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 Un geste d'humanité {Léandre de Vallombreuse & Benoît de Courtenvaux}

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Une fois offert et mis à lambeaux, il est pour l'heure tout entier à son roi.
Côté Lit: Je n'y tiens pas une collection ! Mais il n'est pas glacé non plus.
Discours royal:




ϟ La Main au collet ϟ

Âge : 32 ans et des poussiè... (Non pas ce mot maudit)
Titre : Marquis de Courtenvaux, Magistrat parlementaire et avocat
Missives : 371
Date d'inscription : 10/04/2012


MessageSujet: Un geste d'humanité {Léandre de Vallombreuse & Benoît de Courtenvaux}   03.05.12 16:26

« Quand tous nos chants, ne sont que prières
Et que nos jeux sont des combats
Quand de nos vies on sème la terre
Qui sait ce qu'il y poussera ! »


Valenciennes, 16 juillet 1656,

- BAISSEZ VOUS !

Cet ordre lancé à plein poumons venait du marquis de Courtenvaux, capitaine du régiment de seconde ligne. Son regard perçant n’avait pu que distinguer les flammes d’une torche, sur les remparts de la ville. Elle venait de s’abaisser sur un canon pointé droit sur eux. La suite du raisonnement n’était pas difficile, pour aucun de ses trois cents hommes. Dans quelques secondes, ils goûteraient tous à l’apocalypse. Certains marmonnaient déjà des prières ou pleuraient tête baissée, comme le font les enfants ! Cela faisait réellement pitié à voir, non pour la dignité mise à mal de ces hommes, qui dans de telles circonstances aurait pu prétendre rester de glace, mais Benoît ne pouvait qu’en avoir le cœur fustigé.

Un bruit terrible, mélange de feu et de terre soulevée résonna quelques instants plus tard à quelques mètres d’eux. Le marquis fut soulevé du sol tant celui-ci vibra sous eux. Assommé l’espace d’une minute par la détonation, ses oreilles bourdonnèrent, ses yeux furent aveuglés par la poussière répandue. Adossé à une sorte de petite dune créée par l’impact du boulet, l’horreur tout à coup le saisit. Il pouvait apercevoir des baïonnettes sortir de terre, une vingtaine de personnes se trouvait littéralement enterrée vivante.

- Mon capitaine que faites-vous ? Une troupe d’espagnols vient de sortir du camp et galope en notre direction. Ils seront ici dans moins de cinq minutes.

Sourd à la peur désespérée de son sous-officier, Benoît rampait déjà jusqu’à l’amas de terre à l’aspect boueux. Il commença à creuser pour libérer les malheureux d’une mort affreuse, lui-même ayant ingurgité de cette poussière ne pouvait imaginer leur panique. N’ayant aucun outil et pour cause à disposition il le faisait à l’aide de ses seuls ongles.

- Mon capitaine, ces hommes sont morts ! Vous ne pouvez plus rien pour eux.
- Je creuserai ! Même si après cela, il doit me rester des moignons de mains. Vous feriez bien mieux de m’aider plutôt que de geindre sur votre sort.

Benoît bien que possédant l’autorité naturelle ne lâchait jamais à la tête de ses soldats, des mots empreints de dureté. Bien au contraire, il s’était toujours montré sympathique envers tous. Généreux envers tous. Il ne fut pas étonnant que l’homme ainsi fustigé, rougisse sous la honte de décevoir un tel chef. On admirait Turenne, on avait admiré Condé mais on aimait Souvré ! Le sous-officier se mit à terre et s’avança grâce à la seule poussée de ses jambes. Parvenu à la hauteur de son supérieur en chef, il répéta ses mêmes gestes et planta ses doigts dans les herbes, dans la terre et dans la caillasse. Au bout de quelques instants, tous deux se rendirent compte à quel point, leurs doigts s’écorchaient sous leur labeur. Mais qu'importait ... Bientôt une tête apparut, puis deux. Ils durent hélas se rendre à l’évidence, cette rangée de soldats avait bien périe sous les gravats. Benoît et son second échangeaient un regard désemparé lorsqu'ils entendirent au loin les sonneries de trompette du régiment de Turenne. La retraite ? Il faut dire que les espagnols ne se trouvaient plus qu’à quelques dizaines de mètres.

- SOLDATS, ABANDONNEZ LE CHAMP DE BATAILLE ET RETOURNEZ AU CAMP !

Certains avaient déjà pris le large bien avant et couraient avec la mort aux trousses. Ce n’était pas une métaphore hélas. Comment leur en vouloir ? La panique ferait de n’importe quel brave, le lâche d’un instant. Cependant l’heure de philosopher serait pour plus tard. Lui-même, après s’être assuré que tous battaient en retraite, tel le capitaine d’un navire qui coule, prit ses jambes à son cou !

Malheureusement c’était trop tard. La cavalerie espagnole, décima sans doute la moitié de son régiment à coup d’épées, à coup de sabres et de lances. Même parfois en leur tirant plusieurs décharges de fusils dans le dos. Ils se retrouvaient littéralement fauchés. Sans doute avait-on ordonné de ne pas faire de quartier. Malgré son uniforme de haut gradé, Benoît ne fit pas exception, il était d’usage de faire des prisonniers de grande importance, mais après des mois de siège, sans doute l’ennemi était-il lassé. Il ressentit ainsi une douleur vive et aigüe sur le flan droit et chuta la face contre terre. Il ne put décrire sa blessure, seulement la douleur occasionnée. Epée, poignard ? Tout ce qu’il put penser fut qu’il devait sa survie à sa cotte de maille et à l’armure légère qu’il portait. Pourtant l'objet quel qu'il soit avait bien transpercé sa chair.

Puis les sabots de chevaux se turent, les hurlements se turent, le silence succéda au vacarme. Un silence parfois interrompu par des gémissements de plainte des agonisants. Combien de temps se passa-t-il entre la charge et sa découverte ? Des minutes, des heures, des siècles ? La troisième pensée est celle que son esprit accrédite le plus. Il se sentit soulevé et transporté voilà tout ! Il s’évanouit à bout de forces après avoir requis qu’on lui retire cette terre de la bouche et du visage. Mais en revanche, ce sommeil forcé, lui parut de très courte durée. Ce fut, un brouhaha assourdissant d’armes jetées sur des boucliers, de cris de révolte des soldats qui l’en tira.

