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 Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)

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MessageSujet: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   08.07.12 22:40

Charles & Philippe d'Artagnan

Cela fait plusieurs jours que Marine est morte et qu'Alexandre est introuvable. Philippe connait son frère, il sait qu'il ne peut être coupable des horreurs dont on l'accuse. Mais où se cache-t-il ? Une question à laquelle, il veut avoir une réponse... mais si seulement il savait où chercher. Se tournant vers la seule famille qu'il lui reste, Barnabé, Philippe est loin de se douter de tout ce qui se trame en coulisses, ni qu'un long et périlleux voyage va bientôt débuter pour lui.

Cela faisait un peu moins d'une heure que le soleil s'était levé. Le mois de novembre allait toucher à sa fin dans une dizaine de jours et déjà le froid se faisait sentir. En cette matinée où le soleil était caché par quelques gros nuages laiteux, la rosée s'était transformée en petite gelée, couvrant d'une fine couche blanchâtre les quelques feuilles jaunes encore présentes sur les arbres. L'hiver s'annonçait rude et glacial. D'ailleurs dans le tout-Paris, les plus anciens le disaient. Et comme il s'agissait de l'année 1666, les plus croyants y voyaient là une punition contre la décadence de la société. Pour quelqu'un, l'Apocalypse était en train de se réaliser. Au manoir d'Artagnan, où l'on commençait à peine à se réveiller, il n'était question d'aucune fable religieuse. Imaginez si le propriétaire des lieux apprenait que ses occupants se livraient à des rituels de croyants pratiquants ! Barnabé avait mal dans tous les os du corps à cause de l'humidité de la veille où il avait plu à verse. Il était sorti du fauteuil péniblement et avait regardé par la fenêtre les petites plaques de verglas et le paysage désolé par les prémices de l'hiver. Il soupira. Depuis la mort de Marine, le serviteur était dans un état lamentable. Il ne pouvait retenir ses larmes et avait le sommeil agité de cauchemars. Et dans ce manoir il se sentait terriblement seul. Les enfants avaient disparu. Selon les sources officielles, Alexandre les avait tués et cachés loin de la maison après qu'il ait donné la mort à Marine. Cette histoire en plus d'être fausse laissait planer le mystère quant aux rejetons. Morts ils l'étaient probablement, tués par les assassins de leur mère. Le plus pénible était de ne pas avoir de corps. Impossible de les enterrer, de pouvoir faire son deuil. Quand il repensait à Aurore et à Guillaume, ces deux petits êtres innocents, plein de vie, Barnabé n'arrivait plus à retenir ses sanglots. En vieillissant, il s'était fait à cette famille de phénomènes ambulants. Et désormais, il se retrouvait seul, dans cette grande maison, froide, vide et poussiéreuse surtout ces derniers jours, où le personnel avait eu la tête à tout autre chose.

Que de tragédies... cette famille était maudite, il n'en démordait pas. Autrefois, Charles était tombé amoureux de Constance, cette magnifique femme qui servait la reine avec dévotion. Ils auraient pu vivre leur idylle avec passion mais le sort en avait décidé autrement. Constance avait été empoisonnée par Milady... elle était morte dans ses bras et il avait été inconsolable. Et puis quelques années plus tard, Charles avait fait la connaissance de Marie-Béatrice, une nouvelle fois, il était tombé amoureux mais de façon plus intense peut-être. Ils avaient fondé une famille ensemble. Leurs deux enfants, solides et surtout vaillants avaient hérité de leurs traits de caractère, la patience (surtout pour Philippe), la curiosité, la force et l'entêtement... Au moins étaient-ils pugnaces ! La mort les frappa une nouvelle fois quand Marie-Béatrice trépassa. Elle fit des dégâts conséquents dont les trois hommes d'Artagnan ne se remirent pas vraiment. On aurait pu croire, comme le pensait d'ailleurs l'ancien Mousquetaire, que la malédiction ne portait que sur lui et qu'il suffisait qu'il reste seul pour ne plus avoir le coeur brisé. Charles s'était aigri, il avait laissé de côté sa famille, ses attaches pour se concentrer sur sa mission d'espion pour le Roi. Ne pas penser à sa progéniture n'enlevait rien de ses sentiments, bien au contraire. Conscient qu'il était trop faible pour rompre quoique ce soit, il s'était comporté de façon exécrable à bien des occasions pour creuser le fossé. C'était la seule réponse qu'il avait su trouver... si seulement Marie-Béatrice avait été là, elle aurait su le guider et faire en sorte qu'il les soutienne en tout temps et en tout lieu. Et surtout qu'il soit moins maladroit quand il s'agissait de témoigner des sentiments.

Cependant, elle n'aurait pas pu empêcher les malheurs d'arriver. Elle aurait été incapable d'arrêter le meurtre de la fiancée de Philippe. Mais elle aurait su raisonner son mari pour lui éviter de sombrer dans une sorte de paranoïa dévastatrice. Aujourd'hui, c'était au tour d'Alexandre de perdre sa femme et ses enfants. Au moins Philippe avait-il encore son rejeton pour égayer la maisonnée. Quelle tragédie... et à chaque fois, Barnabé avait été aux premières loges, spectateur impuissant des fatalités qui survenaient à longueur de temps. Il n'avait pas le sang gascon des d'Artagnan. Il était jadis un simple laquais. Et désormais il travaillait comme serviteur et ami très proche de la famille. Il avait vu grandir les enfants, leur avait même servi de "nourrice" depuis la mort de leur mère. Pourtant, bien qu'il n'ait pas de liens de parenté avec eux, il était affecté par tout ce qui leur arrivait. Il se souvenait de Charles, cet homme jeune, fougueux et déjà bourru à l'époque qui l'avait choisi pour l'accompagner. Que d'aventures avaient-ils partagés ! Et ils avaient du se sauver la vie un nombre incalculable de fois. Ils se faisaient confiance, aussi quand Barnabé avait reçu la lettre de Charles quelques jours plus tôt annonçant qu'Alexandre était en sécurité, il n'avait pas posé de question. Il valait mieux éviter de trop en savoir, surtout par les temps qui couraient. Barnabé s'étira dans de nombreux craquements et observa les écuries. Tempête devait se douter de quelque chose. Lui aussi, il commençait à se faire vieux. Autrefois étalon fier, il avait courbé l'échine et galopait moins vite. Comme le temps passait vite. Les enfants avaient grandis, les cheveux s'étaient blanchis et les rides avaient commencé à marquer les visages. Barnabé devait s'y résoudre, il devenait vieux et pour lui, qui avait tout vu et tout fait pratiquement, il était peut-être temps de tourner la page.

Son visage ravagé par le chagrin, il retourna près du fauteuil et se laissa choir dessus. Il regarda la chope d'eau de vie qu'il avait sorti la veille et qu'il n'avait pas encore consommée. L'alcool pouvait lui permettre de dormir sans faire de mauvais rêves mais surtout à le réchauffer. Il tira la couverture sur lui pour se blottir dans le siège somme toute assez confortable. Tant pis pour la maison, de toute façon, personne n'y habitait à par lui et donc personne n'aurait à la réprimander pour la bonne tenue des lieux. Il déboucha la chope dans un "plop" caractéristique, prit un petit verre de terre cuite posée sur une table de chevet juste à côté et se versa un verre. Il mélangea doucement le liquide tout en le regardant. Il n'avait pas bu depuis des années. Charles le lui avait toujours interdit quand il s'occupait des enfants. Mais maintenant qu'il était seul, qu'il n'avait plus personne pour le surveiller, et qu'en plus il était dévasté par le drame de la mort de Marine et des enfants, qui allait le juger ? Il avala le verre d'eau de vie cul sec et toussota. L'alcool irradiait une douce chaleur. Il reposa la chope, le verre et essuya une larme qui coulait sur sa joue. Les minutes passèrent, il ne put dire combien exactement. Il avait l'impression que sa vue était un peu troublée. La fatigue... ça ne pouvait être l'alcool, il le tenait bien mieux que ça, du moins, il le pensait. Il entendit frapper à la porte mais ne se leva pas. Il ne voulait recevoir personne. A l'extérieur, le jardinier qui était là aux aurores et qui avait les clés, salua Philippe et lui ouvrit la porte en lui expliquant que Barnabé était épuisé et qu'il devait encore dormir. Puis après avoir respectueusement présenté ses condoléances, il partit à sa besogne.

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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   13.07.12 16:16

Oppression et chagrin, ces deux mots résument à merveille la situation. J'ai beau être revenu, je suis encore plus seul que jamais. Qu'avons nous fait au ciel pour que le malheur s'abbatte sur nous ainsi ? Maman, Emmanuelle et maintenant Marine. A croire que les hommes de notre famille n'ont le droit que de frôler le bonheur, le tenir un instant entre leurs doigts avant de vivre dans la désolation. J'ai réussi à ne pas me sortir du chagrin, ne pas faire comme mon père mais Alexandre y arrivera t'il ? Il est si fragile … et introuvable bien sûr. Je suis seul dans cette grande maison encore une fois.

Un jour gris, un jour de deuil. Dans le léger brouillard et sous une bruine fraîche en ce jour de presque hiver, une silhouette se détacha face à une tombe fraîchement recouverte. Le long manteau de Philippe flottait avec le vent, il serrait son fils contre lui, bien emmitouflé pour ne pas attraper froid, afin de laisser souffler Barnabé. Face à lui, la tombe de Marine, sa belle-sœur, victime d'un assassinat. Mentalement, le duc de Gascogne se remémorait ce qu'il avait entendu, qu'il s'agissait de l’œuvre d'Alexandre, qu'il aurait tué sa femme et ses enfants dont il aurait caché les corps. Cela était impossible, Philippe le savait très bien que ce n'était pas lui, qu'on voulait faire porter le chapeau à son aîné. Mais pourquoi avait-il fui ? Et où étaient Aurore et Guillaume ? Autant de pièces de puzzle sans aucun sens, qui ne s'imbriquaient nul part mais une chose était sûre : Alexandre était incapable de tuer son épouse et ses enfants, il les aimait trop pour cela. Mais cette morte mettait encore plus de distance entre les membres de la famille d'Artagnan. Déjà que leur père était porté disparu, alors si Alexandre faisait de même, il ne restait que Philippe et son petit Arthur, endormi contre lui. Alors que le jeune duc tentait de se reconstruire, tout autour de lui s'écroulait. Il avait réussi à racheter une charge dans la librairie royale du souverain, était réapparu à la Cour avec plus de facilité qu'il ne l'imaginait, bien que les mondanités soient moins évidentes pour lui aujourd'hui. Il avait aussi retrouvé l'amour en la personne d’Élodie et s'était découvert une raison de vivre avec son petit Arthur. Alors que lui se remettait à vivre, la mort sentait si fort à chaque coin de sa vie et de sa famille.

Cela faisait bien une heure qu'il était planté là, prenant les minuscules gouttes d'eau sur le nez et le visage selon le sens du vent. Les parents de Marine vivaient trop loin pour se déplacer, il serait le seul pour se recueillir sur la tombe de la jeune femme, avant de reprendre sa vie quotidienne. Après avoir dit un au revoir du bout des lèvres et faire un signe de croix, Philippe tourna des talons et repartit vers le manoir, à pied. La maison était devenue encore plus sombre et triste qu'à l'accoutumée, même Barnabé n'avait plus le goût de rien et ce n'était pas bon signe, le cadet avait de trop lourdes responsabilités sur les épaules, jamais il n'aurait imaginé une telle vie, ce n'était pas ce qu'il s'était programmé cinq ans auparavant, avant d'obtenir le duché, de mener cette vie responsable et tous les travers que cela comportait. L’insouciant garçon voyageur avait bien changé, trop à son goût. Il ne pourrait plus se réveiller un matin avec une lubie de destination, prendre Hébé et partir sur les chemins. Non, ce n'était plus possible et il aurait bien besoin, en particulier aujourd'hui. Besoin de partir loin des soucis, loin de tous ces deuils, de ces problèmes. Mais le seul chemin qu'il pratiquait était celui entre le manoir et Versailles, pas bien aventurier.

Au manoir, le jardinier était là et ce fut lui qui ouvrit la porte, expliquant que Barnabé était fatigué. A l'intérieur, Philippe retira sa capuche et partit coucher Arthur dans la petite chambre du bas avant de redescendre pour enlever manteau et bottes avant de se rendre dans le salon, là où il avait décidé que cela deviendrait son bureau pour que les trois seuls occupants de la maison soient tous proches, près de la cheminée. Dans un fauteuil se trouvait le vieil homme qui semblait avoir pris un nombre incroyable d'années à cause du chagrin. La bouteille à côté de lui interpella le jeune homme qui la saisit, la regarda un instant et la jeta violemment dans le feu, ce qui le fit plus fort.

