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 "Une femme d'esprit est un diable en intrigue." [Eléonore - Emmanuelle]

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Le souvenir d'un homme et d'une enfant.
Côté Lit: Un homme aussi froid que le glace pourvoit à le réchauffer en ce moment
Discours royal:



    Princesse sombre
    Du Royaume des ombres.


Âge : 28 ans
Titre : Dame de Noirange, comtesse de Vaunoy
Missives : 287
Date d'inscription : 06/08/2011


MessageSujet: "Une femme d'esprit est un diable en intrigue." [Eléonore - Emmanuelle]   30.05.12 16:26

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Dans l’église de Saint Germain l’Auxerrois, plus un seul banc ne semblait libre et les fidèles déambulaient dans l’allée pour aller communier. Seule, agenouillée sur son banc, Emmanuelle terminait ses prières usuelles avant de se recueillir en silence.
Un instant, ses yeux se posèrent sur la figure du célébrant. Ses cheveux avaient blanchi, mais son regard restait aussi acéré qu’auparavant et à son doigt, brillait toujours cet anneau dont elle portait la réplique sur elle. Sa chasuble recouverte de fils d’or brillait aux rayons du soleil qui transperçaient les vitraux et pendant quelques secondes, il eu l’air d’un saint homme. La vision de cette auréole solaire tira un sourire à Emmanuelle qui se signa avant de se rasseoir.
La venue de l’évêque de Vannes avait suscité un large engouement dans la cité, mais Emmanuelle avait peu de doutes concernant les affaires qui avaient amené son supérieur à Paris. Outre la rencontre avec l’archevêque de Paris, elle savait qu’il profiterait de ce passage pour régler des points plus…jésuites.

Mais déjà le chant de sortie résonnait dans la nef, se répercutant sur les parois de pierre et la procession s’ébranla.
Passant devant la jeune femme encore recouverte de sa mantille noire, l’évêque eu un regard entendu, auquel répondit brièvement Emmanuelle en retenant un soupir…l’homme ne cesserait-il donc jamais ? Même en plein office, celui-ci était capable de songer à l’Ordre !
Elle attendit toutefois que la procession soit rentrée dans la sacristie pour s’agenouiller à nouveau quelques instants, guettant le mouvement de la porte.
Deux enfants de chœurs sortirent…puis trois autres…il en restait un qui ne tarda pas, suivi du vicaire de Saint Germain. Puis le curé et ce fut tout. Dès que celui-ci eu claqué la porte de l’église à présent silencieuse, Emmanuelle se signa et compta mentalement le troisième confessionnal dans lequel elle s’agenouilla. Elle entendit la portière claquer peu de temps après, de l’autre côté du grillage.

-Je suis heureux de vous voir toujours aussi fidèle à votre foi, madame.
-Pourquoi ne le serais-je plus ? Mon devoir n’est-il pas de servir Dieu et ses œuvres terrestres ?
L’évêque répondit par un silence éloquent.
-Votre voix n’est pas aussi assurée que les mots que vous couchez sur le papier…souhaitez-vous confesser une faute ?
-A dire vrai…
-Je vous écoute, répondit l’homme d’église d’un ton neutre. Je ne suis plus qu’un prêtre, à présent.
-Bien, commença Emmanuelle, respirant profondément pour chercher ses mots… l’on m’a donné un pouvoir que j’ai longtemps pu contrôler et comprendre, mais aujourd’hui, j’ai peur de douter de mes capacités.
-Le doute est humain, même le plus saint des hommes le ressent un jour.
-Mais je ne sais pas si aujourd’hui je suis à la hauteur d’une tâche que l’on m’a confiée. Je m’y efforce, mais le doute s’immisce de plus en plus, me poussant presque à renoncer.
-Si l’on vous a donné ce pouvoir, c’est que l’on savait votre foi et vos épaules inébranlables, prêts à supporter le poids d’un monde s’il le fallait. La confiance que l’on vous accorde doit pouvoir vous aider.
-Mais l’on m’a confié cela il y a de nombreuses années.
-Saint Pierre a-t-il renoncé ? Le Christ l’a fait son premier représentant, lui a donné les clefs du Royaume de Dieu. Il a douté, a renié le Christ, mais n’a failli dans cette tâche.
-Je ne suis pas Saint Pierre, monseigneur.
-Non, mais chacun tend à devenir saint.
Face au silence de la jeune femme qui s’était muré dans le mutisme, l’évêque repris.
-Est-ce tout ?
-Oui, dit-elle d’une voix basse.
D’un geste machinal, il prononça les quelques phrases d’absolution alors qu’elle se signait, la poitrine libérée d’un poids qui l’oppressait depuis quelques jours.

-Bien, reprit l’évêque après un court silence, comme si les doutes d’Emmanuelle ne l’avaient perturbé. Nous sommes sous le regard de Dieu, nous ne pouvons que bien parler. Dites-moi quel chemin prend notre grand projet.
-J’ai contacté le baron de Sola, comme nous l’avions convenu. Celui-ci est prêt à nous aider, ainsi qu’à venir à Rome. Toutefois, pour le préserver d’un scandale qui pourrait éclabousser son trône, il ne sera pas la main dont nous avons besoin.
-Je comprends, répondit le général d’une voix égale. Je lui accorderai tout mon soutien et si l’on apprend en effet que ses mains sont ensanglantées, cela risque de causer du tord à Rome et au Danemark.
-Vous m’aviez parlé d’une autre personne.
-En effet. Eleonora Sobiewski. Fille bâtarde, femme en fuite et mère rancunière. L’Ordre connaît tout le secret de sa naissance. En échange de notre silence, elle est prête à nous rendre les services que l’Ordre lui demandera.
-Je me souviens de cette affaire…mais…une femme ?
-N’en n’êtes-vous pas une ?
-Mes mains sont encore pures…
-Et les siennes non. Aussi elle sera la main, le bras de l’Ordre dans cette affaire. Vous partirez uniquement à trois et je vous charge de diriger cette affaire, comme vous la menez rondement depuis le début.
Le compliment tira un sourire à la jeune femme qui hocha la tête en signe d’assentiment.
-Je me ferais annoncer chez elle dès que je quitte cette église. J’espère qu’elle sera aussi réceptive que vous me le laissez entendre.
La voix d’Emmanuelle s’était légèrement durcie, réflexe involontaire lorsqu’elle se sentait à nouveau telle une marionnette entre les mains agiles – et habiles – du général.
-Ne m’en voulez pas, madame. Je sais que votre liberté réside dans ces ordres.
Emmanuelle ne répondit rien, connaissant la faculté de l’homme à prêcher le faux pour obtenir le vrai. Elle ne voulait pas lui donner cette chance de la découvrir un peu plus et hochant la tête sans mot dire, sortit du confessionnal.
-Un instant ! Voici son adresse.
Elle souleva le rideau de velours, pris le billet passé entre les grilles de bois et quitta l’église, ôtant sa mantille sur le parvis.