On le posa avec précaution sur un lit de fortune et il attendit. Quoi exactement ? Qu’un docteur vienne ? Il redressa légèrement la tête et constata que ceux-ci étaient débordés. Ils devaient être des milliers de blessés sous ces tentes. Un pauvre malheureux laissait échapper des cris surhumains tandis qu’il se faisait amputer d’un membre. La tête de Benoît retomba face à cet affreux spectacle, il sentit une nausée lui nouer l’estomac et il se tourna légèrement au cas où. C’est là qu’il aperçut un autre pauvre ère. Un mousquetaire à en juger par son uniforme. L’épaule et le visage étaient baignés de sang. Une balafre terrible allait du front au bout de la joue, en une terrible diagonale, parfaitement bien dessinée. Ce n’était malheureusement pas un chef d’œuvre ou alors celui de Satan en personne, et il défigurerait un être humain à jamais ! L’homme, cependant était silencieux malgré la crispation de sa mâchoire, qui lui indiquait qu’il souffrait le martyre. Il n’en fallut pas plus à Benoît pour désirer le soutenir coûte que coûte !

- Bonjour l’ami, on ne se connait guère mais tu n’es pas seul, sache le ! Si tu as besoin de faire un petit brin de causette, n’hésite surtout pas, je suis l’homme du lit de gauche ! Je ne sais pas si tu peux me voir, à cause de ton … de cette … estafilade.

Benoît ne parlait pas vraiment avec tout le raffinement qu’on lui connaissait dans les salons de sa tante. Mais les circonstances étaient bien différentes aujourd’hui, pour ne pas dire radicalement à l’opposé. Il voulait venir en aide à un homme, non pas briller en société !

- Depuis combien de temps te trouves-tu ici ? Que t’est-il arrivé ? J’espère que le fait de te tutoyer ne te choque pas, comme on ne le dit que trop bien ici : A la guerre, comme à la guerre !

Mais le pauvre malheureux allait-il seulement pouvoir répondre ?


______________________


Un accusé n'est pas cuit
quand son avocat est cru.




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MessageSujet: Re: Un geste d'humanité {Léandre de Vallombreuse & Benoît de Courtenvaux}   19.05.12 15:12

« Courez Monteil ! Et surtout ne vous retournez pas, vous risqueriez de trébucher, et nous serions finis ! »

Ainsi parlait le lieutenant-capitaine des mousquetaires, Léandre de Vallombreuse, alors qu’il tentait d’aider l’un de ses hommes blesse a échapper a ces barbares d’espagnols qui les poursuivaient depuis le champ de bataille. Les deux hommes avaient eu le malheur d’être déchus de leurs montures et sépares du régiment, et a présent ils n’avaient guère d’autre choix que courir. Fuir, en d’autres mots, une pratique qui répugnait a Léandre qui aurait volontiers fait demi-tour quitte a se faire embrocher sur-le-champ, mais il ne pouvait se résoudre à embarquer dans cette bravoure suicidaire un homme blesse qu’il savait avoir femme et enfants. Il avait hésité, il est vrai, mais finalement son sens des responsabilités vis-à-vis de ses hommes l’avait emporte sur un courage qu’habituellement on retrouvait chez ces sang-chaud de Gascons. A croire que ces derniers, majoritaires dans les rangs des mousquetaires, avaient réveillé en lui des origines du sud qu’il ne se connaissait pas !
En attendant, il fallait trouver un abri pour ce malheureux Monteil, mais la tache était bien difficile dans ces bois enfumes par la fumée des boulets des canons et jonches des cadavres des malheureux qui en avaient fait les frais. Vallombreuse et Monteil trébuchaient pratiquement a chaque pas et Monteil devait faire de suprêmes efforts pour ne pas s’évanouir a la vue de ce massacre. Léandre lui, avançait coute que coute, se reposant sur son inépuisable énergie qui lui avait valu sa place et sa réputation.
Soudain, des éclats de voix et une langue étrangère retentirent non loin d’eux. Ils firent volte-face et, l’un horrifie l’autre jurant entre ses dents, virent approcher dangereusement un groupe de cavaliers espagnols qui les avaient visiblement aperçus aussi… Vite, Léandre regarda autour de lui et aperçut entre deux arbres une espèce de petite caverne, vers laquelle il poussa son camarade après l’avoir agrippe par le bras.

« Cachez-vous la Monteil ! Gardez la main au pommeau néanmoins, au cas où mes seules forces ne suffissent pas à les repousser. »

Il priait pour le contraire, car il ne voulait pas mettre son camarade en danger alors que celui-ci était blesse, même légèrement. Il ne tenait même pas a lui demander son aide d’ailleurs, mais la solidarité était l’un des fondements de la morale des mousquetaires, et il était d’usage de ne jamais laisser un camarade seul face au danger quand le secourir était possible. C’était un principe établi sur lequel plus personne ne s’interrogeait et contre lequel les mousquetaires eux-mêmes, même les plus orgueilleux, avaient renonce à lutter. La maxime « un pour tous, tous pour un ! » n’était-elle pas devenue un mythe dans les rangs, même si on en laissait l’usage verbal aux quatre inventeurs du proverbe ?
Hélas, il semblait qu’il y ait malgré tout quelques réfractaires a cette notion d’entraide. La suite de l’histoire, nos lecteurs la connaissent, aussi nous leur épargneront de devoir subir a nouveau le calvaire immédiat du lieutenant-capitaine des mousquetaires, et comment il fut blesse a l’épaule par ces traites d’Espagnols, appela en vain Monteil a la rescousse –ce dernier s’étant enfui- et comment, dans un accès de cruauté pure, un des espagnol laboura son visage d’un coup d’épée avant de l’abandonner la, au milieu des cadavres, persuade qu’il les rejoindrait sous peu…

Lorsqu’il se réveilla, la première chose dont Léandre eut conscience fut la douleur. Il ne percevait plus son environnement, s’il était réveillé ou toujours inconscient ; seule cette abominable douleur était perceptible. Son corps entier brulait comme de la braise, mais sur son épaule et son visage, c’était véritablement les flammes de l’Enfer qui le dévoraient. Quelle douleur insupportable ! Péniblement, il essaya d’ouvrir les yeux, mais les referma aussitôt en laissant échapper d’une voix qu’il ne se connaissait pas un gémissement de douleur. Il avait essaye d’ouvrir les paupières, mais aussitôt du sang –son sang- lui avait brule la rétine. Il voulut porter une main tremblante a ses yeux pour essuyer le sang et enfin y voir quelque chose, mais a peine ses doigts avaient-ils effleure sa peau que la douleur se décupla. Il se mordit la lèvre jusqu’au sang pour ne pas crier de douleur –cette brulure dévorante qui lui sciait le visage était pire que tout ce qu’il avait vécu jusqu’ici ! La tête lui tournait, ses tempes bourdonnaient, son cœur battait a un rythme infernal et si fort qu’il crut un instant qu’il allait lâcher. Il avait beau respirer, c’était comme si ses poumons ne voulaient pas se remplir. Au moindre mouvement, une douleur fulgurante a son épaule le clouait sur place et ses doigts se crispaient a la table sur laquelle on l’avait déposé comme s’il voulait s’empêcher de basculer dans le vide. L’espace d’un instant, Léandre se demanda s’il n’était pas mort et si tout ceci n’était pas l’Enfer.

