était impossible... On continuait à avancer, à se précipiter vers l'être aimé combien même celui-ci représentait sa fin. On se plaisait à être prisonnier. Gabrielle aurait tout donné pour n'avoir jamais à éprouver ce sentiment, pour demeurer libre. Mais pas autant que pour pouvoir simplement écrire à Guillaume et s'assurer que le jeune homme ressentait ne serait-ce que le quart de ce qu'elle-même éprouvait. L'évidence qu'elle aimait la frappa soudain et elle se maudit de ne s'en rendre compte que maintenant. Comment Perrine aurait pu deviner une chose que sa maîtresse se cachait à elle-même ?

- Gabrielle... Je suis terriblement désolée, si j'avais su, je te jure que rien ne serait arrivé... et que ça ne se reproduira plus. Quant à cette lettre, je ne la jugerais pas menteuse si rapidement.

La duchesse releva la tête rapidement, revenant à la réalité. Perrine s'était agenouillée devant elle et lui avait saisi les mains. Non, Gabrielle ne parvenait pas à lui en vouloir. Elle lui était reconnaissante de chercher à la rassurer même si tout ce que pouvait bien lui dire son amie ne pourrait la convaincre que Guillaume la préférait aux autres. Oh oui, les mots étaient des baumes pour son cœur mais comment s'assurer qu'ils n'étaient pas faux ?

- J'aimerais le croire, Perrine... Oh oui, j'aimerais vraiment le croire mais nous connaissons assez les séducteurs – il suffit de voir mon frère - pour savoir qu'ils jouent avec les femmes qu'ils veulent dans leurs bras. Une promesse n'est rien pour eux, de simples paroles en l'air. Comment pourrais-je être différente pour le comte du Perche ?

Avouer, finalement, était un vrai soulagement. Elle se rendait tout juste compte du poids que garder ce secret avait été pour elle. Le partager était un moyen de le soulager, même s'il demeurait trop lourd pour elle. Gabrielle esquissa un sourire désolé, essuya ses larmes et serra la main de sa camériste. C'était comme se retrouver en enfance. Entre les deux jeunes filles, les mots n'étaient parfois pas nécessaires. Elles se comprenaient. Par ce geste, Perrine avait saisi que la duchesse n'avait rien contre elle et qu'il n'y avait rien à pardonner. Dans cette affaire, après tout, c'était Guillaume qui s'était montré goujat. Pas la jeune camériste qui avait réussi là où elle avait échoué. Découvrir s'il était du camp adverse. Mais Perrine eut la réaction inverse de ce que Gabrielle attendait. Elle baissa les yeux et la duchesse comprit en un éclair que quelque chose clochait. Oh, elle n'avait pas été la seule à dissimuler des secrets à sa meilleure amie et plus vieille confidente. Et pour que Perrine puisse lui cacher quoi que ce soit... Cela montrait assez que la révélation allait être grave. D'ailleurs, Gabrielle sentit se retirer les mains de la jeune femme et celle-ci fit quelques pas, comme pour échapper au regard de sa maîtresse.

- Que cherches-tu à me faire dire ? Est-ce que par hasard tu sous-entendrais que je te cache quelque chose ? C’est ridicule, répliqua sèchement Perrine.

Un horrible pressentiment étreignit Gabrielle. Qu'y avait-il de si affreux pour que Perrine tourne autant autour du pot ? Qu'elle craigne tant sa réaction que les mensonges qui franchissaient ses lèvres sonnaient terriblement faux ? Oh oui, tout indiquait qu'il n'y avait rien de ridicule dans la demande de la duchesse, bien au contraire. Gabrielle se contenta de garder un silence glacial, refusant d'avoir à élaborer des hypothèses. Finalement la camériste finit par céder et par lâcher la bombe :

- C’est d’un banal, la roturière éprise du Prince. Je ne voulais pas que ça arrive, crois-moi. Mais il... il m’a parlé de ses sentiments et... Gabrielle, je crois que j’aime Paris.