La rue de Saint Martin était calme en cette fin de matinée, les familles déjeunant. Les fumets se dégageaient des fenêtres entr’ouvertes et quelques cris de cuisinières aux commis passaient au travers des volets tirés pour garder la chaleur des maisons.
Emmitouflée dans son manteau d’hiver, Emmanuelle compta le nombre de maisons, se demandant si un jour, la ville numéroterait chacune des habitations.
Elle parvint enfin à destination, passa sous un porche avant de frapper quelques coups discrets à la porte.
-Qui est-ce, demanda une voix méfiante ?
-Mademoiselle de Noirange. Je souhaite m’entretenir avec votre maîtresse.
-Elle n’est…
-Dites-lui que je ne souffrirai aucune attente.
La voix implacable d’Emmanuelle fit néanmoins ouvrir la porte et après quelques minutes de patience dans le hall, elle entendit enfin les pas de ce qui semblait être Eléonora Sobieska.

-Mademoiselle, salua-t-elle en s’inclinant courtoisement. Diane de Noirange, comtesse de Noisy. Je vous prie de m’excuser pour cette visite impromptue, mais je crains que vous n’ayez refusé de me recevoir si j’avais du coucher sur le papier la raison qui m’envoie.
Elle posa sur la jeune polonaise à la chevelure flamboyante un regard franc.
-Oserais-je vous demander que nous puissions poursuivre notre conversation dans un endroit plus…approprié ? L’objet de ma venue touche votre famille et ne peut être un bruit de couloir.

La voix douce était toutefois insistante, mais Emmanuelle avait su déceler dans le regard de la rouquine cette intelligence féminine propre aux plus grandes comploteuses. Le général se trompait rarement sur la nature humaine et elle espérait qu’il ne s’était pas trompé sur les motivations de la jeune femme. Si elle acceptait, le projet pourrait prendre un nouveau tournant.

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MessageSujet: Re: "Une femme d'esprit est un diable en intrigue." [Eléonore - Emmanuelle]   03.09.12 14:49

Agenouillée sur le sol glacial de la petite chapelle seulement éclairée par un pâle rayon de lumière qui pénétrait par un vitrail poussiéreux et par les quelques bougies posées devant l'image sainte, Éléonore Sobieska se recueillait. Il y avait dans ses gestes religieux, ses prières, une forme d'ostentation toute droit venue des pays de l'Est dans lesquels on supposait que la foi la plus ardente se manifestait dans les gestes les plus spectaculaires. Aussi la jeune Polonaise s'était-elle confessée à un frère capucin puis s'était-elle cloîtrée pendant toute la journée dans cette minuscule pièce que la demeure bourgeoise achetée comme pied-à-terre à Paris avait conservé des temps médiévaux. Pendant des heures entières, elle avait prié sans s'arrêter ni même pour manger ou pour dormir. Éléonore savait qu'elle avait de nombreuses fautes à se faire pardonner, de nombreuses âmes pour lesquelles prier. A commencer par la sienne. Elle n'avait pas choisi la voie la plus facile pour se sauver, bien au contraire ses mains étaient irrémédiablement tâchées des traces du péché mais Dieu avait des desseins impénétrables. La plupart du temps, elle se savait agent de Ses volontés mais parfois, le doute l'assaillait et elle éprouvait le besoin de jeûner, d'ignorer les besoins de son corps pour se rapprocher d'un état mystique. C'était rare mais toujours impressionnant surtout de la part d'une femme qui ne pouvait rester en place plus de quelques minutes. Éléonore entendait les bruits de pas derrière la porte, les chuchotis de ses serviteurs, peu nombreux - elle n'avait pas les moyens d'entretenir une grande maisonnée -, et surtout encore ignorants de ses habitudes. Mais elle ne leur prêtait aucune attention. Dans sa communion avec le Seigneur, tout ce qui n'était pas céleste ne la concernait plus. Ou presque car souvent revenait à son esprit le visage de son frère et ses ambitions qui n'avaient rien de très dévot.

Chargée des affaires pieuses de la reine – oui, ce titre était pompeux et quelque peu exagéré, les missions d'Eléonore se résumaient à visiter des couvents ou des orphelinats pour juger s'ils étaient dignes de la charité de la reine, la jeune femme se trouvait régulièrement à Paris avec un peu de temps libre. C'était d'autant mieux car elle pouvait devenir folle dans l'atmosphère empesée de la maison de la reine dans laquelle elle s'ennuyait comme jamais. Elle y avait des amis, certes, comme Jean de Baignes ou Sofia di Parma et même quelques victimes (ce n'était pas bien difficile vu l'entourage disparate de Marie-Thérèse) mais elle avait l'impression d'étouffer dans cet univers qui lui rappelait le château de Cracovie à l'époque où sa belle-mère voulait lui apprendre à coudre et l'obligeait à rester des heures assise. Ses journées de liberté dans la grande ville lui apportaient sa dose d'oxygène nécessaire pour survivre à Versailles. Parfois, se trouver face au Palais-Royal la plongeait dans une profonde mélancolie car elle songeait invariablement à sa visite au duc d'York quelques années auparavant quand son ventre s'était arrondi après la nuit passée avec Andrew. Mais Éléonore n'était pas connue pour ruminer bien longtemps ses mauvais souvenirs. Sinon elle pourrait y passer le reste de sa vie. Ce jour-là, elle n'ignorait pas la venue de l'évêque de Vannes dans la capitale mais pour avoir grandi loin d'ici, elle n'avait pas saisi l'importance de cet événement. Non seulement pour les centaines de Parisiens qui s'étaient déplacés pour l'entendre prêcher et encore moins pour son propre destin.

