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 Lettre au marquis de Courtenvaux.

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MessageSujet: Lettre au marquis de Courtenvaux.   30.04.12 20:15

Citation :
Montréal, le 18 Février 1664.

Cher marquis de Courtenvaux,

Je ne sais par où commencer ma lettre, si ce n’est peut-être en vous disant qui je suis, car malgré votre sens de l’observation je doute que vous puissiez deviner qui se cache derrière cette écriture. Vous souvenez-vous de moi, Isabeau Veermersch ? La pauvre fille en haillons que vous avez un jour croisée au tribunal alors qu’elle cirait des chaussures, et à qui vous avez offert un travail ? C’est celle-là même qui vous écrit, Isabeau c’est moi. Je comprendrais que vous ne vous souveniez pas, où à peine. Les pauvres filles comme moi ne marquent guère les esprits.

C’est avec cette pensée en tête que j’ai hésité avant de vous écrire, pour finalement me décider. J’ai pensé qu’il était plus correct, après ce que vous avez fait pour moi, de vous informer au moins du pourquoi de ma disparition soudaine –j’espère d’ailleurs qu’elle ne vous a pas trop embarrassé et que vous avez trouvé un autre coursier pour me remplacer.

La raison de mon départ est à la fois simple et absurde. Il y a quelques mois de cela, alors que je dînais avec ma sœur, deux gardes en uniforme ont frappé à notre porte, et nous ont ordonné de faire nos bagages car nous étions toutes deux choisies pour partir en Nouvelle-France en tant que « Filles du Roy ». Je suppose que vous savez déjà ce que c’est, je ne vais donc pas vous redonner les détails, mais ces deux gardes ont bien malicieusement oublié de nous préciser que c’était un acte volontaire, pas obligatoire. J’ai protesté, et Nanette a alors révélé qu’elle était fiancée. Elle a donc pu, au nom de son mariage, rester en France. Pas moi : j’ai fait mon bagage et l’heure d’après j’étais dans le convoi en direction de la Normandie, sans aucune possibilité d’avertir qui que ce soit. Les gardes avaient dit qu’ils vous feraient prévenir, mais en découvrant sur le bateau qu’ils m’avaient menti, j’ai sérieusement douté qu’ils respectent leur parole. Ces gens-là n’en ont pas, ou seulement quand ils ont quelque chose à y gagner.

Vous connaissez donc maintenant les raisons de ma disparition, qui n’en est plus vraiment une maintenant que j’ai pu vous l’expliquer. En arrivant en Nouvelle-France, on nous a toutes réunies dans une même maison dans laquelle nous vivions en attendant de trouver à nous marier. Curieusement, j’ai été l’une des premières à me faire passer la bague au doigt : c’est d’ailleurs mon mari qui écrit cette lettre sous ma dictée. Il m’apprend à lire et écrire, mais je préfère de loin que vous lisiez sa belle écriture plutôt que la mienne qui est toute difforme et brouillon. Il tient une lutherie à Montréal, et le travail ne manque pas ; ça tombe bien, travailler est ma spécialité. Je dois reconnaître que la vie ici est agréable, même si je ne voulais pas quitter Paris. Mais il faut bien s’adapter à tout, et j’aurais pu tomber bien plus mal, bien bien plus mal.

Promis, si un jour vous deviez recevoir une autre lettre de moi, je vous l’écrirai en personne. J’espère juste m’améliorer d’ici-là.
Merci encore pour l’aide que vous m’avez apportée ; dans ce monde, c’est quelque chose qui ne s’oublie pas.

Isabeau Lacassagne.

P.S : Je me permets de joindre ses remerciements aux siens, et de vous adresser mes plus sincères salutations avec tout mon respect. D’après ce qu’elle m’a dit de vous, vous êtes un honnête gentilhomme, et l’on en manque trop aujourd’hui pour ne pas en saluer un lorsqu’on en a la possibilité. Théophile Lacassagne.
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Côté Coeur: Une fois offert et mis à lambeaux, il est pour l'heure tout entier à son roi.
Côté Lit: Je n'y tiens pas une collection ! Mais il n'est pas glacé non plus.
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ϟ La Main au collet ϟ

Âge : 32 ans et des poussiè... (Non pas ce mot maudit)
Titre : Marquis de Courtenvaux, Magistrat parlementaire et avocat
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MessageSujet: Re: Lettre au marquis de Courtenvaux.   01.05.12 0:33

Paris, 19 mai 1664


Chère mademoiselle ou devrais je plutôt dire, Madame,

J’ai reçu sans doute un don du ciel pour conserver une mémoire sans défaut. Aussi n’avais-je guère besoin de tous ces détails pour vous conserver dans mon bon souvenir. Bon, oui parfaitement madame, vous étiez plus qu’une jeune fille que j’embauchais mais une de ces demoiselles aux multiples talents. Je souhaite de tout cœur que ce destin qui vous a fait prendre les océans vous permettra un jour prochain de regagner la mère patrie et plus encore que vous mettiez à profit, toutes ces qualités que je pressens en vous.

La position de fille de France est bien contraignante, j’espère donc que monsieur votre époux, est un homme respectueux et honnête. Votre départ en Nouvelle France soulève en moi les plus vives inquiétudes, je dois bien le reconnaître. L’on rapporte tant de choses sur ces hommes grossiers, ivres et parfois les mariages qui ont lieu sur ce continent, sont assimilés à des ventes d’êtres humains. N’ayez crainte de me faire savoir, et accusez d’ailleurs réception de quelques louis pour les services d’un écrivain public, si l’homme auquel l’on vous a destiné se montre violent à votre égard. Il ne saurait donc rien de votre démarche auprès de moi. Ce PS m’est agréable, mais l’éloignement ne m’assure pas de son authenticité hélas. De par ma charge, je n’ignore pas qu’il est certains sujets qu’une jeune fille aborde avec difficultés, mais taisez vos scrupules afin que je puisse vous venir en aide, si nécessaire.