« Voilà à quoi cela devrait servir, et non pas à noyer ta tristesse. »

Le ton était un peu dur mais le jeune homme était à cran, il était trop jeune pour porter toute cette vie, il n'en pouvait plus de la solitude et Barnabé était la seule personne qu'il croisait au quotidien, une sorte de soutien car Philippe restait encore fragile. Il se laissa tomber sur un fauteuil et un long silence s'installa pendant plusieurs minutes, le jeune homme observant le feu avant relever ses yeux bleus si sérieux vers Barnabé.

« Je ne peux pas gérer tout cela tout seul. Si ni papa ni Alexandre ne sont là, j'ai besoin de toi, j'ai besoin que tu te ressaisisses, je ne pourrais faire tout, tout seul. Nous sommes tous les deux tristes, nous avons tous les deux essuyé des deuils, toi plus que moi sans aucun doute. Mais s'il te plaît, il faut que tu sois là. »

Il restait l'air grave mais sa voix s'étranglait. Il savait qu'il n'avait pas encore la force de vivre tout seul, de tout gérer, c'était encore trop dur et il avait perdu deux années à s'enfoncer dans la douleur, s'il avait gagné en maturité, il avait pas mal perdu en confiance en lui, la solitude était bien mauvaise pour la santé mentale, il le découvrirait plus amplement au fil des mois … La pièce d'habitude si chaleureuse, restait bien morne et Philippe se leva, cherchant une occupation pour éviter de trop penser. Il n'avait qu'une banale lettre parlant de la Gascogne, des stupides querelles de voisinages dont il se moquait en cet instant. Jetant la lettre sur le bureau, il se plaça au niveau de la fenêtre et s'appuya contre le mur.

« Si papa était là, ce serait différent … »

Il avait bien du mal à l'avouer, vu les relations houleuses qu'il entretenait avec son paternel, mais Philippe savait que Charles menait sa famille à la baguette, beaucoup de choses ne seraient jamais arrivées ! Il ne pensait pas que cette phrase déclencherait une réaction de la part de Barnabé qui se mit à parler. D'un coup, le jeune d'Artagnan se tourna vers le valet, les yeux grands ouverts de surprise.

« Tu sais où il est ! Tu viens de te trahir, ne me mens pas. Barnabé, dis moi où est papa. Maintenant. »

Le ton était un mélange de sérieux et de reproches. Il était temps que Charles d'Artagnan sorte de sa tanière et Philippe emploierait tous les moyens possibles pour que cela se fasse !

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Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

Prince Philippe:
 


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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   17.07.12 0:52

Quand Barnabé vit que Philippe était là, il s'en voulut d'être dans un état si déplorable. Il le laissa prendre le pichet d'alcool et le jeter violemment dans les flammes de la cheminée. Il n'avait pas rentré le bois, ce qui avait atténué le foyer. Mais grâce à l'eau de vie, le feu reprit de plus belle, l'espace d'un instant en tout cas. Il ne dit rien quand le jeune homme lui fit un léger reproche. D'ordinaire, il ne se laissait pas aller à ce genre de sentiments tristes et désabusés. Depuis que les enfants d'Artagnan étaient nés, c'était la première fois qu'il buvait. A vrai dire par le passé, il en avait fait des beuveries, mais Marie-Béatrice avait calmé ses ardeurs pour son plus grand bien, à lui et à Charles qui fut une époque était un buveur invétéré. Contrairement à son serviteur, le Mousquetaire avait l'alcool mauvais. Passé un certain seuil, il cherchait querelle à n'importe qui, surtout à plus fort que lui et ça pouvait vite dégénérer en empoignades brutales. Barnabé lui, avait l'alcool mou, ça le rendait amorphe. Il lui arrivait de temps à autre de partir dans des éclats de rire. C'était ce qu'il avait cherché inconsciemment, en vain. La situation était décidément trop tragique pour qu'il esquisse le moindre signe de joie, même avec un coup dans le nez. Il écouta Philippe enchaîner et avouer à demi-mot sa déroute. Oui, son petit fripon se retrouvait seul aujourd'hui, parce que le vieil homme avait l'impression de plus être capable de livrer une quelconque bataille. Il fut plus surpris quand il entendit le cadet regretter l'absence de son père. Mais à y réfléchir, c'était logique. Charles était quelqu'un d'autoritaire et il aurait tout fait pour que cette maison soit digne en cet instant malheureux. Sauf qu'il n'était pas là... Il soupira, et lui répondit enfin, réagissant pour la première fois à son arrivée, le ton morne et la voix cassée :

- Des deuils... j'en ai vu plus que toi... des gens que l'on aime et qui... comme ça, du jour au lendemain disparaissent... il y en a pour qui l'on peut se préparer... ta mère, par exemple... elle était malade, affaiblie, nous savions qu'elle se rapprochait de la mort. Ton père a choisi de feindre, comme Alexandre, d'ignorer l'évidence. Quand ta mère est morte ça les a détruit. Même nous deux, qui nous y étions préparé... bah, qu'importe... tu vois... quand les gens partent... sans prévenir... il arrive un moment où... où tu te dis... à quoi bon ? Autrefois... oui... j'étais là... j'avais la colère au fond de moi pour les injustices... mais maintenant, qu'est-ce que tu veux que je fasse... je ne pourrais pas te soulager... je ne pourrais soulager personne, puisque moi-même... je suis anéanti... ce n'était pas une bonne idée que tu viennes ici... tu aurais du rester chez toi avec Arthur... et Elodie... de toute façon, il n'y a plus rien à faire... ton père va s'occuper de tout, de là-bas, de sa... belle petite chapelle bretonne... il me l'a écrit.

Il termina sa phrase l'air las et un bref silence tomba. Barnabé avait parlé avec sincérité, c'était aussi ça son point faible quand il buvait, il disait des choses qu'il avait juré de garder secrètes. Il compris qu'il venait de faire une énorme gaffe lorsque Philippe lui adressa un regard plein de surprise. Il venait de trahir le lieu où se cachait Charles d'Artagnan. Comprenant sa mégarde, il écouta les reproches de Philippe et lui répondit, en essayant de retrouver le contrôle de ses mots :

- J'ai dit chapelle bretonne comme j'aurais pu dire monastère de provence. Ce n'est pas pour autant que je sais où est ton père. Et ne me couvre pas de reproches, s'il te plait... ce n'est ni le moment ni le lieu. Ton père m'en a fait suffisamment l'autre jour, quand il a fait emmener ton frère...

Se rendant compte une nouvelle fois que sa seconde bourde, il mit une main devant sa bouche l'air catastrophé. Et ce fut à son tour d'adopter un ton de reproche :

- Cesse donc de me questionner, tu me fais dire n'importe quoi...

Il tenta de se lever mais comme sa tête tournait légèrement, il préféra rester sagement assis. Il savait que Philippe allait le cuisiner jusqu'à obtenir la vérité. Il repensa aux terribles épreuves que le cadet avait traversé alors que Charles l'avait mis dehors, pour l'éloigner de lui. Philippe savait les raisons pour lesquelles il avait été éloigné. Barnabé doutait qu'il les ai digérées. Cela l'avait soulagé mais il avait des choses à dire à Charles et des explications à obtenir. Peut-être que l'heure était venue pour lui de parler en tête à tête avec son plus jeune fils. Le serviteur se souvint de la tête de Charles et de ce qu'il lui avait fait promettre. Il ne devait parler de la fuite d'Alexandre à personne et ne donner son emplacement sous aucun prétexte. Mais dans sa tête un peu embrumée par l'eau de vie, il réfléchissait de façon intense à toute cette histoire. Il en avait assez de jouer au menteur avec Philippe. Il avait commis une fois l'erreur de séparer les deux frères et de les empêcher de se rapprocher. Plus jamais il ne recommencerait. Alexandre devait être dévasté et le seul capable de l'aider à se sentir mieux, c'était Philippe. Il le regarda avec ses yeux fatigués, sans le quitter. Il était adulte, la vérité il l'affrontait au quotidien. Mais Barnabé lisait aussi dans ce regard qu'il se sentait seul, mis à l'écart. Les choses qui s'étaient tramées l'avaient largement dépassé. Pourtant, il pouvait tout changer pour Alexandre dans cette histoire. Il prit une profonde inspiration et reprit la parole :

- Je sais où est ton père, du moins, là où tu peux trouver sa trace car il se cache en permanence. Ton frère n'a pas tué Marine ni les enfants. Il s'agit du meurtre d'une autre personne. Ton père est venu m'annoncer ce qu'il en était hier ou avant-hier, je ne sais plus trop. Alexandre a été mis en sécurité dans un endroit qu'il ne m'a pas révélé. Les charges qui pèsent contre lui sont colossales, et pour beaucoup de gens, la révélation d'une... idylle qu'il entretenait avec une actrice, une certaine, Joséphine serait un mobile valable. Ils ont trouvé des éléments qui appuient la thèse populaire. Marine n'a pas lutté plus que nécessaire, elle connaissait son assassin. Mais ton père n'y crois pas, moi non plus. Pour le protéger, il l'a isolé. Tu ignores tellement de choses... mais je pourrais pas te les dire, c'est à ton père de te les révéler.

Il s'appuya sur les accoudoirs pour se lever. Ses os craquèrent légèrement alors qu'il tituba légèrement. Barnabé se tenait le dos vouté, endolori et ankylosé. Il avait pris en dix jours près d'une décennie mais le fait de se débarrasser du lourd fardeau qu'il portait semblait l'avoir revigoré. Il posa sa main sur l'épaule de Philippe comme un père à son fil et poursuivit :

- Ton frère va avoir besoin de toi et je ne veux pas que vous soyez encore séparés au pire moment. J'ai fait la sottise de vous mentir une première fois, mais ton père a tort. Divisés vous êtes affaiblis. S'il avait été là, il aurait peut-être pu empêcher ce meurtre, où du moins être présent pour toi... pour moi. Vous devez être soudés... quand il servait le Roi, ton père, Athos, Porthos et Aramis avaient une devise. Un pour tous et tous pour un. Unis, vous serez forts. Et toi, Philippe... tu auras tes réponses.

Il avait parlé avec un air solennel, soufflant au passage de l'air légèrement distillé autour de lui. Le cadet devait sentir cette odeur qu'il n'appréciait pas vraiment. Pourtant, Barnabé avait parlé avec sincérité et sans langue de bois. Il invita Philippe à le suivre dans le bureau, profitant au passage pour jeter un coup d'oeil à Arthur qui dormais paisiblement dans la chambre à côté. Il ouvrit le tiroir du secrétaire et en sorti une carte de la France, dessiné par un grand cartographe réputé. Il étala la carte sur une petite table et posa son doigt sur la ville de Vannes.

- Aramis était évêque de Vannes. Ton père l'y a croisé par le passé. Je sais que les pigeons voyageurs qu'il m'envoie viennent de cette ville, c'est Aramis qui les avait dressés. Si tu remontes jusqu'à la volière, tu sauras peut-être qui est le messager et comment remonter jusqu'à ton père. La seule chose que je peux te dire c'est qu'il s'est réfugié dans une chapelle. C'est subtil, c'est bien le seul endroit où nul ne pensera à le chercher. Mais je ne sais pas laquelle, il ne l'a jamais mentionné. Sois prudent. Ton père est traqué par ses ennemis. Tu dois rester discret et ne pas attirer leur attention. Promets-moi de faire attention à toi, s'il te plaît...

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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   02.08.12 1:41

« De toute façon, il n'y a plus rien à faire... ton père va s'occuper de tout, de là-bas, de sa... belle petite chapelle bretonne... il me l'a écrit. »

Cette phrase eut le même effet que si Philippe avait reçu un boulet de canon dans le corps. Alors Barnabé savait où était son père depuis le début et … il ne lui avait rien dit ? Il avait bien vu que le cadet piaillait d'impatience d'aller rechercher Charles, tournant en rond dans le manoir familial, attendant Alexandre qui ne venait jamais. Tout ça pour rien alors que la solution se trouvait sous ses yeux depuis le début ! Se sentant trahi, Philippe avait une boule dans la gorge et les traits durcis par la colère, il n'en revenait pas qu'on lui ait menti obstinément de la sorte ! Et le pire, c'est que le vieil homme s'entêtait à ne rien vouloir dire mais l'alcool était le meilleur sérum de vérité.