Éléonore fut dérangée dans un énième Ave Maria par quelques coups discrets frappés à la porte. Elle choisit tout d'abord de les ignorer mais en entrouvrant les paupières, elle distingua la silhouette d'une servante de la maison qui tremblait de son impertinence.
- Oh Madame, je suis tellement navrée de vous déranger...
- Que se passe-t-il d'assez important pour que vous osiez venir jusque dans ma retraite... ? Souffla Éléonore, en se redressant avant de compléter d'un ton acerbe, les cavaliers de l'Apocalypse sont-ils donc à nos portes ?
Jugeant que sa remarque pouvait être de fort mauvais goût dans l'endroit où elle se trouvait, elle se signa rapidement et entreprit de darder un œil noir sur celle qui lui faisait face. Elle n'était pas souvent en colère et au fur et à mesure des paroles de la petite qui lui expliquait qu'une mystérieuse dame en noir semblait avoir quelque chose à lui dire et refusait d'attendre, elle sentait déjà diminuer son courroux au profit de sa curiosité. Une telle visite impromptue semblait cacher quelque chose et la jeune Polonaise avait assez l'habitude des complots pour sentir ce qui paraissait louche. Pour toute autre personne, la perspective de se plonger dans une affaire floue était terrifiante ou peu motivante. Dévorée par l'envie d'en savoir plus, Éléonore, elle, se releva lentement et se dirigea à larges pas vers l'entrée. L'arrivée de cette dame au plein milieu des ses prières, n'était-ce pas un signe envoyé par Dieu ?

-Mademoiselle, Diane de Noirange, comtesse de Noisy. Je vous prie de m’excuser pour cette visite impromptue, mais je crains que vous n’ayez refusé de me recevoir si j’avais du coucher sur le papier la raison qui m’envoie.

La femme devant Éléonore s'était inclinée avec politesse mais sa voix était d'une fermeté telle que la Polonaise en avait rarement entendu. Elle ne la connaissait que depuis quelques secondes mais déjà elle avait saisi qu'elle avait à faire à quelqu'un qui n'avait pas l'habitude qu'on puisse la contester. L'autorité et le charisme qui se dégageaient d'elle suscitèrent l'intérêt de la rousse. Si elle n'avait eu qu'une intrigante sans épaisseur devant elle, elle n'aurait eu aucun regret à la mettre à la porte. Mais un pressentiment l'étreignait. Quelque chose qui lui disait que cette femme au visage inconnu encore quelques minutes plus tôt – encore que, elle lui rappelait vaguement une personne croisée à la cour – allait jouer un rôle capital pour elle, qu'elle était de son niveau. Et si Éléonore n'avait pas pour habitude de se méfier de son instinct, le désir d'en savoir plus la poussa vers cette Diane de Noirange.

- Madame, s'inclina Éléonore, qui ne tremblait pas malgré les privations de ces derniers jours, soyez assurée que je suis prête à vous écouter...
- Oserais-je vous demander que nous puissions poursuivre notre conversation dans un endroit plus…approprié ? L’objet de ma venue touche votre famille et ne peut être un bruit de couloir.

Le cœur de la Polonaise rata un battement. La seule famille qu'elle avait, c'était son frère adoré, Jan. Que lui était-il arrivé ? Quel lien cette comtesse avait-elle avec lui ? L'intérêt qu'elle pouvait avoir pour les paroles de madame de Noirange se démultiplia et un trait inquiet plissa son front. Parler de sa famille, c'était le meilleur moyen de se faire ouvrir toutes les portes. D'un geste, elle demanda à sa domestique de retourner aux cuisines et fit pénétrer son invitée dans un petit salon entièrement décoré de boiseries comme c'était la mode à la fin du Moyen Âge. La pièce n'était pas chauffée comme le reste de la demeure mais le feu qui brûlait dans le corps d'Eléonore l'empêchait de sentir le froid.

- Ma famille ? Est-ce l'Hetman Sobieski qui vous envoie, madame ?

Son ton était devenu plus pressant et plus anxieux aussi. Elle voulait savoir à n'importe quel prix. Mais elle se contenta de garder un silence pesant tout en observant les gestes de Diane, en les analysant. L'intrigue faisait partie d'elle. C'était aussi le cas de la femme en face d'elle. Entre elles, il n'y aurait pas de jeu, pas de paroles en l'air, de promesses prêtées d'un ton badin. Non quand deux comploteuses se rencontraient, on pouvait craindre le pire de leur conversation.

- Je suppose que si vous êtes venue me voir, c'est que vous savez qui je suis même si j'ignore comment vous avez eu mon adresse et mon nom. Je ne supporte pas les fourberies et l'hypocrisie à mon égard. Quoi que vos ayez à dire, allez droit au but. Et je ne suis pas assez naïve pour penser qu'il n'y aura pas de contrepartie, je vous écoute également.

Éléonore n'avait même pas pensé à offrir quoi que ce soit à boire à la femme ou même à lui proposer de s'asseoir sur l'une des chaises de la pièce. Elle se tenait debout, pâle et ardente, maigre et les flammes qui brillaient dans ses yeux laissaient presque penser qu'elle avait de la fièvre. Elle était prête à se lancer dans une nouvelle bataille.
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MessageSujet: Re: "Une femme d'esprit est un diable en intrigue." [Eléonore - Emmanuelle]   24.10.12 22:41

Emmanuelle n'avait pas la patience des longs discours et depuis bien longtemps, savait qu'aller droit au but évitait de nombreuses hésitations sans fin. Eléonore devait être de ces pâtes taillées pour les intrigues bien plus lourdes que des affaires de cours et à l'expression de son visage, Emmanuelle savait qu'il était inutile d'user avec elle de formules allambiquées construites dans l'unique but de ne froisser les plus hautains.
Le regard et la réponse de la polonaise la confirmèrent dans ses attentes. Elle ne savait comment, mais depuis qu'elle portait cet anneau à son doigt, il lui conférait assurance et influence. Aucun ordre n'avait été dévoyé et elle avait su ranger à ses côtés les âmes désignées par son mentor.