- Bonjour l’ami, on ne se connait guère mais tu n’es pas seul, sache le !

Pardon ? Il n’était donc pas tout seul en Enfer ? Remarquez, avec tous les morts qu’il y avait eu sur le champ de bataille, ce n’était pas vraiment étonnant… Il dut néanmoins s’y reprendre a deux fois pour être sur que cette voix, la premier qu’il distinguait avec netteté depuis son réveil, n’était pas qu’une hallucination due a la fièvre qui l’embrasait.

Si tu as besoin de faire un petit brin de causette, n’hésite surtout pas, je suis l’homme du lit de gauche !

Du lit de gauche ? Léandre se raccrocha a cette information comme un naufrage a une bouée, car sans le savoir cet homme lui fournissait un fil d’Ariane qui lui permettait de se sortir du brouillard rouge opaque dans lequel il se débattait depuis son réveil. Malgré la douleur, il s’efforça de réfléchir, et surtout se força à sortir tout a fait de cette semi-inconscience dans laquelle il pataugeait depuis tout à l’heure. Par un effort de sa conscience, il se força à revenir tout a fait a la réalité et a se réveiller complètement. Alors seulement, a travers la douleur ainsi renforcée –car elle n’était plus atténuée par un demi-sommeil il perçut les cris de douleur, les gémissements, le table en bois sous son poids, sa position allongée, l’odeur du sang, les exclamations des médecins, la bordure de la table que ses doigts crispes n’avaient pas lâché. L’air circula de nouveau dans ses poumons encrasses. Il était vivant. Il souffrait atrocement, mais il était vivant.

Je ne sais pas si tu peux me voir, à cause de ton … de cette … estafilade.
« De fait, j’ai bien peur que mes yeux soient hors course pour le moment. J’espère que tu me pardonneras de ne pas te regarder comme je le devrais, en bon interlocuteur… »
articula Léandre d’une voix encore rauque et incertaine.
- Depuis combien de temps te trouves-tu ici ? Que t’est-il arrivé ? J’espère que le fait de te tutoyer ne te choque pas, comme on ne le dit que trop bien ici : A la guerre, comme à la guerre !
« A la guerre comme a la guerre camarade, comme tu dis… » marmonna-t-il avant d’essayer de rassembler ses souvenirs pour reconstituer ces dernières heures. Au moins, penser a quelque chose d’autre lui permettrait-il peut-être d’oublier la plaie qui lui barrait le visage et lui faisait si mal. Mais Léandre de Vallombreuse n’était pas homme a se laisser abattre par la douleur, aussi cuisante soit-elle, et même s’il devait endurer le martyr il était hors de question qu’on l’entende se plaindre sur son sort ! Même sur ce lit, même dans un état de misère qu’il n’avait jamais connu auparavant, sa fierté et sa volonté presque enragée de lutter encore et toujours lui permettraient maintenant de rester bien conscient et d’endurer un calvaire dont il ignorait la durée. Malheureusement, ses souvenirs étaient encore flous, et il avait bien du mal a rester concentre sur cet exercice mental encore trop difficile dans l’état ou il était. Il opta alors pour une autre approche, à savoir dire ce dont il se souvenait pour le moment, et aviser ensuite. Peut-être que parler avec cet étranger ferait remonter le reste à la surface.

« J’espérais que tu pourrais me dire depuis combien de temps je suis la, je n’en ai moi-même aucune idée… Tout ce dont je me souviens, c’est de m’être battu… Ils étaient trois… Non quatre… Dans la foret, au milieu du régiment d’infanterie décime… Et après… »

Plus il cherchait a préciser ses souvenirs, plus sa migraine empirait et sa plaie au visage semblait le bruler, comme s’il l’approchait trop près du feu des souvenirs. Cette amnésie momentanée le perturbait et l’irritait beaucoup, sans qu’il me puisse dire pourquoi. Du haut de ses trente ans, il avait toujours été en parfaite sante physique et mentale et avait l’habitude de pouvoir tout affronter. Perdre le contrôle sur son esprit et son corps l’inquiétait plus qu’il ne voulait l’avouer, mais il dut bien se résigner.

« Je ne sais plus ce qu’il s’est passe, tout est tellement embrume… » soupira-t-il avant de changer de sujet, celui-là ravivant pour l’instant trop de confusion et de cicatrices encore trop fraiches. « Mais assez parle de moi, l’ami. Qu’est-ce qui t’amène ici ? Et d’ailleurs, qui es-tu ? »

Quitte a faire la conversation pour oublier sa douleur et sa misère, autant savoir a qui on avait affaire, n’est-ce pas ? Qui était cet homme a cote de lui ? Un mousquetaire ? Un officier ? Un simple soldat ? Un médecin qui aurait été pris dans un feu croise ? Tout, n’importe quoi, du moment qu’il parlait pour lui permettre de s’accrocher a quelque chose qui le maintiendrait éveillé, lui qui sentait sa conscience vaciller dangereusement et n’avait aucun élément visuel a disposition pour lutter… La voix de l’étranger était tout ce qui lui restait pour ne pas sombrer une fois de plus, et peut-être une fois de trop.
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MessageSujet: Re: Un geste d'humanité {Léandre de Vallombreuse & Benoît de Courtenvaux}   01.06.12 16:37

La fièvre gagnait peu à peu Benoît. Son front était déjà baigné par la sueur, tandis que sa main restait appuyée à son flan ensanglanté. Un modeste garrot naturel à sa blessure. Sa tête venait de retomber sur ce tissu de lin gorgé de paille, qui lui servait d'oreiller. Sur combien de puces reposait-il ? Tout paraissait sale ici, l'odeur pestilentielle de la mort mêlée à celle de la peur délirante. Ce dais infirmier était un concentré de l'enfer sur terre. Comment en ressortir indemne ? Comment ne pas se laisser gagner soi même par cet effet de mode qui conduisait les uns à hurler leur souffrance, d'autres à rire nerveusement et pour les plus malheureux, à pleurer comme des enfants ? Le marquis de Courtenvaux était quant à lui de ceux qui se taisent, mais en ressortent d'autant plus traumatisés. Bien que la terreur lui sorte par tous les pores de la peau, aucun cri n'avait encore franchi le seuil de ses lèvres. Il avait même cru quelques instants plus tôt pouvoir entamer la conversation avec un autre soldat, ce mousquetaire blessé au visage. Il l'entendait vaguement lui répondre tandis qu'il luttait à présent pour demeurer éveillé.

« Ton père ne se serait point endormi, il serait encore en vie. »

Cette phrase avait hanté plusieurs fois, ses rêves d'enfant. Sa tante, la fameuse marquise de Sablé lui avait pourtant relaté qu'une seule et unique fois, la mort tragique de son père, au siège d'Arras. Elle y était cantinière et avait été aussitôt appelée au chevet de son frère aîné. Sa main dans la sienne, elle l'avait supplié de demeurer éveillé, quitte à lui administrer quelques gifles … Rien n'y avait fait, son père était mort. Charles de Courtenvaux n'avait pas pu résister au sommeil assassin. Allait-il subir le même sort ?