« Ton père m'en a fait suffisamment l'autre jour, quand il a fait emmener ton frère... Cesse donc de me questionner, tu me fais dire n'importe quoi... »
« Non, justement pour une fois tu ne dis pas n'importe quoi. Tu m'as menti depuis que je suis ici, tu savais pertinemment où est papa. Quand je me suis fait du sang d'encre pour Alexandre, tu m'as vu, tu m'as laissé partir pour le chercher alors que tu savais tout. Il était tendu et serra la mâchoire tout en se plaçant face au fauteuil où Barnabé était assis. Maintenant, tu vas me dire où est papa. »

Le ton était impérial, dur et sans appel. Le jeune d'Artagnan ne bougerait pas avant d'avoir eu les informations qu'il voulait. Philippe ne pouvait pas tout gérer seul, et si Alexandre se cachait, il fallait que le paternel fasse apparition, lui savait comment s'occuper de cette famille, même s'il ne le faisait pas toujours de manière tendre. Il était rare que le jeune homme ait recours à son père, le cadet avait toujours eu sa mère puis avait appris à se débrouiller par lui-même. Mais, malgré sa bonne volonté, il ne pouvait plus avancer ainsi et devait se résoudre à retrouver son père. Puis il était temps que ce dernier arrête de se cacher comme un vieil ermite. Et aussi il était temps que les deux aient une vraie conversation. Cela serait difficile, ils étaient incapables de s'entendre et cela finissait indéniablement par une dispute. Il fallait enfin mettre carte sur table car Philippe en avait gros sur le cœur et, malheureusement, seul son père pouvait l'aider à crever l'abcès.

Il y eut de longues secondes de silence, Philippe ne quittant pas de son regard azur le visage de Barnabé qui semblait hésiter à parler. Finalement, il ouvrit enfin la bouche, le jeune homme l'écoutant avec grande attention. S'il était sûr que son frère n'avait pas tué son épouse ni les enfants, il fut surpris de l'histoire à propos de la comédienne et fronça les sourcils. Puis il aida le vieil homme à se lever, il avait besoin d'aide. La main sur son épaule le détendit légèrement, bien qu'il lui en voulait toujours d'avoir caché autant de choses. Il le suivit jusqu'au bureau et l'écouta attentivement. Vannes, Aramis … Cela lui rappelait son enfance quand les mousquetaires venaient au manoir, quand il y avait de la joie, de la vie dans cette maison.

« La seule chose que je peux te dire c'est qu'il s'est réfugié dans une chapelle. »

Cela lui arracha un petit sourire. Charles d'Artagnan, l'anti-religion se cachant dans une chapelle. Philipe retint difficilement un sarcasme tandis qu'il continuait d'écouter Barnabé.

« Ton père est traqué par ses ennemis. Tu dois rester discret et ne pas attirer leur attention. Promets-moi de faire attention à toi, s'il te plaît... »
« Tu me connais. »
« Justement. »

Philippe hocha la tête, puis tourna les talons avant de monter à l'étage faire ses bagages. Il emmenait le strict nécessaire mais cela se préparait. La nuit tombait tôt, cela ne servait à rien de partir maintenant, il partirait le lendemain à l'aube mais tout serait prêt.

Alors que le soleil ne s'était pas encore levé, Philipe lui avait quitté son lit pour faire une rapide toilette, s'habiller comme un cavalier en multipliant les couches à cause du froid ambiant de décembre. Descendant ses quelques affaires en bas et après avoir mangé puis prit des provisions, Philippe alla regarder dormir son fils un long moment, l'embrassa doucement. Barnabé, encore un peu endormi était derrière lui.

« Fais vraiment attention à toi, les routes sont parfois dangereuses. »
« Et toi, fais attention à vous deux. Je tiens à vous alors … pas d'alcool. »

Après quelques autres paroles échangées et une acolade, Philippe mit un manteau doublé de fourrure, une écharpe et des gants, avant d'enfin mettre son épée à la hanché. Il alla seller Hébé, mit ses affaires sur son cheval et partit alors que le ciel se colorait de violet, le soleil encore caché, n'allait plus tarder à faire son apparition. Le voyage serait assez long, il lui fallait passer par Chartres, Le Mans, Rennes avant d'arriver à Vannes. Avec le froid et les chemins parfois gelés, le voyage était ralenti et Philippe dut s'arrêter à deux reprises pour se réchauffer et trouver un endroit où dormir. L'hiver se montrait rude alors qu'il n'était qu'à son commencement, ce n'était pas vraiment un temps à voyager mais quand on n'a pas le choix …

Finalement Vannes se profila devant lui. Il ne restait qu'à trouver cette satanée volière ! Plutôt que de s'aventurer en terre inconnue, Philippe préféra user de sa politesse et de son sourire, malgré la fatigue sur son visage et sa barbe naissante, pour demander son chemin. La volière se trouvait en bordure de la ville, il s'y rendit au petit trot et y vit un homme afféré avec les oiseaux. Philippe descendit de cheval et, tenant la bride, il s'avança vers lui.

« Bonjour monsieur, je m'excuse de vous importuner mais je viens vous demander une information capitale. Il bailla, fatigué par son voyage et ses courtes nuits. Je sais qu'un homme vient régulièrement ici pour envoyer des messages avec vos oiseaux jusqu'à Versailles. Il est assez âgé, l'air bourru, les cheveux blanchis par les années. Je dois vraiment le retrouver. »

L'homme face à lui ne semblait pas des plus réceptifs, resta assez sec. Sûr que cela devait passer pour louche un inconnu venu de nul part demander des informations sur un client. Lâchant un lourd soupir de désespoir, le jeune duc ne voulait pas rester sur un échec.

« Écoutez, cet homme est mon père, je dois le voir au plus vite. Je n'ai pas fait toute cette route pour rien. Si vous ne voulez pas m'aider, je chercherais tout seul, quitte à ce que vous ayez ma mort par épuisement sur la conscience ! »

Lui aussi pouvait se montrer bourru quand il le voulait et Philippe se remit en selle, prêt à partir quand l'homme l'arrêta. Tant mieux, Philippe n'avait pas l'intention de mourir à Vannes dans les prochains jours …

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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   06.08.12 22:07

Le train-train quotidien de cet homme n'avait guère été affecté par la brume du matin. Cette dernière s'était envolée en laissant sur les branches et le sol des gouttelettes pratiquement givrés. Enfouis dans un épais manteau de fourrure, il travaillait sans relâche à l'entretien de ses oiseaux. Son gagne-pain le méritait. Sans sa volière, il pouvait dire adieu à sa vie paisible. C'était grâce à ce travail qu'il pouvait faire vivre sa femme et leur enfant de trois ans. Vigoureux, bien bâti, Ferdinand Meunier l'était. Fils de paysan, il avait toujours montré un certain talent pour approcher les bêtes surtout quand elles avaient des plumes. Après avoir été formé par un ami de son paternel, il avait soigneusement pris en main son activité, devenant l'un des éleveurs les plus réputés de Bretagne. Les années avaient passé et son visage s'était creusé par les rides. Aujourd'hui, il demeurait marqué à jamais par le temps, des poches sous ses yeux azurs, une barbe poivre et sel bien fournie et une petite cicatrice sur le front. Encapuchonné, il n'entendit pas Philippe s'approcher et quand ce dernier lui apparut enfin, il le regarda l'air méfiant. Il n'aimait pas les étrangers. Celui-là était français, gaillard, mais pas très futé. Il se baladait avec une tenue légère en plein hiver. Se croyait-il dans quelconque contrée de l'Andalousie ? Il ne laissa transparaitre aucune expression sur son visage mais on sentait bien qu'il n'avait pas envie de causer. Ferdinand n'aimait pas causer avec les étrangers... de toute façon, il ne pouvait pas causer... Il était muet, de naissance. De surcroît une vieille tradition de famille disait que cela ne pouvait qu'attirer les ennuis, d'aider des voyageurs. Et puis il en avait déjà vu et rencontré bien assez ! Il poursuivit sa tâche lorsque le jeune damoiseau commença à perdre patience. Il le toisa alors avec en fronçant les sourcils. Il connaissait ce caractère de chien et cette humeur massacrante. Qu'avait-il dit déjà ? Il cherchait un vieil homme ? En temps normal, il n'aurait pas pu l'aider, il avait beaucoup de clients mais là, en voyant ce jeune partir avec l'air renfrogné, Ferdinand eut un déclic.

Philippe allait partir. Il était déjà sur sa selle, tournant le dos. Meunier avança d'un pas déterminé vers le cheval et attrapa le bras droit de son cavalier pour attirer son attention. Alors que le Duc se tournait vers lui, il le regarda droit dans les yeux, ôta sa capuche pour dévoiler son crâne dégarni et fit des signes pour lui faire comprendre qu'il ne pouvait parler. Au même moment, un petit piallement retentit. Dans un geste frénétique, Ferdinand lui fit comprendre qu'il devait attendre quelques instants et descendre du cheval. Puis il s'écarta un peu de Philippe et porta deux doigts à sa bouche pour émettre un sifflement aigu. Il leva le bras. Au même instant, une masse noire, venant de vers les arbres, descendit des airs à une vitesse vertigineuse. Après quelques minutes un magnifique aigle royal se posa délicatement sur son bras, s'agrippant au manteau. L'homme se pencha vers un seau non loin et donna une récompense à l'oiseau : des grains de blé. Il récupéra le message accroché à une patte et le fourra dans sa poche avant de laisser l'aigle s'envoler. Il reprit alors ses signes envers Philippe pour l'inviter à le suivre. Les deux hommes avancèrent sur le terrain quelque peu accidenté jusqu'à parvenir à une cabane. Meunier invita d'Artagnan à entrer dans le petit atelier artisanal où une jeune fille travaillait dans le silence à écrire sur un registre. Elle leva ses yeux marrons vers Philippe, le dévisagea sans amabilité et d'un ton sec et cassant, elle lança :


- Les prix ne sont pas négociables. C'est à prendre ou bien à laisser. Donc soit vous acceptez, soit vous sortez d'ici...

Ferdinand s'empressa de claquer des doigts pour attirer l'attention et enchaîna des signes à une vitesse fulgurante. La jeune fille se leva alors de son siège. Elle était jeune, à peine formée mais déjà adulte dans son comportement. Après l'avoir regardé, elle répondit à son tour en langue des signes. Pendant près d'une minute ils conversèrent à leur façon dans un charabia de mouvements que Philippe ne pouvait vraiment suivre. Et pour cause, il n'existait pas vraiment en tant que langue officielle. Ferdinand l'avait appris de par un ami de son père, un espagnol qui avait vu la chose en pratique. Le jeune fille reprit alors la parole, la voix plus "humaine" :

- Pardonnez ma réaction, le nombre de personnes qui essaient de négocier avec père est important. Il dit que vous venez de loin et que pour un voyageur vous partez le dos léger. Les températures ici sont froides, surtout en cette saison. Je m'appelle Héloïse et mon père se nomme Ferdinand Meunier. A en juger par votre cheval et vos atours, j'en déduis que vous êtes un seigneur, du moins un homme riche. Qui que vous soyez, vous n'êtes pas le premier à demander à mon père l'identité de ses clients. Mais contrairement aux autres, il vous fait confiance et déplore que vous ressembliez à votre père. Il se trompe rarement sur les gens, ne soyez pas surpris, il est muet, pas aveugle et il a toujours l'oeil sur tout.

Elle marqua une pause alors que son père faisait à nouveau de nombreux mouvements. Etonnée, elle reprit :

- Votre père n'est pas venu ici depuis longtemps. Il a envoyé sa compagne, c'est elle qui porte les messages. Il... il demande si vous avez le médaillon. Je pense qu'il parle peut-être de celui que vous avez autour du cou... il dit que c'est important que vous le gardiez...