L'attitude d'Eléonore Sobieska n'était pas aussi sereine qu'une femme innocente et sans ajouter un mot de plus, Emmanuelle la suivi dans un petit salon boisée aux tons médiévaux. La jeune femme jeta un oeil à la cheminée éteinte et ne regretta pas la cape qu'elle avait gardé sur ses épaules.
- Ma famille ? Est-ce l'Hetman Sobieski qui vous envoie, madame, avait reprit la Polonaise en refermant la porte derrière elles?

Emmanuelle n'avait osé trop s'avancer dans la pièce et balaya un regard inquisiteur sur la décoration. La sobriété était de mise et se mêlait tant à l'ancien que l'on pouvait se croire dans ces vieux châteaux habités quelques siècles auparavant. Elle se retourna après cette courte inspection, mais conserva son attitude solennelle. Aucune entente n'avait été scellée, aucun mot plus haut que les siens ne devaient s'échapper.
-Non, madame, mais j'ai quelques services à vous demander et je sais que vous serez à la hauteur des attentes de celui qui m'envoie.
-Je suppose que si vous êtes venue me voir, c'est que vous savez qui je suis même si j'ignore comment vous avez eu mon adresse et mon nom. Je ne supporte pas les fourberies et l'hypocrisie à mon égard. Quoi que vos ayez à dire, allez droit au but. Et je ne suis pas assez naïve pour penser qu'il n'y aura pas de contrepartie, je vous écoute également.

Emmanuelle eu un petit rire à la réaction de la jeune femme, bien naturelle. Marchant quelques pas sur le tapis de la pièce, elle se planta devant la cheminée sombre et silencieuse, détaillant les gravures de chasse ciselées sur le manteau.
Eléonore était de sa veine, toutes deux pourraient s'entendre si elle acceptait de marcher à ses côtés. Un sourire aux lèvres, elle se retourna enfin et posa son regard clair sur la jeune femme.
-Je n'aime as tourner autour de pots brisés, madame. Celui qui m'envoie vous connaît, ainsi que votre famille, depuis votre naissance et peut-être même avant. Vous ne le connaissez pas sous son réel nom, mais dans l'Ordre que je représente, nous l'appelons Général...ou le Pape Noir.
Elle ôta son gant gauche et montra le rubis avant de le camoufler à nouveau.
-Je suis ici pour le représenter. Ce que j'ai à vous dire doit donc rester dans cette pièce et n'être confié à personne d'autre qu'à moi. Ca n'est donc pas la comtesse de Noisy qui vous parle aujourd'hui, mais le Général des Jésuites.

La voix douce et ferme n'admettait aucune réplique et signifiait aisément qu'elle serait rapidement informée du moindre manquement à cette règle. Ce qu'elle lui dévoilerai sous peu n'était connu que de Sola et del'évêque et ni l'un ni l'autre n'avait à gagner dans la divulgation d'un tel complot. La polonaise serait tue bien rapidement.
Ne pas dévoiler immédiatement à la jeune femme qu'elle était le Général elle-même permettait de la garder dans une certaine confiance. Elle s'adressait à l'un de ses saints, mais le revers de cette médaille pouvait être la volonté de la polonaise de ne s'adresser qu'au "Pape Noir".
Mais l'attitude, le regard de Sobieska la trompait peu et Emmanuelle savait pertinemment qu'elle perdait quelques secondes à s'assurer de sa loyauté.
-Je vous sens prête à accepter tout ce que je vous proposerai, ajouta-t-elle dans un demi sourire en se rapprochant d'elle. Je vous parlerai sans détours car je vous dois la vérité si vous nous rejoignez.

Sans attendre une invitation de la part de la polonaise, elle ramena ses jupes et s'assit dans l'un des deux fauteuils, l'enjoignant d'une main à s'asseoir dans le second. L'explication pouvait être plus longue que prévu, Emmanuelle détestait rester debout, telle une inquisitrice.
-Le Général connaît votre nom depuis toujours ainsi que vos origines, commença-t-elle d'une voix qui avait perdu de sa fermeté. Nous vous offusquez pas, prévint-elle, l'Ordre n'a que pour but de protéger ces secrets, de les tenir éloignés d'oreilles et d'yeux mal avisés. Nous n'avons nul but politique, mentit-elle dans une parfaite innocence.
Votre famille a accepté cela, mais à présent, nous avons besoin de votre aide.


Elle se redressa dans le fauteuil, croisa ses mains et posa son regard pénétrant sur la jeune femme.
-C'est à l'unique contribution que nous vous demandons. L'Ordre n'a besoin que de vous. Et de vos talents, reprit-elle.
Elle se tut à nouveau, ramenant de l'ordre dans ses idées. Tout n'était pas à dire, mais tout n'était pas à cacher non plus. Eléonore devait apprendre des choses aujourd'hui, sous peine de les connaître plus tard par un tiers...et sans que ceci ne soit sous son contrôle.
-Nous vous suivons depuis la Pologne, madame. Nous pouvons vous protéger totalement, vous connaissez certainement l'Ordre pour ne pas douter de cela. Nous savons donc que vos talents nous serons particulièrement utiles à Rome. Vous n'êtes pas sans savoir qu'un nouveau Pape vient d'être élu. Un Barberini, lâcha-t-elle sans retenir un soupir. Il ne fera qu'éloigner l'Ordre de Rome, poursuivre ses oeuvres envers les jansénistes, afin de ramener à lui ces brebis égarées volontairement! Barberini est un faible et un idiot, élu à coup d'argent et qui, sur le trône céleste, ne fera que détruire l'oeuvre de son prédécesseur.