« Mais assez parlé de moi, l'ami. Qu'est ce qui t'amène ici ? Et d'ailleurs, qui es tu ? »


- Charles …

N'ayant jamais eu l'occasion de nommer son défunt parent «  père », ce fut le prénom de ce dernier qui fut prononcé par son fils. Le fruit de ce douloureux souvenir et du délire qui l'avait envahis tout entier, allait sans nul doute causer un malentendu. Néanmoins, à vrai dire, non seulement sur l'instant, Benoît ne s'en soucia guère et ne réalisa pas même qu'il venait de fournir un autre nom que le sien à son interlocuteur. Sa priorité restait tout autre. Il fallait qu'il se redresse, qu'il sorte de cette torpeur bien trop dangereuse et qui risquait de l'emporter. Le père et à présent le fils ? Comme une malédiction familiale ? Non ! Il devait lutter contre cet état de fait. Telle une marionnette tenue à un fil invisible qui n'était autre que l'énergie du désespoir, Benoît s'obligea à s'asseoir. Il gémit à cause du mal renaissant à ses côtes mais il s'agissait d'un mal pour un bien. Plus la douleur l'aiguillerait, plus il resterait conscient ! A nouveau les yeux grands ouverts, il avisa au loin les médecins encore toujours aussi débordés, puis son regard se reposa derechef sur son voisin. La visage ensanglanté du pauvre malheureux était à présent tourné vers la gauche. Il est vrai qu'il lui avait fourni cette indication. Plusieurs secondes de concentration lui furent nécessaires pour faire appel à sa mémoire pourtant légendaire. Que lui avait-il dit ? C'était un comble, il lui avait proposé de faire un brin de causette, puis le brouillard l'avait englouti. Ah oui, trois – quatre hommes avaient attaqué l'inconnu. Quelle lâcheté ! Décidément, bien qu'elle ne vaille pas grand chose à cet instant précis, l'homme avait toute sa compassion. Il se garda bien de le lui dire, le mousquetaire aurait pu associer ce sentiment à de la pitié. Ne jamais froisser la fierté d'un homme, surtout lorsque celle-ci est déjà bien mise à mal.

- Écoute, j'ignore depuis combien de temps ils t'ont amené, tout ce que je sais c'est que je suis sur ce tas de tiques depuis une vingtaine de minutes et tu étais déjà là.

Mon Dieu, que ce lit ou plutôt ce brancard était dégoûtant. Benoît déjà connu pour son raffinement légendaire esquissa une moue de dégoût lorsqu'il vit un peu plus loin, un homme se gratter compulsivement. Ses cheveux devaient être remplis de poux. Quelle horreur ! L'envers du décor des armures reluisantes et des chevaux empanachés, était affligeant. Il s'empêcha de s'exclamer car prononcer des mots comme : horreur ou dégoût, n'aurait guère était humain et digne de la sympathie qu'il éprouvait pour son voisin.

Autant s'escrimer à autre chose qu'à remarquer tous les détails de ce spectacle déplorable. Ce qu'il fit. Pour éponger son propre front et permettre peut-être au mousquetaire qu'il puisse le voir, il rampa presque jusqu'à un broc d'eau, ou tout au moins ce qui ressemblait à de l'eau tant elle semblait stagnant depuis de nombreuses heures. Malgré sa soif, il se promit de ne pas en boire une seule goutte. Benoît déchira malgré son peu de forces, un bout de sa chemise boueuse et la plongea dans le récipient. Le linge une fois mouillé, il revient avec autant de difficultés jusqu'à son lit, le broc à l'autre main.

- C'est toujours moi, je vais essayer de faire de toi un meilleur interlocuteur. N'hésite pas à me dire si je te fais mal, car sans même connaître ton nom, je sais déjà que tu fais parti de ces hommes froids, droits et courageux. Ne t'avise pas de jouer au héros et de me mentir. On est pratiquement des amis, on ne peut pas nier la vérité à des amis.


Et sans attendre la permission de son voisin, Benoît oublia de se rafraîchir lui même pour essayer de retirer le sang séché du visage de l'inconnu. La tâche n'était pas aisée et lui qui priait silencieusement pour une concentration, la trouva dans le but qu'il venait de se fixer. Rendre un visage humain à cet homme. Seulement … L'estafilade était profonde et dessinait une diagonale sinueuse d'un bout à l'autre du visage, en meurtrissant le nez. La cicatrice défigurerait à jamais le pauvre malheureux. Le lavage achevé, hélas les yeux du soldat restaient pour ainsi dire collés. Peut-être avaient-ils été touchés eux aussi.

Le marquis durant toute cette opération délicate, avait parlé au mousquetaire. De tout, de rien, surtout des circonstances qui lui avaient causé sa propre plaie. Il n'allait pas le laisser dans le silence le plus absolu qui aurait été un aveu de sa blessure pouvait désormais inspirer aux gens. Aux gens, mais à partir de cette minute, plus à lui même. Il l'avait touchée, il l'avait vue, détaillée, cette blessure. Il la connaissait, jamais cet inconnu ne devrait avoir une fausse pudeur envers lui. Si cela pouvait dans les mois à venir lui être d'un quelconque secours, de savoir qu'un homme en France ne serait pas effrayé par son apparence, il n'hésiterait pas à le lui dire ! Mais comment aborder le sujet ? Peut-être que l'homme mettrait fin à ses jours après s'être vu dans un miroir ? Le choc de la blessure ne serait rien, on pouvait le deviner aisément, à la constatation de la conséquence désastreuse.

- Te revoilà comme neuf ! Les médecins ne devraient plus tarder, ils finissent de bander un canonnier. Le pauvre, on dirait une momie inca que les conquistadors ont trouvé en Nouvelle Espagne …

Oui Benoît de Courtenvaux,tentait de mettre devant ses yeux et ceux de son interlocuteur, des plaines arides, des collines, des canyons, de leur faire dépasser les océans. Le pouvoir de l'esprit est infini. Il fallait tout miser dessus. Ils devraient peut-être leur salut à cette évasion, qui sait !