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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   29.08.12 0:59

Il n'avait pas fait tous ces kilomètres, ni affronter l'hiver naissant pour rien, foi de d'Artagnan ! Barnabé lui avait indiqué jusqu'où se rendre pour trouver le pigeonnier à Vannes, il ne savait pas vraiment plus à part le coup que son père vivait dans une église. Et cet homme face à lui refusait de parler, Philippe n'aimait pas la violence ni s'en prendre à des gens qui n'ont rien demandé. Il n'avait aucunement l'intention de sortir son épée pour le menacer, il préféra une solution qu'il avait pratiqué depuis des années : se débrouiller par soi-même. Philippe ne rebrousserait pas chemin avant d'avoir retrouvé son paternel, c'était le but qu'il s'était fixé en quittant le manoir. Alors que le jeune duc se remettait en selle, l'homme lui attrapa le bras pour le retenir. Toujours au dernier moment, les gens sont incapables de parler en temps et en heure ! Ou pas d'ailleurs, d'après les gestes de l'homme, il ne pouvait pas parler. Super, son seul informateur était un muet, cela allait être d'un pratique … Enfin, Philippe décida de descendre de sa monture et de se laisser guider vers une petite cabane sur le chemin sinueux. A l'intérieur, une jeune fille d'environ son âge écrivait sur un registre, sans doute tenait-elle les comptes. Elle fut sèche envers un Philippe qui n'avait pas encore ouvert la bouche. Mais ce fut le muet qui prit en main la conversation par des gestes que la jeune femme semblait comprendre. Aux yeux du jeune d'Artagnan, c'était juste un enchaînement de geste, l'homme avait davantage l'air d'un fou qu'autre chose. Quand elle aussi s'y mit, il arqua un sourcil, se demandant où il était tombé. Il n'y avait que son père pour avoir à faire à un muet, pratique pour ne pas qu'on le balance. Enfin, la fille leva les yeux vers lui pour prler à nouveau, d'une voix plus sympathique.

« Mais contrairement aux autres, il vous fait confiance et déplore que vous ressembliez à votre père. Il se trompe rarement sur les gens, ne soyez pas surpris, il est muet, pas aveugle et il a toujours l'oeil sur tout. »

Lui, ressembler à son père ? Quelle idiotie ! Même si Philippe était un garçon charitable, la fatigue et la lassitude le rendait presque irascible, et il ne supportait encore moins d'être comparé à son paternel.

« Votre père n'est pas venu ici depuis longtemps. Il a envoyé sa compagne, c'est elle qui porte les messages. Il... il demande si vous avez le médaillon. Je pense qu'il parle peut-être de celui que vous avez autour du cou... il dit que c'est important que vous le gardiez... »

Instinctivement, il porta la main à son collier où pendaient ses breloques, puis enfin Philippe répondit, abasourdi par ce qu'il venait d'entendre.

« Sa … sa compagne ? Vous devez faire erreur, mon père est veuf depuis plus de dix ans. J'ai du me tromper d'endroit, je m'en excuse. »
« Tenez, la voilà. »

Une femme fit son apparition dans l'encadrement de la porte, un panier à un bras, une canne dans l'autre. Elle était plus jeune que son père, non loin de la quarantaine sans aucun doute. Philippe la fixa, cherchant à comprendre qui elle était mais elle fut la première à parler :

« Qui que vous soyez, je déteste qu'on me fixe. Ce n'est pas parce que je ne vois pas que je ne ressens pas. »
« Vous êtes … aveugle ? Cette histoire est décidément surréaliste, à la limite d'une plaisanterie de mauvais goût. Mon père doit avoir un drôle de sens de l'humour. »
« Vous devez être Philippe. »
« Pardon ? »
« Êtes vous sourd ? C'est ce qu'il manque à cette pièce. Je dis que vous devez être Philippe, vous avez ce sale caractère que votre père m'a contée. Laissez moi faire.
Elle s'approcha pour toucher le visage de Philippe qui recula, surpris. Vous êtes en forme pour un garçon qui se laissait mourir. »

Ça, elle ne pouvait pas l'avoir devinée ! Il la regarda avec de grands yeux, ne comprenant pas pourquoi cette femme le connaissait, d'où son père la sortait et pourquoi il n'était pas là.

« Où est mon père ? »
« Là où ses détracteurs ne peuvent le sortir. »
« Ça ne répond pas à ma question ! Où est-il ? »


Il y eut un long silence, Philippe sentait la colère monter, son visage s'empourpra et il finit par exploser, excède par le comportement et toute cette mascarade.

« J'en ai assez ! Je ne suis pas ici pour déchiffrer des énigmes ou des silences. Je veux retrouver mon père ! Dites moi où il est ! DITES LE MOI ! »
« Quel caractère en effet, mais cela ne marche pas avec moi jeune homme.
elle était calme, presque amusée de la situation. Vous voulez savoir où est votre père ? Suivez moi. »

Après avoir donné une bourse et ce qu'il ressemblait à un message à la demoiselle, l'aveugle ressortit de la cabane, fit quelques pas et se retourna.

« Qu'attendez vous ? Je vous croyais pressé de retrouver votre père ! »

Philippe sortit, récupéra son cheval et suivit la femme sur un chemin pendant plusieurs kilomètres. Il lui posa de nombreuses questions sur son père, savoir où il était, s'il allait bien, ce qu'il faisait … mais il n'avait que le silence pour réponse. Enfin, à l'écart de Vannes se trouvait une petite église avec un cimetière à côté, comme beaucoup de villes à l'époque. Il crut tout d'abord que son père était dans cette église mais la femme passa par le cimetière, alors Philippe pensa à une autre entrée, cachée pour ne pas être repéré. Il la suivit jusqu'à ce qu'elle s'arrête face à une tombe. Machinalement, le duc baissa les yeux et put lire : Ci-gît Charles de Batz-Castelmore d'Artagnan, mousquetaire du roi. Il resta interdit devant cette inscription, n'y croyant pas, il secoua la tête négativement, refusant de s'abaisser à croire pareille imbécillité.

« Non, il n'est pas mort, c'est un leurre. »
« Mon garçon, j'ai assisté à son enterrement il y a quelques mois. Voilà pourquoi ses ennemis ne pourront jamais l'avoir. »
« Non, je n'y crois pas … Ce n'est pas possible. Qui aurait aidé mon frère sinon lui ? Il n'y a que cette tête de mule de paternel pour cacher un innocent, le mettre loin de ses siens. C'est sa spécialité de séparer les frères et d'en laisser un crever de chagrin. »


Il s'accroupit pour s'approcher de la pierre et effleura du bout des doigts les lettres du nom avant de reprendre.

« Il ne peut pas mourir ainsi, je n'y crois pas un … »

Philippe ne finit pas sa phrase, assommé en pleine parole par la femme aveugle. Elle avait bien visé la tête avec sa canne et le jeune duc s'effondra sur la plaque de la tombe. Tout fut noir pour Philippe et il perdit connaissance. Il ne savait pas ce qui l'attendait à son réveil, mis à part un sacré mal de crâne …

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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   02.01.13 0:56

La femme laissa le corps de Philippe s'effondrer sur la tombe. Elle n'y voyait pas, mais elle sentait très bien la présence des gens autour d'elle surtout quand ces derniers parlaient à voix haute sans se soucier un instant du reste alors que par là-même ils indiquaient leur position. Elle devait le reconnaître, de ce qu'elle avait touché de son visage, Philippe était quelqu'un de charmant pour son âge. Il respirait encore la jeunesse bien que l'absence de son père pèse lourdement sur son comportement. Cela se sentait dans sa voix, il y avait comme de la rage chaque fois qu'il parlait de son paternel. Mais il était incroyablement pataud. Elle s'était attendu à ce que le cadet des d'Artagnan soit comme son père, alerte, l'esprit toujours en ébullition, la méfiance comme principe vital. N'importe qui aurait pu suivre Philippe pour se servir de lui et atteindre son père. Mais ce dernier prenait toutes les précautions nécessaires. Quand ils étaient entrés dans le cimetière et qu'elle lui avait montré la stèle, il y avait eu un petit sifflement semblable au cri d'un moineau. Sauf qu'il était humain, il venait des sentinelles placées dans l'ombre à des endroits stratégiques pour confirmer qu'ils n'avaient pas été suivis. L'aveugle émit le même pour signaler de son côté que Philippe était hors d'état de nuire. Deux hommes encapuchonnés entrèrent dans le cimetière. Ils nouèrent ses mains dans son dos avec une corde épaisse et passèrent un bandeau noir très épais sur ses yeux. L'un d'eux le porta sur ses épaules comme un sac et se dirigea vers l'église lorsque l'aveugle l'arrêta d'un geste :

- La consigne est claire. Si l'un de ses fils le cherche, nous devons le laisser entrer après avoir vérifié qu'il n'était pas suivi. Il a le médaillon sur lui.

- Comment être sûr qu'il s'agit bien de Philippe d'Artagnan et que le médaillon n'a pas été volé. Nous ne pouvons le savoir avec certitude nous-même.

- Lui pourra le reconnaître ! Et s'il s'agit d'une imposture, il mettra fin à ses jours.

L'aveugle se dirigea vers Philippe et d'un geste sec elle arracha le médaillon de son cou. Elle se dirigea ensuite vers la tombe et caressa l'écriture comme le jeune homme l'avait fait juste avant elle. Elle s'attarde sur le "o" gothique de Castelmore puis, après une courte hésitation, elle plaça le médaillon dans le petit creux de granit. Doucement, elle tourna le bijou à l'intérieur, jusqu'à ce qu'il y ait un déclic. Elle s'écarta légèrement alors qu'un bruit étrange se fit entendre. Sous la stèle, la pierre tombale se mit à bouger légèrement dévoilant une entrée d'une cinquantaine de centimètres. L'ouverture était mince, mais le système n'était prévu que pour une seule personne. Elle dévoilait un trou qui semblait sans fond, très obscur. L'homme s'en approcha, plaça les pieds de Philippe dans l'ouverture et le maintint dans le vide. L'aveugle s'approcha de son visage, sortit un flacon à l'odeur très mentholée de sa tunique et le lui fit sentir pour lui faire reprendre ses esprits. Elle glissa à son oreille des consignes tout en lui plaçant le médaillon dans la main :

- Votre père n'aurait pas voulu que ça se passe comme cela, mais nous n'avons pas le choix. Son secret doit être préservé. Seul un d'Artagnan pourra sortir d'ici vivant. Vous aurez besoin de cela. Prenez garde à la réception, le sol est glissant dans ces oubliettes.

Elle fit un geste et l'homme lâcha Philippe dans le trou tout en rompant ses liens. La tombe se referma quelques instants à peine après son passage. Elle et les deux hommes disparurent rapidement, laissant Charles tout à son repos. Philippe quant à lui continua sa chute dans ces fameuses oubliettes. Le tunnel était si étroit qu'à chaque tournant c'était comme si on le rouait de coups. La pierre était trop lisse pour qu'il puisse s'y accrocher. Il dévala ce toboggan architectural pour finalement tomber à plat dos sur un sol meuble, qui amortit sa réception. Des couinements résonnèrent, provenant de rats énormes qui étaient surpris d'être dérangés dans leur train-train habituel. L'endroit était obscur et silencieux malgré la torche qui l'éclairait. La pièce rectangulaire avait une petite issue, de l'autre côté, une arche qui conduisant à un dédale infernal de couloirs. Alors que Philippe venait d'enlever son bandeau, il eut un bruit au dessus de sa tête. Un squelette tomba juste devant son nez, pendu à une corde. N'importe qui aurait hurlé et se serait probablement vu subir le même sort que lui. Mais Philippe n'était pas n'importe qui, il avait hérité de l'intelligence de la famille et il pouvait noter que le cou ne s'était pas rompu et que les os tenaient encore. En y regardant de plus près, ils avaient été soudés par un système de crochets. Ce n'était pas un pendu, mais un moyen d'écarter les curieux et de faire peur. Des bruits de pas se firent entendre et une lumière s'approcha. Après quelques instants une silhouette apparut dans le cadre de l'arche. Il s'agissait d'un prêtre. Il s'avança vers Philippe pour l'aider à se relever tout en parlant, d'une voix tremblante et essoufflée :

- Encore un malheureux en quête de réponses... Venez levez-vous... et suivez-moi... ces couloirs sont un vrai labyrinthe et il est facile de s'y perdre. Vous êtes dans leur prison... comme moi. La seule sortie est scellée à l'aide d'une serrure que je ne suis pas parvenu à comprendre. Qu'avez-vous fait pour qu'ils vous jètent dans ce puits ?

Le prêtre marchait péniblement, il boitait même un peu. Il portait une soutane rapiécée et un capuchon qui masquait le haut de son visage. Il avait comme un foulard sur son nez de sorte que seuls ses yeux soient visibles. Du foulard, il émanait une odeur forte de menthe, un cataplasme. L'homme décida d'anticiper les questions de Philippe :

- Pardonnez l'odeur... sans cela, il m'est impossible de respirer. Ils nous ont mis ici pour ne pas nous tuer et même s'ils font passer de quoi nous nourrir, boire et nous soigner, nous n'aurons aucune chance de partir... à moins de déverrouiller cette porte. Je prie chaque jour pour y parvenir, en vain. C'est le prix à payer pour avoir menti à Dieu... Mais qui êtes-vous mon garçon ?