Étrangement, la première chose à laquelle pensa Gabrielle fut qu'elle le savait. Elle s'était voilé la face mais maintenant que lui revenait à l'esprit la conversation qu'ils avaient eu tous les trois avant leur départ pour la Saintonge, ces étranges excuses de Paris à Perrine, cette révélation n'avait rien d'étonnant. Perrine n'eut même pas besoin de poursuivre, la jeune femme savait que les sentiments que venaient de lui confesser son amie étaient réciproques. Elle avait noté le trouble dans sa chambre, elle avait voulu ne pas y croire. En vain.

- Tu aimes Paris ? Ne put que répéter Gabrielle d'une voix étranglée.
- Nous... Il m’a fait faire une robe, la veille de notre départ. Il m’a fait passer pour une d’Harcourt chez les comtesse des Barres et... Je revenais de ses appartements lorsque nous sommes parties, le lendemain, murmura la jeune femme en baissant le regard.

Cette traîtresse qui lui avait raconté qu'elle venait de faire les derniers préparatifs en arrivant en retard au carrosse au moment de leur départ ! A son tour de se sentir en faute ! Se délecta cruellement Gabrielle. Malheureusement pour Perrine, la duchesse resta impassible, trop choquée pour avoir une réaction mesurée. A vrai dire, Gabrielle s'attendait à beaucoup de chose... Mais pas à ce qu'elle considérait comme une trahison se soit effectivement produite dès qu'elle avait tourné le dos. Alors même qu'elle avait demandé à Perrine de ne pas revoir Paris sans son assentiment.

- Quoi ?!
- Ai-je fait une énorme erreur, Gabrielle ? Vas-tu m'en vouloir pour cela aussi ?

Gabrielle se releva d'un bond et se mit à arpenter sa chambre avec la furieuse envie de hurler sur son amie ou de casser quelque chose. Elle se contenta de donner un grand coup dans le mur. La colère montait en elle, un tel ressentiment qu'elle se sentait prête à exploser. Perrine était à elle, c'était son amie ! Comment Paris avait-il osé ? Comment avait-il réussi à la lui voler ? Pourquoi tout le monde finissait toujours par lui préférer son petit frère ? Qu'avait-il donc de plus qu'elle ? Ces questions tournoyaient comme autant de vautours dans l'esprit de Gabrielle qui se tordaient nerveusement les mains dans sa marche. De longues minutes passèrent ainsi puis la jeune femme finit par se tourner vers Perrine qui attendait son verdict, toujours sur le lit.

- Une énorme erreur ? Perrine ! Te rends-tu compte de ce que tu as fait ? S'exclama-t-elle.

Sa voix froide et calme contrastait avec son attitude de plus en plus agitée. Car le plus terrible dans cette histoire, c'est qu'elle pouvait parfaitement comprendre la gêne qu'éprouvait la jeune femme, c'était celle qu'elle avait vécu peu de temps avant. Oh oui, elle comprenait bien plus qu'elle ne l'aurait voulu !

- Tu t'es faite passer pour une demoiselle d'Harcourt ? Mon dieu, Perrine, qui t'a vu dans ce déguisement ? Qui t'a crue ?

Se raccrocher aux détails pour ne pas passer à l'essentiel. Lui reprocher quelque chose d'aussi peu important qu'un vol d'identité (Gabrielle était loin d'imaginer les dimensions qu'avait prise cette petite farce) pour ne pas lui cracher tout ce qu'elle voulait lui dire. Perrine avait choisi le moment idéal pour tout lui avouer. Un moment où Gabrielle se sentait faible, non maîtresse d'elle-même. Et ne pouvait décemment pas lui reprocher d'être tombée amoureuse, fut-ce de cet imbécile de Paris. Une chose qu'elle ne comprendrait jamais.

- Ce n'est pas une erreur, Perrine, c'est une trahison ! S'emporta-t-elle soudain, en tournant de nouveau les talons, je n'aurais jamais pu croire que tu aies préféré... Paris à notre amitié ! Sans doute devras-tu choisir entre nous, tu nous connais assez pour savoir que la paix est impossible.