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MessageSujet: Re: Un geste d'humanité {Léandre de Vallombreuse & Benoît de Courtenvaux}   02.07.12 17:40

Si Léandre avait peur ? S’il était terrifié ? Peut-être bien, mais si tel était le cas, il ne s’en apercevait même pas. A vrai dire, la peur était un sentiment qu’il n’avait que très rarement connu au cours de ses trente années d’existence : même sur le champ de bataille, la fougue et l’envie de vaincre avaient toujours pris le pas sur la peur et l’avaient transformée en une énergie redoutable qui lui avait permis de remporter chaque combat l’un après l’autre malgré les obstacles et les blessures. Vallombreuse était un brave, un téméraire même qui ne craignait ni la douleur ni la mort. Et maintenant que l’une lui faisait souffrir des brûlures digne de l’enfer et que l’autre le menaçait sérieusement, ce n’était toujours pas de la terreur qu’il éprouvait : c’était de la colère. Une colère sourde, désespérée, une colère destructrice qui le tuait lentement de l’intérieur, la colère de l’impuissant forcé de se résigner face à son sort et qui le refuse encore. Il était furieux contre ces Espagnols qui l’avaient lâchement attaqué et laissé pour mort, furieux contre ces médecins qui ne faisaient rien, furieux contre lui-même qui n’avait pas su s’en tirer mieux que ça, furieux contre Monteil qui l’avait laissé tomber, furieux enfin contre le destin, contre Dieu, contre tout ce qui pouvait être responsable de son humiliation. Une colère muette qui dès lors ne devait plus jamais le quitter, même une fois refroidie.

- Écoute, j'ignore depuis combien de temps ils t'ont amené, tout ce que je sais c'est que je suis sur ce tas de tiques depuis une vingtaine de minutes et tu étais déjà là.

Essayant encore de faire fi de la douleur, Léandre se concentra sur les maigres informations qu’il venait de recevoir. Il était donc là depuis plus d’une demi-heure probablement, mais comment y était-il arrivé ? Il se souvenait avoir rampé sur le sol, aveuglé par le sang qui lui coulait dans les yeux, et ensuite… Le trou noir. Monteil avait-il fini par faire demi-tour ? Ou bien était-ce un autre qui l’avait retrouvé ? Ou bien l’équipe de brancardiers venue constater le carnage ? Il n’avait rien vu, rien entendu, rien senti tant la douleur et la fièvre avaient eu raison de lui. C’était la première fois de sa vie que sa volonté et son corps avaient été battus de cette manière ; et maintenant qu’il était allongé sur cette table, torturé par la plaie brûlante sur son visage et cette profonde blessure à son épaule, il aurait presque espéré s’évanouir de nouveau. Mais non seulement il devait être trop solide pour ça, mais de plus quelque chose dans son esprit lui soufflait que s’il sombrait de nouveau, peut-être bien qu’il ne se réveillerait plus. Et pour l’instant, il tenait encore trop à la vie pour l’abandonner. S’il avait vu ce à quoi il se condamnait ce faisant, il aurait peut-être changé d’avis ; mais on ne refait pas l’histoire, et il garda conscience, encore et encore.
Se raccrochant encore aux bruits qu’il entendait, puisqu’il ne pouvait pas ouvrir les yeux, Léandre perçut un déplacement en provenance de l’homme qui lui avait adressé la parole. Il bougeait ? Que faisait-il ? Plongé dans le noir, il ne voyait pas ses mouvements et tressaillit en sentant le contact d’un tissu froid sur son front.

- C'est toujours moi, je vais essayer de faire de toi un meilleur interlocuteur. N'hésite pas à me dire si je te fais mal, car sans même connaître ton nom, je sais déjà que tu fais partie de ces hommes froids, droits et courageux. Ne t'avise pas de jouer au héros et de me mentir. On est pratiquement des amis, on ne peut pas nier la vérité à des amis.

En sentant le tissu trempé passer sur la blessure qu’il sentait se dessiner avec de plus en plus de précision, Léandre serra les dents à s’en faire mal à la mâchoire. Qui aurait pensé que le visage était une zone si sensible à la douleur ? Mais contrairement à ce que son camarade pouvait espérer, il refusait catégoriquement de laisser échapper le moindre cri, le moindre gémissement. C’aurait été une humiliation de plus, une humiliation de trop. Depuis son enfance son père lui avait appris à tout endurer sans broncher, il ne faillirait pas aujourd’hui ! Il songeait aux hommes allongés autour de lui, certains avaient probablement des bras ou des jambes arrachés par les boulets de canons, ou les entrailles à l’air à cause d’un coup d’épée trop bien placé. Comparé à eux, quel droit avait-il de se plaindre ? Il entendait leurs cris, leur souffrance, qui l’atteignait en plein cœur et le saignait à blanc. Certains d’entre eux étaient ses hommes. Alors, parce qu’il était leur chef et parce qu’il devait les soutenir, il se tut. Il ne voulait pas en rajouter en se mettant lui aussi à pousser de hauts cris : ceux de ses hommes étaient bien assez pour exprimer leur douleur à tous.
Durant toute la durée de l’opération, Léandre resta ainsi, mâchoire crispée, les paupières toujours collées par le sang qui avait coulé dessus, plus silencieux qu’il ne l’avait jamais été en écoutant les paroles de son infirmier improvisé. Son esprit buvait ces paroles sans nécessairement en saisir entièrement le sens, se contentant de s’y agripper comme à un fil d’Ariane pour lutter contre la perte de conscience qui devenait de plus en plus imminente. Les soins de son camarade ravivaient la douleur tout en l’apaisant, et Léandre n’aurait su dire s’il valait mieux qu’il s’arrête ou qu’il continue. Dans le doute, et parce qu’il ne pouvait ouvrir le bouche pour le moment, il se tut et le laissa continuer, laissant le flot de parole entrer dans son oreille et parfois ressortir par l’autre.
Mais le tamponnement à l’eau finit par cesser, et il se détendit légèrement, sentant que son visage, s’il était toujours aussi douloureux, était moins poisseux. C’était déjà ça.

- Te revoilà comme neuf ! Les médecins ne devraient plus tarder, ils finissent de bander un canonnier. Le pauvre, on dirait une momie inca que les conquistadors ont trouvé en Nouvelle Espagne …
« Merci… Au moins serais-je présentable pour le moment où ils viendront me momifier à mon tour. » souffla Léandre, qui ignorait comment il réussissait encore à faire de l’humour. L’homme avait décidément des réactions bien étranges dans l’adversité. A moins qu’il ne s’agisse que de lui seul, qui commençait à perdre la raison ?

En tous les cas, il en avait assez de se sentir ainsi impuissant, allongé sur sa pauvre table et livré aux médecins qui ne venaient pas et à un mal de dos lancinant dû au bois sur lequel il était allongé. Lui qui était un habitué de l’action, rester allongé en attendant que ça se passe n’était guère dans ses habitudes, et être réduit à l’état auquel il était le désespérait encore plus. Léandre était un homme qui avait l’habitude de prendre le taureau par les cornes, pas de subir ! Il sentait que rester comme ça allait le rendre cinglé, aussi sûrement que si on lui annonçait du jour au lendemain qu’il était renvoyé des mousquetaires. Il fallait qu’il fasse quelque chose pour reprendre le dessus, pour n’être plus le sujet de sa douleur mais bien son maître !
Brusquement animé d’une volonté farouche, il se redressa sur un coude en grimaçant à cause de son épaule, laquelle n’appréciait guère d’être malmenée ainsi. Mais il devait se relever ! Ne serait-ce que pour se prouver à lui-même qu’il en était encore capable !
En sentant une main –sûrement celle de son compagnon de malheur- essayer de le rallonger, il attrapa instinctivement son avant-bras pour l’en empêcher.

