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 Par une froide nuit de l'hiver 1663... Ou comment le passé refait surface [RP unique]

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MessageSujet: Par une froide nuit de l'hiver 1663... Ou comment le passé refait surface [RP unique]   17.05.12 15:46

Année 1663 – Royaume de France, près de la frontière avec le duché de Lorraine

Il avait un rire bruyant et gras qui arracha un frisson à Éléonore mais en maîtrisant le sentiment de répulsion qui s'était emparée d'elle, elle se saisit de la cruche de vin et versa un liquide rouge et épais dans son verre sans le couper avec de l'eau. Cela faisait déjà plusieurs dizaines de minutes qu'il n'était plus lui-même et que son esprit commençait à être embrumé par l'alcool. La jeune femme savait reconnaître ces signes, elle avait vu une lueur un peu fiévreuse se former dans ses yeux, ses larges bajoues se colorer d'une teinte rouge vif et ses gestes devenir de plus en plus malhabiles. Son goitre tremblait pendant qu'il riait à larges éclats. Ce bruit aurait du faire se retourner les clients de l'auberge mais le joyeux tapage qui régnait ce soir-là empêchait que l'attention puisse se fixer sur leur table située au fond de la salle, non loin de la cheminée. On était venu ici pour fuir les rigueurs de l'hiver et le gel qui avait pétrifié la nature sous une couche de glace, pour se réchauffer et s'amuser, non pour rechercher les problèmes. Qui aurait donc pu s'intéresser à ces drôles de voyageurs ? On distinguait à peine leurs visages dans la lumière peu assurée des bougies et des flammes du feu. S'ils avaient su pourtant... Rarement on avait vu équipée plus étrange pénétrer en ces lieux mal-famés.

Éléonore reposa la cruche tandis que l'homme se saisissait de son verre pour le boire à larges lampées et elle jeta un coup d’œil à l'enfant d'une dizaine d'années qui se trouvait assis non loin d'elle. Il avait pris un air terrifié devant le changement qui s'était produit en leur interlocuteur mais à la demande de la jeune femme, il gardait le silence. Ses grands yeux marrons restaient baissés sur son assiette à laquelle il avait à peine touché mais se sentant observé, il les leva sur sa mère. Elle voulut avoir un geste tendre envers lui pour le rassurer, pouvoir lui dire que tout irait bien, qu'elle allait tout arranger mais comme d'habitude en ce qui concernait l'enfant, ses membres restèrent figés, les mots se bloquèrent dans sa gorge. Elle se contenta de hocher la tête dans l'espoir de l'encourager à continuer de se comporter ainsi puis détourna le regard. Elle avait un plan pour les sortir de cette situation, elle était justement en train de le mettre en œuvre. La jeune femme rousse adressa une supplication à Dieu pour qu'il lui pardonne de ce qu'elle était en train de faire. Puis le verre de l'homme s'étant vidé en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, elle le remplit à nouveau.

- Difficile de croire que ces mains si douces ont déjà cherché à tuer..., énonça-t-il en français d'une voix un peu pâteuse.

L'homme ébaucha un sourire lubrique et continua à énoncer des propos incohérents tout en saisissant le poignet d’Éléonore. Avant que cette dernière ne put réagir, une main boudinée glissa sur son genou puis sur sa cuisse. Elle se crispa immédiatement et se dégagea avec vivacité. Il n'insista pas mais le regard presque affamé qu'il lui lança l'inquiéta. Pour la première fois, elle se demanda si tout cela était une bonne idée. Elle venait de soûler à mort un homme dont la croix blanche qu'il arborait sur la poitrine indiquait qu'il appartenait à l'ordre militaire de Malte et qu'il n'était autre qu'un serviteur de Dieu. Et surtout cet ignoble personnage, massif et imposant, dont elle ignorait toujours le nom, au fur et à mesure qu'il buvait, cherchait de plus en plus à se rapprocher d'elle et ses mouvements lui paraissaient de plus en plus brutaux. Elle, elle ne voulait que s'échapper de son emprise pourtant. Elle aurait aimé se retrouver à des lieues de cet endroit, ne pas avoir à subir la présence de cet être qui la dégoûtait. Elle ne pouvait partir, elle était sa prisonnière. Ou plutôt, son petit garçon et elle étaient ses prisonniers.