Gabrielle se sentit terriblement lasse et s'en voulut d'avoir prononcé ces paroles. Comment pouvait-elle seulement suggérer que Perrine la quitte et renonce à leur amitié ? Ce ne pouvait être envisageable. Elle papillonna des paupières pour ne pas laisser les larmes couler et se laissa glisser contre le mur de la chambre, prenant son visage entre ses mains. Elle écarta les doigts pour fixer Perrine et glissa d'une voix un peu tremblante :

- Ainsi... Tu aimes vraiment Paris ? Depuis quand ? Et que peux-tu donc aimer chez lui ? Ajouta-elle avec un petit rire.

Quiconque la connaissait assez savait que cette simple phrase marquait le début de l'acceptation.
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MessageSujet: Re: (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle)   (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle) Icon_minitime18.11.12 0:41

[color=green]« Tu aimes Paris ? »[/green]
Les mots de Gabrielle, incrédules, semblaient résonner dans la chambre longtemps encore après qu’elle les ait prononcés, renvoyant désagréablement Perrine à ses propres doutes. Cette question, combien de fois se l’était-elle posée depuis leur départ ? Des centaines, peut-être des milliers de fois : sur les routes, loin de la cour et de ses intrigues, elle n’avait eu que trop de temps à y consacrer. Et combien de fois en avait-elle tiré une conclusion différente ? Aimait-elle Paris ? Oui, non, peut-être... Perrine, la si fière et si outrageusement dénuée de scrupules, ou même de conscience, la si pleine d’assurance Perrine... qu'en restait-il ? Elle qui ne doutait jamais de rien, et surtout pas d’elle, se trouvait soudain incapable de répondre à une question pourtant terriblement simple. La faute, sans doute, à une réponse bien trop évidente pour qu’elle osât la formuler jusqu’à ce soir. Après tant d’efforts pour ne jamais en arriver là, l’on peut comprendre pourquoi la jeune femme se contenta de baisser piteusement la tête face à sa maîtresse, avant d’évoquer mademoiselle d’Harcourt, la comtesse des Barres, et la véritable raison de son retard le matin de leur départ. Au regard à la fois inquisiteur et peu amène - terrible euphémisme ! - que faisait peser sur elle la duchesse, Perrine savait pertinemment qu’elle n’avait pas besoin de dire quoi que ce soit : à la question de savoir si elle aimait Paris, Gabrielle saurait lire dans le trouble de sa camériste ce qu’elle avait besoin de savoir. Il n’y avait chez celle-ci rien de plus éloquent qu’un tel silence.

En un instant, la duchesse de Longueville fut debout et se mit à faire les cent pas dans la chambre alors que la jeune camériste semblait trouver un soudain intérêt aux motifs brodés qui ornaient la couverture sur laquelle elle était encore assise. Elle savait pertinemment, bien avant que cette conversation ne débute, que Gabrielle ne saurait réagir autrement à une telle annonce. Paris et sa soeur étaient bien trop jaloux l’un de l’autre, comptaient avec trop d’avidité les attentions que l’on portait à l’un ou à l’autre pour Perrine ait envisagé que les choses puissent se passer autrement. Elle savait très bien à quoi s’attendre... et c’était en partie la raison pour laquelle elle ne comptait pas dire quoi que ce soit à son amie - du moins pas dans l’immédiat. Elle avait besoin d’être sûre d’elle avant de lui en parler et de se risquer à une telle conversation, de se débarrasser des doutes qui la tiraillaient. Après tout, et malgré les demi-aveux échangés lors de cette nuit qu’elle ne parvenait à chasser de son esprit, Perrine ne pouvait être certaine de ce qu’elle trouverait à son retour. Elle n’osait imaginer ce serait arrivé si les rôles avaient été inversés et si c’était lui qui était soudain parti sans laisser la moindre explication derrière lui...
« Une énorme erreur ? Perrine ! Te rends-tu compte de ce que tu as fait ? »
La voix de Gabrielle, qui s’éleva après de longues minutes de silence, tira un sursaut à la jeune femme qui leva brusquement la tête. Elle soutint un instant son regard, bien plus froid qu’elle ne l’avait d’abord pensé et Perrine se prit à se demander l’espace d’un instant où pouvaient donc bien être passées les deux petites filles qui se confiaient absolument tous leurs secrets. Elle qui ne regrettait jamais rien regrettait pourtant amèrement de n’avoir soufflé mot de tout cela avant. Sa fierté la perdrait.
« Tu t'es faite passer pour une demoiselle d'Harcourt ? Mon dieu, Perrine, qui t'a vu dans ce déguisement ? Qui t'a crue ? »