« N’en fais rien. » dit-il sur le ton autoritaire qui lui était coutumier. « Je ne supporterai pas de rester allongé une seconde de plus. Les médecins me feront de toute façon asseoir pour me soigner, mais je tiens à le faire seul. Que je sois un infirme, soit, mais un infirme digne ! »

Sans attendre sa réaction, il se redressa tout à fait, et ignorant le vertige qui faillit le faire retomber, se stabilisa sur ses appuis et fit basculer ses jambes de côté, dans le vide. Ses mains étaient agrippées au bord de la table pour qu’il ne rechute pas, et son front ruisselait de sueur sous l’effort. Il resta immobile quelques secondes, luttant pour garder le contrôle, et éprouva un immense soulagement en constatant qu’il tenait. Parfait. Il était encore un homme qui pouvait se redresser face à l’adversité. C’était une petite victoire, mais une victoire quand même…
Lentement, il leva la main –où étaient passés ses gants ?- et la porta doucement à son visage. Elle tremblait légèrement, et tressaillit en entrant en contact avec la plaie suintante de sang. Mieux valait qu’il y touche le moins possible, il ignorait à quel point elle était profonde mais autant éviter de risquer l’infection. Ses doigts glissèrent ensuite sur ses yeux, qui lui parurent intacts, mais comment en être sûr puisqu’il ne pouvait pas les ouvrir ? Sa main retomba, accompagnée d’un soupir résigné.

« Merci pour ce que tu fais pour moi. Sois sûr que je ne l’oublierai pas, foi de Vallombreuse ! Mais maintenant, je veux que tu t’occupes de toi-même : si tu es là c’est que tu n’es pas sorti indemne de cet enfer, et mes blessures ne sont certainement pas assez graves pour justifier que tu t’oublies toi-même. Il y a des dizaines d’autres hommes sous cette tente en bien pire état que moi qui auraient plus encore besoin d’un ami à leurs côtés… »

On s’était assez occupé de lui, il était temps de passer à autre chose. Il se ferait soigner par les médecins et sortirait d’ici sur ses deux jambes, même s’il devait lutter à chaque pas pour ne pas s’écrouler. Il en avait vu d’autres ! Etait-il un combattant, oui ou non ? Alors il devait se montrer digne de sa place et de son rang, et cela n’arriverait pas en se laissant aller sur une planche de bois. Il devrait peut-être se battre contre la douleur, mais il était prêt à relever le défi. Il n’avait jamais flanché devant rien : aujourd’hui ne serait pas la première fois ! Hors de question !

« J’ai une dernière chose à te demander. » ajouta-t-il avec résolution. « Tu m’as dit tout à l’heure qu’on ne pouvait cacher la vérité un ami, et tu as dit être le mien. C’est donc comme à un ami que je te demande de me décrire ma blessure, et de me dire sa gravité. Je ne veux ni fard ni cachotterie : dis-moi la vérité telle que tu la voies, et telle que je la verrai dès que je pourrai rouvrir les yeux. Je ne veux pas être épargné comme un mourant ! Mais je veux savoir à quoi m’attendre lorsque, grâce à toi, je pourrai sortir d’ici et me voir dans un miroir. »

Il y avait tant de détermination dans sa voix que son interlocuteur ne pouvait avoir aucun doute sur sa décision et cèderait forcément. Il voulait, il devait savoir !

« Je sais que tu ne trahiras pas ta parole. Tu es un homme bon, et un homme d’honneur, je le sais. C’est donc en tant que tel que je te demande cette dernière faveur. D’homme à homme.»

Et aussi longtemps qu'il vivrait, il serait éternellement reconnaissant à cet homme qui, sans rien lui demander en échange, était venu le tirer du trou noir.
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MessageSujet: Re: Un geste d'humanité {Léandre de Vallombreuse & Benoît de Courtenvaux}   25.07.12 19:46

Ces deux hommes qui trop fiers pour se laisser aller à des larmes et qui lançaient des traits d’humour, avaient quelque chose d’irréel. Car en effet, ils étaient bien les seuls à s’adonner à l’ironie sous ce dais de l’infirmerie. S’ils souriaient, pour tous deux, il s’agissait malgré tout bel et bien de grimaces à peine déguisées sous la douleur, mais ils ne le voyaient guère. Peut-être, était-ce également cela qui les avait rapprochés. L’un était aveuglé par sa blessure, l’autre n’apercevait hélas plus quel trait pouvait être la bouche de son interlocuteur, derrière tout ce sang séché. Chacun conservait sa dignité en taisant sa peur et ils tentaient de passer le temps par des jeux d’esprit… Ce temps si long que l’on mettait pour venir à leur secours. Benoît de son côté, n’osait d’ailleurs brusquer aucun des médecins lorsqu’il entendait les cris déchirants d’un amputé. Cela ne donnait guère envie d’avoir affaire à l’un d’eux, à vrai dire. Des sentiments contradictoires l’assaillaient. Il en venait parfois à se demander s’il ne devait pas interdire, ces bouchers d’approcher. Ses yeux ne purent rester par conséquent plus longtemps sur la vision d’horreur de cette opération, aussi leva-t-il exprès le ton pour couvrir ces cris suraigus.

- Nous nous battrons pour échapper à toutes ces bandelettes, nous avons encore quelques ressources ! Nos poings se portent fort bien, ma foi !

Mais que faisait le mousquetaire? Tentait-il réellement de se relever ? Le chiffon imbibé d’eau encore à la main, Benoît sentit en effet le corps de Vallombreuse se redresser. Etait-il devenu fou ? C’était poussé fort loin le courage ! Il n’avait pas besoin de cela, pour que le marquis de Courtenvaux le croie digne et vaillant. C’était presque synonyme de suicide avec une telle blessure, sa tête devait reposer sur ce coussin, enfin sur ce pucier qui lui servait d’oreiller. Cette dernière devait lui être déjà bien lourde à porter, à cet instant. Il n’était pas médecin, mais il savait fort bien que cela ne devait guère être conseillé en pareil cas. Il renonça malgré tout très vite à l’idée de le faire changer d’avis, mais au moins tenta-t-il de l’aider dans l’exécution de ce geste pénible. Comble de tout, son compagnon d’infortune refusa toute assistance de sa part. Respectueux de l’homme et de ses décisions, même lorsque ces dernières frisent l’entêtement, il n’insista donc pas, impuissant à apaiser la douleur ressentie. Douleur qui lui faisait presque oublier la sienne, tant l’altruisme avait pris le pas en lui avant toute autre considération. Sans doute était-ce, cela que l’on appelait la force de l’esprit !