Éléonore ignorait la façon dont lui et son jeune assistant, parti ce soir-là prévenir d'autres chevaliers de la réussite de la capture de la jeune femme rousse, les avaient retrouvés. Il lui semblait qu'elle avait pris toutes ses précautions en quittant avec précipitation le château de Schleissheim quelques semaines auparavant, semaines pendant lesquelles elle avait fait galoper les chevaux jusque dans le royaume de France où elle pensait que personne n'irait la chercher. Mais dans sa hâte, elle avait sans doute laissé échapper des indices et s'en maudissait à l'heure actuelle. Elle aurait du savoir, avant même de se rendre à la cour de l’Électeur de Bavière que tout cela tournerait au fiasco. L'empereur se servait d'elle comme d'un jouet amusant, agitait de vagues promesses sous ses yeux et au lieu de se méfier, elle avait couru accomplir les volontés de Léopold. Elle avait cru devoir se racheter après l'échec de sa mission d'espionnage au château de Bauffremont. Mais la demande de Léopold d'aller espionner Ferdinand Marie de Bavière et ses principaux ministres pour connaître leurs intentions concernant la guerre contre l'Empire ottoman n'était qu'un piège. Lorsque l'un des conseillers de l’Électeur avait été retrouvé mort, sans doute empoisonné sans qu’Éléonore n'y fut pour rien, on avait cherché un bouc émissaire. Elle qui se faisait alors passer pour une pauvre noble de Saxe, identité fournie par les services autrichiens avait immédiatement été inquiétée. La Saxe n'était-elle pas l'ennemie de toujours de la Bavière ? Ne pouvait-elle pas chercher à se débarrasser de ce ministre afin de profiter de la guerre contre les Turcs pour attaquer ? Éléonore avait compris qu'elle avait été dupée, que Léopold ne cherchait rien d'autre qu'à créer des tensions au sein de l'Empire germanique pour mieux le contrôler et que sa mission était un leurre mais c'était trop tard. A raison, elle avait paniqué et avait fui. A raison parce qu'on avait lancé des hommes de confiance de l’Électeur à sa poursuite pour la ramener de force à la cour pour être jugée. La machination était telle qu'elle se doutait bien que ce n'était autre que la mort qui l'attendait. Mais sa fuite éperdue avait été interrompue par cet homme ivrogne et répugnant qui comptait bien les conduire, elle et son fils jusqu'à Schleissheim.

L'homme n'avait pas bu le dernier verre mais s'était levé, prenant le bras d’Éléonore, l'obligeant à faire de même. La jeune femme tenta de se dégager mais la poigne était bien trop ferme et commençait même à lui faire mal. Elle lança un coup d’œil affolé aux alentours mais personne ne les regardait ou ne prêtait attention à eux. Elle était terriblement seule et abandonnée. Fuir lui était impossible, quand bien même il l'aurait lâchée, elle aurait du traverser la totalité de la salle sans être rattrapée et s'enfoncer dans la nuit glaciale. Et puis, elle ne pouvait abandonner son fils. Le petit Marek s'était redressé également et le nez toujours au sol, suivait les événements, obéissant encore à l'ordre de sa mère. Même la servante qui les conduisit jusqu'à la chambre que l'homme avait loué pour passer la nuit en attendant de pouvoir se remettre en route ne réagit pas à la supplication muette d’Éléonore et se contenta de baisser les yeux et de tourner les talons quand le chevalier de l'ordre de Malte l'obligea à rentrer dans la pièce, seulement éclairée d'une bougie. Éléonore espérait encore que l'homme allait se contenter de l'attacher et de la laisser dormir sur le lit avec son fils comme la nuit précédente mais c'était bien peu probable. La veille, le jeune moine qui les accompagnait était présent et l'homme, bien que déjà un peu éméché, n'avait pas cette lueur de désir dans le regard. D'ailleurs, dès que la porte se fut fermée sur eux, il glissa une main sur la hanche de la jeune femme rousse et l'autre sur ses fesses, la serrant maladroitement contre lui :

- Alors, la rouquine, je vais t'apprendre ce qu'est l'obéissance...

Elle se débattit avec la force du désespoir, le cœur battant, horrifiée par ce qui était en train de lui arriver quand une petite forme se glissa entre eux deux et frappa de ses petits poings la poitrine de l'homme, détachant l'homme d’Éléonore et la faisant reculer de quelques pas. C'était le jeune Marek qui s'était lancé contre l'homme et qui criait, plein de rage :

- Ne touchez pas à ma mère ! Je ne vous laisserai pas toucher à un seul cheveu de ma mère !
- Morveux ! Tonna le frère chevalier en repoussa le gamin d'une seule main mais avec une telle violence que Marek tomba à la renverse, se cognant la tête contre le meuble qui se trouvait là.