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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   07.01.13 18:59

Le coup à la tête fut violent et Philippe n'eut pas le temps de le voir arriver. Inconscient, les gens autour de lui pouvaient faire ce qu'ils voulaient : le voler, le tuer et autres joyeuses idées de la sorte. Il ne vit rien de ce qui se passait, qu'on lui ait arraché son médaillon, l'ouverture de la tombe ni qu'on le plaça à l'entrée d'un tunnel sombre. Quelle surprise au réveil ! Une odeur mentholée le réveilla tout doucement, puis sentant le vide sous ses pieds, le gascon paniqua et essaya de se libérer mais c'était peine perdue. On allait le jeter là-dedans, dans un endroit sombre, une espèce d'entrée souterraine à la place de l'emplacement du corps de son père. Il écouta à peine les conseils, ne comprit pas qu'on lui replaçait son médaillon dans sa poche, juste :

« Prenez garde à la réception, le sol est glissant dans ces oubliettes.
Quoi ?? Les … »

Mais Philippe n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il fut lâcher et commença à glisser à grande vitesse. Il n'était pas bien épais, heureusement car déjà les parois le tapaient violemment et étaient trop lisses pour s'y accrocher, impossible de réduire sa vitesse. D'Artagnan croisa les bras, serra les poings pour poursuivre son périple en se faisant le moins mal possible mais c'était une mission impossible. D'un coup, il s'en vola quelques secondes avant d'atterrir sur le sol en hurlant un instant de surprise. Heureusement, le sol était mou mais l'endroit ne semblait pas bien accueillant. Non pire : c'était glauque. Des rats couraient partout autour de lui et fit se lever prestement le jeune homme. Mais où l'avait-on envoyé ? Si son père était dans les parages, il n'aurait pas trouvé pire endroit pour se cacher … A ce moment là une silhouette fit son apparition. L'espace d'un instant, le jeune homme crut à son père mais non, il ne s'agissait que d'un prêtre un peu trop bavard, pas vraiment le genre de son père. Philippe n'écouta pas la moitié de ses paroles, encore un peu sonner par sa descente monumentale.

« La seule sortie est scellée à l'aide d'une serrure que je ne suis pas parvenu à comprendre. Qu'avez-vous fait pour qu'ils vous jettent dans ce puits ? 
Je me pose la même question … » répondit à demi-voix le jeune homme qui s'époussetait.

Puis il regardait les lieux autour de lui. Mais qu'était-ce que ses souterrains en pleine campagne bretonne ? Pourquoi l'envoyer ici ? Personne ne lui a finalement dit où se trouvait son père. L'aveugle l'avait emmené jusqu'à la pierre tombale de son paternel mais il savait à présent que Charles était vivant, à moins qu'il soit à la mode de jeter des cadavre dans des tunnels sans fin ! Puis il se tourna vers le drôle d'homme d'église à moitié masqué qui empestait la menthe. Certes, les lieux ne sentaient pas la rose mais tout de même. Philippe tenta de le dévisager un long instant. Ce dernier lui parlait de la sortie par une grosse porte qu'il n'avait jamais réussi à ouvrir.

«  Mais qui êtes-vous mon garçon ? décidément cet homme était bien curieux !
Vous l'avez vous dit vous même tout à l'heure : un malheureux en quête de réponse. » répondit simplement Philippe en le fixant.

Mais l'homme ne lui inspirait guère confiance, il préféra se concentrer sur ce qui était apparemment la sortie. La porte était lourde, épaisse et avait l'air inviolable. Et cet espèce de prêtre, il n'en avait pas confiance, son instinct le lui hurlait. Des jours qu'il se trouvait ici à chercher comment ouvrir cette porte ? Pourquoi ? Cet homme était décidément louche, ne pas voir son visage n'était pas honnête, tout comme avoir été suspendu avant d'être jeté dans un tunnel par une aveugle et des malfrats. Si tout ceci était une idée de son père, Philippe se prêta à penser que le vieux Charles avait du perdre la boule ! Fixant la porte, d'Artagnan n'avait pas envie de l'ouvrir, tout ce manège l’agaçait et surtout ce prêtre à deux sous qui semblait l'observer. D'ailleurs, garçon pourtant aimable habituellement, le jeune homme commençait à en avoir assez, cela se ressentait dans son attitude mais aussi son regard froid, puis dans sa voix.

« Reculez. Non pas derrière moi, sur le côté. Et cessez de me fixer sinon je vous laisse crever en ces lieux ! » aboya t'il.

Ce n'était pas une attitude d'un garçon pieux et qui avait le respect de la religion. Ni d'un gentilhomme, soyons franc ! Philippe endossait l'attitude de l'ours mal léché, peu aimable. En cet instant, il ressemblait plus que jamais à son père. Observant l'homme se décaler, il s'attela à la porte pour en comprendre le fonctionnement. Caressant la paroi du bout des doigts, il y sentit un creux, en ovale, sans doute là où mettre la clé. Mais il n'avait nul clé sur lui et … D'un geste, Philippe porta sa main à son cou et sursauta de ne pas y sentir ses pendentifs. Où étaient le médaillon, la croix de sa mère et la bague d'Emmanuelle ? Fouillant ses poches presque hystérique, il fut soulagé d'y retrouvé son sésame et positionna la médaillon à l'endroit pour essayer. Après tout, on lui avait parlé plusieurs fois de ce médaillon depuis son arrivée, il fallait bien qu'il soit utile à quelque chose !

Miracle, le système s'enclencha et un lourd bruit de serrurerie se fit entendre avant que la porte ne s'ouvrit enfin avec un long grincement à glacer le sang. Passant la tête il y vit une drôle de pièce avec de nombreux documents sur une table. Vu le système pour y arriver, Philippe se demanda comment son père faisait pour venir ici, ne l'imaginant pas un seul instant passer dans cet étroit tunnel tous les quatre matins ! L'homme d'église entra juste derrière lui, visiblement pressé. Sans doute le geste de trop car en un éclair, le jeune duc tira son épée et la pointa sous la gorge de l'homme.

« Assez maintenant, vous n'avancez plus. Où est mon père ? Je ne vais pas tourner des heures durant dans un labyrinthe à jouer à cache cache ! OU EST IL ?  mais il n'obtint aucune réponse, il appuya donc un peu plus sa lame, effleurant la peau du cou. Enlevez le cache de votre visage, montrez vous ! »

Intérieurement, tout cela terrifiait le jeune homme mais l'énervait de minute en minute. L'homme face à lui ne bougea pas et finit enfin par montrer qui il était. Sous le coup de la surprise, Philippe fit deux pas en arrière, abaissa son arme et, tellement abasourdi qu'il ne put que murmurer :

« Papa. »

Devant lui se tenait son père, Charles d'Artagnan, en habit ecclésiastique (ce qui, en d'autres situations, aurait fortement amusé le cadet). Il ne l'avait pas revu depuis leur dispute juste après la mort d'Emmanuelle, cela faisait à présent plus de deux années. Il avait changé, vieilli, son visage avait vu se creuser de nouvelles rides. Toujours surpris, Philippe en fit tomber son arme au sol, le bruit retentit dans la pièce. Un long silence se fit entre un père et un fils qui n'avaient jamais connu une bonne relation, puis il était temps que le cadet rompe ce silence sur un ton froid.

« C'est comme cela que tu te caches ? Dans un habit d'une religion que tu détestes dans un sous sol grouillant de rats. Et ainsi que tu accueilles ton fils en le faisant assommer, passer dans un tunnel sans fin et te déguisant à ses yeux. Que voulais tu, que je rebrousse chemin ? »

Malgré une constante froideur, la voix s'était cassée sur la dernière question. Philippe était épuisé, perdait le sommeil et était envahi de questions. Il était si seul, depuis la mort de Marine, il vivait au manoir avec son fils et Barnabé et ne pouvait plus gérer. Il aurait eu besoin de son frère, mais celui-ci avec mystérieusement disparu … Et son père se faisait passer pour mort. Les retrouvailles n'étaient pas tendres mais Philippe avait fait assez de chemin pour montrer qu'il faisait des sacrifices. A Charles un peu de venir, et ce ne serait pas simple !


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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   24.03.13 0:29

Charles n'était pas devin, mais il devinait dans les réponses vagues de Philippe, qu'il était agacé, en colère. Il ne savait pas vraiment ce qu'il s'était passé à la surface, toutes les péripéties qu'on lui avait faites subir. Il le conduisit devant la porte en bois massif dont eux seuls avaient la clé. Il y avait une tension qui croissait à mesure que les minutes s'écoulaient. Le jeune homme examinait la serrure et semblait réfléchir. Son père attendait patiemment que le cheminement se fasse dans son esprit. Il en profitait pour le regarder. Ce n'était pas l'envie qui lui manquait de le prendre dans ses bras. Deux longues années avaient passé, elles furent difficiles et marquées par leur éloignement. Si Philippe était là, cela voulait dire que Barnabé avait parlé. L'idée ne l'enchantait pas mais dans le même temps, Charles était soulagé de voir que Philippe se portait bien. Planchet avait toujours eu un esprit fin, sous ses airs de majordome discipliné. A de nombreuses reprises il lui avait sauvé la vie. Désormais, il tentait de recoller les morceaux au sein de la famille. Son acte de "trahison" ne déclencha pas la colère du patriarche qui regardait Philippe d'un air plutôt attendri. Mais la situation changea du tout au tout en l'espace de quelques mots. Sous sa capuche il fronça les sourcils lorsque son rejeton proféra des menaces à son égard. Charles s'exécuta non sans rougir de colère. Là, à cet instant précis, il lui en aurait bien collé une à son garnement. Essayait-il de jouer au plus bourru ? Si tel était le cas, le défaite serait cinglante. Mais son fils fut traversé par un moment de panique, il chercha dans ses poches. Décidément, il était à cran ! Il en sortit le médaillon qu'il plaça dans la serrure. A la bonne heure ! Le mécanisme s'enclencha.

Après que la porte fut ouverte, Charles se hâta de se diriger vers le bureau mais fut surpris par le réflexe du cadet, qui sortit son épée et la pointa contre sa gorge, l'air impérieux et agressif. D'Artagnan fut confronté à deux possibilités. Philippe avait beau être Duc, il n'avait pas une expérience militaire très poussé. Charles aurait pu le désarmer avec facilité et au passage, lui faire passer l'envie de s'en prendre à lui ou de mal lui parler. L'idée lui traversa l'esprit et il hésita longuement, surtout quand la pointe insista sur son cou. Il préféra suivre une autre voie. Les confrontations avec Philippe avaient assez duré. Il n'avait pas imaginé les retrouvailles un jour, trop obstiné qu'il était pour admettre qu'il avait eu tort sur toute la ligne. Mais il savait que les choses ne pouvaient rester figées. Il ne tenait qu'à lui de changer le cours de leur histoire. Charles leva doucement les mains vers le capuchon et le fit tomber d'un geste habile sur ses épaules. Son visage sortit alors de l'ombre et provoqua le plus grand désarroi de son fils. Il avait pris dix ans depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Son visage s'était creusé, ridé. Ses cheveux, fins et sa barbe imposante ressemblaient à un nuage, blancs mais teintés de gris par endroit. La seule chose qui n'avait pas changé, c'était ses yeux, vifs, brillants de malice et d'astuce. Le silence tomba et Philippe recula de quelques centimètres, choqué, surpris. Il y avait de quoi. Le cadet ne put retenir ses mots et ses reproches. Un fait logique, auquel il s'attendait évidemment. Avant de lui répondre, Charles enleva sa soutane et la posa sur un gros meuble en bois, taillé de façon grossière. Il portait une tunique sombre, son fidèle mousqueton à la ceinture et une râpière que la robe avait masqué. En d'autres termes, s'il avait voulu tuer l'intrus, il l'aurait fait avec efficacité.


- L'habit de religion a eu l'effet escompté. Si je n'avais pas abaissé mon capuchon, tu penserais encore que ce vieillard puant était un prêtre. C'est exactement la même pensée qu'aurait eu l'ennemi. Si le subterfuge trompe ceux qui me connaissent bien alors c'est qu'il est efficace. Les rats ne sont pas de mauvaise compagnie. Quand ils s'agitent c'est qu'il y a quelqu'un.