Il assista donc mi craintif-mi admiratif à cette sorte de succès ou de victoire sur le corps humain, un véritable chemin de croix pour le soldat. Car en effet, le vicomte y parvint. A présent assis et lui faisant face, Benoît pouvait à loisir apercevoir dans toute son difformité soudaine, le visage de son interlocuteur. Son cœur en fut aussitôt, terriblement meurtri. Les gestes effectués par le mousquetaire afin de constater lui-même les dégâts faits à son intégrité physique, le lui serrèrent d’autant plus. Il n’osait le plaindre tout haut, il désirait plus que tout taire cette compassion profonde qu’il éprouvait pour cet homme, de peur de le froisser. Mais comment rester indifférent à une telle vision ? Sans doute, une fois les blessures pansées et bien cicatrisées, le visage ne serait pas autant marqué par ces estafilades cruelles. Sans doute … Mais il n'y croyait pas vraiment hélas.

« C’est donc comme à un ami que je te demande de me décrire ma blessure, et de me dire sa gravité. Je ne veux ni fard ni cachotterie : dis-moi la vérité telle que tu la voies, et telle que je la verrai dès que je pourrai rouvrir les yeux. Je ne veux pas être épargné comme un mourant ! Mais je veux savoir à quoi m’attendre lorsque, grâce à toi, je pourrai sortir d’ici et me voir dans un miroir. »

Que pouvait-il être pire pour un homme, qu'un tel aveu ? La mâchoire de Benoît aussitôt se crispa et sa tête s’affaissa sur sa poitrine. Le désespoir l’envahit tout entier. Pourquoi était-ce à lui que revenait cette atrocité de révéler à quelqu’un, qui n’était désormais que la moitié d’un homme ? Que sa figure, l’âme même de l’apparence physique, effraierait désormais quiconque l’apercevrait ? Que son visage engendrerait aussitôt le dégoût ? Peut-être même que cette laideur soudaine conduirait à son excommunication, puisque l’homme n’est-il pas fait à l’image de Dieu ? Pouvait-on aujourd’hui dire que Léandre de Vallombreuse était modelé à l’image de Dieu ? Toute « gueule cassée » qu’il était, Benoît savait qu’il ne le rejetterait jamais, qu’il ne lui provoquerait aucun mouvement de recul, jamais, mais certainement serait-il le seul ! Son exclusion de la société ne faisait aucun doute, Léandre pour survivre aux regards en biais des gens, devrait se cloîtrer. Benoît ne le souhaitait pas, qui aurait désiré cette existence de mort vivant pour un ami même récent, mais cette réaction était malheureusement si prévisible … S’il parlait sincèrement, il aurait sur le cœur le poids de l’annonce de son malheur perpétuel, s’il ne parlait pas, le poids écraserait sa conscience. Cruel dilemme !

« Je sais que tu ne trahiras pas ta parole. Tu es un homme bon, et un homme d’honneur, je le sais. C’est donc en tant que tel que je te demande cette dernière faveur. D’homme à homme.»

Sa parole ? Il n’en fallait pas moins à Benoît pour lui redonner quelque peu de cette force qui l’avait déserté. L’honneur des Souvré est un principe sacré. Il parlerait.

- Mon ami … Puisque tu me le demandes si ardemment, je serai donc franc. Ta blessure est très grave et profonde. Le coup d’épée que tu as reçu forme une sorte de diagonale sur ton visage et te meurtrit, le front, la joue et le nez, jusqu’au cou. Même cicatrisées …

Dieu que ces mots étaient durs, il ferma un instant les yeux et déglutit avant de reprendre.

- Les plaies ne te défigureront pas moins … voilà je l’ai dit, pardonne moi d'être l’annonciateur de cette terrible nouvelle.

Et le silence retomba lourd et pesant, autant que leurs cœurs sans aucun doute. C’est l’instant que choisirent enfin les praticiens pour s’approcher d’eux. Aussitôt ils se dirigèrent vers lui pour s’occuper de son mal. Benoît s’insurgea.

- Messieurs, cet homme a besoin de vos soins immédiatement. Il est plus grièvement blessé que je ne le suis !
- Mais monsieur le marquis … Cet homme n’est que vicomte, nous avons des ordres, les officiers doivent être soignés avant tous les autres soldats.
- Faites ce que je vous commande ! Au diable le …

Mais avant qu’il n’ait achevé, Léandre de Vallombreuse avait levé la main pour imposer le silence à cet entourage bruyant. Il n’allait tout de même pas, encore une fois revêtir la peau du vaillant chevalier !. Il souffrait le martyre ! Mais tout dans sa physionnomie respirait la contrariété et la révolte. Entre deux humanistes, il y a parfois bataille ! Benoît allait l’apprendre !

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MessageSujet: Re: Un geste d'humanité {Léandre de Vallombreuse & Benoît de Courtenvaux}   31.08.12 22:36

Léandre avait toujours été ce que l’on pouvait appeler une force de la nature. C’était sans conteste un homme intelligent et cultivé, mais pas plus que ne devait l’être tout homme distingué de son temps ; il aurait fait bien pâle figure face à l’un de ces hommes qui passaient leurs vies dans les salons à disserter littérature et philosophie ou encore théologie. Depuis son plus jeune âge, c’est au métier des armes qu’il avait été formé, et son instruction avait surtout été militaire. Léandre était avant tout un stratège militaire, un tacticien de guerre, et un homme de combat. Escrime, nage, équitation, bâton, arquebuse, canne, il avait été rompu à tous les sports et s’y astreignait encore plusieurs heures par jour même en dehors de ses heures de service ou d’entraînement. Il avait toujours été grand, et tout cet exercice physique qui constituait depuis toujours la majeure partie de sa vie en avait fait un homme de carrure imposante, en plus d’être quelqu’un d’extrêmement endurant et infatigable. Il n’avait aucun effort physique que le vicomte rechignait à accomplir ; son corps était habitué à l’effort, à être endommagé, à prendre coups d’estoc et de taille, et jamais il n’avait failli. Certains l’avaient comparé à ce monsieur de Bussy que l’on avait surnommé « le sanglier » parce qu’il disposait de la même force de titan. Et c’était en sanglier que Léandre se battait désormais contre un sort qu’il n’avait pas voulu ni mérité. Comment réagir à une attaque aussi lâche que celle dont il avait été victime et face à la pitoyable manière dont il s’en était sorti ? Son premier réflexe était la colère, la rage, et furieusement il cherchait une cible pour évacuer ce feu qui le brûlait de l’intérieur. Mais les espagnols étaient partis, Monteil s’était volatilisé, et Léandre restait seul avec sa colère, aveuglé par son propre sang et la douleur qui lui barrait le visage et lui vrillait l’épaule. Alors il retournait sa rage contre lui-même ; en luttant contre cette condition de blessé qui le rendait fou, il se démenait contre un ennemi invisible et insaisissable, impossible à transpercer d’un coup d’épée. Il se battait en vain, son esprit le lui criait, mais il préférait encore se battre dans le vide que se laisser retomber sur sa table et attendre que l’on décide de son sort. Cela avait au moins le mérite de lui éviter de devenir dingue. Pour le moment.