Éléonore hurla de terreur et voulut courir à son chevet mais de nouveau une poigne de fer s'était abattue sur ses épaules et même si elle y mit toutes ses forces, elle ne put se dégager. Elle respira avec soulagement quand le jeune garçon se releva, se frottant la tête, des larmes plein les yeux mais gardant le menton haut et fier, l'aspect farouche. La jeune femme se calma si bien que l'homme chuchota à son oreille :

- Bien, bien, si tu veux qu'il n'arrive rien à ce gosse, je te conseille de te tenir tranquille...

Avait-elle seulement le choix ? Elle aussi releva la tête. Elle avait l'impression de trembler de tous ses membres mais s'aperçut que ce n'était en rien le cas, elle avait retrouvé son sang-froid et la main qui désigna la porte à Marek ne tressaillit pas. Même sa voix était ferme :

- Sortez, Marek...
- Non, non ! Mère, je ne peux vous...
- Marek..
- Non, non !
- Marek, sortez immédiatement, attendez devant la porte et ne rentrez sous aucun prétexte, je reviendrai vous chercher, affirma-t-elle d'un ton qui n'admettait plus de réplique, tentant de transmettre sa toute nouvelle sérénité à son jeune fils.

La mort dans l'âme, l'air absolument furieux alors que des larmes coulaient maintenant sur ses joues, le garçon s'exécuta et referma soigneusement la porte derrière lui. Éléonore souffla. Désormais, elle était vraiment seule avec cet homme qui avait recommencé à la caresser avec des gestes brutaux. C'était désormais sa poitrine qui était l'objet de ses attentions et lorsqu'il se pencha vers elle, Éléonore sentit une nausée monter en elle. Il puait à la fois l'alcool et la sueur, mélange qui dégoûta la jeune femme. S'était-elle débarrassée de son vieillard de deuxième époux qui la visitait tous les soirs sans tenir compte de ses volontés pour tomber entre les griffes d'un homme répugnant ? Elle qui, une minute auparavant, s'apprêtait à subir les violences qu'on allait lui faire, se sentit armée d'une détermination nouvelle. Elle ne pouvait laisser un tel être qui l’écœurait la posséder même une seule nuit. Malgré le poids de l'homme qui l'avait poussée sur le lit et qui pesait maintenant sur elle, elle parvint à le repousser et à lui échapper, glissant hors du baldaquin, ignorant le grognement de frustration et de déplaisir qui échappa à la gorge du chevalier. Courir, elle devait courir ! Elle s'élançait mais avec une réactivité étonnante pour un homme qui avait autant bu, il la rattrapa et fou de rage, la projeta sur l'un des meubles, une sorte de cabinet de toilette qui s'écroula sous son poids dans un boucan d'enfer. Confusément, elle espéra que le bruit n'allait pas inciter Marek à rentrer dans la pièce. Sonnée pendant quelques secondes, elle s'aperçut à peine que sa main lui faisait mal. Elle venait de se couper avec les débris de la glace qui s'était brisée dans la chute. Déjà l'homme l'obligeait à se relever. Elle ne comprit pas réellement ce qui se passa ensuite. Elle eut vaguement conscience d'avoir conservé le bout de miroir entre ses doigts et que, ne supportant plus la large main de l'homme sur elle, elle frappa et frappa encore, de toutes ses forces jusqu'à ce que l'homme, tombé à terre, ne puisse plus parler ou bouger.

Pendant de longues minutes, elle se tint immobile au-dessus de lui, le bras encore relevé. Elle aurait aimé pouvoir s'écrouler en pleurant, avoir le droit de relâcher toute la pression et l'adrénaline qui l'étouffaient mais ce n'était pas possible, pas maintenant. Elle lui ferma les yeux, demanda pardon à Dieu, en songeant qu'il allait se rajouter à la liste des victimes pour l'âme desquelles elle priait et après avoir lâché son arme improvisée, se releva les bras ballants. Il ne fallait pas traîner ici. Elle ignorait quand le jeune moine parti chercher des renforts allait revenir mais il ne fallait pas courir de risques. Sans compter qu'une servante pouvait bien chercher à entrer dans la chambre et découvrir le cadavre. Toujours sans trembler même s'il lui semblait que tous ses organes tressaillaient d'angoisse, avec des gestes assurés, elle ouvrit une petite malle qui se trouvait là et qui appartenait à son agresseur et dénicha avec bonheur une longue cape fourrée de pénitent qui pouvait passer pour une robe de religieuse. Elle essuya ses mains rougies et l'enfila, dissimulant sa longue chevelure décoiffée sous le capuchon avant de sortir avec rapidité et de refermer la porte. Marek, assis contre le mur, se releva avec précipitation et chuchota, la voix chevrotante :