Il y eut un instant de silence suite à cette réplique ; instant durant lequel la camériste, cette fois, leva franchement les yeux sur sa maîtresse pour la dévisager amèrement. La question de mademoiselle d’Harcourt était, à ses yeux, terriblement secondaire. N’avait-elle pas passé une grande partie de ces dernières semaines à usurper allègrement l’identité de la duchesse de Longueville - à la demande de celle-ci qui plus est ? N’avait-elle pas rencontré quelques personnalités qui valaient bien certaines de celles qu’elle avait pu croiser au salon de la comtesse des Barres ? Non, Gabrielle, en posant cette question, ne faisait que retarder ce qui les préoccupait réellement toutes les deux.
« Paris devait y retrouver le frère du roi, lâcha-t-elle. Mais nous savons toutes les deux que ça n’est pas cela que j’appelais une «erreur». »
Non, après tout, elle n’avait jamais fait que duper Monsieur et engager dans une cabale contre la duchesse d’Alençon une demoiselle qui n’existait pas. A sa décharge : elle ignorait encore que cette vipère d’Harcourt qui lui plaisait tant était vouée à réapparaître à la cour.
La réplique de Perrine eut l’effet, sinon escompté, du moins mérité : Gabrielle tourna vivement les talons et se remit à arpenter la pièce, soudain bien plus en colère qu’elle ne l’avait paru jusque là.
« Ce n'est pas une erreur, Perrine, c'est une trahison ! asséna-t-elle, je n'aurais jamais pu croire que tu aies préféré... Paris à notre amitié ! Sans doute devras-tu choisir entre nous, tu nous connais assez pour savoir que la paix est impossible. »
Cette fois, ce fut au tour de Perrine se se redresser. Brusquement, elle quitta le lit sur lequel elle était toujours assise et s’éloigna de son amie - quoi que la chose fût difficile à affirmer ce soir - la gorge serrée sans qu’elle ne pût résoudre s’il s’agissait de colère ou d’autre chose. Sans doute se sentit-elle blessée, d’une certaine façon. Blessée que Gabrielle eut songé à mettre en doute cette amitié à laquelle elle n’avait jamais fait défaut. Serrant les poings pour contenir elle ne savait quoi, la jeune camériste s’approcha d’une fenêtre avant de se retourner, dardant un regard morne et amer sur la duchesse qui s’était laissée glisser au sol.

« Je l’ai quitté à l’aube, comme une voleuse, et sans lui laisser la moindre explication... Je crois que mon choix, s’il y a encore un choix à faire, est assez clair, lança-t-elle, tranchante. Elle laissa échapper un profond soupir et s’appuya contre le mur, regrettant aussitôt la dureté de son ton. Je... je ne veux pas avoir à choisir qui que ce soit, Gabrielle, même si je doute que la question se pose encore à notre retour. Elle eut un sourire sans joie. Tu ne peux comparer notre amitié et ce que je ressens...ce qu’il y a, je crois, entre Paris et moi. »
Elle avait soufflé ces derniers mots, tout en se laissant également tomber par terre. Un observateur quelconque se seraient certainement étonné de cette scène étrange, sur laquelle une duchesse et sa camériste se faisaient face, chacune placée à un bout du décors, toute deux prises en faute par la seconde sur la questions épineuse des amours impossibles... Au fond, Gabrielle et Perrine n’étaient pas si proches pour rien.
« Ainsi... Tu aimes vraiment Paris ? reprit Gabrielle après un instant de silence. Depuis quand ? Et que peux-tu donc aimer chez lui ? »
La camériste rassembla ses jambes contre sa poitrine, et posa son menton sur ses genoux, regard dirigé vers la duchesse mais à la vérité, fixé sur un point qu’elle seule semblait en mesure de voir.
« Tu n’as pas réellement envie de le savoir, n’est-ce pas ? souffla-t-elle avec une moue perplexe. »
Une chose était certaine, en revanche : Perrine n’était pas en mesure de répondre à cette question. Pas ce soir. Elle ne saurait sans doute jamais réellement dire quand et où cela avait commencé. Quant au pourquoi... Elle laissa les traits du jeune homme se dessiner un instant dans son esprit, et laissa échapper un sourire fugace, à peine visible dans l’obscurité. Pourquoi ? Parce qu’il était Paris, sans doute, ni plus, ni moins. Mais cela, comment le faire comprendre à la duchesse, qui haïssait son frère autant qu’elle l’adorait, et d’une façon parfois si troublante ? A nouveau, Perrine soupira. Il serait temps de démêler tout cela, mais plus tard.
« Gabrielle, reprit-elle en se levant pour aller s’agenouiller face à son amie, j’aurais voulu t’en parler plus tôt mais je ne savais pas quoi penser. Et puisque tu es restée muette sur du Perche.. Elle eut un petit sourire. D’ailleurs, je pourrais te retourner la question : qu’est-ce- »