Il s'avança vers le bureau ouvrit le tiroir et enleva une chaîne qu'il avait autour du cou. Le même médaillon que Philippe y pendait. Il le rangea dans le tiroir puis revint fermer la porte derrière eux. Il observa alors son fils et ajouta, d'une voix neutre :

- Ils ont pour ordre d'achever toute personne qui tenterait de me retrouver. Principe de précaution. Je leur ai dit qu'il y avait deux exceptions, deux personnes qu'ils devaient laisser en vie. Les deux ont un médaillon, Alexandre et toi. Je savais que la loyauté de Barnabé aurait ses limites... et que tôt ou tard, il vous viendrait la lubie, à toi et à ton frère de vouloir me retrouver. Tu n'as pas eu la meilleure des idées en venant ici, Philippe. Pour répondre à ta question, oui, j'aurais voulu que tu rebrousses chemin. Si j'avais su que tu étais là, je t'aurais même découragé moi-même. Mais puisque tu y es, assieds-toi.

Il lui désigna une chaise en bois, qui à première vue était aussi inconfortable que cette pièce. Il s'installa derrière le bureau et posa ses yeux sur Philippe. Il était heureux de le voir en vie... heureux de voir qu'il avait repris des forces. Ses yeux se posèrent sur son poignet caché par les vêtements. Il dit alors, las et fatigué, sur un ton sincère, où on sentait l'émotion :

- Alexandre m'a dit ce que tu as tenté de faire... je sais que tu en portes encore les marques. J'en suis désolé. Les choses n'auraient pas du se dérouler comme ça. J'ai commis une erreur terrible, que je ne me pardonnerais jamais. Tu n'aurais pas du venir. Je ne te dirais pas où il est et tu dois le comprendre. Le moment venu, tu pourras le retrouver.

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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   14.04.13 14:21

Quel choc ! Sous cette robe de moine se cachait son père ! Rien n'indiquait qu'il s'agissait de Charles d'Artagnan, même son propre fils s'était laissé prendre au piège. En effet, c'était un déguisement réussi et même déstabilisant, Philippe en était retourné. Voici deux ans que père et fils ne s'étaient pas revus face à face, la dernière fois les rôles étaient inversés : le jeune homme était dans un mauvais état et le mousquetaire en colère. Aujourd'hui, Charles avait vieilli, avait l'air fatigué et les yeux éteints alors que Philippe avait repris du poil de la bête, se portait bien mieux physiquement parlant. En même temps, si son père vivait dans cet endroit lugubre avec l'obsession qu'on le traque, cela n'aidait en rien à avoir une vie sereine et se détendre !

Mais il n'en revenait toujours pas ! Non, le jeune duc n'imaginait pas retrouver son père ici, habillé de la sorte et après tant de péripéties. C'était un véritable parcours du combattant, il était impossible de le retrouver, à moins d'une grande détermination et un sale caractère, tout ce qu'était Philippe à l'heure actuelle en fait. Il en avait eu rapidement assez qu'on le fasse tourner en rond, où personne ne voulait lui dire quoi que ce soit. Et l'étroit tunnel qu'il avait emprunté contre son gré pour tomber ici avait fini par achever sa sympathie et surtout sa patience. Ce fut payant puisque son père se tenait devant lui et lui parlait. Il avait beau être en colère et tendu, Philippe était tout de même content de revoir son paternel bien vivant devant lui. Malgré leur relation chaotique, le jeune homme adorait sa famille et n'aurait pas supporté que son père disparaisse, surtout sans avoir eu une vraie conversation avec lui. Un jour, ils devraient arrêter de se hurler dessus ou de se défier, ce n'était jamais bon. Mais si le jeune homme avait un peu haussé le ton, surtout sous l'effet de l'émotion, Charles semblait beaucoup plus calme, ce qui temporisait Philippe qui poussa un soupir de soulagement d'être enfin arrivé au bout de cette aventure.

« Tu n'as pas eu la meilleure des idées en venant ici, Philippe. Pour répondre à ta question, oui, j'aurais voulu que tu rebrousses chemin. Si j'avais su que tu étais là, je t'aurais même découragé moi-même. Mais puisque tu y es, assieds-toi. »

Cela n'était pas facile à entendre, savoir que son propre ère aurait voulu qu'il reparte, qu'il échoue ou baisse les bras, ce qui n'était pas le genre de la maison. Cela aurait été une occasion de se disputer, de reprocher à la légende mousquetaire tout un tas de choses comme un manque de compassion et d'abaisser le cadet, mais Philippe restait silencieux et obéit sans dire un mot pour s'asseoir sur l'inconfortable chaise de bois. Ses yeux azurs se posèrent sur son père, il attendait qu'il parle enfin, en savoir un peu plus. Mais quand les yeux de Charles se posèrent sur ses poignets, le jeune homme comprit qu'Alexandre en avait parlé. Philippe en voulut à son frère un instant et cacha ses mains en croisant les bras et baissa les yeux, honteux. Ce n'était pas quelque chose dont il voulait parler, surtout pas avec son père. Pourtant, loin de lui faire la morale, son père s'excusa ! C'était une grande première et Philippe se retint d'avoir une nouvelle expression de surprise face à ces paroles dont il ne s'attendait pas, bien qu'il ne voulait pas épiloguer là-dessus.

«  Alexandre m'a dit ce que tu as tenté de faire... je sais que tu en portes encore les marques. J'en suis désolé. Les choses n'auraient pas du se dérouler comme ça. J'ai commis une erreur terrible, que je ne me pardonnerais jamais.
Je ne veux pas en parler. marmonna le jeune homme, les yeux toujours baissé. Mais j'en veux plus à moi qu'à toi pour … ça. »

Il n'osait pas dire le mot, ni en parler lus, le ton était suffisamment clair pour clore cette histoire. S'il en voulait à son père de son indigne comportement qui avait poussé Philippe à partir, il ne pouvait pas non plus lui en vouloir pour cette tentative désespérée, et quelques autres, qui n'était l’œuvre que d'un cœur brisé et une âme en berne. Charles dut comprendre vu qu'il poursuivit sur autre chose.

« Tu n'aurais pas du venir. Je ne te dirais pas où il est et tu dois le comprendre. Le moment venu, tu pourras le retrouver.
Non, je ne le comprends pas. il avait relevé la tête, le ton était plus calme, posé, mais ferme. Tu t'excuses pour ton comportement envers moi mais tu réitères avec Alexandre. Tu l'isoles, l'enferme avec ses propres démons. Il est tout seul, il n'a que sa tristesse comme compagnie, tu crois que cela va l'aider à aller mieux ? Non, je sais de quoi je parle … et toi aussi tu devrais le savoir. »

Il est vrai que les trois hommes de la famille d'Artagnan avaient en commun d'avoir perdu la femme qu'ils aimaient, dans des circonstances différentes mais la finalité était la même, ils avaient eu le cœur meurtri et ils avaient du apprendre à remonter la pente. Charles s'était plongé dans le travail, Philippe avait voyagé puis retrouvé quelqu'un, il fallait aider Alexandre à s'en sortir. Après la dernière phrase de Philippe, il y eut un silence où le jeune homme fixait son père, attendant une réaction de sa part.

« Je ne peux pas le laisser tout seul, c'est plus fort que moi. Il est mon frère ! La solitude, les regrets, les remords, les cauchemars, je sais ce qu'il endure dans je ne sais quel endroit tu l'as caché. Ce sont les accumulations de ces choses qui font qu'on arrive à certaines extrémités. Laisse moi le revoir. Il a besoin de nous … et j'ai besoin de voir mon frère aussi. »

La voix s'était brisée sur la dernière phrase, Philippe avait une boule dans la gorge et inspira profondément pour ne pas laisser apparaître les larmes qui voulaient monter à ses yeux. Ces derniers temps, depuis la mort de Marine, ce fut un chaos constant pour le jeune d'Artagnan qui ne savait plus quoi faire, ni sur quel repère se reposer. Il devait tout assumer : son père disparu, son frère accusé de meurtre sur sa femme et ses enfants (qui n'avaient pas été retrouvés), sa propre vie qui n'était pas de tout repos avec Cédric qui lui tournait autour et la guerre qui approchait. C'était trop pour un garçon comme lui, toujours fragile mentalement, même s'il remontait la pente petit à petit. Il était encore loin du bonheur total et ne savait plus vraiment à quel saint se vouer, il s'épuisait petit à petit.

« Tu sais ce qu'il faudrait faire ? Me laisser voir Alexandre et que nous rentrions tous les trois. Je sais, tu vas trouver cela insensé mais nous savons qu'il est innocent et même s'il est enfermé à la Bastille, tu as la clémence du roi, il te laissera le temps de mener l'enquête de prouver qu'Alexandre n'est pas un meurtrier. Qu'il soit enfermé par toi ou la justice royale, cela reste une prison de toute manière, autant cesser de le mettre en cavale, cela le rend encore plus coupable aux yeux du monde ! Je ne peux pas être le représentant d'une famille disloquée, que l'on accuse facilement, je n'en est pas la carrure, je ne peux pas assumer cela tout seul … »

Toujours assis, il se prit la tête dans les mains, tenta de se contenir. Il avait toujours refusé de pleurer devant son père, une espèce de défi pour montrer qu'il était plus fort. Mais c'était trop, toute cette accumulation l'empêchait d'avancer et il ne voulait pas que sa famille soit un boulet alors que ça devenait le cas. Il passa les mains sur son visage mais il n'arrivait pas à empêcher les larmes de venir noyer ses yeux azurs, ni retirer cette boule dans la gorge qui cassait sa voix et la faisait trembloter.

« Je suis tout seul et je n'en peux plus. C'est épuisant de toujours entendre parler d'un père qui a disparu du jour au lendemain, d'un frère meurtrier pour tous … Je t'épargne d'autres problèmes, ce qui incluait Cédric mais j'ai aussi la guerre à faire. Je ne suis pas un militaire contrairement à toi ou Alexandre et je suis le seul qui vais devoir me battre. Ça me terrifie, tu ne peux pas savoir à quel point. Et être seul ne m'aide pas, même si Barnabé est là, Arthur aussi et … il laissa un blanc d'une seconde, se rendant compte que son père ne savait pas l'existence d'un fils, et qu'il valait mieux éviter de mentionner Élodie … j'ai besoin de ma famille, j'ai besoin de mon frère, j'ai besoin que tu reviennes … papa. »

Il n'avait pas prononcé ce mot depuis bien longtemps, et voilà qu'il le prononce deux fois en quelques minutes : par surprise et par désespoir. Il appelait son père souvent par son prénom ou disait ''le père'' pour mettre de la distance. Agir ainsi avec tant de désespoir et redire papa prouvait bien que Philippe avait plus en tête que simplement revoir son père et tenter d'approcher son frère …

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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   12.06.13 21:26

Charles n'avait jamais été un homme capable d'épancher ses émotions à toute une assemblée. Il était connu pour être assez froid, pour savoir cacher tant les blessures que les sentiments. Mais il n'était pas inhumain. Il comprenait le lien qui unissait ses deux enfants et il l'avait toujours encouragé, à une exception près... Il avait tout fait pour les séparer après la mort de la fiancée de Philippe parce qu'il avait pensé à ce moment là que c'était la meilleure chose à faire pour les protéger. Une erreur qu'il ne se pardonnerait jamais et en la matière, c'était définitif. Entêté comme il l'était, difficile de le faire changer d'avis, d'ailleurs les paroles du cadet n'y firent rien. Le vieux d'Artagnan était aussi intransigeant que tolérant. Il écouta le plus jeune parler. Intérieurement il était heureux et rassuré de le revoir. Deux années avaient passé et même s'il avait toujours gardé un oeil sur lui, le dialogue ne fut jamais restauré. Alors que Philippe lui tenait tête et qu'il allait le remettre en place avec son mauvais caractère, célèbre par delà même les frontières, ce que le jeune homme ajouta le stoppa net et son visage ne s'empourpra pas, contrairement à d'habitude. Il resta de marbre, imperturbable lorsque les larmes commencèrent à faire briller les yeux azurs de son "petit" garçon qui le dépassait d'une bonne tête, désormais plus grand que lui par la taille et plus en forme par les muscles aussi. Philippe était bien bâti, il avait la fougue, la jeunesse qui s'échappaient peu à peu de son père. Et pourtant la vie ne l'avait pas épargné. En repensant à leur famille, Charles dut bien admettre que le destin ne les avait pas raté... S'il avait été croyant, et superstitieux, il se serait rappelé de la malédiction proférée par Milady, alors qu'il l'avait achevée. Mais Charles était quelqu'un de terre à terre, un parfait blasphémateur athée, qui conspuait la religion autant que les sciences occultes. A l'instar de Saint Thomas, il ne croyait que ce qu'il voyait. Tout ce qui touchait de près ou de loin à des croyances l'agaçait. Philippe était croyant et même pratiquant. Cela avait toujours gêné son père et combien de fois s'étaient-ils disputés à ce sujet ? Pourtant, aujourd'hui, ça n'était pas un miracle qui allait se produire, mais deux. Et ça aurait du l'inciter à prier au moins quelqu'un, en guise de "remerciement". Alors que Philippe ne pouvait retenir ses larmes, son père s'approcha, le visage impassible. On pouvait s'attendre à tout... à ce qu'il lui mette une gifle pour lui faire reprendre ses esprits, à ce qu'il le sermonne, voire même à ce qu'il l'ignore et change de sujet. Mais au lieu de ça, Charles ouvrit ses bras. D'un mouvement ferme et plutôt énergique, il prit Philippe dans ses bras pour le serrer contre lui. Il n'avait pas fait ça depuis que le cadet avait fêté ses douze ans !