Quant à votre sœur Nanette, vous m’apprenez qu’elle était fiancée, je gage qu’à présent elle doit être mariée. Qu’en est-il ? Souhaitez-vous que je veille sur son bonheur ? Sachez que pour toutes deux, mes intentions sont pures et dépourvues d’intérêt quelconque. Je ne voudrais guère vous effrayer par l’affection que je porte à deux charmantes personnes comme vous. J’espère ainsi que votre confiance en moi sera intacte et que vous me permettrez de vous assister, si je le puis. Je souhaite de tout cœur ne pas avoir à le faire et que vous coulerez toutes deux des jours heureux.

Je remercie le ciel d’avoir permis de rester ainsi dans vos pensées, malgré la distance qui à présent nous sépare. Sachez que j’en suis flatté et fort touché.

Soyez certaine que vos lettres seront toujours synonymes de gaité pour moi, n’hésitez donc pas à m’informer de tout. N’ayez aucun remords pour le poste que vous fûtes bien obligée d’abandonner, j’ai trouvé en effet, une autre personne pour exécuter les travaux de coursière. Le regret est vraiment pour moi, car je déplore en elle, le manque d’entrain que je vous connaissais. Ne ressentez pourtant aucune culpabilité.

Croyez-moi, madame s’il vous plait, votre plus sincère ami,

Benoît, marquis de Courtenvaux.

______________________


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MessageSujet: Re: Lettre au marquis de Courtenvaux.   01.05.12 1:42

Citation :
Dans un petit parc éloigné de la maison, Montréal, le 1er Juillet 1664.

Cher marquis,

Je vous avais promis de vous écrire moi-même la prochaine fois, j’espère seulement que vous avez de bons yeux pour déchiffrer mon écriture encore bien hésitante. Croyez-moi je fais de mon mieux, surtout maintenant, en vous écrivant, mais que c’est difficile ! J’avais entendu dire que les enfants l’apprenaient très vite, pourquoi n’en est-il pas de même pour moi ? De plus je dois faire un nombre incalculable de fautes, je ferai relire cette lettre non pas à mon mari puisqu’il semble vous inquiéter, mais par notre voisine dont il m’arrive de garder la fille quand elle s’absente. Et si j’ai fait trop de fautes, je la recopierai après correction !

A propos d’inquiétudes, autant que j’apaise les vôtres immédiatement : ce que vous entendez sur nous autres filles de France n’est pas entièrement faux, je dirais même que c’est tout à fait vrai, quand j’entends certaines histoires des filles qui sont arrivées en même temps que moi… Ca fait froid dans le dos. Mais comme je vous l’ai dit, et comme je le redis maintenant que je suis toute seule dans ce parc à écrire de travers, j’ai eu énormément de chance, à tel point que ça en est presque indécent. Théophile est certes beaucoup plus âgé que moi (nous avons célébré ses cinquante ans la semaine dernière), mais de ma vie je n’ai jamais connu d’homme plus charmant –à part vous peut-être. Comme je vous l’ai expliqué, il m’apprend à lire et écrire, et pour m’aider à prendre mon mal en patience il me lit à voix haute les livres que je voudrais lire plus tard. Il me parle de beaucoup de choses, comme si ça ne le dérangeait absolument pas que je ne sois qu’une pauvre paysanne sans aucune éducation. J’apprends, bien sûr, mais il y a toujours de vieux restes… Un de ses amis, un peintre, m’apprend aussi à dessiner. Entre ces leçons, nos promenades dans la ville ou la campagne environnante, et le magasin, je n’ai guère le temps de m’ennuyer. Pour la première fois depuis ma naissance je crois, je n’ai pas besoin de m’inquiéter de quoi sera fait demain : notre situation est suffisamment stable pour que je ne craigne pas de tout voir basculer du jour au lendemain.

Vous me parlez de Nanette : je dois vous avouer que j’ai reçu une lettre d’elle, mais que je n’y ai pas répondu. Je suis encore trop fâchée contre elle je crois ; je lui en veux de m’avoir caché ses fiançailles et d’avoir prévu sa propre sauvegarde sans se soucier de ce que je pouvais devenir. Mais elle a l’air d’aller bien : elle s’est bel et bien mariée avec ce Loïc Cixous, dont elle me dit que les affaires prospèrent. Si je lui réponds un jour, je vous tiendrai au courant des dernières nouvelles, mais je ne peux rien vous promettre. La rue, ça enseigne à avoir la rancune tenace.

Je regrette que votre nouveau coursier ne vous satisfasse (je le ferai vérifier ce mot-là !) pas autant que vous le souhaiteriez. Croyez-moi, si je reviens un jour, j’irai lui tirer les oreilles pour lui faire comprendre que quand on a la chance d’avoir un bon travail, on ne rechigne pas ! Vous êtes un grand monsieur, marquis, et même si je vous sais modeste, je tiens à vous le dire. C’est ma façon à moi de vous exprimer ma reconnaissance, maintenant que je suis loin de tout, et même si je sais que vous n’aimez pas ça !

Mais le temps passe, et il est temps que je rentre, notre ami peintre vient dîner ce soir. J’espère que ma lettre aura été compréhensible malgré la forme de mes lettres !

Je suis, monsieur, à jamais votre humble servante et amie.

Isabeau Lacassagne.

P.S : Je le savais ! J’ai dû recopier !
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