- Mère, j'ai entendu...
- Silence ! Nous devons partir le plus vite possible, glissez-vous contre moi sous ma cape, nous allons aux écuries prendre un cheval et quitter cet endroit... Vous avez votre manteau fourré ? Et la bourse que je vous ai confiée ?

Le jeune garçon acquiesça et sans dire un mot de plus, les yeux grands ouverts de frayeur, obéit. Elle tressaillit, sentant pour la première fois, la chaleur du garçon contre elle. Il se blottissait presque contre sa hanche mais c'était une étreinte douce qui n'avait rien à voir avec le reste de la soirée. Avec précautions, ils descendirent tous deux les escaliers puis parvinrent dans l'entrée. Il n'y avait plus que quelques éclats de rire qui venaient de la grande salle, la plupart des personnes présentes étaient parties se coucher. Mais le cœur de la jeune femme faillit manquer un battement quand elle distingua plusieurs silhouettes à moitié blanchies par la neige entrer dans l'auberge. Sur leurs vêtements, il y avait la blanche croix de Malte. Le jeune moine qu'elle connaissait, le compagnon de celui qu'elle avait tué, parlementait déjà avec une servante, sans doute pour demander où se trouvaient l'homme et ses prisonniers. Les deux autres faisaient les cent pas dans l'entrée. Elle prit une profonde inspiration et se mit à marcher plus vite, dissimulant son fils sous sa large cape. Au moment où elle allait sortir sans se faire voir, l'un d'eux tourna la tête vers elle et s'exclama avec bonne humeur :

- Ma sœur, vous partez si vite ? Le jour ne va pas encore se lever et le prochain monastère est à quelques lieues. Vous devriez attendre que le soleil revienne pour faire retomber un peu le froid.

A contre-coeur, Éléonore, gardant la tête baissée, dissimulée sous son capuchon, interrompit ses pas et répondit :

- Je vous remercie de votre sollicitude, mon frère mais ma présence est très attendue.
- Faites donc attention, lui conseilla le chevalier en s'approchant et en tendant la main vers elle, une de vos mèches de cheveux s'est échappée de votre coiffe.

Il l'aida à glisser sa mèche rousse sous le capuchon ce qui contraignit Éléonore à lever les yeux vers lui et à le fixer durant quelques secondes :

- Merci mon frère.

Elle écouta à peine l'un d'entre eux appeler cet homme un peu plus âgé par un « Souvré, il est dans la chambre à droite en haut de l'escalier » et sortir avec grande hâte. Il devenait urgent de fuir ce lieu avant qu'on ne découvre le corps. Libérant Marek de son étreinte, ils coururent tous deux aux écuries et trompant la vigilance d'un palefrenier ivre et somnolant, en quelques minutes, ils étaient en train de galoper sur les routes du royaume. Éléonore avait les yeux plein de larmes à cause du vent froid. Et l'esprit plein d'images de sang, de violence et de mort.
Il lui avait fallu de longs mois pour ne plus se réveiller la nuit, hantée par ce souvenir.


Année 1666 – Royaume de France, Cour de Versailles
Éléonore eut un rire charmant pour saluer la plaisanterie que venait de lui adresser la dame à ses côtés. Elle se sentait parfaitement détendue en cette belle journée de fin d'année 1666. Les jardins de Versailles étaient emplis d'une foule de courtisans qui voulait profiter des derniers jours de beau temps avant la véritable arrivée de l'hiver. L'air était sec et Éléonore, en pleine conversation avec son amie de la maison de la reine, inspirait à plein poumons. C'était dans de tels jours qu'elle oubliait la véritable raison de sa présence ici et qu'elle profitait juste du moment présent sans songer à ce qui l'attendait. Malheureuse ! Si elle savait que derrière ce coin, après ce banc, ce simple buisson, le passé allait resurgir et de la plus inquiétante des manières ! Pour le moment, elle avançait en parlant de la prochaine soirée d'appartements organisée par le roi à Versailles. C'était la première grande fête de la cour de France à laquelle allait assister Éléonore. Et les divertissements de la cour du roi Louis XIV n'avaient plus grand-chose à voir avec ceux auxquels elle avait pu être présente dans sa jeunesse, le royaume étant alors à peine sorti de la Fronde.