On frappa soudain, poussant Perrine à se taire aussitôt. D’un geste vif, elle se leva, et après avoir consulté Gabrielle du regard, alla ouvrir la lourde porte derrière laquelle se tenait, droit comme un i, l’un des domestiques de Contarini, prêtés avec le manoir. Celui-ci, conscient de déranger, lui annonça d’un air ennuyé que l’enfant - la fillette prétendue morte - s’était réveillé et ne cessait de pleurer, au risque de réveiller sa mère et qu’il ignorait quoi faire. Perrine le dévisagea un instant, fronça les sourcils et prit sur elle de le renvoyait en le traitant mentalement d’incapable. Là-dessus, elle adressa un dernier sourire à Gabrielle et sortit, soulagée d’échapper à la suite de la conversation bien qu’au fond, il lui fallut admettre qu’il y avait du bon à s’être enfin confiée.


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MessageSujet: Re: (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle)   (St-Jean-d'Angély) Quand vient le temps des confidences (Gabrielle) Icon_minitime03.12.12 19:00

Le temps des confidences avait sonné et Gabrielle de Longueville n'aurait jamais imaginé à quel point cela allait se révéler difficile et douloureux. On avait beau se douter des faits, avoir observé des signes qui ne trompaient pas, on espérait jusqu'au dernier moment, celui où l'autre avouait en baissant les yeux, qu'on s'était fourvoyé. Et Dieu seul savait à quel point les hommes aimaient se voiler la face quand ils devaient affronter des problèmes qu'ils ne savaient gérer. Gabrielle faisait partie de ces gens-là quand les secrets concernaient d'un peu trop près ce qu'elle ne pouvait maîtriser, à savoir les sentiments. Elle avait cru pouvoir supporter de savoir que Perrine avait passé des nuits dans les bras de Guillaume, elle avait pensé que ce dont elle s'était rendue compte le soir où ils étaient tous trois dans ses appartements à l'hôtel de Longueville n'avait été qu'une illusion, qu'un vague reste d'affection entre Paris et Perrine qui ne prêtait pas à conséquence. Mais il y avait un moment où le voile se déchirait et était ôté de force et où il fallait faire face, la tête haute, à ce qu'on avait refusé de voir. C'était d'autant plus douloureux que les jeunes femmes s'étaient tues pendant longtemps et faisant fi de leur amitié, pourtant si vieille et si profonde, et de leur confiance mutuelle, avaient dissimulé des sentiments dont elles n'étaient pas sûres elles-mêmes. Quand toute cela éclatait au grand jour, les dégâts étaient donc encore plus considérables. Rien, pas même les cachotteries et encore moins un homme, fût-il aussi agaçant que Paris ou aussi troublant que Guillaume, rien ne pouvait se glisser entre elles. Gabrielle et Perrine savaient qu'il en fallait plus pour briser leur complicité. Mais les non-dits, les secrets plus ou moins noirs pouvaient en avoir raison à long terme et la duchesse était terrifiée à l'idée que peut-être, elles s'éloigneraient petit à petit et que dans quelques années, elles se retrouveraient comme deux parfaites étrangères à seulement pouvoir évoquer les souvenirs d'un passé glorieux. Et si quelqu'un pouvait faire évoluer les choses en ce sens, c'était bien Paris qui était en guerre froide avec son aînée. Là résidaient peut-être réellement les raisons de la colère de Gabrielle, plus qu'une trahison. La peur de perdre celle qui était sa plus chère amie. Et sans nul doute la personne à laquelle elle tenait le plus si on mettait de côté le cas délicat de son frère. Étrange de voir deux jeunes femmes aussi insensibles et cruelles que Gabrielle et Perrine tenir autant l'une à l'autre.