Elle s'arrêta, fermant un moment les paupières pour ne pas laisser l'amertume guider ses mots. Lorsqu'elle les rouvrit instantanément, ce fut pour soutenir les prunelles d'Eléonore.
-Ce Pape ne peut rester en place, dit-elle froidement. Voulez-vous visiter Rome dans les mois qui viennent?

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MessageSujet: Re: "Une femme d'esprit est un diable en intrigue." [Eléonore - Emmanuelle]   07.12.12 0:21

Sans un mot de plus, d'un œil froid, Éléonore Sobieska observait son invitée impromptue aller et venir devant elle. La dame de Noirange avait eu un petit rire devant le discours de son interlocutrice mais la Polonaise ne s'en vexa pas – son état d'esprit actuel ne lui en laissait pas le loisir de toute façon. Quelque chose, une intuition lui disait que ce n'était pas moqueur. Un rire qui se rapprochait plus de la connivence, de la complicité que de la joie même. Pendant que la comtesse approchait de la cheminée sans feu, appréciant visiblement le port de son manteau alors que la jeune femme, vêtue d'une simple robe ne ressentait pas le froid, Éléonore posa les paumes sur le dossier d'un fauteuil pour se donner une contenance et pour se sentir en position de force. Mais clairement, c'était Noirange qui menait la conversation et qui lui disait bien ce qu'elle voulait lui dire. Il y avait quelque chose de troublant dans le profil de cette femme outre le fait qu'elle ressemblait à quelqu'un qu'elle connaissait mais dont elle n'aurait pu dire le nom. Elle avait des traits affirmés mais sombres. Des pommettes hautes, un œil noir, dont l'iris brillait d'une lueur étrange qui approfondissait le regard, un sourire un peu tordu en coin. Quand on était une intrigante comme Éléonore, il fallait avoir un peu d'intuition pour survivre en ce bas monde et malgré toutes les erreurs qu'elle avait pu commettre, elle n'en manquait pas. Combien de fois avait-elle senti tourner le vent en sa défaveur et s'était échappée à la dernière minute ? Bien plus qu'elle ne pouvait compter, sans ce don, sa tête aurait déjà fini sur un billot bien des fois. Et elle avait l'habitude de s'y fier : après tout, n'était-ce pas une conviction irrésistible qui lui disait que son frère serait un jour roi ? Que sa silhouette, son charisme, son courage étaient ceux d'un homme qui portait une couronne ? C'était cette intuition-là qui avait conduit toutes ses actions de ces dernières années. Qui conduisait son existence.

Et Diane de Noirange dégageait une impression de puissance et d'intrigue qu'on ne pouvait nier. Éléonore l'avait su dès qu'elle avait pénétré chez elle même si elle en ignorait encore la raison. Bien peu se risquaient jusque dans cette petite bâtisse où la Polonaise vivait peu, elle passait plus de temps à la cour, ne serait-ce que pour mener son enquête sur Ulrich de Sola ou servir directement la reine, il fallait donc que cette comploteuse ait une raison bien définie. Mais si elle rongeait son frein en attendant ce que la femme pouvait bien lui vouloir, elle savait déjà que ce ne serait pas bien innocent. Quelque chose qui concernait sa famille. En quoi cette femme était-elle liée à la famille Sobieska ? Pourquoi s'adresser à elle pour des « services » ? Elle sentit ses doigts se crisper sur la chaise et tous ses muscles se tendre. Non décidément, il valait mieux que Noirange aille droit au but.

- Je n'aime pas tourner autour de pots brisés, madame. Celui qui m'envoie vous connaît, ainsi que votre famille, depuis votre naissance et peut-être même avant. Vous ne le connaissez pas sous son réel nom, mais dans l'Ordre que je représente, nous l'appelons Général...ou le Pape Noir. Je suis ici pour le représenter. Ce que j'ai à vous dire doit donc rester dans cette pièce et n'être confié à personne d'autre qu'à moi. Ce n'est donc pas la comtesse de Noisy qui vous parle aujourd'hui, mais le Général des Jésuites.

Éléonore jeta un coup d’œil à la main gauche de la comtesse pour voir apparaître furtivement un rubis qui disparut bien vite sous un gant mais resta silencieuse car . En un éclair, elle avait compris. Elle n'avait jamais eu directement à faire à la Compagnie de Jésus mais les membres de cet ordre étaient bien présents en Pologne où ils avaient été apportés par la reine française et où ils avaient gagné en popularité pendant la guerre en combattant l'envahisseur suédois hérétique sans faiblir. Et comme tout ce qui était un peu occulte et secret... Éléonore connaissait. Être contactée directement par une représentante du Général confirmait tout ce qu'elle avait pensé jusque-là. Mais pourquoi la comtesse faisait-elle allusion à sa naissance dont elle ne savait rien ? Son père avait toujours refusé de dire quoi que ce soit de l'identité de sa mère et de la date même de sa venue au monde... En quoi cela concernait-il le Pape noir ? Éléonore se tendit encore. Elle était sur les nerfs et ne souhaitait rien d'autre que Diane de Noirange en vienne vraiment au but de sa visite.

- Je ne parlerai à personne de cette rencontre, madame, soyez-en assurée. Tout ce que vous me direz restera entre ces murs. Continuez, je vous prie.
- Je vous parlerai sans détours car je vous dois la vérité si vous nous rejoignez.

La comtesse s'était assise dans un fauteuil et invita Éléonore à faire de même. Celle-ci hésita une seconde puis s'exécuta bon gré mal gré :

- J'aimerais comprendre... Pourquoi parler de mes origines ? Je suis de naissance obscure, cela est bien clair...
- Le Général connaît votre nom depuis toujours ainsi que vos origines. Nous vous offusquez pas, l'Ordre n'a que pour but de protéger ces secrets, de les tenir éloignés d'oreilles et d'yeux mal avisés. Nous n'avons nul but politique. Votre famille a accepté cela, mais à présent, nous avons besoin de votre aide.