- Tu n'es plus tout seul... je suis là, tu m'as retrouvé, même si tu n'aurais pas du. Non pas parce que ça me dérange, mais parce que je ne le mérite pas. Je t'ai dit des choses... que je regrette, profondément. Le jour où je t'ai mis dehors, j'avais la conviction que ça allait vous préserver ton frère et toi. Je croyais que les choses allaient cesser, que vous alliez pouvoir continuer vos vies sans que rien ne vienne vous atteindre. Je n'ai jamais eu le coeur de ta mère, Philippe. Je n'ai jamais su vous rassurer comme elle le faisait. Mais j'ai toujours voulu ce qui était bien pour vous deux.

De toute sa vie, Charles ne s'était jamais livré de façon aussi profonde sur ce qu'il ressentait. La remise en question n'était absolument pas son fort, l'autocritique non plus. Pourtant, même avec cette ouverture soudaine, on sentait qu'il n'était pas du tout à l'aise et qu'il avait de nombreuses barrières sentimentales encore. Contrairement au cadet, ses yeux n'exprimaient rien, habitués depuis très longtemps à retenir la moindre petite larme. Tout était dans le ton de voix, dans l'attitude paternelle (enfin !) et calme du vieil homme, touché par le passage des années et l'inquiétude. Aussi rapidement qu'il avait fait le geste, et aussi brutalement peut-être, il le défit, s'éloignant de son fils en regardant ailleurs. Non, les embrassades, les épanchements d'émotions ça n'était pas du tout son fort. Mais sous son masque de vieux grincheux, Philippe put voir qu'il y avait bel et bien un homme, tapi au fond de l'armure. Sans doute le voyait-il pour la première fois de sa vie d'adulte. Il s'en souviendrait davantage, très probablement que cette étreinte qu'il avait reçue à douze ans, parce qu'il avait réussi une première partition au violon. Cette scène ne sortirait jamais de ces murs. Et en cela l'endroit était parfaitement choisi. Qui suspecterait un homme de se cacher au fond d'une crypte, dans un environnement tout à fait macabre et sombre ? A la réflexion, Charles n'aurait pu rêver d'un meilleur endroit pour se terrer. D'ici, il avait des yeux sur tout le monde, des oreilles surtout et de nombreux rapports de ses agents. Il savait tout, ou presque. En ce qui concernant Philippe, il était au courant pour son enfant, pour sa femme, Elodie. Mais il ne lui en parlerait pas, non pas parce que ça ne l'intéressait guère mais parce qu'il n'avait pas le temps, et le moment était mal choisi de toute façon pour mettre au jour ce dossier !

- J'ai beaucoup de choses à te dire, Philippe, énormément de secrets à t'apprendre mais le temps nous presse. Il faut que tu te ressaisisses. Je sais que les choses sont difficiles et que tu n'as pas forcément envie d'aller trop vite. Pourtant il le faut, aujourd'hui, nous avons tous deux bon nombre de tâches à mener à bien.

Il caressa sa barbe fournie et grise, qui le vieillissait encore plus. Il était obstiné, il ne lui dirait pas où était Alexandre. Et il reprit :

- J'ai commis une erreur avec toi, oui, je le sais. Mais avec ton frère, c'est complètement différent. Il est accusé de meurtre, la moitié de l'armée est à sa recherche ! On l'accuse d'avoir tué Marine, Aurore et Guillaume ! Le peuple veut sa peau et si quelqu'un le retrouve, ses ennemis l'auront ! Tu penses vraiment que toi et moi, nous ne sommes pas épiés ? Je suis son père, tu es son cadet, cela fait de nous les principaux artisans de sa disparition. Si je n'avais pas la confiance du Roi, je serais sans nul doute interrogé par ses hommes ! Et crois-moi, s'ils pratiquent nos techniques d'interrogatoire, ils ne sont pas tendres. Ta route s'arrête ici mon garçon et il n'y a pas de mais qui tienne. Nous serons bientôt en guerre, et en cette période de crise, la justice sera expéditive, tu peux me croire. Je ne vais pas risquer que ton frère se fasse découvrir, pas après tout ce que j'ai fait pour le mettre à l'abri. Je n'ai pas encore les preuves de son innocence ! Maudits soient ces gueux qui ne veulent voir qu'un monstre et qui en modifie leur vécu ! Heureusement que mon habit de prêtre me va à ravir, rien de tel que le confessionnal ou le lit de mort pour entendre la vérité...

Il n'avait jamais caché son mépris de la religion mais en se déguisant en prêtre et en trompant les gens de la sorte, en plus du blasphème, il se parjurait. Certains en auraient été ébranlés et paniqués, d'avoir autant souillé leur âme. Pas le Grand Charles, quand il en parlait, il avait cette lueur, la flamme d'un démon intelligent et observateur, qu'il cachait dans la vie courante. D'Artagnan père avait vieilli, malgré les marques du temps, il gardait tous ses esprits et il semblait même encore plus redoutable qu'à l'accoutumée. Il sortit un épais cahier du vieux secrétaire et l'ouvrit. Sur ce journal d'investigation, il y avait des croquis, des cartes faites à la main, des ratures et bon nombre d'annotations quasiment illisibles. Il le montra à Philippe :

- J'ai trois confessions, toutes pour des mensonges. Deux des paysans m'ont avoué avoir inventé toute leur histoire de toute pièce mais le dernier m'a dit qu'il avait croisé Alexandre au cimetière... Et qu'il avait rajouté qu'il était en possession d'une pelle. Ce qui bien évidemment est complètement faux. Or, quand le meurtre s'est produit, et ça, j'en mettrais ma main à couper nom de Dieu, Alexandre était au cimetière, sur la tombe de votre mère. Qui que soit le meurtrier, il savait que ton frère ne rentrerait pas directement, cela réduit considérablement le champ des possibilités puisque nous savons toi et moi qu'aucun de nous trois n'en parle quand il va parler aux morts. Donc, il s'agit d'un proche de ton frère. Ce n'est pas nous, c'est soit un mousquetaire, soit un noble. De plus, Aurore et Guillaume sont très certainement vivants. Personne n'a trouvé de cadavre sur place, autre que celui de Marine. Tant que je n'aurais pas l'assassin, ton frère restera caché. Il faut des preuves, point final.

On venait de frapper au mur. Charles ignora le coup qui se répéta à nouveau. Agacé, il poussa un juron que l'autre type derrière le mur prit pour une invitation à parler :

- J'apporte des nouvelles de Bertheaume Monsieur...

Le visage de Charles vira à l'écarlate et il vociféra :

- IMBECILE !!! PARTEZ AVANT QUE JE NE VOUS TROUE EN DEUX !!! ET ALLEZ AU DIABLE !!!

Il n'y eut plus un bruit. Charles lança un regard assassin à Philippe, comme s'il le mettait au défi de faire le moindre commentaire. Si son fils avait un brin de jugeotte et ça il en était sûr, il allait vite faire le rapprochement entre Bertheaume et le lieu où Alexandre était caché...

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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   01.08.13 21:24

Ce n'était peut-être pas le bon moment de se mettre à pleurer, à craquer, mais on ne contrôle pas ce genre d'émotions bien longtemps et quand cela avait décidé de sortir, impossible de lutter contre. Voici donc Philippe au bord du gouffre face à son père. Jamais il n'avait voulu pleurer devant lui, par fierté, par défi aussi. Une façon de montrer à son paternel qu'il pouvait être aussi dur que lui, qu'il ne se laissait pas abattre. Les deux n'arrivaient jamais à s'entendre, alors qu'ils étaient plus similaires qu'ils ne le pensaient. En tout cas, une chose était sûre, ils avaient le même caractère, cette même fierté gasconne qui les faisaient rester sur leurs positions. Mais là, le jeune homme se sentait tellement seul ces derniers temps, il restait fragile encore de ses deux années passées loin des siens et n'aimait plus la solitude, savoir sa famille loin de lui. C'était bien la première fois qu'il s'exprimait avec tant de sincérité face à son paternel, même s'il savait pertinemment que cela n'aurait pas d'effet. Quand Charles se leva et se dirigea vers son cadet, la première pensée qui vint dans l'esprit de Philippe fut que son père allait lui en mettre une pour lui remettre les idées en place. Jamais, non jamais, il n'aurait imaginé que son père le prenne dans ses bras et le serre si fort, de façon si ... paternelle. Le jeune duc eut un hoquet de surprise et resta tétanisé l'espace de quelques instants. Et les mots du vieux d'Artagnan l'achevèrent matière de sentiments. Son père s'excusait, s'en voulait et avait même parlé de sa défunte épouse, la regrettée mère de Philippe. Trop d'émotions en si peu de temps, Philippe avait voulu cela depuis des années sans que cela n'arrive, connaissant la tête de mule du patriarche. Il y eut un énorme poids arraché au cœur du duc qui se détendit d'un coup, profitant de cet instant qui n'était pas prêt d'être réitéré. Puis ce fut la fin de cette étreinte et Philippe essuya ses larmes du revers de sa manche pour avoir une attitude plus digne.

Il était temps de parler sérieusement, sans cris ni hurlements, avoir une vraie discussion d'adulte. Une discussion d'un père à son fils. Même s'ils n'étaient pas d'accord sur de nombreux points, il y a des choses qui ne changeront jamais, il fallait au moins arrêter les secrets. Philippe voulait que son père et son frère revienne, ce qui n'était pas l'intention de Charles, qui lui prouva sa théorie par a+b.

 »Tu ne veux pas le ramener à Paris, fort bien. Mais laisse-moi voir mon frère, je refuse que tu le laisses avec sa solitudes et ses idées noires. Le ton était net, décidé, puis se radoucit. Si vraiment tu es désolé de ce qui m'est arrivé, ne fais pas la même chose à Alexandre … »

Mais il ne fut pas écouté, Charles était occupé à chercher un carnet où il avait annoté ses confessions. C'était illisible, mal écrit et indéchiffrable. C'était sans doute fait exprès mais Philippe ne put penser à ces soirées à faire de la calligraphie, que son père lui faisait refaire encore et encore parce que telle boucle n'allait pas, que ses O n'étaient pas assez ronds ... Voire cela l'amusait un peu intérieurement, mais cela montrait aussi que son père pensait son fils aîné innocent et qu'il ferait tout pour le prouver. Le jeune homme voulut proposer son aide, même s'il ne pouvait s'en occuper directement, il pourrait avoir de l'aide d'Elodie, donc des mousquetaires, mais aussi d'Apolline en tant que femme du peuple passant partout. Mais un coup se fit entendre, puis un autre, ce qui agaçait son père, puis l'homme derrière le mur se mit à parler.

« J'apporte des nouvelles de Bertheaume Monsieur … »

Cela mit en colère Charles qui se mit à hurler des insultes et des menaces sous le regard surpris de son cadet, qui ne comprenait pas pourquoi autant de hurlements pour quelques renseignements. Il y eut un petit silence puis Philippe fronça les sourcils.