Mais Gabrielle avait choisi de déplacer la conversation sur un terrain plus secondaire, qu'elle espérait moins glissant. Comme si retarder l'échéance, parler de Paris, pouvait l'aider à accepter le fait qu'il était aimé de Perrine. C'était peine perdue, l'ombre du jeune homme s'était imposée entre elles comme un fantôme qu'on ne peut chasser et qui cherche à attirer l'attention par tous les moyens. D'ailleurs, il réapparut bien vite dans le dialogue.
- Paris devait y retrouver le frère du roi...
- Le frère du roi, Monsieur en personne t'a vu dans cet accoutrement ? Répéta Gabrielle d'un ton incrédule, incapable de croire que la plus grande vipère de Versailles ait pu se laisser duper par une gueuse – lui qui détestait tant tout qui y ressemblait de près ou de loin.
- ...Mais nous savons toutes les deux que ça n'est pas cela que j'appelais une « erreur ».
La colère s'était désormais bien emparée de Gabrielle. Elle n'avait que faire des identités que pouvait bien prendre Perrine – même si se faire passer pour un membre de la famille d'Harcourt était bien dangereux -, elle aurait été même hypocrite de le lui reprocher alors qu'elle lui demandait de se faire passer pour elle depuis le début du voyage. Ce qui la mettait en fureur, c'était cette impression d'avoir été roulée, trompée, abusée. Perrine avait comploté dans son dos avec Paris, sans l'avertir de rien ! Si elle avait bien vu qu'il se passait quelque chose entre eux, elle ne s'était doutée de rien concernant cette affaire. La jeune femme s'était remise à parcourir la pièce comme dans l'espoir que l'agitation allait l'aider à remettre les choses au clair. Oui, une trahison ! Cela lui apparaissait désormais comme une évidence. Elle se laissa glisser au sol, dos au mur, remarquant à peine que Perrine s'était levée à son tour, avait quitté le lit sur lequel elle s'était assise. Mais ce ne fut pas pour rejoindre la duchesse mais pour tourner les talons et Gabrielle prit soudain conscience de la distance qui les séparait. Distance qui semblait pourtant s'être brutalement réduite quand elles avaient décidé d'avouer. Il n'y avait plus duchesse ni camériste, il n'y avait que deux amies en pleine confusion. Deux femmes qui éprouvaient la même chose sans savoir comme s'y prendre et en cet instant où Perrine imitait la position de Gabrielle sur le mur en face, elles étaient comme deux sœurs jumelles. Deux sœurs qui s'imposaient un écart et qui ne pouvaient se regarder.