La Polonaise ne comprenait pas réellement où Noirange voulait aller en lui tenant ce discours bien peu clair aussi se contenta-t-elle de froncer les sourcils pendant que la dame avait embrayé sur le thème de la papauté. Si à l'origine les Jésuites lui étaient entièrement dévoués, il était certain qu'on pouvait parfois se demander qui contrôlait l'autre. Et visiblement, ce Barberini n'avait guère d'affinités avec le Pape noir pour ce que celui-ci veuille se débarrasser de lui. Éléonore avait déjà entendu dire que le pape actuel était faible et idiot et elle qui avait espéré obtenir son soutien pour mettre son frère sur le trône, elle savait bien qu'elle ne pouvait pas compter sur un tel homme. Était-ce pour cela qu'on s'adressait à elle ?

- Ce Pape ne peut rester en place, termina-t-elle froidement, voulez-vous visiter Rome dans les mois qui viennent ?

Un sourire s'ébaucha sur les lèvres d’Éléonore et elle se pencha à son tour pour affirmer d'un ton joyeux qui correspondait fort mal aux circonstances :

- On dit que rien n'est plus beau que Rome au printemps et j'ai toujours rêvé de voir le Vatican de mes propres yeux... Partout, on vante la beauté de la chapelle Sixtine... Mais dites-moi, quels sont donc les talents auxquels vous faites allusion ? En quoi une femme sans ressources comme moi pourrait-elle vous êtes utile ? Au Général et à cet ordre si puissant auquel vous appartenez ?... Qu'attendez-vous réellement de moi ?

Elle se recula sur son siège et posa ses coudes sur les accoudoirs pour joindre ses mains d'un air pensif. Elle était clairement amusée par les sous-entendus de Diane de Noirange. Que savait vraiment l'ordre de sa vie ? Avait-elle été suivie, surveillée pendant toutes ces années ? Les Jésuites formaient-ils donc bien cette toile d'araignée dangereuse à souhait maintes fois dénoncée par ces brebis galeuses de jansénistes ?

- Mais vous vous rendez bien compte que je ne vous répondrais pas par l'affirmative par simple affection pour l'intrigue ou simplement pour dissimuler des informations que vous avez sur moi et pour lesquelles votre simple certitude ne peut pas plus faire pencher la balance que la protection d'un frère puissant. Qu'aurais-je à gagner à prendre tous ces risques ? A tout abandonner pour aller faire du tourisme à Rome ?

L'excitation se lisait désormais dans son regard. C'était là que cela pouvait devenir intéressant. Presque inespéré pour quelqu'un qui n'avait eu aucun résultat concret dans sa mission depuis longtemps, la faute aux mensonges et à l'hypocrisie des puissants. Mais en croisant les yeux de Diane de Noirange, elle se dit que peut-être il s'agissait de tout autre chose. Ne disait-on pas que s'ils étaient prêts à tout pour atteindre leur but, les Jésuites détenaient aussi de noirs secrets ?


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MessageSujet: Re: "Une femme d'esprit est un diable en intrigue." [Eléonore - Emmanuelle]   11.02.13 1:19

Emmanuelle détestait tergiverser dans ce genre de discussions. Il n’y avait aucune diplomatie à avoir, surtout lorsque la conversation tournait autour d’une dette à rendre. Dès que le Général avait parlé de Sobieska, elle avait su que la polonaise serait une candidate idéale. A ce qu’elle avait entendu sur la jeune femme, il n’y avait que peu d’âmes aussi froides que la sienne lorsqu’il s’agissait de....travaux manuels. La survie l’avait peut-être poussé dans ces retranchements, mais c’était la vision que s’était faite Emmanuelle de la rouquine.

Elle ne pu s’empêcher de rendre un sourire complice à la jeune femme. Installées face à face dans les fauteuils, elles se faisaient face, comme deux soudaines complices d’un même crime.
La réponse d’Eléonore ne pu que plaire à Emmanuelle. L’évêque de Vannes avait encore parfaitement choisi ses sbires. Toutes deux, jointes à Sola, ne pourraient qu’oeuvrer royalement à Rome!

- Mais dites-moi, quels sont donc les talents auxquels vous faites allusion ? En quoi une femme sans ressources comme moi pourrait-elle vous êtes utile ? Au Général et à cet ordre si puissant auquel vous appartenez ?... Qu'attendez-vous réellement de moi ?

Elle s’était attendue à cette question. Elle était parfaitement légitime et fort heureusement, Emmanuelle avait su préparer quelques réponses. Même imparfaites, elles pourraient certainement rassurer la jeune femme sur ces points.
Mais avouer que des talents de criminel étaient ce qu’elle recherchait relevait d’une certaine délicatesse qu’elle perdait parfois. Aussi, elle pris le temps de la réflexion avant de réponse à Eléonore. Il ne fallait pas laisser s’échapper une si belle alliée!
-Les jésuites sont dans de nombreux pays occidentaux, c’était là le souhait d’Ignace de Loyola lorsqu’il fonda la Compagnie de Jésus, expliqua-t-elle. Il nous est parfois très aisé de trouver témoignages et informations touchant une personne que nous connaissons depuis bien longtemps, comme vous, par exemple. Ca n’est pas de l’espionnage, dit-elle dans un sourire, mais nous pouvons ainsi savoir quels sont nos alliés de confiance. Par talents, j’entends ceux d’être aussi discrète qu’une renarde, mademoiselle. Et peut-être libre, si je ne me trompe pas.

Elle se tut un instant, se penchant vers la jeune femme, plantant un regard franc dans le sien.
-Ce serait vous tromper que de ne pas vous parler de ce qui vous fait fuir et parfois vous cacher, mademoiselle. Mais à Rome, nous avons besoin d’âmes fortes ...et de mains qui acceptent de toucher le sang.

Sa voix s’était soudainement faite plus grave. Les mots n’avaient été prononcé à la légère et par cette franchise peut-être déroutante, Emmanuelle éloignait toute idée d’insulte en admettant trahir Eléonore: cacher une vérité que l’on détenait revenait à trahir une alliée. La chose était impensable pour la comtesse.
Elle se renfonça dans son siège, reprenant un visage plus avenant, mais sans légèreté qui pouvait paraître insouciante.