C'était la dame qui lui décrivait la dernière fausse bataille navale que l'on s'était amusé à créer sur le grand canal et dans laquelle s'était apparemment illustré un corsaire de Sa Majesté, un certain baron de Roberval quand les deux femmes s'engagèrent dans une nouvelle allée. Là deux hommes devisaient, un plus jeune qui leur tournait le dos et un peu plus âgé, aux cheveux gris, qu’Éléonore reconnut immédiatement malgré les années qui avaient passées. Elle eut une hésitation dans sa marche si bien que sa compagne lui demanda si elle allait bien. Elle aurait voulu pouvoir faire demi-tour mais c'était trop tard, les hommes les avaient vues et il n'y avait d'autre choix que de passer à leurs côtés sans rien laisser paraître. Peut-être ce chevalier de l'ordre de Malte avait-il oublié le visage de la nonne qu'il avait si obligeamment conseillé lors cette nuit de l'hiver 1663 ? Peut-être n'avait-il jamais associé cette nonne avec la mort de son compagnon ? Elle l'espérait mais une angoisse sourde la saisit quand elle prit conscience que le vieil homme la regardait en fronçant les sourcils et avait saisi le bras du deuxième homme, l'air surpris. Elles avancèrent tandis que la dame babillait à Éléonore et que cette dernière gardait un visage fermé. Tous quatre se saluèrent mais entraînées par Éléonore, elles ne s'arrêtèrent pas et la jeune femme rousse ne put savoir s'ils continuaient à les fixer.

- Qui est-ce ? Demanda-t-elle avec précipitation à sa compagne, l'interrompant dans sa description de la galère miniature que Louis XIV avait fait construire.
- Oh, ce sont monsieur de Souvré, un chevalier de l'ordre de Malte et son neveu, un magistrat du parlement de Paris, le marquis Benoît de Courtenvaux, répondit la dame avec un certain enthousiasme, j'aurais pu vous les présenter si vous le désiriez...
- Oh non, je vous remercie, je me demandais juste quels étaient leurs noms, j'avais l'impression de les avoir déjà vus, répondit Éléonore avec un sourire feint, le cœur battant devant cette affreuse coïncidence.
- Il est vrai qu'ils viennent régulièrement à Versailles, acquiesça la dame comme si était là l'explication.

Voyant des amis communs apparaître à l'horizon, Éléonore lâcha le bras de son amie et s'exclama :
- Oh, je suis idiote, j'ai oublié ma cape dans mes appartements, si nous nous promenons avec le comte que je vois au loin, nous ne risquons pas d'arriver tôt chez la reine... Permettez que j'aille la chercher et que je vous rejoigne ensuite.
- Enfin, le comte sera ravi d'aller vous chercher votre..., répliqua la dame avec perplexité mais habituée aux manières étranges de la jeune femme.

Sans la laisser finir sa phrase, avec un dernier geste de la main, Éléonore s'éloigna et fit demi-tour. Elle avait repéré non loin des deux hommes un buisson idéalement placé qui lui permettrait d'écouter sans être vue. Et en effet, quand elle se glissa à l'endroit désigné, elle entendait les deux voix distinctement même si elle devinait à peine les silhouettes. Et les paroles qu'elles prononçaient la terrifièrent :

- C'était elle, j'en suis persuadé...
- Vous en êtes certain, mon oncle ? Demanda le jeune homme avec une certaine méfiance, d'une voix moins grave mais plus ferme et calme.
- C'est une drôle de coïncidence mais je peux vous jurer que c'est bien elle !
- Très bien..., je sais que cette disparition vous a grandement attristé mon oncle, je vais tout ce qui est en mon pouvoir.
- Cela fait des années que je veux la retrouver pour la traîner jusqu'au procès. Mon neveu, faites-cela pour moi et je vous en serais reconnaissant...

La suite devint moins distincte, le bruit de pas indiquait assez bien que les deux hommes s'éloignaient mais Éléonore était suffisamment fixée pour se rendre compte que la situation était catastrophique. Un des événements les plus sombres de son passé venait de refaire surface et allait mettre en danger tous ses projets, sa liberté et sa vie même. Elle se redressa, releva la tête et l’œil brillant, murmura à elle-même :

- Benoît de Courtenvaux... A nous deux !
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