- Je l’ai quitté à l’aube, comme une voleuse, et sans lui laisser la moindre explication... Je crois que mon choix, s’il y a encore un choix à faire, est assez clair, répliqua la jeune femme, sur la défensive. Je... je ne veux pas avoir à choisir qui que ce soit, Gabrielle, même si je doute que la question se pose encore à notre retour. Tu ne peux comparer notre amitié et ce que je ressens...ce qu’il y a, je crois, entre Paris et moi.
Gabrielle, consciente de ce que cela avait coûté à la jeune femme, garda le silence un moment. Il suffisait de voir le visage crispé de son amie pour savoir qu'elle n'était pas la seule à avoir sacrifié la tranquillité de son cœur pour cette mission. Et cela était d'autant plus admirable de la part de Perrine qu'elle n'avait rien à y gagner sinon des ennuis si tout cela venait à éclater en plein jour. La culpabilité d'avoir osé reprocher tout cela à son amie commençait à la gagner et des larmes envahirent ses yeux mais elle parvint à la retenir et plongea sa tête entre les mains pendant quelques instants, le temps de simplement se reprendre. Avec tout ce qu'ils avaient vécu tous les trois, comment avait-elle pu imaginer que rien n'aurait pu naître entre son frère et leur amie commune ? Et quitte à choisir... Elle préférait de loin Perrine à toutes ces gourgandines que séduisait son frère.
- Ainsi, tu aimes vraiment Paris ? Depuis quand ? Et que peux-tu donc aimer chez lui ?
Gabrielle avait relevé la tête, curieuse malgré elle, et fixait désormais Perrine, laquelle avait le regard perdu dans le vague et répliqua dans un souffle :
- Tu n’as pas réellement envie de le savoir, n’est-ce pas ?
La duchesse secoua la tête. Elle connaissait assez les deux jeunes gens pour savoir tout qu'ils avaient vécu ensemble. Et Paris pour savoir que les sentiments de Perrine étaient partagés. C'était déjà bien plus que ce qu'elle avait avec Guillaume, leur relation se résumant à un baiser brûlant échangé dans un couloir de Versailles et un paquet de lettres sans doute aussi menteuses que les impressions que le comte lui avait laissées. Elle songea qu'elle-même aurait été bien incapable de répondre à ses propres questions. Quand, comment, pourquoi... Tout cela ne comptait pas face à l'évidence même. Et alors que Perrine songeait en secret à Paris, Gabrielle sentit son esprit vagabonder, pour la énième fois de la journée, vers Versailles et à ce qui l'y attendait. Il écrivait qu'il voulait la revoir. Il avait pris la peine de prendre de son temps pour lui écrire ces mots qu'elle avait tant attendus. Ne pouvait-elle pas être clémente avec Perrine et Paris ? Ne pouvait-elle pas comprendre plus que toute autre, elle qui les connaissait si bien ? Sa réflexion fut interrompue par Perrine qui s'était relevée et était venue s'agenouiller devant elle :
- Gabrielle, j'aurais voulu t'en parler plus tôt mais je ne savais pas quoi en penser.
- Tu aurais dû, répliqua Gabrielle avec plus de douceur dans la voix qu'elle n'en avait eu depuis le début de la conversation, saisissait les doigts de son amie entre ses paumes, j'aurais pu t'aider...
- Et puisque tu es restée muette sur du Perche... D'ailleurs, je pourrais te retourner la question : qu'est-ce...
Gabrielle allait s'insurger de manière feinte devant le petit sourire qu'arborait sa camériste mais elle n'en eut pas le temps car des coups furent frappés avec une certaine violence à la porte. Immédiatement, elles se relevèrent toutes deux et s'accordèrent quelques instants pour reprendre contenance avant d'ouvrir la porte. Derrière le battant c'était un domestique de l'hôtel qui eut un geste de recul en voyant Perrine toujours habillée en duchesse de Longueville apparaître devant lui avant d'expliquer d'un ton un peu inquiet que le bébé prétendu mort pleurait et qu'il ne parvenait à le faire taire.
- Descends donc, Perrine, demanda Gabrielle en levant les yeux au ciel, frustrée que leur mise au point s'arrête si brusquement et pour une raison aussi stupide, ces valets sont des incapables... N'allez pas pour me faire croire qu'une des conquêtes de ce Vénitien n'a jamais ramené un enfant... A force, il a bien dû en semer...
Déjà, son amie s'apprêtait à se retirer et à fermer la porte derrière elle mais la duchesse l'arrêta d'un geste. Elle n'avait pas tout à fait terminé. Un instant, elle chercha les mots mais lut l'impatience de Perrine et se jeta à l'eau, en sachant qu'elle pourrait très bien regretter ces paroles :
- Personne ne connaît Paris aussi bien que moi, même pas toi, Perrine... Tout ce que je peux te dire, c'est que tu n'aimes pas sans retour, crois-moi. Et si tu me promets de ne jamais me trahir, de ne jamais prendre son parti contre moi, je ne m'opposerais jamais à... A vous, au contraire, tu auras tout mon soutien.
Ces concessions lui avaient coûté mais elle voulait que Perrine sache. Elle ravala sa salive et d'un ton plus assuré, poursuivit, laissant échapper malgré elle un petit sourire en coin :
- Et Perrine... Plus jamais de secret entre nous.


FIN
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