- Qu'aurais-je à gagner à prendre tous ces risques ? A tout abandonner pour aller faire du tourisme à Rome ?

Emmanuelle avait attendu cette question depuis qu’elle était entrée dans le petit hôtel. Et la réponse était déjà toute inscrite dans sa tête! L’affaire était simple. Que faire pour qu’une femme sans racines accepte de tremper ses mains dans le sang pour vous? Agiter une carotte, une récompense. Ca n’était pas un chantage, mais le règlement par l’honneur d’une dette envers la compagnie. Elle-même n’était-elle pas sujet de ces dettes d’honneur?
Mais à observer le visage d’Eléonore, Emmanuelle se doutait que la réponse affirmative n’était pas loin. Ses prochains mots scelleraient certainement leur accord.

Elle croisa ses mains, coudes sur les accoudoirs du fauteuil, et une lueur brilla dans son regard si souvent sombre.
-Les Jésuites ont recueilli votre mère, mademoiselle. Je ne possède pas plus d’information, mais Rome détient de nombreux secrets que nous pourrons atteindre une fois sur place. Les archives sont ouvertes sur demande exceptionnelles.

Elle sourit enfin franchement à la polonaise.
-Je ne pourrais me permettre d’y fouiller moi-même, ne croyez-vous pas? Mais sachez que l’Ordre apprécie grandement qu’une dette soit payée. Ca n’est pas là mes souhaits personnels, je ne fais que transmettre le message.

Emmanuelle connaissait assez le prix d’une dette pour ne pas l’imposer à la jeune femme. Celle-ci pouvait être réglée bien plus tard. Le plus important était de pouvoir offrir des réponses qu’elle pourrait obtenir à Rome. C’était là son coeur de mère et de veuve qui parlait, se refusant à empêcher une âme de connaître des vérités la concernant.
-Vous pouvez me répondre plus tard, mademoiselle. Mais avant la guerre dont les rumeurs nous viennent jusqu’aux oreilles. D’ici mai, le Général souhaite que l’affaire soit réglée. Pensez-vous pouvoir vous rendre disponible à cette date?

Elle ne pu s’empêcher d’afficher un sourire amusé. Elle savait d’avance la réponse de la jeune femme.


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MessageSujet: Re: "Une femme d'esprit est un diable en intrigue." [Eléonore - Emmanuelle]   12.02.13 0:18

En d'autres circonstances, Éléonore Sobieska se serait peut-être posé plus de questions sur la façon dont elle allait s'engager dans une nouvelle intrigue qui ne la concernait pas directement pour une fois et pour laquelle elle ne paraissait pas retirer d'avantages très clairs. Peut-être se serait-elle même insurgé à l'idée d'avoir une « dette » envers un ordre auquel elle ne connaissait rien sinon ce que les Jésuites voulaient bien laisser voir de leurs activités, c'est-à-dire fort peu de choses. Mais elle venait de passer des heures en prière, à jeun et se trouvait fébrile et nerveuse. Surtout son intuition lui soufflait que Diane de Noirange était le signe qu'elle attendait. Sûrement sans le savoir, la jeune femme qui avait fait irruption chez elle avait frappé Éléonore au cœur. La Polonaise n'était pas de ceux qui recherchaient à tout prix leurs origines, lesquels étaient toujours déçus de découvrir que leurs parents n'étaient pas qu'ils avaient imaginé dans leurs rêves. Elle s'était depuis longtemps résignée à ne rien savoir de l'identité de sa mère, son père qui n'avait confié ce secret à personne l'ayant emporté dans sa tombe. Après tout, quelle importance ? Elle avait grandi comme une véritable Sobieska, du moins, elle s'était acharnée à le croire, elle avait été élevée par Zofia, sa belle-mère, comme sa propre fille. Pourtant, il avait suffit de quelques mots de Diane de Noirange, d'un sous-entendu selon lequel les Jésuites en sauraient plus pour que l'espoir puisse renaître et que l'intérêt d’Éléonore soit éveillé. On n'échappe jamais réellement aux blessures de son enfance, la volonté de savoir qui était celle qui lui avait donné le jour ne s'était donc jamais vraiment éteinte. Les Jésuites en la personne de la jeune femme en noir venait de capturer Éléonore dans leurs filets de la plus sûre mais sans doute de la plus vile des façons.

Mais la Polonaise, si elle n'était pas entièrement dupe, gardait un large sourire aux lèvres, empreint de légèreté qui convenait mal aux propos qui s'échangeaient dans cette pièce depuis le début de la visite de la dame mais qui traduisait l'excitation qui coulait dans ses veines. Peu de choses la motivait autant que la perspective d'un complot, d'une intrigue dans laquelle elle pourrait agir et se rendre utile, surtout si on pouvait en retirer quelque avantage. Elle s'était de nouveau penchée vers Diane de Noirange pour l'écouter avec la plus grande attention, être certaine de ne rien rater des paroles de la dame, de ces paroles qui allait bouleverser le destin de beaucoup d'autres personnes. La comtesse de Noisy prit cependant un temps avant de répliquer comme si la réponse nécessitait une certaine réflexion. Éléonore sentait presque bouillonner son sang dans ses veines, presque visibles sous sa peau si blanche et délicate mais elle s'efforça de prendre son mal en patience. L'affaire était trop grave pour être énoncée sans délicatesse.
- Par talents, j’entends ceux d’être aussi discrète qu’une renarde, mademoiselle. Et peut-être libre, si je ne me trompe pas.
Entendre son surnom dans la bouche de cette femme fit tressaillir la Polonaise mais elle ne fit aucune remarque. Ce n'était pas spécialement un secret mais ce n'était pas non plus ce qu'elle criait sur tous les toits. Ainsi cette organisation l'avait observée, avait pris la peine de faire des recherches sur elle et pire encore, de les noter, de les transmettre et de les utiliser. Si Éléonore doutait encore de sa puissance, cette simple phrase lui confirma qu'en effet, ils la connaissaient. Et savaient sans nul doute que les rumeurs qui couraient sur son compte en Pologne ou dans une grande partie de l'Europe de l'Est étaient fondés. Les Jésuites étaient partout après tout. La suite de la conversation ne détrompa pas la jeune femme rousse.
- Ce serait vous tromper que de ne pas vous parler de ce qui vous fait fuir et parfois vous cacher, mademoiselle. Mais à Rome, nous avons besoin d’âmes fortes ...et de mains qui acceptent de toucher le sang.
L'atmosphère se tendit brusquement malgré la franchise et le regard avenant de la dame de Noirange. C'était la première fois qu'on disait aussi clairement à Éléonore qu'elle était démasquée, qu'on savait que son sourire n'était que de façade, que sa bonne humeur n'était qu'une manière de dissimuler des horreurs. Elle ne chercha pas à nier mais s'aperçut qu'elle s'était crispée et que ses mains serraient les accoudoirs de son fauteuil.