« Pourquoi t'énerves-tu ? Ce ne sont que des informations sur un vieux fort délabré, où plus personne ne met les ... pieds. Il comprit et leva les yeux vers son père. Il était évident que tu caches ton fils dans un endroit aussi lugubre, à la pointe du monde ! »

Il retint un sarcasme mais son visage montrait qu'il n'était pas bien ravi de savoir Alexandre à l'écart du monde ainsi, vivant dans des ruines humides, avec vue sur la mer qu'il regarde.

« Tu ne peux pas le laisser là-bas, par le temps qu'il fait, il va attraper la mort ! Et le connaissant, il pourrait se laisser mourir. Il y a bien d'autres endroits à l'abri du monde bien plus confortables. Et comment sais-tu qu'il se porte, à part par des tes messages couards ? Tant qu'il est vivant, pour eux il va bien ! Le ton était un peu monté et Philippe fit quelques pas pour se ressaisir. Alexandre a besoin de nous, pourquoi ne le gardes tu pas près de toi ? Bertheaume, mais quelle idée stupide ... »

C'était lâché, finalement chassez le naturel, il revient au galop. Philippe savait en partie ce que traversait son frère aîné, ce vide au fond de soi, ce coeur en miettes, cette envie de ne plus être de ce monde, ou que le monde ne soit plus là autour de soi. Il connaissait cela très bien et avait vécu dans la solitude. Ce qui l'a sauvé ? Des personnes qui lui ont tendu la main sans trop savoir ce qu'il avait. Et Philippe voulait aider son frère, lui comprenait. Il passa ses mains sur son visage et souffla pour se calmer, avant de dire sur un ton qui ne laissait pas de place à la négociation :

« Je veux le voir. Et si tu refuses, tu sais très bien que j'irais seul. Et s'il y a tes hommes pour me barrer la route, je les jette à la mer. Et s'ils me font quoi que ce soit ... Il se retint de dire "ce sera ta faute" car il ne voulait pas le dire à haute voix. Je veux le voir. Qu'il sache que personne ne l'abandonne, que je crois en lui. Comment on sort d'ici ? »

Il se mit à chercher dans la pièce mais rien n'indiquait une sortie. Et le messager de toute  à l'heure était bien passé par quelque part pour sortir, le tunnel n'était qu'une simple entrée. Il ouvrit la porte, se saisit d'une torche et se mit à chercher un chemin potentiel. Il avait son caractère lui aussi et était homme de parole, il y avait peu de demi-mesure dans ce jeune duc. Il aperçut un tunnel, peut-être le chemin puis il se tourna vers son père.

« Puisque tu as l'air de préférer t'occuper de rats et de confessions de menteurs, je vais m'occuper de mon frère. Apparemment, je dois tout faire. Si tu ne veux ni m'accompagner ni accepter ma proposition de retourner à Versailles, adieu papa. »

Il n'y avait pas de méchanceté dans ses paroles, peut être un léger froid mais il fallait bien comprendre que Philippe n'arrivait pas à suivre son père. Il s'était excusé de son comportement envers lui il y a deux ans, mais réitérait de même avec Alexandre. Il voulait protéger sa famille mais la laissait se désagréger ... Le jeune homme avança dans le long tunnel noir et humide, resserra son écharpe autour du cou et avança, main sur le pommeau de l'épée, au cas où. Si les premiers pas furent décidés, il hésitait au fil des mètres. Il y a des choses qu'il aurait bien voulu parler avec son père. Il ne voulait pas que Charles ne connaisse jamais l'existence d'un autre petit fils, ou qu'il l'apprenne par quelqu'un d'autre. Puis cela avait plutôt bien commencé, cette fois c'était Philippe qui avait fait sa tête de mule. Il voulut rebrousser chemin à plusieurs reprises mais finalement continua, jusqu'à voir un peu de lumière au loin. Il se retrouva au milieu de nulle part, la grotte était en parti cacher par des plantes grimpantes, peu fournies en cette saison, non loin d'un lac. Il ne savait pas du tout où il était, son cheval était resté dans le cimetière où il avait été conduit tout à l'heure. Retrouver Hébé était sa priorité, puis de Vannes, il trouverait le fort de Bertheaume, et donc son frère. Le plan était simple alors qu'un vent se leva. Mais il n'était pas sûr que Philippe garde ce plan aussi linéaire, car il était encore moins sûr que son père le laisse faire ....

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Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

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MessageSujet: Re: Un sacré jeu de piste... (PV Philippe d'Artagnan)   11.09.13 22:10

Hélas pour Charles, ce qu'il craignait arriva... Son fils cadet qui avait hérité de l'intelligence familiale ne tarda pas à comprendre que Bertheaume était le lieu où son frère aîné logeait actuellement. Il était vif d'esprit et futé. Depuis son enfance, le Mousquetaire savait qu'il aurait du pain sur la planche pour tromper la vigilance de Philippe. Le plus sûr moyen de le faire, consistait à le maintenir à l'écart, à l'éloigner au maximum de lui. La curiosité de son fils était aussi légendaire que sa passion pour les voyages. Un trait qu'ils avaient en commun mais qui irritait profondément Charles. Le patriarche n'appréciait guère qu'on lui tienne tête et avec ses deux enfants, il était un véritable tyran. Alexandre n'avait jamais eu l'audace de lui dire non puisque pour lui, il restait un modèle à suivre. Par contre, pour le plus jeune, il peinait à se faire obéir. Fatalement, il l'écouta réfléchir à voix haute... « Pourquoi t'énerves-tu ? Ce ne sont que des informations sur un vieux fort délabré, où plus personne ne met les ... pieds... Il était évident que tu caches ton fils dans un endroit aussi lugubre, à la pointe du monde ! ». Lugubre mais sécurisé ! Il s'agissait d'un vieux fort ou personne n'aurait l'idée d'aller à moins d'être fou, suicidaire ou très bien informé. D'Artagan père n'apprécia pas l'air réprobateur de son fiston. Il avait pris une bonne décision, là-dessus il n'en démordrait pas. Philippe jugea bon de continuer et de prétendre le contraire ce qui mît le vieil homme en pétard un peu plus... « Tu ne peux pas le laisser là-bas, par le temps qu'il fait, il va attraper la mort ! Et le connaissant, il pourrait se laisser mourir. Il y a bien d'autres endroits à l'abri du monde bien plus confortables. Et comment sais-tu qu'il se porte, à part par des tes messages couards ? Tant qu'il est vivant, pour eux il va bien ! Alexandre a besoin de nous, pourquoi ne le gardes tu pas près de toi ? Bertheaume, mais quelle idée stupide ... ». Charles tapa de ses deux poings sur le bureau. Il se fit mal mais n'en montra rien, par pure fierté. On avait peine à croire que cet homme qui dépassait la cinquantaine avait encore une telle force. Philippe venait de provoquer la tempête. Il répliqua acerbe et tranchant sans le quitter des yeux, le visage marqué par la fureur :

- Couards ? Stupide ? Tu veux que je t'en mette une pour te montrer ma couardise ? Tu es peut-être un homme mais ça ne m'empêchera pas de te corriger si nécessaire ! Je t'interdis de m'insulter ! Je suis ton père, et quand je dis que c'est comme ça, ce n'est pas négociable ! Stupide ? Vraiment ? Je crois que tu n'as pas bien saisi la situation ! Ton frère est considéré comme un assassin ! Le crime a été tel que la populace veut la tête d'Alexandre pour en faire un exemple ! Voilà où nous en sommes ! S'il venait a être capturé, tu crois qu'il serait exécuté sous combien de temps ? La Justice serait expéditive sur cette affaire, il y a d'autres choses à penser, la guerre... Les combats sont impopulaires, alors il faudra bien contenter les braillard à un moment donné ! Tu préfère brader la vie de ton frère ? Je n'ai pas de leçons à recevoir de toi Philippe ! Tu te complais dans l'insouciance, dans ta vision idéaliste, dans tes voyages ! Tu es complètement immature et tu n'as aucune idée des complots qui se trament autour de toi et des stratégies qu'il faut mettre en place pour les déjouer ! C'est bien pour ça que je ne t'ai jamais informé de ce que je faisais. J’échafaudais des stratégies avant même que tu parles ! Les chiens sont lâchés et ton frère est la proie ! Bertheaume est un vieux débris mais nom de Dieu c'est une excellente cachette ! Personne n'ira l'y trouver, j'ai pris toutes les précautions pour cela et je ne laisserais pas une fouine mal embouchée détruire tout ce que j'ai mis en place !

L'éclat de voix résonna dans la pièce. Charles était catégorique et il ne comptait pas revenir sur la décision qu'il avait prise. Philippe tenta visiblement de prendre sur lui pour éviter que la conversation ne devienne stérile et ne vire au déchirement, même si cela en prenait dangereusement la direction. Les tensions entre eux deux étaient d'habituelles. Ils se ressemblaient énormément, à faire leur forte tête, à s'obstiner dans positions contradictoires. Le passe-temps favori de Philippe était de contredire son paternel. Celui-ci se doutait bien que le cadet allait foncer à Bertheaume dès qu'il serait dehors. Dans un sens, il n'avait pas tort. Alexandre avait besoin de compagnie... Charles ne pouvait pas prendre le risque de voir son aîné tomber aussi bas que le jeune Duc. Il veillait sur ses enfants avec l'invincible conviction qu'il pourrait tout le temps les protéger. Mais il piétinait leur libre-arbitre... Il en avait conscience et c'était ça qui l'énervait le plus, le fait qu'ils fassent eux-mêmes leurs choix. « Je veux le voir. Et si tu refuses, tu sais très bien que j'irais seul. Et s'il y a tes hommes pour me barrer la route, je les jette à la mer. Et s'ils me font quoi que ce soit ... Je veux le voir. Qu'il sache que personne ne l'abandonne, que je crois en lui. Comment on sort d'ici ? ». Philippe se mit à chercher une issue pour quitter la cachette de son père. « Puisque tu as l'air de préférer t'occuper de rats et de confessions de menteurs, je vais m'occuper de mon frère. Apparemment, je dois tout faire. Si tu ne veux ni m'accompagner ni accepter ma proposition de retourner à Versailles, adieu papa ». Le jeune homme se mit en chemin vers la sortie. Charles le laissa faire et réfléchit intensément à la situation. Si Philippe voulait retrouver Alexandre il en aurait toutes les possibilités maintenant. Et il allait le faire, il ne pourrait pas le raisonner. Par contre, il n'allait pas s'en tirer à si bon compte. Il s'élança à son tour dans les tunels, avançant en confiance puisqu'il les connaissait par coeur. Il arriva à la sortie et le vent siffla. Il attrapa Philippe par le bras avec brutalité et pointa un doigt menaçant à deux centimètres de son visage.

- Je ne t'accompagnerais pas à Bertheaume, parce que j'ai dit tout ce que j'avais à dire à ton frère. Par contre, je n'en ai pas terminé avec toi.

Il leva la main comme pour le battre. Mais il ne lui mit pas de gifle. Il ne s'en sentait pas le courage. Philippe avait tout simplement le sens de la famille qu'il avait essayé de préserver en feignant de ne pas s'y intéresser lui-même. Il secoua la tête et le relâcha. Ce qui ne l'empêcha pas de pester et de blasphémer, encore :

- Allez au diable tous les deux ! Nom de Dieu ! Vous êtes aussi obtus que votre mère ! Elle aussi, quand elle avait une idée dans la tête, elle n'en démordait pas ! Va rejoindre ton frère à Bertheaume et disparais ! Tu me donnes mal au crâne ! Mais sois prudent et vigilant. Personne ne doit te voir aux alentours du fort. Je vais annoncer ton arrivée aux gardes. Et je t'interdis, FORMELLEMENT, de le faire changer de lieu ! Il est en sécurité là où il est, en attendant de trouver mieux pour lui. Il est recherché, sa vie est mise à prix. Pour tous, hormis sa famille, c'est un assassin. Sache que je ne l'ai pas obligé à y rester. Il a accepté de le faire de lui-même. Les gardes assurent sa protection, c'est tout. Et ils me donnent des nouvelles. Je n'irais pas à Versailles, mais nous nous retrouverons sur le front. Suis la berge du lac jusqu'à apercevoir un champ de blé. Traverse le champ vers le nord et tu trouveras l'entrée de la ville. Maintenant fiche-moi le camp...

Blasé, il fit un geste de la main pour qu'il déguerpisse et lui tourna le dos pour retourner dans sa planque, qui mine de rien était une véritable forteresse secrète. Il commençait à être lassé de devoir toujours batailler pour faire respecter ses ordres... ça l'usait plus qu'il ne l'aurait fallu...

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