Heureusement, il avait trouvé un soutien inattendu en la personne de cet autre blessé qui avait décidé, pour une raison qui lui restait obscure dans les vapeurs de la demi-conscience, de lui tenir compagnie. Cela lui permettait non seulement de rester éveillé, mais aussi d’avoir un point d’accroche pour rester vaillant en dégageant la douleur à coups de pieds mentaux. Nouveau point d’attaque : attaquer de front. Savoir à quoi ressemblait sa blessure, savoir à quoi s’attendre, afin de ne pas être pris au dépourvu lors du retour de flamme. Savoir à quoi s’attendre pour ne pas avoir à imaginer le pire et découvrir une vérité pire encore. Seul cet ami inopiné pouvait lui offrir cette salvation.

- Mon ami … Puisque tu me le demandes si ardemment, je serai donc franc. Ta blessure est très grave et profonde. Le coup d’épée que tu as reçu forme une sorte de diagonale sur ton visage et te meurtrit, le front, la joue et le nez, jusqu’au cou. Même cicatrisées …

Les doigts crispés sur la table et prêts à s’y enfoncer, Léandre supportait chaque mot qui sortait de la bouche du marquis avec un stoïcisme qui aurait pu paraître admirable, si l’on n’avait pas pu penser que c’était le sang séché qui l’empêchait d’exprimer la moindre réaction. En réalité, chaque nouveau mot, chaque partie de cette terrible description était un coup d’enclume qu’il recevait sur la tête.

- Les plaies ne te défigureront pas moins … voilà je l’ai dit, pardonne moi d'être l’annonciateur de cette terrible nouvelle.

Silence. Lourd et pesant, comme une chape de plomb. La tête commençait à lui tourner, et brusquement une violente nausée faillit avoir raison de lui. Mais grâce à un suprême effort de volonté, il resta parfaitement droit malgré la complète crispation de tout son corps, cri muet de fureur et de désarroi. Défiguré ! Voilà donc ce qu’il emporterait de Valenciennes ? Pas d’exploit, pas de victoire, mais un visage balafré à vie ? Un visage marqué à vie par la défaite cuisante de Valenciennes et la trahison d’un ami ? Le marquis ne se trompait pas : la nouvelle était terrible, et dans une cour où tout n’est qu’apparence et apparat, Léandre ne savait que trop bien ce que cette balafre pourrait lui coûter. Il ne se doutait pas encore à quel point. Pour l’instant, se savoir défiguré était assez difficile à digérer comme ça. S’il avait pu prévoir ce qui allait en découler par la suite, il en serait probablement devenu fou sur le champ.

- Messieurs, cet homme a besoin de vos soins immédiatement. Il est plus grièvement blessé que je ne le suis ! s’exclama le marquis à l’adresse de médecins que Léandre n’avait pas entendus arriver, tout à l’assourdissement que la nouvelle de sa condition avait provoqué dans sa tête. Son cerveau s’était déconnecté de la réalité. Les mots de son compagnon arrivaient jusqu’à son esprit, mais détachés les uns des autres, vides de sens, vides de substance. Léandre de Vallombreuse, à cet instant-là, n’était rien de plus qu’une coquille vide. Mais une coquille vide qui ne pouvait pas le rester très longtemps, ne serait-ce que par nature. Le sanglier, même blessé à mort, continuait à se débattre.
- Mais monsieur le marquis … Cet homme n’est que vicomte, nous avons des ordres, les officiers doivent être soignés avant tous les autres soldats.
- Faites ce que je vous commande ! Au diable le …

C’en était trop. Léandre leva brusquement une main impérieuse, et l’espace d’un instant, son autorité naturelle qui faisait partie de son caractère prit le pas sur tous les titres possibles et imaginables. Si Léandre avait pu ouvrir les yeux, il aurait sûrement dardé sur eux ce regard implacable qui devait faire sa renommée quelque dix ans plus tard, lorsqu’il sortirait de sa retraite solitaire. En attendant, les gestes parlaient d’eux-mêmes. Il s’agissait peut-être du dernier ordre qu’il donnerait, mais il le donnerait quoiqu’il arrive !

« Il suffit messieurs. Suivez les ordres que vous avez reçus, et emmenez cet homme se faire soigner. » Il leva de nouveau la main pour faire taire le marquis qui allait protester. « Tu as déjà été trop généreux avec moi, mon ami –si tu me permets d’encore employer cette familiarité avec toi alors que je connais maintenant ton titre. Mais ces hommes ont raison. Les ordres sont les ordres, et nous sommes en guerre. Si en guerre on contourne les règles, c’est le début du chaos. Il me semble qu’il règne déjà bien assez sur ce campement. »

Le ton de sa voix était amer, puisqu’en plus de ce qu’il venait d’apprendre sur sa propre blessure, les cris des autres blessés lui rappelaient le carnage qu’avait été la bataille. Nul besoin d’aggraver les choses en mettant en doute l’autorité. Les médecins se consultèrent du regard, et Léandre perçut leur hésitation.

« Messieurs c’est un ordre ! Obéissez maintenant ou j’en réfèrerai à Sa Majesté. » tonna-t-il, si bien que les médecins acquiescèrent en lui promettant de revenir bientôt vers lui afin de soigner ses plaies. Plaies dont Léandre n’avait désormais cure. Consciemment ou pas, il croyait deviner à travers les ténèbres quel calvaire l’attendait après son retour au Louvre. Et la perspective de ce désastre était la pire douleur qu’il aurait pu endurer, bien pire encore que celle que lui infligeait cette balafre qui menaçait de s’infecter et saignait encore sans jamais sembler vouloir s’arrêter.

« Tu l'as dit toi-même, je suis défiguré. C'est terminé pour ma part, mais peut-être que tes blessures à toi peuvent encore être soignées et le pire évité. Me faire soigner en premier ne serait que de la pitié mal placée, et je sais qui ni toi ni moi n'en voulons. Merci pour ce que tu as fait, l’ami. Tu as ma parole, je ne l’oublierai pas. Et ne viens pas protester, je sais que tu aurais dit la même chose si nos place avaient été inversées… Adieu donc, et que Dieu te préserve mieux qu’Il ne l’a fait pour moi. » conclut-il en ponctuant sa phrase d’un signe de tête, indiquant ainsi aux médecins d’emmener leur patient. Grâce au marquis, il ne retomberait pas dans l’inconscience. Et maintenant, il allait avoir tout le temps nécessaire pour méditer à son sort….
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