Elle s'efforça de se calmer, mettant sa réaction sur le compte de sa nervosité et du fait que la dernière fois qu'on lui avait parlé de tout cela, c'était le roi du Danemark qui la menaçait de mort et prononça d'une voix plus calme ce qu'elle avait vraiment à gagner à cette intrigue. Non, elle n'avait pas peur de plonger ses mains dans le sang même de l'homme le plus sacré de cette terre. Personne n'était protégé de Dieu et les élus des hommes pouvaient se tromper. Si Dieu avait placé la comtesse de Noisy sur son chemin, c'était pour une raison. Aussi, elle se détendit progressivement et retrouva son attitude précédente comme si tout cela n'avait été qu'une illusion.
- Les Jésuites ont recueilli votre mère, mademoiselle. Je ne possède pas plus d’information, mais Rome détient de nombreux secrets que nous pourrons atteindre une fois sur place. Les archives sont ouvertes sur demandes exceptionnelles. Je ne pourrais me permettre d’y fouiller moi-même, ne croyez-vous pas ? Mais sachez que l’Ordre apprécie grandement qu’une dette soit payée. Ça n’est pas là mes souhaits personnels, je ne fais que transmettre le message.
Sa mère avait contracté une dette envers l'ordre de Jésus ? Pour quelle raison ? Qu'avait-elle donc à cacher ? Son père avait-il finalement une raison autre que la volonté d'épargner son épouse légitime pour dissimuler l'identité de cette femme qu'il avait aimée ? Éléonore ignorait bien ce qu'il pouvait se trouver dans les archives ou même si elle se trouvait vraiment, elle la petite Éléonore Sobieska, la bâtarde d'un voïvode polonais, dans les documents du Vatican. Mais elle était prête à le croire. Elle s'y connaissait assez en honneur et en dettes pour que les paroles de Diane la touchent profondément. Elle se contenta donc de hocher la tête et s'acheta une bonne conscience en se disant qu'après tout, si elle ne parvenait pas à connaître cette vérité qui lui avait échappé pendant plus de trente ans – sa date de naissance elle-même lui était inconnue –, avoir les Jésuites de son côté ne serait pas de trop pour remplir ses objectifs vis-à-vis de son frère.
- Vous pouvez me répondre plus tard, mademoiselle. Mais avant la guerre dont les rumeurs nous viennent jusqu’aux oreilles. D’ici mai, le Général souhaite que l’affaire soit réglée. Pensez-vous pouvoir vous rendre disponible à cette date ?
Tout cela ressemblait tellement à un projet de voyage d'agrément qu’Éléonore ne peut s'empêcher de sourire en réponse à la comtesse. Il y avait quelque chose de toute façon dans l'attitude de la Noirange qui la poussait à lui faire confiance. Cette assurance tranquille qui rassurait. Elle ne parlait pas à la légère, elle ne promettait que ce qu'elle pouvait, elle arrivait à son but. Tout ce que cherchait Éléonore, bien souvent mise en échec depuis des mois.
- Me rendre disponible, cela devrait être possible. Je suppose que je ne vous apprends rien en vous disant que je suis dans la maison de la reine, ironisa-t-elle avec un sourire mi-tordu mi-amusé, mais il me sera sans nul doute possible de trouver une raison pour la quitter plusieurs semaines voire plusieurs mois. Je m'occupe de ses affaires religieuses après tout, rendre visite à Sa Sainteté est dans mes attributions.

La jeune femme se releva brusquement comme pour couper court à la conversation. De toute façon, Noirange en avait terminé. Elle s'apprêtait à avancer vers la porte quand une idée subite la frappa :
- Après tout, pourquoi vous répondre plus tard ? Que pourrait m'apporter plus de réflexion, vous avez été claire avec moi, je sais ce que je risque, je sais ce que je peux gagner. Et l'enjeu vaut sans nul doute les efforts que l'on veut bien déployer pour lui. Vous me connaissez, je ne recule jamais devant les difficultés, vous saurez que vous pouvez compter sur moi.
Elle se pencha un instant vers la comtesse de Noisy, perdant son sourire et ses yeux se mirent à luire d'une nouvelle lueur :
- Mais vous avez promis également de votre côté. Je remplis ma part du marché, je remplis cette dette et j'obtiens ce pour quoi j'aurais fait le déplacement. N'est-ce pas ? Vous me le jurez ?
La Polonaise se redressa et poursuivit en retrouvant son expression heureuse et apaisée :
- Je serai en tout cas ravie de partager un voyage à Rome en votre compagnie, madame de Noirange, vous pouvez dès à présent me compter des vôtres.
Brièvement, les regards des deux femmes se croisèrent et Éléonore sut, comme une certitude absolue et indiscutable, que le pacte venait d'être scellé. Un pacte qui conduirait à bien des bouleversements et des confusions. Un pacte de mort.

FIN


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MessageSujet: Re: "Une femme d'esprit est un diable en intrigue." [Eléonore - Emmanuelle]   Aujourd'hui à 15:18

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